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1NOTES SUR L EXTASE 99 les barrières hyliques), afin d’être co-participant, avec tous les Initiés et les Elus du monde, aux mystères de l’Absolu. • • L’homme de génie n’est autre, en dernière analyse, qu’un adepte intuitif et spontané, magnifiquement incomplet, mais riche de ces dons si rares, et qui ne manquent que trop souvent aux plus sublimes mys tiques : les facultés de transposition esthétique de l’intelligible au sensible et de convertibilité du Verbe divin au Verbe humain. De pareilles facultés d’expression ne s’acquièrent point; elles sacreront toujours l’homme de génie, de droit divin ; tandis que l’adepte est de droit humain, les efforts de sa libre volonté l’ayant élaboré tel. — Cette distinction fondamentale une fois établie, l’ana logie peut et doit se poursuivre. Le génie consiste dans la faculté de réintégration spontanée (plus ou moins consciente et sujette à inter mittence) du sous-multiple humain dans la patrie céleste de l’unité, Adamah. — Aussi les poètes, peintres, musiciens, sculpteurs et en général tous les artistes qui se croient — à tort ou à raison, du reste — des génies, emploient-ils la même locution que les mys tiques pour càractériser les périodes de facilité à produire. Ils ont, ou non, {'inspiration. Ceci est remarquable. L’œuvre capitale de l’initiation se résume donc, si l’on veut, dans l’art de devenir artificiellement un génie; à cette différence près toutefois, que le génie naturel donne l’inspiration à de certaines heures,
2100 l’initiation plus ou moins souvent, lorsque l’Esprit veut bien descendre; tandis que le génie acquis est, à son plus haut stade, la faculté de forcer l’inspiration et de com muniquer avec le Grand Inconnu toutes et quantes fois on le désire. Il est, à cette différence, une raison vraiment assez simple : c’est que le Dieu descend vers l’homme de génie, tandis que le Mage monte jusqu’au Dieu. L’homme de génie est une sorte d’aimant, attractif par intermittences. — L’adepte est une puissance convertible, un lien conscient de la terre au ciel ; un être qui peut, à volonté, rester sur terre, jouir de ses avantages et cueillir ses fruits — ou monter au Ciel, s’identifier à la nature divine et boire à longs traits la céleste ambroisie. Le Génie, force naturelle d’attraction, établit par moments avec l’Unité une corrélation éphémère. — UAdeptat, passeport illimité pour l’infini, implique un droit de réintégration ad libitum. Aussi l’adepte prend-il dans l’Inde le nom de Yoghi — uni en Dieu. ★ * * Réintégration du sous-multiple humain dans l’Unité divine : voilà donc l’œuvre majeure de l’adeptat. — En quoi consiste cette réintégration? Nous en connaissons deux : la Passive et Y Active. L’une et l’autre ont plusieurs degrés. L’on parvient à la première par la Sainteté ou l’austère épuration de son essence animique, unie d’amour à l’Esprit pur des cieux; — à la seconde par la volonté libre et consciente ou la réalisation du pentagramme mystique.
3NOTES SUR L’EXTASE 101 La première (réintégration en mode passif) néces site une abdication du Moi, qui se fond, sans réserve ni espoir de retour, dans le Soi divin. On n’agit plus par soi-même ; c’est Dieu qui agit par vous. Ce qui a fait dire à l’Apôtre : « Et déjà ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi. » La seconde (réintégration en mode actif) équivaut à une conquête positive du Ciel, à un viol de l’élé ment céleste et de son esprit collectif, Roûah-Haschamaîm. Toutes deux, à leur plus haut degré, rendent à l’âme l’état primordial d’Éden, la jouissance de l’Aôr aîn-soph. Mais la Passive implique une renonciation des volontés individuelles et le dédain de toute science profane : « Heureux, a dit Christ, les pauvres en es prit ; à eux le Royaume du Ciel. » — L’Active, au contraire, permet, dans certains cas, ici-bas même, l’exercice d’une toute-puissance relative, délégation de la puissance de Dieu. Elle met en main l’Æsch, glaive flamboyant de Jahôah Ælohîm. C’est la prise de possession, par droit de conquête, du Ciel mys tique, dont Christ a dit que les Esprits violents le prennent de force : violenti rapiunl illud. L’ineffable charité de N.-S. Jésus-Christ l’a induit à ne revendiquer que la Réintégration passive, et il est mort sur la croix, en doutant de Lui-même et de son Père : — « Eli, Eli, lamma sabachtani ! » (Assu rément n’était-ce que le cri de la chair défaillante au cours d’une suprême épreuve ; mais l’évocation de ce cri de doute m’a toujours épouvanté 1) L’audace de Moïse lui a fait préférer les privilèges
