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1l’art et l’ésotérisme 5 effort de la forme vers un type idéal au-dessous duquel tout est méprisable (i). Quelques-uns le voient surtout dans la discipline qui fait l’unité, dans les lois que l’école enseigne et prescrit, assurant que sans elles le génie même ne peut faire un chef-d’œuvre (2). D’autres veulent, au contraire, la liberté de création n’imposant à l’art que la sincérité dans le rendu de l’impression (3), se divisant encore entre eux, du reste, les uns pour réclamer la liberté complète, les autres pour n’admettre que ce qui reflète le sentiment public contemporain. Enfin, il en est encore qui ne veulent rien autre chose que la reproduction de la réalité, à l’exclusion d’un idéal qu’ils estiment chimérique, révoltés qu'ils sont à la pensée qu’on puisse attribuer aucun « écart » à la Nature. Les mêmes divergences se retrouvent, il faut s’y attendre, dans leurs opinions sur la portée qu’ils attribuent à l’art et sur la direction des efforts de l’artiste. Les premiers lui imposent la mission d’élever les esprits aux mêmes hauteurs que la morale et la reli gion ; pour eux, l’art est souvent symbolique, au moins dans quelque mesure. Les seconds se contentent d’inspirer par le Beau le goût de l’harmonie, le sentiment de la poésie, qui (1) Winkelman, par exemple. (2) Sutter, même ouvrage ; Reynold aussi. (3) Véron, {'Esthétique.
26 l’initiation échauffe ou apaise l’âme et la dispose à la vertu sinon à la sainteté. Tous deux sont les apôtres de l’Art éducateur; les autres, au contraire, se rangent sous la bannière de l’Art pour l’Art, de l’Art indépendant, sans souci de l’effet qu’il peut produire; pour eux, il est surtout un instinct qu’ils se plaisent à satisfaire. Seulement, les romantiques s’attachent à la repro duction des sentiments humains, aux manifestations de la vie passionnelle, admettant volontiers que l’artiste est ou doit être comme le barde des senti ments populaires propres à son siècle (i). Les naturalistes, au contraire, ne se souciant que de la réalité, veulent que l’Art se borne à raconter les sensations infiniment variées qu’elle procure. En résumé, quatre buts de l’Art sont préconisés: élever l’esprit par l’idéal, l’émouvoir par la solennité ou par le charme, provoquer des sensations d’ordre supérieur. La même anarchie semble donc partager les théo ries de la critique et les artistes producteurs, et ce malaise s’étend d’ailleurs à toutes les manifestations de l’Art. C’est qu’il provient de distinctions et de défauts essentiellement naturels : la division quater naire des goûts est aussi inhérenteà la nature humaine que notre incapacité de concevoir ou d’admettre toute face de la vérité que nous n’apercevons pas, à plus forte raison d’en embrasser l’ensemble, si imparfaite ment que ce soit. ( i) Véron, ch. vi, § 2.
3l’art et l’ésotérisme 7 C’est sur cette faiblesse que nous devons insister particulièrement pour en triompher; elle va nous obliger à remonter aux principes même de l’Esthétique. * * ¥ Il est un fait où nos écoles se rencontrent sans s’en apercevoir, c’est l’existence nécessaire d’une pensée sous l’œuvre artistique : que ce soit comme idéal, comme loi, comme passion ou comme sensation, l’idée est l’âme de l’Art ; sans elle, rien ne le distingue de la réalité vulgaire ; tous les artistes le déclarent; nul ne pourrait le nier sans se contredire. Il y a donc une définition de l’Art commune à toutes les écoles ; c’est celle que nous avons donnée déjà : l’Art, travail humain, est la représentation substan tielle de l’invisible, l’incorporation de F Absolu. D’autre part, il n’y a pas moins de réalité évidente dans la loi ternaire des manifestations de l’Absolu en notre monde. C’est un fait qu’il nous apparaît ou comme essence, ou comme substance, ou sous la forme intermédiaire de l’activité vitale qui occupe le temps et l’espace. L’Absolu, un par essence, se mani feste pour nous en une variété de quatre types dont il est l’esprit unique. C’est en vertu de ce principe que l’unité de l’Art, notamment, est partagée en quatre formes essentielles. Deux d’entre elles sont empruntées au langage : La littérature, forme artistique la plus rapprochée de l’idée, la plus près de Y Absolu. Et la musique, qui n’a plus du langage que le ton,
