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113 — Il est vrai qu’au vocable de Rose-Croix, M. Péladan avait accolé, pour la circonstance, l’épithète de catholique, laquelle, prise dans le sens ultramontain, faisait d'ailleurs l’effet d’une chasuble sur les épaules d’un quaker ou d’un triangle maçonniqué au cou d’un capucin (1). Mais quelle distinction le public profane pouvait-il faire entre la véritable Rose f Croix, et cette Rose f Croix Catho lique à ressort, surgissant soudain comme d’une boîte à surprise, et dont le membre unique — Péladan — man dait, prophétisait, excommuniait, gesticulait au nom d’un Ordre imaginaire ?... Inévitable était la confusion, et M. Péladan aurait dû la prévoir. En fait, tout le monde demeura convaincu que le Sar Mérodack — grand maître occulte, apparemment — fulminait tous ces anathèmes bizarres avec l’assentiment de ses collègues du, Suprême Oonseil. t Encore si ces actes, promulgués au nom de tous avec un pareil sans-gêne, eussent eu le sens commun ! Mais le Sar s’y élevait d’un coup d’aile à l’empyrée du grotesque, et, chose plus grave, s’abaissait, sans plus d’effort, jusqu’aux plus prosaïques invectives. Il insultait tout le monde,, depuis les administrateurs des Beaux-Arts dont il dénonce la grossière insolence, jus qu’à l’Univers, cette immondice; depuis les francs-maçons dont il méprise Vimbécillité, jusqu’à la femme Rotschild qu’il proclame sacrilège et iconoclaste. « Pour ces crimes (conclut-il, en ce ce qui touche cette < dernière), nous, Tribunal vehmique, déclarons infâme « cette femme, infâme son nom, à moins que ceux qui le « portent ne désavouent publiquement la coupable. <• La R.-C. objurgue les la Roche foucault, comme les d'Uzès « et autres gens de nom, qu'ils ne peuvent plus recevoir la « femme Rotschild... (1) Nous mettons au défi les R + C + G F de nous montrer, soit dans ¡’histoire, soit dans les livres ou les manuscrits anciens, le moindre ves tige d une Rose-Croix papiste. /Digitized byGoogle
2— 14 — « La R,-C. objurgue les hommes de lettres et d'art, qu'ils ne * peuvent plus même saluer la femme Rotschild... < Au nom de toutes les religions et de tous les arts, ceci « est l'arrêt de la Rt-C..., etc. > ! C’était roide, et ne pouvait passer ainsi. De longue date, cependant, M. Péladan était l’ami de plusieurs d’entre nous; dès la première heure, ses romans avaient beaucoup contribué à la diffusion de l’idée magique.. Et puis, nous l’aimions, en dépit de ses fredaines, cet enfant terrible du mystère, ce Panurge de l’occultisme. Bref, on usa d’indulgence à son endroit. On s’en tint au minimum des protestations rendues nécessaires: trois lettres collectives, à l’archevêque, aux frâncs-maçons, à Mme de Rotschild, pour désavouer les mandements au nom de l’Ordre ; et ce fut tout. Quant à certaine lettre au Figaro, pour protester que la Rose-Croix catholique n’avait rien à v oir avec l'authen tique Rose f Croix, nous la passerions sous silence, puis qu’elle ne fut pas publiée, s’il n’importait de contredire à une erreur sérieuse de M. Péladan. Dans sa Lettre à Papus, il insinue que le Figaro refusa l’insertion. Cela est si faux que M. Magnard, trouvant trop peu explicite notre laconique billet, en écrivit à M. Maurice Barrés : onepeut produire la lettre. M. Magnard demandait un article dé taillé sur le motif de nos griefs et la retraite de M. Péla dan. Nous décidâmes de ne rien publier, sur les instances d’un tiers, dépêché vers nous par le Sar démissionnaire. Car on pense bien que la première mesure avait été de demander à M. Péladan sa démission. Il écrivit même à ce sujet un long factum, amphigourique et solennel, que nous eûmes le très grand tort de publier sur sa demande dans V Initiation. L’insertion de cette pièce ridicule, der nier coup de chapeau tiré à la vanité du démissionnaire,' fit un effet déplorable. Il y présentait sa R f C f C f comme une sorte d’annexe de la Rose f Croix, et parlait de son « exode, unanimement consenti de notre suprême conseil. » Cette assertion erronée mérite le plus formel * ’ 3' . OOQI
