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14 L’INITIATION même du bois: indubitable symptôme, qui accuse l’infusion de la vie à même cette inerte matière ;\ la pénétration du fluide sybillin dans l’âpre tissu ligneux; et la présence, enfin, de l’Oracle invoqué: Deus, ecce Deus.’ Qu’une des personnes présentes pose alors une question : le meuble s'ébranle aussitôt pour répondre; il vibre tout entier, comme imbu de vie propre, doué d’âme et d’intellect. Bientôt, l’un des pieds se soulève lentement, et retombe de son poids pour se soulever à nouveau et frapper un autre coup en retombant encore. Ainsi de suite. — Un alphabet percussif de convention permet d’engager de la sorte avec l'lnvi— sible une conversation suivie. On interroge l’Oracle de vive voix, ou même mentalement; l’Oracle répond par coups frappés. Ecce Deus! Un être invisible est là, ce n’est point douteux. Il pense, il raisonne; il parle, il répond. Parfois même il interroge à son tout. Mais vint—il du dehors ? Nullement. Accompagnait— 1 une des personnes assises en cercle autour du gué 1 d'un fort médium et l’intervention probable de larves ou d’en tités astrales avides de se manifester, à la faveur de la force psychique dont il dispose. — Mais dans la plupart des cas, la trépidation révélatrice de la vie et même de légers craque ments n’impliquent rien de pareil. Ces phénomènes accusent simplement, comme nous l‘allons montrer, l’eflicace propagation de l’efiiuve sympathique, transmis d'un élément à l’autre de la pile humaine, et la soudaine formation d’un Etre collectif. totalisant en soi les virtualités des personnes présentes, et qui constitue l'Oracle. Cela étant, toutes les personnes coopérantes peuvent être qualifiées de médium à des titres divers, ou plutôt le Médium est l'ensemble des assistants qui forment la chaîne magnétique.
2LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE 5 ridon? Pas davantage. Tout à l’heure il n’était point là; le voici présent, et néanmoins il n’est pas venu. Quand bientôt, la séance finie, les expérimentateurs se disperseront, l’Invisible aura disparu, et pourtant il ne sera point parti. Comme il s’était formé de toutes pièces, en syn thèse éphémère d'éléments rapprochés pour lui don— ner naissance, — pareillement il se dissipera, ce concours venant à cesser. C’est une chose notable, et dont tous les spectateurs attentifs de ces sortes d’expériences ont été certaine ment frappés, —— qu’en aucun cas, et si fort à souhait que la tentative réussisse, l’Oracle n’émet quelque réponse révélatrice d’inconnu, et dont les éléments ne puissent être fournis par les assistants, ou tout au moins par l'un d’eux (I). L’intelligence qui se mani— feste ne représente ni plus ni moins que la somme des intelligences présentes, additionnées en une seule. M. le comte Agénor de‘ Gasparin, -—- qui avait beaucoup expérimenté les tables oraculaires, en une suite de rigoureuses épreuves, dont l’enchaînement, non moins que les résultats, attestent chez lui autant de persévérance que de sagacité, —— M. de Gasparin conclut formellement, à l’encontre de l’hypothèse spi (I) Exemple: <<La tableindiqueral’heure qu’il est, mon âge, le nombre des pièces de monnaie que contient ma bourse; à une condition, toutefois, c’est que je connaîtrai ce nombre. Quand personne ne le connaît, ni dans la chaîne, ni dehors, l’erreur est certaine, et l’on n’a plus d’autres chances que celles fournies par les coïncidences, et aussi par un calcul assez simple de pgobabilité. » (Gasparin,des Tables tournantes, etc, Il, pp.430— 4 I).
36 L’INITIATION _ 2 a —*:«u._\—q-« n.-- L. . ,. rite : «Les esprits (dit-il) sont des échos ; ils renvoient à chacun son propre langage (I). >> C’est bien cela ; c’est encore quelque chose de plus. L’invisible discoureur fera montre d’idées, de ma— nière etde style parfaitement adéquats aux façons d’être, de penser et de sentir, propres à ses interlocuteurs. Il sera léger et spirituel dans un cercle de gens d’esprit ;compassé et pédantesque dans un aréopage de solennels imbéciles; irrévérencieux et frondeur, si l’élément voltairien domine. Dans une compagnie panachée de vieilles dévotes et d’ecclésiastiques, four— voyés autour d’un guéridon bien pensant (malgré l’enfer qui le possède l ), le Diable se montrera tour à tour édifiant et acrimonieux, bon catholique et mau vaise langue. Entre académiciens, un invisible Vau gelas discutera la lettre B du fameux Dictionnaire; entre athées, c’est Sylvain Maréchalqui viendra, frais émoulu de la tombe, déblatérer contre l’immortalité de l’âme et l’existence de Dieu (2). Quand la chaîne est formée d’éléments héterogènes et par trop discords, les résultats sont insignifiants, ou nuls. L’Oracle mensal paraît le plus souvent l’expression d’une moyenne; mais il peut s’éleverà un maximum, ou descendre à un minimum delucidité, de science et de conscience. (I) Gasparin, Des Tables tournantes, etc. (II, p. 504). (2) Eliphas Lévi cite quelque part, non point à propos de tables tournantes, mais d’apparitions spectrales, une manifesta— tion bien curieuse d’athéisme posthume, dont le fantôme de Sylvain Maréchal aurait été l’instrument (la Science des Esprits, pp. 207-212).
