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243 PAWtS. Traité méthodique de Science
Occulte- Lettre-préface de Ad. Franck. Paris, Carré, 1891, très fort vol. gr- in-8 br.
150 fr.
Très rare ouvrage illustré de planches
hors-texte et de figures dans le texte. —
C’est une véritable encyclopédie de tout ce
qui touche aux sciences magiques : Kabbale, théosophie, spiritisme, alchimie, francmaçonnerie, arts divinatoires, etc. — La
couv. est un peu défraîchie.
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TRAITÉ MÉTHODIQUE
SCIENCE
OCCULTE
LETTRE-PRÉFACK
DI
AD. FRANCK
MEMBRE DE L’iNSTITUT
Concilier la profondeur dasvtïes UiéoriquPs
de l’antiquiié avec tes r.’suliats ot Ta puissance de i’erpêrjitatauon conlempocaine.
AVEC 400 GRAVURES ET TABLEAUX — 2 PLANCHES PROTOTYPIQUES HORS TEXTE
SUIVI D’UN GLOSSAIRE DE LA SCIENCE OCCULTE
ET d’un DICTIONNAIRE ALPHABÉTIQUE DE TOUS LES TERMES
ET DE TOUS LES AUTEURS CITÉS
N
•V
PARIS
GEORGES CARRÉ, ÉDITEUR
. 3 8, R ur S AI Nf T-A X I) R É-I» K — ARTS. 3 S
! 80 I
TRAITE METHODIQUE
DF.
SCIENCE OCCULTE
PARIS.
IMPRIMERIE P. MOU IL LOT, !•», QUAI VOLTAIRE. — 44902.
TRAITÉ MÉTHODIQUE
DE
SCIENCE OCCULTE
PAR
PAPUS
DIRECTEUR DE L’INITIATION
PRÉSIDENT DU GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES KSOTÉRI'QUES
OFFICIER D’ACADÉMIE
LETTRE-PRÉFACE
DE
MEMBRE DE L'iNSTITUT
PRÉSIDENT DE LA LIGUE NATIONALE CONTRE l’vTHÉISMK
PARIS
GEORGES CARRÉ, ÉDITEUR
58 , RUE SAINT-ANDRÉ-DES-ARTS., 58
1891
s
ELIPHAS LEVI
LE GRAND OCCULTISTE FRANÇAIS
sur son lit de mort
A monsieur PAPUS, directeur de /'Initiation.
Auteur du Truité méthodique de Science occulte.
PRÉFACE
Monsieur ^
Avant de livrer au public votre Traité méthodique
de Science occulte, mus avez bien voulu le soumettre à
mon jugement en me priant de vous dire ce que je pense
de ï esprit général de ce livre et de celui de vos autres
travaux à moi connus, dans le cas où vos opinions rie
me paraîtraient pas contraires à ï idée que je me fais
des conditions et des exigences de la science philosophique dans l’état actuel de la pensée humaine.
Je n ai aucune raison de me refuser à la satisfaction
de votre désir, pourvu que vous me permettiez de fixer
avec précision les limites et l’intention dans lesquelles
je me plais à vous F accorder .
Je ne crois pas à l’existence d'une science occulte
VI
distincte par essence de la science ordinaire, affranchie des conditions imposées à celle-ci et qui devrait
cependant être considérée comme ï origine, la source
et la hase permanente de toutes nos connaissances .
Cette idée, quoiqu’elle ait trouvé dans le passé et
quelle compte encore dans le présent de nombreux
partisans, est absolument irrationnelle, c est-à-dire
antiscientifique. C’est une pure idole dont le culte
appartient aux temps fabuleux.
Mais si, sous le nom de science occulte, vous entendez parler clés premiers efforts et des premières découvertes de la science, de ces découvertes qui reposent
sur ï analogie plutôt que sur le raisonnement et sur
l’analyse, qui ont été provoquées par ï intuition qua
l’homme de ï ordre universel de la nature et par la
similitude des lois de l’univers avec celles de sa propre
pensée, je vous donne complètement raison. Ces lois
dont nous parlons étant toujours les mêmes, ont été
soupçonnées et, si ï on peut parler ainsi, réclamées
avant d'être démontrées . Puis la tradition s’en est
emparée et les a transmises de siècle en siècle en son
propre nom. C’est ainsi que la plus haute antiquité
a possédé des notions vraies de physique, d’ astronomie, d’histoire naturelle, cï agriculture, de métallurgie, de mathématiques, d’ architecture , de chimie même
et de médecine . C’est ainsi, exemple mémorable entre
tous, que les pythagoriciens ont reconnu la rotation
de la terre et des autres planètes, non pas autour du
soleil, mais autour d’un feu central.
vu
Toutes les lois de la pensée, comme toutes les lois
de la nature , existent à la fois, les unes dans la pensée,
les autres dans T univers, mais plus ou moins développées, plus ou moins claires et toujours unies ,
toujours mêlées entre elles dans la proportion de la
connaissance dont elles sont l objet.
Ce quil faut répudier absolument , c’est une manière
de comprendre le progrès qui tend à détruire ï unité de
l'esprit humain et celle de l’humanité elle-même.
C’est cette idée chère aux positivistes , soutenue comme
un dogme par Auguste Comte , que ï esprit humain est
d’abord absorbé tout entier par les conceptions théologiques, que de la théologie il passe à la métaphysique
qui ï envah it à son tour et qu enfin ce n est que dans
les temps modernes , sans doute à partir du xixe siècle ,
quil s'élève à la possession et même à la notion de la
science.
En réclamant en faveur de la science antique , en
attestant les connaissances et ï expérience féconde des
âges les plus reculés de notre espèce , vous avez ,
monsieur, fait justice dune des erreurs capitales du
positivisme , dune des prétentions les plus obstinées de
l’esprit moderne. Je regrette seulement que, à titre de
garants de la science de l’ antiquité, vous citiez habituellement des écrivains dont ï érudition est plus
aventureuse que solide.
Mais vous ne prenez pas seulement sous votre protection la science des anciens, vous croyez aussi à
T existence cl’un sens caché, ou, pour me servir de
VIII
votre langage, d’un sens ésotérique des faits, des textes
vénérés des livres religieux et de la nature elle-même
prise dans son ensemble et dans ses détails ; en un mot,
vous êtes un défenseur du mysticisme . Il faut que vous
sachiez que je ne suis pas mystique quoique j’aie écr it
le livre de la Kabbale. Mais le mysticisme ma toujours
inspiré , dès mes premières années de réflexion , et
m’inspire surtout aujourd’hui, dans un âge très avancé,
le plus profond respect, j'oserai même dire un culte
mêlé de tendresse. C’est qu’il est à mes yeux une
protestation éloquente et absolument justifiée en principe contre tous les systèmes qui rétrécissent l’intelligence et font descendre l’dme de sa hauteur originelle.
Ces systèmes, je n ai pas besoin de les nommer, ils
régnent presque en maîtres dans le temps où nous vivons,
ils régnent principalement sur ï esprit de la jeunesse,
qui, n osant ni choisir entre eux, ni les admettre tous à
la fois, parce qu’ils se contredisent , se trouve réduite
à une sorte de nihilisme spéculatif. Heureusement que
le cœur, dans ces nouvelles générations , vaut mieux
que la tête et neutralise en partie les effets des mauvaises doctrines. Mais qu’est-ce que le cœur sinon
une des formes, tout au moins un des' éléments du
mysticisme, c est-à-dire le sentiment et les intuitions
spontanées , jusqu’à un certain point irrésistibles de la
conscience ? « Dieu sensible au cœur : » quel sens
profond dans cette parole de Pascal ! C’est qùe, en
effet, si Dieu ne nous touche pas, ne pénètre pas en
nous, n est pas le moteur secret de nos pensées et de
IX
nos actions, il n est pas ce que la Bible appelle si bien
le Dieu vivant. Il se réduit à une formule algébrique
ou logique telle que ! Inconnaissable de Herbert Spencer ,
ï Inconscient de Hartmann ou même les Postulais delà raison pure inventés par Kant.
Cependant la protestation plus ou moins vague, plus
ou moins flottante du sentiment contre l'athéisme , le
positivisme et le pessimisme me parait insuffisante .
On ne connaît pas Dieu, et si je puis parler ainsi, on
ne le possède pas et l'on n’est pas possédé par lui, tant
quon ne va pas au fond des choses, dont il est non
seulement l'auteur et le législateur, mais la suprême
réalité, la dernière essence, dans lesquelles il réside et
qu il enveloppe en nous enveloppant nous-mêmes. C est
dans ces profondeurs que vous et vos collaborateurs de
l’Initiation, en appelant à votre aide toutes les formes
du mysticisme, celles de l’Orient comme celles de
ï Occident, celles de T Inde comme celles de l’Europe,
vous aimez à vous abîmer l Ces profondeurs ont leurs
ténèbres et leurs dangers : je ne serais pas sincère si
je vous disais que vous réussissez toujours à les éviter
et que notamment la liberté humaine n’est jamais
compromise avec vous ni les exigences de la vie et de
la science proprement dite. Mais j e préfère de beaucoup
ces audacieuses spéculations à la myopie du positivisme, au néant de la science athée et au désespoir plus
ou moins hypocrite du pessimisme. Elles sont à mes
yeux comme un appel énergique au sérieux de la vie,
au réveil du sens du divin. Elles me représentent un
X
salutaire révulsif pour Vante humaine engourdie, menacée de s’ éteindre.
Je ne puis donc que vous engager , sous les réserves
que je viens de faire, à persévérer dans la voie que
vous parcourez avec tant d’ardeur , où malgré votre
jeunesse vous avez déjà acquis tant d’autorité.
Mon intention est de vous y suivre avec un intérêt
toujours croissant.
Ad. FRANCK.
Paris, le -13 février 1891.
9
INTRODUCTION
A L'ÉTUDE DE L’OCCULTISME
[
Les plus grands des hommes de génie qu’ont vus naître
les derniers siècles se sont intéressés à ce monde du merveilleux représenté par la Magie. Sans parler des Anciens,
tous épris d’amour du mystère, il est facile de vérifier
notre assertion dans l'œuvre mystique du Dante, construite
d’après les clefs septénaires de la Kabbale ; dans les
manuscrits de cet artiste prodigieux, doublé d’un savant
éminent, qui fut Léonard de Vinci; dans les œuvres purement magiques de Shakespeare, Macbeth , Hamlet ou la
Tempête ; dans les écrits de Goethe avouant qu’il s’est
beaucoup occupé d’alchimie, et jusque dans la musique du
grand Richard Wagner à qui le monde des enchantements
a livré tous ses secrets. Et notre liste serait fort longue si
nous voulions citer un à un tous ceux de notre siècle qui
furent attirés par cette étude, depuis Balzac jusqu’à
Edgar Poe.
Et qu’on ne vienne pas dire que les littérateurs ou
XII
les philosophes seuls ont pris goût à ces rêveries. Newton
n’a-t-il pas passé plusieurs années de sa vie à la recherche
d’un mystère de la Kabbale chrétienne : le chiffre 666?
Képler n’avoue- t-il pas que c’est la méthode analogique
qui, par le rapprochement entre les lois musicales et
l’astronomie, l’a conduit à son admirable découverte?
Enfin Bacon, le défenseur de la méthode expérimentale,
ne s’est-il pas occupé d’astrologie ?
Il est vrai qu’on prétend communément que tous les
grands hommes perdent la tête sur la fin de leur vie.
Pourquoi ? Parce qu’ils s’intéressent à ces études.
Pour nous, qu’un préjugé de plus ou de moins n’effraye
guère, cette recherche indique surtout le besoin qu’a
l’esprit humain de raisonner la foi et d’appliquer -aux
données sentimentales les froides méthodes de la science.
La Science occulte prétend réaliser cet idéal.
Qu’est-ce que la Science occulte ?
Un corps de doctrine enseigné dans les Universités
d’Egypte et transmis d'âge en âge, non sans subir de
sérieuses mutilations. Ce qui constitue essentiellement
la Science occulte, ce sont moins ses enseignements que
sa méthode d’investigation.
Il est certes fort intéressant de constater que les anciens
avaient une science tout comme nous autres, que cette
science était enseignée sous le sceau du secret et après de
sérieuses épreuves physiques et morales aux futurs
membres des « classes dirigeantes ». Mais ce sont là en
somme des recherches dont l’utilité ne semble pas
immédiate.
XIII
Ce qui nous intéresse surtout au point de vue pratique,
c’est cette méthode de \analogie qui, maniée avec prudence, peut nous être de la plus grande utilité.
Nous ne saurions trop insister sur ce point. La Science
occulte vient offrir à ses disciples une méthode nouvelle,
c’est-à-dire un merveilleux outil de travail.
On comprend de suite que si cet outil est manié par
des ouvriers inhabiles, il ne pourra, malgré sa précision,
que donner de très faibles résultats. Si, au contraire, celui
qui tient en main cet instrument d’investigation sait
l’employer avec intelligence, le résultat sera surprenant.
Avons-nous à l’heure actuelle réellement besoin de
méthodes nouvelles? n’en possédons-nous pas assez pour
nos besoins ?
Non ; et l’on verra de suite pourquoi.
L’amour de l’analyse à l’excès a conduit nos savants
dans un domaine où la spécialisation s’impose de très
bonne heure.
Les connaissances de détail accumulées à propos de
chaque science sont telles qu’il faut se résoudre, ou à ne
connaître que des données générales, ou à se spécialiser
immédiatement.
Nous ne parlons pas de la nécessité de n’étudier qu’une
seule science, les divisions vont bien plus loin et celui
qui veut par exemple étudier « la Médecine » est bien
obligé, s’il désire se donner tout entier à cet art, de se
spécialiser bientôt dans « la Clinique » ou dans «la Physiologie » ou dans « l’Histologie » sans compter les mille
spécialités que contient la clinique elle-même, etc., etc.
XIV
Le domaine qu’embrasse l’étude de l’Univers, d’après les
procédés rigoureux de notre époque, apparaît donc à
l’observateur impartial comme une immense cité où
s’élèveraient des temples somptueux, image de chacune
de nos grandes sciences. Dans ces temples une infinité de
petites chapelles sont remplies de fervents qui luttent
d’influence ou de mérite pour entrer dans le sanctuaire.
Ces chapelles sont l’image de ces mille spécialités pour
lesquelles se trouvent toujours des étudiants et des
professeurs.
Mais de plan d’ensemble aucun. Les chapelles sont
élevées au hasard dans chaque temple, les temples élevés
sans aucun ordre dans la cité, si bien que l’étranger ne
peut plusse reconnaître dans ce fouillis inextricable.
Pas de système d'ensemble. Pas de synthèse. C’est
là ce qui manque vraiment à notre époque.
Est-il impossible de découvrir les jalons intermédiaires
qui doivent réunir toutes les branches du savoir humain?
Est-il impossible de trouver en sciences naturelles une
classification qui suive à tel point les lois de la nature
qu’elle soit applicable aussi bien aux minéraux qu’aux
végétaux et aux animaux qui semblent régis tous par la
loi d’évolution ?
Les minéraux sont classés d’après leurs propriétés
chimiques, les végétaux d’après leurs organes génitaux
et les animaux d’après leur charpente. Comment voulezvous vous y reconnaître ?
Oken a donné un système bien curieux à ce propos
rattachant directement les sciences naturelles aux sciences
I
XV
physiques par une classification basée sur les quatre
éléments.
Oui, en plein xixe siècle, sur les quatre éléments ; mais si
ces mots choquent trop nos chimistes, je dirai sur quatre
laçons dont se comportent les corps simples d’après leur
constitution atomique. En effet le cauboxe correspondant
à la Terre est tétratomique, l’azote correspondant à l'Eau
est triatomique, l’oxygène correspondant à l'Air est
diatomique et l’iiydrogène correspondant au Feu est
monoatomique1.
Les alchimistes, dont M. Berthelot étudie avec tant de
compétence les travaux à l’heure actuelle, faisaient de la
chimie vivante et concevaient les corps chimiques un peu
comme nous concevons aujourd’hui les êtres organisés ; de
là leur idée de la transmutation des métaux qui n’était,
après tout, que du transformisme en action.
Un corps chimique était pour eux un être entier constitué comme tous les êtres par des organes et exerçant des
fonctions.
Qu’avons-nous fait à l’heure actuelle? Nous avons disséqué ces êtres minéraux, nous avons fouillé la constitution de l'élément Eau , et nous avons mis dans des bocaux
séparés les deux organes ou corps simples constituants :
l’hydrogène et l’oxygène, et ainsi pour tous les autres.
Nous avons constitué, sous le nom de chimie, une anatomie du règne minéral; quand nous en serons à la physiologie nous reconnaîtrons que les alchimistes étaient encore
nos maîtres.
Cette alliance des sciences physiques et des sciences
naturelles, nous la trouverons, si nous voulons bien la
1. Cette correspondance étant basée sur les propriétés physiques des
éléments ne répond pas en tous points aux rapports établis par l’ésotérisme.
XVI
chercher, dans les livres de ces vieux fous qui s’occupaient
de Magie.
Toujours la Magie.
On avouera que j’y liens ; mais j’aurais peine à faire
autrement si je ne veux pas sortir de mon sujet.
★
* *
LA SCIENCE OCCULTE
On désigne par ce nom de Magie les pratiques en apparence surnaturelles exercées par les thaumaturges, initiés
des temples de l’Inde ou de l’Egypte. La science enseignée
dans ces temples était cachée aux profanes, de là son nom
de Science occulte.
La Science occulte, avons-nous dit, peut être conçue
comme un corps de doctrine enseigné dans les Universités
de l’Égypte et transmis d'âge en âge, non sans subir de
sérieuses mutilations.
Cette définition soulève de suite de très nombreuses
objections.
Nos études classiques nous ont habitués à considérer les
hommes éminents de l’antiquité comme de doux rêveurs,
faisant beaucoup de philosophie et adorant aveuglément
une foule de dieux aussi divers que les étoiles du ciel.
Aussi cette idée d’un corps de doctrine à tournure scientifique, d’une organisation hiérarchique de l’enseignement
dans le monde païen, d’une transmission de cet enseignement à travers les âges, etc., bouleverse-t-elle nos conceptions à un tel point que, malgré tout, nous ne voulons y
prêter aucune attention.
Voilà pourquoi nous avons consacré la plus grande partie
de notre travail à accumuler en divers chapitres tout ce que
nous avons pu trouver de positif à ce sujet.
XVII
Les prolégomènes (chapitres 1 et 2) sont consacrés à
l’étude de ce corps de doctrine à tournure synthétique,
basé sur le raisonnement par analogie.
Cette science existe, mais elle est du tout au tout différente
de la nôtre par ses résultats. Ce serait folie que de rechercher dans l’ antiquité l’existence des appareils perfectionnés
que nous possédons aujourd’hui ; aussi M. Franck a-t-il
cent fois raison de s’élever, dans la lettre qu’il nous fait l’honneur de nous adresser, contre cette tendance à considérer
la Science occulte comme l’origine et le point fatal d’arrivée
de toutes nos connaissances. Mais en revanche, l’application de la méthode analogique à nos découvertes actuelles
pourra produire des résultats fort curieux et surtout fort
inattendus.
Si l’on n’accorde aux anciens que le mérite d’avoir
connu les principes généraux de nos sciences, ce serait
faire une injustice que de ne pas insister sur l’admirable
façon dont était pratiquée l’unité de l’enseignement dans
ce monde dit païen.
On sait bien que chaque peuple et même chaque cité
avait ses dieux et ses prêtres, on sait encore que ces
prêtres étaient des savants, ingénieurs, astronomes, ou
médecins; maison ignore trop que ces savants étaient tous
rattachés à un même centre et se reconnaissaient tous
grâce à une langue sacrée connue dans tous les temples
alors existants.
Chacun de ces temples représente une faculté régionale,
une école préparatoire de philosophie, de droit, d’art ou
de médecine. Mais toutes ces écoles sont reliées à une
université qui seule confère les hauts grades, c’est-à-dire
donne les connaissances nécessaires pour la direction des
peuples ou des forces subtiles de la nature. Quelle preuve
pouvons-nous donner de cette assèrtion ?
XVIII
Ouvrez le premier livre d’histoire venu, le plus élémentaire des dictionnaires biographiques et cherchez où Lycurgue est allé apprendre l’art de gouverner les hommes :
en Égypte ; où Pythagore est allé acquérir sa science
prodigieuse ; en Égypte ; où Platon a connules fondements
de son admirable philosophie : en Égypte. Voilà la
réponse à notre question de tout à l’heure.
Et s’il s’élève quelque doute au sujet de l’existence d’une
langue sacrée commune à tous les prêtres de tous les
pays, les affirmations unanimes de trente-deux auteurs
anciens collationnés par de Brière (voy. p. 388) viendront
prévenir victorieusement toute objection possible.
Moïse est aussi un initié des temples d’Égypte et cette
langue sacrée que nous pouvons croire perdue, nous la
retrouverons, encore intacte après de longs siècles, dans
le livre pour la conservation duquel Moïse sélecta un
peuple indomptable et farouche.
La Kabbale nous enseigne les principes de l’enseignement occulte des sanctuaires de l’antiquité ; la Gnose
renouvelle cet enseignement, et les efforts de toutes les
sociétés hermétiques : Alchimistes , Templiers , Rose-Croix
ou Francs-Maçons ne tendent que vers un seul but : la
reconstitution de cette unité d’enfeeignement, de cette
fraternité des intelligences, figurées sous le symbole de
l’édification d’un temple universel.
LA MÉTHODE ANALOGIQUE .
Il peut être fort intéressant, me direz-vous, pour un historien ou un philosophe de chercher ce qu’il y a de vrai
dans ces affirmations; mais de quelle utilité ces données
XIX
peuvent-elles bien être pour un adepte de la science expérimentale?
C’est ici qu’il nous faut aborder la question sous un tout
autre point de vue, celui de la méthode employée par les
anciens initiés.
Quand vous voulez connaître la hauteur d’une tour, le
procédé le plus simple consiste à monter sur la tour et à
dérouler une corde portant des divisions établies d’avance.
C’est là le moyen expérimental par excellence, celui
qu’emploieront les gens les plus ignorants.
»
Mais allez chercher un ingénieur. Croyez-vous qu’il se
donnera la peine de faire celle ascension pénible? La
trigonométrie lui permet de trouver exactement la hauteur
de la tour grâce à un calcul très simple. Connaissant un
côté et deux angles du triangle rectiligne, il résoudra
rapidement le triangle tout entier et trouvera ainsi la
hauteur cherchée.
Deux éléments connus lui suffisent pour trouver l’élément inconnu.
Cet exemple permet de comprendre l’emploi des deux
méthodes d’investigation : la méthode expérimentale correspondant au premier moyen d’obtenir la hauteur de la tour
et la méthode analogique correspondant au second de ces
moyens.
Un expérimentateur qui veut se; rendre compte de la
façon dont la sensation se transforme en mouvement dans
la moelle épinière, multipliera les procédés d’investigation
*
sur de pauvres animaux et fera de véritables hécatombes
sans arriver souvent à un résqltat bien sérieux.
Un occultiste déterminera d’abord l’unité d’action qui
préside aux transformations opérées dans l’organisme,
montrant qu’une même loi explique la circulation du sang,
la circulation des aliments (digestion) et la circulation du
J
XX
fluide nerveux (innervation)i. Établissant ainsi la formule
générale qui serviraàla résolution des inconnues, il n’aura
pas de peine à faire voir que la transformation de la sensation en mouvement dans la moelle est analogue h la transformation du saug noir en sang rouge dans le poumon
ou à la transformation de l’aliment en chyle dans les
organes digestifs. Connaissant une seule de ces transformations, la méthode analogique lui permettra de découvrir les autres.
Mais les points connus, fondements des recherches ultérieures, ne peuvent être fournis àl’analogiste que par l’expérimentateur. Bien plus, les données déterminées par
l’analogie ne deviennent véritablement scientifiques que
lorsqu’elles ont été sanctionnées par l’expérience.
Claude Bernard se vantait de n’en appeler à l’expérimentation que pour vérifier une idée préconçue. L’analogie
a pour première qualité de fournir méthodiquement cette
idée préconçue qui deviendra le phare de l’expérimentateur.
L’analogie n’aspire donc pas à remplacer la méthode
expérimentale, elle vient au contraire offrir à cette méthode un nouveau champ d’action, elle permet au poète
d’être aussi précis dans ses développements et dans ses
comparaisons qu’un algébriste, sans gêner davantage la
liberté nécessitée par l’imagination du poète que la rigueur
demandée par la raison du mathématicien.
Voilà pourquoi tous les poètes anciens étaient en même
temps des savants profonds et ne se contentaient pas
d’avoir une vague teinture de science, acquise à la hâte et
sans application.
Aussi cette méthode sérieusement étudiée par nos savants
1. Voy. Gérard Encausse, Essai de Physiologie synthétique. — Paris
1890 in-8°.
(
XXI
peut-elle leur rendre d’importants services. Il est clair
toutefois que les chercheurs ne demanderont à la Science
occulte que sa méthode et n’auront aucune attention à
prêter aux données historiques et philosophiques qui caractérisent l’occultisme considéré comme un corps de doctrine transmis sans interruption à travers les âges.
La science a réalisé des progrès considérables depuis
l’origine de cette tradition, l’analyse a été poussée partout
jusqu’aux plus extrêmes limites; une synthèse est nécessaire. Nous pensons que la méthode analogique, reprenant les milliers de faits établis et les groupant d’après un
procédé tout nouveau, est seule capable de constituer cette
synthèse ; puissions-nous ne pas nous tromper!
LE MOUVEMENT ACTUEL
Si quelque chose peut nous faire espérer en l’avenir de
ces études, c’est le succès croissant du mouvement commencé il y a quelques années à peine.
11 y a sept ans la Science occulte n’était connue qu’à
titre de philosophie très originale et par quelques-uns
seulement, disciples d’Eliphas Lévi ou de Fabre d’Olivet.
La tradition occidentale n’était pas interrompue; mais elle
était conservée très secrète. Les écoles spirites et magnétiques continuaient leurs études, mais cantonnées chacune
dans leur domaine spécial.
A l’heure actuelle, la Science occulte est prise en
sérieuse considération par une pléiade de chercheurs appliquant la méthode analogique aux diverses branches de l’activité intellectuelle. Généralement la naissance d’une école
**
XXII
est caractérisée par l’application de théories plus ou moins
révolutionnaires à la littérature, à l’art ou à la science pris
séparément. Ce qui constitue le caractère tout particulier
de ce mouvement déterminé par la Science occulte, c’est
que partout il tend à faire preuve de vitalité.
En littérature c’est Joséphin Péladan initié par le docteur Péladan son frère, et répondant par une série d’écrits
magiques, commencée en 1883, aux attaques féroces dont
il est l’objet; c’est Léon Hennique appliquant dans Un
Caractère J es données du spiritisme et dans sa pièce
Amour les enseignements de la Science occulte; c’est
Paul Adam rééditant le Sabbat et vivifiant de sa conception la tradition enseignée par Eliphas Levi ; c’est George
Montière cachant les plus profondes vérités de la philosophie sous les ironiques plaisanteries du docteur Selectin;
c’est Léonce de Larmandie, l'ami et le disciple de Péladan, étudiant l’ésotérisme de la forme en maints volumes.
En poésie c’est Émile Goudeau, c’est Jean Rameau,
c’est Albert Jhouney, rendant les profonds enseignements
du Zohar en d’admirables vers, c’est Paul Marrot, Robert de la Villeliervé, Ch. Dubourg, et Lucien Mauchel
appliquant l’analogie aux développements les plus poétiques.
Émile Michelet fait une étude transcendantale d’esthétique: Y Esotérisme clans l'art (1890).
Les romanciers s’intéressent aussi à ces données nouvelles et nous devons à Jules Lermina, outre deux études
y
littéraires : A Brûler et T Elixir de vie , le résumé le plus clair
qui ait été fait de la Science occulte : La Magie pratique.
M. Lermina est un exemple de ce qu’on peut faire quand
on veut joindre le travail assidu aux qualités du littérateur.
Désirant connaître à fond ces questions, cet auteur
n’hésite pas à travailler l’hébreu et le sanscrit en même
XXIII
temps que les livres les plus ardus des maîtres de l’occultisme. Aussi en est-il aujourd’hui uu des représentants les
plus instruits.
Enfin notre liste serait fort longue s’il nous fallait mentionner tous les littérateurs contemporains rattachés à ces
idées comme Guy de Maupassant [le Horla ), Anatole
France [Thaïs), Gilbert-Augustin Thierry [la Tresse blonde ),
1L de Maricourt [l'Œil du dragon , Batracien mélomane) ,
ou Iluysmans [Là-bas), etc., etc.
L’esthétique, dans toutes ses branches, compte des
représentants parmi les étudiants de la Science occulte.
Signalons pour mémoire les travaux d’Augusta Holmes,
les morceaux de Ch. de Sivry et de Henri Welch sur
la musique et les études de Joséphin Péladan et de
son disciple F. Yurgey sur la peinture.
Et qu’on ne vienne pas me dire que les défenseurs de
l’imagination s’occupent seuls de ces questions. Le mouvement, avons-nous dit, manifeste les traces de son action
dans toutes les branches de l’activité intellectuelle môme
les plus rigoureusement techniques. C’est ainsi que
Charles Henry, qui a étudié sérieusement Wronski,
applique ces données à ses travaux mathématiques ;
Gérard Encausse applique la méthode analogique dans
son Essai de physiologie synthétique. Albert Faucheux
obtient un prix de l’Académie en appliquant cette même
méthode à la pédagogie tandis que Horace Lefort revendique, d’après la tradition ésotérique, le retour au génie
national dans son Erreur latine.
Partout le mouvement s’accentue ; en philosophie c’est
F. Ch. Barlet, le plus savant et le plus modeste de tous les
occultistes français, qui montre la profondeur de l’ésotérisme dans son Essai sur V évolution de Vidée; en sociologie
c’est Julien Lejay qui met au jour son Essai de sociologie
XXIV
analogique, œuvre vraiment magistrale ; en orientalisme
c’est Augustin Chaboseau qui écrit Y Essai sur la philosophie du bouddhisme , montrant les rapports des deux traditions orientale et occidentale ; en histoire enfin, c’est
Jules Doinel, l’archiviste du Loiret, ressuscitant la Gnose,
c’est Marcus de Yèze étudiant l’Egyptologie dans ses rapports avec la science ésotérique, c’est Napoléon Ney
dévoilant la possession de l’occultisme par les Sociétés
secrètes musulmanes , c’est le docteur Delézinier restituant
les origines de la chimie par l’étude approfondie de la
philosophie hermétique, c’est Albert Poisson expliquant
enfin les théories et les symboles des Alchimistes.
Nous n’avons parlé que de ceux qui étudient la Science
occulte au point de vue de ses applications ; rendons maintenant justice aux occultistes militants, aux représentants
les plus autorisés de la tradition occidentale.
La marquis de Saint-Yves d’Alveydre, disciple de Fabre
d’Olivet, ne peut être considéré comme un partisan absolu
des idées défendues par l’occultisme. Cet auteur éminent
s’occupe principalement de la science ésotérique dans ses
rapports avec le gouvernement des peuples.
Eliphas Lévi a trouvé un successeur de la plus haute envergure dans la personne de Stanislas de Guaita. Le style
irréprochable et coloré de l’auteur de Au seuil du Mystère et du Serpent de la Genèse , sa science profonde et sa
merveilleuse érudition en font le représentant le plus élevé
de la Science occulte considérée dans ses développements
philosophiques.
Les études de Lavater et de Desbarolles sont renouvelées sous le point de vue synthétique par Gary de Lacroze
dans son Traité exotérique de Divination , et G.Vitouxdans
son Occultisme scientifique établit au mieux l’état de la
question en ces dernières années. Signalons au dernier
XXV
moment l'apparition prochaine d’un livre de vulgarisation
de la Science occulte par Phjtoff. Nous ne savons ce que
vaut le livre'; nous le signalons pour montrer que la vulgarisation, hélas 1 s’est aussi abattue sur cette question.
Enfin si nous mentionnons les noms des savants autorisés qui ont abordé l’étude de l’occultisme pratique : le
colonel de Rochas (de l’École polytechnique), M. Lemerle
(ancien élève de la même école) et le docteur Gibier,
nous aurons montré rapidement l’état actuel de ce mouvement encore très peu connu.
la presse
Quand nous disons « peu connu », nous faisons preuve
d’ingratitude envers les membres les plus éminents de la
presse qui ont signalé aux lecteurs étonnés les progrès
accomplis journellement par ces idées en apparence si
curieuses.
C’est ainsi que Maurice Barrés et Emile Gautier dans
le Figaro, Aurélien Sclioll dans ses journaux, L. de Meurville et Émile Michelet dans le Gaulois , Harry Àlis dans
les Débats , Anatole France dans le Temps et dans la
Revue illustrée , Montorgueil dans Paris et dans l'Eclair ,
Jules Huret dans YEcho de Paris , Des Houx et Le Duc
dans le Matin , Paul Ginisty et G. Vitoux dans le XIXe
Siècle , Le Parisien dans le Mot d' Ordre, MUo Marie- Anne
de Bovet dans la presse étrangère, ont fait qui des chroniques, qui des interviews, qui des articles de fond sur
ce mouvement et ses conséquences. Depuis ces dernières
années il ne s’est pas passé un mois sans que quelque
étude d’un des grands journaux de Paris vînt insister
sur l’importance de ces nouvelles idées.
XXVI
ADVERSAIRES ET DÉFENSEURS
Aussi comprend-on facilement que des adversaires
déterminés n’aient pas tardé à naître, cherchant à défigurer, par tous les moyens, le caractère des idées défendues et des défenseurs eux-mêmes. Je ne m’attarderai
pas à réfuter les arguments invoqués par des feuilletonnistes peu instruits, bouddhistes d’opéra-comique, par des
docteurs sans clientèle et jaloux des succès d’autrui, par
tous les impuissants de l’intelligence et du travail, par
tous les perroquets qui « sifflent bien, mais 11e chantent
pas », suivant la remarque du fabuliste. Les chiffres sont
faciles à établir : trente et un volumes de littérature et une
pièce de théâtre, trente-cinq ouvrages scientifiques ont
été produits depuis moins de six ans par ceux qui s’adonnent à l’étude de la Science occulte et de ses applications.
Ajoutez à cela les encouragements donnés à ce mouvement par des esprits aussi éminents que M. Ad. Franck et
vous comprendrez la cause de toutes les attaques dont
nous sommes l’objet et qui ne cesseront pas de sitôt,
espérons-le, un ennemi parlant d’une œuvre généralement dix fois plus qu’un ami, fût-il des plus intimes.
Ce serait du reste faire preuve d’une certaine naïveté
que d’attendre une protection ouverte de la masse des
intellectuels. Lancés en avant à la recherche d’idées nouvelles, on peut nous comparer à des éclaireurs chargés
d’explorer des régions inconnues et souvent d’essuyer les
premiers le feu de l’ennemi. Les éclaireurs ne doivent
compter que sur eux-mêmes, ils n’ont rien à attendre
du gros de l’armée qui s’avance dans le lointain. Ce
XXVII
sont dos soldats sacrifiés d’avance, mais ils savent qu’on
choisit les meilleurs soldats pour ce sacrifice, trop heureux si leur dévouement peut être de quelque utilité pour
sauver la masse de leurs frères en marche derrière eux
et pour donner à l’Humanité, une fois de plus, la victoire
dans la lutte contre le Mal, contre l’Erreur et contre
l’Injustice.
Il
NOTEE TRAVAIL
Lorsqu’un homme indépendant, comprenant tout ce
qu’on peut tirer de ces études, veut approfondir les données de la Science occulte, mille obstacles entravent la
réalisation de son désir.
Les livres les plus importants sont introuvables dans le
commerce, il faut aller dans les bibliothèques publiques
et là se briser au maniement des mots techniques et
d’obscurités, insolubles si l’on consulte les encyclopédies
contemporaines.
Notre Traité élémentaire de Science occulte , fort incomplet, du reste, a eu quatre éditions depuis son apparition.
Nous avons résolu de transformer ce petit volume en une
sorte de recueil méthodique contenant, résumés, les ouvrages elles traités techniques qu’on ne peut se procurer que
très difficilement. De là la grosseur de l’ouvrage présent.
COMPOSITION DE CE VOLUME — PROCÉDÉS DE LECTURE
Il fallait résoudre, dans la confection de ce volume, à la
fois plusieurs problèmes.
Ainsi les personnes qui désirent avoir une idée générale
XXVIII —
de la question doivent pouvoir satisfaire leur goût sans
être dans l’obligation de parcourir d’un bout à l’autre les
points les plus techniques de la Science occulte.
D’autre part, ceux qui veulent approfondir un point particulier, Kabbale, Alchimie ou même Chiromancie, n’ont
souvent ni le temps ni les moyens d’aller dans les bibliothèques et de prendre connaissance des traités spéciaux.
Ajoutez à cela les gens pressés, obligés de faire rapidement un article ou d’exprimer une opinion qui s’efforce
d’être précise, et vous comprendrez les difficultés qui se
sont présentées dans la création de ce travail.
Nous ne prétendons pas les avoir toutes résolues, mais
nous avons fait de notre mieux, et nous allons indiquer
comment nous nous y sommes pris à cet effet.
Aux lecteurs en général nous avons consacré le gros texte, sauf les chapitres précédés du mot
technique.
Il suffit donc de lire le gros texte en sautant méthodiquement tous les chapitres ou passages en petit texte,
pour éviter les questions trop abstraites ou trop spéciales
et pour avoir une idée, en somme très complète, de la
Science occulte et de son histoire.
Aux étudiants de l’Occultisme nous fournissons une série de chapitres techniques en petit texte,
qui représentent la reproduction ou le résumé d’ouvrages
spéciaux devenus fort rares. Le Traité méthodique de
Science occulte reproduit presque in extenso plus de dix
de ces ouvrages qui coûtent (quand on les trouve) de
douze à quinze francs en moyenne.
L’analyse des travaux de Lenain et de Kircher à propos de la Kabbale, la traduction correcte de la Genèse, de
XXIX —
Fabre cl’Olivet, le traité de Cyliani sur V alchimie, les travaux de Wronski sur les nombres, rentrent dans ce cas.
Aux lecteurs pressés nous offrons une collection de documents inlrouvables dans les « encyclopédies »
contemporaines, source principale des articles dits étudiés.
La table alphabétique des matières, située à la fin du volume,
permet de se reporter de suite au point spécial qu’on
veut connaître; la table du mouvement de la Science
occulte depuis 1750 permet de juger d’un seul coup d’œil
le côté historique de la question.
Ainsi l’on peut se rendre compte d’un détail technique,
aussi rapidement qu’au moyen d’un dictionnaire et d’une
façon bien plus complète.
OBJECTIONS
Au sujet de la composition du volume en lui-même, je
tiens à répondre d’avance à plusieurs objections qui ne
manqueront pas de se produire.
Citations :
Ce qui frappera tout d’abord les lecteurs superficiels,
c’est le nombre et la diversité des citations intercalées
dans le volume.
Il nous eût certes été facile d’éviter de suite cette
objection en nous assimilant tant bien que mal les
ouvrages que nous avons été à même de consulter et
en résumant la pensée de l’auteur sans prendre la peine
de le nommer.
C’est là un procédé trop souvent employé dans leslivres
dits de vulgarisation ou dans les encyclopédies, pour que
nous ayons eu jamais la pensée d’en user. Mais il est une
considération qui prime toutes les autres à cet égard.
— XXX —
Depuis longtemps un certain nombre d’auteurs se sont
voués à l’étude des diverses parties de la Science occulte.
Ces auteurs placés, de par leurs travaux mêmes, en dehors du courant habituel, ont rarement vu le succès mérité
couronner leurs efforts et sont morts pour la plupart
inconnus ou incompris.
C’est donc un devoir de' justice que nous venons remplir
en groupant de notre mieux des extraits de ces ouvrages
ignorés aujourd'hui. Nous tenons à montrer la persistance de la tradition ésotérique a travers les siècles et,
pour ce faire, y a-t-il un moyen meilleur que ces citations
tirées de l’original?
Compilation :
On peut donc dire que c’est une compilation que nous
présentons au public; mais c’est une compilation d'auteurs
inconnus , se rattachant tous à la doctrine ésotérique et
dont chacun demande une étude bien spéciale. Si l’un de
nos lecteurs veut se rendre compte du travail nécessité
par ce genre de compilation, qu’il ouvre le Larousse et
qu’il y cherche le nom de Louis Lucas. 11 ne l’y trouvera
pas, non plus qu’en aucun dictionnaire biographique;
qu’il cherche de même l’analyse des travaux de Lenain ,
de Barrois, de de Brière, de Fabre d’Olivet et de
Wronski , etc., etc.; il verra combien ces auteurs ont été
incompris ou dénigrés de parti pris.
Travail personnel :
Toutefois il est important de répondre par avance à cette
objection en résumant les points où notre travail personnel a été particulièrement mis en œuvre. Ainsi l’application des doctrines de l’ésotérisme à nos sciences expérimentales, qui forme la presque totalité de la première
XXXI
partie du Traité , les considérations sur les rapports de
F embryologie et de la physiologie avec les données de la
Science occulte, les rapports de l’hypnotisme et du
spiritisme sont particulièrement intéressants à ce point de
vue. Si l’on veut y joindre la reproduction de plusieurs de
nos études sur la Franc-Maçonnerie, sur l’Alchimie, sur la
Kabbale, etc., parues dans ces derniers temps et actuellement
épuisées, on verra que l’objection de tout a l’heure 11e peut
avoir une valeur sérieuse pour un lecteur impartial1.
Le sujet traité :
Au point de vue du sujet traité, 011 dit souvent que la
Science cesse d’être occulte dès qu’on en publie les éléments. Cette objection aurait quelque valeur si la Science
occulte formait quelque chose de distinct de la Science
ordinaire. M. Ad. Franck a lait justice de cette prétention.
Les procédés d’enseignement ont fait donner le nom d 'occulte à ce corps de doctrine professé dans l’antiquité.
Nous avons tenu à conserver ce nom. Nous avons même
été plus loin.
La divination tenait une grande place dans les temples
de l’antiquité. Notre travail aurait été incomplet sans au
moins un exemple d’une de ces sciences de divination ; voilà
pourquoi l’on trouvera dans cet ouvrage un traité de Chiromancie., réduit du reste autant que possible à ses éléments
scientifiques.
Ainsi nous espérons fournir à tous ceux qui s’intéressent à ces questions, le moyen d’étudier de la façon la
plus rapide celte Science occulte dans toutes ses branches
et à travers toutes ses transformations.
1. La somme de travail entièrement personnel, à l’exclusion de toute
citation, se monte à 687 pages. Les citations, les extraits, les résumés, etc.,
se montent à 423 pages, tout compris.
XXXII
III
RÉSUMÉ GÉNÉRAL
En résumé la Science occulte peut être considérée
sous deux points de vue distincts :
1° Comme doctrine traditionnelle , elle fournit des éléments d’étude tout nouveaux au philosophe et à l’historien.
Elle permet de considérer l’antiquité à sa juste valeur
et d’affirmer l’existence de découvertes générales touchant nos sciences appliquées, à une époque très
reculée.
Les enseignements ésotériques sur la constitution de
l’Univers et de l’Homme, sur les êtres invisibles et leur
existence permettent de comprendre sous un jour plus
scientifique une foule de faits réputés miraculeux.
Enfin, les luttes du Gnosticisme et du Cléricalisme en
Occident, les triomphes sans cesse plus complets de celuilà sur celui-ci, mettent l’historien à même de voir clair
dans les actions produites par les sociétés secrètes toujours en œuvre depuis la destruction de l’Ordre du
Temple.
2° Comme méthode , la Science occulte vient donner à
tous les chercheurs contemporains un nouvel outil de
travail.
Il n’est point besoin d’approfondir les théories philosophiques de l’ésotérisme pour bien comprendre cette
méthode de l’analogie qui fournit aux expérimentateurs
des éléments multiples de recherches.
En associant les données théoriques fournies par l’anaXXXIII
logie aux preuves fournies par la méthode expérimentale
on peut refaire sur un plan tout nouveau la plupart de
nos traités de Physique, de Chimie, d’Histoire naturelle et
même de Philosophie et de Psychologie. 11 y a là une
source de travaux dont quelques-uns ont été déjà entrepris, mais dont la plus grande partie reste à la disposition
de qui voudra s’en emparer.
La Morale :
« Dans l’antique Orient il n’y avait ni récompense ni
« punition après la mort; l’homme était récompensé dans
« ce monde-ci, soit sur sa personne, soit sur celle de ses
« descendants et toujours dans les intérêts matériels.
« La théologie égyptienne accordait deux âmes à
a l’homme; l’une, l’âme intelligente et pensante, au sortir
« du corps se rejoignait à l’intelligence suprême dont elle
« était émanée ; l’autre, l’âme sensitive, rentrait par Ydporte
« des dieux ou le Capricorne , dans /’ Amenthès , le ciel aqueux
« où elle habitait toujours avec plaisir, jusqu’à ce que, des-
« Cendant par la porte des hommes ou le Cancer , elle vînt
« animer un nouveau corps1. »
Cet extrait résume une grande partie des arguments
invoqués par l’ésotérisme en faveur de la foi rationnelle ,
source de la morale.
La science prétendait tuer à jamais toute possibilité
d’une foi quelconque, grâce à la rigueur de ses démonstrations. Cette rigueur même est venue étendre le domaine
de la foi, abandonnant les affirmations creuses de la théologie pour s’éclairer par les découvertes sans cesse plus
étonnantes de l’expérimentalisme.
La vérité ne saurait plus être l’apanage exclusif d’un
1. Porphyre, De antro nympharum cité par de Brière.
XXXIV
culte ou d’une secte. Les principes de l’ésotérisme sont
identiques au fond du bouddhisme comme au fond du
christianisme, il ne peut y avoir qu'une Science et qu’une
Morale comme il n’y a qu’une Vérité, aucun de ces
termes ne saurait être l’opposé des deux autres.
La science montrant que, dans l’embryon, le cœur bat
rythmiquement avant que les nerfs qui l’animeront aient
pris naissance ou même que le tissu musculaire soit
différencié, proclame l’existence d’un principe inconnu
d’elle et fabriquant le corps physique d’après un plan
fatal.
La science montrant que les cellules nerveuses disparaissent cent fois sans que la mémoire perde un seul de
ses souvenirs, avoue implicitement l’existence de quelque
chose qui coordonne les sensations en dehors du monde
matériel. Et nous ne parlerons ni des phénomènes de
l’hypnotisme ni de la télepsychie constatés plusieurs fois
par le professeur Richet, toutes les découvertes convergent, unanimes, vers cette affirmation : l’âme existe.
Mais cette âme est-ce l’entité scholastique des théologiens ou des rêveurs de toute école? Est-ce ce principe
ennemi de la chair qui subira des peines ou des félicités
éternelles après la mort? A l’invention du cléricalisme tendant à permettre aux vautours sociaux d’exploiter, moyennant une dîme, les pauvres et les humbles, l’ésotérisme
répond par une loi qui manifeste la justice la plus terrible
mais aussi la plus clémente : la loi des réactions égales
et de sens contraire aux actions produites.
Allons, messieurs de la finance, sus au gain. Ruinez sans
crainte les humbles, torturez les mères, écrasez les
enfants de durs travaux et d’impôts toujours croissants; le
prêtre, fonctionnaire salarié par vous, est là pour leur
inspirer le courage au nom du Dieu tout-puissant qui vous
XXXV
protège et qui les tue. Vous vous riez des peines éternelles, comme des félicités infinies. Le bonheur c’est la
possession du million par tous les moyens, connus ou
inconnus, et la morale c’est l’art d’empêcher les naïfs de
devenir vos concurrents en condamnant les procédés que
vous employez. Ceux qui s’occupent des problèmes de
l’au-delà sont de doux farceurs, dilettantes de l’imprévu,
ou des exploiteurs hardis de la bêtise humaine. V oilà.
votre morale à vous.
classiques aussi; si bien qu’on en arrive peu à peu à passer
rapidement sur l’histoire de l’antiquité et que bientôt
quelques vieux professeurs d’humanités et quelques archéologues se livreront seuls à ce genre d’études considérées comme inutiles aux générations futures.
Or, si l’on examine froidement la question, si l’on se
donne la peine de réfléchir un peu, quelques remarques
significatives ne tardent pas à faire naître en nous tout au
moins de grandes réserves sur la généralisation donnée à
ce terme de Progrès.
Ainsi Pvthagore, Platon et Aristote, quoique bien « classiques », feraient encore assez bonne figure devant MM. X,
Y et Z, professeurs actuels de philosophie. Mais la Philosophie appartient à cette variété d’occupations réservées
comme l’étude des hiéroglyphes à certains hommes qu’on
croit inutiles à la société. Il est vrai que Newton n’a pas
encore trouvé son remplaçant malgré le Progrès, alors
qu’il s’agit cette fois de questions très scientifiques, et .que
les architectes de Notre-Dame de Paris passeraient un bon
quart d’heure à constater les « progrès » accomplis dans
l’art des constructions (art éminemment utile) par les constructeurs de l’église du Sacré-Cœur ou du palais du Trocadéro, sans parler des autres réalisations « monumentales » de l’art contemporain.
Les utilitaires à tous crins ne peuvent non plus nier, je
pense, l’utilité sociale de l’amour et cependant (je suis peutêtre fort ignorant en celte matière) comment raconter à
nos gentes lectrices les progrès accomplis en cette branche
spéciale depuis les mythologiques travaux d’Hercule? La
parole est aux évolutionnistes ; à moins qu’un médecin ne
la demande avant eux.
L’existence de la Loi de Progrès ne saurait toutefois
être mise un instant en doute. Il faut savoir la portée exacte
3 —
de cette loi et la courbe réelle décrite par sa marche. Le
Progrès ne suit pas une ligne droite, ainsi qu’on se le figure
généralement, fait qui amènerait les générations suivantes
à toujours progresser sur les précédentes et M. Prud’homme
à écraser Homère de tout le poids de sa supériorité, ce qui
est faux intellectuellement et physiquement. La Nature
nous montre que, si l’homme physique progresse de la
naissance à l’àge viril, il déprogresse (pardon du néologisme) de l’àge viril à la vieillesse ; il en est de même pour
les familles, les cités, les états et aussi les planètes et les
mondes. La Naissance et la Mort marquent les deux termes
d’une évolution circulaire formée d’une période d’ascension
ou de Progrès et d’une période de descente ou de Décadence.
Il résulte de cette considération que l’Humanité peut
avoir parcouru plusieurs fois ce cercle et que notre croyance
au progrès fatal dérive tout simplement de notre ignorance
touchant les connaissances antérieures à notre période
historique. Nous verrons tout à l’heure quelques détails à
ce sujet.
Pour l’instant restons dans le domaine scientifique.
On a peut-être aujourd’hui trop de tendances à confondre la Science avec les Sciences. Autant l’une est
immuable dans ses principes, autant les autres varient
suivant le caprice des hommes ; ce qui était scientifique il
y a un siècle, en physique par exemple, est bien près de
passer maintenant dans le domaine de la fable1, car ces
connaissances sur des sujets particuliers constituent le
domaine des sciences, domaine dans lequel, je le répète,
les seigneurs changent à chaque instant.
Nul n’ignore que ces sujets particuliers sont justement •
ceux sur qui s’est portée l’étude des savants modernes, si
1. Le phlogistique, par exemple.
— 4 —
bien qu’on applique à la Science les progrès réels accomplis dans une foule de branches spéciales. Le défaut de
cette conception apparaît cependant quand il s’agit de
tout rattacher, de constituer réellement la Science dans
une synthèse, expression totale de l’éternelle Vérité.
Cette idée d’une synthèse embrassant dans quelques
lois immuables la masse énorme des connaissances de
détail accumulées depuis deux siècles, paraît aux chercheurs de notre époque se perdre dans un avenir tellement éloigné que chacun souhaite à ses descendants d’en
voir poindre le lever à l’horizon des connaissances humaines.
Nous allons paraître bien audacieux en affirmant que
cette synthèse a existé, que ses lois sont tellement vraies
qu’elles s’appliquent exactement aux découvertes modernes,
théoriquement parlant, et que les Égyptiens initiés, contemporains de Moïse etd’Orphée, la possédaient dans son entier.
Dire que la Science a existé dans l’antiquité, c’est passer
auprès de la plupart des esprits sérieux pour un sophiste
ou un naïf, et cependant je vais tâcher de prouver ma
paradoxale prétention et je prie mes contradicteurs de me
prêter encore quelque attention.
Tout d’abord, me demandera-t-on, où pouvons-nous
trouver quelque trace de cette prétendue science antique ?
Quelles connaissances embrassait-elle? Quelles découvertes
pratiques a-t-elle produites? Comment apprenait-on cette
fameuse synthèse dont vous parlez?
Tout bien considéré, ce ne sont pas les matériaux qui
nous font défaut pour reconstituer cette antique science.
Les débris de vieux monuments, les symboles, les hiéroglyphes, les rites des initiations diverses, les manuscrits se
pressent en foule pour aider nos recherches.
Mais les uns sont indéchiffrables sans une clef qu’on se
soucie fort peu de posséder, l’antiquité des autres (rites et
manuscrits) est loin d’être admise par les savants contemporains qui les font remonter tout au plus à l’Ecole
d’Alexandrie. '
Il nous faut donc chercher des bases plus solides et
nous allons les trouver dans les œuvres des écrivains
antérieurs de beaucoup à l’École d’Alexandrie, Pythagore,
Platon, Aristote, Pline, Tite-Live, etc., etc. Celte fois il
n’y aura plus à chicaner sur l’antiquité des textes.
Ce n’était certes pas une chose facile que de rechercher
cette science antique pièce cà pièce dans les auteurs anciens,
et nous devons toute notre reconnaissance à ceux qui ont
entrepris et mené à bonne fin cette œuvre colossale.
Trois écrivains surtout ont eu le courage de passer la
plus grande partie de leur vie di collationner l’antiquité
dans les textes latins, grecs, hébreux, arabes ou sanscrits;
ce sont Dutens, Fabre d’Olivet, Saint-Yves d’Alveydre.
Nous allons examiner séparément l’œuvre de chacun
d’eux et la méthode employée afin de bien montrer la
valeur .certaine et l’autorité des nombreuses citations que
nous serons amené à faire par la suite.
Dutens.
Dutens est né à Tours en 1730 (mort en 1812). De
bonne heure il quitta la France et adopta l’Angleterre pour
patrie. Celui de ses ouvrages qui nous intéresse le plus est
ainsi intitulé :
Origine des Découvertes attribuées aux Modernes ,
par M. L. Dutens;
Historiographe du roi de la Grande-Bretagne; recteur
d’Elsdon en Northumberland ; de la Société Royale de
— 6 —
Londres ; de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
de Paris, et de l’Académie Royale des Sciences de Turin.
(Seconde édition, considérablement augmentée.)
Londres, 1796, in-4° (Bibliothèque nationale, Z, 4.986).
Voici le plan de ce travail considérable :
1° Au commencement une table de tous les auteurs
cités avec l’édition exacte de chacun des ouvrages consultés.
2° Dans le corps du volume une série de chapitres
détaillant quatre grandes parties :
La première traite de la Philosophie ;
La seconde de la Physique générale et de T Astronomie;
La troisième des Sciences particulières, Médecine, Anatomie, Botanique, Mathématiques, Optique et Mécanique;
La quatrième enfin de Théodicée et de Métaphysique.
3° A la fin de cette troisième édition l’auteur a ajouté
une table alphabétique des découvertes attribuées aux
modernes et connues des anciens avec renvois aux citations.
Chaque fois que Dutens affirme qu’une découverte
considérée généralement comme moderne était enseignée
dans l’antiquité, il ne se contente pas de renvoyer simplement à l’auteur ancien. Il publie en note le texte tout
entier dans la langue de l’auteur et si ce texte est grec ou
hébreu, il en donne la traduction latine en regard, la
traduction française se trouvant généralement dans le
cours du chapitre.
Plusieurs critiques et des plus sérieux m’ayant prié
d’insister sur la valeur des textes que j’appelle à mon
aide1, je citerai désormais les auteurs originaux, prévenant
1. Voy. surtout l’excellente étude d’Anatole France dans le numéro du
15 février 1890 de la Revue Illustrée (Baschet, éditeur).
que ces citations sont tirées en partie du travail de
Dutens.
Telle est en résumé l’œuvre capitale d’un des auteurs à
qui nous devons le plus pour la réhabilitation de la Science
antique. Voyons les autres.
Fabre d’Olivet.
Fabre d’Olivet est né à Ganges (Hérault) en 1767. Obligé
par des considérations politiques de vivre dans une
retraite presque absolue, il consacra tout son temps à
l’étude de l’antiquité. C’est à lui que nous devons la reconstitution presque entière des sciences enseignées
dans les sanctuaires de l'Inde et de l’Égypte où les plus
grands des penseurs de l’antiquité allèrent puiser leurs
connaissances.
Fabre d’Olivet connaissait presque toutes les langues
parlées en Europe. En outre ses études approfondies sur
la comparaison de l’hébreu avec le samaritain, le chaldaïque, le syriaque, l’arabe, le grec et le chinois sont
restées sans rivales jusqu’aujourd’hui.
Voici les titres de ses principales œuvres :
LA LANGUE HÉBRAÏQUE RESTITUÉE. — 2 vol. in-4“, 18151816.
La langue hébraïque restituée, et le véritable sens des mots
hébreux, rétabli et prouvé par leur analyse radicale.
Ouvrage dans lequel on trouve réunies :
1° Une Dissertation introductive sur l'origine de la Parole ,
l’étude des langues qui peuvent y conduire et le but que l’auteur
s’est proposé.
2° Une grammaire hébraïque fondée sur de nouveaux principes
et rendue utile à l’étude des langues en général.
3° Une série de Racines hébraïques, envisagées sous des rapports
nouveaux et destinées à faciliter l’intelligence du langage et celle
de la science étymologique.
— 8
4° Une dissertation préliminaire .
5° Une traduction en français des dix premiers chapitres du
Sepher, contenant la Cosmogonie de Moïse.
Cette traduction, destinée à servir de preuve aux principes posés
dans la Grammaire et clans le Dictionnaire, est précédée d’une Version littérale en français et en anglais, faite sur le texte hébreu
présenté en original avec une transcription en caractères modernes
et accompagnée de notes grammaticales et critiques, où l’interprétation donnée à chaque mot est prouvée par son analyse radicale,
et sa confrontation avéc le mot analogue samaritain, chaldaïqne,
syriaque, arabe ou grec.
HISTOIRE PHILOSOPHIQUE DU GENRE HUMAIN. — Paris,
2 vol. in-8°, 1822.
LES VERS DORÉS DE PYTHAGORE (Un des monuments d'érudition les plus considéi'ables du xixc siècle ), 1813, in-8°.
CAIN, 1823, in-8°.
Saint-Yves d’Alveydre.
Le marquis de Saint-Yves d’Alveydre a aujourd’hui conquis une place des plus importantes parmi les savants en
appliquant les lois universelles à la solution des problèmes politiques et sociaux.
Parmi les œuvres remarquables et nombreuses de cet
auteur1 nous signalerons principalement la Mission des Juifs
dans le chapitre iv de laquelle se trouve une étude sur
la Science de V Antiquité , fruit de longues recherches personnelles de l’auteur au British Muséum. Nous aurons
aussi à citer quelques-unes de ses conclusions,
On voit par ces quelques détails préliminaires que si
nous affirmons que la Science a existé dans l’antiquité il
I . Mission des souverains ; Mission des Juifs ; Mission des Français: Jeanne
d' Arc victorieuse.
ne s’agit pas uniquement de baser notre dire sur des considérations sentimentales ou sur des déductions philosophiques. Nous ferons nos efforts pour prouver au mieux
chacune de nos affirmations afin de convaincre tout lecteur impartial de l’importance de la Science Occulte.
Nous allons donc chercher à savoir :
1° Si les anciens possédaient quelques-unes de nos plus
importantes découvertes contemporaines en énumérant les
principales ;
2° Comment on apprenait la Science dans l’antiquité;
3° Quel était le caractère primordial de cette Science.
Tout ceci nous conduira à la définition de la Science
Occulte.
Découvertes scientifiques de l’antiquité.
Qu'il soit tout d’abord bien entendu qu’il faudrait être
fou pour prétendre que les anciens aient jamais possédé la
plupart des instruments perfectionnés que nous connaissons aujourd’hui. Le Phonographe Edison non plus que
les Tramways électriques n’étaient pas, à notre avis, connus
des anciens. Ce que nous allons essayer de démontrer c’est
qu’aucune des découvertes générales touchant l’Astronomie,
la Physique ou la Chimie dans leurs principales applications expérimentales ne leur était étrangère. Pour cela
nous examinerons les prétendues découvertes modernes
touchant nos sciences et nous chercherons leur rapport
avec les connaissances antiques.
— 10 —
Technique.
§ 2. — DÉCOUVERTES DES MODERNES CONNUES
DES ANCIENS. — SCIENCE DES CHINOIS
PHYSIQUE GÉNÉRALE. ASTRONOMIE.
Ouvrez un traité classique de physique ou d’astronomie
et vous y lirez, dans les quelques pages consacrées à l’histoire de cette science, que les anciens se figuraient que le
Soleil tournait autour de la Terre et que le ciel était semblable à un dôme de cristal dans lequel seraient enchâssées
les étoiles.
Depuis le « Progrès » a permis de déterminer la vérité
sur ce sujet, et la découverte des lois de l’Univers sous
l’influence des travaux de Copernic, de Képler, de Newton
et des autres mathématiciens philosophes, est la caractéristique de notre « siècle de lumière ».
Ces affirmations dérivent d’une connaissance imparfaite de l’antiquité. La simple logique aurait dû montrer
de suite que des cerveaux de la valeur de ceux de Pythagore, de Platon et d’Aristote, pour ne prendre que les
plus connus, ne pouvaient s’arrêter longtemps à des hypothèses puériles comme celles qu’ôn leur attribue touchant les lois de la Nature.
Nous allons donc citer les textes les plus importants
qui prouvent péremptoirement que les anciens ont parfaitement connu la marche de la Terre autour du Soleil, la
Pluralité des Mondes, l’Attraction Universelle, la Cause des
Marées et les lois de Newton, sans compter d’autres points
relatifs à l'astronomie.
— II -
Mouvement de la Terre autour du Soleil
Plutarque rapportant les opinions des Pythagoriciens
dit à la page 67 du tome premier de j^s œuvres 1 2 :
« Pythagore croyait que la Terre était mobile et ri occupait point le centre du monde, mais qu'elle avait un mouvement circulaire autour du Soleil [la région du feu) et
formait ainsi les jours et les nuits. »
On peut voir aussi à ce sujet Clément d'Alexandrie,
Strom., liv. V,p. 556, et Aristote, De Cœlo, liv. II, chap. xm
et xiv 3 4.
Pkilolaiis, Timée de Locres, Aristarque et Seleucus
enseignent également la même opinion. On trouvera les
textes grecs et latins relatifs à tout cela aux pages 197 et
198 de la première édition de l’œuvre de Dutens.
Nous nous bornons à donner dans ce chapitre une citation à propos de chaque découverte, le manque d’espace
nous obligeant à renvoyer aux auteurs originaux.
Pluralité des Mondes. — Voie lactée \ •
Démocrite dit que cette partie du ciel que nous nommons la voie lactée, contenait une quantité innombrable
d’étoiles fixes dont le mélange confus de lumière occasionnait celte blancheur que nous désignons ainsi.
(Plutarque. — De Placit ., liv. m, chap. 1.)
Anaximène croyait que les étoiles étaient des masses
immenses de feu autour desquelles certains corps terres
1. Voyez Dutens, op. cit., lre édit., p. 193 et suiv., du tome Ier.
2. Plutarchi opéra, grec et latin, Paris 1G24, 2 vol. in-fol. (Bibliothèque
nationale, J. 716 et 717).
3. Aristotelis opéra, édit. Duval, Paris 1629, 2 vol. in-fol.
4. Dutens, op. cit., chap. vii du tome Ier.
12 —
1res que nous ne pouvions apercevoir, accomplissaient des
évolutions périodiques *.
Héraclite et tous les Pythagoriciens enseignaient de
même que chaque étoile était un Monde, ou un système
solaire qui était composé comme le nôtre d’un Soleil et
de planètes, auxquelles ils paraissaient même accorder
un air, une atmosphère qui les environne et un fluide
appelé éther dans lequel elles étaient soutenues 1 2 3.
Aristote, Alcinotis le Platonicien, Plotin ont défendu
la même opinion.
Pesanteur universelle \
\
« Plutarque, qui a connu presque toutes les vérités
brillantes de l’astronomie, a aussi entrevu la force réciproque qui fait graviter les planètes les unes sur les autres,
« et, après avoir entrepris d’expliquer la raison de la tendance des corps terrestres vers la Terre, il en cherche
l’origine dans une attraction réciproque entre tous les
corps qui est cause que la Terre fait graviter vers elle les
corps terrestres, de même que le Soleil et la Lune font
graviter vers leurs corps toutes les parties qui leur appartiennent et, par une force attractive, les retiennent dans
leur sphère particulière. » Il applique ensuite ces phénomènes particuliers à d’autres plus généraux. et, de ce qui
arrive sur notre globe, il déduit, en posant le même principe, tout ce qui doit arriver dans les corps célestes respectivement à chacun en particulier, et les considère
1. Stobœi Ecolgæ physicæ, grec et latin, Aurel., Àllobr. 1609 in-fol. (liv. I,
p. 53).
2. Plutarque, De placitis, Phil. 1. II, c. xiii.
3. Pesanteur universelle, force centripète et centrifuge. Lois des mouvements des planètes suivant leur distance du centre commun. Dutens,
op. cit., chap. vi, t. I, p. 145.
— 13 —
ensuite dans le rapport qu’ils doivent avoir, suivant ce
principe, les uns relativement aux autres.
« Il parle encore dans un autre endroit de cette force
inhérente dans les corps, c’est-à-dire dans la Terre et dans
les autres planètes, pour attirer sur elles tous les corps qui
leur sont subordonnés »
Outre Plutarque, Pline 1 2, Macrobe 3 4 et Censorinus K expriment la même idée sur ce point et sur le suivant.
Lois de Newton { Loi du Carré des Distances).
« Une corde de musique, dit Pythagore, donne les
mêmes sons qu’une autre corde dont la longueur est
double, lorsque la tension ou la force avec laquelle la
dernière tendue est quadruple ; et la gravité d'une planète
est quadruple de la gravité d' une autre qui est à une distance
double. En général, pour qu’une corde de musique puisse
devenir à l’unisson d’une corde plus courte de même
espèce, sa tension doit être augmentée dans la même
proportion que le carré de sa longueur est plus grand
et, afin que la gravité d’une planète devienne égale à celle
d’une autre planète plus proche du Soleil, elle doit être
augmentée à proportion que le carré de sa distance au
Soleil est plus grand. Si donc nous supposons des cordes
de musique tendues du Soleil à chaque planète, pour que
ces cordes devinssent à l’unisson, il faudrait augmenter
ou diminuer leur tension dans les mêmes proportions qui
seraient nécessaires pour rendre les gravités des planètes
égales. » C’est de la similitude de ces rapports que Pythagore a tiré sa doctrine de l’harmonie des sphères 5.
1. Plutarchus, De fade in orbe lunæ, p. 924.
2. Plinius, lib. II, chap. xxn.
3. Macrobius, In somnium Scipionis , lib. II, ch. i, lib. I. ch. xix.
4. Censorinus, De die natali, cap. x, xi et xm.
5. Gregorii, Astronomiæ elementa.
— 14
Eclipses.
Comment les prêtres égyptiens et chaldéens avaient
découvert la période de 6.585 jours 1/3 qui ramène les
éclipses, tant de Lune que de Soleil, les mêmes et dans le
même ordre pendant un long intervalle de temps1.
INSTRUMENTS.
Le xixe siècle est surtout remarquable par la perfection
apportée dans la construction des machines et des instruments divers. Ce serait folie pure que de prétendre que
l’antiquité ait possédé des instruments comparables aux
nôtres par leur puissance et leur merveilleuse disposition.
Cependant si les anciens connaissaient les lois générales
de l’Astronomie, on peut supposer qu’ils possédaient aussi
quelques moyens d’examiner le ciel autres que la vue ou
le raisonnement.
Télescopes.
Dutens, rapportant l’opinion de Démocrite sur ce que
cet auteur attribuait les taches de la Lune « aux ombres
formées par la hauteur excessive de ses montagnes »,
remarque que la vue seule ne suffit pas à déterminer
l’existence de ces montagnes 2.
On ne peut admettre l'existence de télescopes dans
l’antiquité que d’après certaines descriptions dont le sens
1. Journal des Savants, 1883, p. 643-636, article retrouvé dans les papiers de Biot et publié par son petit-gendre, Lefort; l’exposé était achevé,
îa démonstration mathématique a été reconstituée par Lefort (note communiquée par Augustin Chaboseau).
2. Chap. x, op. cit.
nous échappe en partie puisque nous ignorons ce que
l’auteur cherche à décrire.
Ainsi Aristote remarque qu’en se servant d'un tube pour
regarder les objets on évite la dispersion des rayons qui
partent de l’objet pour venir à l’œil.
En raisonnant donc d’après son principe, Aristote
jugeait qu’en isolant l’objet que l’on voulait obsérver et
en interceptant la trop grande lumière qui éblouissait la
vue, ou pouvait découvrir les objets à une plus grande
distance; il en allègue pour exemple l’observation déjà
connue de son temps, que du fond d’un puits (que l’on
peut considérer comme la lunette primitive) on voyait les
étoiles en plein midi ; ce que l’on sait bien n’avoir lieu
<[iie dans cette circonstance, ou avec l’aide d’un télescope,
comme il l’observe lui-même; ou bien, dit-iL, en regardant à travers un tube. Ce tube dont il parle est l’enfance
du télescope. Il jugeait même que plus on prolongerait ce
tube, et plus on rapprocherait l’objet, et il en répète la
raison qu’il trouve être dans la moindre dispersion des
rayons visuels venant de l’objet1 2.
Mais une expression tout à fait claire pour montrer
l’existence du télescope est celle tirée de Strabon.
En parlant de l’observation, qu’il dit se faire en mer, de
la grandeur apparente du diamètre du Soleil à l’horizon,
qui surpasse celle qu’il a lorsqu’il est plus élevé, il en rend
raison parce qu’il est aperçu, dit-il, à travers le milieu
épais des vapeurs qui s’élèvent de l’Océan, comme lorsqu’il est vu à travers les nuages ou bien, ajoute-t-il, comme
lorsque nous regardons à travers un tube; les rayons étant
brisés nous font apercevoir les objets plus grands1.
1. Aristoteles, De generati . animal , lib. V, c. i., cité par Dutens, chapitre x.
2. Strabon. édit. Amot., lib. III, c. 138.
16 —
Remarquez le mot plus grand qui indique l’action nécessaire du verre dans le tube.
Verres grossissants. — Microscopes *.
Voici le résumé des recherches de Dutens en cette
question, qui vient éclairer la précédente.
Il est naturel de s’informer ici si les anciens avaient
les mêmes secours que nous avons pour les aider dans les
entreprises que nos plus habiles ouvriers ne peuvent exécuter sans microscope. Et le résultat de nos recherches
sera de nous convaincre qu’ils avaient connaissance de
plusieurs moyens de soulager la vue, de la fortifier et de
grossir les objets.
Jamblique dit que Pythagore s’était appliqué à chercher des instruments qui fussent d’un secours aussi efficace à l’ouïe que la règle, le compas ou plus particulièrement les verres optiques le sont à la vue2. Plutarque parle
des instruments de mathématiques dont Archimède se
servait pour démontrer aux yeux la grandeur du Soleil3, ce
qui peut encore s’appliquer à l’invention du télescope.
Aulu-Gelle, après avoir fait mention des miroirs qui multiplient les objets, parle de ceux qui renversent T image desobjets; ce qui ne peut se faire que par les verres concaves
ou convexes*. Enfin Sénèque s’explique là-dessus avec la
plus grande clarté en disant que V écriture la plus fine et
la plus imperceptible était aperçue par le moyen d'un globe
rempli d’eau qui la rendait plus claire et plus grosse " . Ajou1. Dutens, op. cit., chap. x, t. II.
2. Jamblic., De vita Pylhagori , p. 97.
3. Plutarque, Vita Marcelli, p. 3-309, lin. 4, et Strabon, lib. III, c. 138.
4. Aulus Gellius, Noct. Attic., lib. XVI, c. 18 et Sénèque, Quest. Nat.,
lib. I, ch. v-vm.
3. Sénèque, Quest. Nat. lib. I, ch. vi, et lib. I, ch. ni, p. 834, lin. 53.
Voyez aussi chap. vi.
— 17 —
tez à ceci les verres ardents do:ü l’effet de grossir les objets
ne pouvait leur avoir échappé.
On trouve un passage dans la comédie des Nuées d’Aristophane qui traite clairement des effets de ces deux verres.
L’auteur introduit Socrate interrogeant Strépisiade sur le
moyen qu’il se llatte d’avoir trouvé pour être désormais
dispensé de payer ses dettes; et celui-ci lui répond qu’il
a trouvé un verre ardent dont on se sert pour allumer le feu
et que , si on lui apporte une assignation, pour payer , il
présentera aussitôt son verre au soleil, à quelque distance
de l’assignation, et y mettra le feu' .
lié fraction de la lumière. — Isochronisme des vibrations du
pendule1 2.
Comme conséquence de la découverte des lentilles les
anciens devaient aussi connaître l’action de ces lentilles
sur la lumière, c’est-à-dire la réfraction. En effet, Ptolémée et après lui Àlhazen disaient que « quand un rayon de
lumière passait d’un milieu plus rare, pour entrer dans un
milieu plus dense, il changeait de direction et commençait
à décrire une ligne dont la direction était entre sa première direction droite et la ligne perpendiculaire tombante
dans le milieu plus dense. » Bacon dit encore d’après
Ptolémée « que l’angle formé par la différence de ces
deux lignes n’est pas toujours divisé en deux parties
égales, parce que, suivant la plus ou moins grande densité
des différents milieux, le rayon de lumière est plus ou
moins réfracté et forcé à s’écarter davantage de sa première direction » 3.
1. Aristophanes inNubilibus, act. II, fc. 1, v. 140.
2. Dutens, op. cit p. 222.
3. Roger Bacon, Opus inajus, p. 297-297 (édit. Venet, 17o0), et Plularchus, De facie in orbe lunæ, p. 930, lin. 40.
2
— 18 —
Voici l’extrait des observations d’un savant d’Oxford qui
avait examiné les manuscrits arabes de la bibliothèque de
cette université :
« Une lettre ne suffit pas, dit-il, pour faire connaître ce
que les astronomes arabes ont trouvé à. redire dans Ptolémée et leurs tentatives pour le corriger; quel soin ils ont
pris pour mesurer le temps par des clepsydres, par d’immenses horloges solaires et même, ce qui surprendra,
par les vibrations du pendule ; avec quelle industrie enfin
et avec quelle exactitude ils se sont portés dans ces tentatives délicates et qui font tant d’honneur à l’esprit humain,
savoir, de mesurer les distances des astres et la grandeur
de la terre *. »
■k
* +
Il est certes curieux de constater les traces de toutes
ces connaissances chez les anciens; mais peut-on prouver
qu’ils possédaient aussi quelques idées concernant ce que
nous appelons aujourd’hui : « Les sciences appliquées » ?
Je vois d’ici le docte professeur de l'Université me demander quelque texte touchant la Vapeur, l’Electricité, la Photographie, j’irai même plus loin etj’ajouterai le Téléphone !
Je n’ai pas l’intention de prouver que les locomotives
fussent employées au transport des pierres de la grande
Pyramide, non. Mais je suis heureux de montrer comment
un initié, l’architecte de Sainte-Sophie, s’amusait à faire
des farces à ses ennemis au moyen de la force motrice
tirée de la vapeur mise en pression 1
Voici l’histoire telle à peu près qu’elle est rapportée
1. Edwardi Bernardi epistola ad Huntingtonem transact. Philosoph.ann.
1684, n» 158, p. 567 et n» 163.
Vii. et Epistolas Huntingtonianas , Londini 1704, in-8°.
— 19 —
dans un livre écrit au vi8 siècle de notre ère et imprimé
en 1 660 1 .
La Vapeur.
Anthème de Traite avait un voisin, homme du monde
de l’époque assez riche, recevant beaucoup et complètement brouillé avec lui. Leurs deux maisons se touchaient.
Un jour que ledit voisin donnait une grande réception,
Anthème de Tralle disposa chez lui un appareil destiné à
jouer à son ennemi le plus mauvais tour qui fût.
Cet appareil se composait d’une série de tubes métalliques assez gros venant s’appuyer hermétiquement par
une de leurs extrémités contre le toit du voisin sur une
certaine étendue.
L'autre extrémité des tubes était en rapport avec une
chaudière à moitié pleine d’eau et disposée de telle sorte
que la vapeur produite ne pouvait s’échapper que par les
tubes.
Quand les invités furent réunis dans la maison voisine
et que le festin fut bien en train, Anthème de Tralle alluma
du feu sous sa chaudière et en augmenta progressivement
l’intensité.
On devine facilement l’effet produit. La vapeur mise eu
pression clans les tubes et ne pouvant s’échapper nulle part
agit avec force sur la résistance la plus faible . Cette
résistance c’était le toit du voisin. Ce toit fut tout à coup
enlevé tout entier par une force terrible en même temps
que des torrents de vapeur envahissaient avec un bruit
épouvantable la salle du festin.
La Science était tenue très secrète à cette époque.
Aussi les malheureux convives terrifiés ainsi que le proi. Agathias, Rebus Justinis. Paris, 1660, in-fol. (Bib. Nat., 107, p. 150
et 151).
— 20
priétaire et croyant à une vengeance de Jupiter s’enfuirent
épouvantés et personne ne mit plus jamais les pieds dans
cette maison mal vue des dieux. Anthème de Tralle fut
tranquille pour toujours.
L’enseignement à tirer de cette histoire en apparence
amusante est très grand. Les détails dans lesquels entre
Agathias montrent une connaissance approfondie des
effets dynamiques de la vapeur, effets entrevus plus tard
par Léonard de Vinci qui donna le plan d’un canon à
vapeur .
Saint-Yves d’Alveydre cite, dans sa Mission des Juifs , le
volume d’Agathias à propos de la vapeur.
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L'Electricité.
Nos électriciens feraient bien triste mine devant ces
prêtres égyptiens et leurs initiés (grecs et romains) qui
maniaient la foudre comme nous employons la chaleur et
la faisaient descendre et tomber à leur gré. C’est SaintYves qui va nous montrer la mise en œuvre de ce secret
qui constituait une des pratiques les plus occultes du
sanctuaire.
« Dans Y Histoire ecclésiastique de Sozomène (liv. IX,
ch. vi) on peut voir la corporation sacerdotale des Étrusques défendant à coups de tonnerre, contre Alaric, la
ville de Narnia qui ne fut pas prise1. »
Tite-Live (liv. I, chap. xxxi) et Pline ( Hist . nat ., liv. II,
chap. liii, et liv. XX VIII, chap iv) nous décrivent la mort
de Tullus Hostilius voulant évoquer la force électrique
1. Miss, des Juifs, chap. iv.
— 21 —
d’après les rites d’un manuscrit de Numa et mourant foudroyé pour n’avoir pas su prévoir le choc en retour.
On sait que la plupart des mystères parmi les prêtres
égyptiens n’étaient que le voile dont ils couvraient les
sciences et qu’être initié dans leurs mystères était être
instruit dans ces sciences qu’ils cultivaient. Delà on donnait à Jupiter le nom d’Élicius ou Jupiter électrique, le
considérant comme la foudre personnifiée, et qui se laissait attirer sur la terre par la vertu de certaines formules et
pratiques mystérieuses; car Jupiter Elicius ne signifie
autre chose que Jupiter susceptible d’attraction, Elicius
venant d 'elicere, suivant Ovide et Varron1.
Eliciunt cœlo te, Jupiter; unde minores
Nunc quoque te célébrant, Eliciumque vocant.
(Ovid., Fast., liv. III, v. 327 et 328.)
Le Téléphone. — Télégraphie psychique.
Les rapports anglais au sujet de la guerre des Indes à
propos de la révolte des cipayes signalent un fait bien
curieux.
Les bazars indiens savaient toujours les nouvelles des
batailles et de leur issue deux heures avant que le télégraphe ne les eût apportées.
Cela tient à un procédé de communication psychique
employé par tous les Orientaux, procédé qui leur permet
de supprimer le temps et l’espace.
A l’appui de ce fait voici le récit d’une aventure arrivée
à M. Ferdinand de Lesseps :
« La rapidité avec laquelle les nouvelles se transmettent
en pays arabe est merveilleuse. Voici un exemple frap1. Dutens, t. Ier, p. 275.
22"
pant dont nous avons été témoin. En mars 1 8 8-3 , M. Ferdinand de Lesseps, lors de son exploration des chotts du
sud de la Tunisie pour la Mer Intérieure, débarqua le
malin à Sfax. Je le conduisis à la mosquée et lui présentai
les notables musulmans. Nous fîmes ensemble la prière.
Puis M. de Lesseps leur annonça qu’il était porteur d’une
lettre d’Abd-el-Kader recommandant le projet du colonel
Roudaire. Il en donna lecture. Le soir il se rembarqua et
le lendemain à Ja première heure iL débarquait à Gabès:.
Or, de Sfax à Gabès, il y a sept jours de marche, par terre..,
Pourtant, quand le soir même de son arrivée à Gabès
M. de Lesseps visita le village de Menzel où l’attendait la
djemmâa , le chef des anciens le félicita sur la lettre de
l’émir. La bonne nouvelle, dit-il, leur était parvenue de
Sfax dans la journée1. »
Photographie.
« Le manuscrit d’un moine de l’Athos, Panselenus,
révèle, d’après d’anciens auteurs ioniens, l’application de
la chimie à la photographie. Ce fait a été mis en lumière
à propos du procès de Niepce et de Daguerre. La chambre
noire, les appareils d'optique, la sensibilisation des plaques métalliques y sont décrits lout au long. » (Saint-Yves
d’Alveydre, Mission des Juifs , chap. iv.)
Chimie.
On avait pris l’habitude dans les traités classiques de
considérer la Chimie comme une science de création toute
1. Napoléon Ney, Les Sociétés secrètes musulmanes. Paris 1890, in-18,
p. 34 et 35.
— 23 —
récente. L’Alchimie était regardée comme un amas de recettes empiriques déterminées tant bien que mal par ces
fous, chercheurs de Pierre philosophale. Dans ces dernières années un de nos plus éminents chimistes, M. Berthelot,
publia une série de travaux sur l’Alchimie1. Ce savant constate que les alchimistes possèdent une théorie philosophique très profonde et des connaissances chimiques réelles quoique peu connues. Cependant Al. Berthelot se refuse
à faire remonter l’Alchimie plus haut que le nc siècle de notre
ère. Inutile de dire que nous différons totalement d’avis avec
lui, bien que notre opinion soit d’un bien mince poids à
l'heure qu’il est vis-à-vis de MM. les universitaires.
Admettons, donc que le « Progrès » se soit particulièrement fait sentir au sujet de cette science ; mais constatons cependant que les anciens connaissaient beaucoup
de nos corps chimiques et quelques autres dont nous
avons perdu notion depuis.
Si vous croyez à l’authenticité des « livres saints » en
tant que textes, rappelez-vous d’abord la petite opération
chimique à laquelle se livre Aloïse dissolvant rapidement le Veau d’Or. Cette dissolution suppose une connaissance assez profonde des manipulations chimiques.
Or Moïse était un prêtre d’Osiris, c’est-à-dire un docteur
ès sciences physiques et théurgiques d’Égypte, et de ce fait
il connaissait parfaitement la chimie d’alors. Nous verrons
tout à l’heure comment on apprenait ces sciences; pour
l’instant contentons-nous de faire tous nos efforts pour
établir leur existence.
Si cependant le nom de Moïse vous paraît représenter
un mythe, ouvrez un livre d’histoire quelconque et cherchez-y le nom d’un des grands génies de l’antiquité:
1. Les Origines de l’Alchimie , par M. Berlhelot, Paris 1886, in-8°, et articles divers se rapportant à cette question dans la Grande Encyclopédie.
24
Lycurgue, Solon, Pytliagore, Platon, vous verrez mentionner leur voyage en Egypte, à tous, et leur séjour dans les
temples pour compléter leur instruction1.
Le procédé de préparation des momies indique de profondes connaissances chimiques et n’a pu être retrouvé.
Il en est de même du ciment employé alors pour les
monuments.
Afin de résumer au mieux le chapitre de Dutens consacré à la chimie des anciens, je diviserai cette énumération en trois parties :
1° Chimie générale; 2° Chimie médicinale; 3° Chimie
industrielle.
Si je cite toujours Dutens c’est que j’ai vérifié ses citations dans les textes et qu’il a passé la plus grande partie
de sa vie dans ces recherches. Je juge inutile de refaire
son travail et je croirais malhonnête de ne pas rendre à ce
savant ce qui lui est dû, d’autant plus que ses immenses
travaux sont presque inconnus.
Chimie générale. — Les alkalis et les acides étaient parfaitement connus des anciens.
Le sel alkali signifie proprement ce sel tiré, par l’action du feu, d’une plante égyptienne appelée Kali; mais
comme on en tire aussi, quoiqu’en moins grande quantité, des autres végétaux, les chimistes entendent par ce
mot tous les sels qui, comme celui de cette plante, attirent
les acides. Aristote en parle et dit « qu’en Ombrie les cendres de joncs et de roseaux brûlés, cuites dans l’eau,
donnent une grande quantité de sels » 2.
1. Profectus est in Egyptum Orphæus, Mus eus, Dædulus, Homerus, Lycurgus, Solon, Plato, Pythagoras, Eudoxus, Democritus Abderites ; hi in
Ægypto cette perceperunt omnia quæ apud Græcos fecere admirabilia. (Diod.
Sicul., lib. I, p. 86). (Hannoviæ 1604, 2 vol. in-fol., édit. Wechel). Voyez
aussi Dutens, p. 178.
2. Aristoteles, Meteor, lib. II, c. ni.
— 25 —
Théophraste avait observé la même chose en Ombrie1.
C’était au « mélange des alkalis avec les acides » que
Platon attribuait la cause des effervescences2.
Salomon sur le même sujet cite comme exemple « l’effet du vinaigre sur le nitre » des anciens3.
Pline, Slrabon, Vitruve, Dioscorides, nous prouvent encore que les Égyptiens connaissaient « toutes les différentes
manières de faire le sel, le nitre et l’alun ainsi que le sel
ammoniac 4 5 6.
Chimie médicinale. — Le litharge d’argent, la rouille
de fer, l’alun calciné étaient employés pour guérir les ulcères, les coupures, les furoncles, les fluxions des
yeux, etc.
Les Égyptiens savaient extraire l’huile et préparer l’opium
dont ils faisaient usage pour calmer les grandes douleurs
du corps., ou bannir de la mémoire les grands chagrins3.
Homère paraît avoir eu ce dernier en vue lorsqu’il dit
qu’Hélène fit prendre à Télémaque d’une drogue qui avait
ces propriétés G.-
Enfin, pour terminer sur ce sujet, rappelons que d’après
Dioscorides les emplâtres et les collyres des Égyptiens
c
étaient faits avec le « plomb brûlé, la céruse, le vert-degris et l’antimoine brûlé » tout comme en 1890.
Chimie industrielle. — On sait aujourd’hui partout que
les anciens connaissaient au mieux la métallurgie, aussi
n’en parlerons-nous pas.
1. Plinius, lib. XXXI, c. vii.
2. Plato, Timæus, Hancm passionum causse ücida qualitas appelatus.
3. Proverb., c. xxv, v. 20.
4. Plin., lib. XXXI, c. vu; lib, XXXI, c; xxn et 46; lib. XXXV, c. xv;
Strabon, lib. XVII, p. 552-556 (édit. Casaille); Vitius, lib. VIII, c. ni.; Dioscorides, lib. V, c. cxxiîi.
5. Diod. Sicul., lib. I, p. 87-88; Plin., lib. XXI, c. xxi.
6. Odyssea, <J. V. 221.
— 26 —
Citons pour mémoire le procédé «• pour tirer le vif
argent du cinabre, qui est une description exacte de la
distillation’ ».
Le cristal taillé devait leur çtre connu si l’on en' croit
l’empereur Adrien écrivant au consul en lui envoyant « trois
coupes d’un verre très curieux qui, comme le col d’un
pigeon, avait la propriété de réfléchir différentes- couleurs, étant vues dans un sens différent2 ».
Enfin voici ce que dit Dulens à ce propos (p. 182) :
« Cet art de contrefaire les pierres précieuses n’était
pas particulier aux Egyptiens seuls ; les Grecs, qui le tenaient à la vérité de ces grands maîtres, étaient aussi fort
entendus dans cette branche de la chimie; ils savaient
donner à un cristal composé les teintures des différentes
pierres fines qu’ils voulaient imiter. Pline 3, Théophraste4
et plusieurs autres en citent quelques exemples que je rapporte ci-dessous et dont les plus remarquables étaient leurs
succès à imiter parfaitement les rubis, les hyacinthes, les
émeraudes et les saphirs 5. »
Au point de vue encore plus utile les Egyptiens avaient
« l'art de faire éclore des œufs de poule, d’oie, ou de toute
autre volaille, en toutes saisons et par différents moyens 6 7.
La bière leur était parfaitement connue comme le montrent Diodore de Sicile1, Pline8 et Dioscorides9.
1. Dioscorides, lib. V, c. ex, et Vilrurius, lib. VII, c. vin.
2. Flav. Vopiscus Syracusius ex Adrian. Imperatur. Epistol. in Saturnino. Augustæ. Histor. Scriptor, p. 723, édit. 8.
3. Plin. Hist. Nat., lib. XXXVI, c. xxv.i, sect. LXVII.
4. Throphrastes, De Lapidibus. Plin., lib. LVII, c. ix, sect. XXXVIII.
5. Seneca, Epist. 90, De Democrito.
6. Aristoteles, Hist. Anima., lib. VI, c. ii et Flav. Vopiscus, Satnrni,
p. 727.
7. Diod. Sicul., lib. I, p. 17 et 31.
8. Plin., lib. XIII, c. v.
9. Plin., lib. II, c. ex et cix.
— 27 —
Enfin le sucre , ils l’ont aussi connu. Théophraste en
parle dans son fragment du miel, où il l’appelle miel des
roseaux, xaAap.oiç,. Pline l’a connu aussi et en parle sous
le nom de sel des Indes. Galien et Dioscorides l’ont nommé
sacchar \
« Dans Plutarque [Vie d' Alexandre, cliap. xxxix), dans
Hérodote, dans Sénèque ( Questions naturelles, liv. III,
qhap. *xxv), dans Quinte-Curce (liv. X, cliap. dernier),
dans Pline [Histoire naturelle, liv. XXX, cliap. xvi), dans
Pausanias [Arcad., cliap. xxv) on peut retrouver nos acides, nos hases, nos sels, l’alcool, l’éther, en un mot les
traces certaines d’une chimie organique et inorganique
dont ces auteurs n’avaient plus ou ne voulaient pas livrer
la clef. »
Telle est l’opinion de Saint-Yves venant renforcer celle
de Dutens s.
Aux chapitres cités par cet auteur on trouvera surtout
la description de poisons et de composés toxiques divers.
Découvertes inconnues de nous. — Voilà pour les découvertes que nous connaissons. 11 est facile, me direzvous, quand on parvient à trouver quelque chose de nouveau, de sortir quelques vieux textes prouvant plus ou moins
bien que c’était connu depuis longtemps. Mais pouvonsnous trouver dans lesdits textes quelques découvertes
faites par les anciens et ignorées totalement de notre
époque?
Oui, certes. Je vais en citer deux au hasard, le verre
malléable et un curieux procédé de teinture sur étoffe.
1. Saumaise, Exercitationes super Solin ; Guy Patin, Litt., p. 417.
2. Saint-Yves d’Alveydre, Mission des Juifs, c. iv.
28 —
Verre flexible.
L’assertion de la flexibilité et de la ductilité du verre est
fondée sur les témoignages de Pline*, de Pétrone2, de IbnAld-Alliokm,de Jean de Salisbury, d’Isidore et de quelques
autres. Voici le récit de Pétrone :
« Du temps de Tibère il y avait un ouvrier qui faisait
des vases de verre d’une consistance aussi forte que s’ils
eussent été d’or ou d’argent et ayant été admis en la
présence de l’empereur, il lui offrit un vase de ce verre
qu’il jugeait digne d’être présenté à un si grand prince.
Ayant reçu les éloges que son invention méritait, et son
présent étant accepté avec bienveillance, il voulut encore
augmenter l’étonnement des spectateurs et son mérite
auprès de l’Empereur ; et reprenant le vase de verre à ce
dessein, il le jeta avec tant de force contre le plancher,
qu’un vase d’airain même se fût ressenti de la violence du
coup; et, le relevant ensuite entier mais tout bosselé, il
en redressa sur-le-champ les bosses avec un marteau qu’il
tirade son sein, etdans le temps qu’il paraissait s’attendre à
la plus haute récompense pour une telle invention, l’Empereur lui demanda si aucun autre que lui ne connaissait
cette manière d’apprêter le verre et étant assuré qu’il était
le seul, il ordonna sur-le-champ qu’on lui tranchât la tête,
de crainte, ajouta-t-il, que l’or et l’argent ne vinssent à être
réputés plus vils que la boue. »
* •
Procédé des Egyptiens pour peindre.
« Après avoir tracé leur dessin sur une toile blanche,
ils remplissaient chaque partie de ce dessin avec diffé1. Pline, lib. XXXVI, c. xxvi.
2. Petronius Arbiter, p. 189 et 190, et Dutens, op. cit., p. 190 et 191.
— 29 —
« Hérodote, Justin, Pausanias parlent des mines qui
engloutissent, sous une pluie de pierres et de projectiles
1. Plinius, Hist. Natur., lib. XXXV, c. xi, sect. XLII; Plinius, lib. XXXIII,
c. ix, sect. XLVI; Heliodor. OEthiop., lib. III.
- 30 —
sillonnés de flammes, les Perses et les Gaulois envahisseurs de Delphes.
« Servius, Valérius Flaccus, Jules l’Africain, Marcus
Grœcus décrivent la poudre d’après les anciennes traditions; le dernier donne même nos proportions d’aujourd’hui. » (Saint-Yves d’Alveydre, loc. cit ., chap. IV.)
Voici d’après Dutens (p. 197) l’extrait du manuscrit de
Marcus Græcus :
La Poudre.
Mais ce qui met cette question (de la poudre) hors' de
doute, est un passage clair et positif d’un auteur appelé
Marcus Græcus dont on voit un ouvrage manuscrit à la
Bibliothèque du Roi à Paris, intitulé Liber Ignium. Le
docteur Mead avait un manuscrit du même ouvrage dont
j’ai eu une copie entre les mains. L’auteur « y décrit plusieurs moyens de combattre l’ennemi en lançant des feux
sur lui et entre autres il propose celui-ci : de mêler une
livre de soufre vif, deux livres de charbon de saule et six
livres de salpêtre ; et de réduire le tout ensemble en une
poudre très line dans un mortier de marbre. Il ajoute qu’en
mettant une certaine quantité de cette poudre dans une
enveloppe longue, étroite et bien foulée, on la fait voler
en l’air (ce qui est la fusée) et que l’enveloppe au contraire avec laquelle on veut imiter le tonnerre, doit être
courte et grosse, à moitié pleine et fortement liée d’une
ficelle. Il donne ensuite différentes méthodes de préparer
la mèche et enseigne aussi le moyen de faire lancer une
fusée par une autre fusée en l’air en renfermant l’une dans
l'autre. »
HISTOIRE NATURELLE. — PHILOSOPHIE.
Dans le chapitre consacré à la Ivabbale, on trouvera un
traité : Les cinquante portes de /’ Intelligence, sur lequel
— 31 —
G. Poirel s’est appuyé pour prouver la connaissance des
lois de l’évolution dès la plus haute antiquité. Quant à la
Philosophie, nous pensons ce point assez connu pour
échapper à toute discussion.
LA SCIENCE EN CHINE
LES BOUSSOLES ASTRONOMIQUES ET ASTROLOGIQUES
LE CHAR MAGNÉTIQUE
Les Chinois ont conservé intacte la plus grande partie
de la tradition scientifique de l’antiquité.
Le Chinois invente mais 11e
perfectionne pas ; de là la supériorité de l’Européen dans
les sciences appliquées dont on
retrouve l’origine en Chine.
Nous tirons les extraits suivants d’un livre très peu connu :
Lettre à M. de Humboldt sur
l'invention de la boussole par
M. J. Klaproth. Paris, Librairie Orientale, 1834, in-8".
★
* *
Une autre manière de diviser
l’horizon est celle en douze rumbs, désignés par les signes
du cycle de douze, ou par les noms des douze animaux
du même cycle, de la manière suivante :
TSU, ou le rat; le nord.
Tcheou , ou le bœuf, nord 1/3 est.
In, ou le tigre; nord 2/3 est.
— 32 —
MAO, ou le lièvre; Test.
Chbi, ou le dragon; est 1/3 sud.
Szu, ou le serpent; est 2/3 sud.
OU , ou le cheval; le sud.
Wei, ou le mouton; sud 1/3 ouest.
Chin, ou le singe; sud 2/3 ouest.
YEOU, ou la poule ; I’ouest.
Siu, ou le chien ; ouest 1/3 nord.
Haï , ou le porc ; ouest 2/3 nord.
Cette division de l’horizon en douze rumbs est généralement usitée au Japon. Voici le cadran d’une boussole
chinoise du même genre :
— a:i —
Il y a aussi beaucoup de boussoles chinoises sur lesquelles on emploie cette division des douze signes cycliques, en y ajoutant les ligures des animaux qui leur correspondent.
Souvent les boussoles chinoises réunissent plusieurs
subdivisions. C’est ainsi que celle représentée sur la
planche II, fi g. C, contient d’abord dans le premier cercle
qui entoure son aiguille les huit koua de Fou lii ; dans le
suivant les douze signes du cycle, ou les douze heures
chinoises, dont deux font une des nôtres. Dansle troisième
on voit les douze animaux correspondant à ces douze
signes, de sorte que la a ou ris indique le nord, le cheval le
sud, la poule l’ouest, le lapin l’est, etc. Le quatrième cercle contient les noms de ces animaux en caractère chinois ;
enfin dans le cinquième sont marqués les noms des huit
rumbs principaux de la boussole, savoir: le nord, le sud,
l’ouest, l’est, et les quatre directions intermédiaires entre
celles-ci.
« La boussole astrologique des Chinois, dit le Grand
Miroir de la langue mandchoue et de la langue chinoise
(rédigé par ordre et sous la direction de l’empereur Khian
loung), est un instrument de bois fait comme un miroir
(c’est-à-dire comme un plat rond) ; au milieu est placée une
aiguille aimantée, autour de laquelle sont écrites les lettres
des branches et des troncs cycliques h Quand on veut
construire une maison, les prestigiateurs se servent de cet
instrument pour déterminer si l’emplacement est heureusement situé *. »
Mais outre les vingt-quatre Tcheou, la boussole astrologique contient encore un grand nombre d’autres divisions
1. C’est-à-dire les signes du cycle de douze, huit de celui de dix, et des
quatre koua ou trigrammes qui désignent les quatre points cardinaux.
Voyez plus haut.
2. Thseng ting Thsins vuen kian, Kiv. VII, fol. 57 recto.
3
— 35 —
concentriques partagées par une infinité de lignes dans la
direction du centre à la circonférence, comme on peut le
voir par celle que j’ai fait lithographier sur la planche III.
La première division concentrique qui entoure l’enfoncement dans lequel se meut l’aiguille, contient huit caractères du cycle de douze, placés de la manière suivante:
Tckin, au nord ; In , au nord-est ; C/iin, à l’est; Yeou, au
sud-est; Haï, au sud; Mao, au sud-ouest; Ki, à l’ouest;
Ou, au nord-ouest.
Le second cercle contient vingt-quatre compartiments,
dont trois correspondent toujours à un des huit du premier
cercle. Les compartiments pris trois à trois contiennent
alternativement un ou deux vides, de sorte qu’il n’y en a
que douze dans lesquels on voit, ou un des quatre caractères des Koua qui entrent dans la rose des vingt-quatre
vents, ou deux caractères des cycles de douze et de
treize.
Le troisième cercle montre dans vingt-quatre compartiments, où sont répétés diversement les neuf caractères :
Pho, rompre, détruire ; Wen, orné, lettré ; Wou, guerre,
militaire ; Lian, angle ; Lou, félicité, bonheur ; Kiu, grand,
ample; Fou , aider; T/mn , concupiscence, avidité; Pij ,
assister, assistance.
Le quatrième cercle a encore vingt-quatre compartiments avec les vingt-quatre Tcheou ou rumbs de la boussole ordinaire.
Le cinquième cercle contient soixante-douze^compartiments, dont douze restent en blanc, tandis que les autres
soixante sont remplis de combinaisons des caractères des
deux cycles de douze et de dix, de manière que tous les
six T su, tous les six Tcheou, tous les six In, etc., restent
ensemble et sont placés sous les mêmes caractères qui se
trouvent dans le cercle précédent.
— 36 —
Le sixième cercle contient cent vingt compartiments,
dont soixante-douze sont vides ; dans les autres on voit
quarante-huit combinaisons des caractères des deux cycles
de douze et de dix.
Le septième cercle se compose de vingt-quatre compartiments, contenant les vingt-quatre Tcheou , mais qui ne
correspondent pas tout à fait en ligne droite à ceux du
quatrième cercle ; ils sont portés à un demi-compartiment
plus à gauche, quand on a le sud devant soi.
Le huitième cercle contient les mêmes soixante combinaisons cycliques sans compartiments en blanc, mais placées un peu plus à gauche.
Le neuvième cercle montre, en vingt-quatre compartiments, les vingt-quatre Tcheou placés d’un demi-compartiment plus à droite que ceux du quatrième cercle.
Le dixième cercle est divisé en cent vingt compartiments,
dont soixante-douze restent en blanc, les autres quarantequatre contiennent les mêmes quarante-quatre combinaisons cycliques que le sixième cercle, mais placés un peu
plus à droite.
Le onzième cercle a, dans soixante compartiments, les
combinaisons du cycle de soixante, placées un peu plus à
gauche que celles du huitième cercle, et encore plus que
celles du cinquième.
Le douzième cercle contient, dans soixante combinaisons, les noms douze fois répétés des cinq éléments chinois, savoir: Mou, le bois; Ho, le feu; Thou, la terre ;
Kin, le métal; Choux , l’eau. Ces cinq éléments correspondent, de la manière suivante, aux cinq époques de
l’année, aux cinq régions du monde et aux cinq couleurs
principales :
Le bois. Le printemps. L’orient. Le vert.
Le feu. L’été. Le sud. Le rouge.
— 37
La terre. Le milieu de l’année. Le milieu. Le jaune.
Le métal. L’automne. L’occident. Le blanc.
L'eau. L’hiver. Le nord. Le noir.-
Le treizième cercle contient, en trois cent soixante compartiments, le nombre des degrés occupés par chacun des
vingt-huit Palais célestes qui sont indiqués dans le quinzième cercle.
Le quatorzième a autant de compartiments, et contient
des signes qui ont rapport t\ ces degrés, mais que je ne
sais expliquer.
Le quinzième cercle, enfin, contient les vingt-huit Sou
ou Palais de l’écliptique chinoise, qui sont:
A l’orient.
1. Kio, la corne, ayant plus de 1:2 degrés1.
2. Kan< 7, le cou, ayant plus de 9 degrés.
3. Ti , l’origine, ayant moins de 16 degrés.
4. Fang, la maison, ayant plus de 3 degrés.
o. Sin, le cœur, ayant 6 degrés.
C. Wei, la queue, ayant 18 degrés.
7. Ki, le crible, ayant 9 degrés et demi.
Au NORn.
8. Teou, le boisseau, ayant plus de 22 degrés.
9. Meou, le bœuf, ayant 7 degrés.
10. Aiu, la femme, ayant 11 degrés.
11. Hiu, le vide, ayant moins de 9 degrés.
12. Ouei, le péril, ayant 16 degrés.
13. Cky , l’édifice, ayant moins de 18 degrés.
14. Py, le mur, ayant plus de 9 degrés.
A l’occident.
15. Khouei, le milieu entre les hanches, ayant 18 degrés.
16. Leon, le vide, ayant plus de 12 degrés.
17. Wei, l’estomac, ayant moins de 15 degrés.
1. Ces indications sont fort vagues et souvent peu exactes. Conf. Mémoires concernant les Chinois, vol. XVI, p. 6 du Traité de la Chronologie
chinoise, du P. Gaubil.
— 38 —
18. Mao, les Pléiades, ayant 11 degrés.
19. Py, cesser, finir, ayant 16 degrés et demi.
20. Tse, le bec, ayant un demi-degré.
21. Thsan, ajouter, augmenter, ayant 9 degrés et demi.
Au SUD.
22. Tsing, le puits, ayant moins de -30 degrés.
23. Kouei, le mauvais génie, ayant 2 degrés et demi.
24. Lieou , le saule, ayant 13 degrés et demi.
25. Sing, l’étoile, ayant plus de 6 degrés.
26. Tchang, l’arc bandé, ayant plus de 17 degrés.
27. Y, la clarté, ayant moins de 20 degrés.
28. Thin, le mouvement, ayant plus de 18 degrés.
Sur le revers des boussoles astrologiques chinoises que
j’ai eu occasion de voir, on lit toujours la même formule
cabalistique de soixante-quatre caractères, dont les huit
de la ligne supérieure sont les noms des huit koua ou
trigrammes de Fou lii. Ces soixante-quatre caractères ne
donnent aucun sens raisonnable ; ils doivent avoir une
signification mystique. Des deux côtés de ce morceau on
lit: « Fait par Fang sieou choui Hieou y, district de Sbi
ngan. »
Voilà tout ce que je peux dire sur un instrument dont
je ne connais nullement l’usage. La moitié méridionale de
l’aiguille de toutes ces boussoles est enduite d’un vernis
rouge, pour qu’on puisse toujours distinguer le pôle sud,
qui, comme nous l’avons vu, est le principal pour les
Chinois.
QUELQUES AUTRES DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES
DES CHINOIS
Les Chinois ont connu également la cause du flux et du
reflux de la mer, longtemps avant la découverte de Kepler ,
— 39 —
qui l’attribue à la force attractive que la lune exerce sur
notre globe, et par laquelle elle attire les eaux de la mer.
Yu ngan khi, auteur de l’encyclopédie intitulée Thang loi à
han, écrivit cet ouvrage sous la dynastie des Thang, et
par conséquent au moins avant la fin du ix° siècle. Il y
cite un traité nommé We li lun , ou Discours sur la nature
des choses, dans lequel il est dit que « la lune, étant le
principe le plus pur de l’eau, influe sur les marées, qui
sont petites ou grandes, selon la diminution ou la croissance de la lune ».
Yu tao ngan, auteur du xiT siècle, dit dans la préface
de son Tableau des marées : « Que la marée s’accroisse ou
se retire, les eaux de la mer n'augmentent ni ne diminuent. La cause de ce phénomène est dans la proximité
de la lune, car les eaux vont ou viennent selon l’époque
de la journée ; la lune tourne à droite, et le ciel a sa rotation vers la gauche; chaque jour il y a une révolution
complète, dans laquelle cet astre s’approche des quatre
points cardinaux. Ainsi, quand la lune est dans le voisinage des points de la boussole nommés mao (Lest) et yeou
(l’ouest), les eaux croissent à l’est ou à l’ouest, et quand
elle s’approche des points tsu (le nord) et ou (le sud), la
marée reflue tranquillement vers le nord ou le sud. Ces
changements et ces accroissements, qui vont et viennent en
se succédant sans cesse, dépendent entièrement de la lune
et nullement du soleil. » — Le même auteur ajoute :
« Quand la lune, en marchant, s’éloigne du soleil, les
marées sont hautes; mais vers la fin de la nouvelle lune,
elles commencent à diminuer peu à peu, et c’est pour
cette raison qu’on ne peut alors connaître leur force (ou
mesure). »
Tclieou chouang , qui vivait du temps de l’empereur Kao
tsoung, de la dynastie des Soung, composa, dans les
— 40
années Khian tao (de 11 65 à 11 73 de J.-C.), le Ling ngan
tchi, ou la description de la ville de Ling ngan1 et de son
territoire. Il y cite, sur le phénomène des marées, les
différentes explications qui ont eu cours en Chine. « On
lit, dit-il, dans le Kao li thon king (qui est une description de la Corée) : Le flux et le reflux, qui vont et viennenl
à des époques fixes, sont produits par l’attraction que le
ciel et la terre exercent mutuellement l’un sur l’autre.
C’est de cette manière que les anciens ont toujours expliqué ce phénomène. Selon le Chan hai king (qui est une
ancienne cosmographie fabuleuse), il provient du mouvement du poisson thsieou quand il sort et quand il rentre 2.
Les livres bouddhiques veulent qu'il soit occasionné par
les métamorphoses du dragon divin (le dieu de la mer) ;
mais Theou chu moung , dans son traité sur les mers et les
pics, dit que le flux et le reflux sont causés par l’influence
plus ou moins grande de la lune. »
L’origine de l’imprimerie date, en Chine, des premières
années du x° siècle. Cet art fut inventé dans le petit
royaume de Chou , situé dans la province de Szutchhouen,
lequel subsista depuis 891 jusqu’en 925 de J.-C., époque
à laquelle il fut détruit par l’empereur Tchouang tsoung
des Thang postérieurs. Les rois de Chou avaient déjà fait
imprimer des éditions soigneusement revues des quatre
livres de Confucius et quelques autres ouvrages et traités
élémentaires destinés à l’instruction de la jeunesse. Sous
le règne de l’empereur Ming tsoung des Thang postérieurs,
dans la 2e des années Tchhang hing , ou 932 de J.-C., les
1. Ling ngan est la ville actuelle de Hang tcheou fou dans le Tchhe
kiang. Elle était à cette époque la résidence des empereurs des Soung
méridionaux. C’est le Quinsaï de Marco Polo.
2. Poisson fabuleux qui passe pour avoir plusieurs milliers de li de
longueur, et habiter dans une caverne au fond de la mer. Quand il en
sort, la marée monte, et quand il y rentre, elle baisse.
— 41 —
ministres Fung tao et Li gu proposèrent à ce prince d’ordonner à l’académie Koue tsu kian de revoir les neuf
King' , de les faire graver sur des planches, imprimer et
vendre. L’empereur adopta cet avis; mais ce ne fut que
sous Tai tsou , de la dynastie des Tcheou postérieurs, dans
la 2° des années Kouang chun , ou en 952, que la gravure
des planches des neuf Ring fut achevée. On les distribua
alors, et ils eurent cours dans tous les cantons de l’empire1 2. Ce n’est donc pas à Fung tao qu'il faut attribuer
l’invention de l’imprimerie, quoique les imprimeurs chinois le révèrent comme leur patron.
Au Japon, cet art ne fut introduit que dans la 2" des
années Ghen kiu (Yuan kieou), sous le règne du 83° Daïri
Tsoutsi mikado-no in, c’est-cà-dire en 1205. Les caractères
furent alors faits en cuivre, et on garde encore une quantité considérable de ces types à la cour du Daïri. On se
servit aussi du bois de l’arbre Adzousa (en chinois Tsu ,
Dryaædra cordata), mais, comme il était trop mou, on le
remplaça dans la 19° des années Kei tsiô (Kliing tchhang),
sous le règne du 108e Daïri Go yô zei in , ou en 1614, par
des tablettes de bois de cerisier, sur lesquelles on grave
les ouvrages destinés à l’impression. Cette méthode est
encore aujourd’hui la seule dont on se serve au Japon. Le
papier fut importé de la Corée dans ce pays, l’an 601 de
notre ère, par un prêtre bouddhiste nommé Don teô (Than
tching), qui présenta du papier et de l’encre au 34° Daïri
Soui ko ten o. Auparavant les Japonais se servaient de
l’écorce intérieure de l’arbre Finoki (Thuya orientalis),
1. Sous la dénomination des neuf King ou livres classiques, on comprenait à cette époque le Y king, le Chou king, le Chi king, le Li ki, le Yo
king, le Tchhun thsieou, le Lun yu, le Hiao king et le Siao hio.
2. Voyez Thoung kian kang mou, édition de 1707, Kiv. lvi, fol. 21
verso. — Encyclopédie japonaise, vol. VII, fol. 31. — Kiun chou pi khan
de Yuan liao fan, édition de 1642, roi. I, fol. 46 verso.
42 —
sur laquelle ils traçaient les caractères avec une pointe de
bois trempée dans du vernis.
L’imprimerie, originaire de la Chine, aurait pu être
connue en Europe environ cent cinquante ans avant qu’elle
n’y fût découverte, si les Européens avaient pu lire et étudier les historiens persans, car le procédé de l’impression employé par les Chinois se trouve assez clairement
exposé dans le Djemaa et-teivarikk , de Râchid-eddin, qui
termina cet immense ouvrage historique vers l’an 1310
de J.-C. En rendant compte des matériaux dont il s’est
servi pour composer l’histoire des rois du Khataï, il dit :
« Tous les livres qu’on y publie (au Khataï) sont très élégamment écrits, car chaque page de ces livres est nettement
tracée sur une planche, et y est confrontée avec la plus
grande exactitude par des savauts, qui en confirment le
contenu par leur propre signature sur le dos de cette planche, qu’on remet alors aux meilleurs sculpteurs avec ordre
de la graver. Quand les pages d’un livre sont terminées de
cette manière, on ajoute à chaque feuille son numéro. Ces
planches sont déposées dans les bibliothèques, et gardées,
dans des boîtes cachetées, par des employés très circonspects et fidèles, exactement comme les poinçons de la monnaie. Ces employés y apposent leur cachet. Si quelqu’un
désire avoir une copie du livre, il faut qu’il se rende à cet
établissement, et paie une certaine somme aux gardiens, qui
sortent alors les planches, et en impriment une copie sur du
papier, comme s’ils se servaient d’un sceau d’or, et la lui
remettent. De cette manière, il est impossible qu’un exemplaire d’un livre contienne plus ou moins que l’autre, etc. »
De tout cet amas de citations sur des objets si divers
quelles conclusions devons-nous tirer ?
— 43 —
1° Que les anciens possédaient une science, fait inconnu
de nos jours.
2° Que la partie historique de tous nos livres de physique,
de chimie , d'histoire naturelle et de médecine est à refaire
en rendant à l'antiquité la justice qui lui est due.
Les extraits de Dutens que nous avons accumulés en
les groupant le mieux que nous avons pu, suffiront-ils à
faire comprendre ces deux conclusions?
L’avenir nous le montrera.
§ 3. — L'INSTRUCTION DANS L’ANTIQUITÉ
INITIATION AUX MYSTÈRES SACRÉS
l'instruction dans l’antiquité
Maintenant que nous connaissons l’existence d’une
science dans l’antiquité il est temps de voir comment l’instruction était donnée.
Aujourd’hui l’instruction se divise en trois grandes parties : instruction primaire, instruction secondaire, instruction supérieure.
L’instruction primaire est donnée généralement par la
commune dans les écoles, l’instruction secondaire est
donnée dans les collèges et les lycées, l’instruction supérieure dans les facultés.
Or le caractère qui spécialise tous nos degrés d’enseignement c’est l’horreur de l’originalité. On détruit par tous
les moyens possibles toutes les facultés actives et productrices de l’être humain : la volonté sous le prétexte d’in-
— 44 —
fuser l’idée de discipline, /’ imagination pour fuir ses écarts
possibles et l’on remplace ces merveilleuses facultés par
d’autres absolument improductives personnellement ou
socialement : l’inertie intellectuelle , la peur d’avoir des
idées à soi et la mémoire.
L’antiquité possédait également trois degrés principaux
d’instruction, ainsi que nous le verrons tout à l'heure ;
mais ce que nous tenons à bien faire remarquer de suite,
c’est l'horreur des anciens pour la médiocrité collective
décorée du nom « d'instruction générale ». Leurs procédés tendaient tous à originaliser les hommes, à séparer
chacun d’eux de son voisin par des idées et des procédés
tout personnels. Voilà pourquoi les Athéniens étaient tous
artistes, à quelque classe sociale qu’ils appartinssent, les
artistes étant des êtres personnels avant tout.
Aussi est-ce avec le plus grand étonnement que nous
avons lu dans l’ouvrage classique d’un professeur de l’Université (que nous nous abstiendrons de nommer par respect
pour elle) que l’instruction de Pythagore était équivalente
à celle d’un bachelier actuel ! Ils sont rares, ce me semble,
les bacheliers et même les docteurs ès lettres ou ès
sciences capables d’organiser un peuple et de lui donner
des lois justes tout en enrichissant l’humanité des plus
belles découvertes scientifiques.
Si l’on veut retrouver intacte l’organisation de l’enseignement telle qu’elle existait dans l’antiquité, il suffit
d’étudier avec soin les institutions de la Chine qui atout
conservé religieusement mais (heureusement ou malheureusement ) n’a rien perfectionné. L’excellent ouvrage de
M. Simon1 donne de précieuses indications à cet égard.
L'enfant recevait sa première instruction dans la
1. La Cité chinoise, par L. Simon, consul de France en Chine. Paris 1888,
in-8®.
45 —
famille, puis apprenait une profession s’il ne voulait pas
s’instruire davantage.
Dans chaque grand centre il y avait un temple. Les
prêtres n’étaient pas comme aujourd’hui ignorants de
toutes les sciences. Le titre de prêtre dans l’antiquité
correspondait au moins au grade de docteur actuel, si
bien que chaque temple renfermait les médecins, les
ingénieurs, les législateurs nécessaires aux besoins des
populations environnantes, en même temps que les évocateurs et les théurges nécessaires aux œuvres mystiques
(inconnues des modernes). Les prêtres de tous les dieux sortant tous de la même école étaient unis sur toute la terre
par les signes mystérieux des initiés. Celle grande communion universelle des savants qu’on retrouve aujourd’hui
chezles lettrés de la Chine, explique pourquoi les « guerres
religieuses » étaient inconnues de ces prétendus païens.
C’est dans le temple métropolitain qu’allaient s’instruire
les jeunes gens désireux de perfectionner leur instruction.
Enfin ceux qui aspiraient à faire partie des « classes
dirigeantes » devaient faire le voyage d’Égypte où se trouvait le centre intellectuel de l’Occident, où était donnée
l’instruction supérieure après de terribles épreuves. Cette
instruction constiluait les Mystères.
L'instruction dans l' antiquité. — Divisions.
« L’éducation et l’instruction élémentaires étaient,
après la callipédie, données par la famille.
« Celle-ci était religieusement constituée selon les rites
— 46 —
de l’ancien culte des Ancêtres et des Sexes au foyer, et
bien d’autres sciences qu’il est inutile de nommer ici1.
« L’éducation et l’instruction prolessionnelles étaient
données par ce que les anciens Italiens appelaient la gens
et les Chinois la jin, en un mot par la tribu, dans le sens
antique et très peu connu de cette expression.
« Des études plus complètes, analogues à notre instruc- .
tion secondaire, étaient le partage de l’adulte, l’œuvre des
temples, et se nommaient Petits Mystères.
« Ceux qui avaient acquis, au bout d’années quelquefois longues, les connaissances naturelles et humaines des
Petits Mystères prenaient le titre de Fils de la Femme,
de Héros, de Fils de l’Homme et possédaient certains
pouvoirs sociaux, tels que la Thérapeutique dans toutes
ses branches, la Médiation auprès des gouvernants, la
Magistrature arbitrale, etc... etc...
« Les Grands Mystères complétaient ces enseignements
par toute une autre hiérarchie de sciences et d’arts, dont
la possession donnait à l’initié le titre de Fils des Dieux,
de Fils de Dieu, selon que le temple n’était pas ou était
métropolitain et, en outre, certains pouvoirs sociaux
appelés sacerdotaux et royaux2. »
Les mystères. — Conditions d' admission.
C’est donc dans le Temple que se trouvait renfermée
cette science dont nous avons d’abord cherché l’existence et que nous allons maintenant poursuivre de plus
en plus près. Nous sommes parvenus à ces mystères dont
tous parlent et que si peu connaissent.
Mais pour être admis à subir ces initiations fallait-il
1. Voir comme preuve la Cité antique de Fristel de Coulanges.
2. Saint-Yves d’Alveydre, Mission des Juifs, p. 79.
— 47 —
être d’une classe spéciale, une partie de la nation étaitelle forcée de croupir dans une ignorance exploitée par
les initiés recrutés dans une caste fermée?
Pas le moins du monde : tout homme, de quelque rang
qu'il fût, pouvait se présenter à l’initiation et, comme mon
affirmation pourrait ne pas suffire à quelques-uns, je
renvoie à l’ouvrage de Saint-Yves pour le développement
général et je cite un auteur instruit entre tous dans ces
questions, Fabre d’Olivet, pour élucider ce point particulier :
« Les religions antiques, et celle des Égyptiens surtout, étaient pleines de mystères. Une foule d’images et
de symboles en composaient le tissu: admirable tissu!
ouvrage sacré d’une suite non interrompue d’hommes
divins, qui, lisant tour à tour, et dans le livre de la
Nature et dans celui de la Divinité, en traduisaient en
langage humain le langage ineffable. Ceux dont le regard
stupide, se fixant sur ces images, sur ces symboles, sur
ces allégories saintes, ne voyaient rien au delà, croupissaient, il est vrai, dans l’ignorance ; mais leur ignorance
était volontaire. Dès le moment qu’ils en voulaient sortir,
ils n’avaient qu’à parler. Tous les sanctuaires leur étaient
ouverts; et s’ils avaient la constance et la vertu nécessaires, rien ne les empêchait de marcher de connaissance
en connaissance, de révélation en révélation, jusqu’aux
plus sublimes découvertes. Ils pouvaient, vivants et humains, et suivant la force de leur volonté, descendre chez
les morts, s’élever jusqu’aux Dieux, et tout pénétrer dans
la nature élémentaire. Car la religion embrassait toutes ces
choses ; et rien de ce qui composait la religion ne restait
inconnu au souverain pontife. Celui de la fameuse Thèbes
égyptienne, par exemple, n’arrivait à ce point culminant
de la doctrine sacrée, qu’après avoir parcouru tous les
— 48
grades inférieurs, avoir alternativement épuisé la dose de
science dévolue à chaque grade, et s’être montré digne
d’arriver au plus élevé.
« On ne prodiguait pas les mystères parce que les
mystères étaient quelque chose; on ne profanait pas la
connaissance de la Divinité, parce que cette connaissance
existait; et pour conserver la vérité à plusieurs, on ne la
donnait pas vainement, à tous \ »
l’instruction supérieure
Les y rancis mystères. — Les épreuves.
Afin de bien montrer la différence entre les procédés
actuels et les procédés anciens en usage pour l’instruction
supérieure, nous allons énumérer en détail l’initiation
aux grands mystères.
Nous publions presque in extenso le chapitre de Delaage 2
consacré à cette question. Ce chapitre est une traduction
fidèle des écrits de Jamblique 3. On trouvera encore des
renseignements à ce sujet dans l'Ane d Or d’Apulée et
actuellement dans les rites secrets de la Franc-Maçonnerie.
1. Fabre d’Olivet, La Langue hébraïque restituée, p. 7, 2e vol.
2. Delaage, Lu Science du Vrai, Paris 1884, in-8°.
3. Jamblichus, De Mysteriis Ægyptiorum, Cbaldeorum, Àssyriorum. —
Lugduni 1652, in-12 (Bibliothèque nationale, O3 A-491).
r
— 49 —
Initiation aux mystères de l'antique Orient.
Savoir, pouvoir, oser, se taire.
ZoROASTRE.
Le fait de l'initiation est d élever l’homme
à Dieu.
Sallustb.
L'initiation sert à retirer l’âme de la vie
matérielle en y répandant la lumière.
Proclus.
Moïse, ayant été instruit dans toute la sagesse des Egyptiens, était puissant en
œuvres et en paroles. ( Actes des apôtres ,
ch. VII, v. 22.)
En Égypte, depuis quarante siècles, les pyramides révèlent par leur forme, aux générations qui passent, le dogme
éternellement immuable de la Trinité sainte. Ancien temple d’initiation, elles ont été traversées par tous les grands
génies des temps antiques, elles ont donné des législateurs
et des civilisateurs à tous les peuples; immobiles comme
la tradition qui y était pieusement déposée, elles ont vu
sans frémir les convulsions et les bouleversements des
empires; elles sont restées debout dans la majestueuse
attitude de l’éternelle vérité. Aussi les âmes qui souffrent
du scepticisme de ce siècle, se reportent avec bonheur au
temps de foi ardente où les fondateurs de religion venaient y puiser l’eau vive de la vérité et la connaissance
des destinées immortelles de l’homme; car suivant la remarque de saint Augustin, Moïse était versé dans toutes
les sciences de l’initiation des Égyptiens. Nous allons
considérer ces mystères à leur véritable point de vue : la
régénération de l’âme. Aussi nous croyons du plus haut
intérêt, pour tous les esprits sérieux, d’étudier de quelle
manière l’homme y était mis en état d’entrer en communication immédiate avec son Dieu.
On nous reprochera peut-être de venir ruiner l’intluence
du clergé, en datant plus haut que lui, quine remonte que
jusqu’à Moïse, tandis que nous, nous prenons ces sciences
4
— 50
quatre cents ans avant son initiation. Pour répondre, nous
affirmons que si un adversaire de la publicité qüe nous
donnons aujourd’hui peut, comme les mages, supprimer
l’imprimerie, quand elle leur a été offerte par des Phéniciens, nous livrons ce livre au feu.
Lorsqu’un homme sentait en son âme une soif ardente
de la vérité, en son cœur le courage nécessaire pour braver
les terribles épreuves de l’initiation, il gravissait jusqu’à la
seizième assise de la grande pyramide de Memphis, où se
trouvait une fenêtre taillée dans le granit qui jour et nuit
restait ouverte. Cette ouverture, seule entrée du temple
d’initiation, d’environ trois pieds carrés, était située au
nord ; côté du froid, des ténèbres, de l’ignorance; là, s’ouvrait devant l’aspirant une galerie froide, humide, basse
et voûtée comme un caveau funéraire, où, une lampe àja
main, il s’avançait en rampant péniblement ; après de
longs détours, il atteignait enfin un puits à large orifice,
enduit partout d’un asphalte très sombre et poli comme
une glace. L’ouverture de ce gouffre d’où sortait une
fumée noire et épaisse, semblait un des soupiraux de
l’enfer; aussi en présence de cet abîme béant, souvent le
cœur défaillait à l’aspirant, qui, se glissant de nouveau sur
le ventre, retournait sur ses pas, renonçant à su périlleuse
entreprise. L’homme, au contraire, qui avait le courage
de persévérer, voyait alors l’initié qui l’accompagnait
mettre sur sa tête la lampe, puis disparaître dans ce ténébreux précipice à l’aide d’un escalier intérieur dont l’obscurité profonde dissimulait les échelons de fer ; le candidat l’y suivait en silence. Après avoir descendu environ
soixante degrés, il rencontrait une ouverture qui servait
d’entrée à un chemin taillé dans le roc, et descendait en
spirale pendant un espace d’environ quarante mètres ; à
l’extrémité se trouvait une porte d’airain à deux battants,
— 51
qui s’ouvrait devant lui sans effort et sans bruit, mais qui,
se refermant d’ elle-même, produisait un son éclatant qui,
répercuté par les échos de ces profonds souterrains, allait
avertir les prêtres qu’un profane venait de s’engager dans
la galerie qui menait aux épreuves.
En cet instant, l’initié, qui accompagnait l’aspirant, lui
déclarait qu’il ne pouvait l’accompagner plus loin, lui
faisait écrire son testament en lui faisant pressentir ia
mort comme probable dans les épreuves périlleuses qu’il
allait entreprendre, en sorte qu’il fallait une grande
audace de cœur pour oser persévérer. Les aspirants, qui
continuaient leur route, suivaient de nouveau la galerie.
Des deux côtés, s’ouvraient des niches creusées; dans ces
parois, dans ces caveaux, étaient placées des statues de
basalte disposées de manière que, projetant à la lueur
vacillante de la lampe de l’aspirant leurs images fantastiques, il se crût environné des ombres des trépassés,
accourus pour contempler la vue étrange d’un homme
descendu vivant aux enfers. Enfin, il arrivait à une porte
gardée par trois hommes armés d’épées et coiffés de
casques en forme de tête de chacal. Ces gardiens, dont
la Fable a fait Cerbère, s’avançaient vivement sur lui ; un
d’eux, le prenant à la gorge, lui disait : Passe, si tu l’oses,
mais garde-toi de reculer, car nous veillons jour et nuit
à cette porte, pour nous opposer à la retraite de ceux qui
l’ont franchie et pour les retenir à jamais renfermés dans
ces lieux souterrains. Si ces paroles n’ébranlaient pas la
résolution de l’aspirant, les gardes s’écartaient pour lui
livrer passage. Il n’avait pas fait cinquante pas, qu'il apercevait devant lui une lumière très vive. Bientôt il se trou- *
vait dans une salle voûtée, qui avait plus de cent mètres
de long et de large. A droite et à gauche s’élevaient deux
bûchers formés de branches de baumes arabiques, d’épine
d’Égypte et de tamarin, trois sortes de bois très souples,
très odoriférants, très inflammables. Il fallait que l’aspirant traversât cette fournaise, dont la flamme se réunissait en berceau au-dessus de sa tête. A peine sorti de ce
brasier ardent, il se trouvait en présence d’un torrent
alimenté par le Nil, qui lui barrait le passage. Alors, se
dépouillant de ses vêtements, il les roulait, les attachait
sur sa tête, en ayant soin de fixer au-dessus sa lampe dont
la clarté, dissipant les ténèbres qui l’enveloppaient, devait
indiquer à sa vue la rive opposée. A peine avait-il abordé
au rivage, qu’il trouvait devant lui une arcade élevée, conduisant à un palier de six pieds carrés, dont le plancher
dérobait à sa vue le mécanisme sur lequel il reposait. Une
porte d’ivoire, garnie de deux filets d’or qui indiquaient
qu’elle s’ouvrait en dedans, lui barrait de nouveau le passage. Vainement essayait-il de se frayer un chemin en
forçant cette porte; elle résistait à tous ses efforts. Tout
à coup, deux anneaux très brillants s’offraient à ses
regards, mais, à peine y avait-il porté la main, que le
plancher se dérobait sous ses pieds, le laissant suspendu
aux anneaux au-dessus d’un abîme, d’où s’échappait un
vent furieux qui éteignait sa lampe. Assourdi par le bruit,
glacé par le froid, ballotté par le vent, il restait dans cette
cruelle suspension plus d’une minute. Peu à peu, cependant, ces anneaux descendaient, et le récipiendaire sentait
de nouveau le plancher sous ses pieds. La porte s’ouvrait,
il se trouvait dans un temple étincelant de lumière.
Ces épreuves n’avaient pas seulement pour but de
s’assurer du courage de l’aspirant, mais, par un symbolisme effrayant, de lui enseigner que l’homme qui, dès
cette vie, aspire à posséder la vie éternelle, doit commencer par mourir au monde, descendre vivant dans le
tombeau, séjourner assez longtemps dans le sein de la terre
53 —
pour s’y dépouiller de son corps mortel et n’en ressortir
que converti et régénéré, pour renaître à une vie nouvelle
après avoir triomphé des quatre éléments de la nature,
dont, par le péché originel, il était devenu l’esclave. L'idée
que les peuples de l’antiquité se faisaient de l'initiation était
si haute, que nous voyons les poètes épiques faire descendre leurs héros aux enfers, qui n’étaient que la révélation de l’initiation aux mystères d’Isis. Nous avons montré
l’aspirant victorieux dans sa lutte avec la nature ; nous
allons assister à un duel éperdu outre son âme et son
corps, afin que, enfant de ténèbre, il soit fait enfant de
lumière et demi-dieu. Les héros de l’antiquité étaient des
initiés, comme l’indique la racine étymologique du mot
qui, en grec, veut dire amour , ils avaient l’âme embrasée,
non de l’amour borné d’une femme, mais de l’amour infini
de la divinité et de l’humanité qui crée ici-bas les héros
et les saints. La porte par laquelle l’aspirant entrait dans
le sanctuaire, était pratiquée dans le piédestal de la triple
statue d’Isis, d’Osiris et d’Orus, trinité auguste, image des
trois manifestations du Dieu créateur de l’univers. Là, le
néophyte était reçu parles prêtres rangés sur deux lignes,
parés de riches ornements, sur lesquels il distinguait un
triangle rayonnant de lumière, au milieu duquel brillait un
œil en diamant, pour indiquer qu’ils étaient prêtres d’Osiris,
dont le nom signifie œil de Dieu. A leur tête était le porteflambeau, tenant dans ses mains un vase d’or en forme de
vaisseau nommé Baris, d’où jaillissait une clarté éblouissante, symbole de la lumière incréée. Un second portait
le van mystique ; tous avaient à la main des symboles
d’épuration, de force et de puissance. Le hiérophante
l'embrassait trois fois, le faisait mettre à genoux devant la
triple statue, et l’engageait à s’unir de cœur à cette prière
qu’il prononçait à haute voix : « 0 grande déesse Isis,
éclaire de les lumières ce mortel, qui a surmonté tant de
périls, accompli tant de travaux, et fais-le triompher
encore dans les épreuves de l’âme afin qu’il soit tout à fait
digne d’être initié à tes mystères. » Quand tous les assistants avaient répété ces paroles en se frappant la poitrine,
le grand prêtre lui tendait la main pour le relever, puis le
conduisait à une porte, qui s’ouvrait au fond de ce premier temple. Lcà, il invitait l’aspirant à frapper trois fois;
alors, une voix sévère, sortant de l’intérieur, demandait
au profane ce qu’il voulait. D’après les conseils des prêtres,
celui-ci répondait qu’il était un pénitent descendu vivant
dans le sein de la terre pour y confesser ses fautes, les
expier et obtenir la lumière. Alors il entendait un bruit
terrible de chaînes, et, la porte glissant sur ses gonds, il se
trouvait dans un lieu faiblement éclairé, en présence d’un
tribunal composé de trois prêtres ; leur robe blanche
d’initié était couverte d’une large tunique d’un rouge de
sang. Celui du milieu avait la tête couverte d’une mitre
sur laquelle était gravé en pierreries un œil rayonnant,
image de l’œil de Dieu qui voit tout. Une chaîne d’or ornait
son cou et laissait pendre sur sa poitrine un saphir, sur
lequel se voyait une femme nue se contemplant dans un
miroir : cette femme, c’est l’âme prenant connaissance
d’elle-même dans le miroir de la Vérité ; c’est la conscience. Ces trois prêtres, dont la Fable a fait les trois juges
des enfers, Minos, Éaque et Rhadamante, ordonnaient à
l’aspirant de confesser les fautes de sa vie. L’aspirant
devait déclarer, non seulement les actions coupables qu’il
avait commises, mais les circonstances dans lesquelles il
les avait commises, enfin, terminer par un exposé exact
de ses bonnes ou mauvaises inclinations. Quand il avait
terminé sa confession, les prêtres le faisaient conduire dans
une salle d’attente et examinaient si ses aveux coïncidaient
avec les renseignements recueillis à l’avance et confirmés
par la configuration phrénologique de son crâne, l’air de
son visage, le jeu de sa physionomie. Quand les juges,
dont l’œil sondait les replis les plus intimes de sa conscience, avaient reconnu sa franchise, ils l'admettaient au
bienfait de leur initiation ; mais, avant de le faire passer
par ses formidables épreuves, on lui présentait une coupe
contenant le breuvage de l'oubli, dont les poètes ont fait
le fleuve Létlié. Après qu’il avait bu cette première coupe,
on lui en présentait une seconde, contenant le breuvage
delà mémoire, pour lui apprendre qu’il fallait oublier les
erreurs de co monde et ne se souvenir que des vérités
auxquelles il allait être initié. Les bords de la coupe
d’oubli étaient frottés de miel, mais le \in qu'elle contenait avait l’amertume du fiel, tandis que les bords de la
coupe de mémoire étaient enduits de fiel, mais contenait
un nectar exquis, symbole profond et éternellement vrai.
Aujourd’hui encore, le monde nous présente à notre entrée
la coupe des voluptés au fond de laquelle sont les maladies
et la mort. La religion nous présente le calice d’amertume
du Dieu martyr, au fond duquel se trouvent la force, la
santé, le bonheur. L’ expiation contenait deux parties : la
contrition du corps et l’ascension de l’àme. Avant de conduire l’aspirant dans la salle des tortures, les prêtres le
prévenaient qu’il lui était permis de poursuivre sa route
vers la lumière, mais qu’avant d’y parvenir, il lui restait
de terribles souffrances à endurer. Les supplices de l’expiation consistaient à remplir des tonneaux percés, à rouler
un cylindre de pierre au haut d’une espèce de colline
placée en t ravers, à l’extrémité orientale du lieu des tourments, surnommé Champ des larmes. Ces tortures, qui
étaient aussi pénibles que stériles, lui enseignaient qu’il
ne faut jamais déshonorer la majesté d’un travail utile,
en l'infligeant comme punition. Suivant la tradition, le
péché avait été la révolte de la raison orgueilleuse contre
Dieu; on la combattait par l’humilité , en la soumettant à
un travail aussi déraisonnable, en apparence, qu’inutile
en réalité. Sa raison terrassée, restait le corps à broyer,
en mortifiant la chair par un long jeûne et une héroïque
chasteté. La sagesse des hiérophantes, pour souffler en
ses veines la flamme phosphorescente de l’amour, le livrait
sans vêtements à des femmes armées de verges, qui, en flagellant sa chair, faisaient rapidement circuler son sang
bouillonnant de tous les feux de la plus ardente passion.
Car, pour arriver à l’héroïsme, il faut avoir surmonté les
terribles tentations de la chair révoltée, qui se débattait
avec des rugissements farouches sous la main qui les
châtiait avec une cruelle furie. Les poètes ont donné à ces
femmes furieuses, qui mettaient le corps de l’aspirant en
sang, le nom d’Euménides , mot qui veut tlire bienveillantes .
Les pédants de collège n’y voient qu’une antithèse, nous y
voyons une appellation d’une profonde justesse, car, dans
ce châtiment infâme, qui faisait, pour ainsi dire, voltiger
la chair en lambeaux sanglants, nous apercevons la renaissance de l’âme et sa souveraineté sur les sens surexcités,
mais matés. Plusieurs ordres ont emprunté aux mystères
d’Isis la flagellation. De nos jours, elle est restée en usage
chez les Pères de saint Dominique, appelés plus ordinairement Frères prêcheurs, et l’on cite plusieurs d’entre
eux, qui se font donner la discipline sanglante au moins
une fois chaque semaine.
La renaissance spirituelle de l’aspirant commençait par
le chant d’hymnes religieux et le son d’instruments à
cordes qui, en vertu de la loi de l’harmonie, communiquaient sympathiquement leur vibration à la lyre intérieure
de son cœur. A cet appel mélodieux, l’âme endormie se
réveillait et, pour la première fois, se sentait vivante.
Après l’enchantement spirituel de l’aspirant, venait son
édification, dont l’étymologie latine veut dire : faire un
temple ; et qui avait pour but de concentrer en famé, par
un recueillement intérieur, l’esprit de lumière et de vie qui
surabondait en lui, par suite du régime de mortification
que lui imposaient les hiérophantes. L’aspirant, de la
sorte, au lieu de verser sa vie dans la jouissance enivrante
d’une volupté bestiale, l'arrachait courageusement de sa
chair et la portait en son âme, pour en faire un sanctuaire
digne d’être le tabernacle de l’esprit de Dieu. Le troisième
terme de l’ascension de l’àme était la fixation, pour que
l’esprit de Dieu, qui souffle où il veut, daignât résider en
lui et y rester; de même que le feu sacré était confié à des
vierges romaines, du nom de Vestales, chargées, sous
peine de mort, de l’entretenir éternellement, ce feu vivant
était entretenu par trois Vertus : la Foi, l’Espérance et la
Charité, qui lui faisaient trouver Dieu dans tous les membres de l’humanité souffrante. Jour et nuit, la prière, en
élevant l’àme vers la divinité, la faisait converser avec elle
et la mettait en état d’être ici-bas l’intermédiaire entre
Dieu et sa créature.
Quand le corps de l’aspirant avait été mortifié par une
contrition expiatoire et son âme vivifiée par l’esprit saint,
des prêtres le conduisaient dans un lieu de délices appelé
Elysée; c’était un jardin de quatre lieues de longueur, sur
deux de large ; on entrait par des chemins plantés d’arbustes
odoriférants ; là, régnait un air tiède et parfumé qui
mêlait aux fleurs du printemps les fruits de l’automne; suides gazons fins étoilés de fleurs, paraissaient des génisses
blanches, destinées aux sacrifices ; des jeunes filles et des
jeunes garçons s’y exerçaient dans une lutte pleine de
grâce, propre à déployer leurs membres charmants dans
— 58
d’attrayantes proportions ; ce qui achevait dechangerce lieu
en un paradis de séduisante volupté, c’étaient des corbeilles artistement arrangées, qui présentaient d’elles-mêmes
à l’aspirant mourant de faim leurs fruits savoureux; des
coupes d’or, qui, remplies d’un vin exquis, tentaient sa soif:
enfin, des bosquets retirés, où des femmes vêtues d’une
gaze légère, à demi couchées sur des lits de pourpre, l’appelaient près d’elles, par leur regard amoureux, leur doux
sourire et la pose alanguie de leur corps voluptueusement
modelé; la tentation, comme un serpent de feu, s’insinuait
dans tous ses sens, et s’efforçait en ce moment dernier
de remporter la victoire, car, s’il succombait, le fruit de
tous ses travaux antérieurs était perdu ; il restait pour jamais
enfermé dans les pyramides, où il pouvait devenir un
officier de second ordre; si au contraire il sortait victorieux de cette dernière épreuve dont la fable a fait le
supplice de Tantale, on proclamait dans foute la ville qu’un
initié était sorti triomphant des épreuves de l’initiation.
Entré par la fenêtre du nord, il en sortait le jour de sa
manifestation triomphale, par la grande porte du midi,
précédé d’une longue procession de prêtres revêtus d'ornements magnifiques, et portant en leur main différents
symboles figuratifs de la religion égyptienne. Le grand
prêtre, habillé en soleil, donnait la main à l’initié vêtu de
blanc, le front ceint d’une couronne de myrte, et portant
à la main la palme de la victoire; il était suivi d’un char
de triomphe dans lequel il ne montait jamais, pour montrer qu’il dédaignait les honneurs de ce monde. C’était
une fête pour la ville de Memphis; de toutes les fenêtres,
on l’accablait de fleurs, on répétait son nom avec acclamation; le roi venait sur son balcon, accompagné de sa
cour, pour le complimenter; de retour dans le temple, il
faisait ses adieux aux prêtres qui l’avaient initié, et souvent dès le lendemain, il retournait dans son pays. Nous
avons vu l’initié descendre dans le puits de la pyramide
pour y chercher la vérité. Après l’avoir reçue, il la revoilait par des mythes et des symboles; de là le nom de
révélateur qu’on lui donnait, dont la racine étymologique
veut dire voiler à nouveau.
Il était fort rare que l’initié d’Osiris, avant de retourner
en son pays, n 'allât pas en Perse et dans l’Inde, pour
étudier la haute sagesse des brahmanes et des mages. Son
titre d’initié le dispensait des épreuves physiques et des
pratiques de contrition expiatoire; faisons comme lui,
entrons d’abord dans le temple de Mithra.
Après avoir triomphé des épreuves physiques, l’aspirant
aux mystères de Mithra avait sept grades ou degrés à franchir pour être mage ; les épreuves terminées, on le conduisait dans un antre qui représentait le monde; le plafond était arrondi en dôme peint en couleur azur, pour
simuler la voûte du firmament; les astres étaient figurés
par des étoiles ciselées en or; là, on le plongeait dans
feau pour l’y purifier, puis un prêtre lui soufflait sur le
front comme pour lui inspirer l’esprit de lumière en prononçant ces mots : « Que l’esprit de Dieu soit avec vous, et
qu’il y réside comme dans un temple. » On lui plaçait sur
le cœur la pointe d’une épée nue et une couronne était
déposée sur sa tête, il devait la rejeter en disant: « C’est
Mithra qui est ma couronne. » Cette cérémonie est d’un
très profond enseignement en nous montrant que tout
homme qui aspirera à posséder la lumière de la vérité ne
doit pas craindre la mort et rejeter les richesses et les
honneurs de ce monde, comme sur la montagne, le Christ
les rejeta quand Satan les lui offrit.
L’aspirant était alors déclaré soldat de Mithra, premier
grade des mystères; le second était celui de lion, le troi-
— 60 —
sième celui de prêtre, le quatrième de Perse, le cinquième
celui de Brominos, le sixième d’Élios, le septième celui
de mage. C’étaient donc des initiés du septième grade,
que ces hommes experts dans la connaissance du divin
qui quittèrent leur sanctuaire, pour venir se prosterner
devant un petit enfant couché dans une crèche, parce
qu’ils avaient vu son astre et avaient reconnu que c’était
l’astre du fils de Dieu. Cette démarche démontre à tout
esprit supérieur que Dieu a voulu qu’au berceau de son
fils, se rencontrassent les deux manières de connaître
l’avenir, les bergers par les anges et l’esprit de lumière
par les mages.
Comme Melchisédech, les mages offraient à Dieu, en
sacrifice, le pain et le vin, le priant de l’avoir pour agréable et de le bénir. Puis après, se passant de lèvres en
lèvres cette coupe remplie de vin, ils disaient ces sublimes
paroles : « Buvez et donnez à boire à ceux qui ont soif »,
puis ils se passaient ensuite le pain en disant : « Mangez
et donnez à manger à ceux qui ont faim ». Nous trouvons
dans les musées d’antiquité orientale un bas-relief intitulé
torobole. On y voit un jeune guerrier sortant d’une grotte,
le front coiffé d’un bonnet phrygien qui, les traits inspirés
d’un sublime courage, terrasse un taureau et plonge un
couteau en son cœur saignant. Devant lui se trouve un
homme portant une torche ardente élevée. Voilà le sens
sacré de cette sculpture magique; il représente par le
jeune homme au bonnet phrygien, l’initié, quittant le
monde des ténèbres, symbolisé par la grotte, tuant en lui,
par la mortification, la chair, figurée par le taureau, pour
arriver à la lumière supra intelligente, qui est tenue devant
lui sous la forme d’une torche allumée.
L’initié d’Osiris, après avoir étudié cette haute sagesse
des mages, que nous avons été heureux de faire connaître
— 61 —
à nos lecteurs, se rendait chez les brahmanes de l’Inde,
pour y assister à leurs prodiges, .qui ont une grande
analogie avec les phénomènes du somnambulisme et les
merveilles du médianimisme moderne. Accompagnons
chez eux Apollonius de Tyane. Philostrate, qui a écrit la
vie d’Apollonius, rapporte que lorsqu’il se présenta chez
les brahmanes, larchas, leur chef, dès qu'il vit Apollonius,
lui demanda la lettre du roi de l’Inde. Comme Apollonius
s’étonnait de la prescience d’Iarchas, celui-ci ajouta: « Il y
a dans cette lettre une omission qui a échappé au roi, il y
manque un D », et cela se trouva vrai. Aujourd’hui, ce genre
de vue à travers les corps opaques se nomme lucidité.
Puis il vit. ces hommes prodigieux s’élever dans l’air à
la hauteur de deux coudées et y planer.
Cette élévation de terre, très habituelle à certains
médiums, se nomme aujourd’hui lévitation.
Enfin, il vil des tables et des sièges marcher tout seuls.
Mais ce qui l’émerveilla davantage, fut un démon chassé
par larchas, un boiteux, un aveugle et un sourd-muet,
guéris rien que par l’attouchement de ce brahmane, qui
possédait non seulement la science du vrai , comme nous
l’avons constaté par ses opinions philosophiques, mais,
de plus, avait le don d’opérer des guérisons miraculeuses ;
car cette science, comme nous le prouverons, non seulement vous soustrait à la maladie, mais vous donne le pouvoir de guérir les autres.
Antiquité des mystères.
Quelle était donc l’antiquité de ces mystères?
Quelle était leur origine?
On les retrouve à la base de toutes les grandes civilisations antiques, à quelque race qu’elles appartiennent. Pour
l’Egypte seule, dont l’initiation a formé les plus grands
hommes hébreux, grecs et romains, nous pouvons remonter à plus de dix mille ans, ce qui montre assez combien
sont fausses les chronologies classiques.
Voici les preuves de cette assertion :
« S’agit-il de l’Egypte1 ?
« Platon, initié à ses mystères, a beau nous dire que
dix mille ans avant Mènes a existé une civilisation complète, dont il a eu les preuves sous les yeux ;
« Hérodote a beau nous affirmer le même fait tout en
ajoutant, lorsqu'il s’agit d’Osiris (Dieu de l’ancienne Synthèse et de l'ancienne Alliance Universelle), que des serments scellent ses lèvres et qu’il tremble de dire mot ;
« Diodore a beau nous certifier qu’il tient des prêtres
d’Égypte que, bien avant Ménès, ils ont les preuves d’un
étal social complet, ayant duré jusqu’à Horus dix-huit
mille ans.
« Manéthon, prêtre égyptien, a beau nous tracer, rien
qu’à partir du seul Ménès, une chronologie consciencieuse nous reportant six mille huit cent quatre-vingt-trois
ans en arrière de la présente année ;
« Il a beau nous prévenir qu’avant ce souverain vice-roi
indien plusieurs cycles immenses de civilisation s’étaient
succédé sur la terre et en Égypte même ;
a Tous ces augustes témoignages, auxquels on peut
ajouter ceux de Bérose et de toutes les bibliothèques de
l’Inde, du Thibet et de la Chine, sont nuis et non avenus
pour le déplorable esprit de sectarisme et d’obscurantisme qui prend le masque de la Théologie. »
1. Saint-Yves d’Alveydre, Mission des Juifs, p. 9a.
— 63
Science antique et Science moderne. — La Science occulte.
Arrivés en cel endroil de nos recherches, jetons un
coup d’œil d’ensemble sur les points que nous avons abordés, et voyons les conclusions auxquelles ils nous est permis de nous arrêter.
Nous avons d’abord déterminé l’existence dans l’antiquité d’une science aussi puissante dans ses effets que la
nôtre, et nous avons montré que l’ignorance des modernes
à son égard provenait de la nonchalance avec laquelle ils
abordaient l’étude des anciens.
1° La science existait (Scient ia).
Nous avons ensuite vu que cette science était enfermée
dans les temples, centres de haute instruction et de civilisation.
Enfin nous avons pu savoir que personne n’était exclu de
celte initiation dont l’origine se perdait dans la nuit des
cycles primitifs.
2° La Science était cachée (Scient ia occulta).
Trois genres d’épreuves étaient placées au début de
toute instruction : des épreuves physiques, des épreuves
morales et des épreuves intellectuelles. Jamblique, Porphyre et Apulée parmi les anciens, Lenoir1 2, Christian J,
Delaage3 parmi les modernes, décrivent tout au long ces
épreuves sur lesquelles je crois inutile d’insister davantage. Notons simplement que des serments terribles empêchaient les initiés de révélerai! dehors ce qu’ils savaient
autrement que par des symboles. Jésus se conforme à
cette règle quand il parle aux profanes par paraboles qu’il
1. La Franc Maçonnerie rendue à sa véritable origine (1814).
2. Histoire de la Magie (1863).
3. La Science du Vrai (Dentu, 1884).
— G4 —
explique ensuite à ses élèves dans le sermon sur la montagne, et dont il révèle le troisième sens tout à fait secret
seulement à l’un d'eux, son disciple favori saint Jean, l’auteur de Y Apocalypse.
Cette méthode nous montre qu’un des caractères de la
Science d’alors était de cacher les enseignements, de les
voiler.
3° La Science cachait aux profanes ses enseignements
[Scientia occultans).
Enfin :
4° C’était avant tout la Science du caché ( Scientia occultati ), ainsi que nous allons le voir.
Une étude même superficielle des écrits scientifiques que
nous ont laissés les anciens permet de constater que si
leurs connaissances atteignaient la production des mêmes
effets que les nôtres, elles en différaient cependant beaucoup quant à la méthode et à la théorie.
Pour savoir ce qu’on apprenait dans les temples, il
nous faut chercher les restes de ces enseignements dans
les matériaux que nous possédons et qui nous ont été en
grande partie conservés par les alchimistes. Nous ne nous
inquiéterons pas de l’origine plus ou moins apocryphe
(d’après les savants modernes) de ces écrits. Us existent et
cela doit nous suffire. Si nous parvenons à découvrir une
méthode qui explique le langage symbolique des alchimistes et en même temps les histoires symboliques
anciennes de la conquête de la Toison d’Or, de la Guerre
de Troie, du Sphinx, nous pourrons sans crainte affirmer
que nous tenons un morceau de la science antique.
Voyons tout d’abord la façon dont les modernes traitent
un phénomène naturel pour mieux connaître par opposition la méthode antique.
— G5 —
Que diriez-vous d’un homme qui vous décrirait un livre
ainsi :
« Le livre que vous m’avez donné à étudier est placé sur
« la cheminée à deux mètres quarante-neuf centimètres
« de la table où je suis, il pèse trois cent quarante-cinq
« grammes huit décigrammes, il est formé de cent qua-
« rante-deux petites feuilles de papier sur lesquelles
« existent cent dix-huit mille deux cent quatre-vingts ca-
« raclères d’imprimerie, qui ont usé quatre-vingt-dix
« grammes d’encre noire. »
Voilà la description expérimentale du phénomène.
Si cet exemple vous choque, ouvrez les livres de science
moderne et voyez s’ils ne répondent pas exactement comme
méthode à la description du Soleil ou de Saturne par l'astronome qui décrit la place, le poids, le volume et la densité des astres, ou à la description du spectre solaire par
le physicien qui compte le nombre des raies !
Ce qui vous intéresse dans le livre ce n’est pas le côté
matériel, physique, mais bien ce que l’auteur a voulu
exprimer par ces signes, ce qu’il y a de caché sous leur
forme, le côté métaphysique pour ainsi dire.
Cet exemple suffît à montrer la différence entre les
méthodes anciennes et les méthodes modernes. Les premières, dans l’élude du phénomène, s’occupent toujours
du côté général de la question, les aulres restent a priori
cantonnées dans le domaine du fait.
Pour montrer que tel est bien l’esprit de la méthode
antique, je rapporte un passage très significatif de Fabre
d'Olivet sur les deux façons d’écrire l’histoire 1 .
1. Je fais mes excuses au lecteur pour les citations dont je surcharge
ce traité; mais je suis obligé de m’appuyer à chaque pas sur des bases
solides. Ce que j’avance parait si improbable à beaucoup, et j’ignore
pourquoi, que le nombre de preuves servira à peine à combattre une incrédulité de parti pris.
— 06 —
« Car il faut bien se souvenir que l’histoire allégorique
de ces temps écoulés, écrite dans un autre esprit que l’histoire positive qui lui a succédé, ne lui ressemblait en
aucune manière et que c’est pour les avoir confondues
qu’on est tombé dans de si graves erreurs. C’est une
observation très importante que je fais ici de nouveau.
Cette histoire, confiée à la mémoire des hommes, ou
conservée parmi les archives sacerdotales des temples en
morceaux détachés de poésie, ne considérait les choses
que du côté moral, ne s’occupait jamais des individus, et
voyait agir les masses; c’est-à-dire les peuples, les corporations, les sectes, les doctrines, les arts même et les
sciences, comme autant d’êtres particuliers qu’elle désignait par un nom générique.
« Ce n’est pas, sans doute, que ces masses ne pussent
avoir un chef qui en dirigeait les mouvements. Mais ce
chef, regardé comme l’instrument d’un esprit quelconque,
était négligé par l’histoire qui ne s’attachait jamais qu’à l’esprit. Un chef succédait à un autre chef, sans que l’histoire
allégorique en fît la moindre mention. Les aventures de
tous étaient accumulées sur la tête d’un seul. C’était la
chose morale dont on examinait la marche, dont on décrivait la naissance, les progrès ou la chute. La succession
des choses remplaçait celle des individus. L’histoire
positive, qui est devenue la nôtre, suit une méthode
entièrement différente, les individus sont tout pour elle :
elle note avec une exactitude scrupuleuse les dates, les
faits que l’autre dédaignait. Les modernes se moqueraient
de cette manière allégorique des anciens, s’ils la croyaient
possible, comme je suis persuadé que les anciens se
seraient moqués de la méthode des modernes, s’ils
avaient pu en entrevoir la possibilité dans l’avenir.
Comment approuverait-on ce qu’on ne connaît pas? On
67 —
n’approuve que ce qu’on aime; on doit toujours connaître
tout ce qu’on doit aimer1. »
Reprenons maintenant ce livre imprimé qui nous a servi
à établir notre première comparaison en notant bien qu’il
y a deux façons de le considérer :
Par ce que nous voyons, les caractères, le papier,
l’encre, c’est-à-dire par les signes matériels qui ne sont
que la représentation de quelque chose de plus élevé, et
par ce quelque chose que nous ne pouvons pas voir physiquement : les idées de l’auteur.
Ce que nous voyons manifeste ce que nous ne voyons
pas.
Le visible est la manifestation de l' Invisible. Ce principe,
vrai pour ce phénomène particulier, l’est aussi pour tous
les autres de la nature, comme nous le verrons par la
suite.
