Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1I 06 L’INITIATION de la France et du groupe latin est saint Pierre, l’apôtre de l’Egalité devant la loi sociale évangélique. Ces trois apôtres, très unis au Ciel, voudraient sans doute que leurs fidèles ne s’exécrassent pas mutuellement sur la terre, et que le Turc, cimeterre au clair, n’eût plus à leur prêcher la paix sociale, à Jérusalem même, près du Tombeau de Jésus. Mes poèmes développeront cette pensée évangélique, sans grand espoir deZréalisation rapide; mais « point n’est besoin d’espérer pour entreprendre », disait Guillaume le Taciturne. Aux jeunes poètes qui marcheraient dans cette voie, je tiens à dire qu’elle est difficile et ingrate ; car, en semant le bien pour autrui, on est à peu près sûr de ne récolter que le mal pour soi—même, dans la plupart des cas. Ce chemin étroit réclame une réelle indépendance d’idées, et, malheureusement aussi, de situation et de fortune, avec autant de religion stricte dans le fond des pensées et du caractère, que de courtoisie dans la forme. De plus, il ne faut pas croire que la Poésie, même religieuse, ait souvent droit de cité ou de chapelle, chez les rois et dans les cours, malgré les vers char— mants et chevaleresques d’un roi de France à un poète: Tous deux également nous portons des couronnes. Mais, Roi, je la reçus; Poète, tu la donnes. Ces considérations, que je signale aux jeunes gens, n’ont point effrayé mes cheveux gris, et voilà trois
2ARBITRAIRE OU ARBITRA’I 107 poèmes livrés au public : le Poème de la Reine, Mater nité royale, l’empereur Alexandre III. Je serais très surpris qu’ils plussent au goût du jour, car ils ne manquent de respect à rien de respectable, ce qui constitue un courage comme un autre, à l’heure qu’il est. Les amateurs de succès faciles sont sûrs de leur affaire avec des pamphlets, des satires, des calomnies et des indécences. Quant à moi, je traiterai toujours mes œuvres comme si Dieu même devait les juger. Comment sont nés ces poèmes ? J’en ai dit la cause première; en voici les causes occasionnelles. Étudiant l’Europe qui nous tient en quarantaine, j’ai observé attentivement ses familles souveraines, sans naïveté comme sans préjugé d’aucune sorte. Elles ont leurs ombres comme toutes les autres; mais elles ont aussi des rayons; et c’est par eux que les nations peuvent être menées à la paix du Christ. J’ai vu sur les trônes plus de vertus qu’il en fau drait pour arracher l’Europe à l’infernale et sanglante ornière qui deviendra son abîme et le leur. Mettre ces vertus à leur point de perspective et de poétique lumière, en faisant respectueusement entendre un vœu de paix et une possibilité pratique dans ce sens, tel a été le but de ces poèmes isolés. J’ai commencé par la Reine d’Angleterre et je me suis laissé aller sciemment et artistement à une sin cère_ admiration pour cette Doyenne des souverains d’Europe, pour ses vertus austères, pour son puissant
3108 L’INITIATION caractère, pour la haute signification de la présence d’une telle femme à la tête d’un tel peuple, pendant un demi-siècle. La Reine de Danemark a été mon second sujet de poétique description. Là aussi, je me suis abandonné à une admiration qui n’a rien de factice; car quel triomphe et quel enseignement qu’une pareille ma— ternité ! Plût à Dieu qu’un souverain ou qu’un pontife eût su faire pour la concorde des États ce que cette reine a accompli pour l’union des familles régnantes. Enfin je termine cette première trilogie par Alexandre III. Là, l’enthousiasme m’a été d’autant plus facile que j’exprimais les sympathies de ma nation et que j’avais à décrire également des vertus familiales, un rôle souverain de premier ordre, un destin national extra— ordinaire, un peuple et une race qui me sont profon— dément chers à tous égards. Comme Français, j’ai cru faire une oeuvre patrio— tique en exaltant ainsi un souverain et un Etat qui sont, en ce moment même, l’objet d’attaques aussi injustes que passionnées de la part des journaux du prince de Bismarck. Avant de passer au cycle contemporain de saint Pierre, que j’ouvrirai par un Poème sur la France, j’ai désiré que le lecteur sût d’avance où je vais, c’est— à—dire pourquoi ces poèmes ont été écrits et dans quel but. » SAINT—YVES D’ALVEYDRE. Paris, 27 août I889.