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1On attribue à Albert le Grand un de ces automates presque. intelligent, et l’on ajoute que saint Thomas le brisa d’un coup de bâton, parce qu’il était embarrassé de ses réponses. Ce conte est une allégorie. L'androïde d’Albert le Grand, c’est la théologie aristotélicienne de la scolastique primitive, qui fut brisée par la Sommede saint Thomas, ce hardi novateur qui substitua le premier la loi absolue de la raison à l’arbitraire divin, en osant formuler cet axiome, que nous ne craignons pas de répéter à satiété, puisqu’il émane d’un pareil maître : Une chose n’est juste parce que Dieu le veut ; mais Dieu le veut parce qu’elle est juste. L’androïde réel, l’androïde sérieux des anciens, était un secret qu’ils cachaient à tous les regards, et que Mesmer, le premier, a osé divulguer de nos jours : c’était l’extension de la volonté du mage dans un autre corps, organisé et servi par un esprit élé mentaire ; en d’autres termes plus modernes et plus intelligibles, c’était un sujet magnétique. Stanislas de Guaita résume à peu près dans le même sens la théorie de l’homuncule-mandragore : * Une vieille tradition veut que l’homme ait apparu primitivement sur la terre, sous des formes de man dragores monstrueuses animées d’une vie instinctive, et que le souffle d’En-Haut évertua, transmua, dégrosLES PLANTES MAGIQUES i3 sit, enfin déracina, pour en faire des êtres doués de pensées et de mouvement propre. Aussi, ce fut au moyen âge le rêve ou le délire de certains adeptes, aspirants à la Maîtrise vitale, de retrouver la compo sition du limon-principe, afin d’y faire croître des mandragores qu’ils eussent réactionnées et suscitées à la vie mentale par l’infusion de V Archée.
2D’autres, moins ambitieux, se contentaient d’ob tenir de faux téraphims, en évoquant une larve dans une mandragore taillée en forme humaine : hideuse idole qu’ils conjuraient pour en tirer des oracles... A ce propos, Sédir nous dit dans son traité des plantes magiques que son ami Sisera en possède une qui représente exactement un père, une mère et un enfant au milieu d’eux. Elle a servi aux théories insanes de certains magiciens qui voulaient y trouver l’élixir de longue vie ou en faire de faux téraphims. Après les alchimistes, les sorciers imaginèrent une mandragore artificielle, dont les vertus ne laissaient rien à désirer. Voici le procédé: Cherchez une racine de la plante nommée bryone ou navet du diable. Sortez-la de la terre un samedi (jour de Saturne), un peu après l’équinoxe du printemps. Coupez les extré mités de cette racine et allez l’enterrer, la nuit, au milieu de la fosse d’un mort, dans un cimetière de campagne. Pendant trente jours vous irez l’arroser avec du lait de vache dans lequel vous aurez noyé trois chauves-souris. Le trente et unième jour arrive, retirez-la pendant la nuit et faîtes-la sécher dans un four chauffé avec de la verveine ; puis enveloppez-la dans un lambeau de drap, dans lequel est
3l’initiation H mort un homme, et portez-la toujours sur vous. A la mandragore d’Europe, nous devons adjoindre le gin-seng de Tartarie, découvert au Canada en 1616 par le P. Lafitau, et présenté par lui au duc d’Or léans, alors régent du royaume de France. Voici en quels termes il raconte sa découverte : « Ayant passé près de trois mois à chercher le gin-seng inutilement, le hasard me le montra, quand j’y pensais le moins, assez près d’une maison que je faisais bâtir. Il était alors dans sa maturité. La cou leur vermeille de son fruit arrêta ma vue. Je ne le considérai pas longtemps sans soupçonner que ce pouvait être la plante que je cherchais. L’ayant arra chée avec empressement, je la portai, plein de joie, à une sauvagesse que j'avais employée pour la cher cher de son côte. Elle la reconnut pour l’un de leurs remèdes ordinaires, dont elle me dit sur-le-champ l’usage que les sauvages en faisaient. Sur le rapport que je lui fis de l’estime qu’on