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11898] LETTRE DE CLAUDE DE SAINT-MARTIN 3 plus pures, je vous crois l’âme en paix, et Dieu me garde de jamais la troubler; le reproche que vous me faites à ce sujet est une leçon trop pénible et trop douloureuse pour que je me mette dans le cas de m’exposer à de pareils chagrins, je ferai plutôt tous les sacrifices qui seront en mon pouvoir. Aussi je con temple sans aigreur l’alternative que vous m’offrez, j’en cherche le motif, je le trouve j ustc et louable, cela me suffit pour me faire faire plus de réflexions et pour tâcher d’écouter un meilleur maître que l'amour— propre. Par cette même raison, je ferme les yeux sur quelques autres passages qui m’auroient allumé peut être en d'autres tems, mais qui aujourd’huy et venant de vous ne feront que me rendre plus humble sur moi-même, plus attentif et plus sage. J e le répète donc, je chérirai à jamais votre tranquillité, et s’il m’est encore impossible d’avoir sur l’objet dont il s’agit des vues aussi paisibles que les vôtres, je les rentermerai en moi-même etj’attendrai que le temps vienne à mon secours. D’ailleurs cette discussion se trouve liée à des circonstances qui me sont si contraires, vous avez si beau jeu contre moi, queje ne ierois que vous tour menter et me nuire d’autant dans votre esprit puisque les erreurs où je suis sur ce point, vous êtes par devoir obligé de m‘y laisser toute ma vie. Ainsi le silence est à tous égards, le seul et vrai parti qui me convienne, je m’y condamne sur cet article, et même c’est en gémissant que je me suis vu forcé par vous de le rompre. Mais, T. Ch. M“, si votre paix m’est chère, il est bien naturel que la mienne me le soit aussi et‘que je
24 L'INITIATION _r.v..v-rwW ._.____V _ 7 cherche tous les moyens de conserver celle qui m’est donnée et dont je suis sûr de jouir quand j'y peux procéder en liberté. C’est un point sur lequel ma faiblesse est si grande qu’il n’y a pas la plus petite précaution qui ne me soit nécessaire, par la raison qu’il n’y a pas une négligence que je ne paye. Mille expériences cruelles m’ont appris combien je m’abu« sois quand je comptois un instant sur mes forces, et combien j’avois encore besoin d’être loin des obstacles avant d’être au point d’oser les braver. Cette vérité m’a été confirmée principalement par l’objet qui nous divise. J’ay fait cent fois des efforts pour le concilier avec mes idées, et cent fois il a été pour moi comme une foudre qui les renversoit toutes. Si à force de prières et de soins j’amassois quelque repos, au premiermot, au premier geste il me l’enlevoit. Voilà au vrai, mon Ch. M”, la situation par où j’ay passé, je voudrois de toute mon âme qu'il en fût autrement mais je n’ose croire que l’heure en fût encore arrivée. Je _sens quelle imprudence ce seroit pour moi de" m’éxposer encore à un pareil danger, j’y perdrois peut-être le reste de mes forces, vous, de votre côté, votre charité vous engageroit sans doute à vous gêner encore plus pour m’épargner des souffrances, c’est-àdire que, vivant tous deux dans la contrainte, nous ne joyirions ni l’un ni l’autre et nous viendrions mutuellement au point de nous nuire au lieu de nous servir. C’est une vérité dont nous avons malheureu— sement trop de preuves, et il nous suffit de jeter les yeux sur le passé et le présent pour prévoir ce que \ nous aurions a attendre de l’avenir si nous n’y
3LETTRE DE CLAUDE DE SAINT-MARTIN 5 Weæu-ae mettions pas ordre. Je vousl’avoue donc, T. Ch. l\ "“, pour notre bien commun, il faut malgré moi que je fasse le sacrifice de votre maison, de tous les agré» ments de la société la plus douce qu’aucune famille puisse procurer et de tous les avantages que votre ingénieuse générosité m’a fait trouver chez vous avec abondance. Quand je dis pour notre bien commun, c’est que j’ay la croyance que le vôtre s’y trouvera, et pour le mien je n’en fais nul doute, car je ne crains point de vous avouer que l’ordre de faire ces sacrifices m’a été donné spirituellement et que les fruits m’en ont été promis par la même voie, et cela non seule ment pour moi, mais encore pour bien d’autres. Cependant cela ne sulfiroit point encore, et en cher chant àfaire notre bien, il faut soigneusement éviter le mal de nos frères, ce qui ne manqueroit pas d’arriver si nous faisions à leurs yeux une entière séparation et si nous n’avions aucun motif apparent pour servir de prétexte au plan que je vais vous présenter. Je croirais exposer nos frères à des remarques très préjudiciables au bien de l’ordre si je quittois Lyon dans ce moment et surtout s’ils soupçonnoient qu‘elle seroit la cause de ma fuite. Je peux leur épargner cet écueil en passant dans leur ville le reste du tems con— venu, peut-être plus, mais en vivant chez moi et dans l’entière liberté dont j‘ay besoin pour ne rien perdre de moi-même. Quant au prétexte, la chymie nous en sert à merveille. Je paraîtrai y avoir pris un goût infini, désirer vivement d’être plus à portée de suivre M. Privat dans ses opérations, et pour cet effet avoir jugé nécessaire de prendre un logement dans ses