3démenti. M. Péladan a rêvé ce consentement unanime* Voilà dans quelles conditions M. Péladan fonda sa R f Cf G f (1). Nous jugeons inutile d’entrer dans plus de détails. M. Péladan n’a fait depuis qu’enfantillage sur enfantillage, toujours au nom de sa Rose-Croix catholique, qu’irqualifie souvent de Rose-Croix tout court. Toutes ces.... fantaisies déconsidèrent les chercheurs sérieux, décrient l’occultisme, et ridiculisent le nom de Rose--€roix. C’est pourquoi nous n’avons pu nous taire plus longtemps. Nul, mieux que nous, n’apprécie à sa valeur le talent très original de M. Péladan, et le séduisant vernis d’occul tisme dont il fait miroiter ses romans, excellents miroirs pour attirer et éblouir les alouettes de l’idéal. Nous n’avons garde de méconnaître les services qu’il a pu rendre, en forçant l’attention publique sur une science impopulaire et ses problèmes décriés. A chacun selon ses œuvres. Mais, à force de multiplier les paradoxes, et d’épuiser sa souplesse ingénieuse en des funambulismes divers, — exhibitions archaïques, poses truculentes, attitudes chaldéennes, pense-t-il, méridionales, dirons-nous, — le Sar a décidément passé toute mesure. Or il est temps de le dire : justice rendue au romancier, (1) La R | C | C + n’est vraiment pas heureuse dans scs tentatives de restitution traditionnelle ! D’une part, dans ses Acta Rosse Crucis (Rosese, ne lui déplaise), M. Péladan se déclare « en communion catho lique romaine avec Hugues des Payens et Rosenkreutz » : Rosen kreutz, fondateur de ces Rose-Croix, qui, dans leur Manifeste (Francfort, 1615, in-8), « confessent librement et publient sans aucune crainte d’en estre repris, que le Pape est l’Antéchrist » ; Hugues des Payens, fondateur de l’Ordre des Templiers, lesquels étaient manichéens, misogynes, et reconnaissaient la suprématie occulte du patriarche de Constantinople sur le pape. Tout cela n’empêche pas le Sar de vaticiner ensuite « au nom de Jésus, seul Dieu, et de Pierre, seul roi. » Il n’y regarde pas de si près. N’exhume-t-il pas jusqu’à l’oriflamme templière, ce Reausëant des chevaliers (un nom malheureux, symbole apparemment de leurs mœurs excentriques). D’autre part, ignorant sans doute la devise authentique des Rose + Croix : In cruce sub sphœrâ venit Sapientia vera, M. Péladan inaugure une charade baroque (ô Cicéron, bouchetoi les oreilles '.) : « Ad rosarn per crucem, ad crucem per rosam ; in eâ,in eis gemmatus resurgeam. » (Nous mettrions resurgam, si ça ne lui faisait rien). Digitized by
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
113 — Il est vrai qu’au vocable de Rose-Croix, M. Péladan avait accolé, pour la circonstance, l’épithète de catholique, laquelle, prise dans le sens ultramontain, faisait d'ailleurs l’effet d’une chasuble sur les épaules d’un quaker ou d’un triangle maçonniqué au cou d’un capucin (1). Mais quelle distinction le public profane pouvait-il faire entre la véritable Rose f Croix, et cette Rose f Croix Catho lique à ressort, surgissant soudain comme d’une boîte à surprise, et dont le membre unique — Péladan — man dait, prophétisait, excommuniait, gesticulait au nom d’un Ordre imaginaire ?... Inévitable était la confusion, et M. Péladan aurait dû la prévoir. En fait, tout le monde demeura convaincu que le Sar Mérodack — grand maître occulte, apparemment — fulminait tous ces anathèmes bizarres avec l’assentiment de ses collègues du, Suprême Oonseil. t Encore si ces actes, promulgués au nom de tous avec un pareil sans-gêne, eussent eu le sens commun ! Mais le Sar s’y élevait d’un coup d’aile à l’empyrée du grotesque, et, chose plus grave, s’abaissait, sans plus d’effort, jusqu’aux plus prosaïques invectives. Il insultait tout le monde,, depuis les administrateurs des Beaux-Arts dont il dénonce la grossière insolence, jus qu’à l’Univers, cette immondice; depuis les francs-maçons dont il méprise Vimbécillité, jusqu’à la femme Rotschild qu’il proclame sacrilège et iconoclaste. « Pour ces crimes (conclut-il, en ce ce qui touche cette < dernière), nous, Tribunal vehmique, déclarons infâme « cette femme, infâme son nom, à moins que ceux qui le « portent ne désavouent publiquement la coupable. <• La R.-C. objurgue les la Roche foucault, comme les d'Uzès « et autres gens de nom, qu'ils ne peuvent plus recevoir la « femme Rotschild... (1) Nous mettons au défi les R + C + G F de nous montrer, soit dans ¡’histoire, soit dans les livres ou les manuscrits anciens, le moindre ves tige d une Rose-Croix papiste. /Digitized byGoogle
