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1l'initiation oeuvre à part, où l’originalité ne le cède en rien à la clarté et à une admirable exposition des phénomènes de l’esprit ; le contraste est violent avec Fa métaphy sique allemande du même temps. Lebon senséelatant dont elle s’illumine, la rigueur mathématique de ses définitions et de scs déductions, la convenance par faite doses inductions, ne permettent de la comparer, parmi les traités analogues, qu'à un seul : le Discours sur la méthode. On sent que l’auteur est du pays de Bacon, du pays de la science expérimentale, du pays des Newton, des Davy et des Priestley. En ce qui concerne la connaissance, il n’admet en réalité que les phénomènes ; d'aprèslui, on peut définir la matière : une possibilité permanente de sensations; il nous ramène ainsi à Condillac, il le rajeunit et avec plus d’autorité que La Romiguière; avec lui apparaît la définition moderne de l'esprit; l’esprit n’est qu'une chaîne de faits de conscience. Dans sa Logique il établit ou croit établir que les axiomes ne reposent que sur l'expérience ; « Toutes les sciences commencent par être inductives, elles ne prennent que plus tard la forme déductive. L’induc tion seule nous instruit (point commun avec Condil lac). Pas de volition sans antécédent, donc détermi nisme absolu. Son Économie politique s'en ressent ; après avoir nié que la société soit une institution natu relle il la subordonne entièrement à la raison et admet trois époques : théocratique. métaphysique et logique. Toutefois, en appliquant à l'économie politique les résultats trouvésen logique, il en agrandit le domaine
2ESSAI S IR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE 7 et il prépare la sociologie. On peut même dire qu'il en est le fondateur. Cette doctrine de la sensation allait compter d’illustres disciples, Bain et Herbert Spencer, et Taine en France. Bien que son domaine ne.s’étende pas au delà de la pure psychologie et quelle ne puisse constituer à elle seule une philosophie à part, on doit lui être reconnaissant des progrès qu'elle a fait faire à l'analyse de l’esprit et de la voie nouvelle où elle a lancé la physiologie. Dépouillant les errements an ciens. effaçant ce son vocabulaire les entités vagues en lesquelles on prétendait, à priori, décomposer l’intel ligence, elle s’est résolument lancée dans l'observa tion. détruisant cette vieille barrière que l’orgueil de l’homme avait élevée entre lui et le reste des êtres, et, ne voulant voir en lui qu’un animal supérieur par la complicité et la richesse d’organisation, elle l’a étudié avec une sincérité dont on ne saurait trop la louer. Cependant l’Allemagne, loin d’abandonner la métaphysique, produit le plus gigantesque système déductif qu’on ail vu s’élever depuis Spinoza. Hegel, le plus puissant esprit, après Kant et Leibnitz, de ce pays si riche en philosophes, développe le panthéisme rationnel, l’accorde avec la science moderne, et l’édi fice qu’il élève est si imposant d’aspect, qu’on n’aperçoit pas tout d’abord, en l’admirant, la faiblesse de sa base. L’esprit universel dont les individus ne sont que des formes passagères évolue dans le temps; rien n’est en dehors de lui, il est tout ce qui est. La pensée en soi, dans un perpétuel devenir, crée tout et dévore
3l'initiation tout. Aussi la logique, la déductive, non l'expérimen tale, la subjective, non l'objective, est-elle la science par excellence, la science de Dieu considéré dans son essence. L’idée, qui sans cesse se transforme, est la seule réalité ; rien de ce qui existe soit subjectivement, soit objectivement ne peut être séparé d'elle, de sa substance éternelle et infinie. Aussi, en toutes choses, faut-il considérer la totalité.dégager la condition d'exis tence, le pourquoi et la fin de l'ensemble : les parties n’ont aucune valeur séparément, et leur seule raison d’être est que réunies elles forment un tout. On peut facilement prévoir ce que devient l'État dans un tel système et quelle faible importance une pareille philo sophie attache à l'individu dès qu’il sort de son rôle de citoyen, ou plutôt de rouage civique, le seul qu’il ait le droit de jouer et dans lequel il doit toujours se confiner. Infécond en politique, l’hégélianisme ouvre des horizons nouveaux à l’esthétique; la division de l'art en symbolique, classique et romantique, cette trinité riche en conséquences et en heureuses applica tions, ses aperçus profonds et impartiaux sur les religions contribuent à relever son originalité et accen tuent son caractère propre : l'Universalité. La méta physique moderne n'avait pas encore vu naître une doctrine plus complète et d'apparence plus rigoureuse. Mais Hegel n'en est pas seul le père. Spinoza, Kant et Schelling avaient fourni les organes. Hegel les a ras semblés et coordonnés. Quelques années plus tard, Schopenhaucr paraît, et avec lui la formule du pessimisme contemporain C'est la renaissance du panthéisme hindou, une
