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1•cas pour dresser cet inventaire et dévoiler le sens intime et profond de ces multiples symboles ; peut-être y songe rons-nous quelque jour. Ce qu’il nous est loisible d’affirmer d’ores et déjà, c’est que la Rose f Croix, dont les emblèmes constitutifs nous reportent aux poèmes de Dante et Guillaume de Lorris, a très longtemps fonctionné dans l’ombre, avant de se mani fester par des œuvres de plein jour. Aujourd’hui que des fantaisistes en magie osent bien pousser la mystification jusqu’à couvrir de l’étiquette ultramontaine la Rose f Croix, — restituée dès lors (pro fessent-ils) à la pureté de sa glorieuse origine, — il peut paraître piquant de transcrire deux paragraphes du Mani feste (1) de l’Ordre, publié par le grand maître, en 461o* Les frères y proclament, dit le contemporain Naudé (2), Que par leur moyen le triple diadème du pape sera réduit en poudre ; Qu'ils confessent librement et publient sans aucune crainte d'en estre repris, que le pape est V Antéchrist > Trois lignes plus loin, ils émettent le vœu qu’on en revienne à la simplicité dogmatique et ritualiste de la primitive Église. Sans doute ces paragraphes, comme tous les autres de leur Manifeste, sont intentionnellement outrés, notoire ment poussés au merveilleux, parfois jusqu’à l’absurde. Nombre de prodiges y sont annoncés, dont plusieurs, pris au pied de la lettre (qui tue, dit saint Paul), se heurtent à l’impossibilité physique. Mais sous cette forme paradoxale, ces ingénieux théosophes ont pris soin de dérober aux yeux des sots et de désigner à la sagacité des sages les plus précieuses lumières de l’occultisme traditionnel. Ainsi, jamais les Rose f Croix n’ont renié le catholicisme dans la signification splendide de son étymologie vraie, révélatrice d’un ésotérisme supérieur; ils étaient trop ins- „ (1) Fama Fraternitatis Roseæ-Crucis ; Francofurti, 1615, in-8. (2) Instruction à la France sur la vérité' de l'histoire des frères de Jd Rote-Croix ; Paris, 1623, petit in-8* Digitized by
2— 8 — pirés par Y Esprit qui vivifie, pour attenter jamais à la hiérarchie gnostique. Eux, (si attachés aux symboles chré tiens, qu’ils nommaient leur collège suprême Chapelle du Saint-Esprit, et Liberté de l'Evangile un de leurs plus oc cultes manuels), n’avaient garde de méconnaître dans le souverain pontife le principe incarné de l’unité vivante^ et dans la papauté spirituelle la clef de voûte du templesynthèse où officieront un jour les pontifes enseignants de la religion-sagesse universelle. Bien plus, beaucoup d’entre les Frères, nés dans le protestantisme, se procla maient bien haut catholiques, à l’exemple de leur illustre patron Khunrath, de Leipsig. Rappellerons-nous encore que Valentin Andreæ créa, en 1620, une Fraternité chrétienne, qui se fondit elle-même plus tard dans la Fraternité-Mère des Rose f Croix? Mais les abus de la papauté temporelle les trouvaient impitoyables, et ils en flagellaient les ridicules, en flétris saient les intrigues, sans trêve comme sans merci. Notre éminent frère Roca, qui n’est pas Rose -J- Croix de nom, n’en est pas moins peut-être, à l’heure présente, l’apôtre qui fait le plus puissamment tonner le verbe anti clérical des Rose f Croix. Anticlérical, disons-nous, non point anticatholique ou antichrétien ; l’on aurait tort de confondre. Dans le pape, les Rose f Croix distinguaient, deux puissances, incarnées en une seule chair : Jésus, César ; et lorsque, qualifiant d’Antéchrist le successeur de Pierre, ils menaçaient de briser sa triple couronne, ils ne visaient que le despote temporel du Vatican. C’était en tout leur système, d’outrer les formules jusr qu’au paradoxe, de fausser les œuvres jusqu’au miracle. Ils avaient emprunté cette méthode à leurs maîtres, les Kabbalistes. Donner aux allégories une tournure si invrai semblable, que les seulè imbéciles prissent intérêt au sens apparent, et que tous autres devinassent de primeabord la valeur intime d’un sens caché : ce n’était pas si bête. Ainsi affichèrent-ils dans Paris, l’an 1622, les pro clamations qu’on va lire, bien propres — on en conviendra Digitized by VnOOQie
