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1RENÉ CAILLIÉ 3 il partit vers 188I à Avignon, qu’il ne devait plus quitter ; son œuvre n’en fut pas ralentie, elle prit seu lement dès lors un caractère plus personnel. Là, con— tent, en sa modestie, d’une petite pension viagère sur laquelle il trouvait encore moyen d’exercer la géné rosité de son excellent cœur, il consacra exclusive ment à la vulgarisation des sciences spiritualistes son excellente instruction et son don caractéristique d’as similation et d’analyse. Après avoir activement collaboré à plusieurs revues spirites, il résolut d’avoir la sienne propre. Il prit donc pour son compte, en 1884, celle que son ami Verdad, un autre apôtre, avait fondée à Nantes, 1’Anti—Mate’rialiste, avec l’intention d’y divulguer les meilleurs travaux sur le spiritisme, comme de lui donner un ensemble méthodique progressif et scien— tifique. Mais une intelligence cultivée, aussi sincère, aussi hardie que la science, ne pouvait pas se limiter à une école, quelque attaché qu’il lui fût et qu’il dût y res« ter toujours. Travailleur infatigable, très éclectique, épris du mystère, toujours anxieux de savoir plus ou de faire mieux, il ne cessait de rechercher, d’étudier, d’absorber pour ainsi dire en son cœur toutes les formes spiritualistes, toutes les révélations d’où qu’elles vinssent. Il les rapportait du reste toujours au spiritisme, qui resta jusqu’au dernier moment sa foi dominante, inébranlable. Ainsi aimé de tous par la sincérité de ses convic tions enthousiastes, mais tolérantes, par l’entraîne— ment de sa parole, par l’ardeur et la franchise de sa
24 L’INITIATION foi montée un jour jusqu’à l’imprudence, par l’éléva tion de,sa pensée toujours maintenue, il était si bien le trait d’union de toutes les écoles qui se partagent encore les sciences de l’lnvisible, qu’il paraîtrait dif— ficile de trouver un successeur à ce vaillant apôtre si tous nos suffrages n’avaient désigné déjà notre cher frère Amo! La Revue de notre ami R. Caillié suivit les trans formations de son évolution toujours élargie, en la signalant par des titres nouveaux: l’Anti—Matérz’a liste de 1884 à 1886, la Revue des Hautes Études d’octobre I886 à février 1887. L’Étoz‘le, fondée avec Albert Jounet, de 1887 à 1896, et enfin l’Ame, que sa mort vient d’interrompre presque à sa naissance. Entre temps, il avait créé aussi avec Mm°Paule Janick, ' l’Éclaireur, édité à Bagnères-de—Bigorre. . Les investigations acharnées nepouvaient manquer d’amener René Caillié en présence de l’occultisme; l’Anti—Malérz’alïste fut à peu près le premier journal spirite qui tenta de le faire conaître et de le répandre, presque dès ses débuts : il eut ensuite la plus large place dans toutes les autres Revues de notre ami. Ce détail nous ramène aux origines de l’occultisme en France, que le lecteur lira peut=être avec quelque in térêt. A ce moment, en 1884, la Société théosophique, fondée à NèW-York depuis huit ans mais presque in— connue chez nous, venait de s’y révéler par le passage 'au siège de la Société spirite de Mme Blavatsky. puis de 'Sinnet, qui venait de publier à Londres l’0ccult World (le Monde occulte) et enfin par quelques com -"".ÀWM. ,
3RENÉ CAILLIÉ 5 munications du théosophe maintenant bien connuqui se cache sous les initiales D. A. C. Plusieurs spirites, parmi lesquelsle D'Thurmann etTremeschini, avaient accepté avec empressement ces lumières nouvelles, mais la Revue spirite, qui leuravait consacré quelques pages, les renvoya bientôt à son organe auxiliaire, assez éphémère aussi, le Bulletin de la Société d’études scientifiques; là, jugées sur un court extrait, elles avaient été combattues vivement par? le Comité de cette Société et, chose singulière, surtout par son pré sident Fauvety, élève d’Eliphas Levy, à qui l’occulte était beaucoup plus connu qu‘il ne le laissait voir en core. Une vive réponse de Mme Blavatsky qui tou chait les spirites au cœur en attaquant la base de leur foi, n’était pas faite pour atténuer cette opposition; elle n’avait fait que s’accentuer fortement. C’est dans cette situation que René Caillié voulut, spontané ment, faire connaître avec plus de détails ces doc— trines que ses abonnés maudissaient d’avance. Sa hardiesse fut récompensée; on l’aimait tant du reste! Les travaux de la Société théosophique n’étaient plus les seuls alors: le marquis de Saint-Yves venait de publier sa magnifique Mission des Juifs, dres— sant la tradition occidentale en face de celles de l’Orient; mais elle était peu connue encore des spiri tualistes. De son côté, la remarquable trinité de nos frères aînés, de Guaita, Jounet, Péladan, unis en leur soCiété de Rose-Croix, travaillait encore loin de nous, ignorés presque du monde spirite; ils vinrent cordia lement nous éclairer de leur science sur la Kabbale, et ainsi grâce au zèle courageux de notre pauvre ami,
