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16 L’INITIATION '“ ‘ "‘“‘*‘ grimoire de Efl'entiis Efleutz‘arum, où l’on dit qu’Abel renferma dans une pierre un traité d’astrologie ! Hermès, après le déluge, en tira ce livre, « auquel ei’toit enfeigné l’art de faire des images foubs certaines planetes & constellations: & que pour luy, comme il ei’toit incommodé en les efludes par le grand bruit des chenaux qui pailoient tous les iours deuant fa feneflre pour aller boire, il en fit vne d’vn chenal, fuivant les regles dudit livre, laquelle citant mife en la ruë 2. ou 3. pieds dans terre, les palfreniers furent en apres contrainêts de chercher vn autre chemin n’eftant plus en leur puiilance de faire pafÏer aucun cheual par cet endroit. » (Apol., p. 350.) Ces légendes montrent d’abondant quelle rage sévissait alors, — véritable épidémie morale, —- d e voir. partout des magiciens. On en racontait bien d’autres sur Agrippa; nous n’en combrerons pas ces pages d’un fatras pareil. Ecoutons plutôt Naudé: après avoir rappelé nombre de parti cularités à la louange de celui qu’on fiétrissait encore du nom d’archisorcier, notamment « qu’il fut choifi par le Cardinal de Sainte Croix pour l’aiTifter au Con cile... que le pape luy écriuit vne lettre pour l’exhorter à pourfuiure à bien faire, comme il avoit commencé; que le cardinal de Lorraine voulut ef’tre parrain de l’vn de fes fils en France... etc..., & finalement qu’il fut amy iingulier de quatre cardinaux, cinq euefques et de tous les hommes doé’ces de fon temps... que lacques Gohory le met inter clar{flzma fuifæculi lumina; que Lud. Vvigius le nomme uenerandum dominum Agrippam, etc... » (Apologie, p. 294) ;
2F*“a>wfitfl.M-WæL—I-aær n.! . . . . .ü-u «'9' LE SORCI ER 7 Naud‘é,'qui ne manque pas de logique, «demanda toit volontiers à Delrio pourquoy le ingement du pape, l’autorité de tant de cardinaux et d’euefques, la faueur de deux empereurs et autant de roys ne font prennes bonnes et légitimes pour démonf’crer fon innocence. » (Apol., p. 296.) Toutes ces citations n’ont autre but que de faire toucher au lecteur par quelles accusations on essayait alors de ternir et par quels arguments on s’efforçait de défendre la mémoire d’un savanttel qu’l—Ienry Corneille Agrippa... Et ces choses se débattaient à la fin du XVII° siècle ! Un dernier trait bien propre à révéler l’état des esprits vers cette époque: « Nicolas Remigius, juge criminel en Lorraine, voyait de la magie partout; c’était son idée fixe, sa folie. Il voulait prêcher une croisade contre les sorciers dont il voyait l’Europe remplie. Désespéré de n’être pas cru sur parole, quand il affirmait que presque tout le monde était coupable de Magie, il finit par se dénoncer lui-même et fut brûlé sur ses propres aveux (I). » De tels faits peuvent passer pour typiques; leur éloquence répugne à tout commentaire. S’il en faut croire Ferdinand Denys (2), compilateur intelligent de tous les chroniqueurs anciens, on comptait à Paris, sous le règne de Charles IX, plus de trente mille sorciers. Pour être impartial (et même en faisant une large / (1) Eliphas Lévi, Rituel de Izf'Îlaute Magie, p. 29°. (2) 'Iableay historique et analytique des sciences occultes. Paris, 1842, I vol. In-32, p. 159.
38 L’INITIATION part à l’exagération des démonographes, motivée par la commune manie de voir partout des légats de l’enfer), il faut bien convenir d’une chose: les sor ciers pullulaient alors et l’on conçoit l’aflolement du populaire; il n’est pas jusqu’à l’aveuglement des magistrats dont on ne se rende compte en le.déplorant. Car, —' nous ne saurions trop le répéter, — la sorcelle— rie n’est pas un vain mot; les maléfices, les envoûte— ments, les sorts ont eu de tout temps et ont encore une réalité formidable... Qu’on ait abusé de l’accusa tion de magie noire, ce n’est pas douteux et nous venons d’en produire d’étonnants exemples; mais vraiment est-ce un motif plausible pour affirmer que la sorcellerie n’est jamais qu’un rêve, les enchanteurs tous de misérables jongleurs sans puissance, lesl ma léficiés toujours de pauvres victimes de leur imagina— tion malade ? . Aläveugle qui soutiendrait une pareille thèse, la science moderne, — oui, la science même des univer sités,— viendrait infliger des démentis quotidiens. Sans invoquer ici l’indéniable réalité de phénomènes occultes dont les docteurs du spiritisme seraient eux mêmes épouvantés (eux qui prétendent ne s’étonner de rien!), je prie le public incrédule de se reporter simplement aux expériences des docteurs Liébeault, Beaunis, Bernheim, Luys, et autres coryphées de l’en— seignement universitaire. Je le déclare hautement ici : quiconque, ayant pris connaissance des faits scientifiquement enregistrés par ces maîtres de l’hypnotisme et réfléchi quelque peu sur l’essence de ces phénomènes, nie la possibilité —« * 'm .ÿa...ä....v; . "r .."-Rr—l- .—:-.—-—._
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