Nous voyons encore plus clairement la différence fondamentale entre la science des anciens et la science des
modernes.
La première s'occupe du visible uniquement pour
découvrir l’invisible qu’il représente.
La seconde s’occupe du phénomène pour lui-même
sans s’inquiéter de ses rapports métaphysiques.
La science des anciens, c’est la science du caché, de
l’ésotérique.
La science des modernes, c’est la science du visible,
de l’exotérique.
Rapprochons de ces données l’obscurité voulue dont
les anciens ont couvert leurs symboles scientifiques et
1. Fabre d’Olivet, Vers dorés de Pythagore, p. 26 et 27.
— 68 —
\
nous pourrons établir une définition acceptable de la
science de l’antiquité qui est :
La science cachée — Scientia occulta.
La science du caché — Scientia occultati.
La science qui cache
ce qu’elle a découvert — Scientia occultans.
Telle est la triple définition de la :
SCIENCE OCCULTE.
Char magnétiquejies Chinois (Voy. p. 31).
CHAPITRE II
LA MÉTHODE DE LA SCIENCE OCCULTE
ET SES APPLICATIONS
§ 1. — LA MÉTHODE DE LA SCIENCE OCCULTE
L’ANALOGIE
LA MÉTHODE DANS LA SCIENCE ANTIQUE. — l’àNALOGIE. —
LES TROIS MONDES. — LE TERNAIRE. — LES OPÉRATIONS
THÉOSOP1IIQUES. — LES LOIS CYCLIQUES.
Après avoir déterminé l'existence dans l’antiquité d’une
science réelle, son mode de transmission, les sujets généraux sur lesquels elle portait de préférence son étude,
essayons de pousser notre analyse plus avant en déterminant les méthodes employées dans la Science antique que
nous avons vue être la Science occulte [Scientia occulta).
Le but poursuivi était, comme nous le savons, la détermination de l’invisible par le visible, du noumène par le
phénomène, de l'idée par la forme.
La première question qu’il nous faut résoudre, c’est de
savoir si ce rapport de l’invisible au visible existe vraiment
et si cette idée n’est pas l'expression d'un pur mysticisme.
— 70 —
Je crois avoir assez fait sentir par l’exemple du livre,
énoncé précédemment, ce qu’était une étude du visible,
du phénomène, comparée à une étude de l’invisible, du
noumène.
Comment pouvons-nous savoir ce que hauteur a voulu
dire en voyant les signes dont il s’est servi pour exprimer
ses idées?
Parce que nous savons qu’il existe un rapport constant
entre le signe et l’idée qu’il représente, c’est-à-dire entre
le visible et l’invisible.
De même que nous pouvons, en voyant le signe, déduire
sur-le-champ l'idée, de même nous pouvons en voyant le
visible en déduire immédiatement l'invisible.' Mais pour
découvrir l’idée cachée dans le caractère d’imprimerie, il
nous a fallu apprendre à lire, c’est-à-dire employer une
méthode spéciale. Pour découvrir l’invisible, l’occulte
d’un phénomène, il faut apprendre aussi à lire par une
méthode spéciale.
La méthode principale de la Science occulte c’est l’Analogie. Par l’analogie on détermine les rapports qui existent
entre les phénomènes.
L’ANALOGIE
Deux méthodes préférées guident actuellement la plupart des chercheurs qui passent alternativement des excès
de l’une aux excentricités de l’autre : V induction et la
déduction.
L’induction part des faits pour remonter à des lois
tirées du groupement d’un certain nombre de ces faits.
C’est la méthode essentiellement scientifique, méthode
toujours préférée des écoles teintées de matérialisme.
La déduction, au contraire, part d’axiomes considérés
71
comme des lois, axiomes qu’on applique ensuite en groupant les faits suivant leur concordance avec ces affirmations. C’est la méthode essentiellement religieuse, toujours préférée des écoles teintées de métaphysique.
Or de même que le caractère fondamental de la Science
occulte est la découverte du lien qui réunit la Science et
la Foi, de même la méthode de l'occultisme participe des
deux précédentes et ne peut se passer du concours d’aucune d’entre elles.
Edgar Poë montre avec son génie ordinaire comment
il est nécessaire d’admettre une source de raisonnements
autre que l’induction ou la déduction. (Voyez Eurêka.)
L’analogie peut indifféremment partir du tait ou de
l’axiome.
Si elle part du fait elle doit découvrir de suite en lui
une loi assez générale pour constituer une formule synthétique applicable à tous les faits possibles. Le fait doit
lui fournir immédiatement l’axiome.
Si elle part de l’axiome au contraire elle doit déterminer une loi telle qu’elle s’applique de suite à un fait quelconque pris au hasard.
Celte idée revient à dire que la Nature est construite
d’après un type primitif qu’on trouvera répété, sinon
dans sa forme du moins dans son essence, partout. De là
la formule des alchimistes énonçant l’analogie : =v 73 zav.
(Tout est dans tout.)
Un exemple ou deux vont éclairer tout cela. La Marche
du Soleil. — Certains auteurs ont cru découvrir le clef de
toute la mythologie antique dans la Marche du Soleil et
ses diverses phases. Si l’on veut bien prendre garde à ce
que nous allons développer on verra de suite l’erreur capitale des partisans de la théorie du « Mythe Solaire », qui
ont confondu une loi générale avec un fait particulier.
72
Le Soleil considéré vulgairement par un profane comme
tournant autour de la Terre subit des alternatives de chaleur ou de froid sous l’influence desquelles naissent les
saisons.
Au Printemps la Nature semble naître à nouveau sous
l’influence des baisers de l’Astre du Jour. En Eté l’ardeur
productrice est à son maximum en Automne arrive l’époque
des récoltes, l'époque de calme général; enfin en Hiver
tout semble mort à jamais. Le Soleil est froid et n’a plus
d’action bienfaisante.
Telle est en quelques lignes la description générale du
phénomène. Cette Marche de Soleil est une manifestation
de la Loi générale d’évolution et nous allons voir comment
les mythologues auraient pu prendre à la place de ce fait
n’importe quel autre reproduisant analogiquement la même
loi.
Résumons les faits qui se présentent à nous pendant
les saisons :
1. Naissance du Soleil
(Sa croissance)
2. Puissance du Soleil
(Maximum d’effet)
3. Décroissance de force du Soleil
4. Cessation des effets bienfaisants du
Soleil. — (Mort apparente)
5. Retour du printemps, etc.
Le Printemps
L’Été
L’Automne
L’Hiver
On peut donc figurer les saisons par un cercle ainsi.
73 —
La première moitié du cercle indique la période de
croissance, la seconde moitié la période de décroissance.
La théorie du Mythe solaire serait vraie si cette loi
ne s’appliquait qu’au soleil.
Mais faut-il méditer bien longtemps pour voir qu’elle
s’applique aussi exactement à la vie humaine?
L'enfance c’est le printemps, la jeunesse l’été, l'üge mûr
l’automne et la vieillesse l’hiver.
II ne s'agit pas ici d’une comparaison poétique, il s’agit
d’une loi vraie, la loi d’évolution dont nous trouverons
l’application partout.
Le même cercle peut figurer cette évolution en changeant les noms.
On peut appliquer à cette loi une foule d'autres faits.
Signalons en passant l'évolution d'un jour qui reproduit
ces phases comme toutes les évolutions possibles dans ses
quatre périodes.
On peut de même considérer sous le même aspect l'évolution du mois en quatre phases lunaires, le matin cor-
— 74 —
respondant au premier quartier , le midi à la pleine
lune , le soir au dernier quartier et la nuit à la nouvelle
lune.
Partout nous verrons une période de croissance et une
période de décroissance, telle est la formule véritable de
la loi d’évolution applicable au « Progrès » comme à tout
le reste.
En considérant la Marche du Soleil nous pouvons
donc découvrir la loi d’évolution générale applicable à
tout.
Mais cette loi nous pouvons aussi bien la découvrir en
considérant la Vie humaine ou bien la Marche de la Lune
pour formerle mois ou bien la Marche de la Terre pour former le jour.
Cette loi générale nous pouvons aussi bien la tirer d’un
fait que d’un autre, et bien plus un seul des faits suffit à
nous la donner.
Mais il serait ridicule de prétendre qu’un de ces faits a
plus d’importance que les autres, puis cette loi « la Marche du Soleil» n’estpas davantage la clef de la mythologie
que la Marche de la Lune ou celle de la Terre. — La clef
véritable ce n’est pas, encore une fois, un fait, c’estuneloi
et c’est cette loi dévolution que les anciens ont symbolisée
dans tous ses détails en leur merveilleuse et savante
mythologie.
L’année, la vie humaine, le jour, le mois sont donc
analogues, suivant tous une même loi. Il ne viendra à l’idée
de personne qu’ils sont « semblables », erreur dont il faut
bien se garder en appliquant l’analogie.
Dans chaque fait quelque minime qu’il soit, il y a donc
une loi générale cachée comme en chaque homme il y a
Dieu d’après les maîtres mystiques. Mais pour trouver
cette loi générale il ne faut pas s’arrêter à des constata-
— 75 —
lions de détail, ainsi que nous le montre la figure suivante.
Les faits A, 15 , G, D, situés à la base du triangle, ne présentent aucune similitude entre eux. Si l’on s’arrête aux
lois secondaires situées au milieu du triangle on ne pourra
non plus les réunir, mais si l’on monte jusqu’au sommet
on' verra que là tous viennent converger, tous sont unis en
un point. Ce point d’union de tous les faits c’est lu loi générale, l'unité qui est dans/c tout (év to racv).
Prenons comme exemple deux faits bien opposés, la
marche d’un coucou et la circulation du sang dans
l’homme. Nous allons chercher la loi qui les identifie, qui
démontre leur analogie.
Nous choisissons le coucou comme instrument de mécanique très simple pour ne pas prendre comme exemple
la machine à vapeur ou toute autre de description plus
compliquée.
Le coucou se compose d’une roue garnie de dents dans
lesquelles passe une chaîne. Au bout de cette chaîne est
un poids qui fournit la force nécessaire à la marche,
l’échappement de la chaîne est de plus réglé par un balancier rattaché à un pendule .
Comment peut-on généraliser ce fait? |
— 76 —
En montrant que les principes en action sont :
1° Quelque chose qui reçoit de la force : la roue dentée ;
2° Quelque chose qui condense et distribue celte force :
le balancier et le pendule.
Nous avons donc dans le coucou :
Une force ;
Un centre récepteur ;
Un centre condensateur et distributeur.
Pourquoi le pendule est-il un condensateur?
Pai ■ce qu’on peut enlever subitement le poids, c'est-àdire enlever la force sans que le pendule s’arrête tout à
coup. U continue à marcher sous l’influence de la force
qu’il a emmagasinée.
Dans l’autre phénomène, dans la circulation du sang,
que voyons-nous?
Une force amenée par l’air: l’oxygène.
Un centre dans lequel se fait l’apport de cette force :1e
poumon.
Un autre centre dans lequel va s’emmagasiner la force
pour être ensuite distribuée : le cœur ‘.
En résumé nous trouvons :
1° Quelque chose qui reçoit la force : le poumon.
2° Quelque chose qui condense et distribue : le cœur.
La roue dentée du coucou joue donc le même rôle que
le poumon vis-à-vis de l’homme tandis que le balancier et
le pendule jouent le même rôle que le cœur.
Qu’arrive-t-il si vous arrêtez net votre respiration?
Ce qui arrivait quand vous avez enlevé le poids du coucou. Le cœur continue à battre comme le balancier continuait à marcher.
1. Voir pour développement et justification de tout cela : Louis Lucas,
Médecine Nouvelle, Paris, 1863, in-8°, et Gérard Encausse, Essai de Physiologie synthétique. Paris, 1890, in-18.
— 77
Qu’arrive-t-il au contraire quand vous respirez plus vite ,
quand vous faites entrer plus d'air dans vos poumons sous
l’influence d’une montée rapide, d’une course ou de toute
autre excitation?
Ce qui arrivait quand vous augmentez la force du poids
du coucou: le balancier battait beaucoup plus fort, de
même le cœur bat plus fort aussi.
Quand on veut appliquer l’analogie on ne sait où s’arrêter. En effet dans la machine à vapeur (que nous aurions
pu prendre comme exemple) le piston est le récepteur et
le volant , le condensateur. Quand on arrête le piston, le
volant continueàtourner sous l’influence de la force emmagasinée comme le balancier continue à marcher quand on
enlève le poids et comme le cœur continue à battre quand
la respiration s'arrête.
Nous avons pris ces exemples d’analogie en apparence
étranges pour bien insister sur ce point : l'analogie n'est
pas la similitude.
Suivant une heureuse expression de Louis Lucas dans
le Roman alchimique , Dieu a fait l’homme à son image et
pourtant Dieu n’est pas un animal vertébré.
Rappelons, en terminant cet exposé, que Goethe a défendu
cette idée de l’unité du type de composition de l'être
humain en considérant la vertèbre comme point de départ
de cette unité. Depuis, nombred’auteurs ont soutenu l’existence des vertèbres céphaliques1. Foltz et le docteur
Adrien Peladan 2 ont fait à ce sujet des découvertes fort
curieuses.
Rappelons aussi que la théorie cellulaire de Virchow est
une autre manière de considérer synthétiquement les êtres
organisés.
1. Bertrand, Anatomie philosophique.
2. Anatomie homologique.
78 —
Enfin à ceux qui ne verraient dans l’analogie qu’une méthode purement poétique je ferai remarquer que tous les
travaux des embryologistes modernes, étudiant le développement des organismes inférieurs pour en déduire celui de
l’embryon humain, sont tout simplement un superbe
exemple d’application scientifique de la méthode de la
Science occulte: l’analogie.
La méthode analogique n’est donc ni la déduction, ni
l’induction ; c’est l’usage de la clarté qui résulte de l’union
de ces deux méthodes.
Si vous voulez connaître un monument, deux moyens
vous sont fournis :
1° Tourner ou plutôt ramper1 autour du monument en
étudiant ses moindres détails. Vous connaîtrez ainsi la
composition de ses plus petites parties, les rapports qu’elles
affectent entre elles, etc., etc. ; mais vous n’aurez aucune
idée de l’ensemble de l’édifice. Telest l’usage del’induction;
2° Monter sur une hauteur et regarder votre monument
le mieux qu’il vous sera possible. Vous aurez ainsi une
idée générale de son ensemble ; mais sans la moindre idée
de détail.
Tel est l’usage de la méthode de déduction.
Le défaut de ces deux méthodes saute aux yeux sans
qu’il soit besoin de nombreux commentaires. À chacune
d’elles il manque ce que possède l’autre : réunissez-les et
la vérité se produira, éclatante ; étudiez les détails puis
montez sur la hauteur et recommencez tant qu’il le faudra,
vous connaîtrez parfaitement votre édifice; unissez la méthode du physicien à celle du métaphysicien et vous
donnerez naissance à la méthode analogique, véritable
expression de la synthèse antique.
1. Voyez Edg. Poe, Eurêka, p. 10 à 29 (Traduction Baudelaire).
'V.'#
— 79 —
Faire de la métaphysique seule comme le théologien,
c’est aussi faux que de faire de la physique seule comme
le physicien; édifiez le noumène sur le phénomène et la
vérité apparaîtra!
« Que conclure de tout cela?
« 11 faut en conclure que le livre de Kant, dans sa partie critique, démontre à tout jamais la^vanité des méthodes
philosophiques en ce qui concerne l’explication des phénomènes de haute physique, et laisse voir la nécessité où
l’on se trouve de faire constamment marcher de front
l' abstraction avec l' observation desphénomènes , condamnant
irrévocablement d’avance tout ce qui resterait dans le
phénoménalisme ou le rationalisme pur '. »
Nous venons de faire un nouveau pas dans l’élude delà
science antique en déterminant l’existence de cette méthode absolument spéciale ; mais cela ne doit pas encore
nous suffire. N’oublions pas en effet que le but que nous
poursuivons estl’explication, quelque rudimentaire qu’elle
soit d’ailleurs, de tous ces symboles et de toutes ces histoires allégoriques réputées si mystérieuses.
§ 2. — LE TERNAIRE. — OPÉRATIONS INCONNUES
SUR LES NOMBRES. — SENS MYSTIQUE DES NOMBRES
TRAVAUX DE WRONSKI ET DE CHARLES HENRY.
LE TERNAIRE. — LES TROIS MONDES
Il suffit de considérer le triangle que nous avons pris
comme exemple à propos de la loi générale pour voir
qu’il existe une certaine gradation entre les faits, les
causes secondes et la cause première.
Un principe ou une cause générale gouverne plusieurs
I. Louis Lucas, Chimie nouvelle.
causes secondes ou lois et un très grand nombre de faits.
Ainsi les causes secondes sont gouvernées par un nombre très restreint de causes premières. L’étude de ces dernières est du reste parfaitement dédaignée par les sciences
contemporaines qui, reléguées dans le domaine des
vérités sensibles , abandonnent aux rêveurs de toute école
et de toute religion leur recherche. Et pourtant c’est là
que réside la Science .
Nous n’avons pas à discuter pour l’instant qui a raison
ou qui a tort, il nous suffit de constater l’existence de cette
triple gradation :
1° Domaine infini des FAITS ;
2° Domaine plus restreint des LOIS ou des causes
secondes ;
3° Domaine plus restreint des PRINCIPES ou des causes
premières.
Résumons tout cela dans une figure *:
Intellectualisme scientifique
Synthétisme scientifique
Élémentarisme scient.
Sens superlatif
Sens comparatif
Sens positif
Celte gradation basée sur le nombre Trois joue un rôle
considérable dans la science antique. C’est sur elle qu’est
en grande partie fondé le domaine de l’analogie. Aussi
devons-nous prêter quelque attention à ses développements.
Ces trois termes se retrouvent dans l’homme, dans le
corps, la vie et la volonté.
t. Tirée de la Mission des Juifs, p. 32.
- 81
Une partie quelconque du corps, un doigt, par exemple,
peut être soustrait à l’influence de la volonté sans qu’
cesse pour cela de vivre (paralysie radiale ou cubitale); il
peut de même être, par la gangrène, soustrait à l’influence
de la vie sans cesser de se mouvoir.
Voilà donc trois domaines distincts : le domaine du
corps; le domaine de la vie exerçant son action au moyen
d’une série de conducteurs spéciaux (le grand sympathique, les nerfs vaso-moteurs) et localisée dans le globule
sanguin ; le domaine de la volonté agissant par des conducteurs spéciaux (nerfs volontaires) et n’ayant pas d’influence sur les organes essentiels à l’entretien de la vie.
Nous pouvons, avant d’aller plus loin, voir l’utilité de
la méthode analogique pour éclairer certains points
obscurs, et voici comment ;
Si une chose quelconque est analogue à une autre,
toutes les parties dont cette chose est composée sont
analogues aux parties correspondantes de l’autre.
Ainsi les anciens avaient établi que l’homme était analogue à l’Univers. Ils appelaient pour cette raison l’homme
microcosme (petit monde) et l’Univers macrocosme (grand
monde). 11 s’ensuit que, pour connaître la circulation de
la vie dans l’Univers, il suffit d’étudier la circulation vitale
chez l’homme ; et réciproquement, pour connaître les
détails de la naissance, de l’accroissement et de la mort
d’un homme, il faut étudier les mêmes phénomènes dans
un monde.
Tout ceci paraîtra bien mystique à quelques-uns, bien
obscur à quelques autres ; aussi je les prie de prendre
patience et de se reporter au chapitre suivant où ils trouveront toutes les explications nécessaires à ce sujet.
L'idée des trois mondes reparaît trop souvent dans les auteurs d’occultisme pour ne point mériter un aperçu spécial.
6
— 82 —
Qu’en tend-on par ces trois mondes? Quels sont-ils?
On désigne sous ce nom de mondes trois plans particuliers, trois états spéciaux d’existence et non pas trois
endroits.
Il y a trois de ces mondes ou états :
1° Le monde physique;
2° Le monde astral;
3° Le monde intellectuel.
Un exemple bien grossier, mais assez suggestif, est
celui de l’eau.
A l’état de glace , alors qu’elle est solide, l’eau représente bien le monde physique.
Augmentez la puissance de la force emprisonnée dans
cette glace en chauffant un peu et vous allez voir Y état
changer. L’eau se liquéfie, ses conditions d'existence changent. Le morceau de glace se tenait tout seul où vous le
placiez et avait une forme à lui, tandis que maintenant -
l’eau liquide a besoin d'un vasè pour la contenir et prend
la forme de ce vase.
Chauffez encore et l’état va changer; l’eau, tout à l’heure
encore visible, va devenir invisible sous forme de vapeur
et va s’élever dans les airs.
Cette image est grossière, mais elle met en garde contre
une erreur qui empêche beaucoup de lecteurs de comprendre la Science occulte : la croyance que les mondes
sont des endroits.
Ainsi à la mort, l’homme passe dans le plan astral,
dans le monde astral.
Cela ne veut pas dire qu’il change pour cela de lieu.
Comme l’eau tout à l’heure, en passant de l’état solide à
l’état liquide, changeait très peu de place, de même
Uliomme, en passant « en astral », change à' état. Ses con-
— 83 —
ditions d’existence varient, voilà tout. Il en sera de même
quand il passera plus tard dans le monde intellectuel.
A ces états particuliers correspondent bien des domaines
délimités; mais ces domaines sont inclus en partie les
uns dans les autres comme nous voyons chez l’homme le
sang, dont le centre se trouve dans la poitrine, circuler
dans tout l’organisme. Il en est de même de la Lymphe
qui correspond au Ventre et de la Force nerveuse correspondant à la Tête. Chacun de ces centres (Ventre, Poitrine, Tête) a bien ses actions propres, mais il subit quand
même l’influence des deux autres.
Voici deux extraits développant quelques-uns des principes dérivant de cette idée des trois mondes :
« Celte application (du nombre 12) à l’Univers n’était
point une invention arbitraire de Pvlhagore, elle était
commune aux Chaldéens, aux Égyptiens, de qui il l’avait
reçue, et aux principaux peuples de la Terre : elle avait
donné lieu à l’institution du zodiaque dont la division en
douze astérismes a été trouvée partout existante de temps
immémorial.
« La distinction des trois mondes et leur développement en un nombre plus ou moins grand de sphères
concentriques, habitées par les Intelligences d’une pureté
différente, étaient également connus avant Pythagore, qui
ne faisait en cela que répandre la doctrine qu’il avait reçue
à Tyr, à Memphis et à Babylone. Cette doctrine était celle
des Indiens.
« Pythagore envisageait l’homme sous trois modifications principales, comme l’Univers; et voilà pourquoi il
donnait à l’homme le nom de microcosme ou de petit
monde.
« Rien de plus commun chez les nations anciennes que
■
— 84 —
(le comparer l’Univers à un grand homme et l’homme à
un petit univers.
« L’Univers considéré comme un grand Tout animé, composé d’intelligence, d’âme et de corps, était appelé Pan
ou Phanès. L’homme ou le microcosme était composé de
môme, mais d’une manière inverse, de corps, d’âme et
d’intelligence ; et chacune de ces trois parties était à son
tour envisagée sous trois modifications, en sorte que le
ternaire, régnant dans le tout, régnait également dans la
moindre de ses subdivisions. Chaque ternaire, depuis celui
qui embrassait l’immensité jusqu’à celui qui constituait le
plus faible individu, était, selon Pythagore, compris dans
une unité absolue ou relative et formait ainsi le quaternaire
ou la tétrade sacrée des pythagoriciens. Ce quaternaire
était universel ou particulier.
« Pythagore n’était point, au reste, l’inventeur de cette
doctrine : elle était répandue depuis la Chine jusqu’au fond
de la Scandinavie. On la trouve élégamment exprimée
dans les oracles de Zoroastre :
Le Ternaire partout brille dans l’Univers,
Et la Monade est son principe1.
« Ainsi, selon cette doctrine, l’homme, considéré comme
une Unité relative contenue dans l’Unité absolue du grand
Tout, s’offrait, comme le Ternaire universel, sous les trois
modifications principales de corps, d’âme et d’esprit ou
d’intelligence. L’âme, en tant que siège des passions, se
présentait à son tour sous les trois facultés d’âme raisonnable, irascible et appétante. Or, suivant Pythagore, le
vice de la faculté appétante de l’âme, c’était l’intempérance ou l’avarice; celui de la faculté irascible, c’était la
lâcheté; et celui de la faculté raisonnable, c’était la folie.
i . Fabre d’Olivet, Vers dorés, p. 239.
— 85 —
Le vice qui s’étendait sur ces trois facultés, c’était l’injustice. Pour éviter ces vices, le philosophe recommandait
quatre vertus principales à ses disciples, la tempérance
pour la faculté appétante, le courage pour la faculté irascible, la prudence pour la faculté raisonnable, et pour ces
trois facultés ensemble, la justice, qu’il regardait comme
la plus parfaite des vertus de l’âme. Je dis de l’âme, car
le corps et l’intelligence, se développant également au
moyen des trois facultés instinctives ou spirituelles,
étaient, ainsi que l’âme, susceptibles de vices et de vertus
qui leur étaient propres. »
Technique.
LES NOMBRES
De nouvelles difficultés viennent de naître sous nos pas.
A peine avons-nous traité de l’analogie que l’étude des
trois mondes venait s’imposer; maintenant ce sont les
nombres qui demandent des éclaircissements.
D’où vient donc cet usage du Trois si répandu dans l’antiquité?
Cet usage, qui s’étendait depuis le sens de leurs écritures * 1 jusqu’à leur métaphysique 2 et qui, franchissant les
1. Les prêtres égyptiens avaient trois manières d’exprimer leur pensée.
La première était claire et simple, la seconde symbolique et figurée, la
troisième sacrée ou hiéroglyphique. Ils se servaient à cet effet de trois
sortes de caractères, mais non pas de trois dialectes, comme on pourrait
le penser (Fabre d’Olivet, la Lang. liéb. rest., p. 24).
2. Les anciens Mages ayant observé que l’équilibre est en physique la
loi universelle et qu’il résulte de l'opposition apparente de deux forces,
concluant de l’équilibre physique a l’équilibre métaphysique, déclarèrent
qu’en Dieu, c’est-à-dire dans la première cause vivante et active, on devait reconnaître deux propriétés nécessaires l’une à l’autre, la stabilité
et le mouvement, équilibrées par la couronne, la force suprême (Eliphas
Levi, Dogme et Rituel, p. 79).
— 86 —
siècles, vient se retrouver dans un de nos plus célèbres
écrivains : Balzac 1 ?
11 vient de l’emploi d’une langue spéciale qui est complètement perdue pour la science actuelle : la langue des
nombres.
« Platon, qui voyait dans la musique d’autres choses
que les musiciens de nos jours, voyait aussi dans les nombres un sens que nos algébristes n’y voient, plus. Il avait
appris à y voir ce sens d’après Pythagore qui l’avait reçu
des Egyptiens; Or les Égyptiens ne s’accordaient pas seuls
à donner aux nombres une signification mystérieuse. II
suffit d'ouvrir un livre antique pour voir que, depuis les
limites orientales de l’Asie jusqu’aux bornes occidentales
de l’Europe, une même idée régnait sur ce sujet 2. » •
Nous ne pouvons peut-être pas reconstituer dans son
entier cette langue des nombres, mais nous pouvons en
connaître quelques-uns, ce qui nous sera d’un grand
secours par la suite. Étudions d’abord un phénomène
quelconque de la Nature dans lequel nous devons retrouver le nombre Trois et connaître sa signification.
Puis nous étudierons les opérations inconnues des modernes et pratiquées par toute l’antiquité sur les nombres.
Enfin, nous verrons si nous pouvons découvrir quelque
chose de leur génération.
Voyons si la formule des anciens alchimistes, év ii rav
(tout est dans tout), est vraie dans ses applications.
Prenons le premier phénomène venu, la lumière du
jour par exemple, et cherchons à retrouver en lui des lois
1. Il existe trois mondes : le Naturel, le Spirituel, le Divin. Il existe
donc nécessairement un culte matériel, un culte spirituel, un culte divin,
trois formes qui s’expriment par l’action, par la parole, par la prière,
autrement dit, le fait, l’entendement et l’amour (Balzac, Louis Lambert).
2. Fabre d’Olivet (Lang. hèb. rest., p. 30, 2e vol.).
— K7 —
assez générales pour s’appliquer exactement à ries phénomènes d’ordre entièrement 'différent.
Le jour s’oppose il la nuit pour constituer les périodes
d’activité et de repos que nous retrouverons dans la nature
entière. Ce qui frappe surtout dans ce phénomène, c'est
l’opposition entre la Lumière et l’Ombre qui s’y manifeste.
Mais celle opposition est-elle vraiment si absolue?
Regardons de plus près et nous remarquerons qu’entre
la Lumière et l’Ombre, qui semblaient à tout jamais séparées, existe quelque chose qui n’est ni de la Lumière ni
<h; l’Ombre et qu’on désigne en physique sous le nom de
pénombre. La pénombre participe et de la Lumière et de
l'Ombre.
Quand la Lumière diminue, l’Ombre augmente. L’Ombre
dépend de la plus ou moins grande quantité de la Lumière, l’Ombre esl une modification de la Lumière.
Tels sont les FAITS que nous pouvons constater. Résumons-les :
La Lumière et l’Ombre ne sont pas complètement
séparées l’une de l’autre. Entre elles deux existe un intermédiaire : la pénombre, qui participe des deux.
L’Ombre, c’est de la Lumière en moins.
Pour découvrir les LOIS cachées sous ces FAITS, il nous
faut sortir du particulier (élude de la Lumière) et aborder
le général; il nous faut généraliser les termes qui sont ici
particularisés. Pour cela employons un des termes les
plus généraux de la langue française : le mot chose , et
disons :
Deux choses opposées en apparence ont toujours un
point commun intermédiaire entre elles. Cet intermédiaire
résulte de Faction des deux opposés l’un sur l’autre et
participe des deux.
88 —
Deux choses opposées en apparence ne sont que des
degrés différents d’une seule et même chose.
Si ces LOIS sont vraiment générales , elles doivent s’appliquer à beaucoup de phénomènes ; car nous avons vu
que ce qui caractérise une loi, c’est d’expliquer seule beaucoup de FAITS.
Prenons des opposés d’ordres divers et voyons si nos
lois s’y appliquent.
Dans l’ordre des sexes, deux opposés bien caractérisés :
c’est le mâle et la femelle.
Dans l’ordre physique nous pourrions prendre les opposés dans les forces (chaud-froid, positif-négatif, etc.);
mais comme c’est une force qui nous a servi d’exemple,
considérons les deux états opposés de la matière, état
solide, état gazeux.
LOI :
Deux opposés ont entre eux un intermédiaire résultant des deux.
FAITS
Mcr FAIT 2e FAIT 3e FAIT
Mâle-Femelle; Etat solide-Etat gazeux ; Père-Fils;
intermédiaire résultant intermédiaire : intermédiaire :
des deux : Enfant. Etat liquide. Saint-Esprit.
J’ai ajouté un phénomène d’ordre intellectuel, conception de Dieu d’après les Chrétiens, pour montrer l’application de la Loi dans ses sphères les plus étendues.
— 89 —
AUTRE LOI :
Les opposés ne sont que la conception à degrés différents
d'une seide chose.
Mâle \ Conception
Femelle > à divers degrés
Enfant ) de la Famille
Si, reprenant notre exemple de la Lumière et de l’Ombre, nous l’éludions encore, nous pourrons voir que la
Lumière agit, l’Ombre s’oppose, tandis que la Pénombre,
neutre, flotte entre les deux.
Résumons notre loi d’après ces données.
L'Actif et le Passif
(Lumière) (Ombre)
Produisent par leur action réciproque le Neutre
qui participe des Deux (Pénombre)
Pour présenter dans un ensemble clair les trois FAITS
énoncés ci-dessus, nous
dirons :
produisent par leur
L’ACTIF
LE PASSIF
action réciproque . .
LE NEUTRE
Mâle
Femelle
—
Enfant
Etat gazeux
État solide
—
Etat liquide
LE PÈRE
LE FILS
—
LE S ‘-ESPRIT
La Lumière
L’Ombre
—
La Pénombre
Le Chaud
Le Froid
—
Le Tiède
Le Positif
Le Négatif
—
Le Neutre
L’Attraction
La Répulsion
■ —
L’Équilibre
L’Acide
La Base
—
Le Sel
J’ai allongé la liste en citant de nouveaux FAITS pour
montrer la vérité de la LOI.
Cette LOI forme, sous le nom de LOI de la Série, la
base des travaux de Louis Lucas l, qui l’applique à presque
FAITS
Solide
Gaz
Liquide
La
Matière
DIEU
1. Voy. l'Occultisme contemporain.
— notons les phénomènes chimiques, physiques et même biologiques de la science contemporaine.
Nous n’en finirions pas si nous voulions citer tous les
auteurs anciens et modernes qui en ont parlé sous le nom
des TROIS termes qui la constituent :
LOI DU TERNAIRE
Il suffit de se reporter aux exemples ci-dessus pour
voir que les trois termes qui constituent le ternaire sont :
1° Un terme actif;
2° Un terme passif;
.T Un terme neutre résultant de faction des deux premiers l’un sur l’autre.
Comme cette loi doit s’appliquer partout, cherchons les
nombres qui, agissant l’un sur l’autre, produisent 3.
Ces nombres sont 1 et 2, car 1 -(- 2 zz 3.
Nous pouvons du même coup comprendre le sens des
trois premiers nombres.
Ce nombre t représente l’Actif,
Ce nombre 2 — le Passif,
Le nombre 3 — la Réaction de P Actif sur le. Passif.
Vous pouvez remplacer le mot ACTIF par tel terme que
vous voudrez des tableaux ci-dessus placés sous ce mot
et vous voyez de suite que, d’après la méthode analogique,
le chiffre 1 représente toutes les idées gouvernées par ce
principe l’ACTIF, c’est-à-dire l’Homme, le Père divin, la
Lumière, la Chaleur, etc., etc., suivant qu’on le considère
dans tel ou tel des 3 mondes.
1
Monde Matériel : La Lumière, l’Etat gazeux.
Monde Moral ou Naturel : L’Homme.
Monde Métaphysique ou Archétype : Dieu le Père.
— 01
11 en est de même des mots PASSIF que vous pouvez
remplacer par 2, et NEUTRF'par 3.
Vous voyez que les calculs appliqués aux chiffres s’appliquent mathématiquement aux idées dans la science antique,
ce qui rend ses méthodes si générales et par là même si
différentes des méthodes modernes.
Je viens de donner là les éléments de l’explication de la
IIOTA de Guillaume Postcl1.
11 s’agit maintenant de montrer que ce que j’ai dit jusqu’ici sur les nombres était vraiment appliqué dans Failliqùité et n’est pas tiré totalement de mon imagination.
Nous retrouverons d'abord ces applications dans un
livre hébraïque dont M. Franck lui-même ne conteste pas
l’antiquité2, le Sepher Jesirah , dont j’ai fait la première
traduction française. Mais comme ce livre est surtout kab-
• balistique, je préfère citer des philosophes anciens :
« L’essence divine étant inaccessible aux sens, employons
pour la caractériser, non le langage des sens, mais celui
de l’esprit; donnons à l’intelligence ou au principe actif
de l’Univers le nom de monade ou d’unité, parce qu’il est
toujours le même; à la matière ou au principe passif celui
de/dyade ou de multiplicité, parce qu'il est sujet à toutes
sortes de changements; au monde enfin celui de triade,
parce qu’il est le résultat de l’intelligence et de la matière. »
( Doctrine des Pythagoriciens — Voyage d'Anacharsis ,
t. III, p. 181, édition de 1809.)
« Qu’il me suffise de dire que, comme Pythagore désignait Dieu par 1, la matière par 2, il exprimait l’Univers
par 12, qui résulte de la réunion des deux autres. » (Fabre
d'Olivet, les Vers dorés de Pythagore.)
1. Voir pour l’explication de ce terme lo« œuvres de Postel, de Christian et surtout d’Eliphas Levi, ainsi que le Tarot des Bohémiens de Papus.
2. Franck, la Kabbale, 1863.
— 92 —
On a vu ci-dessus dans maint passage que la doctrine de
Pythagore résume celles des Égyptiens, ses maîtres, des
Hébreux et des Indiens; par suite, de l’antiquité tout
entière ; c’est pourquoi je cite ce philosophe de préférence
chaque fois qu’il s’agit d’élucider un point de la Science
antique.
Nous connaissons le sens que les anciens donnaient
aux nombres 1 , 2 et 3 ; voyons maintenant quelques-uns
des autres nombres.
Comme on a pu le voir dans la note de Fabre d’Olivel
sur le Microcosme et le Macrocosme, le Quaternaire
ramenait dans l’unité les termes 1,2,3 dont nous venons
de parler.
J’aurais l’air d’écrire en chinois si je n’élucidais pas ceci
par un exemple.
Le Père, la Mère et l’Enfant forment trois termes dans
lesquels le Père est actif et répond au nombre 1 , la Mère
est passive et répond au nombre 2, l’Enfant n’a pas de
sexe, est neutre, et répond à 1 plus 2, c’est-à-dire au
nombre 3.
Quelle est l’Unité qui renferme en elle ces trois termes?
C’est la Famille.
Père )
Mère > Famille.
Enfant )
Voilà la composition du Quaternaire : un ternaire et
l’Unité qui le renferme.
Quand nous disons une Famille, nous énonçons en un
seul mot les trois termes dont elle est composée, c’est
pourquoi la Famille ramène le 3 à 1 ou, pour parler le
langage de la science occulte, le Ternaire à l’Unité.
L’explication que je viens de donner est, je crois, facile
— 93 —
à comprendre. Cependant Dieu sait combien il y a peu de
gens qui auraient pu comprendre avant cet exemple la
phrase suivante tirée d’un vieux livre hermétique : afin
de réduire le Ternaire par le moyen du Quaternaire à la
simplicité de l’Unité1.
LE CYCLE DANS LES NOMBRES. LES OPÉRATIONS
THÉOSOPHIQUES
Si l’on comprend bien ce qui précède, on verra que 4
est une répétition de l'unité, et qu'il doit agir comme agit
l'unité.
Ainsi dans la formation de 3 par 1 plus 2 comment est
formé le deux?
. 1
Par l’unité qui s’oppose à elle-même ainsi zz 2.
Nous voyons donc dans la progression 1, 2, 3, 4 :
D’abord l’unité 1 ;
1
Puis une opposition zz 2 ;
t
Puis l’action de cette opposition sur l’unité 1 2 zz3;
Puis le retour à une unité d’ordre
différent, d’une autre octave, si j’ose
m’exprimer ainsi.
Ce que je développe me semble compréhensible ;
cependant, comme la connaissance de celte progression
est un des points les plus obscurs de la science occulte,
je vais répéter l’exemple de la Famille.
Le premier principe qui apparaît dans
la Famille, c’est le Père, l’unité active. zz 1
1. L’Ombre idéale de la sagesse universelle, par le R. P. Esprit Sabathier (1679).
Le deuxième priucipe, c’est la Mère,
qui représente l’unité passive. z= 2
L'action réciproque, l’opposition
produit le troisième terme, l’Enfant. z=i 3
Enfin tout revient dans une unité
active d’ordre supérieur, la Famille. zn 4
dette famille va agir comme un père, un principe actif
sur une autre famille, non pas pour donner naissance à
un enfant, mais pour donner naissance à la caste d’où se
formera la tribu, unité d’ordre supérieur1.
La genèse des nombres se réduirait donc à ces quatre
conditions et, comme, d’après la méthode analogique, les
nombres expriment exactement des idées, cette loi est
applicable aux idées.
Voici quels sont ces quatre termes :
Unité ou
Opposition
Action de l’opposition
Retour àl’Unilé
1
/i
Antagonisme
9
sur l’unité
*>
♦ >
/k
5
0
7
8
9
10
11
12
—
(i)
(2)
(3) etc.
J’ai séparé la
première série
des autres pour mont
qu’elle est complète en quatre termes et que tous les
termes suivants ne font que répéter dans une autre octave
la même loi.
Comme nous allons découvrir dans cette loi une des
meilleures clefs pour ouvrir les mystères antiques, je vais
l’expliquer davantage en l’appliquant à un cas particulier
1. Voy. le chapitre suivant pour développements.
- 1)3 —
quelconque, le développement social de l’homme « par
exemple :
Unité *
ou
Retour ù l’uni lé
1 La première molécule sociale,
l'Homme.
i Unité d’ordre supérieur, la Famille
résumant les
trois termes précédents.
7 Unité d’ordre supérieur, la Tribu
résumant les
trois termes précédents.
10 La Nation.
1
Celte loi que j’ai donnée en chiffres, c'est-à-dire en formule générale, peut s’appliquera une foule de cas particuliers. Le chapitre suivant le montrera du reste.
Mais ne remarquons-nous pas quelque chose de parti10 1 1 1
culier dans ces chiffres? Que signifient les signes —
1 2
placés à la fin de mon premier exemple?
Pour le savoir, il nous faut dire quelques mots des opérations employées par les anciens sur les chiffres.
Deux de ces opérations sont indispensables à connaître :
1° La Réduction théosophique ;
2° L’ Addition théosophique.
1° La Réduction théosophique consiste à réduire tous les
Résultat
Opposition de ce^ie opposition
Antagonisme Distinction
2 Opposition à cette
molécule. Femme
3 Opposition entre
les familles. —
Rivalités de familles.
H Opposition entre
les Tribus,
3 Résultat. Enfant.
(j Distinction entre
les familles. -
Castes.
!) Distinction entre
les Tribus. -
Nationalités.
nombres formés de deux ou plusieurs chiffres en nombres
d’un seul chiffre, et cela en additionnant les chiffres qui
composent le nombre jusqu’à ce qu’il n’en reste plus
qu’un.
Ainsi: 10=1+0 = 1
11 = 1 + 1 = 2
12=1+2 = 3
et pour des nombres plus composés, comme par exemple
3,221 = 3+2 + 2+ 1 =8, ou 660 = 6 +6+ 6 = 18
et comme 18 = 1 + 8= 9 le nombre 666 égale neuf.
De ceci découle une considération très importante,
c’est que tous les nombres, quels qu’ils soient, ne sont
que des représentations des neuf premiers chiffres.
Comme les neuf premiers chiffres, ainsi qu’on peut le
voir par l’exemple précédent, ne sont que des représentations des quatre premiers, tous les nombres sont représentés par les quatre premiers.
Or ces quatre premiers chiffres ne sont que des états
divers de l’Unité. Tous les nombres, quels qu’ils soient, ne
sont que des manifestations diverses de l’Unité.
2° Addition théosophique :
Cette opération consiste, pour connaître la valeur théosophique d’un nombre, à additionner arithmétiquement
tous les chiffres depuis l’unité jusqu’à lui.
Ainsi le chiffre 4 égale en addition théosophique
1 + 2 + 3 + 4= 10.
Le chiffre 7 égale 1 + 2 + 3 + 4 + 0 + 6 + 7 = 28.
28 se réduit immédiatement en 2 + 8 = 10.
Si vous voulez remplir d’étonnement un algébriste,
présentez-lui l’opération théosophique suivante :
4 = 10
7 = 10
Donc 4 = 7
— 97 —
Ces deux opérations, réductionetaddition théosophiques,
ne sont pas difficiles à apprendre. Elles sont indispensables à connaître pour comprendre les écrits hermétiques
et représentent d’après les plus grands maîtres la marche
que suit la nature dans ses productions.
Vérifions mathématiquement la phrase que nous avons
citée précédemment.
Réduire le ternaire par le moyen du quaternaire à la
simplicité de l’unité.
Ternaire = 3 Quaternaire = 4
3+4 = 7
par réduction théosophique ;
7=1+2 + 3 + 4 + 5 + 6 + 7 = 28 = 10
par addition théosophique, et réduction du total ;
Enfin :
10 = i + o = 1
L’opération s’écrira donc ainsi :
4 + 3 = 7 = 28 = 10 =1
4 + 3 = 1
Reprenons maintenant l’exemple chiffré donné en
premier lieu (page 94) :
1. 2. 3.
4. 5. 6.
7. 8. 9.
10. 11. 12.
(ï) « w
et faisons quelques remarques à son sujet en nous servant
des calculs théosophiques.
Nous remarquons d’abord que l’unité reparaît, c’est-àdire que le cycle recommence après trois progres7
— 98 —
10 11
sions ; 10, 11, 12, etc., réduits théosophiquement,
1 2
donnent naissance de nouveau à 1 , 2, 3, etc.1.
Ces trois progressions représentent LES TROIS MONDES
dans lesquels tout est renfermé.
Nous remarquons ensuite que la première ligne verticale 1, 4, 7, 10, que j’ai considérée comme représentant
l’Unité à diverses Octaves, la représente en effet, car :
1 = 1
4 = l-|-2 + 3-f4 10 = 1
7 = 1 + 2 + 3+ 4 + 5+ 6 + 7 = 28 = 10=1
10 = 1
13 = 4= 10 = 1
16 = 7 = 28 = 10 =; 1
On peut ainsi continuer la progression jusqu’à l’infini et
vérifier ces fameuses lois mathématiques qu’on va traiter,
je n’en doute pas, de mystiques faute d’en comprendre la
portée.
Je conseille à ceux qui croiraient que ce sont là de
nébuleuses rêveries la lecture des ouvrages sur la physique et la chimie de Louis Lucas 2 où ils trouveront la loi
précédente désignée sous le nom de série et appliquée à
des démonstrations expérimentales de chimie et de
biologie.
Je leur conseille encore si la Chimie et la Physique ne
leur paraissent pas assez positives de lire les ouvrages
mathématiques de Wronski2 sur lesquels l’Institut fit un
rapport très favorable, ouvrages dont les principes sont
entièrement tirés de la Science antique ou Science occulte.
1. Voir, pour l’application de cette loi dans Moïse, Fabre d'Olivet, la
Lang. heb. rest.
2. Voir la liste de ses ouvrages dans l'Occultisme contemporain.
— 99 —
LE SYSTÈME DE L ABSOLU DE HOENÉ WRONSKI.
4
De 1 800 à 1 853 , le Polonais Hoëné Wronski a publié une
série d’ouvrages synthétisés en quelques-uns de ses derniers travaux, notamment:
Le Messianisme , réforme absolue du savoir humain
(3 vol. in-fol.) ;
L' Apodictique Messianique (ouvrage posthume 1877).
Wronski prétend avoir découvert Y absolu, c’est-à-dire une
formule applicable à toutes les recherches possibles. Il ne
prétend nullement empêcher par sa « loi de l’absolu » les
recherches ; il affirme seulement qu’il simplifie considérablement le travail des chercheurs de vérité.
Pour faire comprendre le mieux possible son système
nous avions eu l’idée, lors de la première édition de ce
livre, de publier l’application de cette méthode à la génération des nombres.
Nous ignorions alors l’existence d’un livre de Wronski
publié en 1877, ï Apodictique Messianique , qui contient des
renseignements inédits fournis par l’auteur lui-même.
Nous allons développer l’exemple de la génération des
nombres puis nous citerons quelques extraits de Wronski.
4-(U6) Combinaison de ES(I)
avec EN (3) = 4.
5(UEJ Combinaison de EE (2)
avec EN (3) = 3.
2(E&
A l’origine du système l’auteur place un élément qu’il
nomme élément neutre (E. N.) et deux éléments dérivés du
/
— 100 —
précédent, l 'élément savoir (E. S.) et l’ élément être (E. E.).
Prenons le chiffre 3 comme élément neutre (E. N.) et
nous aurons la figure ci-dessus qui nous montre 1 et 2 dont
la réunion donne le 3 primitif.
Ces trois éléments (E. N., E. S. et E. E.) sont les trois
principes primitifs de toute réalité.
Combinons ces nombres et nous allons obtenir les principes dérivés qui sont au nombre de quatre.
Deux deces principes, Y Universel Savoir (U. S.) et YUniversel Etre (U. E.) dérivent de la combinaison de chacun
des deux premiers éléments Etre et Savoir avec Y élément
neutre. Ainsi :
Ces éléments nouveaux ainsi obtenus se combinent avec
l’élément neutre pour donner naissance à deux nouveaux
produits le Savoir et l’Être (S. et E.) et l’Être et le Savoir
(E. et S.).
Avant ces dérivés sont placés deux autres éléments que
nous ne pouvons représenter dans les combinaisons arithmétiques ; ce sont deux éléments transitifs T. E. et T. S.
Enfin l’élément 7 et l’élément 8 se combinent pour
donner naissance à un élément nouveau le Concours Final
(C. F.) 8 -f 7 = 15 = t +5=6.
De même les deux éléments universels (U. S. et U. E.)
4 et 5 se combinent aussi pour produire un nouvel élément
synthétique, la Parité coronale (P. C.) = 4 + 5 = 9.
— 101
De toutes ces combinaisons résulte la figure suivante :
»
1 (3+1) (9+-4-l3) = 4 ( 13+0 = 22)— 4
\ /
0-2)3 (7158) 6 (**5)9
2 (3+2) 5 — ( 5+9 = 14 )= 5 (i4 + 9 = 23)= 5
On voit dans ce tableau l’application de la loi chiffrée 1,
2, 3, 4, etc., dont j’ai déjà tant parlé.
Un et deux donnent naissance à trois et de ces trois
nombres sortent tous les autres jusqu’à 9 d’après les mêmes
principes. A partir de 9 tous les nombres, quels qu’ils
soient, se réduisent, par réduction théosophique, aux
nombres d’un seul chiffre.
Les nombres sont du reste disposés par colonnes dont
trois principales et deux secondaires, je les indique par des
chiffres de grosseurs différentes.
Colonne principale 1 4 — (13) 4 — (22) 4 — (31) 4
+
Colonne secondaire 7 (16) = 7 (25) = 7 (34) = 7
Colonne principale 3 6 9 —
co
Colonne secondaire 7 (17) = 8 (26) = 8 (35) = 8
Colonne principale 2 5 — (14) S (23) = 3 — (32) = 5
Comme nous tenons à citer toutes les obscurités à propos
de cet auteur nous donnons ci-dessous le schéma pur de
la loi de Création par lui-même suivi du système général de
lecture et d’une application au schéma cle la colorisation.
J’espère que ces divers exemples serviront à éclairer au
mieux le merveilleux système de Wronski.
— 102 —
Système général de Lecture.
EN
Constitution. Neutralisation téléologique de
Combinaison de EN et de EE
TE
Transition du US à UE
S en E
Influence de S en E
TS
Transition de U E à U S
E en S
Influence de E en S
C. F.
Influence réciproque de ces éléments primordiaux, harmonie systématique entre ES et EE par leur concours téléologique à la
création de Elément.
P. C.
Identité finale dans la réunion systématique des deux éléments
dérivés distincts, de US et de UE, par le moyen de EN qui leur
est commun.
- 103 —
CRÉATION DE LA COLORISATION
Ce qu’il y a de donné dans l’identité finale de la diaphanéité et de
l'opacité pour établir les colorisations.
(I
EN
Jaune
A
k
EE
ES
Bleu
Rouge
ffl
B
UE
us
Vert
Orange
(Jaune combiné au bleu)
(Jaune combiné avec le rouge)
TE
TS
Violet
Cramoisi
(Fonction du vert qui
(Fonction d’orange qui
égale orange)
égale vert)
S en E
E en S
L
à.
Lilas
Hortensia
(Rouge en bleu)
(Bleu en rouge)
C. F.
Influence réciproque du rouge dans le bleu
et du bleu dans le rouge.
Pourpre
(■ couleur de sang)
P. C.
Identité finale dans la réunion systématique du vert et de l’orange
moyennant le jaune qui leur est commun
Vert doré
ISIOUÜOJ
T S E S. U S EN. U.E E.E. T.E.
Cramoisi Rouge Orange Jaune Vert Bleu Violet
Création de la Colorisation.
— 105 —
CRÉATION DE LA RÉALITÉ
3
EE
Être
Fixité
EN
Réalité
Détermination
2
ES
Savoir
Déterminabilité
UE
Le Bien
Essentialité
4
US
Le Vrai
Moralité
7e 6e
TE T S
Préceptes Dogmes
ou vies morales ou problèmes religieux
Législativité Créativité
9°
S en E C. F.
Choses Finalité
Axiomes Convenance
/ P. C.
Subordination de l’Être Monde
à des causes finales Oeuvre
8°
E en S
Pensée
Syllogisme
L'Être est l'Objet du Savoir et le Savoir la Condition de l’Être.
CRÉATION DE LA RÉALITÉ. — ANALYSE DE LA LOI DE WRONSKI
PAR LUI-MÊME
En résumant ces résultats, nous voyons que ce principe
absolu est composé de- sept principes élémentaires : la réalité, le savoir, l’être, le vrai, le bien, les dogmes et les
lois morales et de quatre principes systématiques : la pensée, les choses, la finalité (objective l'ordre, et subjective,
le beau et le sublime) et le monde ou œuvre créée.
Nous savons de plus que parmi les sept principes élémentaires il existe trois principes primitifs : la réalité, le
savoir et l’être, et quatre principes dérivés : le vrai, le bien,
les dogmes et les lois morales ; et que, parmi les trois
principes primitifs, le premier, la réalité, est le principe
fondamental et les deux autres, le savoir et l’être, sont les
deux principes primordiaux; et de même, que parmi les
quatre principes dérivés, les deux premiers, le vrai et le
bien, sont les deux principes universels et les deux derniers, les dogmes et les lois morales, sont les deux principes transitif s. Nous savons également que, parmi les
principes systématiques, les trois premiers, la pensée, les
choses et la finalité (l’ordre et le beau) constituent la
diversité systématique qui existe dans les deux éléments
primordiaux et le dernier, le monde (œuvre créée), constitue l’identité systématique qui existe dans les deux éléments universels, moyennant l’élément fondamental; et
que, parmi les trois principes systématiques qui combinent la diversité des éléments, les deux premiers, la
pensée et les choses, n’offrent qu’une influence partielle
de l’un dans l’autre, des deux éléments primordiaux et la
troisième, la finalité, offre une influence réciproque de ces
éléments primordiaux, en préparant ainsi la clôture du
système; et enfin que le quatrième et dernier principe
systématique, le monde, qui reproduit, dans la combinaison des deux éléments universels, l’identité primitive
qui a lieu dans l’essence même de l’absolu, accomplit
définitivement ce système des principes de la raison en
rendant manifeste l’intime essence de l’absolu lui-même.
(07
SK, M R CATION DE QUELQUES NOMBRES
La connaissance de ces tableaux n’est du reste d'aucune imporlance pour la compréhension de ce qui suit ;
aussi je prie ceux que cet amas de chiffres effrayerait de
11e pas s’en occuper davantage et de passer outre.
Avant de terminer ce chapitre, déjà fort long, je tiens
à signaler une chose d’une extrême importance pour
comprendre le tétragramme sacré des Hébreux dont nous
parlerons par la suite.
La progression :
1. 2. 3
4. 3. 6
7. etc.
est formée de quatre chiffres disposés seulement en trois
colonnes parce que le quatrième chiffre n’est que la répétition du premier. C’est comme s’il y avait 1.2. 3. 1, etc.
Les Hébreux expriment le nom le plus auguste de la divinité par quatre lettres dont une est répétée deux fois, ce
qui réduit le nom divin à trois lettres ainsi : 1EVE z= IYE.
Celte remarque aura sa place dans la suite.
Pour résumer nous donnons la signification des dix
premiers nombres d’après un élève d’Éliphas Levi, Desbarolles :
1. L’unité c’est le principe de tout; mais l’unité lumière ne peut
rester une lumière sans ombre, l’unité voix ne peut rester une voix
sans écho. Un est un principe sans comparaison; le nombre, c’est
l’harmonie, et sans l’harmonie, rien n’est possible; l’unité est nécessairement active et son besoin d’action la fait se répéter ellemême ; elle se partage, ou plutôt elle se multiplie pour produire
deux.
2. Mais deux c’est l’antagonisme, c’est l’immobilité momentanée
lorsque les forces sont égales, mais c’est la lutte, le principe du
mouvement. Saint Martin en désignant le nombre deux comme
— 108 —
mauvais et funeste a prouvé qu’il ne connaissait pas un des plus
grands arcanes de la magie.
Deux c’est l’antagonisme, mais trois c’est l’existence. Avec
trois la vie est trouvée.
3. Trois c'est le pendule qui va tantôt à droite tantôt à gauche,
pour équilibrer et faire mouvoir.
Trois utilise ainsi la lutte des binaires et a, lui, le mouvement
qui est la vie.
Deb (308).
Trois est la formule des mondes créés, il est le signe spirituel
de la création comme il est le signe matériel de la circonférence.
Balzac ( Louis Lambert ).
*** TROIS C’EST DIEU (Deb.)
Le nombre trois c’est le mouvement qui fait équilibre en passant
successivement d’un point à un autre; le nombre quatre c’est
l'équilibre parfait, c’est le carré, le positivisme, le réalisme.
4. Quatre en magie c’est le cube, le carré. C’est l’image de la
terre ; le quaternaire est la conséquence du ternaire; le ternaire c’est
l’esprit, le mouvement, la résistance qui amènent naturellement le
quaternaire : la stabilité, l’harmonie.
N
Oui et non de la lumière q
Oui et non de la chaleur
S
4 (Suite). Tendez une corde (disaient les disciples de Pythagore)
divisez-la successivement en deux, trois, quatre parties, vous aurez
dans chaque moitié l’ôctave de la corde totale.
3
Dans les — la quarte.
Dans les — la quinte.
O
L’octave sera donc comme. 1 à 2
La quarte comme 3 à 4
La quinte comme 2 à 3
L’importance de cette observation fit donner aux nombres 1, 2,3, 4
le nom de sacré quaternaire. D’après ces decouvertes, il fut aisé de
conclure que les lois de l’harmonie sont invariables et que la
— 10!) —
nature a fixé d’une manière irrévocable la valeur et les intervalles
des tons.
( Voyage d’Anacharsis, t. III, p. 183, Paris 1809.)
Bientôt dans les nombres 1, 2t 3, 4, on découvrit non seulement
un des principes du système musical, mais encore ceux de la physique et de la morale, tout devint proportion et harmonie : le
temps, la justice, l’amitié, l’intelligence, ne furent que des rapports
de nombres et, comme les nombres qui composent le sacré quaternaire produisent en se réunissant le nombre 10, le nombre quatre
fut regardé comme le plus parfait de tous par cette réunion même.
5. Nous avons dit que le nombre quatre représente les quatre
éléments reconnus par les Kabbalistes; quatre, c’est donc la terre,
la forme; un, est le principe de vie, l’esprit.
Par conséquent 5 c’est 4 et 1, cinq c’est donc l’esprit dominant
les éléments, c’est la quintessence.
Aussi le pentagramme est-il le nombre de Jésus dont le nom a
cinq lettres, c’est le lils de Dieu se faisant homme, c’est Jéhova
incarné.
Cinq c’est l’esprit et ses formes
donc bien ou mal
. droit ou renversé
Pouce ^ esprit, intelligence ^ ^
Quatre doigts matière \
Les quatre membres sont régis par la tête comme les quatre
doigts par le pouce.
6. Le nombre 6 représente 2 trois fois.
C’est l'image des rapports du ciel et de la terre, c’est le triangle
céleste dont le triangle terrestre est le reflet à rebours (comme le
reflet d’un objet dans l’eau).
C’est l’axiome gravé sur la table d’émeraude.
C’est la preuve de notre correspondance avec le ciel, c’est le
nombre de la liberté et du travail divin ; la liberté est en haut, le
travail est en bas, il faut passer par tous les échelons du travail
pour arriver à la liberté.
Le nombre six est si parfait de lui-même qu’il semble le même
nombre de l’assemblage de ses parties.
Agrippa. •
6 = 21= 1 + 2 = 3= 1+2 =3 = 6
— 110 —
7. Le nombre sept est le nombre sacré dans tous les symboles
parce qu’il est composé du ternaire et du quaternaire. Il représente
le pouvoir magique dans toute sa force, c’est l’esprit assisté de
toutes les puissances élémentaires; c’est comme cinq l’esprit dominant la matière; mais ici l’esprit n’est plus représenté par un qui
signifie l’esprit humain ; mais par trois qui représente Dieu, l’esprit
de Dieu.
8. Le binaire du quaternaire.
Balance universelle des choses.
L’harmonie dans l’analogie des contraires.
9. 3 fois trois,
C’est le triangle du ternaire.
L’image la plus complète des trois mondes.
La base de toute raison.
Le sens parfait de tout verbe.
La raison d’être de toutes les formes.
Le nombre neuf est celui des reflets divins il exprime l’idée
divine dans toute la puissance abstraite.
10. Le nombre dix est composé de l’unité qui signifie l’être et
du zéro qui exprime le non être; il renferme donc Dieu et la création, l’esprit et la matière; il est le nec plus ultra de l’intelligence
humaine qui compte tout par ce nombre.
(. Harmonies de l'Être, t. II, p. 234.)
Emblème : Un serpent montant après une borne, le mouvement
et l’immobilité, l’idée et la matière.
Travaux de Charles Henry.
Dans ces dernières années un philosophe ayant approfondi tous les mystères des mathématiques et admirateur
sincère de Wronski, M. Charles Henry, a publié une série
de travaux dont nous ne pouvons donner qu’un court
résumé. On trouvera les œuvres complètes de cet auteur
au siège du Groupe, 29 rue de Trévise.
— lii
UNE IMPORTANTE DÉCOUVERTE
Communication de M. Charles Henry à F Académie.
M. Charles Henry a présenté à l’Académie des BeauxArts, dans sa séance du 22 décembre, trois instruments
nouveaux : un Cercle chromatique , un Rapporteur et un
Triple décimètre esthétiques et il a résumé la théorie qui
doit prochainement être publiée en môme temps que ces
appareils :
M. Charles Henry fait observer que la science n’a point
fourni jusqu’ici au peintre, des ressources techniques
aussi complètes qu’au musicien. Les peintres ont très
souvent besoin de la teinte complémentaire, c’est-à-dire
de la lumière colorée qui, mélangée avec une autre, donne
la sensation de blanc : ils doivent à chaque instant résoudre
rapidement des problèmes de pouvoir éclairant, d’harmonies, de mélanges de lumières colorées et de pigments.
Leurs solutions, parfois laborieuses, sont toujours empiriques, car elles dépendent, dans une certaine mesure, de
l’individualité de l’artiste. Il était essentiel de pouvoir fixer
les lois normales des compléments, des mélanges, des
harmonies de lumières colorées et de pigments. C’est
l’objet du Cercle Chromatique.
L’auteur pose le problème esthétique sous une forme
nouvelle. Nos sensations et nos idées n’offrant aucune
prise au calcul, il était urgent de les rattacher à des phénomènes susceptibles de mesure. Or, s’il est un fait bien
établi par l’observation psychologique, c’est qu’il n’y a
pas de sensation d’idée sans mouvement du sujet. Si on
empêche les mouvements des organes des sens, on
empêche la sensation qui correspond à un arrêt de ces
mouvements ; si on impose au sujet une attitude, on lui
— 112
suggère l’idée corrélative. Ou peut donc considérer les
fonctions psychiques comme des mouvements virtuels de
l’être vivant.
Par des considérations évidentes et une esquisse schématique de notre mécanique naturelle, l’auteur prouve
que l’être vivant, ne pouvant décrire que des cycles (circonférences décrites dans un sens) de rayon défini, exprime
ses diverses excitations, au moyen de changements de
direction, virtuels ou réels, de sa force, le sens de ces
directions (en haut ou en bas, à droite ou à gauche), marquant la nature agréable ou non des excitations. La direction est donc l’élément représentatif commun à toutes les
sensations.
Les directions diffèrent plus ou moins, au maximum ou
au minimum, successivement ou simultanément: c’est la
fonction de contraste.
Lorsque les directions diffèrent de certains angles réalisables continûment par notre mécanique naturelle, qui
est celle du compas, il y a rythme.
Lorsque les directions appartiennent à des cycles de
rayon trop grand pour être décrits continûment, et que
les nombres d’unités de mesure de ces directions considérées comme des dénominateurs de fractions de cycle
sont réalisables continûment pour notre organisation, il y
a mesure.
Les procédés généraux de réaction de l’être vivant une
fois établis et mathématiquement étudiés, M. Charles
Henry peut aborder scientifiquement les problèmes de
couleurs, fixer les trois couleurs-lumières fondamentales,
les quatre pigments fondamentaux, construire son cercle
chromatique d’après les principes rigoureux et non d’après
des conventions, comme les dispositifs adoptés jusqu’à ce
jour, exposer les principes d’une polychromie rationnelle.
— 113 —
déduire les phénomènes d’irradiation et les moyëns de les
empêcher, déterminer le pouvoir éclairant des différentes
parties du spectre, tixer l’ordre dans lequel il faut ranger
les couleurs au point de vue de la fatigue. Il énonce
ensuite les lois du contraste des lumières et des couleurs,
les relations de ces lois avec la vision binoculaire et la
théorie du relief; il déduit les oscillations de la fonction
de complémentaire observées pour les couleurs-lumières
par M. de Helmholtz et pour les intensités de pigments
par M. Rood. Il explique les apparences colorées et la
sensibilité différentielle de la lumière blanche, l’intluence
réciproque des couleurs les unes sur les autres et leurs
apparences rentrantes ou saillantes dans les vitraux. Il
donne une règle qui permet de retrouver les différences
des mélanges de pigments et de lumières : ce qu’aucun
point de vue théorique n’avait permis de faire jusqu’ici;
enfin, après des développements sur le problème de l’éclairage et les lois des mouvements des yeux, il énonce les
formules différentes auxquelles sont soumises les harmonies de lumières-couleurs et les harmonies de pigments.
La nécessité de trouver l’entière généralité des principes de dynamique vivante que l’auteur avait appliqués
à la sensation visuelle lui faisait un devoir d’étendre ces
principes à la solution de quelques problèmes accessoires. M. Charles Henry a donc consacré un chapitre à
la sensation auditive ; traitant de l’origine du tempérament, de l’origine des gammes (la gamme mineure n’a
jamais été expliquée), déduisant les variations des valeurs
des intervalles musicaux suivant la mélodie, l'harmonie, la
nature de l’accord, exposant un procédé rigoureux d’analyse rythmique des phrases mélodique et harmonique,
énonçant la formule générale des accords possibles, et
quelques considérations nouvelles sur le timbre.
8
D’autre part, le problème esthétique sous sa forme nouvelle se confond avec le problème du mécanisme de ces
excitations appelées par les physiologistes dynamogènes
ou inhibitoires, qui, en exagérant ou en empêchant les
fonctions, jouent un rôle si considérable dans la pathogénie. M. Charles Henry explique clairement ces phénomènes paradoxaux, déduit en particulier et complète en
dehors des limites de l’expérience la courbe d’accroissement de vitesse de locomotion en fonction des nombres de
pas à la minute, explique l’origine de la droiterie et de la
gaucherie, les perturbations bien connues à la loi de
Fechner. Il précise une loi d’évolution qui lui permet
d’expliquer le mécanisme mystérieux de la mort et de
caractériser la forme des fonctions du temps ; il rapproche
les phénomènes de dynamogénie des dégagements d’électricité, positive et négative, les phénomènes d’inhibition
des dégagements de chaleur, déduisant réciproquement
des nouvelles fonctions subjectives ou des lois de nos
représentations de chaque ordre d’actions, les mesures
d’électriques absolues, l'expression des températures
vraies, le théorème de Carnot qu’il démontre ne point s’appliquer à la matière vivante, enfin le principe de vitesses
virtuelles.
Cette œuvre est le premier pas du calcul dans le monde
de la vie. Par des déductions directes d’un fait fondamental de l’organisation, l’auteur a pu préciser le normal (ce
qu’aucune méthode observationnelle ou expérimentale ne
pouvait faire connaître). Par la preuve d’une corrélation
profonde entre trois ordres de phénomènes jusqu’ici sans
liaison: phénomènes physiques, électricité et chaleur;
phénomènes mécaniques, mouvements virtuels continus et
discontinus de l’être vivant ; phénomènes subjectifs, plaisir
et douleur : il est parvenu à fonder sur les lois de nos
— 115 —
représentations une méthode qui offre aux hypothèses fondamentales de la science, toute la certitude dont elles sont
susceptibles et nous permet de pénétrer dans la physique
et dans les mathématiques par des déductions de points de
vue supérieurs.
L’auteur publiera prochainement des échelles dynamométriques, permettant de doser rigoureusement les forces
des sujets, d’après la nature de leurs illusions d’optique
et leur préférence pour telle combinaison de lignes, avec
une introduction sur la théorie de la pathogénie; il fait
construire des haltères dynamogènes, des thermomètres
et manomètres normaux, applicables au traitement des
névroses.
Le nouveau rapporteur, dit Rapporteur Esthétique , au
moyen de tables et d’une notice explicative, très facile à
comprendre, permet de réaliser cà volonté des formes
agréables pour les sujets normaux. Les spécimens produits à l’aide de cet instrument ont toujours, sous des
formes diverses, été jugés d’accord avec la théorie, et ne
laissent aucun doute sur la solution pratique du problème.
Ces résultats n’intéressent pas seulement l’art industriel : en précisant ce qu’il faut entendre par le normal,
la nouvelle théorie imprime à la biologie et à la médecine
une direction rationnelle; en dosant le caractère normal
ou pathologique des réactions vivantes enregistrées par la
méthode graphique, le Rapporteur Esthétique devient un
instrument indispensable au clinicien. L’auteur présente
plusieurs exemples de cette importante application.
D’après la théorie, le caractère agréable ou non d’une
forme est lié au nombre qui la caractérise. C’est ce nombre
que l’œil précise inconsciemment en parcourant un
contour. Le Rapporteur Esthétique servant à convertir les
/
— 116 —
nombres en formes et les formes en nombres, habitue
l’œil à une exactitude rigoureuse. Son emploi est donc en
lui-même une méthode scientifique de dessin industriel;
cette méthode a produit déjà d’excellents résultats. Le
nouvel instrument peut également servir à améliorer l’écriture et par là le rythme des actions nerveuses ; il peut
modifier rationnellement la forme des caractères typographiques et par là favoriser l’exercice normal de la vue.
Indispensable dans la technique de la nouvelle polychromie
et pour l’interprétation de la méthode graphique, le nouveau Rapporteur est, en un mot, l’instrument scientifique
de la morphologie, considérée dans son sens subjectif le
plus abstrait, qu’il s’agisse de formes inorganiques ou
organisées, mortes ou vivantes, naturelles ou artificielles,
historiques ou actuelles.
Le Triple-Décimètre Esthétique permet, sans recourir
aux tables, de trouver dans les limites usuelles toutes les
mesures convenables.
Saint-Martin a fait aussi un travail sur les nombres1,
mais ce qu’on a publié de lui sous ce nom n’est qu’un
ensemble de notes réunies au hasard après sa mort ;
aussi n’en parlerons-nous pas davantage.
§ 3. — CONCLUSION
Arrivés en ce point, jetons un rapide coup d’œil sur le
chemin parcouru, afin de nous rendre compte des aspects
sous lesquels la Science antique se présente maintenant à
notre esprit.
1. SainL-Marlin, les Nombres (œuvre posthume).
I
— 117 —
Après avoir déterminé l’existence de cette science
renfermée dans les sanctuaires, nous avons vu qu’elle
employait pour parvenir à ses conclusions une méthode
spéciale que nous avons appelée méthode par analogie.
Puis nous avons découvert que cette méthode reposait
sur une hiérarchie naturelle comprenant trois grandes
divisions, celle des phénomènes, celle des causes secondes
et celle des causes premières, ou, d’après Saint-Yves
d’Alveydre, celle des FAITS, celle des LOIS et celle des
PRINCIPES, divisions désignées par les anciens sous le
terme de: LES TROIS MONDES.
L’emploi de ce nombre trois nous a forcément conduit
à l’étude de la conception spéciale sous laquelle la science
primitive envisageait les nombres et, parla façon dont se
forme le Ternaire, nous avons découvert une Loi cyclique
présidant à l’évolution des nombres et par suite à celle
de la nature entière.
L’analyse de cette loi nous a fait étudier deux procédés
de calcul inconnus des algébristes modernes, procédés
employés par toute l’antiquité depuis Homère jusqu’aux
alchimistes en passant par Moïse, Pylhagore et l’École
d’Alexandrie : la réduction et l’addition théosophiques.
Nous sommes maintenant en possession de méthodes
qui vont peut-être nous permettre d’aller plus loin ; aussi
n’hésitons-nous pas à pénétrer avec elles dans les mystères antiques pour savoir le grand secret que les initiés
conservaient couvert d’un triple voile.
PREMIÈRE PARTIE
LA DOCTRINE
CHAPITRE III
LA VIE
§ 1. — LA VIE UNIVERSELLE
Lorsqu’il s’agit d’édifier rapidement un édifice l’on fait
appel aux divers corps de métier qui participent généralement à la construction.
Les charpentiers, les maçons, les menuisiers, les serruriers, les peintres arrivent au lieu du travail.
Chacun de ces groupes, le plus souvent vêtu différemment, représente une spécification particulière de la maind’œuvre et pourtant, en dernière analyse, chacun de
ces groupes est composé d’éléments similaires : les
hommes.
Ce sont des hommes, tous constitués de même, en
tant qu’êtres humains, qui se sont d’abord groupés entre
eux puis se sont appliqués chacun à différents métiers
pour assurer, grâce à cette division, la rapidité du travail.
Ces hommes identiques comme constitution se nourrissent d’aliments semblables et nous voyons ces aliments
identiques absorbés par tous se transformer ici en travail
— 122 —
appliqué à la pierre, là en travail appliqué au bois ou au
fer ou à l'ornementation; enfin l’élément réparateur (l’aliment) semblable pour tous se transforme en forces différentes suivant l’éducation du récepteur (ouvrier) qui le
reçoit.
Il en est de même dans la constante édification de ce
monument si compliqué qui s’appelle l’organisme humain.
Des groupements cellulaires dénommés organes accomplissent chacun une fonction différente, montrant par là
leur analogie avec les corps de métier.
Et de même que ces corps de métier étaient, en dernière analyse, composés d’éléments identiques, les hommes; de même tous les organes sont composés en dernière analyse d’éléments identiques, les cellules.
Si nous décomposons donc l’organisme humain nous
trouverons à la base la cellule comme terme ultime
d’analyse .
Chaque cellule se modifie suivant le métier (fonction)
qu'elle est chargée d’exécuter de même que nos ouvriers
s’iiahillent en blouse blanche s’ils sont maçons, en bleu
s’ils sont menuisiers, en noir et bleu s’ils sont serruriers, etc. , etc.
Une fois la modification obtenue, les cellules se groupent entre elles d’après leur métier et chacun de ces groupements, correspondant à un corps professionnel , prend le
nom d ’organe.
Les organes s’unissent à leur tour quand ils ont un
même but général à accomplir et les appareils prennent
alors naissance. C’estainsique laconstructiond’unemaison
demande l’union de différents corps de métier correspondant à un appareil organique , tandis que la confection
d’un livre demande l’union de corps de métier différents
— 123
des premiers (imprimeur, fabricant de papier, d’encre,
brocheur, relieur, etc., etc.).
Le but pour lequel sont unis les différents corps de
métier ou organes prend le nom de fonction.
Ainsi la construction d’une maison demande la réunion
d’une certaine catégorie de travailleurs (appareil). Ces
travailleurs sont divisés par corps de métier (organes), chacun de ces corps de métier est en définitive composé d’éléments similaires : les hommes (cellules).
Cellule
l Ex. : Cellule musculaire,
( globule sanguin, etc., etc.
Groupement des |
cellules ou 1
| Organe
( Ex. : Un muscle, un os, le
j cœur, le foie.
Groupement des (
organes ou (
> Appareil
( L’appareil de respiration :
} poumons, cœur, vais-
( seaux et bronches.
But général ou j
Fonction
1 Fonction de circulation, de
| nutrition, etc., etc.
Telles sont les idées générales que nous fournit une
première considération de l’organisme humain.
Cependant il est un point qui demande une attention
particulière.
Nous avons vu, à propos des ouvriers, que chacun d’eux,
recevant une nourriture identique, la transformait en travail de résultats différents.
Existe-t-il pour toutes les cellules du corps humain un
élément semblable de réparation?
Oui.
Un seul et même principe réparateur circule dans l’organisme, charrié par le sang, et ce principe est transformé
en forces différentes suivant la cellule sur laquelle il
agit.
— 124 —
Ainsi la cellule du foie produira sous l’influence de
l’influx sanguin de la bile el de la matière glycogène ; la
cellule d’une glande salivaire produira de la salive tandis
que la cellule nerveuse donnera naissance à des phénomènes exoito-moteurs.
Résumons ces rapports dans une figure :
Bâtisse.
Charpente.
Travail de fer.
Travail de bois.
Peinture.
Nourriture
identique
Maçons
Charpentiers.
Serruriers . . .
Menuisiers . . .
Peintrès
Élément
réparateur unique
(charrié par le sang)
Glande salivaire. .
Estomac
Foie
Rein
Moelle
Salive.
Suc gastrique.
Bile.
Urine.
Force nerveuse.
Comment appellerons-nous l’élément réparateur qui vient
redonner la force ' aux organes au fur et à mesure des
besoins? nous l’appellerons la vie.
La vie, élément réparateur universel, circule autour des
diverses cellules. Celles-ci s’approprient ce qu’il leur faut
de force et l’individualisent suivant leurs besoins.
Si nous voulions figurer cette action par un schéma très
simple nous représenterions la circulation de la vie par
une ligne continue sur le parcours de laquelle les diverses
\. Le sang charrie deux sortes d’aliments réparateurs :
1» Un élément qui répare la substance des organes à mesure qu’elle
est usée. Cet élément est constitué par les matières albuminoïdes dissoutes dans la partie liquide du sang ( liquor );
2° Un élément qui répare la force des organes. Cet élément localisé
dans les organes figurés du sang et surtout dans le globule rouge ( hématies) est celui que nous appelons : la Vie. Voy. Gérard Encausse, Physiologie synthétique (circulation de la Force).
%
— 125 —
cellules individualisant la force générale la transforment
en forces particulières.
A. — Courant général (le sang).
B. — Individualisation du courant par la cellule (nutrition).
C. — Force particulière dérivée du courant général sous l'influence de la
cellule.
Notons donc bien ce point :
La vie de chaque cellule provient de /’ individualisation
par cette cellule de la vie générale de l'être humain.
Mais d’où provient donc cette force que transporte le
sang dans tout l’organisme? Comment entre-t-elle dans
l’homme et d’où vient-elle?
Les cellules sont baignées par le sang. C’est de lui
qu’elles tirent leur force. Qu’arrive-t-il si le sang vient à
manquer? La cellule ne tarde pas à périr; les éléments
qui la composaient, jadis utiles, deviennent nuisibles et sont
éliminés au plus vite.
Nous avons vu que chacun des ouvriers de notre édifice
représentait exactement une cellule du corps humain. Il
doit exister quelque chose de laquelle sont entourés ces
ouvriers et qui cause leur mort dès qu’elle vient à manquer. Cette chose c’est Y Air.
— 126 —
L’air est pour les hommes ce que le sang est pour les
cellules. Les hommes aspirent dans leurs poumons cet air,
le même pour tous, et le transforment en la vie particulière
de chacun d’eux.
La même figure que tout à l’heure nous servira donc en
changeant simplement quelques noms. Au lieu de sang
nous dirons air atmosphérique , au lieu de cellule nous dirons
homme.
a — ^
Cette figure, en apparence très naïve, montre que
l’homme après sa naissance est attaché par la respiration
à la Terre, comme le fœtus était attaché, avant la naissance, à sa mère par le cordon ombilical.
Cette idée que l’air est pour l’individu humain ce que le
sang est pour les cellules, nous conduit à de nouvelles
considérations. L’homme n’est pas, en effet, le seul être
de la Terre qui puise dans l’air ambiant les éléments nécessaires à l’entretien de sa vie particulière.
Tous les êtres vivants à peu près se comportent comme
l’homme vis-à-vis de cet air ambiant. De là découle tout
naturellement l’idée que ces êtres représentent des cellules
tout aussi bien que l’homme ; mais cellules de quoi ?
C’est ici que prend place une des idées de la Science
Occulte qui semble des plus bizarres à nos contemporains.
127 —
Cette idée c’est que, de même que les cellules de l’homme,
après s’être groupées en organes et en appareils, constituent
les fonctions de cet homme, et par là même son existence
matérielle, de même tous les êtres vivants situés sur notre
planète sont des cellules de cette planète qui est un être
vivant.
Tous les êtres terrestres sont attachés à l'atmosphère
par la respiration.
Ainsi le règne minéral constitue l’appareil général qui
forme la charpente de l’être uni à quelques représentants
du règne suivant.
Le règne végétal constitue la vie végétative de la Terre
et le règne animal tout entier constitue sa vie sensitive,
son système nerveux.
Chaque représentant de ce règne animal est une cellule
nerveuse de la Terre, chaque famille un organe, et enfin
l’animalité tout entière préside à la fonction de l’innervation.
Chacun des êtres humains représente une des cellules
128 —
nerveuses les plus élevées. La partie féminine de l’humanité est réceptrice, sensitive et la partie masculine est volontaire, motrice ; si bien que l’ensemble de tous les hommes
situés sur notre planète, l’humanité terrestre, est le cerveau
de la Terre.
J’ai fait mes efforts pour expliquer de mon mieux une
des idées défendues par tous les disciples de l’Ecole Pythagoricienne, par tous ceux des Écoles Platonicienne ou
néo-Platonicienne, l’idée que tout est vivant dans l’Univers,
même les planètes. Cela peut sembler étrange au xix° siècle
et pourtant tout n’est pas fini.
Résumons ce que nous avons dit avant d’aller plus loin.
Dans l’organisme le sang identique pour toutes les cellules fournit à chacune d’elles la force dont elle a besoin.
(Rappelons-nous à ce sujet que les aliments identiques
pour tous les ouvriers de notre édifice sont transformés
en forces diverses suivant le métier de l’ouvrier qui les
reçoit.)
Sur la Terre, l’air atmosphérique, courant général, est
absorbé par chacun des êtres vivants individualisé en la
vie particulière de chacun de ces êtres. La même figure nous
servira toujours à exprimer schématiquement cette idée.
Il suit de là que l’air atmosphérique agit vis-à-vis des
êtres situés sur la Terre comme le sang agissait vis-à-vis
des cellules situées dans l’organisme. L’air est le sang de
la Terre.
Mais chez l’homme le sang tire sa force de l’atmosphère
par la respiration. D’où proviennent donc les principes de
force que possède le sang de la Terre? Pour découvrir le
principe vivifiant apporté à la cellule, nous avons cherché
dans quoi cette cellule était plongée et nous avons vu que
c’était dans le sang.
Pour découvrir le principe vivifiant apporté à l’homme,
12!» —
nous avons cherché clans quoi cet homme était plongé et
nous avons vu que c’était clans l’air atmosphérique.
Enlever l’apport de sang à une cellule ou l’apport d’air
respirable à un homme, c’est les tuer.
Dans quoi la Terre est-elle plongée?
Dans de la lumière solaire ainsi que tous les astres de
notre monde.
Enlever l’influence du Soleil à une planète c’est détruire
du coup toutes les forces qui agissent sur elle et la retiennent dans l’espace, c’est la tuer.
.Nous voilà parvenus à une idée encore plus curieuse
pour les contemporains que celles que nous avons énoncées
tout à l’heure: c’est que -les planètes ne sont que des cellules de l’Univers. Elles suivent la loi de toutes les cellules
et reçoivent leurs principes vivifiants d’un fluide régénérateur, le même pour toutes, la lumière solaire.
De même que le sang baignant toutes les cellules était
transformé en la vie propre de chacune de ces cellules, de
même que l’air baignant tous les êtres vivants était transformé en la vie propre de chacun de ces êtres, de même
la lumière solaire identique pour toutes les planètes est
transformée en l’atmosphère de chacune de ces planètes,
c’est-à-dire en la vie particulière de chacune de ces planètes. Le même schéma qui nous avait servi pour les
ouvriers et pour nos autres déductions vient encore s’appliquer exactement ici :
Forces diverses
(Air).
toutes les planètes
identique pour
Mars. . .
Venus . .
Mercure
Vie saturnienne,
Vie de Jupiter.
Vie de Mars.
Vie de Vénus.
Vie de Mercure.
9
I
— 130 —
Arrivés à ce point, résumons encore les résultats acquis,
car on ne saurait trop résumer et répéter toutes ces idées,
courantes chez les anciens, totalement inconnues chez les
modernes.
Notre point de départ a été la cellule, terme ultime de
l’analyse de l’homme physique. Figurons cette cellule par
un point.
La cellule se groupe pour former des organes. Indiquons ceci par trois points enveloppés dans un cercle. Chacun des points est une cellule. Le cercle indique schématiquement l’organe
dérivant du groupement de ces cellules.
Les organes se groupent pour former des appareils.
L’ensemble des appareils forme l’individu. (Le cercle
indique schématiquement l’individu, synthèse des appareils.)
La cellule
© L'organe
L'appareil
L' individu
Mais cet individu n’est qu 'une cellule par rapport à la
planète. Si bien qu’on peut recommencer la série en mettant la figure de l’individu à la place de celle du point (la
cellule).
On obtiendra ainsi une série nouvelle de groupements
correspondant à la réunion des individus (famille), à la
réunion des familles (tribu), à la réunion des tribus (race),
pour arriver à l’humanité.
On pourrait continuer ainsi la progression, arriver à
l’Humanité nouvelle cellule, puis à la Terre, puis au
Monde, puis à l’Univers. Les exemples ci-dessus suffiront,
je pense, à donner une idée de cette progression.
— 132 —
★
En dernière analyse le corps humain se réduit à la cellule, l’humanité se réduit à la molécule sociale qui est
l’homme, le monde se réduit à l’astre et l’Univers au Monde.
Mais cellule, humanité, astre, monde, Univers, ne son!
que des octaves de l’Unité toujours la même.
N’allons-nous pas voir les cellules se grouper pour former un organe, les organes se grouper hiérarchiquement
pour former les appareils et ceux-ci se grouper pour former
l’individu ?
Cellule,
Organe,
Appareil,
Individu,
telle est la progression qui constitue l’homme physiquement parlant.
Mais cet individu, qu’est-ce sinon une cellule de l’humanité?
La loi que suit la nature est si vraie que partout nous la
retrouvons identique, quelle que soit l’étendue des objets
considérés.
L’homme se groupe pour former la famille, la famille se
groupe pour former la tribu, les tribus établissent le groupement hiérarchique pour constituer la nation, reflet de
l’Humanité.
Homme,
Famille,
Tribu,
Nation-Humanité.
Mais qu’est donc l’humanité sinon une cellule de l’animalité? Cette animalité n’exprime qu’un des degrés des
règnes existant sur la planète.
133 —
Voyez les satellites se ranger autour des planètes, les
planètes autour des Soleils pour constituer les Mondes ;
les Mondes qui ne sont eux-mêmes que des cellules de
l’Univers marquent en traits de feu dans l’infini les lois
éternelles de la Nature.
Partout éclate cette mystérieuse progression, cet arrangement des unités inférieures devant l’Unité supérieure,
cette sériation1 universelle qui part de l’atome pour monter d’astre en Monde jusqu’à cette UNITÉ PREMIÈRE
autour de qui gravitent les Univers.
Tout est analogue, la loi qui régit les Mondes régit la
vie de l’insecte.
Étudier la façon dont les cellules se groupent pour former un organe, c’est étudier la façon dont les Règnes de
la Nature se groupent pour former la Terre, cet organe de
notre Monde ; c’est étudier la façon dont les individus se
groupent pour constituer une famille, cet organe de l’Humanité.
Étudier la formation d’un appareil par les organes, c’est
apprendre la formation d’un monde par les planètes, d’une
nation par les familles.
Apprendre enfin la constitution d’un homme par les
appareils, c’est connaître la constitution de l’Univers par
les Mondes et de l’Humanité par les Nations.
Tout est analogue : connaître le secret de la cellule c’est
connaître le secret de Dieu.
L’absolu est partout. — Tout est dans tout.
D’après tout ce qui précède on voit que la définition de
la Vie qui semble facile au premier abord est bien plus
générale qu’on ne le pense ordinairement.
Pour l’homme la vie est bien cette force charriée par le
1. Terme employé par Louis Lucas.
— 134 —
globule sanguin et qui vient régénérer les organes ; mais
c’est là la vie humaine, ce n’est pas la vie.
En effet, cette force n’est qu’une modification de l’air qui
renferme la vie de tous les êtres sur la Terre.
Si l’on 11e veut, comme la plupart des savants actuels,
voir l’origine de la vie que dans l’atmosphère terrestre, on
peut s’arrêter là.
Mais nous avons vu que l’atmosphère terrestre, tout
comme le sang humain, tire ses principes vivifiants de
plus haut, du Soleil lui-même.
Nous pourrions remonter ainsi à l’infini ; mais comme
nos connaissances scientifiques générales s’arrêtent à notre
monde, n’allons pas plus loin et, constatant que la force du
sang vient de l’Air, la force de l’Air de la Terre, et la force
de la Terre du Soleil, disons :
La vie c’est de la force solaire transformée.
8 2. — MARCHE DE LA YIE
l’involution et l’évolution
Si nous nous reportons à notre analogie première de
l’édifice et des ouvriers nous pourrons en tirer encore de
nouvelles idées.
En effet, nous avons bien fait appel à une série de
corps de métiers pour bâtir notre monument ; mais il
existe une hiérarchie intellectuelle entre ces différents
métiers.
Ainsi, le sculpteur qui viendra donner à la pierre des
figures diverses est supérieur intellectuellement au maçon qui ne fait que poser ces pierres d’après un ordre
déterminé par avance.
Le corps humain reproduit la même hiérarchie. Il existe
— 135 —
différents degrés entre les diverses forces émanées toutes
de l'élément unique : le sang.
Lorsque cette force apportée par le sang se trouve en
contact avec les organes, elle subit certaines modifications
déterminées par la constitution intime de l’organe.
11 est clair que la cellule nerveuse tire du sang une force
différente de celle qu’en extrait la cellule musculaire ou
la cellule osseuse.
11 y a donc dans l’homme une hiérarchie de cellules
matérielles qui composent son corps.
Quelques-unes de ces cellules sont constituées par des
principes plus matériels comme les cellules osseuses ;
d’autres, au contraire, sont constituées par des éléments
se rapprochant plus de la phosphorescence comme les
cellules nerveuses. Si nous voulions représenter cette constitution de l’homme physique nous ne pourrions même le
faire que par une figure mince en haut pour indiquer le
moins de matérialité des cellules élevées et épaisse en bas
pour montrer le contraire.
Nous obtiendrons ainsi la figure d’un prisme.
Une force identique, celle du sang, la vie, se brisant
contre ce prisme, se trouve donc immédiatement hiérarchisée et transformée en forces différentes suivant l’épaisseur de ce prisme, c’est-à-dire suivant la matérialité des
cellules.
136 —
( Forces différentes)
Une autre image encore plus suggestive explique ce
phénomène, c’est celle d’une harpe.
La longueur différente des cordes de la harpe indique
les différents degrés de matérialité des cellules organiques.
Un même ébranlement produira un son grave matériel sur
les longues cordes, tandis qu’il produira un son aigu spirituel sur les cordes les plus courtes.
Cette transformation que subit la force a un but :
l' évolution.
Certaines des forces produites subissent une telle
action de la part des organes qu’elles sont plus élevées
dans la hiérarchie générale que la force initiale.
Ainsi, la vie de l’être humain se transforme successivement en force nerveuse du grand sympathique qui fait
marcher les divers organes extra-volontaires, puis en
intelligence dans le cerveau.
Il était entré de l’air dans l’homme ; il en ressort, après
un travail spécial, de l’idée ou du fluide nerveux; on voit
qu’il y a eu progrès.
Il en est ainsi dans toute la Nature.
Si nous considérons la Terre comme un être vivant,
137
nous verrons que sur elle aussi les êtres vivants, c’est-àdire les cellules, sont groupés par hiérarchies.
En bas, nous trouvons le règne minéral dans toutes ses
modifications qui forme la charpente générale correspondant au système osseux de l’homme.
Origine de la. Vie.
Au milieu nous voyons le règne végétal, la distribution
générale des forces de la Terre analogue au système sanguin de l’homme.
Enfin, en haut, nous voyons le règne animal couronné
par la race humaine, analogue au système nerveux couronné par le cerveau.
La force solaire vient se briser contre les différents
— 138 —
règnes comme la force du sang contre les différents
organes. Des résultats nouveaux prennent alors naissance.
Cette force solaire se brisant contre la partie matérielle
delà Terre donne naissance aux forces physiques, chaleur,
lumière, électricité, magnétisme.
L’action du Soleil sur le règne végétal donne au contraire naissance aux forces chimiques et entre autres à
la partie vivifiante de l’atmosphère.
Enfin, l’action de ces forces spéciales sur le règne
animal donne naissance aux puissances psychiques, instinct — intelligence, idée — qui forment au-dessous de
l’àme la portion la plus sublimée de la vie.
La Terre avait donné à l'homme de la force vitale,
l’homme lui rend en échange de l’intelligence ; le Soleil
avait donné à la Terre de la lumière, la Terre renvoie au
Soleil de l’âme. Comment cela se produit-il?
Claude Bernard a démontré que chaque fois qu’une idée
était produite par l’homme cela voulait dire qu’une
cellule nerveuse venait de périr. Or, si l’on se souvient
que nous avons dit que chaque être humain était une
cellule nerveuse de la Terre, on comprendra pourquoi
chaque fois qu’un être humain meurt, la Terre manifeste
une idée (l’âme de cet homme), idée bonne si l’âme est
bonne, mauvaise si l’âme est mauvaise. De même que la
cellule nerveuse de l’homme est un moyen de transformation de l’air en idée, de même l’homme est un moyen
de transformation de la lumière solaire en âme.
Nous voyons donc que si l’Esprit s’incarne dans la
Matière c’est pour évoluer et pour remonter conscient par
l’épreuve alors qu’il était émané à l’état de force inconsciente.
— 139 —
Résumé.
Nous avons montré dans tout ce qui précède deux courants: l’un, caractérisé par la descente de la Force dans la
Matière, c’est l'involution ; l’autre, caractérisé par la rentrée
progressive de la Matière dans la Force, c’est l'évolution .
L’esprit s’embrouille dans tous ces mots de force et de
matière, d évolution et d’évolution ; aussi un exemple
est-il absolument nécessaire pour éclaircir tout cela.
S’il est vrai qu’il s’agit là d'une loi générale, elle doit,
d’après l’analogie, se retrouver en réduction partout. Nous
allons voir qu’il en est effectivement ainsi.
Prenons par exemple une bûche, un morceau de bois
quelconque et raisonnons sa fabrication.
A l’origine ce morceau de bois était un germe dans
une graine.
La graine fut mise en terre et bientôt naquit une tige fragile. Le but de cette fige était de mettre en contact deux
éléments : la matière tirée de la terre et la force tirée du
soleil et de ses dérivés (air entre autres).
La fonction du végétal se borne donc à ceci: puiser
dans la terre des sucs particuliers tirés principalement des
minéraux; puis combiner dans l'intimité de ses tissus ces
sucs avec des rayons solaires. C’est ainsi que se forme
le bois. Le bois constitue donc un morceau de soleil enfermé dans de la matière (pardonnez-moi l’imperfection de
l’image). Si nous voulions figurer tout cela par un schéma
nous représenterions la force du Soleil par sa triple spécialisation Chaleur-Lumière-Électricité sur une ligne
droite.
Chaleur Lumière Electricité
i 1 1
Nous représenterions l’action de cette force sur un
140 —
arbre par un point matériel de concentration sur lequel viendraient se réunir ces forces.
D’après cette
figure, notre bûche contient donc
en elle de la force
emmagasinée .
C’est là l’involutio?i, la descente
de la force dans la
matière.
Tout cela est-il
vrai?
L’ expérience
Soumettons notre morceau de bois à un condensateur
de force très grande de manière à délivrer les rayons
solaires enfermés en lui: allumons notre bûche.
Aussitôt un phénomène bien curieux pour l’observateur
se produit. La chaleur, la lumière, l’électricité prennent
naissance et se réunissent en un principe tout spirituel:
la flamme. La figure suivante nous montre les diverses
phases du phénomène.
contraire va vous le montrer.
— 141
La flamme est en petit l’image du Soleil; c’est le Soleil
jadis enfermé qui retourne à sa source.
Si nous rapprochons les deux figures nous verrons que
la première représente la façon dont le Soleil devient
Matière, la seconde la façon dont la Matière devient Soleil.
Si nous réunissons ensemble la figure de la matérialisation de l’Esprit et celle de la spiritualisation de la
Matière, nous obtiendrons l’image suivante :
Nous pouvons résumer encore mieux le fout en une
seule figure qui aura l’avantage de représenter les deux
Cha/eur
Les flèches descendantes indiquent le premier courant
(descente du Soleil sur le Bois) ; les flèches ascendantes indiquent le second (remontée du Bois dans le Soleil).
★
¥ ¥
Deux considérations importantes doivent être tirées dès
maintenant de tout ce qui précède : la première c’est que
l’évolution quelle qu’elle soit, qu’il s’agisse de la montée du
minéral par le végétal vers l’animalité ou delà montée de
la matière vers la force, est précédée d’un courant opposé
inconnu des transformistes actuels : l’involution.
La seconde que ces deux courants passent l’un et l’autre
par la même voie, l’un pour descendre (l’involution), l’autre
pour monter (l’évolution).
★
¥ ¥
La vie circule dans la cellule, la vie circule dans
l’homme, d’où vient-elle?
La cellule humaine est immobilisée dans l’organe, mais
voici que le courant vital porté par le sang passe rapide
au-devant d’elle ; elle prend de ce courant ce qu’il lui faut
et accomplit sa fonction; le courant est le même partout
et chaque cellule le transforme différemment.
Ici c’est la cellule d’une glande qui va puiser sa force
dans la vie que le sang lui apporte, et la salive, le suc
gastrique ou la bile vont être sécrétés.
Là c’est la cellule musculaire qui va emprunter le moyen
de se contracter à ce même courant qui a fourni tout à
l’heure des sécrétions diverses.
Là enfin c’est la cellule nerveuse qui va transformer en
Intelligence ce même agent producteur de phénomènes si
différents.
!
• *
— 143 —
Est-il possible qu’une même force : la vie, soit transformée en forces d’ordres si différents et cela par la forme
différente des organes?
A cette question le chercheur se renferme dans son
laboratoire et voit un faisceau de lumière blanche venir se
briser contre un prisme et se transformer en couleurs
variées.
Les couleurs dépendent de l’épaisseur du verre traversé.
Cet essai suffit. — 11 comprend.
La vie toujours la même qui circule dans l’homme peut
être comparée à la lumière blanche, chacun des organes à
un morceau différent du prisme. Le courant de lumière
blanche passe et chacun des organes agit en lui. Ici c’est
un organe dont la matière est grossière, il représente la
base du prisme, les couleurs inférieures vont apparaître ou
plutôt les sécrétions les plus grossières.
Là c’est un organe où la matière est à son maximum
de perfection, il représente le sommet du prisme, les couleurs supérieures se forment, l’intelligence va naître.
Telles sont les bases de la Médecine occulte1. Mais ce
courant vital, d’où vient-il encore?
De l’air où le globule sanguin va le chercher pour le
charrier à travers l’organisme.
Mais l’Unité magnifique des productions d’Osi ris-ï sis
apparaît encore plus éclatante.
Un même courant circule à travers la Planète et chacun
des Individus qui est sur elle y prend sa vie.
L’homme aspire et transforme la Vie terrestre en Vie
humaine, comme dans lui le cerveau transformera cette
Vie humaine en Vie cérébrale, le foie en Vie hépatique, etc.
1. Voy. pour développement la Médecine nouvelle, de Louis Lucas.
— 144
L'Animal transforme la Vie terrestre en la sienne
propre, selon son espèce.
Le Végétal puise aussi à pleines feuilles sa vie spéciale
dans celle de la mère commune la Terre.
Le Minéral et tous les êtres transforment en force personnelle cette force terrestre.
Toujours l’analogie mathématiquement exacte, avec la
lumière blanche et le prisme dont chaque être représente
un morceau.
Mais la Terre ne prend-elle pas sa vie et par suite celle
de tout ce qu’elle porte dans ce courant lumineux et vital
dans lequel elle plonge?
Le Soleil déverse à pleins tlots sa Vie solaire sur les planètes de son système et chacune d’elles transforme la Vie
solaire en sa vie propre. La Terre en fait la Vie terrestre;
Saturne la Vie saturnienne, sombre et froide; Jupiter sa vie
propre, et ainsi pour chacune des autres planètes et de
leurs satellites.
Mais le Soleil lui-même ne tire-t-il pas sa Vie solaire,
cette lumière-chaleur-électricité qu’il déverse, de l’Univers
dont il fait partie?
Alors le chercheur, saisissant dans son auguste ensemble
la Synthèse de la vie, se prosterne et adore.
11 adore la Vie qui est en lui, cette Vie que la Terre
lui a donnée, cette Vie que le Soleil a donnée à notre Monde,
que celui-ci a tirée de l’Univers et que l’Univers a tirée
du centre mystérieux et ineffable où l’Etre des Etres,
l’Univers des Univers, l’UNITÉ VIE, OSIRIS-ISIS, réside
dans son éternelle union. \
11 se prosterne et il adore DIEU en lui, DIEU dans le
Monde, DIEU dans l’Univers, DIEU en DIEU.
La vie que nous avons trouvée partout saurait-elle
échapper aux lois communes?
— 145 —
Le phénomène, quel qu’il soit, révèle toujours et partout son origine trinitaire. Les séries pour aussi grandes
qu’elles apparaissent se rangent toutes suivant la mystérieuse loi :
Actif
Passif
Neutre
Positif
Négatif
Equilibré
+
’ —
OD
Cct homme qui commande en maître dans la famille où
il représente le positif va se courber devant la loi de la
tribu, et par là devenir négatif.
La Terre qui attire à elle, qui réunit dans son absorbante unité, tous les êtres et les objets situés à sa surface,
agissant ainsi comme active, obéit passivement à l’attraction du Soleil, son supérieur.
Nous voyons par là apparaître l’absorption des séries
inférieures par les séries supérieures, et de celles-ci, considérées comme séries inférieures, par une série supérieure, etc., à l’infini1.
✓ / 4
La Chaleur apparaît positive dans le Chaud, négative
dans le Froid, équilibrée dans le Tempéré.
La Lumière apparaît positive dans la Clarté, négative
dans l’Ombre, équilibrée dans la Pénombre.
L'Klectricité se montre positive dans le Positif, négative dans le Négatif, équilibrée dans le Neutre.
Mais la Chaleur, la Lumière et l'Électricité ne représentent-elles pas trois phases d’une chose plus élevée2?
Cette chose dont la Chaleur représente le Positif, la
Lumière l’Équilibre, l’Électricité le Négatif, c’est la Force
de notre Monde.
1. Louis Lucas, 3e loi du Mouvement.
2. Dans la nature, l’électricité n’est qu’un détail comme dans le spectre solaire le rouge n’est qu’une nuance.
Electricité, Chaleur, Lumière sont trois phases générales du mouvement
dont les nuances intermédiaires sont infinies (Louis Lucas).
10
— 146 —
Remontons expérimentalement à travers les phénomènes; après la physique traversons la chimie, voyons
clans une expérience connue : l’oxigène se rendre au pôle
du Mouvement, l’hydrogène au pôle de la Résistance et
l’azote tantôt à l’un, tantôt à l’autre de ces deux pôles
suivant le rôle qu’il joue dans les combinaisons. Voyons
qu’il en est de même absolument des autres corps métalloïdes et métalliques ; retrouvons partout le mouvement
acidifiant, le repos alcalinisant et l’équilibre entre les deux
représenté par l’azote et ses nuances1 Quand de progression en progression, d’Univers en Univers nous aurons
remonté à la plus haute abstraction, nous verrons une force
unique s’opposant à elle-même pour créer dans son activité le Mouvement, dans sa passivité la Matière2 et dans
son équilibre tout ce qui est compris entre la divisibilité
et l’unité, les échelons infinis par lesquels la force remonte
depuis l’état solide3 jusqu’aux formes les plus élevées de
l’intelligence, du génie, et enfin jusqu’à son origine Dieu,
dont l’activité s’appelle le Père ou Osiris, la passivité le Fils
ou Isis, et l’équilibre, cause de Tout, image de la TRIUNITÉ qu’il constitue, se nomme Saint-Esprit ou
Ilorus.
Nous tenons maintenant un des plus grands secrets du
Sanctuaire, la clef de tous les miracles passés, présents et
futurs, la connaissance de cet agent toujours le même et
toujours diversement désigné, le Telesma d’Hermès, le
1. Louis Lucas, Chimie nouvelle , p. 282.
2. La matière présente une résistance, une résistance c’est-à-dire une
force. Car les forces seules sont capables de résistance, et, par celte considération, la matière décèle son origine UNITAIRE identique avec le
mouvement initial et élémentaire. Le mot Matière exprime la passivité
du mouvement comme le mot Force en désigne l’activité. (Louis Lucas.)
3. La matière révèle son origine par ses trois principales nuances :
Matière positive ou Etat gazeux. Matière négative ou Etat solide, Matière
équilibrée ou Etat liquide.
147 —
Serpent de Moïse et des Indous, l’Azoth des alchimistes,
la Lumière astrale des Martinistes et d’Eliphas Levi, enfin
le Magnétisme de Mesmer et le Mouvement de Louis Lucas
qui a découvert les trois lois qui le dirigent et en a montré
l’application aux sciences positives contemporaines.
Nous aurons à parler dans le chapitre suivant de cette
« Lumière astrale » dont nous venons de retrouver la
trace. Pour nous cantonner dans la description de la Vie
nous devons, maintenant que nous avons vu les deux courants de son mouvement, descendant ou involutif et ascendant ou évolutif parler des deux voies qu’elle suit dans sa
marche, ce qui nous amène à dire quelques mots du
Transformisme.
S :L LE TRANSFORMISME — LA CHAINE PLANÉTAIRE
LA VAGUE DE VIE DANS UN MONDE
TRANSFORMISME — LA CHAINE PLANÉTAIRE)
A la théorie de l’évolution, delà montée progressive de
l’Esprit vers la Matière se rattache une idée chère à nos
contemporains : celle du Transformisme.
D'après cette idée, admise presque universellement
aujourd’hui dans le monde scientitique, les êtres vivants se
transforment progressivement les uns dans les autres depuis
les espèces les plus inférieures jusqu'à l’homme.
La Nature se présente à nous sous l’aspect d’une éternelle élaboratrice perfectionnant sans cesse les types créés
pour atteindre un idéal qui sera le couronnement définitif
de la Loi de Progrès.
Depuis longtemps les écoles d’occultisme enseignent
le transformisme ; mais cependant avec d’autres considérations que les savants contemporains.
— 148 —
Ceux-ci ont cru trouver dans cette théorie de l’évolution tous les éléments nécessaires à la destruction définitive des religions et de leurs enseignements ; ils n’ont
réussi qu’à montrer une chose, c'est jusqu’à quel point
d’erreur on peut pousser une idée vraie quand on veut
l’appliquer outre mesure.
Le matérialisme ne concevant pas qu’il existe trois
plans adéquats d’évolution agissant ensemble a voulu faire
sortir tout du principe de l’inertie : la Matière.
La Matière génère l’intelligence, génère la mémoire, etc.,
etc., affirmations soutenues sans songer que les cellules
organiques ont changé cent fois alors qu’un fait enregistré
dans la mémoire n’a pas été oublié1.
Les positivistes, partisans fanatiques du transtormisme
donné de la seule matière, accusent les créateurs de
religions d’avoir inventé une série de fables ridicules pour
expliquer l’origine de l’homme et se font fort de tout démontrer scientifiquement à l’aide delà Géologie, de l’Anthropologie, de l’Anatomie comparée, etc., etc.
Or ouvrez les livres de ces messieurs et amusez-vous à
faire la liste des hypothèses données comme de pures
vérités qui expliquent l’origine du langage parlé, l’usage
de la main droite universellement plus répandu sur la terre
à toutes les époques et dans tous les climats que celui de
la main gauche, l’origine de la morale et des idées religieuses et vous me demanderez bientôt quels sont les
plus imaginatifs des mauvais traducteurs de Moïse à qui
nous devons l’histoire de la Pomme ou des positivistes démontrant qu’un de nos ancêtres ayant eu l’idée ingénieuse
de se moucher un jour avec un mouchoir et de la main
i. Voy. à ce sujet le beau travail de Maldan, Matière et Force. Paris,
in-8°, travail basé sur une foule d’expériences physiologiques de F. Flourens, de Claude Bernard, etc., etc.
149 —
droite, cette idée s’est multipliée par révolution et l’hérédité au point d’envahir toute la race blanche ou à peu
près.
D'un côté « la Science » prouve que les maladies s’atténuent par l’hérédité ; de l’autre les positivistes affirment
que les habitudes croissent et multiplient sous l’influence
de cette hérédité. Qui croire?
Deux occultistes ont étudié spécialement l’évolution
pour démontrer la réalité de la plupart de ses données, et
1’enseignement de l’ésotérisme à ce sujet ; ce sont Louis
Dramard 1 et G. Poire/.2 3.
Poirel s’appuyant sur le Ternaire llérédilé-Transforinisme-Evolution montre l’antiquité de ces idées en citant
un ouvrage que nous reproduisons en entier\ Les cinquante portes de T Intelligence.
Le défaut capital de la conception du Transformisme
parles contemporains c’est l’ignorance de cette loi d’évolution qui n’est pas figurée par une ligne éternellement
ascendante ; mais bien par un cercle avec deux périodes,
mie de montée et une de décadence ou de repos, suivie
d’une montée plus rapide, ainsi que nous l’avons dit à
propos du « Progrès ».
D’après la théorie actuellement reçue il est impossible
d’expliquer comment, tous les hommes ayant pris naissance sur les plateaux de l’Asie, les races de couleurs différentes ont pris naissance.
On ne sait pas non plus pourquoi, alors qu’il est indéniable qu’il existe des preuves évidentes de transformation
d’un organe dans un autre à travers l’espèce animale on
1. Louis Dramard, La Science Occulte. Paris, 1886, in-8° (8, R. Pièce,
3360, Bib. Nat.).
2. G. Poirel, Le Transformisme et la Science occulte, conférence à la Loge
Travail et Vrais amis fidèles.
3. Voy. page 383.
— 130
ne voit pas ces transformations s’accomplir comme cela se
produit pourtant dans le règne végétal où il est facile de
se rendre compte de la transformation des feuilles en
éléments constitutifs des fleurs et des fruits.
Or non seulement l’ésotérisme admet le transformisme,
mais il donne à ce sujet des théories très générales et
d’une portée beaucoup plus grande que celles qui sont
généralement admises en Europe. Ces théories sont résumées dans l'idée de la Chaîne planétaire. Pour bien faire
comprendre cette idée nous la ferons précéder selon notre
habitude de quelques exemples pouvant servir analogiquement de point d’appui.
★
* *
Supposons que nous avons non pas une mais quatre
maisons à bâtir sur des terrains situés l’un près de l’autre.
Le nombre de nos ouvriers est cependant tel que nous
ne pouvons les utiliser que pour construire uue seule maison à la fois. Nous commençons donc par les appeler
tous, toujours par corps de métier.
Voici les terrassiers , ceux qui seront chargés de préparer le terrain pour recevoir les constructions. A côté d’eux
viennent les charpentiers qui dresseront la carcasse du
bâtiment puis les maçons qui construiront, enfin les forgerons et serruriers qui travailleront en même temps que les
maçons et les peintres qui viendront tout terminer.
La construction de la Maison demande trois grandes
phases :
Celle du commencement, de rétablissement des travaux
avec les terrassiers et les charpentiers, celle de l’exécution proprement dite avec les maçons, les serruriers, les
menuisiers, les parquetiers, les couvreurs, etc., etc.,
enfin celle de l’ornementation avec les peintres.
Pour éviter les énumérations inutiles nous prendrons un
seul des métiers pour caractériser chaque période et nous
diviserons ces périodes en trois : celle des terrassiers,
celle des maçons, celle des peintres.
Voici donc nos ouvriers tout prêts à commencer et
placés devant nos quatre terrains.
Repos
3 — Peintres
2 — Maçons
1 — Terrassiers
— 1er terrain — 2e — 3e — 4 e
1er Temps. — L’ordre de commencer les travaux arrive.
Les maçons et les peintres ne bougent pas; seuls les terrassiers se mettent à l’ouvrage sur le premier des terrains.
C’est ce qu'indique la disposition suivante :
Repos •
3 — Peintres
2 — Maçons
1 — Terrassiers
1er terrain — 2e — 3e — 4°
T Temps. — ■ Mais quand les terrassiers ont préparé le
premier terrain vont-ils rester oisifs? Pas du tout, ils vont
passer dans le deuxième et commencer à y travailler.
Mais va-t-on laisser ainsi préparé le premier terrain?
Vous pensez bien que non. Quand les maçons voient le
terrain prêt ils s'y rendent et commencent aussi- les travaux. A ce moment on travaille sur deux des terrains
comme nous l’indique la disposition suivante :
Repos
3 — Peintres
2 — Maçons
1 — Terrassiers
( terrasse faite )
l‘r terrain — 2e —
4e
3e
— 152 —
3e Temps. — Au moment où les terrassiers ont fini de
préparer le deuxième terrain il se trouve que les maçons
ont fini de bâtir la maison située sur le premier terrain.
Alors on comprend ce qui se produit. Les terrassiers
passent au troisième terrain, les maçons au deuxième et
les peintres qui jusque-là s’étaient reposés viennent dans
le premier terrain et ornent la maison.
A ce moment tout le monde travaille chacun dans son
terrain ainsi que l’indique la disposition suivante :
Repos
3 — Peintres
2 — Maçons
1 — Terrassiers
1er terrain — 2e — 3° — 4e
4e Temps. — Quand les terrassiers ont achevé de préparer le troisième terrain les maçons ont fini la seconde
maison et les peintres ont entièrement orné la première
qui est prête pour Pusage. Tout le monde passe alors
sur le terrain suivant ainsi que l’indique cette disposition :
Repos
Peintres
Maçons
1er Terrain
90
3°
Terrassiers
4e
5e Temps. — Quand les terrassiers ont terminé leur travail de préparation dans le quatrième terrain, il ne leur
reste plus rien à faire. Ils ont été les premiers à travailler,
ils sont les premiers à aller se reposer de nouveau, ce qui
est justice.
153 —
Pendant ce temps les autres ouvriers avancent tous d’un
terrain, ce qui nous donne la figure suivante :
Repos
Peintres
Maçons
Repos
Terrassiers
1er Terrain
2e
3e
4e
Nous nous contentons de donner les figures de ce qui
se passe aux deux temps suivants jugeant inutile après ce
qui précède de les expliquer encore.
6e Temps.
Repos
3
Peintres
9
1
1er Terrain
2e
3 e
*
4e
Repos
Maçons
Terrassiers
7e Temps.
3
2
1
Repos
1er Terrain
9e
3e
4e
Repos
Peintres
Maçons
Terrassiers
On voit qu’au 7e temps les terrassiers, les maçons et les
peintres sont rentrés de nouveau dans le repos.
Ont-ils quelque chose de plus qu’à leur départ?
Sûrement. Ils ont été payés chaque fois et maintenant
ils sont tous plus riches qu’auparavant. Mais sont-ils également riches?
On sait bien que non. D'abord certains métiers font
gagner moins d’argent que d’autres ; ensuite, dans le
même métier les uns sont économes et ont gardé beaucoup de l’argent gagné, les autres plus vicieux ont plus
ou moins dépensé.
Telle est l’histoire de la construction des quatre maisons.
C’est le récit de la construction d’un monde que nous
venons de faire et maintenant nous sommes, grâce à cet
exemple, à même de comprendre ce qui nous eût été fort
difficile à concevoir auparavant.
LA VAGUE DE VIE DANS UN MONDE
En effet, nos trois métiers représentent les trois courants de force qui se trouvent à l’origine de chaque monde.
Ces trois courants de force sont :
1° La force minérale qui créera toutes les espèces de
minéraux existant sur les planètes (nos terrassiers).
2° La force végétale qui créera toutes les espèces de
végétaux. (Nos maçons).
3° La force animale qui créera toutes les espèces d’animaux. (Nos peintres).
Les terrains dont nous avons parlé ce sont les planètes
d’un monde. Le nombre des planètes d’un monde serait
constant d’après l’occultisme. Mais certaines d’entre elles
sont visibles; d'autres invisibles, de là les nombres diftérents pour chaque monde. Pour le nôtre, le raisonnement
s’établit sur sept planètes. Nous aurions donc sept terrains
au lieu de quatre.
Ce que nous avons dit des ouvriers s’applique exactement ici. De même que les terrassiers ne peuvent que
faire la terrasse et quand ils ont fini sur un terrain
passent sur un autre, de même la force minérale ne peut
faire que des minéraux et quand elle a fini sur une planète
elle passe sur une autre. Quand elle a passé sur toutes les
planètes, elle fait comme nos terrassiers, elle rentre au
repos.
11 en est ainsi pour les forces végétales et animales
donnant chacune sur chaque planète naissance à toutes
les espèces de végétaux et d’animaux. Le tableau suivant
donne une idée de celle évolution de cette vague de vie se
répandant périodiquement sur les mondes.
Repos
3... .
Force
animale
2
1
Force
végétale
1 r0 2°
3°
planète
Repos
Force
minérale
5e
6e
7e
Un monde en évolution.
Ce second tableau montre la vague de vie en action dans
un monde.
Toutes les espèces de tous les règnes sont développées
dans les deux premières planètes. Dans la troisième les
minéraux et les végétaux sont développés, mais les espèces
animales commencent à peine à naître.
Dans la quatrième planète les minéraux sont tous développés, mais les végétaux commencent à peine ; enfin dans
la cinquième, les minéraux naissent à peine.
La sixième et la septième sont encore à l’état chaotique ;
aucun germe d’être ne s’y trouve encore.
Repos
3.. . .
Repos
Force
animale
Force
végétale
Force
minérale
2
1
i 1 e
planète
2'
3"
4e
5e
6e
7 e
Fin d’une période d’évolution.
Enfin la ligure précédente montre l’arrivée des forces à
la fin de la course.
Nous ne voyons pas d’évolution dans tout cela, me direzvous. Attendez, c’est maintenant que nous allons comprendre comment se fait la véritable évolution.
Rappelons-nous qu’à la fin de leurs travaux les ouvriers
étaient plus riches qu’au début. La somme possédée
par chacun d’eux variait cependant suivant le métier et
suivant l’économie plus ou moins grande de l’ouvrier.
Toutefois un terrassier ne pouvait faire que de la terrasse dans quelque terrain qu’on le plaçât. Il en est de
même de la force minérale, elle ne peut donner naissance
qu’à des minéraux dans quelque monde qu’elle évolue, elle
ne peut se transformer quoi qu’elle fasse en force végétale. Comment l’évolution des minéraux aux végétaux se
fait-elle donc? Voici :
Quand les ouvriers ont achevé complètement une maison, ils passent tous sur les terrains suivants. On 11e travaille plus pendant un certain temps sur ce terrain. O11
peut dire que tout y dort.
De même chacune des planètes que quitte la vague de
vie pour passer sur un autre, entre dans un repos temporaire jusqu’à l’arrivée de la force supérieure. Quand toutes
les forces ont produit leurs réalisations sur toutes les
planètes d’un système, les planètes sont entrées rime après
l'autre dans le repos à mesure (pie les forces allaient
plus loin, si bien qu’à ce moment le système tout entier
dort, c’est l’époque du repos universel : Le Pralaya.
Quand nos ouvriers ont joui pendant un certain temps
du repos mérité par leurs travaux, ils 11e tardent pas à
redemander du travail. C’est maintenant qu’il nous faut
faire une nouvelle supposition.
Un soldat qui sait bien son métier monte en grade après
un certain temps. De même un terrassier a pu partir
simple ouvrier au premier terrain et arriver contremaître
au quatrième, il n'a pas changé de métier, il y a simplement eu accroissement de bien dans le cours de son travail.
Il en est de même des principes constituant les forces
minérales, végétales ou animales; il peut y avoir dans le
courant de la marche d’une planète à l’autre montée en
grade, évolution d’une famille animale dans une autre
famille animale voisine, il peut même y avoir sur la même
planète montée d’une espèce à l’autre. C’est ce qui
explique les expériences de Darwin sur les pigeons1, celles
de nos horticulteurs sur les végétaux2, c’est la montée en
grade dans la même profession. Cette évolution libre dans
chaque cercle secondaire enlève au système ésotérique
1. Darwin, Œuvres.
2. Voir à ce propos les beaux travaux du botaniste Bâillon, professeur
à la Faculté de médecine de Paris.
toute apparence de fatalisme rigoureux et mesquin. La
liberté de chaque être existe dans le cercle général de sa
fatalité.
Aujourd’hui un soldat ne peut devenir officier qu’après
un certain stage dans une école spéciale. De même dans
notre exemple ci-dessus un terrassier ne peut devenir
maçon qu’après un apprentissage nouveau ; de même aussi
le minéral ou plutôt le germe de tous les minéraux ne
peut devenir le germe des végétaux qu’après une période
spéciale. C’est ce qui a lieu pendant le fameux sommeil du
monde, le Pralaya.
Au moment de recommencer les travaux, les terrassiers
instruits parleurs expériences antérieures deviennent maçons,les maçons deviennentpein très, les peintres deviennent
artisans, tout monte d’un cran dans les grandes divisions.
De même le germe qui a développé toutes les espèces
minérales devient l’origine du germe qui développera
toutes les espèces végétales, celui qui a développé les
espèces animales devient le germe de ce qui donnera naissance à toutes les races humaines.
Deux tableaux vont nous expliquer tout cela :
Repos
actuel
Départ
>
4 Artisans
3 Peintres
2 Maçons
>
3 Peintres
,"7
2 Maçons
1 Terrassiers
~7
1 Terrassiers
4e Terrain
•1er Terrain
2e T.
159 —
danèlc
Repos
Départ
"7
i Germe des
races huanimale
maincs.
3 Force anig Force
male
végétale
2 Force vé-
•7
1 Force
gétaîe
minérale
1 Force mi-
,, 7
r orce
nérale
non spécifiée
l,e Planète
Oc
One résulte-t-il de tout cela?
(l’es! que la force qui lors du premier passage sur la
planète ne donnait naissance qu’à des minéraux donne,
lors du second passage, naissance aux végétaux. L’évolution se fait donc dans ce </ui fabriquera la forme des corps
et non dans ces corps eux-mêmes. C'est là un des caractères importants de l’enseignement delà Science Occulte,
La force repasse donc plusieurs fois sur la même planète, mais chaque fois qu’elle y passe elle a moulé d’un
grand degré, car le nouveau passage s'effectue après un
repos général du système.
C’est comme l’officier qui revient après sa sortie de
l’école dans la ville où il a été jadis soldat ; c’est bien la
même ville, ce sont bien les mêmes habitants, mais les
conditions d'existence ont changé pour lui, il se trouve
dans le même lieu tout autre qu’il n’était quand il est
parti.
— 160 —
L’humanité comprend plusieurs races qui se développent successivement sur chaque planète ; puis après le
grand repos, les hommes évolués deviennent le germe des
esprits directeurs d’humanités de ce que les religions
exotériques appellent « des anges ».
Cela nous conduit à quitter un peu cette évolution générale d’un monde pour voir ce qui se passe dans une des
planètes. Nous prendrons comme exemple celle d’entre
elles qui nous intéresse le plus : la Terre.
§ 4. — « LA VAGUE DE VIE » DANS UNE PLANÈTE
QUELQUES MOTS DE l’iIISTOIRE DE LA TERRE. LES RACES
HUMAINES
Deux Sciences se sont principalement occupées de
Thistoire de la Terre, l’IIistoire proprement dite s’intéressant surtout aux faits et la Géologie étudiant le développement des diverses couches terrestres et les êtres qu’elles
renferment.
Il est assez difficile à l’heure actuelle de concilier ces
deux sciences avec les seules connaissances que nous
possédons en Occident. Toutefois l’occultisme nous fournit
certaines indications qui peuvent être par la suite fort
utiles. La plus grande difficulté pour ceux qui sont élevés
dans nos écoles est de vaincre les fausses données historiques fournies par l’enseignement religieux sans tomber
dans l’extravagance des positivistes matérialistes.
Le caractère particulier de l’application de la Science
occulte c’est la découverte d’un type fondamental capable
de montrer des causes identiques dans des effets en
apparence très différents.
Nous venons de voir une certaine loi d’après laquelle la
I
1Ü1
<( Vague de Vie » passe d’une planète à l’autre dans révolution des mondes. Voyons si cette idée de la vitalisation
et de la mort successives des choses ne s’applique pas à la
Terre.
Une des différences des traditions de l’occultisme avec
les enseignements contemporains, c’est celle idée que l'humanité terrestre n’est pas née en même temps et en un
même lieu, ce qui rend impossible la diversité des couleurs.
Cette image s’applique exactement à l’évolution des
forces. Quand le germe des races humaines est développé, ces races évoluent peu à peu les divers éléments
des perfections futures. Ainsi, d’après certaines traditions de l’occultisme, le développement du corps physique et de ses sens demande plusieurs générations, puis
d’autres races sont encore nécessaires pour donner nais1. Saint-Yves d’Alveydre, Mission des Juifs.
sance aux divers principes de plus en plus spirituels qui
constituent chaque homme. Cela suppose que le courant
de force génératrice d’humanité revient plusieurs fois sur
la planète, progressant d’un degré chaque fois, c’est-àdire que le principe immortel de l’homme est susceptible
de subir diverses réincarnations.
Chacune de ces réincarnations représente la rentrée au
travail après un repos suivant un travail antérieur. Les
ouvriers entreprennent un nouveau cycle de labeur; riches
ou pauvres, directeurs ou dirigés, suivant le résultat de
leur travail précédent, ils récoltent dans ce second parcours les résultats qu’ils ont semés dans le premier en
étant économes ou dépensiers; mais ils ont la faculté
d’agir dans ce second parcours de telle sorte qu’ils possèdent à la fin de la course des économies qu’ils n’avaient
pas au début. Cette loi s’applique exactement à la marche
de l’humanité. Les hommes recommencent un nouveau
parcours dans le monde matériel, riches ou pauvres, heureux socialement, ou malheureux, suivant les résultats
acquis dans les parcours antérieurs, dans les incarnations
précédentes. Cette loi : « chacun récolte ce qu’il a semé,
chacun sème ce qu’il récoltera », c’est la loi du mérite et
du démérite, la loi .de Karma des Indous. Elle a été nettement formulée par Orphée, par Pythagore et par tous les
initiés.
Nous aurons à revenir bientôt sur le développement des
facultés humaines; pour l’instant résumons l’action de la
« Vague de Vie » dans la race blanche.
Sans vouloir remonter plus loin que notre docte mère
l’Université, nous considérerons la civilisation dans sa
marche à travers l’Asie, l’Égypte, la Grèce, Rome, l’Europe actuelle et l’Amérique.
Un travailleur du plus grand mérite , le capitaine
168 —
Avec le deuxième âge, la Jeunesse, nous voyons apparaître un nouvel élément, la Passion. Les Sens, qui ne
— 171 —
faisaient que se dessiner, prennent un développement
important et concourent pour une grande part à la création
du deuxième élément.
Mais l’Age mûr arrive, celui qu’on appelle à juste titre
l'âge de raison ; car ce nouvel élément commence à se
manifester. Alors la Passion se développe encore avec
toutes ses conséquences, enthousiasme, dévouement, etc.,
éclairée qu’elle est par l’intellectualité. Les Sens, parvenus
au summum de leur développement, sont sous la dépendance des éléments qui les dominent. On voit pourquoi il
eût été dangereux que les Sens atteignissent leur apogée
avant la naissance de l’intellectualité.
Puis le temps passe encore. Le tournant de la Vieillesse
arrive, tournant difficile à franchir, car il jette définitivement l’homme dans le gouffre qu’ont creusé ses vices, et
alors l’égoïsme, l’envie et l’avarice se montrent, « ou la
monade humaine est sauvée pour longtemps ». Les Sens
sont endormis, mais le cœur vibre plus que jamais aux
nobles sentiments ; la faculté de comprendre la Nature et les
Sciences, /’ Intellect ualité, s’est développée en même temps
que prend naissance une des facultés les plus élevées que
puisse évoluer la race humaine dans le temps actuel : la
Spiritualité , grâce à laquelle l’homme, perdant pour un
instant conscience de son individualité, est susceptible de
se laisser sacrifier consciemment pour le développement
moral de ses semblables.
Après arrive la mort, à la suite de laquelle se continue
l’évolution.
Dans des cas exceptionnels l’homme peut, de par sa
Volonté toute puissante, pousser plus loin ce développement durant la Vie. C’est ainsi que prend naissance une
faculté à peine en germe dans l’humanité actuelle, la
Sainteté. Cet état hypernaturel (je n’ose employer le mol
— 172
surnaturel ) se produit dans des cas d’ascétisme exceptionnels.
Enfin j’ose à peine parler, vu sa rareté, de l’état appelé
par les Indous état de Nirvana , état dans lequel la Spiritualité, poussée à son apogée, développe au plus haut point
la Sainteté, de telle façon que la fusion de la monade
humaine dans la monade divine est presque accomplie.
Les tableaux suivants indiquent et résument toutes ces
phases.
Les chiffres qui suivent les principes énumérés dans les
derniers de ces tableaux se rapportent aux théories ésotériques sur la constitution de l’homme, théories qu’il nous
faut maintenant passer en revue 1 .
L' évolution de l'Homme — 1 — Enfance.
Spiritualité
Intellectualité ....
Passion
Sens
■' .. '
Commencement
Développement
Apogée
Décrépitude
L'évolution de l'Homme — 2 — Jeunesse.
Spiritualité
Intellectualité ....
Passion
Sens
Commencement
Développement
Apogée
Décrépitude
1. Voy. les œuvres de Christian, Eliphas Levi et surtout Lacuria citées
dans l'Occultisme contemporain.
L' évolution de l'Homme — .'i — Age mûr.
Spiritualité
lntellectualité ....
Passion
Sens
Commencement
Développement
Apogée
Décrépitude
E évolution de l'Homme — 4 — Vieillesse.
Spiritualité
lntellectualité ....
Passion
Sens
Commencement
Développement
Apogée
Décrépitude
Evolution de l'Homme — Etat hypernaturel — Sainteté.
Sainteté (7). . . .
Spiritualité (6).
lntellectualité (5)
Passion (4) . . . .
((3)-.
Sens. ... < (2) . .
((*)••
Commencement
Développement
Apogée
Décrépitude
Mort
— 174 —
Évolution de V Homme — État hypernaturel — Nirvana.
Sainteté (7)
Spiritualité (6).
Intellectualité (5)
Tassion (4)
( 3. . .
Sens.. . . ) 2. . .
(!...'
Commencement
Développement
Apogée
Décrépitude
Mort
§ 7. — RÉSUMÉ DE LA CHAINE PLANÉTAIRE
Déjà nous connaissons les modifications diverses par
suite desquelles l’agent universel devient la vie de chaque
être. Etudions maintenant son évolution.
Cette émanation suivra universellement trois phases de
développement :
Dans une première phase, le passif l’emportera sur
l’actif et le résultat sera une passivité, une matérialisation,
un éloignemenfade l’Unité vers la Multiplicité \
Dans une seconde phase, l’actif et le passif s’équilibreront ; la hiérarchie, la série, apparaîtra, les inférieurs graviteront autour du terme supérieur.
Dans une troisième phase, enfin, l’actif l’emportera
sur le passif, l’évolution de la Multiplicité sur l’Unité s’effectuera.
Involulion ou Matérialisation progressive,
1. Voy. Eurêka d’Edgar Poë et Chimie nouvelle de L. Lucas.
— 175 —
Equilibre,
Evolution ou spiritualisation progressive,
Telles sont les trois lois (lu Mouvement.
Du centre mystérieux dans lequel se lient l'ineffable,
l’inconcevable En Soph-Parabrahm, une force émane dans
l’Infini.
Celte force constituée active-passive, comme ce qui
lui a donné naissance , va produire un résultat différent suivant que l’actif ou le passif dominera dans l’action.
La force s’éloigne de l’Unité pour gagner le Multiple,
la Division ; aussi le passif, créateur du Multiple, dominet-il à ce moment. La production est surtout passive, matérielle ; la force se matérialise.
L’intelligence s’écorcilie peu à peu, se revêt d’enveloppes
qui représentent d’abord l’état de la matière le plus proche
des essences, la matière radiante.
A ce moment une masse, énorme pour les conceptions
humaines, infime aux yeux de l’Infini, traverse l’Espace.
Sur les planètes inférieures des Mondes qu’elle fend dans
sa course, les instruments se dressent, et du haut des
observatoires les mortels annoncent : Une comète traverse notre système.
Sur les planètes supérieures de ces Mondes les immortels se prosternent et adorent religieusement la divine
lumière qui accomplit le sacrifice d’où doit naître son retour
à l’Unité. Ils s’inclinent et s’écrient : L’esprit de Dieu traverse notre Monde.
Cependant, plus la masse s’éloigne de l’Unité, plus la
matérialisation s’accentue. La Matière à l’État gazeux
apparaît, remplissant en grande partie la masse qui ralentit sa course en un point de l’espace. Le savant qui l’aperçoit annonce aux mortels une nébuleuse, la Naissance
— 176 —
d’un système planétaire ; l’Immortel conçoit la Naissance
d’un Dieu.
L’état le plus passif a pris naissance, les agglomérations
solides sont nées ; mais en même temps la force active se
dégage peu à peu et vient équilibrer la force passive. La
vie se concentre au centre du système dans un Soleil, et
les planètes reçoivent d’autant plus son influence qu’elles
en sont plus proches, qu’elles sont moins matérielles, de
même que le Soleil reçoit une influence d’autant plus
active qu’il est plus près de la VIE-PRINCIPE d’où il est
émané.
C’est alors que la force active l’emporte définitivement
sur la force passive; les planètes se sont groupées autour
du centre prépondérant, l’être vivant qu’on appelle un
Monde a pris naissance; il est organisé et lentement il
évolue vers l’Unité d’où il était parti.
Sur chacune des planètes la loi qui a donné naissance
au Monde se répète, identique. Le Soleil agit vis-à-vis des
planètes comme l’UNITÉ-VIE agissait vis-à-vis du Soleil.
La planète est d’autant plus matérielle qu’elle est plus
éloignée de lui.
D’abord en ignilion, puis gazeuse, puis liquide, quelques
agglomérations solides apparaissent au sein de cette masse
liquide, les continents prennent naissance.
Puis l’évolution de la Planète vers son Soleil commence
et la Vie planétaire s’organise. La force active l’emporte
ici encore sur la force matérielle, passive.
Les productions qui vont naître sur la planète suivront
les mêmes phases que celle-ci a subies vis-à-vis du Soleil.
Les continents, en se solidifiant, condensent dans leur
sein la force en ignition qui formait primitivement la planète. Cette force vitale terrestre, qui n’est qu’une émanation de la force vitale solaire, agit sur la Terre et les rudi-
— 177 —
ments vitaux se développent en constituant les métaux
plus inférieurs 1 .
De même que ce Monde évolue vers la Vie de son
Univers en se créant une âme2, ensemble de toutes les
âmes planétaires renfermées en lui ; de même que
chaque planète évolue vers l’âme de son monde en créant
son âme planétaire, ensemble des âmes que cette planète
renferme; de même le métal, premier terme de la vie
sur la planète, évolue à travers ses divers âges une âme
vers l’âme de la Terre. Ce métal d’abord inférieur se perfectionne de plus en plus, devient capable de fixer plus
de force active et en quelques centaines d’années la vie qui
circulait jadis dans le plomb circule maintenant dans une
masse d’or3, le Soleil des métaux agissant vis-à-vis d’eux
comme le Soleil vis-à-vis de la Terre.
La vie progresse de même à travers le végétal et,
quelques milliers d’années après, la production la plus
élevée du continent apparaît, l'ilomme qui représente le
Soleil de l’animalité comme l’Or représentait le Soleil de
la minéralité.
La loi progressive va se retrouver dans l’homme comme
dans tout le reste de la nature ; mais ici quelques considérations sont nécessaires à propos de la simultanéité des
progressions.
Reportons-nous en arrière et nous nous rappellerons
qu’au moment de la Naissance d’un Monde d’autres existaient déjà qui avaient accompli à des degrés différents
1. Ici commence l’évolution conçue d’après le,s modernes qui n’ont
pas vu son côté descendant connu parfaitement des anciens.
2. Voir pour éclaircissement de cette assertion la création de l’âme
humaine.
3. Fondement de la doctrine alchimique. Voy. pour cette idée d’évolution de la même vie dans des corps de plus en plus parfaits la loi indoue du KARMA.
12
— 1 78 —
l’évolution vers l’Unité . Si bien qu’il y avait des Mondes
plus ou moins vieux.
Il y a de même différents âges dans les planètes, différents âges dans leurs productions. Quand une planète
évolue pour la première fois le premier vestige du règne
minéral, une autre plus âgée dans ses productions vitales
a déjà évolué le premier règne animal, une autre enfin
plus âgée encore a déjà évolué le premier règne de
l’homme.
De même qu’il y a des planètes de divers âges, de
même il y a des continents plus ou moins âgés sur une
même planète.
Chaque continent est couronné par une race d’hommes
comme chaque monde est couronné par un Soleil.
Comme la progression existe aussi parmi les hommes,
il s’ensuit qu’au moment où la deuxième race d’hommes
apparaît sur le second continent évolué par la planète, la
première race d’hommes évoluée sur le premier continent
y est en plein développement intellectuel, tandis que la
dernière venue est sauvage et abrutie \
Le même fait se retrouve éclatant de vérité dans la
famille où nous voyons le fondateur, l'aïeul, rempli
d’expérience, mais abattu par la vieillesse, tandis que le
dernier né est aussi ignorant que plein de vie. Entre eux
deux existent toutes les gradations et le père représente la
virilité dans tout son développement tandis que le grandpère établit la transition entre lui et l’aïeul.
Enfant, Père, Grand-Père, Aïeul
représentent donc dans la famille cette évolution que
nous retrouvons dans la nature entière.
1. Voy. la Mission des Juifs.
CHAPITRE IV
L’HOMME
(ANDROGONIE)
CONSTITUTION DE L’HOMME
$ I . LES TROIS PRINCIPES. — LE CORPS. - — LE CORPS
ASTRAL, MÉDIATEUR PLASTIQUE. — LA VIE
Pour comprendre les théories diverses enseignées par
les écoles d’occultisme sur l’homme, son passé et son
avenir, il est important tout d’abord de voir comment on
peut connaître les divers principes qui constituent l’être
humain.
L'homme est constitué de manière bien différente si
l'on s’adresse aux théologiens et aux philosophes spiritualistes, ou si Ton étudie les travaux des matérialistes.
Pour les écoles tirant leur enseignement des données
religieuses, l’homme est composé de deux principes opposés l'un à l’autre : le corps et T âme; le corps, sujet à
toutes les tentations et cause de toutes les déchéances ;
l’âme, immortelle et pure, origine de la conscience et des
facultés psychiques. Ces théories ont un défaut, c’est
qu’elles sont dans l’impossibilité d’expliquer une grande
— 180 —
partie des faits produits par l’être humain et qu’on en
arrive par leur application à dire qu’un homme est phtisique parce « qu’il a une âme phtisique », ce qui est un
peu forcé, comme on voit.
Comme toujours, c’est à l’école matérialiste que nous
sommes redevables des travaux les plus solides sur la
question de la constitution de l’homme. — Cette école
n’admet qu’un seul principe : le corps ; mais au moins
a-t-elle le mérite d’étudier sérieusement et surtout expérimentalement les données qu’elle avance. Exagéré dans
le sens de la réaction, le matérialisme s’est laissé choir
dans un grave défaut et en est arrivé à nier à priori tous
les phénomènes du pressentiment, de la vision à distance,
du dédoublement possible de l’être humain, etc., phénomènes constatés souvent et dans des conditions excluant
toute supercherie.
Or, parcourez les œuvres de tous les initiés, adressezvous aux traditions de tous les peuples, et vous verrez que
de tout temps l’on enseigne que l’homme était composé
non pas d’un, ni de deux, mais de trois principes parfaitement étudiés.
Platon en fait ses trois âmes, localisées dans les trois
grands segments de l’organisme : tête, poitrine et ventre,
origine réelle en effet de ces trois principes.
Le catholicisme lui-même, affirmant que Dieu fit
l’homme à son image, et enseignant d’autre part que Dieu
est un en trois personnes , donne par cela même la constitution de l’être humain déjà présentée par saint Paul qui
enseignait l’existence du corps astral1.
1. La Trinité a fait l’homme à son image et à sa ressemblance. Le
corps humain est double et son unité ternaire se compose de deux moitiés; l’âme humaine est aussi double; elle est animus et anima, elle est
esprit et tendresse.
Elle a deux sexes. Le sexe paternel siège dans la tête, le sexe maternel
— 181
Les trois principes.
Les trois principes désignés par la Science Occulte
comme formant l’homme sont :
1° Le corps ;
2° Le médiateur plastique (corps astral) ;
3° L’âme.
L’occultisme se différencie donc des théologiens en
admettant un nouveau principe intermédiaire entre le
corps et l’âme.
Il se différencie des matérialistes en enseignant l’existence et le fonctionnement de deux principes échappant,
chez l’homme, aux lois de la matière. On comprend de
suite que le côté original des théories delà Science Occulte
réside tout entier dans l’étude de ce principe intermédiaire qui a reçu des noms variés :
Corps astral, Périsprit, Yie, etc., etc., mais qui est
identiquement étudié par toutes les écoles.
Eliphas Levi résume fort exactement la constitution de
l’homme dans la définition suivante :
L'homme est un être intelligent et corporel , fait à l'image
de Dieu et du Monde , un en essence , triple en substance ,
immortel et mortel.
Il g a en lui une âme spirituelle, un corps matériel et un
médiateur plastique.
Il faut donc bien prendre garde de s’avancer à la légère
dans une étude aussi importante ; aussi allons-nous demander aux connaissances contemporaines s’il est réellement
dans le cœur; l’accomplissement de la rédemption doit donc être double
dans l’humanité; il taut que l’esprit par sa pureté rachète les égarements
du cœur : puis il faut que le cœur, par sa générosité, rachète les sécheresses égoïstes de la tète.
Guillaume Postel.
— 182 —
permis d’établir chez l’homme, tel que le connaît le physiologiste, trois principes indépendants et distincts.
IDÉE GÉNÉRALE DE LA CONSTITUTION PHYSIOLOGIQUE
DE L’HOMME
La méthode de la Science Occulte, l’ Analogie, permet
de déterminer la constitution physiologique de l’homme
en considérant la moindre de ses parties constituantes. Le
globule sanguin seul nous donnerait cette loi fondamentale encore inconnue des physiologistes actuels ; cependant, comme l’étude des globules sanguins nous entraînerait dans des considérations d’histologie trop techniques,
nous allons prendre comme base d’étude une phalange, sûr
d’y trouver les principes constituants de l’homme tout
entier.
Considérons donc la phalange de notre index qui porte
l’ongle (phalangette) et voyons en quelques mots sa construction.
L’anatomie nous enseigne que cette phalange contient
des os, des muscles, des vaisseaux sanguins et lymphatiques et des nerfs. Chacun de ces organes est formé de
cellules de formes très différentes. Posons donc tout
d’abord l’existence du corps de notre phalange, corps
formé par des éléments matériels variés.
La partie fondamentale, le support de ce corps, est formée par des os , sur ces os viennent se greffer des muscles
qui les mettent en mouvement , le mouvement est entretenu
par la vie de tous les organes situés dans notre phalange.
Mouvement et vie, voilà donc deux termes nouveaux dont
il nous faut déterminer l’origine. Commençons par le dernier : la Vie.
Dans l’intérieur ou au pourtour des os, des muscles et
— 183
des neris, rampent tes vaisseaux sanguins apportant le
sang oxygéné par les artères, emportant le sang désoxygéné par les veines. Que vient faire là ce sang et quel est
son but?
Pour le savoir, mettons à contribution la science expérimentale et empêchons le sang d’arriver à la phalange en
liant l’artère. Que se produit-il?
La phalange se nécrose et meurt, sans toutefois cesser
un instant d’être mue sous l'influence de la volonté. Si la
phalange meurt quand on empêche le sang d’arriver, il
est clair que le sang est le siège de la vie.
Voilà donc deux éléments bien déterminés dans notre
phalange :
1 0 Le corps constituant ;
2° La vie grâce à qui l’existence et les fonctions de ce
corps persistent.
Nous n’avons pas ici à entrer dans le détail et à démontrer si la vie est une entité réelle ou le résultat chimique
de l’oxydation et de la désoxydation de l’hémoglobine. Ces
démonstrations nous entraîneraient trop loin. Restons donc
à la simple détermination de nos deux premiers éléments :
le corps et la vie.
Un dernier élément reste à étudier : le Mouvement.
Srle sang n’arrive plus à la phalange, celle-ci meurt,
nous l’avons vu ; mais sam cesser cle se mouvoir. Réciproquement, si une paralysie vient empêcher les nerfs d’agir,
la phalange ne peut plus se mouvoir; mais sans cesser de
vivre.
La Vie et le Mouvement sont donc indépendants ; l’une
est amenée par les vaisseaux sanguins, l’autre par les
nerfs.
Les Nerfs placés dans notre phalange sont de deux
sortes : les uns la font mouvoir sous l’influence de notre
— 184
volonté, et manifestent à notre conscience ce qui se passe
dans la phalange ; ce sont les nerfs moteurs et les nerfs
sensitifs; les autres font vivre cette phalange en faisant
contracter les vaisseaux qui apportent le sang et l’emportent ou en permettant aux diverses cellules osseuses, musculaires ou nerveuses d’exercer leurs diverses fonctions, le
tout indépendamment de cette volonté et tout à fait à l’insu
de la conscience : ce sont les nerfs vaso-moteurs émanés
du grand sympathique. — C’est sous l’influence de ce
nerf que des portions de phalange enlevées par une blessure peuvent se reconstituer dans 'la forme primitive ; mais
le cadre de notre étude ne nous permet pas d’entrer dans
des détails complémentaires à ce sujet.
Contentons-nous de résumer ce que nous avons dit jusqu'ici en montrant :
1° Que la partie matérielle de notre phalange ou corps
est constituée d’une foule de cellules de formes et de
fonctions différentes.
2° Que ce corps de la phalange vit sous la double
influence du sang et des filets nerveux du grand sympathique. La vie est sans cesse apportée par le sang ; mais
une partie est en réserve dans les ganglions du grand
sympathique.
3° Que la phalange se meut, sous l’influence de la
volonté, et se révèle à la conscience par la sensation. La
volonté et la sensation sont respectivement transmises par
les nerfs moteurs ou centrifuges et les nerfs sensitifs ou
centripètes analogues aux artères et aux veines.
Le Corps,
La Vie,
La Volonté,
Tels sont les trois éléments principaux que nous venons
de déterminer dans l’élude de notre phalange. — Voyons
l’origine. — Nous allons ici énumérer nos conclusions
sans développement, sous peine de transformer cette
courte étude en un véritable volume.
Les éléments nécessaires à la réparation des pertes
matérielles, de l’organisme sont fabriqués dans le Ventru.
On peut dire, en deux mots : Le Ventre fabrique le
corps.
La vie nécessaire à la réparation des pertes vitales de
l’organisme est fabriquée dans la Poitrine (fonction de
respiration). En deux mots : La Poitrine fabrique la vie.
La volonté nécessaire au mouvement conscient de l’organisme tire son origine de la Tête. La Tète fabrique la
volonté.
Os
CORPS
N erf,-
VOLONTÉ
lrc phalange de l'index
(schéma) .
Les trois centres de l’homme
(schéma).
Figure schématique delà constitution physiologique de l’homme
Voilà donc I rois centres, le Ventre, la Poitrine et la Tète,
correspondant absolument à nos trois éléments : le Corps.
18G
»
la Vie, la Volonté. La façon d’agir de ces centres doit
donc toujours être analogue. Voyons si cette déduction
est vraie.
Si l’on saisit bien le jeu de ces principes, on verra que
la Vie est l’intermédiaire obligé ; sans elle, le corps ne
peut obéir aux incitations de l’âme, l’âme ne peut recevoir les impressions du corps.
Voilà une théorie bien amenée, ne manqueront pas de
dire certains philosophes. Ne pouvant concilier ces deux
opposés : le corps et l’âme, ne pouvant expliquer comment le subjectif devient objectif, vous éludez la question,
messieurs les occultistes, en inventant un soi-disant principe intermédiaire doué justement de toutes les propriétés
nécessaires à votre cause1.
Il suffit d’ouvrir un traité quelconque de physiologie
pour apprendre que ce principe qui fait marcher notre
cœur et notre foie malgré notre volonté et à l’abri de son
influence, existe bien, quelle qu’en soit d’ailleurs l’origine.
Le grand tort des occultistes a été jusqu’ici de vouloir rester
cantonnés dans leur domaine sans s’occuper des découvertes de la science expérimentale.
Dites à un médecin : le corps astral fait marcher les
organes splanchniques, le médecin vous regardera comme
un doux aliéné ; dites-lui au contraire : la vie organique
meut ces organes, il vous répondra de suite : parbleu! je
le sais bien. Montrez ensuite que ce qu’il appelle vie organique vous l’appelez corps astral , et l’on pourra déjà commencer à s'entendre.
Quand vous voulez être compris d'un étranger, vous
1. Voy. Blet, philosophique de Franck, articles Paracelse et R. Fludd.
— 187 —
savez fort bien qu’il est inutile de lui parler votre langue
pour aussi fort que vous criiez. Cette règle élémentaire
semble naïve. Que de fois cependant elle est inconnue de
part et d'autre !
Pour bien faire saisir le jeu de ces trois principes, je
vais encore une fois sacrifier à la manie qui m’est si chère
en me servant d’une analogie d’origine très vulgaire. Voulez-vous bien comprendre la constitution de l'homme :
mettez-vous à la fenêtre et voyez passer une voiture quelconque dans la rue ; vous y verrez plus clair qu’en
lisant tous les traités encombrés de mots sanscrits ou
hébreux.
Une voiture qui marche comprend trois éléments principaux :
1° La voiture ;
2° Un cheval attelé à cette voiture et la mettant en
mouvement ;
3° Un cocher guidant le cheval.
La voilure. Image analogique des trois principes de l’homme.
La voiture est inerte par elle-même. Elle est incapable
de se mouvoir sans un autre élément, voilà bien le caractère fondamental du corps matériel.
188 —
Le cocher sur son siège a beau s’agiter, faire claquer
son fouet, crier aussi haut qu’il lui plaît ; s’il n’y a pas de
cheval attelé, rien 11e la mettra en mouvement. Le cocher
est bien l’élément directeur, c’est lui qui conduira au but
indiqué, mais pour cela un auxiliaire indispensable lui est
utile : le cheval. Le cocher nous montre bien par analogie les caractères généraux de l’élément supérieur de
l’homme : l’âme.
Le corps astral.
Relié d’une part à la voiture par les brancards, d’autre
part au cocher par les guides, nous voyons le principe
intermédiaire général : le cheval.
Le cheval est plus fort physiquement que le cocher,
mais il est malgré cela guidé, bon gré mal gré, par celuici. Aux philosophes nous demandant à quoi bon ce corps
astral, nous pouvons répondre : à agir en l’homme comme
le cheval agit pour la voiture; c’est-à-dire à tout conduire
ou à peu près sous la direction du principe supérieur : le
cocher.
Des Passions.
Le cheval représente la vie de l’être humain, centre des
passions, comme nous le verrons plus loin. Le caractère
commun des passions est d’étouffer les efforts de la raison
et d’entraîner l’être tout entier à sa perte, malgré l’action de l’âme devenue impuissante.
La colère est surtout remarquable à cet égard. Dès
qu’elle prend naissance chez un être faible, il semble que
la circulation sanguine se localise en entier dans la tête .
Une bouffée de chaleur monte au visage, les yeux se con-
— 189 —
gestionnent, la raison essaye en vain de maîtriser la vie
organique devenue maîtresse du terrain ; l’homme voit
rouge, il ne sait plus ce qu'il fait , il est capable de tout à
ce moment. Le corps astral a vaincu l’âme.
Le cheval s’emporte. Envahissement de l'àme par le corps astral.
La colère.
Voyez si ce n’est pas exactement ce qui arrive pour la
voiture quand le principe intermédiaire, le cheval, n’obéissant plus aux efforts du cocher, s’emporte.
La force physique a tout envahi dans ce cas. Le cocher,
plus faible, mais mieux armé, est vaincu ; la voiture qui le
porte roule avec une rapidité effrayante là où la conduit
le cheval devenu le maître, jusqu’au moment où celui-ci,
dans son aveuglement, vienne se briser contre un obstacle
insurmontable, détruisant en même temps que lui l’appareil
tout entier, voiture et cocher compris.
La clarté donnée aux questions les plus abstraites par la
méthode analogique est telle que cette figure de la voiture,
qui semblait naïve au premier abord, peut nous être fort
utile pour comprendre certaines données de l’occultisme
concernant les propriétés mystérieuses attribuées au corps
astral.
— 190 —
Constatons en passant l’action du cocher activant l’allure de son cheval au moyen du fouet, image frappante
de l’action des excitants (alcool, café, etc.,) sur le corps
astral. Un cheval de race qu’on bat trop fort peut s’emporter ; de même un corps astral trop fortement actionné
par l’alcool peut conduire l’organisme à sa perte1.
Le Magnétisme.
Voulez-vous savoir comment se produisent les phénomènes du magnétisme ?
Un étranger est venu qui a mis le cocher (l’âme, la
volonté) dans l’impossibilité de prendre les guides (liens du
cerveau au corps astral).
Le cocher est ligotté sur son siège. — Un étranger s’est emparé
des guides et dirige la voiture. — Magnctisme.
C’est lui (le magnétiseur) qui s’est emparé des guides,
et le pauvre cocher, ahuri, assiste à la direction de la
voiture par une volonté qui n’est pas la sienne et contre
laquelle il ne peut lutter.
1. L’ivresse est une folie passagère et la folie est une ivresse permanente. L’une et l’autre sont causées par un engorgement phosphorique
— 191 —
Le corps astral (cheval) obéira toujours à celui qui tiendra les guides, que ce soit le propriétaire effectif de la
voiture ou un étranger.
Cependant le cocher, quoique ligotté et incapable d’agir
effectivement, peut encore faire entendre sa voix et arrêter net le cheval, quoiqu’il ne tienne aucune guide. C’est
ce qui explique comment, chez certains sujets à qui l’on
a donné des suggestions criminelles, la conscience du
sujet lutte contre la suggestion, et l’individu s’évanouit
(le cheval se cabre et tombe) plutôt que d’exécuter l’ordre
donné.
La Sortie du Corps Astral. Magie. Spiritisme.
Un autre phénomène, souvent cité en occultisme, est
clairement expliqué par cette analogie. Il s’agit de la sortie
du corps astral.
Plusieurs faits en apparence surnaturels sont expliqués
grâce à cette action. Sous l’influence d’un régime particulier et de l’emploi raisonné de certains excitants psychiques1, l’être humain entre dans un état mixte qui tient
de l’état de veille et de l’état somnambulique.
Le corps astral quitte momentanément le corps comme
le cheval dételé quitterait la voiture. Le corps refroidi reste
immobile mais l’âme veille. Elle dirige le corps astral vers
l’endroit où elle veut qu’il se rende car alors le temps et
l’espace n’existent plus pour lui.
des nerfs du cerveau qui détruit notre équilibre lumineux et prive l’âme
de son instrument de précision.
L'âme tluidique et personnelle est alors emportée par l’âme fluidique
et matérielle du monde (comme Moïse sur les eaux).
L’âme du monde est une force qui tend toujours à l’équilibre : il faut
que la volonté triomphe d'elle ou qu’elle triomphe de la volonté.
Eliphas Levi.
1. Entre autres la prière faite magiquement.
— 192 —
Le cocher dont les guides pourraient s’allonger à volonté
et qui guiderait ainsi son cheval dételé donne une idée
assez juste de la sortie consciente du corps astral. Dans ce
cas le corps est absolument immobile, le corps astral
n’étant lié qu’à l’âme.
Dans un autre cas, le cocher (l’âme) s’endort. Le cheval
dételé (le corps astral sorti) erre à l’aventure.
Il n’est plus tenu à l’appareil qu’il a quitté par les
guides, mais bien par les liens qui le rattachent à la voiture (liens du corps astral au corps physique). D’après
l’occultisme, c’est le phénomène qui se produit dans la
médiumnité [sortie inconsciente du corps astral). Le corps
astral est alors à la disposition des influences diverses qui
peuvent s’en emparer (esprits ou suggestions1).
Les guides s'allongent. Le cheval dételé continue sa course guidé par le
cocher. (Sortie consciente du corps astral.)
La figure ci-dessus indique bien ces phases de la sortie
consciente du corps astral.
1. La substance du Médiateur plastique est lumière en partie volatile
et en partie fixée.
Partie volatile — tluide magnétique.
Partie fixée — corps iluidique ou aromal.
Le Médiateur plastique est formé de lumière astrale ou terrestre et il
en transmet au corps humain la double aimantation.
L’âme en agissant sur cette lumière par sa volition peut la dissoudre
— 193
Mort.
Enfin il est un phénomène qui 'nous intéresse tous plus
ou moins, car nous sommes appelés à l’étudier de près :
c’est la mort.
Le cocher sommeille. Les liens qui attachent le cheval à la voiture s’allongent. Le cheval erre à l’aventure, ne subissant plus la direction du
cocher. Des êtres rôdant autour du cheval cherchent à s’en emparer.
