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1LE SORCIER 3 Principe divinisé un temple ou un autel de ténèbres, — véritable point de ralliement pour tous les adora teurs du démon. C’était recruter à l’avance, et jusque dans les siècles futurs, tous les faux mystiques et tous les sorciers. . Nous n’en finirions pas, à suivre cette hérésie pro« téiforme dans toutes ses modalités: l’essence de ses mystères seprévélera d’elle—même, quand nous étudie— rons les rites et les cérémonies de Sabbat. Nous n’hésitons pas à maintenir cette allégation, pour injurieuse et paradoxale qu’elle puisse paraître. Albi geois, Vaudois, Trembleurs des Cévennes et même Sorciers du pays de Labour, sont autant de sectes manichéennesà peine déguisées, et le procès des templiers manichéens (I) jettera pour nous quelque lumière sur la nature infernale et dualistique de cette monstrueuse hérésie. Nous ne saurions poursuivre la personnalité fuyante du Sorcier sous tous ses déguisements à ‘travers l’histoire du moyen âge et des temps modernes. Même tracée currente calamo, une pareille mono. graphie ferait double emploi : en signalant au cha pitre Iv quelques—uns des plus fameux procès dont l’invariable issue laisse à toutes les pages denos annales chrétiennes autant de taches de sang, il nous sera loisible de distinguer, à des traits caractéristiques, le vrai Sorcier du faux. L’appellation de faux sorcier, dont pourrait s’étonner le lecteur, se justifie d’elle-même, quand (1) Chapitre Iv : IaJuxtice des hommes.
24L’INITIATION on songe que tous les grands hommes, pour peu qu’ils ne se résignassent point au bonnet d’âne du Doctor Scholasticus, étaient fatalement accusés de maléfice et d’hérésie! Du même coup, ils risquaient la prison, la torture, le bûcher. . r Toute supériorité récalcitrante se v'oyait timbrée de l’étiquette fatale, non seulement au regard des clercs et de leur envieuse médiocratie, mais encore devant le tribunal de l’opinion publique. ' A tout seigneur, tout honneur: Albert le Grand, Trithème, Agrippa, valent d’être cités en première ligne. —— C’étaient des Mages... comment n’en eût-on pas fait des Sorciers? -— Saint Thomas d’Aquin lui-même, l’Ange de l’École! ne peut échapper au soupçon de Sorcellerie, pas plus que son contem porain le moine Raymond Lulle de Palma, — le Docteur très illuminé. ‘ En humeur d’univeTselle méfiance, les monomanes de la Démonologie n’épargnèrent pas même le trône pontifical. Il faut croire que les papes Sylvestre Il et* Grégoire VII passaient encore au xvn" siècle pour des suppôts de Beelzébuth; puisque le savant Naudé'plaide leur innocence, dans l’excellent et courageux livre qu’il publia en 1625 : Apologie pour les tous grands hommes qui ont été accuseg de Magie. (Paris, in-8°.) Encore est-il aigrement repris de son scepticisme par le capucin Jacques d’Autun (de son vrai nom sieur de Chevannes), l’auteur d’un inepte in-4° de plus de millepages, qui a pour titre: l’Incrédulite’fçauante et la crédulité ignorante, au sujet des magiciens et des sorciers. (Lyon, I 674.)
3LE sonores 5 Rien n’est plus boufi‘on que les accusations portées contre tous les génies par les maniaques entêtés de surnaturel, — accusations dont s’indigne l’honnête Naudé. Nous en citerons d’après lui deux exemples .: Sur Corneille Agrippa. : —— « Delrio rapporte qu’eflant à Louuain, comme le diable eut ef’tranglé l’vn de ses penlionnaires, il luy commanda d’entrer dans fon corps & de le faire marcher 7. ou 8. tours deuant la place publique auparauant que de le quitter, afin qu’il ne fuflmisen peine et foupçonné de.fa mort, quand tout le peuple l’auroit iugée fubite et naturelle. Aquoy fe r’apporte pareillement ce que Paul loue dit en fes éloges, qu’il mourut fort pauure et abandonné de tout le monde dans la ville de Lyon, et que touché de repentance, il donna congé avn grand chien noir qui l’auoit fuiui tout le temps de la vie, luy citant vn collier plein d’images & figures magi ques, et lui disant tout en cholerei Abi, perdita beflz‘a quæ me totum perdidz‘stz‘; en fuitte de quoy ledit chien I’alla précipiter dedans la Saone et ne fut depuis ny veu ny rencontré (I). » (N AUDÉ, Apologie, édition de Paris, 1669 (2), in-12.) Sur Saint Thomas d’Aquin: Naudé se chagrine d’entendre attribuer à ce père de l’Église le mauvais (1) De même Boum: enLe chien noir d‘Agrippa, qu'il appelait Môfieur, fitoit u'Agrippa fut mort en l’hofpntal de Grenoble, f'alls latter en la riuiere deuant tout le monde et depuis ne fait iamais veu. » (Ré/Malien des apimon: de Vm‘er, p. 241.) Ainsi Jove et Bodin sont bien d'accord sur le prodige du suicide de ce pauvre chien; mais ils ne peuvent s'entendre sur la ville ou mourut Agrippa: L'un tient pour Lyon, l'autre pour Grenoble.... Cela est bien caractenstiqœ. , (z) Ayant entre les mains cette édition de Paris, 1669, iu-tz, c'est sa pagination que j‘indique.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1LE SORCIER 3 Principe divinisé un temple ou un autel de ténèbres, — véritable point de ralliement pour tous les adora teurs du démon. C’était recruter à l’avance, et jusque dans les siècles futurs, tous les faux mystiques et tous les sorciers. . Nous n’en finirions pas, à suivre cette hérésie pro« téiforme dans toutes ses modalités: l’essence de ses mystères seprévélera d’elle—même, quand nous étudie— rons les rites et les cérémonies de Sabbat. Nous n’hésitons pas à maintenir cette allégation, pour injurieuse et paradoxale qu’elle puisse paraître. Albi geois, Vaudois, Trembleurs des Cévennes et même Sorciers du pays de Labour, sont autant de sectes manichéennesà peine déguisées, et le procès des templiers manichéens (I) jettera pour nous quelque lumière sur la nature infernale et dualistique de cette monstrueuse hérésie. Nous ne saurions poursuivre la personnalité fuyante du Sorcier sous tous ses déguisements à ‘travers l’histoire du moyen âge et des temps modernes. Même tracée currente calamo, une pareille mono. graphie ferait double emploi : en signalant au cha pitre Iv quelques—uns des plus fameux procès dont l’invariable issue laisse à toutes les pages denos annales chrétiennes autant de taches de sang, il nous sera loisible de distinguer, à des traits caractéristiques, le vrai Sorcier du faux. L’appellation de faux sorcier, dont pourrait s’étonner le lecteur, se justifie d’elle-même, quand (1) Chapitre Iv : IaJuxtice des hommes.