en faisait à la Chine, elle se guérit dès le lendemain d’une fièvre intermittente qui la tourmentait depuis quelques mois. Elle n’y fit point d’autres préparations que boire leau froide où avaient trempé quelques-unes de ses racines brisées entre deux pierres. Elle fit depuis deux fois la même chose, et se guérit chaque fois dès le même jour. « Ma surprise fut extrême quand, sur la fin de la lettre du P. Jartoux, entendant l’explication du mot chinois qui signifie ressemblance de l'homme, ou, comme l’explique le traducteur du P. Kircher, cuisses de ihomme, je m’aperçus que le mot iroquoisgarentoguen avait la même signification. En effet, garentLES PLANTES MAGIQUES l5 oguen est un mot composé d'orenta qui signifie les cuisses et les jambes, et d'oguen, qui veut dire deux choses séparées. Faisant alors la même réflexion que le P. Jartoux sur la bizarrerie de ce nom, qui n’a été donné que sur une ressemblance fort imparfaite qui ne se trouve point dans plusieurs plantes de cette espèce, et qui se rencontre dans plusieurs autres .d’espèces fort différentes, je ne pus m’empêcher de conclure que la même signification n’avait pu être appliquée au mot chinois et au mot iroquois, sans une communication d’idée et, par conséquent, de per sonnes. « Par là je fus confirmé dans l’opinion que j’avais déjà, et qui est fondée sur d’autres préjugés, que l’Amérique ne faisait qu’un même continent avec l’Asie, à qui elle s’unit par la Tartarie au nord de la Chine. « Quand j’eus découvert le gin-seng, il me vint en pensée que ce pouvait être une espèce de mandragore. J'eus le plaisir de voir que je m’étais rencontré sur cela avec le P. Martini, qui, dans l’endroit que j’ai cité et qui est rapporté par le P. Kircher, parle en ces termes : « Je ne saurais mieux représenter cette racine, « en disant qu’elle est presque semblable à notre man- « dragore, hormis que celle-là est un peu plus petite, « quoiqu’elle soit de quelqu’une de ces espèces. Pour « moi, ajoute-t-il, je ne doute point du tout quelle « n’ait les mêmes qualités et une pareille vertu, puis- « qu’elle lui ressemble si fortet qu elles ont toutes deux « la même figure. » « Si le P. Martini a eu raison de l’appeler une
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1On attribue à Albert le Grand un de ces automates presque. intelligent, et l’on ajoute que saint Thomas le brisa d’un coup de bâton, parce qu’il était embarrassé de ses réponses. Ce conte est une allégorie. L'androïde d’Albert le Grand, c’est la théologie aristotélicienne de la scolastique primitive, qui fut brisée par la Sommede saint Thomas, ce hardi novateur qui substitua le premier la loi absolue de la raison à l’arbitraire divin, en osant formuler cet axiome, que nous ne craignons pas de répéter à satiété, puisqu’il émane d’un pareil maître : Une chose n’est juste parce que Dieu le veut ; mais Dieu le veut parce qu’elle est juste. L’androïde réel, l’androïde sérieux des anciens, était un secret qu’ils cachaient à tous les regards, et que Mesmer, le premier, a osé divulguer de nos jours : c’était l’extension de la volonté du mage dans un autre corps, organisé et servi par un esprit élé mentaire ; en d’autres termes plus modernes et plus intelligibles, c’était un sujet magnétique. Stanislas de Guaita résume à peu près dans le même sens la théorie de l’homuncule-mandragore : * Une vieille tradition veut que l’homme ait apparu primitivement sur la terre, sous des formes de man dragores monstrueuses animées d’une vie instinctive, et que le souffle d’En-Haut évertua, transmua, dégrosLES PLANTES MAGIQUES i3 sit, enfin déracina, pour en faire des êtres doués de pensées et de mouvement propre. Aussi, ce fut au moyen âge le rêve ou le délire de certains adeptes, aspirants à la Maîtrise vitale, de retrouver la compo sition du limon-principe, afin d’y faire croître des mandragores qu’ils eussent réactionnées et suscitées à la vie mentale par l’infusion de V Archée.