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1RENÉ CAILLIÉ 3 il partit vers 188I à Avignon, qu’il ne devait plus quitter ; son œuvre n’en fut pas ralentie, elle prit seu lement dès lors un caractère plus personnel. Là, con— tent, en sa modestie, d’une petite pension viagère sur laquelle il trouvait encore moyen d’exercer la géné rosité de son excellent cœur, il consacra exclusive ment à la vulgarisation des sciences spiritualistes son excellente instruction et son don caractéristique d’as similation et d’analyse. Après avoir activement collaboré à plusieurs revues spirites, il résolut d’avoir la sienne propre. Il prit donc pour son compte, en 1884, celle que son ami Verdad, un autre apôtre, avait fondée à Nantes, 1’Anti—Mate’rialiste, avec l’intention d’y divulguer les meilleurs travaux sur le spiritisme, comme de lui donner un ensemble méthodique progressif et scien— tifique. Mais une intelligence cultivée, aussi sincère, aussi hardie que la science, ne pouvait pas se limiter à une école, quelque attaché qu’il lui fût et qu’il dût y res« ter toujours. Travailleur infatigable, très éclectique, épris du mystère, toujours anxieux de savoir plus ou de faire mieux, il ne cessait de rechercher, d’étudier, d’absorber pour ainsi dire en son cœur toutes les formes spiritualistes, toutes les révélations d’où qu’elles vinssent. Il les rapportait du reste toujours au spiritisme, qui resta jusqu’au dernier moment sa foi dominante, inébranlable. Ainsi aimé de tous par la sincérité de ses convic tions enthousiastes, mais tolérantes, par l’entraîne— ment de sa parole, par l’ardeur et la franchise de sa
24 L’INITIATION foi montée un jour jusqu’à l’imprudence, par l’éléva tion de,sa pensée toujours maintenue, il était si bien le trait d’union de toutes les écoles qui se partagent encore les sciences de l’lnvisible, qu’il paraîtrait dif— ficile de trouver un successeur à ce vaillant apôtre si tous nos suffrages n’avaient désigné déjà notre cher frère Amo! La Revue de notre ami R. Caillié suivit les trans formations de son évolution toujours élargie, en la signalant par des titres nouveaux: l’Anti—Matérz’a liste de 1884 à 1886, la Revue des Hautes Études d’octobre I886 à février 1887. L’Étoz‘le, fondée avec Albert Jounet, de 1887 à 1896, et enfin l’Ame, que sa mort vient d’interrompre presque à sa naissance. Entre temps, il avait créé aussi avec Mm°Paule Janick, ' l’Éclaireur, édité à Bagnères-de—Bigorre. . Les investigations acharnées nepouvaient manquer d’amener René Caillié en présence de l’occultisme; l’Anti—Malérz’alïste fut à peu près le premier journal spirite qui tenta de le faire conaître et de le répandre, presque dès ses débuts : il eut ensuite la plus large place dans toutes les autres Revues de notre ami. Ce détail nous ramène aux origines de l’occultisme en France, que le lecteur lira peut=être avec quelque in térêt. A ce moment, en 1884, la Société théosophique, fondée à NèW-York depuis huit ans mais presque in— connue chez nous, venait de s’y révéler par le passage 'au siège de la Société spirite de Mme Blavatsky. puis de 'Sinnet, qui venait de publier à Londres l’0ccult World (le Monde occulte) et enfin par quelques com -"".ÀWM. ,
3RENÉ CAILLIÉ 5 munications du théosophe maintenant bien connuqui se cache sous les initiales D. A. C. Plusieurs spirites, parmi lesquelsle D'Thurmann etTremeschini, avaient accepté avec empressement ces lumières nouvelles, mais la Revue spirite, qui leuravait consacré quelques pages, les renvoya bientôt à son organe auxiliaire, assez éphémère aussi, le Bulletin de la Société d’études scientifiques; là, jugées sur un court extrait, elles avaient été combattues vivement par? le Comité de cette Société et, chose singulière, surtout par son pré sident Fauvety, élève d’Eliphas Levy, à qui l’occulte était beaucoup plus connu qu‘il ne le laissait voir en core. Une vive réponse de Mme Blavatsky qui tou chait les spirites au cœur en attaquant la base de leur foi, n’était pas faite pour atténuer cette opposition; elle n’avait fait que s’accentuer fortement. C’est dans cette situation que René Caillié voulut, spontané ment, faire connaître avec plus de détails ces doc— trines que ses abonnés maudissaient d’avance. Sa hardiesse fut récompensée; on l’aimait tant du reste! Les travaux de la Société théosophique n’étaient plus les seuls alors: le marquis de Saint-Yves venait de publier sa magnifique Mission des Juifs, dres— sant la tradition occidentale en face de celles de l’Orient; mais elle était peu connue encore des spiri tualistes. De son côté, la remarquable trinité de nos frères aînés, de Guaita, Jounet, Péladan, unis en leur soCiété de Rose-Croix, travaillait encore loin de nous, ignorés presque du monde spirite; ils vinrent cordia lement nous éclairer de leur science sur la Kabbale, et ainsi grâce au zèle courageux de notre pauvre ami,
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