Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1PARTIE INITIATIQUE Parmi nos sciences positives, la Chimie présente un intérêt tout particulier comme intermédiaire entre la Mécanique et la Biologie., entre Y Abstrait, de qui elle reçoit le mouvement, et la Vie réelle, à laquelle elle fournit la base de ses organes avec le mécanisme de ses transformations. Aussi participe-t-elle de l’une de ces sciences extrêmes par l’exactitude de ses données, de l’autre par l’incertitude de leur interprétation. On saitcomment la suite d’admirablestravaux qui, dans notre siècle, a constitué la science chimique, a partagé ses adeptes en deux parties correspondant aux deux domaines qu’elle leur a successivement révélés. La situation des Unitaires vis-à-vis des partisans du Dualisme est à peu près aujourd’hui semblable à celle que le Darwinisme a conquise dans les sciences biolo giques, et par la même raison : c’est que. comme la théorie darwinienne, celle atomique a projeté sur les horizons mystérieux de la vie cosmogonique une lu mière que n’avaient pu produire, aux débuts de la
22 l’initiation science, les génies créateurs des Linné et des Cuvier, ni ceux des Lavoisier et des Berzélius. On se propose ici de faire ressortir comment les théories les plus récentes permettent, en rapprochant les deux camps adverses, d’apercevoir un peu mieux cette synthèse générale qui est l’idéal de toute science. I Il faut rappeler brièvement d’où sont nées les di vergences. Les chimistes se sont bien accordés à interpréter la loi fondamentale des proportions définies et multiples par l’hypothèse d’éléments ultimes indivis, d’éten due réelle et de poids constant pour chaque corps; ¿’atomes, en un mot,dont la juxtapositionconstituait la combinaison chimique. En conséquence, quand, pour arrivera classer les corps, ils en ont fixé les poidsrelatifs, ils ont appelé leurs résultats indifféremment poids atomiques ou équivalents, sans qu’il y eût au cun inconvénient à cette synonymie. Mais, quand survint la découverte de Gay-Lussac, qui étendait la loi des proportions définies aux volumes aussi bien qu’aux poids, et qu’on voulut profiter des facilités qu’elle fournissait pour la détermination des poids atomiques, on ne sut comment interpréter le fait que nombre de corps exigeaient dans leurs com binaisons des volumes de certains autres doubles ou triples du leur! Existe-t-il dans des atomes multiples?
3ESSAI DE CHIMIE SYNTHÉTIQUE 3 Les uns le pensaient, comme Berzelius, d’autres se refusaient à l’admettre; il fallut doncdistinguer Véqui valent du poids atomique, leur identité n’étant plus acceptée unanimement. Un autre sujet de disputes survintbientôt : entraîné par la prépondérance presque exclusive que la décou verte de Lavoisier avait donnée à l’oxygène, et par les interprétations générales du célèbre Berzelius, on avait admis généralement que toute combinaison se fait toujours entre deux atomes d’électricité contraire, et entre deux seulement, les atomes pouvant être com plexes et résulter d’une combinaison précédente : ainsi le sulfate de potasse n’était pas une réunion de trois sortes d’atomes : oxygène, soufre et potassium, c’était la jonction d’un atome (composé) d’acide sul furique avec un atome (également complexe) de po tasse. Mais ce système devint impuissant à expliquer les phénomènes de la chimie organique à mesure que leur nombre se multipliait. Quelques années après la querelle célèbre de Geof froy Saint-Hilaire contre Cuvier, Dumas battait en brèche la théorie dualistique de Berzélius par une dé couverte des plus remarquables : en soumettant un composé organique, lacire. à l’action du chlore, il dé montra que « le chlore possède le pouvoir singulier de s’emparer de l’hydrogène de certains corps et de le remplacer atome par atome »; on put ajouter plus tard : pour y jouer le même rôle. Une brillante pléiade de jeunes savants : Malagutti, Régnault, Liebig, Laurent, Gerhardt, eut bientôt confirmé et étendu ce principe, qui, vérifié pour le chlore, le brome, l'iode,
