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1l'art et l’ésotérisme 11 Idée inspiratrice, forme réalisatrice chez l’artiste ; forme suggestive, direction de l’acte chez le specta teur. Voilà comment se décompose l’influence de l’art sur nos âmes: . « Les gestes intérieurs, ceux qui appartiennent « plus particulièrement à l’âme, se mettent à l’unisson « avec tous les phénomènes qui se passent dans le « monde terminé et indéterminé : l’âme est paisible « avec la paix d’une belle soirée, elle est orageuse « avec les mouvements orageux du ciel, des hommes « et des choses ; elle se sent doucement expansive de- « vantune fleur gracieuse ; elle se resserre devant une « âme contristée, et, si elle s’isole enfin de toutes ces « sujétions, souvent profondes, souvent passagères, « ce ne sera que pour devenir une cause à son tour « dans l’ensemble de tous les mouvements ordonnés « de la vie de l’univers (i ). » Or la distinction quaternaire de tempéraments qui nous a frappés dans les œuvres d'art ne leur est point spéciale ; elle est universelle ; le goût des spectateurs comme l’inspiration des artistes est plus particulière ment sensible, soit à la forme idéale, soit à l’enthou siasme ordonné et majestueux, ou désordonné et pas sionnel, soit aux sensations sereines de la nature ; quelques-uns même seront plutôt synthétiques. C’est en face de l’œuvre qui répond à notre goût spécial, à notre tempérament que nous sentons plus particulièrement vibrer notre âme au frisson du Beau ; (i) Ce remarquable passage, que l’on pourrait croire écrit d’hier, est tiré de l’édition de i 858, du Manuel Roret : Peintre d’histoire et sculpteur, par L.-G. Arsenne et F. Denis.
212 l’initiation chacun de nous a son art de prédilection, et, dans cet art son genre préféré. C’est cet entraînement naturel qui égare aisément l’impartialité du critique à la suite d’une école sectaire au lieu de laisser son jugement sous l’influence des lois universelles. Chaque ordre d’artiste a donc son public, ses parti sans, spécialisation précieuse s’il sait comprendre que son école n’est qu’un point de vue du Beau complet correspondant à la corde la plus sensible chez ses ad mirateurs, et que par elle il peut faire vibrer en eux les harmoniques du clavier tout entier. L’importance de ces observations s’accroît en core quand on les étend de l’individu à la société et surtout à une société démocratique comme la nôtre. Elle est partagée par les quatre ordres de tempéra ments en autant de classes tellement naturelles qu’au cune de nos institutions, aucun de nos efforts les plus violents n’en a pu briser les cadres. Quelle que soit notre situation sociale, nous vivons réellement dans une certaine sphère d’idées dont nous ne pouvons sortir que par le perfectionnement psychique, ou à l’inverse, par une dégradation malheureuse. Les uns sont plus attachés à la nature, aux sensations positives et réalisatrices, d’autres aux passions humaines, sen timentales ou intellectuelles, d’autres encore à la spé culation, aux aspirations spirituelles, à la science ou à la religion. C’est là qu'est l’origine de nos classes so ciales : Réalisateurs du travail, directeurs des groupes sociaux, théoriciens et éducateurs, ou directeurs des esprits et des consciences, voilà les caractères qui dis tinguent vraiment, en dehors de tout classement arti13 l’art et l’ésotérisme ficiel, la plèbe, la bourgeoisie, la noblesse et le clergé, faisant de ces classes autant de fonctions nécessaires de la société. Quant à la raison d’être de la société elle-même, elle est dans l’appui que nous nous devons les uns aux autres pour nous élever de tous nos efforts vers l’idéal de Beauté, de Vérité et de Bonté qui est gravé au fond de nos cœurs, car il est le but suprême de la nature entière, qui ne vit que pour s’arracher au néant et s’élever à l’Etre. Il n’est donc pas de classe sociale qui ne soit éga lement intéressante; s’il fallait même établir une dif férence entre elles, ce devrait être au profit