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1LETTRE DE CLAUDE DE SAINT-MARTlN 9 j’aime et éclairé par ses instructions. Me voilà pour tant collé icy pour au moins cinq semaines encore. Mon compagnon ne sera à Lyon que pour le paye— ment du 10 septembre. Si toutefois des raisons plus fortes que celle qu’il prévoit ne l’y retiennent pas plus longtems. En attendant, je passe les trois quarts et demi de ma vie dans ma chambre qui, par paren— thèse, est tournée de manière que je n’y peux pour ainsi dire rien faire, étant à découvert de partout, mais les inconvénients ne sont rien quand nous le voulons et celui qui n’a pas les moyens de faire n‘en est pas dispensé pour cela, car alors il faut qu’il les crée. Je vais tous les deux ou trois jours au Luxembourg, je voisl’abbé à peu près aussi souvent; pour Savalette c‘est un peu plus rarement, mais il y a discrétion de sa part, car si nous le voulions croire, nous l’aurions toute la journée sur les bras étant désœuvré et curieux; avec tout cela je crois que son chemin sera long. Nous l’avons traité une fois à soupé chez nous, il y prend goût, mais nous ne pouvons répéter la fête aussi souvent que nous le voudrions. Vous voyez à quoi s‘emploie mon tems, car tout celui que je ne donne point aux autres, je l’occupe avec moi-même et j’aurois besoin d’en employer tant, j’aurois besoin de me sevrer de tant d’obstacles, j’aurois tant besoin enfin d’un local et d’un genre de vieà mon gré, que c‘est ce qui me fait soupirer après l'ac complissement du projet dont je vous ay fait part et que je désire bien sincèrement qu’ilailvotre appro— bation. Vous scavez par vous-même qu’on peut avoir des motifs. purs, les miens le sont, je vous jure et
210 L’INITIATION j’espère, Dieu aidant, que la suite des tems vous en convaincra de manière à n'en pas douter; j’espère, enfin, qu’après n’avoir pu vous empêcher de me blâ mer, vous viendrez au point de ne plus faire que me plaindre, ce sera une grande consolation pour moi, car je serai sûr alors d’être bientôt tranquille sur votre amitié quand elle n’aura en moi que des foi blesses à excuser et qu’elle sera fermement persuadée que je ne cherche que le bien de tous en cherchant le mien, car'il n’y a qu’un seul point de réunion pour tous les hommes. Le Mtm de Sere m’a écrit pour m’engager d‘aller constituer un temple à Meaux, c’est le M“ de Corby qui lui a écrit à ce sujet, et de Sere me mande luiavoir envoyé mon adresse pour qu’il me fasse lui-même sa convocation. J’ay répondu au M“"’ de Sere que cette fonction seroit beaucoup mieux entre les mains de d’HauterivequidoitêtrepluslongtempsquemoiàParis. Je lui mande en outre mon peu de goût pour tout ce qui peutdonnerà notre affairel’airjuridique ethumain, mais que, malgré cela, je suis prêt à me rendre à ses ordres et à ses désirs, qu’en conséquence il ait la bonté de régler ma marche dans tous les points, ne sachant pas le premier mot de ce qu’il y a à faire en pareil cas. J’attends et sa réponse et la lettre de Mire Corby, qui n'a point encore paru. Nous ne nous connoissons l’un et l’autre nid’Ê ve ni d’Adam et je crois qu’il eût mieux aimé que le M“e de Sere l’eût adressé à tout autre qu’à moi, surtout au M“*’d’Hauterive qui sûrement l’aura au moins connu par sa correspondance à Versailles. Faites-lui part, je \ -ñ....l. m-..x.. .; L--_, ,.i. a.“ ..... .-._‘_ .__,_ ‘
3LEÏTRE DE CLAUDE DE SAINT-MARTIN Il vous prie,de cette affaire et dites-lui que pour le bien dela chose, je la croirais mieux entre ses mains; ainsi pour peu qu’il en ait d’envie, je lui remets d’avance tous mes futurs pouvoirs. J’ay vu ce matin chez moi, M. son frère,le Ch'zr qui m’a fait l’honneur de me visiter ; c’est un jeune homme fort doux et que je trouve tres louable de n’avoir pas voulu entrer encore dans notre affaire sur ce qu’il ne s’en croit pas digne, vu sa jeunesse, sa dissipation et l‘empire que les goûts mondains ont encore sur lui. Il est plus que probable que je n’irai point en Tou raine. Je n’entends plus parler de mon père; mes autres parents m'écrivent comme s’il n’y avait rien de commun entre nous. Je réglerai d’icy mes affaires avec eux et j’économiserai au moins l’argent du voyage. Dans le règlement de mes affaires, j'aurai ' peut-être recours à vos bontés et soins officieux p3ur moi; il s’agit d’une somme de mille écus dont je dois recevoir le remboursement à la fin d’août, à Paris. Je ne voudrois pas la manger, mais la placer puisque c’est un fonds, et, si mon beau-frère ne veut pas s’en charger, je vous demanderai vos conseils pour la. placer à Lyon. Vous ne doutez pas que je préférasse votre créanceàtouteautre, mais je nescais si vos affaires sont montées sur le pied de prendre de l’argent étran ger, ainsi je ne vous propose que ce qui sera propo— sable. Adieu, T. Ch. M“°,fiat Pax. DE SAINT-MARTIN.