(Sortie inconsciente du corps astral.)
La voiture (le corps physique) est brisée et gît sur la
route, l’âme (le cocher) chevauche et le corps astral (le
cheval) part pour le voyage de l’au-delà.
ou la coaguler, la projeter ou l’attirer. Elle est le miroir de l’imagination
et des rêves. Elle réagit sur le système nerveux et produit ainsi les mouvements du corps.
Cette lumière peut se dilater indéfiniment et communiquer son image
à des distances considérables; elle aimante les corps soumis à l’action de
l’homme et peut, en se resserrant, les attirer vers lui. Elle peut prendre
toutes les formes évoquées par la pensée et, dans les coagulations passagères de sa partie rayonnante, apparaître aux yeux et offrir même une
sorte de résistance au contact.
Eltphas Levi.
13
— 194 —
C’est ce qu’exprime la figure suivante :
Abandon de la voiture par le cheval et le cocher. Abandon du corps par
le corps astral portant lame. (La Mort.)
Ainsi nous avons choisi une image que nous croyons
très claire, malgré sa naïveté, pour expliquer le jeu des trois
principes qui constituent l’homme d’après l’occultisme.
L’analogie fournie par cet exemple est à tel point exacte
qu’on pourrait l’appliquer à toutes les parties de la philosophie. Un de mes amis me faisait remarquer justement
qu’elle répond assez spirituellement aux diverses opinions
philosophiques.
Le Matérialisme fait générer le cheval par la voiture et
le cocher par le cheval.
Le Panthéisme met le cheval dans la voiture qu’il fait
traîner par le cocher.
Enfin le Catholicisme, comme la philosophie spiritualiste de l’Université, place bien un cocher sur la voilure,
mais sans admettre l’existence du cheval. Le corps et
l’âme doivent suffire à tout. Malheureusement, ce fameux
principe, soi-disant inventé pour les besoins de leur cause
par les occultistes, le cheval, est si nécessaire que rien ne
— 195
marche sans lui, à la Sorbonne comme sur la plus vul
gaire de nos routes.
Les données qui précèdent mettront le lecteur à même de
saisir dans tous leurs détails les développements suivants
dus à Fabre d'Olivet, sur la constitution de l’homme el
sur le jeu des trois grands éléments constituants.
IDÉE GÉNÉRALE DE LA CONSTITUTION PSYCHOLOGIQUE
DE L’HOMME
C’est maintenant que nous allons faire appel à l’occultisme occidental dans la personne d’un de ses plus illustres
représentants : Fabre d’Olivet, en montrant comment les
données anatomiques et physiologiques que nous venons
de déterminer, éclairent d’unjourtout nouveau ses données
psychologiques. C’est en partant de cette double concordance que nous ferons appel tout à l’heure à l’occultisme
oriental pour montrer son unité avec toutes les données
précédemment acquises.
Nous avons vu que le corps se manifestait à la conscience
par la sensation. Par quoi se manifestent à cette conscience
les deux autres éléments : la Vie et la Volonté?
La Vie a son siège principal, nous l’avons vu, dans la
Poitrine. Or, quand vous avez un chagrin violent ou un
amour intense, où vous sentez-vous touché ? au cœur, vulgairement parlant; au grand sympathique (plexus cardiaque), scientifiquement parlant 1 ; au corps astral , ésotériquement parlant ; et là se trouve en effet le siège du
sentiment, qui est pour la vie ce que la sensation est pour
le corps.
1. Claude Bernard, la Science expérimentale.
— 196 —
La volonté se manifeste de même à la conscience parla
liberté de faire ou de ne pas faire, appelée par Fabre
d’Olivet : Assentiment.
La sensation caractéristique du corps se manifeste par
le besoin.
Le sentiment se peint par la passion. L’assentiment par
F inspiration.
L’homme est donc nécessité, passionné ou inspiré
suivant le centre qui se réfléchit à sa conscience. Mais là
ne doit pas s’arrêter notre analyse.
La sensation nous cause du Plaisir ou cle la Douleur ,
suivant la façon dont notre corps est impressionné.
Eh bien, le sentiment nous cause aussi de l'Amour ou
de la Haine, suivant la façon dont la vie est impressionnée.
L’assentiment nous révèle aussi la V èritè ou l'Erreur ,
suivant la façon dont la Volonté est impressionnée.
La Sensation, le Sentiment et l'Assentiment, n’est-ce
pas une même chose diversement « colorée » suivant les
milieux d’où elle émane?
De même le Plaisir, l’Amour et la Vérité sont?^ze même
chose considérée positivement à divers points de vue, comme
la Douleur, la Haine et l’Erreur sont cette même chose
considérée négativement à ces points de vue.
Arrêtons là ces digressions sur le Corps, la Vie et la
Volonté, digressions que nous pourrions pousser fort loin
avec Fabre d’Olivet. Il nous suffit, pour l’instant, d’avoir
déterminé l’unité de ces principes triplement différents.
Nous allons pouvoir en tirer d’importantes conclusions.
Avant de passer à d’autres considérations, il nous faut
résumer ce que nous avons dit en trois figures. C'est la
même figure originelle : le triangle qui sert de base à nos
trois schémas pour bien montrer qu’ils expriment la même
— 197 —
chose considérée en trois aspects différents, corps, vie ou
volonté suivant le cas.
Figure schématique résumant la constitution de V Homme,
d'après Fabre d’Olivet.
(Manque la ie sphère, sphère du libre arbitre; voy. plus loin.)
Les Êtres, quels qu’ils soient, sont formés en dernière
analyse de trois parties constituantes : le corps, la vie ou
l’esprit, et l’âme.
L’évolution d’un corps produit une vie, l’évolution d’une
vie produit une âme.
Vérifions ces données en les appliquant à l’homme.
Chaque continent se couronne, je le répète, d’une race
différente d’hommes représentant le terme supérieur de
l’évolution matérielle sur la planète.
I
— 198 —
Dans chaque homme trois parties se montrent : le ventre,
la poitrine, la tête. A chacune de ces parties sont attachés
des membres. Le ventre sert à fabriquer le corps, la
poitrine sert à fabriquer la vie, la tête sert à fabriquer
l’âme.
Le but de chaque être que la nature crée est de donner
naissance à une force d’ordre supérieur à celle qu’il reçoit.
Le minéral reçoit la vie terrestre et doit la transformer en
vie végétale par son évolution ; le végétal donner naissance
à la vie animale et celle-ci à la vie humaine.
La vie est donnée à l’homme pour qu’il la transforme en
une force plus élevée : l’âme. — L'âme est une résultante 1
d’après certains occultistes.
Le but de l’homme est donc avant tout de développer en
lui cette âme qui ne s’y trouve qu’en germe et, si une
existence ne suffît pas, plusieurs seront nécessaires2.
Cette idée, cachée par les initiations aux profanes, se
retrouve dans tous les auteurs qui ont pénétré profondément dans la connaissance des lois de la nature. C’est une
des principales divulguées par l’étude du Bouddhisme ésotérique dans les temps modernes ; mais l’antiquité ainsi que
quelques écrivains occidentaux ne l’ont jamais ignorée.
1. L’âme esl une création originale nous appartenant en propre et
présentant à l’éternité le flanc de sa responsabilité (Louis Lucas, Médecine nouvelle, p. 33).
Le son représentant la force vitale produit autre chose dans sa diversité extrême : il produit la TONALITÉ, d’où naît l’elfet général ou l’âme ;
avec sa valeur spéciale et relative. Un orchestre est un organisme matériel, avec tous ses appareils composés; les sons, leurs HARMONIES, leurs
combinaisons immenses; c’est le jeu des forces vitales; c’est l’étoffe du
corps d'où l’âme se crée et s’élève, comme de la tonalité se crée un sentiment général, définitif et résultantiel. Ainsi la tonalité GÉNÉRALE qui
est étrangère et à l’instrument inerte par lui-même, et aux harmonies
croisées qui sont en jeu : voilà l’AME du concert, etc. (Id.) .
2. En lisant les divers auteurs qui traitent de l’àme, il faut bien prendre garde au sens qu’ils attribuent à ce mot. Les uns appellent âme ce
que j’appelle ici vie et esprit , et esprit le troisième terme que j’appelle
âme. L’idée est la même partout, l’emploi des termes seuls varie.
— 199 —
« C’est ainsi en effet que Dieu lui-même, par la connaissance intime de l’absolu qui est son essence, identifie perpétuellement avec son savoir l’être qui lui correspond dans
son essence absolue ; et c’est ainsi manifestement que
Dieu opère sans cesse sa création propre ou son immortalité. Et par conséquent, puisque l’homme est créé à
l’image de Dieu, c’est par le même moyen qu’il doit conquérir son immortalité, en opérant ainsi sa création propre
par la découverte de l’essence de l’absolu, c'est-à-dire des
conditions elles-mêmes de l’existence de la vérité »
Fabre d’Olivet, dans l’admirable résumé qu’il a fait delà
doctrine de Pythagore, nous montre en quelques pages le
résumé de la psychologie antique. Il suffit de le lire et de
le comparer aux doctrines du Bouddhisme ésotérique pour
connaître un des plus grands secrets renfermés dans les
sanctuaires.
Voici ce résumé:
« Pythagore admettait deux mobiles des actions
humaines, la puissance de la Volonté, et la nécessité du
Destin ; il les soumettait l’un et l’autre à une loi fondamentale appelée la Providence, de laquelle ils émanaient également.
« Le premier de ces mobiles était libre et le second
contraint : en sorte que l’homme se trouvait placé entre .
deux natures opposées, mais non pas contraires, indifféremment bonnes ou mauvaises, suivant l’usage qu’il savait
en faire. La puissance delà Volonté s’exerçait surles choses
à faire ou sur l’avenir; la nécessité du Destin, sur les
choses faites ou sur le passé ; et l’une alimentait sans
cesse l’autre, en travaillant sur les matériaux qu’elles se
fournissaient réciproquement.
i. Wronski, Lettre au pape. — Voir la liste des œuvres de Wronski
dans l’Occultisme contemporain, ckap. 22.
— 200
« Car, selon cet admirable philosophe, c’est du passé que
naît l’avenir, de l’avenir que se forme le passé et de la
réunion de l’un et de l’autre que s’engendre le présent
toujours existant, duquel ils tirent également leur origine :
idée très profonde, que les stoïciens avaient adoptée. Ainsi,
d’après cette doctrine, la Liberté règne dans l’avenir, la
Nécessité dans le passé et la Providence sur le présent.
Rien de ce qui existe n’arrive par hasard, mais par l’union
de la loi fondamentale et providentielle avec la volonté
humaine qui la suit ou la transgresse, en opérant sur la
Nécessité.
« L’accord de la Volonté et de la Providence constitue
le bien, le mal naît de leur opposition. L’homme a reçu,
pour se conduire dans la carrière qu’il doit parcourir sur
la terre, trois forces appropriées à chacune des trois modifications de son être, et toutes trois enchaînées à sa
volonté.
« La première, attachée au corps, est l’instinct; la
seconde, dévouée à l’âme, est la vertu; la troisième,
appartenant à l’intelligence, est la science ou la sagesse.
Ces trois forces, indifférentes par elles-mêmes, ne prennent
ce nom que par le bon usage que la volonté en fait, car,
dans le mauvais usage, elles dégénèrent en abrutissement,
en vice et en ignorance. L’instinct perçoit le bien ou le
mal physiques résultant de la sensation ; la vertu connaît
le bien et le mal moraux existant dans le sentiment ; la
science juge le bien ou le mal intelligibles qui naissent de
l’assentiment. Dans la sensation le bien et le mal s’appellent
plaisir ou douleur ; dans le sentiment, amour ou haine ;
dans l’assentiment, vérité ou erreur.
« La sensation, le sentiment et l’assentiment résidant
dans le corps, dans l’âme et dans l’esprit, forment un ternaire qui, se développant à la faveur d’une unité 'relative,
— 201
constitue le quaternaire humain ou l’Homme considéré
abstractivement.
« Les trois affections qui composent ce ternaire agissent
et réagissent les unes sur les autres, et s’éclairent ou
s’obscurcissant mutuellement ; et l’unité qui les lie, c’està-dire l’Homme, se perfectionne ou se déprave, selon
qu’elle tend à se confondre avec l’Unité universelle ou à
s’en distinguer.
« Le moyen qu’elle a de s’y confondre ou de s’en distinguer, de s’en rapprocher ou de s’en éloigner, réside tout
entier dans sa volonté, qui, par l’usage qu’elle fait des
instruments que lui fournissent le corps, l’âme et l’esprit,
s’instinctifïe ou s’abrutit, se rendvertueuse ou vicieuse, sage
ou ignorante et se met en état de percevoir avec plus ou
moins d’énergie de connaître et de juger avec plus ou
de rectitude ce qu’il y a de bon, de beau et de juste dans
la sensation, le sentiment ou l’assentiment; de distinguer
avec plus ou moins de force et de lumière le bien et le
mal ; et de ne point se tromper enfin dans ce qui est
réellement plaisir ou douleur, amour ou haine, vérité ou
erreur.
« L’homme tel que je viens de le dépeindre, d’après
l’idée que Pythagore en avait conçue, placé sous la domination de la Providence, entre le passé et l’avenir, doué
d’une.volonté libre par son essence et se portant à la vertu
ou au vice de son propre mouvement, l’Homme, dis-je,
doit connaître la source des malheurs qu’il éprouve
nécessairement et, loin d’en accuser cette même Providence qui dispense les biens et les maux à chacun selon
son mérite et ses actions antérieures, ne s’en prendre
qu’à lui-même s’il souffre par une suite inévitable de ses
fautes passées ; car Pythagore admettait plusieurs existences
successives et soutenait que le présent qui nous frappe et
202 —
l’avenir qui nous menace ne sont que l'expression du
passé qui a été notre ouvrage dans les temps antérieurs.
Il disait que la plupart des hommes perdent, en revenant à
la vie, le souvenir de ces existences passées ; mais que,
pour lui, il devait à une faveur particulière des Dieux d’en
conserver la mémoire .
« Ainsi, suivant sa doctrine, cette nécessité fatale dont
l’Homme ne cesse de se plaindre, c’est lui-même qui l’a
créée par l’emploi de sa volonté; il parcourt, à mesure
qu’il avance dans le temps, la route qu’il s’est déjà tracée
à lui-même ; et, suivant qu’illa modifie en bien ou en mal,
qu’il y sème, pour ainsi dire, ses vertus et ses vices, il la
retrouvera plus douce et plus pénible lorsque le temps sera
venu de la parcourir de nouveau h »
Je joins à cette importante citation un tableau qui permettra de voir le système dans son ensemble. J’ai fait mon
possible pour être clair ; si quelque erreur s’est glissée
dans ce travail, il sera facile d’y remédier en se reportant
au texte.
La partie gauche du tableau représente les principes
positifs désignés par le signe (-)-).
La partie droite, les signes négatifs désignés par le
signe (— ).
Enfin la partie médiane, les signes équilibrés ou supérieurs désignés par le signe ( o=>).
En bas et à gauche du tableau est le résumé du ternaire
humain : ame, — intelligence — corps, indiqué par les
signes ci-dessus.
1. Fabre d’Olivet, Vers dorés, p. 249 et 251.
oc
(+)
LIBERTÉ (Volonté)
Avenir
PROVIDENCE
Présent
NÉCESSITÉ (Destin)
Passé
m (-)
Voliti ve
Constitution de l’Homme.
Résumé de la doctrine pythagoricienne par Fabre d’Olivet.
— 205 —
CONSTITUTION DU MICROCOSME
§ 1 . LES SEPT PRINCIPES
Constitution de l'Homme. — Analyse des trois principes
généraux. — Les sept principes de l’Homme.
Si l’on a bien compris ce qui précède, on verra que
l’homme peut être considéré comme composé essentiellement de trois principes : le corps, la vie, la volonté : ou, le
corps, l’esprit et l’âme, suivant les écoles.
Une accusation qu’on fait souvent aux théories de
l’occultisme, c’est cette tendance à faire entrer tous les
phénomènes de la nature sous la dépendance d’un chiffre
particulier. Cette objection aurait quelque valeur si la
Science occulte n’admettait qu’un seul chiffre, le 2, le 3
ou le 4, comme règle unique et toujours observée des phénomènes naturels. Il n’en est pas ainsi.
Chaque nombre a une signification spéciale et peut être
appliqué dans certains cas. Ainsi, l’homme physique est
bien composé de trois segments : ventre, poitrine et tête.
Chacun des membres est bien aussi composé de trois
segments (bras, avant-bras, main, etc.) ; mais il y a cinq
doigts à chaque main et sept trous à la tête (2 yeux,
2 oreilles, 2 narines, 1 bouche).
De même, il y a une foule de couleurs dans le monde
et ces couleurs se ramènent toutes à trois fondamentales :
le rouge, le jaune et le bleu.
Les trois principes de l’homme obéissent à la même loi
et peuvent être décomposés en plusieurs autres principes,
ainsi que le montre Amaravella dans une série d’études
sur la Constitution du Microcosme parues dans les numéros 8,9 et 10 du Lotus.
— 206 —
Le nombre sept est généralement assigné aux éléments
composant l’homme. Ce nombre a été généralisé outre
mesure dans ces derniers temps par un auteur théosophique qui a voulu tout expliquer grâce au septénaire
dans deux indigestes volumes écrits sans méthode et sans
connaissances scientifiques sérieuses: la Doctrine Secrète.
Sans aller jusqu’aux subtilités des sept sous-races de
sous-races humaines ou des sept états de la Matière considérés ésotériquement comme la véritable explication des
sept planètes, il faut savoir que la division de l’homme
en sept principes éclaire d’un jour tout nouveau certaines
questions d’anthropologie, de psychologie et de religion.
★
* *
Les sept principes de l’homme sont donc des subdivisions des trois principes primitifs. Sur quoi portent
ces subdivisions? Quel est leur caractère? C’est ce que
nous allons voir.
Rapports des principes et des nombres.
Le Corps, la Vie et l’Esprit, anatomiquement générés
par le Ventre, la Poitrine et la Tète, représentent en
somme un seul principe diversement évolué. Si nous
voulions les désigner par des nombres , il nous faudrait
trouver trois chiffres représentant l’unité de différents
degrés. Or, l’emploi des méthodes de calcul pythagoriciennes, méthodes totalement perdues de nos jours et que
nous avons reconstituées un des premiers, permet de
voir que*l, 4 et 7 représentent bien l’unité à différents
degrés. En effet, en addition théosophique, 4 = 1 — 2 — 3
+4—10; 10=1+0=1; 7=1+2+3+4+5+6+7=28;
28=2+8=10=1.
207 —
Voilà donc 3 nombres: 1, 4 et 7, qui représentent le
même nombre 1 diversement considéré. Nous pouvons
donc établir un rapport de suite et dire:
1 représentera le Corps
4 — la Yie
7 — l’Esprit
Disons tout de suite que ces nombres représentent
effectivement l’ordre des 3 principes de l’homme qui portent ces noms d’après l’occultisme oriental.
Le corps correspondant au chiffre 1 prend le nom de Rupci.
La vie — — 4 — Kam.a Rupa.
L’âme — — 7 — Atma.
L’étude de chacun de ces principes nous conduira à la
connaissance des principes intermédiaires.
LE CORPS PHYSIQUE
Le corps physique, objet de l’étude des anatomistes^
contemporains, donne à lui seul la clef de la Science
occulte tout entière. L’Homologie montre, en effet, que
tous les organes ne sont que la reproduction à degrés
différents d’un type fondamental unique 1 ; la Physiologie
synthétique vient, de son côté, prouver que toutes les
fonctions destinées à l’entretien de ce corps physique et à
la production des forces nerveuses obéissent à une loi
unique et fondamentale: la loi de circulation 2.
1. Voy. les travaux de Foltz, du Dr Adrien Peladan et les Traités d’Anotomie philosophique, science toute nouvelle restaurée par Goethe.
2. Voy. la Physiologie synthétique de Gérard, Encausse avec trente-sept
schémas explicatifs. Carré, éditeur, 1890.
208 —
Le corps physique est formé de cellules matérielles.
Chacune de ces cellules est fixée à sa place et y accomplit
ses fonctions. Prenons pour exemple la cellule musculaire
du muscle qui fait contracter notre doigt. Pourquoi cette
cellule se contracte-t-elle? Parce qu’elle est vivante et
qu’elle manifeste ainsi sa fonction; l’origine de la propriété de se contracter réside dans la vie que cette cellule
a fixée.
Mais cette force vitale qu’elle vient d’user en travaillant, comment la renouvelle-t-elle?
En allant la puiser dans le sang qui passe à côté d’elle
et qui la baigne de ses principes régénérateurs. Ce qu’il y a
dans la cellule fixée en place c’est bien de la vie — ce
qu’il y a dans le globule sanguin qui court dans l’organisme c’est bien aussi de la vie. Nous voilà donc obligés
de distinguer ces deux spécifications de la force vitale par
des noms différents.
Nous allons appeler la Vie fixée en place dans la cellule
de l’organe Vitalité, 2e principe (le 1er étant la matière)
et ce principe s’appelant en sanscrit Jiva.
La portion de force vitale qui court dans l'organisme
portée par le globule sanguin, appelons-la pour l’instant
la force vitale circulante et étudions un peu ses modes
d’action. Cette force vitale circulante est contenue en deux
portions de l’organisme :
1° Dans les globules rouges de sang qui vont toujours
reprendre de cette force dans l’atmosphère qui nous
entoure (Respiration).
2° Les globules rouges ne contenant qu’une portion
minime en somme de force et l’organisme ne voulant
jamais être pris au dépourvu, des magasins de cette force
ont été disséminés un peu partout ; ce sont de petites
masses grises de substance nerveuse, les ganglions du
— 209
grand sympathique. Toute la force que les globules n’ont
pas utilisée pour réparer l’organisme va se mettre en
réserve là.
Parce qui précède on voit que ces principes de l’homme
ne sont pas aussi métaphysiques qu’on pourrait le croire,
et qu’on peut parfaitement en admettre l’existence, seraiton le plus positiviste des médecins.
La Vie circulante, le troisième de nos principes, peut
être considérée de deux façons, soit lorsqu’elle circule
portée par les globules, soit lorsqu’elle est en réserve
dans les ganglions nerveux. De toutes manières, c’est
toujours un même principe dans les deux cas ; aussi ne lui
a-t-on donné qu’un seul nom :
LINGA SCHARIRA — LE CORPS ASTRAL.
Avant d’aller plus loin, résumons la génération de ces
trois principes.
Je mange un morceau de pain 1 . Ce morceau de
pain, après avoir subi l'élaboration digestive, se transforme en la matière d’une cellule quelconque de mon*
organisme ; il devient partie intégrante de mon corps :
Rupa (1er principe).
Le morceau de pain peut devenir une cellule d’un
muscle ou une cellule de mon poumon, ou un globule
errant. Prenons ce dernier cas.
Le globule fabriqué par le Ventre, grâce aux éléments
absorbés, est blanc (leucocyte). Ce globule contient beaucoup de matière, mais peu de force. Le Ventre, après
l’avoir fabriqué, l’envoie par le canal thoracique dans la
1. Voy. l’Histoire de la Bouchée de Pain de J. Macé.
14
✓
— 210 —
Poitrine où il est jeté dans la circulation sanguine. Le
cœur envoie notre globule blanc dans le Poumon où il se
trouve mis en contact avec l’air extérieur apporté par
l’aspiration '.
C’est alors que ce globule tout matériel se charge de
force au contact de cet air. La force qu’il a prise, il en
use une partie pour son usage particulier en la fixant
dans son intérieur; cette partie de la force ainsi fixée
c’est le second principe: la Vitalité, Jiva (2e principe) .
La force que ce globule a de plus, il s’en va la porter,
maintenant qu’il est devenu globule rouge, à toutes les
cellules immobilisées dans le corps où elle devient la
Vitalité (Jiva) de chacune de ces cellules.
Si après son voyage le globule rouge possède encore de
la force en excès, il va la déposer dans un magasin
quelconque (ganglion nerveux) soit directement, soit par
l’intermédiaire du cervelet 2. Cette force ainsi condensée
sert à soutenir et à diriger la marche de tous les organes
qui n’obéissent pas à la Volonté (principaux organes
splanchniques et vaisseaux). Ainsi débarrassé de sa force,
le globule rouge revient au cœur, qui le renvoie dans le
poumon où il se charge de nouveau pour recommencer
sa course.
Ainsi, notons ce point que le résultat du travail du
Ventre c’est de la Matière du Corps: 1° Rupa.
Cette matière ne sert qu’à une chose, a supporter la
force amenée directement de l'extérieur par le travail de
la Poitrine. Le résultat de ce travail de la Poitrine c’est la
production de deux nouvelles forces.
\ . Cette idée que les globules rouges sont produits par l’évolution des
globules blancs, donna lieu à des discussions contradictoires dans le
monde savant en ces dernières années. Nous nous y rattachons jusqu’à
meilleure information.
2. Théorie du Dr Luys (186o).
211 —
2° La Vitalité , combinaison de la Vie avec le corps
matériel.
3° Le Corps Astral , la portion la plus élevée de la production corporelle, la force nerveuse courant dans l’organisme susceptible de se condenser, mais aussi de se
dilater tellement qu’elle peut sortir hors de l’ètre
HUMAIN l.
La Matière servait de supporta la Vie ; la force nerveuse,
spiritualisation de la Vie, va servir de support à l’Ame.
Tels sont les échelons que parcourt la matière dans
son évolution et dans son contact avec la force de l’atmosphère terrestre/ Résumons ces trois degrés se rattachant tous au Corps Physique.
Constitution du Corps Physique.
1. — Partie matérielle du corps se renouvelant par les fonctions
diverses exercées par le ventre, charriée par le liquor du sang.
Le corps matériel. — La matière du corps physique.
Ie'1' principe : Rupa.
2. — Partie médiatrice du corps. — Combinaison du corps maté- &
riel avec le principe immédiatement supérieur. — Yie propre des
cellules organiques.
La vitalité. — La vie du corps physique.
2e principe : dira.
Cet élément ne sort jamais hors du corps.
3. — Partie animatrice du corps. — Spiritualisation du sang sous
l’influence du système nerveux de la vie végétative. — - Élément
localisé dans les ganglions du grand sympathique et qui peut
sortir hors du corps physique. — -Élément se renouvelant matériellement grâce aux fonctions exercées dans la poitrine.
Le corps astral. — L’àme du corps physique.
3e principe : Linga sharira.
i. Voy. à ce propos l’étude précédente sur le corps astral.
— 212 —
Avant d’aller plus loin, nous tenons à mettre le lecteur
en garde contre un danger. Pour être aussi clair que
nous le pouvons, nous montons de la matière à l’esprit, et
nous aurions l’air de faire générer progressivement celuici par celle-là. Nous avons assez dit combien il était
amusant de prétendre que la voiture donne naissance au
cheval et celui-ci au cocher, pour qu’une simple remarque
suffise à ce propos.
Le corps astral
L’analyse du Corps nous a conduits à la connaissance
de trois principes représentant la matière, la vie et l’âme
de ce corps matériel ; en est-il de même pour la Vie ?
Nous avons vu que la Matière produite par le Ventre
servait uniquement de support à cette force que la Poitrine va puiser dans l’atmosphère extérieure et qui constitue la Vie.
De même, ce corps astral, produit ultime de la Poitrine,
sert de support à quelque chose qui vient directement de
l’extérieur, mais dans un plan différent du plan matériel ;
ce quelque chose est ce qui fait que nous avons des
pressentiments, que l’amour ou la haine dilatent ou
contractent notre cœur1, en un mot, que nous sommes
passionnés. Cet élément nouveau localisé, non plus dans
le ganglion, mais dans les plexus (réunion de ganglions)
voisins du cœur, c’est le 4e principe : l’ame animale, Kama
Hupa, c’est là que siège l’instinct. Ce principe est plus
développé chez les animaux que chez l’homme, plus chez
l’homme non cultivé que chez l’homme instruit. L’anaI. La réalité de cette influence morale sur le physique a élé prouvée
par Claude Bernard, Science expérimentale.
— 213 —
tomie comparée vient encore nous montrer la réalité de
ceci par le nombre de ganglions abdominaux et thoraciques qui forment les véritables cerveaux des animaux
inférieurs, surtout des insectes.
Le Corps Astral est donc l’intermédiaire entre deux
mondes différents ; c’est bien l’élément le plus élevé du
corps physique, l’âme du corps physique : mais en même
temps c’est l’élément le plus inférieur de la Vie proprement
dite ; c’est le corps de la Vie, la matière du corps vital.
Ce 3e principe est commun aux deux mondes, celui de la
matière et celui de la vie.
L’Ame animale constitue l’élément central de l’être,
l’origine de son égoïsme et de ses passions. Fabre d’Olivet,
dans le tableau ci-dessus, a mieux analysé ce principe que
tous les théosophes modernes réunis, sous le nom de
Centre volitif.
L’étude de l’évolution du système nerveux à travers
l’espèce animale nous montre un fait bien curieux. Le
système nerveux est d’abord représenté par un simple fdet
dans les êtres inférieurs (Ex. : le taenia). A ce moment,
trois des principes sont développés, les autres sont en
germe. Les principes développés sont le corps physique
(. Rupa ), la vitalité [Jwd] et les rudiments du corps astral
(Linga sharira) . Ces êtres-là appartiennent donc presque
exclusivement au monde physique.
Si l’on monte dans la série animale, on voit ce filet
nerveux présenter le long de son parcours quelques ganglions (fig. 2). Le corps astral est alors plus développé.
Ces ganglions peuvent être considérés théoriquement
comme produits par le repliement du filet nerveux sur
lui-même.
Chez les insectes, les ganglions réunis forment deux
couronnes, une couronne thoracique et une couronne
— 214 —
abdominale. 11 v a donc réunion de ganglions, c’est-à-dire
plexus et par suite développement du 4° principe, l’origine
de l’instinct : l’ame animale [Kama Rupa). Ces êtres appartiennent donc presque exclusivement au monde aslral.
Cependant, on voit une petite masse ganglionnaire qui
pointe à la partie supérieure de l’animal: dans la tête.
Ceci indique que le 5° principe est là en germe.
Qu’est-ce donc que le 5° principe?
C’est celui qui se développe en même temps que le
cerveau, le principe caractéristique de l’être humain, celui
qui permet d’apprendre les sciences quand il est développé, le principe de 1 ' i n telle c t ual i t é dans tous ses ordres:
l’ame humaine [Marias).
Le fluide nerveux constituant le corps astral et renfermé dans les ganglions sympathiques s’est condensé sur
lui-même dans les plexus pour recevoir le principe de l’instinct ; il se spiritualise dans le cerveau pour recevoir le
principe de l’intelligence.
Les figures suivantes montrent cette évolution des principes dans la série animale, et permettent d’affirmer que
l’intelligence se manifeste au moment où le premier ganglion cérébral naît dans un être quelconque.
j
2
a
— 215
Résumons la constitution du corps astral d’après les
données précédentes.
Constitution du corps astral.
3. — Partie matérielle du corps astral localisée clans les ganglions
du grand sympathique. ■ — Support des principes suivants. —
Elément commun au monde précédent (physique) et à celui-ci
(astral).
Le corps astral. — La matière du corps astral.
3° principe : Linçja sharira.
4. — Partie médiatrice du corps astral. — Combinaison du corps
astral avec le principe immédiatement supérieur. — Vie propre
du corps astral. — Élément localisé dans les plexus du grand
sympathique. — Origine de l’instinct et des passions.
Lame animale. — La vie du corps astral.
4e principe : Kama Rupa.
5. — Partie animatrice du corps astral. — Spiritualisation du
fluide nerveux sous l’influence du système nerveux conscient. ■ — ■
Élément localisé dans les ganglions du cerveau (circonvolutions
cérébrales). — Siège de l’intelligence et de la mémoire. — Élément se renouvelant matériellement grâce aux fonctions de la
tête.
L’ame humaine. — L’âme du corps astral,
5e principe : Manas.
★
* *
Le corps psychique
Nous avons vii l’élément le plus élevé fabriqué par le
ventre, le globule matériel, servir d’appui à la vie.
Nous avons vu l’élément le plus élevé fabriqué par la
poitrine, le corps astral, servir de point d’appui à l’âme animale. Nous avons pu localiser anatomiquement et physio216 —
logiquement le corps, la vitalité, le corps astral, l’âme animale et l’âme humaine.
A quoi peut bien servir de point d’appui cette âme
humaine, produit supérieur de l’évolution de la force nerveuse? Où localiser les principes qui sont au-dessus de
cette âme humaine ?
D’après l’ésotérisme, cette intelligence, cette faculté
d’apprendre les sciences qui peuple nos sociétés de
diplômés et nos académies d’immortels, est la faculté la
plus inférieure, la plus grossière de l’être humain, c’est
la matière du corps psychique. De même que le troisième
principe, le corps astral, était commun au monde physique et au monde astral, de même le cinquième principe, l’âme humaine, est commun au corps astral et au
corps psychique. Supérieur pour celui-là, inférieur pour
celui-ci. C’est toujours l’idée de l’absorption des séries inférieures par les séries supérieures, le Père, roi chez lui et
sujet du gouvernement.
Les circonvolutions moyennes du cerveau servent bien
de moyen de manifestation à l’intellectualité, mais les circonvolutions supérieures servent de moyen de manifestation à une faculté bien plus élevée, celle qui causera
l’élévation de la vie psychique de l’être : la moralité ou
l’ame spirituelle, Buddhi, le 6° principe, la vie réelle de
l’être psychique'.
I. Cette faculté merveilleuse dont nous sommes si fiers n’est cependant que la plus inférieure de l’Esprit lui-même. Le savant, pour aussi
célèbre qu’il soit, peut, après sa mort, être moins bien traité par son
Karma qu’un ignorant vertueux. L’ésotérisme place en effet la Sagesse
au-dessus de la Science; la Spiritualité au-dessus de 1 ’Intellectualité. Un
sage ou être spirituel est celui qui a évolué au 6e principe, tandis que le
savant n’a évolué qu’au 5°. O ù. est donc localisé le 6e principe?
Il n’est pas localisé, ou du moins il l’est fort peu, dans les cellules nerveuses du sommet de la tête. A lui s’arrêtent en effet la Science et ses méthodes. Le savant ne peut le comprendre.
L’occultiste seul peut en saisir toute la portée.
— 217 —
Ce 6e principe, est-il utile de le dire? est à peine développé dans les races humaines actuelles ; il en est de même
du suivant.
Au-dessus de tous ces principes et les dominant tous se
trouve le germe de divinité que chaque homme peut développer et qui le conduirait au Nirvana de suite :
L’ame divine — Atma , le 7° principe — L’esprit.
Mais cet esprit ri entre jamais complètement dans l'être.
Il reste au-dessus de lui et constitue son higher-self , son
idéal , son Dieu, ainsi que Ta vu M. Sinnet, et, avant lui,
Wronski, ainsi que le fait est également décrit dans les
Figure schématique montrant la situation du‘7e principe
par rapport à l’homme.
— 218 —
communications spirites intitulées les Dualités de l’espace ,
récemment publiées par les soins d’Eugène Nus. Si nous
voulons donc figurer la place occupée par nos trois principes, nous placerons le principe 1, le corps, datîs le
Ventre , le principe 4, la vie, clans la Poitrine et le principe
7, l’Esprit, au-dessus de la tête (voyez page 217).
Le tableau suivant résume la constitution du corps psychique.
Constitution du corps psychique [V Esprit).
5. — Partie inférieure du corps psychique. — Elément localisé dans
le cerveau. - — Siège de Yintelleclualité. — Intermédiaire entre
le monde précédent (astral) et celui-ci (psychique). — Support des
principes supérieurs.
L’ame humaine. — La matière du corps psychique.
5e principe : Manas.
6. — Partie médiatrice. — Combinaison de l’âme humaine avec
le 7e principe. — Influence partielle de ce 7e principe sur
le 5e. — Élément localisé dans quelques cellules nerveuses
supérieures. — En germe seulement dans les races actuelles. —
Siège de l’inspiration, de la double vue consciente (prophétie) et
de la moralité.
Ame angélique ou ame spirituelle. — Vie du corps psychique.
6e principe : — Buddhi.
7. — Partie animatrice du corps psychique. — Spiritualisation des
facultés humainessous l’influence du Verbe divin. — Elément non
localisé en l’homme. — Principe du Nirvana et de l’immortalité
définitive.
L’ame divine (l’Esprit). — L’âme du corps psychique.
7e principe : Atma.
— 219 —
RÉSUMÉ DES SEPT PRINCIPES DE L’HOMME
(Par Papus)
X
7 \
7
Ame divine
Atma
Ame du Corps
psychique
L'ESPRIT
(. Inspiration )
' 6
Ame ANGÉLIQUE
Ruddhi
Vie du Corps
psychique
Corps psychique i
L’Ame humaine 1
Matière du Corps
i psychique
4 1
/ 0
Manas 1
1 Ame du Corps
astral
LA VIE
( 'Passions )
4
L’Ame animale
Kama Rupa
Vie du Corps
astral
Corps astral i
3
Le Corps astral 1
Matière du Corps
i astral
1 '
Linga Sharira
1 Ame du Corps
physique
LE CORPS
9
La Vitalité
Vie du Corps
[Besoins)
1 "
Jiva
physique
Corps physique
1
Le Corps
Matière du Corps
Rupa
physique
PLANCHE SYNTHÉTIQUE DE L’ORGANISME
Circulation Psychique
Cerveau post'
y Transformation \ ^Cerveau ant"
Gang */,
postrde
moelle
(schéma d’ensemble)
Plexus
Cette figure contient, à très peu d’exceptions près, tous
les organes splanchniques du corps humain, groupés de
façon à donner une idée de leur fonction et des rapports de
ces fonctions entre elles.
Trois segments concentriques constituent la figure :
Extérieurement le système nerveux — au milieu, le système sanguin; au centre, le système lymphatique et les
organes de la digestion ; enfin en bas les organes d’excrétion. On peut noter en passant les rapports de ce groupement avec les feuillets blastodermiques de l’embryon.
1° Segment central .
Au centre de la figure l’estomac et l’intestin grêle présentent l’origine de l’entrée de la substance dans le corps.
— Les chylifères aboutissant au canal thoracique avec la
rate comme centre de condensation (hypothèse de Malfatti)
et les veines aboutissant à la veine porte avec le foie comme
centre condensateur, figurent la circulation du renouvellement des éléments matériels de l’organisme.
La chaîne de ganglions et de plexus de la circulation
lymphatique commençant au niveau des capillaires artériels et allant gagner le système veineux près du cœur
montrent schématiquement la circulation de la lymphe,
véritable drainage de la substance qui n’a pas trouvé son
emploi pendant la circulation du sang.
Enfin, en bas, le gros intestin montre les voies d'excrétion des aliments non assimilés.
2° Segment médian.
Au milieu nous voyons le schéma si connu de la circulation du sang. — A gauche, la circulation du sang rouge,
du sang chargé de matière et de force, circulation figurée
par un trait double. — Parti du poumon, le sang aboutit
— 222 —
aux organes en allant passer par le cœur gauche, grand
régulateur de cette circulation.
A droite, la circulation centripète du sang noir, figuré
par un trait noir.
Parti des organes par les capillaires veineux, le sang
gagne le cœur droit en se chargeant en route de matière
sous l’influence de la veine sus-hépatique et du canal thoracique. — Du cœur droit, le sang passe par le ventricule
dans le poumon où il vase charger de force, et enfin repart
du poumon chargé cette fois de deux éléments qu’il avait
perdus: la force et la matière.
3° Segment périphérique.
La force sanguine, sublimée par le cervelet (théorie du
docteur Luys), est transformée en fluide nerveux et prend
deux grandes directions suivant le point d’incitation.
Si ce point d’incitation est dans le sens , le courant produit
est centripète. L’excitation traverse le ganglion médullaire
postérieur et gagne soit le cerveau postérieur (circulation consciente), soit la substance grise postérieure de la
moelle et, de là, la substance grise antérieure (circulation
réflexe).
Si l’excitation a gagné le cerveau, un courant nerveux
s’établit, courant dont la physiologie n’a pas encore déterminé toutes les conditions, et la circulation psychique
prend naissance.
Le résultat de cette circulation psychique est la production d’une idée, agissant du dedans au dehors comme
l’objet matériel, origine de la sensation, agissant du dehors
au dedans.
Le courant part du cerveau antérieur par les fibres de,
projection de premier ordre, traverse les ganglions cérébraux où il se renforce, suit les cordons moteurs de la
— 223
moelle antérieure, puis les nerfs moteurs et arrive aux
organes à fibres striées.
Dans le cas où l’excitation passe directement de la
moelle postérieure (substance grise) dans la moelle antérieure (substance grise) il n’y a rien de correspondant à la
circulation psychique. La sensation se transforme en
mouvement, mais la puissance du mouvement et sa diffusion dépendent uniquement de la grandeur de l’excitation.
La force nerveuse en excès est drainée et condensée par
le système spécial du grand sympathique dont les ganglions
et les plexus répondent en tous points aux ganglions et aux
plexus lymphatiques. C’est encore grâce à ce drainage
parti des parties grises antérieures de la moelle, que la
force nerveuse, agissant par saccade dans les circulations
précédentes, est transformée en une force continue, agissant sur les organes à fibres lisses.
Enfin au bas des trois segments nous trouvons :
1° La portion extra-péritonéale du gros intestin avec
l’anus, organe d’excrétion de la circulation alimentaire
et de l’abdomen en général ;
2° Le rein et la vessie avec leurs conduits, organes
d’excrétion de la circulation sanguine et de la poitrine en
général ;
3° Les testicules, les vésicules séminales et les conduits
annexes que nous sommes amené à considérer comme les
organes d’excrétion rapide et instantanée de la force
nerveuse.
On peut suivre un à un tous ces détails sur le schéma
d’ensemble qu’on trouvera dans la planche ci-jointe.
Il résume, aussi bien que faire se peut, notre essai tout
entier, et nous espérons qu’on voudra bien excuser les
fautes de détail qui pourraient s’y trouver, eu égard à l’idée
d’ensemble que nous nous sommes efforcé de représenter.
— • 224 —
REMARQUES
A cette étude nous ajouterons quelques mots.
On remarquera que le schéma montre, dans le microcosme même, l’existence des trois mondes; chacun des
mondes correspond à l’une des lettres du tétragramme
sacré rtliT [iod, hé, vau , hé) .
En haut le monde de l'idée comprenant le cerveau, et
ses ganglions, le cervelet et la circulation psychique. Ce
monde correspond à la lettre iod [>).
Au milieu le monde de la Vie comprenant les poumons,
le cœur, les organes de circulation avec le grand sympathique comme centre de réserve du corps astral (fluide nerveux
mis en réserve). Ce monde correspond à la lettre vau (1)
qui veut dire lien.
En bas, entre le diaphragme supérieurement et le péritoine inférieurement, le monde de la matière comprenant
les organes situés dans l’abdomen et les réservoirs matériels de l’organisme. Ce monde correspond à la lettre
hê (il).
Voici donc trois des lettres du tétragramme : le iod [tête],
le hé [ventre), le vau [poitrine). Où se trouve le second
hé?
A propos de notre étude du Tarot, nous avons montré
que les arcanes mineurs indiquaient la constitution du
corps humain. L’originalité de notre travail provient surtout de la découverte des fonctions du deuxième hé agissant comme centre de transition, de génération d’un monde
à l’autre.
Or, voyez dans le corps humain, tous les organes extrapéritonéaux, situés sous le péritoine, tout à fait en bas du
schéma, représentent ce deuxième hé du tétragramme
sacré.
— 225 —
Voilà donc une (1e nos sciences exactes venant appuyer
de tous ses enseignements les données de la Science occulte
sur le mot iod , hé, vau, hé.
Technique.
LES THÉORIES THÉOSOPHIQUES
Exposé du Bouddhisme ésotérique par M“c la Duchesse de Pomar.
Nous ne pouvons mieux résumer tout ce que nous venons de développer
qu’en reproduisant in-extenso l’étude sur le Bouddhisme ésotérique de Sinnett
publié par Lady Caithness, duchesse de Pomar1. Le lecteur sera mis à même
par cette lecture de voir quels sont les développements originaux que nous
avons produits dans notre étude précédente. — Plusieurs des théories données
ici en germes ont été développées considérablement par leur rapprochement
avec les connaissances scientifiques actuelles d'une part et avec la tradition
occidentale résumée par Fabre d’Olivet d’autre part.
On verra en comparant ces deux exposés avec les écrits d 'Origène d’une
part et les véritables théories du bouddhisme 2 d’autre part que les doctrines
présentées sous ce nom de Théosophie constituent un alliage parfois grossier
de Bouddhisme vrai, de Gnosticisme (pour la plus grande part) et de Kabbale.
Le passage de Jacob Bœhm cité par lady Caithness montre de plus que des
théosophes n’ayant jamais eu aucun rapport avec l’Orient ont connu et développé la théorie des sept principes dans la rature et dans l’homme.
LE BOUDDHISME ÉSOTÉRIQUE
Le Bouddhisme sous sa forme ésotérique est, dit-on, identique à l’ancienne
Religion — Sagesse, — Bouddhisme préhistorique ou la théosophie hermétique qui, selon nous, se retrouve dans tous les mythes mythologiques et les
allégories occultistes de l’antiquité.
Supposant que nos lecteurs connaissent ou connaîtront l’ouvrage de
M. Sinnett, intitulé : Bouddhisme ésotérique, notre seule intention, dans ces
pages, est d’attirer l’attention sur la doctrine de la constitution septénaire
de l’homme et de son évolution graduelle à travers la chaîne planétaire septénaire, puis d’indiquer sa correspondance avec les autres enseignements
ésotériques qui traitent ce sujet profondément intéressant.
t. La Théosophie universelle. Théosophie bouddhiste.
2. Essai de Philosophie bouddhique , par Augustin Chaboseau, l'admirable ouvrage do
Sir Edwin Arnold Light of Asia. et les travaux du capitaine Pfoundes.
15
EVOLUTION.
226 —
Nous commenceronsfdonc par mettre sous les yeux du
l'wlfÛii
Splnfc [elle.
. &XS.
Anitii île.
vatma
italité
NIRVANA.
Swayambhu.
Esprit Latent.
6.
Narayana.
Ame Universelle.
5
Yaina.
Lunière Astrale.
Vach.
Volonté
Cosmique.^
3
Akasa.
Atmosphère
Astrale.
2
Purush.
Constitution
Septénaire
de l’Univers.
Constitution
Septénaire
de l’Homme.
NIRVANA.
Buddhi.
Etat Celeste.
Arupa Inka,
Etat Angélique.
Rupa loka.
Etat Spirituel.
Kama loka.
Eléments subtils
Etat Végétal.
Vie
Esprit Vivifiant
Etat Minerai
Prakrih.
Eléments grossiers
Matière Organise
Itat Purgatorial désirs
non satisfaits.
Etat Animal.
Etats Spirituels
-Septénaires
de l’Ame.
lecteur le tableau de cette constitution tel que nous le
trouvons dans le livre de M. Sinnett, en y ajoutant celui
INVOLUTION.
— 227
des états spirituels de lame et de la constitution septénaire
de l’univers. Ce dernier tableau a été fait d’après des
indications de l’un des chefs spirituels de la Société théosophique de Madras. Il est bon de rappeler ici que psychiquement, aussi bien que physiquement, l’homme est un
microcosme ou univers et que l’Univers ou le macrocosme
est semblable à l’homme.
Constitution de l'Homme.
FRANÇAIS SANSCRIT
1. Le Corps Rupa.
2. Le principe de vie vitalité Jivatma.
3. Le corps Astral Linga Sharira.
A. L’âme animale ou volonté (le Ego"). . . Kama Rupa.
o. L’âme humaine ou l’Intellect Manas.
6. L’âme spirituelle Buddhi.
7. L’Esprit divin Atma.
Constitution de l’Cnivers.
FRANÇAIS SANSCRIT
1. Terre ou matière Prakriti.
2. Esprit universel vivifiant Purush.
3. Atmosphère astrale ou cosmique Akasa.
A. Volonté cosmique Vach.
5. Lumière Astrale ou illusion universelle. . Yajna.
6. Intellect universel Narayana.
7. Esprit latent Swayambu.
Ce tableau a pour but de- donner au lecteur une idée
claire et simultanée des enseignements du Bouddhisme
ésotérique sur ces trois doctrines importantes : — la Constitution de l’Univers, la Constitution de l’Homme et ses
états spirituels pendante! après la vie terrestre.
On remarquera que ces principes sont énumérés en
commençant par l’extérieur et en allant vers l’intérieur,
le premier n’étant que l’extérieur de l’enveloppe qui coutient dans ses replis intérieurs les sept autres, le Joyau de
Grand Prix, le Shekinah. Mais, afin de rendre ces sept
Etats, Principes et Sens apparents à l’œil extérieur, aussi
bien qu’à l'intelligence, nous avons pris la liberté de les
représenter s’élevant de la terre sous la forme d’une croix
qui est le véritable symbole de l’homme indiqué par l’architecture de l’Église chrétienne1. Ce signe a déjà été
employé comme Symbole sacré longtemps avant l’ère
chrétienne, il est même si ancien qu’on le retrouve sur
les monogrammes de quelques-unes des planètes. Le mystère de ce double emblème pourrait remplir des volumes ;
disons seulement qu’il est le véritable emblème de l’homme
et de la femme. La figure de la croix, dit Platon, existe
dans l’Univers ; ses quatre espaces intérieurs s’étendent à
l’Infini — au nord, au sud, à l’est, à l’ouest. Et ainsi,
s’élevant de la terre au ciel, comme l’Arbre de vie, l’homme
se tient debout avec l’Infini autour de lui et l’Éternité au
dedans. Le rayon transversal qui représente les armes de
la puissance et de la gloire peut aussi représenter l’arbre
de la Connaissance du Bien et du Mal (ce qui est le cas dans
la Théosophie hermétique), dont le fruit est à sa portée ; il
se tient au milieu du jardin séparant les principes les plus
élevés des principes inférieurs.
On remarquera que nous avons enfermé ladite croix dans
1. Le signe de la croix fait par les catholiques en prononçant les dernières paroles de la prière du Seigneur a une signification plus profonde
qu’ils ne s’en doutent. En disant « car à toi appartient le royaume », ils
touchent d'abord le front avec le revers du pouce, puis alors la région
vitale du cœur; indiquant par là que le premier est le tronc « le Siège
de la Miséricorde », la demeure du Seigneur du Royaume (ou la Sagesse
divine, la femme). Au moment de dire « la puissance et la gloire », le
pouce touche d’abord l’épaule droite, puis la gauche « (la main droite de
la puissance » — « la main gauche de la gloire) ». « Pour toujours et
toujours, amen, » le pouce se place sur le premier doigt de la même main
en forme de croix, puis s’élève jusqu’aux lèvres cjui le scellent d’un baiser
signifiant « Ainsi soit-il » ou Amen!
— 229 —
lin double triangle de deux couleurs qui, lorsqu’il est entrelacé, comme celui qui est au-dessus de la croix, représente le « mystère des mystères », la synthèse géométrique
de toute la doctrine occulte. Sous cette forme, il est appelé
parles Juifs Cabalistes le « sceau de Salomon » et il est le
Sri Antara du Temple Archaïque Arien. Il représente la
Divinité dans son Essence suprême « mâle et femelle »,
«l’Amour et la Sagesse », et contient la quadrature du
Cercle, la soi-disant Pierre Philosophale, les grands problèmes de la vie et de la mort, le mystère du bien et du
mal(Viz, la matière unieou séparée de l’Esprit), etc., etc.
Lorsqu’on considère les triangles autour de la Croix, on
voit qu’ils sont séparés et ils ne s’uniront, ne s’entrelaceront, ne se croiseront que petit à petit; le triangle inférieur
s’élève de degré en degré à mesure que l’homme arrive
aux états supérieurs. La nature sombre, ou la nature du
feu grossier, s’élève delà terre pour rencontrer le triangle
lumineux qui descend (la sagesse qui vient d’en haut),
comme parfois la lumière d’un flambeau que l’on vient
d’éteindre apparaît au-dessus de lui et le rallume.
Lorsque, enfin, la ligne Rouge atteint la ligne Bleue, ou
sixième principe, — l’âme spirituelle (la fiancée céleste
ou l’état du Christ), les triangles setrouvent complètement
entrelacés et l’Union est parfaite comme dans le Double
Triangle divin qui représente le Nirvana.
Ce centre correspond au Principe central dans l’homme
qui est l’axe sur lequel son caractère doit tourner. Ce
quatrième principe s’appelle Kama Rupa, c’est la Volonté
ou l’Ame animale, parce que les animaux le possèdent
aussi bien que l’homme.
Il correspond aussi physiquement au grand centre ganglionique, appelé le Plexus solaire (ou Soular), et par les
— 230 —
anciens le « cerveau male » ou le « cerveau du ventre » 1 ,
qui est le premier à vivre et le dernier à mourir dans le
système nerveux, le réceptable, le véhicule et le centre de
la vitalité, delà sensation, de l’instinct et du sentiment,
aussi bien que de l’intuition, de la nutrition, des mouve1. « Majupperikos (ou cerveau derrière le diaphragme). C’est ainsi que
les anciens Grecs appelaient le Plexus Solaire et ils lui attribuaient une
large part dans nos sensations intérieures, en plus des fonctions généralement assignées à ces organes nerveux appelés Centre Épigastrique (sur
l'estomac), bien qu’à proprement parler ils soient situés derrière l’estomac, ou ce qui s’appelle le creux de l’estomac. C’est ce Plexus Organique
qui meut le cœur.
« Dans tous les temps et dans tous les pays, on a supposé que ces organes étaient le siège et le centre de l’émotion et du sentiment; ainsi,
dans la conversation, on parle de sensations et de sentiments qui frappent au cœur ou à la poitrine et les gens y portent les mains en disant
que leur cœur « saute de joie », « palpite de plaisir », « est aussi léger
qu’une plume » ou « pesant comme du plomb », mais en tant qu’il s’agit
du cœur, nous pourrions aussi bien dire l’estomac, le foie ou la rate.
« La cause se trouve plus au fond que cela, derrière ces organes où le
« Génie » se tient, surveillant tous les organes et toutes les fonctions; le
mot de cœur n’est qu’une expression figurée. Ce Génie s’appelle le Plexus
Solaire, c’est un tissu de nerfs qui portent et distribuent la force vitale à
tous les organes. Jour et nuit, l’action du cœur et la circulation du sang
est entretenue par ce seul centre organique, la source de l’énergie vitale,
de la chaleur vitale, de la puissance motrice; ce moteur de l’action fonctionne jour et nuit sans s’arrêter, indépendamment de la volonté. Sans
lui, le sommeil serait la mort et nous pourrions commettre un suicide
par notre seul désir; en arrêtant l’action du cœur, nous arrêterions le
balancier de l’horloge. De ce centre sympathique jaillit, en premier lieu,
ce courant de force vitale, dont l’action commence avec la vie et ne
cesse qu’avec elle ; car ces organes, dont les fibres possèdent une force
motrice ou un stimulant qui en dérive, accomplissent le plus dur travail,
vivent le plus longtemps et sont les derniers à mourir. Lorsque le lien
qui les unissait au corps est brisé, la force ou l’impulsion vitale entretient encore pendant quelque temps le principe de la vie en nous; chez i
les animaux, elle adhère au corps et le fait vibrer parfois pendant plusieurs heures après la mort.
« La supposition que ce centre ganglionique est un cerveau, appelé
cerveau mdle par les anciens, est encore prouvée par le fait du rapport
que présente sa structure avec celle du cerveau. Certains physiologistes
savent que l’on trouve enfouis dans sa substance les mêmes corpuscules
nerveux qui existent dans le cerveau lui-même et que plusieurs philoso- !
plies croient être la source d’où émane la faculté de penser.
« Il est bien reconnu que l’intelligence ou la volonté n’ont pas de part
dans toutes nos fonctions, ni même dans tous nos sentiments, et surtout
dans la classe de nos sensations internes. La sensation peut être mentale,
ments du cœur, de la circulation du sang, et, en outre,
ce qui constitué la vie dans le sommeil ; autrement nous
mourrions.
Cette âme, ou Soleil, est le germe de la vie, le premier
organe créé dans l’état intra-utérin ou fœtus, et le seul
physique ou tous les deux à la fois. Des deux espèces de sentiment dont
nous avons conscience, l’une concerne l’ intelligence , l’autre les sens ou le
médium sensitif. C’est, en premier lieu, par un sens ou une sensation, au
moyen de laquelle le sentiment se fait connaître, que nous rassemblons
les matériaux de toute la connaissance que nous possédons, Lien que,
généralement, on attribue cela à un acte de l’esprit.
« La sensation, en elle-même, est plutôt un pouvoir primitif dont le
cerveau intelligent peut user on non, ou sur laquelle il peut se réfléchir;
en sorte qu’il est possible que nous sentions sans penser ou, en d’autres
termes, que le médium sensitif reçoive seul l’impression. On appelle parfois cela des perceptions sensuelles pour les distinguer des phénomènes
purement mentaux. C’est une force nerveuse d’une nature différente de
celle que dégage le cerveau et la moelle épinière et un principe qui n’est
fourni par aucune autre partie du corps vivant; mais, comme nous
l’avons déjà fait observer, nous trouvons enfouis, dans la substance de
ces corps ganglioniques, exactement les mêmes corpuscules nerveux que
dans le cerveau lui-même et que plusieurs philosophes croient être la
source d’où émane la faculté de penser. »
Dr Henry Scott M. D.
J’ai écrit les lignes qui précèdent, il y a quelques années, sous la dictée du Dc Scott lui-même et en me servant de la première feuille de papier venue. C’est seulement après avoir fini que je remarquai, sur ce
même papier, quelques notes prises par moi sur l’Anacalypsis de Higgins. Ces mots semblaient être le début de la dictée du Dr Scott, les
voici ;
Emmanuel, Dieu avec nous.
Alma-Vierge — la pensée conçue et qui procède de, — le cerveau femelle ou la Sagesse Divine (c’est là le nom dans l’hébreu moderne); le
même que pour le cerveau (Alma, en espagnol, signifie âme).
Alma-Mater — Mère nourricière ; nom d’une Université (où l’on enseigne
la Sagesse).
On verra de suite combien cette coïncidence est extraordinaire et
comme cette simple circonstance est significative, en confirmant silencieusement, mais éloquemment, l’hypothèse des anciens sur le cerveau
mâle et femelle. Il est dit que la génération présente est celle du cou, la
suivante sera le développement de la tète, et elle est destinée à compléter la stature de l’homme sous la Forme humaine divine , lorsque les sens
les plus élevés seront développés en lui.
Quelle profonde signification, par conséquent, dans la construction de
la forme humaine, faite à l’image de Dieu ( « il les créa mâle et femelle » ) ;
ainsi Deux en Un spirituellement et physiquement. Cette idée est remar-
— 232 —
cerveau dans le corps de quelques animaux inférieurs. C’est
aussi le Centre télégraphique du corps humain avec ses
fils qui se dirigent dans toutes les directions et qui le relient
spécialement au « Cerveau Féminin » ou système cérébrospinal par deux cordons nerveux situés de chaque côté de
la moelle épinière. On l’appelle Plexus solaire à cause de
sa forme ronde. Il constitue le centre des nerfs organiques
ou vitaux et préside aux fonctions organiques intérieures ;
c’est pour cela qu’on l’appelle aussi la sphère organique,
comme le cerveau féminin qui préside aux fonctions intellectuelles est appelé organe de l’intelligence.
D’après ce qui vient d’être dit on comprendra facilement
que ce quatrième principe est le siège de la vie comme le
quablement exprimée sous le symbole de la déesse de la Sagesse de
l’ancienne mythologie, qui s'élance tout armée et cuirassée du cerveau
de Jupiter. Quelle signification également dans la forme de l’Arche de
l'Alliance construite par Moïse, d’après le modèle Céleste, avec ses chandeliers à sept Branches et son bassin qui correspond si évidemment au
quatrième Principe, tandis que le Sanctuaire des Sanctuaires correspond
au cinquième et le Propitiatoire au sixième, comme nous le voyons dans
le dessin ci-joint. Le Seigneur lui commande de mettre le Propitiatoire
« au-dessus de l’Arche », disant : « C’est là que je te rencontrerai et que
je communierai avec toi de dessus le Propitiatoire. » (Exode xxi, 21, 22.)
L’Arche de l’Alliance était pour les enfants de cette première génération, le symbole des choses meilleures qui devaient venir et qui sont aujourd'hui à notre porte. L’Arche symbolique a disparu depuis longtemps,
mais l’idée réelle et vivante qu’elle représentait, doit apparaître maintenant comme la véritable Arche de l’Alliance de Dieu, faite avec les enfants des hommes. Cette alliance voulait dire que la semence de la femme
devait écraser la tête du serpent.
Le Serpent représente la Matérialité ou les trois principes inférieurs
du Bouddhisme Ésotérique qui dérivent de la terre; la semence de la
femme est l’humanité parfaite ou le Fils de Dieu conçu du Saint-Esprit
dans le sein immaculé de la Vierge pure ou Alma , l’dme féminine, le
sixième principe, le Buddhi ou l’âme spirituelle du Bouddhisme Ésotérique; le Son divin, ou la sixième essence de la Théosophie Hermétique;
la « Parole » ou le souffle vivant, l’expression de la Pensée Divine des
chrétiens. Ainsi Christ était appelé la Parole, parce qu’il était le rejeton
de la semence de la femme, ou le Cerveau femelle, l’ expression de la Sagesse Divine.
« L’amour est masculin, parce qu’il engendre par impulsion et sans
travail, la Sagesse est féminine parce qu’elle engendre par le travail. »
M. C.
— 233 —
cœur, qui est aussi au centre, est appelé le Siège de l’Amour,
et cela est moralement vrai, car ce qu’un homme aime il
1 eveut, et le but de ses efforts durant la vie terrestre devrait
être d’élever son amour et sa volonté au-dessus des trois
principes animaux ou terrestres inférieurs, en sorte que,
par le développement de son cinquième principe, Manas
(âme humaine), qui est sa véritable personnalité , il puisse
après la mort s’élever au-dessus du quatrième état spirituel appelé Kama Loca. Le Kama Loca est cette sphère
astrale qui entoure immédiatement la terre et correspond
au quatrième principe, Kama Rupa (âme animale) h demeure
de tous les « Esprits » liés à la terre que l’on devrait plutôt
désigner par le terme d’âmes.
Le Ego ou le Moi est centralisé dans ce principe du
milieu qui est la volonté ou l’amour, décrit par les Théosophes hermétiques comme la nature Feu qui peut aller en
avant et en arrière dans la première ou la seconde triade,
suivant le désir de son amour dominant. 11 peut retourner
vers les états inférieurs dont il est sorti comme âme animale ou s’élever par un développement successif jusqu’aux
états supérieurs auxquels il est destiné.
On comprendra mieux ce quatrième Principe (ou étal)
si l’on étudie la Kabbale avec sa doctrine de sept
esprits de Dieu, son œuvre des sept jours, ses sept planètes, etc.
Il sera bon de lire aussi les mystiques Théosophes qui
adoptent la doctrine de la nature septénaire de toutes choses
résultant de la nature septénaire de l’Essence divine et
qu’ils expliquent comme suit2.
1. Voir la planche coloriée.
2. Cette théorie septénaire est celle développée par Jacob Bœhm, cordonnier visionnaire (1575-1624). — Ses œuvres écrites en allemand ontété
en partie traduites par Claude de Saint-Martin, le philosophe inconnu, à
la fin du svme siècle (Papus).
1. Astringence.
2. Mobilité.
3. Angoisse.
4. Peu.
5. Lumière Amour.
6. Son.
1. Substantialité ( spirituelle J.
Le premier , l'Astringence, est le principe de toute force
contractée ; c’est le Désir et il attire. Les rochers sont
durs parce que cette première qualité n’est pas encore
éveillée en eux.
La seconde, Mobilité, cette douce qualité, est le principe
de l’expansion et du mouvement ; les formes simples des
plantes, des fluides, etc.
La troisième, Angoisse, la qualité amère, est générée
par le confit des deux premières ; elle est manifeste dans
l’angoisse et la lutte de l’être; elle peut devenir un ravissement céleste ou un tourment de l’enfer ; son influence
est dominante dans le soufre.
La quatrième, le feu, est la transition ou la qualité
intermédiaire.
Dans la qualité du feu, la lumière et l’obscurité se rencontrent. C’est la racine de l’âme de l’homme, la source
du ciel et de l’enfer, entre lesquels notre nature se trouve
placée. L’esprit-feu est l’âme inférieure de l’homme, ou
Y Anima Bruta, que les animaux possèdent aussi bien que
les hommes, car c’est du centre de la nature avec ses
quatre formes qu’émane sa puissance ardente. 11 fait jaillir
le feu lui-même, il est la « roue de l’essence ». Les trois
premières qualités relèvent plus spécialement de la nature
du Père ou de Dieu dans sa colère lorsqu’il est décrit
comme « un feu consumant » ; séparées de la seconde
triade, elles engendrent la mort spirituelle, la colère, la
lutte, la nécessité, en d’autres mots le mal. Les trois dernières qualités appartiennent à la nature de la mère (ou
nature féminine) lorsque le feu terrible qui couve rencontre la douce tendresse de la qualité de l’amour et éclate
en une flamme brillante et joyeuse, source de la lumière
et de l’Amour, de la sagesse et de la gloire, en d’autres
mots du bien, produit par l’union des qualités mâles et
femelles, de même que leur séparation est l’origine et la
cause du mal.
L’homme est l’arbitre de sa propre destinée; il développe volontairement des profondeurs de sa propre nature
son ciel ou son enter, tandis que, en se dominant ou en
cédant à ses passions, il augmente le bonheur ou la souffrance de ceux qui l’entourent. La véritable cause du péché
et des cruelles misères que nous voyons autour de nous
est dans l’égoïsme, dans ce terrible amour de soi, dans cette
personnalité qui accentue si violemment et si insidieusement le je et le vous et qui est le résultat de la prédominance des trois principes (ou qualités) inférieurs. Ceux-ci
ne pourront être dominés et élevés que par le développement des principes spirituels supérieurs. Les Théosophes
hermétiques ont décrit cette évolution comme étant l’union
du dur et du sombre avec l’amour et la lumière, ou des
qualités mâles avec les qualités femelles; dans l’ancienne
Religion-Sagesse, cela s’appelle le cinquième et le sixième
principe, l’àme spirituelle et l’âme humaine.
La sixième qualité est décrite par les Hermétistes
comme le Son. Dans le ciel, l’harmonie des sphères ; dans
l’homme, les cinq sens et le don de la parole, ou plutôt le
Verbe, la manifestation de la Divinité. Ainsi Christ est
appelé le Verbe, le langage du Nom Divin, nom signifiant
la wiïivLYe, expressive ou sa manifestation extérieure. Lorsque
nous atteindrons le sixième Principe ou l’Esprit de Christ,
il développera en nous le sixième sens, ou l’âme spirituelle
— 236 —
qui est l’Intuition, la perception des choses spirituelles et
éternelles ; l’homme alors prendra connaissance du monde
subjectif qui l’entoure comme il a connu le monde objectif ou monde des sens, au moyen de ses premiers sens.
Le septième principe est l’Esprit Divin lui-même, décrit
comme étant la substanlialilé spirituelle.
Jusqu’à présent l’homme n’a développé que cinq sens,
mais le Bouddhisme Esotérique nous enseigne que lorsqu’il atteindra le sixième etle septième état, il développera
le sixième et le septième sens. On peut dire que l’aurore
du sixième sens a déjà lui dans quelques esprits avancés ;
et certains livres de publication récente semblent indiquer
clairement que le temps est proche où le sixième sens se
développera. Nous faisons allusion aux ouvrages intitulés :
« The Perfect Way », a Morgenrothe », « les Deux en
Un », « Sympneumata », etc.
Le véritable Sympneumata, c’est l’homme dans sa dualité, mâle et femelle, Deux en un, tel qu’il a été créé au
commencement à « l'image de Dieu » et tel qu’il est destiné à redevenir à mesure qu’il s’élèvera et développera le
sixième sens ou l’Ame spirituelle. C’est ce que l’Église a
symbolisé sous l’image du retour de l’Epouse et du Mariage
du Fils du Roi.
Par rapport à l’état spirituel de l’homme, immédiatement
après la mort, le Bouddhisme Ésotérique enseigne que les
trois Principes inférieurs qui appartiennent au corps extérieur, sont abandonnés et retournent à la terre d’où ils
procèdent et à qui ils appartiennent. Ce qui constitue
l’homme réel, c’est-à-dire les quatre Principes supérieurs,
passe dans le monde spirituel qui entoure immédiatement
le nôtre et qui en est de fait le plan astral, c’est le Purgatoire de l’Église catholique romaine, appelé en sanscrit
Kama Loca (voyez la planche coloriée). Ici une séparation
237 —
a lieu : d’un côté, les deux Principes les plus élevés
entraînent le cinquième (l’Ame Humaine), la véritable
personnalité, dans une direction, tandis que le quatrième
(Ame animale) l’attire vers la terre. Les parties les plus
pures, les plus élevées, les plus spirituelles du cinquième
Principe, restent attachées au sixième et sont élevées par
lui; ses instincts, ses impulsions, ses souvenirs inférieurs
adhèrent au quatrième Principe et restent dans le Rama
Loua, le « Purgatoire », ou la sphère astrale qui entoure
immédiatement la terre.
Ainsi les meilleurs éléments, ou la véritable essence
de la dernière personnalité, s’élèvent à l’état appelé, dans
la Théosophie Bouddhiste, le Devaciian, et qui correspond
en quelque manière à notre idée européenne du ciel. 11 ne
faudrait cependant pas confondre le Devachan avec ce
Royaume des cieux, supérieur et absolu, le Nirvana, qui
est le centre du Bouddhisme comme du Christianisme, et
de toutes les religions. En effet, le grand but de cette
effrayante évolution de l’humanité est de développer les
âmes humaines pour les rendre aptes à cette condition,
que nous ne pouvons pas même concevoir aujourd’hui et
qui existera seulement lorsque l’homme sera « parfait
comme son Père est parfait » et que le Fils de l’homme
sera devenu le Fils de Dieu. Cet état ne peut être atteint
que par des incarnations innombrables où l’Entité individuelle progresse à travers les sept Ronds Planétaires. Ainsi
cette Religion-Sagesse Éternelle confirme les paroles du
Christ et nous enseigne, selon l’exemple de l’amour et de
l’intelligence éternels, à pardonner à nos ennemis et à leur
donner l’occasion de réparer leurs torts jusqu’à « septante
fois sept fois ».
Il est vrai qu’à chaque naissance la personnalité diffère
de la précédente et de la suivante, mais le Bouddhisme
— 238 —
ésotérique nous enseigne que, bien que les personnalités
changent sans cesse, la ligne unique delà vie sur laquelle
elles sont enfilées comme des perles sur un fil, se poursuit
sans interruption; c’est toujours cette ligne spéciale et non
pas une autre. La ligne ou le fil de la vie constitue par
conséquent notre véritable individualité ; c’est une ondulation vitale individuelle, « Deux en Un » douille et indivisible pour toujours.
Ce fil de la vie sur lequel sont enfilées nos innombrables
personnalités dans notre carrière à travers les âges, cette
dualité indivisible , cet éternel « Deux en Un », est en
réalité notre sixième et notre septième principe. Ils ont
débuté dans le Nirvana du côté subjectif de la Nature,
comme l’ondulation de la Lumière et de la Chaleur à travers l’éther a débuté à sa source dynamique, court à
travers le côté objectif de la nature et tend à revenir au
Nirvâna après plusieurs changements cycliques.
L’ondulation de la vie est donc notre véritable individualité, c’est notre Moi divin et spirituel, tandis que chacune
de ses manifestations natales est une personnalité séparée,
le nouveau vêtement ou la nouvelle forme que revêt l’individualité pour continuer son développement progressif ou,
selon un langage poétique, une des nombreuses perles de
l’unique rosaire de notre vie.
Tandis que sur la chaîne infinie de la vie nous laissons
tomber perle après perle pour passer à une autre et que
les changements se succèdent incessamment, nous comprenons que chaque vie avec son poids de soucis et de
chagrins n’est en réalité qu’un anneau de l’immense
chaîne, et nous reconnaissons à la fois la valeur et la
nullité, la signification profonde et l’indifférence de cette
existence passagère.
La valeur et la signification profonde, puisque chaque
acte, chaque pensée survit par ses effets dans noire prochaine carrière, produisant un Karma, soit pour le bien,
soit pour le mal. Lorsque nous souffrons, c’est de notre
propre souffrance attirée par nous-mêmes , sinon dans cette
vie, du moins dan/ celle qui a précédé, car chaque existence antérieure est génératrice du bonheur ou du malheur
présent. Le Karma est la loi inévitable des conséquences,
en d’autres mots « ce que nous semons, nous le moissonnerons ».
Ainsi chaque vie terrestre a sa valeur par la leçon qu’elle
nous enseigne, par l’impulsion qu’elle nous donne pour
avancer et nous élever, si elle est bien comprise et utilisée.
Mais elle ne vaut certainement pas le souci et l’agonie que
nous éprouvons trop souvent, à propos de chaque chagrin
et de chaque désappointement que nous rencontrons
sur notre route, comme s’ils devaient causer notre misère
éternelle. Nous oublions que le prochain mouvement de la
lunette qui tourne incessamment changera le dessin de notre
Kaléidoscope et que toutes les couleurs trouveront leur
vraie place et s’harmoniseront sur le triangle éternel qui
leur sert de base. Chaque tour du verre aura pour résultat
de produire une forme plus complète que la dernière, ou,
en d’autres mots, d’ajouter une perle, probablement plus
pure et plus blanche, à notre rosaire.
Notre vie est éternelle, mais elle est composée d’une
éternité d’existences ou de manifestations à travers lesquelles court le fil de la vie une. Pour être vraiment
heureux, il faut que nous cherchions à bien nous rendre
compte de notre condition de changements perpétuels, et
alors nous apprendrons à vivre dans le maintenant et à
comprendre que le temps nous appartient en entier, car nous
sommes les enfants de l’Éternel aux yeux de qui « mille
ans sont comme un jour et un jour comme mille ans ».
— 240 —
Le présent est infini et l’infini est notre présent, un futur
serait limité. Par conséquent, le jour dure éternellement,
il nous appartient aujourd’hui et nous appartiendra toujours de même, car il est un éternel maintenant
Cependant nous-mêmes et toutes choses nous changeons
perpétuellement. D’un instant à l’autre nous ne sommes
pas les mêmes. Chaque respiration, chaque aspiration de
notre souffle nous change physiquement autant que chaque
ligne que nous lisons; chaque jpensée qui traverse notre
cerveau nous change mentalement. En réalité, à la fin de
chaque jour, nous ne sommes ni moralement ni matériellement les mêmes que nous étions au commencement ;
mais, si nous savions utiliser le maintenant qui est à nous,
ce changement nous conduirait de gloire en gloire.
Il est difficile de nous rendre compte de ce maintenant
qui dure toujours, tout en changeant perpétuellement et
en produisant d’incessantes transformations. Cela nous
sera plus facile si nous embrassons par la pensée une
période de temps moins longue et que nous appelions à
notre souvenir une seule année de notre vie qui se compose de mois, ces mois de semaines, ces semaines de
jours, ces jours d’heures, ces heures de minutes, ces
minutes de secondes, marquées par l’incessant battement
de l’éternelle horloge du temps.
Ainsi nous verrons que tout homme parfait est
régénéré ou né deux fois et qu’il tire chaque fois son
origine du centre de la croix , ou de l’Union du mâle et du
femelle ; à' abord matériellement en prenant racine en bas
et en tirant de la terre les matériaux nécessaires pour
former et nourrir le corps ; puis de l’atmosphère vitale
1. « Les rideaux d’hier tombent, les rideaux de demain se relèvent,
mais hier et demain sont tous les deux. »
(Sarter Resartus.)
— 24 1 —
(décrite sur la Planche comme esprit vivifiant) il tire le
Jivatma ou vitalité qoi lui donne la vie, et de là il construit
la forme astrale qui existe avant que le corps extérieur
ne devienne visible.
Chaque molécule de matière, quelque petite qu’elle soit,
possède un esprit vital ou participe de ce Jivatma qui
n’est en aucune façon le même que l’esprit divin de l’homme
YAtma ou le septième Principe, celui-ci étant « Dieu ».
Sansle troisième principe, le LiNGASnARiRA,ouforme astrale,
que les animaux possèdent aussi bien que l’homme, il n’y
aurait point de corps extérieurs, car il est évident que les
particules ou les atomes de la matière ne pourraient construire d’eux-mêmes sans avoir une forme sur laquelle
bâtir.
« Le simple grain comme il se rencontre, soit de blé, soit
de quelque autre semence ; mais Dieu lui donne le corps
comme il lui plaît et à chaque semence le corps qui lui est
propre » (I Cor.xv,38). Le troisième principe est donc le
même pour tous, car les particules de la matière ont besoin
d’une forme d’homme ou d’animal: à chaque semence son
propre corps.
« Il y a un corps animal, il y a un corps spirituel. Le
premier homme étant de la terre est terrestre ; et le second
homme qui est le Seigneur est du ciel. Mais ce qui est spirituel n est pas le premier , c'est ce qui est animal ; et ce qui est
spirituel nient après (I Cor. xv, 44, 46, 47).
Pour devenir spirituel, pour devenir le « Seigneur du
ciel », il faut que l’homme naisse une seconde fois, naisse
du centre de la croix, du centre de l’Amour, de l’union
des principes mâles et femelles, mais cette fois il naît de
Y Union spirituelle de ces principes dans sa propre nature.
C’est le sein de la Yierge dans notre cinquième principe,
Manas ou « l’âme humaine », qui conçoit directement du
16
— 242 —
Saint-Esprit. C’est la semence de la femme ou le principe
féminin dans l’homme qui est destiné à « écraser la tête du
serpent », en d’autres mots à surmonter la matérialité par
la spiritualité.
Lorsque cette âme vierge sera prête à la recevoir, la
semence prendra racine et germera. Alors le fils de
l’homme sera « élevé » et, comme l’arbre de vie dont les
branches se dirigent vers le ciel, il tirera sa nourriture d’en
haut, de la lumière spirituelle répandue par l’âme universelle et dispensée par l’Esprit divin, notre éternel pèremère, « Dieu ».
Jusqu’au moment où les substances premières sont organisées, l’homme n’existe pas en tant que personnalité ;par
conséquent, il naît en premier lieu physiquement, et ses
principes inférieurs tirent leur subsistance matérielle de la
terre et prennent racine en bas. 11 faut alors qu’il « naisse
de nouveau » spirituellement. L’être spirituel doit prendre
racine au centre de l’amour (volonté), et pour que la bonté,
la sagesse, l’amour universel se substituent à Y amour de
soi , il faut qu’il s’élève vers le ciel, qu’il tire sa nourriture intellectuelle de l’entendement et la nourriture de
son cœur de la source spirituelle qui ne fait jamais
défaut.
Il y a un état spirituel qui n’est pas indiqué sur notre
tableau, parce qu’il ne rentre pas dans les sept; mais, de
même que le Nirvana est au-dessus et au delà de ceux-ci,
étant l’état suprême de la Divinité, son antithèse qui
s’appelle en sanscrit « Avitciii » 1 peut être définie comme j
étant au-dessous et au delà dans la direction opposée, s’il
était possible de localiser un Etat.
■
1. Selon nous, I’Avitchi serait plutôt l’antithèse du Devachan et 1 annihilation ou la « seconde mort » dont parle l’Évangile, l’antithèse du
Nirvana. (Note du traducteur .)
— 243 —
Il y a encore une autre échelle de sept degrés ou étapes
qui indique l’ascension de la terre au ciel.
L’échelle de Jacob occupe une place importante dans
les symboles de la franc-maçonnerie. Sa véritable origine
s’est perdue parmi les adorateurs des rites païens, mais le
symbole est resté. Chez eux on l’a toujours considérée
comme composée de sept ronds qui, comme le docteur
Oliver le fait remarquer, pouvaient être une allusion aux
sept étages de la tour de Babel ou à la période sabbatique.
Dans les mystères persans de Mithras, l’échelle à sept
ronds était le symbole de l’approche de l’âme vers la perfection. Ces ronds s’appelaient portails et, par allusion à
cela, le candidat devait passer à travers sept cavernes
sombres et tortueuses, ce qui s’appelait faire l’ascension
de l’échelle de la perfection. Chacune de ces cavernes
représentait un état d’existence à travers lequel l’âme était
supposée passer dans sa route progressive en s’avançant
vers l’état de la vérité. Chaque rond de l’échelle était
censé composé d’un métal toujours plus pur et prenait le
nom de sa planète protectrice.
On peut se faire une idée de celte échelle symbolique
par le tableau suivant :
7 Or Soleil Amour.
6 Argent. . . . Lune Sagesse.
5 Mercure. . . . Mercure Compréhension.
4 Cuivre .... Vénus Beauté.
3 Plomb. . . . Terre Chair.
2 Fer Mars Puissance.
1 Étain Jupiter Conseil.
Chez les Hébreux, on supposait que les ronds de
l’échelle étaient infinis. Les Esséniens les réduisirent
d’abord à sept, qu’ils appelèrent les Séphirotles, et dont
— 244
les noms étaient : Force, Miséricorde, Beauté, Éternité,
Gloire, Fondement et Royaume.
« A sa base, cette échelle touche à la terre et les anges
qui sont dessus indiquent les âmes descendant dans l’incarnation et même, dit la Cabale, jusqu’aux degrés les plus
bas de l’univers, jusqu’au point le plus infime de la
matière, pour remonter de nouveau au ciel. Jacob (l’âme
voyageuse) est endormi la nuit au pied de l’échelle, avec
une pierre pour oreiller, symbole de la matière dans son
état le plus bas. Le lieu a été appelé Luza ou séparation,
ce qui signifie la place de la plus grande obscurité et de la
séparation d’avec Dieu. Cependant, lorsque Jacob s'éveille,
l’âme sait que, même dans l’abîme le plus profond de la
matière, il n’y a pas de séparation réelle avec la vie divine,
de là son exclamation : « En vérité, le Seigneur est dans
ce lieu ! » et il l’appela Béthel (maison de Dieu) et son nom
était auparavant Luza (séparation). » (Conférence du
docteur A. Kingsford, président de la Société Hermétique.)
Mais pour en revenir à la constitution de l’homme, qui
nous intéresse si spécialement, il faut nous souvenir que
la doctrine ésotérique enseigne que les trois principes
supérieurs, sur les sept qui contituent l’homme, ne sont
pas encore complètement développés dans l’état actuel de
l’humanité. Lorsque l’homme atteindra la perfection sur la
terre, il sera doué des sept principes et, de sept sens correspondants, ce qui a été le cas pour quelques hommes
véritablement divins et qui ont apparu comme messagers
sur cette planète.
L’état que nous appelons la mort n’a d’influence que
sur les trois premiers principes, — le corps, la vitalité et
la forme astrale. Le premier, nous le savons, vient de la
terre et retourne à la terre pour s’y décomposer et entrer
— 245
avec le temps clans de nouvelles combinaisons, d’où sortiront de nouveaux corps matériels.
La vitalité qui, comme les molécules du corps, n’est pas
limitée par un principe individuel, mais relève du principe
cosmique universel, se disperse également à la mort et va
animer d’autres organismes.
La forme astrale, qui est une réflexion du corps physique, reste pendant un temps plus ou moins long autour
de la demeure qu’elle a quittée. Parfois, elle apparaît
comme l’ombre du mort, présentant exactement la même
apparence, mais elle finit cependant par s’évaporer après
avoir accompli sa mission, qui est de guider le Jivatma
dans son œuvre de construction de groupement des atomes
moléculaires sur la forme voulue.
Ces trois principes inférieurs, provenant uniquement de
la terre et de son atmosphère, sont périssables en tant que
forme , bien qu’indestructibles quant aux molécules qui
les composent, et, à la mort, ils se séparent entièrement de
l’Etre pour aller animer d’antres organismes.
De même que l’homme, l’Univers est composé de sept
principes et c’est le principe suprême ou le septième d’où
émane ce courant non interrompu de vie à travers la
nature qui unit en une série continue les transformations
innombrables de la vie une.
La grande pyramide d’Egypte bâtie d’après le triangle
et le carré est le symbole de cet Arcane. Sa septième pointe,
« la pierre de l’angle qui a été rejetée 1 », s’élève glorieusement vers le ciel comme pour percer les nues, symbole,
dans tous les temps, de la perfection du Christ ou du septième principe dans l’homme.
1. Voy. Matth. XXI, 42.
Luc, XX, 171.
Marc, XII, 10.
Psaumes CXVIII, 22.
Pour comprendre cetle doctrine des plus anciennes, qui
semble jeter tant de lumière sur l’histoire de l’humanité et
rendre compte des différences, autrement inexplicables,
existant entre les hommes, et qui réconcilie ces inégalités
avec la justice de Dieu, il nous faut fixer notre attention
sur les trois principes les plus élevés — le quatrième, le
cinquième et le sixième — et voir comment l’homme sensuel s’élève graduellement à travers l'humain vers l’Etre
divin, ou l’humanité parfaite (en d’autres mots le Fils de
Dieu). Et ne dites pas que cette perfection est impossible,
qu’elle ne pourra jamais être atteinte, car alors cette injonction serait sans but et vains ces mots : « Soyez parfait
comme votre Père qui est aux deux est parfait. »
Le cinquième principe, ou l’âme humaine, est la véritable personnalité de l’homme, bien que trop souvent,
dans la vie terrestre, celui-ci place le centre de son être,
comme nous l’avons vu, dans le quatrième principe, la
volonté, qui n’est que l’âme animale ou l ame que les animaux possèdent aussi bien que l’homme. Ce quatrième
principe ou centre des sept principes qui constituent
l’homme, est l’axe sur lequel tournent les autres.
Lorsqu’on a dépassé ce quatrième principe, qui est le
principe le plus élevé chez l’animal, on entre dans la
région de l’Être Psychique. C’est l’avènement du cinquième
principe qui élève l’homme au-dessus de la bête. Si la
compréhension ne prédominait pas sur la volonté, l’homme
suivrait son instinct et ne pourrait penser et agir d’après la
raison.
L’amour lui-même et les affections qui en dépendent
ont leur siège dans le Kama Dupa, — le quatrième principe,
la volonté ou l’égoïsme, tandis que la science, l’intelligence, la compréhension ont leur siège dans le Manas, —
le cinquième principe, l’âme humaine. Il en résulte que
— 247 —
tout bien et tout mal appartiennent à la volonté ; ce qui
procède de l’amour est considéré comme bien alors même
que ce serait mal, car ce qu’un homme aime, il le veut et
cela lui apparaît comme bon. La volonté est donc l'axe sur
lequel tournent les autres principes, et tels sont l’amour
et la sagesse, telles seront la volonté et la compréhension.
La volonté est le réceptacle de l’amour, et la compréhension le réceptacle de la sagesse, et les deux réunis
déterminent la qualité de l’homme.
D’après ce qui précède, on peut s’apercevoir que le
Manas, ou cinquième principe, n’est encore que faiblement
développé dans l’humanité actuelle où prédomine grandement le quatrième principe1, le Kama IÎupa (l’âme animale, l’amour de soi). Si le cinquième principe, Manas
(l’âme humaine, l’intelligence ou la compréhension), est si
peu développé parmi les hommes, le sixième l’est encore
moins et on peut même dire qu’il n’existe en eux qu’à l’état
embryonnaire.
C’est là le but auquel doivent tendre tous les efforts de
notre nature intérieure et supérieure et c’est à cette perfection que nous convie Celui qui y est lui-même parvenu.
Comme nous l’avons vu, le quatrième principe, le Kama
Rupa, est l’axe sur lequel tournent tous les autres. Dans
son état primitif et naturel, il n’est qu 'animal, mais à
mesure qu’il s’unit au cinquième principe il arrive à être
guidé par la raison et la compréhension, et il devient
humain.
Avec le temps, il arrivera à être suffisamment développé
pour s’unir au sixième principe, le Bouddhi (la conscience
spirituelle ou l’âme Christ).
Alors, éclairé par la sagesse et la pureté divines, la nature
de son amour changera ; il passera de l’amour de soi, qui
engendre trop souvent la haine, à l’amour universel, la
charité ou l’amour de Dieu, qui est l’amour de l’humanité.
Le septième principe, I’Atma, est l’Esprit Divin lui-même.
En considérant la chose sous un autre point de vue, on
pourrait dire, avec une égale vérité, que le sixième principe
(l’âme spirituelle) ou anima divina, est le véhicule de
l’esprit divin, tandis que le quatrième (l’âme animale),
anima bruta, est le véhicule du cinquième (l’âme humaine,
la compréhension).
Ou bien nous pourrions regarder chacun des principes
supérieurs en commençant par le quatrième comme le
véhicule de la Yie-Une ou de l’Esprit.
La division de la constitution de l’homme en sept principes explique d’une manière satisfaisante les grandes
inégalités qui existent entre les hommes. Elle montre que
ces inégalités ne sont pas le fait d’une distribution arbitraire
des faveurs divines, mais qu’elles résultent de l’état d'avancement ou de développement auquel chacun est parvenu.
Par là, nous comprenons que toute l’humanité marche sur
la route qui lui permettra d’atteindre le principe le plus
élevé, l’âme divine, et d’entendre une fois ces paroles
ineffables :
« Tu es mon Fils bien-aimé. »
Tous les hommes se trouvent et doivent nécessairement
être sur des degrés divers de la même échelle qui conduit
au ciel, tous sont à la même École. Mais chaque élève
doit commencer par se placer sur le siège le plus bas de la
dernière classe, il passe à la suivante. Il n’y a pas d’exception, tous doivent parcourir le même chemin. Il y en a
qui resteront à l’École plus longtemps que les autres, et
ceux qui ne pourront pas dépasser la classe inférieure finiront par être bannis et seront condamnés à porter des
oreilles d’âne s’ils se refusent à progresser.
Dans certains cas, les oreilles d’âne pourraient signifier
— 249
une véritable rétrogression, un recul jusqu’au plan animal,
doctrine qui a été professée par quelques anciennes religions. Et même, si l’âne s’endurcit dans sa méchanceté, s’il
rue sous le bâton et préfère les chardons à l’avoine alors qu’il
a atteint la connaissance d’une meilleure nourriture, il peut
tomber encore plus bas et être condamné à ramper dans
ses mauvais désirs sur l’échelle descendante des existences
comme un être malfaisant et vil ! (« Tu ramperas sur ton
ventre et tu mangeras la poussière. »)
Une excellente définition du mal serait de dire qu’il est
la loi de la nature inférieure opérant encore chez ceux qui
ont atteint une place supérieure.
D’après cela, les formes rampantes les plus basses ont
leur utilité. Elles sont comme le réceptacle des mauvaises
tendances et des mauvaises passions et servent, en quelque sorte, à purifier l’atmosphère qui, sans cela, serait
empoisonnée au point que les bons et les purs ne pourraient respirer.
Le mal se trouverait ainsi graduellement éliminé de la
planète sur l’échelle descendante, retournant finalement à
la poussière d’où il est venu, pour subir de nouveaux procédés de purification.
« Le mal est le fils obscur de la terre (matière) et le
bien la ravissante fille du ciel (esprit) », dit le philosophe
chinois, par conséquent « le lieu de punition de la plupart
de nos péchés est bien la terre, c’est leur lieu de naissance
et le théâtre de leur activité. »
En traitant du Bouddhisme ésotérique, notre intention
a seulement été de faire un tableau de la constitution de
l’homme et de l’univers et de montrer de quelle manière
cette théorie concorde avec les enseignements spirituels
et physiques des différentes écoles ou religions. Nous
serions fortement tenté de citer, comme corollaire et
— 250 —
complément de ce que nous venons de dire, des passages
du remarquable volume de M. Sinnett, qui traite de la chaîne
planétaire septénaire où se déroulent nos vies successives,
mais le sujet est d’un si grand intérêt qu’il risquerait de nous
entraîner au delà des limites que nous nous sommes fixées.
Nous devons donc nous borner à indiquer rapidement ce
qu’est ce circuit, ou cette ronde, à travers laquelle toutes
les entités individuelles spirituelles doivent passer et qui
constitue l’évolution de l’homme.
Ce mouvement du progrès en spirale (ou spirituel), par
impulsion vitale, développe en même temps les différents
règnes de la nature et donne l’explication des vides ou
(liens manquants) que l’on peut observer parmi les formes
qui couvrent la terre dé nos jours l.
« La spire d’une vis qui est un plan uniforme incliné
ressemble, de fait, à une succession de degrés, si on
l’examine à côté d’une ligne parallèle à son axe. Les
monades spirituelles qui arrivent par le circuit du système
au niveau de l’animalité, passent à d’autres mondes lorsqu’elles ont accompli leur tour d’incarnation animale...
Quand vient le temps où elles reparaissent, elles sont prêtes
pour l’incarnation humaine et il n’y a plus de nécessité
alors pour le développement supérieur des formes animales
en formes humaines, puisque celles-ci attendent déjà leurs
habitants spirituels.
«... C’est pour ne pas s’être rendu compte de cette idée
que la spéculation au sujet de l’existence physique se
trouve si souvent arrêtée par des murs. Elle cherche les
1. « Spirale, dans son étymologie, est analogue à esprit ou spirituel.
Esprit et mouvement ont un rapport intime; dans un sens, ce sont des
idées identiques. La spirale est le type du progrès spirituel, de la volution; en latin volvos, rouler ou tourner ; de là évolution, enroulement extérieur, et involution, enroulement intérieur. »
( Universologie , par Stephen Pearl Andrews.)
— 251 —
anneaux qui manquent dans un monde où elle ne pourra
plus les trouver aujourd’hui, car leur utilité n’a été que
temporaire et ils ont disparu. L’homme, disent les Darwiniens, était autrefois un singe. C’est vrai, mais le singe,
connu par les Darwiniens, ne deviendra jamais un homme,
c’est-à-dire sa forme ne changera pas d’une génération à
l’autre avant que sa queue n’ait disparu, que ses mains
inférieures ne soient devenues des pieds, et ainsi de suite.
« Ces formes intermédiaires ont été nécessaires à une
époque, mais il était inévitable qu’elles fussent temporaires
et qu’elles disparussent, autrement le monde serait
encombré de ces « liens manquants » de toutes sortes et la
vie animale rampante, à tous les degrés, se mélangerait
dans une confusion indescriptible avec les formes humaines... Les formes qui, jusqu’alors, s’étaient bornées à se
répéter pendant des milliers de siècles, prennent un nouvel
élan de croissance et fournissent des habitations de chair
pour les entités spirituelles qui arrivent sur chaque plan
de l’existence, et comme il n’y a plus de demande pour
les formes intermédiaires, elles disparaissent inévitablement... L’homme, tel que nous le connaissons sur cette
terre, n’est qu’à mi-chemin du processus évolutionnaire
auquel il doit son développement actuel. Avant que la destinée de notre système soit accomplie, il y aura autant de
distance entre ce qu’il sera et ce qu’il est maintenant qu’entre
l’homme actuel et le lien disparu. Ce progrès s’accomplira
même sur cette terre tandis que dans d’autres mondes delà
série ascendante il y a encore des pics plus élevés à escalader. Il est tout à fait impossible, avec des facultés qui
n’ont pas appris à discerner les mystères occultes, de se
figurer la vie que l’homme mènera avant que le zénith du
grand cycle soit atteint. »
( Esoleric Bouddhism, pages 37 et 43).
— 252
« L’homme est évolué à travers une succession de
rondes (progression autour de la série des mondes) et sept
de ces rondes sont nécessaires pour accomplir la destinée
de notre système. La ronde actuelle est la quatrième. Il y
a des considérations du plus grand intérêt qui se rapportent à la connaissance de cette question, parce que
chaque ronde est, pour ainsi dire, spécialement chargée de
faire prédominer l’un des sept principes dans l’homme
selon l’ordre régulier de leur gradation ascendante... Une
unité individuelle qui, au cours d’une ronde, arrive pour
la première fois sur une planète, doit traverser sept races
sur cette même planète avant de passer à la suivante, et
chacune de ces races occupe la terre pour un temps très
long...
« Nous qui vivons maintenant sur la terre, — c’est-à-dire
la grande masse de l’humanité, car il y a des cas exceptionnels que nous considérerons plus tard, — nous traversons la cinquième race de la quatrième ronde. Et
cependant l’évolution de cette cinquième race a commencé
il y a environ un millier d’années... Chaque race se subdivise en sept sous-races et chaque sous-race en sept branches de races... Chaque fois qu’une unité individuelle
humaine, dans la ronde du progrès à travers le système
planétaire, touche à la terre, elle doit traverser toutes ces
races. »
(. Bouddhisme Ésotérique, pages 48, 49).
« Il est facile de comprendre que tous les mondes de la
chaîne à laquelle appartient cette terre ne sont pas préparés pour une existence matérielle exactement semblable,
ou même approchant de la nôtre. Une chaîne de mondes
organisés qui seraient tous semblables et pourraient aussi
bien se fondre en un seul, n’aurait aucune raison d’être.
— 253 —
En réalité, les mondes auxquels nous sommes liés sont
très différents les uns des autres, non seulement quant à
leur situation extérieure, mais sous le rapport de cette
caractéristique suprême — la proportion dans laquelle
l’esprit et la matière se trouvent mélangés dans leur constitution. Notre monde nous présente des conditions où
l’esprit et la matière sont, après tout, suffisamment équilibrés, mais il ne faut pas en conclure qu’il soit très élevé
sur l’échelle de la perfection ; au contraire, il y occupe
une place très inférieure. Les mondes les plus élevés sur
l’échelle sont ceux où l'esprit prédomine dans une large
mesure ; celui qui est le plus en arrière, comme celui
qui est le plus en avant, sont les plus immatériels, les plus
éthérés de toutes les séries. On trouvera que ceci est tout
à fait rationnel en réfléchissant que le monde le plus avancé
n’est pas une région de finalité, mais la marche qui conduit au plus arriéré, comme le mois de décembre nous
ramène à janvier. Il ne s’agit cependant pas d’un point de
développement où la monade individuelle tombe, comme
par une catastrophe, dans l’état d’où elle avait évolué lentement des millions d’années auparavant. Il n’y a pas descente, mais toujours montée et progrès. L’entité spirituelle
qui s’est frayé son chemin autour du cycle d’évolution,
quelles que soient les étapes de développement dans lesquelles les diverses existences qui nous entourent puissent
être groupées, commencera son prochain cycle àl’étape suivante supérieure, et, par conséquent, elle accomplit encore
un progrès lorsqu’elle revient en arrière du monde Z au
monde A. Plusieurs fois elle décrit ainsi un cercle autour
du système, mais il ne faut pas considérer ce passage
comme une simple révolution circulaire dans un orbite.
Dans l’échelle de la perfection spirituelle l’entité monte
constamment....
254 —
« Le processus s’accomplit de la manière suivante dont
le lecteur se rendra mieux compte s’il construit, soit sur le
papier, soit dans son esprit, un diagramme composé de
sept cercles (représentant les mondes) arrangés sous forme
d’anneau.
« Nous les appellerons A, B, C, D, etc. On remarquera, d’après ce qui a déjà été dit, que le cercle (ou globe)
D représente notre terre (étant le quatrième sur les sept).
Il ne faut pas oublier que les règnes de la Nature, selon
les occultistes, sont au nombre de sept, trois ont affaire
avec les forces astrales et élémentaires qui précèdent les
règnes de la matière grossière. Le premier règne évolue
sur le globe A et passe à B lorsque le second règne recommence à évoluer sur A. En poursuivant le calcul sur cette
base, on verra que le premier règne évolue encore sur le
globe G, tandis que le septième règne, le règne humain,
passe du globe A au globe B. Mais alors, qu’arrive-t-il
lorsque le septième règne passe du globe A au globe B ?
Il n’y a pas de huitième règne pour absorber les activités
du globe A.
« Le grand processus de l’évolution atteint son apogée
avec la marée finale de l’humanité qui, après avoir passé,
laisse derrière elle une léthargie temporaire de la Nature.
« Lorsque la vague de la vie arrive sur B, le globe A
tombe alors dans un état d’obscuration. Ce n’est pas un état
de décomposition, de dissolution, ni rien que l’on puisse
proprement appeler la mort.
« La décomposition, dont l’aspect peut parfois induire
l’esprit en erreur, est une condition d’activité dans une
certaine direction. Cette observation peut jeter beaucoup
de jour sur certains points de la mythologie hindoue ayant
rapport aux divinités qui président à la destruction et qui,
sans cela, n’auraient aucun sens.
— 255 —
« L’obscuration d’un monde est une suspension totale de
ses activités.
« D’énormes périodes de temps sont nécessaires pour ce
long processus qui plonge le monde dans le sommeil, car
on verra que, dans chaque cas, l’obscuration dure six fois
aussi longtemps que la période pendant laquelle la marée
humaine a occupé le monde.
« Le processus qui s’accomplit, comme nous venons de
le décrire, par rapport au passage de la vague de la vie du
globe A sur le globe B se répète tout le long de la chaîne.
Lorsque la vague passe à C, B tombe en obscuration aussi
bien que A. Alors D reçoit le flot de la vie et A, B, C,
sont en obscuration. Lorsque la vague atteint G, les six
mondes précédents sont en obscuration. Pendant ce temps
la vague de la vie passe, selon une certaine progression régulière dont le caractère symétrique est très satisfaisant pour
les instincts scientifiques. En ne perdant pas de vue l’explication qui vient d’être donnée, le lecteur sera préparé à
saisir de suite l’idée de la manière dont l’humanité évolue à
travers sept grandes races pendant chaque période de
Rondes sur une planète, c’est-à-dire pendant que la vague
de la vie occupe cette planète. La quatrième race est évidemment la race du milieu des séries. Aussitôt que le point
est tourné et que révolution de la cinquième race sur une
planète donnée commence, la préparation à l’humanité
débute sur la suivante. Par exemple, l’évolution de la cinquième race sur E est proportionnée à l’évolution, ou plutôt au renouvellement du règne minéral sur D et ainsi de
suite. En conséquence, l’évolution de la sixième race sur D
coïncide avec le renouvellement du règne végétal sur E ,
la septième race sur D avec le renouvellement du règne
animal sur E ; et alors, lorsque les dernières monades de la
septième race sur D ont passé à l’état subjectif, ou monde des
effets, la période humaine débute surE, et la première race
commence à s’y développer. Pendant ce temps, la période
crépusculaire du monde qui précède D s’est accentuée delà
même manière progressivejusqu’àla nuit, et l’obscuration a
été définitive lorsque la période humaine sur D a dépassé le
milieu de son évolution. Le Réveil de la Planète est un processus plus vaste que sa descente dans le repos, car, avant
le retour de la vague humaine, elle doit arriver à un degré
de perfection supérieur à celui qu’elle avait atteint
lorsque, pour la dernière fois, la vague a quitté son rivage.
Mais à chaque nouveau commencement, la nature est
pénétrée d’une vigueur qui lui est propre. C’est la fraîcheur
du matin. De même que, si l’on considère la chaîne des
mondes comme une Unité, elle a ses pôles Nord et Sud ou
spirituel et matériel, c’est-à-dire évoluant de la spiritualité
pour descendre à travers la matérialité et remonter à la
spiritualité, ainsi les rondes de l’humanité constituent une
série semblable dont la chaîne des Globes peut être prise
comme le symbole. Dans l’évolution de l’homme sur un
plan, comme sur tous les autres, il y a de fait un Arc descendant et un Arc ascendant ; l’esprit s’enveloppant, pour
ainsi dire, dans la matière et la matière se développant
jusqu'à l’esprit. Le point le plus bas et le plus matériel du
cycle devient ainsi le sommet interverti de l’intelligence
physique qui est la manifestation voilée de l’intelligence
spirituelle. Chaque Ronde de l’humanité évoluée sur l’Arc
descendant (comme chaque race de chaque Ronde si nous
allons jusqu’au plus petit plan du Cosmos), doit, par conséquent, être physiquement plus intelligente que celle qui
l’a précédée, tandis que chaque Ronde de l’Arc ascendant
doit posséder des conditions mentales plus raffinées, unies
à une intuition spirituelle plus grande.
« Par conséquent, dans la première Ronde, nous trouvons
— 257 —
que l’homme est un être relativement éthéré, même comparé sur la terre à l’état qu’il a atteint ici, il n’est pas intellectuel, mais supra-spirituel.
« De même que les formes animales et végétales qui
l’entourent alors, il habite un corps immense, mais dont
l’organisation est peu condensée. Dans la seconde ronde, il
est encore gigantesque et éthéré, mais son corps se
resserre et devient plus ferme — en un mot, il devient
plus physique, mais toujours moins intelligent que spirituel. Dans la troisième ronde, il a développé un corps tout
à fait concret et compact, qui ressemble plutôt à un singe
géant qu’à un véritable homme, mais dont l’intelligence
progresse de plus en plus. Dans la seconde moitié de la
troisième ronde, son immense stature décroît, la texture de
son corps se perfectionne, et il commence à être un homme
rationnel.
« Dans la quatrième ronde, l’intelligence, alors complètement développée, fait d’énormes progrès. Les premières races de cette ronde commencent à acquérir ce
que nous appelons le langage humain. Le monde abonde en
résultats de l’activité intellectuelle et du déclin spirituel. A
mi-chemin de la quatrième ronde, on a passé le point
polaire de toute la période septénaire des mondes \ C’est
. alors que le Ego spirituel commence à livrer sa véritable
bataille entre le corps et l’esprit pour manifester ses puissances transcendantales. Le combat continue dans la
cinquième ronde, mais les facultés transcendantales se
sont grandement développées par leur lutte avec les ten1. On nous dit que nous sommes maintenant à mi-chemin de la cinquième race de la quatrième ronde, en sorte que nous aurions passé le
point polaire du développement de l’humanité. Il est aussi affirmé sur
la foi des autorités occultistes les plus élevées que la race actuelle de
l’humanité, la cinquième race de la quatrième ronde, a commencé à évoluer il y a environ un million d’années.
17
— 258 —
dances et l’intelligence physique, lutte qui est plus terrible
que jamais, car dans la cinquième ronde l’intellect aussi
bien que la spiritualité sont en avance sur ceux de la
quatrième. Dans la sixième ronde, l'humanité atteint à un
degré de perfection du corps et de lame, de l’intelligence
et de la spiritualité que lés mortels de l’époque actuelle ne
peuvent se représenter.
« Le type ordinaire de l’humanité d’alors réalisera la
combinaison la plus élevée de sagesse, de bonté et d’illumination transcendantale que le monde ait jamais vue ou pu
s’imaginer. Les facultés qui, aujourd’hui, — par une rare
efflorescence de la génération, permettent à quelques êtres
exceptionnellement doués 1 d’explorer les mystères de la
Nature et de posséder des connaissances dont quelques
miettes sont offertes ici (et ailleurs) au monde ordinaire, —
seront alors l’apanage de tous. Quant à ce que sera la
septième ronde, nous n’en avons pas la plus petite idée,
car les maîtres occultistes les plus disposés à faire part de
leur science sont absolument silencieux sur ce point. »
Comme M. Sinnett le fait remarquer, celui qui étudie le
Bouddhisme ésotérique doit se préparer à traiter d’estimations qui se comptent par des millions d’années et plus. 11
1. Les Mahatmas (grandes âmes) sont les adeptes les plus élevés dans
l’occultisme et dans toute la science et la sagesse tliéosophiques. Partout .
dans le monde il a toujours existé des occultistes, ou des fraternités
occultes, mais la fraternité du Tliibet, dont le quartier général se trouve
dans les parties les plus inaccessibles des monts Himalaya, est, à ce que
l’on nous dit, la plus élevée de ces associatious. Le degré d’élévation qui
constitue un Mahatma, un frère, ou un maître, comme on les appelle,
n’est atteint qu’à la suite de longues et pénibles épreuves d’une grande
sévérité. Le but suprême de l’Adeptal, c’est d’atteindre le développement
spirituel. Les connaissances ésotériques orientales sont bien antérieures
au passage de Gautama Bouddha sur la terre.
Jusqu’à présent, elles ont été gardées avec un soin jaloux, mais il semble qu aujourd’hui le monde est considéré mûr pour une partie de leur
divulgation. Une chose digne de remarque, c’est que le grand mystique
européen Swedenborg parle des « Livres perdus de Jéhovah » qui, si on
les cherche, « se trouveront dans le Thibet ».
— 2o9 —
résulte des passages que nous venons de citer, que nous traversons maintenant la cinquième race de la quatrième ronde
et que, par conséquent, nous venons seulement de dépasser
le milieu ou le pôle de toutes les sept rondes. Lorsque nous
nous souvenons qu’à chaque ronde est spécialement dévolue
la tâche de « faire prédominer un des sept principes dans
l’homme, selon l’ordre régulier de leur gradation ascendante » , nous serions heureux de penser que le pire du voyage
est maintenant passé. Mais, hélas! il est aisé de s’aperce-
| voir que la race actuelle de l’humanité appartient encore
I au quatrième principe, le Kama Rupa ou l’âme animale, la
Volonté ou le Ego , qui est de la race de l’égoïsnie ou de
l’amour de soi, c’est-à-dire l’opposé de l’amour divin ou de
l’humanité, alors que le moi se perd dans l’universel, que
l’humain est absorbé dans le divin. Au point central du
développement de la race auquel nous sommes arrivés, ce
point tournant de l'histoire du monde, Lame spirituelle
. ou sixième principe, commence sa véritable lutte de
l’esprit contre le corps, autrement dit du quatrième et du
cinquième principe, delà volonté animale avec I’intellect
-, humain, et elle manifestera graduellement ses puissances
transcendantales, car sa destinée est de transformer nos
êtres terrestres en êtres célestes, de faire des fils de
l’homme ou de la terre des fils de Dieu ou du ciel. Ne
peut-on pas considérer cela comme l’immaculée conception, la naissance de l’Enfant divin dans la crèche ou
l’étable, qui sont la demeure de la nature animale? A en
juger par le temps que nous avons mis depuis notre point
de départ (quel qu’il soit), pour devenir ce que nous
1 sommes aujourd’hui, on peut supposer qu’il s’écoulera
des millions d’années avant que cette gestation ou cette
naissance divine soit accomplie. Nous pouvons néanmoins
nous consoler par la pensée que le plus mauvais est passé
1
— 260 —
et que, quelle que doive être encore la durée de nos jours
d’école, ils se passeront cependant dans de meilleures conditions, puisque la cinquième ronde, celle du cinquième
principe, manas, ou Y intellect, la compréhension de la vérité,
approche ; alors l’Esprit de vérité nous guidera en toutes
choses, et ce sera l’avènement de la nouvelle dispensation.
Dans le Bouddhisme ésotérique, nous trouvons une
explication scientifique des plus complètes de toutes les
phases de l’existence. Nous y voyons comment la doctrine
la plus ancienne de la transmigration, combinée avec la
théorie moderne de l’évolution, peut rendre compte de
tous les* événements et de toutes les circonstances physiques, mentales et morales. Bien loin que l’univers ait été
le produit du fiat d’un Être omnipotent, on voit qu’il a été
le résultat d’une croissance, d’une décomposition et d’une
renaissance éternelles. Nous n’essayerons pas de chercher
ici dans quelle mesure ces idées, recueillies parmi les
annales d’une « Beligion éternelle » que l’on dit avoir été
conservée à travers les siècles par les Mahatmas, paraîtraient acceptables à la théologie moderne.
En tout cas, elles semblent de nature à pouvoir être
favorablement accueillies par la science.
Toutes les lois de la nature manifestent une intelligence
infinie et une exactitude mathématique, et si nous examinons soigneusement les étapes successives de la nature,
nous trouverons que toutes ses opérations s’accomplissent
dans un esprit aussi sérieux que tendre, qui est même,
dirons-nous, l’essence de la pensée et de l’amour.
Dans notre compréhension limitée, le principe suprême
de l’existence ne peut être défini que comme une intelligence omnipotente dont l’omnipotence est toujours dirigée
par son amour et par une sagesse infinie.
Plus nous chercherons à approfondir les lois de l’exis-
— 261 —
tence, plus nous trouverons qu’elles sont les lois de la
sagesse, de la justice et de l’amour absolus1.
1. D’une série de documents publiés par le journal américain le Sun
du 20 juillet 1890, il résulte que cette doctrine est l’œuvre de M. de Palmes,
qui avait longuement étudié la Science ésotérique, et dont les manuscrits
ont tous été achetés par les fondateurs de la Société Tliéosopliique.
POITRINE
3
Partie animatrice du corps
| localisée dans les glo-i
| bules. Origine : les feuil-i
les et leurs fonctions.
L’àme
de la plante.
i Linga sharira
CORPS
PHYSIQUE
(Besoins)
' 2
Partie médiatrice du corps.
1 Combinaison du corps,
avec le principe supérieur. Yie propre des1
cellules de la Plante.
i
La vie
de la plante.
Jiva.
1
Partie matérielle du corps
de la plante se rendu-,
vêlant, par le Ventre'
(racines) de la plante,!
qui fabrique la Sève.
La matière
de la plante.
Bupa.
Les trois principes constituant une Plante.
(Rapport sur le principe ésotérique, voyez, page 270).
CHAPITRE V
LA NAISSANCE
PSYCIUJRGIE
PREMIÈRE PARTIE
LA NAISSANCE. — L’INCARNATION DE L’AME
D’APRÈS LA SCIENCE
§ I. — LE DÉVELOPPEMENT d’üN VÉGÉTAL
L’exposé précédent nous a permis de déterminer la façon
dont l’homme est constitué pendant la vie. Quelques données à peine nous ont été fournies sur les transformations
ultérieures des sept principes par l’extrait du Bouddhisme
ésotérique. Il nous faut maintenant résumer de notre mieux
ce qu’on peut dire touchant l’état de l’homme avant la
Naissance et après la Mort.
Les théories actuellement admises par les écoles spiritualistes d’Occident se ramènent toutes à des exposés
théologiques plus ou moins déguisés. Dieu a créé des âmes
en nombre infini ou ‘déterminé (selon les écoles) ; chacune
— 264 —
de ces âmes vient subir des épreuves sur la Terre et crée
de par sa conduite ici-bas son salut ou sa perte éternels en
gagnant le Paradis ou l’Enfer, avec le Purgatoire pour ceux
qui sont condamnés avec circonstances atténuantes.
L'illogisme profond qui se dégage de cette doctrine, les
naïvetés et les erreurs scientifiques dont elle est accompagnée n’ont pas tardé à en réserver l’usage aux disciples
fanatiques des curés de campagne.
L’Expérimentalisme contemporain a trouvé un moyen
radical de trancher la difficulté : c’est la négation de tout
principe immatériel. 11 n’y a rien avant la naissance ; il n’y
aura rien après la vie gardant la trace de notre personnalité ; par conséquent inutile aux gens sérieux de s’occuper
de l’âme et des phénomènes psychiques.
Comme partout, le matérialisme est parvenu, de par son
scepticisme même, à d’importantes découvertes en partant
de ce point de vue. Mais les faits sont venus arrêter à propos ces conclusions, et le merveilleux a fait savoir malgré
tout qu’on devait compter avec lui.
Comment concilier l’injustice révoltante de la distribution des facultés ici-bas avec la théorie d’un Dieu juste
et bon? comment expliquer l’existence du mal sur la terre
marchant de pair avec l’existence du bien dans les cieux?
C’est à ces doutes divers que vient répondre la théorie
des réincarnations.
Cette théorie, soutenue par toutes les révélations d’Orient,
exposée par Orphée, par Pythagore et par tous les initiés
à la Science ésotérique, peut se résumer en quelques mots :
L’âme humaine subit pendant son incarnation dans le
corps matériel l’effet des causes bonnes ou mauvaises
qu’elle a générées dans l’existence précédente ; elle génère,
par la façon dont elle supporte ces épreuves, les causes
bonnes ou mauvaises qui déterminent son état ultérieur
— 265 —
dans la suivante incarnation. Entre deux existences, l’âme
jouit d’un repos accompagné de la félicité inhérente à son
essence.
D’après cette théorie de l’incarnation, le lieu des souffrances n’est plus un endroit accessible aux seules
conceptions théologiques, c’est dans le monde de la
Matière, sur la Terre ou sur une autre planète, que, revêtus d’un corps matériel, nous éprouverons les effets de nos
actes antérieurs. Notre enfer, notre purgatoire et notre
paradis ce sera la Terre suivant que nous l’aurons voulu.
Nous sommes maintenant à même de comprendre cette
description de la Terre et de son action sur l’âme qui vient
s’incarner :
« C’est la Terre, l’une des mille citadelles du Royaume
<c de l’Homme, Fils immortel et mortel de Dieu les Dieux,
« c’est Demêter, c’est Adamah , le monde des effigies et
« des Réalités physiques, l’Enfer, le Purgatoire, le Paradis
« selon l’âme qui s’incarne, selon l’Esprit qui règne dans
« la chair des âmes incarnées, selon la Foi, la Loi, les
« Mœurs de l’État Social1 . »
Cette théorie soulève d’importants problèmes.
1° Si l’âme s’incarne en l’homme, à quel moment a lieu
cette incarnation?
2° A-t-on le souverïir dans une incarnation des existences
antérieures?
3° Comment est constituée l’âme au moment de l’incarnation?
Nous avons toujours fait nos efforts pour concilier les
théories métaphysiques avec les enseignements positifs de
nos sciences ; aussi nous est-il nécessaire maintenant, si
nous voulons ne pas faire du galimatias triple2, d’exposer
1. Les clefs de l’Orient, par Alexandre Saint-Yves.
2. Définition de la Métaphysique par Voltaire.
rapidement la manière dont se forme l’être humain depuis
l'instant de la conception jusqu’à celui de la naissance.
★
Pour comprendre convenablement les phénomènes qui
accompagnent le développement de l’embryon humain et
leur raison d’être, nous allons examiner la croissance
d’une plante, puis nous aborderons celle de l’homme après
quelques déduclions analogiques.
Un arbre comme une tige de blé sont composés de trois
parties essentielles :
1° Une partie qui plonge dans la Terre: la racine.
2° Une partie située au contact de l’air et de la lumière :
les feuilles.
3° Une partie intermédiaire servant à la circulation de
divers principes: la tige.
Quel est le but de ces trois parties?
La racine plongeant dans la Terre est le véritable estomac de la plante. Elle va chercher la matière nécessaire à
l’accroissement de cette plante, sa nourriture grossière.
Les feuilles plongées dans l’air (libre ou dissous) sont les
poumons de la plante. Elles s’en vont chercher la lumière
et les gaz nécessaires au renouvellement de la force de la
plante, de cette force qui utilisera la matière dans l’intimité
des tissus.
La tige contient des vaisseaux dans certains desquels
monte le résultat de la digestion de la plante, un liquide
généralement d’aspect laiteux : c’est la sève.
Cette sève est l’analogue du chyle chez l’homme. Dans
267 —
d’autres vaisseaux cle cette tige descend le produit de l’ac
tion des poumons (les feuilles): l’air absorbé: dans d’autres
le résultat de l’action de cet air sur la sève : la sève descendante.
La plante peut donc être synthétiquement conçue comme
un être qui posséderait un ventre (la racine) producteur de
matière, des poumons (les feuilles) producteurs de force et
un système rudimentaire de circulation, tout cela constituant une sorte de poitrine.
Si nous remarquons de plus que les grains colorés en
vert de la plante et auxquels elle doit elle-même sa coloration (chlorophylle) sont de véritables globules sanguins
de cette plante ; si nous ajoutons encore que cet être
végétal possède des organes de reproduction, nous aurons
fait l’analyse complète de cette plante, physiologiquement
parlant.
En résumé: un ventre (racine), une poitrine (feuilles),
des vaisseaux, des globules (chlorophylle), de la matière de
réserve (sève).
Pas de cœur. Pas de rate, ni de système nerveux.
Quels sont les principes de l’ésotérisme qui entrent
dans la composition de cet être végétal?
1. Le corps. — Itupa.
2. La vitalité. — Vie propre des cellules végétales. ■ — Jiva.
3. La partie matérielle du corps astral. — La portion de
corps astral condensée dans les globules du chlorophylle, ou leur
analogue Linga sharira.
Ces considérations préliminaires étaient indispensables
pour comprendre la suite.
■*
* *
L’élément qui va donner naissance à une nouvelle plante,
— 268 —
la graine, est composé ainsi qu’il suit dans un grain de
haricot (outre des enveloppes diverses) :
1° Un petit corps formé de trois parties (la véritable
plante) : le germe.
2° Un amas de matériaux destinés à la nourriture de ce
corps pendant son développement : cotylédons.
Les trois parties constituant le petit corps en question
sont ainsi formées :
1° Une portion inférieure qui deviendra la racine, c’est-àdire l’ensemble des organes digestifs et abdominaux de la
plante : la radicelle.
2° Une partie supérieure qui deviendra les feuilles, c’està-dire l’ensemble des organes respiratoires et thoraciques
de la plante : la gemmule.
3° Une partie intermédiaire qui diviendra la tige de la
plante, c’est-à-dire l’ensemble des organes circulatoires,
centre général d’évolution de la plante : la tigelle.
Toutes ces parties très rudimentaires sont entourées,
nous le répétons, d’un amas de matière qui remplit presque
tout. Cet amas de matière constitue les cotylédons.
La figure suivante indique bien ces différentes parties
qu’on peut facilement vérifier en coupant un haricot en
deux (voy. p. 273).
Que faut-il pour obtenir au moyen de cette graine le
développement d’une plante?
Quelles sont les phases de ce développement? C’est ce
que nous allons voir.
★
■¥■ *
La première condition c’est de placer cette plante en un
lieu où elle ne subira aucune action nuisible à son développement. Ce lieu, nous pourrons l’appeler la matrice (le
centre maternel par excellence) de la plante.
— 269 —
Mais nous aurons beau mettre notre grain de blé ou
notre haricot dans une boîte bien fermée et bien chauffée,
rien ne se développera.
Il faut que cette matrice dans laquelle nous plaçons notre
plante contienne un élément essentiel: l’humidité. Ceci est
si vrai qu’on peut parfaitement faire germer des plantes
dans du verre pilé recouvert d’eau.
Généralement on met la graine dans la terre (sa véritable
matrice) et on arrose cette terre convenablement.
Donc VT point. Placer les grains dans une matrice possédant les conditions voulues.
Que se passe-t-il alors ?
Si l’on se reporte à notre étude sur l’évolution et l’involution, on se rendra compte que ce germe c’est du soleil fixé.
Au contact de l’eau, les matériaux de nutrition augmentent de volume et deviennent assimilables par les éléments
de la plante. Le germe s’éveille, le soleil contenu en lui
commence à se dégager en produisant de la chaleur: les trois
parties de la plante se développent (1er stade).
La partie inférieure du germe, la radicelle, se dirige vers
la terre en empruntant aux réserves de matériaux (cotylédons) les éléments de ce développement.
La partie intermédiaire du germe, la tigelle, croît également se dirigeant en haut vers le ciel et portant à son
sommet la gemmule qui donne naissance aux feuilles.
Les matières de réserve, les cotylédons, se placent peu à
peu des deux côtés de la tigelle.
A ce moment la plante ne peut encore vivre que sur ses
propres matériaux de réserve, elle n’emprunte encore
aucun élément de nutrition au milieu extérieur (2e stade).
Ce stade dure jusqu’à l’instant où la racine, assez développée, commence à digérer les substances contenues
dans la terre et où la gemmule, assez développée d’un
— 270
autre coté, commence à fixer les produits du ciel (air et
lumière). Les éléments de réserve, maintenant inutiles, les
cotylédons, se flétrissent et tombent. La plante vient de
naître, elle va vivre par elle-même (3e stade).
Il est important de bien retenir ces trois stades :
\a Fixation dans la Matrice. Réveil du Germe.
2° Développement du Germe aux dépens des matériaux de réserve.
3° Chute des matériaux de réserve. La plante respire et digère
par elle-même (Naissance).
§ 2. — l’embryon végétal et l’embryon humain
Si nous avons commencé cette étude par l’exposé du
développement de l’embryon végétal, c’est à dessein.
Nous allons voir en effet qu’on peut établir une analogie
stricte entre la constitution de l’embryon du végétal et
celle de l’être humain au début de son développement.
Le fait qui domine tous les autres dans la considération
précédente c’est que le futur végétal trouve le point de
départ de son évolution dans trois sources.
Le système digestif (racine), le système circulatoire (tige)
et le système récepteur et respiratoire (feuilles) dérivent de
trois organes nettement différenciés, la radicule, la t'igelle
et la gemmule.
Un fait bien curieux pour ceux qui ne veulent pas
admettre le même plan d’évolution pour toutes les manifestations de la Nature, c’est que les trois grands systèmes
correspondants chez l’homme : le système digestif, le système circulatoire et le système nerveux (et peut-être aussi
respiratoire), dérivent également de trois organes nettement différenciés dans l’embryon humain ; ces trois organes
— 271
sont trois feuillets qui apparaissent à une époque déterminée
dans bœuf humain en voie de développement.
Ira Med E»
Pour avoir une idée nette du phénomène, il faut se figurer le dessus d’une table ronde, d’un guéridon quelconque
représentant l’œuf.
Sur un point quelconque de la circonférence placez
trois volumes reliés debout le dos en haut, l’un à côté de
l’autre.
Ces trois volumes représentent les trois feuillets en question, feuillets dont nous verrons tout à l'heure le mode de
développement.
Ces trois feuillets sont nommés scientifiquement d’après
leur situation :
Le feuillet externe (/’ ectoderme).
Le feuillet médian ( le mésoderme ).
Le feuillet interne (/' endoderme).
Le feuillet externe (ectoderme) donne naissance au système nerveux central et périphérique et à quelques organes
— 272 —
annexes (peau, poumon) (d’après la plupart des auteurs).
( Image de la gemmule .)
Le feuillet moyen (mésoderme) donne naissance au système circulatoire et à ses annexes. [Image de la tige lie.)
Le feuillet interne (endoderme) donne naissance au système digestif et à ses annexes. [Image de la radicelle .)
Le tableau comparatif suivant établit encore plus clairement ces rapports :
La radicelle évolue les organes
nécessaires à l’apport de matière dans la plante : le ventre
de la plante.
La gemmule évolue les organes
nécessaires à l’apport de force
dans la plante (air et lumière) :
poumon et système nerveux
récepteur de la plante.
La tigelle, partie intermédiaire,
assure la distribution et la circulation des sucs et des gaz
de la plante : poitrine.
Le feuillet interne évolue les organes nécessaires à l’apport
de matière dans l’individu :
le ventre de l’individu.
Le feuillet externe évolue les organes nécessaires à l’apport
de force dans l’individu (air
et sensations) : poumon (d’ap.
la plupart des auteurs) et système nerveux de l’individu.
Le feuillet moyen évolue les organes nécessaires à la distribution et à la circulation de
la force et de la matière dans
l’individu : poitrineet organes
de la circulation.
Il y a donc un moment où l’embryon humain est en
tout point analogue à l’embryon végétal non encore évolué,
à la graine.
Cette analogie existe quand les trois feuillets sont différenciés dans l’œuf humain.
C’est ce qu’indique la figure ci-jointe-,
Notre but, il ne faut pas l’oublier, est de voir si l’on
peut déterminer scientifiquement l’incarnation progressive
des principes de l’ésotérisme indou, puis de savoir si l’on
peut assigner une date quelconque à l’entrée de ces principes dans l’Etre humain.
— 273 —
Nous sommes obligé à des développements préliminaires assez longs, mais nous espérons que ces longueurs
forcées seront profitables au|sujel.
; Nous venons de voir que les trois portions principales
de l’être humain (ventre-poitrine-tête) dérivaient, quant
à leurs organes caractéristiques, de trois feuillets embryonnaires. Nous avons vu de plus que ces trois feuillets correspondaient exactement aux trois portions de l’embryon
végétal.
Deux études nous restent à faire :
1° Savoir les transformations que subit l’œuf humain
depuis la fécondation jusqu’à la production des trois feuillets susdits.
2° Une fois arrivé là, reprendre notre étude en cherchant
à décrire rapidement les principales transformations de
ces feuillets jusqu’à la naissance.
§ 3. DÉVELOPPEMENT DE L’EMBRYON HUMAIN
Omne vivum ex ovo, dit un ancien axiome : tout ce qui
vit vient d'un œuf. Celte formule s’applique exactement à
l’espèce humaine. L’être humain provient en effet d’un
œuf qui subit certaines transformations, comme le chêne
provient d’une graine, œuf végétal.
18
— 274 —
Chaque mois la femme donne naissance à un petit corps
rond de la grosseur d’un petit pois ordinaire. C’est l’œuf
humain.
Cet œuf est constitué comme tous les œufs qui doivent
se développer dans les organes maternels :
1° D’une légère réserve matérielle : le vitellus 1 (le jaune
de l’œuf de poule) qui occupe presque tout l’espace de
l’œuf;
2° D’un point d’où partira l’évolution de l’embryon :
la vésicule germinative et la tache germinative, situées
dans le vitellus ;
3° D’enveloppes diverses2.
D’une façon générale cet œuf représente donc la substance
de l’être futur.
Abandonné à lui-même après sa production, cet œuf est
expulsé et se détruit si rien ne vient agir sur lui.
Pour que l’évolution d’un être prenne naissance en lui,
il faut qu’un nouvel élément vienne le pénétrer; cet élément,
représentant la force qui vient animer (donner une âme) la
1. Au point de vue physiologique le vitellus est un véritable grenier
d’abondance où le germe puise les matériaux nécessaires à son premier
développement.
A. Debierre, Manuel d’ Embryologie.
2. Chez les êtres qui se développent hors de leur mère (comme les
poules) la réserve matérielle est de beaucoup augmentée. De là les nouveaux éléments constituants, entre autres le blanc de l’œuf.
— 275 —
substance, est fourni par le Père. D’après nos idées cet
élément spécial, le spermatozoïde, ne serait qu’une cellule
nerveuse transformée1, ce qui expliquerait une foule de
ses propriétés en apparence mystérieuses.
L’œuf abandonné à lui-même ne tarde pas à mourir.
L’œuf mâle, le spermatozoïde, fait de même.
L’union de ces deux éléments produit l’évolution qui
donne naissance au nouvel être.
Lorsque l’œuf humain se trouve arrivé dans l’endroit où
doit se passer son développement, dans sa Matrice future :
l’Utérus, il se trouve mis en contact avec les spermatozoïdes, c’est-à-dire avec les éléments dynamiques d’impulsion vitale. Par un phénomène qui cause l’étonnement
des observateurs, le plus fort, c’est-à-dire le plus vite
arrivé près de l’œuf, des spermatozoïdes pénètre seul en
cet œuf.
L’union de la Force et de la Substance est alors opérée.
Le nouvel être va prendre naissance.
Au point de vue de la science ésotérique quels principes renferment ces deux éléments : l’œuf et le spermatozoïde?
L’œuf renferme de la Matière organisée, du Corps
(Rupa) et la provision vitale nécessaire à la conservation
de cette matière pendant un certain temps (Jiva).
Corps et vitalité, pas autre chose.
On peut le comparer au doigt d’un individu paralysé.
Le doigt vit bien mais il ne peut se mouvoir (l’influx nerveux n’existant plus).
Comme l’œuf ne reçoit pas d'aliments nécessaires au
\. La Physiologie synthétique, par G. Encausse.
— 276 —
renouvellement de sa réserve de vitalité, s’il n’est pas
fécondé il meurt, c’est-à-dire que sa substance se décompose et retourne à la matière de la Terre et sa Vitalité se
répand dans la Vie universelle et va animer d’autres organismes.
Le spermatozoïde en lui-même contient de la substance
Œuf non fécondé. Spermatozoïde.
Localisation des principes de l’Esotérisme.
(Œuf)
\. — Vitellus (Corps).
2. — Granulation du vitellus (Vitalité).
3'. — Germe de corps astral (Tache et vésicule germinatives).
( Spermatozoïde )
1. — Substance albuminoïde ambiante (Corps).
2'. — Germe de Vitalité (Partie intermédiaire du spermatozoïde).
3. — Tête du spermatozoïde (Corps astral).
en très faible proportion et de la force nerveuse condensée
(corps astral) en proportion très grande. Par contre il
contient à peine de la vitalité. C’est une cellule nerveuse
détachée de sa source de nutrition.
Corps et Corps astral. Rupa et Linga sharira, tel est le
résumé de la constitution du spermatozoïde.
On peut le comparer au doigt d’un individu à qui on a
fait une ligature artérielle. Le doigt bouge bien et reçoit
l’influx nerveux; mais comme il ne reçoit pas d’influx vital,
— 277
il est destiné à périr vite, si les conditions ne changent
pas.
Un de ces éléments renferme donc ce qui manque à
l’autre. Leur réunion donne naissance de suite à un être
constitué de trois principes :
Du corps
et des réserves matérielles
Fournis par l'œuf.
De la vitalité
( Fournie par l’œuf et développée par
t le spermatozoïde.
Du corps astral )
(Force dynamique nerveuse) V Fournies par le spermatozoïde,
et des réserves de force )
L’œuf fécondé est donc en tous points analogue à un
être végétal vivant, comme constitution.
1 1° Corps et réserve de
1er principe
matière. - — - Vitellus.
Rupa
2° Vitalité. — Grann2(' principe
lation du vitellus.
] 3° Un centre particulier,
Jiva
OEuf <
lieu d’action futur de
j la force, logement préparé pour le corps astral, vide quand l’œuf
n’est pas fécondé. —
Tache et vésicule ger-
\ minatives.
Localisation des principes de l’Esotérisme dans l’œuf humain
non fécondé.
— 278 —
1° Corps et réserve de
Ie1' principe
matière. — ( Liquide
albuminoïde annexe ).
Rupa
2° Corps astral. — Force
3e principe
nerveuse condensée.
1 Tète du spermatozoïde.
Linga sharira
Spermatozoïde
3° Un centre de réserve
j vitale peut être consi1 déré comme existant
dans la portion intermédiaire entre la tête
et la queue du spermatozoïde. Cette réserve
l est du reste très faible.
Localisation des principes de l’Ésotérisme dans le spermatozoïde
humain.
PRINCIPES
ORIGINES
NOMS INDOUS
QUALITÉ
de ces
principes
Corps et réOEuf
Rupa
Matière
serves matérielles
(mère)
(1er principe)
du
corps
OEuf
' Vitalité
OEuf et spermaJiva
Vie du
fécondé
tozoïde unis
(2e principe)
corps
[Corps astral et
Spermatozoïde
Linga sharira
Ame
réserves de
force
(père)
(3e principe)
du ;
corps
Constitution de l’œuf fécondé.
L’œuf une fois fécondé se fixe dans l’Utérus et une nouvelle série de phénomènes prend naissance.
»
279 —
La vésicule et la tache germinatives, la réserve et le lieu
d’élection du corps astral donné par le père disparaissent
et se fondent dans la masse matérielle (vitellus).
OEuf fécondé. — - Localisation des trois principes.
Ce vitellus primitivement homogène se divise en deux
cellules. Les cellules se subdivisent aussi chacune en deux
et la subdivision continue jusqu’au moment où l’œuf est
entièrement rempli de cellules ainsi formées.
Au point de vue philosophique que s’est-il produit là?
L’être primitif, l’œuf non fécondé, a donné naissance sous
l’influence de l’élément dynamique du corps astral à une
foule d’êtres semblables à lui. Ces êtres cellulaires (cellules
blastodermiques) sont nés par la division successive de
l’être primitif. C’est là un mode de génération qui rend
l’œuf analogue à la fois à certains végétaux et à certains
animaux inférieurs.
— 280 —
Pour nous figurer cela souvenons-nous de la comparaison que nous avions prise tout à l’heure. Un guéridon de
forme ronde représente l’œuf humain.
Après le travail de segmentation le guéridon est encombré de pelotes de laine représentant les cellules nouvellement nées.
Af em 6/-es 7 s
C’est alors que les cellules se groupent toutes autour de
l’œuf laissant le milieu libre. Ces cellules, groupées bout à
bout, constituent une véritable membrane continue, un
feuillet qui entoure complètement l’œuf.
Dans l’exemple déjà cité les pelotes de laine se seraient
toutes réunies tout autour de la circonférence du guéridon.
Telle est la fin de cette première phase, ainsi caractérisée :
1° Fécondation de l’œuf. Entrée d’un corps astral ;
2° Segmentation du vitellus. Constitution d’une série
d’êtres particuliers (les cellules) dans l’œuf tout entier;
3° Groupement de ces cellules au pourtour de l’œuf pour
constituer une membrane.
— 281
Cette membrane à peine constituée, on voit apparaître en
un point de son étendue une tache sombre. C’est l’origine
de l’être futur.
En ce point la membrane s’est partagée en deux feuillets,
un externe formé par elle-même, un interne qui vient de
naître. Entre ces deux feuillets, une nouvelle couche de
cellules prend naissance, couche formée par l’action réciproque de ces deux feuillets, ainsi paraît le feuillet médian
situé entre les deux précédents. Encore une merveilleuse
application de la Loi du Ternaire.
C’est donc en un poiut seul de l’œuf que prennent naissance les trois feuillets, origines de l’être futur; c’est de
là que va partir l’évolution ultérieure.
Un liquide occupe l’intérieur de l’œuf laissé libre par les
cellules.
Nous voilà revenus à notre point de départ; nous venons
de voir comment se sont créés par la combinaison de
l’œuf et du spermatozoïde ces trois feuillets, analogues aux
trois organes de l’Embryon végétal que nous avons étudiés tout d’abord.
Ces feuillets, feuillet externe, feuillet moyen, feuillet
interne, donnent naissance le premier au système cutané
et au système nerveux (feuille), le second au système circulatoire (tige), le troisième au système digestif (racine).
Afin qu’on ne croie pas que tout cela est de notre inven-
— 282
I in n , nous citons le passage suivant d’un traité classique
d’Embryologie pour donner le détail de ces diverses transformations.
L’analogie avec l’embryon végétal nous est personnelle
quoique Oken ait indiqué déjà un rapprochement dans le
même genre.
« Pour constituer cet édifice si compliqué les simples
feuillets blastodermiques suffisent pourtant. C’est dire
toute la variété de leurs métamorphoses. Nous aborderons
l’étude de celle-ci plus tard en traitant du développement
des organes et des systèmes, disons ici seulement à quels
organes donne naissance chacun des feuillets blastodermiques.
« Le feuillet externe (ectoderme, épiblaste, feuillet sensorial cutané ou encore nervoso-cutané) donne par son involution médullaire les centres nerveux, moelle et encéphale
et certaines de leurs dépendances (rétine, couche pigmentaire de la choroïde et de l’iris) ; par ses lames cornées il
donne l’épiderme et ses nombreuses dépendances, ongles,
cheveux et poils, canaux épithéliaux des glandes sébacées, mammaires et sudoripares, couche épithéliale de la
cornée, celle du labyrinthe membraneux et des cavités
qui s’ouvrent à la surface de la peau, bouche, fosses nasales,
conjonctives et voies génitales externes, le cristallin et les
dents (dépendances de l’épithélium buccal). L’ectoderme
donne peut-être même les tubes épithéliaux du rein primordial.
« Le feuillet interne (endoderme, hypoblaste, feuillet
intestino-glandulaire) donne l’épithélium de l’intestin avec
ses dépendances épithéliales (glandules intestinales, foie,
pancréas, glandes de l’estomac, glandes salivaires et
1. Oken.
— 283 —
poumons, et peut être l’origine des organes génitaux
internes.
« Le feuillet moyen (mésoderme, mésoblaste, ou feuillet
moteur germinatif) fournit tout le reste.
« Par sa portion ectodermique ou somato-pleurique, il
est l’origine du derme, des muscles de la vie animale, des
tissus conjonctifs et cartilagineux, du squelette, de l’épithélium péritonéal tapissant la paroi viscérale ou pariétale
du cylindre pectoro-abdominal.
« Par sa portion endodermique ou splanchno-pleurique
le feuillet moyen fournit l’épithélium cœlomatique revêtant
la surface du tube intestinal, le cœur, les vaisseaux, le
sang, les muscles lisses et le tissu cellulaire des intestins,
le mésentère. »
A. Debierre. Manuel d' Embryologie
humaine et comparée (1886) (pages 139, 140, 141).
Des feuillets , la naissance.
Avant d’aller plus loin résumons l’état des trois principes ésotériques que nous connaissons au moment où
viennent d’apparaître les trois feuillets.
Le corps, la vitalité, le corps astral existaient dans
l’œuf fécondé. Mais ces principes n’avaient rien encore de
personnel étant eux seuls en action dans une masse non
encore évoluée.
Le corps astral d’abord condensé au centre de l’œuf ne
tarde pas à se répandre dans la masse de cet œuf ; de là
la segmentation.
— 284 —
Chacun des globules ainsi formés est constitué des trois
principes : corps, vitalité et corps astral; c’est un être véritable quoique de nature inférieure.
Quand la membrane enveloppante est formée par l’union
de tous les globules à la périphérie de l’œuf, la vitalité se
concentre en un point particulier de cette membrane et
les premières divisions prennent naissance (feuillets).
2e Phase. — Naissance des feuillets.
Le corps astral se concentre bientôt à son tour dans
l’un de ces feuillets qui va devenir le centre général de
direction de la construction de l’organisme. Cette phase
est marquée par la naissance d’une mince ligne nerveuse
dans le feuillet externe, c’est la ligne primitive, le véritable point de départ de l’être individuel.
3e Phase. — Formation du nouveau centre. Individualisation
de l’être.
A ce moment l’embryon est déjà plus qu’un végétal, le
— 285 —
système nerveux vient de naître, le corps astral est complet, l’embryon entre dans la série animale qu’il va parcourir.
§ 4. INCARNATION DE l’aME DANS LE CORPS — DÉTERMINATION
DE L’ÉPOQUE DU PHÉNOMÈNE
a L’homme parcourt, dans son développement embryonnaire, une étonnante échelle morphologique, tour à tour
pourvu d’une queue et de branchies, à une période sans
crâne ni cerveau, à une autre avec un cœur d’ascidie ou
un cloaque de monotrème ou d’oiseau1. »
Notre intention, on le comprend facilement, n’est pas
de faire un cours d’embryologie. Nous cherchons dans
quel ordre s’incarnent les principes de l’homme. Aussi ne
nous occuperons-nous que de l’évolution d’un seul système : le système nerveux.
En poursuivant l’évolution du système nerveux dans la
série animale (voy. p. 214) nous avons pu suivre la naissance progressive des principes de l’ésotérisme.
Or l’homme passant par toutes les phases de cette série
animale va nous montrer en lui-même le développement
progressif de ces mêmes principes et nous pourrons facilement, de même que nous avons déterminé la localisation
des principes dans l’œuf fécondé, déterminer la localisation de ces mêmes principes dans l’enfant au moment de
la naissance.
Nous serons mis par là à même de voir que Y âme ri est
pas incarnée encore quand l'enfant est mis au jour. Nous
saurons bientôt pourquoi.
A peine les trois feuillets sont-ils nés qu’apparaît chez
1. Debierre, op. cit., p. 7.
286 -
l'embryon humain l’origine du système nerveux futur sous
forme d’une ligne dénommée ligne primitive.
L’évolution du système nerveux nous intéresse seule ;
car c’est là que se localisent les principes supérieurs.
Les organes du corps humain autres que les organes
nerveux, n’ont qu'un but: la production de forces diverses
destinées toutes, de spécification en spécification, à aboutir à la force nerveuse et à ses modalités1.
Rappelons-nous que l’existence d’un système nerveux,
aussi rudimentaire soit-il, implique l’existence complète
du corps astral (3e principe).’
L’existence de ganglions abdominaux ou œsophagiens
implique l’existence de l’âme animale, principe de l’instinct (4° principe).
L’existence de ganglions cérébraux implique l’existence
d’intelligence, de faculté de raisonner (3e principe).
Enfin l’existence de circonvolutions cérébrales très développées à la partie supérieure implique la possibilité du
développement du 6e principe.
Ces principes existent en germe àb?, que les organes correspondants, leurs moyens de manifestation existent aussi.
Mais ces principes peuvent rester toujours à l’état de
germe ou bien se développer par la suite chacun d’une
façon spéciale.
La ligne primitive indique donc l’existence complète du
centre général du corps astral dans l’embryon.
Le système nerveux évolue ensuite rapidement. Plusieurs ganglions naissent et se développent à la partie
antérieure de l’embryon; ces ganglions, sortes de vésicules, sont primitivement au nombre de trois, un antérieur, un moyen et un postérieur, et donnent naissance
1. Voy. Physiologie synthétique , par G. Encausse.
— 287 —
par leur évolution aux divers centres nerveux encéphaliques, de même que les trois feuillets avaient donné naissance aux divers organes du corps.
Pour nous résumer et pour éviter d’entrer dans des
détails trop techniques auxquels nous sommes enclin par
nos études de médecine, voyons quelle est la constitution
de l’être humain un peu avant sa naissance.
Quelques heures avant la naissance voici la constitution
définitive de l’être humain :
Le corps est entièrement développé dans toutes ses
parties, tous les organes existent, prêts à fonctionner;
mais tous ne fonctionnent pas.
Le système digestif fonctionne à peu près complètement quoique tirant les principes de son action du milieu
intérieur seul.
Le sang de l’Embryon circule, le cœur fonctionne mais
le poumon ne fonctionne pas. C’est le poumon maternel
qui va chercher à l’extérieur les éléments réparateurs de
force et qui les apporte, par le sang maternel, à un organe
qui est le véritable poumon de l’Embryon avant sa naissance : le placenta.
Le cordon ombilical relie l’Embryon au centre maternel
et c’est ce cordon qui préside aux divers échanges.
Le système nerveux de l’inconscient fonctionne puisque
les organes splanchniques marchent. Le corps astral
accomplit donc toutes ses fonctions.
Mais le système nerveux de relation, le système nerveux
conscient fonctionne encore moins que le poumon , les
organes des sens sont fermés. Les appartements de l’âme
sont prêts; mais rien ne les habile encore.
— 288 —
C’est maintenant qu’il nous faut bien prendre garde à
l’une de nos considérations antérieures. Les sept principes
ne sont que des divisions de trois principes essentiels,
divisions créées pour le développement complet de certaines données de l’occultisme. Le corps, la vie, la volonté
sont les caractéristiques des trois principes constituant
réellement 1 être humain..
Or, au moment de la naissance, quel est celui de ces
principes qui fonctionne complètement? C’est le principe
inférieur : le corps matériel.
La première phase du développement de l’être humain
allant depuis la fécondation de l’œuf jusqu’à la naissance
peut se résumer à ceci : Fabrication du corps matériel.
dont le centre d’action est dans le ventre et qui correspond
à la matière dans la nature.
Ce corps matériel est composé de trois principes :
matière, vie, âme, comme tous les êtres vivants; il suffit
de se reporter à l'analyse du corps chez l’homme1 pour
savoir que ces trois principes sont :
1° Le corps matériel lui-même (Rupa), la matière du
corps physique ;
2° La vie de ce corps physique (Jiva), la vitalité ;
3° L’âme de ce corps physique (Linga sharira), le corps
astral.
Voilà pourquoi tous les principes dont nous venons de
parler se réduisent en somme au développement du seul
corps matériel.
La preuve de tout cela c’est qu’avant la naissance l’embryon est relié à la source de ses réserves vitales par un
cordon matériel qui vient plonger dans le ventre : le cordon ombilical.
1. Voy. p. 179.
— 280 —
La phase de développement de l’embryon dans le sein
maternel n’aboutit donc, nous ne saurions trop le répéter,
qu’au développement d’un des trois principes : le corps.
Si le ventre est le centre d’action de ce corps physique,
la poitrine est le centre d’action du second des .principes : la vie ou le corps astral, — On sait que la partie
inférieure de ce second principe est commune au précédent.
★
* *
Au moment de la naissance le cœur seul fonctionne, le
poumon ne fonctionne pas, c’est-à-dire que l'être humain
n'est pas encore en rapport avec la vie planétaire directement. 1
Le cordon ombilical matériel. — Lien du Ventre à la source
de vitalisation et de nutrition.
Lorsque le moment de naître à la vie planétaire est
arrivé pour cet être humain, un phénomène sur lequel on
n’a pas assez insisté se produit.
L’œuf qui contenait l’homme futur se brise. L’enfant
naît à la vie terrestre, c’est-à-dire qu’au même moment
ses poumons fonctionnent . Une relation étroite vient de
19
s’établir entre le nouvel être et la Terre grâce à l’atmosphère .
Le cordon ombilical matériel, inutile maintenant, est
définitivement coupé. La bouche entre en action ainsi que
les organes digestifs et le remplacent en partie. L’enfant
qui vient de naître n’est plus lié visiblement au monde
matériel; mais un lien, invisible pour le profane, vient de
naître. Ce lien est plus nécessaire encore que le cordon
ombilical à la vie de l’homme ; c’est la respiration qui
constitue un cordon ombilical astral dont le centre est
dans la poitrine.
Le second cordon ombilical. — Lien de l’homme à la terre par
l’atmosphère. — La respiration. — Naissance à la vie planétaire.
Un axiome médical courant c’est qu’on ne meurt jamais
que d'asphyxie, quelle que soit la cause apparente de la
mort. L’arrêt des fonctions pulmonaires est en effet la .
seule caractéristique inévitable de cette mort.
Qu’est-ce que cet arrêt sinon la rupture du cordon ombilical astral qui détermine une nouvelle naissance appelée
-
- 291 —
mort, naissance dont nous allons avoir à nous occuper
bientôt?
L’histoire de la Vague de Vie dans les planètes, puis
dans les continents, puis dans les races et enfin dans
l’hommè vivant, nous a montré un fait constant : que le
terme supérieur d’une série ne paraît qu'au moment où le
terme immédiatement inférieur a terminé son action.
Nous trouvons ici une preuve éclatante de celte donnée.
C’est quand la construction du corps est achevée que la
vie fait son entrée. Nous venons de le voir.
Mais de là découle une considération de la plus haute
importance. C’est au moment où cette vie, déjà en germe,
prend son développement que l’àme s’incarne en germe
dans le corps humain. Nous allons voir ce qu’on peut
entendre par cette incarnation « en germe » de l’âme.
Le fait capital à retenir de suite, c’est que c’est au moment de la naissance et après la première aspiration seulement que le germe du principe supérieur de l'homme s’incarne en lui.
L’Etre humain immédiatement avant la naissance.
(Etat des trois grands principes.)
Ame
Corps astral
(complet) .
Corps
physique. .
Frincipiation
oit
Puissance d'èlre
tienne
ou
Commencement
Développement
Constitution
complète
L’Être humain immédiatement après sa naissance.
(Etat des trois grands principes.)
V rrjp
Corps astral
Corps
physique . . .
Priuoipiation
ou
Puissance d’ètre
Germe
ou
Commencement
Développement
Constitution
complète
L'homme quelque temps après la naissance.
(Etat des sept principes.)
Sainteté 7
Spiritualité.. 6
Intellectualité S
Passion
Instinct 4
Corps astral. 3
Besoin
Vitalité 2
Corps physique 1
Principiation
ou
Puissance d'être
Germe
ou
Commencement
Développement
Constitution
complète
Les tableaux précédents nous montrent bien toutes ces
phases.
Le premier* représente l’être humain un peu avant la
naissance. La vie est en germe; mais l’âme n’est pas encore
'incarnée. Elle est clans le monde de la principiation ; elle
est en puissance d’être , c’est l’état dans lequel se trouvent
les êtres avant d’être manifestés. Fabre d’Olivet a mis son
immense érudition à contribution pour démontrer que le
premier mot de la Genèse ce n’était pas au commencement,
ce qui indiquerait que le monde est déjà manifesté; mais
bien en principe, ce qui indique l’état antérieur. Dieu crée
en principe ce qui commence ensuite au temps voulu.
Saint Jean a suivi la règle commune de tous les grands
initiés en débutant le livre de l’ésotérisme chrétien par
ce mot in principio erat verrum. Le Verbe était en principe, EN PUISSANCE D’ÊTRE.
La colonne de la principiation est vide dans les. tableaux précédents pour indiquer justement cet état spécial.
Un peu avant la naissance, l'âme est donc en principiation. A ce moment la vie (le corps astral complet) est en
commencement ou en germe. Quant au corps, il est en plein
développement .
Voilà ce qu’indique le premier tableau.
Le second tableau nous présente l’état de l’être humain
quand le cordon ombilical matériel est coupé, et que la
première aspiration d’air vient de lier l’enfant à la Terre
qu’il ne quittera qu’à la rupture de ce lien nouveau.
A ce moment le corps a acquis sa constitution complète1,
la vie est en plein développement et l’âme vient de s'incarner, de s’attacher à la vie développée et par là aux
organes. L’âme est en germe.
i. Autant que cette constitution est compatible avec l'âge de l'enfant.
\insi certains organes constitués à ce moment ne termineront leur développement complet que bien plus tard.
— 294 —
¥ ¥
Veut-on lin phénomène qui indique le moment précis
où l’âme est définitivement liée au corps?
C’est l’ouverture à la lumière des yeux de l'enfant,,
c’est-à-dire l’ouverture des fenêtres de l’âme. .
Le troisième tableau indique que ce mot âme ne
désigne qu’un des principes inférieurs de l'âme proprement dite; l’incarnation, même partielle, de l'âme d’une
façon active n’ayant lieu qu’au moment de l’âge mûr
ainsique l’indiquent les tableaux qui terminent l’étude sur
« la Vague de Vie dans l’homme », étude dont ce chapitre
est un complément.
L’âme, dont la qualité essentielle est l’horreur de la
matière, ne s’incarne que progressivement; certains
hommes peuvent même vivre plusieurs existences sans
incarner en eux aucun des principes supérieurs.
Ces principes supérieurs, extérieurs à l’individu, constituent son idéal, son dieu personnel. L’immortalité totale
de l’individu n’est atteinte qu’autant que ces principes
supérieurs s’incarnent complètement, ce qui constitue
l’état de Nirvâna, l’état de divinité pour la cellule de l’humanité.
Cela explique pourquoi Louis Lucas et Hoëne Wronski
prétendent que l’âme est une création propre de V individu ,
présentant à l’éternité le flanc de sa responsabilité 1 .
On voit par ce qui précède que l’être humain présente
trois stades de développement :
1° Création du corps (période embryonnique).
1 . Louis Lucas.
— 295
12° Création de la vie (période d'évolution sur la Terre)
(beaucoup d'hommes en restent là).
3° Création de l aine commençant sur terre pour se
développer après la mort.
Nous connaissons maintenant assez la naissance, d’autre
part nous avons développé précédemment l’évolution pendant la vie, occupons-nous un peu de la Mort.
Mais auparavant je liens à citer un très beau passage
d’Eliphas Levi où l’analogie entre la naissance et la mort
est établie d’une façon fort suggestive.
Jeté parles lois de la nature dans le sein d’une femme,
l’esprit incarné s’y éveille lentement et se crée avec effort
des organes indispensables plus tard, mais qui, à mesure
qu’ils croissent, augmentent son malaise dans sa situation
présente.
Le temps le plus heureux de la vie de l’embryon est
celui où, sous la simple forme d’une chrysalide, il étend
autour de lui la membrane qui lui sert d’asile et qui nage
avec lui dans un fluide nourricier et conservateur. Alors
il est libre et impassible, il vit de la vie universelle et
reçoit l’empreinte des souvenirs de la nature qui détermineront plus tard la configuration de son corps et la
forme des traits de son visage. Cet âge heureux pourrait
s’appeler l’enfance de l’embryonnat.
Vient ensuite l’adolescence. La forme humaine devient
distincte et le sexe se détermine ; un mouvement s’opère
dans l’œuf maternel semblable aux vagues rêveries de
l’âge qui succède à l’enfance. Le placenta, qui est le
corps extérieur et réel du fœtus, sent germer en lui quelque chose d’inconnu qui déjà tend à s’échapper en le
— 290 —
brisant. L’enfant alors entre plus distinctement dans la
vie des rêves, son cerveau renversé comme un miroir de
celui de sa mère, en reproduit avec tant de force les imaginations, qu’il en communique la forme à ses propres
membres. Sa mère est pour lui alors ce que Dieu est pour
nous ; c’est une providence inconnue, invisible, à laquelle
il aspire au point de s’identifier à tout ce qu’elle admire.
Il tient à elle, il vit par elle et il ne la voit pas, il ne
saurait même la comprendre et, s’il pouvait philosopher,
il nierait peut-être l’existence personnelle et l’intelligence
de cette mère qui n’est encore pour lui qu’une prison
fatale et un appareil conservateur.
Peu à peu, cependant, cette servitude le gêne, il s’agite,
il se tourmente, il souffre, il sent que sa vie va finir.
Arrive une heure d’angoisse et de convulsion, ses liens
se détachent, il sent qu’il va tomber dans le gouffre de
l’inconnu.
C’en est fait, il tombe, une sensation douloureuse
l’étreint, un froid étrange le saisit, il pousse un dernier
soupir qui se change en un premier cri ; il est mort à la
vie embryonnaire, il est né à la vie humaine.
★
* *
Un dernier point nous reste à traiter avant d’aborder
l’étude de la Mort : ce sont les conditions qui déterminent
l’entrée d’une âme dans un corps plutôt que dans un autre,
d’où naissent les inégalités sociales et la chance ou la
malecliance de l’être futur.
D’une façon générale la vie présente dépend de la conduite de l’être dans sa vie antérieure, si l’on en croit les
enseignements de l’occultisme sur la réincarnation. Mais,
d’après la science ésotérique, une âme ne peut se réin297
curner qu'au hout de 1500 uns -environ1 sauf dans quelques
exceptions très nettes2.