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1l'initiation oeuvre à part, où l’originalité ne le cède en rien à la clarté et à une admirable exposition des phénomènes de l’esprit ; le contraste est violent avec Fa métaphy sique allemande du même temps. Lebon senséelatant dont elle s’illumine, la rigueur mathématique de ses définitions et de scs déductions, la convenance par faite doses inductions, ne permettent de la comparer, parmi les traités analogues, qu'à un seul : le Discours sur la méthode. On sent que l’auteur est du pays de Bacon, du pays de la science expérimentale, du pays des Newton, des Davy et des Priestley. En ce qui concerne la connaissance, il n’admet en réalité que les phénomènes ; d'aprèslui, on peut définir la matière : une possibilité permanente de sensations; il nous ramène ainsi à Condillac, il le rajeunit et avec plus d’autorité que La Romiguière; avec lui apparaît la définition moderne de l'esprit; l’esprit n’est qu'une chaîne de faits de conscience. Dans sa Logique il établit ou croit établir que les axiomes ne reposent que sur l'expérience ; « Toutes les sciences commencent par être inductives, elles ne prennent que plus tard la forme déductive. L’induc tion seule nous instruit (point commun avec Condil lac). Pas de volition sans antécédent, donc détermi nisme absolu. Son Économie politique s'en ressent ; après avoir nié que la société soit une institution natu relle il la subordonne entièrement à la raison et admet trois époques : théocratique. métaphysique et logique. Toutefois, en appliquant à l'économie politique les résultats trouvésen logique, il en agrandit le domaine
2ESSAI S IR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE 7 et il prépare la sociologie. On peut même dire qu'il en est le fondateur. Cette doctrine de la sensation allait compter d’illustres disciples, Bain et Herbert Spencer, et Taine en France. Bien que son domaine ne.s’étende pas au delà de la pure psychologie et quelle ne puisse constituer à elle seule une philosophie à part, on doit lui être reconnaissant des progrès qu'elle a fait faire à l'analyse de l’esprit et de la voie nouvelle où elle a lancé la physiologie. Dépouillant les errements an ciens. effaçant ce son vocabulaire les entités vagues en lesquelles on prétendait, à priori, décomposer l’intel ligence, elle s’est résolument lancée dans l'observa tion. détruisant cette vieille barrière que l’orgueil de l’homme avait élevée entre lui et le reste des êtres, et, ne voulant voir en lui qu’un animal supérieur par la complicité et la richesse d’organisation, elle l’a étudié avec une sincérité dont on ne saurait trop la louer. Cependant l’Allemagne, loin d’abandonner la métaphysique, produit le plus gigantesque système déductif qu’on ail vu s’élever depuis Spinoza. Hegel, le plus puissant esprit, après Kant et Leibnitz, de ce pays si riche en philosophes, développe le panthéisme rationnel, l’accorde avec la science moderne, et l’édi fice qu’il élève est si imposant d’aspect, qu’on n’aperçoit pas tout d’abord, en l’admirant, la faiblesse de sa base. L’esprit universel dont les individus ne sont que des formes passagères évolue dans le temps; rien n’est en dehors de lui, il est tout ce qui est. La pensée en soi, dans un perpétuel devenir, crée tout et dévore
3l'initiation tout. Aussi la logique, la déductive, non l'expérimen tale, la subjective, non l'objective, est-elle la science par excellence, la science de Dieu considéré dans son essence. L’idée, qui sans cesse se transforme, est la seule réalité ; rien de ce qui existe soit subjectivement, soit objectivement ne peut être séparé d'elle, de sa substance éternelle et infinie. Aussi, en toutes choses, faut-il considérer la totalité.dégager la condition d'exis tence, le pourquoi et la fin de l'ensemble : les parties n’ont aucune valeur séparément, et leur seule raison d’être est que réunies elles forment un tout. On peut facilement prévoir ce que devient l'État dans un tel système et quelle faible importance une pareille philo sophie attache à l'individu dès qu’il sort de son rôle de citoyen, ou plutôt de rouage civique, le seul qu’il ait le droit de jouer et dans lequel il doit toujours se confiner. Infécond en politique, l’hégélianisme ouvre des horizons nouveaux à l’esthétique; la division de l'art en symbolique, classique et romantique, cette trinité riche en conséquences et en heureuses applica tions, ses aperçus profonds et impartiaux sur les religions contribuent à relever son originalité et accen tuent son caractère propre : l'Universalité. La méta physique moderne n'avait pas encore vu naître une doctrine plus complète et d'apparence plus rigoureuse. Mais Hegel n'en est pas seul le père. Spinoza, Kant et Schelling avaient fourni les organes. Hegel les a ras semblés et coordonnés. Quelques années plus tard, Schopenhaucr paraît, et avec lui la formule du pessimisme contemporain C'est la renaissance du panthéisme hindou, une
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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