des plus éloignées de l’idée suprême. C’est vers elles que la société s’abaissera avec une sollicitude toute particu lière pour les appeler à la vie complète, à toutes les aspirations, à toutes les splendeurs sans lesquelles elle n’a point de raison d’être. Sur eux aussi l'art aimera à projeter la magie de ses rayons lumineux pour éveiller leurs espérances, leur foi en un avenir indéfini de progrès et d’illumina tion. Or aux moindres les manifestations les moins éle vées de l’art sont seules accessibles : l’histoire le prouve par l’évolution des arts. La critique devra s’en souvenir pour songer à guider avec la même impar tialité tous les ordres et tous les genres de l’art. * ■¥ * Que ce soit donc au point de vue de l’artiste ou à celui de l’amateur, au point de vue individuel ou au
3l’initiation 16 duction fidèle du goût et du style, s’ajoute à la beauté intellectuelle qui rend le vrai et à la beauté morale qui rend le bien pour produire l’harmonie de la beauté physique. Mais cette synthèse magistrale, nécessaire ment rare, n’est pas indispensable à la Beauté de l’œuvre artistique ; un seul de ces éléments peut lui suffire, particulièrement celui de la bequté physique, parce que les lois du Cosmos en font elles-mêmes une synthèse comme on l’a dit tout à l’heure (i). L’œuvre artistique existe dès que, sous la Forme, on voit apparaître l’invisible qui en fait la vie propre, lecaractère, dès que l’on peut dire à son aspect : Mens agitai molem. Les beautés des autres ordres ajoute ront à celle-là en proportion de leur intensité et de leur degré, mais elles ne lui sont pas indispensables. De là la beauté du portrait ; c’est ce qui fait aussi que la représentation sincère d’un être hideux par luimême est belle en proportion de l’énergie avec la quelle elle fait ressortir l’essence de son caractère. Il n’est point de serpent ni de monstre odieux, Qui par l’Art imité, ne puisse plaire aux yeux. Uneœuvred’art peut donc nous ravir par.la beauté physique ou intellectuelle et manquer de la beauté morale. Telle est, par exemple, une peinture indé cente, ou en général toute production séduisante pro pre à exciter les passions viles. Mais une pareille (i)De même la beauté du sujet qui viendra du goût, ou celle qui naîtra du style, pourra faire pardonner la pauvreté de l’exé cution.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1l'art et l’ésotérisme 11 Idée inspiratrice, forme réalisatrice chez l’artiste ; forme suggestive, direction de l’acte chez le specta teur. Voilà comment se décompose l’influence de l’art sur nos âmes: . « Les gestes intérieurs, ceux qui appartiennent « plus particulièrement à l’âme, se mettent à l’unisson « avec tous les phénomènes qui se passent dans le « monde terminé et indéterminé : l’âme est paisible « avec la paix d’une belle soirée, elle est orageuse « avec les mouvements orageux du ciel, des hommes « et des choses ; elle se sent doucement expansive de- « vantune fleur gracieuse ; elle se resserre devant une « âme contristée, et, si elle s’isole enfin de toutes ces « sujétions, souvent profondes, souvent passagères, « ce ne sera que pour devenir une cause à son tour « dans l’ensemble de tous les mouvements ordonnés « de la vie de l’univers (i ). » Or la distinction quaternaire de tempéraments qui nous a frappés dans les œuvres d'art ne leur est point spéciale ; elle est universelle ; le goût des spectateurs comme l’inspiration des artistes est plus particulière ment sensible, soit à la forme idéale, soit à l’enthou siasme ordonné et majestueux, ou désordonné et pas sionnel, soit aux sensations sereines de la nature ; quelques-uns même seront plutôt synthétiques. C’est en face de l’œuvre qui répond à notre goût spécial, à notre tempérament que nous sentons plus particulièrement vibrer notre âme au frisson du Beau ; (i) Ce remarquable passage, que l’on pourrait croire écrit d’hier, est tiré de l’édition de i 858, du Manuel Roret : Peintre d’histoire et sculpteur, par L.-G. Arsenne et F. Denis.