Quoi qu’il en soit, la théorie de l’horoscope est basée suice fait que les courants de lumière astrale influent d’une
façon considérable sur l’incarnation de l’âme, et qu’on peut
savoir les grandes lignes de la vie future de l’enfant si
l’on connaît la position des divers astres à l’instant de la
naissance.
Au point de vue scientifique nous ne pouvons suggérer
qu’une seule explication : c’est que le corps astral fabrique
le corps physique d’après les qualités intrinsèques de
l’ovule et du spermatozoïde, c’est-à-dire des corps astraux
du père et de la mère. Ce corps astral exerce d’autre part
une attraction d’autant plus grande sur l’âme qu’il est
plus fort lui-même. Voilà pourquoi à un corps rachitique
généré par des ivrognes correspond un corps astral de
faible puissance et par suite une attraction également très
faible sur le principe supérieur : l’âme. Ce lils d'ivrognes
ne donne à l’âme que des moyens d’action très inférieurs,
de là un travail double à accomplir par cet être humain s’il
veut se racheter et reconquérir son intelligence obscurcie
par ses fautes antérieures ou la condamnation à l’abrutis1. Celte considération est importante, car on rencontre dans certains
milieux spirites de pauvres hères qui prétendent froidement être une
réincarnation de Molière, de Racine ou de Richelieu, sans compter les
poètes anciens, Orphée ou Homère. Nous n'avons pas pour l'instant à discuter si ces affirmations ont une base solide ou sont du domaine de
l'aliénation mentale au début; mais rappelons-nous que Pylhagore, faisant le récit de ses incarnations antérieures, ne se vanta pas d'avoir été
grand homme, et constatons que c'est une singulière façon de défendre
le progrès incessant des âmes dans l'infini (théorie du spiritisme) que
celle qui consiste à montrer Richelieu ayant perdu toute trace de génie
et Victor Hugo faisant des vers de quatorze pieds après sa mort, l.es spirites sérieux et instruits, et il y en a plus qu’on ne croit, devraient veiller
à ce que de pareils faits ne se produisent pas.
2. Mort dans l’enfance. Mort violente (crime ou suicide). Adeplat.
298
sement fatal pendant sa vie s’il n’a pas le courage de lutter
assez pour vaincre la fatalité.
On peut du reste parfaitement accorder celte théorie
avec la théorie de l’horoscope, si l’on admet que les âmes
sont envoyées à l’incarnation par séries correspondant à
leur genre futur de vie, et que l’envoi des séries d’âmes
devant être heureuses coïncide avec la position dominante des planètes dites bénéfiques, et la série malheureuse avec la situation contraire de ces planètes. Nous
reviendrons du reste dans un des chapitres suivants sur
l’incarnation et ses conséquences.
CHAPITRE VI
LA MORT
PSYCHURGIE
DEUXIÈME PARTIE
LA MORT
UE CIEL ET L’ENFER d’ APRÈS LA SCIENCE
La naissance nous a montré que les principes de l’homme
entrent en action dans l'ordre suivant : 1° le corps; 2° la
vie ; 3° l’âme.
Pouvons-nous faire pour L’étude de la mort ce que nous
avons fait pour celle de la naissance, c’est-à-dire nous efforcer d’établir quelques bases scientifiques capables d’étaver
les divers enseignements théologiques?
D’après les idées qui représentent l’homme comme
composé de deux principes opposés : l’âme et le corps,
rien de plus simple que la mort.
L’élément immortel, l’âme, subit un jugement de la
part du Dieu anthropomorphe, puis s’en va souffrir éternellement dans les flammes de l’Enfer, ou bien jouir pour
l’éternité des bonheurs mystiques réservés aux bienheureux
dans le Paradis, ou bien encore laver ses fautes (l’oubli
d’une confession in extremis on d’un don généreux à l’église
voisine) dans le Purgatoire. Le corps mis en terre retourne
à la poussière d’où il était venu.
Ces enseignements, donnés comme l’expression de la
plus haule vérité qui ait été révélée à l’homme sur ses destinées, n’ont pas satisfait certains chercheurs, sceptiques
de nature et s’en rapportant plus à eux-mêmes qu’à la
tradition.
Les télescopes braqués sur l’Infini n’ont pas décelé la
moindre trace du lieu spécial réservé au châtiment ou à la
récompense des âmes ; les microscopes fouillant les créations
les plus subtiles de la nature, n’ont pas non plus révélé
d’enfer ou de purgatoire, et les savants positivistes se sont
fait une théorie à eux sur les destinées de l’homme.
AP rès la mort le corps se dissout et, comme ce corps
estla seule cause des phénomènes attribués à une soi-disant
âme, il n’y a plus à s’occuper autrement de cette entité
métaphysique. Les cellules de ce corps entrent, d’après les
lois de l’affinité chimique, dans diverses combinaisons
organiques ou inorganiques, et... tout est dit.
En vain la philosophie spiritualiste de l’Université estelle venue corriger les non-sens de la Théologie, le credo
quia absurdum de Tertullien, par l’idée que le Paradis, le
Purgatoire et l’Enfer sont des états, idée empruntée du
reste aux religions orientales; en vain la Science a-t-elle
voulu se concilier les faveurs des Religions en admettant
les existences successives dans les planètes de notre
Univers et des autres, tout cela est demeuré lettre morte
pour la généralité du public.
En ces dernières années un vulgarisateur de grand
— liül
mérite, M. Camille Flammarion, reprenant les idées du
Bouddhisme et d’Allan Kardec, a composé de fort beaux
livres qui ont beaucoup aidé à la compréhension de deux
points de Science occulte fort importants : 1° la composition trinitaire de l’homme ; 2° les existences successives
de l’âme dans divers mondes. Ces idées ainsi que celles
de Jean Reynaud ont été résumées avec d'heureux commentaires par un autre vulgarisateur doublé d’un travailleur infatigable : M. Louis Figuier1.
Ces études diverses montrent avec évidence qu’après
avoir cherché à établir une nouvelle doctrine, de par la
Métaphysique pure ou de par la Science expérimentale la
plus rigoureuse, on en arrive toujours, bon gré mal gré, aux
conclusions de l’antique Science des mystères égyptiens :
la Science occulte; les conclusions peuvent recevoir un
jour tout nouveau de nos sciences contemporaines, c’est
incontestable, mais être modifiées essentiellement :
jamais.
Nous allons donc chercher ce que deviennent les divers
éléments qui composent l’homme en partant d’abord de la
doctrine synthétique des trois principes ; ensuite nous
entrerons dans une analyse plus rigoureuse en développant cette élude par l’analyse des sept principes et de leur
destinée après la mort.
Les trois principes de l’homme se désagrègent dans
un ordre inverse de celui qui a présidé à leur réunion.
Quand le phénomène de la Mort va se produire, voici
les phases que l’on constate généralement.
La conscience, la volonté, l’intelligence s’éteignent soit
progressivement, soit tout à coup. La disparition de toute
communication possible avec l’être qui s’en va de la part
1. Louis Figuier, le Lendemain de la mort. Paris, Hachette, 1871,
i a- 1 8.
des assistants est souvent considérée comme la mort véritable, et vous entendez dire souvent : « 11 a gardé toute
son intelligence jusqu’au dernier moment. » Ce « dernier
moment » est celui où les relations cessent entre l'ame et
le corps .astral.
Les extrémités (mains et pieds) se refroidissent peu à
peu ; la vie se concentre dans la poitrine, autour des ganglions thoraciques, dans son sanctuaire véritable.
C’est au moment où l’influx vital cesse de se porter au
cerveau que l’âme, privée de moyens de communication,
semble à jamais disparue pour ceux qui ne se rendent pas
compte du phénomène produit.
Dès que la rupture entre la vie et l’âme est opérée, un
changement d’état se produit pour l’être humain et non pas
un changement véritable de lieu.
Pour bien comprendre les phases diverses de la mort,
nous allons considérer encore la constitution ternaire de
l'homme et les fonctions réciproques des trois principes.
Le plus inférieur de ces principes : le corps, a son centre
dans le ventre. De là il vient se relier au principe supérieur : la vie dans la poitrine1.
Le principe médiateur : la vie, a son centre dans la poitrine. Il se relie dans la tête au principe supérieur: l’àme 2.‘.
Enfin le principe supérieur : T âme, a son centre hors de
l’être humain (sauf dans le cas des adeptes). La portion la
plus inférieure de ce principe plonge seule dans l’homme et
vient se mettre en relation avec le principe médiateur dans
la tête.
1. Physiologiquement ce fait se produil quand les matériaux de nutrition transformés en chyle viennent former des globules sanguins, véritables supports de la Vie. (Voy. Physiologie synthétique, par Gehabd
Encausse.)
2. Cette liaison s’opère par l’action du globule sanguin agissant sur la
cellule nerveuse.
303
La figure suivante nous montre bien ces divers rapports.
1
Les sept principes de l'homme.
Analyse de l'Ame (A), de la Vie (V) el du Corps (C).
On peut considérer le principe médiateur : la oie, comme
terminé par deux crochets : un supérieur pour l'aine, un
inférieur pour le corps.
Au moment de la mort le crochet supérieur se détache :
l ame brise ses relations avec le corps de ce fait, puis la
vie en fait bientôt autant.
Alors l'aine s’élève vers la région supérieure (vers les
étals plus psychiques), le corps retourne à la Terre, au
monde matériel, et la vie se répand dans la Nature.
30i —
La figure suivante indique très grossièrement ces changements.
L’essence de l’âme conçue exotériquement étant de
monter, celle de la vie de se répandre horizontalement
et celle du corps de descendre, nous allons choisir une
nouvelle image analogique qui va nous éclairer sur les
transformations de nos divers principes.
Un hallon figurera l’âme : car la qualité essentielle de
ce hallon est de monter.
Un crochet double figurera la vie, enfin un poids de
plomb figurera le corps.
A l’état ordinaire tous ces principes sont unis ensemble ;
la pesanteur du poids matériel (corps) corrige la légèreté
du ballon (âme). L'existence du double crochet (vie) maintient les deux opposés dans un équilibre harmonique.
— 303 —
Voilà ce que montre bien la figure suivante.
de l’être humain.
Si d’après cette ligure ou veut expliquer la mort, rien de
plus simple : chaque principe part de son côté. C’est là
l’idée qui vient d'abord; mais elle est fausse d’après
l'occultisme.
Cette idée est fausse parce que le principe intermédiaire,
le corps astral, se partage en deux; sa partie supérieure
reste reliée à l’âme et s’élève avec elle ; sa partie inféri eure
reste attachée au corps et se dissout avec lui : bien plus,
20
• •
— 306 —
«lie aide le corps dans sa dissolution comme elle l’a aidé
dans sa construction.
Si nous nous souvenons que les sept principes sont des
divisions de ces trois primordiaux, il noussera on 11e peut
plus facile de les classer d’après notre figure analogique.
Le poids de plomb, c’est le corps 1 Rupa.
La lige reliant ce poids au principe supérieur, c’est la vitalité 2 diva.
Le crochet reliant cette vitalité au principe plus élevé, c’est le corps astral 3 Linga sharira.
La portion médiane do crochet double
intermédiaire, c’est l'âme animale 4 Kama rupa.
Le crochet reliant cette âme animale à la
division supérieure, c’est i intelligence 5 Manas.
Enfin le filet du ballon, c’est la substance
enveloppant immédiatement le principe
divin; c’est la spiritualité, l'âme angélique. 6 Buddhi.
Le ballon c’est le principe 7 Atma.
Au moment de la mort le principe intermédiaire : la vie,
se partage en deux. Cette division se fait au niveau du quatrième principe : ï instinct , l'âme animale, et la facilité avec
laquelle celte division s’opère dépendant de l’attraction ou
de l’indifférence de l’homme pour les choses d’ici-bas,
explique les souffrances symbolisées par les religions exotériques sous le nom de Purgatoire.
L’extrait suivant du chapitre déjà cité ci-dessus montre
bien que la déduction nous a naturellement conduit à
l’explication d’un des enseignements delà Théosophie :
« Par rapport à l’état spirituel de l’homme, immédiatement après la mort, le Bouddhisme ésotérique enseigne
que les trois principes inférieurs qui appartiennent au
corps extérieur, sont abandonnés et retournent à la Terre
d’où ils procèdent et à qui ils appartiennent. Ce qui constitue l’homme réel, c’est-à-dire les quatre principes supé-
— 307
rieurs, passe dans le monde spirituel qui entoure immédiatement le nôtre et qui en est de fait le plan astral, c'est le
Purgatoire de l’Eglise catholique romaine, appelé en sanscrit
Kama loca. Ici une séparation a lieu : d’un côté, les deux
principes les plus élevés entraînent le cinquième (l’Ame
humaine), la véritable personnalité, dans une direction;
tandis que le quatrième (l'Ame animale) l’attire vers la
Terre. Les parties les plus pures, les plus élevées, les plus
spirituelles du cinquième principe, restent attachées au
sixième et sont élevées par lui ; ses instincts, ses impulsions, ses souvenirs inférieurs adhèrent au quatrième principe et restent dans le Kama loca, le « Purgatoire » ou
la sphère astrale qui entoure immédiatement la Terre ».
La figure suivante montre ces diverses séparations.
— :ms
Rappelons qu’au moment de la naissance le cordon ombilical qui reliait Tentant à sa mère par son ventre a été coupé.
Un nouveau lien est né — invisible — qui rattachait
l’homme à la Terre par la Respiration [Poitrine). A la mort
l’asphyxie se produit, c’est-à-dire que ce lien se coupe à son
tour. Qu’arrive-t-il? l’analogie nous montre qu'un cordon
ombilical psychique vient de naître, ayant cette fois son
centre dans la tête', lieu de développement des facultés
1. Voy. fi g. page 310.
psychiques. Les théories ci-dessus développent au mieux
cette donnée du cordon ombilical psychique (4e et 5° principes) qu’éclairent les figures suivantes.
Gordon ombilical abdominal. Lien atmosphérique (respiration).
Les mauvaises pensées, les actions égoïstes, la pratique
des passions développent au plus haut point la matérialité
des quatrième et cinquième principes (instinct et âme
humaine) ; aussi au moment de la mort la séparation de
ces principes d’avec les supérieurs est-elle fort difficile et
l’état de souffrance est-il plus long.
Voilà en résumé ce qui se passe au moment immédiat
de la mort. Que devient l’homme ensuite ? C’est ce que nous
allons nous efforcer de développer.
Immédiatement après la mort, l’homme est dans un
état de trouble inversement analogue à son état immédiatement avant la naissance.
Cependant un phénomène remarquable se produirait
alors, de l’avis de certains occultistes indous. La dernière
— 310
bouffée vitale qui monte au cerveau illuminerait tellement
celui-ci au moment de la séparation des deux principes ,
l’âme et la vie, que tous les faits emmagasinés dans la
mémoire se présenteraient subitement à la conscience du
mourant avec une intensité et nue vivacité remarquables.
Ce phénomène, qui a la durée d’un éclair, se produit,
nous le savons tous, au moment où le noyé va mourir
totalement asphyxié. Plusieurs personnes tombées à l’eau ,
repêchées et ramenées à la vie après de longs soins, ont
raconté ce fait, qu’elles avaient éprouvé à leur grand étonnement.
A cette phase de lucidité succède, par réaction fatale,
une phase de torpeur qui dure plus ou moins longtemps .
A ce moment l’homme est comme plongé dans un rêve
tantôt agréable, tantôt cauchemar affreux, suivant les cas.
11 n’a pas conscience de son nouvel état ; il ignore le plus
souvent comment user des nouvelles facultés, essentiellement spirituelles, dont il est pourvu, et est surtout guidé
par ses passions antérieures.
Un avare restera attaché aux biens matériels, son seul
amour ici-bas. Mais il sera dans l’état du pauvre hère qui
se réveille affamé après avoir rêvé qu’il étail devenu subitement riche et jetait l’or à poignées à ses nombreux
courtisans. Les biens matériels sont devenus aussi insaisissables à l’avare et à l’égoïste que l’or du rêve pour le
pauvre hère. Avec cette différence que l’avare a conscience de la dilapidation de son trésor par ses héritiers r
tout joyeux de cette aubaine, et qu’il assiste impuissant et
souffrant mille tortures à la dispersion de ses chers écus,
semblable au paralytique, cloué sur son fauteuil qui
assiste à un crime, mais qui, rendu muet par la maladie,
ne peut proférer une seule parole1.
La situation d’un suicidé est encore plus épouvantable.
Attaché au corps dont il a cru se débarrasser à jamais, il
éprouve les mêmes besoins qu’il éprouvait étant vivant,
mais le moyen de satisfaire ces besoins a disparu. Le récit
des divers supplices de Tantale ne peut donner qu’une
faible idée des tortures qu’éprouve le suicidé, assistant
malgré lui à la décomposition lente de ce corps qu'il
croyait le plus souvent exister seul.
Mais dans les cas les plus généraux, quand les lois de
la Nature n’ont pas été violées par la volonté humaine,
toujours libre de son choix, la période de trouble passe
bientôt et peu à peu, le nouveau-né au monde astral s’habitue à l’usage des organes inconnus pour lui dont il est
doté.
C’est à ce moment qu’il est libre de choisir entre deux
voies :
Ou l’évolution progressive, le perfectionnement continué
au delà de la mort. Ou le dévouement conscient à une
œuvre ou à un objet.
De même que l’avare peut rester attaché à son trésor
i. Voy. Thérèse Raqain, par Emile Zola.
— 312
enterré dont il devient le mauvais démon, gardien d’autant plus sûr qu’il est invisible aux yeux des profanes, de
même l’être exalté par l’amour peut sacrifier le bonheur
qui l’attend à l’objet aimé et rester invisiblement attaché à
celui qui vit encore sur la terre.
L’époux inconsolable voit se produire autour de lui des
phénomènes étranges; le courant de ses idées, s’il est
sceptique, se modifie sans qu’il sache pourquoi, et peu à
peu une vie nouvelle commence pour lui, et l’être cher
qu’il croyait à jamais disparu se manifeste de plus en plus
activement.
Un père peut de même sacrifier son évolution à la protection d’un enfant aimé resté sur terre, et cela ne s’arrête
pas là.
Celui qui meurt consciemment pour son idée, devient
l’âme directrice de cette idée dans l’invisible, et telle religion qui semblait au premier abord puérile apparaît tout à
coup formidable aux adversaires qui ont mis à mort le
fondateur. Les bourreaux ont donné la vie éternelle à
l’œuvre qu’ils espéraient détruire à jamais.
C’est sur ce point qu’on peut faire la critique la plus
sévère aux théories de l’ésotérisme indou. Méconnaissant
l’amour dans toutes ses conséquences, elles n’ont vu partout qu’un aveugle fatalisme, n’ont pu comprendre la réhabilitation de l’être par l’affection et le dévouement et en
sont arrivées à nier l’utilité même de la prière, le plus
puissant agent magique dont dispose une âme incarnée.
La tradition transmise par la kabbale hébraïque est
seule intacte à cet égard. Elle enseigne que de même que
les êtres se sont divisés progressivement avant l’incarnation, ils peuvent se synthétiser progressivement de par
l’amour, et de synthèse en synthèse remonter à l’originelle unité.
— 313 —
Platon dans le Banquet. Swedenborg dans ses œuvres,
Jacob Bœ/im dans ses Trois principes, La Kabbale dans
plusieurs passages (voy. l’étude d’Ad. Franck), sont unanimes sur cette question.
★
, * *
En résumé l’âme, immédiatement après la mort, est
plongée dans un état de trouble particulier, état suivi d’un
réveil progressif dans le monde, nouveau pour elle, des
astres.
Nous allons bientôt suivre cette âme dans son évolution; pour l’instant nous ne saurions mieux résumer les
enseignements de la Science occulte à ce sujet, qu’en
donnant l’extrait suivant d’un petit livre devenu très rare :
les Clefs de ï Orient :
Ainsi, partout où l’ombre combat la lumière, partout la
Mort, puissance cosmogonique, du Père, est présente,
quoique invisible, active, bien que latente.
Reine des épouvanlements, quand elle va s’abattre sur
une famille, les ancêtres s’émeuvent longtemps avant
qu’elle ait frappé ; pendant le sommeil, ils projettent des
images prophétiques dans le cerveau nerveux des femmes ;
et bien que neutres le plus souvent dans la vie spirituelle,
les hommes sont parfois profondément troublés par des
songes.
Il arrive quelquefois qu’un des ancêtres apparaît aux
yeux corporels.
Dans la veille, une tristesse accablante flotte dans l’air,
oppresse les poitrines, étrangle la gorge, angoisse les
cœurs.
Les animaux familiers eux-mêmes sentent l’approche
de la destruction ; les chiens hurlent lugubrement, et on a
— 314 --
vu l’émotion qui agile les ancêtres entraîner jusqu’aux
choses inanimées du foyer qui leur est cher.
Nul œil profane n’a vu la Mort ; personne ne semble
appelé à mourir; et pourtant elle est proche.
Quand cette puissance cosmogonique du Père veut
entrer en acle, avant qu’elle ait suscité les causes mortelles du trépas, la Nature s’émeut, F Eternel Féminin s’agite ; lonah , la substance cosmogonique de la vie,
frissonne sur la terre et dans les deux, et les âmes des
morts courent avertir les vivants et volent au secours de
ce qui va mourir.
Cependant la Mort n’est implacable et sourde que pour
les profanes et les profanateurs.
L’initié l’appelle ou la repousse, l’arme ou la désarme,
l’excite ou la combat, la déchaîne ou l’entrave.
Ces choses, en dehors des autels, doivent demeurer
voilées et n’être révélées que derrière eux.
Pourtant, par la puissance de son amour, la femme,
image humaine de la Nature, a fait parfois frissonner ce
voile noir et reculer la Mort.
J’ai vu un médecin désespéré dire à une mère :
« Hélas! il faudrait un miracle! »
La mère est demeurée seule au chevet de son enfant :
le miracle s’est fait.
Si vous voulez mourir, appelez la Mort. Si vous voulez
l’éloigner d’un être cher, priez de toute la puissance de
votre âme.
Mais lorsque quelqu’un doit absolument succomber,
lorsque l’heure fatale est venue, courage.
Veillez encore sur ce qui va s’endormir; jamais, jamais,
le dévouement ne fut plus nécessaire.
Le médecin, sentant son art vaincu, s’éloigne à tort.
Au traitement de la maladie doit succéder celui de
— 315 —
l’agonie, à la thérapeutique corporelle, la psychurgie des
anciens Thérapeutes.
Le prêtre, quand il a administré ses admirables sacrements et récité ses formules, se retire : pourtant, il reste
beaucoup à faire.
A l’exorcisme administratif des sens physiques doit
s’ajouter un enchantement réel de la sensibilité, une conjuration précise des ancêtres présents.
Si le prêtre et le médecin, forcés de multiplier leurs services, ne peuvent disposer d’assez de temps pour les prolonger ainsi dans chaque foyer, l’initiation graduée des
sexes et des âges est donc nécessaire à l’assistance du
mourant, comme à la religion du vivant.
Ainsi, mère ou père, femme ou mari, fille ou fils, sœur
ou frère pourront donner à qui s’en va toute l’aide dont
la Mort impose le besoin.
El quand le dernier soupir est rendu, quand vous avez
fermé les yeux de l’être bien-aimé, ne croyez pas l’âme
partie au loin, n’abandonnez pas ce cadavre à la veillée des
mercenaires : jamais ce qui l’habitait n’eut plus soif de
votre intelligence et faim de votre amour.
Écoutez et puisse votre cœur tressaillir! Celui qui veille
pieusement un mort aimé, avec la science et l’art du Psychurgue, l’âme du mort l’enveloppe dans ses tourbillons
désespérés.
Pleine encore des pensées, des sentiments et des sensations de l’existence physique, plus souffrante d’avoir
quitté son effigie que de s’y tordre de douleur, cette âme
qui, dépourvue d’initiation , se sent brisée dans ses
attaches corporelles et n’en peut trouver d’autres, s’effare»
frissonne, s’élance et retombe sans initiative dans une
nouvelle agonie d’épouvanlemenls.
En vain, si elle vient des sphères divines, son génie
— 316 —
céleste lui fait signe ; en vain les ancêtres l’exhortent.
Sa clairvoyance lumineuse demeure frappée de cécité
par habitude des yeux, son entendement de surdité par
habitude des oreilles.
Plus, dans l’existence, cette âme s’est enracinée à ses
instincts, plus elle s'est oubliée dans sa chair, moins elle a
repris science, amouret conscience de sa vie immortelle,
plus aussi elle est prisonnière de son cadavre, possédée
par lui et travaillée par son anéantissement et sa décomposition.
L’état des aliénés les plus désespérés ne donne qu’une
faible idée de ces souffrances posthumes qui peuvent durer
des siècles.
Soulevez la Nature de tous les battements de votre
cœur, priez-/#, priez Dieu près de ce cadavre, vous ne
pouvez pas savoir quel bien vous faites.
Cette âme ne voit plus que la nuit, n’entend plus que
l’inouï, ne mesure plus que l’insondable, n’a plus qu’une
pensée, qu’un sentiment, qu’une sensation : le vertige des
épouvantements.
La raison et la morale, ces deux rapports avec le milieu
humain d’ici bas, sont bouleversées en elle.
Son moi souffre alors le commencement de la Mort
seconde sans pouvoir s’y engloutir; son individualité se
cherche dans ces viscères dissociés, sans pouvoir s'y
retrouver; sa personne', étrangère à elle-même, se poursuit à travers ce cerveau et ce cœur inanimés sans pouvoir s’atteindre.
Suspendu sur YHoreb , sur ce puits dévorant de l’abîme
que rouvre l’absence du Soleil, frissonnante, ahurie, sans
poumons pour crier, sans bras pour faire un geste, sans
yeux pour les ouvrir et pleurer, elle veut à toutes
forces se replonger dans ce cadavre qui, sauf de lugu-
— 317 -
b res exceptions, lui demeure fermé comme le sera la
lombe.
Elle reste vaguante dans l’horreur.
Alors le psycurgue doit l’attirer.
S’il le fait, palpitante, elle cherche dans les ténèbres de
son aveuglement, dans le silence de sa surdité.
Que cherche-t-elle? Elle ne le sait : une épave, un point
d’appui, une lumière, une voix dans sa propre tourmente .
Et, tout imprégné des effluves de la vie, le survivant
l’attire peu à peu vers son cœur comme vers un foyer
rayonnant, vers lin asile sacré.
Frémissante, elle y vient lentement et s’y réfugie avec
ivresse.
Dans cette clairvoyante et chaude sympathie, elle puise
avec avidité du courage, de la force, de la vie psychiirgique.
Elle peut attendre enfin, s’accoutumer, regarder avec
sa vue, écouter avec son entendement que l’usage des
sens a perverti.
Elle peut briser peu à peu les liens rationnels et moraux
de ses passions et de ses facultés, entrevoir distinctement
le monde intelligible, déployer ses innéités engourdies
depuis la naissance, retrouver son principe ontologique,
reprendre possession de sa volonté. Quand elle s’est ainsi
reconnue comme un ramier qui se repose avant de repartir, lorsqu’elle se sent capable d’affronter YHoreb et de
s’y orienter, quand elle perçoit les âmes, les ancêtres
et le génie ailé qui l’appelle pour descendre et pour monter, alors, prête, elle se retourne vers l’être aimant qui la
porte, la caresse de l’âme, prie pour elle et la pleure de
l'autre côté de la vie.
Longuement, lentement, l’exilée baise ce cœur pieux et
— 318 —
désolé, l'emplit d’une douce chaleur élliérée, d’une irradiation délicieuse, le presse d’une étreinte spiritueuse,
exquise, lui disant ainsi dans le verbe ineffable des âmes
et de Dieu : « Merci! Adieu! Non ! au revoir en Dieu* ! »
L’âme après la mort.
Une des phases d’occultisme pratique les plus difficiles à
traverser c’est, paraît-il, celle de la sortie consciente du
corps astral. A l’état normal, dans le corps physique, nous
ne sentons pas le courant d’aLtraction exercé par les
astres voisins, le Soleil surtout, sur la Terre. Tout être
plongé dans T auto-hypnotisme conscient et qui se met en
rapport avec les forces cosmiques voit se dérouler devant
lui les phénomènes suivants:
Tout d’abord il se voit assailli par une foule d’êtres à
demi formés qui prennent des aspects horribles et qui
se jettent avec impétuosité sur lui. Un sang-froid très
grand est nécessaire à ce moment, car un simple regard
suffit pour tout écarter. Ces êtres forment l’atmosphère
vivante des invisibles qui entourent immédiatement la
terre. Ce sont eux qu’on appelle en occultisme « esprits
des éléments » ou élêmentals.
Mais ce n’est pas le seul danger. A peine sorti de cette
couche, l'audacieux se trouve en présence d’un courant
lumineux aux mille replis, courant effroyable d’intensité.
L’idée d’un homme plongé subitement au centre des
cataractes du Niagara peut à peine figurer cette sensation.
Ce courant lumineux c’est la grande force qui maintient
les attractions harmoniques entre tous les astres de notre
Alexandre Saint-Yves, Clefs de l’Orient. Paris, Didier, 1877 (p. 98
et 107). ( Bibliothèque Nationale, 8, j. 46.)
Univers, de là son nom de lumière astrale. A ce moment
le danger est des plus grands.
L’initié est comparable au navire qui se trouve tout à
coup devant une véritable montagne d’eau sans cesse
naissant, sans cesse s’écroulant avec fra cas.
Si le capitaine prend bien son temps, le navire saisi par
la vague est élevé à une hauteur prodigieuse, puis il redescend doucement sur l’autre versant de cette vague. Mais si
le capitaine se trompe, la vague entraîne bien le navire,
mais s’affaissant avant qu’il soit parvenu au faîte, elle l’engloutit sous son poids avec tout l’équipage. 11 en est dr
même pour l’initié.
S’il est guidé par un maître expert en la matière, il se
lancera dans le courant formidable de lumière astrale qui
se présente à lui, et se retrouvera porté vers le Soleil dans
le monde de la lumière.
Si l’expérience lui manque ou qu'il n’ait pas le sangfroid nécessaire, il peut être englouti et porté dans le courant des ténèbres, vers la Lune.
Ce n’est pas delà métaphysique que nous faisons en ce
moment. C’est de l’astronomie élémentaire.
Notre Terre a toujours une de ses moitiés, un hémisphère, éclairée parle Soleil, c’est-à-dire où il fait jour, et
une autre moitié éclairée par la Lune, c’est-à-dire où il fait
nuit.
La moitié du côté du Soleil forme un cône de lumière
dont le Soleil est le sommet.
La moitié éclairée par la Lune forme un cône de
ténèbres dont cette Lune est le sommet.
Il suit de là que la Terre traîne toujours après elle un
cône de lumière et un cône d’ombre entre lesquels tourne
le grand serpent astral, qui ligure ce courant dont nous
avons parlé.
— 320 —
Quand l’initié avait franchi ce courant et qu’il revenait à
lui sur la Terre, se souvenant de tout ce qu’il avait vu, il
prenait le titre de Deux fois; né; là il connaissait les mystères
delà vie et ceux de la mort. 11 avait éprouvé vivant les
phases que l’âme traverse après la mort.
En effet, cette âme est saisie par le grand serpent, le
La Terre. — Le cône de lumière dominé par le Soleil. — Le
rùne d’ombre dominé par la Lune. — Le serpent astral.
courant de lumière astrale, et jetée dans le cône d’ombre
où, sucée par la Lune, elle éprouvera les peines enseignées
par les religions exotériques comme se passant dans le
Purgatoire. Quand sa volonté sera assez forte pour vaincre
ce courant d’attraction lunaire, elle pourra se plonger dans
la lumière astrale et passer dans le courant d’attraction
solaire, dans le cône de lumière d’où elle évoluera dans
l’espace.
On trouvera des détails à ce sujet dans le Zanoni de
Bulwer Lytton.
C’est par la Lune et son cône de lumière que viennent
sur la Terre les courants d’involution, de descente d’esprits
dans la matière.
C’est par le Soleil que s’échappent les courants d’évolution de notre univers sur un autre.
De ces considérations il découle un fait important :
c’est que, chaque fois qu’on voudra bien s’en donner la
peine, on verra que les enseignements théologiques ne
M James Tissot, l’auteur de cette magnifique gravure,
gracieusement le droit de reproduction, mais pour cette
ouvrage.
On trouvera les renvois nécessaires à sa compréhension
du Glossaire et de la Table alphabétique.
a bien voulu nous prêter
seule édition de notre
P.
au mot Matérialisation
— 321
sont que des enseignements scientifiques incompris de la
caste sacerdotale devenue ignorante et sectaire.
La figure ci-contre montre schématiquement les lieux
occupés par les principes de l’homme après la mort. Il
faut toujours se rappeler qu’il s’agit là d’un simple schéma
et que ces lieux sont en réalité des états différents et non
des endroits différents.
Figure schématique montrant l’état de l’âme après la mort.
T. — La Terre.
O. — Cône d’ombre dominé par la Lune (Purgatoire).
L. — Cône de lumière dominé par le Soleil (Paradis).
S. — Courant de lumière astrale (l’âme de la Terre).
P. — Pénombre.
A. — Une âme humaine figurée par un ballon se tournant
vers la lumière.
V. — La Vie humaine attachant encore l’âme au cône d’ombre.
C. — Le Corps resté sur la Terre.
2i
.
*
«
*
I
CHAPITRE YII
COMMUNICATION AYEC LES MORTS
LE SPIRITISME ET SES THÉORIES
Quand l’être une fois revenu à lui se retrouve enfin dans
un nouvel état peut-il communiquer avec ceux qui sont
restés sur Terre?
A cette question 40.000 adhérents de toutes les écoles
réunis par leurs délégués en Congrès en septembre 1889
ont répondu affirmativement.
Les poètes anciens, les livres saints nous montrent la
possibilité de l’évocation des mânes. Mais de grandes précautions doivent être prises pour éviter de prendre le
reflet de ses idées personnelles pour une manifestation de
l’âme du défunt.
L’Occultisme enseigne que, d’une façon générale, l’être
qui veut entrer en communication avec un défunt doit se
mettre dans le même état psychique que celui qu’il évoque,
c’est-à-dire doit donner en lui la prépondérance au monde
astral sur le monde physique. Un initié entre dans l’astral
consciemment par l’auto-hypnotisme, un profane se sert
d’un intermédiaire inconscient, un être endormi magnétiquement: sujet ou médium.
— 324 —
Tout être endormi magnétiquement se met en rapport
avec le corps astral du consultant et par suite avec le cerveau de ce consultant. Aussi le premier des dangers à
éviter est-il de prendre pour une communication du
défunt la réflexion de vos idées dans cette glace psychique qu’est un médium.
La Science doit être vraie et non sentimentale, aussi
n’a-t-elle cure de cet argument qui veut que la communication avec les morts ne puisse être discutée parce
qu’elle constitue une idée « très consolante ».
Au milieu du xix° siècle une philosophie primaire s’est
constituée sous l'influence des travaux remarquables d’un
ancien instituteur: Allan Kardec. La nouvelle doctrine a
pris le nom de spiritisme.
Dans l’antiquité toutes les pratiques de l’occultisme
étaient enfermées dans l’étude de la Magie. Cette science
comprenait plusieurs divisions correspondantes à divers
ordres d’études dont deux seulement sont connus de nos
jours : l’action de la vie humaine sur l’homme et la Nature (magnétisme actuel) et l’évocation des morts (spiritisme actuel). Vouloir enseigner que le magnétisme ou le
spiritisme renferment toute la Science Occulte comme prétendent le faire certains fanatiques est aussi ridicule que
de vouloir prétendre que la Chimie constitue à elle seule
toute la Science.
L’étude de la Science Occulte fournit sur l’évocation
des morts des données complètement inconnues de la
plupart des spirites actuels en plus de celles qu’ils commencent à connaître.
Comme nos affirmations pourraient donner lieu à quelques polémiques dans la presse spirite, nous allons insister sur ce point.
Nous essayons dans ce livre de résumer de notre mieux
— 325 —
les enseignements de la Science Occulte sur les diverses
idées qui se présentent à nous. 11 est donc de la plus
grande utilité de bien définir tout ce qui a rapport au spiritisme.
Avant tout disons quelques mots du spiritisme et de ses
théories, puis nous développerons les idées de la Science
Occulte touchant ces mêmes questions.
A la suite de certains phénomènes, inexplicables par les
données scientifiques usuelles, produits en Amérique vers1846, une théorie philosophique nouvelle sur l’état de
l’âme après la mort prit naissance. Un instituteur français,
Allan Kardec, réduisit les principaux éléments de cette
théorie en une véritable encyclopédie constituée par ses
divers ouvrages l.
Les œuvres d’Allan Kardec sont remarquables par la
simplicité de la doctrine philosophique expliquée et par la
netteté dans l’exposition de points toujours obscurs à
comprendre dans les livres spéciaux.
Voici le résumé de la doctrine spirite tel que nous l’avons
fait pour le volume du Congrès spirite et spiritualiste
de 1889.
ÉCOLES SPIRITES
Pour bien saisir les données de chaque école au sujet
des phénomènes produits, quelques considérations préliminaires sont indispensables.
Le spiritisme expose un système philosophique bien
défini, ainsi du reste que les écoles d’occultisme. V homme,
son passé, sa raison d’être et son avenir, tels sont les
sujets principaux qu’aborde cette philosophie spirite.
L 'Univers zi Dieu sont étudiés par quelques écoles, mais
1. Allan Kardec, Œuvres.
— 326 —
sans jamais entrer dans des considérations aussi profondes.
Tout d’abord comment doit-on considérer l’homme
vivant, tel que nous le voyons autour de nous sur cette
terre ?
L ''homme est composé de trois principes bien distincts :
1° Le corps matériel, support et moyen d’action des
deux autres principes ;
2° L’esprit, cause de la conscience, de l’intelligence et
de la volonté ;
3° Entre ces deux principes opposés le périsprit ou lien
lluidique qui relie l’esprit au corps, et qui accompagne
l’esprit après la mort terrestre et lui sert de nouveau
corps.
Allan Kardec étudie avec grand détail ce périsprit qui
constitue le point le plus important des doctrines spirites.
Le corps, le périsprit et l’esprit, tels sont les trois principes qui forment l’homme incarné.
D’où vient cet homme et où va-t-il?
D’après la majorité des écoles spirites, l’âme humaine
tend au perfectionnement indéfini. Le moyen de réaliser
ce perfectionnement, ce sont les incarnations successives.
L’âme, accompagnée de son périsprit, se réincarne autant
de fois qu’il est nécessaire à son progrès
Entre chaque incarnation, elle flotte dans les espaces
interplanétaires et peut entrer en communication avec
ceux qui l’appellent.
Ceci nous amène à décrire ce qui se passe à la mort.
Au moment de la mort, le périsprit se détache progressivement du corps matériel, qu’il abandonne sur la terre
comme un vêtement désormais inutile. Quand le lien qui
— 327
unissait le périsprit au corps est définitivement rompu,
l’homme est mort pour les gens de la terre ; il vient de
naître pour ceux de l’espace.
Pendant les premiers moments de cette séparation,
l’esprit ne se rend pas compte du nouvel état où il est; il
est dans le trouble , il ne croit pas être mort , et ce n’est que
progressivement, souvent au bout de plusieurs jours et
même de plusieurs mois, qu’il a conscience de son nouvel
état. 11 se voit alors entouré de ses parents d’autrefois, de
ses amis, de tous ceux qu’il croyait morts et qui sont maintenant les seuls vivants pour lui. Les vivants de la terre
sont morts à ses nouveaux yeux. Doué par son périsprit
d’organes plus subtils qu’avant sa désincarnation, il voit sa
famille de la terre ou ses amis, il cherche à leur montrer
qu’il est encore près d’eux, et pour cela il agit au moyen
de son périsprit sur les objets matériels qui les environnent.
Il ne peut leur apparaître tel qu'il est sans qu’eux-mêmes
ne s’y prêtent en alliant leur fluide magnétique (leur périsprit encore incarné) à son propre périsprit. Voilà pourquoi
il en est réduit à agir sur la matière. De là ces coups, ces
craquements multiples, ces phénomènes inexplicables,
attribués machinalement à la chaleur, au froid ou aux
influences météorologiques générales par ceux qui ne se
doutent pas de la vérité.
Dans son nouvel état l’esprit progresse d’abord par ce
qu'il voit, ensuite par les enseignements des autres esprits,
enfin sous l’influence des bonheurs, des bonnes pensées
et des prières de ses proches restés sur terre.
Cet échange des joies et des progrès entre le monde
visible et le monde invisible constitue le fond de la morale
du spiritisme, morale reconnue très élevée, même par les
pires ennemis de ces doctrines.
— 328 —
Le monde invisible est donc formé par des esprits plus
ou moins avancés, bons ou méchants, ignorants ou savants,
ayant à leur disposition des fluides plus ou moins puissants
au moyen desquels ils peuvent entrer en relations avec
les vivants.
Ces relations s’établissent en général au moyen d’objets
matériels que les esprits font mouvoir en se servant de
leur périsprit combiné avec les fluides des assistants et
surtout de l’être humain qui sert de médium.
Pour qu’un esprit se communique, il faut qu’il ait à sa
disposition le périsprit d’un vivant et des organes matériels.
C’est en alliant son périsprit à lui avec celui du médium
que l’esprit peut se servir des objets matériels.
Ces objets matériels peuvent être des meubles (tables,
chaises, etc.), qu’il met en mouvement. C’est le moyen
généralement employé (phénomènes physiques).
D’autres fois l’esprit agit directement sur le médium
endormi et se sert des organes matériels du médium pour
se manifester. Dans ce cas on voit le médium changer
l’expression générale de sa physionomie, le timbre de la
voix habituelle change également .; c’est un esprit qui
parle en se servant du larynx et des organes du médium en
son lieu et place (phénomènes psychiques, incarnations ).
D’autres fois encore l’esprit peut se montrer aux vivants
en condensant autour de lui de la matière. Il se matérialise
(phénomènes fluidiques, matérialisations ; voyez les expériences à ce sujet de William Crookes).
Enfin dans d’autres cas l’esprit laisse des traces visibles
de sa venue. Des objets matériels sont apportés à travers
les murailles, des écritures sont directement projetées
dans des ardoises ou sur du papier, et une foule d’autres
phénomènes du même genre sont produits.
Ce sont là les principaux moyens qu’emploient les « es-
— 329 —
prits désincarnés » pour communiquer avec les vivants et
pour montrer la réalité de leur existence.
Les personnes peu au courant de tous ces phénomènes
se demanderont, en lisant ces lignes, si décidément ce ne
sont pas des aliénés dangereux à qui est confiée la tâche
d’exposer ici les idées des membres du congrès.
Quelques mots sont nécessaires pour rassurer ces susceptibles personnes.
Voir des choses que le commun des mortels ne voit pas
journellement, entendre des paroles quand on est seul,
voir apparaître des revenants et croire à leur réalité, ce
sont là des signes évidents de dérangement cérébral pour
nos bons médecins.
Ils ont raison s’ils veulent rester sur le terrain scientifique, et c’est aux spirites à leur répondre sur ce même
terrain. Voilà pourquoi tous ceux qui ont étudié sincèrement ces phénomènes ont pris soin de remplacer les
organes humains par des instruments enregistreurs
purement mécaniques.
Là plus d’hallucination possible : le curseur qui grave
des courbes sur le noir de fumée, ou la plaque sensibilisée
qui enregistre une image, ne peuvent être hallucinés. Nous
insistons longuement sur ces sortes de preuves, et c’est
bien volontairement. Il n’v a pas en effet d’autre argument
à opposer aux médecins contemporains, qui savent tous
que l’hallucination d’un aliéné devient une réalité quand
elle est contrôlée par des appareils mécaniques.
Toute personne qui à l’heure actuelle nie systématiquement les phénomènes du spiritisme (quelle qu’en puisse
être du reste l’explication) fait preuve d’ignorance ou de
mauvaise foi.
— 330 —
★
* *
Revenons maintenant aux théories que nous avons
abandonnées pour faire cette digression.
Nous avons montré les principales données de la doctrine spirite sur l’homme. Il nous reste peu de chose à
dire.
V Univers est conçu comme formant une série d’étapes
que parcourt l’esprit qui se perfectionne. Les espaces interplanétaires sont peuplés d’esprits désincarnés, et les différentes planètes de tous les systèmes sont peuplées d’esprits
incarnés dans des corps plus ou moins parfaits suivant
leur élévation.
L’unité de tous les univers et de toutes les humanités
est ainsi proclamée par le spiritisme.
La question de Dieu est traitée d’une manière différente par presque toutes les écoles. Aussi nous abstiendronsnous d’entrer dans aucun détail à ce sujet, nous bornant
à constater que la presque unanimité des spirites croit à
l’existence de Dieu.
L’exposé très succinct d’ailleurs que nous venons de faire
du spiritisme montre de suite quelles sont ses grandes
qualités et quels sont aussi ses défauts.
Ses qualités proviennent de la simplicité, de la limpidité même avec lesquelles peuvent s’expliquer tous ces
phénomènes inconnus des savants. Elles proviennent
plus encore que de toute autre cause de la réalité absolue
des 'phénomènes .
C’est là le point où le spiritisme est vraiment invulnérable. Les académies ont beau dire que ceux qui s’occupent de ces sciences sont fous, MM. L. Hahn et L. Thomas
— 331
ont beau consacrer au spiritisme dans le Dictionnaire
encyclopédique des Sciences médicales une étude quelque
peu méprisante, ils sont bien forcés de constater que cette
« folie épidémique » a gagné à l’heure actuelle plusieurs
millions d’adhérents.
Les défauts du spiritisme proviennent surtout des exagérations auxquelles se sont livrés ses adeptes. Ne recrutant que peu de croyants dans les milieux scientifiques,
cette doctrine s’est rabattue sur la quantité d’adhérents que
lui fournirent les classes moyennes et surtout le peuple.
Les « groupes d’études », tous plus « scientifiques » les
uns que les autres, sont formés de personnes toujours
très honnêtes, toujours de grande bonne foi, anciens
officiers, petits commerçants ou employés, dont l’instruction scientifique et surtout philosophique laisse beaucoup
à désirer. Les instituteurs sont des « lumières » dans ces
groupes. Telle est l’origine de ces théories exagérées
venant se greffer sur des phénomènes absolument vrais,
nous ne saurions trop le répéter.
Nous verrons tout à l’heure qu’il semble incontestable que
les âmes des morts aimés puissent être évoquées et puissent venir dans certaines conditions. — Partant de ce
point vrai, les expérimentateurs à imagination active n’ont
pas été longs à prétendre que les âmes de tous les morts,
anciens et modernes, étaient capables de subir l'action
d’une évocation mentale.
C’est alors que l’on imprima des « communications » de
Caïphe, de Pilate et d’Hérode discutant contradictoirement avec Jésus-Christ. C’est alors que la « Vierge Marie »
vint diriger en personne une série de groupes d’études.
C’est aussi de par cette idée qu’on voit Victor Hugo perdre
subitement tout sens de la poésie huit jours après sa mort
et venir dicter des communications en vers de treize pieds
— 332 —
pleins de hiatus sur l’état actuel de son âme et le bonheur
qu’il éprouve à converser avec ses « chers spirites » .
Il est dans le monde du spiritisme des hommes sérieux
et instruits s’il s’y trouve des sectaires ignorants : ceux-là
rougissent de ces exagérations outrées et cherchent à
éviter le ridicule dont les couvrent les « frères » trop
zélés. Ces hommes ont pour la plupart leur opinion faite
et savent bien que l’âme de Platon n’a que faire des évocations d’un représentant de notre industrie nationale,
ancien épicier ou concierge en retraite.
Les phénomènes spirites seraient-ils susceptibles d’être
produits par d’autres influences que les âmes des morts?
Si ces influences existent, d’où proviennent-elles?
Telles sont les questions auxquelles la Science occulte
nous permettra de répondre, lorsque nous aurons à étudier
de notre mieux la question de savoir dans quels cas la
communication avec les esprits est possible, étant admis
que cette communication est possible.
Pour bien prouver que nous n’exagérons rien et que
c’est dans l’intérêt même du spiritisme que nous signalons
les excentricités de certains groupes nous citons in extenso
le compte rendu d’une séance dans laquelle saint Jean,
Jésus-Christ et Allan Ivardec, sans compter Marceau, firent
leur apparition. On verra par cet extrait si nous avons
raison ou non.
La Vie Posthume n’a cessé dès son premier numéro de crier
guerre au mysticisme. Elle persiste plus que jamais à voir dans
l’usage des prières à formules cataloguées, une aberration propre
à déconsidérer le spiritisme. Vainement nous demandons-nous
quels bons fruits peuvent bien attendre les partisans de ce mystique
usage qui transforme en chapelles certains groupes spirites dits
consolateurs ; quant à ses dangers, le récit suivant suffirait à lui
seul à en démontrer l’évidence.
— 333 —
UNE SÉANCE DE SPIRITISME PIÉTISTE
Au moment où de l’avis des écrivains spirites les plus
autorisés, la nécessité s’impose pour tous de prendre parti
pour l’une des deux écoles, dogmatique ou progressiste,
il ne sera pas sans intérêt pour ceux des lecteurs de la Vie '
Posthume qui n’ont pas eu à traverser la période mystique
des débuts, de lire le compte rendu d’une séance spirite à
laquelle j’ai assisté, il y a quelque temps, en pleine ville
de Marseille. Il leur sera facile de se faire une idée de ce
que peut être le spiritisme piétiste ou consolateur en rapprochant de ce compte rendu les équipées cérébrales de
M. Jules-Edouard Bérel, dont notre directeur, M. George,
a fait une si juste appréciation dans le dernier numéro.
Nous étions réunis au nombre de vingt-deux dans un
petit salon dont le milieu était occupé par une table ronde
assez massive. Les dames étaient en grande majorité et,
pendant les quelques instants qui précédèrent la séance,
je remarquai que plusieurs d’entre elles étaient affligées
de mouvements convulsifs très prononcés; le lambeau suivant de conversation me fît connaître la cause de cette
affection.
— Est-ce toujours le même esprit qui vous tourmente?
demanda quelqu’un à une jeune fille qui paraissait fort
agitée.
— Oui, monsieur, j’ai beau prier, il ne veut pas me
laisser en repos.
— Il ne faut pas vous décourager, mon enfant, il n’y
a que la prière qui puisse vous délivrer de lui.
La séance ayant été ouverte, M. le Président lut, au
milieu d’un silence religieux, une prière dans laquelle on
demandait au bon Dieu une foule de choses et principale-
— 334 —
ment de ne permettre qu’à de bons esprits de se communiquer. Puis quelques personnes ayant placé leurs mains
sur la table, on entendit distinctement frapper quelques
coups dans le bois.
— Est-ce un esprit? demanda le chef du groupe.
— Oui.
— Avez-vous quelque chose à nous dire?
— Oui.
— Quel est votre nom? Mais, avant, croyez-vous en
Dieu ?
— Non.
— Alors, allez-vous-en.
C’est textuellement par ces charitables paroles qu’étaient
reçus, ou plutôt chassés, les désincarnés qui ne croyaient
pas en Dieu, alors qu’on interrogeait avec douceur et déférence ceux qui accusaient une foi aveugle en la divinité.
Tous ces derniers se trouvaient dans un état lamentable de
ténèbres et de souffrances, juste punition, disaient-ils, des
fautes qu’ils avaient commises ici-bas. Tous, invariablement, quêtaient des prières et soupiraient après une nouvelle incarnation qui leur permettrait de réparer le mal
qu’ils avaient fait.
Pour témoigner tout l’intérêt que l’assistance prenait
aux souffrances de ces âmes pieuses, M.le Président reprit
son livre d’heures et lut une nouvelle prière appropriée à
la circonstance.
Après un repos de quelques minutes, le chef du groupe
mit les corps de tous les assistants à la disposition des
esprits qui voudraient bien s'en emparer et se communiquer
par ce mode plus expéditif. Aussitôt une dame se leva
brusquement comme mue par un ressort, ferma les yeux,
jeta violemment les bras en avant, les ramena sur la
poitrine par un geste saccadé et commença à mimer une
— 335 —
scène militaire (?) avec des poses et des gestes dont je
cherchais vainement la signification, quand mon voisin me
dit à voix basse:
— Nous allons voir si elle tombera aussi bien que jeudi
dernier.
— Comment? ce n’est donc pas la première fois qu’a
lieu cette scène?
— Non, toutes nos séances de possession commencent
par la mort de Marceau.
Je compris dès lors la mimique du médium. Il venait
d’être frappé d’une balle fluidique ; il se mit à genoux,
simula une courte prière, se releva en chancelant et tomba
raide mort sur le parquet avec une grande vérité d’imitation.
Après cette scène, j’allais dire ce lever de rideau, le Président fut à son tour saisi par l’Esprit. 11 se leva avec les
mêmes gestes saccadés, et, s’approchant d’une jeune fille,
auprès de laquelle il prit place, lui tint un discours en
vers, ou mieux en phrases riméesde l’effet le plus bizarre.
Ce n’était plus Marceau, c’était un jeune habitant de la
planète Mars qui venait visiter sa fiancée spirituelle, dont
il avait été séparé par un crime dont l’expiation le retenait
pendant plusieurs incarnations sur une planète inférieure.
Il avait tué une chèvre, ce qui, paraît-il, est le forfait le
plus exécrable qu’on puisse commettre sur Mars. Incidemment et entre autres choses utiles à la science et à
l’avancement de l’être, le bon jeune homme nous apprend
que chez lui le lait est du plus beau noir et que le café
est d’un blanc de neige, ce qui paraît assez naturel pour
que le café au lait conserve la même nuance que sur
terre.
Au milieu d’une foule de détails de cette force, l’Esprit
nous ouvre quelques horizons nouveaux et nous donne, toujours envers libres, des conseils excellents, nous promettant
que si nous avons le repentir final :
Nous irons sur les asphères élevées et puis, arrivés sur les hauteurs,
Nous ferons un paquet de uos fautes et les jetterons dans les profondeurs.
Cet Esprit nous quitte enfin et fait place à saint Jean,
qui veut bien emprunter le corps d’une jeune fille. Celle-ci
se lève avec les mêmes symptômes d’agitation que les
médiums précédents et essaye, mais inutilement, de captiver l’attention del’auditoire par des tronçons intermittents
de phrases hachées et sans suite; soit que saint Jean n’ait
pas l’habitude de notre langue, soit que le médium ne
possède pas les cordes vocales nécessaires pour émettre
certains sons, le cher Esprit balbutie et ânonne comme un
écolier qui veut réciter une leçon qu’il n’a lue qu’une seule
fois. Au cours d’une pause, pendant laquelle l’orateur
s’escrime à courir après le mot qui fuit, le Président de
nouveau saisi par l’Esprit s’apprête à parler, lorsque saint
Jean, qui a rejoint son expression, reprend le fil de sa
harangue. Le Président se rassied et s'empare sur la table
d’un porte-plume et d’un crayon qu’il met en croix, et
qu’il élève en les promenant de droite et de gauche cà l’instar de l’officiant qui donne la bénédiction de l’ostensoir.
En même temps avec un léger mouvement d’épaules il
montre du doigt le pauvre saint Jean empêtré dans une
phrase sans issue et fait de la main un geste qui signifie
très clairement : « Que voulez-vous? il n’en sait pas davantage, prenez patience, je vais parler. » Et aussitôt dans
l’auditoire on entend chuchoter avec un soupir de satisfaction: c’est Jésus-Christ.
Ici, je dois m’arrêter un instant pour affirmer avec toute
l’énergie dont je suis capable que, quelque énormes que
ces choses puissent paraître, je ne fais nullement de la
— 337 —
fantaisie ; je me borne à raconter avec la plus scrupuleuse
exactitude ce que j’ai vuetenteudu. Le seul reproche de
lèse-vérité qu’on puisse m’adresser est d’omettre des
détails que la gravité pourtant bien connue de la Vie
Posthume ne suffirait pas à faire accepter par le lecteur.
Je reprends mon récit: Saint Jean, profitant de l’inattention générale, se rassied en épongeant les larges gouttes
de sueur dont son front est inondé. Le Christ se lève et
s’étant assis sur la table, les yeux fermés, promène autour
de lui un regard qui, à en juger par le sourire qui l’accompagne, doit être d’une douceur infinie. Puis, au milieu d’un
silence solennel, il commence son discours. La tenue de
notre sauveur est digne et correcte, la voix onctueuse et
sympathique, le geste sobre et la diction facile ; seulement
on reconnaît, aux premiers mots, qu il est beaucoup plus
familiarisé avec l’hébreu qu’avec la langue française, et
que le fond se ressent parfois de la forme par suite de la
tâche qu’il s’est imposée d’emprisonner sa pensée dans un
certain nombre de syllabes, dont quelques-unes semblent
avoir quelque ressemblance euphonique avec d’autres placées plus loin et à intervalles presque égaux, car, hélas !
Jésus-Christ, je ne comprends pas bien pourquoi, a adopté
l’usage qui paraît prévaloir en haut de parler en vers. Estce un progrès ?
Toujours est-il que cette forme de langage n’empêche
pas le Christ de trouver parfois des images aussi sublimes
que pleines d’à-propos, la suivante par exemple:
Ainsi que la mouche qui a volé pendant toute la chaleur de l’été,
Et qui, lorsque'viennent les premiers froids de l’hiver, elle se trouve matée.
La harangue de notre rédempteur se poursuit ainsi pendant près d’une heure, et cela sans la moindre hésitation.
22
Elle est du reste parfaitement orthodoxe et pourrait, sans
inconvénients, être prononcée dans une chaire catholique
sans en défalquer autre chose que les rimes para peu près
et les licences grammaticales qu’un Dieu seul peut se permettre. Elle se termine par ces mots qui me paraissent
jeter un froid, sur la partie masculine de l’auditoire :
Si vous voulez progresser rapidement, et u’être jamais malheureux,
N’oubliez jamais ce beau discours que pour le faire nous se sommes mis deux.
Vos guides : JÉSUS-CHRIST et ALLAN KARDEC
0 Allan Kardec, grand et noble Esprit, si tu assistais
réellement à cette séance, tu as pu juger si c’est nous,
libres spirites, qui bafouons ta mémoire et amoindrissons
ton œuvre!
11 semblait qu’après une pareille chute, il ne restait plus
qu’à aller se coucher. Il n’en était, hélas! rien. Après avoir
proclamé les auteurs de ce beau discours, Jésus-Christ, se
renversa en arrière, les bras en croix, sur la table au bord
de laquelle il était assis. Eu même temps, une dame dans
le corps de laquelle venait de s’incarner l’esprit de Marie,
se levait au pied de la croix improvisée et psalmodiait un
cantique qui donnait raison au proverbe « Ce qui ne vaut
pas la peine d’être dit, se chante » ; au bout de quelques
minutes, une grimace de dégoût indiquait que Jésus venait
d’effleurer des lèvres l’éponge de vinaigre et de fiel, puis
une contraction subite des membres et un cri étouffé rappelaient le coup de lance traditionnel.
Le plus intéressant du spectacle n’était pas sur la scène,
ou du moins sur la table ; il était dans la salle. Toutes les
femmes, sans exception, s’étaient précipitées à genoux et
priaient en versant d’abondantes larmes. Quant aux
hommes, ils étaient restés assis dans une attitude recueillie
et respectueuse, mais il était facile de voir qu’ils étaient
gênés et surtout qu’ils évitaient de se regarder. Je remarquai même que quelques-uns d’entre eux n’attendirent
pas, pour décrocher leur pardessus, que le défilé fût terminé, car il y eut un défilé. Chaque femme vint à son tour
s’agenouiller près de la table et baiser le côté gauche de
la redingote du Christ, qui s’était retourné sur le côté et
qui dit à chacune quelques mots à l’oreille. Je sus, après
la séance, les confidences que le Sauveur n’avait pas osé
faire à haute voix ; à l’une il avait dit :
« Je suis le berger de Sion et je veille sur mon troupeau. »
A une autre :
« Quand le berger veille, le troupeau est en sûreté. »
A une troisième:
« 11 faut que le berger veille, s’il ne veut pas perdre
ses brebis. » Et ainsi de suite.
L’idée est peut-être un peu vulgaire et la paraphrase
monotone, mais on a beau être le Christ, des souffrances
telles que celles de la Passion laissent toujours un peu de
trouble dans l’esprit.
Je sortis de cette séance le cœur d'autant plus attristé
que je savais que tous les membres du groupe, sans exception, étaient remplis de conviction et de bonne foi.
Si c’est là le vrai spiritisme, pensais-je, vite, qu’on nous
ramène au catholicisme, car, ainsi que l’a si judicieusement dit Alpha : « Au moins le catholicisme a ses dogmes,
et ses saints restent muets. Dans le spiritisme, les saints
[:arlent et Dieu sait comment. Chaque groupe a ses auréoles, ses doctrines locales, ses invocations, ses patenôtres, et comme les fantômes en imposent plus que les
principes, on arrive à croire aux plus fantastiques sornettes. »
A. Martelin.
— 340 —
★
Lorsqu’un sujet somnambulique veut établir une communication quelconque entre lui et une personne éloignée,
le sujet demande quelque chose ayant appartenu à la
personne pour laquelle on vient le consulter.
Cet objet sert de crochet, de point d’appui au sujet
pour conduire ses recherches. Sans cet objet les rapports
sont presque impossibles à établir.
Voilà, en passant, la raison pour laquelle il est impossible presque généralement à un sujet « voyant » de dire les
cours de la bourse du lendemain ou le nom du gagnant
dans une course. Ces faits peuvent arriver, mais c’est alors
une exception amenée par certains points de rapport
généralement absents.
Partant de cette donnée toute simple, on comprend
pourquoi tous les occultistes sérieux admettent qu’on
peut parfaitement communiquer avec l’âme d’un être qu’on
a connu et surtout qu’on a aimé. Ainsi qu’on F a vu au
début de ce chapitre, l’aine après la mort cherche un
cœur aimant où se réfugier. Rien d’impossible par suite
à la communication dans ce cas.
Quand le sujet somnambulique n’a pas de point d’appui
pour exercer son activité, il prend des points d’appui dans
le cerveau du consultant et lui récite ses pensées.
Le consultant se figure-t-il être appelé à un brillant
avenir?
Le sujet subit malgré lui sou influence et raconte au
questionneur que telle ou telle magnifique affaire se réalisera et que la richesse lui viendra subitement de ce chef.
Le consultant sort ravi en s’écriant : « Quelle merveille ! le sujet m’a dit des choses que moi seul savais ! ! »
C’est justement là le danger à éviter.
— 341
Aussi, quand vous pénétrez dans un milieu spirite et
que vous assistez à une communication de saint Jean, Fauteur de l’apocalypse ou de la Vierge Marie, cherchez dans
l’assistance non pas l’esprit invisible, mais bien le cerveau
d’où vient cette communication.
Cette enquête .facile à faire vous instruira sur une des
causes les plus fréquentes du phénomène, et vous verrez
pourquoi l’on a pu avoir dans certains milieux des communications de la mère d' Homère [\ ) ou de d' Artag nan (! !) ,
le héros d’un roman d’Alexandre Dumas.
Si nous n’hésitons pas à dévoiler les erreurs commises
par certains fanatiques dangereux, dans le genre de
M. Henry Lacroix1, c’est que ces erreurs nuisent à une
cause que nous croyons juste et bonne, et que nous
sommes désolé de voir exploiter de cette façon. Il ne faut
pas que les travailleurs consciencieux subissent les conséquences de certaines théories outrées qui inspirent de
suite une juste méfiance à tous les gens raisonnables.
Un autre point qui montre cette exagération, c’est
celui de la réincarnation.
D’après la Science occulte, l’âme ne peut se réincarner
que très longtemps après la vie précédente. Les chiffres
donnés ordinairement, 1500 ans, sont tirés de calculs
astronomiques par l’ésotérisme indou. Certaines exceptions très limitées existent à cette règle, parmi lesquelles
nous citerons :
La mort avant la jeunesse ;
Lê suicide ou la mort violente ;
La réincarnation consciente d’un adepte, etc.
Toutefois on peut discuter le nombre exact d'années
1. Henry Lacroix, Mes expériences avec les Esprits. Librairie spirite
(1889). La lecture de ce livre suffit à éloigner à jamais du spiritisme tous
les hommes sensés.
342
s'écoulant entre chaque incarnation et, personnellement,
nos expériences ne nous permettent pas d’affirmer scientifiquement un certain nombre. Mais ce nombre doit être,
malgré tout, très élevé.
Or, certains spirites, exagérant celte doctrine, se donnent comme la réincarnation de tous les grands hommes
quelque peu connus.
Un brave employé est Voltaire réincarné... moins l’esprit. Un capitaine en retraite c’est Napoléon revenu de
Sainte-Hélène, quoique ayant perdu l’art de parvenir depuis.
Enfin il n’y a pas de groupe où Marie de Médicis, Mmo de
Maintenon, Marie Stuart ne soient revenues dans des
corps de bonnes bourgeoises souvent enrichies, et où
Turenne, Coudé, Richelieu, Mazarin, Molière, JeanJacques Rousseau ne dirigent quelque petite séance.
Là est le danger, là est la cause réelle de l’état stationnaire du spiritisme depuis cinquante ans, il ne faut pas chercher d’autre raison que celle-là ajoutée à l'ignorance et au
seclarisme des chefs de groupe.
Dès 1 853, Eliphas Lévi avait donné certaines pratiques de
l’évocation des morts et avait même fait une expérience
montrant comment , en appliquant les données de la magie,
et en faisant corps, par une étude prolongée, avec l’œuvre
d’un grand homme, on pouvait faire appel à lui ou plutôt
à son image astrale.
Ceci m’amène à dire ce qu’on entend en occultisme par
image astrale.
Il est curieux de savoir quels sont les principes qui se
manifestent dans une séance de nécromancie, alors que le
défunt répond lui-même à l’évocation.
D’après la doctrine des trois principes constituants de
l’être humain, voici ce qui se produit :
L’attraction exercée par l’évocateur agit sur le corps
astral de l’évoqué, et la communication s’opère par la
fusion du médiateur plastique du sujet servant de médium
avec le corps astral de l’esprit évoqué, ou plutôt avec la
portion du corps astral qui entoure encore l’inie après la
mort (voy. chapitre précédent).
Le phénomène étant considéré sous ce point de vue
général, c’est bien l’âme, le principe supérieur du défunt,
qui se manifeste.
Les spirites, ne tenant compte que des données très
générales, ont donc raison de prétendre que c’est bien
l’âme du défunt qui vient répondre à l’appel de son pareni
ou de son ami.
Quand les théories, jusque-là tenues secrètes, de la
Science occulte ont commencé à être connues du grand
344 —
public et à faire de nombreux adeptes, les spirites ont été
très scandalisés en apprenant que les principes supérieurs
de l’homme (l’âme spirituelle et l’âme divine) n’ont rien à
voir avec les communications entre les vivants et les
morts.
Des données aussi abstraites, formulées devant les partisans d’une philosophie tout élémentaire, produisirent
exactement l’effet d’un livre de Kant ou de Leibniz lu
devant les élèves d’une école primaire.
La première accusation portée contre la Science occulte
c’est d’être « bien trop difficile à comprendre et bien trop
compliquée pour les lecteurs habituels des livres spirites ».
Une autre objection est la suivante : « Les occultistes
osent prétendre que l’être humain se scinde en plusieurs
entités après la mort et que ce qui vient se communiquer
n’est pas l’être tout entier, mais un débris de l’être — une
coque astrale ! »
Pour bien éclairer cette question et pour éviter tout
malentendu, il suffit pourtant d’un peu de réflexion.
De combien de principes est constitué l’homme d’après
le spiritisme?
De trois :
Le Corps, le Périsprit et l’Ame.
Où sont logés ces principes?
Dans les trois segments de l’organisme :
Ventre, Poitrine, Tête.
Compulsez tout Allan Kardec, parcourez les œuvres de
tous les philosophes spirites, nulle part vous ne trouverez
mention qu’il existe en dehors de l'homme des principes
non encore incarnés.
— 345 —
Si l’on voulait figurer la constitution de l’homme d’après
le spiritisme, on le ferait ainsi :
La figure placée à côté de celle-là montre au contraire
l’origine de cette discussion basée sur un malentendu.
Le 6° et le 7e principe, n’étant pas incarnés dans l’homme,
ne font pas partie de son moi, ils constituent ce qu’on
appelle l' inconscient supérieur , le moi étant contenu dans
le 4e et le 5e principe correspondant exactement à ce
qu’un spirite appelle un esprit.
Après la mort chacun de ces groupes évolue dans un
— 346
plan particulier, le corps physique évolue dans le monde
matériel, le corps astral (3% 4e et 3° principes) dans le
monde astral, elle corps psychique (5°, 6° et 7e principes)
dans le monde divin.
Ce qui vient dans une séance spirite, c'est toute la partie
de l'être qui constitue sa personnalité, son MOI, c’est-àdire les 4e et 5e principes. Les spirites, qui ne connaissent
pas d’autres éléments supérieurs constituant l’homme, ont
raison de dire que le MOI se communique dans son
intégrité.
Mais l’inconscient supérieur, lesb° et 7e principes n’ont
que faire dans tout cela et les occultistes sont aussi dans
le vrai.
Toutes les ligures qui précèdent feront comprendre la
vérité de chacune des opinions et montreront bien que ce
que le spirite appelle un esprit , c/est-à-dire un MOI, d’occultiste l’appelle un ELEMENTAIRE, une coque astrale.
Les mots ne doivent jamais effrayer un homme vraiment
intelligent; c’est ici le cas de s’en souvenir.
TT
* *
On peut voir par ce qui précède que la réalité des phénomènes spirites non plus que la possibilité de la communication entre les vivants et ceux qui ne sont plus sur
la Terre ne sont pas mises en doute par la Science
occulte.
Nous ne parlerons que pour mémoire d’une certaine
classe de fanatiques qui, sous le nom de membres de la
Société Théosophique, sont venus nier l’action des âmes,
dans quelques phénomènes que ce fût. Ce! te opinion, aussi
extrême que celle de ceux qui voient l’action des esprits
partout, a trouvé de par les faits un flagrant démenti. Nous
I
reviendrons en détail sur ces questions dans le Traité élémentaire de Magie pratique ; pour l’instant nous allons résumer tout ce qui précède eu citant l’analyse des opinions
courantes des écoles d'occultisme, telle que nous l’avons
publiée lors du Congrès spirite et spiritualiste de 1880.
ÉCOLE D’OCCULTISME
Ainsi que nous l’avons dit précédemment, les kabbalisles et les tliéosoplies sont d’accord sur le fond de la
doctrine ésotérique.
Leurs enseignements se présentent tout d’abord à l’esprit comme beaucoup plus compliqués que ceux du spiritisme. L’analyse a été poussée dans ces doctrines aussi
loin que possible à propos de chaque question ; de là l’impossibilité presque absolue d’en faire un résumé tant soit
peu complet.
L’occultisme admet comme absolument réels tous les
phénomènes du spiritisme. Cependant il restreint considérablement l’influence des esprits dans la production de
ces phénomènes, et les attribue à une foule d’autres
influences en action dans le monde invisible.
Nous aurons donc à voir successivement :
1" Comment est conçue la constitution de l'homme ;
2° Quel est l'état de l'homme après sa mort ;
3° Quelles sont la constitution de l’Univers et celle de
Dieu , d’après ces écoles.
Nous exposerons tous ces enseignements de notre
mieux, mais sans jamais prendre parti pour l’une ou
l’autre des deux doctrines.
Notre devoir consiste à exposer et non à critiquer.
Constitution de l'homme.
L’homme est composé de trois principes fondamentaux :
1° Le corps matériel ;
2° Le corps astral ou médiateur plastique (la vie), le
périsprit des spirites ;
3° L’âme (l 'esprit des spirites).
Mais ce sont là les principes vus dans leur généralité. Chacun d’eux est composé de plusieurs éléments distincts. La
connaissance de ces éléments est indispensable pour bien
comprendre ce qui se passe à la mort.
Le corps est formé d’une foule de cellules matérielles.
Mais chacune de ces cellules a une vitalité propre, efet
vivante. Cette vie spéciale de chaque cellule est indépendante de la vie générale de l’être.
Le périsprit ou corps astral se présente ainsi composé :
La vie purement matérielle de l’homme, qui fait croître
ses organes à mesure qu’ils s’usent. Cette vie charriée
incessamment dans l’organisme par les globules du sang
et localisée comme centre de réserve dans les ganglions
du nerf grand sympathique.
C’est cette partie du périsprit ainsi localisée qui qieut
sortir hors de l’homme à l’état somnambulique ou à l’état
de médiumnité, et qui contribue beaucoup à la production
des phénomènes.
Cet élément est le siège même de l'instinct, de l'inconscient et de toutes ses actions.
Enfin le périsprit, dans sa combinaison supérieure avec
l’âme, produit l'intelligence , d’où dérive la faculté d’apprendre pour l’homme lintellectualité) .
JPour résumer, voici comment les f'coles d’occultisme
analysent le périsprit 1 :
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eu
CL,
Elément localisé dans les cellules du corps matériel et qui
ne sort jamais hors du corps. — Vitalité.
(Combinaison du périsprit avec. le corps matériel.)
Élément localisé dans les ganglions du nerf grand sympathique, élément qui peut sortir hors du corps matériel dans certaines conditions. — Corps astral, Ame
animale.
Élément localisé en partie dans le cerveau, qui peut diriger
le précédent consciemment (magie). — Siège de la
science de l’homme. — Ame humaine.
(Combinaison du périsprit avec l’esprit.)
On voit de suite à quel raffinement analytique les écoles
d’occultisme ont poussé leurs enseignements. Voyons de
même l’autre principe.
Ce que les spirites appellent Y esprit, et certains occultistes Y âme, est ainsi analysé par ces derniers :
ed
Q*
m
H
■la
05
O
a.
£
O
1° Partie inférieure de l’Esprit, siège de la mémoire des
choses terrestres et de leur intelligence. — Ame
humaine.
2° Partie moyenne de l’Esprit, siège de l’inspiration, de
la double vue consciente et de la moralité. — Ame angélique.
3° Partie supérieure de l’Esprit, siège de la prévision
consciente de l’avenir. — Ame divine.
Les deux derniers éléments de l’esprit ne sont pas développés dans les races actuelles. Ils prendront progressivement naissance dans les races futures de l’humanité
terrestre.
Connaissant ces données indispensables, il nous est
très facile de voir ce que devient l’homme après la mort.
1. Voy. la conférence sur la localisation physiologique du périsprit
lans le volume du Congrès spirite de 1889.
État de l’homme après la mort.
La fin. de l’homme, c'est la fusion en Dieu dans la totale
conscience, et la totale puissance ou Nirvana.
Le moyen d’atteindre cette fin, c’est Y évolution morale ,
l’évolution libre et consciente des principes supérieurs
latents en chacun de nous.
Un Dieu tout despotique n’a pas à intervenir dans l’étal
de notre vie future. Nous sommes nous-mêmes nos seuls
juges, et l’ensemble des mérites et des démérites [Karma)
de notre dernière existence détermine seul notre avenir,
d’après les lois de la réaction toujours équivalente à
l’action.
A la mort le corps matériel reste attaché à la terre, d’où
il provient. La. vitalité des cellules de ce corps se répand
dans la nature, où elle devient la vie des êtres sans cessé
générés (plantes, vers, elc.).
Un être fluidique se détache peu à peu de l’être matériel ;
maintenant inerte, cet être fluidique est formé des éléments suivants :
Le corps astral comme corps ;
L'âme animale comme vie (instinct) ;
Les principes supérieurs , aine humaine, àtne spirituelle,
comme esprit, âme divine.
Cet être fluidique est saisi par les courants d’attraction
de la terre. Les principes supérieurs cherchent à l’attirer
en haut, les principes inférieurs (instinct et corps astral)
cherchent à l’attirer en bas.
L’être franchit les courants d’autant plus vile que les
principes supérieurs sont plus puissants. C’est la souffrance particulière qui accompagne cette lutte que toutes
les religions exotériques ont symbolisée par le purgatoire.
Cependant la séparation des principes s’effectue progressivement ; les principes inférieurs restent dans l’atmosphère occulte de la terre et les principes supérieurs se
détachent des inférieurs, auxquels ils ne sont plus liés que
par un lien fluidique. A ce moment l’être est ainsi constitué :
„ . . , . ( Ame angélique. ) T . ,
Principes supérieurs. { . ; Inconscient supérieur.
( Ame divine. '
Lien fluidique.
f Science.
! Mémoire des choses terrestres.
. Intelligence inférieure.
Lien fluidique.
| Instincts grossiers. ) Inconscient.
\ Passions. ) inférieur
CORPS ASTRAL
RÉRISPRIT
Les principes inférieurs illuminés par l’intelligence de
l’âme humaine forment ce que les occidtistes appellent un
élémentaire , et flo tient autour de la terre dans le monde
invisible, tandis que les principes supérieurs évoluent sur
un autre plan.
Voilà la première différence qui sépare les occultistes
des spirites ; les spirites admettant que l’esprit reste toujours enveloppé du périsprit, les occultistes enseignant que
l’esprit se sépare progressivement du périsprit.
D’après les occultistes, dans la plupart des cas, l’esprit
qui vient dans une séance est l’élémentaire de la personne
évoquée, c’est-à-dire un être qui ne possède du défunt que
les instincts et la mémoire des choses terrestres (voyez cidessus). Mais même cet esprit élémentaire ne vient pas
dans tous les cas et d’autres influences agissent. Ceci
nous amène à étudier la façon dont l’occultisme conçoit le
monde invisible.
Ame
humaine .
12
■H
L’homme
conscient
(le moi).
Ame
animale
— 352 —
K
D’après le spiritisme, le monde invisible est peuplé seulement d 'esprits et de fluides.
D’après l’occultisme, d’autres éléments s’y trouvent.
Ce sont d’abord :
Les Elémentaires , principes inférieurs des êtres décédés
à la vie terrestre, puis :
Les Corps astraux des êtres vivants , périsprils des
médiums sortis inconsciemment hors de l’être, ou périsprits des adeptes sortis consciemment du corps dans un
but déterminé ;
Les Elément aux , êtres inférieurs n’ayant jamais été
incarnés, ne possédant aucune intelligence propre et
subissant l’influence de toutes les volontés humaines
bonnes ou mauvaises : ces êtres agissent dans les éléments;
Les Idées des hommes. Autour de chaque homme ses
idées se trouvent, constituant, par la fusion de chacune
d’elles avec un élémental, un être réel qui reste là plus ou
moins longtemps suivant la tension cérébrale qui lui a
donné naissance et qui agit bien ou mal sur l’homme, suivant que l’idée est bonne (enthousiasme) ou mauvaise
(remords).
Expliquer en détails la constitution de tous ces êtres, le
moyen de les distinguer et de montrer la réalité de leur
existence, ce serait faire un traité complet de magie pratique. Nous n’en avons pas le loisir ici1.
Le spiritisme comme le magnétisme forment en effet,
d’après les occultistes, deux branches de l’antique Magie ,
science profonde enseignée dans les temples antiques
après de terribles épreuves.
Un point important à noter tout d’abord, c’est que la
1. Depuis trois ans nous avons commencé un volume sur ce sujet. Ce
volume paraîtra sans doute cette année.
— 353 —
querelle entre les occultistes et les spirites à propos des
esprits et des élémentaires est une pure querelle de
mots.
Le spiritisme n’ayant pas établi l’existence des principes
supérieurs admis par l’occultisme, il s’ensuit que ce que
le spirite appelle un esprit correspond absolument à ce
que l’occultiste appelle un élémentaire. Ce sont des mots
différents pour désigner la même chose.
L’occultisme enseigne aussi que dans certains cas on
peut évoquer les principes supérieurs de l’être ; mais qu’alors on court le risque de perpétrer le plus grand des
crimes. On fait perdre en effet à l’être ainsi rappelé dans
ce monde le bénéfice de tous ses efforts pour s’en éloigner spirituellement. L’expérience seule permettra d’infirmer ou de confirmer cette observation.
En terminant celte élude sur le monde invisible, rappelons qu’entre les êtres dont nous avons parlé, on
y rencontre des courants fl indiques de lumière astrale,
courants non perceptibles à notre être physique, mais qui
deviennent immédiatement perceptibles à l’être qui par la
sortie de son corps astral a acquis le sixième sens humain,
sens encore inconnu de la plupart des hommes actuels.
Cette Lumière astrale est la force-substance universelle
dont toutes les autres forces et toutes les autres substances sont des modalités. Elle suit, à très peu de chose
près, les mêmes lois que l’électricité, une de ses manifestations supérieures.
Pour tout résumer, voici ce qu’on rencontre dans le
inonde invisible aux yeux matériels, visible à l’état médianimique :
1° Les Courants fluidiques de lumière astrale charriant les :
2° Elémentals, forces inconscientes des éléments ;
2.V
— 354
3° Elémentaires, restes des défunts, Esprits des
spirites ;
4° îdées devenues des Êtres, êtres collectifs (Eugène
Nus) ;
5° Corps fluidiques des médiums ou des adeptes.
La personnalité après la mort.
Remarquons bien les localisations des entités psychiques.
Le moi est placé entre deux inconscients.
1° Un inconscient supérieur, le non-moi supérieur ou
le soi.
2° Un inconscient inférieur, le non-moi inférieur ou la
Vie organique.
Le Ballon représente le soi (7e et 6° principes).
Le Crochet inférieur du Ballon et le Crochet supérieur
du Corps Astral représentent le moi (5e et 4e principes).
Enfin les autres parties de la figure représentent les
autres éléments plus inférieurs.
Que se passe-t-il à la mort?
Ces divers principes se séparent et continuent chacun
leur évolution sur un plan différent.
Nous savons tous qu’après la mort le corps matériel
évolue sur le plan matériel, que ses cellules organiques
s’en vont animer de nouveaux organismes et que la vitalité
se répand dans la Nature.
Le moi continue également son évolution dans le plan
astral. C’est là un point parfaitement défini dans les
différents ouvrages s’occupant de spiritisme.
D’autre part le soi poursuit de même son évolution dans
le plan divin, essentiellement impersonnel. Ces deux der355 —
niers principes sont toutefois toujours reliés l’un à l’autre ^
nous verrons tout à l’heure comment.
Pour résumer disons que, de même qu’il existe trois
plans bien distincts dans l’Univers, il existe trois évolutions
correspondant à ces plans :
1° Le Plan Matériel. ( Dans lequel le corps physique
2° Le Plan Astral. ( suivra son évolution.
Plan Personnel ou ( Dans lequel le moi poursuit
Moral. { son évolution.
3° Le Plan Divin ou im- i, Dans lequel le soi poursuit
personnel. ( son évolution.
La figure suivante résume ces données.
État de l’homme après la mort.
— 35(5
A quoi bon, nous dira-t-on, ce soi qui se distingue du
moi? C’est là une source de galimatias où personne ne
peut s’entendre. Nous allons montrer un seul côté de
la question, les autres nécessitant plus d’espace que nous
ne pouvons en consacrer à cette étude.
La doctrine primaire de l’occultisme nous enseigne la
théorie de la réincarnation. L’homme se réincarne plusieurs fois dans son évolution progressive.
Si maintenant nous supposons que Jean soit mort, que
son Esprit, après avoir accompli son évolution astrale, se
soit réincarné avec son périsprit, comme le veulent certains
spirites, dans l’individualité de Pierre , que se produira-t-il
si l’on évoque Jean par les procédés de la Nécromancie et
du Spiritisme ?
Pierre devra-t-il s’endormir à l’instant et renvoyer hors
de lui l’individualité primitive de Jean avec son périsprit?
Le problème se complique encore si, au lieu de l’incaruation immédiatement antérieure, ou cherche celle qui
précède de 10 à 12 échelons dans la série.
C’est parce que l'occultisme répond au mieux à toutes
ces difficultés que nous avons tenu à exposer ses enseignements à cet égard.
★
D’après la doctrine du Karma et de la Réincarnation,
l’évolution de l’homme peut être comparée à une longue
tige verticale coupée par de petites tiges horizontales.
La grande tige verticale représente ce principe divin
le soi qui passe à travers toutes les personnalités et qui
porte la chance ou la malchance dans l’individualité suivante, selon la conduite de l’individualité précédente.
— 357 —
Chacune des petites barres horizontales représente un
des nombreux moi traversés par le Principe divin en évolution.
Ainsi si j’ai été Jean dans une existence antérieure et que
je sois Pierre dans celle-ci, ce n’est pas la personnalité de
Jean qui a servi à constituer ma personnalité actuelle; le
principe divin seul qui était dans Jean est dans moi, ou
plutôt est au-dessus de moi, et constitue mon idéal, de
même que ce principe sera dans la personnalité future que
j’aurai.
La position sociale et la « chance » de chacune des
personnalités dépendra donc de la conduite de la personnalité antérieure; mais cela n’empêche pas chacune des
personnalités ainsi générées de conserver intacte toute
son individualité, tout son moi dans le plan astral.
Le Principe supérieur, évoluant dans un sens différent,
ne peut' gêner en rien l’évolution des diverses personnalités auxquelles il est toujours lié, de même que le fil est
lié aux grains du chapelet qu’il traverse.
Au moment où le système solaire va entrer dans sa
période de repos, le Principe supérieur, le soi, peut voir
se manifester à lui tous les moi qu’il a évolués et faire la
synthèse totale des mérites et des démérites acquis peu358 —
h
dant son évolution. Mais nous abordons là une question
qui sort de notre sujet.
Pour tout résumer, notons bien la facilité avec laquelle
l’objection de tout à l'heure se trouve résolue par la théorie de la conservation indéfinie des vibrations générées, à
un moment quelconque, dans le plan astral. Chacune des
personnalités persiste, liée à toutes les autres par le Principe supérieur, mais indépendante des autres dans son
évolution particulière.
La croix égyptienne qu’on trouve sur le Tarot représente
au mieux cette théorie, la branche verticale figurant
le soi et chacune des branches horizontales un moi particulier avec son plan spécial d’évolution.
L'Univers et Dieu.
L’occultisme entre dans des détails aussi nombreux à
propos de l’Univers et à propos de Dieu. Les spirites dont la
doctrine n’aborde que fort peu ces problèmes, ont été quelque peu intrigués par les conclusions de la section de l’occultisme du Congrès au sujet de l’Univers et de Dieu.
Nous ne pouvons pas, faute de place, entrer dans de
grands détails à ce sujet ; cependant deux mots sont nécessaires pour déterminer les éléments primordiaux de cet
enseignement.
L’occultisme enseigne que tout est vivant , depuis la
matière la plus solide jusqu’à Dieu.
Un échange perpétuel se fait entre tous les êtres , la
— 339 —
matière évolue à travers les règnes de la nature et les
races humaines vers l’Esprit. Cette évolution, connue de
toute l’antiquité dans l’Inde, vient à peine d’être découverte
par les savants occidentaux. Mais réciproquement l’esprit
hwolue vers la matière dans des conditions déterminées.
L’évolution n’a jamais lieu sur la même planète dans un
même âge. Ainsi l’animal est bien un végétal évolué, mais
jamais, au grand jamais, on ne peut voir sur la terre un
végétal devenir animal. Cette transformation s’opère dans
le monde invisible, entre les grands cycles, et porte non
sur le corps lui-même, mais sur ce qui fabriquera le nouveau corps matériel.
De même que l’homme, chaque système solaire naît, vit,
pense et meurt. Les âges exacts d’un Univers sont mathématiquement déterminés par les Brahmanes indiens. Les
personnes désireuses d’approfondir ces questions pourront
prendre connaissance de toute la littérature qui traite de
ces questions1.
La place nous manque pour détailler davantage et nous
renvoyons le lecteur aux conclusions des six sections d’occultisme, où il trouvera tous les détails complémentaires.
RÉSUMÉ
Terminons ici l’exposé des théories générales des
diverses écoles représentées au Congrès. Comme il est
facile de le voir, les théories du spiritisme sont les mêmes
que celles de l’occultisme; mais en moins détaillé. La
portée des enseignements du spiritisme est par suite plus
grande, puisqu’il peut être compris par un bien plus grand
nombre de personnes. Les enseignements, même théo1. Surtout l'Essai sur la Philosophie bouddhique d’Augustin Chaboseau.
— 360 —
riques, de l’occultisme sont, de par leur complication
même, réservés aux cerveaux pliés à toutes les difficultés
des conceptions abstraites.
Mais au fond c’est une doctrine identique qu’enseignent
les deux grandes écoles.
Nous venons de nous occuper beaucoup des rapports
des vivants et des morts. Il serait temps de revenir à notre
étude véritable et de voir quelle destinée attend l’âme
après la mort.
L’être, une fois désincarné, n’a pas à subir de jugement
de la part d’un Dieu plus ou moins anthropomorphe. Ses
actions et ses pensée constituent l’origine d’un mouvement
déterminé par lui-même.
Après la mort le repos commence donc, repos dans
lequel sont réalisés tous les désirs de bonheur imaginés par
l’être qui vient de naître à la vie psychique. Chacun se crée
donc un Paradis à sa fantaisie entre chaque incarnation.
Dans cet état l’être arrivé à un certain degré de supériorité intellectuelle pourrait se souvenir, si l’on en croit la
tradition ésotérique, de ses deux ou trois existences précédentes.
Ce n’est que quand cet être a évolué à travers toutes les
races dans toutes les planètes d’une chaîne, ce n’est qu’au
moment où la dernière planète entre en repos et où l’Univers lui-même va s’anéantir dans le grand sommeil qui
précédera sa renaissance, que l’être humain peut avoir
conscience de toutes ses incarnations antérieures et en
mesurer les mérites et les démérites, source de son avenir
dans l’éternité qui commence pour lui !
Cette idée de l’évolution progressive met fin à toutes les
conceptions plus ou moins profondes des théologies sur le
— 361
Ciel et l’Enfer. Aussi ne saurions-nous mieux terminer ce
chapitre que par la spirituelle critique des divers Paradis
faite par l’auteur de Nos Bêtises , le philosophe Eugène
Nus.
LE PÈRE ÉTERNEL EN TOURNÉE
— Tiens! dit le bon Dieu au directeur général de la voie
lactée, qu’est-ce que c’est que cette petite machine, làbas ? Je ne l’avais pas encore aperçue.
— Seigneur, répondit le haut fonctionnaire, il y a quelques milliers de siècles que vous n'êtes venu visiter ces
parages, et, depuis ce temps, nos soleils ont fait des
petits.
— Celui-là me paraît assez mal conformé, fit observer le
Père éternel.
— Ce n’est pas, il est vrai, le mieux venu de la famille,
et il va de mal en pis, depuis que l’homme y a poussé.
— Ah! ah ! fit le bon Dieu.
— J’ai même été sur le point de supprimer radicalement cette espèce qui provient évidemment d’un germe
défectueux.
— Ne soyons pas radicaux, dit le Créateur de toutes
choses.
— Je sais, Père suprême, que vous n’aimez pas les
moyens violents. Pourtant, je n’ai pas voulu prendre sur
moi de laisser circuler une houle qui donne le mauvais
exemple aux autres, sans demander l’avis du grand conseil
des constellations. Toutes, sauf le Scorpion, ont opiné
pour la patience.
— Il en faut, et beaucoup, soupira l’auteur des mondes.
Voilà une éternité que j’attends Inachèvement de mon
œuvre, et elle recommence tous les matins. Il paraît que
je ne me reposerai jamais.
— 362 —
■ — Il y eii a cependant qui assurent là-bas que vous
n’avez travaillé qu’une semaine dans tout le cours de votre
existence, et qu’à partir du premier dimanche, vous vous
êtes croisé les bras.
— On voit bien que ces gens-là n’ont pas l’immensité
à remplir. Qui a pu leur débiter de pareilles bourdes?
• — Un homme qui prétend que vous lui avez parlé dans
un buisson de feu.
— Je n’ai, de ma vie, parlé à qui que ce soit dans un
buisson que par la voix des chardonnerets et des merles,
et je n’ai vu de buissons de feu que dans les décors d’opéra.
Cet individu a abusé de la simplicité de ses frères. S’ils
ont inventé beaucoup de choses comme celles-là sur mon
compte, voilà un petit avorton de planète à la surface de
laquelle on doit se faire une singulière idée de moi.
— C’est bien là ce qui me révolte. J’ai beau leur
envoyer de temps en temps des professeurs capables,
choisis par moi dans les mondes voisins, pour éclairer
leurs sentiments et redresser leurs idées, ils me les renvoient pendus, empoisonnés, brûlés, écartelés, martyrisés
de toutes les façons.
* — Diable!
— Les plus acharnés, les plus enragés de tous sont les
prêtres.
— Ah! s’ils ont des prêtres, s’écria le bon Dieu, je ne
m’étonne plus de rien.
■ — Ils en ont de toutes les couleurs : des blancs, des
noirs, des gris, des jaunes, des verts, des rouges, des
bleus... Je passe les nuances intermédiaires. Je ne sais
pas de quels arômes est formé ce damné soleil, un petit
soleil de troisième classe, il est vrai ; tous ses enfants sont
atteints de cette maladie dans leur jeunesse. Nous venons
de guérir Jupiter à force de purgations. Saturne est encore
— 363 —
en traitement, un procédé nouveau imaginé par la faculté
de médecine du Capricorne, un bandeau cosmique qui
entoure le crâne du malade et qu’on arrose de lumière
par une pompe à jets continus. Nous en espérons de bons
résultats. Mais nous n’avons pu sauver la Lune, morte en
bas âge, rongée par les moines qui s’étaient répandus partout. Les comètes elles-mêmes, malgré la rapidité de leur
course, ne peuvent échapper à la contagion, quand elles
passent près des planètes infectées. Nous serons forcés de
couper leur chevelure.
- — Coupez! dit le souverain Père. La propreté avant
tout. Quant à cette petite boule, voyons d’abord à quel
degré d’insanité morale le morbus sacerdotal l’a conduite.
— Faites venir le sous-préfet du sept million trois cent
vingt-quatre mille sept cent quarante-sixième soleil
jaune, dit le directeur général à une étoile filante, qui se
tenait à distance respectueuse, attendant les ordres de son
chef.
Une seconde après, paraissait le fonctionnaire en sousordre.
— Il s’agit de la Terre, lui dit le directeur général.
— Voyons votre rapport et faites vite, dit le bon Dieu.
Je suis pressé.
— Père suprême, répondit le sous-préfet du petit soleil
jaune, dans le tourbillon que j’administre, cette planète
est celle qui me donne le plus de mal. Il est impossible
d’y faire la police. Tous les commissaires que j’y envoie
donnent leur démission au bout de quelques siècles. Vos
sublimes volontés y sont méconnues sur tous les points.
On y foule aux pieds, sans vergogne et sans pudeur, les
lois les plus élémentaires de votre admirable nature. Seuls,
les animaux inférieurs les respectent encore, à condition
toutefois que la main de l’homme ne s’appesantisse pas sur
— 364 —
eux. El, comble d'abomination, c’est en invoquant votre
sublime puissance qu’on vous outrage. Leurs plus horribles attentats sont perpétrés en votre nom. C’est vous,
affirment-ils, qui prescrivez toutes ces noirceurs, toutes ces
lâchetés, tous ces meurtres et tous ces crimes; si bien que
les meilleurs en sont réduits à vous maudire, et que la
seule consolation des malheureux est d’espérer que vous
n’existez pas, car on pousse le raffinement de la barbarie
jusqu’à s’efforcer de leur faire croire que, non content de
les torturer sur leur petite terre, vous vous proposez
encore de leur infliger des supplices étemels, auprès desquels leurs souffrances de là-bas sembleront d’ineffables
douceurs.
— J’en ai bien vu d’autres depuis le commencement des
âges, dit le Père éternel. Continuez et ne gazez rien. J’ai
l’expérience de ces choses... Mais, puisque c’est en m’invoquant qu’ils ont fait toutes leurs sottises, ils ont du me
donner de bien drôles de noms.
— Toutes sortes de noms, Seigneur. Il en est qui vous
ont appelé Moloch et qui enfermaient, pour vous plaire,
des jeunes filles et des petits enfants dans une grande
statue d’airain où ils les faisaient cuire à petit feu, les jours
de fête; d'autres vous faisaient demander, sous le nom de
Teutatès, qu’on saignât les humains sur de grandes pierres ;
ceux-ci vous prenaient pour une femme, terrible déesse,
qui leur ordonnait d’étrangler tous ceux qui leur tombaient sous la main. A ceux-là qui vous nommaient Jéhovah, vous commandiez expressément d’égorger telles ou
telles populations, jusqu’aux enfants à la mamelle, et,'
quand ils en épargnaient un seul, vous les faisiez massacrer eux-mêmes par vos anges exterminateurs. La dernière
religion venue, s’intitulant de paix et d’amour, a brûlé
sur des bûchers je ne sais combien de millions de pauvres
gens, pour célébrer votre gloire. De nos jours encore, la
même religion, pacifique et amoureuse, vous proclame le
Dieu des armées, et chaque vainqueur court dans ses
temples vous offrir des drapeaux criblés de balles, et vous
chanter des actions de grâces pour le grand nombre
d’ennemis que vous lui avez permis de mettre à mort. Je
ne parle pas des innombrables idiots qui se privent, pour
vous complaire, de toutes les pures joies que vous avez
semées dans la vie, de ceux qui se macèrent, se mutilent
et s’immolent pour mériter vos faveurs. De nos jours
encore, dans certaines parties de cet affreux petit globe,
on vous promène, chaque année, sur un char dit sacré,
dont la fonction sacerdotale consiste à écraser sous ses
roues les fidèles qui se couchent à terre en rangs pressés
sur son passage; ailleurs, on élève au grade de saint, à
grand renfort de trompettes, un malheureux qui n’a pas
trouvé d’autre moyen de vous glorifier dans vos œuvres,
que de se faire dévorer par les poux. Plus loin, l’idéal de
la piété consiste à s’abîmer, jusqu’à ce que mort s’ensuive, dans la contemplation de son nombril.
— Voilà une singulière invention, dit le bon Dieu. C’est,
je crois, le premier globe où l’on ait eu l’idée d’une chose
pareille. Et l’on dit, pour déprécier mon œuvre, qu’il n'y
a rien de nouveau sous les soleils! Que diable peuvent-ils
regarder sur leur nombril?
— Sans compter, reprit le sous-préfet, toutes les sottises
qu’on vous a prêtées à vous-même. Saturne, vous avez
voulu manger vos propres enfants, et ce repas contre
nature aurait été consommé, si leur mère ne vous eût fait
avaler des quartiers de rocher à leur place ; Jupiter, vous
êtes descendu sur la terre pour y faire toutes sortes de
polissonneries ; Jéhovah, vous avez donné à Abraham le
conseil immoral de prostituer sa femme pour de l’argent,
366 —
en la faisant passer pour sa sœur; sous le même nom,
bien avant ce temps-là, ils vous ont fait condamner tous les
hommes, jusqu’à la dernière génération, pour punir l’un
d’entre eux qui vous avait volé une pomme ; plus tard, il est
vrai, vous leur avez permis de racheter cette faute en
crucifiant votre fils unique que, dans celte intention, vous
aviez fait descendre parmi eux. Depuis cette époque, non
contents de l’avoir crucifié, ils le mangent tous les matins.
— Tout cela est absolument insensé, dit le Père éternel; cette planète est atteinte d’une affection mentale de
la pire espèce. Quel remède employez-vous contre ce
dérèglement cérébral?
— Seigneur, nous leur administrons, en ce moment,
quelques infusions de science.
— Très bien. Cela opère-t-il?
— Cela opère assurément. Mais ces cerveaux, trop
affaiblis par les terreurs religieuses, ne peuvent supporter
les réactions de la science , même absorbée à faible dose,
et ils commencent à délirer d'une autre façon.
— Ils vont vouloir me supprimer tout à fait pour me
punir de leur avoir fait de si belles peurs, dit Fauteur de
tout avec son bon sourire. Dieu merci, je suis habitué à
cela. 11 n’y a guère de nébuleuses où pareille chose ne
m’arrive. Prenez garde seulement que leurs savants ne
deviennent aussi intolérants et aussi enragés que leurs
prêtres. Mais ne vous effrayez pas si ces symptômes se
manifestent, et surtout ne changez pas le médicament.
Continuez la science à haute dose. Elle finit toujours par
guérir le mal qu’elle a fait. C’est la meilleure drogue de
ma pharmacie. Ont-ils déjà découvert le proto plasma?
— Oui, Père éternel, et si vous saviez les conséquences
qu’ils en tirent?
— Si je ne le savais pas, je ne saurais pas tout, et, si je
— 367 —
ne savais pas tout, je ne serais pas le bon Dieu, le leur et
le vôtre, quoi qu’ils en disent. Parbleu, ils en tirent la
conséquence que la vie est un simple mécanisme produit
par des forces complètement aveugles qui opèrent à l’aventure, sans savoir ce qu’elles font. C’est aussi bête que
les religions dans lesquelles ils me représentent comme
un fabricant de poteries, confectionnant un homme en
terre glaise et soufflant dessus pour le faire mouvoir;
aussi bête, mais pas davantage. Sauf l’aberration de
l’aveugle mécanique, ils sont même plus près de la vérité.
Certes, je ne méprise pas la mécanique. Je l’emploie
même volontiers dans certaines parties de mes opérations.
Il en est de même pour la physique et la chimie. Si je
n’étais pas le grand mécanicien, le grand chimiste, le grand
physicien, ni chimie, ni physique, ni mécanique n’existeraient, et si réellement je n’y voyais goutte, ainsi qu’ils le
crient, les imbéciles, comment ferais-jepour leur ouvrir les
yeux? Les malheureux ne se doutent pas qu’à chaque pas
qu'ils font, c’est moi qu’ils découvrent, et qu’au bout de
leur lorgnette, ils apercevront : quoi? le bon Dieu. — Qui
sera attrapé ce jour-là? De toute éternité, j’en ris
d’avance.
Le directeur de la voie lactée et le sous-préfet du tourbillon jaune se mirent à rire, comme doit le faire tout
subalterne, quand il voit le maître en gaîté.
— Mais j’y pense, reprit le Seigneur, que faites-vous de
leurs âmes, quand elles vous arrivent? J’espère que vous
ne les mêlez pas à celles des mondes en bon état.
— J’ai donné ordre de les parquer dans un endroit
réservé, répondit le directeur. Là on s’efforce de nettoyer
leurs immondices. Mais cette lessive est presque impossible,
à tel point les idées fausses et les penchants vicieux sont
enracinés dans ces êtres. Les uns se scandalisent de ce
— 368 —
qu’il n’y ait pas un enfer pour ceux qu’ils ont damnés; les
autres s’indignent de ne pas trouver dans l’autre monde
le paradis qu’on leur avait annoncé. Tous réclament à cor
et à cri la réalisation de leurs chimères, et clabaudent
contre vous, Père éternel, vous accusant de les avoir
trompés. Quant à ceux qui ne croyaient à rien, ils prétendent qu’on ne les fourrera pas dedans, qu’ils ne sont pas
morts du tout, et que tout cela n’est qu’un rêve.
— Laissez ceux-là rêver tant qu’ils voudront, et donnez
aux autres tout ce qn’ils demandent.
— Quoi! Seigneur...
— J’ai fait essayer ce procédé dans plusieurs univers,
et il a parfaitement réussi.
— Leur donner tous leurs paradis! s’écria le souspréfet. Mais vous n’imaginez pas, Père suprême, combien
il y en a de stupides.
— Plus leurs paradis sont stupides, plus vile ils en
seront dégoûtés. Cela les déterminera à chercher mieux,
et, de cette façon, ils arriveront à se faire de la vie éternelle une idée à peu près raisonnable.
— Mais il en est qui rêvent de ne rien faire absolument
pendant toute l’éternité, si ce n’est de contempler les
douze apôtres et les quatre évangélistes, et d’entendre à
perpétuité chanter le chœur des anges.
— Eh bien ! qu’ils regardent les apôtres tant que cela
leur fera plaisir, etqu’ils écoutent chanter les anges jusqu’à
ce qu’ils en aient par-dessus les oreilles. Un jour viendra
où ce seront eux qui hurleront en chœur: « Assez! assez!
ouvrez la porte! que je m’en aille! » Vous les laisserez
cuire dans leur paradis, quelques milliers d’années encore,
pour leur apprendre à en inventer d’aussi ridicules ; après
quoi vous leur donnerez la clé des champs, et je vous
réponds qu’ils n’y reviendront plus.
— 369 —
— Et ceux qui réclament des houris, dans des jardins
enchantés, sur la promesse d’un certain Mahomet?
— Donnez-leur des jardins et des houris tant qu’ils en
voudront. On se lasse de tout, même des jolies filles.
Ayant ainsi réglé le sort des habitants de la terre, et fait
tourner à notre profit nos plus déplorables erreurs, le
Père de tous les êtres continua son inspection dans
l’Empyrée.
RÉSUMÉ GÉNÉRAL DU CHAPITRE
Nous ne pouvons mieux résumer tout ce qui précède qu’en
citant les conclusions de la section d’occultisme du Congrès
de 1889, section dont nous eûmes l’honneur de diriger les
débats.
IIP SECTION
OCCULTISME
Théosophie. — ■ Kabbale . — Franc -Maçonnerie .
La section d’occultisme présente au Congrès le résumé
de ses travaux: Ce résumé est établi dans le but de montrer les nombreux points où l’occultisme et le spiritisme
sont d’accord, ainsi que les divergences qui peuvent exister
entre les deux enseignements.
Les travaux ont duré du 9 au 13 septembre inclusivement.
Les théories ont été présentées par M. Papus; les discussions ont été soutenues par :
MM. Jules Lermina; Lemerle ; Mac-Nab; Reybaud ;
Dr Chazarain; Gabriel Delanne ; Varchawsky ; M° Raymond
Pognon; M. Bosc ; le Dr Foveau ; le Dr C. Dariex et Papus.
24
— 370 —
OCCULTISME
Constitution de T homme.
1° La constitution de l’ liom-me est enseignée identiquement par toutes les écoles spirites et spiritualistes, quoique
par des termes différents..
Voici ces noms :
Spiritisme
1 . Le corps.
2. Le périsprit.
:i. L'àuae.
Kabbale Théosophie
Le corps (Nepliesh). Le corps (Rupa).
Le corps astral (Ruah). Le corps astral (Linga sliarira).
L'esprit. (Neschâmah). L’esprit (Atma).
2° La divergence entre les doctrines enseignées par le
spiritisme et par les occultistes porte sur la transformation de ces principes après la mort, l’occultisme croyant
à la dissolution totale du périsprit au bout d’un certain
temps.
P h èno mèn es spi i il es .
3° L’occultisme n’a jamais nié la possibilité ou la réalité
de la communication des vivants et des morts. Les phénomènes obtenus dans les séances spirites sont cependant
expliqués de plusieurs manières par les occultistes.
4° L’affirmation que la vie humaine peut sortir de l’être
humain consciemment ou inconsciemment (sortie du corps
astral) explique un grand nombre de phénomènes dits
mystérieux obtenus dans les séances spirites ou par les
Fakirs de l’Inde.
5° L’alliance consciente ou inconsciente des corps
astraux du médium et des assistants, avec ou sans influence
d’êtres psychiques extérieurs, explique une autre partie de
ces phénomènes.
6° Enfin l’influence réelle des esprits est jusqu’à pré-
— 374
senl incontestable dans un grand nombre de cas. Cependant toutes réserves doivent être faites sur les précautions
à prendre pour éviter les mauvaises influences tant pour
les manifestations elles-mêmes que pour les médiums.
1 1 septembre. — Le périsprit.
7U La physiologie et l'embryologie modernes confirment
les données de 1 occultisme en montrant que le corps astral
(fluide nerveux organique) précède Laine et fabrique le
corps matériel, physiologiquement parlant.
8° De ces considérations on peut tirer une théorie
scientifique de b incarnation de Lame dans le corps.
D’après l’occultisme, l’âme n’est jamais totalement incarnée
dans le corps. L’idéal de l’être humain est formé par la
partie extérieure à son corps [hic/her-self des Anglais).
La réincarnation .
9° Les écoles d’occultisme qui enseignent la réincarnation prétendent toutes que l’âme seule (partie la plus
élevée de l’être, NescJnimah , Atma ) se réincarne et que le
périsprit se dissout avec le temps et passe à l’état d’image
astrale.
La réincarnation est cependant contestée par quelques
écoles (H. B. of L.).'
10° Le corps et la partie du corps astral (périsprit) en
rapport avec lui, peuvent être analysés par la science
matérialiste ; mais les fonctions intimes du corps astral et
ses rapports avec l’âme échappent à l’analyse des seules
méthodes du matérialisme et lui échapperont toujours.
— 372 —
12 septembre. — L'humanité .
11° Le périsprit se renouvelle incessamment quant à ses
parties constituantes par l’action toute spéciale du nerf
grand sympathique sur la vie apportée par le globule
sanguin qui la puise lui-même dans l’air ambiant.
12° L’homme présente une véritable hiérarchie cellulaire
couronnée par la cellule nerveuse. De même la terre présente une série hiérarchique d’êtres couronnés par l’humanité.
13° L’humanité est le cerveau de la terre. Chaque être
humain est une cellule nerveuse de la terre; chaque âme
humaine est une idée de la terre. Nous sommes tous solidaires comme les cellules d’un même organe. L’évolution
individuelle de l’être humain est, par suite, liée à l’évolution collective de toute l’humanité. Le malheur des uns
retombe par suite sur le bonheur des autres. Tant qu’il y
aura des humains malheureux, il n’en peut exister aucun
de complètement heureux.
TJ univers.
14° La vie est portée à tous les points de l’organisme
humain par les globules sanguins sous l’action dirigeante
du périsprit (grand sympathique). Chacun de ces globules
sanguins est un être réel constitué analogiquement comme
l’organisme lui-même.
15° L’être humain puise la force nécessaire à vitaliser
ces globules et par suite à organiser le périsprit dans l’air
ambiant. Les organes de l’homme puisent la force nécessaire
à se vitaliser eux-mêmes dans le milieu sanguin ambiant. Le
sang est donc pour les organes ce que l’air est pour l'être
entier.
16o La terre puise les éléments nécessaires à vitaliser
tous les êtres qui sont à sa surface (êtres qui sont ses
véritables organes) dans la lumière solaire au sein de
laquelle elle baigne comme toutes les planètes de notre
système.
17° La lumière solaire agit vis-à-vis des planètes comme
le sang vis-à-vis des organes èt, comme le sang contient
une foule d’êtres réels, sous le nom de globules sanguins,
de même les flots de lumière contiennent une foule d’êtres
perceptibles aux voyants, êtres constituant des forces
inconscientes (élémentals) ou êtres conscients et volontaires
(élémentaires — esprits).
18° Toutes ces considérations tendent à montrer que
chaque planète est un être réel et vivant, possédant un
corps, un périsprit ou médiateur et une âme. Bien plus,
que chaque planète ainsi constituée n’est qu’un organe
d’un être également vivant : l’Univers.
19° Enfin si nous considérons que l’homme est formé
d’une immense quantité de cellules de formes et de fonctions différentes, sans que la soustraction d’une partie
quelconque de ces cellules (Ex. : l’amputation) enlève quoi
que ce soit à l’intégrité de la conscience de cet homme,
nous verrons que le corps matériel ne peut pas agir sur
cette conscience intime, indépendante de lui et immortelle, en rapport seulement avec le périsprit, corps astral
des occultistes, médiateur plastique de Paracelse et de
Van Helmont.
20° De même l’Univers matériel conçu dans sa totalité
forme le Corps de l’Être suprême nommé Dieu par les
Religions. L’Humanité de toutes les planètes, le grand
Adam-Eve de l’Ésotérisme, est la vie ou l’âme "de cet être
suprême. Enfin l’Esprit de cet Être ou des Êtres est indépendant du reste de la création, comme la conscience de
l’homme, son âme, est indépendante de son organisme
matériel. L’occultisme définit ainsi Dieu :
Synthèse des mondes visibles et invisibles formée :
Par l’Univers comme Corps- (objet de l’étude des Matérialistes) ;
Par l’humanité comme Vie (objet de l’étude des Panthéistes) ;
Par lui-même comme Esprit (objet de l’étude des
Théistes).
RÉSUMÉ
Pour résumer tous les enseignements en ce qui regarde
l’homme, nous dirons que la naissance et la mort, ces
deux énigmes qui ont toujours arrêté les matérialistes
néantistes, sont les clefs de l'occultisme et du spiritisme.
21° La naissance nous apparaît comme la mort de l’âme
au monde des causes et sa rentrée dans le monde matériel ou des effets. La mort, au contraire, nous apparaît
comme la véritable naissance de l'âme au monde spirituel.
A la rentrée de l’âme dans le monde charnel, on détache le
lien qui retenait l’enfant à sa mère, comme à la rentrée de
l’âme clans le monde spirituel, se détache du corps matériel
le périsprit qui servait à lier et à assujettir l’âme à ce corps.
22° Telles sont les considérations qui ont conduit les
représentants de la Science occulte dans toutes ses
branches à venir s’unir fraternellement aux spirites de
toutes les écoles. Une même doctrine nous unit tous contre
l’ennemi commun, le néantisme. Ne tenons pas compte
des divergences de détails ou des mots qui peuvent nous
séparer, et affirmons notre union sur les deux principes
fondamentaux de la doctrine spiritualiste :
Persistance de moi conscient après la mort ;
Rapports possibles entre les vivants et les morts.
DIVISION DE LA SCIENCE
L’enseignement du Temple se réduisait uniquement à
T étude de la force universelle dans ses diverses manifestations.
Étudiant d’abord la Nature naturée, la nature des phénomènes, des effets, l'aspirant à l’initiation apprenait les
sciences physiques et naturelles. Quand il avait constaté
que tous ces effets dépendaient d’une même série de
causes, quand il avait réduit la multiplicité des faits dans
l’unité des Lois, l’initiation ouvrait pour lui le Monde des
Causes. C’est alors qu’il pénétrait dans l’étude delà Nature
naturante en apprenant les Lois de la Vie toujours la
même dans ses diverses manifestations; la connaissance de
la Vie des Mondes et des Univers lui donnait les clefs de
l’Astrologie, la connaissance de la Vie terrestre lui donnait
les clefs de l’Alchimie.
Montant encore d’un degré dans l’échelle de l’initiation,
l’aspirant retrouvait dans l’homme la réunion des deux
natures, naturante et naturée, et pouvait de là s’élever à
la conception d’une force unique dont ces deux natures
représentaient les deux pôles.
Peu d’entre les hommes atteignaient la pratique et la
connaissance des sciences supérieures qui conféraient des
pouvoirs presque divins. Parmi ces sciences, qui traitaient
de l’essence divine et de sa mise en action dans la Nature
par son alliance avec l’homme, se trouvaient la Tliéurgie,
la Magie, la Thérapeutique sacrée et l’Alchimie, dont l’aspirant avait entrevu T existence au 2e degré de son initiation.
« Il n’y a pas eu qu’un seul ordre, l’ordre naturel,
d’étudié dans la science antique; il y en a eu quatre,
comme je l’ai indiqué dans les chapitres précédents.
« Trois d’entre eux embrassaient la Nature naturante'
la Nature naturée et enfin la Nature humaine qui leur sert
de lien; et leur hiérogramme était ÉYÉ, la Vie.
« Le quatrième, représenté dans la tradition moïsiaque
par la première lettre du nom de IEYE, correspondait à
une tout autre hiérarchie de connaissances, marquée du
nombre dix1. »
« Un fait certain, c’est que dans ce cycle de civilisation,
l’Unité du Genre humain dans l’Univers, l’Unité de l’Univers
en Dieu, l’Unité de Dieu en Lui-Même étaient enseignées
non pas comme une superstition primaire, obscure et obscurantiste, mais comme le couronnement lumineux,
éblouissant, d’une quadruple hiérarchie de sciences, animant un culte biologique, dont le Sabéisme était la forme.
« Le nom du Dieu suprême de ce cycle, Iswara, Epoux
de la Sagesse vivante, de la Nature naturante, Pracriti, est
le même que Moïse tira, près de cinquante siècles ensuite,
de la Tradition Kaldéenne des Abramides et des sanctuaires
de Thèbes pour en faire le symbole cyclique de son mouvement : Iswara-El, ou, par contraction, Israël, Intelligence
ou Esprit royal de Dieu2. »
D’après ce qui précède, on voit que l’enseignement de
la science antique se réduisait aux quatre degrés suivants :
1° Étude de la force universelle dans ses manifestations
vitales.
2° Étude de cette force dans
ses manifestations humaines.
3° Étude de cette force dans
ses manifestations astrales.
■4° Étude de cette force dans
son essence et mise en pratique
des principes découverts.
Sciences physiogoniques H
Sciences androgoniques l
Sciences cosmogoniques n
Sciences théogoniques 1
1. Saint-Yves d’Alveydre, p. 121.
2. Saint-Yves d’Alveydre, p. 99.
I
DEUXIÈME PARTIE
LA TRADITION
A
DES ORIGINES AU CHRISTIANISME
CHAPITRE VIII
LA SCIENCE DES ÉGYPTIENS ET LA GENÈSE DE MOÏSE
§ 1 . LA TRADITION
MOÏSE ET LA SCIENCE d’ÉGYPTE
LE SYSTÈME DE CHAMPOLLION ET L’OCCULTISME.
Au début de notre ouvrage, nous avons constaté l’existence d’une science complète dans l'antiquité. La seconde
partie nous a permis de résumer la doctrine générale de
l’ésotérisme en éclairant ces enseignements par nos
sciences expérimentales elles-mêmes. Nous devons maintenant pénétrer davantage dans l’étude de cette science
occulte en déterminant l’origine possible de la Tradition.
Ce mot de tradition a le don de faire immédiatement
hausserles épaules à tous les hommes de science. Qu’avonsnous besoin, disent-ils, de l’histoire d’Adam et d’Eve et du
serpent pour comprendre les lois de la Nature? — C’est
en réunissant toutes les données traditionnelles dans le
grenier où sont enfouis tous les vieux préjugés que nous
sommes parvenus à édifier un monument scientifique
auprès duquel restent muets tous les mythes moïsiaques.
Les hommes de science ont raison. On ne connaît géné-
— 380 —
râlement en Europe que la tradition qui nous est transmise par la Religion catholique dont l’Église est la représentante chez nous. — Or l’ignorance cléricale est telle,
ses procédés d’oppression de l’esprit scientifique sont si
néfastes que le jour où la Pensée occidentale a pris son
essor, son premier devoir était de rejeter cet amas de
superstitions transformées par les conciles en articles de
foi, et c’est ce qu’elle a fait.
Mais, comme toujours, on a dépassé la mesure. — On
a voulu assimiler aux légendes de la bible que nous connaissons, toutes les religions anciennes et modernes ; on a
voulu voir dans les prêtres anciens de l’Égypte l’analogue
de nos prêtres catholiques modernes, oubliant que ceux-là
étaient les instituteurs de Pythagore et de Platon, que
c’étaient de véritables savants et |non des inquisiteurs, et
l’on a frappé l’antiquité tout entière de l’anathème de
naïveté qui pesait sur le cléricalisme actuel.
Ne voulant pas croire à l’existence d’une science
renfermée dans les mystères égyptiens, nos savants n’ont
même pas songé à en étudier les méthodes ni les applications. Aussi la connaissance de l’antiquité est-elle fort
imparfaite, et les efforts des occultistes actuels ne tendent
qu’à un seul but : rendre à nos pères la justice qui leur
est due.
Dans une étude magistrale sur le symbolisme antique
d'Orient, un occultiste doublé d’un grand savant, M. de
Brière, résume ainsi les causes principales qui rendent
l’antiquité incompréhensible pour les savants ; nous aurons
du reste à revenir longuement sur ce travail *.
1. Tout dernièrement, M. Marcus de Vèze a fait, dans la Revue l’Initiation (2e, 3e, 4e année), une étude très complète sur l’Égypte et ses
mystères, sous ce titre : l'Égyptologie sacrée.
— 381 —
x
* *
C’est parce que les savants ont tous, en général, une idée
fausse de la méthode hiéroglyphique, qu’ils n’ont pu parvenir à mettre 'd’accord les auteurs anciens qui en ont
parlé. Cette idée fausse tient à plusieurs causes.
1° La plupart des savants ne sont point assez avancés
dans l’étude des religions anciennes, pour leur reconnaître
une commune origine1 2, et ils ne comprennent nullement
la raison des dogmes et des cultes de l’antiquité. Les uns
n’ont pu parvenir qu’à une métaphysique obscure et inintelligible, qui ne se rapporte à rien, et qui n’explique
rien ; les autres ne voient partout que le soleil et la lune ;
avec cette seule donnée, ils expliquent tout. Mais en toutes
choses, on voit toujours les uns et les autres prendre le
sens mystique et vague, de préférence au sens littéral et
rationnel.
2° Ils ne connaissent nullement les Sciences sacerdotales ,
qui formaient le patrimoine exclusif et la puissance des
prêtres ; et le peu que quelques-uns d’entre eux en savent,
est trop peu étendu, pour en faire une application utile à
l’explication des religions anciennes \
1. Les religions anciennes ne différaient guère que par le culte; mais
la croyance était la même partout, parce quelle reposait sur des doctrines scientifiques, communes à tous les prêtres d’Orient.
Le culte différait, parce qu’il s’adressait à des êtres plus ou moins directement en rapport avec les choses qu’on voulait produire. Les Egyptiens
rendaient un culte aux dieux et aux esprits inférieurs, tels que les anges,
les démons, etc. Les Chaldéens ne rendirent de culte qu’à l’ordre seul
des dieux. De là provint facilement le culte d’un seul Dieu, du chef, du
Dieu des dieux, du Dieu Seigneur, ainsi que le dit la Bible.
2. Cette ignorance, née du peu d’importance qu’ils attachent à la connaissance des sciences sacerdotales, produit un effet déplorable. Tandis
que les savants explorateurs en Orient recherchent des recueils de poésies, qui sont sans intérêt; des traités d’histoire, qui n’apprennent rien
de nouveau; des inscriptions monumentales, que personne ne sait lire;
et des bas-reliefs, que personne ne comprend, ils négligent les recher-
— :W2
3° Us ignorent presque tous que les prêtres de l’Orient
avaient entre eux un idiome commun, de haute antiquité,
et que c’était la langue de la science et de la religion ; que
cet idiome passait pour une langue théurgique, magique
et efficace ; qu'elle était la cause première des effets surnaturels, et l’instrument de la puissance des prêtres sur les
divinités. L’influence des paroles magiques ayant cessé
depuis longtemps d’être reconnue parmi nous, je n’ai jamais
trouvé un savant à qui je pusse faire entendre ce point
important de l’histoire du Paganisme. J’aurais été beaucoup
mieux compris, il y a deux ou trois cents ans, qu’aujourd’hui ; parce que, dans ce temps-là, une grande partie des
idées antiques circulaient encore dans le monde.
4° Ils ne savent pas que cette langue était reproduite .
parles hiéroglyphes, et que les hiéroglyphes étaient aussi
théurgiques et magiques, à cause de la langue qu’ils représentaient.
5° Ils ignorent que les prêtres avaient deux méthodes
pour exprimer les principes de leurs sciences, principalement de la théologie. La première méthode, imitative des
paroles , complète et détaillée, au moyen de laquelle les
propositions étaient exprimées in extenso: c’est ce que nous
appelons les hiéroglyphes des textes. L’autre, sommaire
et mnémonique, imitative des pensées ; où les préceptes
des sciences n’étaient indiqués que par des images composées : cette dernière employait les grandes images, les
idoles, et était à l’usage des savants consommés. Ce sont
les figures emblématiques des dieux.
clies sur les superstitions antiques, conservées clans les traités d’astrologie et de magie, et dans une foule de pratiques et d'opinions en vigueur
encore dans l’Orient. C’est là cependant que se trouve une mine d’observations curieuses, et de comparaisons utiles pour l’étude des religions
anciennes. Mais point : les savants méprisent toutes ces choses, à peu
près comme le font les mahométans; mais ils n'ont pas comme ceux-ci
Je motif du fanatisme.
— 383 —
6° Ils ne savent pas que la langue sacrée et l’écriture
hiéroglyphique existaient chez tous les peuples où les
sciences sacerdotales et la magie s’étaient introduites :
chez les Phéniciens et les Chaldéens, par exemple h
Cette seule citation nous fait de suite entrevoir la sûreté
et la profondeur de la science enfermée dans les Pyramides.
Or, qu’est-ce que la Bible ou plutôt qu’est-ce que la
portion la plus importante de la Bible : la Genèse ?
l’œuvre de moïse
Moïse était un prêtre d’Osiris, c’était un de ces prodigieux savants élevés dans les temples et détenteurs de
connaissances redoutables. Moïse avait franchi tous les
degrés de la hiérarchie sacerdotale, c’est-à-dire qu’il avait
appris tous les ordres de science, et c’est cet homme qui,
après soixante ans d’études, n’aurait pas trouvé de meilleure
façon de nous faire connaître son savoir que le récit d’un
homme et d’une femme conversant avec un serpent au sujet
d’une pomme dans un jardin potager!
La simple logique nous montre qu’il y a malentendu
dans cette question, et comme nous ne possédons, pour
juger cet homme, que quelques traductions de son œuvre,
il nous reste à savoir si les traducteurs n’ont pas fait œuvre
1 . L’existence d’une langue et d’une écriture sacrées, communes aux
prêtres des diverses nations, et véhicule des sciences sacerdotales, dérange beaucoup les savants du jour, qui ne rêvent que le copte, et voient
dans les hiéroglyphes un copte ancien, qui n’a presque pas de rapport
avec le moderne. C’est un copte de convention, retrouvé dans un système
du même genre. La langue sacrée faisait des miracles-, ce pauvre copte
n’en a pas fait jusqu'à ce jour. Le monument de Rosette est toujours là,
avec sa grande page hiéroglyphique tout à fait incomprise. Mais voici
quelque autre chose. Les Ethiopiens, pères des Egyptiens, avaient les
hiéroglyphes et n’avaient pas le copte. Eh bien, on dira que jadis il en
était autrement, et que les Ethiopiens ont donné le copte tout entier aux
Egyptiens, sans en rien garder pour eux.
- 384 —
\
de trahison et ne nous ont pas induits en erreur sciemment
ou inconsciemment.
C’est donc une histoire de la Bible que nous allons
esquisser ; mais auparavant il est indispensable d’étudier
de très près les procédés égyptiens, puisque ce sont ces
procédés mêmes qu’emploiera le prêtre d’Osiris surnommé
Moïse.
Ce surnom donné aux initiés a fait croire à quelques critiques modernes que Moïse, ni Homère, ni Orphée n’avaient
jamais existé. Cette idée vient, comme toutes ses congénères, de l’ignorance des choses de l’antiquité. Tous les
noms d’initiés sont des noms particuliers donnés après
coup, comme nous le montre l’extrait suivant :
Je suis tenté de croire que Pythagore n’est pas plus le
véritable nom du philosophe de Samos, que Zoroastre celui
du philosophe de la Bactriane. Pythagore signifie qui
parle python, c’est-à-dire qui parle du ventre, un engastrymithe, de bithen (ventre). On a confondu ce dernier avec
pethen , serpent, parce que les magiciens, parleurs murmures modulés, charmaient les serpents. Pythagore
signifie donc un ventriloque ; et c’était une attribution des
prophètes; Pythagore était évidemment un prophète égyptien ; il en portait le costume.
On peut en dire à peu près autant de Porphyre et de
Jamblique. On sait que le nom syriaque du premier de ces
philosophes était Malk, et qu’il changea ce nom en celui
de Porphyre, qui signifie pourpre. On a expliqué Malk par
roi ; je pense qu’il y a erreur .Malk, l’opérateur, surnom
donné à Mercure, s’appliquait à l’iiiérogrammate ; celui-ci
portait un ruban rouge autour de la tête et des ailes au dos.
Donc Malk et Porphyre signifient un hiérogrammate.
Quant à Jamblique , il vient de la même racine, Maïak;
on l’écrit Iamlikh : ia pour l’article oriental ha : Hama-
*
— 385 —
lak , Porphyre et Jamblique sont donc des noms de fonctions.
(de Brière, Symbole d'Orient , p. 64.)
§ 2. L’ORIGINE DU LANGAGE ET LES TROIS LANGUES
MÈRES
l’hébreu est la langue des mystères égyptiens
La tradition occidentale constituée en grande partie par
la Kabbale vient, ainsi que nous le verrons tout à l’heure,
de Moïse et par suite des mystères égyptiens .
Connaissons-nous ces mystères?
Pas le moins du monde. L’habitude prise par le monde
scientifique de considérer les anciens comme de grands
enfants est telle qu’on ne veuf pas admettre l’existence dans
l’antiquité de données totalement perdues de nos jours
comme celles qui ont rapport à l’existence d’une langue
sacrée commune à tous les initiés de tous les cultes.
Un égyptologue des plus savants, M. de Brière, a fait
plusieurs études sur ce système '. Comme son ouvrage sur
ces questions est des plus rares, nous allons en citer quelques extraits qui serviront à éclairer au mieux nos affirmations sur la science qui fut enseignée à Moïse.
Ce qui fait de M. de Brière un auteur de grand poids, à
notre avis, c’est qu’il avait retrouvé scientifiquement l’existence de la science occulte en Égypte et il résume ses recherches sur ce sujet dans ce qu’il nomme les Idées antiques.
1. Essai sur le symbolisme antique d’Orient , principalement sur le symbolisme égyptien, par M. de Brière, lauréat de l’Institut, etc. Paris, 1847,
in-8°.
25
— 386
* *
C’est ce manque de principes, et surtout de principes
communs à tous, qu’on doit reprocher aux ouvrages donl
je parlais tout à l’heure (les ouvrages des savants officiels).
Certains de ces ouvrages ne sont que des abîmes ténébreux
d’une philosophie nébuleuse, dont l’œil le plus pénétrant
et le plus exercé a peine à apercevoir le fond : d’autres
sont des labyrinthes de faits dans lesquels les auteurs se
sont embarrassés, et dont ils n’ont su comment se tirer,
faute d’un fil conducteur qui les aidât à en sortir : d’autres
encore ne sont que des amas énormes de monuments de
tous genres, et surtout, de longues enfilades de médailles;
livres immenses, composés à propos d’une question de
détail, qui pourrait tenir dans quelques pages ; tandis que la
question principale n’est point résolue, et même est tout
à fait négligée : enfin d’autres, plus compréhensibles,
plus saisissables, mieux entendus, établis avec art, où les
faits sont exposés avec méthode et clarté, mais où la doctrine porte à faux, parce qu’elle repose sur des opinions
préconçues, et non pas sur l’examen intime et la juste
appréciation des choses.
Or, que manque-t-il aux auteurs de ces ouvrages? les
IDÉES ANTIQUES.
J’appelle idées antiques, les opinions qu’avaient les
Orientaux sur la nature, les propriétés, l’action et la relation
des choses. Ces opinions, qui s’étaient infiltrées en partie
dans l’Occident, mais qui n’existent plus nulle part, à cause
de la disparition du paganisme, sont formulées très nettement dans les sciences sacerdotales, et se dégagent aisément par l’examen attentif et la comparaison des choses.
Ces opinions sont en quelque sorte l’âme et la vie des faits
religieux et scientifiques : c’est l’oxygène, extrait de l’air
— :587 —
et absorbé par la respiration, qui entretient l’existence.
Réduites en préceptes, elles forment un corps de doctrine,
indispensable pour erttendre l’histoire des temps primitifs,
et les religions anciennes.
Il faut donc s’identifier avec les anciens, et en quelque
sorte penser comme eux ; c’est aussi ce que j’ai fait. Mais
on doit vraiment déplorer la légèreté avec laquelle des
hommes, recommandables par leur savoir et leurs talents,
traitent ces hautes questions archéologiques.
La Philologie comparée (non pas seulement celle qui se
borne à nous dire qu’un mot passé d’une langue dans une
autre se termine en t , tandis que dans la première il se terminait en s , mais encore celle qui s’attache aux idées représentées par les mots , et qui les suit dans leurs diverses
phases) est un grand moyen d’explication des religions
anciennes ; malheureusement, les explicateurs des religions, plutôt hellénistes ou latinistes qu’orientalistes, et
plutôt grammairiens que philologues, négligent cet utile
moyen. Ils ne dépassent jamais le sens historique, et ne
peuvent pénétrer dans les mystères de la linguistique
sacrée. Dès lors leurs études sont tout à fait stériles pour
nous, et ne nous apprennent rien de nouveau et d’utile.
Nous n’en savons pas plus qu’auparavant l.
J. L’élude des langues se divise en deux genres : en grammaticale cl
en philologique. Les grammairiens, occupés à traduire et à composer,
ne voient dans une langue que des mots et des phrases, la grammaire et
le dictionnaire, des thèmes et des versions : ils déclinent et conjuguent;
voilà tout. Pour eux, un idiome est une chose parfaitement invariable.
Les philologues, au contraire, étudient les effets du temps sur les langues,
et comparent les divers idiomes entre eux, pour connaître leurs rapports,
et les transformations qu'ils oart subies. C'est aux grammairiens coptes
qu’est échu le lot d’appliquer le système de Champollion au déchiffrement des hiéroglyphes. Aussi, on les voit transportés de joie, lorsque, à
l’aide de ces tortures violentes qu’ils donnent aux symboles, ils sont parvenus à retrouver quelqu’une des formes intimes du copte moderne, dans
des inscriptions qu’ils supposent appartenir aux temps voisins du déluge :
ils croient avoir véritablement saisi le sens des symboles.
— 388 —
Dirigée par les idées antiques , la philologie comparée
sera un auxiliaire puissant pour retrouver la langue sacrée,
sans laquelle on ne peut rien entendre aux symboles. Je
donnerai tout à l’heure un exemple de la comparaison des
langues, à propos des sources de la langue sacerdotale; et
l’on verra là un aperçu des avantages de la philologie
comparée. J’en ferai usage aussi dans mes recherches sur
la Croix et Sérapis, et sur les monuments de Mithras.
On comprend de suite l’importance que peut avoir la
démonstration de l’existence de cette langue sacrée, de
cette langue des mystères dont parlent toutes les traditions
et qui est niée par nos savants contemporains. A cette que stion nous ne pouvons mieux répondre que par l’unanimité
de tous les auteurs de l’antiquité cités dans le tableau suivant que nous donnons in extenso vu son importance.
Résumé des passages d'auteurs anciens , relatifs aux langues et aux
figures sacrées en usage parmi les prêtres et les initiés.
LANGUES
et
ÉCRITURES NATIONALES
LANGUES, ECRITURES
et
FIGURES SACRÉES
Héliodore. Chez les Éthiopiens.
Écriture populaire.
Écriture royale ou peut-être
angélique (la même que
l’écriture hiéroglyphique).
George le Syncelle.
En Égypte.
ai Suo yXiooraai twv Aiyuimwv.
Les deux langues des Égyptiens (du temps de Cécrops).
îepa cpa jvyj.
Langue sacrée.
— 389 —
LANGUES
et
ÉCRITURES NATIONALES
LANGUES, ECRITURES
et
FIGURES SACRÉES
Manethon.
y.mvï) ôiaXexToç.
8ia.XiY.-zot; Up a.
Langue vulgaire.
Langue sacrée,
ispa yXwtraa.
Langue sacrée.
Diodore de Sicile.
i8ta SkxXexto; twv Aiyuiraoiv.
Langue propre des Égyptiens,
lepot Xoyoï.
Discours sacrés.
Jamblique
oixeta*
ôiaXexTOç üXï) va>v teptov etjvtov,
{de Mysteriis).
La langue propre de la nation.
dxnrsp Aiyuuvujüv xai Aacr-j-
(Le passage de Jamblique,
piO)V.
appartenant à la 7° section,
La langue entière de l’ordre
est fort long et fort explides prêtres, tels que les
catif ; j’en ai tiré un grand
prêtres égyptiens et ceux
parti dans mon cours.)
des Assyriens.
La langue sacrée est dite
Y/.waaa xwv çiXoeroçwv.
étrangère par Jamblique,
La langue des philosophes
et préférée par les dieux à la
(ou des prêtres).
langue du pays. Il dit que
cpo)VY) tcov kpecov.
cet idiome est fort ancien
et de première origine.
La langue des prêtres.
Quand on a lu ce passage, on
ne comprend plus l’obstination des savants qui nient
l’existence d'un idiome sacré,
et qui ne rêvent que le copte. L'absurdité est trop sensible.
Jamblique
àp.ouv signifie caché dans la
et Plutarque.
langue des Égyptiens (c’est
le nom donné aux prêtres).
Porphyre.
7iaxpta cp wvy}.
La langue héréditaire ou la
langue des Pères (nom
donné aux prêtres) : la
même que parlaient entre
eux les disciples de Pythagore.
yXaxTffa ro)v Atyuwnwv.
La langue des Égyptiens,
apprise chez les prêtres, et
qui servit à Pythagore de
moyen de communication
avec les prêtres chaldéens,
hébreux et arabes.
— 390
LANGUES
et
ÉCRITURES NATIONALES
LANGUES, ÉCRITURES
et
FIGURES SACRÉES
Lucien.
Upa ovofxaxa.
Noms ou paroles sacrées.
Tacite.
Hermès.
Patrius sermo.
Langage des Pères ou antique.
Tiatpia çwvï).
La langue des Pères, très
claire et très énergique.
Saint Clément.
d’Alexandrie.
AtyjTTOwv (tspstov) «püjvr,.
La langue (des prêtres) égyptiens (usitée dans les temples).
OcoXoyoup.svoi g'JÔot.
Histoires ou récits en langue
sacrée.
Lucain.
Marjicæ linguæ.
Langue ou paroles magiques
(exprimées par les hiéroglyphes).
Origènes.
ta Ttaxpia ypot|J.(j.aTa.
Les lettres des Pères,
ta Ypap.p.axa 6eia.
Les lettres divines, les figures
des dieux, sur lesquelles
les prêtres dissertaient.
Inscription de Josette, désignant
les trois langues
en usage en
Égypte.
sy/copia ypagp-ara.
Les caractères des habitants,
représentant la langue vulgaire.
î/,Xï)v ixa
Les caractères grecs, exprimant la langue grecque.
Les trois langues, hébraïque,
de Jésus-Christ, sont design
l’évangile de saint Luc.)
iepa ypaggata.
Les caractères sacrés, représentant la langue sacrée.
i
erecque et latine, de l’écriteau
ées par leurs écritures; voyez
l
— 391 —
LANGUES
LANGUES, ECRITURES
et
et
ÉCRITURES NATIONALES
FIGURES SACRÉES
Synesius.
y\iti(7G0L e;iot.
La langue domestique (ne
peut pas faire agir les
dieux.)
ûuoêapoapiÇtov eXxuas oaa tojv
dcütv.
En parlant une langue étrangère on fait agir les dieux.
Philon le Juif.
A Babyi.one et en Assyrie.
(Voyez plus haut Jamblique.)
àMoyeviriç xca à/AocpuXoç yï-ooGaa
XaXScaGovaa rwv p.£TEa>oXsu'/wv Tispi àu-rpovopuav.
La langue étrangèreemployée
par les Ghaldéens astronomes.
Daniel.
Langue syriaque.
Langue des Chaldéens.
Écriture des Chaldéens.
Cassiodore.
(Écriture chaldéenne), les hiéroglyphes des obélisques
communs aux Égyptiens et
aux Chaldéens.
Hygin.
Aristote.
Les Ghaldéens et les Égyptiens ont les mêmes signes
du zodiaque.
Ils ont les mêmes signes symboliques. (Voyez le vase de
Gaylus.)
Philon de Biblos.
Liiez les Phéniciens.
Livres écrits dans les caractères secrets des Ammonéens
(nom donné aux prêtres). Voyez le monument de Carpentras, et des médailles de Gossira, portant des figures
égyptiennes et des légendes phéniciennes.
Josèphe.
Chr. d’Alexandrie.
Etiez les llÉUREi \.
Le nom de Dieu écrit en caractères sacrés.
(Scarabée trouvé dans le
temple.)
Isaïe.
Écriture claire.
Langue des érudits.
Jonathas.
Langue vulgaire, langue troisième.
Langue du sanctuaire.
Saint Paul.
Langue des hommes.
Langue des anges.
Langue du troisième ciel,
incompréhensible aux
hommes.
— 392 —
LANGUES
et
ÉCRITURES NATIONALES
LANGUES, ÉCRITURES
et
FIGURES SACRÉES
Eustatlie.
Chez les Scythes.
Figures hiéroglyphiques.
J. Lydus.
Chez les Étrusques.
Écriture antique et religieuse.
Homère.
Platon.
J. de Meurs.
Chez les Grecs.
Langue des hommes.
(Les trois mots conx, omtpax
mystères de Cérès, et cornu
et aux Indiens.)
Langue des dieux.
Tablette hiéroglyphique du
tombeau d’Alcmène.
, prononcés par les initiés aux
nins aux Grecs, aux Égyptiens
Mahomet.
Chez les Mahométans.
La langue arabe, dans laquelle le Coran a été traduit par Dieu.
La langue céleste, dans laquelle le Coran est écrit
sur une table gardée par
des anges.
A tous ces témoignages, une question va nous être
immédiatement posée :
Mais vous semblez ne pas admettre la validité des travaux sur l’Egypte et ses mystères faits par Champollion
qui porta si haut l’esprit d’analyse et de critique?
Personnellement nous ne sommes pas autorisé à discuter
la validité de ces travaux. Une seule chose nous frappe
pourtant, c’est que dans les traductions des manuscrits ou
d’inscriptions monumentales faites par cette école nous ne
voyons jamais trace d’un enseignement sur la Science Occulte. Partout il y a des noms de rois ou des qualificatifs du
Soleil et jamais de phrases formant un véritable ensemble.
D’autre part deux savants éminents, quoique non officiels, MM. de Brière que nous avons déjà cité et Barrois,
393 —
l’auteur des principes de Dactylologie , ont attaqué et renversé à notre avis tout le système de Champollion.
Voulant éviter d’entrer dans ces discussions nous allons
donner les conclusions de M. de Brière et nous sommes
persuadé que le lecteur tant soit peu imbu des premiers
éléments de Science Occulte sera de l’avis de cet auteur
contre Champollion.
Il y avait donc, chez les Égyptiens, quatre espèces
d’écritures différentes : 1° l’écriture épistolographique ou
démotique, alphabétique très probablement, à l’usage de
ceux qui cultivaient les arts, et de ceux qui étudiaient la
langue sacrée ; 2° l’écriture hiéroglyphique ou monumentale, toute en rébus , imitative des paroles ; et représentant
les choses, soit sous leur nom propre et naturel, soit sous
un autre nom 1 ; 3° l’écriture hiératique, dérivée de la précédente, cursive à l’usage des prêtres, pour la composition
des ouvrages en langue sacrée ; 4° l’écriture symbolique,
composée des figures divines, YP*n$?Taôsu, a^aX^ava, sujet
de dissertation pour les prêtres. On appelait ces dernières
figures éléments ou lettres, dont les signes de textes étaient
les éléments, à cause des nombreux attributs que les
divinités portaient. C’est pour cela que les signes de texte
ont été appelés éléments des lettres , premières lettres, premiers éléments, c’est-à-dire éléments des éléments,
comme Platon appelle icpwca ovop,a -a, les noms qui ont servi
d’éléments à des mots composés ; c’est donc ainsi qu’on
doit expliquer l’origine de l’expression Ta Tupuxa Çoi/eta (tyjç
Ypajj^aTivajç), laquelle a été appliquée ensuite aux signes de
l’écriture alphabétique, dérivée des symboles égyptiens.
1. Voy. l 'Étude sur les travaux de Barrois, à la fin de ce chapitre
(p. 409).
— 394 —
Ce sont là les quatre écritures qu’Abénéfî, cité par Kircher, reconnaissait chez les Égyptiens ; il donnait à la
première le nom d’écriture des ignorants ; à la seconde,
d'écriture mêlée ; à la troisième, d’écriture des philosophes ; à la quatrième, d’écriture des oiseaux ; cette
dernière dénomination vient de ce qu’elle exprimait des
idées astrologiques. Et qu’on ne dise pas que ceci soit une
supposition de Kircher : de son temps, les monuments en
écriture hiératique n’étaient pas connus, et lui-même avait
une idée très fausse des symboles : donc il n’a pas pu
supposer la mention d’une écriture, dont rien ne lui faisait
soupçonner l’existence.
Tout cela se réduisait à deux méthodes : à une méthode
imitative des paroles, pour transcrire les textes ; et à une
méthode imitative des pensées, allusive et mnémonique,
pour rappeler par une image composée, un tableau divin
à l’esprit, ainsi que le disent Plotin et Porphyre.
Ainsi nous avons pour résultat :
Par les traditions anciennes.
1° Une langue sacrée et magique, commune aux prêtres des
divers pays.
2° Une écriture hiéroglyphique, très simple, imitative
des paroles, et s’expliquant d’une
seule manière, comme toute
écriture de langue parlée; produisant les mêmes effets magiques que la langue sacrée, à
cause qu’elle la représente, et
par conséquent irréductible. Les
symboles expriment chacun plusieurs idées , lesquelles sont déterminées par des noms explicatifs.
Par M. Champollion
et M. Letronne.
1° Point de langue sacrée : un
idiome national, le copte.
2° Un système alphabétique
et idéographique, justement ce
qu’il ne devrait pas être. Une
méthode compliquée et embrouillée; des interversions, des
abréviations, etc. Les symboles
n expriment chacun qu’une seule
idée. Des signes muets et parasites pour expliquer les mots
mal écrits.
3° Un système religieux reposant sur la cosmologie astrologique; système très clair, où
chaque être divin a un rôle
marqué et compréhensible. Communauté d'origine des religions
anciennes.
4° Des figures d’idoles exprimant, par des tableaux allégoriques, les idées cosmico-astrologiques, et produisant des effets
magiques.
3° Une théologie obscure,
sans ensemble, éloignée de tout
rapport avec les sciences sacerdotales : isolement complet des
diverses religions.
4° Des figures inertes, dont le
sens est à peu près arbitraire, et
ne repose sur aucun ensemble
théologique.
Si le système de Champollion est vrai, il n’est pas vraisemblable ; car il est d’une complication excessive : au
lieu qu’en proposant, sur la foi de toute l’antiquité, un
idiome sacré et une écriture imitative du langage je simplifie, comme Copernic, la mécanique céleste, et la rends
beaucoup plus rationnelle : de plus, j’explique la cause des
prodiges, l’apparition des dieux, etc., attribuée par l’antiquité à la puissance magique des prières en langue sacrée;
tandis que M. Champollion et ses disciples n’ont point de
paroles pour cela. (de Briëre.)
* *
Toute l’école de Champollion s’appuie sur un passage de
saint Clément pour asseoir ses prétentions. Or ce passage
est d’une très grande utilité pour nous car il nous montre
la manière dont étaient enseignées les trois sortes d’écritures aux futurs initiés. Aussi n’hésitons-nous pas à donner
ce passage avec les deux traductions faites, appelant
l’attention de nos lecteurs sur la traduction de Brière, la
seule se rapportant aux données de la Science Occulte.
J’en viens maintenant au passage des Stromates.
M. Letronne a donné deux traductions de ce fameux pas-
— 396
sage, dans les deux édifions du Précis hiéroglyphique de
M. Champollion ; mais ces deux traductions ne diffèrent
guère que par l’interprétation des mots tx Trpwxa Çoi/eix.
Voici la dernière traduction, et celle qui exprime le
mieux la pensée du célèbre académicien : je la donne en
regard du texte et de ma traduction, afin de bien faire
sentir la différence qui existe entre les deux traducteurs.
Je fais précéder et suivre le texte comparé de saint Clément de quelques phrases de cet auteur, qui expliquent et
fixent sa pensée, et qui, n'étant nullement sujet de controverse. n’ont pas besoin du texte grec pour se justifier.
Préambule du passage de saint Clément.
Comparons les choses spirituelles aux choses spirituelles ; c’est pour cela que, par un mode de mystère qui
est vraiment divin, et qui nous est fort utile, les Égyptiens
marquèrent par les choses qu’on nomme chez eux impénétrables, et les Hébreux par celui de voile , le Verbe naturellement sacré, et qui repose dans le sanctuaire de la vérité.
Chez les Hébreux, il n’était permis d’entrer dans le sanctuaire qu’à ceux qui étaient consacrés, c’est-à-dire voués à
Dieu; et dont les mauvais penchants étaient circoncis par
leur amour pour Dieu seul. Platon prétendait qu’il ne
fallait pas que ce qui était pur fût touché par ce qui était
impur. De là vient que les prophéties et les réponses des
oracles sont données sous forme d’allusion. Les mystères
ne sont pas révélés sans respect au premier venu ; mais
avec des préparations et des expiations : car la muse ne
cherche pas le gain , elle n'est pas mercenaire ; elle ne vend
pas des sons doux et des vers mielleux avec un visage
argenté.
(Pindare.)
397
CONTINUATION DU TEXTE DE SAINT CLÉMENT D’ALEXANDRIE
Passage traduit par M. Letronne.
TEXTE
de saint Clément
’A'jxîxa oi Ttap AiyuirTt’ot; ■KX'.oô'jcjp.îvût,
np(OTT,V (1) [ASV iraVTtOV
Trjv atyyi|Tca)v ypa|j.txxTc>)v
(jlÉ0o8ov exgavôâvo'jar, tï]v
Èiuî[oXoYpâ<pix'c;v xaXou -
p,£Vï)v’ Ssurspav os , vr,v
Upavixrjv, rj xpüjvtai ot tepoYpapp.aTstç’ ùÇxt-^v 6s
y. ai TsXsuTaiav, Tirjv UpoY^u<pixr|V.
?
p.èv sÇij ôià tcov TcptoTtjOV Çoi)J£tü)V, X'jpioXoYlXT| ’
TRADUCTION
de M. de Prière
Ceux qui sont admis à
s'instruire chez les prêtres
égyptiens, se mettent surle-champ
A apprendre complètement les principes et
l’usage des trois écritures
égyptiennes ; d’abord, et
avant toutes les autres,
de l’ épistolographique1 2 ;
ensuite de l'hiératique,
dont se servent les hiérograrnmates3 4; et en dernier lieu de l'hiéroglyphique ,f.
Cette dernière méthode
comprend :
1° Celle où les signes
de l’écriture se prennent
TRADUCTION
t de M. Letronne
Ceux qui, parmi les
Égyptiens, reçoivent de
l'instruction.
Apprennent avant tout
le genre de lettres égyptiennes, qu'on appelle
épistolographiques ; en second lieu, l’hiératique,
dont se servent les hiérogrammates ; et enfin l'hiéroglyphique.
V hiéroglyphique est de
deux genres :
L’un emploie les premières LETTRES ALPHABÉ1. Je crois qu’il y a erreur dans le texte de saint Clément, et que c’est
Ttpwvov, et non itpw-cov qu’on doit lire : Ssuvepav et uÇa-cïjv décident la
chose, et font voir que l' épistolographique était la première écriture, dans
l’ordre d’étude.
2. Jamblique (De Mysteriis, S. 7, ch. 4) nous apprend que les principes
de la langue sacrée étaient enseignés dans la langue vulgaire ; par conséquent avec des livres écrits en caractères épistolographiques . Ainsi donc,
l’usage de l’écriture vulgaire devait précéder celui des écritures hiéroglyphiques : c’est aussi par celle-là que Pythagore commença ses études.
Pour comprendre les hiéroglyphes et en faire usage, il fallait savoir
d’abord la langue qu’ils reproduisaient. Ceci prouve que l’écriture sacrée
n’était ni alphabétique, ni idéographique; pour la prononcer, il fallait
connaître la langue : c’est tout le contraire de ce que font les savants
d’aujourd’hui.
3. C’était une expression générale pour désigner tous ceux qui composaient des ouvrages scientifiques : c’était aussi une fonction particulière.
L’écriture hiératique était indispensable à connaître pour l’étude des
sciences; parce que ces sciences étaient exposées dans des ouvrages écrits
de cette manière. (Ceux qui s’instruisaient, n’étaient pas encore hiérogrammates.)
4. Parce qu’elle était la plus difficile à tracer, et que les images symboliques des dieux, dont on ne donnait l’explication qu’aux initiés du
premier ordre, en faisaient partie.
39H —
T| 0£ (eC‘, Olâ T(OV 7IpCoTlOV
toc/euov), (7’ju.ëoXiv.v'i'
Tr,; oi irvuéoXix/,;,
r,jxsv, x'jpioXoYEÎTai xaxx
r,5’ oiffirep xpoiuxw;
YpâcpEToa’
r,3e ANTIKPYS aXXrjopsÎToa xaxà T'.vx: aiviyP-OJÇ.
YjXiov yo'j't 2 êov-
).Q(J.SVOl, XGXXoV 7t<HO’JOT'
'TcX'/JVYjV OS, CY^-® |J-'0vost"
DANS LE SENS PROPRE et A
LA LETTRE. 2° Cfillâ OÙ CeS
mêmes signes sont pris
dans un sens figuré ou
MÉTAPHORIQUE.
Dans le sens métaphorique, les signes s’interprètent de trois manières
différentes.
Selon la première, la
métaphore s’interprète par
le nom propre d’une
chose, conformément à
1’ imitation de ce nom ipar
le signe).
Selon la deuxième, le
signe s’interprète d’une
manière qui se rapproche
DE LA MÉTAPHORE.
Dans la troisième, le
signe s’interprète clairement par un autre objet,
en raison de certains rapports allusifs, (résultats
de comparaisons préalables) *.
Ainsi, selon la manière
littérale, et selon I’imitati ve, lorsque les prêtres
tiques (première traduction : exprime au propre
les objets par les lettres ) ;
l’autre est symbolique
(première traduction :
l'autre les représente par
des symboles).
La méthode symbolique
se subdivise en plusieurs
espèces.
L'une représente les objets au propre par imitation (des objets).
L'autre les explique
d'une manière tropique
figurée).
La troisième se sert entièrement d’ allégories exprimées PAR CERTAINES
ÉNIGMES.
Ainsi, d’après ce mode
les Égyptiens veident-ils
écrire le soleil, ils for1. Tout ce qui précède se rapporte à l’étude du déchiffrement des hiéroglyphes, lorsqu’on avait appris la langue sacrée; c’était la tâche des
élèves. Ce qui suit est la manière dont l’écriture était employée par ceux
qui en connaissaient déjà les propriétés : c’était le talent des prêtres instruits.
2. L’aoriste yp “’W1 doit-il se prendre absolument dans le sens du présent Ypa'-pstv? Je ne le croisj pas. Le parfait et l’aoriste marquent, lorsqu’ils se rapportent à une époque indéterminée, ce qui se fait habituellement, ce qui a lieu selon Vusage ordinaire. (Voyez les grammaires grecques de Gail et de Burnouf.) Dès lors nous comprenons que 6ouXop.evoi
Ypaj/ai vpaov, signifie que lorsque les prêtres écrivaient le mot soleil, par
la méthode ordinaire et naturelle, c’était par la représentation du soleil
lui-même. Cette observation peut s’appliquer à tous les cas que l’on rencontre dans Horapollon. Par là, nous reconnaissons la différence qui
existe entre les représentations ordinaires, et celles qui ne sont qu’accidentelles; telles que le tropique et Y allégorique.
— 399 —
okç, '/.axa xo •/.•jptoAoyo’j-
[ASVOV gîooç'
TpOTXlXCÜÇ ôè, X«T ’ GlXEtrjxrjxa p.Exâyovx£ç xai (jte—
xaxiQÉvxeç' xâ3s È5a>.).axxo-jxeç , xâo£ 7ro).),or/<î>ç
jA£xaa-/^naxiÇovx£;, yapaxTOpO\V.
égyptiens veulent écrire
le mot soleil , ils font ordinairement un cercle
(ils figurent le soleil); le
mot lune , ils font ordinairement la figure de la
lune (un croissant).
Selon la manière qui
se rapproche du trope,
les prêtres égyptiens, changeant la signification habituelle des signes ( par
rapport à leurs figures,
à leurs noms), et lui en
substituant une autre accidentelle, diversifient ces
signes par des additions,
ou modifient leur apparence de plusieurs manières.
ment un cercle ; lorsqu'ils
veulent écrire la lune, ils
forment un croissant 1 .
Dans la méthode tropique, changeant et détournant le sens des objets
par voie d'analogie, ils les
expriment, soit en modifiant leur image , soit en
lui faisant subir divers
genres de transformation.
TVj; yoOv xûv gamXécov C’est avec cette me- C’est ainsi qu’ils emstioùvouç 0£o)voyoop.lvoiç p.û- thode, qu’exposant leurs ploient les anaglyphes
7tapaoiobvx£ç, témoignages de hecon- (bas-reliefs allégoriques),
naissance envers leurs quand ils veulent transrois, dans des récits ira- mettre les louanges de
contant les bienfaits des leurs rois, sous forme de
monarques), et conçus mythes religieux.
dans la langue théologique (c’est-à-dire, la langue sacrée)..
àvaypct-po'jGT 3i’a xwv Ils les publient au
ocvayMçcov. moyen d'une inscription
solennelle, sur des stèles
(portant des bas-p.eliees,
allusifs au sujet de l’inscription).
foûoE, xaxà xoOç cuvty- La troisième manière, Voici un exemple de la
|xouç, xpixou eiôouç, Ô£îyp.a l’allégorique, celle qui troisième espèce d’écriture
sÇw xôSe. s’explique par d’autres hiéroglyphique, qui emobjets, en raison de cer- ploie des allusions énigtaines allusions claires, matiques.
est ainsi.
%
Ta gèv yâp xûv à’Uwv Ils comparent les astres Les Égyptiens figurent
acptov , ôtà xy]v TiopEiav autres que le soleil, à des les autres astres par des
xvjv Lo|v)v, oçewv (xcogao-iv corps de serpents, à cause serpents, à cause de l’obli1. Je ne sais pas si l’on peut dire : écrire le soleil; il me semble que
l’on représente sa figure, mais que l’on n’écrit que son nom.