2— 14 — « La R,-C. objurgue les hommes de lettres et d'art, qu'ils ne * peuvent plus même saluer la femme Rotschild... < Au nom de toutes les religions et de tous les arts, ceci « est l'arrêt de la Rt-C..., etc. > ! C’était roide, et ne pouvait passer ainsi. De longue date, cependant, M. Péladan était l’ami de plusieurs d’entre nous; dès la première heure, ses romans avaient beaucoup contribué à la diffusion de l’idée magique.. Et puis, nous l’aimions, en dépit de ses fredaines, cet enfant terrible du mystère, ce Panurge de l’occultisme. Bref, on usa d’indulgence à son endroit. On s’en tint au minimum des protestations rendues nécessaires: trois lettres collectives, à l’archevêque, aux frâncs-maçons, à Mme de Rotschild, pour désavouer les mandements au nom de l’Ordre ; et ce fut tout. Quant à certaine lettre au Figaro, pour protester que la Rose-Croix catholique n’avait rien à v oir avec l'authen tique Rose f Croix, nous la passerions sous silence, puis qu’elle ne fut pas publiée, s’il n’importait de contredire à une erreur sérieuse de M. Péladan. Dans sa Lettre à Papus, il insinue que le Figaro refusa l’insertion. Cela est si faux que M. Magnard, trouvant trop peu explicite notre laconique billet, en écrivit à M. Maurice Barrés : onepeut produire la lettre. M. Magnard demandait un article dé taillé sur le motif de nos griefs et la retraite de M. Péla dan. Nous décidâmes de ne rien publier, sur les instances d’un tiers, dépêché vers nous par le Sar démissionnaire. Car on pense bien que la première mesure avait été de demander à M. Péladan sa démission. Il écrivit même à ce sujet un long factum, amphigourique et solennel, que nous eûmes le très grand tort de publier sur sa demande dans V Initiation. L’insertion de cette pièce ridicule, der nier coup de chapeau tiré à la vanité du démissionnaire,' fit un effet déplorable. Il y présentait sa R f C f C f comme une sorte d’annexe de la Rose f Croix, et parlait de son « exode, unanimement consenti de notre suprême conseil. » Cette assertion erronée mérite le plus formel * ’ 3' . OOQI
3démenti. M. Péladan a rêvé ce consentement unanime* Voilà dans quelles conditions M. Péladan fonda sa R f Cf G f (1). Nous jugeons inutile d’entrer dans plus de détails. M. Péladan n’a fait depuis qu’enfantillage sur enfantillage, toujours au nom de sa Rose-Croix catholique, qu’irqualifie souvent de Rose-Croix tout court. Toutes ces.... fantaisies déconsidèrent les chercheurs sérieux, décrient l’occultisme, et ridiculisent le nom de Rose--€roix. C’est pourquoi nous n’avons pu nous taire plus longtemps. Nul, mieux que nous, n’apprécie à sa valeur le talent très original de M. Péladan, et le séduisant vernis d’occul tisme dont il fait miroiter ses romans, excellents miroirs pour attirer et éblouir les alouettes de l’idéal. Nous n’avons garde de méconnaître les services qu’il a pu rendre, en forçant l’attention publique sur une science impopulaire et ses problèmes décriés. A chacun selon ses œuvres. Mais, à force de multiplier les paradoxes, et d’épuiser sa souplesse ingénieuse en des funambulismes divers, — exhibitions archaïques, poses truculentes, attitudes chaldéennes, pense-t-il, méridionales, dirons-nous, — le Sar a décidément passé toute mesure. Or il est temps de le dire : justice rendue au romancier, (1) La R | C | C + n’est vraiment pas heureuse dans scs tentatives de restitution traditionnelle ! D’une part, dans ses Acta Rosse Crucis (Rosese, ne lui déplaise), M. Péladan se déclare « en communion catho lique romaine avec Hugues des Payens et Rosenkreutz » : Rosen kreutz, fondateur de ces Rose-Croix, qui, dans leur Manifeste (Francfort, 1615, in-8), « confessent librement et publient sans aucune crainte d’en estre repris, que le Pape est l’Antéchrist » ; Hugues des Payens, fondateur de l’Ordre des Templiers, lesquels étaient manichéens, misogynes, et reconnaissaient la suprématie occulte du patriarche de Constantinople sur le pape. Tout cela n’empêche pas le Sar de vaticiner ensuite « au nom de Jésus, seul Dieu, et de Pierre, seul roi. » Il n’y regarde pas de si près. N’exhume-t-il pas jusqu’à l’oriflamme templière, ce Reausëant des chevaliers (un nom malheureux, symbole apparemment de leurs mœurs excentriques). D’autre part, ignorant sans doute la devise authentique des Rose + Croix : In cruce sub sphœrâ venit Sapientia vera, M. Péladan inaugure une charade baroque (ô Cicéron, bouchetoi les oreilles '.) : « Ad rosarn per crucem, ad crucem per rosam ; in eâ,in eis gemmatus resurgeam. » (Nous mettrions resurgam, si ça ne lui faisait rien). Digitized by
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