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1NOTES SUR L EXTASE 99 les barrières hyliques), afin d’être co-participant, avec tous les Initiés et les Elus du monde, aux mystères de l’Absolu. • • L’homme de génie n’est autre, en dernière analyse, qu’un adepte intuitif et spontané, magnifiquement incomplet, mais riche de ces dons si rares, et qui ne manquent que trop souvent aux plus sublimes mys tiques : les facultés de transposition esthétique de l’intelligible au sensible et de convertibilité du Verbe divin au Verbe humain. De pareilles facultés d’expression ne s’acquièrent point; elles sacreront toujours l’homme de génie, de droit divin ; tandis que l’adepte est de droit humain, les efforts de sa libre volonté l’ayant élaboré tel. — Cette distinction fondamentale une fois établie, l’ana logie peut et doit se poursuivre. Le génie consiste dans la faculté de réintégration spontanée (plus ou moins consciente et sujette à inter mittence) du sous-multiple humain dans la patrie céleste de l’unité, Adamah. — Aussi les poètes, peintres, musiciens, sculpteurs et en général tous les artistes qui se croient — à tort ou à raison, du reste — des génies, emploient-ils la même locution que les mys tiques pour càractériser les périodes de facilité à produire. Ils ont, ou non, {'inspiration. Ceci est remarquable. L’œuvre capitale de l’initiation se résume donc, si l’on veut, dans l’art de devenir artificiellement un génie; à cette différence près toutefois, que le génie naturel donne l’inspiration à de certaines heures,
2100 l’initiation plus ou moins souvent, lorsque l’Esprit veut bien descendre; tandis que le génie acquis est, à son plus haut stade, la faculté de forcer l’inspiration et de com muniquer avec le Grand Inconnu toutes et quantes fois on le désire. Il est, à cette différence, une raison vraiment assez simple : c’est que le Dieu descend vers l’homme de génie, tandis que le Mage monte jusqu’au Dieu. L’homme de génie est une sorte d’aimant, attractif par intermittences. — L’adepte est une puissance convertible, un lien conscient de la terre au ciel ; un être qui peut, à volonté, rester sur terre, jouir de ses avantages et cueillir ses fruits — ou monter au Ciel, s’identifier à la nature divine et boire à longs traits la céleste ambroisie. Le Génie, force naturelle d’attraction, établit par moments avec l’Unité une corrélation éphémère. — UAdeptat, passeport illimité pour l’infini, implique un droit de réintégration ad libitum. Aussi l’adepte prend-il dans l’Inde le nom de Yoghi — uni en Dieu. ★ * * Réintégration du sous-multiple humain dans l’Unité divine : voilà donc l’œuvre majeure de l’adeptat. — En quoi consiste cette réintégration? Nous en connaissons deux : la Passive et Y Active. L’une et l’autre ont plusieurs degrés. L’on parvient à la première par la Sainteté ou l’austère épuration de son essence animique, unie d’amour à l’Esprit pur des cieux; — à la seconde par la volonté libre et consciente ou la réalisation du pentagramme mystique.
3NOTES SUR L’EXTASE 101 La première (réintégration en mode passif) néces site une abdication du Moi, qui se fond, sans réserve ni espoir de retour, dans le Soi divin. On n’agit plus par soi-même ; c’est Dieu qui agit par vous. Ce qui a fait dire à l’Apôtre : « Et déjà ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi. » La seconde (réintégration en mode actif) équivaut à une conquête positive du Ciel, à un viol de l’élé ment céleste et de son esprit collectif, Roûah-Haschamaîm. Toutes deux, à leur plus haut degré, rendent à l’âme l’état primordial d’Éden, la jouissance de l’Aôr aîn-soph. Mais la Passive implique une renonciation des volontés individuelles et le dédain de toute science profane : « Heureux, a dit Christ, les pauvres en es prit ; à eux le Royaume du Ciel. » — L’Active, au contraire, permet, dans certains cas, ici-bas même, l’exercice d’une toute-puissance relative, délégation de la puissance de Dieu. Elle met en main l’Æsch, glaive flamboyant de Jahôah Ælohîm. C’est la prise de possession, par droit de conquête, du Ciel mys tique, dont Christ a dit que les Esprits violents le prennent de force : violenti rapiunl illud. L’ineffable charité de N.-S. Jésus-Christ l’a induit à ne revendiquer que la Réintégration passive, et il est mort sur la croix, en doutant de Lui-même et de son Père : — « Eli, Eli, lamma sabachtani ! » (Assu rément n’était-ce que le cri de la chair défaillante au cours d’une suprême épreuve ; mais l’évocation de ce cri de doute m’a toujours épouvanté 1) L’audace de Moïse lui a fait préférer les privilèges
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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