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One moment.
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18 l’initiation mais qui y ajoute la forme du Temps, le rhythme (i). En opposition à ces deux ordres, il y en a deux muets, matériels, ceux des arts plastiques : L’architecture, réduite aux formes géométriques et massives, tout près de l’art industriel, enchaînée à la matière, à la Substance. Et la peinture, représentation de ^Espace sur une surface plane par la vie de la lumière et des lignes (2). Puis l’unité de l’Art commence à reparaître à tra vers les arts, dans le Drame théâtral. Traduit non plus par des formes inertes, mais par la personne humaine, entièrement vivant, rassemblant toutes les formes artistiques, il fait ressortir le but tout entier de l’Art. Eveiller par les sensations de la réalité toutes les émotions de l’âme, la passionner, l’enthousiasmer pour l’emporter jusqu’aux sommets sublimes de l’idée. Perdez de vue maintenant la superbe unité de cet ensemble, isolez-vous en quelqu’une de ses parties, et toute harmonie disparaît pour vous plonger dans l’obscurité d’une spécialité, d’une école sectaire. Vous n’êtes plus que littérateur, musicien, peintre ou archi tecte, au lieu d’être artiste avant tout. Vous devenez idéaliste, classique, romantique, réaliste. Peut-être même, tombant plus bas encore dans les pièges de l’analyse, irez-vous vous enfermer en quelque théorie (1) Entre elles est la Poésie, intermédiaire complexe fait de langage et de musique. (2) Entre elles est la Sculpture, intermédiaire complexe qui les réunit en passant de l’ornement au bas-relief.
2l’art et l’ésotérisme 9 de détail : symboliste, physiologiste, tachiste, impres sionniste ou tout autre plus ou moins exclusive. Ce que nous venons de dire de l’Art en général s’applique également à chacun des arts en particulier. Dire que lalittérature est l’art le plus voisin de l’esprit, que la musique, qui se rapporte au temps, est l’art de l’enthousiasme, que la peinture, qui correspond à l’espace, est celui du charme passionnel, que l’archi tecture est celui de la sensation, c’est exprimer seule ment l'effet le plus immédiat de chaque art, celui par lequel il saisit tout d’abord l’âme humaine ; ce n’est pas dire que cet effet soit le seul. Loin de là, il n’est pas d’art particulier qui ne réponde à l’unité complète de l’Art. C’est par les sens que l’architecture s’empare de nous, à peu près comme le fait la nature inerte, par la majesté de ses masses immobiles qui bravent le temps, l’étendue des espaces qu’elle mesure en la circonscrivant, la variété de ses profils ou de ses surfaces ; mais nos théâtres, nos monuments, nos cathédrales, sont là pour attester combien cet art peut nous élever à travers la forme, à travers l'harmonie du nombre jusqu’aux pensées gra cieuses, majestueuses ou sublimes, jusqu’au recueille ment le plus spirituel. Et ainsi des autres arts. En déclarant donc que chacun de nos arts a pour mission, comme l’Art en général, d’élever nos âmes de la sensation aux régions les plus hautes de l’idée, nous devons ajouter qu’un but si sublime n’étant que fort rarement atteint, il ne faut pas négliger les effets moindres qui en sont comme les degrés. Sans briser
3L INITIATION IO r l’unité de l’Art, sans perdre de vue le sommet de sa pyramide, il ne faut dédaigner aucun de ses étages. Il n’est jamais inutile d’enthousiasmer seulement, ou de charmer seulement, ou d'éveiller une sensation supé rieure, pourvu qu’on ne croie pas avoir atteint la per fection humaine, qu’on ne décourage aucun espoir, aucun effort plus ambitieux. Insistons sur ce point fort important pour notre su jet : il va nous conduire à la définition du Beau que nous n’avons pas encore établie. II La critique oublie aisément de suivre chez l’ama teur l’effet de l’idée inspiratrice de l’artiste : Comme toute autre force, celle-ci obéit à la loi trinitairesi bien définie par Aristote : passant de la puissance à l’acte par le mouvement. Ntfus venons de la voir engendrer l’œuvre artistique, mais son énergie n’est pas épuisée par cette création ; elle n’a accompli que la moitié de son mouvement. Qu’est-ce en effet qu’une œuvre d’art qui neseproduitpasen public? Une créature étouffée dans le sein de sa mère, supplice et désespoir de l’ar tiste. Il faut qu’elle se répercute dans l’âme passive du spectateur en deux mouvements exactement inverses de ceux qui ont vivifié l’activité de l’inventeur. Sa forme séductrice éveille le sentiment, endort la volonté qui pourrait réagir, crée une suggestion, reflet de la puissance originaire, et donne ainsi à la conduite de celui qui la reçoit une orientation puissante en raison de la force d’impulsion. I