— 400 —
cMtÉiy.aÇoV t'ov 3è rl\io'i, de l’obliquité de leur qui té de leur course, mats
tw toO y.avôdpo'j. y. t. 1. mouvement; et le soleil à le soleil est figuré par le
celui d’un scarabée, parce scarabée.
que celui-ci fait une figure
en forme de globe, et la
roule en reculant. On dit
que cette espèce d’animal
vit six mois sur terre et
six mois sous terre; et
que, lançant son sperme
dans le globe, il engendre : mais qu’il ne naît
point de femelle *.
Donc, pour le dire en un mot, tous ceux qui traitèrent
des choses sacrées, les théologiens, tant barbares que grecs,
cachèrent les principes des choses ; ils ne firent connaître
la vérité que par des allusions, des allégories, des métaphores, et autres espèces de figures : tels sont, chez les
Grecs, les oracles ; et Apollon pythien est appelé loxias, c’està-dire louche. Les apoplithegmes des philosophes grecs sont
certainement de ce genre ; ils expriment en peu de mots
de grandes choses. Ainsi, épargnez le temps , veut dire, ou
bien, comme la vie est brève, il ne faut pas perdre le
temps; ou bien, qu’il faut être économe, afin de se conserver le nécessaire, si l’on vit longtemps.... C’est pourquoi les poètes, qui apprirent la théologie des prophètes,
exprimèrent leurs enseignements par des allégories ; tels
furent Orphée, Linus, Musée, Homère et Hésiode; et ceux
qui, par cette raison, furent appelés sages.
★
La suite du fameux passage fait voir que saint Clément
comprenait sous le nom] d’allégorique, tout ce qu’il croyait
1. Les rapports vrais ou supposés, entre' le soleil et le scarabée, selon
l’opinion ancienne, nous sont exposés plus au long et d’une manière concordante, par Horapollon, Eusèbe et Ælien. Cela prouve qu’il n’y avait
dans le choix du symbole aucune obscurité.
101
c ontenir un sens plus étendu que ce que les paroles expriment, ou un sens différent.
Nous n’en finirions pas si nous voulions discuter en
détail les critiques présentées par de Brière au système
de Champollion. Cependant nous tenons à citer encore le
passage suivant qui éclairera fort bien nos lecteurs sur les
procédés des savants qui accusent les occultistes de se
laisser aller à l’imagination (!) :
« Ce sont ces caractères de divinités qu’inventa Hermès.
Plutarque dit : On prétend qu 'Hermès fut le premier , en
Egypte , qui connut les caractères des dieux ; Ep^ç XeyeTai
6eu)v cv Ar/UTUTG) ypa^^axa xpwxoç supstv ; c’est pour cela que Xibis,
qui lui est consacré, fut placé à la tête des lettres (des dieux).
Les savants, ignorant ce que c’est que les caractères des
dieux, ont dit : Hermès fut le premier des dieux qui connut
les lettres. Hermès n’était pas le premier des dieux, il
était le seul; il était hiérogrammate, les autres dieux ne
l’étaient pas. Il ne s’agit point là des lettres de l’alphabet,
que les savants voient partout; mais défigurés désignant
par antonomase les divinités suprêmes. Dans les Comasies,
l’ibis paraissait à la tête des autres animaux. Il y avait
sans doute pour cela une autre raison que Plutarque ne
connaissait pas.
« Je ne finirais pas si je voulais relever toutes les erreurs
que les savants ont commises, faute de connaître le fond
des choses; je n’en indiquerai ici qu’une seule : nous en
verrons plus tard, dans mes traités sur la Croix et Séraqris,
sur Mithra, sur X Origine des lettres et sur X Origine des
chiffres.
« Plutarque [de Iside) nous dit qu’en égyptien sacré,
Athyri désigne la maison cosmique d’Horus ; c’est un des
surnoms d’Isis. Les savants, qui ignorent ce que c’est
qu’une maison cosmique , ont cru que Plutarque voulait
26
— 402 —
dire que le mot athyri était composé, et signifiait dans
son ensemble maison d’Horus. En conséquence, ils se
sont mis à l’analyser ainsi : ath, maison (ce mot n’a pas
cette signification en copte), et yr ou or, Ilorus ; ath-or ,
maison d’Horus. Fort de cette opinion qui circule partout,
M. Champollion, ayant trouvé quelque part un carré long
renfermant un petit oiseau , a jugé que le carré long était
la maison, et le petit oiseau, Horus ; et il a fait de
tout cela le symbole idéographique d’Athyr ou Athor ,
Vénus ou Isis. Autant de mots, autant d’erreurs. 11 faut
savoir qu’en astrologie, les signes du zodiaque, qui s’appliquent aux mois, sont ce qu’on appelle des maisons de
planètes. Le signe de la Vierge , auquel correspond le mois
Vathyr ou de Venus , est une des deux maisons ou domiciles de la planète Mercure-Apollon , nommée Horus ou
Orion, qui en prit le surnom d'Athyr ou d 'Athor; ainsi
Athyri ou la Vierge est réellement la maison cosmique
d’Horus. (Voyez Y Et ymologicum magnum au mot Athyr .)
« Les savants ont donc pris le nom de la maison pour s a
définition; et cela, parce qu’ils ne savaient pas ce que
c’était qu’une maison cosmique : c’est comme si l’on disait
que le mot Tuileries signifie palais du roi. »
Pouvons-nous avoir des détails plus précis sur lu langue
sacrée des Égyptiens?
Voici certains passages très instructifs sur ce sujet .
Horapollon- nous donne, sur cette langue sacrée , certains renseignements qui sont précieux, et confirment tout
ce que nous avons vu ci-dessus. 11 dit (liv. I, 27) que les
prêtres égyptiens désignaient la parole par une langue et
un œil rouge ou une main ; indiquant par la langue la pre-
— 403 —
mière partie d'un mot qui contient sa prononciation ; et
par l’œil ou la main, sa signification. Dès lors, nous voyons
qu’il en est de l’égyptien sacré comme du chinois. Dans
celte dernière langue, on appelle li un poirier et une
carpe ; mais pour déterminer qu’il s’agit plutôt de l’un que
de l’autre, on dit mo pour l’arbre, et yu pour le poisson ;
li-yn, le poisson /?, sera la carpe ; et li-mo , l’arbre li, sera
le poirier ; les Anglais disent peur-tree, l’arbre-poire. Cette
addition était nécessaire pour fixer le sens précis que devait avoir un symbole susceptible de plusieurs interprétations1.
Ainsi, dans l’écriture sacrée, tout devait se prononcer.
Il est impossible d’admettre les déterminatifs muels et inutiles que présente M. Champollion; aussi, il ne leur attribue de nécessité qu’à cause de X imperfection de l’écriture .
Pourquoi saint Clément et Porphyre n’oat-ils pas parlé
du système de l’écriture vulgaire, ni de celui dj l’écriture
hiératique? D’abord, quant à l’écriture vulgiire, elle était
connue de tout le monde, et il n’était nullement nécessaire
d’en parler. Pour ce qui concerne l’écriture hiératique ,
elle était secrète et réservée pour les ouvrages des prêtres ;
et, comme elle reproduisait les mêmes figures que l’écriture hiéroglyphique, elle n’avait pas un autre système que
celle-ci; elle devait nécessairement être comprise par Pori. Notez bien que les signes d 'arbre ou de poisson, qui entrent dans les
groupes chinois, sont purement orthographiques, et ne dispensent pas de
marquer le nom et le signe arbre ou poisson, à la suite du nom d’espèie,
lorsque dans la phrase énoncée il peut rester quel [te incertitude sur le
sens de ce nom d'espèce, (des signes orthognphi [ 10s doivent sans deute
leur origine aux nomenclatures encyclopédiques.
Les personnes étrangères à la connaissance du chinois se sont toujours
méprises sur les propriétés de l'écriture chinoise, par rapport au langige
qu'elle exprime. Il circule ainsi dans le monde savant de no nbreuses erreurs de plus d’un genre, qui, acceptées généralement comme des vérités. égarent l'opinion publique, et exercent sup l’élude de l’auliquilé une
inllueuee délétère et funeste.
— 404 —
phyre dans les lettres imitatives. Si les deux auteurs ont
parlé des hiéroglyphes, ce n’a été que pour établir une
différence entre les deux genres, et pour faire connaître
le moyen de transcription usité par les prêtres pour la
communication des sciences. Tel est aussi le motif pour
lequel saint Clément la place au dernier rang.
Il suit de tout ce que j’ai dit que les signes hiéroglyphiques de texte, dans leurs divers emplois, faisaient toujours la fonction de ce que nous appelons rébus, et cette
fonction toute simple, toute naturelle, est la seule qui soit
compatible avec l’apparence des monuments, et qui puisse
se lier à la reproduction de la langue sacrée ; de cette
langue dont la puissance était telle, que par le seul son
de ses mots, elle faisait mouvoir et agir les dieux, et qu’il
n’était pas possible d’en altérer les formules, et qu’enfln
aucun idiome humain ne pouvait lui être substitué. Cette
puissance résidait aussi dans les hiéroglyphes imitatifs et
allusifs. Saint Jérôme cite, à l’occasion de l’histoire de
saint Hilarion, l’aventure d’un jeune homme de Memphis
qui séduisit une fille chrétienne, en plaçant sous le seuil
de sa porte une plaque magique, sur laquelle il y avait
des mots barbares, portenta verborum , et des figures monstrueuses, portentosæ figuræ \
1. Toutes les amulettes reposent sur la connaissance de l’astrologie, de
la langue sacrée et de l’écriture hiéroglyphique. Ce sont effectivement
les hases sur lesquelles sont fondées toutes les sciences sacerdotales et
les religions anciennes. Mais la puissance générale de toutes les prières,
paroles et talismans, est attribuée à la na1 ure imitative des mots et des
signes : il n’y a que l'ignorance qui puisse nier cela.
Champollion connaissait mal l’astrologie et la religion égyptienne. Son
explication d’un tableau prétendu astrologique est trop contraire aux
règles de la science pour être vraie. Ces constellations qui agissent à des
heures déterminées sur certains membres du corps, auxquels l’astrologie
les déclare complètement étrangères, sont des anomalies dans la science,
qui ne peuvent être admises par les personnes douées de la plus faible
connaissance en astrologie. Mais les ignorants, qui prennent tout de
I* 4
iOo —
Les symboles de divinités jouaient un très grand rôle
dans les amulettes, les abraxas, et dans toutes les opérations magiques et théurgiques ; les statues des dieux étaient
considérées comme douées d’intelligence, et on les appelait ep/J/ir/oi, des pierres animées . J’ai lieu de croire
que l’on donnait aussi aux signes de texte le nom de lettres
animées ou vivantes.
J’ai dit qu’il y avait chez les prêtres égyptiens deux
manières d’exprimer le discours : la première, en l’expriconfiance et sans examen ont accepté Je tableau astrologique, avec les
cartouches alphabéliques et idéographiques.
Quant à la religion, l’insuffisance de Champollion se montre clairement, lorsqu'il peinl avec des couleurs très vives le paradis et Y enfer
égyptiens, qu’il appelle amenthès; les jouissances des bienheureux et les
tourments des damnés. ( Huitième lettre à M. le duc de Iilacas.) 11 ignorait
que, dans l’antique Orient, il n’y avait ni récompense ni punition après
la mort; que l’homme était récompensé ou puni dans ce monde-ci, soit
sur sa personne, soit sur celle de ses descendants ; et, toujours dans les
intérêts matériels. Il ignorait que la théologie égyptienne accordait deux
âmes à l’homme; que l’une, l’àme intelligente et pensante, au sortir du
corps, se rejoignait à l'intelligence suprême, dont elle était émanée : et
que l’autre, l’âme sensitive et mobilisante, rentrait par la porte des dieux,
ou le Capricorne, dans Yamcnthès, le ciel aqueux, où elle habitait toujours avec plaisir; jusqu’à ce que, descendant par la porte des hommes,
ou le Cancer, elle vînt animer un nouveau corps. (Voyez Porphyre, De antro nympharum.)
Je ne quitterai pas ce sujet sans parler de cet Ammon-ré, qui joue un
si grand rôle dans le Panthéon de M. Champollion. Ce nom divin est
pris d’une inscription grecque, où il est question d Amoun-ra-sonter;
M. Champollion n’a jamais lu en hiéroglyphes ce nom allongé; mais il
a vu un groupe qu’il pouvait lire amoun-ré, ou soleil caché (toujours le
soleil). Mais ré n’est pas ra : et ra et rô signifient, non le soleil, mais
une porte : Amon-ra n’est donc pas le soleil caché, mais la porte invisible, secrète, noire, la porte de la mort, par où les âmes entraient dans
Yamenthés. C’était la véritable cause de l’horreur qu’inspiraient les fèves.
En copte rô désigne la fève et une porte; et l’on disait que la fleur de
fève portait des taches noires qui représentaient les portes de la mort.
Amoun signifie aussi père : et de là l’opinion qu’il valait autant manger
la tête de son père qu’une fève. On voit que les idées antiques, mises en
contact avec les opinions de M. Champollion, les repoussent toujours.
J’en dirai autant de cette prétendue déesse Tphé, ou déesse du ciel,
dont les savants n’ont pas compris la nature, parce qu’ils ne montent
jamais plus haut que le ciel; c’est tout simplement le Spiritus qui entraîne la machine céleste dans son mouvement perpétuel.
— 406 —
manl dans [ous ses détails, parle moyen de l’écriture imitative des paroles; et la deuxième, en ne représentant
qu’une idée théologique par une seule image, plus ou
moins composée, une espèce de tableau; en raison des
allusions que cette image offrait avec le sujet du discours.
Elien établit les propriétés de cette dernière méthode en
parlant de l’ibis. « Les plumes noires de cet oiseau peuvent
être comparées avec le discours qui n’est point proféré
(l'image vue et nommée seulement) : les plumes blanches
peuvent l’être avec l’énonciation du sens intime (l’explication orale). »
Jamblique [De mysteriis , S. 7, ch. i et n) nous explique
ce fait, et nous en donne un exemple.
(Ch. YT.) « Je veux d'abord vous faire connaître la manière
dont les Egyptiens procèdent en matière théologique. Imitant la nature de l’univers et les opérations des divinités,
ils représentent, par des symboles composés, les notions
qu’ils ont des intelligences secrètes, cachées, invisibles :
de cette manière, la nature reproduit, sous des formes apparentes, les causes cachées des choses. Ensuite, la puissance opératrice des dieux y a exprimé les images vraies
(ou cachées) par des images sensibles. Les Egyptiens,
comprenant que tous les êtres supérieurs étaient charmés
de trouver de la ressemblance avec eux, dans les choses
d’ici-bas, tâchèrent de leur plaire et d 'obtenir d’eux tous
/es biens, en les imitant : et c’est avec raison qu’ils considérèrent comme convenable aux dieux la méthode d’exprimer les mystères au moyen de symboles. »
(Ch. u.) Un dieu assis sur un lotus désigne le grand dieu ,
la puissance infinie, la suprême éminence, qui ne touche
point la matière; et Y intelligence motrice et ignée; car,
dans le lotus, tout est circulaire , les feuilles et les fruits,
et cette propriété répond à l’unique opération de l’intelligenee, qui meut tout circulairemcnt , d’une seule manière,
dans un seul ordre et dans un seul rapport. Mais le dieu
suprême, dans son isolement, est au-dessus de ceüe intelligence motrice : saint et vénérable, il repose en lui-même :
ce qui est marqué par sa position assise (Voy. fig. 22.
Le dieu lient un fouet et montre du doigt sa coiffure :
le fouet pourrait bien exprimer son nom, et la coiffure sa
dignité.)
Pour expliquer l'origine de ces tableaux symboliques,
il faut savoir que les Egyptiens 11e figuraient jamais le
monde organisé par des images compliquées, et montrant
les choses sous leur propre forme, vraie ou supposée;
comme lorsque nous représentons le système du monde,
ou la sphère céleste; ou bien, lorsque nous montrons
Dieu dans sa gloire, entouré de ses anges et de ses saints,
qui chantent ses louanges, en s’accompagnant de la
harpe. Comme ils voulaient dépeindre en même temps les
choses et leurs propriétés, telles que le mouvement, la
puissance, la fonction, etc., ils 11e purent y parvenir qu’en
substituant symboliquement aux images intellectuelles, des
objets sensibles dont les propriétés avaient de l’analogie
avec celles des choses qu’ils voulaient dépeindre. Les
images sensibles par lesquelles ils désignaient les choses
célestes n’étaient donc pas, comme ledit Jamblique, les
véritables ou les invisibles ( amoun a ces deux sens)1, que
les prophètes voyaient en songe (ce qui leur avait fait
donner le titre de voyants). Les peuples n'allaient pas
plus loin que la figure, ce qui est assez ordinaire ; et de
là naquit l’idolâtrie. De là vint encore que les Grecs, ignorant la signification des figures des divinités et des attributs qui les accompagnent, donnèrent à ces images, en
1. Les Kgypliens invoquaient le dieu Amoun et l’invitaient à se manifester,, à, se rendre visible.
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ÉCRITURES HIÉROGL'Ï
S(Jt
ire Branche divisée en deux esDères • ! *r° esPèce : écr.üure rnonumenta
ur anche, caviste en ueux especes . j 2° espèce : écriture hiératique oifafl
Ta irptova Çor/Eia, les premiers éléments; elementa litterarum, les élémenlp
ypap-pava, les lettres des Pères ; îspa ypap-p-ava, les lettres sacrées.
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K'jptoAoytxï), le signe s'interprétant par le nom propi
de l’objet ou de la chose.
Pris comme nom propre de
/ objet figuré.
IDIONYMES.
Soleil (exprimé par son
image).
SujAëoÀ'.y.ï], métaphorique le s
objet que celui qui est rep;en
Pris comme nom proj.
rf’UNE CHOSE.
Kara p.'.[j.y mv, selon l 'in
talion de ce nom, par celui
l’objet : identité parfaite (
deux noms, par suite d’
rapport entre les choses.
HOMONYMES.
Toutes les choses port;!
le nom de soleil, et exprime
par l’image du soleil.
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K
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L’écriture n’exprime pas le discours par des réunions fnfr
Xoyov sx t/(; tcov irM.a&tji'i crjv0s<TE(i);,
mais par
la signification propre des
images décrites : e| Eptpaasw;
TOlV |J.ETaypOtCpop£VCOV.
Épervier, oiseau.
une métaphore propre du m
de l'objet, secondée par 1’;
tion de la mémoire (à cai
de la communauté de ce m
avec la chose) : ex [j.et&o;
otxeia;' p.vï)p.Y) ctuy)ÔXvi{jlevyjç ( ;
XOlVOTYJTOd.
Épervier, rapide.
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PLUTARQUE
Oç, sceptre : cryjO, âne : ipt,
œil.
Oç, plusieurs : Sr,0, nom
dieu à tête dane (Typhon)
»»
Baïhet, épervier, oiseau.
B
1
ai
HORAPOLLON
Le jonc, l’encre et le crible,
Amrès.
Amrès, malade.
I RUFFIN
Croix, instrument .
Croix, vie future.
L
*
Vautour, oiseau.
Vautour, nature.
AMMIENNon præstitutus numerus litterarum ; sed singulx litl
s si*
MARCELLIN
nunquam integros sensus significantes ; non un nombre
mol, et quelquefois un sens complet.
terni
PLOTIN
Tutoh ypap.p.arwv 6ce?o6euovte; Xoyooç xai 7tp9Ta<jstç, xa
•■m
exprimant en detail les discours et les propositions, et ?
PORPHYRE
KoivoXoyoupLEva xara pupL^aiv; exprimant le discours o: jnaice
APULÉE
Figuris cujuscemodi animalium, compendiosa verba s j i)W*
et exprimant les mots brefs d'une formule, au moyen d igu
LUCIEN
Le nom du sauveur de la ville écrit en caractères hié ,
sont pas idéographiques.
Ivp '
TACITE
Patrius sermo, la langue des Pères était représentée J
leà :
LUCAIN
Les figures d’animaux conservaient les paroles magiq :
■ — «
>. 1
poliii
;ées en deux branches.
/ et dont l,es signes portent
ji Abénéfi, ) les noms de :
Ypxup.xxa, les premiers éléments ; tx 7txxp
t comme nom d’une chose, ou d'un autre
i.fpxpop.&vov.
écrit
rayoVTeç xai (Acxaa propriété d’un
n donnant une
n rapport
de figure
lartovri;, en distinpar l'application
utre signe, ou ps-caÇovteç, en modifiant
îe ou i’apparence.
IIÉTÉHONYMES
s différents de celui
igure.
«1:
Si F- '•
A),XT|Yopi-/.r,, s' interprétant
par UN AUTRE NOM.
Désignant un objet ou une
chose par une autre figure
et par un autre nom, en
raison d'allusions claires
xxra xtva; atvtYP-oy; avttxpuç
MÉTONYMES, ANTONOMASES
Scarabée, pris pour le so
leil, mais portant toujours le
nom dé scarabée.
JY. OC7TOOlOO,J'7a r,
-, YPa!J-!xaTiy-li tov uirox£t[XEVov
œil, plusieurs
Ispcou TOV ÔEOV ÇpaÇoUdl. Ils
désignent le dieu (Osiris) par
le nom û’épervier .
âme-cœur.
(selon Élien)
ter.
•(, ./-n
lettres-mots.
m, éléments des lettres.
ud verbis seu uocabulis inservientes, et non-
, ais chaque lettre désignant un nom et un
?
:p oyopx; ahospLXTtoY. Des figures de lettres
énoncés des préceptes.
orales paroles).
\oms libri ; livres rappelant à la mémoire
IIe Branche,
dont les signes portent les noms de
rpagga-ra, lettres; Çor/sia,
éléments; ccpxk\t.oez<x, images ;
EtooXa (ecôrj-o),a), idoles (images complètes); p.ovoYpxp.p.01,
monogrammes/xepxta, monstres; cr/igEta, signes; ^apaxfqps;, sculptures ; Ypap-uara
ôsta, lettres divines.
FIGURES OU TABLEAUX.
Imitant , par des allusions, l’organisation des mondes éthérés et
célestes. (Voyez Porphyre et
Jamblique.)
Ce sont les éléments de l’écriture primitive, qui sont
composés des signes de l’écriture du langage : lesquels sont
ainsi les premiers éléments de
l'écriture.
Abénéfi appelle cette écriture écriture des oiseaux (à
cause des représentations as
trologiques) ; elle représente,
dit-il^ les puissances de Dieu ;
Plotin dit que les figures qui
la composent représentent en
masse des phrases, des discours. Porphyre lui donne le
nom de symbolique ou métaphorique, s'interprétant au
moyen d'allusions (il ne faut
pas la confondre avec Yallusive claire de saint Clément
d’Alexandrie). C’est la même
qu’Ammien -Marcellin désigne comme exprimant, par
un seul signe, un sens complet. Ruffin appelle ses signes
des lettres sacerdotales. Aristote prétend qu’elle était commune aux Egyptiens et aux
Chaldéens : c’était un genre
le mnémonique.
dre a. Alexandrie). Donc les svmboles
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— 410
les modifiant, une signification tout à fait étrangère à celle
que leur avait attachée le créateur du système. C’est cette
signification grecque qui a servi seule jusqu’ici pour expliquer les fables.
Selon mon opinion, celte écriture en tableaux, l’écriture des éléments ou lettres symboliques, est la plus
ancienne, et a dû précéder de beaucoup l’écriture des
textes et l’alphabet. C’est par suite de leur postériorité,
que les signes des textes se sont appelés les éléments des
éléments, ou les premiers éléments , ou les éléments des
lettres, et que l’alphabet qui en est dérivé a pris le même
nom.
Je demanderai aux savants qui me nieront ce fait, de
vouloir bien expliquer l’expression elementa litterarum,
appliquée par Ruffin aux signes de textes représentant des
mots entiers; et celle à' éléments, appliquée aux grandes
images par Sanclioniaton.
On voit, par ces deux passages, que les symboles théologiques des Egyptiens étaient imitatifs de l'organisation
de l’univers. Ce n’est pas celte imitation sotte et niaise
des objets; mais le grand principe de Limitation des
choses, principe immense, et qui se reproduit de mille
manières diverses dans l’étude de l’antiquité orientale. Ce
principe dépendait du lien universel , et en appelait à lui
trois autres : le principe de l’ efficacité, celui de la fatalité, et enfin, le principe de la périodicité. Ce dernier était
une espèce d’imitation; tout ce qui s’était fait dans une
période se reproduisait dans les suivantes, de la même
manière et dans le même ordre. Le principe de X imitation était contraire à cette obscurité que nous reprochons
mal à propos au symbolisme égyptien, parce que nous ne
le comprenons pas.
Je suppose que l’explication que nous donne Jamblique
n’était pas confiée uniquement à !a mémoire des prêtres,
mais qu’elle était aussi conservée dans l’écriture imitative :
une fois reçue, cette explication était facilement rappelée
à la mémoire par la vue des grandes images.
Ce sont ces figures complexes qui, souvent réunies à la
suite les unes des autres, forment ce que nos savants
appellent des scènes, c’est-à-dire des espèces d’actions,
dont les objets figurés sont censés être les acteurs. Les
savants, ne comprenant rien à cet assemblage, se sont
imaginé qu’on leur jouait une pièce de théâtre ; tandis
qu’il ne s’agissait en réalité que de certaines idées cosmologiques et fhéologiques reproduites par des symboles, et
qui se déduisent de chaque groupe séparé.
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11 ne faudrait pas croire que de Brière seul se soit élevé
contre le système de Champollion. Lacour' combat en passant ce système, mais un auteur très original et très peu
connu, Barrois1 2, est parvenu à expliquer couramment non
seulement les hiéroglyphes, mais même les cunéiformes en
donnant raison à l’une des idées défendues par M. de
Brière alors qu’il ne connaît pas cet auteur.
Barrois prétend que chaque signe hiéroglyphique représente la première lettre d’un mot qu’il faut deviner. Les
hiéroglyphes seraient ainsi de véritables moyens mnémotechniques, servant à aider la mémoire des initiés.
Mais où l’auteur est curieux, c’est quand il prétend que les
hiéroglyphes doivent se lire en grec prohellénique et que
1. Lacour, Les Æloim ou dieux de Moïse.
2. Barrois, Dactylologie et langage primitif restitués d'après les Monuments. Paris, 1830, in-4° faisant suite aux Lectures littérales des hiéroglyphes et des cunéiformes, in-4° avec fig. Éléments carlovingiens, 1846. Paris,
mai 1853, in-foi.
- 412
celle langue dérive elle-même du geste qui a été fixé par
l’écriture. De là son idée de la dactylologie , origine de toutes
les langues. Nous conseillons vivement l’étude de cet
auteur aux chercheurs consciencieux ; personne ne connaît ses travaux pourtant très importants.
Voici plusieurs extraits de cet auteur qui viennent confirmer les données de M. de Brière.
l’égypte
La Sagesse des Égyptiens est proverbiale dans l’antiquité '.
Les Pharaons étaient fiers de s’intituler fils des sages*
et nourriciers des peuples.
Le législateur du Sinaï était initié à la sagesse, aux
sciences et aux arts des Égyptiens1 2 3.
Macrobe appelle l’Égypte mère des sciences4 et les
Égyptiens pères des connaissances philosophiques 5.
C’est en Égypte que les hommes les plus illustres puisèrent les connaissances par lesquelles ils se sont immortalisés6.
(Barrois, p. 10.)
LE MOT SACRÉ
Les Indiens et surtout la nation chinoise, stationnaire
par excellence, puisqu’elle emploie encore aujourd’hui la
1. Et præcedebal sapientia Salomonis sapientiam omnium crutalium
et Ægyptiorum. Regum, iv, 30.
2. Isaias, XXX, il et 12.
3. Et erudilus est Moïses omni sapientia Ægyptiorum, et erat potens
in verbis et operibus suis (Acta, VII, 22).
4. Salum , lib. I, c. xv.
5. De Somnio Scipionis, lib. I, c. xix.
6. Dédale, Mélampe, Pythagore, Homère, Solon, Musée, Démocrite,
Apollonius de Tyane du Cœlius Rhodiginus, lib. XVI, c. v.
— 413 —
dactylologie primitive1, ont conservé ce premier nom du
Créateur que l’homme ne devait jamais prononcer2 3 4, IAO:1,
nom biblique et trinitaire, !TlîT, qui, avec les aspirations
archaïques, fit chez le peuple de Dieu Jehaho , Jehova ,
tandis que chez les infidèles il devint Jovi.s, d’où Jovis
Pater’' .
Le primitif I O A enfanta par l’analogie la triple divinité
égyptienne Isis, Osiris , Anubis. Les noms et la forme
sont l’ouvrage des hommes; l’esprit, le prototype, c’est
l’omnipotence éternelle.
(Barrois, p. 13.)
LE ZODIAQUE
L’antique Bithynie conservait la langue prohellénique
comm e, langue savante ; les Bithyniens imaginèrent douze
signes acrologiques représentant les mois de l’année à la
même époque où s’introduisit chez eux le culte des
douze grands dieux. Chaque signe rappelait le nom d’une
des divinités, et cette série reçut plus tard la dénomination de zodiaque. Les mois de l’année, chez les Bithyniens,
portaient, suivant leur ordre, les désignations suivantes en
langue prohellénique :
AçpoSiffioç Ar,(AY]Epio; Ilpato; Epp.eto; MvjTpojoç Aiovuato;
Vémis Cérès Junon Mercure Cybèle Bacehus
Upax^Eio; Atoç BevSioco; (prohell.) ZEpa-rstoç Apsiop IlEpE£-/)Eio;
Hercule Jupiter Diane Minerve .Mars Priape
1. Mandarinorum lingua, Dactylolog., p. 70.
2. Composé de trois sons aériens, figurés eux-mêmes par des plumes
chez les anciens, afin de le spiritualiser autant que possible.
3. Il était naturel de penser que ce premier nom de la Divinité devait
se reconnaître dans quelque composé de la langue primordiale, et cela
existe en effet. Iao a fait Ixcpnxt, guérir, parce que le grand guérisseur est
Dieu lui-même et qu’on attribuait quelque chose de divin à celui qui
soulageait ses semblables.
4. Dont s’est formé par contraction Jupiter : « Quod est in elisis aut
immulalis quibusdam lilteris Jupiter, id plénum atque integrum est Jovis
pater. » Aulu-Gelle, N. A. V. 12.
Le zodiaque se compose des douze signes suivants :
Capricorne
Aiyoxepw;
Apeaxa)
plaire
Vénus
Verseau
A su a)
Av)[jw)r<îp
moisson
Cèrès
Bélier
Kpto;
Kotpavv)
reine
Junon
Taureau
Taup oi
IY/vï)
ruse
Mercure
Gémeaux
Atouxoupoi
Aapap
mère
CïBÈLR
Ecrevisse
Kapxsvo?
Kwpto;
orgie
Bacchus
Poissons
u
force
Hercule
Lion
Aeoi»
AayeTrjç
maître:
Jupiter
Vierge
tlapQsvo;
BsvStç (proliell.) vierge
Diane
Balance
Zyyoç
SspaT/iyia
commandenierU
Minerve (Parlas)
Scorpion
Xxopmoç
Srctêfo
se battre
Mars
Sagittaire
ToIott.:
Te) X<i>
faire naître
Priape
D’où il suit que le zodiaque n’est autre chose que la
nomenclature hiéroglyphique des noms des mois formant
le calendrier bithynien1.
Nous pourrions faire tout un volume sur cette science
des Égyptiens que dut savoir Moïse, et sur les méthodes
des unités pour rendre leurs idées ; mais il est temps de
clore nos citations.
Comme notre ouvrage a pour but, avant tout., d’être
utile aux chercheurs, occultistes ou non, tout en mettant au
jour les œuvres des auteurs peu connus qui ont étudié la
science antique, nous allons, pour terminer ce paragraphe,
citer deux documents très instructifs.
Le premier est le programme du cours de M. de Brière.
Le second est le tableau synthétisant les divisions de
l’écriture égyptienne de la page 408.
Voici le plan général de mon cours : il se divise en deux parties;
chacune d’elles se partage en deux divisions, et chaque division
en plusieurs sections.
lri: Partie: : SACERDOCE ANCIEN. lr0 division : Personnel:
Origine , hiérarchie et mœurs des prêtres, philosophes et initiés
des divers peuples. 2e division : Sciences et arts arts cultivés
1. Barrois, Dactylologie, p. 14.
— 415 —
particulièrement par les prêtres (sciences dites humaines ) : —
1° Langue sacrée, ou langue des prêtres et des initiés, ou Hanranunéens, commune aux prêtres des diverses nations. — 2° Ecritures
égyptiennes : leur division, leurs systèmes. ■ — 3° Recherche des
éléments de la langue sacrée. — 4° Physique sacrée : Cosmologie,
météorologie, histoire naturelle, alchimie. — 5° Astrologie et
astronomie : développement de leurs principes, conjonctions ;
grandes périodes, croix astrologique. — 6° Chronologie ancienne.
— 7° Magie. — 8° Divination : leurs diverses branches. —
t)° Mystères. — 10° Cabale et nombres pythagoriques .
2e Partie RELIGIONS. Ir(' division : Dogmes (sciences dites
divines). — 1° Systèmes religieux. — 2° Divinités, les animaux
sacrés, les plantes sacrées. - 3° Psychologie. — 4° Mythologie.
— 5° Théologie, théosophie. — 6° Origine de la philosophie occidentale. — 2e division : Culte. — 1° Edifices et ustensiles consacrés au culte. — 2° Actes religieux et objets symboliques employés
dans les cérémonies du culte. «
Ainsi, le prêtre est le créateur des religions païennes :les sciences
sacerdotales sont ses moyens : les dogmes formulent sa pensée ;
le culte est l’action résultant de cette pensée.
Au milieu de ces immenses recherches, sont jetées des considérations sur les propriétés du langage et de l’écriture, par rapport
à l’expression des idées ; des recherches sur l’origine des écritures;
des critiques de tout genre; etc.
Voilà comment il faut procéder, lorsqu’on veut raisonner avec
justesse sur les religions anciennes, et parvenir à établir une doctrine positive. Il est facile de voir combien cette méthode est différente de celle que suivent les savants du jour.
*
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Ce qui se dégage de l’étude précédente, c’est l’existence
en Egypte et dans tous les centres d'initiation d’une langue sacrée commune à tous les peuples , quoi qu’en dise
l’Académie1.
1. Or, vovez ce que fait l’Académie; elle condamne ta langue sacrée,
l'écriture imitative du langage. Les sciences sacerdo 'aies, Les idées antiques,
les sjjinho'es unüalifs du monde, etc.; toutes choses de premier ordre, nettes, positives et attestées par ['histoire., je dirais presque de noloriélé
publique; et elle prend sous sa protection V alphabet et les signes idéo-
— 416 —
1
Quelle était cette langue?
Moïse l’employa-t-il ?
C’est ce qu’il nous faut voir maintenant.
Nous ne pouvons avoir de sérieuses données sur la
langue sacrée des Égyptiens qu’en parcourant les théories
différentes énoncées pour expliquer l’origine du langage
et les langues mères de l'humanité, ou plutôt des races
actuelles.
Cette question de l’origine de la Parole est une de celles
sur lesquelles les positivistes ont avancé les hypothèses
les plus imaginaires, hypothèses considérées comme des
certitudes peu après avoir été formulées.
Les contes de fées racontés à ce sujet dans les livres
modernes d’Anthropologie ne méritent même pas la peine
d’être pris un seul moment en considération par un lecteur qui a parcouru les travaux de Court de Gébelin 1 et de
son disciple, devenu lui-même un maître de première
force, Fabre d’Olivef. Autant nous admirons les travaux de
la Science positiviste appliquée à l’Anatomie et à la Physiologie, autant nous sommes opposé aux conceptions
creuses qui prennent le manteau de l’expérimentation
pour égarer les chercheurs.
Voici une des meilleures explications qui aient été fournies sur l’origine de la Parole. Cette étude est de Fabre
d’Olivet.
Nous y joignons quelques remarques de Claude de SaintMartin, le célèbre théosophe.
graphiques , la langue copte, l'interprétation amphigourique des monuments; et tous ces noms si ridiculement déchiffrés, tels que : le roi Soleil-Junon, et Ilemenkakaka et Thotmês et Tmantot et Amoun-Maî Ramsès
et Phtha-î-méné et Pipi ou Epip (au choix) et Amenhichopchf, etc. C’est
toujours à peu près ainsi qu’agissent les corps savants lorsqu’ils se laissent conduire par certains membres influents. De Brière, Op. cit., p. 51. .
1. Court de Gébelin, le Monde primitif
2. Fabre d’Olivet, la Langue hébraïque restituée.
— 417 —
Quel plus beau sujet de recherches pour le penseur que
celui de l’origine des langues humaines?
Il est curieux de voir deux hommes d’une pénétration et
d’une érudition remarquables, Claude de Saint-Martin,
le philosophe inconnu, et Fabre d’Olivet1, arriver par des
voies différentes à des conclusions presque identiques au
sujet de cette importante question.
Tous deux se révoltent contre le système des sensualistes, repris dans ces derniers temps par les positivistes,
affirmant que les langues sont le résultat arbitraire des
caprices humains, et tous deux ont été conduits dans leur
étude parla connaissance profonde de la langue hébraïque.
Qui faut-il croire? Ceux qui ne savent à peine qu’une ou
deux langues modernes sans connaître leurs origines, ou
ceux qui se sont élevés par l’étude de toutes les langues
antiques jusqu’à la connaissance des trois langues mères,
le Chinois, le Sanscrit et l’Hébreu2, ceux qui de l’origine
des races humaines proclament l’existence d’une RAISON
élevée?
« De quelque manière que l’on envisage l’origine du
genre humain, le germe radical de la pensée n’a pu lui
être transmis que par un signe, et ce signe suppose une
idée mère3.
« Oui, si je ne suis point trompé par la faiblesse de mon
talent, je ferai voir que les mots qui composent les
langues, en général, et ceux de la langue hébraïque en
particulier, loin d’être jetés au hasard et formés par l’explosion d’un caprice arbitraire, comme on l’a prétendu,
sont, au contraire, produits par une raison profonde; je
1. Fabre d’Olivet, Lang., hêb. rest. Voy. aussi Claude de Saint-Martin,
le Crocodile.
2. Fabre d’Olivet, Lang. héb. rest., Dissertation, introd.
3. Saint-Martin, les Signes et les Idées (dans le Crocodile).
27
prouverai qu’il n’en est pas un seul qu’on ne puisse, au
moyen d’une analyse grammaticale bien faite, ramener
à des éléments fixes, d’une nature immuable pour le fond,
quoique variable à l’infini pour la forme.
« Ces éléments, tels que nous pouvons les examiner
ici, constituent cette partie du discours à laquelle j’ai
donné le nom de Signe. Ils comprennent, je l’ai dit, la
voix, le geste et les caractères tracés1.
« Remontons encore plus haut et nous allons voir l’origine de ces Signes :
« J’ai désigné comme éléments de la Parole la voix,
le geste et les caractères tracés ; comme moyens, le son,
le mouvement et la lumière ; mais ces éléments et ces
moyens existeraient vainement, s’il n’existait pas en même
temps une puissance créatrice, indépendante d’eux, qui
se trouve intéressée à s’en emparer et capable de les
mettre en œuvre. Cette puissance, c’est la Volonté.
« Je m’abstiens de nommer son principe ; car outre
qu'il serait difficilement conçu, ce n’est pas ici le lieu
d’en parler. Mais l’existence de la Volonté ne saurait être
niée, même parle sceptique le plus déterminé, puisqu’il
ne pourrait la révoquer en doute sans le vouloir, et par
conséquent sans la reconnaître.
« Or, la voix articulée, et le geste affirmatif ou négatif,
ne sont et ne peuvent être que l’expression de la Volonté.
C’est elle, c’est la Volonté, qui, s’emparant du son et du
mouvement, les force à devenir ses interprètes, et à réfléchir au dehors ses affections intérieures.
« Cependant si la Volonté est une, toutes ses affections,
quoique diverses, doivent être identiques, c’est-à-dire être
respectivement les mêmes pour tous les individus qui les
'. Fabre d’OIivet, la Lang. hèb. restituée.
419 —
éprouvent. Ainsi, un homme voulant, et affirmant sa volonté parle geste, ou par l’inflexion vocale, n’éprouve pas
une autre affection que tout homme qui veut et affirme 1a
même chose. Le geste et le son de voix qui accompagnent l'affirmation ne sont point ceux destinés à peindre
la négation ; et il n’est pas un seul homme sur la terre auquel on ne puisse faire entendre par le geste, ou par l’inflexion de la voix, qu’on l’aime ou qu’on le liait, qu’on
veut ou qu’on ne veut pas une chose qu’il présente. Il ne
saurait là y avoir de convention. C’est une puissance identique, qui se manifeste spontanément, et qui, rayonnant
d’un foyer volitif, va se réfléchir sur l’autre.
« Je voudrais qu’il fût aussi facile de démontrer que
c’est également sans convention, et par la seule force de
la Volonté, que le geste ou l’inflexion vocale, affectés à
l’affirmation ou à la négation, se transforment en des mots
divers ; et comment il arrive, par exemple, que les mots
oui et non1, ayant le même sens et entraînant la même
inflexion et le même geste, n’ont pourtant pas le même
son ; mais si cela était aussi facile, comment l’origine de
la Parole serait-elle restée jusqu’à présent inconnue?
« Comment tant de savants, armés tour à tour de la synthèse et de l’analyse, n’auraient-ils pas résolu une question
aussi importante pour l’homme? 11 n’y a rien de conventionnel dans la Parole, j’espère le faire sentir à ceux de
mes lecteurs qui voudront me suivre avec attention ; mais
je ne promets pas de leur prouver une vérité de celte
nature à la manière des géomètres; sa possession est
d’une trop haute importance pour qu’on doive la renfermer dans une équation algébrique.
« Revenons. Le son et le mouvement mis à la disposi1. HD et tfb.
— 420 —
lion de la Volonté sont modifiés par elle ; c’est-à-dire qu’à
la faveur de certains organes appropriés à cet effet, le son
est articulé et changé en voix; le mouvement est déterminé et changé en geste. Mais la voix et le geste n’ont
qu’une durée instantanée, fugitive. S’il importe à la
volonté de l’homme de faire que le souvenir des affections
qu’elle manifeste au dehors survive aux affections ellesmêmes, — et cela lui importe presque toujours, — alors,
ne trouvant aucune ressource pour fixer ni peindre le son,
elle s’empare du mouvement, et à l’aide de la main, son
organe le plus expressif, trouve, à force d’efforts, le secret de dessiner sur l’écorce des arbres, ou de graver sur
la pierre, le geste qu'elle a d’abord déterminé.
« Voilà l’origine des caractères tracés, qui, comme
image du geste et symbole de l’inflexion vocale, deviennent l’un des éléments les plus féconds du langage, étendent rapidement son empire et présentent à l’homme un
moyen inépuisable de combinaisons. Il n’y a rien de conventionnel dans leur principe, car non est toujours non et
oui est toujours oui : un homme est un homme. Mais
comme leur forme dépend beaucoup du dessinateur, qui
éprouve le premier la volonté de peindre ses affections,
il peut s’y glisser assez d’arbitraire, et elle peut varier
assez pour qu’il soit besoin d’une convention pour assurer
leur authenticité et autoriser leur usage. Aussi n’est-ce
jamais qu’au sein d’une peuplade avancée dans la civilisation et soumise aux lois d’un gouvernement régulier qu’on
rencontre l’usage d’une écriture quelconque. On peut être
sûr que là où sont les caractères tracés, là sont aussi les
formes civiles. Tous les hommes parlent et se communiquent leurs idées, tels sauvages qu’ils puissent être, pourvu
qu’ils soient des hommes; mais tous n’écrivent pas, parce
qu’il n’est nullement besoin de convention pour l’établissement d’un langage, tandis qu’il en est toujours besoin pour
celui d’une écriture.
« Cependant, quoique les caractères tracés supposent
une convention, ainsi que je viens de le dire, il ne faut
point oublier qu’ils sont le symbole de deux choses qui
n'en supposent pas, l’inflexion vocale et le geste. Celles-ci
naissent de l'explosion spontanée de la Volonté. Les
autres sont le fruit de la réflexion1. »
Court de Gébelin2 donne l’alphabet suivant comme type
de l’alphabet primitif qu’il applique au chinois. Le lecteur est prié de comparer ces caractères avec les lettres
hébraïques correspondantes, et il verra l’étroite analogie
existant entre tous ces signes. L’étude du Tarot3 fournil
encore de curieuses indications à ce sujet.
M. de Brière, cherchant l’origine de la langue des Egyptiens, tend à considérer le sanscrit ou plutôt le pâli comme
constituant cette origine.
Mais aucun auteur n'a plus d’autorité en cette matière
que Fabre d’Olivet.
Fabre d’Olivet considère trois langues mères : le Chinois, le Sanscrit et l'Hébreu.
L’espace nous manque pour analyser comme elle le
mériterait celte étude magistrale ; contentons-nous de résumer les idées de l’auteur en citant les passages suivants.
Maintenant passons à la Langue hébraïque. On a débité
un si grand nombre de rêveries sur cette langue, et le
préjugé systématique ou religieux qui a guidé la plume de
1. Fabre d’Olivet, Lang. héb. rest., chap. iv, § 1.
2. Histoire naturelle de la Parole ou Grammaire universelle. Paris,
1816, in-8°.
3. Papus, le Tarot du Bohémien.
422 —
nos historiens, a tellement obscurci son origine, que
j’ose à peine dire ce qu’elle est, tant ce que j’ai à dire est
simple. Celte simplicité pourra cependant avoir son
mérite; car si je ne l’exalte pas jusqu’à dire avec les rabALPHABET PRIMITIT
•
les mêmes l.etruc/eres
Sens Objets au C/usiets
Lettres fx f&f JestpmaT. pie/Ses ptoynont. simple irait. carres/JcnJans .
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bins de la synagogue ou les docteurs de l’Eglise, qu elle a
présidé à la naissance du monde, que les anges et les
hommes l'ont apprise de la bouche de Dieu même, et
que celte langue céleste, retournant à sa source, deviendra celle que les bienheureux parleront dans le ciel; je ne
dirai pas non plus avec les philosophistes modernes que
423
c’est le jargon misérable d’une horde d’hommes malicieux,
opiniâtres, défiants, avares, turbulents, je dirai, sans partialité aucune, que V hébreu renfermé dans le Sepher est
LE PUR IDIOME DES ANTIQUES ÉGYPTIENS1.
ALPHABET PRIMITIF
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Les memes Car acier es
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J’ai dit que le chinois, isolé dès sa naissance, parti des
plus simples perceptions des sens, était arrivé de développements en développements aux plus hautes conceptions
de l’intelligence ; c’est tout le contraire de l’hébreu : cet
idiome séparé, tout formé, d’une langue parvenue à sa
plus haute perfection, entièrement composé d’expressions
1. Fabre d’Olivet, Lang, hèb., p. I, p. xvn.
'
— -424 —
universelles, intelligibles, abstraites, livré en cet état à
un peuple robuste, mais ignorant, est tombé entre ses
mains de dégénérescence en dégénérescence, et de restriction en restriction, jusqu’à ses éléments les plus matériels;
tout ce qui était esprit y est devenu substance ; tout ce qui
était intelligible est devenu sensible, tout ce qui était universel est devenu particulier'.
Les caractères sanscrits ne disent rien à l’imagination,
et 1 œil qui les parcourt n’y fait pas la moindre attention ;
c’est à l’heureuse composition de ses mots, à leur harmonie, au choix et à l’enchaînement des idées, que cet
idiome doit son éloquence.
Le plus grand effet du chinois est pour les yeux ; celui
du sanscrit est pour les oreilles.
L’hébreu réunit les deux avantages, mais dans une
moindre proportion. Issu de l’Egypte, où l’on se servait
à la fois et des caractères hiéroglyphiques et des caractères littéraux1 2, il offre une image symbolique dans chacun
de ses mots, quoique sa phrase conserve dans son ensemble
toute l’éloquence de la langue parlée. Voilà la double
faculté qui lui a valu tant d’éloges de la part de ceux qui
la sentaient, et tant de sarcasmes de la part de ceux qui ne
la sentaient pas3.
Ainsi cette langue des mystères , cette langue sacrée voilée
sous son triple sens, est celle dont Moïse va se servir pour
la composition de son livre. Nous sommes maintenant à
même de saisir une des causes qui font des traductions de
ce livre des trahisons flagrantes. C’est qu’on ne donne t\aun
1. Fabre d'Olivet, Lang. héb. restituée, p. xvi et xvii.
2. Clém. Alex., Strom, LV. ; Hérodote, 1. 11, 36.
3. Fabre d’Olivet, p. xix.
seul des trois sens que Moïse a groupés dans certains hiéroglyphes constituant la langue hébraïque h
Nous connaissons certains des moyens dont disposait le
prêtre initié d’Osiris. Passons donc à l'histoire de la Bible
pour saisir le caractère initial de la Tradition et ses changements depuis ses origines jusqu’à nous 2.
« Moïse créait en copiant : voilà ce que fait le vrai
génie. Est-ce qu’on pense que l’auteur de l’Apollon
Pythien n’avait point de modèles? Est-ce qu’on a imaginé,
par hasard, qu’ Homère n’a rien imité? Le premier vers de
X Iliade est copié de la Démétréide d’Orphée. L’histoire
d’Hélène et de la guerre de Troie était conservée dans les
archives sacerdotales deTyr, où le poète la prit. On assure
même qu’il la changea tellement, que d’un simulacre de
la Lune il fit une femme et des Éons ou Esprits célestes
qui s’en disputaient la possession, des hommes qu’il appela
Grecs et Troyens1. »
« Je crois avoir assez fortement exposé mon opinion
touchant l’origine du Sepher: ce livre est, selon les preuves
que j’en ai données dans une dissertation introductive, un
des livres géniques des Egyptiens , sorti, quant à sa première partie appelée Beræschit , du fond des temples de
Memphis ou de Thèbes : Moïse, qui en reçut les extraits
dans le cours de ses initiations, ne fit que les lier entre eux
et y ajouter, selon la volonté providentielle qui le guidait,
les lumières de sa propre inspiration, afin d’en confier le
dépôt au peuple dont il était reconnu pour le prophète et
le législateur théocrate2. »
C’est ainsi que fut établi le Sepher quant à ses sources.
Par rapport au travail lui-même, le Sepher fut écrit en
hiéroglyphes (chaque lettre hébraïque ayant trois sens),
d’après la méthode toujours suivie par les initiés. Si l’on se
F. Beausobre, Hist. de Manich, t. II, p. 328, cité par Fabre d’Olivet.
2. Fabre d’Olivet, Lang. héb. restituée, t. IF, p. tl.
430 —
reporte à l’élude sur la langue hébraïque comparée au
sanscrit et au chinois, on verra que ce qui fait la supériorité de l’hébreu, c’est d’être en même temps formé d’hiéroglyphes et de sons donnant chacun des sens spéciaux
aux mois ainsi composés. C’est justement à cause de cela
que d'Olivet a choisi le Sepher hébraïquê de préférence
aux autres livres sacrés.
« Si j’avais espéré d’avoir le temps el les secours nécessaires, je n’aurais pas balancé à prendre d'abord le chinois pour base de mon travail, me réservant de passer
ensuite du sanscrit à l’hébreu, en appuyant ma méthode
d’une traduction originale du Ring, du Veda et du Sepher;
mais dans la presque certitude du contraire et poussé par
des raisons importantes, je me suis déterminé à commencer par l’hébreu, comme offrant un intérêt plus direct,
plus général, plus à la portée de mes lecteurs et promettant d’ailleurs des résultats d’une utilité plus prochaine1. *>
Or, après avoir passé plus de vingt années sur le texte
de Moïse, après avoir rétabli le sens de cette triple langue
des mystères d’Égypte, sens totalement perdu, Fabre
d’Olivet ne tarit pas d’éloges enthousiastes sur ce livre
dans lequel nous ne voyons que quelques histoires enfantines.
« Fils du passé el gros de l’avenir, ce livre, héritier de
toute la science des Égyptiens, porte encore les germes
des sciences futures. Fruit d’une inspiration divine, il renferme en quelques pages et les éléments de ce qui fut, et
les éléments de ce qui doit être. Tous les secrets de la
nature lui sont confiés. Tous. 11 rassemble en lui, et dans
le seul Beræschit , plus de choses que tous les livres
entassés dans les bibliothèques européennes. Ce que la
1. Fabre d’Olivet, La Langue hébraïque, restituée*, XX, t. 1.
i
431
nature a de plus profond, de plus mystérieux, ce que
l’esprit peut concevoir de merveilles, ce que l’intelligence
a de plus sublime, il le possède'. »
Je cite toujours et je citerai le plus possible, pour
appuyer mes affirmations sur des bases aussi stables que
possible. Mon rôle actuel est des plus simples, il consiste
à guider le lecteur au milieu d’extraits que je groupe le
plus harmonieusement possible, après les avoir cherchés
moi-même assez laborieusement, je l’avoue. 11 nous reste à
présent à voir le plan de l’œuvre de Moïse ; le voici :
« Dans cette seconde partie, j’aborde la Cosmogonie
(le Moïse. Or, ce que j’appelle la Cosmogonie de Moïse est
compris dans les dix premiers chapitres du Beræschit , le
premier des cinq livres du Sepher. Ces dix chapitres forment une espèce de décade sacrée, où chacun des dix chapitres porte le caractère de son nombre, ainsi que je le
montrerai. On a prétendu que ces divisions du Sepher
tant en livres qu’en chapitres et en versets, étaient l'ouvrage
d’Esdras. Je ne le pense pas. Ces dix chapitres qui renferment un tout, et dont le nombre indique le sommaire, me
prouvent que la science des nombres était cultivée longtemps avant Pythagore, et que Moïse, l’ayant apprise des
Égyptiens, s’en servit dans la division de son ouvrage.
« La Cosmogonie entière, c’est-à-dire l’origine de l’Uni
vers, celle des Etres, depuis le principe élémentaire jusqu’à l’homme, leurs principales vicissitudes, l’histoire
générale de la Terre et de ses habitants, est contenue
dans ces dix chapitres. Je n’ai point jugé nécessaire d’en
traduire davantage, d’autant plus que cela suffit pour
prouver tout ce que j’ai avancé ; que c’était assez m’imposer
de travaux pour une fois, et que rien n’empêchera que
1. Fabre d’Olivet, t. II, p. 6.
tout autre, appliquant mes principes grammaticaux, ou
moi-même reprenant la plume, nous ne puissions continuer l’exploration du Sepher. La base étant solidement
posée, l’édifice ne coûtera plus rien à élever1. »
2. — de moïse a esdras.
Une fois son livre sacré construit, Moïse sélecta un
peuple qui devait le garder précieusement, le transmettre
aux générations futures. Comme tous les initiateurs religieux, comme Bouddha, comme Jésus plus tard, Moïse
confia la clef de son œuvre à des disciples choisis, laissant
au peuple le sens grossier, exotérique, du Sepher. Telle
est l’origine de la doctrine traditionnelle d’Israël, de la
Kabbale sainte dont nous avons parlé longuement tout à
l’heure.
C’est environ 1500 ans avant Jésus-Christ que Moïse
confia le dépôt sacré à sou peuple, après l’avoir éprouvé
et l’avoir guidé lui-même à la conquête de la Terre promise.
Après la mort du grand législateur commencent les
phases historiques grâce auxquelles les Juifs devaient peu
à peu perdre le sens précis du livre sacré pour n’en garder que les caractères incompris.
Résumons rapidement ces phases ; elles sont importantes à connaître.
L’esclavage auquel fut soumise la nation juive permit,
grâce à l’esprit d’opposition, de conserver les traditions
assez intactes. Il n’en fut pas de même lors de l’acquisition
de la liberté.
Au moment de la formation d’Israël en royaume indépendant, une rivale s’éleva vis-à-vis de Jérusalem, élevant
1. Fabre d’Olivet, Lang, hêb., 1. II, p. 16.
— 433 —
autel contre autel et tradition contre tradition : c’était
Samarie.
« Mais enfin après quatre siècles de désastres un jour
plus doux semble luire sur Israël. Le sceptre théocratique
est partagé : les Hébreux se donnent un roi, et leur empire, quoique resserré par de puissants voisins, ne resie
pas sans éclat. Ici un nouvel écueil se montre. La prospérité va faire ce que n'ont pu les plus effroyables revers.
La mollesse assise sur le trône s’insinue jusque dans les
derniers rangs du peuple. Quelques froides chroniques,
quelques allégories mal comprises, des chants de vengeance et d’orgueil, des chansons de volupté, décorés des
noms de Josué, de Rutli, de Samuel, de David, de
Salomon, usurpent la place du Sepher. Moïse esl négligé
et ses lois sont méconnues. Les dépositaires de scs secrets,
investis par le luxe, en proie à toutes les tentatives de
l’avarice, vont oublier leurs serments. La Providence lève le
bras sur ce peuple indocile, le frappe au moment où il s’y
attendait le moins. Il s’agite dans des cpnvulsions intestines, il se déchire. Dix tribus se séparent et gardent le
nom (Y Israël. Les deux autres tribus prennent le nom de
Juda. Une haine irréconciliable s'élève entre ces deux
peuples rivaux; ils dressent autel contre autel, trône contre
trône. Samarie et Jérusalem ont chacun leur sanctuaire.
La sûreté du Sepher naît de cette division ’. »
3. — EsmtAs.
Les additions au Sepher. — Perte de la langue sacrée.
Chaque peuple invoqua en effet le Sepher à l'appui de ses
prétentions, mais aucun ne possédait plus ce livre.
1. Fabre d’OIivet, Lang. hib. rest., p. 30, l. I.
C’est par un hasard providentiel que l’œuvre de Moïse
est retrouvée au fond d’un vieux coffre et qu 'Esdras comprend peu après tout le parti qu’il peut tirer du livre
sacré.
Samarie avait été détruite, les tribus dispersées; le
Sepher avait groupé autour de lui les Juifs de Jérusalem
emmenés soixante-dix ans en captivité.
Aussi quand Esdras, accomplissant une seconde fois
l’œuvre de Moïse, obtient la liberté des Juifs et les ramène
à Jérusalem, il lui faut renverser une foule d’obstacles sans
cesse renaissants.
Samarie était secrètement reconstituée, grâce à des éléments hétérogènes, par Babylone pour s’opposer à Jérusalem. Une copie du Sepher hébraïque avait été envoyée
avec un prêtre dévoué à la cour.
Esdras vint à bout de tout.
Frappant ses adversaires d’anathème, il réunit une
imposante assemblée de rabbins, constituant la Grande
Synagogue, qui .approuve l’anathème et prête son aide au
réformateur pour donner un caractère moins archaïque
aux lettres du livre sacré, lettres déchiffrées avec peine
parles Juifs revenant de captivité. Esdras joint au Sepher
un recueil fait par lui-même et ainsi se constitue la Bible
des Juifs. La grande Synagogue, qui avait déjà décidé la
création des points voyelles dans l’usage vulgaire de l’écriture, approuva ce recueil.
Deux points sont dès maintenant importants à établir :
1° La preuve qu’Esdras n’est pas lui-même l’auteur du
Sepher de Moïse ;
2° La perte de la connaissance réelle des caractères
hébraïques du Sepher de Moïse par les Juifs à leur retour
de captivité.
• « 1° Cette révision et ces additions ont donné lieu de
— 435 —
penser, par la suite, qu’Esdras avait été l’auteur de toutes
les écritures de la Bible. Non seulement les philosophistes modernes ont embrassé cette opinion 1 qui favorisait leur scepticisme, mais plusieurs Pères de l’Église, et
plusieurs savants l’ont soutenue avec feu, la croyant plus
conforme à leur haine contre les Juifs2; ils s’appuyaient
surtout d’un passage attribué à Esdras lui-même3.
« Je pense avoir assez prouvé par le raisonnement que
le Sepher de Moïse ne pouvait être une supposition ni une
compilation de morceaux détachés, car on ne suppose ni
ne compile jamais des ouvrages de cette nature ; et quant
à son intégrité du temps d'Esdras, il existe une preuve de
fait qu’on ne peut récuser : c’est le texte samaritain. On
sent bien, pour peu qu’on réfléchisse, que dans la situation où se trouvaient les choses, les Samaritains, ennemis
mortels des Juifs, frappés d’anathème par Esdras, n’auraient jamais reçu un livre dont Esdras aurait été l'auteur.
Ils se sont bien gardés de recevoir les autres écritures, et
c’est aussi ce qui peut faire douter de leur authenticité4 ».
2° Appuyons bien sur cette importante vérité : la langue
hébraïque, déjà corrompue par un peuple grossier, et
d’intellectuelle qu’elle était à son origine, ramenée à ses
éléments les plus matériels, fut entièrement perdue après
la captivité de Babylone. C’est un fait historique dont il
est impossible de douter de quelque scepticisme qu’on
tasse profession. La Bible le montre % le Thalmud l’affirme6,
c’est le sentiment des plus fameux rabbins7; Walton ne
t. Brolinbroke, Voltaire, Fréret, Boulanger, etc.
2. Saint Basile, Epist. ad. Child. Saint Clément d’Alexandrie, Slrom. I.
Tertull, De habit mulier, c. xxxv. Saint Irénée, 1. XXXIII, c. xxv, etc.
3. Esdras IV, c. xiv. Ce livre est regardé comme apocryphe.
4. Becli. sem., Hist. crit., 1. I, c. x.
5. Ivehem, c. vm.
6. Thàlm., Duot, c. iv.
7. Elias, Kimhi, Ephod, etc.
peut le nier'; le meilleur critique qui ait écrit sur cette
matière, Richard Simon, ne se lasse point de le répéter'.
Ainsi donc, près de six siècles avant Jésus-Christ les
Hébreux, devenus des Juifs, 11e parlaient ni n’entendaient
plus leur langue originelle. Us se servaient d’un dialecte
syriaque, appelé qraméen, formé par la réunion de plusieurs idiomes de l’Assyrie et de la Phénicie, et assez différent du iiabathéen qui, selon d’IIerbelôt, était le pur
ehaldaïque1 2 3.
A . — LES VERSIONS DU SEPHER.
Les Targums. — La version samaritaine.
C’est à partir de ce moment que le Sepher fut toujours
paraphrasé dans les Synagogues. On sait qu’après la lecture de chaque mot il y avait un interprète chargé de
l’expliquer au peuple en langue vulgaire. De là vinrent
les Targums , rédaction de ces diverses paraphrases4 5.
Trois sectes naquirent alors au sein des Juifs, d’après
les différentes valeurs attribuées aux mots.
1° Les Pharisiens se prétendant seuls détenteurs de la
loi orale ne voulaient admettre que le sens mystique de
l’écriture.
Ils croyaient à l’immortalité de l’âme et à la résurrection '.
2° Les Sadducéens ne voulaient admettre que le sens le
plus vulgaire et professaient le matérialisme.
3° Entre ces deux sectes, une autre formée par des
hommes de la plus haute vertu, vivant en ermites loin des
1. Prolog. III el XII.
2. Hist. crit., 1. I, c. vin, xvi, xvn, etc., etc.
3. Biblioth. ori., p. ai 4.
4. Fabre d’Olivet, Op. cit., p. 35.
5. Fabre d’Olivet, op. cit., p. 3G.
villes : les Esséniens, retirés autour du mont Moria,
admettaient dans l’écriture deux sens, un exotérique poulies profanes, un ésotérique pour les initiés1.
« Je prie le lecteur curieux des secrets antiques de faire
attention à ce nom (d'Esséniens) ; car s’il est vrai, comme
tout l’atteste, que Moïse ait laissé une loi orale, c’est
parmi les Esséniens qu elle s’est conservée. Les Pharisiens,
qui se flattaient si hautement de la posséder, n’en avaient
que les seules apparences, ainsi que Jésus le leur reproche à chaque instant. C’est de ces derniers que descendent les Juifs modernes, à l’exception de quelques vrais
savants dont la tradition secrète remonte jusqu’à celle des
Esséniens. Les Sadducéens ont produit les lvaraïtes actuels
autrement appelés Scripturairès 2 3 .
Les Samaritains ne restaient pas inactifs de leur côté.
Encore plus incapables que les Juifs d'entendre la langue
sacrée, ils avaient fait une version du Sepher en langue vulgaire avant même que les Targums eussent pris naissance.
Cette version est, par suite, la première qui ail été faite,
nous la possédons aujourd’hui en entier.
Après les victoires d’Alexandre le Grand sur Gyrus tout
tomba au pouvoir des Grecs. Les Juifs sont placés sous le
joug des Selleucides.
« La langue grecque, portée en tout lieu par les conquérants, modifie de nouveau l’idiome de Jérusalem et
l’éloigne de plus en plus de l’hébreu. Le Sepher de Moïse,
déjà défiguré par les paraphrases chaldaïques, va disparaître tout à fait dans la version des Grecs :i. »
1. M. Adolphe Franck (de l’Instilut) a fait dans les n°s 41, 42 et 43 de
l' Alliance Scientifique (juin, juillet, août 1890) une fort importante étude
sur ces trois sectes.
2. Fabre d’Olivet, 1. 1, § 3, p. 37.
3. Fabre d’Olivet, op. cil., t. I, p. 38.
— 438
ï). — LA VERSION GRECQUE.
Les Esséniens.
Ptolémée, fils de Lagus, eut l’idée de faire traduire le
Seplier pour le placer dans la Bibliothèque d’Alexandrie.
Le monarque fit appel au souverain pontife Eléazar qui
envoya une copie du Seplier.
Mais il fallait trouver des traducteurs.
C’est alors qu’on s’adressa aux Esséniens du mont Moria
qui jouissaient d’une réputation méritée de science et de
sainteté.
Ces sectaires (les Esséniens du mont Moria) vivaient en
anachorètes, retirés dans des cellules séparées, s’occupant,
comme je l’ai déjà dit, de l’étude de la Nature. Le Sepher
était, selon eux, composé d’esprit et de corps : par le
corps ils entendaient le sens matériel de la langue hébraïque ; par l’esprit, le sens spirituel perdu pour le vulgaire1.
Pressés entre la loi religieuse qui leur défendait la communication des mystères divins, et l’autorité du prince qui
leur ordonnait de traduire le Sepher, ils surent se tirer
d’un pas si hasardeux; car, en donnant le corps de ce
livre, il obéirent à l'autorité civile ; et en retenant l’esprit,
à leur conscience. Us firent une version verbale aussi
exacte qu’ils purent dans l’expression restreinte et corporelle; et pour se mettre encore plus à l’abri des reproches
de profanation, ils se servirent du texte et de la version
samaritains en beaucoup d’endroits, et toutes les fois que
le texte hébraïque ne leur offrait pas assez d’obscurité2.
Les traducteurs furent d’abord, ainsi que l’assure le
1. Josephe, De Bello Jud., 1. II, c. xn. Phil. De vila eontem.pl. Budd. In -
Irod. ad phil. hebr.
2. Fabre d’üiivet, op. cit., p. 40.
— 439 —
Thalinud, au nombre de cinq. Ils s’occupèrent seulement
de la traduction des livres de Moïse sans s’inquiéter des
additions d’Esdras.
Mais les Juifs répandus en Égypte et dans la Grèce ayant
oublié le dialecte araméen dans lequel étaient écrits leurs
Targums adoptèrent la traduction grecque de la Bibliothèque d’Alexandrie et joignirent à ce travail une traduction des additions d’Esdras. Us envoyèrent le tout à Jérusalem pour être approuvé.
Le sanhédrin accueillit leur demande, et, comme ce
tribunal se trouvait alors composé de soixante-dix juges,
conformément à la loi1, cette version en reçut le nom de
Version des Septante , c’est-à-dire approuvé par les Septante 2.
Telle est l’origine de la Bible. C’est une copie en langue
grecque des écritures hébraïques, où les formes matérielles du Sepber de Moïse sont assez bien conservées pour
que ceux qui ne voient rien au delà n'en puissent pas soupçonner les formes spirituelles 3.
6. — LE CHRISTIANISME.
La Vulgate de saint Jérôme.
C’est alors que la Providence voulant changer la face du
monde, suscita Jésus.
La diffusion rapide du christianisme secoue un peu la
torpeur des Juifs. Le texte grec étant considéré par les apôtres comme « inspiré », de violentes discussions s’élevèrent
dans les deux camps. C’est à ce moment que naquirent
une série de protestantismes décorés du nom d’hérésies et
1. Sepher, 1. IV, c. n, v, xvi. Elias Levita, in Thisbi.
2. Fabre d’Olivet, op. cit ., p. 41.
3. Fabre d’Olivet, p. 41.
— MO
professés par Valentin, Basilide, Marcion, Appelles, Bardesane et Manès.
Les Pères de l’Eglise cherchent à répondre de leur
mieux à toutes ces attaques par des explications ambiguës;
l’un d’eux, saint Jérôme, voulut remédier aux défauts de la
version des hellénistes et, croyant remonter à la source
du mal, se mit à apprendre l’hébreu.
Un toile général s’éleva à cette nouvelle dans toute
l’Eglise chrétienne. Saint Jérome continue son travail tout
en s’inclinant devant ses adversaires. C’est alors que le
traducteur s’aperçoit que les Juifs eux-mêmes ont perdu le
sens de l’hébreu et n’ont pour tout lexique que cette version des hellénistes qu’il voulait justement réformer. C’était
un cercle vicieux.
Quel est donc le résultat du travail de saint Jérôme?
Une nouvelle traduction de la Bible grecque, faite dans
un latin un peu moins barbare que les traductions précédentes, et confrontée avec le texte hébraïque, sous le
rapport des formes littérales.
Saint Jérôme ne pouvait pas faire davantage. Eût-il
pénétré dans les principes les plus intimes de l’hébreu ; le
génie de cette langue se fût-il dévoilé à ses yeux, il aurait
été contraint par la force des choses, ou de se taire, ou de
se renfermer dans la version des hellénistes. Cette version
jugée le fruit d’une inspiration divine, dominait les esprits
de telle sorte, qu’il fallait se perdre comme Marcion, ou
la suivre dans son obscurité nécessaire.
Voilà quelle est la traduction latine qu’on appelle ordinairement la Vulgate '.
Les versions que ces trois religions (catholique, musulmane, judaïque) possèdent, sont toutes faites dans l’esprit
1. F. d’Ohvet, p. 41, (. 1.
441
de celle des hellénistes qui leur a servi de modèle : c’està-dire qu’elles livrent, avec les formes extérieures de
l’ouvrage de Moïse, seulement le sens le plus grossier et
le plus matériel, celui que ce thêocrate avait destiné à servir
de voile au sens spirituel dont il réservait la connaissance
aux initiés *.
7. — FABRE D OLIVET.
La traduction correcte.
Depuis saint Jérôme jusqu’à nos jours c’est sur ces
textes de traductions erronées d’un livre dont le sens est
toujours ignoré des clergés que s’élevèrent toutes les discussions.
On voit de suite leur inanité, on voit l’erreur des
savants qui accusent d’ignorance et de naïveté les prêtres,
forcés de défendre des textes ridicules dont aucune idée
n’a jamais germé dans le cerveau du fondateur de la tradition occidentale, le prêtre égyptien Moïse.
tl a fallu les immenses travaux de Fabre d’Olivet pour
retrouver une partie des trésors perdus et le clergé a tellement l’amour de ses erreurs qu’il a récompensé ce savant
en mettant son œuvre a l’index1 2. C’est là un grand honneur pour d’Olivet comme pour tous ceux sur qui daignefrapper la sainte congrégation au xix° siècle. Être mis à
Y Index à notre époque par cette sainte collection d’ignorants fanatiques, c’est en effet obtenir un brevet de savoir
et d’indépendance d’autant plus méritoire qu’il est accordé
de meilleure grâce. Quoi qu’il en soit, résumons les travaux de d’Olivet par ce qu’il en dit lui-même.
« Dans quelque langue qu’on tourne la Bible c’est tou1. Fabre d’Olivet, Lang, hcl . restil., L II, p. 7.
2. Voy. le Dict. Bouillet, article, Fabre d'Olivet.
— U2
jours la version des hellénistes qu’on traduit, puisque c’est
elle qui sert de lexique à tous les traducteurs de l’hébreu.
« Il est impossible de sortir jamais de ce cercle vicieux
si l’on n’acquiert une connaissance vraie et parfaite de la
langue hébraïque. Mais comment acquérir cette connaissance? Comment?
.« En rétablissant celte langue perdue dans ses principes
originels : en secouant le joug des hellénistes; en reconstituant son lexique ; en pénétrant dans le sanctuaire des
Essêniens; en se méfiant de la doctrine extérieure des
.luifs; en ouvrant enfin celte arche sainte, qui, depuis
plus de trois mille ans, fermée à tous les profanes, a porté
jusqu’à nous, par un décret de la Providence divine, les
trésors amassés par la sagesse des Égyptiens.
« Voilà le but d’une partie de mes travaux1. »
RÉSUMÉ
Marchant vers l’origine de la parole, j'ai trouvé sur mes
pas le chinois, le sanscrit et l’hébreu.
J’ai examiné leurs tilres, je les ai exposés âmes lecteurs.
Forcé de faire un choix entre ces trois idiomes primordiaux, j’ai choisi l’hébreu.
J’ai dit comment, composé à son origine d’expressions
intellectuelles, métaphoriques, universelles, il était insensiblement revenu à ses éléments les plus grossiers, en se
restreignant à des expressions matérielles, propres et particulières.
J’ai montré à quelle époque et comment il s’était entièrement perdu, y Q.Ï suivi les révolutions du Sepher de Moïse,
unique livre qui le renferme. J’ai développé l’occasion et
la manière dont se firent les principales versions.
1. Fabre d’Olivet, op cit., p. 48.
J’ai réduil ces versions au nombre de quatre, savoir :
1° Les paraphrases clialdaïques ou targums;
2° La version samaritaine ;
3° La version des hellénistes appelée la version des
Septante ;
4n Enfin celle de saint Jérôme ou la Vulgate.
J’ai assez indiqué l’idée qu’on en devait prendre. C’est
maintenant à ma grammaire à rappeler les principes
oubliés de la langue hébraïque, à les établir d’une manière
solide, à les enchaîner à des résultats nécessaires : c’est à
ma traduction de la Comosgonie de Moïse, et aux notes
qui l’accompagnent, à montrer la force et la concordance
de ces résultats.
Je vais me livrer sans crainte à ce travail difficile,
autant certain de son succès que de son utilité si mes lecteurs daignent m’y suivre avec l’attention et la confiance
qu’il exige.
Fabre d’OuvET.
— \\\ —
Caractères cunéiformes. Traduction Barrois
F‘ .
CHAPITRE X
LA GENÈSE
S 4. — LES TROIS SENS DÉVOILÉS
Traduction correcte par Fabre d’Olivet
Les 10 premiers chapitres
Les oeuvres de Fabre d’Olivet étant devenues fort rares, nous
allons donner in extenso la traduction correcte des dix premiers
chapitres du Sepher de Moïse tel qu’il l’a faite.
Nous devons prévenir le lecteur que d’Olivet n'a pas voulu
révéler tous les sens de ce livre sacré. Il a donné généralement le
second sens dans sa traduction.
Pour garder secrètes certaines des vérités cachées par .Moïse,
d’Olivet a employé un procédé très simple. Il a laissé tous les noms
propres.
Il faut bien se souvenir en lisant que ces noms propres sont des
noms d’êtres cosmogoniques, des forces générales de l'Univers ;
c’est comme si nous disions Monsieur Espace et Madame Temps.
Il faut aussi savoir que nos forces physiques actuellement connues sont les plus inférieures que mentionne Moïse seulement au
chapitre 10. L’initié égyptien a donc poussé ses études bien plus
loin que les plus forts philosophes naturalistes contemporains.
Les lecteurs qui voudraient des détails complémentaires à ce
sujet doivent, de toute nécessité, lire les notes qui expliquent chacun
des mots traduits par d’Olivet, dans l’ouvrage original de cet
auteur.
— ■ 446 — •
Comme nous ne saurions trop insister sur le sens à accorder aux
noms propres, nous allons citer un extrait d’un auteur contemporain, disciple de Fabre d’Olivet, ainsi qu’il le proclame lui-même
dans la « France vraie », c’est Saint-Yves d’Alveydre.
*
* *
« Pour délivrer le législateur des Hébreux des calomnies théologiques dont il a été l’objet au sujet du Père du Genre Humain, je
prie le lecteur de soulever avec moi le triple voile dont j’ai parlé.
« Similitude de IEVE masculin et féminin comme lui, Adam a
une signification bien plus vaste encore que ce que les naturalistes
formulent malgré eux, quand, voulant exprimer la Puissance cosmogonique qui spécifie l’homme, en tant qu’individu physique, ils
appellent cette puissance le Règne Hominal.
« Adam est l’hiérogramme de ce principe universel; il représente l’âme intelligente de l’Univers lui-même, Verbe Universel
animant la totalité des systèmes solaires non seulement dans l’Ordre
visible, mais aussi et surtout dans l’Ordre invisible.
« Car lorsque Moïse parle du principe animateur de notre Système solaire, ce n’est plus Adam qu’il mentionne, mais Noah.
« Ombre de IEVE, pensée vivante et Loi organique des Ælohim,
Adam est l'Essence céleste d’où émanent toutes les Humanités
passées, présentes, futures, non seulement ici-bas, mais à travers
l’immensité des deux.
C'est l’Ame universelle de Vie, Nephesh Haiah, de cette substance
homogène, que Moïse appelle Adamah, ce que Platon nomme la
Terre supérieure.
« Or ici je n’interprète nullement, j’exprime littéralement la
pensée cosmogonique de Moïse; car, tel est l’Adam des sanctuaires
de Thèbes et du Baereschit, le grand Homme céleste de tous les
anciens temples, depuis la Gaule jusqu’au fond des Indes L »
« Le fameux serpent du prétendu jardin de délices ne signifie
pas autre chose, dans le texte égyptien de Moïse, que ce que
Geoffroy Saint-Hilaire vient d’exprimer (l’attraction de soi pour
soi) : Nahash, l’Attraction originelle dont l’hiéroglyphe était un
serpent dessiné d’une certaine manière.
« Le mot Haroum dont le législateur des Hébreux fait suivre
l'hiérogramme précédent, est le fameux Hariman du premier
1. Saint-Yves d’Alveydre, p. 135. Adam.
Zoroastre et exprime l’entraînement universel de la Nature naturée, causé par le principe précédent. »
« Quant au prétendu Eden, voici ce qu'il signifie dans le texte
hermétique de Moïse, prêtre d’Osiris :
« Gan-Bi-Héden, séjour d’ Adam-Eve, représente l’Organisme de
la Sphère universelle du Temps, l’Organisation de la Totalité de
ce qui est temporel.
« Les fameux fleuves qui sont au nombre de quatre en un, c’està-dire qui forment un quaternaire organique, n’expriment pas plus
le Tigre et l’Euphrate, que le Tibre, la Seine ou la Tamise, car,
encore une fois, les dix premiers chapitres de Moïse sont une
Cosmogonie et non une géographie.
« Aussi ces prétendus fleuves sont en réalité des fluides universels qui, partant de Gan, la Puissance organique par excellence,
inondent la Sphère temporelle, Heden, le Temps sans borne de
Zoroastre, placée elle-même entre deux Eternités, l’une antérieure,
Kaedem, l’autre postérieure, Ghôlim '. »
Pour bien montrer comment on peut interpréter le Sepher en
trois sens , nous donnons l’importante étude faite sur cette question,
également par Saint-Yves d'Alveydre.
Cette étude montrera que cet auteur est bien un écrivain original
et ne contribuera pas peu à le délivrer de la calomnie de plagiat
portée contre lui par quelques jaloux de ses travaux.
LES TROIS SENS DU SEPHER DE MOÏSE
Après les avoir lus (les livres de Moïse) on en dira peut-être :
comment est-il possible que trois ordres de vérités et de réalités
exprimés par un seul hiérogramme ne s’altèrent pas entre eux?
J’irai au-devant de ce légitime souci, en rappelant que les cinquante chapitres de Moïse, les vingt premiers surtout, roulent sur
des Principes.
Non seulement cette manière d écrire ne les confond pas dans
leur mode propre; mais elle est la seule qui puisse les rendre
intelligibles.
Un Principe est chose simple en soi.
On ne le décompose pas par l’analyse; on le prouve en synthétisant ce qui lui est identiqud.
Mais l’homme de chair ne peut rien concevoir de simple, sans le
I. Saint-Yves d’Alveydre, Mission des Juifs, Ouroboros.
décomposer virtuellement, comme le prisme de notre atmosphère
décompose le rayon blanc, l’unité sonore, etc., etc.
C'est que l’individu est triple en nous, et que le Ternaire est la
seule Unité relative qui puisse s’y comprendre ou s’y réfracter.
Intellectuel, moral, instinctif, l’homme ne verra par la pensée
un Principe qu’à travers sa propre constitution ramenée, à force
de vertu et de science, à sa plus grande simplicité, à sa plus grande
Unité, simplicité relative, Unité harmonique encore une fois.
Selon la méthode des sciences divines ou doriennes, Moïse procède de haut en bas, du grave à l’aigu, de l’universel au particulier, de l’intelligible au sensible, de l’occulte au manifeste.
Mais, dans tous leurs modes, l’évolution des Principes est mathématiquement la même, de Cycle en Cycle, que le Cycle soit l’Univers entier ou un seul Système solaire, le Règne hominal de celte
Planète ou les constitutions nécessaires de la planète elle-même.
CAÏN — ABEL — SETLl
Je développerai encore l’exemple cité plus haut de Kaïn, Chain
et Khanaan avant d’entraîner le lecteur plus loin derrière le voile.
Ier sens. — Hiérogramme cosmogonique Kaïn est le Principe
du Temps opposé à celui de l'Espace ethéré, Abel.
Voilà, sans voile, un des sens hiéroglyphiques.
Leur père est U Univers animé, inséparablement uni à la faculté
(T animation : Adam, Eve.
Leur milieu est la Terre céleste de Platon, Adamah, sa substance
universelle.
Mais qu’est-ce en lui-même que Kaïn?
Qu’est-ce dans son principe que le Temps qui nous le rend sensible?
Dans son Unité qualitative, c’est-à-dire dans son Universalité,
dans son Essence vivante (puisqu’il s’agit de l’Univers vivant),
qu’esl-ce, encore une fois, que ce Principe qui va bientôt accabler
l’Espace pour y faire apparaître autre chose?
Moïse conçoit le Temps comme la Cause de la Force centripète
universelle.
Il dévore et transforme, et très certainement il est en lui-même
quelque chose, dont la connaissance positive conduirait loin.
Moïse l’oppose à l’Espace éthéré, Cause de la Force centrifuge
universelle.
— 449 —
Abel ainsi conçu est un Principe libérateur et spirituel par excellence.
Mais Moïse n’est pas dualiste, témoin Seth, troisième fils d’AdamEve, né de l’accablement virtuel d’Abel par Kaïn.
Seth, qui participe de ses deux frères symboliques, signifie l’ÆY
pace pondéral , sidéral, double et sextuple, ce qui a une grande
signification dans la Mathématique qualitative.
Mais ces Principes ne sont pas matériels, encore une fois, car il
s’agit ici de la biologie de l'Univers, ou de la Cosmogonie.
Descendons le triple Cycle dans lequel chacun de ces hiérogrammes exerce son action.
J2C sens. — Dans l’ordre androgonique, Kaïn, Kronos, s’appellera
le Centralisateur universel, le Couronné.
Abel accablé sera la Décentralisation.
Seth sera la Vie locale, établissant le rapport du centre à la circonférence et réciproquement.
3e sens. — Descendons encore un degré, allons jusqu’à l’anthropomorphisme pur et simple.
Kaïn n’est plus qu’un simple Romulus accablant le premier
Remus, le type de tous les Khans, de tous les Khongs, de tous les
Kaisers, de tous les Kings, de tous les Césars et de tous les rois.
Il subjugue la Vie libre, il fonde la Cité centrale, il asservit les
collectivités disséminées, il les ramène à l’Unité physique ou politique, par la Force.
Au lieu de l’Uærus il porte une couronne de tours, au lieu de
l'Ürbs, le symbole de l’Urbs.
C’est, toujours le même Principe dans un monde différent.
C’est toujours l’opposé du Principe de la restitution à V Infini par
la liberté.
Seth, là encore, tient le milieu, participe de l’Un et de l’Autre,
et c’est en lui que s’effectue la conciliation possible de la centralisation avec son principe antagonique.
Vous retrouverez ces trois fils d’Adam, expliqués hiéroglyphiquement, dans toutes les Cosmogonies de la Terre.
Mais du même coup, tous les théologiens du Monde auraient
beau faire intervenir sous la forme de toutes les colombes possibles
le Saint-Esprit, tel que leur matérialisme se l’imagine, une œuvre
dé ce genre cesserait d’être l’expression scientifique de la Vérité, et
dès lors, elle serait sans Vie, sans Puissance organique de Synthèse
vis-à-vis des sciences humaines et naturelles 1 2.
Avant de poursuivre, appelons l’attention du lecteur sur le mot
qui commence la Cosmogonie de Moïse. Les traducteurs ont traduit
« Au commencement » et ont ainsi rendu nécessaires toutes les
interprétations fantaisistes de la suite.
Saint Jean , l'initié le plus avancé du christianisme, le disciple
chéri de Jésus, commence l’évangile de l’ésotérisme chrétien par le
même mot que Moïse quoique dans une langue différente : In principio « sv ».
Saint Augustin avait également découvert le véritable sens de
cette clef de voûte de la Cosmogonie moïsiaque.
« Il est dit : dans le principe , Dieu fit 'le ciel et la terre ; non pas
que cela fût en effet; mais parce que cela était en puissance d’être;
car il est écrit que le ciel fut fait ensuite. C’est ainsi que, considérant la semence d’un arbre, nous disons qu’il y a là des racines,
un tronc, des rameaux, le fruit et les feuilles; non pas que toutes
ces choses y soient formellement, mais virtuellement et destinées
à en éclore. De même, il est dit : dans le principe, Dieu fit le ciel
et la terre; c’est-à-dire la semence du ciel et de la terre; puisque
la matière du ciel et de la terre était alors dans un état de confu1. Sainl-Yves d’Alveydre, Mission des Juifs, p. 568.
2. Saint-Yves d’Alveydre, p. 136, op. cit.
— 452 —
sion. Or, comme il était certain que de cette matière devaient
naître le ciel et la terre, voilà pourquoi cette même matière était
déjà potentiellement appelée le ciel et la terre *. »
Ceci dit, passons à la traduction de Fabre d’Olivet.
*
LA COSMOGONIE DE MOÏSE
CHAPITRE PREMIER
La Principiation.
v. L Dans le Principe, Ælohim, LUi-les-Dieux, l’Etre des êtres,
avait créé en principe ce qui constitue l’existence des Cieux et de
la Terre.
2. Mais la Terre n'était qu'une puissance contingente d’être dans
une puissance d’être; l’Obscurité, force astringente et compressive,
enveloppait l’Abîme, source infinie de l’existence potentielle; et
l’Esprit divin, souffle expansif et vivifiant, exerçait encore son action génératrice au-dessus des Eaux, image de l’universelle passivité des choses.
3. Or, il avait dit, LUi-les-Dieux : la Lumière sera, et la Lumière
avait été.
4. Et, considérant cette essence lumineuse comme bonne, il
avait déterminé un moyen de séparation entre la Lumière et l’Obscurité.
5. Désignant, LUi-les-Dieux, cette Lumière, élémentisation intelligible, sous le nom de Jour, manifestation phénoménique universelle, et cette Obscurité, existence sensible et matérielle, sous le
nom de Nuit, manifestation négative et nutation des choses : et tel
avait été l'occident, et tel avait été l’orient, le but et le moyen, le
terme et le départ, de la première manifestation phénoménique.
6. Déclarant ensuite sa volonté, il avait dit, LUi-les-Dieux : il y
aura une expansion éthérée au centre des eaux; il y aura une force
raréfiante opérant le partage de leurs facultés opposées.
J. Saint Augustin, 1. 1, c. ni, n° 11.
— 453 —
7. Et lui, l’Être des êtres, avait fait cette Expansion éthérée; il
avait excité ce mouvement de séparation entre les facultés inférieures des eaux, et leurs facultés supérieures; et cela s’était fait
ainsi.
8. Désignant, LUi-les-Dieux, cette expansion éthérée du nom de
Cieux, les eaux exaltées : et tel avait été l’occident, et tel avait été
l’orient, le but et le moyen, le terme et le départ, de la seconde
manifestation phénoménique.
9. Il avait dit encore, LUi-les-Dieux : les ondes inférieures et
gravitantes des cieux tendront irrésistiblement ensemble vers un
lieu déterminé, unique; et l’Aridité paraîtra : et cela s était fait ainsi.
10. Et il avait désigné l’aridité sous le nom de Terre , élément
terminant et final, et le lieu vers lequel devaient tendre les eaux,
il l’avait appelé Mers, immensité aqueuse : et considérant ces
choses, lui, l’Être des êtres, il avait vu qu’elles seraient bonnes.
11. Continuant à déclarer sa volonté, il avait dit, LUi-les-Dieux :
la Terre fera végéter une herbe végétante, et germant d’un germe
inné, une substance fructueuse portant son fruit propre, selon son
espèce, et possédant en soi sa puissance sémentielle : et cela s’était
fait ainsi.
12. La Terre avait fait pousser de son sein une herbe végétante
et germant d’un germe inné, selon son espèce, une substance fructueuse possédant en soi sa puissance sémentielle selon la sienne :
et lui, l’Être des êtres, considérant ces choses, avait vu quelles seraient bonnes.
13. Et tel avait été l'occident, et tel avait été l'orient, le but et
le moyen, le terme et le départ, de la troisième manifestation phénoménique.
14. Déclarant encore sa volonté, il avait dit, Lui-les-Dieux : il y
aura dans l’Expansion éthérée des cieux, des Centres de lumière,
destinés à opérer le mouvement de séparation entre le jour et ia
nuit, et à servir de signes à venir, et pour les divisions temporelles,
et pour les manifestations phénoméniques universelles, et pour les
mutations ontologiques des êtres.
13. Et ils seront, ces Centres de lumière, comme des foyers sensibles chargés de faire éclater la Lumière intelligible sur la terre :
et cela s’était fait ainsi.
16. Il avait déterminé, lui, l’Être des êtres, l’existence potentielle de cette Dyade de grands foyers lumineux; destinant le plus
grand à la représentation du jour, et le plus petit à celle de la
nuit; et il avait déterminé aussi l’existence des facultés virtuelles
de l’Univers, les étoiles.
17. Les préposant dans l’expansion éthérée des cieux, ces foyers
sensibles, pour faire éclater la Lumière intelligible sur la terre.
18. Pour représenter dans le jour et dans la nuit, et pour opérer
le mouvement de séparation entre la lumière et l’obscurité : et considérant ces choses, lui, l'Être des êtres, il avait vu qu’elles seraient
bonnes.
19. Et tel avait été l'occident, et tel avait été l’orient, le but et
le moyen, le terme et le départ, de la quatrième manifestation phénoménique.
20. Ensuite, il avait dit, LUi-les-Dieux : les Eaux émettront à
foison les principes vermiformes et volatiles d’une âme de Yie,
mouvante sur la terre, et voltigeante dans l’expansion éthérée des
cieux.
21. Et lui, l’Être des êtres, avait créé l’existence potentielle de
ces immensités corporelles, légions de monstres marins, et celle de
toute âme de Yie, animée d’un mouvement reptiforme, dont les
eaux émettaient à foison les principes, selon leur espèce, et celle
de tout oiseau à l’aile forte et rapide, selon son espèce : et considérant ces choses, Lui-les-Dieux, il avait vu qu’elles seraient bonnes.
22. Il avait béni ces êtres, et leur avait déclaré sa volonté, disant : propagez-vous et multipliez-vous, et remplissez les eaux des
mers; afin que l'espèce volatile se multiplie sur la terre.
23. Et tel avait été l’occident, et tel avait été l’orient, le but et
le moyen, le terme et le départ, de la cinquième manifestation
phénoménique..
24. Et LUi-les-Dieux avait dit encore : la Terre émettra de son
sein un souffle de vie selon son espèce, animé d’un mouvement
progressif, quadrupède et reptile, Animalité terrestre, selon son
espèce : et cela s’était fait ainsi.
23. Il avait donc déterminé, lui, l’Être des êtres, l’existence potentielle de cette Animalité terrestre, selon son espèce, et celle du
Genre quadrupède, selon son espèce; et considérant ces choses, il
avait jugé qu'elles seraient bonnes.
26. Continuant ensuite à déclarer sa volonté, il avait dit, luiles-Dieux : nous ferons Adam , l’Homme universel, en notre ombre
réfléchie, suivant les lois de notre action assimilante; afin que,
puissance collective, il tienne universellement l’empire, et domine
à la fois, et dans le poisson des mers, et dans l’oiseau des cieux, et
dans le quadrupède, et dans toute l’animalité, et dans toute vie
reptiforme se mouvant sur la terre.
27. Et lui, l’Être des êtres, avait créé l’existence potentielle
A Adam, l’Homme universel, en son ombre réfléchie; en son ombre
— 455 —
divine il l’avait créé; et puissance collective, l’avait, identifié ensemble mâle et femelle.
28. Il avait béni son existence collective, et lui avait déclaré
collectivement sa volonté, disant : propagez-vous et multipliezvous; remplissez la Terre et subjuguez-la; tenez universellement
l’empire et dominez dans le poisson des mers, et dans l’oiseau des
deux, et dans toute chose jouissant du mouvement vital sur la
Terre.
29. Et il lui avait également déclaré, LUi-les-Dieux, voici : je vous
ai donné, sans exception, toute herbe germant d'un germe inné,
sur la face de la Terre entière, ainsi que toute substance portant
son fruit propre, et possédant en soi sa puissance sémentielle, pour
vous servir d’aliment.
30. Et à toute animalité terrestre, à toute'espèce de volatile,
d’être reptiforme se mouvant sur la terre, et possédant en soi le
principe inné d'un souffle animé de vie, j’ai donné en totalité
l'herbe verdoyante pour aliment. Et cela s’était fait ainsi.
31. Alors considérant toutes ces choses qu’il avait faites en
puissance, comme présentes devant lui, il avait vu, Lui-les-Dieux.
qu'elles seraient bonnes selon leur mesure. Et tel avait été l’occident, et tel avait été l’orient, le but et le moyen, le terme et le
départ, de la sixième manifestation phénoménique.
CHAPITRE II
La Distinction .
v. 1. Ainsi, devant s’accomplir en acte, s’accomplirent en puissance et les dieux et la Terre, et la Loi régulatrice qui devait présider à leurs développements.
2. Et l’Être des êtres ayant terminé à la septième manifestation
phénoménique, l’acte souverain qu’il avait conçu, revint à son état
primitif dans cette septième période, après l’entier accomplissement de l’œuvre divine qu’il avait effectuée.
3. C'est pourquoi il bénit, ua-les-Dieux, cette septième manifestation phénoménique, et en sanctifia à jamais l’existence symbolique comme étant l’époque de son retour à son état primitif, après
l’entier accomplissement de l’acte souverain dont il avait créé le
dessein selon sa puissance efficiente.
4. Tel est le type des générations des Cieux et de la Terre, suivant le mode de leur création, au jour où Ihôah, tui-les-Dieux, dé456 —
ployant sa puissance créatrice, fît en principe les Cieux et la Terre.
5. Et la conception entière de la Nature, avant que la Nature
existât sur la Terre, et sa force végétative, avant qu’elle eût végété :
car Ihôah, l’Etre des êtres, ne faisait point pleuvoir sur la Terre,
et l'universel Adam n’existait point encore en substance actuelle,
pour ellaborer et servir l’Élément adamique.
G. Mais une émanation virtuelle, s’élevant avec énergie du sein
de la Terre, abreuvait toute l’étendue de ce même élément.
7. Or, Ihôah, l’Etre des êtres, ayant formé la substance A' Adam,
de la sublimation des parties les plus subtiles de l’Élément adamique, inspira -dans son entendement une essence exhalée des Vies,
et dès lors Adam , l’Homme universel, devint une similitude de
l’Ame vivante, universelle.
8. Ensuite il traça, Ihôah, LUi-les-Dieux, une enceinte organique
dans la sphère de la sensibilité temporelle, extraite de l’antériorité
universelle des temps; et il y plaça ce même Adam, qu’il avait
formé pour l’éternité.
9. Ordonnant à l’Elément adamique de faire croître toute espèce
de substance végétative, aussi belle à la vue, selon sa nature, que
bonne au goût; et voulant en même temps que le principe substantiel des Vies se développât au centre de l’enceinte organique
avec la substance propre du bien ou du mal.
10. Cependant une émanation lumineuse, telle qu’un vaste fleuve,
coulait de la sphère sensible pour la vivification de l’enceinte organique ; s’y divisait, et paraissait au dehors selon la puissance
quaternaire multiplicatrice, en quatre principes.
11. Le nom du premier de ces principes émanés était Phishôn,
c'est-à-dire, la réalité physique, l’être apparent : il enveloppait
toute la terre de Huivila , l’énergie virtuelle, lieu natal de l’or.
12. Et l'or de cette terre-là, emblème de la réflexion lumineuse,
était bon. C’était encore le lieu natal de Bedolla, division mystérieuse, et de la pierre Shôam, sublimation universelle.
13. Le nom du second de ces principes émanés était Gîhôn, le
mouvement formatif : il enveloppait toute la terre de Choush, le
principe inné.
14. Le nom du troisième de ces principes émanés était Hiddekel, le rapide propagateur, servant de véhicule au principe de la
félicité. Le quatrième, enfin, recevait le nom de Phrath, à cause de
la fécondité dont il était la source.
15. Ainsi donc, Ihôah, l’Être des êtres, ayant pris Adam, l’Homme
universel, le plaça dans l’enceinte organique de la sensibilité temporelle, pour qu’il l’ellaborât et la gardât avec soin.
— 457
16. El il lui recommanda fortement, Ihôaii, LUi-les-Dieux, en lui
déclarant ainsi sa volonté : « De toute la substance végétative de
l'enceinte organique, tu peux t’alimenter sans crainte :
17. « Mais de la substance propre de la connaissance du bien et
du mal, garde-toi de faire aucune consommation : car au jour
même où tu t'en alimenteras, tu deviendras muable , et tu
mourras. »
18. Ensuite il dit, Ihùah, l’Etre des êtres : il n’est pas bon qu Adam
soit dans la solitude de lui-même : je lui ferai une compagne, une
aide élémentaire, émanée de lui-même, et formée dans la réflexion
de sa lumière.
19. Or, il avait formé hors de l’Elément adamique, toute l’animalité de la nature terrestre, et toute l’espèce volatile des cieux; il
les fît venir vers Adam pour voir quel nom relatif à lui-même, cet
Homme universel assignerait à chaque espèce; et tous les noms
qu'il assigna à ces espèces, dans leurs rapports avec lui, furent
l'expression de leurs rapports avec l’Ame vivante universelle.
20. Ainsi donc, Adam assigna des noms à l’espèce entière des
quadrupèdes, à celle des oiseaux, et généralement à toute l’animalité de la nature; mais il fut loin d’y trouver cette compagne, cette
aide élémentaire, qui, émanée de lui-même, et formée dans la réflexion de sa lumière, devait lui présenter son image réfléchie.
21. Alors Ihôah, l’Etre des êtres, laissa tomber un sommeil profond et sympathique sur cet Homme universel, qui s’endormit soudain; et rompant l’unité de ses enveloppes extérieures, il prit l’une
d’elles, et revêtit de forme et de beauté corporelle, sa faiblesse originelle.
22. Ensuite il rétablit cette enveloppe qu’il avait extraite de la
substance même d 'Adam, pour la faire servir de base à celle d’AïsAu.
sa compagne intellectuelle; et il l'amena vers lui. •
23. Et Adam, déclarant sa pensée, dit : celle-ci est véritablement
substance de ma substance, et forme de ma forme; et il l'appela
Aisha, faculté volitive efficiente, à cause du principe volitif intellectuel Aïsh , dont elle avait été tirée en substance.
24. Voilà pourquoi l’homme intellectuel, Aïsh, doit quitter son
père et sa mère, et se réunir à sa compagne intellectuelle, Aïsha,
sa faculté volitive; afin de ne faire avec elle qu’un seul être sous
une même forme.
25. Or, ils étaient b’ un et l’autre entièrement découverts, sans
aucun voile corporel qui déguisât leurs conceptions mentales, l'universel Adam, et sa faculté volitive Aïsha ; et ils ne se causaient
entre eux aucune honte.
— 458 —
CHAPITRE III
L' Extraction.
v. 1. Cependant, Nahash, l’Attract originel, la Cupidité, celle
ardeur interne, appétante, était la passion entraînante de la vie
élémentaire, le principe intérieur de la Nature, ouvrage de Ihôaii.
Or, cette Passion insidieuse dit à Aïsha, la faculté volitive d'Adam :
pourquoi vous a-t-il recommandé, Lui-les-Dieux, de ne pas vous
alimenter de toute la substance de la sphère organique?
2. Et la Faculté volitive répondit à cette Ardeur cupide : nous
pouvons sans crainte nous alimenter du fruit substantiel de l’enceinte organique.
3. Mais quant au fruit de la substance même qui est au centre
de cette enceinte, il nous a dit, uui-les-Dieux : vous n’en ferez pas
aliment; vous n’y aspirerez pas votre âme, de peur que vous ne
vous fassiez inévitablement mourir.
4. Alors Nahash, l’attract originel, reprit : non, ce n’est pas de
mort que vous vous ferez inévitablement mourir.
5. Car, sachant bien, Lui-les-Dieux, que dans le jour où vous
vous alimenterez de cette substance, vos yeux seront ouverts à la
lumière, il redoute que vous ne deveniez tels que lui, connaissant
le bien et le mal.
6. Aïsha, la faculté volitive, ayant considéré qu’en effet cette
substance, mutuellement désirée par le sens du goût, et par celui
de la vue, paraissait bonne, et la flattait agréablement de l’espoir
d'universaliser son intelligence, détacha de son fruit, s’en nourrit;
et en donna aussi avec intention à son principe intellectuel, Aish,
auquel elle était étroitement unie; et il s’en nourrit.
7. Et soudain leurs yeux s’ouvrirent également; et ils connurent
qu’ils étaient dénués de vertu, de lumière propre, stériles, révélés
dans leur obscur principe. Ils firent alors naître au-dessus d'eux
une élévation ombreuse, voile de tristesse mutuelle et de deuil; et
se firent des vêtements passagers.
8. Cependant ils entendirent la voix même de Ihôah, l’Être des
êtres, se portant en tous sens dans l’enceinte organique, selon le
souffle spiritueux de la lumière du jour. L’universel Adam se cacha
de la vue de Ihôah, avec sa faculté volitive, au centre de la substance même de l’enceinte organique.
9. Mais Ihôah, l’Être des êtres, se fit entendre à Adam , et lui
dit : où t’a porté ta volonté?
10. Et Adam répondit : j’ai entendu ta voix dans cette enceinte;
et voyant que j’étais dénué de vertu, stérile, révélé dans mon obscur principe, je me suis caché.
11. Et l’Être des êtres reprit : qui t’a donc enseigné que tu étais
ainsi dénué, si ce n’est l’usage de cette même substance dont je
t’avais expressément recommandé de ne t’alimenter nullement?
12. Adam répondit encore : Aïsha, la faculté volitive que tu
m’as donnée pour être ma compagne, c'est elle qui m’a offert de
cette substance, et je m’en suis alimenté.
13. Alors, Ihôah, l’Être des êtres, dit à la Faculté volitive : pourquoi as-tu fait cela? et Aïsha répondit : Nahash , cette passion insidieuse, a causé mon délire, et je me suis alimentée.
14. Et Ioôah, l’Être des êtres, dit à Nahash , l’attract originel :
puisque tu as causé ce malheur, tu seras une passion maudite au
sein de l’espèce animale et parmi tout ce qui vit dans la Nature :
d’après ton inclination tortueuse tu agiras bassement, et d’exhalaisons élémentaires tu alimenteras tous les moments de ton existence.
15. Je mettrai une antipathie profonde entre toi, Passion cupide,
et entre Aïsha, la faculté volitive; entre tes productions et ses productions : les siennes comprimeront en toi le principe du mal, et
les tiennes comprimeront en elle les suites de sa faute.
16. S’adressant à Aïsha, la faculté volitive, il lui dit : je multiplierai le nombre des obstacles physiques de toutes sortes, opposés
à l'exécution de tes désirs, en augmentant en même temps le nombre de tes conceptions mentales et de tes enfantements. Avec travail et douleur tu donneras l’être à tes productions; et vers ton
principe intellectuel, entraînée par ton penchant, lu subiras son
empire, et il se représentera en toi.
17. Et à l’Homme universel, Adam, il dit ensuite : puisque tu as
prêté l’oreille à la voix de ta faculté volitive, et que tu t’es nourri
de cette substance, de laquelle je t’avais expressément recommandé
de ne t’alimenter nullement, maudit! soit l’élément adamique, homogène, et similaire à toi, relativement à toi : avec angoisse tu
seras forcé d’en alimenter tous les moments de ton existence.
18. Et les productions tranchantes, et les productions incultes
et désordonnées, germeront abondamment pour toi : tu te nourriras de fruits âcres et desséchés de la Nature élémentaire.
19. Tu t’en nourriras dans l’agitation continuelle de ton esprit,
et jusqu’au moment de ta réintégration à l’Élément adamique, homogène et similaire à toi : car, comme tu as été tiré de cet élément,
et que tu en es une émanation spiritueuse, ainsi c’est à cette émanation spiritueuse que tu dois être réintégré.
— 460
20. Alors l’universel Adam assigna à sa faculté volitive A'isha,
le nom de Heva, existence élémentaire; à cause qu’elle devenait
l'origine de tout ce qui constitue cette existence.
21. Ensuite Ihôah, l’Être des êtres, fit pour Adam et .pour sa
compagne intellectuelle, des sortes de corps de défense dont il les
revêtit avec soin.
22. Disant, Ihùah, Lui-les-Dieux : voici Adam, l’Homme universel, devenu semblable à l’un d’entre nous, selon la connaissance
du bien et du mal. Mais alors, de peur qu’il n’étendît la main, et
qu’il ne se saisit aussi du principe substantiel des Vies, qu’il ne s’en
nourrît, et qu’il ne vécût en l’état où il était, durant l’immensité
des temps;
23. Ihôah, l’Être des êtres, l’isola de la sphère organique de la
sensibilité temporelle, afin qu’il ellaborât et servît avec soin cet
Élément adamique, hors duquel il avait été tiré.
24. Ainsi il éloigna de son poste cet Homme universel, et fit résider du principe de l’antériorité des temps, à la sphère sensible et
temporelle, un être collectif appelé Cherubim, semblable à la puissance multiplicatrice universelle, armé de la flamme incandescente
de l’extermination, tourbillonnant sans cesse sur elle-même, pour
garder la roule de la substance élémentaire des Vies.
CHAPITRE IV
La Multiplication divisionnelle.
v. 1. Cependant, Adam, l’Homme universel, connut Heva, l’existence élémentaire, comme sa faculté volitive efficiente; et elle conçut, et elle enfanta Kain, le fort et le puissant transformateur, celui qui centralise, saisit et assimile à soi; et elle dit : j’ai formé,
selon ma nature, un principe intellectuel de l’essence même, et
semblable à Ihôaii .
2. Et elle ajouta à cet enfantement celui de son frère Habel, le
doux et pacifique libérateur, celui qui dégage et détend, qui évapore, qui fuit le centre. Or, Habel était destiné à diriger le développement du Monde corporel; et Kain, à ellaborer et servir l’Élément adamique.
3. Or, ce fut de la cime des mers, que Kain fit monter vers Ihôah
une oblation des fruits de ce même élément :
4. Tandis qu 'Habel offrit aussi une oblation des prémices du
Monde qu’il dirigeait, et des vertus les plus éminentes de ses productions : mais Ihôah s’étant montré sauveur envers Habei et envers son offrande,
5. Ne reçut point de même Kain, ni son oblation; ce qui causa
un violent embrasement dans ce fort et puissant transformateur,
décomposa sa physionomie, et l’abattit entièrement.
6. Alors, Ihôah dit à Kain : pourquoi cet embrasement de ta
part? et d’où vient que ta physionomie s’est ainsi décomposée et
abattue?
7. N’est-ce pas que si tu fais le bien, tu en portes le signe? et
que si tu ne le fais pas, au contraire, le vice se peint sur ton front?
qu’il t’entraîne dans son penchant qui devient le tien; et que tu te
représentes sympathiquement en lui?
8. Ensuite, Kain déclarant sa pensée à Habei , son frère, lui manifesta sa volonté. Or, c’était pendant qu'ils étaient ensemble dans
la Nature productrice, que Kain , le violent centralisateur, s’éleva
avec véhémence contre Habei son frère, le doux et pacifique libérateur, l’accabla de ses forces, et l’immola.
9. Et Ihôah dit à Kain: où est Habei ton frère? A quoi Kain répondit : je ne le sais pas. Suis-je donc son gardien, moi?
10. Et Ihôah lui dit encore : qu’as-tu fait? la voix des générations plaignantes, qui devaient procéder de ton frère, et lui, être
homogène, s’élève jusqu’à moi de l’Elément adamique.
11. Maintenant, sois maudit! toi-même par ce même élément,
dont l’avidité a pu absorber par ta main ces générations homogènes
qui devaient procéder de ton frère.
12. Lorsque tu le travailleras, il ne joindra point sa force virtuelle à tes efforts. Agité d’un mouvement d’incertitude et d’effroi,
tu seras vaguant sur la Terre.
13. Alors, Kain dit à Iiiôau : que mon iniquité doit être grande,
d’après la purification!
14. Vois! tu me chasses aujourd’hui de l’Élément adamique; je
dois me cacher avec soin de ta présence; agité d’un mouvement
d’incertitude et d’effroi, je dois être vaguant sur la Terre : ainsi
donc, tout être qui me trouvera pourra m’accabler.
15. Mais Ihôah, déclarant sa volonté, lui parla ainsi : tout être
qui croira accabler Kain , le fort et puissant transformateur, sera,
au contraire, celui qui l’exaltera sept fois davantage. Ensuite, Ihôah
mit à Kain un signe, afin que nul être qui viendrait à le trouver,
ne pût lui nuire.
16. Et Kain se retira de la présence de Ihôah, et il alla habiter
dans la terre de l’exil, de la dissension et de l’effroi, le principe
antérieur de la sensibilité temporelle.
462
17. Cependant Katn connut sa faculté volitive efficiente, et elle
conçut, et elle enfanta Henoch, la force centrale et fondatrice; ensuite il se mît à édifier un circuit sphérique, une enceinte fortifiée,
à laquelle il donna le nom de son fils Henoch.
18. Et il fut accordé à ce même Henoch de produire l’existence
de Whirad, le mouvement excitateur, la cause motrice; et Whirad
produisit celle de Mehoujâel, la manifestation physique, la réalité
objective; et Mehoujâel produisit celle de Methoushâel , le gouffre
appétant de la mort; el Methoushâel produisit celle de Lamech,
le nœud qui arrête la dissolution, le lien flexible des choses.
19. Or, Lamech prit pour lui, comme ses épouses corporelles,
deux facultés physiques : le nom de la première était Whada, l’évidente; et celui de la seconde, Tzilla , la profonde, l’obscure, la
voilée.
20. Whada donna naissance à Jabal , principe aqueux, celui d’où
découlent l’abondance et la fertilité physique, père de ceux qui
habitent les demeures fixes et élevées, et qui reconnaissent la propriété.
21. Et Jabal eut pour frère Jubal, fluide universel, principe aérien, d’où découlent la joie et la prospérité morale, père de ceux
qui se livrent aux conceptions lumineuses et dignes d’amour : les
sciences et les arts.
22. Et Tzilla aussi donna naissance à 1 hubal-Kaîn, la diffusion
centrale, principe mercuriel et minéral, instructeur de ceux qui
s'adonnent aux travaux mécaniques, qui fouillent les mines et forgent le fer. Et la parenté de Thubal-Kaîn fut Nawhoma , le principe de l’aggrégation et de l’association des peuples.
, 23. Alors Lamech, le nœud qui arrête la dissolution, dit à ses
deux facultés physiques, Wliadah et 7'zilla : écoutez ma voix,
épouses de Lamech, prêtez l’oreille à ma parole : car, de même
que j'ai détruit l’intellectuel individualisé par sa faculté volitive?
pour me dilater et m’étendre; de même que j’ai détruit l’esprit de
lignée pour me constituer en corps de peuple :
24. Ainsi, comme il a été dit que celui qui voudrait accabler
Kaîn, le puissant transformateur, en septuplerait les forces constitutives centralisantes; celui qui voudra accabler Lamech, le flexible lien des choses, en augmentera septante-sept fois la puissance
ligatrice.
25. Cependant Adam, l’Homme universel, avait encore connu
sa faculté volitive efficiente; et elle avait enfanté un fils auquel
elle avait donné le nom de Sheth, la base, le fond des choses;
parce qu’elle avait dit : il a placé en moi, Lül-les-Dieux, la base
— 4(33 —
d’une autre génération, émanée de l'affaissement d’Habel, au moment où il fut immolé par Kaîn.
26. Or, il fut accordé aussi à S/iet/t de générer un fils auquel il
donna le nom d ’Ænosh, c’est-à-dire l’être muable, l’homme corporel; et dès lors il fut permis d'espérer et d’attendre un soulagement à ses maux dans l’invocation du nom de Iuùau.
CHAPITRE V
La Compréhension facultative.
v. 1. Ceci est le Livre des caractéristiques générations à' Aclam,
l’Homme universel, dès le jour où le créant, un-les-Dieux, suivant
les lois de son action assimilante, il en détermina l’existence potentielle :
2. Le créant d'une manière collective mâle et femelle, cause et
moyen; le bénissant sous ce rapport collectif, et lui donnant le
nom universel d’Adam, au jour même où il l’avait universellement
créé.
3. Or, Adam existait depuis trois décuples et une centaine de
mutations ontologiques temporelles, lorsqu'il lui fut accordé de
générer, au moyen de sa faculté assimilatrice, en son ombre réfléchie, un être émané auquel il donna le nom de Sheth, comme
étant destiné à être la base et le fond même des choses.
4. Et les périodes lumineuses d’Adam, après qu’il lui eut été
accordé de produire l’existence de Sheth, furent au nombre de huit
centaines de mutation; et il produisit d’autres êtres émanés.
5. Ainsi, le nombre total des périodes lumineuses d'Adam, pendant lesquelles il exista, fut de neuf centaines entières et de trois
décuples de mutation ontologique temporelle; et il passa.
6. Cependant Sheth , la base des choses, existait depuis cinq mutations temporelles et une centaine de mutation, lorsqu'il généra
Ænosh, l’être muable, l’homme corporel.
7. Et Sheth exista encore après cette génération, sept mutations
temporelles et huit centaines entières de mutation ; et il produisit
d’autres êtres émanés.
8. Or, les périodes lumineuses pendant lesquelles Sheth exista,
furent ensemble au nombre de deux mutations temporelles, un décuple et neuf centaines entières de mutation; et il passa.
9. Cependant Ænosh, l’homme corporel, existait depuis neuf décuples de mutation temporelle, lorsqu’il produisit l’existence de
— 464 —
Kainan, c'est-à-dire celui qui s'approprie, qui envahit, qui enveloppe. la généralité des choses.
10. Et Ænosh exista encore après cette génération, cinq mutations temporelles, un décuple et huit centaines entières de mutation ; et il produisit d’autres êtres émanés.
11. Ainsi le nombre total des périodes lumineuses d 'Ænosh s’éleva à cinq mutations temporelles, et neuf centaines entières de
mutation; et il passa.
12. Cependant Kainan, l’envahissement général, existait depuis
sept décuples de mutation temporelle lorsqu’il produisit l’existence
de Mahollâel, l'exaltation puissante, la splendeur.
13. Et Kainan exista encore, après cette génération, quatre décuples de mutation temporelle, et huit centaines entières de mutation; et il produisit d'autres êtres émanés.
14. Or, les périodes lumineuses de Kainan furent ensemble au
nombre de dix mutations temporelles, et de neuf centaines entières
de mutation; et il passa.
15. Cependant Mahollâel , l’exaltation puissante, la splendeur,
existait depuis huit mutations et six décuples de mutation temporelle, lorsqu’il généra lred , le mouvement persévérant en exaltation ou en dégénérescence.
16. Et Mahollâel exista encore après cette génération, trois décuples de mutation temporelle, et huit centaines entières de mutation; et il produisit d’autres êtres émanés.
17. Ainsi le nombre total des périodes lumineuses de Mahollâel ,
l’exaltation glorifiée, fut de cinq mutations temporelles, de neuf
décuples, et de huit centaines entières de mutation ; et il passa.
18. Cependant lred, le mouvement persévérant, avait existé
pendant deux mutations temporelles, six décuples, et une centaine
entière de mutation lorsqu’il produisit l’existence de Henoch, le
mouvement de centralisation et de contrition, qui rend stable et
consolide le bien ou le mal.
19. Or, lred exista encore après cette génération, huit centaines
entières de mutation temporelle; et il produisit d’autres êtres
émanés.
20. Ainsi toutes les périodes lumineuses d 'lred, le mouvement
persévérant en exaltation ou en dégénérescence, furent au nombre
de deux mutations temporelles, six décuples et huit centaines entières de mutation; et il passa.
21. Cependant Henoch, le mouvement de centralisation, avait
déjà existé pendant cinq mutations temporelles et six décuples,
lorsqu’il produisit l’existence de Methoushalê , l’émission de la mort.
— 465 —
22. Or, Henoch, mouvement de contrition et sentiment de pénitence, suivit constamment les traces d ’Ælohim, Lui-les-Dieux, après
cette génération, et il produisit d’autres êtres émanés.
23. Et le nombre de ses périodes lumineuses fut de cinq mutations temporelles, six décuples, et trois centaines de mutation.
24. Gomme il continua toujours à suivre les traces d ' Ælohim,
LUi-les-Dieux, il cessa d’exister sans cesser d’être; car, l'Être des
êtres le retira à lui.
25. Cependant Methoushalê, le trait de la mort, existait depuis
sept mutations temporelles, huit décuples, et une centaine entière
de mutation, lorsqu’il produisit l’existence de Lamech, le nœud
qui lie la dissolution, et l’arrête.
2G. Or, Methoushalê exista encore, après cette génération, deux
mutations temporelles, huit décuples, et sept centaines entières de
mutation; et il produisit d’autres êtres émanés.
27. Ainsi, les périodes lumineuses de Methoushalê , l’émission de
la mort, furent ensemble au nombre de neuf mutations temporelles, six décuples, et neuf centaines de mutation; et il passa.
28. Cependant Lamech, le flexible lien des choses, avait existé
pendant deux mutations temporelles, huit décuples, et une centaine entière de mutation, lorsqu’il généra un fils.
29. Il lui assigna le nom même de Noé, le repos de la Nature
élémentaire, en disant : celui-ci reposera notre existence, et allégera les travaux dont le poids insupportable accable nos facultés,
à cause de l’Élément adamique dont Ihôah a maudit avec force le
principe.
30. Or, Lamech exista encore, après avoir donné naissance à ce
fils, cinq mutations temporelles, neuf décuples, et cinq centaines
entières de mutation : et il généra d’autres êtres émanés.
31. Et le nombre total des périodes lumineuses de Lamech, le
flexible lien des choses, fut de sept mutations temporelles, sept décuples, et sept centaines entières de mutation; et il passa.
32. Ainsi Noé , le repos de l’existence élémentaire, était le fils
de cinq centuples de mutation temporelle ontologique, lorsqu’il
produisit l’existence de Shem, ce qui est élevé et brillant, celle de
Cham, ce qui est courbe et chaud, et celle de Japlieth, ce qui est
étendu.
30
CHAPITRE VI
La Mesure proportionnelle.
v. 1. Mais c’était une suite nécessaire de la chute d 'Adam, et de
la dissolution de cet Homme universel, que des formes sensibles et
corporelles naquissent de ses divisions sur la face de la Terre, et
en fussent abondamment produites.
2. Or, les êtres émanés d 'Ælohlm, LUi-les-Dieux, effluences spirituelles, ayant considéré ces formes sensibles, les trouvèrent agréables, et s'unirent comme à des facultés génératrices, à toutes celles
qui leur plurent de préférence.
3. Cependant Ihôah avait dit : mon souffle vivifiant ne se prodiguera plus désormais durant l'immensité des temps, chez l’Universel Adam, dont la dégénérescence est aussi rapide que générale;
puisqu’il est devenu corporel, ses périodes lumineuses ne seront
plus qu’au nombre d’une centaine et de deux décuples de mutation
temporelle.
4. Dans ce temps-là, les Néphiléens, les élus parmi les hommes,
les Nobles, existaient sur la Terre; ils étaient issus de la réunion
des effluences spirituelles aux formes sensibles, après que les êtres
émanés de Lüi-les-Dieux eurent fécondé les productions corporelles
de l’Universel Adam : c’étaient ces illustres Ghiboréens, ces héros,
ces hyperboréens fameux, dont les noms ont été célèbres dans la
profondeur des temps.
3. Alors Ihôah, considérant que la perversité d’Adam s’augmentait de plus en plus sur la Terre, et que cet être universel ne concevait plus que des pensées mauvaises, analogues à la corruption
de son cœur, et portant avec elles la contagion du vice sur toute
celte période lumineuse :
6. Renonça entièrement au soin conservateur qu’il donnait à
l’existence de ce même Adam, sur la Terre, et se réprimant luimême en son cœur, il se le rendit sévère :
7. Disant : j’effacerai l’existence de cet Homme universel que
j’ai créé, de dessus la face de l’Élément adamique; je l’effacerai
depuis le règne hominal jusqu’au quadrupède, depuis le reptile
jusqu’à l’oiseau des deux; car j’ai renoncé tout à fait au soin conservateur à cause duquel je les avais faits.
8. Noé seul, le repos de la Nature élémentaire, trouva grâce aux
yeux de Ihôah.
9. Or, telles avaient été les générations caractéristiques de Noé :
de Noé, principe intellectuel, manifestant la justice des vertus universelles dans les périodes de sa vie : de Noé, toujours occupé à
suivre les traces d ’Ælohîm, iin-les-Dieux.
10. Noé, le repos de l’existence, avait généré une triade d’êtres
émanés; Shem, l’élévation brillante; Cham, l’inclination obscure;
et Japlieth , l’étendue absolue.
11. Ainsi donc, la Terre avilie, ravalée, se dégradait aux yeux
de l’Etre des êtres, en se remplissant de plus en plus d’une ardeur
ténébreuse et dévorante.
12. Et considérant la Terre, LUi-les-Dieux, il vit que sa dégradation avait pour cause l’avilissement de toute corporéité vivante,
dont la loi s’y était dégradée.
13. Alors manifestant sa parole, il dit à Noé : le terme de toute
corporéité vivante s’approche à mes yeux : la Terre s’est comblée
d’une ardeur ténébreuse et dévorante qui la dégrade et l’avilit d’unè
extrémité à l’autre : me voici, laissant naître de cette même dégradation, l’avilissement qu’elle entraîne et la destruction.
14. Fais-toi une Thebcih , une enceinte sympathique; fais-la d’une
substance élémentaire conservatrice; compose-la de chambres et
de caveaux de communication ; et lies-en la circonférence tant intérieure qu’extérieure, avec une matière corporisante et bitumineuse.
15. C’est ainsi que tu feras cette demeure mystérieuse, cette
Thebah : tu lui donneras trois centuples de mesure-mère en longitude, cinq décuples en latitude, et trois décuples en solidité.
16. Selon la même mesure régulatrice, tu feras l'étendue orbiculaire de cette enceinte sympathique, en sa partie supérieure, accessible à la lumière et la dirigeant; tu mettras sa dilatation en la
partie opposée; et tu feras les parties basses, doubles et triples.
17. Et me voici, moi-même, conduisant sur la Terre la grande
intumescence des eaux pour y détruire et consumer entièrement
toute substance corporelle possédant en soi le souffle des Vies :
tout ce qui est sur la Terre, au-dessous des Cieux, expirera.
18. Mais je laisserai subsister ma force créatrice auprès de toi :
et tu viendras en la Thebah, toi et tes fils, les êtres émanés de toi :
et ta faculté volilive efficiente, et les facultés corporelles des êtres
émanés de toi, ensemble toi.
19. Et tu feras aussi venir en la Thebah, en cette demeure mystérieuse, couple à couple, les êtres de toute existence, de toute
forme, afin qu'ils continuent d’exister en toi : ils seront, tous ces
êtres, mâle et femelle.
— 468 —
20. Du genre volatile et du quadrupède, selon leur espèce, et de
tout animal reptiforme provenu de l’élément adamique, les couples
de chaque espèce, viendront près de toi pour y conserver l’existence.
21. Et toi, cependant, prends de tout aliment capable d’alimenter; rassemble-le en toi, afin qu’il te serve de nourriture et pour
toi-même et pour eux.
22. Et Noé, en faisant toutes ces choses, se conforma en tout à
ce que lui avait sagement prescrit Ælohîm, LUi-les-Dieux.
CHAPITRE VII
La Consommation des choses.
v. 1. Ensuite, Ihôah dit à Noé : viens toi! et tout l’intérieur à
toi, en la Thebah , l’asile mutuel; car ta nature s’est montrée juste
à mes yeux en cet âge de perversion.
2. Prends, du genre quadrupède, sept couples de chaque espèce
pure, chaque couple composé du principe et de sa faculté volitive
efficiente : et deux couples de chaque espèce non pure, chaque
couple également composé du principe et de sa faculté volitive
efficiente.
3. Prends aussi du genre volatile des cieux, sept couples de chaque espèce, mâle et femelle, afin d’en conserver l’existence sémentielle sur la Terre.
4. Car, dans la septième période actuelle des manifestations phénoméniques, moi-même je vais faire mouvoir l’élément aqueux sur
la Terre, quatre décuples de jour, et quatre décuples de nuit; afin
d’effacer entièrement de l’Élément adamique cette Nature substantielle et plastique que j’y ai faite.
5. Et Noé se conforma avec exactitude à tout ce que lui avait
sagement recommandé Ihôah.
6. Or, Noé était fils de six centaines entières de mutation temporelle ontologique; c’est-à-dire qu’il en émanait comme repos de la
Nature élémentaire, lorsque la grande intumescence des eaux commença d’avoir lieu sur la Terre.
7. Et Noé, accompagné des êtres émanés de lui, de sa faculté
volitive efficiente, et des facultés physiques dépendantes de ses
productions, alla vers la Thebah , la demeure mystérieuse, afin
d’éviter les eaux de la grande intumescence.
8. Du genre quadrupède pur, et du genre quadrupède non pur, et
— 469 —
du genre volatile, et de tout ce qui est animé d’un mouvement reptiforme sur l’Elément adamique :
9. Les couples de toute espèce se rendirent vers Noé, le repos de
l’existence, en l’asile mutuel de la Thebah , mâle et femelle, selon
ce qu’avait sagement recommandé l'Etre des êtres.
10. Ainsi ce fut à la septième des manifestations phénoméniques,
que les eaux de la grande intumescence furent sur la Terre.
11. Dans la mutation ontologique des six centuples de mutation
des vies de Noé, en la seconde Néoménie, en la dix-septième période
lumineuse de cette Néoménie, en ce jour même, furent ouvertes
toutes les sources de l’abîme potentiel, furent déliées dans les Cieux
les forces multiplicatrices des eaux livrées à leur propre mouvement de dilatation.
12. Et la chute de l’atmosphère aqueuse, tombant en masse et
sans discontinuité sur la Terre, fut de quatre décuples de jour, et
de quatre décuples de nuit.
13. Dans le principe même de cette septième manifestation phénoménique, Noé, le repos de l’existence élémentaire, s’était retiré
ainsi que Shem, l’élévation brillante, et Cham, l’inclination ténébreuse, et Japheth , l’espace étendu, productions émanées de lui,
sa faculté volitive efficiente, et les trois facultés physiques de ses
productions, vers la Thebah, l’enceinte mutuelle, la plage de refuge.
14. Et avec eux, la Vie entière de la Nature animale, selon son
espèce ; tout quadrupède, tout reptile rampant sur la terre, tout
volatile ; chacun selon son espèce : tout être courant, tout être
volant :
15. Tous, couple à couple, s’étaient rendus auprès de Noé, en la
Thebah, de quelque forme qu’ils fussent, possédant en soi le souffle
des Vies :
16. S’avançant ensemble mâle et femelle, de toute figure extérieure, docile à suivre le mouvement imprimé par l’Être des êtres,
et dont Iiiôah marqua la conclusion par son éloignement.
17. Cependant la grande intumescence continuant d’avoir lieu
sur la Terre, quatre décuples de jour, les eaux grossirent de plus en
plus et portèrent dans leur sein la Thebah, exhaussée au-dessus de
la Terre.
18. Elles envahirent, elles dominèrent la Terre entière ; elles s'y
multiplièrent en tous sens ; tandis que, suivant tous leurs mouvements, la Thebah flottait à la face des ondes.
19. Les eaux prévalurent enfin, selon toute l’étendue de leurs
forces, et tellement que les montagnes les plus élevées qui se trouvent sous les cieux, en furent couvertes.
470 —
20. Elles dominèrent au-dessus de leurs sommets de cinq et un
décuple de mesure-mère, et couvrirent entièrement les montagnes.
21. Ainsi fut dissoute et s’évanouit, toute forme corporelle se
mouvant sur la Terre, dans l’oiseau et dans le quadrupède, et dans
1 existence animale, et dans la Vie originelle et vermiforme, issue
de la Terre, et dans tout l’Homme universel, tout Adam !
22. Tout ce qui possédait une essence émanée de l’esprit des Vies
dans sa compi’éhension spirituelle, atteint par le fléau destructeur,
passa.
23. La trace même de la nature substantielle et plastique fut
effacée de l’Elément adamique, depuis le règne hominal jusqu’au
quadrupède, depuis le reptiforme jusqu’à l’oiseau des cieux : et
tous ces êtres, également effacés, disparurent de la Terre. Il ne
resta que/Voé seul, le repos delà Nature élémentaire, et ce qui était
ensemble lui dans la Thebah , la retraite sacrée.
24. Et les eaux prévalurent sur la Terre, et y dominèrent cinq
décuples et une centaine de périodes lumineuses.
CHAPITRE VIII
L'Entassement des espèces.
v. 1. Mais il se souvint, mi-les-Dieux, de l’existence de Noé, et de
celle de la vie animale, et de tout le genre quadrupède, renfermés
ensemble dans la Thebah, cet asile sacré ; et il fît passer de l’Orient
à l’Occident, un souffle sur la Terre qui réprima la dilatation des
eaux.
2. Les sources de l’abîme potentiel indéfini furent fermées, les
forces multiplicatrices des eaux s’arrêtèrent dans les cieux ; et
l'atmosphère aqueuse tombant en masse, s’épuisa.
3. Agitées d’un mouvement périodique de flux et de reflux, les
eaux balancées sur la Terre, revinrent enfin à leur premier état ;
elles se retirèrent en elles-mêmes au bout de cinq décuples et une
centaine entière de périodes lumineuses.
4. Et dans le septième renouvellement lunaire, au dix-septième
jour de ce renouvellement, la Thebah s’arrêta sur les hauteurs de
YArarat ; c’est-à-dire aux premières lueurs du cours réfléchi de la
lumière.
5. Mais les eaux, toujours agitées d’un flux et reflux continuel,
furent en proie à ce double mouvement de se porter en avant et de
se retirer en elles-mêmes, jusqu’au dixième renouvellement lunaire.
Ce ne fut que le premier de cette dixième Néoménie, que parurent
les prémices des éléments, les principes des enfantements naturels,
les sommets des montagnes.
6. Là se terminèrent les quatre décuples de jour ; et Noé, dégageant la lumière qu’il avait faite à la Thebah,
7. Lâcha l’Érebe, l’obscurité occidentale, qui, prenant un mouvement alternatif de sortie et de rentrée, suivit et suivra ce mouvement périodique jusqu’à l’entier dessèchement des eaux de dessus
la Terre.
8. Ensuite, il laissa aller d’avec lui, Ylôna, la force plastique de
la Nature ; afin de reconnaître si les eaux s’allégeaient sur la face
de l’Élément adamique.
9. Mais Ylôna, ne trouvant point de lieu de repos pour communiquer son action génératrice, revint vers lui, ver la Thebah, parce
que les eaux occupaient encore toute la surface terrestre ; il déploya
donc sa puissance, et l’ayant retirée, la fit venir à lui vers la Thebah.
10. Et lorsqu’il eut attendu un septénaire d’autres périodes lumineuses, il émit de nouveau Ylôna hors de la Thebah.
11. Mais elle ne revint à lui, cette faculté plastique de la Nature,
qu’au temps même de l’Érebe, telle qu’une colombe fuyant le noir
corbeau : une sublimation de l’essence ignée avait été saisie par sa
faculté conceptive ; en sorte que Noé reconnut à ce signe que les
eaux s’étaient allégées sur la Terre.
12. Néanmoins il attendit encore un septénaire d’autres jours,
après lesquels il émit de nouveau Ylôna; mais cette faculté génératrice étant sortie, ne revint plus vers lui.
13. Ce fut donc dans l’unité et six centaines de mutation temporelle, dans le principe principe, au premier du renouvellement
lunaire, que les eaux se défirent et s’usèrent sur la Terre : alors
Noé élevant le faîte de la Thebah , considéra, et vit qu’en elïet,
les eaux s’étaient séparées et défaites à la surface de l’Élément
adamique.
14. Ainsi la Terre étant séchée au second renouvellement lunaire,
au vingt-septième jour de ce renouvellement,
13. Il parla, Lui-les-Dieux, à Noé, disant :
16. Sors de la Thebah, toi ! et ensemble avec toi, ta faculté volitive
efficiente, tes productions émanées, et les facultés physiques de tes
productions.
17. Et fais sortir ensemble toi, toute Vie animale, de toute forme
corporelle, en oiseau, en quadrupède, en toute sorte de reptile serpentant sur la Terre : qu'ils y pullulent, y fructifient, y multiplient
en abondance.
— 472 —
18. Noé sortit donc de la Thebah, lui et les productions émanées
de lui, sa faculté volitive, et les facultés physiques de ses productions ; ensemble lui.
19. Toute l’espèce animale, reptiforme ou volatile, tout ce qui se
meut d’un mouvement contractile sur la Terre ; ces êtres divers se
produisirent hors de la Thebah , selon leurs tribus diverses.
20. Alors Noé édifia un autel à Ihôah, et prenant de toute espèce
pure de quadrupède, et de toute espèce pure d’oiseau, il fit exhaler
vers les ci«ux une exhalaison sainte de ce lieu de sacrifice.
21. Et Ihôau, respirant l’esprit odorant de cette suave offrande,
dit au fond de son cœur : Je ne maudirai plus désormais l’Elément
adamique dans le seul rapport d’Adam ; car le cœur de cet être
universel a conçu le mal dès ses premières impulsions. Je ne frapperai pas non plus toute l’existence élémentaire aussi violemment
que je l’ai fait.
22. Pendant que les périodes lumineuses se succéderont sur la
Terre, la semence et la récolte, le froid et le chaud, l’été et l’hiver,
le jour et la nuit, ne cesseront point de s’entre-suivre.
CHAPITRE IX
La Restauration cimentée.
v. 1. Ensuite, il bénit, lui-les-Dieux, l’existence de Noé, et celle
des êtres émanés de lui, et il leur dit : fructifiez et multipliez-vous,
et remplissez entièrement l’étendue terrestre.
2. Que la splendeur éblouissante, que l’éclat terrifiant qui vous
entourera, frappe de respect l’animalité entière, depuis l’oiseau des
régions les plus élevées jusqu’au reptile qui reçoit le mouvement
originel de l’Élément adamique, et jusqu’au poisson des mers: sous
votre puissance ils sont tous également mis.
3. Usez pour aliment de tout ce qui possède en soi le principe du
mouvement et de la vie : je vous l’ai donné sans exception de même
que l’herbe verdoyante :
4. Mais quant à la substance corporelle qui possède en son âme
même le principe homogène de son assimilation sanguine, vous n’en
ferez pas aliment :
o. Car je poursuivrai la vengeance de cette assimilation sanguine,
dont le principe réside en vos âmes, de la main de tout être vivant;
j’en poursuivrai la vengeance et de la main de l’Homme universel,
et de la main de son frère, l’homme individualisé par son principe
— 473 —
volitif ; je leur demanderai compte à l’un et à l’autre de cette âme
adamique.
6. Celui qui répandra l’assimilation sanguine d'Adam, l’Homme
universel, verra son sang répandu par le moyen même d’Adam :
car c’est en son ombre universellement réfléchie, que LUi-les-Dieux
a fait l’existence d’Adam, l’Homme universel.
7. Et vous, existence universelle, fructifiez et multipliez-vous,
propagez- vous sur la Terre, et étendez-vous en elle.
8. Ensuite, l’Être des êtres, déclarant sa volonté à Noé et aux
êtres émanés de lui, leur dit :
9. Voici que, selon ma promesse, je vais établir substantiellement
ma force créatrice en vous, et en la postérité à naître de vous, après
vous.
10. Je vais l’établir également en toute âme de vie qui se trouvait
avec vous, tant volatile que quadrupède ; en toute l’animalité terrestre, en tous les êtres enfin issus de la Thebah , selon leur nature
animale et terrestre.
11. Je la ferai exister en vous, cette Loi créatrice, dans l’ordre
corporel ; en sorte que l’eau de la grande intumescence ne pourra
plus, comme autrefois, briser la forme corporelle et la détruire, ni
causer encore un déluge qui oppresse la Terre et la dégrade entièrement.
12. Et il ajouta, LUi-les-Dieux : voici le signe caractéristique de
cette Loi créatrice que j’établis entre moi et entre vous, et entre
toute âme vivante : Loi pour jamais inhérente en vous, dans les
âges de l’immensité des temps.
13. Cet arc que j’ai mis dans l’espace nébuleux, sera le signe
caractéristique de cette force créatrice existante entre moi et la
Terre.
14. Lorsque j’obscurcirai la Terre et que je la couvrirai de nuages,
cet arc paraîtra dans l’espace nébuleux.
la. Je me rappellerai cette Loi créatrice établie entre moi et entre
vous, et entre toute âme vivante, en toute corporéité : et il n’y aura
point une révolution nouvelle des eaux de la grande intumescence,
pour la suppression entière de la substance corporelle.
16. Cet arc, paraissant dans l’espace nébuleux, je le considérerai
en mémoire de la Loi créatrice établie pour l’immensité des temps
entre l'Être des êtres et toute âme de vie, et toute forme corporelle
existante sur la Terre.
17. Ensuite, il dit de nouveau, Lui-les-Dieux : voici le signe de la
force créatrice que j’ai fait exister substantiellement entre moi et
entre toute forme corporelle existante sur la Terre.
— 474 —
18. Or, tels avaient été les enfants de Noé, repos de la Nature
élémentaire, sortant de la Thebah, l’enceinte sacrée : Shem, ce qui
est élevé et brillant ; Chain , ce qui est courbe, incliné, obscur et
chaud ; et Japheth , ce qui est étendu : et ce fut Cham, lui-même,
qui fut le père de Chanahan, l’existence physique et matérielle.
19. Ainsi les êtres émanés de Noé, par qui la Terre fut partagée,
furent donc au nombre de trois.
20. Ce fut Noé, qui, dégageant avec effort le principe volitif
intellectuel, de l’Élément adamique, le rendit à la liberté, et cultiva les productions élevées de la spiritualité.
21. Mais s’étant trop abreuvé de l’esprit de cette production, il
enivra sa pensée, et dans son exaltation, se révéla au centre même
et dans le lieu le plus secret de son tabernacle.
22. Et Cham , père de l’existence physique et matérielle, ayant
considéré les mystères secrets de son père, les divulga à ses deux
frères, et les profana à l’extérieur.
23. Alors Shem prit avec Japheth, le vêtement de gauche, et
l’ayant élevé au-dessus d’eux, ils allèrent à reculons en couvrir les
mystères secrets de leur père : en sorte que, comme ils avaient le
visage tourné en arrière, ils ne virent pas ces mystères qui devaient
leur rester cachés.
24. Cependant Noé, étant sorti de son ivresse spiritueuse, connut
ce qu’avait fait le moindre de ses enfants.
23. Et il dit : maudit soit Chanahan , l’existence physique et
matérielle ; il sera le serviteur des serviteurs de ses frères :
26. Et bénit soit Iuôah, LUi-les-Dieux de Shem ; et que Chanahan
soit le serviteur de son peuple.
27. Qu’il étende, LUi-les-Dieux, l’étendue de Japheth, et le fasse
habiter dans les tabernacles de Shem , l'élévation brillante ; et que
Chanahan, l'existence physique et matérielle, le serve lui et son
peuple.
28. Or, Noé exista encore après la grande intumescence des
eaux, trois centaines entières de mutation temporelle, ontologique,
et huit décuples de mutation.
29. Ainsi les périodes lumineuses de Noé, le repos de la Nature
élémentaire, furent ensemble au nombre de neuf centaines de mutation temporelle, et de huit décuples de mutation, et il passa.
— 473
CHAPITRE X
La Puissance aggrégative et formatrice.
v. 1. Maintenant voici quelles furent les générations caractéristiques des enfants de Noé, repos de la Nature élémentaire : S hem,
Cham, et Japheth; et les productions émanées d'eux, après la
grande intumescence des eaux.
2. Or, les productions émanées de Japheth , 1 Étendue absolue,
furent : la Cumulation élémentaire ou la force aggrégative l’Élasticité, la Divisibilité, la Ductilité générative, la Diffusibilité, la Perceptibilité, et la Modalité ou la faculté de paraître sous une forme
déterminée.
3. Et les productions émanées de la Cumulation élémentaire,
furent : le Feu latent ou le calorique, la Rarité ou la cause de
l’expression, et la Densité ou la cause de la corporisation universelle.
4. Et les productions émanées de la Ductilité générative, furent :
la Force délayante et pétrissante, et le Principe sympathique des
Répulsions et des Affinités naturelles.
5. C’est au moyen de ces deux dernières facultés, l’une répulsive,
et l’autre attractive, que les centres de volontés furent différenciés
sur la Terre, dans les corps organisés tant particuliers que généraux, intelligibles ou naturels.
6. Et les productions émanées de Cham, l’inclinaison ténébreuse
et chaude, furent : la Force ignée ou la combustion, les Facultés
subjugantes et captivantes, laMofete ou l’azote, et l’Existence physique et matérielle.
7. Et les productions émanées de la Force ignée, furent : l’Humide
radical, cause universelle de toute sapidité, l’Énergie naturelle, le
Mouvement déterminant ou la cause, le Tonnerre, et le Mouvement
déterminé ou l’effet. Le Tonnerre enfanta à son tour la Réintégration des principes, et l’affinité élective ou l’Électricité.
8. Et la Force ignée donna aussi naissance au Principe de la
Volonté désordonnée, principe de rébellion, d’anarchie, de despotisme, de toute-puissance, tant particulière que générale, n’obéissant
qu’à sa propre impulsion : lui qui fit de violents efforts pour être
le dominateur de la Terre.
9. Lui qui, superbe adversaire au yeux de Ihôah, donna lieu à ce
proverbe : semblable au Principe de la volonté anarchique,
superbe adversaire aux yeux de Ihôah.
— 476 —
10. Or, l’origine de son empire fut au sein des Révolutions civiles,
la Vanité, la Mollesse ou le relâchement des mœurs, l’Isolement ou
l’égoïsme, et l’Ambition ou le désir de tout posséder.
11. Mais ce fut du sein de ces mêmes Révolutions civiles, que sortit
le Principe harmonique, le Principe éclairé du gouvernement,
l’ordre, le bonheur résultant de ce principe ; lequel établit ce qui
concerne l’accroissement extérieur, la Colonisation, l’éducation de
la jeunesse; et ce qui concerne les Institutions intérieures de la Cité;
et ce qui concerne le perfectionnement des lois, le rassemblement
des vieillards, le Sénat :
12. Et ce qui concerne la Puissance législative, ou les Rênes du
gouvernement, placée entre la force extérieure etintérieure, l’action
et la délibération, la jeunesse et le sénat : Puissance très grande,
et boulevard de la société.
13. Cependant les Facultés subjugantes et captivantes, nées delà
Force ignée, produisirent l’existence des Propagations physiques,
celle des Appesantissements matériels, celle des Exhalaisons
enflammées, et celle des Cavernosités.
14. Elles produisirent aussi le principe des Brisures infinies, et
celui des Epreuves expiatoires, d’où sortirent les Rejetés et les
Convertis.
15. Et l’Existence physique et matérielle produisit l’insidieux
adversaire ou la Ruse, son premier né, et l’Affaissement moral ou
l’avilissement.
16. Elle produisit aussi les Refoulements intérieurs, les Exprimations extérieures, et les Remâchements réitérés :
17. Elle donna naissance aux Vies animales, aux Passions brutales, aux Passions haineuses :
18. Elle enfanta enfin, les Ardeurs du butin, la Soif du. pouvoir,
et l’Avarice insatiable : ensuite ses tribus furent dispersées.
19. Or, voici les limites générales qu’atteignirent les émanations
de l’Existence physique et matérielle, depuis la naissance de l’insidieux adversaire : à force de convulsion intestine, elles parvinrent
à l’affermissement de leur empire : à force de détours obscurs, d’intrigues, de sourdes menées, de tyrannie, d’insensibilité et de
guerres, elles devinrent le gouffre des richesses.
20. Voilà tous les enfants de Cham, ce qui est courbe, incliné,
ténébreux et chaud; selon leurs tribus, leurs langues, leurs régions,
leurs organisations diverses.
21. Et voici quels furent ceux de Shem, l’élévation brillante, frère
aîné de Jap/ieth, l’Étendue absolue ; auquel il fut accordé d’être le
père de toutes les productions ultra-terrestres.
r
— 477 —
22. Or, les productions émanées de Shem, furent donc : la Durée
infinie ou l’Éternité; le Principe du pouvoir légal, et l’orde immuable, l’harmonie, la béatitude qui en résultent ; le Principe médiateur de la Providence, la Propagation intellectuelle, et l’Universelle
Élémentisation.
23. Et les productions émanées de l’Universelle Élémentisation,
furent : la Substantiation, le Travail virtuel, la Pression abondante,
et la Récolte des fruits spirituels.
24. Et le Principe médiateur de la Providence donna naissance à
l’Émission active : et l’Émission active ou la grâce divine produisit
ce qui est Ultra-terrestre ; c’est-à-dire ce qui passe au delà de ce
Monde.
25. Or, il fut accordé à ce qui est Ultra-terrestre, dégénérer deux
enfants. Le premier reçut le nom de Phaleg, c’est-à-dire la dialection, la classification ; à cause que ce fut à l’époque de son apparition que la Terre fut divisée en différentes classes : et le second fut
appelé JaJctan, c’est-à-dire l’Atténuation ou la réduction en atomes
spirituels.
26. Et la Réduction en atomes spirituels donna l’existence à la
Mensuration probatoire et divine, à l’Émission. réfléchie, à la Scission opérée par la mort, à la Manifestation radieuse et fraternelle
ou la Lune.
27. Cette Atténuation spirituelle produisit la Splendeur universelle, le Feu épuré et divin, la Raréfaction éthérée et sonore :
28. Elle enfanta l’Orbe infini, le Père de la Plénitude, et la Réintégration ou la Rédemption :
29. Et enfin, elle fut l’origine de la Fin Élémentaire, de la Vertu
éprouvée, et de la Jubilation céleste.
30. Et tel fut le cours et le lieu de la Réintégration de ses pro.-
duits, depuis l’époque de la Récolte des fruits spirituels, à force de
travail d’esprit, jusqu’au principe générateur de l’Antériorité des
Temps.
31. Voilà tous les enfants de Shem , ce qui est direct, élevé, sublime
et brillant; selon leurs tribus, leurs langues, leurs régions, leurs
organisations diverses.
32. Voilà les tribus entières des Enfants de Noé, repos de l’Existence élémentaire, selon leurs générations caractéristiques, et leurs
organisations constitutionnelles ; et c’est par leur moyen que les
organisations particulières et générales ont été diversifiées sur la
Terre, après la grande intumescence des eaux.
Système kabbalistique des Séphiroths.
CHAPITRE XI
RÉSUMÉ MÉTHODIQUE DE LA KABBALE
§ 1. EXPOSÉ PRÉLIMINAIRE. — DIVISION DU SUJET
Dans l’étacle suivante nous allons résumer de notre mieux les
enseignements et les traditions de la Kabbale.
La tâche est assez difficile, car la Kabbale comprend, d’une part,
tout un système bien particulier basé sur l’étude de la langue
hébraïque, et d'autre part, un enseignement philosophique de la
plus haute importance, dérivant de ce système.
Nous allons faire tous nos efforts pour aborder ces divers points
de vue l’un après l’autre en les séparant bien nettement. Notre
étude comprendra donc :
1° Un exposé préliminaire sur l’origine de la Kabbale;
2° Un exposé sur le système kabbalistique et ses divisions, véritable cours de kabbale en quelques pages;
3° Un exposé sur la philosophie delà Kabbale et sur ses applications ;
4° Les textes principaux de la Kabbale sur lesquels sont bâties
les données précédentes.
C’est la première fois qu’un travail de ce genre est présenté au
public. Aussi nous efforcerons-nous de toujours nous appuyer sur
des auteurs compétents lorsque les développements ne nous seront
point personnels.
La Kabbale est la clef de voûte de toute la tradition occidentale.
Tout philosophe abordant les conceptions les plus élevées que
— 480 —
puisse atteindre l’esprit humain aboutit forcément à la Kabbale,
qu’il s’appelle Raymond Lulle1, Spinosa2, ou Leibniz3.
Tous les alchimistes sont kabbalistes, toutes les sociétés secrètes
religieuses ou militantes qui ont paru en Occident : Gnostiques,
Templiers, Rose-Croix, Martinistes ou Francs-Maçons, se rattachent
à la Kabbale et enseignent ses théories. Wronski, Fabre d’Olivet et
Éliphas Levi doivent à la Kabbale le plus profond de leurs connaissances et le déclarent plus ou moins franchement.
D’où vient donc cette doctrine mystérieuse?
L’étude, même superficielle des religions, nous montre que l’initiateur d’un peuple ou d’une race divise toujours son enseignement
en deux parties :
Une partie voilée sous les mythes, les paraboles ou les symboles
à l’usage des foules. C’est la partie exotérique.
Une partie dévoilée à quelques disciples favoris qui ne doit
jamais être écrite clairement, si elle est écrite, mais qui doit être
transmise oralement de génération en génération. C’est la doctrine
ésotérique.
Jésus n’échappe pas à la règle générale pas plus que Bouddha;
l’Apocalypse en est la preuve ; pourquoi Moïse serait-il le seul qui
ait failli à cette règle ?
Moïse, sauvant le plus pur des mystères d’Égypte, sélecta un
peuple pour garder son livre, une tribu, celle de Lévi, pour garder le culte; pourquoi n’aurait-il pas transmis la clef de son livre
à des disciples sûrs?
Nous verrons en effet que la Kabbale enseigne surtout le maniement des lettres hébraïques considérées comme des idées ou même
comme des puissances effectives. C’est dire que Moïse indiquait
par là le sens véritable de son Sepher.
Ceux qui prétendent que la Kabbale vient d’Adam racontent tout
simplement l’histoire symbolique de la transmission de la tradition
d’une race à l’autre, sans insister sur une tradition plus que sur
une autre.
d. Les adeptes de cette science (Kabbale) parmi lesquels il faut comprendre plusieurs mystiques chrétiens, tels que Raymond Lulle, Pic de
la Mirandole, Reuchlin, Guillaume Postel, Henri Morus, la regardent
comme une tradition divine aussi ancienne que le genre humain (Dictionnaire philosophique de Fi-anck).
2. Les ouvrages de Spinosa attestent une connaissance profonde de la
Kabbale.
3. Leibniz fut initié à la Kabbale par Mercure van Helmont, fils du
célèbre alchimiste, et grand kabbaliste lui-même.
— 481 —
Quelques savants contemporains, ignorant tout de l’antiquité,
sont étonnés d’y trouver des idées profondes sur les sciences, et
placent l’origine de tout le savoir au second siècle de notre ère,
d’autres daignent aller jusqu’à l’école d’Alexandrie.
Des critiques prétendent même que la Kabbale a été inventée au
xme siècle par Moïse de Léon. Un véritable savant, digne de toute
notre admiration, M. Franck, n’a pas eu de peine à remettre ces
critiques à la raison en les battant sur leur propre terrain1.
Nous nous rangerons donc à l’avis de Fabre d’Olivet plaçant
l’origine de la Kabbale à l’époque même de Moïse.
*
* *
Il paraît, au dire des plus fameux rabbins, que Moïse lui-même,
prévoyant le sort que son livre devait subir et les fausses interprétations qu’on devait lui donner par la suite des temps, eut recours
à une loi orale, qu’il donna de vive voix à des hommes sûrs dont
il avait éprouvé la fidélité, et qu’il chargea de transmettre dans le
secret du sanctuaire à d’autres hommes qui, la transmettant à leur
tour d’âge en âge, la fissent ainsi parvenir à la postérité la plus
reculée. Cette loi orale que les Juifs modernes se flattent encore
de posséder se nomme Kabbale, d’un mot hébreu qui signifie ce
qui est reçu, ce qui vient d'ailleurs, ce qui se passe de main en
main.
Les livres les plus fameux qu’ils possèdent, tels que ceux du
Zohar, le Bahir, les Medrashim, les deux Gemares qui composent
le Talmud, sont presque entièrement kabbalistiques.
Il serait très difficile de dire aujourd’hui si Moïse a réellement
laissé cette loi orale, ou si, l’ayant laissée, elle ne s’est point altérée
comme paraît l’insinuer le savant Maimonides, quand il écrit que
ceux de sa nation ont perdu les connaissances d’une infinité de
choses sans lesquelles il est presque impossible d’entendre la Loi.
Quoi qu’il en soit, on ne peut se dissimuler qu’une pareille institud. Quand on examine la Kabbale en elle-même, quand on la compare
aux doctrines analogues, et qu’on réfléchit à l’influence immense qu’elle
a exercée, non seulement sur le judaïsme, mais sur l’esprit humain en
général, il est impossible de ne pas la regarder comme un système très
sérieux et parfaitement original. Il est tout aussi impossible d’expliquer
sans elle les nombreux textes de la Mischna et du Talmud qui attestent
chez les Juifs l’existence d’une doctrine secrète sur la nature de Dieu et
de l'univers, au temps où nous faisons remonter la science kabbalistique
(Ad. Franck).
31
4H2 —
tion ne fut parfaitement dans l’esprit des Égyptiens, dont ou connaît assez, le penchant pour les mystères.
La Kabbale, telle que nous la concevons, est donc le résumé le
plus complet qui nous soit parvenu de l’enseignement des mystères
d’Égypte. Elle contient la clef des doctrines de tous ceux qui
allèrent se faire initier, au péril de leur vie, philosophes-législateurs et théurges.
De même que la langue hébraïque, cette doctrine a pu subir
les vicissitudes nombreuses dues à la longue suite des âges qu’elle
a traversés; toutefois ce qui nous en reste est encore digne d’une
sérieuse considération.
Telle que nous la possédons aujourd’hui, la Kabbale comprend
deux grandes parties. La première constitue une sorte de clef
basée sur la langue hébraïque et capable de nombreuses applications, la seconde expose un système philosophique tiré analogiquement de ces considérations techniques.
On désigne dans La plupart des traités sur cette question la
première partie seule sous le nom de Kabbale; l’autre étant
développée dans les livres fondamentaux de la doctrine.
Ces livres sont au nombre de deux : 1° le Sepüer Jesirah, le livre
de la formation qui contient sous forme symbolique l’histoire de
la Genèse Maasseh ber eue kit.
2° Le Zouar, le livre de la lumière, qui contient également sous
forme symbolique tous les développements ésotériques synthétisés
sous le nom d'Histoire du char céleste : Maasseh merkabali *.
C’est encore au symbolisme qu’il faut rapporter les deux cabales
des Juifs, la cabale Mercava, et la cabale Bereschit. La cabale Mercaca faisait pénétrer le Juif illuminé dans les mystères les plus
profonds et les plus intimes de l’essence et des qualités de Dieu et
des anges ; la cabale BereschitAui montrait dans le choix, l’arrangement et le rapport numérique des lettres exprimant les mots de
sa langue, les grandis desseins de Dieu, et les hauts enseignements
religieux que Dieu y avait placés. (de Brière.)
Merkabali et Bereschit, telles sont les deux grandes divisions classiques de la Kabbale adoptées par tous les auteurs.
Pour aborder les enseignements de la Merkabah, il faut connaître déjà la Bereschit et, pour ce faire, il faut connaître l’alphabet hébraïque et les mystères de sa formation.
Partant donc de cet alphabet, nous allons, aborder successivement
1. Fabre d’Olivet, Lang, héb., p. 29, t. I.
— 483 —
les diverses parties qui constituent cette clef générale dont nous
avons parlé, ensuite nous parlerons du système philosophique.
On peut diviser les kabbalistes en deux catégories. Ceux qui ont
appliqué les principes de la doctrine sans s’attarder à développer
les fondements élémentaires et ceux qui, au contraire, ont fait des
traités classiques de la Kabbale.
Parmi ces derniers nous pouvons citer Pic de la Mirandole,'
Kircher et Lenain.
