Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1196 L’INITIATION . exemple ne nous détourne pas du sorcier légendaire — immonde et redouté paria du moyen âge et de la Renaissance: fanatique et borné, craintif comme tous les suspects, téméraire comme tous les poltrons tra qués. Entre les modernes magiciens, ces hâbleurs obligés des séances publiques, et les fauteurs de sortilèges d’antan, il est un point de rapport et un point de dis semblance. Marionnettes également inconscientes d’un, agent qu’ils prétendent asservi, tous deux ont iné branlablement foi aux essences spirituelles: mais le Médium, convaincu de l’existence des désincarnés, s’obstine à nier Satan; le sorcier, en revanche, croit de toutes les forces de son être à la puissance du Prince des enfers, et à la terrible réalité de ses faveurs. Que dis—je P... Envisagé dans son cadre normal (la vie ambiante des XVI° et xvu° siècles), nous le voyons minuter un pacte dans toutes les formes. 'Ce n’est nullement un objet de mystification ou d’intimidation pour les badauds, que ce pacte avec l’Esprit; c’est un contrat rédigé par le sorcier avec un soin et une conviction sans égales, au péril de ses jours: la découverte de cette seule pièce suffit à motiver sa mort sur le bûcher, à la Suite des plus épouvantables tourments. Nous aurons à revenir sur les pactes, au sujet des procès de sorcellerie; n’anticipons pas. Réservant ‘ d’ailleurs pour le Livre II, — autant qu’il nous est possible, —— tout ce qui ressemble à une explication ' scientifique, nous allons jeter encore un bref coup d’œil sur le personnage du sorcier vulgaire, ce juif«
2,___ . ,. ..L-.: <.æm.«uæ,_ u,..,.: . LE soncnsx ' 197 errant du crime occulte (I), souvent poursuivi de tannière en tannière et fugitif d’exil en exil; glissant comme une ombre dans les lieux solitaires en mar mottant d’incompréhensibles paroles, et l’œil mobile, égaré, dardant partout des regards stupides de rancune ou chargés d’effroi. Mais il n’est pas toujours menacé. Protégé des grands parfois, la Tradition nous le montre aussi la tête haute, se pavanant dans l’odieux et grotesque appareil de sa nullité prétentieuse: c’est même à ces derniers caractères qu’il nous sera le plus facile de le reconnaître et de le dénoncer sous tous ses déguise— ments. Car il est Protée et varie selon les époques et les milieux; mais la grifi°e satanique reste indélébile sur son front. ' Or, Satan ne pouvant être, nous croyons l’avoir dit, que le prototype du néant et de la vanité haineuse, il s’ensuit que le cachet de sa domination, l’empreinte de sa présence, sa signature morale, en un mot, ofl’re nécessairement toutes les marques distinctives du non-être, de la misère et de l’envie. Ce triple critérium est infaillible. Le lecteur lui— même pourra s’en convaincre au chapitre VI: Con sacré tout entier à la description du sorcier dans son moderne avatar (si différent par la forme de ce qu’il apparaissait jadis), ce chapitre m’étonnera personne; (I) Ce serait une naïveté insigne que de croire la Perversité, la Ruse et la Puissance incompatibles avec l’lgnorance et la Bétise. Des Bergers ignares et crétins sont souvent de redoutables Jettaloret: chez eux lymstinct supplée à l‘intelligence avortée. Ils dis osent de fluides grossiers, accumulés a haute tension, et la terreur cré ule des masses soumet à leur ascendant des êtres infiniment supérieurs à eux—mêmes, mais subjugués par la crainte et la superstition.
3198 L’lNI'I‘1ATION et placé face à face avec des familiers de Beelzébuth en blouse ou en habit noir, nul, grâce au signalement ci-dessus, n’hésitera un instant à les reconnaître. Il est de fait qu’en tous climats comme à tous les âges. le mal se manifeste sous des aspects peu variables: aberrations de l’esprit, perversions de l’âme, souillures du corps, ‘— ce sont mêmes folies, mêmes passions, mêmes vices, et, comme l’a dit quelque part Eliphas Lévi, «l’Esprit de Ténèbres n’est guère inventif». Les magiciens noirs se retrouvent donc tout au long de l’histoire des peuples et l’on serait bien empêché de dire une époque ou un pays qu’ait épargné ce genre de peste. Interrogez les annales de l’antiquité: pas un écri vain qui ne témoigne de leur existence et de la terreur qui gagnait les hommes à leur approche. Les Pères de l’Église proclament à l’envi que les premiers siècles de l’ère chrétienne en furent infestés. Si l’on se reporte aux chroniques du moyen âge, on les voit pulluler sur la face de l’Europe, avec l'effroyable fécondité propre aux races maudites. Ils sont les larves de ce long crépuscule. — Comme les libellules de nos étangs, nées de la vapeur d’eau sous l’influence d’un rayon du soleil, eux semblent naître de l’épaississement des ténèbres sur la vapeur du sang versé. Mais ce ne sont point de simples fantômes, hélas! car la grande aurore de la Renais sance ne les dissipe pas. Ils ne sont que d’une trop formidable réalité. Loin qu’il diminue, leur nombre croît de jour en jour; le zèle féroce du magistrat ne le dispute qu’à la ruse perverse du criminel, et tou