16 L’INITIATION '“ ‘ "‘“‘*‘ grimoire de Efl'entiis Efleutz‘arum, où l’on dit qu’Abel renferma dans une pierre un traité d’astrologie ! Hermès, après le déluge, en tira ce livre, « auquel ei’toit enfeigné l’art de faire des images foubs certaines planetes & constellations: & que pour luy, comme il ei’toit incommodé en les efludes par le grand bruit des chenaux qui pailoient tous les iours deuant fa feneflre pour aller boire, il en fit vne d’vn chenal, fuivant les regles dudit livre, laquelle citant mife en la ruë 2. ou 3. pieds dans terre, les palfreniers furent en apres contrainêts de chercher vn autre chemin n’eftant plus en leur puiilance de faire pafÏer aucun cheual par cet endroit. » (Apol., p. 350.) Ces légendes montrent d’abondant quelle rage sévissait alors, — véritable épidémie morale, —- d e voir. partout des magiciens. On en racontait bien d’autres sur Agrippa; nous n’en combrerons pas ces pages d’un fatras pareil. Ecoutons plutôt Naudé: après avoir rappelé nombre de parti cularités à la louange de celui qu’on fiétrissait encore du nom d’archisorcier, notamment « qu’il fut choifi par le Cardinal de Sainte Croix pour l’aiTifter au Con cile... que le pape luy écriuit vne lettre pour l’exhorter à pourfuiure à bien faire, comme il avoit commencé; que le cardinal de Lorraine voulut ef’tre parrain de l’vn de fes fils en France... etc..., & finalement qu’il fut amy iingulier de quatre cardinaux, cinq euefques et de tous les hommes doé’ces de fon temps... que lacques Gohory le met inter clar{flzma fuifæculi lumina; que Lud. Vvigius le nomme uenerandum dominum Agrippam, etc... » (Apologie, p. 294) ;
2F*“a>wfitfl.M-WæL—I-aær n.! . . . . .ü-u «'9' LE SORCI ER 7 Naud‘é,'qui ne manque pas de logique, «demanda toit volontiers à Delrio pourquoy le ingement du pape, l’autorité de tant de cardinaux et d’euefques, la faueur de deux empereurs et autant de roys ne font prennes bonnes et légitimes pour démonf’crer fon innocence. » (Apol., p. 296.) Toutes ces citations n’ont autre but que de faire toucher au lecteur par quelles accusations on essayait alors de ternir et par quels arguments on s’efforçait de défendre la mémoire d’un savanttel qu’l—Ienry Corneille Agrippa... Et ces choses se débattaient à la fin du XVII° siècle ! Un dernier trait bien propre à révéler l’état des esprits vers cette époque: « Nicolas Remigius, juge criminel en Lorraine, voyait de la magie partout; c’était son idée fixe, sa folie. Il voulait prêcher une croisade contre les sorciers dont il voyait l’Europe remplie. Désespéré de n’être pas cru sur parole, quand il affirmait que presque tout le monde était coupable de Magie, il finit par se dénoncer lui-même et fut brûlé sur ses propres aveux (I). » De tels faits peuvent passer pour typiques; leur éloquence répugne à tout commentaire. S’il en faut croire Ferdinand Denys (2), compilateur intelligent de tous les chroniqueurs anciens, on comptait à Paris, sous le règne de Charles IX, plus de trente mille sorciers. Pour être impartial (et même en faisant une large / (1) Eliphas Lévi, Rituel de Izf'Îlaute Magie, p. 29°. (2) 'Iableay historique et analytique des sciences occultes. Paris, 1842, I vol. In-32, p. 159.
38 L’INITIATION part à l’exagération des démonographes, motivée par la commune manie de voir partout des légats de l’enfer), il faut bien convenir d’une chose: les sor ciers pullulaient alors et l’on conçoit l’aflolement du populaire; il n’est pas jusqu’à l’aveuglement des magistrats dont on ne se rende compte en le.déplorant. Car, —' nous ne saurions trop le répéter, — la sorcelle— rie n’est pas un vain mot; les maléfices, les envoûte— ments, les sorts ont eu de tout temps et ont encore une réalité formidable... Qu’on ait abusé de l’accusa tion de magie noire, ce n’est pas douteux et nous venons d’en produire d’étonnants exemples; mais vraiment est-ce un motif plausible pour affirmer que la sorcellerie n’est jamais qu’un rêve, les enchanteurs tous de misérables jongleurs sans puissance, lesl ma léficiés toujours de pauvres victimes de leur imagina— tion malade ? . Aläveugle qui soutiendrait une pareille thèse, la science moderne, — oui, la science même des univer sités,— viendrait infliger des démentis quotidiens. Sans invoquer ici l’indéniable réalité de phénomènes occultes dont les docteurs du spiritisme seraient eux mêmes épouvantés (eux qui prétendent ne s’étonner de rien!), je prie le public incrédule de se reporter simplement aux expériences des docteurs Liébeault, Beaunis, Bernheim, Luys, et autres coryphées de l’en— seignement universitaire. Je le déclare hautement ici : quiconque, ayant pris connaissance des faits scientifiquement enregistrés par ces maîtres de l’hypnotisme et réfléchi quelque peu sur l’essence de ces phénomènes, nie la possibilité —« * 'm .ÿa...ä....v; . "r .."-Rr—l- .—:-.—-—._
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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