Pic de la Mirandole divise l’étude de la Kabbale en étude des
numérations (ou Sephiroth ) et étude des noms divins (ou Schenrolh).
C’est en effet à ces deux points que se réduit toute la clef.
Kircher, R. P. Jésuite, est un des auteurs les plus complets sur
cette question ; il adopte la division générale en trois grandes parties :
1° Gématrie ou étude des transpositions;
2° Notaria ou étude de Part des signes;
3° Thémurie ou étude des commutations et des combinaisons.
Lenain, auteur de la Science cabalistique, traite surtout des noms
divins et de leurs combinaisons.
Nous donnerons les plans suivis dans ces divers ouvrages après
notre exposition, car, actuellement, la plupart des divisions ne
seraient pas bien comprises.
,»
§ 2. L’ALPHABET HÉBRAÏQUE
LES VINGT-DEUX LETTRES ET LEUR SIGNIFICATION
Le point, de départ de toute la Kabbale c’est l’alphabet hébraïque.
L’alphabet des Hébreux est composé de vingt-deux lettres ; les
lettres ne sont pas cependant placées au hasard les unes à la suite
des autres. Chacune d’elles correspond à un nombre d’après son
rang, à un hiéroglyphe d’après sa forme, à un symbole d’après ses
rapports avec les autres lettres.
Toutes les lettres dérivent d’une d’entre elles, le iod, ainsi que
nous l’avons déjà dit1. Le iod les a générées de la façon suivante
(Yoy. Sepher Jesirah ).
1° Trois mères :
L’A (Aleph)
L’M '(Le Mem) Q
Le Sh (Le Schin) lï;
1. Voy. l'étude sur le mot iod, hé, vau, hé (page 4-98.)
— 484 —
2° Sept doubles (doubles parce qu’elles expriment deux sens
l’un positif fort, l’autre négatif doux) :
Le B (Beth) 3,
Le G (Ghimel) y
Le D (Daleth) *7
Le Ch (Caph) 3
Le Ph (Phé) 2
L’R (Resch)
Le T (Thau) n
3° Enfin douze simples formées par les autres lettres.
Pour rendre tout cela plus clair donnons l’alphabet hébreu en
ndiquant la qualité de chaque lettre ainsi que son rang.
N0^
d’ordre
HIÉROGLYPHE
NOMS
VALEURS
EN LETTRES
romaines
VALEURS
DANS L*ALPHABET
1
aleph
A
mère
2
beth
B
double
3
3
ghimel
G
double
4
1
daleth
D
double
5
n
hé
E
simple
6
vau
Y
simple
7
7
zaïn
Z
simple
8
n
heth
H
simple
9
13
teth
T
simple
10
y
iod
I
simple et principe
11
caph
CH
double
12
S
lamed
L
simple
13
a
mem
M
mère
14
3
noun
N
simple
15
D
samech
S
simple j
16
y
haïn
GH
simple
17
s
phé
PH
double
18
¥
tsadé
TS
simple
19
P
coph
K
simple
double
20
n
resch
R
21
w
shin
SH
mère
22
n
thau
TB
double
—
— 483 —
Chaque lettre hébraïque représente donc trois choses :
1° Une lettre, c’est-à-dire un hiéroglyphe;
2° Un nombre, celui de l’ordre qu’occupe la lettre;
Chaque lettre étant une puissance est liée plus ou moins étroitement avec les forces créatrices de l’Univers. Ces forces évoluant
dans trois mondes, un physique, un astral et un psychique, chaque
lettre est le point de départ et le point d’arrivée d’une foule de
correspondances. Combiner des mots hébraïques c’est par suite agir
sur l’Univers lui-même, de là les mots hébreux dans les cérémonies
magiques.
Maintenant que nous connaissons l’alphabet en général il nous
faut étudier la signification et les rapports de chacune des vingt-deux
lettres de cet alphabet. C’est ce que nous allons faire. On verra
dans cette étude faite d’après Lenain, les correspondances de
chaque lettre avec les noms divins, les anges et le sephiroth.
*
* *
Les anciens rabbins, les philosophes et les cabalistes expliquent, selon leur système, l'ordre, l'harmonie et les influences
des deux sur le monde, par les 22 lettres hébraïques que comprend l’alphabet mystique des Hébreux2.
EXPLICATION DES MYSTÈRES DE L’ALPHABET HÉBREU.
Cet alphabet désigne :
1° Depuis la lettre aleph frî jusqu’à la lettre t iod le monde invisible, c’est-à-dire le monde angélique (intelligences souveraines
recevant les influences de la première lumière éternelle attribuée
au Père de qui tout émane).
2° Depuis la lettre 2 caph jusqu’à celle nommée tsadé y
désigne différents ordres d’anges qui habitent le monde visible,
c’est-à-dire le monde astrologique attribué à Dieu le Fils qui signifie
la divine sagesse qui a créé cette infinité de globes circulant dans
l’immensité de l’espace dont chacun est sous la sauvegarde d’une
intelligence spécialement chargée par le créateur de les conserver
1 et 2. Yoy. le Tarot des Bohémiens, par Papus.
— 486 —
et les maintenir dans leurs orbes, afin qu’aucun astre ne puisse
troubler l’ordre et l’harmonie qu’il a établis.
3° A partir de la lettre tsadé y jusqu’à la dernière, nommée ]"|
thau, l’on désigne le monde élémentaire attribué par les philosophes au Saint-Esprit. C’est le souverain Etre des êtres qui donne
l’ame et la vie à toutes les créatures.
Explication séparée des 22 lettres.
1 Aleph
Correspond au premier nom de Dieu, Eheieh rVilfrî que l’on
interprète essence divine.
Les cabalistes l’appellent celui que l’œil n’a point vu à cause de
son élévation.
Il siège dans le monde appelé Ensophe qui signifie l’infini, son
attribut se nomme Kether qrO interprété couronne ou diadème;
il domine sur les anges appelés par les Hébreux Haioth-Nakodisch
trmpnarvn c’est-à-dire les animaux de sainteté, il forme les
premiers chœurs des anges que l’on appelle séraphins.
2 2 Beth
2e nom divin correspondant à cette lettre : Bachour '"ilfQ
(clarté, jeunesse), désigne anges de 2e ordre, Ophanim
Formes ou roues.
Chérubins (par leur ministère Dieu débrouilla le chaos).
Numération rjQDH Hoschma, sagesse.
3 J Ghimel
Nom Gadol (magnus), désigne anges Aralym c’est-àdire grands et forts, trônes (par eux Dieu tetragrammaton Elohim
entretient la forme de la matière ).
Numération Binach p!3*2 providence et intelligence.
4 "î Daleth
Nom Dagoul (insignes), anges Hasmalim D’SdWPL
r;
1. ' , *— 487 —
Dominations.
C'est par eux que Dieu ElSj$ représente les effigies des corps et
toutes les diverses formes de la matière.
Attribut "îDFI (hœsed), clémence et bonté.
5 H Hé
Nom Hadom "mn (formosus, majestuosus). Seraphim
paissances (par leur ministère Dieu Elohim Lycbir produit les
éléments).
Numération “HS (pachad), crainte et jugement, gauche de
Pierre.
Attribut Ceburah, force et puissance.
6 1 Vau
A formé V'1 Vezio (cum splendore), 6e ordre d’anges
Malakim, chœur des vertus (par leur ministère Dieu Eloah produit
les métaux et tout ce qui existe dans le règne minéral).
Attribut r"H^5n Tipherith, Soleil, splendeur.
7 7 Zaïn
A formé Zakai (purus mundus), 7e ordre d’anges, principautés, enfants d’Elohim (par leur ministère Dieu tétragrammaton
Sabahot produit les plantes et tout ce qui existe en végétal).
Attribut wezat, triomphe, justice.
8 H H et h
Désigne chased “tQpi (misericors), anges de 8e ordre Bené Elohim
fils des Dieux ( chœur des archanges) ( Mercure ) ; par leur ministère
Dieu Elohim Sabahot produit les animaux et. le règne animal.
Attribut T,n Hod, louange.
9 ta Tetk
Correspond au nom ~pita Tehor (mundus purus), anges de
0e ordre qui président à la naissance des hommes (par leur ministère Saday et Elhoi envoient des anges gardiens aux hommes).
Attribut "pQt Jesod, fondement.
I
\
— 488 —
1 0 * Iod
D’où vient Iah f-p (Deus).
Attribut : royaume, empire et temple de Dieu ou influence par
les héros. C’est par leur ministère que les hommes reçoivent
l’intelligence, l’industrie et la connaissance des choses divines.
Ici finit le monde angélique.
11 D C aph
Nom (potens). Désigne 1er ciel, 1er mobile correspondant
au nom de Dieu * exprimé par une seule lettre, c’est-à-dire la
lro cause qui met tout ce qui est mobile en mouvement. La première intelligence souveraine qui gouverne le premier mobile,
c’est-à-dire le premier ciel du monde astrologique attribué à la
deuxième personne de la Trinité, s’appelle Mittatron.
Son attribut signifie prince des faces: sa mission est d’introduire
tous ceux qui doivent paraître devant la face du grand Dieu ; elle
a sous elle le prince Orifiel avec une infinité d’intelligences subalternes ; les cabalistes disent que c’est par le ministère de Mittatron que Dieu a parlé à Moïse; c’est aussi par lui que toutes les
puissances inférieures du monde sensible reçoivent les vertus de
Dieu.
Caf, lettre finale ainsi figurée *]5 correspond aux deux grands
noms de Dieu, composés chacun de deux lettres hébraïques,
El Iah n> ; ils dominent sur les intelligences du deuxième
ordre qui gouvernent le ciel des étoiles fixes, notamment les douze
signes du Zodiaque que les Hébreux appellent Galgol hamnazeloth ;
l’intelligence du deuxième ciel est nommée Raziel. Son attribut
èignifie vision de Dieu et sourire de Dieu.
12 'l Lamed
D’où vient Lumined IqS (doctus), correspond au nom Sadaï,
nom de Dieu en cinq lettres, nommé emblème du Delta, et domine
sur le troisième ciel et sur les intelligences de 3e ordre qui gouvernent la sphère de Saturne.
Meborakc TQD (benedictus), correspond au 4e ciel et au 4e nom
Jéhovah HirV, domine sur la sphère de Jupiter. L’intelligence qui
gouvernp Jupiter se nomme Tsadkiel.
Tsadkiel reçoit les influences de Dieu par l’intermédiaire de
Schebtaïel pour les transmettre aux intelligences du 5e ordre.
Mem Q, lettre capitale, correspond au 5e ciel et au 5e nom de
Dieu; c’est le 5e nom de prince en hébreu. Domine la sphère de
Mars. Intelligence qui gouverne Mars : Samaël. Samaël reçoit les
influences de Dieu par l’intervention de Tsadkiel et les transmet
aux intelligences du 6e ordre.
1 4 3 Notai
Nun Nora jflU (formidabilis) ; correspond aussi au nom
Emmanuel (nobiscum Deus), 6e nom de Dieu; domine 6° ciel.
Soleil ; lre intelligence du Soleil, Raphaël.
Nom 7 finale ainsi figurée, se rapporte au 7e nom de Dieu Ararita,
composé de 7 lettres (Dieu immuable). Domine le 7° ciel et Vénus,
Intelligence de Vénus : Haniel (l’amour de Dieu, justice et grâce de
Dieu).
15 D Samedi
Nom Someck 1Q1D (fulciens, firmans), 8° nom de Dieu; étoile
Mercure; lre intelligence de Mercure, Mikael.
16 y Haïn
Nom 17^ Hazaz (fortis); correspond à Jehova-Sabahot. Domine
9e ciel; Lune; intelligence de la Lune, Gabriel.
Ici finit le monde archange tique.
1 7 3 P hé
18e nom lui correspond; rVTlS Phodé (redemplor), âme intellectuelle (Kircher, n, 227 ).
— 490 —
Cettre lettre désigne le Feu , l’élément où habitent les salamandres. Intelligence du Feu, Séraphin et plusieurs sous-ordres.
Domine en été sur le Sud ou Midi.
La finale ]"| ainsi figurée désigne l'air, où habitent les Sylphes.
Intelligences de l’air, Chérubin et plusieurs sous-ordres. Les intelligences de l’air dominent au printemps sur l'Occident ou l'Ouest.
1 8 ¥ Tsade
Matière universelle (K). Nom p*]¥ Tsedek (justus). Désigne l'Eau
où habitent les nymphes. Intelligence, Tharsis. Domine en
automne sur l’Ouest ou l’Occident.
Finale "J forme des éléments (A. E. T. F.) (K).
19 p Coph
Nom dérivé I£7“p Kodesch (sanctus). Terre où habitent les
Gnomes. Intelligence de la Terre, Ariel. En hiver vers le Nord.
Minéraux, inanimé (Kircher).
20 1 Resch
Nom rrn (imperans) Rodeh, végétaux (Kischer).; attribué au
1er principe de Dieu qui s’applique au règne animal et donne la vie
à tous les animaux.
21 ty Shin
Nom Schaday (omnipotens) qui signifie Dieu tout-puissant,
attribué au second principe de Dieu (animaux, ce qui a vie (Kircher),
qui donne le germe à toutes les substances végétales.
22 H Thau
Nom Thechinah POPiri (gratiosus), Microcosme (Kircher).
3e principe de Dieu qui donne le germe à tout ce qui existe dans le
règne minéral.
Cette lettre est le symbole de l'homme parce qu’elle désigne la
fin de tout ce qui existe de même que l'homme est la fin et la
perfection de toute la création.
491
Division
de
V alpha bel .
Unité
9
8 7
6
5 4
3
2
1
1er monde
ta
n '
*!
n i
S
G
«
Dizaine
90
80 70
60
50 40
30
20
10
2e monde
ï
2 y
D
J G
S
2
y
Centaine
900
800 700
600
' 500 100
300
200
100
3e monde
y
2 1
D
i n
1
P
Voici comment il faut ranger ces lettres et quelle est leur signification mystique.
Jre CONNEXION
2e CONNEXION
3e CONNEXION
nSïs aleph c’est-àh é (ista, rue), ainsi
thet, bien, bon, dédire poitrine.
celle-ci.
clinaison.
beth, maison.
*1 vau, uncinus.
y iod, principe.
i ghimel, plénitude,
“ zaïn (Hæc), celle-là,
Il indique analogirétribution.
armes.
quement que, quoi7 daleth, table et
porte.
H vie.
11 indique analogique maintenant
nous sachions l’universalité des choses
Il indique quelle est
quement l’une et
écrites, cependant
la maison de Dieu
l’autre vie, et quelle
nous n'en connaisqui dans les livres
peut être l’autre
sons qu’une partie
divins se trouve
vie sous la même
et nous n’en pronommée plénides écrit ures par laphétisons qu’une
lude.
quelle le Christ luimême annonce la
vie des croyants.
partie, cependant
quand nous aurons
mérité d'être avec
le Christ alors cessera la doctrine des
livres et alors nous
aurons face à face
le bon principe tel
qu’il est.
Monde angélique.
— 492
4e CONNEXION
5e CONNEXION
6e CONNEXION
3 caph, main, con52 mem, ex ipsis.
y haïn, source, œil.
duite.
J noun, sempiternum.
2 phé, bouche.
lamed (discipline),
cœur.
D samech, adjutorium.
X tsadé, justice.
Il indique analogiIls contiennent ceci :
Il indique analogiquement que l’éLes mains sont comquement que c’est
criture est la sourprises dans l’œudes écritures que
ce ou l’œil et la
vre, le cœur et la
les hommes doivent
bouche de la jusconduitesontcomtirer uniquement
tice, qui contient
pris dans les sens
les sources nécesl’origine de toutes
parce que nous ne
saires à la vie éterles œuvres de la
pouvons rien faire
qu’auparavant
nous ne sachions
ce qu’il faut faire.
nelle.
partie constituée
par la bouche divine.
Monde des orbes.
T CONNEXION
p coph Vocation, voix.
"1 rescb Tête.
Xtf shin Dents.
H thau Signe, microcosme.
C’est comme si l’on disait : la vocation de la tête est le
signe des dents, en effet la voix articulée dérive des dents
et c’est par ces signes qu’on parvient à la tête de tous qui
est le Christ et au Royaume éternel.
Monde des 4 éléments.
§ 3. LES NOMS DIVINS
Si le lecteur a bien compris les données qui précèdent, s’il sait
bien que chaque lettre a trois fins et exprime un hiéroglyphe, un
nombre et une idée, il connaît les fondements de la Kabbale. Il
nous suffira maintenant de nous occuper des combinaisons.
Si chacune des lettres est une puissance effective, le groupement
de ces lettres d’après certaines règles mystiques donne naissance à
des centres actifs de force qui peuvent agir d’une manière efficace
lorsqu’ils sont mis en action par la volonté de l’homme.
De là les dix noms divins.
Chacun de ces noms exprime un attribut spécial de Dieu, c’est-àdire une loi active de la Nature et un centre universel d’action.
Gomme toutes les manifestations divines, c’est-à-dire tous les
actes et tous les êtres, sont liées entre elles autant que les cellules
de l’homme sont liées à lui, mettre une de ces manifestations en
jeu c’est créer un courant d’action réel qui se répercutera dans
tout l’Univers; de même qu’une sensation perçue par l’homme en
un point quelconque de sa peau fait vibrer l’organisme tout entier.
L’étude des noms divins comprend donc :
1° D’une part les qualités spéciales attribuées à ce nom;
2° D’autre part les rapports de ce nom avec le reste de la Nature.
Nous allons aborder ces points l’un après l’autre.
Tout d’abord énumérons ces dix noms qu’on retrouve sur tous
les talismans et dans toutes les formules d’évocation.
Nous mettons les lettres françaises sous les lettres hébraïques, à
l'envers pour indiquer le sens de la lecture de l’hébreu.
rvntf
Ehieh.
aiaA
rv
lah
AI
mrv
lehovah ,
avai
Sx
El.
aA
mbtf
Elo/ia.
aaoa
Elohim.
MI3IA
T A ï
résumant le Symbolisme de tous les Arcanes majeursjt
du sens de l’un quelconque de <
PRINCIPE CRÉATEUR
(*) Actif >
PRINCIPE CRÉATEUR
Passif H
PRINCIPE CRÉATEUR
Équilibrant ">
PRINCIPE CONSERVATEUR
n) Actif y
PRINCIPE CONSERVATEUR
Passif (H
PRINCIPE CONSERVATEUR
Équilibrant *|
PRINCIPE RÉALISATEUR
(1) Actif y
PRINCIPE RÉALISATEUR
Passif H
PRINCIPE RÉALISATEUR
Équilibrant 1
Dieu le Père
Adam
La Nature naturante
Dieu le Fils
Eve
La Nature naturée
Volonté
Pouvoir
créateur
Fluide universel
Intelligence
Autorité
La Vie universelle
Dieu le Saint-Esprit
3
Adam-Ève, l'Humanité
Le Cosmos
Beauté
Amour
Le Père
Réalisation
Lumière astrale
La Mère
Justice
Existence élémentai
Attraction universelle
Lui-même (>) Manifesté
+
DIEU (21)
Amour
Prudence (se taire
Fluide astral (aour
Lui-même o
+
L’HOJi
L’HÜM
— 496
7 mn’1
Tetragrammaton.
aval
m»3ï
T0A9ST
Sabaoth.
8
Elohim.
MI3JA
rvuos
T0A9ST
Sabaoth.
9 n ur
ias
10
1NGA
Shadaï.
Adonaï.
La Kabbale est si merveilleusement construite que tous les termes
qui la constituent ne sont que des faces diverses les unes des autres.
Ainsi nous sommes obligé, vu la pauvreté d’abstraction de nos
langues européennes, d’étudier séparément la signification et les
rapports des dix noms divins, puis la signification et les rapports
des dix nombres, le tout dans leurs diverses acceptions. Or, tout
cela, nom, idée et nombre, se trouve synthétisé dans chacun des
hiéroglyphes, soit qu’on parle du nom divin soit qu’on énonce la
Sephiroth. Les tableaux analogiques placés à la fin de notre étude
serviront à peine à donner une idée de cet esprit synthétique de
l’antiquité.
Ces noms (qui tous ont un sens secret développé en détail dans
les écrits des kabbalistes) méritent d’attirer particulièrement notre
attention.
■k
+ *
Le premier d’entre eux Ehieh s'écrit souvent par la simple lettre
y (iod). Dans ce cas il signifie simplement MOL
Lacour dans son livre des Æloïm ou Dieux de Moïse montre que
ce mot a donné naissance au grec a eï toujours. Ehieh signifie donc
exactement le Toujours et l’on comprend comment la lettre iod
qui exprime le commencement et la fin de tout puisse le représenter.
I. Le nom IEVE ou 10HA ne devant jamais être prononcé par les profanes est remplacé par le mot tetragrammaton ou le mot adonaï (seigneur).
r
— 497 —
Ce nom écrit mystiquement en triangle par trois iod ainsi :
)
) 1
représente les trois principaux attributs de la divinité émanant la
création, du Toujours donnant naissance aux mesures temporelles.
Le premier iod montre en effet l’Éternité donnant naissance au
Temps dans sa triple division : Passé, Présent et Avenir.
C’est le nombre.
C’est le Père.
★
* +
Le second iod montre l'Infini donnant naissance à l'Espace dans
sa triple division de longueur* largeur et profondeur.
C’est la Mesure.
C’est le Fils.
Le troisième iod représente la Substance éternelle donnant naissance à la Matière dans sa triple spécification de Solide, Liquide et
Gazeuse.
C’est le Poids.
C’est le Saint-Esprit.
Réunissez en un tout le Temps, l’Espace et la Matière et la Substance éternelle et infinie, le Toujours se manifestera.
De là la représentation suivante de ce nom divin par les kabbalistes :
32
— 498 —
Les correspondances de ce nom sont ainsi données par Agrippa,,
l’un des plus forts kabbalistes connus1.
1° Eheie, le nom d’essence divine :
Numération : keter (couronne, diadème), signifie l’être très
simple de la divinité, il s’appelle ce que l’œil n’a point vu. On l’attribue à Dieu le Père et il influe sur l’ordre des Séraphins, ou,
comme parlent les Hébreux, Haioth Hacadosch, c’est-à-dire en latin
animalia sanctitatis, les fameux animaux de sainteté, et de là, par
le premier mobile, donne libéralement le nom de l’être à toutes
choses remplissant l’Univers par toute sa circonférence jusqu’au
centre. Son intelligence particulière s’appelle Mithatron (Prince des
Faces) dont l’office est d’introduire les autres devant la face du
Prince et c’est par le ministère de celui-ci que le Seigneur a parlé
à Moïse.
2° Nom Iah :
Iod ou Tetragrammaton joint avec Iod ; numération Hochena.
(, sapientia ).
Signifie divinité pleine d’idées et premier engendré et s’attribue
au fils. Il influe par l’ordre des chérubins (que les Hébreux
nomment Ophanim) sur les formes ou les roues et de là sur le
ciel des étoiles y fabriquant autant de figures qu’il contient d’idées
en soi, débrouillant le chaos ou confusion des matières par le
ministère de son intelligence particulière nommée Raziel qui fut le
gouverneur d’Adam.
3° Nom : IEYE — niH* .
Ce nom, l’un des plus mystérieux de la théologie hébraïque,
exprime une des lois naturelles les plus étonnantes que nous connaissions.
C’est grâce à la découverte de quelques-unes de ses propriétés
que nous avons pu donner l’explication complète du Tarot2, explication qui n'avait jamais été donnée jusqu’à présent.
Voici comment nous analysons ce nom divin :
LE MOT K AB BALISTIQUE HliT ( iod-hé-vau-hé ).
Si l’on en croit l’antique tradition orale des Hébreux ou Kabbale,
il existe un mot sacré qui donne, au mortel qui en découvre la
véritable prononciation, la clef de toutes les sciences divines et
1. H. C. Agrippa, Philosophie occulte, t. II, p. 36 et suiv.
2. Voyez la signification des lettres précédemment.
— 499 —
humaines. Ce mot que les Israélites ne prononcent jamais et que le
grand prêtre disait une fois l’an au milieu des cris du peuple profane, est celui qu’on trouve au sommet de toutes les initiations,
celui qui rayonne au centre du triangle flamboyant au 33° degré
franc-maçonnique de l’Ecossisme, celui qui s’étale au-dessus du
portail de nos vieilles cathédrales, il est formé de quatre lettres
hébraïques et se lit iod-hé-vau-hé ni HL
Il sert dans le Sepher Bereschit ou Genèse de Moïse à désigner la
divinité, et sa construction grammaticale est telle qu’il rappelle
par sa constitution même1 les attributs que les hommes se sont
toujours plu à donner à Dieu.
Or, nous allons voir que les pouvoirs attribués à ce mot sont,
jusqu’à un certain point, réels, attendu qu’il ouvre facilement la
porte symbolique de l’arche qui contient l’exposé de toute la
science antique. Aussi nous est-il indispensable d’entrer dans quelques détails à son sujet.
Ce mot est formé de quatre lettres, iod (>) hé (n) vau pj hé (n).
Cette dernière lettre hé est répétée deux fois.
A chaque lettre de l’alphabet hébraïque est attribué un nombre.
Voyons ceux des lettres qui nous occupent en ce moment.
y Le hé = 10
H Le hé = 5
1 Le vau = 6
La valeur numérique totale du mot n"!T est donc
i 0 — {— 5 — j— 6 — j— S = 26
Considérons séparément chacune des lettres.
1. « Ce nom offre d’abord le signe indicateur de la vie, doublé, et
formant la racine essentiellement vivante EE (Hn). Cette racine n’est
jamais employée comme nom et c’est la seule qui jouisse de cette prérogative. Elle est, dès sa formation, non seulement un verbe, mais un verbe
unique dont tous les autres ne sont que des dérivés : en un mot le verbe
ni (EVE) être-étant. Ici, comme on le voit, et comme j'ai eu soin de
l’expliquer dans ma grammaire. Je signe de la lumière intelligible 1 (Vô)
est au milieu de la racine de vie. Moïse, prenant ce verbe par excellence
pour en former le nom propre de l’Être des Êtres, y ajoute le signe de
la manifestation potentielle et de l’éternité * (I) et il obtient HirV (IEVE)
dans lequel le facultatif étant se trouve placé entre un passé sans origine
et un futur sans terme. Ce nom admirable signifie donc exactement
l’Ètre-qui-est-qui-fut-et-qui-sera. »
(Fabre d’Olivet, Langue hébraïque restituée.)
500 —
LE 10D
Le iod, figuré par une virgule, ou bien par un point, représente
le principe des choses.
Toutes les lettres de l’alphabet hébraïque ne sont que des combinaisons résultant de différents assemblages de la lettre iod1.
L’étude synthétique de la nature avait conduit les anciens à penser
qu’il n’existait qu'une seule loi dirigeant les productions naturelles.
Cette loi, base de l’analogie, posait l’unité-principe à l’origine des
choses et ne considérait celles-ci que comme des reflets à degrés
divers de cette unité-principe. Aussi le iod , formant à lui seul toutes
les lettres et par suite tous les mots et toutes les phrases de Lalphabet, était-il justement l’image et la représentation de cette
Unité-Principe dont la connaissance était voilée aux profanes.
Ainsi la loi qui a présidé à la création de la langue des Hébreux
est la même que celle qui a présidé à la création de l’univers, et
connaître l’une c’est connaître implicitement l’autre. Voilà ce que
tend à démontrer un des plus anciens livres de la Kabbale : le
Sepher Jesirah 2.
Avant d’aller plus loin, éclairons par un exemple cette définition que nous venons de donner du iod. La première lettre de
l’alphabet hébreu l’aleph hQ est formée de quatre iod opposés
deux à deux Il en est de même pour toutes les autres.
La valeur numérique du iod conduit à d’autres considérations.
L’Unité-Principe, d’après la doctrine des kabbalistes, est aussi
I’Unité-Fin des êtres et des choses et l’éternité n’est, à ce point de
vue, qu’un éternel présent. Aussi les anciens symbolistes ont-ils
figuré cette idée par un point au centre d’un cercle, représentation
1. Voy. la Kabbala Denudata.
2. Traduit en français récemment pour la première fois. (Se trouve
chez l’éditeur Carré.)
— 501 —
de l’Unité-Principe [le point) au centre de l’éternité [le cercle
ligne sans commencement ni fin1).
D’après ces données, l’Unité est considérée comme la somme
dont tous les êtres créés ne sont que les parties constituantes ; de
même que l’Unité-Homme est formée de la somme de millions de
cellules qui constituent cet être.
A l’origine de toutes choses la Kabbale pose donc l’affirmation
absolue de l’être par lui-même, du Moi-Unité dont la représentation est le iod symboliquement, et le nombrè 10 numériquement.
Ce nombre 10 représentant le Principe- Tout, 1, s’alliant au NéantRien, 0, répond bien aux conditions demandées2.
LE HÉ
Mais le Moi ne peut se concevoir que par son opposition avec le
Non-Moi. A peine l’affirmation du Moi est-elle établie, qu’il faut
concevoir à l’instant une réaction du Moi-Absolu sur lui-même,
d’où sera tirée la notion de son existence, par une sorte de division de l’Unité. Telle est l’origine de la dualité, de l’opposition, du
Binaire, image de la féménéité comme l’unité est l'image de la masculinité. Dix se divisant pour s’opposer à lui-même égale donc
10
— = o, cinq nombre exact de la lettre Hé, seconde lettre du grand
nom sacré.
Le Hé représentera donc le passif par rappord au iod qui symbolisera l'actif, le non-moi par rapport au moi , la femme par rapport à l'homme; la substance par rapport à l'essence ; la vie par
rapport à l'âme, etc., etc.
LE VAU
Mais l’opposition du Moi et du Non-Moi donne immédiatement
naissance à un autre facteur, c’est le Rapport existant entre ce Moi
et ce Non-Moi.
Or, le Vau, 6° lettre de l’alphabet hébraïque, produite par 10
1. Voy. Kircher, CEdipus Ægyptiacus;
Lenain, la Science kabbalistique ;
J. Dée, Monas Hieroglyphica.
2. Voy. Saint-Martin, Des rapports cgui existent entre Dieu, l'Homme et
l'Univers.
Lacuria, Harmonies de l'être exprimées par les nombres.
— 502 —
(iod) -)-5 (hé) = 15 — 6 (ou 1 -f- 5), signifie bien crochet , rapport.
C’est le crochet qui relie les antagonistes dans la nature entière,
constituant le 3e terme de cette mystérieuse trinité.
Moi — Non-Moi.
Rapport du Moi avec Non-Moi.
le 2e IIÉ
Au delà de la Trinité considérée comme loi, rien n’existe plus.
La Trinité est la formule synthétique et absolue à laquelle aboutissent toutes les sciences et cette formule, oubliée quant à sa
valeur scientifique, nous a été intégralement transmise par toutes
les religions, dépositaires inconscients de la Science Sagesse des
primitives civilisations1.
Aussi trois lettres seulement constituent-elles le grand nom
sacré. Le quatrième terme de ce nom est formé par la seconde
lettre, le Hé, répétée de nouveau2.;
Cette répétition indique le passage de la loi Trinitaire dans une
nouvelle application, c’est à proprement parler une transition du
monde métaphysique au monde physique ou, en général; d’un
monde quelconque au monde immédiatement suivant3.
La connaissance de cette propriété du second Hé est la clef du
nom divin tout entier, dans toutes les applications dont il est susceptible. Nous en verrons clairement la preuve dans la suite 4.
RÉSUMÉ SUR LE MOT IOD-HÉ-VAU-HÉ
Connaissant séparément chacun des termes composant le nom
sacré, faisons la synthèse et totalisons les résultats obtenus.
1. Voy. Eliphas Levi, Dogme et Rituel de haute magie ; la Clef des grands
mystères; — Lacuria, op. cit.
2. Yoy. Fabre d’Olivet, la Langue hébraïque restituée.
3. Voy. Louis Lucas, le Roman alchimique.
Procter hœc tria numera non est alia magnitudo, quod tria sunt omnia,
et ter undecunque, ut pythagorici dicunt; omne et omnia tribus determinata
sunt. (Aristote) cité par Ostrowski, page 24 de sa Mathése.
4. Malfatti a parfaitement vu cela : « Le passage de 3 dans 4 correspond à celui de la Trimurti dans Maïa et comme cette dernière ouvre
le deuxième ternaire de la décade prégénésétique, de même le chiffre 4
ouvre celle du deuxième ternaire de notre décimale génésétique. »
(Hi a thèse, p. 2o.)
503 —
Le mot iod-hé-vau-hé est formé de quatre lettres signifiant chacune :
Le lod Le principe actif par excellence.
Le Moi = 10.
Le Hé Le principe passif par excellence.
Le Non-Moi = 5.
Le Vau Le terme médian, le crochet reliant l’actif au
passif.
Le Rapport du Moi au Non-Moi = 6.
€es trois termes expriment la loi trinitaire de l’absolu.
Le 2e Hé Le second Hé marque le passage d’un monde
dans un autre. La Transition.
Ce second Hé représente l’Être complet renfermant dans une
Unité absolue les trois termes qui le constituent Moi-Non-Moi-Rapport.
Il indique le passage du noumène au phénomène ou la réciproque, il sert à monter d’une gamme dans une autre.
FIGURATION DU MOT SACRÉ
Le mot iod-hé-vau-hé peut se représenter de diverses manières,
qui toutes ont leur utilité.
On peut le figurer en cercle de cette façon :
iod
1
1er hé
n
vau
1
2e hé
n
Mais comme le second Hé, terme de transition, devient l’entité
active de la gamme suivante, c’est-à-dire comme ce Hé ne représ&nte en somme qu’un iod en germe1, on peut représenter le mot
sacré en mettant le second Hé sous le premier iod ainsi :
iod ie lié vau
2e lié
Enfin une troisième façon de représenter ce mot consiste à envelopper la trinité, iod hé vau, du terme tonalisateur ou second hé,
ainsi :
2° hé
L’étude du Tarot n’est que l’étude des transformations de ce
nom divin, ainsi qu’on le voit par la figure synthétique suivante :
1. Ce 2° Hé, sur lequel nous insistons volontairement si longtemps,
peut être comparé au grain de blé par rapport à l’épi. L’épi, trinité manifestée ou iod hé vau, résout toute son activité dans la production du
grain de blé ou 2e Hé. Mais ce grain de blé n’est que la transition entre
l’épi qui lui a donné naissance et l’épi auquel il donnera lui-même naissance dans la génération suivante. C’est la transition entre une génération et une autre qu’il contient en germe, c’est pourquoi le deuxième Hé
est un iod en germe.
LE TAROT
Cyc& dCJ dz €-<SO (uaJjx>! Vô C (rj | TJ tj
de. Sx. Ôci&xcc Otcwfôic
y^xxxf'
PAPUS
Enfin si nous voulions même résumer les déductions des kabbalistes sur ce 3e nom, un volume nous serait nécessaire. Eliphas
Levi fournit de merveilleux développements à ce sujet dans tous
ses ouvrages. Kircher développe aussi longuement ses diverses
acceptions. Citons les rapports hiéroglyphiques de niH* d’après
cet auteur.
L’hiéroglyphe suivant est ainsi expliqué par Kircher.
Le globe central représente l’essence de Dieu inaccessible et
cachée.
L’X image du denaire indique le iod.
Les deux serpents s’échappant du globe en bas sont les deux hé.
Enfin les deux ailes symbolisent l’esprit le Vao.
¥ *
Le nom de 72 lettres. — Les 72 génies.
C’est encore de ce nom divin qu’on tire le nom kabbalistique de
72 lettres par le procédé suivant :
On écrit le mot IEYE dans un triangle ainsi qu’il suit :
— 507 —
Voici l’explication de ces deux façons d’écrire le nom de
72 lettres.
Pour la première :
Additionnez les nombres correspondant à chaque lettre hébraïque,
vous trouverez le résultat suivant :
> = 10 - 10
Pp = 10 -j- 5 =15
yp = 10 + 5 + 6 = 21
HliT = 10 —J— 5 — {— 6 —J— 5 = 26
Total... 72
Pour la seconde :
Comptez le nombre de boules couronnées qui forment le mot
mn> écrit de cette manière, vous trouverez 24 boules (les 24
vieillards de l’Apocalypse).
Le mot sacré. — 2e manière de l’écrire.
Chaque couronne ayant trois fleurons il suffit de multiplier 24
par 3 pour obtenir les 72 lettres mystiques :
£4 X 3 = 72
* *
Dans la Kabbale pratique (magie universelle) on se sert des
72 noms des Génies tirés de la Bible par les procédés suivants :
Les noms des 72 anges sont formés des trois versets mystérieux
du chapitre 14 de l'Exode sous les 19, 20 et 21, lesquels versetssuivant le texte hébreu se composent chacun de 72 lettres hébraïques.
— 508 —
Manière d'extraire les 72 noms.
Ecrivez d’abord séparément ces versets, formez-en trois lignes,
composées chacune de 72 lettres, d’après le texte hébreu, prenez la
première lettre du 19e et du 20° verset en commençant par la
gauche, ensuite prenez la première lettre du 20e verset qui est celui
du milieu en commençant par la droite; ces trois premières lettres
forment l’attribut du génie. En suivant le même ordre jusqu’à la
fin vous avez les 72 attributs des vertus divines.
Si vous ajoutez à chacun de ces noms un de ces deux grands
noms divins Iah ni ou El btf alors vous aurez les 72 noms des
anges composés de trois syllabes, dont chacun contient en lui le
nom de Dieu.
D’autres kabbalistes prennent la première lettre de chaque diction qui compose un verset.
Mais nous ne devons pas oublier que c’est un résumé de la Kabbale que nous présentons à nos lecteurs; aussi terminons ce qui se
rapporte à ce troisième nom pour passer aux sept autres..
3e nom Tetragrammaton Elohim :
Numerata Bina [providentia et intelligentia ) signifie jubilé,
rémission et repos, rachat ou rédemption du monde et la vie du
siècle à venir; il s’applique au Saint-Esprit et influe par l’ordre
des Trônes (ceux que les Hébreux appellent Arabim, c’est-à-dire
anges grands, forts et robustes) et après par la sphère de Saturne
fournissant la forme de la matière fluide, son intelligence particulière est Zaphohiel, gouverneur de Noé, et l’autre intelligence
est Jophiel, gouverneur de Sem, et voilà les trois numérations
souveraines et les plus hautes qui sont comme les Trônes des
personnes divines par les commandements desquelles toutes choses
se font et arrivent ; mais l’exécution s’en fait par le ministère des
autres sept numérations appelées pour cela les numérations de la
fabrique.
* *
4e nom El :
Numération Hæsed ( clementia , bonitas), signifie grâce, miséricorde, piété, magnificence, sceptre et main droite; il influe par
l’ordre des Dominations (celui que les Hébreux appellent Hasmalim )
sur la sphère de Jupiter et forme les effigies ou représentations des
corps, donnant à tous les hommes la clémence, la justice pacifique,
— 509
et son intelligence particulière se nomme Zadkiel, gouverneur
d’Abraham.
* ■¥■
5e nom Elohim Gibor ( Deus robustus puniens culpas improborum) :
Numération Geburah (puissance, gravité, force, pureté, jugement, punissant par les ravages et les guerres). On l’adapte au tribunal de Dieu, à la ceinture, à l’épée et au bras gauche de Dieu; il
s’appelle aussi Pechad (crainte) et il influe par l’ordre des Puissances (ou celui que les Hébreux nomment Seraphim ) et de là
ensuite par la sphère de Mars à qui appartient la force, el il envoie la guerre, les afflictions et change de place les éléments.
Son intelligence particulière est Camael, gouverneur de Samson.
■k
* *
6e nom Eloha (ou nom de quatre lettres) joint avec Vaudahat :
Numération Tiphereth (ornement, beauté, gloire plaisir), il
signifie Bois de vie. Il influe par l’ordre des Vertus (ou par celui que
les Hébreux appellent Malachim , c’est-à-dire anges) sur la sphère
du Soleil, lui donnant la clarté et la vie et ensuite produisant les
métaux, et son intelligence particulière est Raphaël, qui fut gouverneur d’Isaac et du jeune Tobie, et l’ange Feliel, gouverneur de
Jacob.
* *
7° nom Tetragrammaton Sabaoth ou Adondi Sabaoth, c’est-àdire le Dieu des armées :
La numération est Nezah (triomphe, victoire), on lui attribue la
colonne dextre et il signifie éternité et justice du Dieu vengeur.
Il influe par l’ordre des Principautés (et par celui que les Hébreux
nomment Elohim, c’est-à-dire des Dieux) sur la sphère de Vénus
et signifie zèle et amour de justice, il produit les végétaux et son
intelligence s’appelle Haniel et son ange Cerirel, conducteur de
David.
8e nom Elohim Sabaoth , qu’on interprète aussi Dieu des armées,
non pas de la guerre et de la justice, mais de la piété et de la concorde; car tous les deux noms, celui-ci et le précédent, ont chacun
leur terme d’armée :
Numération Hod (louange et confession, bienséance et grand
— 510 —
renom), on lui attribue la colonne gauche. Il influe par l’ordre des
Archanges (ou par celui que les Hébreux appellent Bene Elohim ,
c’est-à-dire fils des Dieux) sur la sphère de Mercure, il donne l’éclat
et la convenance de la parure et de l’ornement et produit les animaux. Son intelligence est Michael, qui fut gouverneur de Salomon.
★
* ¥
9° nom Sadai (tout puissant et satisfaisant à tout) ou Elhai (Dieu
vivant) :
Numération Jesod (fondement). Il signifie bon entendement,
alliance, rédemption et repos. Il influe par l’ordre des Anges (ou
par celui que les Hébreux appellent Cherubim) sur la sphère de la
Lune qui donne l’accroissement et le déclin à toutes choses, qui
préside au génie des hommes et leur distribue des anges gardiens
et conservateurs. Son intelligence est Gabriel, qui fut conducteur de
Joseph, de Josué et de Daniel.
10e nom Adonai Melech (Seigneur et Roi) :
Numération Malchut (royaume et empire), signifie Église et
Temple de Dieu et porte. Il influe par l’ordre animastique, c’est-àdire des âmes bienheureuses, nommé par les Hébreux Issirn, c’est-àdire nobles, Eliros et Prince; elles sont au-dessous des Hiérarchies,
elles influent la connaissance aux enfants des hommes et leur
donnent une science miraculeuse des choses, l’industrie et le don
de prophétie ou, comme d’autres disent, l’intelligence Metalhin qui
porte le nom de première création ou âme du monde, elle fut
conductrice de Moïse.
§ 4. — LES SÉPHIROTH (d’après Stanislas de Guaita)
LE TABLEAU DES CORRESPONDANCES
Les Séphiroth. — Exposé de Stanislas de Guaita.
Il nous reste, pour terminer ce qui a rapport à cette partie de la
Kabbale, à parler des numérations ou Séphiroth. Dans ce travail
extrêmement remarquable un des plus instruits parmi les kabbalistes contemporains, Stanislas de Guaita, a condensé d’importantes données tant sur les noms divins que sur les Séphiroth.
Ce travail n’est que l’analyse d’une planche kabbalistique de
Khunrath. Nous donnons d’abord cette planche sur laquelle le lecteur pourra suivre les développements donnés par de Guaita.
— 512 —
LA PLANCHE DE KHUNRATH SUR LA ROSE-CROIX
NOTICE SUR LA ROSE-CROIX
La planche kabbalistique offerte en prime aux abonnés de Y Initiation est extraite d’un petit in-folio rare et singulier, bien connu
des collectionneurs de bouquins à gravures et très recherché de
tous ceux que préoccupent, à des titres divers, l’ésotérisme des
religions, la tradition de la doctrine secrète sous les voiles symboliques du christianisme, enfin la transmission du sacerdoce magique
en Occident.
« Amphitheatrum sapientle æternæ, solivs veræ, christiano-kabalisticum, divino-magicum, necnon phgsico-chemicum, tertriunum ,
katholikon, instructore Henrico Keunratii, etc., Hanoviæ, 1609, infolio. »
Unique en son genre, inestimable surtout pour les chercheurs
curieux d’approfondir ces troublantes questions, ce livre est malheureusement incomplet dans un grand nombre de ses exemplaires. On nous saura gré peut-être de fournir ici quelques
rapides renseignements, grâce auxquels l’acheteur puisse prévoir
et prévenir une déception.
★
♦ ■¥■
Les gravures, en taille douce {Y Initiation compte en reproduire
plusieurs en faveur de ses abonnés), les gravures au nombre de
douze sont ordinairement reliées en tête de l’ouvrage. Elles sont
groupées d’une sorte arbitraire, l’auteur ayant négligé — à dessein
peut-être — d’en préciser la suite. L’essentiel est de les posséder
au complet, car leur classement varie d’exemplaire à exemplaire.
Trois d’entre elles, en format simple : 1° le frontispice allégorique encadrant le titre gravé ; 2° le portrait de l’auteur, entouré
d’attributs également allégoriques ; 3° enfin, une orfraie armée de
besicles, magistralement perchée entre deux flambeaux allumés,
avec deux torches ardentes en sautoir. Au-dessous, une légende
rimée en haut allemand douteux, et que l’on peut traduire :
A quoi servent flambeaux et torches et besicles
Pour qui ferme les yeux, afin de ne point voir ?
Puis viennent neuf superbes figures magiques, très soigneuse-
— 313
ment gravées, en format double et montées sur onglets. Ce sont :
1° Le grand androgyne hermétique *; 2° le Laboratoire de Khun-
! rath*; 3° /’ Adam-Eve dans le triangle verbal; 4° la Rose-Croix1 .
pentagrammatique* (dont nous allons parler en détail); 3° les Sept
degrés du sanctuaire et les sept rayons ; 6° la Citadelle alchimique
aux vingt portes sans issue*; 7° le Gymnasium naturæ, figure synthétique et très savante sous l’aspect d’un paysage assez naïf ; 8 0 la
Table d’ émeraude gravée sur la pierre ignée et mercurielle ; 9° enfin, le Pantacle de Khunrath* , enguirlandé d’une caricature satirique, dans le goût de Callot ; c’est même un Callot avant la lettre.
(Y. ce qu’en dit Eliphas Levi, Histoire de la magie, p. 368.)
Cette dernière planche, d’une sanglante ironie et d’un art snuvage vraiment savoureux, manque à peu près dans tous les exemplaires. Les nombreux ennemis du théosophe, qui s’y voient
caricaturés d'un génie âpre et que sans peine on devine triomphalement soucieux des ressemblances, s’acharnèrent à faire disparaître
une gravure d’un si scandaleux intérêt.
Pour les autres pantacles, ceux dont nous ayons fait suivre
l’énoncé d’une astérique font également défaut dans nombre d’exemplaires.
Occupons-nous, à cette heure, du texte divisé en deux sections.
Les soixante premières pages, numérotées à part, comprennent un
privilège impérial (en date de 1398), puis diverses pièces : discours,
dédicace, poésies, prologue, arguments. Enfin le texte des proverbes de Salomon, dont le reste de Y Amphitheatrum est le commentaire ésotérique.
Vient ensuite ce commentaire, constituant l’ouvrage proprement
dit, en sept chapitres, suivis eux-mêmes d’éclaircissements très
curieux sous ce titre : Inter pretationes et Annotationes Henrici
I Khunrath. Total de cette seconde partie : 222 pages. Un dernier
feuillet porte le nom de l’imprimeur : G. Antonius, et la date :
Hanoviæ, M DC. IX.
Nous terminerons cette description par une note importante du
savant bibliophile G. -F. de Bure, qui dit, au tome II de sa Biblio1. Cette figure, ainsi que celle marquée dans ces notes au numéro 1
[Y Androgyne hermétique ) seront reproduites en taille-douce avec un commentaire détaillé, en tête d’une nouvelle édition refondue et considérablement augmentée que nous allons donner chez Carré de notre ouvrage
paru en 1886 : Essais de sciences maudites : I. Au seuil du mystère.
33
— 514 —
*
graphie : « Il est à remarquer que dans la première partie de cet
ouvrage, qui est de soixante pages, on doit trouver, entre les
pages 18 et 19, une espèce de table particulière imprimée sur une
feuille entière à onglets, et qui est intitulée : Summa Amphitheatri sapienti.se, etc..., et dans la deuxième partie, de deux cent
vingt-deux pages, l’on doit trouver une autre table, pareillement
imprimée sur une feuille entière, à onglets, et qui doit être placée
à la page 151, où elle est rappelée par deux étoiles que l’on a
mises dans le discours imprimé. — Nous avons remarqué que ces
deux tables manquaient dans les exemplaires que nous avons vus ;
c’est pourquoi il sera bon d’y prendre garde... » (page 248).
Passons maintenant à l’étude de la planche kabbalistique que
l’ Initiation a offerte à ses abonnés.
ANALYSE DE LA ROSE-CROIX
d’après Henry Kuunratii
Cette ligure est un merveilleux pantacle, c’est-à-dire le résumé
hiéroglyphique de toute une doctrine : on trouve là synthétisés,
comme la revue l’a annoncé précédemment, tous les mystères pentagrammatiques de la Rose-Croix des adeptes.
+ *
C’est d’abord le point central déployant la circonférence à trois
degrés différents, ce qui nous donne les trois régions circulaires et
concentriques figurant le processus de Y Emanation proprement
dite.
★
* *
Au centre, un Christ en croix dans une rose de lumière : c’est le
resplendissement du Verbe ou de Y Adam Kadmôn tTïtf;
c’est l’emblème du Grand Arcane : jamais on n’a plus audacieusement révélé l’identité d’essence entre l’Homme-Synthèse et Dieu
manifesté.
[Ce n’est pas sans les raisons les plus profondes que l’hiérographe a réservé pour le milieu de son pantacle le symbole qui
figure l’incarnation du Verbe éternel. C’est en effet par le Verbe,
s
— 515 —
dans le Verbe et à travers le Verbe (indissolublement uni lui-même
à la Vie), que toutes choses, tant spirituelles que corporelles, ont
été créées. — « In principio erat Verbwn (dit saint Jean), et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum... Omnia per ipsum
facta svnt et sine ipso factum est niliil quod factum est. In ipso
vita erat. .. » Si l’on veut prendre garde à quelle partie de la figure
humaine est attribuable le point central déployant la circonférence, on comprendra avec quelle puissance hiéroglyphique l’Initiateur a su exprimer ce mystère fondamental.]
Le rayonnement lumineux fleurit alentour ; c’est une rose épanouie en cinq pétales, — l’astre à cinq pointes du Microcosme kabbalistique, Y Etoile flamboyante de la Maçonnerie, le symbole de la
volonté toute-puissante, armée du glaive de feu des Keroubs.
Pour parler le langage du Christianisme exotérique, c’est la
sphère de Dieu le fils , placée entre celle de Dieu le Père (la Sphère
d’ombre d’en haut où tranche Aïn-Soph en caractères
lumineux), et celle de Dieu le Saint-Esprit, Rûach Hakkadôsh tE/Hpn rvn (la sphère lumineuse d’en bas où Thiérogramme
Œmeth nOtf tranche en caractères noirs).
Ces deux sphères apparaissent comme perdues dans les nuages
d'Atziluth rrh'jx, pour indiquer la nature occulte de la première
et de la troisième personne de la Sainte-Trinité : le mot hébreu
qui les exprime se détache en vigueur, lumineux ici sur le fond
d’ombre, là ténébreux sur le fond de lumière, pour faire entendre
que notre esprit, inapte à pénétrer ces principes dans leur essence,
peut seulement entrevoir leurs rapports antithétiques, en vertu de
l’analogie des contraires.
**
+ ¥
Au-dessus de la sphère à' Aïn-Soph, le mot sacré de Iéhovah ou
Ihoâh se décompose dans un triangle de flamme, comme il
I suit :
516 —
Sans nous engager dans l’analyse hiéroglyphique de ce vocable
sacré, sans prétendre surtout à exposer ici les arcanes de sa génération — ce qui voudrait d’interminables développements, — nous
pouvons dire qu’à ce point de vue spécial, Iod 1 symbolise le
Père, lah rV le Fils, lahô l’Esprit-Saint, Iahôah nii"P l’Univers vivant : et ce triangle mystique est attribué à la sphère de
l’ineffable Aïn-Soph, ou de Dieu le Père. Les Kabbalistes ont
voulu montrer par là que le Père est la source de la Trinité tout
entière, et bien plus, contient en virtualité occulte tout ce qui est,
fut ou sera.
★
* 4
Au-dessus de la sphère A'QEmeth ou de l’Esprit-Saint, dans l’irradiation même de la rose-croix et sous les pieds du Christ, une
colombe à tiare pontificale prend son vol enflammé : emblème du
double courant d’amour et de lumière qui descend du Père au Fils,
— de Dieu à l’Homme — et remonte du Fils au Père, — de
l’Homme à Dieu, — ses deux ailes étendues correspondent exactement au symbole païen des deux serpents entrelacés au caducée
d’Hermès.
Aux seuls initiés l’intelligence de ce rapprochement mystérieux.
4 4
Revenons à la sphère du Fils, qui demande des commentaires
plus étendus. Nous avons marqué ci-dessus le caractère impénétrable du Père et de Y Esprit-Saint, envisagés dans leur essence.
Seule, la seconde personne de la Trinité, — figurée par la RoseCroix centrale, — perce les nuages d’Atziluth, en y dardant les dix
rayons séphirotiques.
Ce sont comme autant de fenêtres ouvertes sur le grand arcane
du Verbe, et par où l’on peut contempler sa splendeur à dix points
de vue différents. Le Zohar compare, en effet, les dix Séphires à
autant de vases transparents de couleur disparate, à travers lesquels resplendit, sous dix aspects divers, le foyer central de
l’Unité-synthèse. — Supposons encore une tour percée de dix croisées et au centre de laquelle brille un candélabre à cinq branches ;
ce lumineux quinaire sera visible à chacune d’entre elles; celui qui
s’y arrêtera successivement pourra compter dix candélabres
ardents aux cinq branches... (Multipliez ^e pentagramme par dix,
— 517 —
en faisant rayonner les cinq pointes à chacune des dix ouvertures,
et vous aurez les Cinquante Portes de Lumière).
Celui qui prétend à la synthèse doit entrer dans la tour ; celui
qui ne sait que la contourner est un analytique pur. On voit à
quelles erreurs d’optique il s’expose, dès qu’il veut raisonner sur
l’ensemble.
★
Nous dirons quelques mots plus loin du système séphirotique ; il
faut en finir avec l’emblème central. Réduit aux proportions géométriques d’un schéma, il peut se tracer ainsi :
Une croix renfermée dans l’étoile flamboyante. C’est le quaternaire qui trouve son expansion dans le quinaire ; c’est l’Esprit qui
se sous-multiplie pour descendreau cloaque delamatièreoù il s’embourbera pour un temps, mais son destin est de trouver dans son
avilissement même la révélation de sa personnalité et déjà — présage de salut — il sent, au dernier échelon de sa déchéance,
sourdre en lui la grande force de la Volonté. C’est le Verbe,
mn>, qui s’incarne et devient le Christ douloureux ou l’homme
corporel, jusqu’au jour où, assûmant avec lui sa nature
humaine régénérée, il rentrera dans sa gloire.
C’est là ce qu’exprime l’adepte Saint-Martin au premier tome
d 'Erreurs et Vérité , quand il enseigne que la chute de l'homme
provient de ce qu’il a interverti les feuillets du Grand Livre de la
Vie et substitué la cinquième page (celle de la corruption et de la
déchéance) à la quatrième (celle de l’immortalité et de l’entité spirituelle).
En additionnant le quaternaire crucial et le pentagramme étoilé,
l’on obtient 9, chiffre mystérieux dont l’explication détaillée nous
ferait sortir du cadre que nous nous sommes tracé. Nous avons
— 518 —
ailleurs (Lotus, tome II, n° 12, p. 327-328) détaillé fort au long et
démontré par un calcul de kabbale numérique, comme quoi 9 est
le nombre analytique de l'homme. Nous renvoyons le lecteur à
cette exposition...
Notons encore, — car tout se tient en Haute Science et les concordances analogiques sant absolues, — notons que dans les figures
sphériques de la Rose-Croix , la rose est traditionnellement formée
de neuf circonférences entrelacées, à l'instar des anneaux d’une
chaîne. Toujours le nombre analytique de l’homme : 9!
Une importante remarque et qui sera une confirmation nouvelle
de notre théorie. Il est évident, pour tous ceux qui possèdent quelques
notions ésotériques, que les quatre branches de la croix intérieure
(figurée par le Christ les bras étendus) doivent être marquées aux
lettres du tétragramme ; lod, hé , vau, hé. — Nous ne saurions revenir ici sur ce que nous avons dit ailleurs1 de la composition hiéroglyphique et grammaticale de ce mot sacré : les commentaires les
plus étendus et les plus complets se trouvent communément dans
les œuvres de tous les kabbalistes. (V, de préférence Rosenroth,
Kabbala clenudata; Lenain, la Science kabbalistique ; Fabre d’Olivet, Langue hébraïque restituée; Élipiias Levi, Dogme et Rituel,
Histoire de la magie, Clef des grands mystères, et Papus, Traité
élémentaire de la science occulte.) Mais considérons un instant l’hiérogramme Jeschua • de quels éléments se trouve-t-il composé? Chacun peut y voir le fameux tétragramme niH* écartelé
par le milieu rîVTV, puis ressoudé par la lettre hébraïque schin.
Or, rpm exprime ici Y Adam-Kadmôn, l’Homme dans sa synthèse
intégrale, en un mot, la divinité manifestée par son Verbe et figurant l’union féconde de l’Esprit et de l’Ame universels. Scinder ce
mot, c’est emblématiser la désintégration de son unité et la multiplication divisionnelle qui en résulte pour la génération des sousmultiples. Le schin IJ/, qui rejoint les deux tronçons, figure (Arcane 21 ou 0 du Tarot) le feu générateur et subtil, le véhicule de
la vie non différenciée, le Médiateur plastique universel dont le
rôle est d’effectuer les incarnations en permettant à l’Esprit de
descendre dans la matière, de la pénétrer, de l’évertuer, de l’éla4
1. Au seuil du mystère, 1 vol. gr. in-8, Carré, 1886, page 12. — Lotus,
tome II, n° 12, pages 321-347, passim...
.à
— 519 —
borer à sa guise enfin. Le V? en trait d’union aux deux parties du
tétragramme mutilé est donc le symbole de la chute et de la fixation, dans le monde élémentaire et matériel, de niH* désintégré
de son unité.
C’est enfin, dont l’addition au quaternaire verbal de la sorte
que nous avons dite, engendre le quinaire ou nombre de la
déchéance. Saint-Martin a très bien vu cela. Mais 5, qui est le
nombre de la chute, est aussi le nombre de la volonté, et la volonté
est l’instrument de la réintégration.
Les initiés savent comment la substitution de 5 à 4 n’est que
transitoirement désastreuse; comment, dans la fange où il se
vautre déchu, le sous-multiple humain apprend à conquérir une
personnalité vraiment libre et consciente. Félix culpa! De sa chute,
il se relève plus fort et plus grand ; c’est ainsi que le mal ne succède jamais au bien que temporairement et en vue de réaliser le
mieux!
Ce nombre 5 recèle les plus profonds arcanes ; mais force nous
est de faire halte ici, sous peine de nous trouver engagé dans d’interminables digressions. — Ce que nous avons dit du 4 et du 5
dans leurs rapports avec la Rose-Croix suffira aux Initiables. Nous
n’écrivons que pour eux.
★
* ¥
Disons quelques mots à cette heure des rayons, au nombre de
dix, qui percent la région des nuages ou d ’Atziluth. C’est le dénaire
de Pytliagore qu’on appelle en Kabbale émanation séphirotique.
Avant de présenter à nos lecteurs le plus lumineux classement des
Séphiroths kabbalistiques, nous tracerons un petit tableau des correspondances traditionnelles entre les dix séphires et les dix principaux noms donnés à la divinité par les théologiens hébreux : ces
noms, que Khunrath a gravés en cercles dans l’épanouissement de
la rose flamboyante, correspondent chacun à l’une des dix Séphires.
(Yoir le tableau à la page 521.)
Quant aux noms divins, après avoir donné leur traduction en
langage vulgaire, nous allons, aussi brièvement que possible,
déduire de l’examen hiéroglyphique de chacun d’eux, la signification ésotérique moyenne qui peut leur être attribuée :
rvntf, — Ce qui constitue l’essence immarcessible de l’Être
absolu où fermente la vie.
rp, — L’indissoluble union de l’Esprit et de l’Ame universels.
— 520 —
rm\ — Copulation des Principes mâle et femelle qui engendrent éternellement l’Univers-vivant. (Grand arcane du Verbe.)
b* . — Le déploiement de l’Unité-principe. — Sa diffusion dans
l’Espace et le Temps.
tdîi , — Dieu-les-dieux des géants ou des hommesdieux.
mba. — Dieu reflété dans l’un des dieux.
mtoymiT. — Le lod-hévê (voir plus haut) du septénaire ou
du triomphe.
mta? D>m\ — Dieu-les-dieux du septénaire ou du
triomphe.
*1127 ♦ — Le fécondateur, par la Lumière astrale en expansion
quaternisée, puis son retour au principe à jamais occulte d’où elle
émane. (Masculin de nîI27, la Fécondée, la Nature).
— La multiplication quaterne ou cubique de l’Unitéprincipe, pour la production du Devenir changeant sans cesse (le
7tavxa pet d Héraclite); puis l’occultation finale de l’objectif concret,
par le retour au subjectif potentiel.
-jbtD. — La Mort maternelle, grosse de la vie : loi fatale se
déployant dans tout l’Univers, et qui interrompt avec une force
soudaine son mouvement de perpétuel échange, chaque fois qu’un
être quelconque s’objective.
Tels sont ces hiérogrammes dans l’une de leurs significations
secrètes.
¥ *
Notons à cette heure que chacune des dix séphires (aspects du
Verbe) correspond, dans le pantacle de Khunrath, à l’un des
chœurs angéliques; idée sublime, quand on sait l’approfondir. Les
anges, en Kabbale, ne sont pas des êtres d’une essence particulière et immuable : tout vit, se meut et se transforme dans l’Univers-vivant ! En appliquant aux hiérarchies célestes la belle
comparaison par laquelle les auteurs du Zohar tâchent d’exprimer la nature des séphires, nous dirons que les chœurs angéliques sont comparables à des enveloppes transparentes et de
couleurs diverses, où viennent briller tour à tour d’une lumière
de plus en plus splendide et pure, les Esprits qui, définitivement
affranchis des formes temporelles, montent les suprêmes degrés
de l’échelle de Jacob, dont l’ineffable niH* occupe le sommet.
521
Dieu
des Armées.
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— 522 —
A chacun des chœurs angéliques, Khunrath fait correspondre
encore l’un des versets du décalogue : c’est comme si l’ange recteur
de chaque degré ouvrait la bouche pour promulguer l’un des préceptes de la loi divine. Mais ceci semble un peu arbitraire et moins
digne de fixer notre attention.
★
* *
Une idée plus profonde du théosophe de Leipzig est de faire sortir les lettres de l’alphabet hébreu de la nuée d’Aziluth criblée des
rayons séphirotiques. •
Faire naître des contrastes de la Lumière et des Ténèbres les
vingt-deux lettres de l’alphabet sacré hiéroglyphique, — lesquelles correspondent, comme on sait, aux vingt-deux arcanes de
la Doctrine absolue, traduits en pantacles dans les vingt-deux clefs
du Tarot samaritain, — n’est-ce pas condenser en une image frappante toute la doctrine du Livre de la Formation, Sepher-Yetzirah?
(rro> Ï5D). Ces emblèmes, en effet, tour à tour rayonnants et
lugubres, mystérieuses figures qui symbolisent si bien le F as et le
Nefas de l’éternel Destin, Henry Khunrath les fait naître de l’accouplement fécond de l’Ombre et de la Clarté, de l’Erreur et de la
Vérité, du Mal et du Bien, de l'Être et du Non-Être! Tels soudain
surgissent à l’horizon d’imprévus fantômes, au visage souriant ou
lugubre, splendide ou menaçant, quand sur l’amoncellement des
nuages denses et sombres, Phœbus, une fois encore vainqueur de
Python, darde ses flèches d’or.
* *
Le tableau que voici fournira, avec le sens réel des séphiroths,
les correspondances qu’établit la kabbale entre elles et les hiérarchies spirituelles :
523 —
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sont-ils inversés, comme l’image d’un objet qui se reflète à la surface d’un liquide.
Dans le monde moral, la Beauté (ou l’Harmonie ou la Rectitude)
équilibre les plateaux de la balance : la Miséricorde et la Justice.
Dans le monde astral, la Génération, instrument de la stabilité
des êtres, assure la Victoire sur la mort et le néant, en alimentant
V Eternité par l’intarissable succession des choses éphémères.
Enfin, Malkuth, le Royaume des formes, réalise en bas la synthèse totalisée, épanouie et parfaite des séphiroths, dont en haut
Kether, la Providence (ou la couronne) renferme la synthèse germinale et potentielle.
Bien des choses nous resteraient encore à dire de la Rose-Croix
symbolique de Henry Khunrath. Mais il faut nous borner.
Au demeurant, ce ne serait pas trop d’un livre entier pour le
développement logique et normal des matières que nous avons
cursivement indiquées en ces quelques notes; aussi le lecteur nous
trouvera-t-il fatalement trop abstrait et même obscur. Nous lui
présentons ici toutes nos excuses.
Peut-être, s’il prend la peine d’approfondir la kabbale à ses
sources mêmes, ne sera-t-il pas fâché de retrouver, au cours de cet
exposé massif et de si fatigante lecture, l’indication précise et
même l’explication en langage initiatique d’un nombre assez
notable d’arcanes transcendants.
Comme l’algèbre, la kabbale a ses équations et son vocabulaire
technique. Lecteur, c’est une langue à apprendre, dont la merveilleuse précision et l’emploi coutumier vous dédommageront assez
par la suite des efforts où votre esprit a pu se dépenser dans la
période de l’étude.
Stanislas de Guaita.
10
Cercle résumant l’enseignement de la Kabbale
(voir pages 557 et 566).
— 527 —
* +
§ 3
DÉRIVATION DES CANAUX
Voir le tableau pour les sept qu’ils joignent. Je n’indique ici que le
nom divin qu’ils désignent.
1
Dieu de l’Infinité
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Dieu de la Sagesse
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3
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Dieu de la Rétribution
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Dieu des Portes de Lumière
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Dieu de Dieu
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1
Dieu fondateur
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Dieu de la Foudre (fulgoris)
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Dieu de la Miséricorde
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Dieu de la Bonté
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Dieu principe
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Dieu immuable
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Dieu des 30 voies de la Sagesse
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13
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Dieu arcane
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14
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Dieu des 50 portes de la Lumière
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15
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Dieu foudroyant
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Dieu adjurant
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Dieu des discours
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Dieu de Justice
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Dieu du Droit
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Dieu tête
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12/
Dieu Sauveur
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22
n
Dieu fin de tout
n»n
Tous les noms ont la même terminaison rV. Leur signification
dépend uniquement de la lettre initiale et, par suite, peut servir à
établir la signification de la lettre initiale elle-même.
RÉSUMÉ
Il existe donc entre les nombres, les noms divins, les lettres et
les séphiroths d’étroits rapports \ Stanislas de Guaita vient d’en
énumérer quelques-uns ; les deux tableaux suivants, extraits l’un
de Kircher, l’autre du R. -P. Esprit Sabbatkier, vont développer
encore toutes ces concordances et résumer tout ce que nous avons
dit jusqu’ici. Nous plaçons ici une table générale montrant non
seulement les Séphiroths et les noms divins, mais encore la
Kabbale tout entière dans un coup d’œil d’ensemble.
TABLE DU DENAIKE K ABBALISTIQUE PAR KIRCHER
— o29 —
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Sagesse
Intelligence
Grandeur
Force
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Cherubim
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Membres mystiques
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Firmament
Saturne
Jupiter
Mars
Soleil
Vénus
Mercure
Lune
Membres
de l’homme
terrestre
Cerveau
Poumon
Cœur
Estomac
Foie
Fiel
Rate
Reins
Genitaires
CD
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0 PRÉCEPTES
de la Loi
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O
34
Nous avons promis de finir notre exposé en donnant les plans
des deux principaux traités qui ont été faits sur la question ; celui
de Kircher et celui de Lenain. Le lecteur comprendra maintenant
ces plans grâce à l’exposé qu’il vient de parcourir et il verra que
nous avons fait tous nos efforts pour résumer au mieux cette partie
de la kabbale hébraïque.
PLAN DK l’étude DE KIRCHER
Ch. 1. Les noms divins. — Les divisions de la kabbale.
-- 2. Histoire et origines de la kabbale.
— 3. Premier fondement de la kabbale. — L’alphabet, ordre
mystique de ses caractères.
-- 4. Les noms et surnoms de Dieu.
o. Les tables Zimph ou des combinaisons des alphabets
hébraïques.
— 6. Du nom de 72 lettres (Hin*).
- 7. Le nom tétragrammatique de l’antiquité.
— - 8. Très sainte théologie mystique des Hébreux. — Kabbale
des dix Séphiroths ou numérations divines.
— 9. Des diverses représentations des Séphiroths et de leurs
canaux, les 32 voies de la Sagesse.
— 10. Les 50 portes de l’Intelligence.
PLAN DE L’ÉTUDE DE LENAIN
Ch. 1. Du nom de Dieu et de ses attributs.
— 2. De l’origine des noms divins, leurs attributs et leur influence sur l’Univers. (Alphabet et sens des lettres.)
— 3. Explication des 72 attributs de Dieu et des 72 anges qui
dominent sur l’Univers.
— 4. Les 72 noms.
— 5. Explication du calendrier sacré.
— 6. Les influences des 72 génies, leurs attributs et leurs
mystères.
— 7. Les mystères (Kabbale pratique). Magie.
— o3.‘{ —
§ o. — LA PHILOSOPHIE DE LA KABBALE
l’ame d’après la kabbale
2". — La philosophie de la Kabbale.
La partie systématique de la Kabbale se trouve exposée dans le
paragraphe précédent. Il nous reste à parler de la partie philosophique.
Nous avons fait, lors de la réédition de l'excellent livre de
M. Ad. Franck, une critique de cet ouvrage dans laquelle nous
résumions de notre mieux les enseignements doctrinaux de la
Kabbale, en rattachant ces enseignements à quelques points de
science contemporaine, selon notre habitude.
Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ce travail en le
faisant suivre de la lettre que M. Franck nous adresse à ce propos.
Ensuite, pour bien indiquer la profondeur des données kabbalistiques en ce qui concerne l’homme et ses transformations et l'identité de ces données avec la tradition orientale, nous terminerons
ce paragraphe par une étude d’un kabbaliste allemand contemporain : Cari de Leiningen.
1
ANALYSE DU LIVRE DE M. FRANCK
la kabbale
I
M. Franck a fait de la Kabbale une étude très sérieuse et très
approfondie mais au point de vue particulier des philosophes conemporains et de la critique universitaire. Il nous faudra donc
résumer de notre mieux ses opinions à ce sujet; mais en mettant
à côté celles des kabbalistes contemporains connaissant plus ou
moins l’Esotérisme. Ces deux point* de vue quelque peu différents
ne peuvent qu’éclairer d’un jour tout nouveau une question si
importante en Science Occulte.
Ces considérations indiquent par elles-mêmes le plan que nous
suivrons dans cette étude. Nous résumerons successivement les
opinions de M. Franck sur la Kabbale elle-même, sur son antiquité
et sur ses enseignements en discutant 'chaque fois les conclusions
de cet auteur comparativement à celles des occultistes contemporains.
Nous devrons toutefois nous borner aux questions les plus générales, vu le cadre restreint dans lequel doit se développer notre
article,
Voyons d’abord le plan sur lequel est construit le livre de
M. Franck.
La méthode suivie dans sa disposition est remarquable par
la clarté avec laquelle des sujets si difficiles se présentent au
lecteur.
Trois parties, une introduction et un appendice forment la charpente de l’ouvrage.
L'introduction et la préface donnent une idée générale de la ']
Kabbale et de son histoire.
La première partie traite de l’antiquité de la Kabbale d’après ses
deux livres fondamentaux, le Sepher Jesirah et le Zohardont l’authenticité est admirablement discutée.
La seconde partie, la plus importante sans contredit, analyse les
doctrines contenues dans ces livres, base des études kabbalistiques.
Enfin la troisième partie étudie les rapprochements du système
philosophique de la Kabbale avec les écoles diverses qui peuvent
présenter avec elle quelque analogie.
L' appendice est consacré à deux sectes de Kabbalistes.
En résumé, toutes ces matières peuvent se renfermer dans les j
questions suivantes :
1° Qu’est-ce que la Kabbale et quelle est son antiquité?
2° Quels sont les enseignements de la Kabbale :
Sur Dieu;
Sur l'Homme;
Sur l' Univers ?
3° Quelle est l’influence de la Kabbale sur la philosophie à travers
les âges ?
11 nous faudrait un volume pour traiter comme il le mérite un
tel sujet; mais nous devons nous contenter de ce que nous avons
et nous borner aux indications strictement nécessaires à cet i
effet.
qu’est-ce que la kabbale et quelle est son antiquité ?
Se plaçant sur le terrain strict des faits établis sur une solide
érudition, M. Franck définit ainsi la Kabbale :
« Une doctrine qui a plus d’un point de ressemblance avec celles
de Platon et de Spinosa ; qui, par sa forme, s’élève quelquefois
jusqu’au ton majestueux de la poésie religieuse; qui a pris naissance sur la même terre et à peu près dans le même temps que le
christianisme ; qui, pendant uné’p'ériode de douze siècles, sansautre
preuve que l’hypothèse d’une antique tradition, sans autre mobile
apparent que le désir de pénétrer plus intimement dans le sens des
livres saints, s’est développée et propagée à l’ombre du plus profond mystère : voilà ce que l’on trouve, après qu’on lésa épurés de
tout alliage, dans les monuments originaux et dans les plus anciens
débris de la Kabbale. »
Sur la première partie de cette définition tous les occultistes sont
d’accord : la Kabbale constitue bien en effet une doctrine traditionnelle, ainsi que l’indique son nom même1.
Mais nous différons entièrement d’avis avec M. Franck sur la
question de l'origine de cette tradition.
Le critique universitaire ne peut s'écarter dans ses travaux de
certaines règles établies dont la principale consiste à n’appuyer
l’origine des doctrines qu’il étudie que sur les docuhnents bien
authentiques pour lui, sans s’occuper des affirmations plus ou
moins intéressées des partisans de la doctrine étudiée.
C’est la méthode suivie par M. Franck dans ses recherches historiques au sujet de la Kabbale. Il détermine au mieux l’origine
i. « Il paraît, au dire des plus fameux rabbins, que Moyse lui-même,
prévoyant le sort que son livre devait subir et les fausses interprétations
qu’on devait lui donner par la suite des temps, cul recours à une loi
orale, qu’il donna de vive voix à des hommes sûrs dont il avait éprouvé
la fidélité, et qu’il chargea de transmettre dans le secret du sanctuaire
à d’autres hommes qui, la transmettant à leur tour d’âge en âge, la fissent ainsi parvenir à la postérité la plus reculée. Cette loi orale que les
Juifs modernes se flattent encore de posséder se nomme Kabbale, d’un
mot hébreu qui signifie ce qui est reçu, ce qui vient d’ailleurs, ce qui
se passe de main en main. »
Fabre d’Olivet. Langue hébraïque restituée, p. dy.
— 536 —
des deux ouvrages fondamentaux de la doctrine : le Sepher Jesirah et le Zohar et infère de cette origine même celle de la Kabbale
tout entière.
Beaucoup de ces affirmations dogmatiques étant encore pour le
savant contemporain des porismes (problèmes à démontrer), nous
nous contentons de les poser, sans discussion, et nous allons
maintenant partir du point où en est arrivée la science officielle
comme origine de l’Humanité : Y Asie.
Toutes les traditions, celles des Bohémiens1 , des Francs1. Voy. la Kabbale des Bohémiens, n° 2 de Y Initiation.
Maçons' , des Egyptiens et des Kabbalisles1 2 3 4 , corroborées par la
Science officielle elle-même, sont d’accord pour considérer l'Inde
comme l’origine de nos connaissances philosophiques et religieuses.
Le mythe à' Abraham indique, ainsi que l’a montré Saint-Yves
d’Alveydre, le passage de la tradition indoue ou orientale en
Occident; et comme la Kabbale que nous possédons aujourd’hui
n’est autre chose que cette tradition adaptée à l’esprit occidental,
on comprend pourquoi le plus vieux livre kabbalistique connu, le
Sepher Jesirah , porte en tête la notice suivante :
LE LIVRE KABBALISTIQUE DE LA CRÉATION
EX HÉBREU, SEPHER JESIRAH
Par ABRAHAM
'transmis successivement oralement à ses fils; puis, vu le mauvais état fies
affaires d'Israël, confié par les sages de Jérusalem à des arcanes et à des
lettres du sens le plus caché 3.
Pour prouver la vérité de cette affirmation, il nous faudra donc
montrer les principes fondamentaux de la Kabbale et particulièrement les Séphiroths dans l’ésotérisme indou. Ce point qui a échappé
à M. Franck, nous permettra de poser l’origine de la filiation bien
au delà du premier siècle de notre ère. C’est ce que nous ferons
tout à l’heure.
Pour le moment, contentons-nous de dire quelques mots de
l’existence de cette tradition ésotérique dans l’antiquité, tradition
qui existe réellement malgré l’avis de Littré *, avis partagé en partie par un des auteurs du dictionnaire philosophique de
Ad. Franck3.
Chaque réformateur religieux ou philosophique de l’antiquité
divisait sa doctrine en deux parties : l’une voilée à l’usage de la
foule ou exotêrisme, l’autre claire à l’usage des initiés ou ésotérisme.
Sans vouloir parler des Orientaux, Bouddha, Confucius ou
1. Voy. Ragon, Orthodoxie Maçonnique.
2. Voy. Saint- Yves d’Afveydre, Mission des Juifs.
3. Papus, le Sepher Jesirah, p. ci.
4. Préface à la 3e édit, de Sdlverte (Sciences occultes),
3. Article Esotérisme .
Zoroastre, l’histoire nous montre Orphée dévoilant l’ésotérisme
aux initiés par la création des mystères, Moïse sélectant une tribu
de prêtres ou initiés, celle de Lévi, parmi lesquels il choisit ceux à
qui peut être confiée la tradition. Mais la transmission ésotérique
de cette tradition devient indiscutable vers l’an 550 avant notre
ère, avec Pythagore initié aux mêmes sources qu’Orphée et Moïse,
en Égypte.
Pythagore avait un enseignement secret basé principalement sur
les nombres, et les quelques bribes de cet enseignement que nous
ont transmises les alchimistes 1, nous montrent son identité abso’ue
avec la Kabbale dont il n’est qu’une traduction.
Cette tradition se perd d'autant moins parmi les disciples du
grand philosophe qu’ils vont se retremper à sa source originelle,
en Égypte, ou dans les mystères grecs. Tel est le cas de Socrate,
de Platon et d’Aristote.
La lettre d’Alexandre le Grand adressée à son maître et l’accusant d’avoir dévoilé renseignement ésotérique, prouve que cet
enseignement traditionnel et oral subsistait toujours à cette
époque.
Nous en retrouverons encore mention dans Plutarque quand il
dit que les serments scellent ses lèvres et qu'il ne peut parler; enfin
il est inutile d’allonger notre travail de toutes les citations que
nous pourrions encore faire, ces détails, sont assez connus des
occultistes pour qu’il ne soit pas nécessaire d'insister davantage.
Signalons en dernier lieu l’existence de cette tradition orale
dans le christianisme alors que Jésus dévoile à ses disciples seuls
le véritable sens des paraboles dans le discours sur la montagne et
qu’il confie le secret total de la tradition ésotérique à son disciple
favori, saint Jean.
L’ Apocalypse est entièrement kabbalistique et représente le véritable ésotérisme chrétien.
L’antiquité de cette tradition ne peut donc faire aucun doute et
la Kabbale est bien plus ancienne que l’époque que lui assigne
M. Franck, du moins pour nous autres, occultistes occidentaux. En
outre, elle a pris naissance sur une terre très éloignée de celle où
est né le christianisme ainsi que nous le montreront les Séphiroths
indous.
Mais il est temps d’arrêter là le développement de notre première question et de dire quelques mots des enseignements de la
Kabbale.
!. Voy, Jean Dée, Monas hieroglyphicu in Theatruin Chemicum,
— 540 —
ENSEIGNEMENTS DE LA KABBALE
On peut faire à M. Franck quelques critiques au sujet de la
manière dont il présente les enseignements de la Kabbale. En
effet, si les données kabbalistiques sur chaque sujet particulier sont
analysées avec une science merveilleuse, aucun renseignement
n’est fourni sur l’ensemble du système considéré synthétiquement.
Par exemple, après avoir lu le chapitre iv, intitulé: Opinions des
Kabbalistes sur le Monde, le lecteur connaît certains points de la
tradition concernant les Anges, l’Astrologie, l’unité de Dieu et de
l'Univers; mais il est impossible de se faire, d’après ces données,
une idée générale de la constitution du Cosmos.
Nous allons nous efforcer de présenter à nos lecteurs un résumé
aussi clair que possible de ces traditions kabbalistiques, si bien
analysées d’ailleurs par notre auteur. Pour être compréhensible
dans des sujets aussi ardus, nous partirons dans notre analyse de
l’étude de l’Homme, plus facilement appréciable pour la généralité des intelligences et nous n’aborderons qu’en dernier lieu les
données métaphysiques sur Dieu.
1" Enseignements de In Kabbale sur l'Homme.
La Kabbale enseigne tout d’abord que l'homme représente exactement en lui la constitution de l’Univers tout entier. De là le nom
de Microcosme ou Petit Monde donné à l’homme en opposition au
nom Macrocosme ou Grand Monde donné à l’Univers.
Quand on dit que l’Homme est l’image de l’Univers, cela ne veut
pas dire que l’Univers soit un animal vertébré. C’est des principes
constitutifs, analogues et non semblables , qu’on veut parler.
Ainsi des cellules de formes et de constitution très variées se
groupent chez l’Homme pour former des organes, comme l’estomac, le foie, le cœur, le cerveau, etc... Ces organes se groupent
également entre eux pour former des appareils qui donnent naissance à des fonctions. (Groupement des poumons, du cœur, des
artères et des veines pour former l 'appareil de la circulation ,
groupement des lobes cérébraux, de la moelle, des nerfs sensitifs
et des nerfs moteurs pour former l 'appareil de l' innervation, etc.).
Eh bien, d’après la méthode de la Science Occulte : l'analogie,
les objets qui suivront la même loi dans l’Univers seront analogues aux organes et aux appareils dans l'Homme. La Nature nous
montre des êtres, de formes et de constitution très variées (êtres
minéraux, êtres végétaux, êtres animaux, etc.,) se groupant pour
former des planètes. Ces planètes se groupent entre elles pour
former des systèmes solaires. Le jeu des Planètes et de leurs satellites donne naissance à la Vie de l'Univers comme le jeu des
organes donne naissance à la Vie de l'Homme. L'organe et les Planètes sont donc deux êtres analogues, c'est-à-dire agissant d’après
la même loi ; cependant Dieu sait si le Cœur et le Soleil sont des
formes différentes ! Ces exemples nous montrent l’application des
données kabbalistiques à nos sciences exactes, ils font partie d’un
travail d’ensemble en cours d’exécution depuis bientôt cinq ans et
qui n’est pas près d’être terminé. Aussi bornons là ces développements sur l’analogie et revenons à la constitution du Microcosme,
maintenant que nous savons pourquoi l’Homme est appelé ainsi.
La Kabbale considère la Matière comme une adjonction créée
postérieurement à tous les êtres, à cause de la chute adamique.
Jacob Boehm et Saint-Martin ont suffisamment développé cette
idée parmi les philosophes contemporains pour qu’il soit inutile
de s’y attarder trop longtemps. Cependant il fallait établir ce fait
pour expliquer pourquoi dans la constitution de l’Homme aucun
des trois principes énoncés ne représente la matière de notre corps.
L’Homme, d’après les Kabbalistes, est composé de trois éléments
essentiels :
1° Un élément inférieur, qui n’est pas le corps matériel puisque
essentiellement la matière n’existait pas, mais qui est le principe
déterminant la forme matérielle :
NEPHESCH.
2° Un élément supérieur , étincelle divine, l’âme de tous les idéalistes, l’esprit des occultistes :
NESCHAMAH.
Ces deux éléments sont entre eux comme l’huile et . l’eau. Ils sont
d’essence tellement différente qu’ils ne pourraient jamais entrer
en rapports l’un avec l’autre, sans un troisième terme, participant
de leurs deux natures et les unissant c
i. Comme en chimie les carbonates alcalins unissent l’huile et l’eau
par la saponification.
3° Ce troisième élément, médiateur entre les deux précédents,
c’ëst la vie des savants, 1’eôprit des philosophes, l’àme des occultistes :
RUA II.
Nephesch, Ruah et Neschamah sont les trois principes essentiels ,
les termes ultimes auxquels aboutit l’analyse, mais chacun de ces
éléments est lui -môme composé de plusieurs parties. Ils correspondent à peu près à ce que les savants modernes désignent par :
Le Corps, la Vie, la Volonté.
Ces trois éléments se synthétisent cependant dans limité de l'être ,
si bien qu'on peut représenter l'homme schématiquement par trois
points (les trois éléments ci-dessus) enveloppés dans un cercle
ainsi :
Maintenant que nous connaissons l’opinion des Ivabbalistes sur
la constitution de l’Homme, disons quelques mots de ce qu'ils pensent des deux points suivants : T)’où vient-il? Où va-t-il ?
M. Franck développe très bien ces deux points importants.
L Homme vient de Dieu et y retourne. Il nous faut donc considérer
trois phases principales dans cette évolution :
1° Le point de Départ;
2° Le point d’ Arrivée ;
3° Ce qui se passe entre le Départ et l'Arrivée.
1° Départ. — La Kabbale enseigne toujours la doctrine de l'Émanation. L’homme est donc émané primitivement de Dieu à l'état
d'Esprit pur. A l'image de Dieu constitué en Force et Intelligence
(Chocmah et Binah) c’est-à-dire en positif et négatif, il est constitué en mâle et femelle, Adam-Eve, formant à l’origine un seul être.
Sous l’influence de la chute 1 deux phénomènes se produisent :
1. Le cadre trop restreint de notre étude ne nous permet pas d’approfondir ces données métaphysiques et de les analyser scientifiquement.
Voy. pour plus de détails, le Caïn de Fabre d'Olivet.
t° La division de l’être unique en une série d’êtreS-androgynes
Adams-Eves ;
2° La matérialisation et la subdivision de chacun de ces êtres
androgynes en deux êtres matériels et de sexes séparés, un homme
et une femme. C’est l’état terrestre.
Il faut cependant remarquer, ainsi que nous l’enseigne le Tarot,
que chaque homme et chaque femme contiennent en eux une
image de leur unité primitive. Le cerveau est Adam, le Cœur est
Eve en chacun de nous. _
2° Transition du Départ à l'Arrivée. — L'homme matérialisé et
soumis à l'influence des passions doij, volontairement et librement
retrouver son état primitif; il doit recréer son immortalité perdue.
Pour cela il se réincarnera autant de fois qu’il le faudra jusqu’à Ce
qu’il ait su se racheter par la force universelle et toute-puissante
entre toutes : l’Amour.
La Kabbale, à l’image des centres indous d’où nous vient le
mouvement néo-bouddiste, enseigne donc la réincarnation et par
suite la préexistence, ainsi que le remarque M. Franck ; mais elle
s’écarte totalement des conclusions théosophiques indoues sur
le moyen du rachat et nous ne pouvons ici que reproduire l’avis
d’un des occultistes les plus instruits que possède la France :
F. Ch. Barlet.
« S’il m’est permis de hasarder ici une opinion personnelle, je
dirai que les doctrines hindoues me semblent plus vraies au point
de vue métaphysique , abstrait, les doctrines chrétiennes au point
de vue moral, sentimental, concret: le Christianisme, le Zohar, la
Kabbale, dans leur admirable symbolisme laissent plus d’incertitude, de vague dans l’intelligence philosophique (par exemple,
quand ils représentent la chute comme source du mal, sans définir
ni l’un ni l’autre, car cette définition donnerait un tout autre tour
intellectuel à la question).
« Mais ce Panthéisme indien, qu’il soit matérialiste comme dans
l’école du Sud, ou idéaliste comme dans celle du Nord, arrive à
négliger, à méconnaître, à repousser même tout sentiment et spécialement Y Amour avec toute son immense portée mystique, occulte.
« L’un ne parle qu’à l’intelligence, l’autre ne parle qu’à l’âme.
<> On ne peut donc posséder complètement la doctrine théosophique qu’en interprétant le symbolisme de l’un par la métaphysique de l'autre. Alors et alors seulement les deux pôles ainsi animés l’un par l’autre font resplendir, par les splendeurs du monde
divin, l’incroyable richesse du langage symbolique, seul capable
de rendre pour l’homme les palpitations de la Vie absolue ! >>
— 544 —
3° Arrivée. — L’homme doit donc constituer d’abord son androgvnat primitif pour réformer synthétiquement l'être premier provenant de la division du grand Adam-Eve.
Ces êtres androgynes reconstitués doivent, à leur tour, se synthétiser entre eux jusqu’à s’identifier à leur origine première :
Dieu. La Kabbale enseigne donc, aussi bien que l’Inde, la théorie
de l’in vol ution et de l’évolution et le retour final au Nirvana.
Malgré mon désir de ne pas allonger ce résumé par des citations,
je ne puis résister ici au plaisir de citer d’après M. Franck (p. 1 89^
un passage très explicatif:
« Parmi les différents degrés de l’existence (qu’on appelle aussi
les sept tabernacles), il y en a un, désigné sous le titre de saint des
saints, où toutes les âmes vont se réunir à l’âme suprême et se
compléter les unes par les autres. Là tout rentre dans l’unité et
dans la perfection, tout se confond dans une seule pensée qui
s’étend sur l’univers et le remplit entièrement ; mais le fond de
cette pensée, la lumière qui se cache en elle ne peut jamais être ni
saisie, ni connue, on ne saisit que la pensée qui en émane. Enfin,
dans cet état, la créature ne peut plus se distinguer du créateur ;
la même pensée les éclaire, la même volonté les anime ; l’âme
aussi bien que Dieu commande à l’Univers, et ce qu’elle ordonne,
Dieu l’exécute. »
En résumé, toutes ces données métaphysiques sur la chute et la
réhabilitation se réduisent exactement à des lois que nous voyons
chaque jour en action expérimentalement, lois qui peuvent s’énoncer à trois termes :
1. Unité.
II. Départ de l’Unité. Multiplicité.
III. Retour à l’Unité.
Edgar Poe dans son Eurêka a fait une application de ces lois
à l’Astronomie. Si nous avions la place nécessaire nous pourrions
les appliquer aussi bien à la Physique et à la Chimie expérimentale, mais notre étude est déjà fort longue et il est grand temps
d’en venir à l’opinion des Kabbalistes sur l’Univers.
— 545 —
2° Enseignements de la Kabbale sur V Univers.
Nous avons vu que les Planètes formaient les organes de l’Univers et que de leur jeu résultait la vie de cet Univers.
Chez l’homme la vie s’entretient par le courant sanguin qui
baigne tous les organes, répare leur perte et entraîne les éléments
inutiles.
Dans l’Univers la vie s’entretienL-par les courants de lumière
qui baignent toutes les planètes et y répandent à flots les principes
de génération .
Mais, dans l’homme, chacun des globules sanguins, récepteur et
transmetteur de la vie, est un être véritable, constitué à l'image
de l’homme lui-même. Le courant vital humain contient donc des
êtres en nombre infini.
Il en est de même des courants de lumière et telle est l’origine
des anges , des forces personnifiées de la Kabbale et aussi de toute
une partie de la tradition que M. Franck n’a pas abordée dans son
livre : la Kabbale pratique.
La Kabbale pratique comprend l’étude de ces êtres invisibles,
récepteurs et transmetteurs de la Yie de l’Univers, contenus dans
les courants de lumière. Les Kabbalistes s’efforcent d’agir sur ces
êtres et de connaître leurs pouvoirs respectifs; de là toutes les données d’Astrologie, de Démonologie, de Magie contenues dans la
Kabbale.
Mais dans l’Homme la force vitale transmise par le sang et ses
canaux n’est pas la seule qui existe. Au-dessus de cette force et la
dirigeant dans sa marche, il en existe une autre : c’est la force
nerveuse.
Le fluide nerveux, qu’il agisse à l’insu de la conscience de l’individu dans le système de la Yie Organique (Grand-Sympathique,
Corps Astral des Occultistes) ou qu’il agisse consciemment par la
Volonté (cerveau et nerfs rachidiens), domine toujours les phénomènes vitaux.
Ce fluide nerveux n’est pas porté, comme la Vie, par des êtres
particuliers (globules sanguins). Il part d’un être situé dans une
retraite mystérieuse (la cellule nerveuse) et aboutie à un centre de
réception. Entre celui qui ordonne et celui qui reçoit il n’y a rien
qu’un canal conducteur.
Dans l’Univers il en est de même d’après la Kabbale. Au-dessus
ou plutôt au dedans de ces courants de lumière, il existe un fluide
mystérieux indépendant des êtres créateurs de la Nature comme
35
— 546 —
la force nerveuse est indépendante des globules sanguins. Ce fluide
est directement émané de Dieu, bien plus, il est le corps même de
Dieu. C’est Y esprit de l'Univers
L’Univers nous apparaît donc constitué comm.e l’Homme :
1° D 'un Corps. Les Astres et ce qu’ils contiennent ;
2° D'une Vie . Les courants de lumière baignant les astres et
contenant les Forces actives de la Nature, les Anges ;
3° D 'une Volonté directrice se transmettant partout au moyen du
fluide invisible aux sens matériels, appelé par les Occultistes:
Magnétisme Universel, et par les Kabbalistes Aour Ylfct, c’est l’Or
des Alchimistes, la cause de l’Attraction universelle ou Amour des
Astres.
Disons de plus que l'Univers, comme l’Homme, est soumis à une
involution et à une évolution périodiques et qu’il doit finalement
être réintégré dans son origine : Dieu, comme l’Homme.
Pour terminer ce résumé sur l’Univers, montrons comment Barlet arrive par d’autres voies aux conclusions de la Kabbale à ce
sujet :
Nos sciences positives donnent pour dernière formule du monde
sensible :
Pas de matière sans force ; pas de force sans matière.
Formule incontestable, mais incomplète, si l’on n’y ajoute le commentaire suivant :
1° La combinaison de ce que nous nommons Force et Matière se
présente en toutes proportions depuis ce que l’on pourrait appeler
la Force matérialisée (la roche, le minéral, le corps chimique
simple) jusqu’à la Matière subtilisée ou Matière Force (le grain de
pollen, le spermatozoïde, l’atome électrique) ; la Matière et la Force,
bien que nous ne puissions les isoler, s’offrent donc comme les
limites mathématiques extrêmes et opposées (ou de signes contraires) d’une série dont nous ne voyons que quelques termes
moyens ; limites abstraites mais indubitables ;
2° Les termes de cette série, c’est-à-dire les individus de la nature,
ne sont jamais stables ; la Force , dont la mobilité infinie est le
caractère, entraîne comme à travers un courant continuel d’un
pôle à l’autre la matière essentiellement inerte qui s’accuse par un
contre-courant de retour. C’est ainsi, par exemple, qu’un atome
de phosphore emprunté par le végétal aux phosphates minéraux
deviendra l’élément d’une cellule cérébrale humaine (matière subtilisée) pour retomber par désintégration dans le règne minéral
inerte.
3° Le mouvement, résultat de cet équilibre instable, n’est pas
— 547 —
désordonné ; il offre une série d’harmonies enchaînées que nous
appelons Lois et qui se synthétisent à nos yeux dans la loi suprême
de Y Évolution.
La conclusion s’impose : Cette synthèse harmonieuse de phénomènes est la manifestation évidente de ce que nous nommons une
Volonté.
Donc, d’après la science positive, le monde sensible est l’expresj sion d’une volonté qui se manifeste par l’équilibre instable, mais
progressif de la Force et de la Matière.
Il se traduit par ce quaternaire :
I. Volonté (source simple)
111. Force (Éléments de la Volonté polarisés) - —
II. Matière — IV. Le Monde Sensible
(Résultat de leur équilibre instable, dynamique)1.
3° Enseignement de la Kabbale sur Dieu.
L’Homme est fait à l’image de l’Univers, mais l'Homme et l’Univers sont faits à l’image de Dieu.
Dieu en lui-même est inconnaissable pour l’Homme, c’est ce que
proclament aussi bien les Kabbalistes par leurs Ain-Soph que les
Indous par leur Parabrahm. Mais il est susceptible d’être compris
dans ses manifestations.
La première manifestation Divine, celle par laquelle Dieu créant
le principe de la Réalité crée par là même éternellement sa propre
immortalité : c’est la Trinité 2.
Cette Trinité première, prototype de toutes les lois naturelles,
formule scientifique absolue autant que principe religieux fondamental, se retrouve chez tous les peuples et dans tous les cultes
plus ou moins altérée.
Que ce soit le Soleil, la Lune et la Terre; Brahma, Vichnou,
Siva ; Osiris-Isis, Horus ou Osiris, Ammon, Phta ; Jupiter, Junon,
Vulcain ; le Père, le Fils, le Saint-Esprit , toujours elle apparaît
identiquement constituée.
La Kabbale la désigne par les trois noms suivants :
Chocmah, Binaii,
Kether.
1. F. -Ch. Barlet, Initiation.
2. Voy. Wronski, Apodictique Messianique ; ou Papus, le Tarot où le
passage de Wronski est cité in extenso.
— 548
Ces trois noms forment la première trinilé des Dix Sephiroth ou
Numérations.
Ces dix Sephiroth expriment les attributs de Dieu. Nous allons
voir leur constitution.
Si nous nous rappelons que l’Univers et l’Homme sont chacun
composés essentiellement d’un Corps, d’une Ame ou Médiateur et
d’un Esprit, nous serons amenés à rechercher la source de ces principes en Dieu même.
Or les trois éléments ci-dessus énoncés: Kether, Chocmah et
Binah représentent bien Dieu ; mais comme la conscience représente à elle seule l’homme tout entier, en un mot ces trois principes constituent l’analyse de Y esprit de Dieu.
Quelle est donc la Vie de Dieu ?
La Vie de Dieu c’est le ternaire que nous avons étudié tout
d’abord, le ternaire constituant l’Humanité, dans ses deux pôles,
Adam et Ève.
Enfin le Corps de Dieu est constitué par cet Univers dans sa
ti’iple manifestation.
En somme, si nous réunissons tous ces éléments no us obtiendrons
la définition suivante de Dieu :
Dieu est inconnaissable dans son essence , mais il est connaissable
dans ses manifestations.
L' Unvüters constitue son corps, Adam-Eve constitue son ame, et
Dieu lui-même dans sa double polarisation constitue son esprit,
ceci est indiqué par la figure suivante :
/
— 549 —
— oo +
Esprit de Kether
Dieu Binah Chocmah
Monde Divin
Le Père,
Brahma
Ame de Ève Adam
Dieu Adam -Ève
Humanité
Monde Humain
Le Fil",
VlCH NOü
Corps de La Nature La Nature
Dieu Naturée Naturante
L'Univers 1
Monde Naturel
Le St-Esprit,
S I V A
Ces trois ternaires, tonalisés dans l’Unité, forment les Dix
Sephiroth.
Ou plutôt ils sont l’image des Dix Sephiroth qui représentent le
développement des trois principes premiers de la Divinité dans tous
ses attributs.
Ainsi Dieu, l’Homme et l’Univers sont bien constitués en dernière
'analyse par trois termes; mais dans le développement de tous leurs
attributs ils sont composés chacun de Dix termes ou d 'Un ternaire
ayant acquis son développement dans le Septénaire (3 -f- 7 — 10).
Les Dix Sephiroth de la Kabbale peuvent donc être prises dans
plusieurs acceptions :
1° Elles peuvent être considérées comme représentant Dieu,
l’Homme et l’Univers, c’est-à-dire l’Esprit, l’Ame et le Corps de
Dieu ;
2° Elles peuvent être considérées comme exprimant le développement de l’un quelconque de ces trois grands principes.
C’est de la confusion entre ces diverses acceptions que naissent
les obscurités apparentes et les prétendues contradictions des Kabbalistes au sujet des Sephiroth. Un peu d’attention suffît pour discerner la vérité de l’erreur.
On trouvera des détails nombreux sur ces Sephiroth dans le
1. Celte figure est tirée du Tarot des Bohémiens, par Papus, où l’on
trouvera des explications complémentaires.
— 550
livre de M. Franck (chap. ni), mais surtout dans le remarquable
travail kabbalistique publié par Stanislas de Guaita dans le n°6 de
F Initiation (p. 210-217). Le manque de place nous oblige à renvoyer
le lecteur à ces sources importantes.
Il ne faudrait pas croire cependant que cette conception d’un
ternaire se développant dans un septénaire fût particulière à la Kabbale. Nous retrouvons la même idée dans l’Inde dès la plus haute
antiquité, ce qui est une preuve importante de l’ancienneté de la
tradition kabbalistique.
Pour étudier ces Sephiroth indous, il ne faut pas s’en tenir uniquement aux enseignements transmis dans ces dernières années par
la Société Théosophique. Ces enseignements manquent en efi'et
presque toujours de méthode et, s’ils sont lumineux sur certains
points de détail, ils sont en échange fort obscurs dès qu’il s’agit de
présenter une synthèse bien assise dans toutes ses parties. Les ,
auteurs qui ont essayé d’introduire de la méthode dans la doctrine
théosophique, Sovbba-Rao, Sinnet et le Dr Harttmann, n’ont pu
aborder que des questions fort générales quoique très intéressantes
et leurs œuvres, pas plus que celles de ilfme H. P. Blavatsky, ne
fournissent des éléments suffisants pour établir les rapports entfe
les Sephiroth delà Kabbale et les doctrines indoues.
Le meilleur travail, à notre avis, sur la Théogonie occulte de
l’Inde a été fait en Allemagne vers 1840 1 par le D r Jean Malfatti
de Montereggio. Cet auteur est parvenu à retrouver l’Organon mystique des anciens Indiens et par là-même à tenir la clef du Pythagorisme et de la Kabbale elle-même. Il arrive ainsi à reconstituer une
synthèse véritable , alliance de la Science et de la Foi, qu’il désigne
sous le nom de Mathèse.
Or voici, d’après cet auteur, la constitution de la décade divine
(p. 18):
« Le premier acte (encore en soi) de révélation de Brahm fut
celui de la Trimurti, trinité métaphysique des forces divines (procédant à l’acte créateur) de la création, de la conservation, et delà
destruction (du changement) qui sous le nom de Brahma, Wishnou
et Schiwa ont été personnifiées et regardées comme étant dans un
accouplement intérieur mystique (e circulo triadicus Deus egreditur ).
1. La date de cet ouvrage indique l’orthographe des noms indous employés par l’auteur. Cette orthographe s’est modifiée aujourd’hui.
« Cette première Trimurti divine passe alors dans une révélation
extérieure, et dans celle des sept puissances précréatrices, ou dans
celle du premier développement métaphysique septuple personnifié
par les allégories de Maïa , Oum, Haranguerbehcih, Porsh, Pradiapat, Prakrat et Pran. »
Chacun de ces dix principes est analysé dans ses acceptions et
dans ses rapports avec les nombres pythagoriciens. De plus,
l’auteur examine et analyse dix statues symboliques indiennes qui
représentent chacune un de ces principes. L’antiquité de ces symboles prouve assez l’antiquité de la tradition elle-même.
Nous ne pouvons que résumer pour aujourd’hui les rapports des
Sephiroth indous et kabbalistiques avec les nombres. Peut-être
ferons-nous bientôt une élude spéciale sur un sujet si important.
Un rapprochement bien intéressant peut encore être fait entre la
trinité alphabétique du Sepher Jesirah EMeS et la trinité
alphabétique indoue AUM. Mais ces sujets demandent un trop
grand développement pour être traités dans ce résumé.
SEPHIROTH
KABBALISTIQUES
NOMBRES
SEPHIROTH
IN DO U S
Kether
1
Brahma.
Chocmah. .
2
Vichnou.
Binah
3
Siva.
Chesed. . .
4
Maïa.
Geburah
0
Oum.
Tiphereth
6
Haranguerbehah.
Hod
7
Porsch.
Netzah
8
Pradiapal.
Iesod
9
Prakra t.
Malchut
dO
Pran.
Une dernière considération qu’on peut faire est tirée de cette
définition de Dieu donnée ci-dessus, définition corroborée par les
enseignements du Tarot qui représente la Kabbale égyptienne.
La philosophie matérialiste étudie le corps de Dieu ou l’Univers
et adore à son insu la manifestation inférieure de la divinité dans le
Cosmos : le Destin.
C’est en effet au Hasard que le matérialisme attribue le groupement primitif des atomes, proclamant ainsi, quoique athée, un principe créateur.
— 552 —
La philosophie panthéiste étudie la vie de Dieu ou cet être collectif appelé par la Kabbale Adam-Ève 1 (HliT)- C’est l'humanité qui
s’adore elle-même dans un de ses membres constituants.
Les Théistes et les Religions étudient surtout Y Esprit de Dieu. De
là leurs discussions subtiles sur les trois personnes et leurs manifestations.
Mais la Kabbale est au-dessus de chacune de ces croyances philosophiques ou religieuses. Elle synthétise le Matérialisme, le Panthéisme et le Théisme dans un même total dont elle analyse les
parties sans cependant pouvoir définir cet ensemble autrement que
par la formule mystérieuse de Wronski :
X.
III
INFLUENCE DE LA KABBALE SUR LA PHILOSOPHIE
Cette partie du livre de M. Franck est forcément très remarquable. La profonde érudition de Fauteur ne pouvait manquer de
lui fournir de précieuses sources et des rapprochements instructifs
et nombreux au sujet de l’influence de la Kabbale dans les systèmes
philosophiques postérieurs.
La doctrine de Platon est d’abord envisagée à ce point de vue.
Après quelques points de contact, M. Franck conclut à l’impossibilité de la création de la Kabbale par des disciples de Platon. Mais
le contraire ne serait-il pas possible?
Si, ainsi que nous lavons dit à propos de l’antiquité de la tradition, la Kabbale n’est que la traduction hébraïque de ces vérités
traditionnelles enseignées dans tous les temples et surtout en
Égypte, qu’y a-t-il d'impossible à ce que Platon ne se soit fortement inspiré non pas de la Kabbale elle-même, telle que nous la
connaissons aujourd’hui, mais de cette philosophie primordiale
origine de la Kabbale?
Qu’allaient donc faire tous ces philosophes grecs en Égypte et
qu’apprenaient-ils dans l’Initiation aux mystères d’Isi s ? C’est là un
point que la critique universitaire devrait bien éclaircir.
Imbu de son idée de l’origine de la Kabbale au commencement
t. Voy. à ce sujet le travail de Stanislas de Guaita dans le Lotus et
Louis Lucas, Chimie nouvelle, Introduction.
- 553 —
de l’ère chrétienne, M. Franck compare avec la tradition la philosophie néo-platonicienne d.' Alexandrie, et conclut que ces doctrines
sont sœurs et émanées d'une même origine.
L’étude de la doctrine de Philon , dans ses rapports avec la Kabbale, ne montre pas non plus l'origine de la tradition (chap. m).
Le Gnosticisme, analysé dans le chapitre suivant, présente de
remarquables similitudes avec la Kabbale, mais n’en peut être non
plus l’origine.
C’est la religion des Perses qui est pour M. Franck le rara avis
tant cherché, le point de départ de la doctrine kabbalistique.
Or, il suffit de parcourir le chapitre ix d'un livre trop peu connu
de nos savants : la Mission des Juifs de Saint-Yves d’Alveydre pour
y trouver résumée au mieux l’application de la tradition ésotérique
aux divers cultes antiques, y compris celui de Zoroastre. Mais ce
sont là des points d’histoire qui ne seront universitairement connus
que dans quelque vingt ans, aussi attendons-nous avec patience cette
époque.
Nous avons dit déjà l’opinion des occultistes contemporains sur
l’origine de la Kabbale. Inutile donc d’y revenir.
Rappelons seulement l’influence de la tradition ésotérique sur
Orphée, Pytbagore, Platon, Aristote et toute la philosophie grecque d’une part, sur Moïse, Ézéchiel et les prophètes hébreux de
l’autre, sans compter l’école d’Alexandrie, les sectes gnostiques et
le christianisme ésotérique dévoilée dans V Apocalypse de saint
Jean ; rappelons tout cela, et disons rapidement quelques mots de
l’influence qu’a pu exercer la tradition sur la philosophie moderne.
Les Alchimistes, les Rose-Croix et les Templiers sont trop connus
comme kabbalistespour en parler autrement. Il suffît à ce propos
de signaler la grande réforme philosophique produite par VArs
Magna de Raymond Lulle.
Spinosa a beaucoup étudié la Kabbale, et son système se ressent
au plus haut point de cette étude, ainsi que du reste l’a fort bien
vu M. Franck.
Un point d’histoire moins connu, c’est que Leibniz a été initié
aux traditions ésotériques par Mercure Yan Helmont, le fils du
célèbre occultiste, savant remarquable lui-même. L’auteur de la
Monadologie a été aussi en rapports très suivis avec les Rose-Croix.
La philosophie allemande touche du reste par bien des points à
la Science Occulte, c’est un fait connu de tous les critiques.
Signalons en dernier lieu la Franc-Maçonnerie qui possède encore
de nombreuses données kabbalistiques.
— 554
CONCLUSION
Nous avons voulu, tout en analysant l'œuvre remarquable et
désormais indispensable de M. Franck, résumer chemin faisant
l’opinion des Kabbalistes contemporains sur cette importante
question.
Nous ne différons d’opinion avec M. Franck que sur l’origine de
cette tradition. Les savants contemporains ont une tendance à
placer au second siècle de notre être le point de départ de la Science
Occulte dans toutes ses branches. C’est l’avis de notre auteur au
sujet de la Kabbale, c’est aussi l’avis d’un autre savant éminent,
M. Berthelot, au sujet de l’alchimie1 2. Ces opinions viennent de la
difficulté qu’éprouvent les critiques autorisés à consulter les sources
véritables de l’Occultisme. Un symbole n’est pas considéré comme
une preuve de la valeur d’un manuscrit; mais prenons patience et
l’une des plus intéressantes branches de la Science, l’Archéologie,
fournira bientôt de précieuses indications dans cette voie aux chercheurs sérieux. •
Quoi qu'on en dise, l’Occultisme a bien besoin d’être un peu
étudié par nos savants; ceux-ci apportent dans cette étude leurs
préjugés, leurs convictions toutes faites; mais ils apportent aussi
des qualités bien rares et bien précieuses : leur érudition et leur
amour de la méthode.
Il est désolant pour les chercheurs consciencieux de constater
l’ignorance étrange que beaucoup de partisans de la Science Occulte
ont de nos sciences exactes. Il faut cependant mettre hors de cause
à ce sujet les Kabbalistes contemporains comme Stanislas de
Guaita, Joséphin Péladan, Albert Jhouney. La Science Occulte ne
forme que le degré synthétique, métaphysique de notre science
positive et ne peut vivre sans son appui, ainsi que l’a montré, dans
le n° 8 de Y Initiation* , un savant doublé d’un remarquable occultiste, M. F. Ch. Barlet.
La réédition du livre de M. Franck constitue donc un véritable
événement pour la révélation des doctrines qui nous sont chères à
tous, et nous ne pouvons que remercier bien vivement l’auteur du
courage et de la patience qu’il a déployés dans l’étude de si arides
1. Berthelot, Des Origines de l'Alcliimie , 1886, in-8°.
2. Cours méthodique de' Science Occulte.
— 555 —
sujets, tout en conseillant fortement à tous nos lecteurs de réserver
une place dans leur bibliothèque à la Kabbale de Ad. Franck, qui
est un des livres fondamentaux de la Science Occulte.
LETTRE DE M. AD. FRANCK, DE L’INSTITUT
A Monsieur Papus, directeur de T Initiation .
Monsieur,
Je vous suis très reconnaissant de la manière dont vous avez rendu
compte dans l 'Initiation de mon vieux livre de la Kabbale. J’ai été d’autanL plus susceptible à vos éloges qu’ils attestent une connaissance
approfondie et un grand amour du sujet.
Mais ce qui m’a charmé dans votre article, ce n’est pas seulement la
part personnelle que vous m’y faites, c’est la manière dont vous rattachez mon modeste volume à toute une science fondée sur le symbolisme
et la méthode ésotérique. Je n'ai pu, en vous lisant, m’empêcher de
penser à Louis XIV, conservant à Versailles le modeste rendez-vous de
chasse de son père en l’encadrant dans un immense palais.
Bien que mon esprit, que vous qualifiez d’universitaire, mais qui veut
simplement rester fidèle aux règles de la critique, se refuse à vous suivre
dans vos magnifiques développements, je vois avec plaisir qu’en face du
positivisme et de l’évolutionisme de notre temps, il se forme, il s’est
déjà formé une vaste gnose qui réunit dans son sein, avec les données
de l’ésotérisme juif et chrétien, le bouddhisme, la philosophie d’Alexandrie et le panthéisme métaphysique de plusieurs écoles modernes.
Ce réactif est nécessaire contre les déchéances et les dessèchements
dont nous sommes les victimes et les témoins. La Mission des Juifs, que
vous citez souvent dans votre Revue, est un des grands facteurs de ce
mouvement.
Je vous recommanderai seulement, dans ma vieille exptrience, de ne
pas aller trop loin. Les symboles et les traditions ne doivent pas être
négligés comme ils le sont généralement par les philosophes; mais le
génie, la vie spontanée de la conscience et de la raison doivent aussi être
comptés pour quelque chose, sans cela l’histoire de l'humanité n’est rien
qu’une table d’enregistrement.
Veuillez agréer, monsieur, l’assurance de mes sentiments les plus
distingués.
Ad. Franck.
Nous venons d’exposer la doctrine kabbalistique sans entrer dans
aucun détail.
Aussi donnons-nous in extenso l’étude suivante pour montrer qu’il
— 556 —
♦
%
existe encore en plein xix’ siècle d’éminents kahbalistes et que
leurs travaux résument au mieux les données de la tradition ésotérique.
COMMUNICATION FAITE A LA SOCIÉTÉ PSYCHOLOGIQUE DE MUNICH
A LA SÉANCE DU 5 MARS 1887 PAR C. DE LEININGEN.
L'AME D'APRÈS LA QABALAH
1. — L' âme pendant la vie.
Parmi toutes les questions dont s’occupe la philosophie en tant
que science exacte, celle de notre propre essence, de l'immortalité
et de la spiritualité de notre Moi interne, n’a jamais cessé de préoccuper l’humanité. Partout et en tout temps les systèmes et les doctrines sur ce sujet se sont succédé rapidement, variés et contradictoires, et le mot « Ame » a servi à désigner les formes d'existences
ou les nuances d'êtres les plus variées. De toutes ces doctrines antagonistes, c’est, sans contredit, la plus ancienne — la philosophie
transcendante des Juifs — la Qabalah1 qui est aussi la plus rapprochée peut-être de la vérité. Transmise oralement — comme son
nom l’indique — elle remonte jusqu’au berceau de l'espèce
humaine, et, ainsi, elle est encore peut-être en partie le produit de
cette intelligence non encore troublée, de cet esprit pénétrant pour
la vérité que, selon l’antique tradition, l’homme possédait dans son
état originaire.
Si nous admettons la nature humaine comme un tout complexe
nous y trouvons, d'après la Qabalah, trois parties bien distinctes :
le corps, l'âme et l’esprit. Elles se différencient entre elles comme le
concret, le particulier et le général, de sorte que l’une est le reflet
1. Nous avons adopté cette orthographe comme la seule solution authentique de tous les doutes entre les formes vraiment fantaisistes proposées jusqu’ici pour ce mot, telles que Cabbala, Cabala, Kabbala, Kabbalah, etc... C'est un mot hébreu qui se compose des consonnes q, b, l et
h. Or la lettre qui dans les noms grecs correspond au k et dans les noms
latins au c, paraît être véritablement dans ce mot hébreu la lettre q.
Cette orthographe vient aussi d’être introduite récemment dans la littérature anglaise par Mathers dans sa Kabbala denudata parue il y a peu
de temps chez George Redway à Londres.
— 557 —
de l’autre, et que chacune d’elles offre aussi en soi-même cette
triple distinction. Ensuite, une nouvelle analyse de ces trois parties
fondamentales y distingue d’autres nuances qui s’élèvent successivement les unes sur les autres depuis les parties les plus profondes,
les plus concrètes, les plus matérielles, le corps externe, jusqu’aux
plus élevées, aux plus générales, aux plus spirituelles.
La première partie fondamentale, le corps, avec le principe vital,
qui comprend les trois premières subdivisions, porte dans la
Qabalah le nom de Nephesch ; la seconde, l’âme, siège de la volonté,
qui constitue proprement la personnalité humaine, et renferme les
trois subdivisions suivantes, se nomme Ruach ; la troisième, l’esprit
avec ses trois puissances, reçoit dans la Qabalah le nom de
Neschamah.
Ainsi que nous l’avons déjà remarqué, ces trois parties fondamentales de l’homme ne sont pas complètement distinctes et séparées, il faut au contraire se les représenter comme passant l’une
dans l’autre peu à peu ainsi que les couleurs du spectre qui, bien
que successives, ne peuvent se distinguer complètement étant comme
fondues l’une dans l’autre. Depuis le corps, c’est-à-dire la puissance
la plus infime de Nephesch, en montant à travers l’âme, — Ruach
— jusqu’au plus haut degré de l’esprit — Neschamah — on trouve
toutes les gradations, comme on passe de l’ombre à la lumière par
la pénombre; et réciproquement, depuis les parties les plus élevées
de l’esprit jusqu’à celles physiques les plus matérielles, on parcourt
toutes les nuances de radiation, comme on passe de la lumière à
l’obscurité par le crépuscule. — Et, par-dessus tout, grâce à cette
union intérieure, à cette fusion des parties l’une dans l’autre, le
nombre Neuf se perd dans l’Unité pour produire l’homme, esprit
corporel, qui unit en soi les deux mondes.
Si nous essayons maintenant de représenter cette doctrine par un
schéma, nous obtenons la figure ci-jointe (Voir p. 526) :
Le cercle a, a, a, désigne Nephesch, et 1, 2, 3 sont ses subdivisions; parmi celles-ci, 1, correspond au corps, comme à la partie
la plus basse, la plus matérielle chez l’homme. — b, b , b, c’est
Ruach (l’âme) et 4, 5, 6 sont ses puissances. — Enfin c, c, c, c’est
Neschamah (l’esprit) avec les degrés de son essence, 7,8, 9. Quant
au cercle extérieur 10, il représente l’ensemble de l’être humain
vivant.
Considérons maintenant de plus près ces différentes parties fondamentales, en commençant par celle du degré inférieur, nephesch.
C’est le principe de la vie, ou forme d’existence concrète, il constitue la partie externe de l’homme vivant ; ce qui y domine princi-
— 558 —
paiement c est la sensibilité passive pour le monde extérieur; par
contre, l’activité idéale s’y trouve le moins. — Nephesch est directement en relation avec les êtres concrets qui lui sont extérieurs, et
ce n’est que par leur influence qu’il produit une manifestation
vitale. Mais en même temps, il travaille aussi au monde extérieur,
grâce à sa puissance créatrice propre, faisant ressortir de son existence concrète, de nouvelles forces vitales, rendant ainsi sans cesse
ce qu’il reçoit. — Ce degré concret constitue un tout parfait,
complet en soi-même et dans lequel l’être humain trouve sa représentation extérieure exacte. — Regardée comme un tout parfait, en
elle-même, cette vie concrète comprend également trois degrés, qui
sontentre eux commele concret, le particulier et le général oucomme
la matière effectuée, la force effectuante et le principe, et qui en
même temps sont les organes dans et par lesquels l’interne, le spirituel opère et se manifeste extérieurement. Ces trois degrés sont
donc de plus en plus élevés et intérieurs, et chacun d’eux renferme
en soi des nuances differentes. Les trois puissances de Nephesch en
question sont disposées et agissent absolument de la façon qui va
être exposée tout à l’heure pour les trois subdivisions de Ruach.
Ce second élément de l’être humain Ruacu (l’âme) n’est pas aussi
sensible que Nephesch aux influences du monde extérieur; la passivité et l’activité s’y trouvent en proportions égales; il consiste
plutôt en un être interne, idéal, dans lequel tout ce que la vie corporelle concrète manifesteextérieurementcommequantitatifetmatériel, se retrouve intérieurement à l’état virtuel. Ce second élément
humain flotte donc entre l’activité et la passivité, ou l’intériorité
et l’extériorité; dans sa multiplicité objective, il n’apparaît clairement ni comme quelque chose de réel, passif et extérieur, ni comme
quelque chose d’intérieur intellectuel et actif ; mais comme quelque
chose de changeant, qui du dedans au dehors se manifeste comme
actif bien que passif; ou comme donnant, bien que de nature
réceptive. Ainsi l’intuition et la conception ne coïncident pas exactement dans l’âme, bien qu’elles n’y soient pas assez nettement
séparées pour ne pas se fondre aisément l’une dans l’autre.
Le mode d’existence de chaque être dépend exclusivement du
degré plus ou moins élevé de sa cohésion avec la nature, et de
l’activité ou de la passivité plus ou moins grande qui en est la conséquence ; l’aperception de l’être est en proportion de son activité.
Plus un être est actif, plus il est élevé, et plus il lui est possible
d’examiner dans les profondeurs intimes de l’être.
Ce Ruach, composé des forces qui sont à la base de l’être maté-
— 559 —
riel objectif, jouit encore de la propriété de se distinguer de toutes
les autres parties comme un individu spécial, de disposer de soimême et de se manifester au dehors par une action libre et volontaire. Cette « âme » qui représente également le trône et l’organe
de l’esprit est encore l’image de l’homme entier, comme nous
l’avons dit ; de même que Nephesch elle se compose de trois degrés
dynamiques qui sont, l’un par rapport à l'autre, comme le Concret,
le Particulier et le Général, ou comme la matière actionnée, la
force agissante et le principe : de sorte qu’une affinité existe non
seulement entre le concret dans Ruach qui est son degré le plus
bas et le plus extérieur (le cercle 4 du schéma), et le général dans
Nephesch, qui forme sa plus haute sphère (cercle 3), mais aussi
entré le général dans Ruach (cercle 6) et le concret dans l’esprit
(cercle 7).
En même temps que Ruach, ainsi que Nephesch, renferme trois
degrés dynamiques, ceux-ci ont leurs trois correspondants dans le
monde extérieur, comme il apparaîtra plus clairement par la comparaison du Macrocosme et du Microcosme. Chaque forme d’existence particulière dans l’homme vit de sa vie propre dans la sphère
du monde qui lui correspond, avec laquelle elle est en rapport
d’échanges continuels, donnant et recevant, au moyen de ses sens
et de ses organes internes spéciaux.
En outre, ce Ruach, en raison de sa partie concrète, a besoin de
communiquer avec le concret qui est au-dessous de lui, de même
que sa partie générale lui donne une tendance vers les parties générales qui lui sont supérieures. Nephesch ne pourrait pas se relier à
Ruach s’il n’y avait pas ainsi quelque affinité entre eux, non plus
que Ruach ne se relierait à Nephesch et à Neshamah s’il n’y avait
pas entre eux quelque parenté.
Ainsi l’âme puise d’une part dans le concret qui la précède la
plénitude de sa propre réalité objective, et d'autre part dans le
général qui la domine l’intériorité pure, l’Idéalité qui se constitue
elle-même dans son activité indépendante. Ruach est donc le lien
entre le Général ou Spirituel, et le Concret ou Matériel, unissant en
l’homme le monde interne intelligible avec le monde externe
réel; c’est à la fois le support et le siège de la personnalité
humaine.
L’âme se trouve de cette façon en un double rapport avec ses
trois objets, savoir: 1° avec le concret qui est au-dessous d’elle;
2° avec le particulier qui répond à sa nature et est en dehors d’elle ;
3° avec le général qui est au-dessus d’elle. Il se fait en elle, en deux
sens contraires, une circulation de trois courants entremêlés, car :
— 360
1° elle est excitée par Nephesch qui est au-dessous d’elle et à son
tour elle agit sur lui en l’inspirant; 2° elle se comporte de même
activement et passivement avec l’extérieur correspondant à sa
nature, c’est-à-dire le Particulier; 3° et cette influence qu’elle transforme dans son sein après l’avoir reçue ou d’en bas ou du dehors,
elle lui donne la puissance de s’élever assez pour aller stimuler
Neschamah dans les régions supérieures. Par cette opération active,
les facultés supérieures excitées produisent une influence vitale
plus élevée, plus spirituelle, que l’âme, reprenant son rôle passif,
reçoit pour la transmettre au dehors ou au-dessous d’elle.
Ainsi, bien queRuach ait une forme d’existence particulière, soit
un être d’une consistance propre, il n’en est pas moins vrai que la
première impulsion de son activité vitale lui vient de l’excitation
du corps concret qui lui est inférieur. Et de même que le corps par
un échange d’actions et de réactions avec l’âme, est, grâce à son
impressionnabilité, pénétré par elle, tandis qu’elle-même devient
comme participante du corps; de même, Pâme, par son union avec
l’Esprit, en est remplie et inspirée.
La troisième partie fondamentale de l’être humain, neschamah,
peut être désignée par le mot Esprit, dans le sens où il est employé
dans le Nouveau Testament. En elle, la sensibilité passive envers
la nature du dehors ne se retrouve plus ; l’activité domine la réceptivité. L’esprit vit de sa vie propre, et seulement pour le Général ou
pour le monde spirituel avec lequel il se trouve en rapport constant. Cependant, comme Ruach, Neschamah n’a pas seulement
besoin, en raison de sa nature idéale, du Général absolu on Infini
divin ; il lui faut aussi, à cause de sa nature réelle, quelque relation
avec le particulier et le concret qui sont au-dessous de lui, et il se
sent attiré vers les deux.
L’Esprit aussi est en un double rapport avec son triple objet;
vers le bas, vers l’extérieur et vers le haut, il se fait donc encore
en lui, en deux sens contraires, un triple courant entrelacé tout à
fait semblable à celui décrit plus haut pour Ruach. — Neschamah
est un être purement intérieur, mais aussi passif et actif à la fois,
dont Nephesch, avec son principe vital et son corps, Ruach avec
ses forces, représentent une image extérieure. Ce qu’il y a de quantitatif dans Nephesch et de qualitatif dans Ruach, vient de l’esprit
— Neschamah — purement intérieur et idéal.
Maintenant de même que Nephesch et Ruach renferment trois
degrés différents d’existence, ou potentialité de spiritualisation, de
sorte que chacun est une image plus petite de l’être humain entier
— 561 —
(voir le schéma), de même la Qabalah distingue encore trois
degrés dans Neschamah.
C’est particulièrement à cet élément supérieur que s’applique ce
qui a été dit au début, que les différentes formes d’existence de la
constitution humaine ne sont pas des êtres distincts, isolés, séparés,
mais qu’ils sont, au contraire, entremêlés les uns dans les autres ;
car ici tout se spiritualise de plus en plus, tend de plus en plus vers
Tunilé.
Des trois formes supérieures d’existence de l’homme qui sont
réunies, dans la plus large acception du mot Neschamah, la plus
inférieure peut se désigner comme le Neschamah proprement dit.
Celle-là a encore au moins quelque parenté avec les éléments supérieurs de Ruach; elle consiste en une connaissance intérieure et
active du qualitatif et du quantitatif qui sont au-dessous d’elle. —
La seconde puissance de Neschamah, qui est le huitième élément
dans l’homme, est nommée par la Qabalah, « Chaijah ». Son
essence consiste dans la connaissance de la force interne supérieure,
intelligible, qui sert de base à l’être objectif manifesté et qui, par
conséquent, ne peut être perçue ni par Ruach ni par Nephesch et
ne pourrait être reconnue par Neschamah proprement dit. — La
troisième puissance de Neschamah, le neuvième élément et le plus
élevé dans l’homme, est « Jechidacl » (c’est-à-dire l’Unité en soimême); son essence propre consiste dans la connaissance de l’Unité
fondamentale absolue de toutes les variétés, de l’Un absolu originaire.
Maintenant, ce rapport signalé dès le début, de Concret, de Particulier et de Général qui relie Nephesch, Ruach et Neschamah de
sorte que chacun offre l’image du tout, va se retrouver en résumant
tout cet exposé : Premier degré de Nephesch, le corps — le concret
dans le concret; second degré, le particulier dans le concret; troisième, le général dans le concret.
De même dans Ruach : première puissance, le concret dans le
particulier; deuxième, le particulier dans le particulier; troisième,
le général dans le particulier.
Enfin, dans Neschamah, premier degré, le concret dans le général ; second degré (Chaijah), le particulier dans le général ; troisième
(Jechidad), le général dans le général.
C’est ainsi que Se manifestent les diverses activités et les vertus
de chacun de ces éléments de l’être.
L'âme (Ruach) a sans doute une existence propre, mais elle est
cependant incapable d’un développement indépendant sans la par36
— 562 —
ticipation de la vie corporelle (Nephesch), et il en est de même visà-vis de Neschamah. En outre Ruach est avec Nephesch dans un
double rapport; influencée par lui, elle est en même temps tournée
au dehors pour exercer une libre réaction, de sorte que là vie corporelle concrète participe au développement de l’âme ; il en est de
même de l’esprit par rapport à l’âme ou de Neschamah par
rapport à Ruach; par Ruach il est même en double rapport
avec Nephesch. Toutefois, Neschamah a en outre dans sa propre
constitution la source de son action, tandis que les actions de
Ruach et de Nephesch ne sont que les émanations libres et vivantes
de Neschamah.
De la même manière, Neschamah se trouve en une certaine
mesure en ce même double rapport avec la Divinité, car l’activité
vitale de Neschamah est déjà en soi une excitation pour la divinité
d’entretenir celui-ci, de lui procurer l’influence nécessaire à sa subsistance. Ainsi l’esprit ou Neschamah, et par son intermédiaire
Ruach et Nephesch, vont puiser tout à fait involontairement à la
source divine éternelle, faisant rayonner perpétuellement l’œuvre
de leur vie vers le haut; tandis que la Divinité pénètre constamment
en Neschamah et dans sa sphère pour lui donuer la vie et la durée
en même temps qu’à Ruach et à Nephesch.
Maintenant d’après la doctrine de la Qabalah, l’homme, au lieu de
vivre dans la Divinitéet de recevoir d’elle constamment la spiritualité
dont il a besoin, s’est enfoncé de plus en plus dans l’amour de soimême et dans le monde du péché, du moment où après sa « chute »
(voir la Genèse, III, 6-20), il a quitté son centre éternel pour la périphérie. Cette chute et l’éloignement toujours plus grand de la divinité, qui en est résulté, ont eu pour conséquence une déchéance des
pouvoirs dans la nature humaine, et dans l’humanité tout entière.
L’étincelle divine s’est retirée de plus en plus de l’homme, et Neschamah a perdu l’union intime avec Dieu. De même Ruach s’est
éloignée de Neschamah et Nephesch a perdu son union intime avec
Ruach. Par cette déchéance générale et le relâchement partiel des
liens entre les éléments, la partie inférieure de Nephesch, qui était
originairement chez l’homme un corps lumineux éthéré, est devenue
notre corps matériel ; par là l’homme a été assujetti à la dissolution
dans les trois parties principales de sa constitution.
Ceci est traité dans la doctrine de la Qabalah sur l’âme pendant
et après la mort.
— 563 —
2. — LAME DANS LA MORT
La mort de l’homme, d’après la Qabalah, n’est que son passage
à une forme nouvelle d’existence. L’homme est appelé à retourner
finalement dans le sein de Dieu, mais cette réunion ne lui est pas
possible dans son état actuel, en raison de la matérialité grossière
de son corps; cet état, comme aussi tout ce qu’il y a de spirituel
dans l’homme, doit donc subir une épuration nécessaire pour l’obtention du degré de spiritualité que requiert la vie nouvelle.
La Qabalah distingue deux causes qui peuvent amener la mort ;
la première consiste en ce que la Divinité diminue successivement
ou supprime brusquement son influence continuelle sur Neschamah
et Ruach, de sorte que Nephesch perd la force par laquelle le corps
matériel est animé, et celui-ci meurt. Dans le langage du Sohar,
on pourrait appeler ce premier genre « la mort par en haut, ou du
dedans au dehors ».
En opposition à celle-là, la seconde cause de la mort est celle que
l’on pourrait nommer « la mort par en bas, ou du dehors au
dedans ». Elle consiste en ce que le corps, forme d’existence inférieure et extérieure, se désorganisant sous l’influence de quelque
trouble ou quelque lésion, perd la double propriété de recevoir d’en
haut l’influence nécessaire et d’exciter Nephesch, Ruach et Neschamah afin de les faire descendre à lui.
D’ailleurs, comme chacun des trois degrés d’existence de l 'homme
a, dans le corps humain, son siège particulier et sa sphère d’activité correspondant au degré de sa spiritualité, et qu’ils se sont
trouvés tous trois liés à ce corps à différentes périodes de la vie1,
c’est aussi à des moments différents, et d’après un ordre inverse,
qu’ils abandonnent le cadavre. Il en résulte que le travail de la
mort s’étend à une période de temps beaucoup plus longue qu’on
ne le pense communément.
Neschamah, qui a son siège dans le cerveau et qui, en sa qualité
de principe de vie spirituel, supérieur, s’est uni en dernier lieu au
corps matériel — cette union commençant à l’âge de la puberté —
Neschamah est le premier à quitter le corps; ordinairement déjà
avant le moment que nous désignons du nom de « Mort ». Elle ne
1. Ce n’est pas ici le lieu d’expliquer comment les principes spirituels
s’unissent à la matière par l’acte de la génération, sujet que la Qabalah
traite très explicitement.
laisse dans sa Merkakab1 qu’une illumination; car la personnalité
de l’homme peut, comme il est dit dans Esarah Maimoroth, subsister encore sans la présence effective de Neschamah.
Avant le moment qui nous apparaît comme celui de la mort,
l’essence de l’homme est augmentée d’un Ruach plus élevé d’où il
aperçoit ce qui, dans la vie, était caché à ses yeux ; souvent sa vue
perce l’espace, et il peut distinguer ses amis et ses parents défunts.
Aussitôt qu’arrive l’instant critique, Ruach se répand dans tous
les membres du corps et prend congé d’eux; de là résulte une
secousse, l 'agonie, souvent fort pénible. Puis toute l’essence spirituelle de l’homme se retire dans le cœur et là se met à l’abri des
Masikim (ou mauvais esprits) qui se précipitent sur le cadavre,
comme une colombe poursuivie se réfugie dans son nid.
La séparation de Ruach d’avec le corps est fort pénible parce que
Ruach ou l’âme vivante flotte, comme dit rEz=ga=Chaiim, entre
les hautes régions spirituelles, infinies (Neschamah) et celles inférieures corporelles, concrètes (Nephesch), penchant tantôt vers
l’une, tantôt vers l’autre, elle qui, en tant qu’organe delà volonté,
constitue la personnalité humaine. Son siège est dans le cœur ;
celui-ci est donc comme la racine de la vie; c’est le “Sû (Melekh,
Roi), le point central, le trait d’union entre le cerveau et le foie2;
et comme c’est dans cet organe que l’activité vitale se manifeste à
l’origine, c’est aussi par lui qu’elle finit. Ainsi, au moment de la
mort Ruach s’échappe, et d’après l’enseignement du Talmud, sort
du cœur par la bouche, dans le dernier souffle.
Le Talmud distingue neuf Centsespècesdemortsdifférentesplusou
moins douloureuses. La plus douce de toutes est celle qu'on nomme
le « baiser » ; la plus pénible est celle dans laquelle le mourant
éprouve la sensation d’une épaisse corde de cheveux arrachée du
gosier.
Une fois Ruach séparé, l’homme nous semble mort; cependant
Nephesch habite encore en lui. Celui-ci, vie corporelle du concret,
1. Merkabah signifie proprement char-, c’est donc l’organe, l’instrument, le véhicule par lequel Neschamah agit.
2. La Qabalak dit : « Dans le mot (Roi) le cœur « est comme le
point central entre le cerveau et le foie ». Ce qu’il faut interpréter par
le sens mystique des lettres; le cerveau, est représenté par la première lettre du mot ‘■jbn ; le foie, "DD par sa dernière lettre, et enfin
le cœur, nb par le qui est dans le milieu; la lettre 3 à la fin d’un
mot fait ”1).
— 565 —
est chez l'homme, l'âme de la vie élémentaire, et a son siège dans
le foie. Nephesch, qui est la puissance spirituelle inférieure, possède
encore une très grande affinité, et par suite beaucoup d’attraction
pour le corps. C’est le principe qui s’en sépare le dernier, comme
il a été aussi le premier uni à la chair. Cependant, aussitôt après le
départ de Ruach, les Masikim prennent possession du cadavre
(d’après Loriah, ils s’amoncellent jusqu’à une hauteur de quinze
aunes au-dessus de lui) ; cette invasion jointe à la décomposition du
corps oblige bientôt Nephesch à se retirer; il reste pourtant longtemps encore auprès de sa dépouille, pour en pleurer la perte.
Ordinairement, ce n’est que quand survient la putréfaction complète qu’il s’élève au-dessus de la sphère terrestre.
Cette désintégration de l’homme, consécutive à la mort, n’est
cependant pas une séparation complète; car ce qui a été une fois
un seul tout ne peut pas se désunir absolument; il reste toujours
quelque rapport entre les parties constitutives, Ainsi une certaine
liaison subsiste entre Nephesch et son corps même, déjà putréfié.
Après que ce récipient matériel, extérieur, a disparu avec ses forces
vitales physiques, il reste encore quelque chose du principe spirituel de Nephesch, quelque chose d’impérissable, qui descend jusque
dans le tombeau, dans les ossements, comme dit le Sohar; c’est ce
que la Qabalah nomme « le souffle des ossements » ou « Y esprit des
ossements ». Ce principe intime, impérissable, du corps matériel,
qui en conserve complètement la forme et les allures, constitue le
Habal de Gcirmin, que nous pouvons traduire à peu près par « le
corps de la résurrection » (corps astral lumineux).
Après que les diverses parties constitutives de l’homme ont été
séparées par la mort, chacune se rend dans la sphère vers laquelle
l’attirent sa nature et sa constitution ; et elles y sont accompagnées
des êtres qui lui sont semblables et qui entouraient déjà le lit de
mort. Comme dans l’Univers entier tout est dans tout, naissant,
vivant et périssant d’après une seule et même loi, comme le plus
petit élément est la reproduction du plus grand, comme les mêmes
principes régissent également toutes les créatures depuis la plus
infime jusqu’aux êtres les plus spirituels, aux puissances les plus
élevées, l’Univers entier, que la Qabalah nomme Aziluth et qui
comprend tous les degrés depuis la matière la plus grossière jusqu’à
la spiritualité — jusqu’à l’Un — l’Univers, se partage en trois
mondes: Asiah, Jezirah et Briah, correspondant aux trois divisions
fondamentales de l’homme : Nephesch, Ruach et Neschamah.
Asiah est le monde où nous nous mouvons; toutefois, ce que nous
percevons de ce monde par nos yeux corporels n’en est que la
— 566 —
*
sphère la plus inférieure, la plus matérielle, de même que nous ne
percevons par les organes de nos sens que les principes les plus
inférieurs, les plus matériels de l’homme : son corps. — La figure
donnée précédemment1 est donc un schéma de l’Univers aussi bien
que de l’homme, car d’après la doctrine de la Qabalah, le Microcosme est absolument analogue au Macrocosme ; l’homme est
l’image de Dieu qui se manifeste dans l’Univers. Ainsi donc, le
cercle a, a, a représente le monde Asiak, et 1, 2, 3 sont ses sphères
correspondant à celles de Nephesch (Yoy. p. 526).
b, b, b représente le monde Jesirah analogue à Ruach, et 4, 5, 6
en sont les puissances.
Enfin le cercle c, c, c figure le monde Briah, dont les sphères 7,
8, 9 atteignent, comme celles de Neschamah, la plus haute puissance de la vie spirituelle.
Le cercle enveloppant, 10, est l’image du Tout d’Aziluth, comme
il représentait aussi l’ensemble de la nature humaine.
Les trois mondes qui correspondent, selon leur nature et le degré
de leur spiritualité, aux trois principes constitutifs de l’homme
représentent aussi les différents séjours de ces principes. Le corps,
comme forme d’existence la plus matérielle de l’homme, reste dans
les sphères inférieures du monde Asiah, dans la tombe ; l’esprit des
ossements reste seul enseveli en lui, constituant, comme nous
l’avons dit, le Habal de Garmin. Dans la tombe il est dans un état
de léthargie obscure qui, pour le juste, est un doux sommeil ; plusieurs passages de Daniel, des Psaumes et d’Isaïe y font allusion. Et
comme le Habal de Garmin conserve dans la tombe une sensation
obscure, le repos de ceux qui dorment de ce dernier sommeil peut
être troublé de toutes sortes de manières. C’est pourquoi il était
défendu chez les Juifs d’enterrer l’une auprès de l’autre des personnes qui, pendant leur vie, avaient été ennemies, ou de placer
un saint homme auprès d’un criminel. On prenait soin, au contraire,
d’enterrer ensemble des personnes qui s’étaient aimées, parce que
dans la mort, cet attachement se continuait encore. Le plus grand
trouble pour ceux qui dorment dans la tombe est l’évocation; car,
alors même que Nephesch a quitté la sépulture, « l’esprit des ossements » reste encore attaché au cadavre, et peut être évoqué ; mais
celte évocation atteint aussi Nephesch, Ruach et Neschamah. Sans
doute, ils sont déjà dans des séjours distincts, mais ils n’en restent
pas moins unis l’un à l’autre sous certains rapports, de sorte que
1. Voyez page 526.
l'un ressent ce que les autres éprouvent. Voilà pourquoi l’Écriture
Sainte (5, Moïse, 18, 11) défendait d’évoquer les morts1.
Comme nos sens matériels ne peuvent percevoir que le cercle le
plus bas, la sphère la plus inférieure du monde Asiah, il n’y a que
le corps de l’homme qui soit visible pour nos yeux matériels, celui
qui, même après la mort, reste dans le domaine du monde sensible ;
les sphères supérieures d’Asiah ne sont plus perceptibles pour
nous, et de la même manière, le Habal de Garmin échappe déjà à
notre perception; aussi le Sohar dit-il : « Si cela était permis à nos
yeux, nous pourrions voir dans la nuit, quand vient le Schabbath,
ou à la lune nouvelle ou aux jours de fêtes, les Diuknim (les
spectres) se dresser dans les tombeaux pour louer et glorifier le
Seigneur. »
Les sphères supérieures du monde Asiah servent de séjour à
Nephesch. Le Ez-ha-Chaiim dépeint ce séjour comme le Gan-Eden
inférieur2, « qui, dans le monde Asiah, s’étend au sud du pays
Saint, au-dessus de l’Équateur ».
Le second principe de l’homme, Ruach, trouve dans le monde
Jesirah un séjour approprié à son degré de spiritualité. Et comme
Ruach constituant la personnalité propre de l’homme, est le support et le siège de la Volonté, c’est en lui que réside la force productive et créatrice de l'homme; aussi le monde Jesirah est-il, comme
l’indique son nom hébreu, le miindus formationis , le monde de la
formation.
Enfin Neschamali répond au monde Briah que le Sohar nomme
« le monde du trône divin », et qui renferme le plus haut degré de
la spiritualité.
De même que Nephesch, Ruach et Neschamah ne sont pas des
formes d’existence complètement distinctes, mais qu’au contraire
elles se déduisent progressivement l’une de l’autre en s’élevant en
spiritualité, de même les sphères des différents mondes s’enchaînent
l’une dans l’autre et s’élèvent depuis le cercle le plus profond, le
plus matériel, du monde Asiah, qui est perceptible à nos sens,
jusqu’aux puissances les plus élevées, les plus immatérielles du
monde Briah. On voit par là clairement que, bien que Nephesch,
Ruach et Neschamah trouvent chacun son séjour dans le monde qui
1. Et voilà pourquoi, entre autres raisons, la pratique du spiritisme est
condamnable. (N. du Tr.)
2. Gan-Eden signifie jardin de volupté. Dans le Talmud et dans la Qabalah, d’après le Cantique des Cantiques , 4, 13, il est aussi nommé Fardes, ou jardin de plaisir; d’où est venu le mot Paradis.
— 568 —
lui convient, ils n’en restent pas moins unis en un seul tout. C’est
spécialement parles « Zelem » que ces rapports intimes des parties
séparées sont rendus possibles.
Sous le nom de « Zelem » la Qabalah entend la figure, le vêtement sous lequel les divers principes de l’homme subsistent, par
lequel ils opèrent. Nephesch, Ruach et Neschamah, même après
que la mort a détruit leur enveloppe corporelle extérieure, conservent encore une certaine forme qui répond à l’apparence corporelle de l’homme originaire. Cette forme, au moyen de laquelle
chaque partie persiste et opère dans son monde, n’est possible que
par le Zelem; ainsi il est dit dans le psaume 39, 7 : « Us sont donc
comme dans le Zelem (le fantôme) ».
D’après Loriah, le Zelem, par analogie avec toute la nature
humaine, se partage en trois parties : une lumière intérieure spirituelle, et deux Makifun ou lumières enveloppantes. Chaque Zelem
et ses Makifim répondent, dans leur nature, au caractère ou au
degré de spiritualité de chacun des principes auxquels il appartient.
C’est seulement par leurs Zelem qu’il est possible à Nephesch, à
Ruach et à Neschamah de se manifester au dehors. C’est sur eux
que repose toute l’existence corporelle de l’homme sur terre, car
tout l’influx d’en haut sur les sentiments et les sens internes de
l’homme se fait par l’intermédiaire de ces Zelem, susceptibles
d’ailleurs d’être affaiblis ou renforcés.
Le processus de la mort se produit uniquement dans les divers
Zelem, car Nephesch, Ruach et Neschamah ne sont pas modifiés
par elle. Aussi la Qabalah dit-elle que trente jours avant la mort de
l’homme, c’est d’abord dans Neschamah que les Makifim se retirent;
pour disparaître ensuite, successivement, de Ruach et de Nephesch -
ce qu’il faut comprendre en ce sens qu’ils cessent alors d’opérer
dans leur force : cependant, à l’instant même où Ruach s’enfuit,
ils se raccrochent, comme dit la Mischnath Chasidim, au processus
de la vie, « pour goûter le goût de la mort ». Toutefois, il faut
regarderies Zelem comme des êtres purement magiques; c’est pourquoi le Zelem de Nephesch même ne peut agir directement dans le
monde de notre perception sensible externe.
Ce qui s’offre à nous dans l’apparition de personnes mortes c’est,
soit leur Habal de Garmin, soit la subtile matière aérienne ou
éthérée du monde Asiah, dont se revêt le Zelem de Nephesch, pour
se rendre perceptible à nos sens corporels.
Gela s’applique à toute espèce d’apparition, que ce soit celle d’un
ange ou de l’âme d’un mort, ou d’un esprit inférieur. Ce n’est pas
alors le Zelem lui-même que nous pouvons voir et percevoir par
— 569 —
nos yeux ; ce n’en est qu’une image, qui, construite avec la « vapeur »
subtile de notre monde extérieur, prend une forme susceptible de
se redissoudre immédiatement.
Autant la vie des hommes sur la terre offre de variétés, autant
est varié aussi leur sort dans les autres mondes : car, plus on a
commis ici-bas d’infractions à la loi divine, plus il faut subir dans
l’autre monde de châtiments et de purifications.
Le Sohar dit à ce sujet : '
« La beauté du Zelem de l’homme pieux dépend des bonnes
oeuvres qu’il a accomplies ici-bas » ; et plus loin : « Le péché
souille le Zelem de Nephesch. » — Loriah dit aussi : « Chez
l’homme pieux, ces Zelem sont purs et clairs, chez le pêcheur, ils
sont troublés et sombres. » — C’est pourquoi chaque monde a,
pour chacun des principes de l’homme, son Gan-Eden (Paradis),
son Nahar Dlnur (fleuve de feu pour la purification de l’âme) et son
Gei-Hinam *, lieu de torture pour le châtiment; de là aussi la doctrine chrétienne du ciel, du purgatoire et de l’enfer.
Notre intention n’est pas d’exposer ici la théorie de la Qabalah
sur l’état de l’âme après la mort, et notamment sur les châtiments
qu’elle subit. On en trouvera une exposition très claire dans l’œuvre
célèbre du Dante, la Divine Comédie.
(Traduit du Sphinx, par Ch. Barlet.)
§ 6. — LES TEXTES
Toutes les donn’ées scientifiques, philosophiques ou religieuses
de la Kabbale sont tirées de deux livres fondamentaux, le Zohar et
le Sepher Jesirah.
Le premier de ces livres est très volumineux. Il est traduit en
latin dans la Kabbala denudata et en anglais dans la Kabbala
unveiled de M. A. Matthers.
Nous donnons ci-joint la traduction du second de ces ouvrages
telle que nous l’avons publiée en 1887 avec les commentaires et
les notes. En plusieurs endroits on trouvera des répétitions de ce
que nous avons développé dans les paragraphes précédents; mais
i. Gei-Hinam était proprement le nom d’un endroit situé près de Jérusalem où se faisaient autrefois les sacrifices d’enfants àMoloch; la Qabalah entend par ce nom le lieu de damnation.
570 —
ces répétitions mêmes montreront quels sont les points sur lesquels
le lecteur doit de préférence porter son attention.
Cette traduction du Sepher Jesirah est suivie de celle de deux
ouvrages kabbalistiques très postérieurs comme composition :
les 32 voies de la sagesse et les 50 portes de l'intelligence. Les
remarques qui précèdent ces ouvrages indiquent leur caractère.
LE SEPHER JESIRAH
LES 50 PORTES DE L’iNTELLIGENCE
LES 32 VOIES DE LA SAGESSE
Avant-propos.
A la base de toutes les religions et de toutes les philosophies, on
retrouve une doctrine obscure, connue seulement de quelques-uns
et dont l’origine, malgré les travaux des chercheurs, échappe à
toute analyse sérieuse. Cette doctrine est désignée sous des noms
différents suivant la religion qui en conserve les clefs ; mais une
étude même superficielle permet de la reconnaître partout la même
quel que soit le nom qui la décore. Ici le critique montre avec joie
l’origine de la doctrine dans l’Apocalypse, résumé de l’ésotérisme
chrétien; mais bientôt il s’arrête, car derrière la Vision de saint
Jean apparaît celle de Daniel et l’ésotérisme des deux religions,
Juive et Chrétienne, se montre identique dans la Kabbale. Cette
doctrine secrète tire son origine de la religion de Moïse, dit l’historien et, saluant son triomphe, il s’apprête à donner ses conclusions, quand les quatre animaux de la vision du Juif se fondent en
un seul, et le Sphinx égyptien dresse silencieusement sa tête
d’Homme au-dessus des disciples de Moïse. Moïse était un prêtre
égyptien, c’est donc en Égypte que se trouve la source de l’ésotérisme symbolique, dans ces mystères où toute la philosophie
grecque à la suite de Platon et de Pythagore vint puiser ses enseignements. Mais les quatre personnifications mystérieuses se séparent
de nouveau et AddaNari la déesse indoue se dresse et nous montre
la tête d’ange équilibrant la lutte entre la Bête féroce et le Taureau
paisible avant la naissance de l’Égypte et de ses mystères sacrés.
Poursuivez vos recherches, et sans cesse cette origine mystérieuse
fuira devant vous : vous traverserez toutes ces civilisations antiques
si péniblement reconstituées, et quand enfin, las de la course, vous
— 571 —
reposerez votre esprit en pleine race rouge, sur la première civilisation qu’a produite le premier continent, vous entendrez le prophète inspiré chanter les habitants divins de l’orbe supérieur qui
révélèrent à ceux-ci le secret symbolique du sanctuaire.
Laissons là ce Protée insaisissable qui s’appelle l’origine de l’Esotérisme, et considérons la Kabbale dans laquelle, avec un peuHe
travail, nous pourrons retrouver le fonds commun, la Religion
Unique dont tous les cultes sont des émanations. Pour savoir ce
qu’est la Kabbale, écoutons un homme profondément instruit, aussi
savant que modeste et qui ne parle jamais qu’une fois sûr de ce
qu’il avance : Fabre d’Olivet.
« Il paraît, au dire des plus fameux rabbins, que Moïse luimême, prévoyant le sort que son livre devait subir et les fausses
interprétations qu’on devait lui donner par la suite des temps, eut
recours à une loi orale, qu’il donna de vive voix à des hommes
sûrs dont il avait éprouvé la fidélité, et qu’il chargea de transmettre
dans le secret du sanctuaire à d’autres hommes qui, la transmettant à leur tour d'âge en âge, la fissent ainsi parvenir à la postérité la plus reculée. Cette loi orale que les Juifs modernes se
flattent encore de posséder se nomme Kabbale, d’un mot hébreu
qui signifie ce qui est reçu, ce qui vient d’ailleurs, ce qui se passe
de main en main1 ».
Deux livres peuvent être considérés comme la base des études
kabbalistiques : le Zohar et le Sepher Jesirah. Aucun d’eux n’a
été, que je sache, complètement traduit en français; je vais m’efforcer de combler une partie de cette lacune en traduisant le
Sepher Jesirah le mieux qu’il me sera possible. Je prie le lecteur
de pardonner d’avance les erreurs qui pourraient s’être glissées
dans mon travail auquel je joins une bibliographie permettant au
chercheur de consulter les originaux, et des remarques qui éclairent, autant que possible, les passages par trop obscurs du texte.
1. Fabre d’Olivet, la langue hêbr. restituée, p. 29.
572
LE LIVRE KABBALISTÏQUE DE LA CRÉATION, EN HÉBREU,
SEPHER JESIRAH
Par Abraham
C’est avec les Trente-deux voies de la Sagesse, voies admirables
et cachées que IOAH (min») DIEU d'Israël, DIEUX VIVANTS et
Roi des Siècles, DIEU de miséricorde et de grâce, DIEU sublime et
très élevé, DIEU séjournant dans l’Éternité, DIEU saint, grava son
nom par trois numérations : SEPHER, SEPIIAR et SIPUR, c’est-àdire le NOMBRE, le NOMBRANT et le NOMBRÉ1 contenus dans
Dix Sephiroth, c’est-à-dire dix propriétés, hormis l'ineffable, et
vingt-deux lettres.
Les lettres sont constituées par Trois mères, sept doubles et
douze simples. Les dix Sephiroth, hormis l'ineffable, sont constituées par le nombre X celui des doigts de la main et cinq contre
cinq; mais au milieu d’elles est l’alliance de l’unité. Dans l’interprétation de la langue et de la circoncision on retrouve les Dix
Sephiroth hormis l’ineffable.
Dix et non neuf, Dix et non onze, comprends dans ta sagesse et
tu sauras dans ta compréhension. Exerce ton esprit sur elles,
cherche, note, pense, imagine, rétablis les choses en place et fais
asseoir le Créateur sur son trône.
Dix Sephiroth, hormis l’ineffable, dont les dix propriétés sont
infinies : l’infini du commencement, l’infini de la fin, l’infini du
bien, l’infini du mal, l’infini en élévation, l’infini en profondeur,
l’infini à l’Orient, l’infini à l’Occident, l’infini au Nord, l’infini au
Midi et le Seigneur seul est au-dessus; Roi fidèle, il les domine
toutes du haut de son trône dans les siècles des siècles.
Dix Sephiroth, hormis l’ineffable; leur aspect est semblable à
celui des flammes scintillantes, leur fin se perd dans l’infini. Le
1. Abendana traduit ces trois termes par l’Écriture, les Nombres et la
Parole.
Transmis successivement oralement à ses fds; puis, vu le mauvais état des
affaires d’Israël, confié par les sages de Jérusalem à des arcanes et à des
lettres du sens le plus caché.
CHAPITRE I
— 573 —
1
verbe de Dieu circule en elles; sortant et rentrant sans cesse, semblables à un tourbillon, elles exécutent à l’instant la parole divine
et s’inclinent devant le trône de l’Éternel.
Dix Sephiroth, hormis l’ineffable; considère que leur fin est
jointe au principe comme la flamme est unie au tison, car le Seigneur est seul au-dessus et n’a pas de second. Quel nombre peuxtu énoncer avant le nombre un?
Dix Sephiroth, hormis l’ineffable. Ferme tes lèvres et arrête ta
méditation, et, si ton cœur défaille, reviens au point de départ.
C’est pourquoi il est écrit : Sortir et revenir, car c’est pour cela
que l’alliance a été faite : Dix Sephiroth, hormis l’ineffable.
La première des Sephiroth, un, c’est l’Esprit du Dieu vivant,
c’est le nom béni et rebéni du Dieu éternellement vivant. La voix,
l’esprit et la parole, c’est l’Esprit Saint.
Deux, c’est le souffle de l’Esprit, et avec lui sont gravées et
sculptées les vingt-deux lettres, les trois mères, les sept doubles et
les douze simples, et chacune d’elles est esprit.
Trois, c’est l’Eau qui vient du souffle, et avec eux il sculpta et
grava la matière première inanimée et vide, il édifia TOHU, la
ligne qui serpente autour du monde et BOHU, les pierres occultes
enfouies dans l’abîme et desquelles sortent les Eaux.