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1LETTRE DE CLAUDE DE SAINT-MARTlN 9 j’aime et éclairé par ses instructions. Me voilà pour tant collé icy pour au moins cinq semaines encore. Mon compagnon ne sera à Lyon que pour le paye— ment du 10 septembre. Si toutefois des raisons plus fortes que celle qu’il prévoit ne l’y retiennent pas plus longtems. En attendant, je passe les trois quarts et demi de ma vie dans ma chambre qui, par paren— thèse, est tournée de manière que je n’y peux pour ainsi dire rien faire, étant à découvert de partout, mais les inconvénients ne sont rien quand nous le voulons et celui qui n’a pas les moyens de faire n‘en est pas dispensé pour cela, car alors il faut qu’il les crée. Je vais tous les deux ou trois jours au Luxembourg, je voisl’abbé à peu près aussi souvent; pour Savalette c‘est un peu plus rarement, mais il y a discrétion de sa part, car si nous le voulions croire, nous l’aurions toute la journée sur les bras étant désœuvré et curieux; avec tout cela je crois que son chemin sera long. Nous l’avons traité une fois à soupé chez nous, il y prend goût, mais nous ne pouvons répéter la fête aussi souvent que nous le voudrions. Vous voyez à quoi s‘emploie mon tems, car tout celui que je ne donne point aux autres, je l’occupe avec moi-même et j’aurois besoin d’en employer tant, j’aurois besoin de me sevrer de tant d’obstacles, j’aurois tant besoin enfin d’un local et d’un genre de vieà mon gré, que c‘est ce qui me fait soupirer après l'ac complissement du projet dont je vous ay fait part et que je désire bien sincèrement qu’ilailvotre appro— bation. Vous scavez par vous-même qu’on peut avoir des motifs. purs, les miens le sont, je vous jure et
210 L’INITIATION j’espère, Dieu aidant, que la suite des tems vous en convaincra de manière à n'en pas douter; j’espère, enfin, qu’après n’avoir pu vous empêcher de me blâ mer, vous viendrez au point de ne plus faire que me plaindre, ce sera une grande consolation pour moi, car je serai sûr alors d’être bientôt tranquille sur votre amitié quand elle n’aura en moi que des foi blesses à excuser et qu’elle sera fermement persuadée que je ne cherche que le bien de tous en cherchant le mien, car'il n’y a qu’un seul point de réunion pour tous les hommes. Le Mtm de Sere m’a écrit pour m’engager d‘aller constituer un temple à Meaux, c’est le M“ de Corby qui lui a écrit à ce sujet, et de Sere me mande luiavoir envoyé mon adresse pour qu’il me fasse lui-même sa convocation. J’ay répondu au M“"’ de Sere que cette fonction seroit beaucoup mieux entre les mains de d’HauterivequidoitêtrepluslongtempsquemoiàParis. Je lui mande en outre mon peu de goût pour tout ce qui peutdonnerà notre affairel’airjuridique ethumain, mais que, malgré cela, je suis prêt à me rendre à ses ordres et à ses désirs, qu’en conséquence il ait la bonté de régler ma marche dans tous les points, ne sachant pas le premier mot de ce qu’il y a à faire en pareil cas. J’attends et sa réponse et la lettre de Mire Corby, qui n'a point encore paru. Nous ne nous connoissons l’un et l’autre nid’Ê ve ni d’Adam et je crois qu’il eût mieux aimé que le M“e de Sere l’eût adressé à tout autre qu’à moi, surtout au M“*’d’Hauterive qui sûrement l’aura au moins connu par sa correspondance à Versailles. Faites-lui part, je \ -ñ....l. m-..x.. .; L--_, ,.i. a.“ ..... .-._‘_ .__,_ ‘
3LEÏTRE DE CLAUDE DE SAINT-MARTIN Il vous prie,de cette affaire et dites-lui que pour le bien dela chose, je la croirais mieux entre ses mains; ainsi pour peu qu’il en ait d’envie, je lui remets d’avance tous mes futurs pouvoirs. J’ay vu ce matin chez moi, M. son frère,le Ch'zr qui m’a fait l’honneur de me visiter ; c’est un jeune homme fort doux et que je trouve tres louable de n’avoir pas voulu entrer encore dans notre affaire sur ce qu’il ne s’en croit pas digne, vu sa jeunesse, sa dissipation et l‘empire que les goûts mondains ont encore sur lui. Il est plus que probable que je n’irai point en Tou raine. Je n’entends plus parler de mon père; mes autres parents m'écrivent comme s’il n’y avait rien de commun entre nous. Je réglerai d’icy mes affaires avec eux et j’économiserai au moins l’argent du voyage. Dans le règlement de mes affaires, j'aurai ' peut-être recours à vos bontés et soins officieux p3ur moi; il s’agit d’une somme de mille écus dont je dois recevoir le remboursement à la fin d’août, à Paris. Je ne voudrois pas la manger, mais la placer puisque c’est un fonds, et, si mon beau-frère ne veut pas s’en charger, je vous demanderai vos conseils pour la. placer à Lyon. Vous ne doutez pas que je préférasse votre créanceàtouteautre, mais je nescais si vos affaires sont montées sur le pied de prendre de l’argent étran ger, ainsi je ne vous propose que ce qui sera propo— sable. Adieu, T. Ch. M“°,fiat Pax. DE SAINT-MARTIN.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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