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1196 L’INITIATION . exemple ne nous détourne pas du sorcier légendaire — immonde et redouté paria du moyen âge et de la Renaissance: fanatique et borné, craintif comme tous les suspects, téméraire comme tous les poltrons tra qués. Entre les modernes magiciens, ces hâbleurs obligés des séances publiques, et les fauteurs de sortilèges d’antan, il est un point de rapport et un point de dis semblance. Marionnettes également inconscientes d’un, agent qu’ils prétendent asservi, tous deux ont iné branlablement foi aux essences spirituelles: mais le Médium, convaincu de l’existence des désincarnés, s’obstine à nier Satan; le sorcier, en revanche, croit de toutes les forces de son être à la puissance du Prince des enfers, et à la terrible réalité de ses faveurs. Que dis—je P... Envisagé dans son cadre normal (la vie ambiante des XVI° et xvu° siècles), nous le voyons minuter un pacte dans toutes les formes. 'Ce n’est nullement un objet de mystification ou d’intimidation pour les badauds, que ce pacte avec l’Esprit; c’est un contrat rédigé par le sorcier avec un soin et une conviction sans égales, au péril de ses jours: la découverte de cette seule pièce suffit à motiver sa mort sur le bûcher, à la Suite des plus épouvantables tourments. Nous aurons à revenir sur les pactes, au sujet des procès de sorcellerie; n’anticipons pas. Réservant ‘ d’ailleurs pour le Livre II, — autant qu’il nous est possible, —— tout ce qui ressemble à une explication ' scientifique, nous allons jeter encore un bref coup d’œil sur le personnage du sorcier vulgaire, ce juif«
2,___ . ,. ..L-.: <.æm.«uæ,_ u,..,.: . LE soncnsx ' 197 errant du crime occulte (I), souvent poursuivi de tannière en tannière et fugitif d’exil en exil; glissant comme une ombre dans les lieux solitaires en mar mottant d’incompréhensibles paroles, et l’œil mobile, égaré, dardant partout des regards stupides de rancune ou chargés d’effroi. Mais il n’est pas toujours menacé. Protégé des grands parfois, la Tradition nous le montre aussi la tête haute, se pavanant dans l’odieux et grotesque appareil de sa nullité prétentieuse: c’est même à ces derniers caractères qu’il nous sera le plus facile de le reconnaître et de le dénoncer sous tous ses déguise— ments. Car il est Protée et varie selon les époques et les milieux; mais la grifi°e satanique reste indélébile sur son front. ' Or, Satan ne pouvant être, nous croyons l’avoir dit, que le prototype du néant et de la vanité haineuse, il s’ensuit que le cachet de sa domination, l’empreinte de sa présence, sa signature morale, en un mot, ofl’re nécessairement toutes les marques distinctives du non-être, de la misère et de l’envie. Ce triple critérium est infaillible. Le lecteur lui— même pourra s’en convaincre au chapitre VI: Con sacré tout entier à la description du sorcier dans son moderne avatar (si différent par la forme de ce qu’il apparaissait jadis), ce chapitre m’étonnera personne; (I) Ce serait une naïveté insigne que de croire la Perversité, la Ruse et la Puissance incompatibles avec l’lgnorance et la Bétise. Des Bergers ignares et crétins sont souvent de redoutables Jettaloret: chez eux lymstinct supplée à l‘intelligence avortée. Ils dis osent de fluides grossiers, accumulés a haute tension, et la terreur cré ule des masses soumet à leur ascendant des êtres infiniment supérieurs à eux—mêmes, mais subjugués par la crainte et la superstition.
3198 L’lNI'I‘1ATION et placé face à face avec des familiers de Beelzébuth en blouse ou en habit noir, nul, grâce au signalement ci-dessus, n’hésitera un instant à les reconnaître. Il est de fait qu’en tous climats comme à tous les âges. le mal se manifeste sous des aspects peu variables: aberrations de l’esprit, perversions de l’âme, souillures du corps, ‘— ce sont mêmes folies, mêmes passions, mêmes vices, et, comme l’a dit quelque part Eliphas Lévi, «l’Esprit de Ténèbres n’est guère inventif». Les magiciens noirs se retrouvent donc tout au long de l’histoire des peuples et l’on serait bien empêché de dire une époque ou un pays qu’ait épargné ce genre de peste. Interrogez les annales de l’antiquité: pas un écri vain qui ne témoigne de leur existence et de la terreur qui gagnait les hommes à leur approche. Les Pères de l’Église proclament à l’envi que les premiers siècles de l’ère chrétienne en furent infestés. Si l’on se reporte aux chroniques du moyen âge, on les voit pulluler sur la face de l’Europe, avec l'effroyable fécondité propre aux races maudites. Ils sont les larves de ce long crépuscule. — Comme les libellules de nos étangs, nées de la vapeur d’eau sous l’influence d’un rayon du soleil, eux semblent naître de l’épaississement des ténèbres sur la vapeur du sang versé. Mais ce ne sont point de simples fantômes, hélas! car la grande aurore de la Renais sance ne les dissipe pas. Ils ne sont que d’une trop formidable réalité. Loin qu’il diminue, leur nombre croît de jour en jour; le zèle féroce du magistrat ne le dispute qu’à la ruse perverse du criminel, et tou
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
No commentary for this page.