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1LE SORCIER 9 du sortilège, celui-là manque à mes yeux de bon sens ou de bonne foi... C’est ce que j’espère prouver en temps et lieu. Mais la discussion sur ce point serait ici un hors-d’œuvre. Je rentre dans mon sujet et me trouve en présence du sorcier, tel que l’ont connu nos pères du XII" au XVIII° siècle. Celui—là est le type moyen, vraiment clas— sique; il me tardait d’en venir à lui. Michelet, dans son étonnante monographie (I), l’a sacrifié à la Sor— cière : « pour un sorcier (dit-il), dix mille sor— cières... » _ Ah! c’est un peu exagéré (2). La statistique des condamnations criminelles dirait autre chose. Là comme partout, Michelet brutalise un peu les faits, pour les faire entrer de force dans sa thèse, toujours préconçue, fort éloquemment plaidée d’ail leurs. Quoi qu’il en soit, le parti pris, évidentà toutes les pages, nuit beaucoup à la vraisemblance, parfois même à l’intérêt de ses tableaux; -— et s’il a fait, en somme, un livre admirable, c’est que toute peinture, même illusoire, se transfigure au souffle de la poésie sauvage qui est en lui. Sorcière ou sorcier, qu’importe au demeurant ? —-— La question se pose en ces termes : Qu’est-ce que le sorcier, mâle ou femelle? Jugeons l’arbre à ses fruits. Il serait facile, sans doute, de transcrire les longues et confuses descriptions de Bodin, ou de tout autre démonographe ; mais nous estimons que le meilleur moyen de faire connaître le sorcier est de le mettre en (I) La Sorcière. Paris, Hetzel, 1862, in-12. (2) Que les sorcières fussent en plus grand nombre que les sorciers, c‘est certain. La proportion seule est mexacte.
2Io L’INITIATION scène, dans l’exercice de ses tristes fonctions, sur le terrain du sabbat légendaire. En offrant au lecteur un crayon du Sabbat, nous allons permettre à son imagination de faire revivre ces fous, dans le cadre fantastique où s’exerça leur folie... Car, il importe de le bien noter, tous les incroyables récits dont on va faire en quelque sorte un résumé sont sortis de la bouche même des prévenus poursuivis pour crime de sorcellerie; ils sont pris sur le vif de leurs aveux, sou vent tout spontanés, et non pas toujours extorqués par la question... Bien plus, ils savaient d’avance, les inculpés, que de tels aveux les vouaient à une mort inéluctable, les condamnaient sans rémission possible au,supplice atroce du bûcher (I). Tous les bois, dit Pythagore, ne conviennent pas pour sculpter un Mercure; tous les emplacements non plus ne sont pas propres à ce qu’on y fasse revivre ces assemblées hebdomadaires (2) de sorciers et de malins esprits, qu’on a nommées Sabbats. Il est des sites où la mère nature semble sourire à ses enfants, et, par le muet langage des choses, leur parle d’insouciance et de bonheur, Il est aussi des lieux arides et ravagés qui m’inspirent au cœur de l’homme que le désenchantement, la terreur ou la folie... LE SABBAT Les familiers de la chasse aux pâquerettes rencon (I) Ils obtenaient quelquefois que le bourreau les étranglât avant de les jeter dans les flammes. (a) Bi-hebdomadaires, suivant quelques auteurs. ,. v. 2 :: :« wr:ææa .m
3mr\flhî;Ë-‘Ayut.:‘læluä. vîj‘7,.-wl*d e c.. .« . -. -- . I LE SORCIER I I trent souvent sur les collines herbues des bandes circulaires d’un vert plus sombre, où la végétation plus touflue est aussi plus haute de moitié. Très sou— vent hémicycliques, affectant parfois la forme d’une parfaite circonférence, ces bandes diffèrent de dia mètre et de largeur; elles semblent tracées au compas et s’empourprent à l’automne d’un diadème d’o— ronges et d’autres cryptogames aux vives couleurs. Une vieille tradition nous affirme que les Fées ont dansé là leur ronde, au clair de lune... Et comme les fées, —- innocentes et folâtres déités de la nature, — ne vont jamais sans la baguette des métamorphoses à la mainet le sourire de la bienveil lance aux lèvres, leur joie exubérante s’épanche autour d’elles en dons merveilleux, et sous leurs pas légers l’herbe croît en abondance et la nuit s’éclaire aux lueurs phosphorescentes de leur vol argenté... Elles sont la Vie même, incarnée dans la splendeur des formes féminines; elles sontl’Amour qui féconde tout d’un rayon de ses doux yeux! Mais n’as-tu pas vu, près des ruines décriées que hantent les mauvais esprits, à l’entour des cime— tières délaissés ou sur l’escarpement de falaises crou lantes, d’âpres traînées où l’herbe ne pousse jamais, comme si quelque souffle impur avait, en passant là, stérilisé la glèbe? — Avance : une haleine glacée a couru dans tes cheveux... Prends au long de ces broussailles de sinistre apparence; un instinct infail— lible te guide avec des frissons... Laisse à ta gauche la Mare aux Sorciers, cette flaque d’eau croupissant dans un creux et que dissimule une ramée de saulaie