24L’INITIATION on songe que tous les grands hommes, pour peu qu’ils ne se résignassent point au bonnet d’âne du Doctor Scholasticus, étaient fatalement accusés de maléfice et d’hérésie! Du même coup, ils risquaient la prison, la torture, le bûcher. . r Toute supériorité récalcitrante se v'oyait timbrée de l’étiquette fatale, non seulement au regard des clercs et de leur envieuse médiocratie, mais encore devant le tribunal de l’opinion publique. ' A tout seigneur, tout honneur: Albert le Grand, Trithème, Agrippa, valent d’être cités en première ligne. —— C’étaient des Mages... comment n’en eût-on pas fait des Sorciers? -— Saint Thomas d’Aquin lui-même, l’Ange de l’École! ne peut échapper au soupçon de Sorcellerie, pas plus que son contem porain le moine Raymond Lulle de Palma, — le Docteur très illuminé. ‘ En humeur d’univeTselle méfiance, les monomanes de la Démonologie n’épargnèrent pas même le trône pontifical. Il faut croire que les papes Sylvestre Il et* Grégoire VII passaient encore au xvn" siècle pour des suppôts de Beelzébuth; puisque le savant Naudé'plaide leur innocence, dans l’excellent et courageux livre qu’il publia en 1625 : Apologie pour les tous grands hommes qui ont été accuseg de Magie. (Paris, in-8°.) Encore est-il aigrement repris de son scepticisme par le capucin Jacques d’Autun (de son vrai nom sieur de Chevannes), l’auteur d’un inepte in-4° de plus de millepages, qui a pour titre: l’Incrédulite’fçauante et la crédulité ignorante, au sujet des magiciens et des sorciers. (Lyon, I 674.)
3LE sonores 5 Rien n’est plus boufi‘on que les accusations portées contre tous les génies par les maniaques entêtés de surnaturel, — accusations dont s’indigne l’honnête Naudé. Nous en citerons d’après lui deux exemples .: Sur Corneille Agrippa. : —— « Delrio rapporte qu’eflant à Louuain, comme le diable eut ef’tranglé l’vn de ses penlionnaires, il luy commanda d’entrer dans fon corps & de le faire marcher 7. ou 8. tours deuant la place publique auparauant que de le quitter, afin qu’il ne fuflmisen peine et foupçonné de.fa mort, quand tout le peuple l’auroit iugée fubite et naturelle. Aquoy fe r’apporte pareillement ce que Paul loue dit en fes éloges, qu’il mourut fort pauure et abandonné de tout le monde dans la ville de Lyon, et que touché de repentance, il donna congé avn grand chien noir qui l’auoit fuiui tout le temps de la vie, luy citant vn collier plein d’images & figures magi ques, et lui disant tout en cholerei Abi, perdita beflz‘a quæ me totum perdidz‘stz‘; en fuitte de quoy ledit chien I’alla précipiter dedans la Saone et ne fut depuis ny veu ny rencontré (I). » (N AUDÉ, Apologie, édition de Paris, 1669 (2), in-12.) Sur Saint Thomas d’Aquin: Naudé se chagrine d’entendre attribuer à ce père de l’Église le mauvais (1) De même Boum: enLe chien noir d‘Agrippa, qu'il appelait Môfieur, fitoit u'Agrippa fut mort en l’hofpntal de Grenoble, f'alls latter en la riuiere deuant tout le monde et depuis ne fait iamais veu. » (Ré/Malien des apimon: de Vm‘er, p. 241.) Ainsi Jove et Bodin sont bien d'accord sur le prodige du suicide de ce pauvre chien; mais ils ne peuvent s'entendre sur la ville ou mourut Agrippa: L'un tient pour Lyon, l'autre pour Grenoble.... Cela est bien caractenstiqœ. , (z) Ayant entre les mains cette édition de Paris, 1669, iu-tz, c'est sa pagination que j‘indique.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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