Quatre, c’est le Feu qui vient de l’Eau, et avec eux il sculpta le
trône d’honneur, les Ophanim (roues célestes), les Séraphins, les
animaux saints et les anges Serviteurs, et de leur domination il fit
sa demeure comme dit le texte : C’est lui qui fit ses anges et ses
esprits ministrants en agitant le feu.
Cinq, c’est le sceau duquel il scella la hauteur quand il la contempla au-dessus de lui. Il la scella du nom IEV (in*).
Six, c’est le sceau duquel il scella la profondeur quand il la contempla au-dessous de lui. Il la scella du nom IYE (HV).
Sept, c’est le sceau duquel il scella l’Orient quand il le contempla
devant lui. Il le scella du nom EIY (TH).
Huit, c’est le sceau duquel il scella l’Occident quand il le contempla derrière lui. Il le scella du nom VEI (*ni).
Neuf, c’est le sceau duquel il scella le Midi quand il le contempla
à sa droite. Il le scella du nom YIE (TVl).
Dix, c’est le sceau duquel il scella le Nord quand il le contempla
à sa gauche. Il le scella du nom EVI (^H) .
Tels sont les dix Esprits ineffables du Dieu vivant : l’Esprit, le
Souffle ou l’Air, l’Eau, le Feu, la Hauteur, la Profondeur, l’Orient,
l’Occident, le Nord et le Midi.
CHAPITRE 11
Les vingt-deux lettres sont constituées par trois mères, sept
doubles et douze simples.
Les trois mères sont : E M e S c’est-à-dire l’Air, l’Eau et
le Feu. L’Eau M (O) muette, le Feu S (1î/) sifflant, l’Air A (tf)
intermédiaire entre les deux comme le langage de la loi OCH (p!"i)
tient le milieu entre le mérite et la culpabilité. A ces vingt-deux
lettres il donna une forme, un poids, en les mêlant et les transformant de diverses manières, il créa l’âme de tout ce qui est à créer
ou le sera.
Les vingt-deux lettres sont sculptées dans la voix, gravées dans
l’Air, placées dans la prononciation en cinq endroits : dans le gosier,
dans le palais, dans la langue, dans les dents et dans les lèvres.
Les vingt-deux lettres, les fondements, sont placées sur la sphère
au nombre de 231. Le cercle qui les contient peut tourner directement, et alors il signifie bonheur, ou en rétrograde, et alors il
signifie le contraire. C’est pourquoi il les rendit pesantes et les.
permuta, Aleph (S) avec toutes et toutes avec Aleph, Beth (H) avec
toutes et toutes avec Beth, etc...
C’est par ce moyen que naissent 231 portes, qu’on trouve que
tous les idiomes et toutes les créatures dérivent de cette formation
et que par suite toute création procède d’un nom unique. C’est
ainsi qu’il fit (ntf), c’est-à-dire l’Alpha et l’Oméga, ce qui ne
changera ni ne vieillira jamais1.
Le signe de tout cela c’est vingt-deux totaux et un seul corps.
CHAPITRE III
Trois mères E M e S (U?Di<) sont les fondements. Elles représentent le plateau de l’affirmation, le plateau de la contradiction et
le langage de l’examen OCH (pii) qui est au milieu.
Trois mères E M e S. Secret insigne, très admirable et très caché
gravé par six anneaux desquels sortent le feu, l’eau et l’air qui se
divisent en mâles et femelles. Trois mères E M e S et d’elles trois
Pères ; avec ceux-ci toutes choses sont créées.
1. Voir aux remarques pour l’explication de ce passage.
Trois mères EMeS dans le monde, l’Air, l’Eau, le Feu, Dans le
principe, les Cieux furent créés du Feu, la Terre de l'Eau et l’Air
de l’Esprit qui est au milieu.
Trois mères EMeS dans l’annnée, le Chaud, le Froid et le Tempéré. Le Chaud a été créé du Feu, le Froid de l’Eau et le Tempéré
de l’Esprit, milieu entre eux.
Trois mères EMeS dans l’Homme, la Tête, le Ventre et laHPoitrine. La Tête a été créée du Feu, le Ventre de l’Eau et la Poitrine,
milieu entre eux, de l’Esprit.
Trois mères EMeS. Il les sculpta, les grava, les composa et
avec elles furent créées trois mères dans le monde, trois mères
dans l’année, trois mères dans l’homme, mâles et femelles.
Il fît régner Aleph (5$) sur l’Esprit, il les lia par un lien et les
composa l’un avec l’autre, et avec eux il scella l’air daas le monde,
le tempéré dans l’année et la poitrine dans l’homme, mâles et
femelles. Mâles en E M e S (UQfrî) c’est-à-dire dans l’Air, l’Eau et le
Feu, femelles en A S a M1 c’est-à-dire dans l’Air, le Feu et l’Eau.
Il fît régner Mem (Q) sur l’Eau, il l’enchaîna de telle façon et
les combina l’un avec l’autre de telle sorte qu’il scella avec eux la
terre dans le monde, le froid dans l’année, le fruit du ventre dans
l’homme, mâles et femelles.
Il fit régner le Schin (U?) sur le Feu et l’enchaîna et les combina
l’un avec l’autre, de telle sorte qu’il scella avec eux les cieux dans
le monde, le chaud dans l’année et la tête dans l’homme, mâles et
femelles.
CHAPITRE IV
Sept doubles
T R PH CH D G B
Fl “I £ 3 1 J 2
constituent les syllabes : Vie, Paix, Science, Richesse, Grâce,
Semence, Domination.
Doubles parce qu’elles sont réduites en leurs opposés, par la
permutation; à la place de la Vie est la Mort, de la Paix, la
Guerre, de la Science, l’Ignorance, des Richesses, la Pauvreté, de
la Grâce, l’Abomination, de la Semence, la Stérilité et de la Domination, l’Esclavage. Les sept doubles sont opposées aux sept termes ;
i. DUW
576 —
l’Orient, l’Occident, la Hauteur, la Profondeur, le Nord, le Midi et
le Saint Palais fixé au milieu qui soutient tout.
Ces sept doubles, il les sculpta, les grava, les combina et créa
avec elles les Astres dans le Monde, les Jours dans l’Année, et les
Portes dans l’Homme, et avec elles il sculpta sept ciels, sept éléments, sept animalités vides depuis l’œuvre. Et c’est pourquoi il
choisit le septénaire sous le ciel.
Deux lettres construisent deux maisons, trois en bâtissent six ;
quatre, vingt-quatre; cinq, cent vingt; six, sept cent vingt; et de
là, le nombre progresse dans l’inénarrable et l'inconcevable1.
Les astres dans le monde sont le Soleil, Yénus, Mercure, la Lune,
Saturne, Jupiter et Mars. Les jours de l’année sont les sept jours de
la création, et les sept portes de l’homme sont deux yeux, deux
oreilles, deux narines et une bouche.
chapitre v
( lv Ts GhSNLITHZYE
Douze simples j p s f D 3 ■) > tl n ] 1 n
Leur fondement est le suivant: La Vue, l’Ouïe, l’Odorat, la Parole, la Nutrition, le Coït, l’Action, la Locomotion, la Colère, le
Rire, la Méditation, le Sommeil. Leur mesure est constituée par
les douze termes du monde :
Le Nord-Est, le Sud Est, l’Est-hauteur, l’Esl-profondenr.
Le Nord-Ouest, le Sud-Ouest, l’Ouest-hauteur, l’Ouest-profondeur.
Le Sud-hauteur, le Sud-profondeur, le Nord-hauteur, le Nordprofondeur.
Les bornes se propagent et s’avancent dans les siècles des siècles
et ce sont les bras de l’Univers.
Ces douze simples, il les sculpta, les grava, les assembla, les
pesa et les transmua et il créa avec elles douze signes dans l’Univers, savoir: le Bélier, le Taureau, etc., etc...
Douze mois dans l’année.
Et ces lettres sont les douze directrices de l’homme, ainsi qu’il
suit :
Main droite et main gauche, les deux pieds, les deux reins, le
foie, le fiel, la rate, le colon, la vessie, les artères.
1. V. aux remarques.
— 577 —
Trois mères, sept doubles et douze simples. Telles sont les
vingt-deux lettres avec lesquelles est fait le tétragramme IEYE
mm > c'est-à-dire Notre Dieu Sabaoth, le Dieu Sublime d’Israël,
le Très Haut siégeant dans les siècles ; et son saint nom créa trois
pères et leurs descendants et sept ciels avec leurs cohortes célestes
et douze bornes de TUnivers.
La preuve de tout cela, le témoignage fidèle, c’est l’univers,
l’année et l’homme. Il les érigea en témoins et les sculpta par trois,
sept et douze. Douze signes et chefs dans le Dragon céleste, le Zodiaque et le Cœur. Trois, le feu, l’eau et l’air. Le feu au-dessus,
l’eau au-dessous et l’air au milieu. Cela signifie que l’air participe
des deux,
Le Dragon céleste, c’est-à-dire l’Intelligence dans le monde, le
Zodiaque dans l’année et le Cœur dans l’homme. Trois, le feu,
l’eau et l’air. Le feu supérieur, l’eau inférieure, l’air au milieu,
car il participe des deux.
Le Dragon céleste est dans l'univers semblable à un roi sur son
trône, le Zodiaque dans l’année semblable à un roi dans sa cité, le
Cœur dans l’homme ressemble à un roi à la guerre.
Et Dieu les fît opposés, Bien et Mal. Il fît le Bien du Bien et le
Mal du Mal. Le Bien prouve le Mal et le Mal, le Bien. Le Bien
bouillonne dans les justes et le Mal dans les impies. Et chacun est
constitué par le ternaire.
Sept parties sont constituées par deux ternaires au milieu desquels
se tient l’unité.
Le duodénaire est constitué par des parties opposées: trois
amies, trois ennemies, trois vivantes vivifient, trois tuent et
Dieu, roi fidèle, les domine toutes du seuil de sa sainteté.
L’unité domine sur le ternaire, le ternaire sur le septénaire, le
septénaire sur le duodénaire, mais chaque partie est inséparable
de toutes les autres depuis qu’ Abraham notre père considéra, examina, approfondit, comprit, sculpta, grava et composa tout cela,
et de ce fait joignit la créature au créateur. Alors le maître de
l’Univers se manifesta à lui, l’appela son ami et s’engagea par une
alliance éternelle envers lui et sa postérité, comme il est écrit : Il
crut en IOAH (mm) et cela lui fut compté comme une œuvre de
Justice. IL contracta avec Abraham un pacte entre ses dix orteils,
c’est le pacte de la circoncision, et un autre entre les dix doigts de
ses mains, c’est le pacte de la langue. IL attacha les vingt-deux
lettres à sa langue et lui découvrit leur mystère. IL les fît descendre
dans l’eau, les fit monter dans le feu, les jeta dans l’air, les alluma
dans les sept planètes et les effusa dans les douze signes célestes.
37
— 578 —
REMAHQUES
Notre intention n’est pas, dans ces courtes observations, de faire
un commentaire du Sepher Jesirah. Ce commentaire, pour avoir
quelque valeur, ne peut être basé que sur le texte hébraïque dont
la langue conservant encore sa triple' signification1 permet seule de
rendre tout entière la pensée de l’auteur. Du reste les maîtres les plus
éminents en occultisme, Guillaume Postel et l’alchimiste Abraham,
ont fait, en latin, des commentaires excellents auxquels nous renvoyons le lecteur désireux d’approfondir ces questions.
Nous voulons borner notre ambition à éclaircir de notre mieux
les passages trop obscurs, par des notes et par la traduction de
deux ouvrages kabbalistiques trop peu connus: Les cinquante portes de l’Intelligence et Les trente-deux voies de la Sagesse.
D’une [façon générale on pourrait appeler le Sepher Jesirah le
livre de la création kabbalistique plutôt que le livre kabbalistique.
de la création. C’est en effet sur le nom mystérieux IOAH (n -rv)
que le livre tout entier repose, et la création du monde par LUILES-DIEUX2se borne à la création toute kabbalistique des nombres
et des lettres. Par là l’auteur du Sepher proclame, dès le début, la
méthode caractéristique des Sciences Occultes : l’Analogie.
La forme que l’artiste donne à son œuvre exprime exactement
la grandeur de l’idée productrice, il existe un rapport mathématique entre la forme visible et l'idée invisible qui lui a donné naissance, entre la réunion des lettres formant un mot et l’idée que
ce mot représente ; aussi créer des mots c’est créer des idées et l’on
comprend pourquoi le Sepher Jesirah se borne, pour raconter la
création d’un monde, à développer la création des lettres
hébraïques qui représente des idées et des lois.
« Le Sohar est une genèse de lumière, le Sepher Jesirah une
d. « Moïse a suivi en cela la méthode des Prêtres égyptiens ; car je
dois dire avant tout que ces Prêtres avaient trois manières d’exprimer
leur pensée. La première était claire et simple, la seconde symbolique et
figurée, la troisième sacrée ou hiéroglyphique.... Le même mot prenait
à leur gré le sens propre, figuré ou hiéroglyphique. Tel était le génie de
leur langue. Héraclite a parfaitement exprimé cette différence en la désignant par les épithètes de parlant, de signifiant et de cachant. « (Fabre
d’Olivet.) »
2. Traduction exacte du mot 75$ (Ælohim). Du reste, on peut voir
au début du Sepher Jesirah Dieu désigné au pluriel.
— 379 —
échelle de vérités. Là s’expliquent les trente-deux signes absolus de
la parole, les nombres et les lettres ; chaque lettre reproduit un
nombre, uneidée etuneforme, en sorte que les mathématiques s’appliquent aux idées et aux formes non moins rigoureusement qu’aux
nombres, par une proportion exacte et une correspondance parfaite.
« Par la science du Sepher Jesirah l’esprit humain est fixé dans
la vérité et dans la raison et peut se rendre compte des progrès
possibles de l'intelligence par les évolutions des nombres. Le
Sohar représente donc la Vérité absolue et le Sepher Jesirah
donne les moyens de la saisir, de se l’approprier et d’en faire
usage. » (Eliphas Levi, Histoire de lu Magie.)
La loi générale qui va donner naissance au monde une fois
créée sous le nom de IOAH1, nous allons lavoir se développer dans
l’Univers à travers les dix Sephiroth ou Numérations.
Qu’expriment donc ces dix Sephiroth? Peu de termes ont donné
naissance à plus de commentaires ; d’après les racines hébraïques
de ce mot, je crois qu’on pourrait exprimer l’idée qu’il renferme,
parla définition suivante : point d’arrêt d’un mouvement cyclique.
Les dix Sephiroth ne seraient alors que dix conceptions à degrés
différents d’une seule et même chose que les Kabbalistes désignent
sous le nom d’En Soph, l’ineffable, qui représente l’essence divine
dans sa plus grande abstraction et qui est désignée dans le nom
(IEVE) par la première lettre droite I * (niï"V).
Le Sepher nous montre l’application de ces idées en se servant
du même mot (EVE) (ITTH) combiné de façons différentes pour
nous indiquer les six dernières Sephiroth (chap. I01').
1. Je crois rendre service aux lecteurs en publiant une partie du commentaire de Fabre d’Olivet sur ce nom mystérieux dont l’étude est, à
dessein, à peine abordée par les écrivains en occulte :
« Ce nom offre d'abord le signe indicateur de la vie, doublé, et formant la racine essentiellement vivante EE (Hn). Cette racine n'est jamais employée comme nom et c’est la seule qui jouisse de cette prérogative. Elle est, dès sa formation, non seulement un verbe, mais un verbe
unique dont tous les autres ne sont que des dérivés : en un mot le verbe
ï~nn (EVE) être-étant. Ici, comme on le voit, et comme j’ai eu soin de
l'expliquer dans ma grammaire, le signe de la lumière intelligible * (Vô)
est au milieu de la racine de vie. Moïse, prenant ce verbe par excellence
pour en former le nom propre de l’Être des Êtres, y ajoute le signe de
la manifestation potentielle et de l’éternité *1 (1) et il obtient HW (IEVE)
dans lequel le facultatif étant se trouve placé entre un passé sans origine
et un futur sans terme. Ce nom admirable signifie donc exactement
l’Etre- qui-est-qui-fut-et-qui-sera. »
— 580 —
M. Franck, interprétant les Kabbalistes, dit aussi : « Quoique tous
également nécessaires, les attributs et les distinctions que les Sephiroth exprimentne peuvent pas nous faire comprendre la nature
divine de la même hauteur; mais ils nous la représentent sous
divers aspects que dans le langage des Kabbalistes on appelle des
visages ou des personnes1. »
Mais c’est Kircher qui va nous éclairer tout à fait en nous montrant dans une seule phrase l’origine des travaux modernes sur
l’unité de la force répandue dans l’Univers, travaux poursuivis
avec tant de fruit par Louis Lucas2; écoutons notre auteur:
« C'est pourquoi toutes les Sephiroth ou Nombres sont une seule
et même force modifiée différemment suivant les milieux quelle
traverse 3 .»
Bientôt la substance divine va, par de nouvelles modifications,
donner naissance à des conceptions encore inconnues manifestées
par les vingt-deux lettres. Ici les grandes lois qui régissent la
nature vont apparaître une à une dans les applications analogiques
qu’emploie l’auteur du Sepher en parlant de l’Univers, de l’année
et de l’homme.
La première distinction apparaît dans la division ternaire des
lettres qui se partagent en mères, doubles (exprimant deux sons,
l’un positif, fort, et l’autre négatif, doux) et simples (n’exprimant
qu’un son).
Cette idée de la Trinité se retrouve partout dans le Sepher. Elle
est surtout bien développée dans le chapitre ni où l’on montre sa
constitution; un positif (t£T) S le Feu; un négatif, l’Eau (Q) M; et
enfin un neutre, l’Air A intermédiaire entre les deux et résultant de leur action réciproque.
Considérons chaque Trinité comme une seule personne et nous
allons voir apparaître une Trinité positive, une Trinité négative et
l’Unité qui les accorde dans le Septénaire comme le dit le texte:
« Sept parties sont constituées par deux Ternaires au milieu desquels se tient l'unité. »
De même le duodénaire est formé de quatre ternaires opposés
deux à deux.
Dans ces quelques chiffres sont cependant contenues toutes les i
/ * '
’
1. Franck, la Kabbale.
2. Voyez l 'Occultisme contemporain, par Papus (chez Carré).
3. Kircher, Œdipus Ægyptiacus ( Cabala Hebræorum, § 1 1).
— 581
lois que la Science occulte considère comme les lois primordiales,
les pourquoi de la Nature.
Et cela est si vrai que l’auteur termine son livre en synthétisant dans une seule phrase les lois qu’il a analysées précédemment. 1
A côté de cette évolution, partie de la Divinité pour se répandre
à travers la création, dont l’idée est, en somme, assez claire, apparaissent, de place en place, des passages obscurs dont le sens se
rapporte aux pratiques divinatoires, et par suite occultes, du sanctuaire.
Quelques lettres de l’alphabet suffisent pour exprimer un
nombre incalculable d’idées et cela par leur simple combinaison.
Ainsi voici trois lettres l’N l’M et l’O qui vont exprimer une idée
entièrement différente suivant qu’on les écrira NOM ou MON. C’est
à ces combinaisons des lettres et par suite des nombres et des idées
que se rapportent les deux cent trente et une portes de la fin du
chapitre n et les maisons du chapitre iv.
Les deux cent trente et une portes se rattachent à la pratique
d’une table appelée Ziruph en Kabbale et indiquant tous les mots
que peuvent former les vingt-deux lettres, substituées les unes aux
autres. Mais, dans le cas qui nous occupe, voici l’explication de
Guillaume Postel:
Multipliez les vingt-deux lettres par les onze nombres (les dix
Sephiroth -]- l’ineffable), vous obtiendrez deux cent quarante-deux
desquels vous retrancherez les nombres pour n’avoir plus que les
portes occultes, ce qui vous donnera 242 — 11 = 231 portes.
La table des substitutions sert à remplacer la première lettre de
l’alphabet par la dernière, la deuxième par l'avant-dernière et
ainsi de suite.
Prenons un exemple du français, l’alphabet :
ABCDEFGHIJKLMN OPQR S T U Y X Y Z deviendra :
ZYXVUTSRQPONMLKJIHGFEDCBA,
si bien que pour écrire ART on écrira en lisant l’alphabet placé au
dessous ZHF. Cette méthode combinée avec la suivante est d’un
grand secours pour l’usage pratique de la Rota de Guillaume
Postel1.
Le deuxième passage (fin du chapitre IY) se rapporte au nombre
de combinaisons que peuvent former un certain nombre de lettres :
f. Voyez Eliphas Levi, Rituel de Haute Magie , chapitre XXI.
— 582 —
ainsi deux lettres ne peuvent former que deux combinaisons, trois
peuvent en former six. Ex. :
1. ABC
2. A G B
3. B A C
4. B C A
5. C A B
6. G B A
et ainsi de suite d’après une loi mathématique. Comme on peut le
voir, le Sepher Jesirah est déductif, il part de l’idée de Dieu pour
descendre dans les phénomènes naturels. Les deux livres dont il
me reste à parler, sont établis l’un d’après le système du Sepher
Jésirah, c'est celui intitulé: Les trente-deux voies de la Sagesse.
L’autre est inductif, il part de la Nature pour remonter à l’idée de
Dieu, et présente un système d’évolution remarquable en cela
qu’il offre une analogie digne d’intérêt avec les idées modernes et
les données de la Théosophie1. Je veux parler des cinquante portes
de T intelligence.
D’après les Kabbalistes, chacun de ces deux systèmes procède
d’une des premières Sephiroth. Lestrente-deux voies de la Sagesse
dérivent de Ghochmah et les cinquante portes de l’Intelligence de
Binah, comme l’enseigne Kircher:
« De même que les trente-deux voies de la Sagesse, émanées de
la Sagesse, se répandent dans le cercle des choses créées, de même
de Binah, c’est-à-dire de l’Intelligence que nous avons vu être l’Esprit saint, s’ouvrent cinquante portes qui conduisent auxdites voies ;
leur but est de conduire à Dusage pratique des trente-deux voies
de la Sagesse et de la Puissance.
« On les appelle Portes parce que personne ne peut, d’après les
cabalistes, parvenir à une notion parfaite des voies susdites s’il
n’est d’abord entré par ces Portes. »
1 . Voyez la seconde partie du Traite élémentaire de Science occulte.
— 383 —
LES 30 PORTES DE L’INTELLIGENCE
t™ CLASSE
' PRINCIPES DES ÉLÉMENTS
Porte 1 — (la plus infime) Matière première, Hyle, Chaos.
— 2 — Vide et inanimé : ce qui est sans forme.
— 3 — Attraction naturelle, l’abîme.
— 4 — Séparation et rudiments des Éléments.
— 3 — Élément Terre ne renfermant encore aucune semence.
— 6 — Elément Eau agissant sur la Terre.
— 7 — Élément de l’Air s’exhalant de l’abîme des eaux.
— - 8 — Élément Feu échauffant et vivifiant.
— 9 — Figuration des Qualités.
— 10 — Leur attraction vers le mélange.
2» CLASSE
DÉCADE DES MIXTES
Porto 11 — Apparition des Minéraux par la disjonction de la
terre.
— 12 — Fleurs et sucs ordonnés pour la génération des
métaux.
— 13 — Mers, Lacs, Fleurs sécrétés entre les alvéoles (de la
Terre).
— 14 — Production des Herbes, des Arbres, c’est-à-dire de la
nature végétante.
— 15 — Forces et semences données à chacun d’eux.
— 16 — Production de la Nature sensible, c'est-à-dire
— 47 — Des Insectes et des Reptiles.
— 18 — Des Poissons j chacun avec ses propriétés
— 19 — Des Oiseaux ( - spéciales.
— 20 — Procréation des Quadrupèdes.
3e CLASSE
DÉCADE DE LA NATURE HUMAINE
Porte 21 — Production de l’homme.
— 22 — Limon de la Terre de Damas, Matière.
-- 23 — Souffle de Vie, Ame ou
— 24 Mystère d’Adam et d’Ève.
— 25 — Homme-Tout, Microcosme.
584 —
Porte 26 — Cinq puissances externes.
— 27 — Cinq puissances internes.
— 28 — Homme Ciel.
— 29 — Homme Ange.
— 30 Homme image et similitude de Dieu.
4e CLASSE
ORDRES DES CIEUX, MONDE DES SPHÈRES
Porte 31
/ De la Lune.
— 32
1 De Mercure.
— 33
1 De Vénus.
— 34
l Du Soleil.
— 35
© J De Mars.
— 36
V7 \ De Jupiter.
— 37
1 De Saturne.
— 38
! Du Firmament.
— 39
f Du premier Mobile.
— 40
\ Empyrée.
3» CLASSE
DES NEUF ORDRES D’ANGES, MONDE ANGÉLIQUE
Porte 41 — Animaux saints Séraphins.
— 42 — Ophanim, c.-à-d. Houes Chérubins.
— 43 — Anges grands et forts Trônes.
— 44 — Haschemalim c.-à-d Dominations.
— 43 — Seraphim c.-à-d Vertus.
— 46 — Malachim Puissances.
— 47 — Elohim Principautés.
— 48 — Ben Elohim Archanges.
— 49 — Chérubin Anges.
6e CLASSE
EN-SOPH, DIEU IMMENSE
MONDE SUPERMONDAIN ET ARCHÉTYPE
Porte 50 — Dieu, Souverain Bien, Celui que l’homme mortel n’a
pas vu, ni qu’aucune recherche de l’esprit n’a
pénétré. C’est là la 50e porte à laquelle Moïse ne
parvint pas.
— 585 —
Et telles sont les cinquante portes par lesquelles le chemin est
prépare de l’Intelligence ou l’Esprit Saint vers les 32 voies de la
Sagesse au scrutateur soucieux et obéissant à la loi.
« Les 32 voies de la Sagesse sont les chemins lumineux par lesquels les saints hommes de Dieu peuvent, par un long usage, une
longue expérience des choses divines et une longue méditation sur
elles, parvenir aux centres cachés. » Kircher.
LES 32 VOIES DE LA SAGESSE
La première voie est appelée Intelligence admirable, couronne
suprême. C’est la lumière qui fait comprendre le principe sans
principe et c’est la gloire première; nulle créature ne peut atteindre
son essence.
La seconde voie c’est l’Intelligence qui illumine; c’est la couronne
de la Création et la splendeur de l’Unité suprême dont elle se rapproche le plus. Elle est exaltée au-dessus de toute tête et appelée
par les Kabbalistes : La Gloire seconde.
La troisième voie est appelée Intelligence sanctifiante et c’est la
base de la Sagesse primordiale, appelée créatrice de la Foi. Ses
racines sont Elle est parente de la foi qui en émane en
effet.
La quatrième est appelée Intelligence d’arrêt ou réceptrice,
parce qu’elle se dresse comme une borne pour recevoir les émanations des intelligences supérieures qui lui sont envoyées. C’est
d’elle qu’émanent toutes les vertus spirituelles par la subtilité.
Elle émane delà couronne suprême.
La cinquième voie est appelée Intelligence radiculaire, parce
que, égale plus que tout autre à la suprême unité, elle émane des
profondeurs de la Sagesse primordiale.
La sixième voie est appelée Intelligence de l’influence médiane,
parce que c’est en elle que se multiplie le flux des émanations.
Elle fait influer cette affluence même sur les hommes bénis qui s’y
unissent.
La septième voie est appelée Intelligence cachée, parce qu’elle
fait jaillir une splendeur éclatante sur toutes les vertus intellectuelles qui sont contemplées par les yeux de l’esprit et par l’extase
de la foi.
La huitième voie est appelée Intelligence parfaite et absolue.
C’est d’elle qu’émane la préparation des principes. Elle n’a pas de
racines auxquelles elle adhère, si ce n’est dans les profondeurs de
la Sphère Magnificence de la substance propre de laquelle elle
émane.
La neuvième voie est appelée Intelligence mondée. Elle purifie
les Numérations, empêche et arrête le bris de leurs images ; car elle
fonde leur unité afin de les préserver par son union avec elle delà
destruction et de la division.
La dixième voie est appelée Intelligence resplendissante, parce
qu’elle est exaltée au-dessus de toute tête et a son siège dans
BINAH; elle illumine le feu de tous les luminaires et fait émaner
la force du principe des formes.
La onzième voie est appelée Intelligence du feu. Elle est le voile
placé devant les dispositions et l'ordre des semences supérieures
et inférieures. Celui qui possède cette voie jouit d’une grande
dignité, c’est d’être devant la face de la cause des causes.
La douzième voie est appelée Intelligence de la lumière, parce
qu’elle est l’image de la magnificence. On dit qu’elle est le lieu d’où
vient la vision de ceux qui voient des apparitions.
La treizième voie est appelée Intelligence inductive de l’Unité.
C’est la substance de la Gloire; elle fait connaître la vérité à chacun
des esprits.
La quatorzième voie est appelée Intelligence qui illumine, c’est
l’institutrice des arcanes, le fondement de la Sainteté.
La quinzième voie est appelée Intelligence constitutive parce
qu’elle constitue la création dans la chaleur du monde. Elle est
elle-même, d’après les Philosophes, la chaleur dont l’Écriture parle
(Job, 38), la chaleur et son enveloppe.
La seizième voie est appelée Intelligence triomphante et éternelle, volupté de la Gloire, paradis de la volupté préparé pour les
justes.
La dix-septième voie est appelée Intelligence dispositive. Elle
dispose les pieux à la fidélité et par là les rend aptes à recevoir
l’Esprit-Saint.
La dix-huitième voie est appelée Intelligence ou Maison de l'affluence. C’est d’elle qu’on tire les arcanes et les sens cachés qui
sommeillent dans son ombre.
La dix-neuvième voie est appelée Intelligence du secret ou de
toutes les activités spirituelles. L’affluence qu’elle reçoit vient de
la Bénédiction très élevée et de la gloire suprême.
La vingtième voie est appelée Intelligence de la Volonté. Elle
prépare toutes les créatures et chacune d’elles en particulier à la
démonstration]de l’existence de la Sagesse primordiale.
La vingt et unième voie est appelée Intelligence qui plaît à celui
qui cherche; elle reçoit l’influence divine et influe par 6a bénédiction sur toutes les existences.
La vingt-deuxième voie est. appelée Intelligence Adèle, parce qu’en
elle sont déposées les vertus spirituelles qui y augmentent jusqu’à
ce qu’elles aillent vers ceux qui habite sous son ombre.
La vingt-troisième voie est appelée Intelligence stable. Elle est
la cause de la consistance de toutes les numérations (Sephiroth).
La vingt-quatrième voie est appelée Intelligence imaginative.
Elle donne la ressemblance à toutes les ressemblances des êtres qui
d’après ses aspects sont créés à sa convenance.
La vingt-cinquième voie est appelée Intelligence de Tentation
ou d’épreuve, parce que c’est la première tentation par laquelle
Dieu éprouve les pieux.
La vingt-sixième voie est appelée Intelligence qui renouvelle
parce que c’est par elle que DIEU (béni soit-il) renouvelle tout ce
qui peut être renonvelé dans la création du monde.
La vingt-septième voie est appelée Intelligence qui agite. C’est
en effet d’elle qu’est créé l’Esprit de toute créature de l’Orbe
suprême et l’agitation, c’est-à-dire le mouvement anquel elles sont
sujettes.
La vingt-huitième voie est appelée Intelligence naturelle. C'est
par elle qu’est parachevée et rendue parfaite la nature de tout ce
qui existe dans l’Orbe du Soleil.
La vingt-neuvième voie est appelée Intelligence corporelle. Elle
forme tout corps qui est corporiflé sous tous les orbes et son
accroissement.
La trentième voie est appelée Intelligence collective parce que
c’est d'elle que les Astrologues tirent par le jugement des étoiles et
des signes célestes, leurs spéculations et les perfectionnements de
leur science d’après les mouvements des astres.
La trente et unième voie est appelée Intelligence perpétuelle.
Pourquoi? Parce qu’elle règle le mouvement du Soleil et de la
Lune d’après leur constitution et les fait graviter l’un et l’autre
dans son orbe respectif.
La trente-deuxième voie est appelée Intelligence adjuvante
parce qu’elle dirige toutes les opérations des sept planètes et de
leurs divisions et y concourt.
Voici l’usage pratique de ces 32 voies.
Les Cabalistes, quand ils veulent interroger Dieu par une voie
quelconque des choses naturelles, s’y prennent ainsi :
D’abord ils consultent dans une préparation antérieure les 32
endroits du lor chapitre de la Genèse, c’est-à-dire les voies des
choses créées, et exercent sur elles leur étude*.
Puis par le moyen de certaines oraisons tirées du nom ELOIM
(D>nbfy ils prient Dieu de leur accorder largement la lumière
nécessaire à la voie cherchée et se persuadent, par des cérémonies
convenables, qu’ils sont adeptes à la Lumière de la Sagesse, si bien
qu’ils se tiennent, par leur foi inébranlable et leur ardente charité,
dans le cœur du monde pour l’interroger. Pour que l’oraison ait
dès lors une plus grande puissance, ils se servent du nom de
42 lettres1 2 3 et par lui pensent qu’ils obtiendront ce qu’ils demandent.
BIBLIOGRAPHIE
Sepher Jesirali (en hébreu); Montoue, 1562, in-4
Artis cabalislicæ scriptores ex biblioth. Pistorii, 1587 (folio).
Abrahami patriarchæ liber Jesirah ex hebræo versus et
commentariis illustratus a Guillemo Postello (1552)
Cuzari libro de grande ciencia y muclia doctrina, traducido
por Abendana; Amsterdam, 5423
Liber Jesirah qui Abrahamo patriarchæ adscribitur, una
cum commentario Rabbi Abraham; Amstelodami, 1662.
Franck. — La Kabbale; Paris, 1863, in-8
A 996 (=»)
A 970
A (Réserve)
6590
A 1100
A 967
A 8853
Les lecteurs curieux de nouveaux détails sur la Kabbale en
trouveront dans les récits de tous les Kabbalistes contemporains,
Éliphas Levi, Stanislas de Guaita, Joséphin Peladan, Albert Jhouney. Ceux qui désirent pénétrer au fond du système kabbalistique
esquissé symboliquement dans le Sepher Jesirah trouveront des développements considérables dans mon étude sur le Tarot des Bohémiens, gros volume de près de 400 pages, basé sur le 3e nom
divin.
1. Dans le 1er chapitre de la Genèse le nom divin Ælohim est mentionné 32 fois.
2. Ce nom est tiré des combinaisons du Tétragramme; voy. Kircher,
loc. cit.
3. Les indications contenues dans cette colonne sont celles sous lesquelles les ouvrages cités sont classés à la Bibliothèque nationale.
Nous venons de résumer dans ce chapitre une doctrine très
ancienne et peu connue. Nous avons fait tous nos efforts pour
être clair malgré l’aridité du sujet; le lecteur voudra bien nous
excuser si quelques points manquent de développement ou si quelques autres sont traités plus qu’il ne le faudrait. L’expérience nous
apprendra par la suite ce qu’il faudra réformer.
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Administration : Rue Deiaborde, 4f
DEUXIÈME PARTIE
LA TRADITION
B
DU CHRISTIANISME AUX TEMPS MODERNES
CHAPITRE XII
LES ORIGINES DU CHRISTIANISME
LE POLYTHÉISME ET LA GNOSE
LES MÉTHODES EMPLOYÉES
DANS LA TRANSMISSION DE LA TRADITION
§ 1 . l’ÉSOTÉRISME. — l’eXOTÉRISME. — LE CULTE.
Les idées que nous venons de développer touchant la
Science des Égyptiens et sa transmission presque totale
par la Kabbale ne peuvent manquer de choquer au plus
haut point la plupart des contemporains. Cela tient à ce
que nous avons parlé surtout de renseignement ésotérique
du sanctuaire de renseignement réservé aux prêtres, aux
docteurs ès sciences de l’époque.
Il fallait atteindre deux buts dans la transmission de
cette science égyptienne :
1° Transmettre la science occulte de génération en génération par le moyen des hommes instruits dans chaque
peuple. L’initiation était le moyen employé pour cette
transmission (c’était là la méthode ésotérique ou du dedans,
du sanctuaire).
38
594 —
2° Transmettre en même temps la science occulte par
le moyen des ignorants de manière que, de quelque
façon qu’on s’y prît, la tradition ne pût être anéantie. Les
légendes religieuses étaient employées à cet effet ( c’était
là la méthode exotérique, ou du dehors, de la foule).
Chacune de ces deux voies de transmission a ses
méthodes particulières qu’il est important de bien définir.
La transmission par les hommes instruits seuls devait
être surtout orale, mais, lorsque les circonstances forçaient
à écrire les mystérieux enseignements, le choix des caractères était fait de telle sorte qu’il rebutait à jamais le
profane.
De là l’obscurité proverbiale des livres kabbalistiques.
Cette chaîne de transmission secrète, qu’elle soit orale
ou qu'elle emploie des caractères particuliers, constitue
l’ésotérisme, — le côté intérieur de chaque doctrine, le côté
véritablement occulte.
Il suffit de se reporter aux citations que nous avons
faites de de Brière à propos des hiéroglyphes et de l’écriture sacrée pour voir que cette méthode mettait en jeu les
facultés les plus élevées de l’homme et demandait pour
être appliquée une grande instruction.
En possession des signes capables d’exprimer son idée,
l’initié devait donc se plier à une considération importante : le choix de son lecteur futur.
Il fallait créer une langue s’adaptant d’avance à l’intelligence de celui à qui elle était destinée, une langue telle
qu’un mot, ne présentant au vulgaire qu’un ensemble de
signes bizarres, devînt pour le voyant une révélation :
« Bien aultrement faisaient, au temps jadis, les sages
— o9o
d’Égypte quand ils écrivaient par lettres qu’ils appelaient
hiéroglyphes lesquelles nul n’entendait qui n’entendît, et
un chacun entendait qui entendît la vertu, propriété et
nature des choses par icelles figurées.
« Desquelles Orus Apollon a en grec composé deux
livres et Polyphile au songe d’amour en a davantage
exposé. )> (Rabelais, liv. I, chap. ix.)
L’idée théorique qui présida au choix de cette langue
fut celle de la gradation hiérarchique Ternaire, les trois
mondes indiqués par Rabelais dans la citation ci-dessus.
Cette idée d’enfermer certaines connaissances dans un
cercle spécial est tellement commune à toutes les époques que nous voyons, en ce siècle de divulgation et de
diffusion à outrance, les sciences communes, mathématiques, histoire naturelle, médecine, s’entourer d’un rempart de mots techniques. Pourquoi s’étonner de retrouver
le même usage en action parmi les anciens?
Reportons-nous au triangle des trois mondes faits-loisprincipes, et nous allons voir l’initié en possession de trois
moyens différents d'exprimer une idée : par le sens positif .
le sens comparatif ou le sens superlatif.
1° — L’initié peut se servir de mots compris par tous en
changeant simplement la valeur des mots suivant la
classe d’intelligences qu’il veut instruire.
Prenons un exemple simple tel que l'idée suivante :
Un enfant nécessite un père et une mère.
S’adressant à tous, sans distinction aucune de classes,
l’écrivain parlera au sens positif et dira :
Un enfant nécessite un père et une mère.
S’il veut retrancher de la compréhension de cette idée
les gens à l’intelligence matérielle, ceux qu’on désigne
sous le ternie collectif de : le Vulgaire, il parlera au sens
' • '«
comparatif, montant du domaine des faits dans le domaine
des lois en disant :
Le Neutre nécessite un positif et un négatif .
L'Equilibre nécessite un actif et un passif.
Les gens qui sont versés dans l’étude des Lois de la
nature, ceux qu’on désigne en général à notre époque sous
le nom de savants , comprendront parfaitement le sens de
ces Lois inintelligibles pour le paysan.
Mais faut-il retrancher de la connaissance d’une vérité
ces savants devenus théologiens ou persécuteurs, l’écrivain
s’élève encore d’un degré, il pénètre de plain-pied dans
le domaine de la symbolique en entrant dans le monde des
principes et dit :
La Couronne nécessite la Sagesse et !’ Intelligence.
Le Savant, habitué à résoudre les problèmes qui se présentent à lui, comprend les mots isolément, mais ne peut
saisir le rapport qui les lie. Il est capable de donner un
sens à cette phrase ; mais la base solide lui manque ; il
n’est pas sûr d’interpréter exactement; aussi hausse-t-il
les épaules quand des phrases analogues à celle-là lui
apparaissent dans des livres hermétiques et passe-t-il
outre en s’écriant : Mysticisme et Fourberie !
N’était-ce pas là le désir de l’écrivain?
La Kabbale et ses trois divisions Gématrie, Notarié et
Thémurie nous montrent un exemple de cette méthode et
de ses applications.
Nous retrouverons ce procédé dans toute l’histoire de
la tradition, surtout lorsque nous aurons à parler de l' Alchimie et des livres de Philosophie hermétique.
2" — L’initié peut employer des signes différents suivant ceux à qui il veut s’adresser.
C’était cette méthode qu’employaient de préférence les
I
— 597 —
prêtres égyptiens qui écrivaient en hiéroglyphes, ou en
langue phonétique suivant le cas.
Mais éclairons encore ceci par des exemples en employant, pour plus de clarté, la même idée que dans le
premier cas :
Un enfant nécessite un />ère et une mère.
S’adressant à la masse, l’initié dira la phrase textuelle.
S’il veut restreindre le nombre des lecteurs, il abordera
le Monde des Lois, et les signes algébriques compris du
savant viendront s’aligner ainsi :
Soit le signe ce désignant le neutre, l’enfant, on écrira :
-yz nécessite -h et, — ou (-J-) + ( — ) — (oc)
S’il veut encore restreindre le domaine de la compréhension, il abordera les signes idéographiques correspondant
aux principes et dira :
astrologiquement : 0 3 = £
ou géométriquement : | -\ = -f
Nous allons voir que ces signes, qui ont encore le don
d’exaspérer les curieux, ne sont pas pris arbitrairement,
mais qu’au contraire une raison profonde préside à leur
choix.
De la. géométrie qualitative.
Rien n’est plus fastidieux que la liste des rapports entre
les figures géométriques et les nombres qu’on trouve un
peu partout dans les auteurs qui s’occupent de la Science
occulte. Cette sécheresse vient de ce qu’ils n’ont pas jugé
à propos de donner la raison de ces rapports.
Pour établir l’alliance des idées aux figures géométriques, il nous faut une base de développement solide,
— 598
connue déjà de nous. Le point de départ d’où nous allons
partir, ce sont les nombres.
Il suffît de se reporter à la tin du chapitre n pour comprendre les développements qui vont suivre.
C’est de l’Unité que partent tous les nombres, et tous ne
sont que des aspects différents de l’Unité toujours identique à elle-même.
C’est du Point que naissent toutes les figures géométriques, et toutes ces figures ne sont que des aspecls différents du Point U
L 'unité [I] sera analogiquement représentée par le
point •
Le premier nombre auquel donne naissance 1, c’est 2.
La première figure à laquelle donne naissance le point,
c’est la Ligne.
Le deux [2| sera représenté par la Ligne
simple ou double — —
Avec la ligne une autre considération entre enjeu, c’est
la direction.
Les nombres se divisent en pairs ou impairs, de même
les lignes affectent deux directions principales.
La direction verticale | représente l’actif.
La direction horizontale — le Passif.
Le premier nombre qui réunit les opposés 1 et 2, c’est
le Ternaire .‘L La première figure complète, fermée, c’est
le triangle.
Lp trois [à] sera représenté analogiquement par
A partir du nombre 3, nous savons que les chiffres
I. La kabbale est fondée sur la même idée. Toutes les lettres naissent
d’une seule, \ tod, dont elles expriment tous les aspects comme la nature exprime les divers aspects du Créateur. (Voyez le Sepher Jesirah.)
— 599 —
recommencent la série universelle 4, c’est une octave
'différente de 1
Les figures suivantes sont donc des combinaisons des
termes précédents, et rien de plus.
Le quaternaire [4] sera représenté par des forces opposées deux à deux, c’est-à-dire par des Lignes opposées
dans leur direction deux à deux.
1 2 forces actives
—
[ 2 forces passives
• ,
Quand on veut exprimer une production produite par
le 4, on fait croiser les lignes actives et passives de
manière à déterminer un point central de convergence ;
c’est la figure de la croix, image de l’Absolu.
Au chiffre cinq (5) répondra l’étoile à cinq pointes symbolisant l’intelligence (la tête humaine) dirigeant les
quatre forces élémentaires (les quatre membres).
Sûr (6) =3 + 3= \7 =
les deux ternaires, l’un positif, l’autre négatif.
Sept (7) = 4 + 3 =
1 . Voy. chap. u.
— 600 —
Huit (8) = 4 -f 4 =
™=3+3+3= A A A
Dix (10) = Le cycle éternel =
Chaque nombre, avons-nous dit, représente une idée
et une forme. Nous sommes à présent capables d’établir
ces rapports :
NOMBRE
IDÉE
FORME
1
Le Principe
•
2
L’Antagonisme
— —
3
L’Idée
A
4
La Forme. L’Adaptation
[
t
1 1
3
Le Pentagramme
6
L'Équilibre des idées
0
0
7
La Réalisation. Alliance de
A
l’Idée et de la Forme
LJ
8
L’Équilibre des formes
A
9
Perfection des idées
1 A
10
Le Cycle éternel
O
— 601 —
D’autres signes sont employés par les initiés et par cela
même indispensables à connaître ; ce sont les signes qui
désignent les planètes. Ils sont d’autant plus importants
que chacun d’eux peut s’expliquer par la géométrie qualitative dont nous venons de parler. Je n’aborderai point
ici cette étude qui nous conduirait loin sans résultat immédiat pour m’occuper uniquement de leur génération.
L’actif et le passif sont représentés dans les planètes parle Soleil (O) et la Lune (J).
Leur action réciproque donne naissance aux quatre éléments figurés par la croix (f).
b Saturne, c’est la Lune dominée par les éléments.
% Jupiter, ce sont les éléments dominés par la Lune.
cf Mars, c’est la partie ignée du signe zodiacal du
Bélier agissant sur le Soleil.
9 Vénus, c’est le Soleil dominant les éléments.
Enfin la synthèse de tous les signes précédents, c’est
Mercure contenant en lui le Soleil, la Lune et les éléments.
3° — L’emploi de la géométrie qualitative permet
encore une autre méthode : c’est l’emploi d’un seul et
même signe qui peut être pris dans des sens différents
suivant l’entendement du lecteur.
Ainsi le signe O ne représentera pour l’illettré qu’un
point dans un rond.
Le savant comprendra que ce signe représente une circonférence et son centre ou, astronomiquement, le Soleil
et par extension la vérité (il est rare que le savant dépasse
ce degré).
L’initié y verra le Principe et son développement, l’Idée
— 602
dans sa cause, Dieu dans l'Éternité outre les sens précédents. Tout à l’heure nous verrons l’origine de ces interprétations.
A ce procédé se rattache l’usage des ligures magiques
appelées pantacles qui résument, grâce à la disposition de
quelques lignes, des lois naturelles très complexes. C’était
là le moyen employé par l’initiation pour conserver les
enseignements toujours présents à l’esprit des initiés. Nous
reviendrons plus loin sur ce point très intéressant.
En somme, le caractère de cette méthode ésotérique,
c’est l’enseignement unitaire, l’enseignement élevé correspondant aux sciences les plus hautes symbolisées dans la
classification occulte par la lettre iod (>) du tétragramme
sacré.
Moïse, en sélectant son peuple, le gouverna presque uniquement d’après cette méthode ; delà l’unitéisme des Juifs
et le caractère mâle et sauvage de leur organisation.
La transmission de la tradition par l’initiation était certes
excellente ; mais elle n’offrait pas toutes les garanties de
durée désirables.
En effet qu’un cataclysme politique vienne saisir les dépositaires de la Science, que leurs livres soient brûlés, et
tout est perdu.
Aussi à côté de la première voie de transmission, à
côté de l’ésotérisme, une seconde fut créée : celle de l'exutérisme, à l’usage de la foule.
Les vérités du sanctuaire ne furent en rien changées ; une
vérité ne se change pas sous peine de devenir une erreur ;
mais elles furent voilées sous des récits légendaires propres
à frapper T imaginât ton du peuple, la seule faculté à laquelle
on puisse s’adresser chez les profanes.
Au xixe siècle nous avons entièrement perdu le sens de
cette curieuse méthode.
Quel meilleur moyen pour transmettre une vérité que
d’intéresser l’imagination au lieu de la mémoire? Racontez une histoire au paysan, il la retiendra et, de veillée en
veillée, les aventures de Yulcain et de Vénus gagneront la
postérité. En sera-t-il de même des Lois de Kepler?
J’ai peine, je l’avoue, à me figurer une brave paysanne
assise au coin du feu et énumérant les lois astronomiques.
L’histoire symbolique contient cependant des vérités
autrement importantes.
Le paysan n’y voit qu’un exercice agréable d’imagination ; le savant y découvre avec étonnement les lois de la
marche du Soleil, et l’initié, décomposant les noms propres,
y voit la clef du grand œuvre et par là comprend les trois
sens que cette histoire renferme ' .
Voilà pourquoi nous verrons toutes les religions anciennes ou modernes accompagnées de légendes diverses
qu’on commence seulement à étudier de nos jours au
point de vue scientifique.
1. I, a tradition alchimiste veut que i’iuitialeur 11e parle que par paraboles ou au moyen de fables allégoriques, mais non pas de fables inventées à plaisir. Dans le grand œuvre, il n’y a qu’un fait majeur : c’est la
transmutation qui se fait suivant des phases admises. Or, comment ne
peut-on pas comprendre que la description de ces phases va être abordée
avec des sujets différents par tel ou tel auteur? Remarquez que le nouveau venu se piquera toujours d’être plus fort en imagination que son
devancier. Les Indous racontent l’incarnation de Vichnou; les Égyptiens
le voyage d’Osiris; les Grecs la navigation de Jason; les Druides les mystères de Thot; les chrétiens, d’après Jean Dée, la passion de Jésus-Christ;
les Arabes, les péripéties d’Aladin et de la lampe merveilleuse. >« (Louis
Lucas, Roman alchimique, p. 171.
Cependant sentant bien que, par la suite, les savants à
imagination active donneraient aux histoires symboliques
et même à tous ces symboles des sens ultra-fantastiques,
les initiés mirent dans chacune de ces histoires une clef
infaillible, guide sûr du sens véritable de la fable: cette
clef c’est le nom propre.
Analysez, grâce au dictionnaire des racines donné
dans le premier volume de la Langue hébraïque de Fabre
d’Olivet, chacun des noms propres composant une légende
mythologique, et vous serez frappé d’étonnement en découvrant la profondeur de vue cachée sous l’apparence badine
de la fable.
Nous jugeons inutile de donner de suite un exemple
d’Histoire symbolique ; nous aurons tout à l’heure à en
détailler un grand nombre auxquelles le lecteur petit se
reporter facilement.
La méthode exoterique porte surtout sur l'imagination et
par suite sur /« diversité , en opposition à la méthode ésotérique qui s’adresse à la volonté et qui cherche l’unité.
Aussi l’exotérisme correspond-il dans la classification
occulte aux deux lettres semblables du tétragramme sacré
m ST, images de la diversité, aux deux hé (HH).
Orphée, contemporain de Moïse et instruit dans le même
temple égyptien que ce dernier, gouverna son peuple
d’après cette méthode exotérique, tout en laissant un ésotérisme profond caché dans les sanctuaires. De là le polythéisme des Grecs et le caractère féminin et poétique de
leur organisation.
La transmission de la tradition se présente donc à nous
sous deux caractères bien différents :
1° L'Esotérisme réservé aux initiés et apanage de l'initiation, avec tout son cortège d’écritures secrètes ;
2° U Exotérisme réservé aux profanes et apanage de la
foule, avec tout le charme de ses histoires symboliques.
N’existe-t-il aucun lien entre ces deux méthodes?
Il en existe un très net : c’est le culte. Le culte réunit les
enseignements philosophiques de l’ésotérisme aux légendes
imaginatives de l’exotérisme ; on y trouve toujours mélangées l’unité du Monothéisme à la diversité du Polythéisme;
aussi M. Louis Ménard1 remarque-t-il très justement qu’un
initié aux mystères sacrés pouvait voir, dans une danse
des prêtres, les lois de la marche du soleil dans le zodiaque
ou celles delà marche de l’idée dans le cerveau ; alors qu’un
profane assistant à la même danse n’y voyait qu’une adoration à Jupiter ou à Apollon.
Là, d’après ce que nous avons dit précédemment, l'ésotérisme correspond au iod'1 de iod, hé, vau, hé, m JT;
L’exotérisme correspond aux deux hé (H il) ;
Le culte, union des deux méthodes, correspond au vau,
union des deux sçgments du tétragramme.
★
Tout enseignement traditionnel complet nous apparaîtra
donc formé des éléments suivants :
1° Une partie ésotérique
iod
)
(âme)
2° Une partie exotérique
hé
n
(corps)
3° Un culte
vaô
(vie)
formant un tout complet
hé
n
(corps total;
I , Louis Ménard, du Polythéisme hellénique.
or.
— fiOfi —
2. — LA TRADITION EXOTÉRIQUE DE MOÏSE A
LA NAISSANCE DU CHRISTIANISME.
LES MYTHOLor.IES.
Grâce aux données qui précèdent, nous sommes mis à
même de comprendre de suite le caractère de toutes les
mythologies à quelque peuple qu’elles appartiennent .
Nous pouvons même résoudre un certain nombre de
problèmes qui inquiètent fort nos savants contemporains.
Ainsi sachant que l’histoire symbolique, le mythe,
comme on l’appelle aujourd’hui, traduit des enseignements de source identique à des peuples divers, nous
comprenons pourquoi les diverses mythologies dérivent
l’une de l’autre, quoique les légendes soient parfois différentes par la forme.
Ainsi la mythologie grecque, la plus connue des milieux
classiques, dérive de la mythologie égyptienne, fait constaté par M. Franck dans son étude sur la Sagesse des
Egyptiens, qu’il discute du reste faute de preuves1.
Si nous nous rappelons qu’Orphéè est un prêtre d’Osirés pourvu d’un nom d’initiation tout comme Moïse, nous
posséderons la clef de ce mystère.
Notre étude sur la Science occulte, sur F ésotérisme , 11e
doit comporter que peu de détails sur ces mythologies qui
forment le domaine de l’exotérisme.
Cependant quelques mots sont nécessaires touchant
certaines idées courantes des contemporains.
Plusieurs fois déjà nous nous sommes élevé contre
1. Dict. philosophique, arl. Égyptiens ( Sagesse des).
— 607 —
l'interprétation exclusive des histoires symboliques par la
théorie clu mythe solaire.
Le Soleil et la Révolution planétaire sont l’ effet d'une
loi générale tout comme une foule d’autres faits tant physiques que moraux et les nombres de 4 (saisons), 12
(mois), 30 (jours), 365 (jours de l’année), sans compter ceux
de 432.000 et quelques autres, ont bien d’autres applications que les seules applications astronomiques.
L’ignorance de la valeur primordiale des noms propres
pour indiquer le vrai sens de la fable populaire, a fait
commettre d’assez belles erreurs aux partisans du mythe
solaire quand même.
Nous citerons comme exemple de ce sectarisme un
ouvrage qui atteste une grande érudition en même temps
qu’une grande ignorance de l’antiquité: la Nouvelle symbolique de Paul Renaud1.
Cet auteur arrive à prouver par l’analyse d’une foule de
mythes leur unité originelle. Son livre comprend une introduction sur la Loi du développement religieux de
l' Humanité dont toutes les bases sont empruntées aux
plus amusantes des hypothèses positivistes, puis trois
grandes études.
La première, intitulée Dualisme, Tri-théisme , Ages du
monde , analyse le dualisme en Perse, en Inde et chez
les Scandinaves, puis la triade duaiistique des Grecs, celle
des Egyptiens, et finit par des considérations sur la Myth ologie des livres mosaïques et sur les Ages du Monde.
La deuxième étude, intitulée Heliosisme, prétend démontrer l’existence unique du mythe solaire dans les histoires symboliques de Siva, Mit liras, Sérapis, Adonai ,
Dyonisios , Apollon, B aider , Wischnou , Prométhée.
! . Christianisme et paganisme. Identité de leurs origines ou Nouvelle
symbolique, par Paul Renand, Paris 1861 , in-8°.
1
La troisième étude s’occupe du Mythe héroïque. Le
Soleil fait tou jours les frais des histoires d'Œdipe , de Portée, de Thésée, de Cyrus , de Moïse, de Romains, de Djemchid, de Lai, de Sigurd, d'Achille, de Jason, d' Orphée et
d’ Hercule.
Les raisons différentes de tous ces noms propres indiquent à première vue que, si toute la partie cosmogonique des légendes traduit bien les phases solaires, les
parties androgoniques et théogoniques de ces légendes
doivenl avoir d’autres significations.
Nous allons énumérer les différentes mythologies qui
perpétuèrent exotériquement la tradition ; nous ne nous
attarderons au développement d’aucun mythe, renvoyant
le lecteur curieux aux traditions des Bohémiens à la fin de
ce chapitre.
Les mythes égyptiens exotériques sont, en grande
partie, constitués par les histoires symboliques d’Osiris,
d’Isis et d’Horus formant la trinité religieuse.
L’histoire d’Osiris, le civilisataur, tué par trahison et
coupé en douze morceaux semés par toute l’Egypte, le
dévouement d’Isis qui reconstitue le corps du dieu sauf
un morceau, forment le fond de beaucoup des mythes grecs
(Adonis entre autres) et se retrouvent encore dans la
légende maçonnique de la mort et de la résurrection
d’Hiram. (Yoy. Franc-Maçonnerie.)
A propos de l’Égypte où tout avait un profond enseignement, même la mythologie, certains auteurs, ceux qui
accusent Pvthagore et Platon d’être des païens , écrivent
très gravement que les Égyptiens adoraient des animaux.
Voilà où peut conduire l'ignorance de l’antiquité.
Donnons-nous donc la peine d’entrer dans une église
chrétienne, catholique, apostolique et romaine, qu’y ver-
— 609 —
rons-nous, supposant que nous ignorions la valeur des symboles tout autant que nos critiques contemporains?
Un mouton couché sur un livre est l’objet d’une vénération particulière de la part des prêtres.
Du reste un pigeon figuré [sur l’autel partage en partie
cette vénération.
Un vieux bonhomme et un supplicié sont adorés également avec ferveur.
Le mouton est quelquefois tenu par une jeune femme qui
marche sur un serpent.
Voilà pour l’ensemble des dieux supérieurs.
Sur les côtés de l’église, de petites chapelles sont élevées
à d’autres dieux moins puissants que le mouton ou le
pigeon.
Un lion est adoré en compagnie, d’un dieujdit évangéliste.
Quatre autres dieux également évangélistes partagent
la vénération des fidèles en compagnie d'un bœuf , d'un
aigle et d'un ange.
Dans certaines églises on adore aussi le chien en compagnie du Dieu saint Rocli et même le Porc en compagnie
d’un autre Dieu saint Antoine.
Que dirions-nous pourtant du critique qui prétendrait:
1° Que les chrétiens sont polythéistes à l’excès et ont
une foule de dieux, décorés du nom de saints à qui ils élèvent des temples?
2° Que les chrétiens adorent les animaux et surtout le
mouton et le pigeon?
Nous dirions que le critique est un naïf et un singulier
ignorant. Mais quand ce même critique vient écrire que les
initiateurs de Platon adoraient des crocodiles vivants, on
l’acclame.
Il en est du reste ainsi pour toute l’aiïtiquilé.
39
— 610 —
La mythologie grecque créée par Orphée en grande
partie constitue un enseignement initiatique complet.
On peut y deviner une théogonie cachée sous les mythes
de Dionysios et d’Apollon, une androgonie dans les
mythes d’OEdipe, de Prométhée, une cosmogonie dans
l’histoire des guerres de Jupiter contre les Titans ; enfin
diverses études des forces physiques dans les mythes héroïques entre autres dans celui d’Hercule.
L’application du mythe solaire a fait fureur à propos
de cette mythologie; si on veut voir comme cette application est souvent forcée, il suffit de parcourir le résumé
suivant tiré de Renaud :
Uranus, dieu du ciel et de la lumière; Titan, dieu des
enfers et des ténèbres.
Tous deux sont fils du Chaos.
Création de l’Univers par Uranus (printemps). Sou
mariage avec sa sœur Titée (la Terre) dont il a douze fils
(les douze mois de l’année). Eté. Uranus renversé du trône
est précipité aux enfers par Titan. Naissance de Saturne.
Uranus remonte au ciel après avoir refoulé Titan aux enfers.
Saturne ou Chronos (le Temps-Zervane), fils d’Uranus et
de Titan. Saturne obligé de se cacher pour éviter la colère
d’Uranus qu’il devait déposséder de l'empire du ciel. 11 se
réfugie en Italie près de Janus et fait naître l’âge d’or sur
la terre (printemps). Peinture de cet. âge et de Janus, le
saint Pierre des chrétiens. Saturne épouse Rhéa (la terre)
dont il a trois enfants (printemps-été-automne) qu’il dévore
successivement. Saturne devient dès lors un dieu farouche
et cruel (hiver).
Naissance de Jupiter dans la grotte de Dictée de l’île de
Crète (antre de l’hiver). Saturne veut aussi dévorer ce quatrième enfant, mais il est renversé du trône et précipité
aux enfers par les Titans, frères de Rhéa.
— ol 1 —
Jupiter et les Titans. Jupiter, devenu grand, livre un terrible combat aux Titans qu'il refoule aux enfers. Saturne
1 sort des enfers pour chercher à faire périr le nouveau
Dieu ; mais Jupiter l'y replonge après lui avoir fait rendre
les enfants qu’il avait avalés les trois saisons qui commen-
! cent l'année . Le printemps vient de triompher des forces
I désordonnées de l'hiver. Maître du ciel. Jupiter épouse ^a
I sœurJunon l'air, construit contre les Titans la citadelle
'! céleste, élève le palais des dieux sur le mont Olympe et
place dans le ciel sa nourrice, la chèvre Amaltée. qui
verse avec profusion sur la terre les fruits de sa corne
cT abondance le soleil entre au capricorne ou solstice d'été .
[Prométhée, père des hommes, est précipité au Tartare
pour avoir tenté de les égaler aux dieux.
Les Titans, ayant à leur tète le serpent Typhon, détrônent Jupiter qu'ils précipitent aux enfers triomphe
de l'hiver ;. Jupiter s'en échappe, rallie les dieux, et
triomphe à son tour des Titans qu’il refoule aux enfers. 11
remonte au ciel1.
Les noms propres peuvent seuls, encore une fois, mettre
sur la voie véritable : aussi allons-nous donner quelques-uns
des sens des noms les plus connus, renvoyant le lecteur pour
plus de détails encore à l'étude de la tradition des Bohémiens où plusieurs mythes grecs s nt analysés.
EUR1DICE
Euridice ~ rohe . Vision. Clarté, Evidence.
*£*•* dich .ce qui montre ou enseigne, précédés
de ?.. (bien;.
Le nom de cette épouse mystérieuse qu'il voulut en vain
rendre à la lumière ne signifie que la doctrine de la vraie
1. P. Renand, op. cit .. p. 423.
science, renseignement (le ce qui est beau et véritable dont
Orphée essaya d’enrichir la terre. Mais l'homme ne peut
point envisager la vérité, avant d’être parvenu àla lumière
intellectuelle, sans la perdre ; s’il ose la contempler dans les
ténèbres de sa raison, elle s’évanouit. Voilà ce que signifie
la fable que chacun connaît d’Euridice retrouvée et perdue.
HÉLÈNE — PARIS — MÉNÉLAS
Hélène
(la Lune)
Paris
Hapi;
Ménelas
Meve).ao;
idée de splendeur, de gloire, d’élévation *.
"D ou 13 [Bar ou Phar ) toute génération,
propagation, extension ( Ish ). L’Être, principe.
(Men) tout ce qui détermine, règle, définit
une chose. La faculté rationnelle, la raison,
la mesure (latin Mens-Mensura).
[Aôsh) l’Être principe agissant, au-devant
duquel on place le préfixe S (l) pour exprimer
1a. relation génitive.
MENEH-L-AOSH La faculté rationnelle ou régulatrice de l’Etre en général, de l’homme en
particulier.
QUELQUES SENS DE NOMS PROPRES
Geo; UnfrS [Aôs) un Être principe, précédé de la lettre hémantique J"l (6 th) qui est le signe de la perfection.
Hpwa; précédé de "l"jH (, herr ) exprimant tout ce qui
domine.
Ao atov (Ayih) la Terre, réuni au mot u>/ l’existence.
Eov (Akov) J 5$ [Aï) un principe de volonté, un point central
de développement.
-p* (lôn) la faculté générative.
1. Cette Hélène dont le nom appliqué à la Lune signifie lu resplendissante, cette femme que Paris enlève à son époux Ménelas, n’est autre
chose que le symbole de l’âme humaine ravie par le principe de la Génération à celui de ia Pensée, au sujet de laquelle les passions morales et
physiques se déclarent la guerre.
613 —
Ce dernier mot a signifié, dans un sens restreint, une
colombe, et a été le symbole de Vénus. C’est le fameux
Yoni des Indiens, et même le Yn des Chinois, c’est-à-dire
la nature plastique de l’Univers. De là le nom d’Ionie
donné à la Grèce.
nXS ( Phoke ) Bouche, voix, langage, discours.
(Ish) Un être supérieur. Un être principe,
au figuré Dieu.
(Ab ou Ap) joint à Whôlon. Le père universel, infini, éternel.
Ato; Le dieu vivant (génitif),
vooç L’Esprit ou l’Entendement.
L’Entendement, du Dieu vivant.
71 S (h our) Lumière.
tfS"l ( Rophœ ) Ce qui montre ou enseigne, précédé de SJ (bien).
Qui montre ou enseigne la Lumière.
TIW ou TH (Hart' ou Sharr) Excellence souveraineté.
Sd (Col) Tout.
Fabre d’OnvET.
Rome, création ultérieure d’un collège d’initiés, bientôt
révoltée contre ses fondateurs, nous montre aussi quelques
mythes particuliers dont nous reparlerons à propos des
Bohémiens.
Poésie
Apollon
Dionysos
(Atovuao;)
Orphée
Hercule
En résumé, si nous jetons un coup d’œil sur l’histoire de
la tradition depuis Moïse jusqu’à la naissance du christianisme, voici ce que nous verrons :
La division de la tradition en deux courants :
1° Un courant ésotérique évolué sous l’impulsion deMoïse
et manifesté par le peuple juif et par tous les initiés d’Égypte ;
2° Un courant exotériquc évolué sous l’impulsion d’Or-
— 614 —
pliée et manifesté par tous les peuples dits polythéistes
dans leurs diverses mythologies.
Le premier de ces courants seul rentre dans le cadre de
notre travail ; aussi est-ce de lui que nous allons continuer :
à nous occuper.
Avant d’aller plus loin, considérons bien l’état de la j
tradition de la Science occulte quelques années avant la j
naissance du christianisme.
1 0 Les Juifs ont perdu le sens secret de leur Sephcr.
La kabbale complète est la possession unique de la
secte des Essêt tiens vivant en communauté mystique autour du mont Moria.
2° Le grand centre d’initiation, l’Egypte, sent sa lin
totale qui approche. Aussi la tradition secrète est-elle cou- ;;
liée à un assez grand nombre d’initiés avec mission delà
sauver de la perte totale par tous les moyens possibles.
Les Esséniens et quelques initiés égyptiens possèdent
donc les enseignements de la Science occulte. Nous allons
voir quel parti ils vont en tirer.
$ 3. — LES ORIGINES DU CHRISTIANISME
Rien de plus difficile que de déterminer exactement
l’état de la tradition de la Science occulte au moment de
la naissance du Christianisme.
Nous allons cependant nous efforcer d’établir de notre
mieux cet état en gardant la plus grande impartialité
possible.
La plupart de ceux qui se sont occupés de cette question n’ont abordé cette étude qu’avec une idée préconçue.
Les auteurs chrétiens ne voient partout qu’influence
divine ou révolte de Satan vaincu, ce qui ne peut nous
satisfaire.
— 61 o —
Les philosophes indépendants (pii ont étudié le Gnosticisme ou l’Ecole d’Alexandrie ignorent, pour la plupart,
l’unité des doctrines religieuses de l’antiquité, et la fraternité universelle des initiés sortis des grands sanctuaires. De là certaines lacunes impossibles à éviter dans
l’histoire de cette évolution toute spéciale.
Nous allons établir notre travail d’après le plan suivant :
1° Nous énumérerons de notre mieux les éléments. d’ac -
tion existant à cette époque au point de vue de la transmission de l’initiation ;
2° Nous ferons nos efforts pour étudier la création des
diverses religions sorties des centres d’initiation et pour
chercher l’analogie possible avec la création du christianisme ;
3° Ceci nous amènera à étudier plusieurs des philosophies de cette époque et surtout le Gnosticisme.
Résumons ce que nous avons dit précédemment au
sujet de l’origine du Seplier.
Les prêtres initiés d’Egypte conservaient la tradition
d’une science profonde qui n’était livrée aux profanes
qu’après de terribles épreuves, et qui ne pouvait être écrite
qu’en caractères de la langue sacrée.
Moïse, surnom d’un des initiés, prêtre d'Osiris, sélecte
un peuple à qui il donne à garder, pour le transmettre
de génération en génération, un livre écrit en caractères
sacrés : le Seplier. Ce livre renfermait la plus grande
partie de la science traditionnelle.
Le sens véritable de ce livre est bientôt perdu pour le
peuple juif, malgré les versions et les traductions qu’on en
fait.
— 616 —
Une seule seele juive conserve encore, a l’époque qui
nous occupe (c’est-à-dire vers la naissance du christianisme), la clef secrète du Sepher ou Kabbale. Cette secte
est celle des Esse nions.
Les deux autres sectes, les Pharisiens et les Saducéens,
ne comprennent plus rien à l’œuvre de Moïse et font de la
politique plus qu’autre chose.
Jésus est juif. Il sortira des Esséniens .Mais n’anticipons
pas et notons bien ce premier point: les Esséniens sont, en
ce moment, les seuls dépositaires de la tradition ésotérique.
Mais ces Esséniens ne sont en somme que les descendants intellectuels d’un prêtre Égyptien, Moïse.
L’initiation donnée dans les mystères d’Osiris ou d’isis
ne s’est pas arrêtée à Moïse. Elle a continué depuis;
Orphée a répandu les enseignements reçus en Egypte dans
toute la Grèce. Successivement Pythagore, Platon et tous les
grands philosophes ou législateurs de l’Occident sont venus
se retremper à la source originelle. Delà l’existence, parallèlement à la tradition juive et au Sepher (conservés dans
une petite contrée, par un seul peuple), d’une tradition aussi
profonde, quoique plus imagée : celle du Polythéisme grec.
L’Egypte et ses mystères dominent encore, au moment
de la naissance du christianisme, toute l’intellectualité de
l’Occident.
Les initiés, se reconnaissant à certains signes secrets, circulent à travers le monde, allant porter le mot d’ordre dansles
temples de tous les dieux où enseignent les prêtres savants,
représentants régionaux de l’Université d’Égypte désignée
mystiquement sous le nom collectif d' Hermès Tri smegiste' .
I. C’est-à-dire Hermès (centre scientifique) possédant les trois ordres
de Sciences (Université), science des faits, science des lois et science des
principes, tandis que les facultés régionales ne possédaient qu’un ou deux
de ces ordres de sciences (voy. chap. ier).
(517
Apulée, vers 140 après Jésus-Christ, pourra encore se
faire initier aux mystères d’Osiris, preuve de leur existence
à cette époque encore.
Si les Esséniens dérivés par Moïse de la souche primitive, possèdent encore la tradition, le centre primitif luimême, l’Université d’Egypte possède aussi cette tradition
qu’elle a diffusée de son mieux en Occident, grâce à
Orphée et à ses disciples.
Tels sont les deux éléments en présence au moment où
les Esséniens vont s’efforcer de sauver leur dépôt sacré
par la création du christianisme.
Ceci nous amène à dire quelques mots de la création
d’une religion telle qu’on peut la concevoir d’après les
données de la Science occulte.
A propos de la méthode de transmission de la tradition,
nous avons montré que tout enseignement complet se
composait de trois parties :
1° Une partie exotérique en général mythologique ;
2° Une partie ésotérique ;
3° Un culte formant le lien entre ces deux parties.
Une source immédiate d’erreurs irréparables, c’est la
confusion de ces trois parties. Pour le polythéisme, cette
erreur n’est pas à craindre jusqu’à présent, puisqu’on
ignore encore l’existence d’un ésotérisme et que le culte
est à peine étudié ; l’exotérisme ou la partie mythologique
est donc seule connue.
Or, l’origine de cette mythologie c’est, nous l’avons vu
la matérialisation des principes qu’on habille en bonshommes pour les besoins de la légende.
Les anciens écrivaient souvent l’histoire d’après une
méthode analogue. Ne faisant aucun cas des individus, ils
racontaient l’évolution sociale des principes incarnés par
ces individus, écrivant l’histoire du despotisme et l’origine
— 618 —
d’un peuple sans s’occuper du nombre successif de despotes qui avaient incarné ce principe, et le reste à
I1 avenant.
11 suf(it de considérer attentivement l’origine de presque toutes les religions pour y trouver l’application de la
même méthode.
Un créateur, homme véritablement divinisé par le génie
qu’il déploie dans les réalisations de son idée, pose les
bases d’un nouveau culte qui doit avoir un triple but, scientifique, social et religieux.
L’histoire de cet homme ne saurait être contée au jour
le jour comme nous le faisons à notre époque. Tout étant
réglé par la loi de l’analogie, c’est le principe ésotérique
plus ou moins élevé, révélé par l' initiation , qui est décrit
dans son évolution.
Voilà pourquoi le début et la tin de l'histoire de Moïse
sont purement mythiques.
Il en est de même pour l’histoire d'Orphée.
Il en est aussi de même, quoi qu’on semble prétendre,
pour l’histoire de Jésus.
On n’a pas voulu voir la partie exotérique , mythologique,
du christianisme, et on a voulu faire admettre l’existence
d’une étoile mystérieuse guidant trois mages, un rouge,
un noir et un blanc, vers un petit enfant qui vient de
naître et qui parle déjà. 11 est né d’une vierge le 25 décembre.
C'est alors que les critiques et les savants, peu enclins
au mysticisme de leur nature, sont venus, textes en mains,
montrer que Jésus et Jcison sont bien synonymes, que
Mit liras est aussi né le 25 décembre, d’une vierge pure en
compagnie d’un bœuf, que Dionysios est aussi né le
25 décembre et que le jeune dieu, obligé de fuir, est
bientôt emporté sur un âne en Egypte , par le vieux Silène;
enfin qu’avant l’existence de Jésus, un certain Chrishna
avait eu exactement les mêmes aventures dans l’Inde, date
pour date, astronomiquement parlant.
Découvrant l’histoire d’un même principe au fond de
tous ces mythes, la critique contemporaine en conclut
qu’il n’y a jamais eu d’individu plus dans une religion que
dans l’autre, et que le nommé Jésus a beaucoup de chances
pour être né dans la cervelle de quelques philosophes en
quête d’un nouveau culte.
Contre ces critiques les théologiens, privés de leur
meilleur moyen de persuasion, te bûcher, veulent ergoter
sur l'authenticité des textes et en arrivent à nier toute la
mythologie, pour établir, comme fait historique, la légende
du petit enfant qui parle philosophie et de l’étoile qui descend sur la terre, exprès pour guider des mages vers le lits
d’une vierge.
L’astronome proteste alors en compagnie du physiologiste, et le théologien en arrive à ressembler à un jeune
enfant qui veut soutenir mordicus à ses parents qu’il est
né dans un chou, au grand amusement de ceux-ci.
Cet entêtement de l’Église à soutenir des impossibilités
scientifiques conduit la Science à nier toute valeur aux
religions et à considérer celles-ci comme créées par quelques fourbes, pour exploiter la bêtise humaine.
Tous les livres sacrés sont considérés comme apocryphes, et l’homme indépendant, plaisantant l’ignorance du
théologien et la négation du savant, se brûle la cervelle
dès qu’il se sent mal sur terre afin, sans doute, d’aller
puiser ses informations aux meilleures sources.
Un peu d’expérience suffit pourtant pour faire comprendre que la fourberie bâtit rarement des œuvres
durables et douées d’une résistance aussi puissante que
celle d’une religion.
— G20 -
Si l’on a compris ce qui précède, on verra que derrière
la légende mythique, il y a un individu qui a manifesté le
principe dont on raconte l’évolution et que faute de distinguer l’exotérisme de l’ésotérisme, on risque de ne plus
rien comprendre à toutes ces origines.
Il est facile de nier Moïse, de dire que Pylhagore n’a
jamais existé et que Jésus est un mythe. Quelques rabbins
inoccupés ont composé le Seplier, deux ou trois professeurs sans emploi, à l’époque, se sont cotisés pour inventer la philosophie grecque, quelques initiés ont créé
le Christ entre deux danses bachiques, je veux bien;
mais Israël est toujours debout, la Grèce illumine l’intellectualité occidentale de ses enseignements, et le Christianisme a pris un bel essor, pour une fourberie du
temps1.
Réfléchissons un peu et nous sentirons qu’il y a une
tète unique dominant chacun de ces mouvements, comme
il n’y en a qu’une pour tous les membres de l’homme. Le
jour où il y aura des hommes sans tête, j’admettrai
qu’une collectivité ait écrit l’Odyssée ou le Seplier, mais,
jusque-là, non.
Étudiez sérieusement la Vie de l’initié qui vint manifester en Occident le Principe de Christos, qu’y trouverezvous?
1° Une charpente mythique, énonçant une série de lois
ésotériques , correspondant à la marche du Soleil si vous
voulez ;
1 . Les études artistiques du célèbre peintre James Tissot sont plus probantes en faveur de l’existence du Christ que tous les travaux réunis des
critiques contemporains.
— 621 —
2° Une série de faits précis, arrivés en des endroits déterminés géographiquement et faciles à contrôler;
3° L’existence d’un personnage tantôt entièrement*
divin, tantôt purement humain, évoluant entre cette mythologie et ces faits.
Le divin apparaît avec la mythologie, l’humain avec les
faits.
Laissez de côté la naissance et la résurrection toutes
symboliques de ce Jésus et vous trouverez un envoyé de
ces Esséniens , dépositaires de la tradition kabbalislique,
dans ce révélateur qui parle au peuple par paraboles
(1 " sens exotériquc), qui initie ses apôtres futurs au sens
véritable de ces paraboles (2° sens-intelligible. -Lois) et qui
révèle la totalité de sa doctrine à son disciple favori saint
Jean (3e sens).
M. Édouard Schuré a écrit en maître une admirable vie
de Jésus 1 , essayant de concilier la mythologie et les faits,
sans pouvoir toujours y parvenir.
L’Apocalypse et le début de l’Évangile de saint Jean sont
là pour prouver l'origine toute kabbalislique de cet initié
parvenu à la force de manifestation de l’Eternel Christos2.
Les évangélistes écrivent la Vie du Maître en la composant d’après les lois, toujours suivies à l’époque, de
l’ésotérisme.
Saint Jean seul écrit Y histoire du Principe manifesté de
son origine à ses fins mystiques.
Les 24 vieillards, les anges et leurs fonctions, le chiffre
de la bête, c’est de la kabbale appliquée, c’est la preuve de
la possession intégrale de l’ésotérisme moïsiaque.
1. Edouard Schuré, les Grands lniliés.
2. Un livre rabbinique, le Scpher Toldos Jcschu, affirme l'existence du
Christ et prétend qu'il avait volé la véritable prononciation du tétragramme
(mn>) ; de là ses miracles; ce symbole indique que Jésus, de l’avis même
des Juifs kabbalistes, est un grand initié.
— 622 —
Les Esséniens seuls possédaient cette tradition, c’est de
chez eux que sort le Christianisme.
Au moment où les disciples de l’Essénien Jésus viennent
annoncer au monde la venue du Sauveur, du Christ, de
singuliers adversaires surgissent tout à coup.
Saint Pierre se trouve en présence de Simon le Magicien, initié à la Science occulte, faisant une partie des
miracles accomplis autrefois par le Christ et venant de son
côté prêcher la Gnose.
En face de la révélation des Esséniens se dresse celle des
mystères d’Egypte ; la tradition sort à la fois des deux sanctuaires qui la renfermaient.
Les critiques fort savants qui se sont occupés de la
Gnose avouent qu’ils n’en peuvent découvrir l'origine, et
supposent que c’est un ramassis de quelques doctrines
courantes. Ce que nous avons dit permettra de saisir ce
mystère.
Les Gnostiques affirment aussi que c’est d’abord le
principe Xptsircç ou Chrislos qui s’est manifesté ; mais remontant à des sources qui ont conservé plus purement la tradition, ils établissent toute la filiation de ce Ghristos.
Il y aurait un bien beau travail à faire en comparant
renseignement de la Gnose avec la traduction correcte de
la Bible d’une part et l’Apocalypse d’autre part, on y trouverait, sous des noms différents, l’étude des mêmes principes, on y retrouverait l’enseignement profond des mystères primitifs.
Moïse, Pythagore, Platon, Zoroastre ont puisé leurs connaissances dans ces mystères ; aussi la Gnose renfermet-elle du Platonisme, du Judaïsme, du Christianisme et de
la religion persane même. Ce n’est pas le Gnosticisme,
essentiellement synthétique, qui vient de ces cultes, ce
sont eux qui proviennent de la même source.
— 623 —
La Gnose est donc l’essai de l’Université d’Égypte cherchant à remplacer le Polythéisme, primitivement émané
d’elle, par une nouvelle révélation, plus ésotérique encore
dans ses bases que le Christianisme qui venait de naître.
Les Esséniens envoient Jésus comme révélateur, l’Égvpte lui oppose Apollonius de Tyane, aussi puissant par
ses miracles, le véritable fondateur de la Gnose.
Simon le Mage ne sera qu’un continuateur, éminent il
est vrai, d’Apollonius.
Quelques années après la mort de, Jésus, la tradition se
trouve donc possédée par trois courants bien nets.
1° Le Courant essénien :
ésotérisme kabbalistique
( venant de l'Egypte par Moïse).
2° Le Courant égyptien :
ésotérisme primitif
( venant directement des mystères sacrés ; essai
d'une nouvelle révélation ).
3° Le Courant polythéiste :
exotérisme apparent
( reste de l'ancienne révélation égyptienne,
par Orphée ).
11 nous faut résumer rapidement l’histoire de ces trois
courants.
§ 4. — LA GNOSE
Le courant essénien manifesté par le Christianisme est celui qui
devait prendre par la suite la plus grande importance politique,
tout en perdant presque totalement .les clefs de la tradition.
A la suite de Jésus, ses disciples continuent son œuvre et lui assurent l’immortalité en donnant consciemment leur vie pour elle.
Une loi peu connue enseigne en effet que tout individu qui meurt
injustement pour son idée devient l’âme même de cette idée qui se
constitue de ce fait un être réel, quoique invisible ; aussi les marChristianisme
Gnosticisme
Néo-platonisme
École
d’Alexandiie
— 624 —
lyrs assurent-ils le succès d’un mouvement d'autant plus rapidement qu’ils sont plus nombreux.
Saint Jean, relégué à Pathmosen dehors de toute lutte active après
une carrière tout apostolique, écrit le livre de la Révélation, l'Apocalypse, et meurt peu après (101).
Saint Pierre et saint Paul, les deux réalisateurs pratiques du
Christianisme, surtout le second, étaient déjà morts martyrs depuis
l’an 67 après une lutte acharnée contre les deux doctrines rivales,
le Polythéisme et le Gnosticisme.
Depuis l’an 33 jusqu’à l’édit de Milan (313) qui fait du cliristia- . I
nisme la religion officielle de l’Empire définitivement formulée par
le concile de Nicée en 325, ce ne sont que luttes âpres contre les j
hérésies et longues suites de persécutions.
Néron (64-68), Domitien (95), Trajan (106), Marc-Aurèle (166177), Septime Sevère (199-204), Maximin (235-238), Dèce (250- I
252), Valérius (258-260), Aurélien (275), Dioclétien (303-313) cherchent par tous les moyens politiques en leur pouvoir à étouffer la
nouvelle doctrine, mais sans y parvenir.
D’autre part les hérésies sans cesse naissantes qu’il faut combattre
à tous moments ; voilà certes plus de raisons qu’il n’en faut pour
justifier la perte rapide de la tradition ésotérique par les chrétiens.
Cette tradition est cependant encore bien vivante, quoique voilée :
1° Dans la partie mythologique et tout exotérique de la légende
du Christ;
2° Dans les livres sacrés, surtout dans ceux de saint Jean ;
3° Dans le culte, révélation des mystères des Esséniens, et par !
suite de ceux des Egyptiens eux-mêmes.
Mais le caractère dominant du Christianisme sera toujours le
côté politique et militant. De nombreux schismes prendront naissance par la suite, des hérésies nouvelles seront sans cesse un sujet
d’ardentes polémiques pour les défenseurs de la nouvelle foi ; le
culte suivra en cela la loi fatale qui semble poursuivre tout mouvement religieux ou philosophique.
La tradition survivra bien à tous ces bouleversements et à toutes '
ces luttes ; mais elle sera perdue pour ses détenteurs de même que
le sens du Sepher est perdu pour les Juifs. Ce n’est donc pas là que
nous pourrons en suivre la transmission totale.
Nous n’avons que quelques mots à dire du courant polythéiste.
La destruction de l’Université mère d’Égypte par la louve
\
— 625 —
romaine c’était la ruine de toute l’organisation secrète des initiations et des facultés régionales.
En vain Apulée (120-190) dévoile-t-d dans l’admirable symbole
de Psyché 1 l’ésotérisme de la révélation d’Orphée après avoir été
s’instruire aux sources primitives en se faisant initier aux mystères
d’Osiris.
En vain Ammonius Saccas fonde -t-il en 193 cette célèbre École
d'Alexandrie, dernier rempart d’un monde qui jette une lueur
grandiose avant de s’abîmer dans le néant, le courant polythéiste
illustré par Plotin (205-270), Porphyre (233-304), Jamblique (325),
Proclus (480), etc., est délinitivement anéanti en 529 sous l'influence
des progrès du christianisme triomphant.
Une philosophie, aussi élevée soit-elle d’ailleurs, est toujours
impuissante à lutter contre un culte sérieusement organisé.
Ce n’est donc pas non plus dans ce courant que nous pourrons
suivre la tradition ésotérique. Nous y trouverons cependant de précieuses indications sur le rituel secret des mystères anciens, mais
rien de plus.
Que nous reste-t-il donc à considérer?
La Gnose.
LA GNOSE
La Gnose est essentiellement un ensemble de connaissances
acquises par des voies mystérieuses échappant généralement aux
procédés d’instruction connus.
Le courant gnostique apparaît tout à coup au commencement
du second siècle et prend de suite une très grande importance.
Révélation des enseignements ésotériques tenus jusque-là enfermés dans les sanctuaires, la Gnose vient allier le Polythéisme dans
son essence aux mystères les plus profonds révélés par le christianisme.
Les gnostiques allient les procédés de calcul mystiques employés
dans la Kabbale, aux déductions philosophiques d’où sont dérivées
les religions diverses.
Jésus avait trouvé dans Apollonius un sérieux rivai ; mais Jésus,
vainqueur de la fatalité par son mépris pour la mort, n’avait pas
eu de peine à garder la victoire, supérieur en vertu à Apollonius,
malgré les austérités et la haute initiation de ce dernier.
Saint Pierre trouva un adversaire bien redoutable pour lui dans
i. L’Ane d’Or d'Apulée.
40
— 626 —
Simon le Mage qu'on considère généralement comme le créateur
de la Gnose conjointement, avec Cérinthe.
La doctrine révélée par ces deux hommes supérieurs renferme
intégralement toutes les données de l’ésotérisme; aussi voit-elle
son succès s’accroître de plus en plus en même temps que les sectes
diverses se créent poursuivant chacune un point particulier de la
tradition.
M. Matter, qui a fait une fort belle élude historique sur le Gnosticisme, le divise en cinq groupes principaux différant entre eux
par certaines considérations doctrinales, à peu près comme les diverses sectes chrétiennes de nos jours.
Ces groupes sont :
1° Le groupe primitif ou palestinien fondé, ce qui est curieux,
presque entièrement par des Juifs (non esséniens) :
Simon le Mage
Ménandre
Dosithée
Cérinthe
appartiennent à ce groupe.
2° Le groupe syriaque que Saturnin et Bardesane d'Édesse représentèrent.
3° Le groupe égyptien , celui qui dérive le plus directement des
mystères, celui qui renferme la tradition secrète plus que tous les
autres.
La théorie kabbalistique pure des Abraxas lui est personnelle.
Ses représentants les plus illustres ont donné naissance à des
groupes imposants, ce sont :
1° Basilide. — Mage, initié à tous les mystères.
2° Valentin. — Chrétien possédant l’ésotérisme complet. Révélation de la tradition dans ses plus importantes
divisions.
3° Les Ophites. — Dérivent du système précédent.
4° Le groupe sporadique avec Carpocrate.
— 627 —
5° Le groupe asiatique, un des plus importants par son ardeur à
soutenir la lutte, illustré par Cerdon et Marcion.
Cette variété de doctrines vient de ce que chaque initié, chaque
faculté régionale devenus libres de leur serment de silence cherchèrent à retrouver la totalité de la tradition, avec le peu qu’ils
possédaient par eux-mêmes, de la Science Occulte.
C’est pour cela que le groupe égyptien directement dérivé de la
source primitive est le plus avancé comme connaissances et possède presque intégralement la tradition.
Alors que le Polythéisme s’effondra sans rien laisser que ses
livres et ses légendes, le Gnosticisme ne fut jamais anéanti. Quand
le courant du Christianisme politiquement vainqueur s’empara de
la direction intellectuelle de l’Occident, la Gnose persista à l’état
de tradition secrète transmise dans les mystères des associations
occultes. Nous allons la retrouver sous le nom de Philosophie hermétique dans tout le moyen âge ; les Templiers qui avaient été se
faire initier au lieu d'origine étaient aussi desGnostiques, de même
que les Francs-Maçons le seront plus tard à leur insu.
De toutes les voies par lesquelles s’est conservée la tradition le
Gnosticisme est donc l’une des plus puissantes.
Nous allons donner à ce propos deux études récentes de M. Jules
Stany Doinel, un fervent apôtre de ces doctrines à notre époque,
bien plus compétent que nous-même en ces questions.
La première de ces études expose le système de Valentin, l'autre
montre pièces en main la survivance de la Gnose comme culte au
xi° siècle. Le lecteur nous saura gré, nous l’espérons, de ces deux
extraits.
LA GNOSE DE VALENTIN
A mes frères et mes sœurs de l’Église Guostique répandus dans les ténèbres
de ce monde Hylique.
I
J’aborde la gnose de Valentin.
C’est la gnose complète. Je l’aborde avec foi, enthousiasme et
tremblement, car je sens que l'heure est venue où la Doctrine longtemps muette, longtemps cachée, longtemps persécutée, va jeter
— 628 —
sur les hommes de cette fin de siècle sa clarté salutaire et libératrice.
Je remercie Papus de m’avoir ouvert Y Initiation, pour cet apostolat gnostique. Le jour n’est pas loin où je pourrai avec l’aide
des Saints Eons exposer en public, devant les hommes de bonne
volonté du grand et noble Paris, l’Évangile pour lequel ont vécu,
lutté, souffert, pleuré, versé leur sang, les martyrs, les apôtres,
les docteurs et les initiés depuis Simon |le Mage jusqu’au glorieux
Albigeois.
Notre âge est vraiment privilégié. Il voit refleurir la Kabbale, la
Théosophie, l’Initiation, l’Astrologie, la Science occulte. Il assiste
à un réveil prodigieux. Toute une constellation d’esprits éminents
resplendit dans son ciel psychique. Des revues, des journaux, des
livres, répandent la lumière de l’Orient sur notre terre occidentale.
L’absolu se manifeste. N’est-il pas juste que la gnose qui a rayonné
pendant plusieurs siècles et qui s’est presque éteinte, reparaisse à
son tour dans le firmament des âmes? Je ne suis qu’une voix qui
la proclame, cette voix ne résonnera pas dans le désert. Mais que
tout profane s’écarte. Nous ne jetons pas les perles d’Ophir devant
les Hyliques ignorants.
II
Le principe de la Gnose est celui-ci :
l’absolu émane des forces divines qui sont ses hypostases. ces
ÉMANATIONS SONT PROJETÉES PAR COUPLES (Syzygies) DE SÉRIES DÉCROISSANTES, CE SONT LES ÉONS.
Aiôç xal touç Acwvaç dit Apollos dans l’épître aux Hébreux
(t. II).
Au commencement était le Silence, Éon éternel, source des Éons,
l’invisible Silence, l’innommé, l’ineffable, I’abime ; la langue vulgaire
l’appelle Dieu.
Principe et cause, infini, enveloppé de soi-même, il n’agissait
pas. Mais dans son silence inviolé deux « générateurs », le principe
mâle et le principe femelle, l’un, le mâle, illuminateur d’en Haut,
l’autre, la femelle, illuminateur d’en Bas, contenaient la racine, la
source de l’Etre, ou plutôt étaient eux-mêmes la racine et la
source.
L’abîme (Buthor), s’enveloppant ainsi soi-même, se contemplait
avec sa coéternelle épouse, la Pensée (Ennoia). Silencieuse comme
Lui, Ennoia recevait dans cet inexprimable embrassement le
— 629 —
germe fécond, le germe divin des Émanations. C’est par Ennoia
que I’abîme allait engendrer. Car il était amour, et l’amour aspire
à se répandre. Et il n’y a pas d’amour qui ne veuille quelque chose
à aimer.
III
L’abîme voulut donc se répandre, et avec la Pensée il émane 1' Intelligence, l’Éon Nous, le premier-né (Monogenès), seul capable
de comprendre la grandeur de son Rêve. C'est le premier des Éons,
F ’Apy-l), il est mâle, et Dieu se révèle par lui. L’acte qui l’émane
émane en même temps sa compagne, sa parente, l’absolue Vérité
(Alêlheia), Éon femelle à côté de l’Éon mâle, subjectivité à côté de
l’objectivité. C’est ainsi que se constitue la première Tétrade.
I — 2. Sigê-Ennoia [Silence et Pensée).
3 — 4. Noûs-Alêtheia ( Intelligence-Vérité ).
Cette première tétrade est la manifestation intérieure, interne, de
l’Absolu.
Les Éons sortis de Dieu émanèrent à leur tour comme Dieu. Noûs
et Alêtheia engendrèrent la Parole et la Vie (Logos et Zôê). Logos
et Zôê émanèrent TEssence-Humaine (Anthropos) et ('Assemblée
(Ecclêsia). On doit savoir qu’ Anthropos est l’Homme-Type dont
notre Humanité n’est qu’une copie lointaine, et qu’Ecclêsia est l’Ensemble du Cosmos. De sorte que Anthropos, mâle, et Ecclêsia.
femelle, sont les deux archétypes du monde de l’Intelligence et de
celui de la matière.
C’est la seconde tétrade.
0 — 6. Logos-Zôê.
7 — 8. Anthropos-Ecclêsia.
Avec la première tétrade, cette deuxième tétrade constitue l’Ogdoade qui condense les ineffables beautés de I’Un, de I’Absolu.
IV
Comme leur Père, les Éons allaient émaner, toujours par syzvgie,
par couple, par principe mâle et par principe femelle. Logos et
Zôê émanèrent donc et projetèrent :
1 — 2. — - Bythios et Mixis.
3 — 4. — Ageratos et Hénosis.
S — 6. — Autophyês et Hedonê.
7 — 8. — Akinétos et Synkrasis.
9 — -10. — Monogenês et Makana.
Ces dix Éons forment la Décade.
Anthropos et Ecclêsia émanèrent et projetèrent :
1 — 2. — Paraclutos et Pistis.
3 — 4. — Patricos et Elpis.
o — 6. — Mêtricos et Agapê.
7 — 8. — Aeinous et Sunêsis.
9 — 10. -- Ecclêsiasticos et Makaridès.
11 - — 12. — Thélêtos et Sophia.
Ces douze Eons forment laDodécade.
La réunion de l’Ogdoade, de la Décade et de la Dodécade, manifestant par degrés successifs et descendants I’Absolu, constituent la Plénitude, ou, pour parler le langage de Valentin, le
Plérome.
Chacun des Eons est une hypostase de la vie de 1’ Abîme divin, un
type qui le reproduit, un échelon mystérieux pour monter jusqu’à
lui. L’Ogdoade est plus élevé que la Décade, et la Dodécade moins
élevée. Valentin disait avec Paul ( Colossiens , II, 9) : « En elle
habite le Plérome de la divinité. » — « ’Ev a ùtw x* toucsT ttxv rh
nXvjpOjy.a TY}Ç 0cÔTT|TOÇ. » . .
Ces notions contiennent l’essence de la Théologie du grand Valentin. Nous devons maintenant exposer avec la même clarté
simple et sans emphase la cosmogonie de ce docteur de la Gnose,
V
Tous les Eons émanés de I’Abîme ne connaissaient pas son essence,
sa nature. Seul, Nous (l’intelligence) la connaissait, étant le principe mâle sorti de lui et d’Ennoia. « Personne, disent Mathieu et
Luc, ne connaît le Père, si ce n’est le Fils. » (Math., xi, 27 ; Luc.,,
x, 22.)
Cette science parfaite cependant était ambitionnée par tous les
Éons. Ils émanaient de Dieu, ils tendaiemt à Lui, ils l’aimaient,
ils étaient dévorés du désir insatiable de le connaître. Nous leur
aurait communiqué cette science parfaite si le Silence éternel le
lui eût permis. Mais il ne le permit pas.
Par suite de l’émanation à mesure que les Éons émanés s’éloignaient de leur source, du foyer de l'Infini, leur ignorance de ce
mystère ineffable allait croissant et leur langueur s'augmentait.
Leur insatiable désir devenait une véritable souffrance. Cette souffrance, Sophia la ressentait à un degré incalculable. Elle était le
dernier Éon de la Dodécade, le plus loin du Père, par là même le
plus ignorant du secret de sa Nature. Unie à Thélêtos (volonté),
elle ne pouvait supporter son principe mâle. Elle avait soif de
I’Abîme. Elle désirait s’unir avec Lui. Elle aimait la source des
émanations, le père des Eons, le premier Eon. Elle luttait ainsi
contre l’impossible. Et dans la violence passionnée de cette lutte,
elle se serait perdue, anéantie, si la Limite, l’Éon Horos ne lui avait
été envoyée par Sigè (le Père). Horos fit rentrer Sophia dans les
limites de son être, dans les bornes de sa nature. Emané pour restaurer l'harmonie du Plérome troublée par les langueurs de Sophia,
Horos se sentit impuissant à remplir toute sa mission, car, dans sa
passion d’amour indicible, Sophia avait déjà gravi les sublimes
échelons de la Plénitude.
Il fallut aider Horos. C’est pourquoi Nous émana un couple
nouveau Christ et Pneuma (l’Esprit). Ces deux Eons devaient
pacifier le monde divin du Plérome.
Christ apparaissant aux Eons leur expliqua le déploiement de
l’Absolu, ses lois, ses règles, ses exigences, sa norme. Grâce à lui,
les Eons comprirent que l’Absolu, incompréhensible en soi, ne peut
être perçu et saisi par ses manifestations, ses émanations, son
devenir successif et que son incommunicable essence reposait dans
l’éternel Sigè (Silence).
Après Christ, Pneuma parla aux Eons et leur enseigna la sainte
résignation et la sainte paix de l’acquiescence.
VI
Cependant les langueurs de Sophia n’avaient pas été stériles.
Sans le secours de son parent Volonté, elle avait enfanté d’ellemême, durant ses ardeurs inassouvies, un Eon femelle émané de
son désir de s’unir à 1’ Abîme.
Cet Eon, Achamoth, ou Sophia-terrestre, précipité en naissant
du Plérome, exilé dans le chaos, errait hors des limites du Monde
divin que lui barrait impitoyablement Horos.
Achamoth, en tombant du Plérome, avait eu la vision rapide de
la Lumière ineffable qui lui était ravie. Le sentiment de sa chute,
la pensée torturante de son isolement la poursuivaient dans son
exil. On pourrait lui appliquer ces beaux vers du poète ésotérique,
Lamartine :
Tout mortel est semblable à l’exilé d’Éden,
Lorsque Dieu l'eut bauui du céleste jardin;
Mesurant d’un regard les fatales Limites,
Il s’assit en pleurant aux portes interdites.
Tl entendit de loin, dans l’immortel séjour,
L’harmonieux«soupir de l’Éternel amour.
Souvent l'infortunée s'élancait jusqu’aux confins de la Plénitude.
Horos la repoussait, comme l'archange au glaive llamboyant de la
Bible repoussait Adam et Ève des portes resplendissantes du
Paradis.
Alors, Achamoth roulait dans le vide et pleurait:
Borné dans sa nature, iDiini dans ses vœux,
L'Homme est un Dieu tombé qui se souvient des Cieux.
De ces larmes sacrées naquit l'élément, humide. De cette tristesse
auguste sortit la matière.
Alors, Horos eut pitié d'Achamoth. Il émana pour la consoler
l’Éon Jésus, dont elle devint, la compagne et qui fit briller sur elle
un reflet du Plérome.
Ainsi rachetée et réhabilitée, Achamoth émana trois éléments :
le Pneumatique, le Psychique, l’Hvlique. De ces trois éléments elle
forma le Démiurge, ouvrier inconscient des mondes d’en Bas.
VII
Démiurge, qui avait en lui tout à la fois le reflet du Plérome et
l’élément naturel, sépare le principe hylique du principe psychique,
primitivement confondus dans le chaos, et en créa six mondes gouvernés par six Eons. Ces six mondes sont les sphères d'en haut, la
zone sextuple du Firmament.
Avec le principe hylique. Démiurge organisa le monde matériel:
« Ce monde subsiste en Dieu, disait Valentin, comme une tache sur
une tunique blanche. » L’Eon de ce monde matériel est Satan,
appelé aussi l’Archôn de ce monde par saint Paul. Satan est né de
la matière, en même temps que son escorte d’esprits pervers.
Bientôt Démiurge voulut combattre la méchanceté de Satan. Il
lui opposa un adversaire, I'homme.
L’âme de l’homme est formée d'un rayon du principe psychique;
son corps, d’un fragment hylique de la matière. Achamoth insinua
— 633 —
alors dans l’homme un germe pneumatique. De là la triple nature
de l’homme.
Démiurge fut jaloux de son œuvre quand il vit qu’elle était ennoblie par le germe pneumatique, étincelle du Plérome. Pour se
venger, il imposa à l’homme l’obligation de s'abstenir du fruit
savoureux de l’arbre de la Science du Bien et du Mal.
L’homme désobéit à cette loi, se révolta contre Démiurge et fut
chassé du Paradis. Une triple enveloppe hylique empoisonna son
âme. Démiurge le soumit aux appétits des sens et lui donna le
goût des voluptés, afin d’étouffer en lui le germe de la lumière, la
clarté pneumatique que lui avait donnée Achamoth.
Achamoth bienfaisante et douce, pitoyable et maternelle, Achamoth, « sel de la terre » et « lumière du monde », donna alors à
l’homme la grâce, cet invisible secours qui lui permet de résister
aux natives concupiscences.
Les hommes sont divisés en trois classes :
Les Pneumatiques ou Gnostiques, esprits supérieurs et initiés,
qui suivent la lumière d’Achamoth ; les Psychiques, flottant entre la
lumière et les ténèbres, entre Achamoth et Démiurge; les Hyliques,
sujets de Satan, dont l’âme est matérielle et qui seront anéantis.
Seth, Abel, Caïn, représentent ces trois catégories.
VII T
Il nous reste à exposer la Rédemption, d’après Valentin.
Notre monde à nous Hommes a été racheté par l’Éon Jésus. Il
est venu par le canal immaculé de l’Éon MiRiAMque nous nommons
Marie. L’Éon Jésus n’a rien de matériel. Il est formé d’un principe
psychique emprunté à Démiurge et d’un corps astral. Il est animé
par Christ, qui quitta le Plérome et se reposa sur lui, en lui communiquant la puissance absolue sur le monde de Satan.
Son enseignement a racheté et rachète encore les Pneumatiques.
Au moment de la Passion, Christos, Éon impassible, le soutint et
le fortifia. La Croix (Stauros), devenue la limite qui sépare les
Pneumatiques des autres hommes, est le symbole sacré de la
Gnose.
Telle est, dans son ensemble, la doctrine de Valentin. Elle répond
à toutes les difficultés. Jamais l’Absolu ne s’est manifesté plus lumineusement que dans cette admirable épopée qui se passe successivement dans les trois mondes. Il resterait à parler de la morale
gnostique. Qu’il suffise maintenant de dire qu’elle proclame Dieu
innocent du mal, de la douleur et de l’injustice.
L’origine du Mal nous fournira la matière d’une autre étude.
Veuille l’Eon qui accompagne chacun de nous nous éclairer,
nous illuminer, nous purifier. ’Apvjv !
Jules Stany Doinel.
LES GNOSTIQUES D 'ORLÉANS
LE MARTYR ÉTIENNE
1
Ce ne fut pas sans une émotion profonde que je découvris cette
année une charte authentique du xi° siècle, de la main d’un des
martyrs de la Gnose, en 1022, le chancelier épiscopal Etienne.
Oui, de sa main, comme l’atteste cette suscription: stepuanus
cancellarius scripsit : Étienne, chancelier, l’écrivit !
Précieuse, unique dépouille du chef de la Gnose Française !
Incomparable et rare n^onument ! Inappréciable relique ! Tant
d’églises montrent avec orgueil les ossements des saints, des saints
catholiques, des saints romains que nous pouvons bien, nous,
arborer, vénérer, avec un enthousiasme légitime, les caractères
respectés par le Temps que traça l’auguste main de la victime du
féroce successeur de Hugues Capet et des évêques du synode d'Orléans, ses complices.
II
La charte est datée du mois de février, l’an 29 du roi Robert.
Le roi Robert a daté ses diplômes en comptant de trois manières
différentes les années de son règne. D’abord, il a compté à partir
de son sacre à Orléans, 25 décembre 987, puis, à partir de la captivité du carolingien Karl de Lorraine, 29 mars 991 ; enfin, à partir
de la mort de Hugues Capet, 24 octobre 996 *.
t. Ms. Ch. Pfister, Études sur le règne deBobertle Pieux. Paris, Vieweg,
1885, p. XLit.
C’est d’après le premier de ces systèmes qu’est daté notre précieux monument. Le mois de février de la vingt-neuvième année
correspond, dans ce système, au mois de février 1017, nouveau
style.
En cette année 1017, le siège épiscopal d’Orléans était occupé
par un prélat auquel les hagiographes catholiques donnent le nom
de saint Thierry IL II avait été sacré en 1016, par l’archevêque de
Sens, Leotheric. Étienne, notre bienheureux, fut choisi par lui pour
Chancelier. Ce titre conférait au chancelier le droit de valider les
actes épiscopaux. Quelquefois, — c’est ici le cas — il écrivait l’acte
de sa propre main. La formule scripsit attestait alors cette particulière intervention.
La formule subscripsit indiquait seulement le visa.
III
Le diplôme écrit de la main du martyr est revêtu de la signature
autographe de l’évêque: S. Tehoderici epi ; c’est-à-dire: Seing de
Thierry, évêque. Il porte en outre les signa du doyen de SainteCroix, llotdulf; de l’abbé de Saint-Avit, Irfrid ; de l’archidiacre
Tedduin, de l’archidiacre Gautier de Tedelm, clerc et prévôt épiscopal ; de l’archidiacre Letald et du sous-chantre Guarin.
En lui-même, ce vénérable monument n’a qu’une importance
domaniale. Thierry II fait savoir que les moines de Saint-Mesmin
de Micy lui ont demandé la concession, sous conditions censuelles,
d’une vigne située dans son bénéfice de Saint-Pryvé, près d’Orléans.
Cette vigne existe encore aujourd’hui au lieu dit Villaine — in
loco qui clicitur Villena — à côté de l’église paroissiale, non loin
de la grande route.
Mais si l’objet de l’acte ne lui donne pas d’autre prix que celui
qui s’attache à une transaction féodale, sa forme le met au-dessus
des documents les plus précieux, puisque le docteur gnostique
d’Orléans, le martyr du bûcher de 1022, en a touché le parchemin,
écrit le texte et consacré la valeur.
La charte mesure cinq centimètres de large sur vingt-cinq de
long. Elle est rayée à la pointe sèche.
— 636
IV
Rappelons maintenant, pour attirer sur la sainte relique la vénération de nos frères Gnostiques, l’histoire de la passion de ceux
qu’on nomme vulgairement les Manichéens d’Orléans.
La doctrine des Basilide, des Valentin et des Marcion, la Gnose
reparut dans notre Occident, vers la fin du xe siècle et y comptait
de nombreux adeptes dès les premières années du xie.
Deux opinions se font jour sur le mode de sa propagation.
Les uns avec Muratori, MM. Schmidt, Matter, etc., lui attribuent
une origine gréco-slave et lui font traverser la Thrace, la Dalmatie, l'Italie, le midi de la France.
Les autres, et c’est l’opinion de M. Pfister, la conduisent du nord
au midi.
C'est affaire de discussion érudite.
Toujours est-il qu’elle se propagea dans les écoles et se répandit
dans le peuple.
Toujours est-il que la Francia , la France des Capétiens, lui servit d’asile et que la cité d'Orléans devint son centre d’action.
Raoul Glaber, chroniqueur de ces âges reculés, Adhémar de Chabannes, les actes du synode d'Orléans, le cartulaire de Saint-Père
de Chartres, la lettre de Jean, moine de Fleury, à l’évêque de Vich,
nous permettent d’exposer brièvement les faits de cette étonnante
résurrection gnostique dans le domaine patrimonial des Capets.
V
Les Gnostiques Pauliciens, puis les Euchites, persécutés par les
empereurs de Byzance, avaient été refoulés sur l’Occident. Sous le
nom de Cathares, de Manichéens, d’Enthousiastes, ils avaient formé
des communautés secrètes dans le nord et dans le midi de l’Europe. Au commencement du xie siècle, une femme d’une rare beauté
et d’une haute intelligence, d’origine salve, ou gréco-slave, chassée
d’Italie où elle exerçait l’apostolat de la Gnose, vint à Orléans où
son prestige réunit autour d’elle, dans des assemblées secrètes, les
plus pieux et les plus instruits des membres du clergé épiscopal.
Un homme qui mourut avant 1017 en odeur de sainteté et sur
la tombe duquel se firent des miracles, le chantre de Sainte-Croix,
l’illustre Théodat, adopta ses doctrines. Héribert, écolâtre de SaintPierre le Puellier, Lisois, Foucher, Étienne, chancelier de l’évêque
— 637 —
d’Orléans, des clercs, des religieuses de Notre-Dame de BonneNouvelle, des femmes, des hommes éminents reçurent de la belle
sainte le consolamentum, l’imposition des mains et la doctrine.
Longtemps, l’église gnostique se réunit en secret, tantôt chez ces
ecclésiastiques, tantôt dans les carrières de Saint-Vincent, tantôt
dans les caves du quartier du Châtelet.
Officiellement les adeptes suivaient le culte romain et vaquaient
à leurs affaires. Théodat siégeait dans sa stalle à la Basilique.
Héribert enseignait dans son école. Etienne avait même dirigé la
conscience de la reine Constancia, femme de Robert. Lisois occupait la chaire de la grande école d’Orléans.
La belle sainte mourut. Théodat la suivit de près. On l’inhuma
dans la cathédrale et le peuple l’honorait comme un saint.
VI
Qu’enseignait la femme Apôtre ?
La Gnose.
La doctrine des Eons, telle que la renferme le Nouveau Testament dans son enveloppe exotérique, telle que la prêchaient saint
Paul et saint Jean, telle que le génie de Basilide, l’éloquence harmonieuse de Valentin, la belle parole de Marcias l’avaient enseignée, telle que Sergius et Basilius l’avaient redite après eux.
Dieu, principe absolu, source du Bien, de qui tout émane.
L’Eon Iahveh, égaré loin du plérome sacré, créant le monde
matériel d’où sort le mal, la douleur, la mort, le péché.
Elle enseignait, la défunte, l’Eon Jésus pour racheter ce pauvre
monde.
Il devait ramener à son père, à Dieu, à F ABIME, les Purs, les
Elus, les Pneumatiques, ceux que remplissait le Saint-Esprit.
Elle condamnait le baptême d’eau, la présence réelle, l’efficacité des œuvres, la hiérarchie, les secondes noces, les sacrements.
Elle voulait rétablir le culte en esprit et en vérité.
« Voilàquelleest notre loi, s’écriait-elle, quitter le monde, dompter
la chair, vivre de travail, ne léser personne, aimer son prochain.
Si nous observons cette loi, il n’est pas besoin de baptême. Si nous
la violons, aucun baptême ne nous sauvera! »
— 638 —
VII
Après la mort de Théodat, Étienne était devenu le chef incontesté et, le docteur de la Gnose.
8a sainteté, sa science, sa bienfaisance étaient renommées dans
tout le diocèse. La Doctrine se répandait comme un fleuve. Les
Ames éprises d’idéal s’y désaltéraient.
Soudain la tempête agita ces eaux calmes et profondes.
Un clerc aux gages d’un chevalier normand, baron du duc
Richard, était venu à Orléans s’asseoir sur les bancs célèbres de
l’Ecole épiscopale. Étienne et Lisois remarquèrent son intelligence,
sa soif de savoir, sa candeur d'âme et l’admirent aux enseignements secrets de la Gnose. Quand ce clerc, nommé Héribert, revint
chez son seigneur, il lui parla avec ardeur et foi vive de la céleste
doctrine qu’il avait reçue dans le sein de l’École mystique. Le chevalier, le rude Aréfast, bien loin de goûter cette doctrine, dénonça
au duc et au roi et l’enseignement et les Docteurs. Robert, esprit
étroit, cœur douteux, nature servile, tremblait devant le soupçon
d’hérésie. Il regardait, de plus, tout dogme ésotérique comme un
attentat contre son pouvoir. Il ordonna au chevalier de se rendre à
Orléans, d’espionner les Hérétiques et de lui révéler leurs noms, se
réservant de les livrer à sa barbare justice.
Aréfast partit, s’arrêta à Chartres et y reçut d'un chanoine de
Notre-Dame, les instructions qui devaient l’aider à découvrir la
secte et les sectaires.
« Recommandez-vous d’Héribert, lui dit ce prêtre. Feignez d’être
un Adepte. Faites-vous initier aux mystères, puis, pour la gloire de
Dieu et le salut de cette couronne et de la sainte Église, dévoilez
au Roi ce que vous aurez appris. »
VIII
Aréfast entra donc dans l’Église de la Gnose, reçut l’imposition
des mains, prit place aux assemblées, à la table des Frères, donna
et reçut le baiser de paix.
C’était vers la fin de l’an 1022.
Le roi Robert, qui suivait les opérations du traître, convoqua un
synode de prélats et des barons. Là, siégèrent Oldoric, évêque
simoniaque d’Orléans ; Léotheric et Gauzlin, archevêques de Sens
et de Bourges ; Francon et Warin, évêques de Paris et de Beauvais.
— «39 —
Le 25 décembre, jour de Noël, les Gnostiques réunis dans la
maison d’un des Frères célébraient la naissance spirituelle de
l’Éon Christos dans les âmes des Pneumatiques; Àréfast priait et
chantait avec eux. Tout à coup la maison fut cernée parles soldats,
les frères et les sœurs furent saisis, couverts de chaînes, conduits
sans délai devant le Synode qui, sous la présidence du roi et de la
reine, délibérait dans le chœur de la cathédrale.
Aréfast dénonça les Gnostiques. Warin, évêque de Beauvais, se
leva pour combattre leurs doctrines. Alors le vénérable Étienne
prononça ces paroles : « Taisez-vous, seigneur Évêque ! Faites de
nous ce qu’il vous plaira. Déjà — et d’un regard inspiré et d’un
geste sublime, il chercha la voûte du temple et le ciel qui brillait
à travers les vitraux — déjà nous voyons notre Roi qui règne dans
les Cieux. Il nous tend les bras. Il nous appelle à sa gloire. Il nous
montre les joies invisibles ! »
IX
Plus rudes que le fer !
C’est ainsi que les actes du Synode qualifient ces héros. Ils durent
pendant neuf heures subir les interrogatoires, les outrages, les
exhortations. Mais comme ils refusaient de renier la Gnose, Robert
lit dégrader les prêtres et les clercs, et les évêques prononcèrent
sur eux la formule d’excommunication. Au dehors la foule fanatique grondait. Des cris de mort se faisaient entendre, et, pour
contenir l’émeute, la reine Constance debout devant le portail
romain, une canne à la main, entourée de courtisans, s’interposait
entre la basilique et le peuple affolé.
On avait dit à ce peuple que les hérétiques invoquaient le diable,
brûlaient les petits enfants, donnaient leurs cendres aux malades,
et se livraient entre eux dans les ténèbres des assemblées à de
monstrueux accouplements, où ni le sexe, ni l’âge, ni la parenté
elle-même n’étaient respectés.
Quiconque a vu les foules excitées, quiconque a lu les excès de
la Saint-Barthélemy, de la Ligue, des massacres de 1792 et delà
Commune sait ce que l’on peut faire- des bandes brutales, crédules
et cruelles.
Enfin, les portes s’ouvrent et le cortège apparut, salué par des
clameurs homicides. Les soldats firent un rempart de fer aux
condamnés.
Chose horrible ! quand le bienheureux Étienne passa devant la
— 640
reine, sa pénitente, l’altière et détestable Constance le frappa au
visage de sa canne et creva l’œil du martyr.
X
La sinistre procession d'évêques, de courtisans, de prêtres, de
soldats entourant les victimes traversa les flots houleux de la multitude, se dirigeant vers la royale prison du Châtelet. On y enferma
les Gnostiques. Cependant, un bûcher colossal avait été dressé à
Lune des portes de la cité, probablement la porte Bourgogne.
Le 28 décembre, fête des Saints-Innocents, le pieux bouri-eau
choisit parmi les prisonniers les chefs, les docteurs, les clercs, les
laïques les plus éminents, les femmes les plus dévouées et les fit
conduire à la mort épouvantable de la combustion.
Ces saints et ces saintes montrèrent une joie céleste. Ils se disputaient à qui ferait partie de la phalange élue pour le trépas.
D’eux-mêmes, dit le chroniqueur, ils se présentaient aux bourreaux. Le roi en avait pris quatorze, réservant les autres à l’in pace,
à la lente et douloureuse agonie du cachot. Sur ces quatorze, il y
en eut un qui abjura. Les autres entrèrent en chantant dans les
flammes. Du sein du brasier, Etienne cria qu’il ne sentait aucune
douleur. Les miracles se renouvelaient pour ces martyrs. Comme
le diacre Laurent, ils se voyaient sur un lit de roses. Comme les
trois Hébreux, ils chantaient dans la fournaise. Leurs voix s’éteignirent dans les flammes, les uns après les autres.
Robert avait tué la Gnose, pensait-il.
Cependant, la Gnose n’était pas morte.
En 1023, elle reparaissait à Limoges. En 1025, elle renaissait à
Arras. Un peu plus tard à Liège.
En 1200, elle fondait une église à Bardy près de Pilhiviers.
L’atroce Robert le premier en France avait inventé le bûcher
comme punition des hérétiques. Julien Hâves l’a prouvé dans un
savant mémoire. Depuis lors, le bûcher ne chôma plus.
Le roi abominable que l’Histoire menteuse surnomme le Pieux
était si fier de sa criminelle invention, qu’en cette même année
1022, il datait ainsi l’un de ses diplômes:
« Actum Aurelianis, publiée, anno Incarnationis M. XXII...
quando STEPHANUS HERESIARCOS et complices ejus damnati et
arsi sunt Aurelianis ». — C’est-à-dire : « Donné à Orléans, publiquement, l’an 1022 de l’Incarnation, quand l’HÉRÉSIARQUE
ETIENNE et ses complices furent condamnés et brûlés ! »
— 641 —
Remarquons ce mot « Heresiarcos », — prince des Hérétiques!
Il est précieux. Il indique que notre bienheureux martyr était le
chef et le docteur de la Gnose.
Heureux qui croit, qui aime et qui enseigne comme lui !
Plus heureux qui sait, comme lui, souffrir et mourir pour la
Foi ! la Gnose sainte !
Que la date du 28 décembre devienne sacrée pour vous tous,
mes frères et mes sœurs Initiés.
Jules Stany Doinel.
41
É,
CHAPITRE XIII
LA TRADITION AU MOYEN AGE
L’ALCHIMIE
k
RÉSUMÉ MÉTHODIQUE DE L’ALCHIMIE
L’opinion courante sur l’Alchimie c’est que c’est un art mensonger
tendant à faire artificiellement de l’or et qui a ruiné pas mal de
naïfs à l’époque du moyen âge.
La première question qui se pose devant nous est donc de savoir
comment il faut considérer cette Alchimie au point de vue de la
Science Occulte.
Pour cela nous laisserons là, si vous voulez bien, les commentaires et les dissertations écrits sur l’alchimie dans les Encyclopédies
contemporaines et nous nous adresserons directement à ceux que
les alchimistes considèrent comme les maîtres dans leur science.
Prenons l’œuvre de Raymond Lulle par exemple. Qu’y trouvonsnous?
Tout autre chose que les règles de cet art spécial considéré
comme l’unique préoccupation des alchimistes.
Dans tout ouvrage sérieux se rapportant à la philosophie hermétique nous trouverons en effet :
1° Une philosophie profonde servant de base à une synthèse
naturelle ayant comme point de départ la théorie de l’évolution
étendue jusqu’au maximum et celle de l’unité de la substance et
de l’unité du plan.
6 44 —
De là l’axiome alchimique : ev to irav. Tout est dans tout.
2° Une application judicieuse des principes de laKabbale hébraïque
alliés à la tradition égyptienne et gnostique.
3° Des pratiques nombreuses de physique, de chimie ou de
biologie venant à l’appui de ces théories.
Vouloir donc ne voir dans l’Alchimie que des pratiques chimiques,
c’est mutiler de la façon la plus odieuse un enseignement complet
dans lequel la pratique ne venait que comme justification de la
théorie scientifique.
Un véritable alchimiste c’était donc à la fois un médecin, un
astronome et un astrologue, un philosophe, un kabbaliste et un
chimiste. Aussi les études étaient-elles très sérieuses et fort longues,
transmises par l’initiation par le maître à un ou deux disciples
favoris et soigneusement cachées au profane.
A côté de ces savants, des véritables philosophes hermétiques,
apparaissent des charlatans ignorants dont le but unique est
l’acquisition des richesses matérielles. Ceux-là n’ont fait toujours
que discréditer l’Alclumie. Les quelques milliers de volumes écrits
en français qui se trouvent dans nos bibliothèques sous la rubrique
de philosophie hermétique comprennent donc :
1° Des traités d’histoire naturelle;
2e Des traités de physique et de chimie ordinaires;
3° Des traités d1 Alchimie proprement dite ou préparation de
la Pierre philosophale;
4° Des traités de philosophie et de kabbale ou d’astrologie.
5° Des sortes d’encyclopédies où tous ces genres se trouvent
réunis.
Cet aperçu permet de constater que la tradition ésotérique dans
toutes ses branches est représentée par la philosophie hermétique.
Comment s’est effectué le passage de cette tradition de l’Égypte
en Occident?
C’est ce que nous allons voir.
L’étude des dépositaires de l’Ésotérisme nous a permis de constater que les Esséniens d’une part, les Gnostiques de l’autre avaient
seuls gardé les clefs de la Science Occulte.
Les Esséniens se tenant en dehors de toute vie politique étaient
restés en Palestine et avaient institué plusieurs sociétés secrètes.
Les Gnostiques avaient partout cherché à répandre leurs enseignements. Après la liberté laissée aux facultés régionales de divulguer
les enseignements ésotériques, plusieurs traités concernant les
pratiques de la Science Occulte avaient été écrits d’après les traditions de l’Université égyptienne elle-même.
— 645 —
Ces traités dont la rédaction remonte en effet environ au second
siècle de notre ère, n’avaient pour but que de soulager un peu la
mémoire et d’aider la transmission orale. Ils étaient divisés en deux
grandes classes :
1° Ceux qui traitaient du monde invisible, de l’âme et de ses
pouvoirs ; de la psychurgie ;
2° Ceux qui traitaient de l’application des pouvoirs de l’àme à
la nature ; delà théurgie et de l' alchimie.
Des premiers, surtout philosophiques, nous possédons quelques
fragments entièrement traduits par M. Louis Ménard L
Des seconds nous possédons une foule de traités constituant les
ouvrages d'Alchimie proprement dits.
On s’accorde généralement à croire que toute la partie pratique
de l’Occultisme est venue en Europe par les Arabes.
Les Arabes n’ont apporté chez nous les sciences qu’ils avaient
reçues des gnostiques restés en Egypte, que longtemps après
la prédication de la Gnose en Europe.
Or la Gnose comprenait une partie magique. Qu’on se rappelle
les miracles d’Apollonius de Tyane, de Simon le Magicien et des
autres gnostiques célèbres et l’on découvrira la véritable origine de
cette philosophie hermétique, origine qui paraît si obscure au premier abord.
L’Alchimie représente donc bien la voie de transmission de la
Science Occulte à travers l’Occident, voilà pourquoi nous allons
maintenant nous occuper des travaux et des théories de ceux qui
s’intitulaient les fils d’Hermès. Nous aurons donc à voir successivement :
1° Le but exotérique des alchimistes. La pierre philosophale.
Sa réalité et ce qu’on peut dire de sa préparation.
2° Les textes sur lesquels les alchimistes basent leurs opinions
philosophiques. — La Table d’Emeraude et ses explications.
3° L’explication des histoires symboliques qu’on trouve dans les
traités d’Alchimie.
4° Gomme exemple de ces applications nous donnerons m extenso
la pratique de la préparation de la pierre philosophale écrite en
style symbolique au xix0 siècle par Gyliani (vers 1831).
5° Enfin nous terminerons par quelques mots sur l’Alchimie à
notre époque et ses partisans actuels.
t. Louis Ménard, Hermès Trismégiste, 1 vol. in-8° couronné par l’Académie.
LA PIERRE PHILOSOPHALE
Définition. — Théorie de sa préparation. — Explication des textes
hermétiques. — Preuves irréfutables de son existence.
II
QU’ENTEND-ON PAH PIERRE PHILOSOPHALE?
Cette question, si simple au premier aspect, est cependant assez
difficile à résoudre. Ouvrons les dictionnaires sérieux, parcourons
les graves compilations des rares savants qui ont daigné traiter ce
sujet. La conclusion est assez facile à poser: Pierre Philosophale,
transmutation des métaux, égale Ignorance , Fourberie , Folie.
Si pourtant nous [réfléchissons qu’en somme, pour parler draps,
mieux vaut aller au drapier qu’au docteur ès lettres,- l’idée nous
viendra peut-être de voir ce que pensent les alchimistes de la
question.
Or, au milieu des obscurités voulues et des symboles nombreux
qui remplissent leurs traités, il est un point sur lequel ils sont
tous d’accord, c’est la définition et les qualités delà Pierre Philosophale.
La Pierre Philosophale parfaite est une poudre rouge qui a la
propriété de transformer toutes les impuretés de la nature.
On croit généralement quelle ne peut servir, d’après les alchimistes, qu’à changer du plomb ou du mercure en or. C’est une
erreur. La théorie alchimique dérive de sources bien trop spéculatives pour localiser ainsi ses effets. L’évolution étant une des
grandes lois de la nature, ainsi que l’enseignait il y a plusieurs
siècles l’hermétisme, la Pierre Philosophale fait e'yo/werrapidement
ce que les formes naturelles mettent de longues années à produire,
voilà pourquoi elle agit, disent les adeptes, sur les règnes végétal
et animal aussi bien que sur le règne 'minéral et peut s’appeler
médecine des trois règnes.
La Pierre Philosophale est une poudre qui peut affecter plusieurs
couleurs différentes suivant son degré de perfection mais qui,
pratiquement, n’en possède que deux, blanche ou rouge.
A
La véritable Pierre Philosophale est rouge. Cette poudre rouge
possède trois vertus :
1° Elle transforme en or le mercure ou le plomb en fusion sur
lesquels on en dépose une pincée; je dis en or et non en un métal
qui s’en approche plus ou moins comme l’a cru, je ne sais pourquoi»
un savant contemporain1.
2° Elle constitue un dépuratif énergique pour le sang et guérit
rapidement, prise à l’intérieur, quelque maladie que ce soit ;
3° Elle agit de même sur les plantes en les faisant croître, mûrir
et fructifier en quelques heures.
Voilà trois points qui paraîtront bien fabuleux à beaucoup de
gens, mais les alchimistes sont tous d’accord à ce sujet.
Il suffit du reste de réfléchir pour voir que ces trois propriétés
n’en constituent qu’une seule : renforcement de l’activité vitale.
La Pierre Philosophale est donc tout simplement une condensation
énergique de la Vie 2 dans une petite quantité de matière et elle
agit comme un ferment sur le corps en présence desquels on la
met. Il suffit d’un peu de ferment pour faire « lever » une grande
masse de pain ; de même, il suffit d’un peu de Pierre Philosophale
pour développer la vie contenue dans une matière quelconque,
minérale, végétale ou animale. Voilà pourquoi les alchimistes
appellent leur pierre : médecine des trois règnes.
Nous savons maintenant' ce qu’est cette pierre philosophale,
assez pour en reconnaître la description dans une histoire symbolique, et là doivent se borner nos ambitions.
FABRICATION DE LA PIERRE PHILOSOPHALE 3
Voyons maintenant sa fabrication.
Voici quelles sont les opérations essentielles :
Tirer du mercure vulgaire un ferment spécial appelé par les
alchimistes Mercure des philosophes.
Faire agir ce ferment sur l’argent pour en tirer également un
ferment.
Faire agir le ferment du mercure sur l’or pour en tirer aussi du
ferment.
f. M. Berthelot.
2. Voy., dans le chapitre ni, l’Etude sur la Vie universelle.
3. Voy. le Traité de Cyliani à la fin de cette étude.
— 648 —
Combiner le ferment tiré de l’or avec le ferment tiré de l'argent
et le ferment mercuriel dans un matras de verre vert très solide et
en forme d’œuf, boucher hermétiquement ce matras et le mettre à
cuire dans un fourneau particulier appelé par les alchimistes
athanor. L’athanor ne diffère des autres fourneaux que par une
combinaison qui permet de chauffer très longtemps et d’une façon
spéciale l’œuf susdit.
Les couleurs.
C’est alors (pendant cette cuisson) et alors seulement que se produisent certaines couleurs sur lesquelles sont basées toutes les
histoires alchimiques. La matière contenue dans l’œuf devient
d’abord noire, tout semble putréfié, cet état est désigné par le nom
de tête de corbeau. Tout à coup à cette couleur noire succède une
blancheur éclatante. Ce passage du noir au blanc, de l’obscurité à
la lumière, est une excellente pierre de touche pour reconnaître
une histoire symbolique qui traite de l’alchimie. La matière ainsi
fixée au blanc sert à transmuer les métaux impurs (plomb, mercure) en argent.
Si on continue le feu on voit cette couleur blanche disparaître
peu à peu, la matière prend des teintes diverses, depuis les couleurs
inférieures du spectre bleu, vert) jusqu’aux couleurs supérieures
(jaune, orangé), et enfin arrive au rouge rubis. La pierre philosophale est alors presque terminée.
Je dis presque terminée, car à cet état dix grammes de pierre
philosophale ne transmuent pas plus de vingt grammes de métal.
Pour parfaire la pierre il faut la remettre dans un œuf avec un peu
de mercure des philosophes et recommencer à chauffer. L’opération qui avait demandé un an ne demande plus que trois mois et
les couleurs reparaissent dans le même ordre que la première fois.
A cet état la pierre transmue en or dix fois son poids.
On recommence encore l’opération. Elle ne dure qu’un mois, la
pierre transmue mille fois son poids de métal.
Enfin on la fait une dernière fois et on obtient la véritable pierre
philosophale parfaite, qui transmue dix mille fois son poids de
métal en or pur.
Ces opérations sont désignées sous le nom de mutliplication de
la pierre.
649 —
EXPLICATION DES TEXTES ALCHIMIQUES
Quand on lit un alchimiste il faut donc voir de quelle opération
il parle :
1° S’il parle de la fabrication du mercure des philosophes,
auquel cas il sera sûrement inintelligible pour le profane.
2° S’il parle de la fabrication de la pierre proprement dite,
auquel cas il parlera clairement.
3° S’il parle de la multiplication, et alors il sera tout à fait clair.
Muni de ces données, le lecteur peut ouvrir le livre de M. Figuier
et, s’il n’est pas ennemi d’une douce gaieté, lire de la page 8 à la
page 52, Il déchiffrera aisément le sens des histoires symboliques
qui sont si obscures pour M. Figuier et lui font hasarder de si
joyeuses explications.
Témoin l’histoire suivante qu’il traite de grimoire (p. 41) :
« II faut commencer au soleil couchant, lorsque
le mari Rouge et l’épouse Blanche s’unissent dans
l’esprit de vie pour vivre dans l’amour et dans
la tranquilité, dans la proportion exacte d’eau et
de terre.
« De l’Occident avance-toi à travers les ténèbres vers le Septentrion.
« Altère et dissous le mari entre l’hiver et le
printemps, change l’eau en une terre noire et
élève-toi à travers les couleurs variées vers
l’Orient où se montre la pleine Lune; Après le
purgatoire apparaît le soleil blanc et radieux. »
(Riplée.)
Mise dans le matras en
forme d’œuf des deux
ferments, actif ou Rouge,
passif ou Blanc.
Divers degrés du feu.
Tête du corbeau, couleurs de l'œuvre.
Bianc.
En considérant une histoire symbolique il faut toujours chercher
le sens hermétique qui était le plus caché et qui s’y trouve presque
sûrement. Gomme la nature est partout identique, la même histoire
qui exprime les mystères du grand œuvre, pourra signifier également le cours du Soleil (mythes solaires) ou la vie d’un héros fabuleux. L’inilié seul sera donc en étal de saisir le troisième sens (hermétique) des mythes anciens1, tandis que le savant n’y verra que
les premier et deuxième sens (physique et naturel, cours du Soleil,
Zodiaque, etc.) et le paysan n’en comprendra que le premier sens
(histoire du héros).
1 . Yoy. Ragon, Fastes initiatiques. — La Maçonnerie occulte.
— 650
Les aventures de Vénus, de Vulcain et de Mars sont célèbres à ce
point de vue parmi les alchimistes1.
D’après tout cela on voit que pour faire la pierre philosophale il
faut avoir le temps et la patience. Celui qui n’a pas tué en lui le
désir2 de l’or ne sera jamais riche, alchimiquement parlant. Il
suffit pour s’en convaincre de lire les biographies de deux alchimistes du xixe siècle, Cyliani3 4 et Cambrielh
Physiquement la Pierre Philosophale serait donc une poudre
rouge assez semblable comme consistance au chlorure d’or et de
l’odeur du sel marin calciné.
Chimiquement c’est une simple augmentation de densité si l’on
admet l’unité de la matière, idée fort en honneur parmi les philosophes chimistes contemporains. En effet, le problème à résoudre
consiste à transformer un corps de la densité de 13,6 comme le
mercure, en un corps de la densité de 19,5 comme l’or. Cette
hypothèse de la transmutation est-elle en désaccord avec les plus
récentes données de la chimie?
C’est ce que nous allons voir.
III
LA CHIMIE ACTUELLE PERMET-ELLE DE NIER L’EXISTENCE DE LA PIERRE
PHILOSOPHALE?
Deux chimistes contemporains ont poussé leurs investigations
dans l’obscur domaine de l’alchimie; ce sont MM. Figuier, vers
1853, qui publiait l 'Alchimie et les Alchimistes, livre dont nous
aurons tout à l’heure l’occasion de parler, et M. le professeur
M. Berthelot, membre de l’Institut, qui fit paraître, en 1885, les
Origines de V Alchimie.
Ces deux savants officiels, le dernier surtout, font autorité en la
matière et leur opinion mérite d’être écoutée par toutes les personnes sérieuses.
Tous deux ils considèrent l’alchimie et son but comme de beaux
rêves dignes des temps passés; tous deux ils nient formellement
l’existence de la Pierre Philosophale (quoique Figuier prouve à
son insu cette existence). Et cependant ils déclarent que scientifi1. Voy. Ragon, Fastes initiatiques. — La Maçonnerie occulte.
2. Voy. l’aclmirable traité intitulé Lumière sur le sentier (chez Carré).
3. Hermès dévoilé (Voy. la fin de cette étude).
4. Cours d' Alchimie en dix-neuf leçons. \
— 651 —
quement la chose ne peut pas être niée a priori. Ainsi Figuier dit:
« Dans l’état présent de nos connaissances, on ne peut prouver
d’une manière absolument rigoureuse que la transmutation des
métaux soit impossible ; quelques circonstances s’opposent à ce
que l’opinion alchimique soit rejetée comme une absurdité en
contradiction avec les faits. »
[L'Alchimie et les Alchimistes , p. 353.)
M. Berthelot, dans plusieurs passages de son livre, montre que
loin d’être opposée à la chimie contemporaine, la théorie alchimique tend au contraire à remplacer aujourd’hui les données primitives de la philosophie chimique. Voici quelques extraits à l’appui:
« A travers les explications mystiques et les symboles dont s’enveloppent les alchimistes, nous pouvons entrevoir les théories
essentielles de leur philosophie: lesquelles se réduisent en somme
à un petit nombre d’idées claires, plausibles, et dont certaines
offrent une analogie étrange avec les conceptions de notre
temps. »
(Berthelot, les Origines de l'Alchimie , p. 280.)
« Pourquoi ne pourrionsrnous pas former le soufrç avec
l’oxygène, former le sélénium et le tellure avec le soufre, par des
procédés de condensation convenables? Pourquoi le tellure; le sélénium ne pourraient-ils pas être changés invei’sement en soufre, et
celui-ci à son tour métamorphosé en oxygène?
« Rien en effet ne s’y oppose a priori. »
(Ibid., p. 297.)
« Assurément, je le répète, nul ne peut affirmer que la fabrication
des corps réputés simples soit impossible a priori. »
[Ibid., p. 321.)
Tout cela montre assez que la Pierre Philosophale n’est pas
fatalement impossible, même de l’avis des savants contemporains.
C’est maintenant qu’il nous faut chercher si nous avons des preuves
positives de son existence.
— 652 —
IV
PREUVES DE LEXISTENCE DE LA PIERRE PHILOSOPHALE. — DISCUSSION
DE LEUR VALIDITÉ
Nous affirmons que la Pierre Philosophale a donné de son existence des preuves irréfutables et nous allons exposer les faits sur
lesquels se basent nos convictions.
Nous avons dit les faits; car on ne peut considérer comme absolument sérieuses les démonstrations tirées des raisonnements plus
ou moins solides. C’est dans le domaine de l’histoire que les affirmations sont toujours faciles à contrôler à toute époque et par là
même vraiment irréfutables. Nous allons donc exposer les arguments invoqués par les adversaires de l’alchimie contre la transmutation, et ce sont des faits qui, seuls, pourront victorieusement
réfuter chacune de ces objections.
C’est Geoffroy l’aîné qui s’est chargé en 1722 de faire le procès
des alchimistes devant l’Académie. Si l’on en croit son mémoire,
les nombreuses histoires de transmutation sur lesquelles les adeptes
basent leur foi, sont facilement explicables par la supercherie. Des
philosophes incontestés tels que Paracelse ou Raymond Lulle laissaient là pour un moment les spéculations abstraites pour faire
quelques tours adroits d’escamotage devant de bons naïfs ébahis.
Cependant analysons les moyens de tromper dont ils disposaient,
et cherchons à déterminer des conditions expérimentales mettant
à néant ces arguments.
Les alchimistes se servent pour tromper les assistants de:
1° Creusets à double fond;
2° Charbons ou baguettes creux et remplis de poudre d'or;
3° Réactions chimiques inconnues alors et parfaitement connues
aujourd'hui.
Pour qu’une de ces conditions se réalise il faut nécessairement
que l’alchimiste soit présent à l’opération ou ait touché auparavant
aux instruments employés.
Donc, dans la détermination expérimentale d’une transmutation,
l’absence de l’alchimiste sera la première et la plus indispensable
des conditions.
Il faudra de plus qu’il n’ait eu en main aucun des objets qui serviront à cette transmutation.
Enfin pour répondre au dernier argument, il est indispensable
— 653 —
que les données de la chimie contemporaine soient impuissantes à
expliquer normalement le résultat obtenu.
Pour que notre travail trouve encore une base d’évidence plus
solide, il faut mettre le lecteur à même de contrôler facilement
toutes nos affirmations ; c’est pourquoi nous tirerons nos arguments
d'un seul ouvrage, facile à trouver : l'Alchimie et les Alchimistes,
de Louis Figuier.
Rappelons, avant de passer outre, les plus essentielles conditions :
1° Absence de l'Alchimiste ;
2° Qu'il n'ait touché à rien de ce qui sert àl' opérateur ;
3° Que le fait soit inexplicable par la chimie contemporaine.
Et on peut ajouter encore :
4° Que l' opérateur ne puisse pas être soupçonné de complicité.
Ouvrons le livre de M. Figuier, édition de 1854, chapitre m, page
206. Là, nous trouvons, non pas un, mais trois faits répondant à
toutes nos conditions et que nous allons discuter un à un.
Non seulement l’opérateur n’est pas alchimiste; mais c’est un
savant considéré, un ennemi déclaré de l’alchimie, ce qui répond
encore avec plus de force à notre quatrième condition. Parlons
d’abord d’Helvétius et de sa transmutation; nous citons textuellement Figuier:
« Jean-Frédéric-Schweitzer, connu sous le nom latin d’Helvétius,
était un des adversaires les plus décidés de l’alchimie; il s’était
même rendu célèbre par un écrit contre la poudre sympathique du
chevalier Digby. Le 27 décembre 1666 il reçut à la Haye la visite
d’un étranger vêtu, dit-il, comme un bourgeois du nord de la Hollande et qui refusait obstinément de faire connaître son nom. Cet
étranger annonça à Helvétius que sur le bruit de sa dispute avec le
chevalier Digby, il était accouru pour lui porter les preuves matérielles de l’existence de la Pierre Philosophale. Dans une longue
conversation, l’adepte défendit les principes hermétiques, et pour
lever les doutes de son adversaire, il lui montra dans une petite
boîte d’ivoire, la Pierre Philosophale. C’était une poudre d’une
métalline couleur de soufre. En vain Helvétius conjura-t-il l’inconnu
de lui démontrer par le feu les vertus de sa poudre, l’alchimiste
— Gai
résista à toutes les instances et se retira en promettant de revenir
dans trois semaines.
« Tout en causant avec cet homme et en examinant la Pierre
Philosophale, Helvétius avait eu l’adresse d’en détacher quelques
parcelles et de les tenir cachées sous son ongle. A peine fut-il seul
qu’il s’empressa d’en essayer les vertus. Il mit du plomb en fusion
dans un creuset et fit la projection. Mais tout se dissipa en fumée ;
il ne resta dans le creuset qu’un peu de plomb et de terre vitrifiée.
« Jugeant dès lors cet homme comme un imposteur, Helvétius
avait à peu près oublié l’aventure lorsque, trois semaines après et
au jour marqué, l’étranger reparut. Il refusa encore de faire luimême l’opération ; mais cédant aux prières du médecin il lui fit
cadeau d’un peu de sa pierre, à peu près la grosseur d’un grain de
millet. Et comme Helvétius exprimait la crainte qu’une si petite
quantité de substance ne pût avoir la moindre propriété, l’alchimiste, trouvant encore le cadeau trop magnifique, en enleva la
moitié disant que le reste était suffisant pour transmuer une once
et demie de plomb. En même temps il eut soin de faire connaître
avec détails les précautions nécessaires à la réussite de l’œuvre, et
recommanda surtout au moment de la projection d’envelopper la
Pierre Philosophale d’un peu de cire afin de la garantir des fumées
du plomb. Helvétius comprit en ce moment pourquoi la transmutation qu’il avait essayée avait échoué entre ses mains ; il n’avait
pas enveloppé la pierre dans de la cire et négligé par conséquent
une précaution indispensable.
« L’étranger promettait d’ailleurs de revenir le lendemain pour
assister à l’expérience.
« Le lendemain Helvétius attendit inutilement, la journée
s'écoula tout entière sans que l’on vît paraître personne. Le soir
venu, la femme du médecin ne pouvant plus contenir son impatience décida son mari à tenter seul l’opération. L’essai fut exécuté
par Helvétius en présence de sa femme et de son fils.
« Il fondit une once et demie de plomb, projeta sur le métal en
fusion la Pierre enveloppée de cire, couvrit le creuset de son couvercle et le laissa exposé un quart d’heure à l’action du feu. Au
bout de ce temps le métal avait acquis la belle couleur verte de
l’or en fusion; coulé et refroidi, il devint d’un jaune magnifique.
« Tous les orfèvres de la Haye estimèrent très haut le degré de
cet or. Povelius, essayeur général des monnaies de la Hollande, le
traita sept fois par l’antimoine sans qu’il diminuât de poids. »
Telle est la narration qu’Helvétius a faite lui-même de cette
aventure. Les termes et les détails minutieux de son récit excluent
— 655 —
de sa part tout soupçon d’imposture. Il fut tellement émerveillé de
ce succès que c’est à cette occasion qu’il écrivit son Vitulus aureus
dans lequel il raconte ce fait et défend l’alchimie.
: k
* ■¥■
Ce fait répond à toutes les conditions requises. Cependant
M. Figuier, sentant combien il était difficile à expliquer, ajouta
quelques explications dans une édition postérieure (1860).
Voulant trouver partout a priori de la fraude, voici son argument principal :
L'alchimiste a soudoyé un complice qui est venu mettre dans un
des creusets d’Helvétius un composé d’or facilement décomposable
par la chaleur. Est-il nécessaire de montrer la naïveté de cette
objection?
1° Comment choisir juste le creuset que prendra Helvétius?
2° Comment croire que celui-ci soit assez sot pour ne pas reconnaître un creuset vide d’un plein ou un alliage d’un métal?
3° Pourquoi ne pas se donner la peine de relire le récit des faits ;
M. Figuier aurait vu deux points importants :
D’abord la phrase suivante: il prit une once et demie de plomb.
Ce qui indique qu’il l’a pesé, qu’il l’a manié, ce qui l’aurait mis à
même de vérifier facilement si c’était vraiment du plomb.
4° Ensuite ce petit détail : il couvrit le creuset de son couvercle
ce qui empêche toute évaporation ultérieure.
5° Supposé même que vraiment Helvétius ait été trompé; que
lui, savant expérimenté, ait pris de l’or pour du plomb, la preuve
de la transmutation n’en ressort pas moins évidente, car les critiques oublient toujours le fait suivant :
S’il existe un alliage cachant l’or en lui, le lingot, après évaporation ou oxydation du métal impur, pèsera beaucoup moins que
le métal initialement employé.
Si, au contraire, il y a adjonction par un procédé quelconque
d’or, le lingot pèsera beaucoup plus que le métal initialement
employé.
Or la transmutation de Bérigard de Pise, qu’on trouvera ci-après,
prouve irréfutablement l’inanité de ces arguments.
Enfin pour détruire à tout jamais les affirmations de M. Figuier,
il suffit de remarquer que les orfèvres de la Haye ainsi que
l’essayeur des monnaies de la Hollande constatent la pureté absolue
— 656 —
de l’or, ce qui serait impossible s’il y avait eu un alliage quelconque.
Ainsi tombe d’elle-même l’explication que le critique donne de ce
fait:
« Nous ne pouvons guère expliquer aujourd’hui ces faits qu’en
admettant que le mercure dont on faisait usage ou le creuset que
l’on employait recélait une certaine quantité d’or dissimulée avec
une habileté merveilleuse. »
(Louis Figuier, ibid., p. 210.)
Nous avons dit quun seul fait bien prouvé suffisait pour démontrer l’existence de la Pierre Philosophale, et cependant il en existe
trois dans les mêmes conditions. Voyons les deux autres :
Voici le récit de Bérigard de Pise, cité de même par Figuier
p. 211 :
« Je rapporterai, nous dit Bérigard de Pise, ce qui m’est arrivé
autrefois lorsque je doutais fortement qu’il fût possible de convertir
le mercure en or. Un homme habile, voulant lever mon doute à
cet égard, me donna un gros d’une poudre dont la couleur était
assez semblable à celle du pavot sauvage, et dont l’odeur rappelait
celle du sel marin calciné. Pour détruire tout soupçon de fraude,
j’achetai moi-même le creuset, le charbon et le mercure chez divers
marchands afin de n’avoir point à craindre qu’il n’y eût de l’or
dans aucune de ces matières, ce que font souvent les charlatans
alchimiques. Sur dix gros de mercure j’ajoutai un peu de poudre;
j’exposai le tout à un feu assez fort, et en peu de temps la masse se
trouva toute convertie en près de dix gros d’or, qui fut reconnu
comme très pur par les essais de divers orfèvres. Si ce fait ne me
fût point arrivé sans témoins, hors de la présence d’arbitres étrangers, j’aurais pu soupçonner quelque fraude; mais je puis assurer
avec confiance que la chose s’est passée comme je la raconte. »
Ici c’est encore un savant qui opère; mais il connaît les ruses des
charlatans et emploie toutes les précautions imaginables pour les
éviter.
Enfin citons encore la transmutation de Van Helmont pour
édifier en tous points le lecteur impartial :
En 1618, dans son laboratoire de Vilvorde, près de Bruxelles,
Van Helmont reçut d’une main inconnue un quart de grain de
Pierre Philosophale. Elle venait d’un adepte, qui, parvenu à la
découverte du secret, désirait convaincre de sa réalité le savant
illustre dont les travaux honoraient son époque.
Van Helmont exécuta lui-même l’expérience seul dans son laboratoire. Avec le quart de grain de poudre qu’il avait reçu de
— 657 —
l’inconnu il transforma en or huit onces de mercure. Il faut convenir qu’un tel fait était un argument presque sans réplique à invoquer en faveur de l’existence de la Pierre Philosophale. Van
Helmont, le chimiste le plus habile de son temps, était difficile à
tromper ; il était lui-même incapable d’imposture, et il n’avait
aucun intérêt à mentir puisqu’il ne tira jamais le moindre parti de
cette observation.
Enfin, l’expérience ayant eu lieu hors de la présence de l'alchimiste, il est difficile de comprendre comment la fraude eût pu s’y
glisser. Van Helmont fut si bien édifié à ce sujet qu’il devint partisan avoué de l’alchimie. Il donna en l’honneur de cette aventure
le nom de Mercurius à son fils nouveau-né. Ce Mercurius Van
Helmont ne démentit pas d’ailleurs son baptême alchimique. Il
convertit Leibniz à cette opinion; pendant toute sa vie il chercha
la Pierre Philosophale et mourut sans l’avoir trouvée, il est vrai,
mais en fervent apôtre.
Reprenons maintenant ces trois récits et nous constaterons qu’ils
répondent aux conditions scientifiques posées. En effet :
Le mercure ou le plomb contenaient-ils de l’or? Je ne le pense
pas, attendu :
1° Qu’Helvétius qui ne croyait pas à l’alchimie non plus que Van
Helmont et Bérigard de Pise, qui étaient dans le même cas, n’allaient
pas s’amuser à en mettre;
2° Que dans aucun cas l’alchimiste n’avait touché aux objets
employés;
3° Enfin que dans la, transmutation de Bérigard de P'se, si le
mercure avait contenu de l’or et que celui-ci fût resté seul après la
volatilisation du premier, le lingot obtenu aurait pesé beaucoup
moins que le mercure employé, ce qui n’est pas.
Après ces arguments on pourrait croire que la liste est close; pas
le moins du monde, il en reste encore un, peu honnête, il est vrai,
mais d’autant plus dangereux :
Tous ces récits , tirés de livres imprimés, ne sont pas l'œuvre des
auteurs signataires, mais bien d'habiles alchimistes imposteurs.
Voilà certes une terrible objection qui semble détruire tout notre
travail; mais la vérité peut encore apparaître victorieusement.
En effet, il existe une lettre d’une tierce personne aussi éminente
que les autres, le philosophe Spinosa, adressée à Jarrig Jellis.
Cette lettre prouve irréfutablement la réalité de l’expérience
d’Helvétius. Voici le passage important :
« Ayant parlé à Voss de l’affaire d’Helvétius, il se moqua de moi,
42
— 658 —
s’étonnant de me voir occupé à de telles bagatelles. Pour en avoir
le cœur net, je me rendis chez le monnayeur Brechtel, qui avait
essayé l’or. Celui-ci m'assura que, pendant sa fusion, l’or avait
encore augmenté de poids quand on y avait jeté de l’argent. 11
fallait donc que cet or, qui a changé l’argent en de nouvel or, fût
d’une nature bien particulière. Non seulement Brechtel, mais
encore d’autres personnes qui avaient assisté à l’essai, m’assurèrent
que la chose s’était passée ainsi. Je me rendis ensuite chez Helvétius
lui-même qui me montra l’or et le creuset contenant encore un peu
d’or attaché à ses parois. Il me dit qu’il avait jeté à peine sur le
plomb fondu le quart d’un grain de blé de Pierre Philosophale. Il
ajouta qu’il ferait connaître cette histoire à tout le monde. Il parait
que cet adepte avait déjà fait la même expérience à Amsterdam où
on pourrait encore le trouver. Voilà toutes les informations que
j'ai pu prendre à ce sujet.
« Boobourg, 27 mars 1667.
« Spinosa. »
( Opéra posthuma, p. 553.),
Tels sont les faits qui nous ont conduit à cette conviction: La
Pierre Philosophale a donné de son existence des preuves irréfutables, A MOINS DE NIER A JAMAIS LE TÉMOIGNAGE DES TEXTES, DE l’hISTOIRE ET DES HOMMES .
TEXTES HEIUIÉT1QUES.
I
La table d' Émeraude. — L Hermès dévoilé.
TABLE D’ÉMERAUDE D HERMÈS
« Il est vrai, sans mensonge, très véritable.
« Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en
haut est comme ce qui est en bas pour faire, les miracles d’une
seule chose.
« Et comme toutes choses ont été et sont venues d’Un, ainsi
toutes choses sont nées dans cette chose unique par adaptation.
« Le soleil en est le père, la lune en est la mère, le vent l’a porté
dans son ventre, la terre est sa nourrice ; le père de tout, le Thé-
— 659 —
lème de tout le monde est ici ; sa force est entière si elle est convertie en terre.
« Tu sépareras la terre du feu. le subtil de l’épais, doucement,
avec grande industrie. Il monte de la terre au ciel et derechef il
descend en terre et il reçoit la force des choses supérieures et inférieures. Tu auras par ce moyen toute la gloire du monde et toute
obscurité s’éloignera de toi.
« C’est la force forte de toute force, car elle vaincra toute chose
subtile et pénétrera toute chose solide.
« Ainsi le monde a été créé.
« De ceci seront et sortiront d’innombrables adaptations desquelles le moyen est ici.
« C’est pourquoi j’ai été appelé Hermès Trismégiste ayant les
trois parties de la philosophie du monde.
« Ce que j’ai dit de l’opération du Soleil est accompli et parachevé. »
EXPLICATION DE LA TABLE D’ÉMERAUDE
LA LUMIÈRE ASTRALE
Il est vrai.
Sans mensonge.
Très véritable.
La table d’Émeraude débute par une trinité. Hermès affirme ainsi
dès le premier mot la Loi qui régit la Nature entière. Nous savons
que le Ternaire se réduit à une hiérarchie désigée sous le nom de :
les Trois Mondes. C’est donc une même chose considérée sous trois
aspects différents que ces mots nous présentent à considérer.
Cette chose, c’est la vérité et sa triple manifestation dans les
Trois Mondes :
Il est vrai. — Vérité sensible correspondant au Monde physique. —
C'est l’aspect étudié par la Science contemporaine.
Sans mensonge. — Opposition de l’aspect précédent. Vérité philosophique,
certitude correspondant au Monde métaphysique ou
moral.
Très véritable. — Union des deux aspects précédents, la thèse et l'antithèse pour constituer la synthèse. — Vérité intelligible
correspondant au Monde divin.
— 660 —
Qn peut voir que l’explication que j’ai donnée précédemment du
nombre Trois trouve ici son application éclatante.
Mais continuons :
Ce qui est en haut J
est comme > et
ce qui est en bas )
pour faire les miracles d’une seule chose.
En disposant ainsi cette phrase, nous retrouvons d’abord deux
Ternaires ou plutôt un Ternaire considéré sous deux aspects positif
et négatif :
Îbas
analogue à
haut
Nous retrouvons ensuite l’application de la méthode de la Science
occulte, l’analogie. — Hermès dit que le positif (haut) est analogue
au négatif (bas), il se garde bien de dire qu’ils sont semblables.
Enfin nous voyons la constitution du quatre par la réduction du
trois à l’unité 1 :
Pour faire les miracles d'une seule chose.
Ou du sept, parla réduction du six (les deux Ternaires) à l’unité.
Le quatre et le sept exprimant la même chose 2, on peut prendre
avec certitude l’une quelconque des deux applications.
Rapprochons l’explication de la seconde phrase de l’explication
de la première, et nous verrons :
Qu'il faut considérer une Vérité dans son triple aspect physique ,
métaphysique et spirituel avant tout.
C'est alors seulement qu'on peut appliquer à cette connaissance
la méthode analogique qui permettra d' apprendre les Lois.