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1LE SORCIER 9 du sortilège, celui-là manque à mes yeux de bon sens ou de bonne foi... C’est ce que j’espère prouver en temps et lieu. Mais la discussion sur ce point serait ici un hors-d’œuvre. Je rentre dans mon sujet et me trouve en présence du sorcier, tel que l’ont connu nos pères du XII" au XVIII° siècle. Celui—là est le type moyen, vraiment clas— sique; il me tardait d’en venir à lui. Michelet, dans son étonnante monographie (I), l’a sacrifié à la Sor— cière : « pour un sorcier (dit-il), dix mille sor— cières... » _ Ah! c’est un peu exagéré (2). La statistique des condamnations criminelles dirait autre chose. Là comme partout, Michelet brutalise un peu les faits, pour les faire entrer de force dans sa thèse, toujours préconçue, fort éloquemment plaidée d’ail leurs. Quoi qu’il en soit, le parti pris, évidentà toutes les pages, nuit beaucoup à la vraisemblance, parfois même à l’intérêt de ses tableaux; -— et s’il a fait, en somme, un livre admirable, c’est que toute peinture, même illusoire, se transfigure au souffle de la poésie sauvage qui est en lui. Sorcière ou sorcier, qu’importe au demeurant ? —-— La question se pose en ces termes : Qu’est-ce que le sorcier, mâle ou femelle? Jugeons l’arbre à ses fruits. Il serait facile, sans doute, de transcrire les longues et confuses descriptions de Bodin, ou de tout autre démonographe ; mais nous estimons que le meilleur moyen de faire connaître le sorcier est de le mettre en (I) La Sorcière. Paris, Hetzel, 1862, in-12. (2) Que les sorcières fussent en plus grand nombre que les sorciers, c‘est certain. La proportion seule est mexacte.
2Io L’INITIATION scène, dans l’exercice de ses tristes fonctions, sur le terrain du sabbat légendaire. En offrant au lecteur un crayon du Sabbat, nous allons permettre à son imagination de faire revivre ces fous, dans le cadre fantastique où s’exerça leur folie... Car, il importe de le bien noter, tous les incroyables récits dont on va faire en quelque sorte un résumé sont sortis de la bouche même des prévenus poursuivis pour crime de sorcellerie; ils sont pris sur le vif de leurs aveux, sou vent tout spontanés, et non pas toujours extorqués par la question... Bien plus, ils savaient d’avance, les inculpés, que de tels aveux les vouaient à une mort inéluctable, les condamnaient sans rémission possible au,supplice atroce du bûcher (I). Tous les bois, dit Pythagore, ne conviennent pas pour sculpter un Mercure; tous les emplacements non plus ne sont pas propres à ce qu’on y fasse revivre ces assemblées hebdomadaires (2) de sorciers et de malins esprits, qu’on a nommées Sabbats. Il est des sites où la mère nature semble sourire à ses enfants, et, par le muet langage des choses, leur parle d’insouciance et de bonheur, Il est aussi des lieux arides et ravagés qui m’inspirent au cœur de l’homme que le désenchantement, la terreur ou la folie... LE SABBAT Les familiers de la chasse aux pâquerettes rencon (I) Ils obtenaient quelquefois que le bourreau les étranglât avant de les jeter dans les flammes. (a) Bi-hebdomadaires, suivant quelques auteurs. ,. v. 2 :: :« wr:ææa .m
3mr\flhî;Ë-‘Ayut.:‘læluä. vîj‘7,.-wl*d e c.. .« . -. -- . I LE SORCIER I I trent souvent sur les collines herbues des bandes circulaires d’un vert plus sombre, où la végétation plus touflue est aussi plus haute de moitié. Très sou— vent hémicycliques, affectant parfois la forme d’une parfaite circonférence, ces bandes diffèrent de dia mètre et de largeur; elles semblent tracées au compas et s’empourprent à l’automne d’un diadème d’o— ronges et d’autres cryptogames aux vives couleurs. Une vieille tradition nous affirme que les Fées ont dansé là leur ronde, au clair de lune... Et comme les fées, —- innocentes et folâtres déités de la nature, — ne vont jamais sans la baguette des métamorphoses à la mainet le sourire de la bienveil lance aux lèvres, leur joie exubérante s’épanche autour d’elles en dons merveilleux, et sous leurs pas légers l’herbe croît en abondance et la nuit s’éclaire aux lueurs phosphorescentes de leur vol argenté... Elles sont la Vie même, incarnée dans la splendeur des formes féminines; elles sontl’Amour qui féconde tout d’un rayon de ses doux yeux! Mais n’as-tu pas vu, près des ruines décriées que hantent les mauvais esprits, à l’entour des cime— tières délaissés ou sur l’escarpement de falaises crou lantes, d’âpres traînées où l’herbe ne pousse jamais, comme si quelque souffle impur avait, en passant là, stérilisé la glèbe? — Avance : une haleine glacée a couru dans tes cheveux... Prends au long de ces broussailles de sinistre apparence; un instinct infail— lible te guide avec des frissons... Laisse à ta gauche la Mare aux Sorciers, cette flaque d’eau croupissant dans un creux et que dissimule une ramée de saulaie
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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