39 — — à intriguer les esprits subtils en rebutant les lourdauds : Première affiche : « Nous, députez du College principal « des Frères de la Roze-Croix, ¡faisons séjour visible et inui- « sible en ceste ville, par la grâce du Très-Haut, vers lequel .« se tourne le cœur des iustes. Nous monstrons et enseignons « sans liures ny marques à parler toutes sortes de langues « des pays où voulons estre, pour tirer les hommes nos sem- « blables d'erreur et de mort» » 2e Affiche : < S'il prend enuie à quelqu'vn de nous voir, « par curiosité seulement, il ne communiquera iamais aueç « nous; mais si la volonté le porté réellement et de fait à « s'inscrire sur le registre de nostre confraternité, nous qui « iugeons les pensées luy ferons voir la vérité de nos pro- « messes ; tellement que nous ne mettons point le litu de « nostre demeure, puisque les pensées, iointes à la volonté • reelle du lecteur, seront capables de nous faire cognoistre « à luy>et luy à nous. » Nous n’étonnerons pas les étudiants même peu avancés en occultisme, si nous protestons ici que l’énoncé de ces prérogatives dont les Frères faisaient parade, dérobe, sous les apparences d’une incurable folie, des significations de la plus parfaite sagesse. La dernière des prétentions dont ils se targuent là, celle qu’on jugera peut-être exorbitante entre toutes, est précisément la seule qu’on puisse prendre à la lettre. Elle rappelle la condition expresse de l’admis sion au plus haut grade d’une Fraternité très occulte et fort peu connue, dans l’aréopage suprême de laquelle le postulant est tenu de se présenter en corps astral..., Les Frères illuminés de la Rose f Croix étaient obligés par leurs engagements de pratiquer la médecine occulte, partout sur leur passage, sans recevoir jamais de rémuné ration, sous quelque prétexte que ce fût. Psychurgie, Maîtrise vitale, Hermétique, Théurgie et Kabbale n’avaient guère de secrets pour les plus avancés d’entre eux. Un article de leur profession de foi leur enjoignait de < croire fermement que, leur compagnie venant à Digiti ad byGoogle
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1•cas pour dresser cet inventaire et dévoiler le sens intime et profond de ces multiples symboles ; peut-être y songe rons-nous quelque jour. Ce qu’il nous est loisible d’affirmer d’ores et déjà, c’est que la Rose f Croix, dont les emblèmes constitutifs nous reportent aux poèmes de Dante et Guillaume de Lorris, a très longtemps fonctionné dans l’ombre, avant de se mani fester par des œuvres de plein jour. Aujourd’hui que des fantaisistes en magie osent bien pousser la mystification jusqu’à couvrir de l’étiquette ultramontaine la Rose f Croix, — restituée dès lors (pro fessent-ils) à la pureté de sa glorieuse origine, — il peut paraître piquant de transcrire deux paragraphes du Mani feste (1) de l’Ordre, publié par le grand maître, en 461o* Les frères y proclament, dit le contemporain Naudé (2), Que par leur moyen le triple diadème du pape sera réduit en poudre ; Qu'ils confessent librement et publient sans aucune crainte d'en estre repris, que le pape est V Antéchrist > Trois lignes plus loin, ils émettent le vœu qu’on en revienne à la simplicité dogmatique et ritualiste de la primitive Église. Sans doute ces paragraphes, comme tous les autres de leur Manifeste, sont intentionnellement outrés, notoire ment poussés au merveilleux, parfois jusqu’à l’absurde. Nombre de prodiges y sont annoncés, dont plusieurs, pris au pied de la lettre (qui tue, dit saint Paul), se heurtent à l’impossibilité physique. Mais sous cette forme paradoxale, ces ingénieux théosophes ont pris soin de dérober aux yeux des sots et de désigner à la sagacité des sages les plus précieuses lumières de l’occultisme traditionnel. Ainsi, jamais les Rose f Croix n’ont renié le catholicisme dans la signification splendide de son étymologie vraie, révélatrice d’un ésotérisme supérieur; ils étaient trop ins- „ (1) Fama Fraternitatis Roseæ-Crucis ; Francofurti, 1615, in-8. (2) Instruction à la France sur la vérité' de l'histoire des frères de Jd Rote-Croix ; Paris, 1623, petit in-8* Digitized by