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
14 L’INITIATION même du bois: indubitable symptôme, qui accuse l’infusion de la vie à même cette inerte matière ;\ la pénétration du fluide sybillin dans l’âpre tissu ligneux; et la présence, enfin, de l’Oracle invoqué: Deus, ecce Deus.’ Qu’une des personnes présentes pose alors une question : le meuble s'ébranle aussitôt pour répondre; il vibre tout entier, comme imbu de vie propre, doué d’âme et d’intellect. Bientôt, l’un des pieds se soulève lentement, et retombe de son poids pour se soulever à nouveau et frapper un autre coup en retombant encore. Ainsi de suite. — Un alphabet percussif de convention permet d’engager de la sorte avec l'lnvi— sible une conversation suivie. On interroge l’Oracle de vive voix, ou même mentalement; l’Oracle répond par coups frappés. Ecce Deus! Un être invisible est là, ce n’est point douteux. Il pense, il raisonne; il parle, il répond. Parfois même il interroge à son tout. Mais vint—il du dehors ? Nullement. Accompagnait— 1 une des personnes assises en cercle autour du gué 1 d'un fort médium et l’intervention probable de larves ou d’en tités astrales avides de se manifester, à la faveur de la force psychique dont il dispose. — Mais dans la plupart des cas, la trépidation révélatrice de la vie et même de légers craque ments n’impliquent rien de pareil. Ces phénomènes accusent simplement, comme nous l‘allons montrer, l’eflicace propagation de l’efiiuve sympathique, transmis d'un élément à l’autre de la pile humaine, et la soudaine formation d’un Etre collectif. totalisant en soi les virtualités des personnes présentes, et qui constitue l'Oracle. Cela étant, toutes les personnes coopérantes peuvent être qualifiées de médium à des titres divers, ou plutôt le Médium est l'ensemble des assistants qui forment la chaîne magnétique.
2LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE 5 ridon? Pas davantage. Tout à l’heure il n’était point là; le voici présent, et néanmoins il n’est pas venu. Quand bientôt, la séance finie, les expérimentateurs se disperseront, l’Invisible aura disparu, et pourtant il ne sera point parti. Comme il s’était formé de toutes pièces, en syn thèse éphémère d'éléments rapprochés pour lui don— ner naissance, — pareillement il se dissipera, ce concours venant à cesser. C’est une chose notable, et dont tous les spectateurs attentifs de ces sortes d’expériences ont été certaine ment frappés, —— qu’en aucun cas, et si fort à souhait que la tentative réussisse, l’Oracle n’émet quelque réponse révélatrice d’inconnu, et dont les éléments ne puissent être fournis par les assistants, ou tout au moins par l'un d’eux (I). L’intelligence qui se mani— feste ne représente ni plus ni moins que la somme des intelligences présentes, additionnées en une seule. M. le comte Agénor de‘ Gasparin, -—- qui avait beaucoup expérimenté les tables oraculaires, en une suite de rigoureuses épreuves, dont l’enchaînement, non moins que les résultats, attestent chez lui autant de persévérance que de sagacité, —— M. de Gasparin conclut formellement, à l’encontre de l’hypothèse spi (I) Exemple: <<La tableindiqueral’heure qu’il est, mon âge, le nombre des pièces de monnaie que contient ma bourse; à une condition, toutefois, c’est que je connaîtrai ce nombre. Quand personne ne le connaît, ni dans la chaîne, ni dehors, l’erreur est certaine, et l’on n’a plus d’autres chances que celles fournies par les coïncidences, et aussi par un calcul assez simple de pgobabilité. » (Gasparin,des Tables tournantes, etc, Il, pp.430— 4 I).
36 L’INITIATION _ 2 a —*:«u._\—q-« n.-- L. . ,. rite : «Les esprits (dit-il) sont des échos ; ils renvoient à chacun son propre langage (I). >> C’est bien cela ; c’est encore quelque chose de plus. L’invisible discoureur fera montre d’idées, de ma— nière etde style parfaitement adéquats aux façons d’être, de penser et de sentir, propres à ses interlocuteurs. Il sera léger et spirituel dans un cercle de gens d’esprit ;compassé et pédantesque dans un aréopage de solennels imbéciles; irrévérencieux et frondeur, si l’élément voltairien domine. Dans une compagnie panachée de vieilles dévotes et d’ecclésiastiques, four— voyés autour d’un guéridon bien pensant (malgré l’enfer qui le possède l ), le Diable se montrera tour à tour édifiant et acrimonieux, bon catholique et mau vaise langue. Entre académiciens, un invisible Vau gelas discutera la lettre B du fameux Dictionnaire; entre athées, c’est Sylvain Maréchalqui viendra, frais émoulu de la tombe, déblatérer contre l’immortalité de l’âme et l’existence de Dieu (2). Quand la chaîne est formée d’éléments héterogènes et par trop discords, les résultats sont insignifiants, ou nuls. L’Oracle mensal paraît le plus souvent l’expression d’une moyenne; mais il peut s’éleverà un maximum, ou descendre à un minimum delucidité, de science et de conscience. (I) Gasparin, Des Tables tournantes, etc. (II, p. 504). (2) Eliphas Lévi cite quelque part, non point à propos de tables tournantes, mais d’apparitions spectrales, une manifesta— tion bien curieuse d’athéisme posthume, dont le fantôme de Sylvain Maréchal aurait été l’instrument (la Science des Esprits, pp. 207-212).
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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