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
18 l’initiation mais qui y ajoute la forme du Temps, le rhythme (i). En opposition à ces deux ordres, il y en a deux muets, matériels, ceux des arts plastiques : L’architecture, réduite aux formes géométriques et massives, tout près de l’art industriel, enchaînée à la matière, à la Substance. Et la peinture, représentation de ^Espace sur une surface plane par la vie de la lumière et des lignes (2). Puis l’unité de l’Art commence à reparaître à tra vers les arts, dans le Drame théâtral. Traduit non plus par des formes inertes, mais par la personne humaine, entièrement vivant, rassemblant toutes les formes artistiques, il fait ressortir le but tout entier de l’Art. Eveiller par les sensations de la réalité toutes les émotions de l’âme, la passionner, l’enthousiasmer pour l’emporter jusqu’aux sommets sublimes de l’idée. Perdez de vue maintenant la superbe unité de cet ensemble, isolez-vous en quelqu’une de ses parties, et toute harmonie disparaît pour vous plonger dans l’obscurité d’une spécialité, d’une école sectaire. Vous n’êtes plus que littérateur, musicien, peintre ou archi tecte, au lieu d’être artiste avant tout. Vous devenez idéaliste, classique, romantique, réaliste. Peut-être même, tombant plus bas encore dans les pièges de l’analyse, irez-vous vous enfermer en quelque théorie (1) Entre elles est la Poésie, intermédiaire complexe fait de langage et de musique. (2) Entre elles est la Sculpture, intermédiaire complexe qui les réunit en passant de l’ornement au bas-relief.
2l’art et l’ésotérisme 9 de détail : symboliste, physiologiste, tachiste, impres sionniste ou tout autre plus ou moins exclusive. Ce que nous venons de dire de l’Art en général s’applique également à chacun des arts en particulier. Dire que lalittérature est l’art le plus voisin de l’esprit, que la musique, qui se rapporte au temps, est l’art de l’enthousiasme, que la peinture, qui correspond à l’espace, est celui du charme passionnel, que l’archi tecture est celui de la sensation, c’est exprimer seule ment l'effet le plus immédiat de chaque art, celui par lequel il saisit tout d’abord l’âme humaine ; ce n’est pas dire que cet effet soit le seul. Loin de là, il n’est pas d’art particulier qui ne réponde à l’unité complète de l’Art. C’est par les sens que l’architecture s’empare de nous, à peu près comme le fait la nature inerte, par la majesté de ses masses immobiles qui bravent le temps, l’étendue des espaces qu’elle mesure en la circonscrivant, la variété de ses profils ou de ses surfaces ; mais nos théâtres, nos monuments, nos cathédrales, sont là pour attester combien cet art peut nous élever à travers la forme, à travers l'harmonie du nombre jusqu’aux pensées gra cieuses, majestueuses ou sublimes, jusqu’au recueille ment le plus spirituel. Et ainsi des autres arts. En déclarant donc que chacun de nos arts a pour mission, comme l’Art en général, d’élever nos âmes de la sensation aux régions les plus hautes de l’idée, nous devons ajouter qu’un but si sublime n’étant que fort rarement atteint, il ne faut pas négliger les effets moindres qui en sont comme les degrés. Sans briser
3L INITIATION IO r l’unité de l’Art, sans perdre de vue le sommet de sa pyramide, il ne faut dédaigner aucun de ses étages. Il n’est jamais inutile d’enthousiasmer seulement, ou de charmer seulement, ou d'éveiller une sensation supé rieure, pourvu qu’on ne croie pas avoir atteint la per fection humaine, qu’on ne décourage aucun espoir, aucun effort plus ambitieux. Insistons sur ce point fort important pour notre su jet : il va nous conduire à la définition du Beau que nous n’avons pas encore établie. II La critique oublie aisément de suivre chez l’ama teur l’effet de l’idée inspiratrice de l’artiste : Comme toute autre force, celle-ci obéit à la loi trinitairesi bien définie par Aristote : passant de la puissance à l’acte par le mouvement. Ntfus venons de la voir engendrer l’œuvre artistique, mais son énergie n’est pas épuisée par cette création ; elle n’a accompli que la moitié de son mouvement. Qu’est-ce en effet qu’une œuvre d’art qui neseproduitpasen public? Une créature étouffée dans le sein de sa mère, supplice et désespoir de l’ar tiste. Il faut qu’elle se répercute dans l’âme passive du spectateur en deux mouvements exactement inverses de ceux qui ont vivifié l’activité de l’inventeur. Sa forme séductrice éveille le sentiment, endort la volonté qui pourrait réagir, crée une suggestion, reflet de la puissance originaire, et donne ainsi à la conduite de celui qui la reçoit une orientation puissante en raison de la force d’impulsion. I
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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