2— 8 — pirés par Y Esprit qui vivifie, pour attenter jamais à la hiérarchie gnostique. Eux, (si attachés aux symboles chré tiens, qu’ils nommaient leur collège suprême Chapelle du Saint-Esprit, et Liberté de l'Evangile un de leurs plus oc cultes manuels), n’avaient garde de méconnaître dans le souverain pontife le principe incarné de l’unité vivante^ et dans la papauté spirituelle la clef de voûte du templesynthèse où officieront un jour les pontifes enseignants de la religion-sagesse universelle. Bien plus, beaucoup d’entre les Frères, nés dans le protestantisme, se procla maient bien haut catholiques, à l’exemple de leur illustre patron Khunrath, de Leipsig. Rappellerons-nous encore que Valentin Andreæ créa, en 1620, une Fraternité chrétienne, qui se fondit elle-même plus tard dans la Fraternité-Mère des Rose f Croix? Mais les abus de la papauté temporelle les trouvaient impitoyables, et ils en flagellaient les ridicules, en flétris saient les intrigues, sans trêve comme sans merci. Notre éminent frère Roca, qui n’est pas Rose -J- Croix de nom, n’en est pas moins peut-être, à l’heure présente, l’apôtre qui fait le plus puissamment tonner le verbe anti clérical des Rose f Croix. Anticlérical, disons-nous, non point anticatholique ou antichrétien ; l’on aurait tort de confondre. Dans le pape, les Rose f Croix distinguaient, deux puissances, incarnées en une seule chair : Jésus, César ; et lorsque, qualifiant d’Antéchrist le successeur de Pierre, ils menaçaient de briser sa triple couronne, ils ne visaient que le despote temporel du Vatican. C’était en tout leur système, d’outrer les formules jusr qu’au paradoxe, de fausser les œuvres jusqu’au miracle. Ils avaient emprunté cette méthode à leurs maîtres, les Kabbalistes. Donner aux allégories une tournure si invrai semblable, que les seulè imbéciles prissent intérêt au sens apparent, et que tous autres devinassent de primeabord la valeur intime d’un sens caché : ce n’était pas si bête. Ainsi affichèrent-ils dans Paris, l’an 1622, les pro clamations qu’on va lire, bien propres — on en conviendra Digitized by VnOOQie
39 — — à intriguer les esprits subtils en rebutant les lourdauds : Première affiche : « Nous, députez du College principal « des Frères de la Roze-Croix, ¡faisons séjour visible et inui- « sible en ceste ville, par la grâce du Très-Haut, vers lequel .« se tourne le cœur des iustes. Nous monstrons et enseignons « sans liures ny marques à parler toutes sortes de langues « des pays où voulons estre, pour tirer les hommes nos sem- « blables d'erreur et de mort» » 2e Affiche : < S'il prend enuie à quelqu'vn de nous voir, « par curiosité seulement, il ne communiquera iamais aueç « nous; mais si la volonté le porté réellement et de fait à « s'inscrire sur le registre de nostre confraternité, nous qui « iugeons les pensées luy ferons voir la vérité de nos pro- « messes ; tellement que nous ne mettons point le litu de « nostre demeure, puisque les pensées, iointes à la volonté • reelle du lecteur, seront capables de nous faire cognoistre « à luy>et luy à nous. » Nous n’étonnerons pas les étudiants même peu avancés en occultisme, si nous protestons ici que l’énoncé de ces prérogatives dont les Frères faisaient parade, dérobe, sous les apparences d’une incurable folie, des significations de la plus parfaite sagesse. La dernière des prétentions dont ils se targuent là, celle qu’on jugera peut-être exorbitante entre toutes, est précisément la seule qu’on puisse prendre à la lettre. Elle rappelle la condition expresse de l’admis sion au plus haut grade d’une Fraternité très occulte et fort peu connue, dans l’aréopage suprême de laquelle le postulant est tenu de se présenter en corps astral..., Les Frères illuminés de la Rose f Croix étaient obligés par leurs engagements de pratiquer la médecine occulte, partout sur leur passage, sans recevoir jamais de rémuné ration, sous quelque prétexte que ce fût. Psychurgie, Maîtrise vitale, Hermétique, Théurgie et Kabbale n’avaient guère de secrets pour les plus avancés d’entre eux. Un article de leur profession de foi leur enjoignait de < croire fermement que, leur compagnie venant à Digiti ad byGoogle
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