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
11898] LETTRE DE CLAUDE DE SAINT-MARTIN 3 plus pures, je vous crois l’âme en paix, et Dieu me garde de jamais la troubler; le reproche que vous me faites à ce sujet est une leçon trop pénible et trop douloureuse pour que je me mette dans le cas de m’exposer à de pareils chagrins, je ferai plutôt tous les sacrifices qui seront en mon pouvoir. Aussi je con temple sans aigreur l’alternative que vous m’offrez, j’en cherche le motif, je le trouve j ustc et louable, cela me suffit pour me faire faire plus de réflexions et pour tâcher d’écouter un meilleur maître que l'amour— propre. Par cette même raison, je ferme les yeux sur quelques autres passages qui m’auroient allumé peut être en d'autres tems, mais qui aujourd’huy et venant de vous ne feront que me rendre plus humble sur moi-même, plus attentif et plus sage. J e le répète donc, je chérirai à jamais votre tranquillité, et s’il m’est encore impossible d’avoir sur l’objet dont il s’agit des vues aussi paisibles que les vôtres, je les rentermerai en moi-même etj’attendrai que le temps vienne à mon secours. D’ailleurs cette discussion se trouve liée à des circonstances qui me sont si contraires, vous avez si beau jeu contre moi, queje ne ierois que vous tour menter et me nuire d’autant dans votre esprit puisque les erreurs où je suis sur ce point, vous êtes par devoir obligé de m‘y laisser toute ma vie. Ainsi le silence est à tous égards, le seul et vrai parti qui me convienne, je m’y condamne sur cet article, et même c’est en gémissant que je me suis vu forcé par vous de le rompre. Mais, T. Ch. M“, si votre paix m’est chère, il est bien naturel que la mienne me le soit aussi et‘que je
24 L'INITIATION _r.v..v-rwW ._.____V _ 7 cherche tous les moyens de conserver celle qui m’est donnée et dont je suis sûr de jouir quand j'y peux procéder en liberté. C’est un point sur lequel ma faiblesse est si grande qu’il n’y a pas la plus petite précaution qui ne me soit nécessaire, par la raison qu’il n’y a pas une négligence que je ne paye. Mille expériences cruelles m’ont appris combien je m’abu« sois quand je comptois un instant sur mes forces, et combien j’avois encore besoin d’être loin des obstacles avant d’être au point d’oser les braver. Cette vérité m’a été confirmée principalement par l’objet qui nous divise. J’ay fait cent fois des efforts pour le concilier avec mes idées, et cent fois il a été pour moi comme une foudre qui les renversoit toutes. Si à force de prières et de soins j’amassois quelque repos, au premiermot, au premier geste il me l’enlevoit. Voilà au vrai, mon Ch. M”, la situation par où j’ay passé, je voudrois de toute mon âme qu'il en fût autrement mais je n’ose croire que l’heure en fût encore arrivée. Je _sens quelle imprudence ce seroit pour moi de" m’éxposer encore à un pareil danger, j’y perdrois peut-être le reste de mes forces, vous, de votre côté, votre charité vous engageroit sans doute à vous gêner encore plus pour m’épargner des souffrances, c’est-àdire que, vivant tous deux dans la contrainte, nous ne joyirions ni l’un ni l’autre et nous viendrions mutuellement au point de nous nuire au lieu de nous servir. C’est une vérité dont nous avons malheureu— sement trop de preuves, et il nous suffit de jeter les yeux sur le passé et le présent pour prévoir ce que \ nous aurions a attendre de l’avenir si nous n’y
3LETTRE DE CLAUDE DE SAINT-MARTIN 5 Weæu-ae mettions pas ordre. Je vousl’avoue donc, T. Ch. l\ "“, pour notre bien commun, il faut malgré moi que je fasse le sacrifice de votre maison, de tous les agré» ments de la société la plus douce qu’aucune famille puisse procurer et de tous les avantages que votre ingénieuse générosité m’a fait trouver chez vous avec abondance. Quand je dis pour notre bien commun, c’est que j’ay la croyance que le vôtre s’y trouvera, et pour le mien je n’en fais nul doute, car je ne crains point de vous avouer que l’ordre de faire ces sacrifices m’a été donné spirituellement et que les fruits m’en ont été promis par la même voie, et cela non seule ment pour moi, mais encore pour bien d’autres. Cependant cela ne sulfiroit point encore, et en cher chant àfaire notre bien, il faut soigneusement éviter le mal de nos frères, ce qui ne manqueroit pas d’arriver si nous faisions à leurs yeux une entière séparation et si nous n’avions aucun motif apparent pour servir de prétexte au plan que je vais vous présenter. Je croirais exposer nos frères à des remarques très préjudiciables au bien de l’ordre si je quittois Lyon dans ce moment et surtout s’ils soupçonnoient qu‘elle seroit la cause de ma fuite. Je peux leur épargner cet écueil en passant dans leur ville le reste du tems con— venu, peut-être plus, mais en vivant chez moi et dans l’entière liberté dont j‘ay besoin pour ne rien perdre de moi-même. Quant au prétexte, la chymie nous en sert à merveille. Je paraîtrai y avoir pris un goût infini, désirer vivement d’être plus à portée de suivre M. Privat dans ses opérations, et pour cet effet avoir jugé nécessaire de prendre un logement dans ses
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