2D’autres, moins ambitieux, se contentaient d’ob tenir de faux téraphims, en évoquant une larve dans une mandragore taillée en forme humaine : hideuse idole qu’ils conjuraient pour en tirer des oracles... A ce propos, Sédir nous dit dans son traité des plantes magiques que son ami Sisera en possède une qui représente exactement un père, une mère et un enfant au milieu d’eux. Elle a servi aux théories insanes de certains magiciens qui voulaient y trouver l’élixir de longue vie ou en faire de faux téraphims. Après les alchimistes, les sorciers imaginèrent une mandragore artificielle, dont les vertus ne laissaient rien à désirer. Voici le procédé: Cherchez une racine de la plante nommée bryone ou navet du diable. Sortez-la de la terre un samedi (jour de Saturne), un peu après l’équinoxe du printemps. Coupez les extré mités de cette racine et allez l’enterrer, la nuit, au milieu de la fosse d’un mort, dans un cimetière de campagne. Pendant trente jours vous irez l’arroser avec du lait de vache dans lequel vous aurez noyé trois chauves-souris. Le trente et unième jour arrive, retirez-la pendant la nuit et faîtes-la sécher dans un four chauffé avec de la verveine ; puis enveloppez-la dans un lambeau de drap, dans lequel est
3l’initiation H mort un homme, et portez-la toujours sur vous. A la mandragore d’Europe, nous devons adjoindre le gin-seng de Tartarie, découvert au Canada en 1616 par le P. Lafitau, et présenté par lui au duc d’Or léans, alors régent du royaume de France. Voici en quels termes il raconte sa découverte : « Ayant passé près de trois mois à chercher le gin-seng inutilement, le hasard me le montra, quand j’y pensais le moins, assez près d’une maison que je faisais bâtir. Il était alors dans sa maturité. La cou leur vermeille de son fruit arrêta ma vue. Je ne le considérai pas longtemps sans soupçonner que ce pouvait être la plante que je cherchais. L’ayant arra chée avec empressement, je la portai, plein de joie, à une sauvagesse que j'avais employée pour la cher cher de son côte. Elle la reconnut pour l’un de leurs remèdes ordinaires, dont elle me dit sur-le-champ l’usage que les sauvages en faisaient. Sur le rapport que je lui fis de l’estime qu’on en faisait à la Chine, elle se guérit dès le lendemain d’une fièvre intermittente qui la tourmentait depuis quelques mois. Elle n’y fit point d’autres préparations que boire leau froide où avaient trempé quelques-unes de ses racines brisées entre deux pierres. Elle fit depuis deux fois la même chose, et se guérit chaque fois dès le même jour. « Ma surprise fut extrême quand, sur la fin de la lettre du P. Jartoux, entendant l’explication du mot chinois qui signifie ressemblance de l'homme, ou, comme l’explique le traducteur du P. Kircher, cuisses de ihomme, je m’aperçus que le mot iroquoisgarentoguen avait la même signification. En effet, garentLES PLANTES MAGIQUES l5 oguen est un mot composé d'orenta qui signifie les cuisses et les jambes, et d'oguen, qui veut dire deux choses séparées. Faisant alors la même réflexion que le P. Jartoux sur la bizarrerie de ce nom, qui n’a été donné que sur une ressemblance fort imparfaite qui ne se trouve point dans plusieurs plantes de cette espèce, et qui se rencontre dans plusieurs autres .d’espèces fort différentes, je ne pus m’empêcher de conclure que la même signification n’avait pu être appliquée au mot chinois et au mot iroquois, sans une communication d’idée et, par conséquent, de per sonnes. « Par là je fus confirmé dans l’opinion que j’avais déjà, et qui est fondée sur d’autres préjugés, que l’Amérique ne faisait qu’un même continent avec l’Asie, à qui elle s’unit par la Tartarie au nord de la Chine. « Quand j’eus découvert le gin-seng, il me vint en pensée que ce pouvait être une espèce de mandragore. J'eus le plaisir de voir que je m’étais rencontré sur cela avec le P. Martini, qui, dans l’endroit que j’ai cité et qui est rapporté par le P. Kircher, parle en ces termes : « Je ne saurais mieux représenter cette racine, « en disant qu’elle est presque semblable à notre man- « dragore, hormis que celle-là est un peu plus petite, « quoiqu’elle soit de quelqu’une de ces espèces. Pour « moi, ajoute-t-il, je ne doute point du tout quelle « n’ait les mêmes qualités et une pareille vertu, puis- « qu’elle lui ressemble si fortet qu elles ont toutes deux « la même figure. » « Si le P. Martini a eu raison de l’appeler une
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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