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1PARTIE INITIATIQUE Parmi nos sciences positives, la Chimie présente un intérêt tout particulier comme intermédiaire entre la Mécanique et la Biologie., entre Y Abstrait, de qui elle reçoit le mouvement, et la Vie réelle, à laquelle elle fournit la base de ses organes avec le mécanisme de ses transformations. Aussi participe-t-elle de l’une de ces sciences extrêmes par l’exactitude de ses données, de l’autre par l’incertitude de leur interprétation. On saitcomment la suite d’admirablestravaux qui, dans notre siècle, a constitué la science chimique, a partagé ses adeptes en deux parties correspondant aux deux domaines qu’elle leur a successivement révélés. La situation des Unitaires vis-à-vis des partisans du Dualisme est à peu près aujourd’hui semblable à celle que le Darwinisme a conquise dans les sciences biolo giques, et par la même raison : c’est que. comme la théorie darwinienne, celle atomique a projeté sur les horizons mystérieux de la vie cosmogonique une lu mière que n’avaient pu produire, aux débuts de la
22 l’initiation science, les génies créateurs des Linné et des Cuvier, ni ceux des Lavoisier et des Berzélius. On se propose ici de faire ressortir comment les théories les plus récentes permettent, en rapprochant les deux camps adverses, d’apercevoir un peu mieux cette synthèse générale qui est l’idéal de toute science. I Il faut rappeler brièvement d’où sont nées les di vergences. Les chimistes se sont bien accordés à interpréter la loi fondamentale des proportions définies et multiples par l’hypothèse d’éléments ultimes indivis, d’éten due réelle et de poids constant pour chaque corps; ¿’atomes, en un mot,dont la juxtapositionconstituait la combinaison chimique. En conséquence, quand, pour arrivera classer les corps, ils en ont fixé les poidsrelatifs, ils ont appelé leurs résultats indifféremment poids atomiques ou équivalents, sans qu’il y eût au cun inconvénient à cette synonymie. Mais, quand survint la découverte de Gay-Lussac, qui étendait la loi des proportions définies aux volumes aussi bien qu’aux poids, et qu’on voulut profiter des facilités qu’elle fournissait pour la détermination des poids atomiques, on ne sut comment interpréter le fait que nombre de corps exigeaient dans leurs com binaisons des volumes de certains autres doubles ou triples du leur! Existe-t-il dans des atomes multiples?
3ESSAI DE CHIMIE SYNTHÉTIQUE 3 Les uns le pensaient, comme Berzelius, d’autres se refusaient à l’admettre; il fallut doncdistinguer Véqui valent du poids atomique, leur identité n’étant plus acceptée unanimement. Un autre sujet de disputes survintbientôt : entraîné par la prépondérance presque exclusive que la décou verte de Lavoisier avait donnée à l’oxygène, et par les interprétations générales du célèbre Berzelius, on avait admis généralement que toute combinaison se fait toujours entre deux atomes d’électricité contraire, et entre deux seulement, les atomes pouvant être com plexes et résulter d’une combinaison précédente : ainsi le sulfate de potasse n’était pas une réunion de trois sortes d’atomes : oxygène, soufre et potassium, c’était la jonction d’un atome (composé) d’acide sul furique avec un atome (également complexe) de po tasse. Mais ce système devint impuissant à expliquer les phénomènes de la chimie organique à mesure que leur nombre se multipliait. Quelques années après la querelle célèbre de Geof froy Saint-Hilaire contre Cuvier, Dumas battait en brèche la théorie dualistique de Berzélius par une dé couverte des plus remarquables : en soumettant un composé organique, lacire. à l’action du chlore, il dé montra que « le chlore possède le pouvoir singulier de s’emparer de l’hydrogène de certains corps et de le remplacer atome par atome »; on put ajouter plus tard : pour y jouer le même rôle. Une brillante pléiade de jeunes savants : Malagutti, Régnault, Liebig, Laurent, Gerhardt, eut bientôt confirmé et étendu ce principe, qui, vérifié pour le chlore, le brome, l'iode,
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
No commentary for this page.