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1I 06 L’INITIATION de la France et du groupe latin est saint Pierre, l’apôtre de l’Egalité devant la loi sociale évangélique. Ces trois apôtres, très unis au Ciel, voudraient sans doute que leurs fidèles ne s’exécrassent pas mutuellement sur la terre, et que le Turc, cimeterre au clair, n’eût plus à leur prêcher la paix sociale, à Jérusalem même, près du Tombeau de Jésus. Mes poèmes développeront cette pensée évangélique, sans grand espoir deZréalisation rapide; mais « point n’est besoin d’espérer pour entreprendre », disait Guillaume le Taciturne. Aux jeunes poètes qui marcheraient dans cette voie, je tiens à dire qu’elle est difficile et ingrate ; car, en semant le bien pour autrui, on est à peu près sûr de ne récolter que le mal pour soi—même, dans la plupart des cas. Ce chemin étroit réclame une réelle indépendance d’idées, et, malheureusement aussi, de situation et de fortune, avec autant de religion stricte dans le fond des pensées et du caractère, que de courtoisie dans la forme. De plus, il ne faut pas croire que la Poésie, même religieuse, ait souvent droit de cité ou de chapelle, chez les rois et dans les cours, malgré les vers char— mants et chevaleresques d’un roi de France à un poète: Tous deux également nous portons des couronnes. Mais, Roi, je la reçus; Poète, tu la donnes. Ces considérations, que je signale aux jeunes gens, n’ont point effrayé mes cheveux gris, et voilà trois
2ARBITRAIRE OU ARBITRA’I 107 poèmes livrés au public : le Poème de la Reine, Mater nité royale, l’empereur Alexandre III. Je serais très surpris qu’ils plussent au goût du jour, car ils ne manquent de respect à rien de respectable, ce qui constitue un courage comme un autre, à l’heure qu’il est. Les amateurs de succès faciles sont sûrs de leur affaire avec des pamphlets, des satires, des calomnies et des indécences. Quant à moi, je traiterai toujours mes œuvres comme si Dieu même devait les juger. Comment sont nés ces poèmes ? J’en ai dit la cause première; en voici les causes occasionnelles. Étudiant l’Europe qui nous tient en quarantaine, j’ai observé attentivement ses familles souveraines, sans naïveté comme sans préjugé d’aucune sorte. Elles ont leurs ombres comme toutes les autres; mais elles ont aussi des rayons; et c’est par eux que les nations peuvent être menées à la paix du Christ. J’ai vu sur les trônes plus de vertus qu’il en fau drait pour arracher l’Europe à l’infernale et sanglante ornière qui deviendra son abîme et le leur. Mettre ces vertus à leur point de perspective et de poétique lumière, en faisant respectueusement entendre un vœu de paix et une possibilité pratique dans ce sens, tel a été le but de ces poèmes isolés. J’ai commencé par la Reine d’Angleterre et je me suis laissé aller sciemment et artistement à une sin cère_ admiration pour cette Doyenne des souverains d’Europe, pour ses vertus austères, pour son puissant
3108 L’INITIATION caractère, pour la haute signification de la présence d’une telle femme à la tête d’un tel peuple, pendant un demi-siècle. La Reine de Danemark a été mon second sujet de poétique description. Là aussi, je me suis abandonné à une admiration qui n’a rien de factice; car quel triomphe et quel enseignement qu’une pareille ma— ternité ! Plût à Dieu qu’un souverain ou qu’un pontife eût su faire pour la concorde des États ce que cette reine a accompli pour l’union des familles régnantes. Enfin je termine cette première trilogie par Alexandre III. Là, l’enthousiasme m’a été d’autant plus facile que j’exprimais les sympathies de ma nation et que j’avais à décrire également des vertus familiales, un rôle souverain de premier ordre, un destin national extra— ordinaire, un peuple et une race qui me sont profon— dément chers à tous égards. Comme Français, j’ai cru faire une oeuvre patrio— tique en exaltant ainsi un souverain et un Etat qui sont, en ce moment même, l’objet d’attaques aussi injustes que passionnées de la part des journaux du prince de Bismarck. Avant de passer au cycle contemporain de saint Pierre, que j’ouvrirai par un Poème sur la France, j’ai désiré que le lecteur sût d’avance où je vais, c’est— à—dire pourquoi ces poèmes ont été écrits et dans quel but. » SAINT—YVES D’ALVEYDRE. Paris, 27 août I889.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
No commentary for this page.