212 l’initiation chacun de nous a son art de prédilection, et, dans cet art son genre préféré. C’est cet entraînement naturel qui égare aisément l’impartialité du critique à la suite d’une école sectaire au lieu de laisser son jugement sous l’influence des lois universelles. Chaque ordre d’artiste a donc son public, ses parti sans, spécialisation précieuse s’il sait comprendre que son école n’est qu’un point de vue du Beau complet correspondant à la corde la plus sensible chez ses ad mirateurs, et que par elle il peut faire vibrer en eux les harmoniques du clavier tout entier. L’importance de ces observations s’accroît en core quand on les étend de l’individu à la société et surtout à une société démocratique comme la nôtre. Elle est partagée par les quatre ordres de tempéra ments en autant de classes tellement naturelles qu’au cune de nos institutions, aucun de nos efforts les plus violents n’en a pu briser les cadres. Quelle que soit notre situation sociale, nous vivons réellement dans une certaine sphère d’idées dont nous ne pouvons sortir que par le perfectionnement psychique, ou à l’inverse, par une dégradation malheureuse. Les uns sont plus attachés à la nature, aux sensations positives et réalisatrices, d’autres aux passions humaines, sen timentales ou intellectuelles, d’autres encore à la spé culation, aux aspirations spirituelles, à la science ou à la religion. C’est là qu'est l’origine de nos classes so ciales : Réalisateurs du travail, directeurs des groupes sociaux, théoriciens et éducateurs, ou directeurs des esprits et des consciences, voilà les caractères qui dis tinguent vraiment, en dehors de tout classement arti13 l’art et l’ésotérisme ficiel, la plèbe, la bourgeoisie, la noblesse et le clergé, faisant de ces classes autant de fonctions nécessaires de la société. Quant à la raison d’être de la société elle-même, elle est dans l’appui que nous nous devons les uns aux autres pour nous élever de tous nos efforts vers l’idéal de Beauté, de Vérité et de Bonté qui est gravé au fond de nos cœurs, car il est le but suprême de la nature entière, qui ne vit que pour s’arracher au néant et s’élever à l’Etre. Il n’est donc pas de classe sociale qui ne soit éga lement intéressante; s’il fallait même établir une dif férence entre elles, ce devrait être au profit des plus éloignées de l’idée suprême. C’est vers elles que la société s’abaissera avec une sollicitude toute particu lière pour les appeler à la vie complète, à toutes les aspirations, à toutes les splendeurs sans lesquelles elle n’a point de raison d’être. Sur eux aussi l'art aimera à projeter la magie de ses rayons lumineux pour éveiller leurs espérances, leur foi en un avenir indéfini de progrès et d’illumina tion. Or aux moindres les manifestations les moins éle vées de l’art sont seules accessibles : l’histoire le prouve par l’évolution des arts. La critique devra s’en souvenir pour songer à guider avec la même impar tialité tous les ordres et tous les genres de l’art. * ■¥ * Que ce soit donc au point de vue de l’artiste ou à celui de l’amateur, au point de vue individuel ou au
3l’initiation 16 duction fidèle du goût et du style, s’ajoute à la beauté intellectuelle qui rend le vrai et à la beauté morale qui rend le bien pour produire l’harmonie de la beauté physique. Mais cette synthèse magistrale, nécessaire ment rare, n’est pas indispensable à la Beauté de l’œuvre artistique ; un seul de ces éléments peut lui suffire, particulièrement celui de la bequté physique, parce que les lois du Cosmos en font elles-mêmes une synthèse comme on l’a dit tout à l’heure (i). L’œuvre artistique existe dès que, sous la Forme, on voit apparaître l’invisible qui en fait la vie propre, lecaractère, dès que l’on peut dire à son aspect : Mens agitai molem. Les beautés des autres ordres ajoute ront à celle-là en proportion de leur intensité et de leur degré, mais elles ne lui sont pas indispensables. De là la beauté du portrait ; c’est ce qui fait aussi que la représentation sincère d’un être hideux par luimême est belle en proportion de l’énergie avec la quelle elle fait ressortir l’essence de son caractère. Il n’est point de serpent ni de monstre odieux, Qui par l’Art imité, ne puisse plaire aux yeux. Uneœuvred’art peut donc nous ravir par.la beauté physique ou intellectuelle et manquer de la beauté morale. Telle est, par exemple, une peinture indé cente, ou en général toute production séduisante pro pre à exciter les passions viles. Mais une pareille (i)De même la beauté du sujet qui viendra du goût, ou celle qui naîtra du style, pourra faire pardonner la pauvreté de l’exé cution.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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