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1l’art et l’ésotérisme 5 effort de la forme vers un type idéal au-dessous duquel tout est méprisable (i). Quelques-uns le voient surtout dans la discipline qui fait l’unité, dans les lois que l’école enseigne et prescrit, assurant que sans elles le génie même ne peut faire un chef-d’œuvre (2). D’autres veulent, au contraire, la liberté de création n’imposant à l’art que la sincérité dans le rendu de l’impression (3), se divisant encore entre eux, du reste, les uns pour réclamer la liberté complète, les autres pour n’admettre que ce qui reflète le sentiment public contemporain. Enfin, il en est encore qui ne veulent rien autre chose que la reproduction de la réalité, à l’exclusion d’un idéal qu’ils estiment chimérique, révoltés qu'ils sont à la pensée qu’on puisse attribuer aucun « écart » à la Nature. Les mêmes divergences se retrouvent, il faut s’y attendre, dans leurs opinions sur la portée qu’ils attribuent à l’art et sur la direction des efforts de l’artiste. Les premiers lui imposent la mission d’élever les esprits aux mêmes hauteurs que la morale et la reli gion ; pour eux, l’art est souvent symbolique, au moins dans quelque mesure. Les seconds se contentent d’inspirer par le Beau le goût de l’harmonie, le sentiment de la poésie, qui (1) Winkelman, par exemple. (2) Sutter, même ouvrage ; Reynold aussi. (3) Véron, {'Esthétique.
26 l’initiation échauffe ou apaise l’âme et la dispose à la vertu sinon à la sainteté. Tous deux sont les apôtres de l’Art éducateur; les autres, au contraire, se rangent sous la bannière de l’Art pour l’Art, de l’Art indépendant, sans souci de l’effet qu’il peut produire; pour eux, il est surtout un instinct qu’ils se plaisent à satisfaire. Seulement, les romantiques s’attachent à la repro duction des sentiments humains, aux manifestations de la vie passionnelle, admettant volontiers que l’artiste est ou doit être comme le barde des senti ments populaires propres à son siècle (i). Les naturalistes, au contraire, ne se souciant que de la réalité, veulent que l’Art se borne à raconter les sensations infiniment variées qu’elle procure. En résumé, quatre buts de l’Art sont préconisés: élever l’esprit par l’idéal, l’émouvoir par la solennité ou par le charme, provoquer des sensations d’ordre supérieur. La même anarchie semble donc partager les théo ries de la critique et les artistes producteurs, et ce malaise s’étend d’ailleurs à toutes les manifestations de l’Art. C’est qu’il provient de distinctions et de défauts essentiellement naturels : la division quater naire des goûts est aussi inhérenteà la nature humaine que notre incapacité de concevoir ou d’admettre toute face de la vérité que nous n’apercevons pas, à plus forte raison d’en embrasser l’ensemble, si imparfaite ment que ce soit. ( i) Véron, ch. vi, § 2.
3l’art et l’ésotérisme 7 C’est sur cette faiblesse que nous devons insister particulièrement pour en triompher; elle va nous obliger à remonter aux principes même de l’Esthétique. * * ¥ Il est un fait où nos écoles se rencontrent sans s’en apercevoir, c’est l’existence nécessaire d’une pensée sous l’œuvre artistique : que ce soit comme idéal, comme loi, comme passion ou comme sensation, l’idée est l’âme de l’Art ; sans elle, rien ne le distingue de la réalité vulgaire ; tous les artistes le déclarent; nul ne pourrait le nier sans se contredire. Il y a donc une définition de l’Art commune à toutes les écoles ; c’est celle que nous avons donnée déjà : l’Art, travail humain, est la représentation substan tielle de l’invisible, l’incorporation de F Absolu. D’autre part, il n’y a pas moins de réalité évidente dans la loi ternaire des manifestations de l’Absolu en notre monde. C’est un fait qu’il nous apparaît ou comme essence, ou comme substance, ou sous la forme intermédiaire de l’activité vitale qui occupe le temps et l’espace. L’Absolu, un par essence, se mani feste pour nous en une variété de quatre types dont il est l’esprit unique. C’est en vertu de ce principe que l’unité de l’Art, notamment, est partagée en quatre formes essentielles. Deux d’entre elles sont empruntées au langage : La littérature, forme artistique la plus rapprochée de l’idée, la plus près de Y Absolu. Et la musique, qui n’a plus du langage que le ton,
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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