Enfin qu'il faut réduire la multitude des Lois à l'unité par la
découverte du Principe ou de la Cause première.
Hermès aborde ensuite l’étude des rapports du multiple à l’unité,
ou de la Création au Créateur, en disant :
Et comme toutes choses ont été et sont venues d’Un, ainsi toutes
choses sont nées dans cette chose unique par adaptation.
1. Voyez la fin du chapitre n.
2. Id.
positif
haut
analogue à
bas
Ce qui est en bas
est comme
ce qui est en haut
— 661 —
Voilà dans quelques mots tout l’enseignement du sanctuaire sur la
création du Monde. La création par adaptation ou par le quaternaire développée dans les Sepher Jesirah 1 et dans les dix premiers
chapitres du Bæreschit de Moïse 2.
Cette chose unique d’où tout dérive, c’est la Force universelle
dont Hermès décrit la génération :
Cette chose qu’il appelle Thélème (Volonté) est d’une telle importance qu’au risque d’allonger démesurément cette explication, je
vais montrer l’opinion de plusieurs auteurs à son sujet :
« Il existe un agent mixte, un agent naturel et divin, corporel et
spirituel, un médiateur plastique universel, un réceptacle commun des vibrations du mouvement et des images de la forme, un
fluide et une force qu’on pourrait appeler en quelque manière
l’imagination de la nature.
« Par cette force tous les appareils nerveux communiquent secrètement ensemble; delà naissent la sympathie et l’antipathie ; de là
viennent les rêves; par là se produisent les phénomènes de seconde
vue et de vision surnaturelle. Cet agent universel des œuvres de la
nature, c’est l'od des Hébreux et du chevalier de Reichenbach, c’est
la lumière astrale des Martinistes.
« L’existence et l’usage possible de cette force sont le grand
arcane de la magie pratique.
« La lumière astrale aimante, échauffe; éclaire, magnétise;
attire, repousse; vivifie, détruit; coagule, sépare; brise, rassemble
toutes choses sous l’impulsion de volontés puissantes. » (E. Levi,
H. de la M., 19.)
« Les quatre fluides impondérables ne sont que les manifestations diverses d’un même agent universel qui est la lumière. »
(E. Levi, C. des G. M., 207.)
1. Voy. la traduction que j’ai faite de ce livre si important dans le
n° 7 du Lotus (octobre 1887), et reproduite ci-dessus p. 572 et suivantes.
2. Voy. Fabre d’Olivet, la Langue hébraïque restituée .
Le Soleil (positif)
La Lune (négatif)
Le Vent (récepteur)
en est le Père
en est la Mère
l’a porté dans son ventre
matérialisation'
accroissement.
en est la nourrice.
la lumière astrale (opinion de divers auteurs).
« Nous avons parlé d’une substance répandue dans l’infini.
« La substance une qui est ciel et terre, c’esb-à-dire, suivant ses
degrés de polarisation, subtile ou fixe.
« Cette substance est ce qu’Hermès Trismégiste appelle le grand
Thelesma. Lorsqu’elle produit la splendeur, elle se nomme lumière.
« Elle est à la fois substance et mouvement. C’est un fluide et
une vibration perpétuelle. » (E. Levi, C. des G. 31., 117.)
« Le grand agent magique se révèle par quatre sortes de phénomènes, et a été soumis au tâtonnement des sciences profanes sous
quatre noms : calorique, lumière, électricité, magnétisme.
« Le grand agent magique est la quatrième émanation de la vieprincipe dont le soleil est la troisième forme. » (E. Levi, D. 152.)
« Cet agent solaire est vivant par deux forces contraires : une
force d’attraction et une force de projection, ce qui fait dire à Hermès que toujours il remonte et redescend. » (E. Levi, 153.)
v n j
« Le mot employé par Moïse, lu cabalistiquement, nous donne
donc la description et la définition de cet agent magique universel,
figuré dans toutes les théogonies par le serpent, et auquel les
Hébreux donnèrent aussi le nom :
d’ÜD = +
OB = —
Aour = go
1 >
« La lumière universelle, lorsqu’elle aimante les mondes,
s’appelle lumière astrale; lorsqu’elle forme les métaux, on la
nomme azoth ou mercure du sage ; lorsquelle donne la vie aux
animaux, elle doit s’appeler magnétisme animal. » (E. Levi.)
« Le Mouvement c’est le souffle du Dieu en action parmi les
choses créées ; c’est ce principe tout-puissant qui, un et uniforme
dans sa nature et dans son origine peut-être, n’en est pas moins la
cause et le promoteur de la variété infinie des phénomènes qui
composent les catégories indicibles des mondes ; comme Dieu, il
anime ou flétrit, organise ou désorganise, suivant des lois secondaires qui sont la cause de toutes les combinaisons et permutations
que nous pouvons observer autour de nous. » (L. Lucas, C. N.,
p. 34.)
« Le Mouvement c’est l’état NON DÉFINI de la force générale
663 —
qui anime la nature ; le mouvement est une force élémentaire, la
seule que je comprenne et dont je trouve qu’on doive se servir pour
expliquer tous les phénomènes de la nature. Car le mouvement est
susceptible de plus et de moins , c’est-à-dire de condensation et de
dilatation, électricité, chaleur, lumière.
« Il est susceptible encore de COMBINAISON de condensations.
Enfin on retrouve chez lui l’ORGANISATION de ses combinaisons.
« Le mouvement supposé ACTIF matériellement et intellectuellement nous donne la clef de tous les phénomènes. » Louis Lucas,
Médecine nouvelle , p. 25.)
« Le mouvement supposé non défini est susceptible de se condenser, de s'organiser, de se concentrer ou tonaliser.
« En se condensant il fournit une force d’un pouvoir relatif.
« En s'organisant il devient apte à conduire, à diriger des organes
spéciaux, même des faisceaux d’organes.
« Enfin en se concentrant, en se tonalisant, il lui est possible de
réfléchir sur toute la machine et de diriger l’ensemble de l’organisme. » (Louis Lucas, Médecine nouvelle, p. 45.)
« Dans l’àme du Monde fluide ambiant qui pénètre toutes choses,
il y a un courant d’amour ou d’attra-ction, et un courant de colère
ou de répulsion.
« Cet éther électro-magnétique dont nous sommes aimantés, ce
corps igné du Saint-Esprit qui renouvelle sans cesse la face de la
Terre est fixé par le poids de notre atmosphère et par la force
d’attraction du globe.
« La force d’attraction se fixe au centre des corps et la force de
projection dans leur contour. Cette double force agit par spirales
de mouvements contraires qui ne se rencontrent jamais. C’est le
même mouvement que celui du Soleil qui attire et repousse sans
cesse les astres de son système. Toute manifestation de la vie dans
l’ordre moral comme dans l’ordre physique est produite par la
tension extrême de ces deux forces. » (Christian, l'Homme rouge
des Tuileries .)
Le lecteur curieux d’apprendre ne m’en voudra pas, j'espère, de
ces notes, qui éclaircissent le sujet mieux que les plus belles dissertations du monde.
A la suite de l’affirmation de cette force universelle, Hermès
aborde l’Occultisme pratique, la régénération de l’Homme par luimême et de la Matière par l’Homme régénéré.
— 6G4 —
Les alchimistes appliquent très souvent dans leurs ouvrages les
principes de l’ésotérisme que nous avons donnés précédemment.
Pour exercer les lecteurs curieux sur cette question nous donnons, comme conclusion de cette explication, la traduction de la
ainsi toutes choses sont nées dans cette chose unique par adaptation. (La croix est le signe de l’adaptation.)
Un alchimiste de notre siècle, Cyliani, a passé plus de 40 ans .à
la recherche de la Pierre philosophale. Il prétend être arrivé à ses
fins en 1837 après des malheurs épouvantables.
Nous donnons à titre de document la préparation complète écrite
en style symbolique par Cyliani dans son Hermès dévoilé. Cet
ouvrage est absolument introuvable.
L’étude que nous publions est précédée de la narration d’un songe
table d’ Émeraude d’après les procédés de la géométrie qualitative.
La vérité dans les trois mondes
Ce qui est en haut
est comme
ce qui est en bas
Pour accomplir les miracles d’une seule chose
Et comme toutes choses ont été et sont venues d’un
UN TRAITÉ D’ALCHIMIE DU XIXe SIÈCLE
HERMÈS DÉVOILÉ
Par Cyliani.
66o —
dans lequel le secret tant cherché fut révélé à notre alchimiste par un
« esprit planétaire ». A la suite de ce récit commence le traité suivant qui constitue presque à lui seul l’ouvrage de Gyliani.
Première Opération. — Mercure des philosophes.
Je pris de la matière contenant les deux natures métalliques ; je
commençai par l’imbiber de l’esprit astral peu à peu, afin de
réveiller les deux feux intérieurs qui étaient comme éteints, en
desséchant légèrement et broyant circulairement le tout à une chaleur de soleil ; puis réitérant ainsi et fréquemment en humectant
de plus en plus, desséchant et broyant jusqu’à ce que la matière
eût pris l'aspect, d’une bouillie légèrement épaisse.
Alors je versai dessus une nouvelle quantité d’esprit astral de
manière à surnager la matière et laissai le tout ainsi pendant cinq
jours, au bout desquels je décantai adroitement le liquide ou la
dissolution, que je conservai dans un lieu froid; puis je desséchai
derechef à la chaleur solaire la matière restée dans le vase en
verre qui avait environ trois doigts.de hauteur, j’imbibai, je
broyai, desséchai et dissolus comme j’avais précédemment fait, et
réitérai ainsi jusqu’à ce que j’eusse dissous tout ce qui était susceptible de l’être, ayant eu le soin de verser chaque dissolution dans le
même vase bien bouché, que je mis pendant dix jours dans le lieu
le plus froid que je pus trouver.
Lorsque ces dix jours furent écoulés, je mis la dissolution totale
à fermenter dans un pélican pendant quarante jours, au bout desquels il se précipita par l’effet de la chaleur interne de la fermentation une matière noire. C’est alors que je distillai sans feu, le mieux
qu’il me fut possible, le liquide précieux qui surnageait la matière
contenant son feu intérieur, et le mis dans un vase en verre blanc,
bien bouché à l’émeri, dans un lieu humide et froid.
Je pris la matière noire et la fis dessécher à la chaleur du soleil,
comme je l’ai déjà dit, en réitérant les imbibitions avec l’esprit
astral, les cessant aussitôt que j’apercevais la matière qui commençait à se sécher et la laissant ainsi se dessécher d’elle-même, et cela
autant de fois qu’il fut nécessaire pour que la matière devînt comme
une poix noire luisante. Alors la putréfaction fut totale, et je cessai
le feu extérieur, afin de ne point endommager la matière en brûlant l’âme tendre de la terre noire. Par ce moyen la matière parvint au fumier de cheval, à son imitation ; il faut, suivant le dire
des philosophes, laisser agir la chaleur intérieure de la matière
elle-même.
— 666 —
Il faut ici recommencer le feu extérieur pour coaguler la matière
et son esprit. Après l'avoir laissé dessécher d’elle -môme, on
l’imbibe peu à peu et de plus en plus de son liquide distillé et
réservé qui contient son propre feu, la broyant imbibée et desséchant à une légère chaleur solaire, jusqu’à ce qu’elle ait bu toute
son eau. Par ce moyen l’eau est changée entièrement en terre, et
cette dernière, par sa dessiccation, se change en une poudre blanche
que l’on appelle aussi air, qui tombe comme une cendre, contenant
le sel ou le mercure des philosophes.
Dans cette première opération, on voit que la dissolution ou l’eau
s’est changée en terre et celle-ci par subtilisation ou sublimation
se change en air pur.
Là s’arrête le premier travail.
On prend cette cendre que l’on fait dissoudre peu à peu à l’aide
du nouvel esprit astral, en laissant, après la dissolution et la décantation, une terre noire qui contient le soufre fixé. Mais en réitérant
l’opération sur cette dernière dissolution, absolument comme nous
venons de la décrire précédemment, on obtient une terre plus
blanche que la première fois, qui est la première! aigle, et l’on
réitère ainsi sept à neuf fois. On obtient par ce moyen le menstrue
universel ou le mercure des philosophes, ou l’azote, à l’aide duquel
on extrait la force active et particulière de chaque corps.
Il est bon d’observer ici qu’avant de passer de la première aigle
à la deuxième, ainsi qu’aux suivantes, il faut réitérer l’opération
précédente sur la cendre restée, si le sel n’est pas, par le feu central
de la matière, suffisamment élevé parla sublimation philosophique,
afin qu’il ne reste après l’opération qu’une terre noire dépouillée
de son mercure.
Faites bien attention ici qu’à la suite du gonflement de la matière
dans la fermentation qui suit la dissolution, il se forme à la partie
supérieure de ,1a matière une espèce de peau sous laquelle se trouvent une infinité de petites bulles qui contiennent l’esprit. C’est
alors qu’il faut conduire avec prudence le feu, vu que l’esprit prend
une forme huileuse et passe à un certain degré de siccité.
En rendant à la terre peu à peu la quantité d’eau nécessaire à sa
dissolution, il faut avoir le soin de ne pas commencer à l’imbiber
avant que la terre soit convenablement arrivée à sa siccité.
Aussitôt que la matière est dissoute, elle se gonfle, entre en fermentation et rend un léger bruit, ce qui prouve qu’elle contient en
elle un germe vital qui se dégage sous forme de bulles,
Pour bien faire l’opération que je viens de décrire il faut observer le poids, la conduite du feu et la grandeur du vase.
— 667
Le poids doit consister dans la quantité d’esprit astral nécessaire
à la dissolution de la matière.
La conduite du feu extérieur doit être dirigée de manière à ne
pas faire évaporer les bulles qui contiennent l’esprit par une trop
grande quantité de feu et à ne point brûler la fleur ou le soufre
en continuant le feu extérieur, de manière à pousser trop loin la
siccité de la matière après sa fermentation ou sa putréfaction, afin
de ne pas voir le rouge avant le noir.
Enfin la grandeur du vase doit être calculée sur la quantité de
la matière, de manière que celle-ci ne contienne qne 1 • quart ae
sa capacité.
Entendez-moi.
N’oubliez pas aussi que la solution mystérieuse de la matière ou
le mariage magique de Vénus avec Mars s’est fait dans le temple
dont je vous ai précédemment parlé, par une belle nuit, le ciel
calme et sans nuages, et le soleil étant dans le signe des Gémeaux,
la lune étant de son premier quartier à son plein, à l’aide de l’aimant qui attire l’esprit astral du ciel, lequel est sept fois rectifié
jusqu’à ce qu’il puisse calciner l’or.
Enfin la première opération étant terminée on a l’azote, ouïe
mercure blanc, ou le sel ou le feu secret des philosophes. Certains
sages la font derechef dissoudre dans la moindre quantité d’esprit
astral nécessaire pour en faire une dissolution épaisse. Après l’avoir
dissoute, ils l’exposent dans un lieu froid pour obtenir trois couches de sel.
Le premier sel a l’aspect de l’aine, le deuxième d’un nitre à très
petites aiguilles, et le troisième est un sel fixe alcalin.
Des philosophes les emploient séparément, d’autres les réunissent ensemble comme l’indique A. de Villeneuve dans son Petit
Rosaire fait en 1306 à l’article des « Deux Plombs », et les font dissoudre dans quatre fois leur poids d’esprit astral, afin de faire
toutes leurs opérations.
Le premier sel est le véritable mercure des philosophes ; il est la
clef qui ouvre tous les métaux, à l’aide duquel on exti’ait leurs
teintures; il dissout tout radicalement, il fixe et mûrit pareillement tout en fixant les corps par sa nature froide et
figeante. Bref, c’est une essence universelle très active; c’est le
vase dans lequel toutes les opérations philosophiques se font. On
voit donc que le mercure des sages est un sel qu’ils nomment eau
sèche qui ne mouille pas les mains; mais pour s’en servir, il faut
le dissoudre dans l’esprit astral, comme nous l’avons déjà dit. On
emploie dix parties de mercure contre une d’or.
— 668 —
Le deuxième sel sert à séparer le pur de l’impur et le troisième
sel sert à augmenter continuellement notre mercure.
Deuxième opération. — Confection du soufre.
La teinture extraite de l’or vulgaire s’obtient par la préparation
de son soufre, qui est le résultat de sa calcination philosophique qui
lui fait perdre sa nature métallique et la change en une terre pure;
calcination qui ne peut avoir lieu par le feu vulgaire, mais seulement par le feu secret qui existe dans le mercure des sages, vu sa
propriété double ; et c’est en vertu de ce feu céleste, secondé par
la trituration, qu’il pénètre dans le centre de l’or vulgaire, et que
le feu central double de l’or, mercuriel et sulfureux, qui s’y
trouve comme mort et emprisonné, se trouve délivré et animé.
Le même feu céleste, après avoir extrait la teinture de l’or, la fixe
par sa qualité froide et figeante; et elle devient parfaite pouvant
se multiplier en qualité ainsi qu’en quatité.
Cette terre une fois arrivée à la fixité affecte une couleur de
fleur de pêcher qui donne la teinture ou le feu qui est alors l’or vital et végétatif des sages ; ce qui a lieu par la [régénération de l’or
par notre mercure.
Il faut donc commencer à résoudre l’or vulgaire 'en sa matière
spermatique par notre eau de mercure ou notre azote.
Pour y parvenir il faut réduire l’or en une chaux ou oxyde d’un
rouge brun très pur, [et après l’avoir lavé[à diverses fois avec del’eau
de pluie bien distillée à petit feu, on le fera légèrement sécher à
une chaleur de soleil: c’est alors qu’on le calcinera avec notre feu
secret. C’est à cette occasion que les philosophes disent: les chimistes brûlent avec le feu et nous avec l’eau.
Après avoir imbibé et broyé légèrement l’oxyde d’or bien calciné
ayant son humidité et lui avoir fait boire son poids de sel ou de
terre sèche qui ne mouille pas les mains, et les avoir bien incorporés ensemble, on les imbibera derechef en augmentant successivement les imbibitions jusqu’à ce que le tout ressemble à une bouillie
légèrement épaisse. Alors on mettra dessus une certaine quantité
d’eau de mercure proportionnée à la matière, de manière qu’elle
surnage cette dernière; on laissera le tout à la douce chaleur du
bain-marie des sages pendant cinq jours, au bout desauels on
décantera la dissolution dans un vase que l’on bouchera bien, et
que l’on mettra dans un lieu humide et froid.
On prendra la matière non dissoute, que l’on fera dessécher à
— 669 —
une chaleur semblable à celle du soleil ; étant suffisamment sèche on
recommencera les fréquentesimbibitions et triturations, comme nous
l’avons précédemment dit, afin d’obtenir une nouvelle dissolution, que
l’on réunira avec la première en réitérant ainsi jusqu’à ce que vous
ayez dissoustout ce qui peut être et qn’il ne reste plus que la terre morte
de nulle valeur. La dissolution étant terminée et réunie dans le vase
en verre bien bouché dont nous avons précédemment parlé, sa couleur est semblable à celle du lapis-lazuli. On placera ce vase dans
un lieu le plus froid que faire se pourra pendant dix jours, puis on
mettra la matière à fermenter comme nous l’avons dit dans la première opération, et, par le propre feu interne de cette fermentation, il se précipitera une matière noire; on distillera adroitement
çt sans feu la matière, en mettant le liquide séparé par la distillation, qui surnageait la terre noire, dans un vase bien bouché et
dans un lieu froid.
On prendra la terre noire séparée par distillation de son liquide,
on la laissera se dessécher d’elle-rqême, puis on l’imbibera derechef avec le feu extérieur; c’est-à-dire avec le mercure philosophique, vu que l’arbre philosophique demande à être de temps en
temps brûlé par le soleil et puis rafraîchi par l’eau.
Il faut donc faire alterner le sec et l’humide, afin de hâter la
putréfaction, et lorsqu’on aperçoit la terre qui commence à se
dessécher, on suspend les imbibitions, puis on la laisse se dessécher d’elle-même jusqu’à ce qu’elle soit parvenue à une siccité convenable et l’on réitère ainsi jusqu’à ce que la terre ressemble à une
poix noire: alors la putréfaction est parfaite.
Il faut ici se rappeler ce que nous avons dit dans la première
opération, afin de ne pas laisser volatiser l’esprit 'ou brûler les fleurs
en suspendant à propos le feu extérieur lorsque la putréfaction est
totale.
La couleur noire que l’on obtient au bout de quarante ou cinquante jours toutes les fois que Ton a bien administré le feu extérieur, est une preuve que l’or vulgaire a été changé en terre noire,
que les philosophes appellent leur fumipr de cheval.
Gomme le fumier de cheval agit par la force de son propre feu,
pareillement notre terre noire dessèche en elle-même sa propre
humidité onctueuse par son propre double feu et se convertit après
avoir bu toute son eau distillée et être devenue grise, en une
poudre blanche nommée air par les philosophes, ce qui constitue
la coagulation, comme nous l’avons précédemment décrit dans la
première opération.
Lorsque la matière est blanche, la coagulation étant terminée,
— 670 —
on la fixe en portant la matière à une plus grande dessiccation à l’aide
du feu extérieur, en suivant la môme marche que nous avons suivie dans la coagulation précédente, jusqu’à ce que la couleur
blanche soit changée en couleur rouge que les philosophes appellent l’élément du feu.
La matière arrive d’elle-même à un degré de fixité si grand,
qu’elle ne craint plus les atteintes du feu extérieur ou ordinaire,
qui ne peut plus lui être préjudiciable.
Non seulement il faut fixer la matière comme nous venons de le
faire; mais il faut encore la lapidifier, en portant la matière à avoir
l’aspect d’une pierre pilée, en se servant du feu ardent, c’est-à-dire
du premier feu employé, et suivant les mêmes moyens précédemment décrits, afin de changer la partie impure de la matière en
terre fixe, en privant aussi la matière de son humidité saline.
Alors onprocèdeà la séparation du pur, de l'impur delamatière;
c’est le dernier degré de la régénération, qui se finit par la solution.
Pour y parvenir, après avoir bien broyé la matière et l’avoir placée dans le vase sublimatoire, haut, comme nous l’avons déjà dit,
de trois à quatre doigts, en bon verre blanc et d'une épaisseur
double de celle ordinaire, on verse dessus de l’eau mercurielle, qui
est notre azote, dissous dans la quantité d’esprit astral qui lui est
nécessaire et précédemment indiquée, en graduant son feu de manière à l’entretenir à une chaleur tempérée, en lui donnant sur la
fin une quantité de ce mercure philosophique comme pour fondre
la matière. Par ce moyen on porte toute la partie spirituelle de
celte dernière dans l’eau et la partie terreuse va au fond; on
décante son extrait, et on le met dans la glace, afin que la quintessence huileuse se rassemble et monte au-dessus de l’eau et y
surnage comme une huile, et l’on jette la terre restée au fond
comme inutile, car c’est elle qui tenait emprisonnée la vertu médicinale de l’or, ce qui fait qu’elle est de nulle valeur.
Observez bien ici qu’il ne faut pas pousser la lapidification de la
matière trop loin afin de ne pas changer l’or calciné en une
espèce de cristal. Il faut avec adresse régler le feu extérieur pour
qu’il dessèche peu à peu l’humidité saline de l’or calciné, en le
changeant en une terre molle qui tombe comme une cendre, par
suite de sa lapidification ou plus ample dessiccation.
L’huile obtenue ainsi par la séparation est la teinture, ou le soufre, ou le feu radical de l’or, ou la véritable coloration; elle est
aussi le vrai or potable ou la médecine universelle pour tous les
maux qui affligent l’humanité. On prend aux deux équinoxes de
cette huile la quantité nécessaire pour teindre légèrement une cuil-
— 671 —
lerée à soupe de vin blanc ou de rosée dislillée, vu qu’une grande
quantité de cette médecine détruirait l’humide radical de l’homme
en le privant de la vie.
Cette huile peut prendre toutes les formes possibles et se former
en poudre, en sel, en pierre, en esprit, etc., par sa dessiccation à
l’aide de son propre feu secret. Cette huile est aussi le sang du lion
rouge: les anciens la représentaient sous l’image d’un dragon ailé
qui se repose sur la terre.
Enfin cette huile incommuable est le mercure orifique. Étant faite,
on la partage en deubc portions égales ; on en conserve une partie
à l’état d’huile dans un petit bocal en verre blanc, bien bouctié à
l’émeri, que l’on conserve dans un lieu sec, pour s’en servir à faire
les imbibitions dans les règnes de Mars et du Soleil, comme je le
dirai à la (in de la troisième opération, et l’on fait dessécher l’autre
portion jusqu’à ce qu’elle soit réduite en. poudre, ‘en suivant les
mêmes moyens que j’ai indiqués précédemment pour dessécher la
' matière et la congeler; alors on partage cette poudre pareillement
en deux portions égales; on en fait dissoudre une partie dans
quatre fois son poids de mercure philosophique, pour imbiber
l’autre moitié de la poudre réservée.
Troisième opération. — Conjonction du soufre avec le mercure des
philosophes.
C’est ici où les philosophes commencent presque tous leurs opérations, ce qui a induit beaucoup de personnes en erreur.
C’est aussi dans cette opération où l’on réunit le soufre des philosophes avec leur mercure. Presque tous les sages ont nommé
fermentation cette dernière opération, vu que c’est dans celle-ci
que de nouveau le soufre se dissout, qu’il fermente, se putréfie et
ressuscite par sa nouvelle régénération avec une force décuple.
Cette opération diffère des deux précédentes, ce qui fait que les
philosophes la composent de sept degrés auxquels ils ont attribué
une planète.
Pour faire cette opération, il faut prendre la moitié de la poudre
réservée dont je vous ai déjà parlé etl'imbiber peu à peu, vu qu’en
l’imbibant en trop grande quantité on résout derechef le soufre en
huile, qui se sublime en surnageant l’eau, ce qui empêche la réunion du soufre et du mercure, faute grave qui s’est opposée à la
réussite de plusieurs philosophes. Il faut donc imbiber la matière
goutte par goutte en l’aspergeant, afin d’opérer la réunion de la
— 672 —
Lune avec le Soleil des Anges en formant ensemble une bouillie
épaisse.
Le feu externe, qui sert à faire ces imbibitions, est celui dont
nous avons déjà parlé lorsque nous avons fait dissoudre le quart de
l’huile orifîque réduite en poudre dans la quantité de mercure
philosophique qui lui était nécessaire pour se dissoudre; ce feu
extérieur se trouve réglé par la quantité de la matière.
11 faut ici avoir soin d’entretenir la matière dans un état d’onctuosité par les imbibitions réitérées autant de temps qu’il sera
nécessaire pour faire gonfler la matière et la faire entrer en fermentation. Sa dissolution est terminée lorsque la matière affecte
une couleur bleuâtre ; on appelle cette dissolution rebis ou double
mercure et le degré du mercure. Cette dissolution est de suite
suivie de la fermentation; alors on cesse les imbibitions et le feu
extérieur, en laissant agir tout seul et de lui-même le feu intérieur
de la matière, jusqu’à ce que la matière soit tombée au fond du
vase, où elle devient noire comme du charbon; c’est alors que
commence le premier degré appelé celui de Saturne et que l’on
distille sans feu, le liquide surnageant la matière noire, en suivant
la marche que nous avons décrite aux deux précédentes opérations.
On laisse sécher la matière noire d'elle-même, et lorsqu’elle est
parvenue à un état de siccité convenable, on l’imbibe derechef
avec le feu extérieur, en cessant les imbibitions quand on voit la
matière commencer à se sécher ; on la laisse acquérir d’elle-même
un certain degré de siccité, et l’on continue, en réitérant ainsi jusqu’à ce qu’elle soit parvenue à sa putréfaction totale: alors on
cesse le feu extérieur pour ne pas endommager la matière.
Par suite de l’action du propre feu de la matière, celle-ci de
noire devient grise, sans que l’on soit obligé de lui administrer le
feu extérieur: on est alors rendu au degré de Jupiter. C’est dans ce
degré que l’on voit paraître les couleurs de l’arc-en-ciel, qui se
trouvent remplacées par une espèce de peau d’un brun noir qui
acquiert de la siccité, se fend et devient grise, entourée à la paroi
du vase d’un petit cercle blanc.
La matière étant parvenue à ce point, on pourrait s’en servir
comme médecine. Dans ce cas, il faudrait laisser sécher la matière
et la faire devenir une poudre blanche, en employant les mêmes
procédés déjà décrits pour obtenir cette couleur que l'on fera devenir rouge à l'aide du feu secret.
Cette médecine aurait alors une vertu décuple de la première
dont j’ai parlé. Mais désirant s’en servir pour la transmutation des
— 673
métaux, après l’avoir bien desséchée, on n’attend pas qu’elle soit
devenue blanche ; mais on la rend telle en l’amalgamant à parties
égales avec du mercure vulgaire de commerce, purifié avec soin
par distillation, bien sublimé et revivifié; il est le lait ou la graisse
de la terre.
En effet, lorsque le mercure vulgaire est amalgamé avec la
matière, le tout se dissout sous l’aspect d’un liquide blanc comme
du lait, qui se trouve fixé par la matière en un sel fixe, par l’action de son propre feu.
Alors on recommence les lavations mercurielles qui la rendent
blanche comme cristal, à l’aide de sept lavations différentes, à
chacune desquelles on ajoute le mercure revivifié à partie égale
comme je l’ai dit ci-dessus, puis par moitié, tiers, quart, cinquième,
sixième et septième partie du poids de la matière fixée, afin que le
poids de la matière soit toujours plus grand que celui du mercure
revivifié employé.
Mais dès la première lavation à partie égale il faut ne pas cesser
ni jour ni nuit le feu, c'est-à-dire les imbibitions du liquide distillé
qui contient le feu de la matière, afin que celle-ci ne soit pas saisie
par le froid et perdue : le composé est le laiton des philosophes ,
qu’il faut blanchir par de fréquentes imbibitions jusqu’à ce que le
mercure amalgamé soit fixé par notre matière, secondé de son
propre feu; ce qui termine le degré de Jupiter.
En continuant ainsi, le laiton devient jaunâtre, puis bleuâtre et le
blanc le plus beau paraît dessus: alors commence le degré de la
Lune. Ce beau blanc a l’aspect du diamant pilé, il est devenu une
poudre très fine et très subtile; on a obtenu le blanc fixe; on en
met sur une lame de cuivre rougie; si elle fond sans fumer, alors
la teinture est suffisamment fixée. Dans le cas contraire, on lui administre le feu, en le continuant jusqu’à ce qu’elle ait atteint son
degré de fixité convenable, et l’on s’arrête là, si l’on ne veut faire
que la teinture au blanc, dont une partie transmue cent parties de
mercure vulgaire en argent meilleur que celui de minière.
Mais désire-t-on faire la teinture rouge, il faut continuer le feu à
la matière; sans l’avoir laissé refroidir, si l’on veut qu'elle puisse
devenir rouge.
En reprenant l’administration du feu extérieur la matière
devient très fine et si subtile qu’il est difficile de se l’imaginer;
c’est pourquoi il faut bien diriger son feu afin que la matière ne se
volatilise pas par la force du feu qui doit la pénétrer entièrement,
mais qu’elle reste au fond du vase, en devenant une poudre verte.
C’est alors le degré de Vénus.
43
— 674
En continuant avec sagesse le feu extérieur, la matière devient
jaune citron: c’est le degré de Mars. Cette couleur augmente d’intensité et devient couleur cuivre. Rendue à ce point, elle ne peut
plus augmenter d’intensité d’elle-même; c’est alors qu’il faut avoir
recours au mercure orifique rouge, c’est-à-dire ànotre huile réservée, et imbiber la matière avec cette huile jusqu’à ce qu’elle soit
devenue rouge: alors commence le degré du Soleil.
En continuant les imbibitious avec l’huile orifique, la matière
devient de plus en plus rouge, puis purpurine et finalement du
rouge brun, ce qui forme la salamandre des sages, que le feu ne
peut plus attaquer.
Enfin on insère la matière avec la même huile orifique, en
l’imbibant goutte par goutte, jusqu’à ce que l’huile du Soleil soit
figée dans la matière et que cette dernière, mise sur une lame
chaude, fonde sans fumée. Par ce moyen on a obtenu la teinture
rouge et l’or fixe et figeant, dont une partie transmue cent parties
de mercure en or meilleur que celui de la nature.
Multiplications.
Les deux teintures dont je viens de parler, blanche et rouge,
sont susceptibles d’être multipliées en qualité et en quantité, lorsque ces teintures n’ont point été soumises à l’action du feu vulgaire, qui leur fait perdre leur humidité radicale, en les fixant en
terre ayant l’aspect d’une pierre. Pour faire la multiplication de ces
deux teintures, blanche et rouge, il faut répéter entièrement la
troisième opération.
Il faut que les deux poudres blanche et rouge soient dissoutes
dans le mercure philosophique, qu’elles passent à la fermentation
et à la putréfaction, ainsi qu’à la régénération. Pour y parvenir
il faut réitérer les imbibitions peu à peu, conduire le feu et le régler
successivement comme nous l’avons précédemment décrit. A cette
seconde multiplication une partie fait projection sur mille parties
du mercure et les transmue en argent ou en or selon la couleur de
la poudre, en métal parfait.
La multiplication en qualité se fait en réitérant la sublimation
philosophique qui a lieu en séparant le pur de l’impur à l’aide du
mercure philosophique, et l’on répète ponctuellement les manipulations de la troisième opération, après avoir desséché à l’aide du
feu de la matière et réduit en poudre toute l’huile blanche si l’on
opère au blanc et qu’une partie de l’huile rouge, si l’on opère
— 675 —
au rouge, afin de conserver l’autre partie pour s’en servir au
degré de Mars et du Soleil, ainsi que pour insérer, comme je l’ai
déjà indiqué, en opérant au rouge.
La multiplication en quantité se fait par l’addition du mercure
vulgaire revivifié comme je l’ai précédemment dit. Si l’on désire
faire en même temps la multiplication en qualité, il faut commencer, comme règle générale, par sublimer la matière en séparant le
pur de l’impur, en desséchant en totalité, si l’on opère au blanc,
ou par moitié si l’on opère au rouge, à l’aide du propre feu que
l’on réglera de la même manière que je l’ai fait à la troisième opération, afin de les réduire en poudre que l’on divisera chacune en
deux parties égales ; on en fera dissoudre une partie dans quatre
fois son poids de mercure philosophique, qui servira à imbiber
l’autre partie réservée en réitérant absolument la troisième opération.
On peut, si on le désire, réitérer ces manipulations jusqu’àdixfois:
la matière acquerra à chaque fois une force décuple et sera si subtile qu’elle traversera le verre à la dernière fois en se volatilisant
en totalité. On cesse ordinairement à la neuvième multiplication,
où elle devient si volatile qu’à la moindre chaleur elle perce le verre
et s’évapore, ce qui fait qu'il est d’usage de s’arrêter à la transmutation d’une partie sur mille ou dix mille au plus afin de ne pas
s’exposer à perdre un trésor aussi précieux.
Je ne décrirai point ici des opérations très curieuses que j’ai
faites, à mon grand étonnement, dans les règnes végétal et animal,
ainsi que le moyen de faire le verre malléable, des perles et des
pierres précieuses plus belles que celles de la nature, en suivant le
procédé indiqué par Zacharie et se servant du vinaigre et de la
matière fixée au blanc et de grains de perles ou de rubis pilés très
fin, les moulant puis les fixant par le feu de la matière, ne voulant
point être parjure et paraître ici passer les bornes de l’esprit
humain.
Y
l’alchimiste
Nous avons beaucoup parlé de la Pierre Philosophale; disons
maintenant quelques mots de son heureux possesseur : l’Alchimiste.
Un se figure généralement cet homme vivant dans une recherche
— 676 —
perpétuelle de l’impossible au milieu des fourneaux ardents, dés
crocodiles empaillés, des hiboux sinistres et des chats ensorcelés.
Il suffît cependant d’ouvrir leurs livres, de voir la façon dont euxmêmes représentent leurs fourneaux et leurs laboratoires pour
constater que c’est là une profonde erreur accréditée par les préjugés de la foule.
Le véritable alchimiste est un philosophe assez instruit pour traverser sans s’émouvoir les époques les plus troublées et les plus
^ difficiles1. 11 est le dépositaire sacré de toute cette science merveilleuse enseignée jadis dans les sanctuaires vénérés de l’Inde et de
l’Égypte. Il faut qu’il sache assez la voiler pour échapper au regard
jaloux du despote clérical qui flaire en lui l’ennemi et qui le surveille étroitement. C’est, quand l'Inquisition persécute impitoyablement toute trace de savoir, que le philosophe hermétique voile
davantage ses écrits sous les symboles et les mystérieuses figures,
pas assez cependant pour que le chercheur consciencieux ne puisse
facilement comprendre. Voilà l’origine des obscurités voulues qu’on
rencontre dans les ouvrages des adeptes.
Quel usage font-ils des richesses immenses que peut leur procurer la connaissance du merveilleux secret ?
Une des règles élémentaires de la science dite occulte, enseigne
que, pour être maître de quelque chose, il faut savoir la considérer
avec la plus grande indifférence.
Celui qui désire la Pierre Philosophale pour les richesses qu’elle
procure et pour son bien matériel, a des chances considérables pour
ne jamais la posséder.
Aussi la tradition ésotérique nous représente-t-elle l’alchimiste
simplement vêtu et toujours en voyage, faisant l’aumône aux
mendiants et aux rois et par là se montrant supérieur à ces
derniers2.
Si nous en croyons les récits des contemporains, l’alchimiste
Nicolas Flamel, possesseur de richesses immenses, les employait
uniquement en fondations pieuses ou charitables et mangeait, ainsi
que sa femme, des légumes bouillis, dans de la grossière vaisselle
de terre.
Nous trouverons ces idées mises en pratique jusqu’en plein
xixe siècle où l’alchimiste Cyliani (1832) ayant, raconte-t-il, découvert la pierre philosophale au bout de quarante ans de travaux,
vécut en petit rentier bien modeste après avoir eu la tentation
1. Louis Lucas, le Roman Alchimique.
2. Eliphas Levi, Histoire de la Magie.
— 677 —
d’offrir le précieux secret au roi Louis XVIII ; sa femme l’en
détourna1.
Du reste, il suffit de parcourir l’ouvrage de Figuier pour avoir
de nombreux détails sur ce sujet.
La doctrine enseignée par les alchimistes est en grande partie
philosophique. L’expérience ne doit que servir de contrôle aux
théories spéculatives énoncées dans les livres les plus vénérés.
C’est pourquoi les adeptes nomment l’ensemble de leurs connaissances : Philosophie hermétique.
La Philosophie hermétique professe l’unité de substance à la
base de toutes ces démonstrations. Il existe un principe universel
répandu dans tous les corps quelle que soit leur composition
d’autre -part. C’est la connaissance de ce principe universel et sa
mise en action qui constituent le secret du grand œuvre et qui rend
différentes ab initio les expériences alchimiques des travaux des
chimistes ordinaires, que les philosophes hermétiques considèrent
comme des garçons de laboratoire.
Cette force occulte a reçu une foule de noms dans les ouvrages
alchimiques : c’est le Telesme d’Hermès2, YAour des Kabbalistes3,
le Rouah Elohim de Moïse4, le Mercure universel des alchimistes5 6,
la Lumière astrale de la Science Occulte s, le Mouvement de Louis
Lucas7, etc., etc.
Du reste cette théorie, à laquelle sont amenés les philosophes
contemporains, vient d’être remise au jour dans toute sa beauté
par les travaux des Occultistes.
On trouvera aussi des détails sur ce sujet intéressant dans une
très belle étude de M. de Rochas intitulée les Doctrines chimiques
au xvii8 siècle et parue dans le Cosmos en 1888.
Existe-t-il à notre époque quelque trace de cette philosophie
hermétique et de ses enseignements ? Cherchons-le.
1. Cyliani, Hermès dévoilé, 1832.
2. La Table d'Emeraude.
3. Voy. Eliphas Levi, la Clef des grands mystères.
4. Fabre d’Olivet, la Langue hébraïque restituée.
5. Crosset de la Hauinerie, les Secrets les plus cachés (6e traité).
6. E. Levi, Dogme et Rituel de Haute Magie.
7. Louis Lucas, Chimie Nouvelle.
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VESTIGE DE LALCBIMIE A NOTRE ÉPOQUE
Les alchimistes travaillaient en général seuls jusqu’au xvi° siècle.
Dès cette époque, l’initiation fut donnée par des sociétés secrètes
plus ou moins puissantes. Ce sont elles qui ont laissé des traces
assez durables pour que nous puissions les retrouver à notre
époque.
Sans vouloir parler des Templiers, prématurément détruits, la
plus importante et la plus connue des sociétés hermétiques est
sans contredit la mystérieuse Fraternité des Rose-Croix. C’est sous
leur impulsion que fut fondée par Asmhole la franc-maçonnerie
anglaise d’où sont dérivées toutes les initiations modernes1.
La Franc-maçonnerie nous présente encore aujourd'hui les traditions vivantes de l’Hermétisme dans plusieurs de ses hauts
grades et c’est à ce point de vue que le F.*. Ragon l’a particulièrement étudiée dans sa Maçonnerie occulte.
Ainsi la parole perdue et retrouvée du 18° degré de l’Ecossisme INRI s’explique ésotériquement par un aphorisme alchimique :
Igné Natura Renovatur Integra 2.
La nature se renouvelle dans son intégrité par le feu.
Ce feu n’est pas le feu vulgaire ; c’est la force universelle dont
nous avons parlé tout à l’heure, représentée aussi par le G du
centre de l’Étoile flamboyante3.
Le 22e grade (Royal Hache) et le 28e (Prince Adepte) sont aussi
remplis de traditions réelles delà science hermétique4.
Outre ces traditions, conservées à l’insu de ceux qui les possèdent, plusieurs monuments de Paris sont encore des preuves
positives des enseignements de la philosophie hermétique.
Citons en première ligne à ce point de vue la Tour Saint-Jacques,
L Ragon, Orthodoxie maçonnique.
2. V. Papus, Francs-Maçons et Théosophes.
3. Y. Ragon, la Messe et ses Mystères.
4. Albert Pite, Moralis and Dogma of Freemasonry , Charleston, 1881,
p. 340 et suiv.
— 679
puis les Vitraux de la Sainte-Chapelle ; enfin le Portail de NotreDame de Paris1.
Enfin le xix* siècle a vu naître plusieurs alchimistes convaincus.
Citons d’abord Cyliani, auteur d'Hermès dévoilé (1832), dans lequel
il affirme avoir découvert la Pierre Philosophale, et donne en style
alchimique le moyen de la fabriquer. Il est curieux de voir ce style
symbolique employé même de nos jours.
Après lui, nous devons citer Théodore Tiffereau, ancien préparateur de chimie à l’Ecole de Nantes, auteur d’un mémoire adressé
à l’Académie, intitulé : Les métaux ne sont pas des corps simples
{1853, in-8°).
Puis vient le moins sérieux de tous, Cambriel, auteur d’un mauvais traité portant le titre de l'Alchimie en 19 leçons 2.
Tels sont les représentants de l’alchimie à notre époque. En
existe-t-il d’autres en Occident, existe-t-il des sociétés d’hermétisme? c’est ce que nous ne pouvons pas dire.
Cependant je puis parler d’une aventure entièrement personnelle qui m’est arrivée il y a deux ans à peu près.
Un alchimiste pratiquant .
A cette époque je poursuivais un travail qui n’est pas encore
terminé. 11 s’agissait de réduire tous les termes d’alchimie en leur
équivalent en chimie contemporaine. La tâche était aisée pour certains d’entre eux ; malaisée pour d’autres. Quand je ne pouvais
m’y reconnaître par la seule théorie, j’en appelais à l’expérience.
C’est ainsi qu’en sublimant un mélange d’azotate de potasse et de
mercure, par le procédé alchimique, je remarquai qu’il se produisait trois sels d’aspect physique différent quoique de composition
chimique identique. Ces trois sels étaient nettement indiqués par
les alchimistes et pas du tout par les chimistes. C’est même cela
qui m’avait poussé à tenter l’expérience.
Tout travail d’occultisme réveille par écho la filière d’idées qui
lui correspond exactement dans les trois mondes ; aussi ne fus-je
pas étonné quand je reçus inopinément la visite d’un homme d’environ quarante ans, bien mis et qui m’avoua s’occuper de la pierre
philosophale depuis dix ans.
1. Yoy. le dessin et l’explication de l’hiéroglyphe alchimique du portail
de Notre-Dame dans le Traité élémentaire de Science Occulte de Papus,
planche VI.
2. Dernièrement M. Poisson vient de mettre au jour une excellente
édition comprenant cinq traités d’alchimie avec plusieurs gravures.
— 680 —
Il prétendait avoir trouvé la direction du feu astral et s’engageait à montrer son action à la personne qui pourrait, non pas lui
avancer de l’argent, il n’en voulait pas ; mais lui louer une petite
maison pour un an, maison dont la personne resterait propriétaire.
Cela lui permettrait de finir son travail à son aise.
Comme « mes appartements » se composent d’une chambre
située près du ciel et que je consacre tout ce que je puis gagner à
la diffusion de l’occultisme, j’étais dans l’impossibilité d’avancer
les 1200 francs nécessaires à la satisfaction du rêve de mon alchimiste. Je le conduisis donc chez divers occultistes riches qui ne
voulurent pas risquer la somme. Je l’aurais fait moi-même peutêtre rien que pour voir l’expérience promise, condition sine qua
non du versement.
Pour me récompenser de mes efforts, l’alchimiste me fît cadeau
d’une bouteille renfermant une substance blanche, d’odeur très
pénétrante et douée de curieuses propriétés physiques.
Cette substance est tellement hygrométrique qu’une parcelle
mise sur l’eau s’agite aussitôt violemment, rappelant un peu le
sodium, mais sans jamais s’enflammer. Je n’ai pas encore eu le
temps d’analyser cette matière d’origine organique, je pense.
Depuis mon alchimiste continue ses travaux. Il habite Winterthur dans la Suisse allemande et se nomme H. Etter. C’est un
homme très sérieux et fort instruit en hermétisme. Si jamais l’un
de mes lecteurs se promène de ce côté, il peut aller voir les expériences de ce « philosophe du feu ».
C’est là le seul alchimiste pratiquant que je connaisse, outre une
association située aux environs de Goritz en Autriche.
J’ai fait la découverte vers la même époque d’un cordonnier,
concierge dans une impasse de Ménilmontant, qui possédait la Bibliothèque d’alchimie la plus complète que j’aie jamais vue. Pris dégoût
pour ces études, mon cordonnier, socialiste de l’école de Foürieret
de Tourreil, avait acheté pendant trente ans ces volumes un à un
chez les brocanteurs. Il avait, entre autres raretés, des manuscrits
hermétiques de grande valeur. Aujourd’hui il a été réduit à vendre
presque tous ses trésors. Il avait tout lu et tout annoté et était
assez fort en occultisme, pour avoir complètement interloqué
le vén.\ le jour de son initiation. Il n’a cependant jamais essayé
la pratique de l’alchimie.
Notre monographie ne serait pas complète si nous terminions
sans indiquer tout au moins les livres les plus utiles à ceux qui
voudraient pousser plus loin ces curieuses études. C’est ce que nous
allons tenter de faire.
681 —
YIL
COMMENT ON PEUT ÉTUDIER L’ALCHIMIE
Le premier livre que nous conseillons de lire en entier, c’est celui
de Louis Figuier intitulé V Alchimie et les Alchimistes. Quoique l’auteur se pose en adversaire décidé de la Philosophie hermétique,
son livre est très bien fait en somme et, sauf quelques erreurs de
détails, mérite la peine d’être pris en sérieuse considération. La
partie historique est surtout remarquable et sa lecture conduit
fatalement à démontrer avec évidence l’existence de la Pierre Philosophale. C’est donc surtout pour la partie historique que l’ouvrage de Louis Figuier doit être étudiée
C’est alors qu’on pourra lire l’œuvre d’un véritable alchimiste et
prendre connaissance de ce style bizarre et figuré. Nous conseillons
vivement de prendre à ce point de vue l’ouvrage de Cyliani cité
dans le chapitre précédent. On verra que, même au xixe siècle, la
langue symbolique est encore en usage malgré la chimie contemporaine ; on pourra aussi se rendre compte, par le récit des quarante
années de souffrances et de recherches de l’alchimiste, de la difficulté de l’œuvre entreprise.
On trouvera ce volume, devenu très rare, à la Bibliothèque
Nationale (lettre R).
Enfin l’instruction élémentaire sera tout à fait complète si l’on
veut lire l'Histoire de la Philosophie hermétique de Langlet du
Fresnoy et les auteurs reproduits dans les deux volumes de la
Bibliothèque des Philosophes chimiques de Salmon (1753).
Comme il existe plus de trois mille volumes sur l’Alchimie, nous
croyons devoir nous borner à donner les plus importants. Ceux
qui voudraient devenir des Alchimistes pratiquants, ce dont je les
plains fort, devront prendre connaissance de tous les maîtres , surtout des œuvres de Geber, Raymond Lulle, Basile, Valentin, Paracelse et Van Helmont.
CONCLUSION
Parvenu au bout de notre travail, nous espérons avoir atteint le
but poursuivi : Démontrer que la Pierre Philosophale nest pas seulement possible ; mais qu'elle a existé et a donné de son existence
des preuves irréfutables.
— 682 —
Nous prions les gens sérieux, qui ne sont animés d’aucun parti
pris ni d’aucune idée préconçue, de bien considérer nos assertions,
de vérifier leur authenticité dans les livres originaux, ce qui est
facile à la Bibliothèque Nationale, et de voir si ce sont là des
preuves irréfutables ou bien de simples conjectures dénuées de tout
fondement stable. L’amour de la vérité nous a seul conduit à
défendre les alchimistes, ces modestes philosophes trop peu connus et trop calomniés. Puissions-nous inciter quelque chercheur
plus instruit que nous-même à développer et à étendre ce genre
tout particulier d’études.
Du reste, nous assistons à une véritable renaissance de l’antiquité. Les phénomènes si curieux de la suggestion viennent
détruire bien des conclusions anticipées et peut-être le xx° siècle
verra-t-il se constituer enfin la Synthèse par l’alliance de la
physique positiviste de l’Occident avec la métaphysique idéaliste de
l’Orient. Puisse ce jour être proche où toutes les philosophies rentreront dans l'Unité d’une même Science, où tous les cultes rentreront dans l' Unité d’une même Foi, où la la Science et la Foi donneront, par leur alliance, naissance à une seule et synthétique
Vérité !
CHAPITRE XIV
LA TRADITION AU TEMPS MODERNE
LA FRANC-MAÇONNERIE. — ORIGINE. — BUTS SECRETS. — CONSTITUTION.
LA LIGUE d’hIRAM ET SA SIGNIFICATION.
§ 1. — LE COURANT ALCHIMIQUE. — LA ROSE-CROIX.
Le courant alchimique représente la voie centrale de transmission de la Science occulte. Les philosophes d’Hermès étudient les
différentes parties de l’ésotérisme et quelques-uns d’entre eux s’appliquent particulièrement à l’étude du monde sensible; delà l’Alchimie.
Il ne faudrait pas croire cependant que l’Alchimie fût la seule
occupation des hermétistes. Nous trouvons en effet toute une série
de philosophes s’appliquant particulièrement à la Kabbale1, tels
sont Zedechias sous Pépin le Bref, le rabbin initié Jechiel sous
saint Louis, Albert le Grand vers la fin du xue siècle, Pic de la Mirandole, Reuchlin , Trithème, Agrippa, aux xve et xvic siècles. Ces
noms indiquent la voie suivie par la tradition kabbalistique qui se
continue au xvne siècle avec Robert Fludd (1574-1637) et Henry More
(1614-1687) pour aboutir aux sociétés secrètes du commencement
du xviiic siècle parallèlement à l’alchimie proprement dite.
A côté de ces philosophes se transmettant de génération en géné1. Voy. Eliphas Levi, Histoire de la Magie et Stanislas de Guaita, Essai
de Sciences maudites.
»
\
— 684 —
ration le dépôt sacré qui leur a été confié, il existe divers courants
émanés d’hommes, qui ont été se faire initier aux sources mêmes
de la Tradition et qui reviennent ensuite rajeunir de leur apport
le courant central qui se continue en Occident.
Il en est pour la philosophie hermétique comme pour la Grèce
dont les grands esprits allaient subir l’initiation en Égypte et revenaient ensuite infuser un sang intellectuel nouveau à leur patrie.
Il est donc de la plus grande importance, pour éviter toute confusion, de ne pas énumérer des noms à la file; mais de bien distinguer le courant central de ces courants accessoires, des plus
importants du reste.
C’est ainsi que Raymond Lulle (1235-1315) initié par les Arabes
aux secrets du livre d’Hermès-Tau (Le Tarot) enseigne son Ars
magna ou l’art de remplacer le cerveau humain par une machine
mathématique, art qui formera le fonds de l’enseignement universitaire pendant quatre siècles.
C’est ainsi que Paracelse (1495-1541) reviendra de ses voyages
riche de nouvelles lumières. Mais deux hommes nous intéressent
au-dessus de tout à ce point de vue, ce sont ceux qui ont été puiser
la tradition gnostique pure à sa source même et qui ont créé de
sérieux courants d’initiative sous cette influence. Ces deux hommes
sont Hugues de Payens, le fondateur de l’ordre du Temple au
xne siècle, et Rosenkreuz, le fondateur de l’ordre de la Rose-Croix
au xive siècle.
Le courant hermétique possédait bien la tradition kabbalistique
alliée à la Gnose, ainsi que le prouvent les oeuvres de Jean Dée\
mais l’occupation des philosophes est tout intellectuelle, aucun ne
songe à une réalisation sociale quelconque permettant de lutter à
armes égales contre l’usurpatrice ignorante du pouvoir spirituel :
l’Église.
Les Templiers. — Les sept croisés fondateurs de l’Ordre du
Temple initiés en Palestine même aux secrets de la Gnose jettent
les bases en 1418 de la Puissance qui faillit réaliser dès le xive siècle
les aspirations secrètes des initiés.
Les Templiers voulaient rétablir l’ancienne organisation universitaire de l’antiquité. Dans chaque centre important une commanderie était établie, plusieurs commanderies étaient régies par un
prieuré > plusieurs prieurés se groupaient sous les ordres d’un
t. Surtout sa Monas Hieroglyphica dans laquelle il montre que la vie
du Christ est basée sur le mythe solaire, image de la loi universelle.
— 085 —
grand prieuré gouvernant la Province. Les grands prieurés se
groupaient à leur tour par nation parlant une langue différente et
le tout était régi par le pouvoir central ayant à sa tête le Grand
Maître.
Ainsi les peuples parlant des idiomes divers recevaient l’impulsion intellectuelle d’un centre unique et le but de cette impulsion
n’était pas l’obscurcissement a priori des intelligences; mais bien
leur émancipation par la charité et par la science, les deux pivots
de l’ordre du Temple.
C’était une attaque directe à l’Église et à la Papauté; celle-ci
sentit le danger et employa un moyen radical. Le 13 octobre 1307
Philippe le Bel arrêta les Templiers sur tout le terrritoire et les fit
brûler après un jugement sommaire. En 1312 le pape Clément Y
détruisit l’ordre administrativement.
La Gnose n’avait pu réussir jusque-là socialement parce qu’elle
n’avait pas d'âme , elle n’était pas constituée comme un être complet,
elle n’existait pas comme puissance efficiente dans l’invisible. Le
martyre volontaire de Jacques Molay donnait au courant gnost.ique
cette âme directrice qui lui manquait, ce courant devenait toutpuissant subitement, de par son ennemie même et nous le retrouverons avec la Réforme et avec la Révolution française. Notons
bien le caractère essentiellement réalisateur de l’ordre du Temple.
Après sa destruction plusieurs de ses initiés qui avaient échappé
au supplice fondirent les premières des grandes fraternités secrètes
d’Europe, en exceptant toutefois la Sainte Wœhme qui datait de
Charlemagne,
Chrétien Rosenkreuz, né en 1378, avait été élevé par un cercle
d’initiés allemands qui savaient que de grands centres hermétiques
subsistaient toujours en pays d’Orient.
A peine âgé de vingt ans, Rosenkreuz part, se dirigeant droit vers
les sources de la Gnose. Il parcourt successivement la Turquie, la
Palestine, l’Arabie, se faisant partout recevoir dans les centres
d'initiation. A Damcar il découvre enfin le centre si cherché où il
reçoit le complément définitif de la Tradition ésotérique.
Le jeune initié se rend encore à Fez où la Kabbale était enseignée
puis revient par l’Espagne dans son pays natal, l’Allemagne.
Là il dévoila sa doctrine à un petit nombre d’initiés et s’enferma
dans une grotte où il mourut en 1484 à l’âge de 106 ans.
— 686 —
En 1604 son sépulcre fut découvert orné d’inscriptions diverses
dont une prophétique, si l’on en croit le Manifeste de la Confrérie
de la Rose-Croix ( Fama fraternitatis Rosæ Crucis) paru vers 1613.
M. Louis Figuier a fort bien résumé l’histoire de cette confrérie,
aussi lui empruntons-nous les extraits suivants qui montreront que
la Gnose est le but secret de la Rose-Croix luttant contre l’ignorance de l’Eglise :
La doctrine et les règles de conduite des frères de la Rose-Croix
sont contenues dans le Manifeste dont nous avons parlé et dans un
autre petit livre intitulé la Confession de foi, qui est annexé au
précédent.
Bien qu’il n’ait jamais été possible de connaître exactement ce
que renfermait le grand secret des Rose-Croix, on pense qu'il portait sur ces quatre points : la Transmutation des métaux; — Y Art
de •prolonger la vie pendant plusieurs siècles; — la Connaissance
de ce qui se passe dans les lieux éloignés ; — Y Application de la
cabale et de la science des nombres à la découverte des choses les
plus cachées.
Le nombre des frères de la Rose-Croix n’était que de quatre au
début de la confrérie, Rosenkreuz n’ayant dévoilé son secret qu’à
trois compagnons, ou, selon d’autres, à ses trois fils. Leur nombre
s’accrut bientôt jusqu’à huit. Ils étaient tous vierges. Ces adeptes
fondateurs se réunissaient dans une chapelle appelée du SaintEsp?'it, et c’est là qu’ils distribuaient les enseignements et les avis
aux nouveaux initiés.
Une fois entrés dans le sein de la confrérie, les frères se juraient
une fidélité inviolable, et s’engageaient par serment à tenir leur
secret impénétrable aux profanes. Ils ne se distinguaient les uns
des autres que par des numéros d’ordre; individuellement ou collectivement, ils devaient se contenter de prendre le nom de la confrérie, à l’exemple de leur premier fondateur, qui ne s’était jamais
fait connaître que sous le titre de frère illuminé de la R.-C . Cette
manière de s’absorber dans la personne de leur maître montre
assez dans quelle union étroite ils entendaient vivre avec son esprit, et combien ils étaient résolus à suivre fidèlement la règle qu’il
leur avait tracée, et dont voici les articles principaux :
« Exercer la médecine charitablement et sans recevoir de personne aucune récompense;
« Se vêtir suivant les usages du pays où l’on se trouve;
« Se rendre, une fois tous les ans, au lieu de leur assemblée générale, ou fournir par écrit une excuse légitime de son absence;
« Choisir chacun, quand il en sentira le besoin, c’est-à-dire
— 687 —
quand il sera au moment de mourir, un successeur capable de tenir
sa place et de le représenter;
« Avoir le caractère de la R. -G. pour signe de reconnaissance
entre eux et pour symbole de leur congrégation.
« Prendre les précautions nécessaires pour que le lieu de leur
sépulture soit inconnu, quand il arrivera à quelqu’un d’eux de
mourir en pays étranger.
« Tenir leur société secrète et cachée pendant cent vingt ans, et
croire fermement que, si elle venait à faillir, elle pourrait être réintégrée au sépulcre et monument de leur premier fondateur1. »
Avec la. stricte observation de ces préceptes, dont l’application
ne présente, comme on le voit, que peu de difficultés, les RoseCroix se vantent d’obtenir des grâces et des facultés telles que
Dieu n’en a jamais communiqué de semblables à aucune de ses
créatures. Les Rose-Croix affirment, par exemple :
« Qu’ils sont destinés à accomplir le rétablissement de toutes
choses en un état meilleur avant que la fin du monde arrive;
« Qu’ils ont au suprême degré la piété et la sagesse, et que, pour
tout ce qui peut se désirer des grâces de la nature, ils en sont paisibles possesseurs, et peuvent les dispenser selon qu'ils le jugent à
propos;
« Qu’en quelque lieu qu’ils se trouvent, ils connaissent mieux les
choses qui se passent dans le reste du monde que si elles leur
étaient présentes;
« Qu’ils ne sont sujets ni à la faim, ni à la soif, ni à la vieillesse,
ni aux maladies, ni à aucune incommodité de la nature ;
« Qu’ils connaissent par révélation ceux qui sont dignes d’être
admis dans leur société;
« Qu’ils peuvent en tout temps vivre comme s’ils avaient existé
dès le commencement du monde, ou s’ils devaient rester jusqu’à la
fin des siècles;
« Qu’ils ont un livre dans lequel ils peuvent apprendre tout ce
qui est dans les autres livres faits ou à faire;
« Qu’ils peuvent forcer les esprits et les démons les plus puissants de se mettre à leur service, et attirer à eux, par la vertu de
leur chant, les perles et les pierres précieuses;
« Que Dieu les a couverts d’un nuage pour les dérober à leurs
ennemis, et que personne ne peut les voir, à moins qu’il n’ait les
yeux plus perçants que ceux de l’aigle;
L G. Naudé, Instructions à la France sur la vérité de l'histoire des frères
de la Fose-Cr^oix.
— 688 —
« Que les huit premiers frères de la Rose-Croix avaient le don de
guérir toutes les maladies, à ce point qu’ils étaient encombrés par
la multitude des affligés qui leur arrivaient, et que l’un d’eux,
fort versé dans la cabale, comme le témoigne son livre H , avait
guéri de la lèpre le comte de Norfolk, en Angleterre ;
« Que Dieu a délibéré de multiplier le nombre de leur compagnie ;
« Qu’ils ont trouvé un nouvel idiome pour exprimer la nature
de toutes les choses;
« Que par leur moyen le triple diadème du pape sera réduit en
poudre ;
« Qu’ils confessent librement, et publient, sans aucune crainte
d’en être repris, que le pape est l’Antéchrist;
« Qu’ils condamnent les blasphèmes de l’Orient et de l’Occident,
c’est-à-dire de Mahomet et du pape, et ne reconnaissent que deux
sacrements, avec les cérémonies de la première Église, renouvelée
par leur congrégation ;
« Qu’ils reconnaissent la quatrième monarchie, et l’empereur
des Romains pour leur chef et celui de tous les chrétiens ;
« Qu’ils lui fourniront plus d’or et d’argent que le roi d’Espagne
n’en a tiré des Indes, tant orientales qu’occidentales, d’autant plus
que leurs trésors sont inépuisables;
« Que leur collège, qu’ils nomment College de Saint-Esprit, ne
peut souffrir aucune atteinte, quand même cent mille personnes
l’auraient vu et remarqué;
« Qu’ils ont dans leurs bibliothèques plusieurs livres mystérieux,
dont un, celui qui leur est le plus utile après la Bible, est le même
que le révérend Père illuminé R. C. tenait en sa main droite après
sa mort;
« Enfin, qu’ils sont certains et assurés que la vérité de leurs
maximes doit durer jusqu’à la dernière période du monde1. »
LA RÉFORME
Voilà donc une nouvelle fraternité hermétique dont la doctrine
est puisée directement aux sources primitives qui vient s’ajouter
aux courants déjà existants :
1° Le courant central représenté par les alchimistes.
2° Les restes des Templiers.
1. G. Naudé, Instructions à laFrance sur lavérité de l’histoire des frères
de la Rose-Croix.
— 689 —
Ces derniers, aidés des sociétés hermétiques, n’avaient pas cessé
de préparer sourdement les esprits à la révolte contre le sectarisme
romain. Cette révolte éclata soudainement en Allemagne avec
Luther en 1517. La protection d’un prince puissant, l’électeur de
Saxe, assure le succès de cette tentative qui, préparée de longue
main par les sociétés secrètes, voit son succès croître d’une façon
prodigieuse.
Tout le nord de l’Europe échappait à la Papauté; l’Allemagne,
devenue libre, pouvait servir de centre d’action aux diverses associations hermétiques. Aussi verrons-nous toujours les succès du
protestantisme en religion aller de pair avec les succès de la
Franc-Maçonnerie qui protégera partout les descendants de l’électeur de Saxe en récompense du service rendu.
Dans l’initiation à l’un des plus hauts grades maçonniques, on
apprend en effet au récipiendaire que le Protestantisme est une des
victoires (coups de canon) remportées par la Franc-Maçonnerie sur
la Papauté.
RÉSUMÉ
C’est d’Allemagne que sont sorties toutes les sectes dites d'illuminés qui répandront partout les doctrines du gnosticisme et prépareront la revanche des Templiers.
★
* *
Avant d’aller plus loin, voyons quels sont, au commencement du
xvme siècle, les divers courants qui possèdent tout ou partie de la
Tradition ésotérique.
1° Le courant alchimiste comprenant plusieurs écoles (alchimistes, kabbalistes, astrologues, etc.) régénéré par Paracelse et
Van Helmont. Ce courant est surtout intellectuel et a pour but la
liberté d’études scientifiques.
2° Les restes des Templiers poursuivant avec opiniâtreté la vengeance de Jacques Molay sur les deux assassins du Temple : la
Royauté et la Papauté.
3° La fraternité de la Rose-Croix possédant une grande partie
de la tradition chrétienne primitive expliquée par la Gnose et la
Kabbale.
Nous allons voir tous ces éléments se grouper pour fonder une
société secrète plus puissante socialement que toutes les précédentes : la Franc-Maçonnerie .
44
\
— 690 —
§ 2. — ORIGINES DE LA FR ANC-MAÇONNERIE.
La Franc-Maçonnerie nous présente en effet le groupement total
de tous les courants que nous avions étudiés jusqu’ici. Nous y trouverons représentés les Templiers, les Alchimistes, les Rose-Croix
alliés à des associations secrètes d’ouvriers constructeurs.
Si l’on veut étudier toutes ces traditions il est important de ne
pas le faire dans ce qui reste de la Franc-Maçonnerie en France,,
nous en verrons bientôt la raison.
Pour l’instant développons de notre mieux les origines historiques de cette nouvelle association. Tous les auteurs sont d’accord
sur ce point ; des représentants de sociétés gnostiques (entre autres
Ashmole) alliés à des loges d’ouvriers constructeurs ont fondé la
Franc-Maçonnerie.
Nous empruntons à un travail publié par les catholiques et fort
bien fait, quoique rempli par instants d’insinuations venimeuses et
de calomnies naïves, les renseignements suivants1:
1° L'Ancienne Corporation des Maçons Constructeurs
d' Allemagne.
Depuis le ix° siècle jusques et y compris le xm' siècle, les Moines
les Bénédictins surtout, monopolisèrent la science de la construction des grands édifices2.
Ayant besoin d’un personnel nombreux, ils se virent forcés de
faire des élèves parmi les laïques3.
Les moines chargés de cet enseignement étaient appelés Vénérables, parce qu’ils étaient religieux, Maîtres, parce qu’ils enseignaient4.
1. Maçonnerie pratique, 2 vol. in-8°, 1885. Baltenweck, éditeur, Paris.
2. Mss. autographes du duc de Sussex , grand maître de la Maçonnerie
Anglaise, n° 57 de la collection privée.
Allgemeine Kulturgeschichte von der Urzeit bis auf der Gegenwart, par
Otto Henne-Am-Rhyn, vol. III et IV. Leipzig, 1877-1882.
Historical Lecture on Freemasonry du Rituel du Conseil, par John
Yarker, grand maître de la Maçonnerie Swedenborgienne en GrandeBretagne. Londres, 1882.
3. Ibid.
4. Ibid.
— 691
Au xmesiècle les élèves constructeurs allemands secouèrent le joug
de leurs chefs monastiques et se constituèrent en groupes, en corps
d’état, pour construire pour leur propre compte, sans être subordonnés aux moines 1 .
En se groupant pour construire suivant le style architectonique
allemand, pour construire du gothique, ils s’organisèrent de façon à monopoliser la construction de ce style, s’assurant ainsi
du travail, dont les voies et moyens étaient tenus absolument secrets2.
Ces secrets de l’art des constructeurs, étant communiqués aux
ouvriers par leurs maîtres, rendaient ces ouvriers égaux, frères en
instruction, et capables de travailler ensemble, de coopérer en
compagnons , aux travaux entrepris et à entreprendre 3.
Pendant les siècles xm°, xive et xve, la construction de basiliques,
d’églises, de monastères, de palais, prit un grand développement,
et le personnel travaillant des constructeurs dut recevoir un accroissement considérable’*.
Les constructeurs admirent alors parmi eux des Apprentis qui
n’étaient pas des constructeurs, qui n’étaient pas des Compagnons,
mais qui travaillaient à le devenir 5.
Ce même développement des travaux exigea que certains Compagnons, pris parmi les plus intelligents et les plus habiles, fussent
chargés de la direction de travaux déterminés, devinssent Maîtres
pour enseigner aux autres les moyens à employer pour amener
à bonne fin telle entreprise de construction6.
Ces Compagnons- maîtres étaient choisis par le suffrage de tous
les compagnons, et n’étaient autre chose que des contremaîtres
chargés de la direction momentanée de travaux déterminés 7.
A la fin du xm0 siècle, les constructeurs allemands formaient
aussi un corps de métier, monopolisateur de la construction gothi-
* V
1. Mss. autographes du duc de Sussex, grand maître de la Maçonnerie
Anglaise, n° 57 de la collection privée.
Allgemeine Kulturgeschichte von der Urzeit bis auf der Gegenwart , par
Otto Henne-Am-Rhyn, vol. III et IV. Leipzig, 1877-1882.
Historical Lecture on Freemasonry du Rituel du Conseil, par John Yarker,
grand maître de la Maçonnerie Swedenborgienne en Grande-Bretagne.
Londres, 1882.
2. Ibid.
3. Ibid. (
4. Ibid.
5. Ibid.
6. Ibid.
7. Ibid.
— 692
que et composé d 'Apprentis, de Compagnons, et de CompagnonsDirecteurs ou Maîtres *.
Comme il s’agissait de conserver au corps de métier le monopole
des secrets de la construction gothique, l’acte d’admission des
Apprentis, des profanes , aspirant à recevoir l’enseignement de la
construction gothique, aspirant à être initiés à ses secrets, était
revêtu d’une grande solennité1 2.
Les aspirants à être admis comme Apprentis devaient être libres,
pour que personne n’eût le droit d’exiger d’eux la révélation des
secrets de la construction gothique, et de bonnes mœurs, pour qu’ils
ne pussent jamais amener des perturbations dans l’union et l’harmonie de tous, qui constituait le plus grand succès du corps de métier3.
On exigeait d’eux le serment sur la Bible, le livre sacré par excellence des couvents, d’où étaient sortis les premiers constructeurs, de ne jamais révéler aucun des secrets de la construction
gothique à quiconque ne ferait preuve complète et irrécusable
d’avoir droit à les posséder, en qualité de membre régulier du corps
de métier4.
Pour rendre possible cette preuve complète et irrécusable, les
constructeurs convinrent entre eux de certains signes, certains
attouchements, certains mots, certains dialogues avec des demandes
et des réponses spécialement convenues, différentes pour les apprentis, pour les compagnons et pour les compagnons-maîtres. Us
se constituèrent ainsi, étant donné le serment de discrétion absolue
prêté par tous au préalable, une garantie certaine de sécurité, et
une défense contre l’immixtion des profanes anxieux de dérober les
secrets de construction qui donnaient au corps de métier sa puissance et ses ressources 5 6.
Et en 1498, l’empereur Maximilien donna une existence légale au
corps d’état des constructeurs, en approuvant leurs statuts et règlements G.
1. Mss. autographes du duo de Sussex, grand maître de la Maçonnerie
Anglaise. N° 57 de la collection privée.
Allgemeine Kulturgeschichte von der TJrzeit bis auf der Gegemvart, par
Otto Henne-Am-Rhyn. Leipzig, 1877-1882, vol. III et IV.
Historical Lecture on Freemasonry du Rituel du Conseil, par John Yarker,
grand maître de la Maçonnerie Swedenborgienne en Grande-Bretagne,
Londres, 1882.
2. Ibid.
3. Ibid.
4. Ibid.
5. Ibid.
6. Ibid.
i
— 693 —
Une fois par mois, les ouvriers, les Compagnons de chaque
« coterie », de chaque atelier , se réunissaient pour traiter les affaires
d’intérêt commun à tous, pour administrer entre eux la justice, le
cas échéant1.
La réunion était présidée par le compagnon-maître de Y Atelier
qui conservait le titre de V énérable-Maître porté autrefois par les
moines instructeurs, mais seulement comme titre de courtoisie 2.
Il était aidé par les contremaîtres de la bande, pris parmi les
compagnons les plus intelligents et les plus habiles, au nombre de
deux. Ces contremaîtres, chargés de surveiller la bonne marche
du travail, étaient nommés surveillants 3.
Parmi les deux surveillants , le plus habile était appelé premier surveillant et était affecté à la surveillance du travail des compagnons.
L’autre, le second surveillant , était affecté à la surveillance des
■apprentis 4.
Quand la réunion devait avoir lieu, on choisissait de préférence
un endroit élevé, dont les abords étaient d’une surveillance facile
contre toute curiosité indiscrète. Une chaîne maintenue par des
piquets, et ne laissant qu’une étroite ouverture entre deux gros
piquets, marquait l’emplacement5.
Les deux surveillants se mettaient à côté de chacun des deux
piquets formant le passage d’entrée et reconnaissaient les ouvriers à
mesure qu’ils se présentaient, au moyen de signes, attouchements
et mots convenus6.
Près de cet emplacement se trouvait le hangar, la maisonnette
où étaient logés les instruments de travail, les plans.
Comme la Loge renfermait les moyens de travail des constructeurs et que leur réunion avait pour but de rendre plus productif
ce travail, on disait que Y Atelier tenait Loge quand les ouvriers se
réunissaient tous ensemble1.
f • • ■
1. Mss. autographes du duc de Sussex, grand maître de la Maçonnerie
Anglaise. N° 57 de la collection privée.
Allgemeine Kulturgeschichte von der TJrzeit bis aufder Gegenwart, par
Otto Henne-Am-Rhyn, vol. III et IV. Leipzig, 1877-1882.
Historical Lecture on Freemasonry , du Rituel du Conseil, par John Yarker,
grand maître de la Maçonnerie Swedenborgienne en Grande-Bretagne.
Londres, 1882.
2. Ibid.
3. Ibid.
4. Ibid.
5. Ibid.
6. Ibid.
7. Ibid.
694 —
Ces réunions, ces tenues de Loges avaient toujours lieu au point
du jour, avant de commencer le travail.
Le Vénérable-Maître qui la présidait tournait le dos au soleil
levant pour mieux voir et mieux diriger les travaux.
Il se trouvait ainsi placé à l’Orient ».
On prit l’habitude de placer les deux gros piquets, les deux
colonnes qui formaient l’entrée, juste en face du Vénérable-Maître.
L’entrée se trouva*ainsi être placée à l'Occident1 2.
Les deux surveillants placés à côté des colonnes d’entrée se plaçaient, le premier à droite, et le second à gauche3.
En entrant, les compagnons prenaient place du côté où se
trouvait le premier surveillant qui était spécialement affecté à
leur surveillance. Les Compagnons se trouvaient ainsi placés au
Sud 4.
Les Apprentis se plaçant de l’autre côté, se trouvaient placés au
Nord 5.
Quand le soleil se levait, sa lumière venait du côté où était placé
le Vénérable-Maître , et comme il était placé là pour enseigner, on
appelait lumière l’enseignement des constructeurs, qui recevait la
lumière dans la Loge6.
Comme les constructeurs réunis là étaient au moins Apprentis,
la Loge générale était toujours tenue au grade à' apprenti, c’est-àdire que l’on ne discutait, en fait d’enseignement spécial et secret,
que ce que les apprentis étaient autorisés à connaître7.
Si la discussion venait à porter sur des questions du ressort
exclusif des Compagnons, les Apprentis se retiraient, et ce qui se
passait alors dans la loge était couvert d'obscurité pour eux. De
là la désignation de couvrir la loge, pour signifier l’acte de quitter
la réunion 8.
1. Mss. autographes du duc de Sussex, grand maître de la Maçonnerie
Anglaise. N° S7 de la collection privée.
Àllgemeine Iiulturgeschichte von der Urzeit bis auf der Gegenwart, par
Otto Henne-Am-Rhyn, vol. III et IV. Leipzig, 1877-1882.
Historical Lecture on Freemasonny, du Rituel du Conseil, par John Yarker,
grand maître de la Maçonnerie Swedenborgienne en Grande-Bretagne,
Londres, 1882.
2. Ibid.
3. Ibid.
4. Ibid.
5. Ibid.
6. Ibid.
7. Ibid.
8. Ibid.
— 695 —
Une fois par trimestre, les Compagnons-Maîtres chargés de la
direction des différents ateliers de chaque contrée se réunissaient
en séances, d’où étaient exclus les simples Compagnons' .
Comme le V énérable-Maîlre de chaque atelier était toujours
placé au milieu des ouvriers quand ils se réunissaient, on appelle
chambre . du milieu l’emplacement où ne se réunissaient que les
Maîtres , la Loge des Maîtres- .
Le Compagnon-Maître qui présidait la réunion la Loge des apprentis, portait le titre de Vénérable- Maître , nous avons vu pourquoi 1 2 3 4 *.
Quand il présidait la réunion la Loge des Compagnons, il portait le titre de très Vénérable-Maître, les compagnons étant plus à
même d’apprécier l'importance très grande de la bonne direction
qu’il était appelé à imprimer aux travaux de l’atelier U
Le Compagnon-Maître qui présidait la réunion des Maîtres , 1
Chambre du milieu , était toujours le plus respectable et respecté
par son âge et ses connaissances, et il était désigné sous le titre de
Respectable-Maître s.
Les C ompagnons-Maîtres s’appelaient entre eux Vénérables-Maîtres, pour bien marquer qu’ils avaient la responsabilité de la présidence de leurs ateliers respectifs6.
•Les Compagnons et les Apprentis s’appelaient entre eux Frères,
pour bien marquer que l’enseignement qu’ils recevaient, que les
travaux qu’ils exécutaient, que les utilités qu’ils en retiraient
étaient communes à tous, égales pour tous, et que tous étaient
réellement des frères de la même famille 7.
Le Second Surveillant avait pour emblème ce qu’il faut commencer par donner à toute construction, le fil-à-plomb , représentation
de la verticalité.
Le Premier Surveillant avait pour emblème ce qui complète et
1. Mss. autographes du duc de Sussex, grand maitre de la Maçonnerie
Anglaise. IN0 57 de la collection privée.
Allgemeine Kulturgeschichte von der Urzeit bis auf der Gegenwart , par
-Otto Henne-Am-Rhyn, vol. III et IV. Leipzig, 1877-1882.
Historical Lecture onFreemasonry, du Rituel du Conseil, par John Yarker,
grand maître de la Maçonnerie Swedenborgienne en Grande-Bretagne.
Londres, 1882*.
2. Ibid.
3. Ibid.
4. Ibid.
b. Ibid.
6. Ibid.
7. Ibid.
— 696 —
rend parfaite toute construction, le niveau, représentation de l’horizontalité.
Le Vénérable-Maitre , qui résumait et embrassait les fonctions des
deux Surveillants , avait pour emblème Y équerre , réunion des emblèmes de ses deux coadjuteurs1.
L’ Équerre était le symbole officiel des Constructeurs. Aussi le
retrouve-t-on dans les signes spéciaux qui leur étaient particuliers
et servaient à se faire reconnaître entre eux2.
Le Signe d Apprenti consistait à former une équerre avec la
main droite, les doigts rapprochés et le pouce écarté, et à placer
cette équerre sous la gorge, pour indiquer que toute la tête essayait,
s’efforçait de comprendre et d’apprendre l’art de la construction
emblématisé par l’équerre 3 4.
Le Signe de Compagnon consistait à former avec la main droite
la même équerre et à la placer sur le cœur, considéré alors comme
le siège de la volonté, pour indiquer qu’on voulait être constructeur, et en sous-entendant qu’on le voulait parce qu’on le pouvait l.
L’ Attouchement d’Apprenti consistait à se prendre mutuellement
les mains droites, les mains de l’action et du travail, et avec le
pouce, le doigt qui enlace, qui donne de la cohésion aux autres
doigts, l’un frappait trois coups sur la base de l’index de l’autre,
pour lui signifier d’avoir à lever son index et montrer le Pourquoi,
le Comment et le Quand qu’il ignorait et dont la connaissance était
le but de son apprentissage 5.
L’ Attouchement de Compagnon était la reproduction de l’attouchement d’Apprenti, complété par deux autres coups frappés avec
le pouce sur la base du médius, doigt qui emblématisait la verge
humaine, la génération, la production humaine, et signifiait que le
Pourquoi, le Comment et le Quand, dont la connaissance l’avait
tiré du grade d’Apprenti, devaient être réalisés, mis en pratique
avec Laboriosité et Secret 6.
1. Mss. autographes du duc de Sussex, grand maître de la Maçonnerie
Anglaise. N° 57 de la collection privée.
Allgemeine Kulturgesehichte von der Urzeit bis auf der Gegenwart, par
Otto Henne-Am-Rhyn, vol. III et IV. Leipzig, 1877-1882.
Historical Lecture onFreemasonry, du Rituel du Conseil, par John Yarker,
grand maître de la Maçonnerie Swedenborgienne en Grande-Bretagne.
Londres, 1882.
2. Ibid.
3. Ibid.
4. Ibid.
5. Ibid.
6. Ibid.
— 697 —
La Parole mystérieuse des Constructeurs, spéciale aux Compagnonsqui seuls étaient des agissants, était BOGAZ, mot hébreu
(choisi dans cette langue connue du très petit nombre pour augmenter sa mystériosité), qui signifie avec solidité, et qui résume les
conditions essentielles de toute construction h
Les Constructeurs, enfin, portaient un tablier en peau, pour préserver leurs habits du contact avec les matériaux de construction.
Les Apprentis, plus inhabiles, avaient besoin d’être aussi garantis que possible, et portaient relevée la bavette du tablier qui protégeait aussi leur poitrine. Les Compagnons, habitués au travail,
n’avaient plus besoin de ce surcroît de protection pour leurs habits,
et portaient rabattue la bavette de leur tablier 1 2.
Telle était l’organisation, la manière d’être des groupes d’ouvriers constructeurs d’édifices et monopolisateurs de la construction gothique, seul et unique but de leur institution, à la fin du
xme siècle.
IV
ORIGINES DE LA FRANC-MAÇONNERIE
2° La Fraternité des Maçons C onstructeurs d' Angleterre.
Au commencement du xive siècle eut lieu l’arrivée en Angleterre
d’un certain nombre de bandes, de coteries, d’Ateliers de Constructeurs Allemands, appelés pour y construire des basiliques3.
L’admission d’Apprentis Anglais en fut la conséquence, et bientôt
se formèrent en Angleterre des Ateliers de Constructeurs Anglais,
1. Sephar H’Debarim, par Albert Pique, souverain grand commandeur
du Suprême Conseil de Charleston. ü. U, Charleston, 1879.
2. The Traditions of Freemasonry, par A. T. C. Pierson, grand capitaine général du Grand Campement du Temple aux États-Unis. NewYork, 1870.
3. The History of the Lodge of Edinburgh, par David Murray Lyon, souverain grand commandeur du Suprême Conseil d’Écosse. Edimbourg,
1873.
Lexicon of Freemasonry, par Albert-George Mackey, grand secrétaire
au Saint-Empire du Suprême Conseil de la juridiction sud des États-Unis.
Londres, 1873.
Historical Landmarks of Freemasonry, par Georges Olivier, souverain
grand commandeur du Suprême Conseil d’Angleterre. Londres, 1846.
— 698 —
organisés sur les mêmes bases que les Ateliers de Constructeurs
Allemands .
Des modifications dans la manière d’être de ces Ateliers ne tardèrent pas à se produire, réclamées qu’elles étaient par les conditions sociales de l’Angleterre 1 2.
D'abord, les magistrats ordinaires eurent la haute main sur la
vigilance des agissements des Ateliers, aux réunions desquels ils
eurent le droit d’assister, et de rendre justice suivant les règles du
droit commun 3.
Ensuite l’enseignement donné aux Apprentis et aux Compagnons
Anglais différa de celui que recevaient les Allemands, en ce qu’il
affecta une tendance très marquée à ajouter, aux enseignements
purement techniques du métier de Constructeur, des enseignements
destinés à moraliser, à intellectualiser les ouvriers 4.
Au xv° siècle, le premier Code des Constructeurs fut compilé et
fît son apparition sous la forme d’un poème d’environ cinq cents
vers 5 6 .
On lui donna le nom, qu’il a conservé, de « Constitution d’York »,
malgré qu’aucune assemblée constituante ne se fût réunie à York
pour le rédiger®.
Les Constructeurs Anglais donnèrent depuis lors à leur groupement le titre de Fraternité de Libres Maçons, employant le mot
« Fraternité *> dans le sens de confrérie, de réunion de frères,
et le mot « Maçons » dans le sens de constructeurs en maçonnerie7.
Pendant les siècles xv° et xvie, l’influence des tendances intellec1. The History of the Lodge of Edinburgh, par David Murray Lyon,
souverain grand commandeur du Suprême Conseil d’Écosse. Edimbourg,
1873.
Lexicon of Freemasonry, par Albert-George Mackey, grand secrétaire
au Saint-Empire du Suprême Conseil de la juridiction Sud des EtatsUnis. Londres, 1873.
Historical Landmarks of Freemasonry, par Georges Olivier, souverain
grand commandeur du Suprême Conseil d’Angleterre. Londres, 1846.
2. Ibid.
3. Ibid.
4. Ibid.
5. The Golden Remains of the Early Masonic Writert, compilés par
Georges Olivier, souverain grand commandeur du Suprême Conseil d’Angleterre. Londres, 1836.
6. Ibid.
7. Great Doctrines of Freemasonry, par Georges Paton. Londres, 1872.
Institutes of Masonic Jurisprudence, par Georges Olivier, souverain grand
commandeur du Suprême Conseil d’Angleterre. Londres, 1874.
699 —
tualisantes de la « Fraternité » anglaise se développa notablement
et prit un essor considérable
En contact constant avec le clergé de l’époque, ils se rendirent
bientôt possesseurs de tous les secrets de fonctionnement et de
dogme de l’Église, et, appréciant à leur juste valeur leurs imperfections, leurs contradictions flagrantes, ils donnèrent une large
part à la discussion des croyances religieuses de l’époque 1 2.
L’égalité de droits qui existait entre tous les membres de la Fraternité, la liberté d’action qui leur assurait le monopole de leurs
secrets de construction, firent en même temps de la « Fraternité de
Libres Maçons » un foyer d’idées et d’aspirations "libérales 3.
Mais, jusqu’à la fin du xvie siècle, la « Fraternité des Libres Maçons » s’occupa exclusivement d’élever des basiliques, des couvents,
des édifices de style gothique, au moyen des secrets de construction qu’ils tenaient de Constructeurs Allemands 4 5.
y
ORIGINES DE LA FRANC-MAÇONNERIE
3° Transformation de la Maçonnerie Anglaise.
Une modification des plus transcendantes dans le fonctionnement
et le caractère essentiel de la « Fraternité des Libres Maçons » anglais eut lieu au commencement du xvne siècle G.
Le Compagnon Inigo Jones introduisit en Angleterre le style ita1. Great Doctrines of Freemasonry , par Georges Paton. Londres, 1872.
2. The Golden Remains of the Early Masonic Wrilers compilés par
Georges Olivier, souverain grand commandeur du Suprême Conseil d’Angleterre. Londres, 1856.
Great Doctrines of Freemasonry, par Georges Paton. Londres, 1872.
3. Ibid.
4. Ibid.
5. The History of the Lodge of Edinburgli, par David Murray Lyon, souverain grand commandeur du Suprême Conseil d’Ecosse. Edimbourg,
1873.
Historical Landmarks of Freemasonry, par Georges Olivier, souverain
grand commandeur du Suprême Conseil d’Angleterre. Londres, 1846.
History of Freemasonry , par Jacques-Georges Gould. Londres, 1884.
Great Doctrines of Freemasonry , par Georges Paton. Londres, 1872.
— 700 —
lien du temps d’Auguste, style qui, par ses conditions esthétiques,
enthousiasma la noblesse anglaise, heureuse de mêler une note
architecturale pleine de vie et de lumière aux mornes et attristantes
clartés de son ciel toujours brumeux1.
Un véritable engouement s’ensuivit, et le style gothique se vit
délaissé !
Le monopole de la « Fraternité des Libres Maçons » reçut le coup
de mort2.
Pour ne pas disparaître comme corporation, les « Libres Maçons » renchérirent sur les aspirations d’intellectualisation, qui
avaient surgi dans le sens de la Fraternité Anglaise dans le siècle
précédent, et décidèrent que, sous la dénomination de « Patrons »,
ils admettaient parmi eux des non-Constructeurs, des non-Ouvriers,
qui, se trouvant en communauté d’idées libérales avec la ■« Fraternité », augmenteraient sa valeur et son importance de toute
l’influence de leur position et de leur fortune3 4.
Cette dénomination de « Patrons » fut bientôt échangée pour
celle de Maçons acceptés, et la Fraternité des Maçons libres et acceptés eut un renouveau de puissance A
Cette puissance parvint à son apogée lors de la construction de
l'église Saint-Paul, à Londres, construite par les Maçons libres, les
ouvriers constructeurs, avec les deniers des Maçons acceptés, les
Frères riches et influents5.
L’église Saint-Paul une fois terminée, le dualisme ouvrier et non
1. The History of lhe Lodge of Edinburgh, par David Murray Lyon,
souverain grand commandeur du Suprême Conseil d’Écosse. Édimbourg,
1873.
Historical Landmarks of Freemasonry, par Georges Olivier, souverain
grand commandeur du Suprême Conseil d’Angleterre. Londres, 1846.
History of Freemasonry, par Jacques-Georges Gould. Londres, 1884.
Great Doctrines of Freemasonry, par Georges Palon. Londres, 1872.
2. Ibid.
3. Lights and Shadows of Freemasonry , par Robert Morris. New-York,
1866.
History of the Minden Lodge, par John Clarke. Kingston, 1849.
History of the Lodge of Edinburgh, par David Murray Lyon, souverain
grand commandeur du Suprême Conseil d’Écosse. Édimbourg, 1873.
Spéculative Freemasonry, par John Yarker, grand conservateur du Rite
Ancien et Primitif. Londres, 1872, p. 106 et 113.
The History and articles of Freemasonry. Mss., n° 23, 198 de la collection des « Additional Manuscripts » du British Muséum. Londres, 1871.
4. Ibid.
5. Ibid.
— 701 —
ouvrier fut fatal à la Fraternité, et au commencement du xviii' siècle, seules quatre Loges de Maçons libres et acceptés fonctionnaient
régulièrement à Londres, se réunissant en tenues dans quatre auberges, endroits naturellement indiqués pour les réunions d’ouvriers1.
♦ +
A la suite de ces recherches qui nous semblent vraies (quoique
nous n’ayons pas eu le loisir d’en vérifier les sources) parce qu’elles
concordent avec celles de Ragon2, l’auteur parle des Rose-Croix
gnostiques et enseigne que le gnosticisme fut fondé en Perse (?) par
Zoroastre (!) il y a 19 siècles, c’est-à-dire au commencement de
l’ère chrétienne (!!!).
Aucune citation n’appuie cette série d’affirmations... et pour
cause.
L’auteur reprend le fil historique quand il enseigne que les Templiers furent initiés au gnosticisme pur.
Il confond ensuite ces Templiers avec les Rose-Croix et les alchimistes. Nous avons vu précédemment ce qu’il faut penser de ces
trois courants bien distincts.
Muni de ces données, le lecteur comprendra maintenant comment
se fonda la Franc-Maçonnerie par la fusion de tous ces mouvements :
1. Lights and Shadows of Freemasonry, par Robert Morris. New-York,
1866.
History of the Minden Lodge, par John Clarke. Kingston, 1849.
History of the Lodge of Edinburgh, par David Murray Lyon, souverain
grand commandeur du Suprême Conseil d'Ecosse. Édimbourg, 1873.
Spéculative Freemasonry , par John Yarker, grand conservateur du Rite
Ancien et Primitif. Londres, 1872, p. 106 et 113.
The History and articles of Freemasonry. Mss. nos 23,198 de la collection
des « Additional Manuscripts » du British Muséum. Londres, 1871.
2. Ragon, Orthodoxie maçonnique.
702 —
VII
ORIGINES RE LA FRANC-MAÇONNERIE
5° Naissance de la Franc-Maçonnerie par la fusion des « Maçons
Libres el Acceptés », et des « Rose-Croix Gnostiques ».
Les Rosicrucians Jean-Théophile Desaguliers, naturaliste, et Jacques Anderson, ministre protestant, « assistés, dit la lettre de convocation, des frères Georges Payne, King, Calvert, Lumden, Madden, Elliot, et beaucoup d’autres », convoquèrent pour le 24 juin
1717 dans l’auberge du Pommier, sise dans Charles-Street, près du
marché de Covent Garden, à Londres, tous les membres des quatre
Loges qui seules se trouvaient en activité à Londres à cette époque *.
Cette réunion avait pour but d’opérer la fusion de la « Fraternité de Maçons Libres et Acceptés » avec la « Société Alchimique
des Rosicrucians » pour permettre aux Rosicrucians d’abriter leurs
recherches alchimiques et leurs idées gnostiques et rationalistes
sous le manteau respectable et respecté de la Fraternité, et pour
procurer aux Maçons Libres et Acceptés les avantages de toutes
sortes que seuls les adeptes riches, influents et ambitieux des Rosicrucians pouvaient leur proçurer, étant donnée la décadence
réelle qui accablait la primitive Fraternité 2.
L’Assemblée réunie à l’auberge du Pommier accepta à l’unanimité
cette fusion3. La Franc-Maçonnerie naquit le 24 juin 4717 de cette
acceptation.
La « Fraternité des Constructeurs », la fraternité des Libres
Maçons », et la « Fraternité des Maçons Libres et Acceptés », disparurent pour toujours, et la Franc-Maçonnerie, foyer dü gnostid. History of Freemasonry , par Jacques-Georges Gould. Londres, 1884.
Geshichte der Freimaurerei, par Georges-Frédéric Findel. Leipzig, 1867.
La Masoneria, par Viriato Alfonso de Castro. Paris, 1871.
The Freemason's Vademecum, par Etienne Jones, vénérable de la Loge
d’Antiquité, date immémoriale. Londres, 1862.
The Rosicrucian and Masonic Record. Londres, 1877-78.
2. Ibid.
3. Ibid.
— 703
cisme pur, s’éleva en face de l’Église chrétienne, foyer du gnosticisme faussé et adultéré1 2.
Le groupement de ces quatre loges de Londres assemblées à
l’auberge du Pommier, prit le nom de « Grande Loge d’Angleterre » 2.
En 1723 Anderson rédigea, fit accepter et publia le « Livre des
Constitutions des Maçons Libres et Acceptés » 3 4 5 6 7.
Cette'dénomination de Maçons Libres et Acceptés, qui rappelait
la construction de l’église Saint-Paul, fut conservée pour écarter la
possibilité même d’un soupçon sur le véritable but delaFiancMaçonnerie naissante A
Mais ce but resta toujours la propagande et le triomphe du gnosticisme pur et du libéralisme rationaliste dans tout l’univers s.
Cette propagande fut conduite avec une énergie telle, qu’en sept
années, de 1723 à 1730, les émissaires de la Grande Loge d’Angleterre avaient fondé des Loges Franc-Maçonniques dans tous les
pays de l’Europe G.
On conserva, pour écarter tout soupçon que la nouvelle FrancMaçonnerie fût autre chose que la continuation de la « Fraternité
des Maçons Libres et Acceptés », toutes les appellations et toutes
les cérémonies et particularités que cette dernière avait reçues de
la Fraternité des Constructeurs1.
Une seule modification fut adoptée. Les Maîtres formèrent un
1. Iiistory of Freemasonry, par Jacques-Georges Gould. Londres, 1884.
Geschichte der Freimaurerei, par Georges-Frédéric Findel. Leipzig, 1867.
The FreemasoiT s Vademecum , par Etienne Jones, vénérable de la Loge
d’Antiquilé, date immémoriale. Londres, 1862.
The Rosicrucian and Masonic Record. Londres, 1877-1878.
2. The Old Constitutions of the Ancient and Worshipfull Society of Free
' and accepted Masons , éditées par Jean Edmond Cox, grand aumônier de
la Grande Loge Unie d’Angleterre. Londres, 1871.
3. The Constitutions of the Ancient Fraternity of Free and Accepted Masons, édition officielle publiée par la Grande Loge Unie d’Angleterre.
Londres, 1884.
The History of Freemasonry, par Jacques-Georges Gould. Londres, 1884.
The Secret History of the United Grand Lodge of England and Wales,
mss. de la collection privée du duc de Sussex, n° 117.
The Freemasons Monitor, par Thomas-Smith Webb, Salem, 1816.
Illustrations of Freemasonry, par Guillaume Preston, vénérable de la
Loge d’Antiquilé, date immémoriale. Londres, 1856.
4. Ibid.
5. Ibid.
6. Ibid.
7. Ibid.
1
— 704 —
degré séparé et distinct des Compagnons , et c’est sous le triple classement d’ Apprentis, Compagnons et Maîtres, que l’armée du gnosticisme pur s’élança à la conquête du monde1.
§ 3. — LES 33 DEGRÉS DE L’ÉCOSSISME
Nous n’avons pas l’intention d’écrire une histoire de la FrancMaçonnerie, ni de détailler un à un tous ses grades dans ce chapitre : ce serait sortir entièrement du sujet de notre travail.
Nous tenons simplement à montrer :
1° Que tous les courants dont nous avons parlé sont bien respectivement représentés dans la Franc-Maçonnerie.
2° Que les Francs-Maçons actuels, surtout les français, ont perdu
totalement la tradition qui leur avait été confiée primitivement.
3° Que les écoles d’occultisme fondées depuis le début du xixe siècle possèdent maintenant seules la plus grande partie de cette
science ésotérique.
Signalons en passant la victoire remportée par le gnosticisme
sur la Papauté et la Royauté par la réussite de deux nouvelles tentatives maçonniques :
1° L’indépendance de l’Amérique;
2° La Révolution française,
arrivées à quelques années de distance, et résumons rapidement
l’organisation maçonnique.
L’auteur anonyme du travail que nous avons déjà cité fait une
division artificielle des grades maçonniques d’après leur origine,
division fausse en beaucoup de points, à notre avis.
4° La partie théorique de la Franc-Maçonnerie est enseignée
dans Les loges qui comprennent trois grades, le 1er, le 2e et le 3e et
dérivent directement des loges de maçons anglais.
2° La partie symbolique est enseignée dans les chapitres qui
1. The Constitutions of the Ancient Fraternity of Free and Accepted Masons, édition officielle publiée par la Grande Loge Unie d’Angleterre. Londres, 1884.
The History of Freemasonry , par Jacques-Georges Gould. Londres, 1884.
The Secret History of the United Grand Lodge of England and Wales,
mss. de la collection privée du duc de Sussex, n° 117.
The Freemasons Monitor, par Thomas-Smith Webb. Salem, 1816.
Illustrations of Freemasonry, par Guillaume Preston, vénérable de la
Loge d’Antiquité, date immémoriale. Londres 1856.
— 705 —
renferment tous les grades du 3e au 18e et ce dernier grade dérive
directement des Rose-Croix gnostiques , ainsi que l’indique son sceau
dont nous donnons ci-joint la reproduction tirée d’un livre fort
rare, le Thuïleur des 33 degrés de l’ hcossisme.
3° La partie pratique et exécutive de la maçonnerie est enfermée
dans les aréopages dérivant directement des Templiers et comprenant tous les grades du 18° au 30e exclusivement (chevalier Kadosh).
45
-3
— 706 —
4° Au-dessus de ces trois divisions et les synthétisant toutes se
trouve la partie administrative et hermétique dérivée du courant
alchimiste et comprenant trois grades, le 81e, le 32° et le 33e.
J
Le Rituel du 32e degré et le sceau de ses membres montrent clairement cette filiation.
Voici ce sceau du 32e qui contient l’enseignement total de l’OrSceau des Sublimes Princes du Royal Secret.
707 —
3.2e Degré. — Prince du Royal Secret.
Ce grade, le dernier du Rite Ecossais, Ancien et Accepté, avant
le grade suprême, possède le pouvoir exécutif du Rite et en résume
toute la doctrine, pour en assurer le fonctionnement1.
L’assemblée des Maçons de ce grade se nomme Consistoire, et sa
caractéristique est une construction centrale en bois, qui représente
un campement disposé de la manière suivante : une croix de SaintAndré enveloppée par un cercle, entouré par un triangle équilatéral, inscrit dans un pentagone, qui porte circonscrit un heptagone, qui lui-même est inscrit dans un nonagone. Les sommets de
chacun de ces polygones, ainsi que le centre et les extrémités de
la croix de Saint-André, sont supposés marquer l’emplacement
des lentes où campent les Francs-Maçons des 5 —f— 3 — j— 5 — j— 7 — 9 =
29 degrés qui campent séparément d’après la légende du grade 2.
Cette légende est la formation d’une armée Franc-Maçonnique
composée des Maçons de tous les degrés, qui entreprend une campagne pour aller s’emparer de Jérusalem, et posséder son Temple,
et qui campe en attendant l’assaut définitif. Elle comprend / 5
corps d’armée qui se réuniront dans les ports de Naples, Malte,
I
1. Rituel de Prince du Royal Secret. Mss. portant le n° 867 de la collection du Grand Orient de France.
Ritual of Prince of the Royal Secret, par Albert Pike, grand commandeur du Suprême Conseil pour la Juridiction sud des États-Unis. Cliarleston, 1880, p. 67 à 141.
El Triple Triangulo , par Andréa Viriato de Castro, grand commandeur
du Suprême Conseil de Colon. Madrid, 1884, p. 292.
Lexicon of Freemasonry, par Albert-Georges Mackey, grand secrétaire
du Suprême Conseil pour la Juridiction sud des États-Unis. Londres
1873.
Dibliotheca Masonnic'a dos Masones Libres e A.ceitos. Paris.
The Book of the Ancient and Acccpted Scoltish Rite, par Charles Thomas
Mac Clenachan, grand maître des cérémonies du Suprême Conseil pour
la Juridiction nord des États-Unis. New-York, 1873.
Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie, par J. -B. -T. Clavel. Paris,
1 844.
The Symbol of Glow, par Georges Olivier, grand commandeur du Suprême Conseil d’Angleterre. Londres, 1850.
Rituels des grades 31e et <32°, par J.-M. Ragon. Paris, 1860.
Rituale del grado trentadue delta Massoneria, par Dominico Anghera,
grand maître de la Maçonnerie italienne. Rome, 1874.
2. Ibid,
708 —
Rhodes, Chypre et Jaffa, pour opérer leur concentration et marcher sur Jérusalem
Cette concentration de l’armée Franc-Maçonnique a lieu quand
le signal, qui est un coup de canon, est donné par le chef qui en a
le commandement suprême. Le 1er coup de canon et la lre concentration eurent lieu quand Luther se mit à la tête de la révolte de
l'intelligence contre la Forme.
Le 2e coup de canon et la 2° concentration eurent lieu quand
l’affirmation que tout gouvernement humain tient son autorité du
peuple et seulement du peuple, se produisit en Amérique.
Le 3e coup de canon et la 3* concentration eurent lieu quand la
proclamation de la doctrine de Liberté, Egalité et Fraternité eut
lieu en France.
Le 4e et le 5e coup de canon et la 4e et la 5f concentration n’ont
pas encore eu lieu. A la 5e concentration, succédera le règne du
Saint Empire, c’est-à-dire le règne de la Raison, de la Vérité et de
la Justice 1 2.
Les enseignements du grade sont complètement formulés dans
les cinq serments prêtés par le récipiendiaire. Voici leur texte :
1er Serment 3 4.
« Je jure que rien, absolument rien ne pourra jamais être un
obstacle à ce que je me consacre à rendre les hommes meilleurs et
plus éclairés, et m’efforce de devenir chaque jour plus instruit et
plus avide de vérité et vertu L
« Je jure de me montrer toujours assidu à remplir mes devoirs
franc-maçonniques et à étudier avec zèle les enseignements du
1. Rituel de Prince du Royal Secret. Mss. portant le n° 867 de la collection du Grand Orient de France.
Ritual of Prince of the Royal Secret , par Albert Pike, grand commandeur du Suprême Conseil pour la Juridiction sud des États-Unis. Charleston, 1880, p. 67 à 141.
El Triple Triangulo, par André Viriato de Castro, grand commandeur
du Suprême Conseil de Colon. Madrid, 1884, p. 295.
Rituel des grades 31 e et 32°, par J.-M. Ragon. Paris, 1860.
Rituale del grade trentadue délia Massoneria, par Dominico Anghera,
grand maître de la Maçonnerie italienne. Rome, 1874.
2. Ibid.
3. Ibid.
4. Ibid.
Monita des Souverains grands Inspecteurs généraux du Suprême Conseil pour la Juridiction nord des États-Unis. Boston, 1880.
— 709 —
Rite, pour parvenir à être en tout et pour tout un véritable soldat
de la L umière1. »
2e Serment 2.
« Je jure de m’opposer toujours et par tous les moyens aux arbitrariétés (sic) de l'homme sur l’homme 3.
« Je jure de m’efforcer de toutes mes forces de dominer et abattre quiconque tentera d’asservir les hommes libres, au moyen de
leurs appétits, leurs besoins, leurs passions et leurs folies4 5.
« Je jure de conquérir pour le peuple la liberté de son vote, en
conservant la pleine et entière liberté du mien, et en ne tolérant
pas que personne m’impose sa volonté pour des actes dont moi seul
suis responsable, et pour lesquels je n’ai à suivre que les conseils
de ma conscience et les opinions de mon raisonnement3. »
3e Serment 6.
« Je jure d’être toujours, et de me montrer toujours l’ennemi
acharné et le plus implacable de toute tyrannie spirituelle qui essaie de s’imposer aux consciences des hommes 7.
1. Rituel de Prince du Royal Secret. Mss. portant le n° 867 de la collection du Grand Oient de France.
Ritual of Prince of the Royal Secret, par Albert Pike, grand commandeur du Suprême Conseil pour la Juridiction sud des États-Unis. Charleslon, 1880, p. 67 à 14t.
El Triple Triangulo, par Andréa Viriato de Castro, grand commandeur
du Suprême Conseil de Colon. Madrid, 1884, p. 294.
Rituels des Grades 31e et 32e, par J.-M. Ragon. Paris, 1860, p. 10 et 43.
Rituale del Grado Trentadue délia Massoneria, par Dominico Anghera,
grand maître de la Franc-Maçonnerie italienne. Rome, 1874.
Monita des Souverains grands Inspecteurs généraux du Suprême Conseil pour la Juridiction nord des États-Unis, Boston, 1880.
2. Ibid.
3. Ibid.
4. Ibid.
El Triple Triangulo, par Andrea Viriato de Covadonja, grand commandeur du Suprême Conseil pour la Juridiction sud des États-Unis.
Charleston, 1880, p. 67 à 141.
5. Ibid.
6. Ibid.
Legenda Magistralia à l'usage des Souverains Grands Inspecteurs Généraux, par Albert Pike, grand commandeur du Suprême Conseil pour la
Juridiction sud des États-Unis. Charleston, 1881.
7. Ibid.
— 710 —
« Je jure d’empêcher par tous les moyens quels qu’ils soient,
toute tentative de l’Eglise, du Temple, de la Synagogue ou de la
Mosquée, de s’imposer à la liberté de conscience, de rendre la pensée et l’opinion ses esclaves, et de prétendre obliger les hommes à
croire ce qu’elles veulent bien prescrire1 2 3 4 5 6.
« Je jure de combattre, sur tous les terrains, la superstition par
la Raison, et l’hypocrisie et le fanatisme par la Vérité, remplissant
ainsi le plus sacré de mes devoirs maçonniques -. »
4 Serment '-'.
« Je jure el promets, de mon plein et libre gré, de combattre
par tous les moyens et de renverser sur tous les terrains, les projets de quiconque prétendra saisir le pouvoir par des moyens illicites ou indignes, ou qui sera lui-même indigne, incapable et incompétent pour l’exercer'*.
« Je jure de travailler sans trêve ni repos à rendre les hommes
virils, indépendants et conscients d’eux-mêmes, sans me décourager si mes efforts paraissent infructueux ou si leur faiblesse semble
incurable
« Je jure d’être toujours le soldat fidèle et dévoué du peuple,
dont l’exaltation au pouvoir et à la liberté doit être le but absorbant de mes efforts r’. »
1. Rituel de Prince du Royal Secret. Mss. portant le n° 867 de la collection du Grand Orient de France.
Ritual of Prince of ihe Royal Secret, par Albert Pike, grand commandeur du Suprême Conseil pour la Juridiction sud des États-Unis. Charleston, 1880, p. 67 à 141
El Triple Triangulo, par Andréa Virialo de Castro, grand commandeur du Suprême Conseil de Colon. Madrid, 1884, p. 294.
Rituels des Grades 3 P et 32e, par J.-M. Ragon. Paris, 1860, p. 10 à 43.
Rituale del Grado Trentadue délia Massoneria, par Dominico Angliera,
grand maître de la Maçonnerie italienne. Rome, 1874.
Legenda Magistralia, à l’usage exclusif des Souverains Grands Inspecteurs Généraux, par Albert Pike, grand commandeur du Suprême Conseil pour la Juridiction sud des États-Unis. Charleston, 1881.
2. Ibid.
3. Ibid.
4. Ibid.
5. Ibid.
Instructions secrètes des Souverains Grands Inspecteurs Généraux pour
la conduite des Loges, Chapitres et Conseils, par le vicomte de la Jonquière. Mss. portant le n° 43 de la collection des « La Jonquière Manuscripts », de la grande Loge d’Édimbourg.
6. Ibid.
— 711 —
5e Serment 1 .
« Je jure de me montrer toujours fidèle et exact dans l’accomplissement de tous mes devoirs franc-maçonniques, pour encourager les tièdes, les apathiques et les indifférents à se renoncer
pour la Franc-Maçonnerie2.
« Je jure de maintenir, de soutenir et de défendre, toujours et
sur tous les terrains, les droits sacrés et inaliénables de la FrancMaçonnerie à la liberté d’action la plus étendue 3.
« Je jure de donner toujours des preuves irréfutables de mon
dévouement au Rite, et de ma loyauté comme soldat enthousiaste
de la Franc-Maçonnerie »
Par conséquent la synthèse du grade est que le Franc-Maçon,
pour devenir un véritable prince du Royal Secret, doit apprendre
à être bien réellement 3 :
Le véritable soldat de la Lumière,
Le véritable soldat de la Liberté,
Le véritable soldat de la Raison pure,
Le véritable soldat du Peuple,
Le véritable soldat de la Franc-Maçonnerie0.
Cet enseignement du grade est quintuple, parce que le nombre
cinq est en Maçonnerie l’emblème de la génération, de la réalité7.
I
1. Rituel de Prince du Royal Secret. Mss. portant le n° 867 de la collection du Grand Orient de France.
Ritual of Prince of the Royal Secret , par Albert Pike, grand commandeur du Suprême Conseil pour la Juridiction sud des États-Unis. Charleston, 1880, p. 67 à 141.
El Triple Triangulo, par Andréa Viriato de Castro, grand commandeur du Suprême Conseil de Colon. Madrid, 1884, p. 298.
Rituels des Grades 31e et 32e, par J.-M. Ragon. Paris, 1860, p. 10 à 43.
Rituale del Grado Trentadue délia Massoneria, par Domir.ico Anghera,
grand maître de la Maçonnerie italienne. Rome, 1874.
Instructions secrètes des Souverains Grands Inspecteurs Généraux pour la
conduite des Loges, Chapitres et Conseils, par le vicomte de La Jonquière.
Mss. portant le n° 43 de la collection des « La Jonquière Mauuscripts »
de la grande Loge d’Edimbourg.
2. Ibid.
3. Ibid.
4. Ibid.
b. Ibid.
6. Ibid.
7. Ibid.
Le 33e el dernier degré de l’Ordre est purement hermétique. Je
vais, pour prouver ce fait, donner la description de la Chambre du
suprême conseil en appelant l'attention du lecteur sur le réchaud
et le vase rempli de mercure qui s’y trouvent. Les enseignements
de la Magie et de l’Alchimie sont synthétisés dans ce grade, c’est-àdire pour ceux qui savent comprendre et non pas pour les E.-. de
la V.\
CHAMBRE DU SUPRÊME CONSEIL
;
Les tentures sont couleur pourpre, emblématique de l’autorité,
recouvertes de têtes de mort, squelettes et os en sautoir brodés en
argent, symbole de la régénération de la Nature par la mort, rappelant la régénération de la société par la Maçonnerie.
A l’Orient se trouve le trône du Président, élevé de cinq degrés,
emblématiques des cinq parties que comprend l’ensemble de l’Enseignement Maçonnique.
Il est couvert d’un dais pourpre et or, dont le fronton présente
un aigle à deux têtes, les ailes déployées, symbole égyptien de la
Sagesse exerçant partout son empire pour l’Ordre et le Progrès.
Cet aigle est brodé en argent, et a les becs et les serres en or. Entre ses serres il soutient un glaive en or, emblème du Pouvoir,
dont la poignée est du côté de la serre droite. Une banderole, où
se lit la devise « Dieu et mon droit », de Richard Cœur de Lion,
traduite en latin par : Deus meumque Jus , s’étend de l’une à l’autre
des extrémités du glaive.
L’aigle porte une couronne royale, emblème du Pouvoir matériel, sur ses deux têtes; et cette couronne est surmontée d'un
triangle rayonnant en or, portant au centre, en rouge, le yod
hébraïque, emblème du Pouvoir spirituel.
Au-dessus du trône, figure un transparent où l’on voit le nom
hébreu de JEHOVAH, Cause Première, peint en or, émettant des
rayons et entouré de trois triangles équilatéraux en or, enlacés en
hexagone, et portant dans chacun de leurs angles une des neuf
lettres, en rouge, du mot SAPIENTIA, Sagesse. Cela veut dire que
la Sagesse suprême préside les travaux du Conseil en l’éclairant
de ses rayons.
A droite et à gauche du trône sont groupés les 32 étendards,
— 713
chacun de la couleur du grade et portant son emblème, des 32
grades du Rite Écossais Ancien et Accepté.
A l’Occident se trouve le trône du Vice-Président, élevé de trois
degrés, emblème des éléments de toute création : la Cause, le
Moyen, la Fin. Il est surmonté d’un Phénix renaissant entre les
flammes, emblème de l’Immortalité de la Lumière Maçonnique,
dont l’enseignement a traversé intact les bûchers dressés par le
Mensonge, l’Erreur, le Fanatisme et l’Hypocrisie.
Au centre du Conseil se trouve un autel quadrangulaire, recouvert en velours pourpre frangé d’or, portant sur le centre de la
face dirigée vers l’Occident le chiffre 33 brodé en or.
Sur cet Autel se trouve le livre des Constitutions, sur lequel est
croisée une épée.
Au nord de cet Autel, c’est-à-dire à sa droite, se trouve un squelette, dont le bras droit levé et portant un poignard dans la main
semble s’apprêter à poignarder quelqu’un. La main gauche de ce
squelette soutient le drapeau de l’Ordre. Sous le squelette, se trouve
un fauteuil disposé de façon à ce que le coup de poignard paraisse
destiné à celui qui l’occupe. Cette représentation symbolise que la
mort des traîtres est nécessaire pour le maintien de l'Ordre.
Le drapeau de l’Ordre est de soie blanche, de 1 mètre de largeur
sur 75 centimètres de hauteur; sa hampe a 2 mètres 1/2 de hauteur; il est frangé d’or, et porte, brodé en noir, un aigle à deux
têtes, soutenant une épée nue entre ses serres, ayant les becs, les
serres et la poignée de l’épée en or, et portant une couronne royale
surmontée d’un triangle rayonnant dont le chiffre 53 occupe le
centre. C’est le symbole du pouvoir matériel et du pouvoir spirituel dont dispose l’Ordre, grâce à la Sagesse de ses Souverains
Grands Inspecteurs Généraux.
Au sud de l'Autel, c’est-à-dire à sa gauche, se trouve une table à
parfums, portant un réchaud sur lequel est placé un vase métallique rempli à moitié de mercure. Sur le réchaud on projette un
gros encens formé d’ambre, d’olibanum, de résine, de storax labdanum et de benjoin.
Le Conseil est éclairé par onze lumières, disposées comme il suit :
un chandelier à cinq branches à l’Orient, symbolisant les cinq
parties de l’Enseignement Maçonnique; un chandelier à trois branches à l’Occident, symbolisant la Création universelle; un chandelier à deux branches au Midi, symbolisant la Matière, le Principe
passif; un chandelier à une branche au Nord, symbolisant le Feu
Central, la Cause première, le Principe actif.
Les Officiers indispensables pour la constitution d'un Suprême
71 i —
Conseil sont au nombre de sept, nombre emblématique de la Perfection absolue. Ce sont :
Le Très Puissant Souverain Grand Commandeur,
Le Puissant Souverain Lieutenant Grand Commandeur,
Le Grand Trésorier du Saint Empire,
Le Grand Chancelier du Saint Empire,
Le Grand Secrétaire du Saint Empire,
L’Illustre Grand Maître des Cérémonies,
L’Illustre Grand Capitaine des Gardes.
Le Très Puissant Souverain Grand Commandeur occupe le trône
situé à l’Orient, ayant devant lui un autel triangulaire recouvert
de velours cramoisi et or.
Le Puissant Souverain Lieutenant Grand Commandeur occupe le
trône situé à l'Occident, et a devant lui un Autel triangulaire recouvert de velours cramoisi et or.
Le Grand Trésorier du SainL Empire est placé à l’extrême gauche de l’Orient.
Le Grand Chancelier du Saint Empire est placé à la gauche du
Grand Commandeur, entre célui-ci et le Grand Trésorier.
Le Grand Secrétaire du Saint Empire est placé à la droite du
Grand Commandeur.
L’Illustre Grand Maître des Cérémonies est placé à l’extrême
droite de l’Orient, de l’autre côté du Grand Secrétaire.
L’Illustre Grand Capitaine des Gardes se place au sud-ouest, à la
droite du Lieutenant Grand Commandeur et à proximité de la porte
d’entrée.
Au-dessus de cette porte d’entrée est écrite la devise de l’ordre :
Deus meumque Jus.
Le costume des Illustres Souverains Grands Inspecteurs Généraux est le costume noir de ville, avec le cordon, les bijoux et la
croix teutonique.
Le cordon est un ruban blanc, de soie moirée, de II centimètres
de largeur, destiné à être porté de gauche à droite, c’est-à-dire du
côté du cœur et de la volonté au côté de l’action. Sur le devant il
porte brodé en or un triangle équilatéral rayonnant, au centre duquel est le chiffre 33, et à la droite et à la gauche duquel triangle
se trouvent deux glaives d’argent dont les pointes convergent vers
le centre. Il symbolise la vigilance constante, et l’apprêt constant
à la lutte, des Souverains Inspecteurs Généraux, vengeurs des innocentes victimes des ennemis de l’Ordre. Le cordon se termine par
une pointe entourée de franges d’or et portant au milieu une rosette rouge et verte, couleurs de la Vie et de l’Espérance.
Les bijoux sont : l’Aigle, la triple croix et l’alliance.
L’Aigle à deux têtes est en argent, a les becs, les serres et l’épée
qu’il tient entre ses serres en or. Les deux têtes sont surmontées
d’un triangle rayonnant, ayant la pointe en bas et au centre le “
iod hébreu, symbole de l’existence.
L’aigle est attaché à un ruban blanc de 11 centimètres, ayant de
chaque côté un liséré d’or de 3 centimètres de largeur.
La triple croix est formée par la jonction de deux croix ordinaires par le sommet, d’où partent deux bras horizontaux, qui complètent, à ce point de jonction, la croix totale formée par la jonction des deux bras verticaux entiers. Elle est en émail rouge pour
les dignitaires du Suprême Conseil.
Les anciens dignitaires la portent entourée d’une jarretière noire
brodée d’or. Cette croix se porte suspendue à l’Aigle.
L’Alliance est un double anneau de deux lignes d’épaisseur, portant gravée à l'intérieur la devise : Deus meumque Jus, et le nom
du propriétaire. Elle symbolise le mariage, l’union indissoluble du
Souverain Grand Inspecteur Général avec l'Ordre.
La Croix teutonique est une croix puissant gueules, chargée sur
une croix puissant or, surchargée d’un écusson aux lettres J.-. B.-.
M.\ :1a croix principale surmontée d’un principal bleu semé de
France. Les Souverains Grands Inspecteurs Généraux la portent
attachée sur le côté gauahe, au-dessus du cœur.
Le Suprême Conseil a un tapis quadrillé rouge et noir, emblème
de sa vitalité pour le châtiment.
Pour être impartial nous allons indiquer l’attribution que Fauteur anonyme de la « Maçonnerie pratique » donne aux 33 degrés
ainsi que leur sens.
Nous ferons suivre ces extraits de plusieurs planches éclairant
toutes ces données.
Inutile de prévenir le lecteur que l’ouvrage que nous citons est
fait par de bons catholiques qui y ont glissé toutes les calomnies
possibles mais sans parvenir à dénaturer la pureté des enseignements maçonniques.
RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ
RÉSUMÉ DES SEl'T CATÉGORIES COMPRENANT LES 32 PREMIERS GRADES
Jetons un coup d’œil d’ensemble sur les enseignements pratiques
du Rite Ecossais Ancien et Accepté.
irc Série. — Grades Gnostiques Élémentaires.
Ie'' Degré.
Génération et pas création; sa cause, le membrum virile *.
2e Degré.
Génération et pas création. Son moyen, les genitalia mulieris -.
3e Degré.
Génération et pas création. Son produit, la vie et la mort, toutes
deux principe et terme de tout ce qui existe3.
2e Série. — Grades Gnostiques Supérieurs.
i 8 e Degré.
Émancipation de l’humanité par l’amour et par la vérité gnostique l 2.
1 . Instructions secrétes des Souverains Grands Inspecteurs Généraux pour
la conduite des Loges, Chapitres et Conseils, par le vicomte de la Jonquière.
Mss. portant Je n° 43 de la collection des « La Jonquière Manuscripts » ’
de la Grande Loge d'Édimbourg.
Legenda Magistralia, à l’usage exclusif des Souverains Grands Inspecteurs Généraux, par Albert Pike, grand commandeur du Suprême Conseil pour la Juridiction sud des État-Unis. Cliarleston, 1881.
Monita des Souverains Grands Inspecteurs généraux du Suprême Conseil pour la Juridiction nord des États-Unis. Boston, 1880.
2. Ibid.
— 717 —
30e Degré.
Agir en aimant et en haïssant à outrance; en respectant et en
méprisant sans bornes
3e Série. — Grades d’Illuminés.
9 e Degré.
Egalité devant la loi
/ 0e Degré.
Guerre à mort à l’immobilisation du capital humain3 ".
/ /' Degré.
Vengeance accomplie de tous les traîtres l.
21° Degré.
La victime a droit de vengeance sur le criminel •.
4e Série. — Grades Israélites et Bibliques.
4° Degré.
Conscience, pas révélation
1. Legenda Magistralia, h l’usage exclusif des Souverains Grands Inspecteurs Généraux, par Albert Pike, grand commandeur du Suprême
Conseil pour la Juridiction sud des États-Unis. Charleston, 1881.
Instructions secrètes des Souverains Grands Inspecteurs Généraux pour la
conduite des Loges, Chapitres et Conseils, par le vicomte de la Jonquière.
Mss. portant le n° 43 de la collection des « La Jonquière Manuscripts » ■
de la Grande Loge d’Edimbourg.
Monita des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du Suprême Conseil pour la Juridiction nord des États-Unis. Boston, 1880.
2. Ibid.
3. Ibid.
4. Ibid.
H. Ibid.
6. Ibid.
O
a. Cela veut dire en style clair : guerre à mort au célibat religieux.
(Note de l’Éditeur.)
. ■ • " ' I
— 718 -
ùe Degré
Éternité, pas temporalité de l’existence de l’humanité 1 .
6e Degré.
Posséder le secret du mal, c’est l’éviter et le vaincre-.
7e Degré.
Pas d’autre droit que le droit naturel 3.
. .* * ; 1 • :
8 c Degré.
La liberté est le seul trait d’union entre le travail et la propriété L
1 2 0 Degré.
Représentation du peuple 8.
j 3? Degré.
Déisme antimaçonnique i;.
14e Degré.
Surnaturalisme antimaçonnique1.
1 5e Degré.
Lutte incessante pour le triomphe du progrès par la raison8.
1 . Instructions secrètes des Souverains Grands Inspecteurs Généraux, pour
la conduite des Loges, Chapitres et Conseils, par le vicomte de la Jonquière.
YIss. portant le n“ 43 de la collection des « La Jonquière Manuscripts »
delà Grande Loge d’Edimbourg.
Monita des Souverains Grands Inspecteurs Généraux, Suprême Conseil
pour la Juridiction nord des États-Unis. Boston, 1880.
Legenda Magistralia, à l’usage exclusif des Souverains Grands Inspecteurs Généraux, par Albert Pike, grand commandeur du Suprême Conseil pour la Juridiction sud des États-Unis. Charleston, 1881.
2. Ibid. . ( •
3. Ibid.
4. Ibid.
o. Ibid. ■
6. Ibid.
7. Ibid.
8. Ibid.
U
719 —
/ 6e Degré.
Le triomphe de la liberté exige courage et persévérance L
/ 7e Degré.
Le triomphe de la fraternité exige la liberté de réunion1 2.
3” Série. — Grades Templiers.
1 9° Degré.
Le triomphe de la vérité exige l’accord entre les intérêts matériels et moraux réalisé par les passions3 4.
23e Degré.
L’action gouvernementale doit déraciner la superstition ,
24e Degré.
La nécessité de la destruction du sectarianisme donne droit aux
générations nouvelles de modifier les lois des anciennes 5.
25° Degré.
Pour conquérir la liberté, briser de force les chaînes du despoI isme 6.
1. I nstructions secrètes des Souverains Grands Inspecteurs Généraux pour
la conduite des Loges, Chapitres et Conseils, parle vicomte de la Jonquière.
Mss, portant le n° 43 de la collection des « La Jonquière Manuscripts »
de la Grande Loge d'Edimbourg.
Monita des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du Suprême Conseil pour la Juridiction nord des États-Unis. Boston, 1880.
Legenda Magislralia, à l’usage exclusif des Souverains Grands Inspecteurs Généraux, par Albert Pike, grand commandeur du Suprême Conseil de la Juridiction sud des États-Unis. Gbarleston, 1881.
2. Ibid.
3. Ibid.
4. Ibid.
o. Ibid.
6. Ibid.
— 720
26e Degré.
L’égalité sociale résulte de l’harmonisation des lois avec les
principes, l’éducation et les usages sociaux
27e Degré.
L’autorité gouvernementale doit être remplacée par la représentation directe des intérêts libres des associés 2.
29e Degré.
La souveraineté du peuple doit être défendue quand même.
Gc Série. — Grades Hermétiques.
2.2° Degré.
L’apothéose du grand œuvre, le travail 3.
,28 e Degré.
Le vrai Dieu est la raison pure dans la nature4.
7° Série. — Grades Administratifs.
8 Ie Degré.
Le pouvoir judiciaire maçonnique est un moyen, non un but3.
1. Lcgenda Magistralia, à l’usage exclusif des Souverains Grands Inspecteurs Généraux, par Albert Pike, grand commandeur du Suprême
Conseil pour la Juridiction sud des États-Unis. Charleston, 1881.
Instructions secrètes des Souverains Grands Inspecteurs Généraux pour la
conduite des Loges, Chapitres et Conseils, par le vicomte de la Jonquière.
Mss. portant le n° 43 de la collection des >< La Jonquière manuscripts » de
la Grande Loge d’Edimbourg.
Monita des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du Suprême Conseil pour la Juridiction nord des Etats-Unis. Boston, 1880.
2. Ibid.
3. Ibid.
4. Ibid.
5. Ibid.
— 721 —
32e Degré.
Soldats de la lumière, la liberté, la raison pure : le peuple et la
franc-maçonnerie !.
33e Degré.
Atteinte a du but réel de la Franc-Maçonnerie 1 2.
De ce coup d’œil d’ensemble, il résulte que les grades gnostiques
sont seuls véritablement franc-maçonniques, puisqu’ils renferment
1. Monita des Souverains Grands Inspecteurs Généraux, Suprême Conseil pour la Juridiction nord des États-Unis. Boston, 1880.
Instructions Secrètes des Souverains Grands Inspecteurs Généraux pour
la conduite des Loges, Chapitres et Conseils, par le vicomte de la Jonquière. Mss. portant le n° 43 de la collection des « La Jonquière Manuscripts » de la Grande Loge d’Edimbourg.
Legenda Magistralia, à l’usage exclusif des Souverains Grands Inspecteurs Généraux, par Albert Pike, grand commandeur du Suprême Conseil pour la Juridiction sud des États-Unis. Cbarleston, 1881.
2. Ibid.
a. Obtention. (Note de l’Éditeur.)
46
722 —
l’enseignement de la théorie, et de plus la théorie et la pratique de
la raison pure et de la nature; que les grades juifs et bibliques
manquent de logique et de cohésion; que les grades templiers sont
SYSTÈME
MAÇONNIQUE.
socialistes ; que les grades hermétiques sont une réduplication de
grades gnostiques; et enfin que les grades administratifs sont inutiles, puisque la pratique de la pratique gnostique est déjà l’objet
d’un grade véritablement maçonnique h
1. Legenda Magistralia , à l’usage exclusif des Souverains Grands Inspecteurs Généraux, par Albert Pike, grand commandeur du Suprême
Conseil pour la Juridiction sud des États-Unis. Charleston, 1881.
Instructions Secrètes des Souverains Grands Inspecteurs Généraux pour
— 723 —
En résumé, le Rite Écossais Ancien et Accepté est un corps d’enseignement politico-religioso-économique, composé de 28 membres
ou grades, dont l’âme seule, composée de 5 graduations d’enseignement, est véritablement et réellement franc-maçonnique, parce
qu’elle est gnostique pure; car la société secrète qui a nom FrancMaçonnerie n’a été dans son passé que le gnosticisme enveloppé
dans le compagnonnage, et n’est dans le présent que le gnosticisme
enveloppé dans des conventions et des formes emblématiques 1.
En consacrant toutes nos forces au triomphe du gnosticisme pur,
nous écraserons le gnosticisme adultéré et faussé, la religion révélée; et, en écrasant la religion, nous renverserons la monarchie,
dont elle est la seule raison d’être2.
C’est seulement en agissant ainsi que le but sublime de la FrancMaçonnerie pourra être atteint 3.
§ 4. — PERTE DE LA TRADITION
Nous avons dit que la Maçonnerie avait totalement perdu le
sens de la tradition ésotérique.
Aucun maçon, ou presque aucun, ne comprend aujourd’hui
l’importance du symbolisme des Loges.
Cela provient de ce que la Maçonnerie s’est lancée entièrement
dans la politique au lieu de rester indépendante.
Quelles sont les causes de cette erreur dans sa direction?
Quelques mots d’histoire vont nous les montrer.
Voici d’abord l’état actuel des différents rites maçonniques avec
la date de leurs fondations :
la conduite des Loges, Chapitres et Conseils, par le vicomte de laJonquière.
Mss. portant le n° 43 de la collection des « la Jonquière Manuscripts »
de la Grande Loge d’ Edimbourg.
Monita des Souverains Grands Inspecteurs Généraux, Suprême Conseil
pour la Juridiction nord des États-Unis. Boston, 1880.
1. Instructions secrètes des Souverains Grands Inspecteurs Généraux pour
la conduite des Loges, Chapitres et Conseils, par le vicomte de la Jonquière. Mss. portant le n° 43 de la collection des « La Jonquière Manuscripts » de la Grande Loge d’Édimbourg.
2. Ibid.
3. Ibid.
— 724 —
VIII
FONDATION DES DIFFÉRENTS RITES
Mais la Franc-Maçonnerie ne conserva pas longtemps l’unité
extérieure que ses fondateurs, principalement Anderson et Desaguliers, avaient rêvée pour elle.
Dès 1728 les Rites firent leur apparition ; et ces incarnations
variées du gnosticisme pur devinrent de plus en plus nombreuses,
à mesure que le succès parut s’attacher à la variété des formes
extérieures, dont ces Rites enveloppèrent l’Enseignement FrancMaçonnique et le double but qu’il se proposait1.
En 1717, il n’existait qu’une Franc-Maçonnerie unique2.
En 1728, le premier Rite, celui de l’Écossais Ramsay, fit son
apparition 3.
En 1743, le premier Rite français, celui du Temple, fut fondé à
Lyon 4 5 6 7.
En 1730, un nouveau Rite fut créé en Angleterre et un autre en
France B.
En 1738, deux nouveaux Rites se produisirent en France G.
En 1770, deux Rites firent leur apparition en Allemagne 1 .
En 1776, deux nouveaux Rites apparurent en Allemagne et un
en France 8.
En 1780, un fut fondé en Allemagne9.
1. Histoire philosophique de la Franc-Maçonnerie, par Kauffmann et
Cherpin, Lyon, 1830, p. 439 et suiv.
2. History of Freemasonry, par Jacques-Georges Gould. Londres, 1884.
3. Ibid.
4. Histoire pittoresque de la Maçonnerie, par J. -T. -B. Clavel. Paris, 1844,
p. 166 et suiv.
5. Ibid.
6. Ibid.
7. Geschichte der Freimaurerei, par Georges-Frédéric FindeL Leipzig,
1874.
8. Acta Lalomorum, par Thory. Paris, 1813.
Geschichte der Freimaurerei, par Georges-Frédéric Findel, Leipzig, 1874,
p. 120, 122, 143.
9. Ibid.
En 1782, deux en France 1 .
En 1783, un en Allemagne2.
En 1783, un en Suède 3 4 5.
En 1796, un en Allemagne A
En 1801, un nouveau Rite fut fondé en France, et un dans l’Amérique du Nord A
En 1805, un nouveau Rite apparut en Italie6.
En 1825, un au Mexique 7.
En 1839, un en France8.
En 1865, un en Angleterre9.
De sorte que, de 1717 à 1865, dans une période de cent quarantehuit années, la doctrine Franc-Maçonnique du gnosticisme pur fut
présentée aux adeptes de vingt-quatre manières différentes au
moyen de vingt-quatre procédés différents de mise en scène.
De ces vingt-quatre Rites, seuls douze sont encore en pleine activité.
Ce sont les suivants :
Deux anglais, le Rite de York et le Rite Ancien et Primitif.
Deux français, le Rite Écossais-Moderne et le Rite du Temple.
Quatre allemands, les Rites de Fessier, Gumemdorf, Schreider
et Knigge.
Un italien, le Rite de Misraïm.
Un suédois, le Rite de Swedenborg.
Un mexicain, le Rite National Mexicain.
1. Histoire générale de la Franc-Maçonnerie, par Émile Rébold. Paris,
1861, p. 146 et 147.
Die drei Altesten Kulsturkunden der Freimaurerei, par J. -B. Krause,
Dresde, 1810.
2. Ibid.
3. History of Freemasonry in Sweden, parue dans le numéro 3, page 23,
du Kneph, journal officiel du Rite Ancien et Primitif. -
4. Sammtliche Schriffen ùber Freimaurerei, par Georges Fessier, Freiberg, 1805-1807.
5. History of the Ancient and Accepted Rite of Freemasonry, par Robert
Folger, grand secrétaire du Suprême Conseil de la Juridiction nord des
États-Unis. Nerv-York, 1881.
6. De l'Ordre maçonnique de Misraïm depuis sa création, par Marc Bédarride, Paris, 1845, p. 153, vol. II.
7. Boletin oficial del supremo Consejo de Mexico. Mexico, 1869.
8. Notice sur le Rite de Memphis, par Léon Jaybert, Bulletin du Grand
Orient de France, numéro de mars 1858.
9. History of the Ancient and Primitive Rite, par Jean Yarker. Londres,
1881.
— 720 —
Un américain, le Rite Écossais Ancien et Accepté *.
C’est ce dernier Rite qui compte actuellement des adhérents en
nombre plus considérable.
Vingt-deux Suprêmes Conseils, ou Corps dirigeants d’Élat, du
Rite Écossais Ancien et Accepté, sont actuellement en plein exercice.
Ils se sont constitués en Confédération en septembre 1875, et c’est
le Suprême Conseil de Suisse qui exerce le Pouvoir exécutif de la
Confédération 1 2 3.
Tous ces rites ont conservé la doctrine gnostique et spiritualiste
sauf un : le rite français. Aussi à l’heure présente les membres de
ce rite sont-ils regardés comme des profanes quand ils voyagent
dans les autres'pays.
Voici jd'après la « Maçonneriejpratique » l'histoire et l’esprit de
ce]rite :
RITE FRANÇAIS
I
SON HISTOIRE
La première Loge Maçonnique fut installée à Paris, rue des Boucheries, le 12 juin 1726, par le comte Derwentwater, délégué fondé
de pouvoirs de la Grande Loge d’Angleterre a.
D’autres Loges s’installèrent bientôt, et, en 1730, le premier
Grand Maître français fut élu dans la personne du duc d’Antin, et
1. The Cosmopolitan Masonic Pocket-Book and Calendar pour l’année
1885. Londres. 1885. ,
2. Traité d’union, d’alliance et de confédération des Suprêmes Conseils du Rite Écossais Ancien et Accepté, du 22 septembre 1875. Lausanne, 1875.
3. Acta Latomorum, par Thory, Paris, 1815, vol. I, p. 97, 98, 102.
Histoire des Trois Grandes Loges, par Émile Rébold, Paris, 1864, p. 51,
52, 57, 58.
Histoire Pittoresque de la Franc- Maçonnerie, par J.-B.-T. Clbvel, Paris,
1844, p. 120.
Histoire Philosophique de la Franc -Maçonnerie, par Kauffmann et Cherpin, Lyon, 1850, p. 266.
— 727 —
présida la « Grande Loge Anglaise de France » non adoptée à celte
époque 1 .
Cette désignation fut changée en 1756, et la « Grande Loge du
Royaume » dirigea désormais les travaux des Francs-Maçons français 2.
Le Grand Maître qui succéda au duc d’Antin, nomme Grand
Maître adjoint un maître de danse peu estimable, Lacorne3.
Cette nomination ne fut pas agréée par la Grande Loge régulière. Lacorne en créa une nouvelle, dont tous les membres furent
déclarés exclus de la Maçonnerie par la Grande Loge régulière h
Cette exclusion donna naissance à des chocs violents, à des voies
de fait, et les autorités civiles firent cesser en 1767 tous les travaux
maçonniques 5.
La Grande Loge régulière rapporta en 1771 la décision excluant
la fraction Lacorne, et reprit ses travaux d.
La fraction Lacorne ayant prétendu que de graves abus avaient
été commis de 1767 à 1771, pendant la suspension des travaux, la
Grande Loge régulière nomma en janvier 1772 huit commissaires
enquêteurs 7 .
Ces commissaires donnèrent raison à la fraction Lacorne, en
déclarant, le 24 décembre 1772, que la Grande Loge régulière avait
cessé d’être l’autorité maçonnique en France 8.
La fraction Lacorne mit à bon profit cette décision, et s’érigea,
proprio motu, en autorité maçonnique, sous la désigation du Grand
Orient de France
Le Grand Orient de France est donc né, le 24 décembie 1772,
par suite de la victoire des dissidents de la fraction Lacorne sur
les fidèles de la Grande Loge primitive et seule régulière i0.
(. Acta Latomorum, par Tliory, Paris, 1815, vol. 1, p. 97, 98, 102.
Histoire des Trois Grandes Loges, par Emile Rébold, Paris, 1864, p. 51,
52, 57, 58.
Histoire Pittoresque de la Franc- Maçonnerie, par J.-B.-T. Clavel. Paris,
1844, p. 120.
Histoire Philosophique de la Franc-Maçonnerie, par Kauffmann et Cherpin, Lyon, 1850, p. 266.
2. Ibid.
3. Ibid.
4. Ibid.
5. Ibid. i
6. Ibid.
1. Ibid.
8. Ibid.
9. Ibid.
10. Ibid.
728 —
Ce Grand Orient de France, devenu la seule puissance maçonnique française, institua dans son sein, en 1781, une Chambre spéciale chargée d’étudier les Hauts Grades et d’y initier des candidats L
Cette Chambre des Hauts Grades créa en 1786 le Rite Français
des sept grades
Ces sept grades sont désignés sous les noms suivants : Apprenti,
Compagnon, Maître, Elu, Chevalier d’Orient, Écossais et Prince
Rose-Croix 1 2 3.
Sauf de légères différences de mise en scène, voici les résultats
de la comparaison entre le Rite Français et le Rite Écossais 4 :
Au point de vue de l’enseignement et de la doctrine :
Le 1" Grade français est le 1er Grade écossais.
Le 2° Grade français est le 2° Grade écossais.
Le 3e Grade français est le 3e Grade écossais.
Le 4e Grade français est le 9° Grade écossais.
Le 5° Grade français est le 14e Grade écossais.
Le 6e Grade français est le 13e Grade écossais.
Le 7e Grade français est la même chose que le Grade écossais de
Rose-Croix.
Mais le gnosticisme pur n’est plus Pâme du Rite de 1786, et, à
ces variantes sans valeur dans l’enveloppe extérieure des doctrines
ritualistiques françaises, viennent s’ajouter des modifications de
pratique franc-maçonnique qui ne manquent pas d’importance.
II
SON ESPRIT
Nous allons résumer, (non pas d’après la pratique réelle des Ateliers français, où la politique de clocher et les négociations anti1. Acta Latomorum , par Thory. Paris, 1815, vol. I, p. 108 à 170.
Histoire clés Trois Grandes Loges, par Émile Rébold, Paris, 1864, p. 63,
77, 78.
Histoire Pittoresque de la Franc-Maconnerie , par J. -B. -T. Clavel, Paris,
1844.
Histoire Philosophique de la Franc-Maçonnerie , par Kauffmann et Cherpin, Lyon, 1850, p. 485.
2. Ibid.
3. Ibid.
4. Tuileur général de la Franc-Maçonnerie, parJ.-M. Ragon, Paris, 1860.
729 —
déistes tiennent tant de place, que la véritable doctrine maçonnique française est morte, depuis longtemps étouffée par le
manque d’air, mais d’après les documents secrets les plus dignes
de foi), les enseignements pratiques du Rite français R
Apprenti du Iüte Français.
La Franc-Maçonnerie est la rédemption des masses populaires
aveuglées par la superstition, rendues inertes par l’ignorance,
enchaînées par le despotisme, hébétées par la hiérarchie cléricale 2.
Compagnon du Rite Français.
Le peuple a droit à la plus grande liberté politique et religieuse,
mais pour la posséder il lui faut pratiquer la prudence, la justice,
la fermeté et la modération, et ne jamais avoir recours ni à l’impréméditation ni à la vengeance, ni au désespoir, ni aux excès 3.
Maître du Rite Français.
Le peuple, mis à mort par l’asservissement et l’ignorance, est
rendu à la vie par la certitude de l’immortalité de l’humanité h
Elu Français.
L’ignorance, le principal assassin de la liberté rationnelle,
physique, intellectuelle et spirituelle, est hors la loi. Partout où
elle est rencontrée, l’ignorance doit être anéantie, décapitée sans
autre forme de procès 5.
Chevalier d'Orient Français.
Le gouvernement véritablement libre et réellement constitutionnel est celui qui se constitue le rédempteur et l’illustrateur du
1. Instructions secrètes des Souverains Grands Inspecteurs Généraux pour
la conduite des Loges, Chapitres et Conseils, par le vicomte de la Jonquière.
Mss. portant le n° 43 de la collection des « La Jonquière Manuscripts »
de la Grande Loge d’Édimbourg.
2. Ibid.
3. Ibid.
4. Ibid.
5. Ibid.
— 730 —
peuple, rendu libre dans sa soumission à la loi, égal dans ses droits
devant la loi et fraternisant dans une communauté d’intérêts et de
sympathies
Ecossais Français.
Les institutions véritablement libres et le régime réellement constitutionnel une fois établis, sont maintenus et rendus définitifs par
la fidélité aux engagements contractés, et par la constance et la
persévérance mises en jeu pour les tenir1 2.
RoserCroix Français.
L'homme apprend par la foi qu’il peut devenir libre, par l’espérance qu’il peut continuer à être toujours libre, et par la charité
la nécessité de la tolérance civile et religieuse, condition indispensable du règne de la loi d’amour qui seule peut réaliser l’émancipation de l’humanité 3 4 5.
Cet ensemble d’enseignements nous montre qu’il y a dans le Rite
français, une moelle d’idéalisme bien plus importante et surtout
bien plus perceptible que dans le Rite écossais ancien et accepté,
et c’est peut-être à cet inévitable idéalisme que ce Rite doit l’abandon
presque absolu dont sa doctrine se voit l’objet *.
En résumé, le Rite français poursuit comme but l’émancipation
de l’humanité par les institutions libres et le régime constitutionnel,
acquis et consolidés par les moyens pacifiques, et n’emploie les
moyens violents que pour anéantir l’ignorance \
D’élimination en élimination, le Grand Orient de France en est
arrivé, lors du convent de 1890, à voter la suppression du symbolisme dans ses loges. Il n’existe donc plus aucune trace de Science
occulte dans cette société devenue pareille à toutes les associations
de secours mutuels. Ce rite est, du reste, le dernier rempart du
matérialisme expirant.
1. Instructions Secrétes des Souverains Grands Inspecteurs Généraux pour
la Conduite des Loges, Chapitres et Conseils, par le vicomte de la Jonquière.
Mss. portant le n° 43 de la collection des la « Jonquière Manuscripts »
de la Grande Loge d’Édimbourg.
2. Ibid.
3. Ibid.
4. Ibid.
5. Ibid.
— 731
§ 5. — LA LÉGENDE D’HIRAM
THÉORIES PHILOSOPHIQUES DE LA FRANC-MAÇONNERIE
La légende d’Hiram.
Si les Francs-Maçons ont perdu la clef de la tradition qu’ils
devaient conserver, les symboles incompris de cette tradition subsistent néanmoins intacts dans les loges qui ne se rattachent pas au
Rite français. Nous passerons quelques-uns de ces symboles en
revue dans les chapitres suivants. Pour l’instant nous allons résumer tout ce qui précède en publiant la légende d'Hiram et ses
enseignements.
Cette étude faite en 1888 dans une revue d’occultisme nous valut
les félicitations les plus chaleureuses de la part de la Chaîne d’ Union,
l’organe officieux de la Franc-Maçonnerie en France.
SYMBOLES DE LA FRANC-MAÇONNERIE
La légende d'Hiram.
L'acacia m’est connu! ■
Les symboles de la Science Occulte conservés jusqu’à nos jours
par la Franc-Maçonnerie peuvent être divisés en deux classes.
Les uns, comme les tableaux des loges, les hiéroglyphes, les
couleurs, les cérémonies, ne sont plus compris par la plupart des
affiliés que dans leur sens le plus grossier, quand ils sont compris.
Les autres, renfermés dans quelques récits comme ceux de la
mort d’Hiram ou de J. -B. Molay, sont encore entendus dans plusieurs de leurs significations.
C’est d’un de ces derniers symboles, la légende d’Hiram, que
nous allons nous occuper.
L’origine de cette légende est assez intéressante, car elle marque
l’origine réelle de la Franc-Maçonnerie moderne. La voici d’après
Ragon :
« Cette même année (1646) une société de Rose-Croix, formée
d’après les idées de la nouvelle Atlantis de Bacon, s’assemble dans
la salle de réunion des freemasons à Londres. Asmhole et les
— 732 —
autres frères de la Rose-Croix, ayant reconnu que le nombre des
ouvriers de métier était surpassé par celui des ouvriers de l’intelligence, parce que le premier allait chaque jour en s’affaiblissant.,
tandis que les derniers augmentaient continuellement, pensèrent
que le moment était venu de renoncer aux formules de réception de
ces ouvriers, qui ne consistaient qu’en quelques cérémonies à peu
près semblables à celles usitées parmi tous les gens de métier, lesquelles avaient, jusque-là, servi d’abri aux initiés pour s’adjoindre
des adeptes.
Ils leur substituèrent, au moyen des traditions orales dont ils se
servaient pour leurs aspirants aux sciences occultes, un mode écrit
d’initiation calqué sur les anciens mystères et sur ceux de l’Egypte
et de la Grèce, et le premier grade initiatique fut écrit tel, à peu
près, que nous le connaissons. Ce premier degré ayant reçu l’approbation des initiés, le grade de compagnon fut rédigé en 1648 ;
et celui de maître peu de temps après; mais la décapitation de
Charles Ier en 1649 et le parti que prit Asmhole en faveur des
Stuarts, apportèrent de grandes modifications à ce troisième et
dernier grade devenu biblique, tout en lui laissant pour base ce
grand hiéroglyphe de la nature symbolisée vers la fin de décembre *. »
Ceci semble au premier abord contredire certaines de mes affirmations antérieures au sujet de l’origine de la doctrine maçonnique 1 2; mais en réfléchissant un peu il est aisé d’y voir au contraire la confirmation de mon dire.
Quelle est en effet la filière par laquelle cette nouvelle société de
1648 se rattache à l’antique Science occulte d’une part, aux templiers de l’autre ? *
Lisez la biographie d’ Asmhole et vous allez retrouvér dans cet
homme admirable un égyptologue érudit et bien mieux un herrnétiste remarquable, un descendant de Jean Dée, l’alchimiste de Londres auteur de la Monas hieroglyphica. Asmhole est un initié des
alchimistes, et comme tel il maniera le symbole de main de
maître.
Voyez, d’autre part, cette mention des Rose-Croix, les véritables,
ceux-là, qui président à la naissance de la Franc-Maçonnerie, et
vous reconnaîtrez sans peine en eux ces mystérieux inconnus que
les « frères » devaient tant méconnaître plus tard.
Ne nous écartons cependant pas du sujet qui nous intéresse et
1. Ragon, Orthodoxie maçonnique, p. 29.
2. Théosophes et francs-maçons (n° 5 du Lotus).
— 733 —
revenons à la légende d’Hiram dont nous connaissons le principal
auteur : ElieAsmhole.
Gomment la légende d’Hiram se distingue-t-elle d’un conte de
fée quelconque et pourquoi pouvons-nous la désigner sous le nom
d’histoire symbolique ?
Une histoire symbolique est un récit combiné de telle sorte que
l’évolution des personnages indique exactement l’évolution de la
Nature.
Des mythologues modernes ont eu beau jeu à montrer que toute?
les histoires se rapportant aux divinités Indoues, Égyptiennes,
Grecques, Romaines et même au Christ des chrétiens n’étaient que
des peintures plus ou moins parfaites de la marche du Soleil. De
là le nom de mythes solaires donné à tous ces récits.
Ceci est vrai à condition de ne pas y voir exclusivement ce sens
astronomique, et la méthode de la Science Occulte, l’Analogie, va
nous éclairer complètement à ce sujet.
La légende d’Hiram étant une histoire symbolique, voyons la
raison d’être de ce genre de symbole, et nous pourrons d’autant
mieux comprendre les développements que nous en tirerons dans
la suite.
S’il est vrai qu’une même loi gouverne tous les phénomènes de
la Nature, exposer un de ces phénomènes, c’est exposer tous les
autres. Voilà les bases de l’analogie.
Prenons trois exemples pour expliquer ceci : l’évolution d'un
grain de blé, la marche du soleil, la fabrication de la pierre philosophale, et voyons si ces trois faits ne sont pas gouvernés par la
même loi.
Le grain de blé est destiné à produire un épi tout entier. A peine
est-il planté dans la terre qu’une lutte violente s’engage entre le
germe qu’il contient et les éléments extérieurs. Un moment tout
est pourri, le grain de blé semble mort pour toujours ; c’est précisément à ce moment qu’il est plus vivant que jamais. Du sein de
cette pourriture, de cette noirceur, de ce chaos s’élève le nouvel
être se dirigeant vers la lumière ; c’en est fait, le grain de blé vient
de se rendre immortel dans les nombreux rejetons qu’il va produire.
Le soleil est destiné à donner la vie à tous les êtres planétaires
qui gravitent autour de lui, ainsi qu’à ce qui les couvre.
A peine a-t-il commencé sa course fécondante qu’une lutte violente s’engage sur terre entre ses bonnes influences et les frimas.
L’hiver triomphe bientôt. Plus de soleil bienfaisant, il est mort
peut-être pour toujoui’s !
— 734 —
C’est cependant quand la mort semble triompher davantage que
la vie possède sa plus grande force. L’hiver, fier de sa cruauté,
croit être à jamais le maître, quand l’enfant qui couvait sous son
linceul triomphe enfin et l’hiver fuit étonné devant le printemps
radieux qui se lève, immortalisant partout les germes par la procréation.
La pierre philosophale est destinée à produire le grand œuvre
de l’homme. A peine les éléments qui la constitueront sont-ils en
présence dans l’athanor qu’une lutte violente s’engage entre eux.
Les belles couleurs disparaissent et la masse semble pourrie pour
jamais, tout est noir comme la tête d’un corbeau. C’est alors que
l’ignorant se désole et que le sage se réjouit. Du sein de ce chaos
sort au bout de quelque temps la blancheur éclatante, indice de
vie ; les couleurs apparaissent progressivement ; les éléments de la
pierre viennent de se rendre immortels dans les transmutations
qu’ils produiront.
Il n’est pas bien difficile de retrouver dans ces trois phénomènes
une même loi, celle de la lutte de la vie contre la mort dont on
peut énoncer ainsi les phases :
Première phase :
La lutte s’établit entre la vie et la mort. La vie est plus faible et
cède à la mort.
Matérialisation progressive. — Le grain de blé pourrit. — L’automne apparaît avec les frimas. — Les couleurs de l’œuvre s’altèrent.
Deuxième phase :
La mort semble triomphante. C’est alors que la vie lutte avec
plus de force.
Equilibre entre la Matérialisation et la Spiritualisation. — Le
germe couve sous la pourriture. — L’hiver abrite les enfants du
printemps. — Des couleurs éclatantes vont sortir de la noirceur.
Troisième phase :
La vie triomphe à son tour. La mort est de nouveau vaincue.
Spiritualisation progressive. — L’épi apparaît. — Le printemps
se manifeste. — Les belles couleurs de la pierre se montrent.
Si donc nous voulons raconter cette merveilleuse loi dans une
histoire, nous parlerons d'un homme sage, fort ou vertueux tué
par une scélératesse quelconque ; de la résurrection triomphale du
bon et de la punition des coupables.
— 735
Le savant n’y voudra voir que l’histoire d’un cycle du Soleil et
rira des protestations de l’Alchimiste affirmant qu’il s’agit de la
pierre philosophale. Il s’agit de tout cela et de beaucoup plus
encore dans ces histoires symboliques, et le véritable Rose-Croix à
qui l’on demande la clef du grand œuvre de la Nature se contente
de montrer la douzième clef du livre universel en l'expliquant
ainsi :
Il faut savoir mourir pour revivre immortel.
Dans les antiques initiations égyptiennes, quand le voile qui
cachait le sanctuaire venait de s’abaisser devant les profanes, le
récipiendaire assistait à une étrange scène. Le grand prêtre lui
racontait de nouveau cette histoire du meurtre d’Osiris que tout
Égyptien connaissait dès son enfance; mais le futur initié devinait
sous cette nouvelle manière d’exposer la légende un côté mystérieux inaperçu par lui jusque-là. Bientôt les épreuves de 1 initiation
psychique allaient l’éclairer davantage.
« En Égypte le 3e grade se nommait Porte de la mort. Le cercueil d’Osiris qui, à cause de son assassinat supposé récent , portait
encore des traces de sang, s’élevait au milieu de la salle des morts
où se faisait une partie de la réception. On demandait à l’aspirant
s’il avait pris part au meurtre d’Osiris ; après d’autres épreuves et
malgré ses dénégations, il était frappé ou on feignait de le frapper
à la tête d’un coup de hache ; il était renversé, couvert de bandelettes comme les momies ; on gémissait autour de lui ; des éclairs
brillaient ; le mort supposé était entouré de feu, puis rendu à la
vie h »
Dans la moderne initiation maçonnique, le récipiendaire, que ce
soit un brave épicier ou un professeur du collège de France, n’est
pas peu étonné de s’entendre raconter l'histoire du meurtre du
forgeron biblique. Le sens du symbolisme est à tel point ignoré à
notre époque que l’esprit est déconcerté devant ces rites qui bien
qu admirablement conçus passent pour ridicules. Sans vouloir
cependant nous arrêter davantage sur ce point, abordons cette
légende pour en chercher ensuite les divers sens les plus faciles à
découvrir.
Salomon voulant élever un temple à l’Éternel demanda l’appui
de son voisin le roi de Tyr. Celui-ci lui envoya les plus habiles de
ses ouvriers, entre autres l’homme chargé de diriger les travaux
du Temple, un architecte nommé Hiram.
C’était un homme aussi farouche qu’instruit. Élevé au milieu des
1. Ragon, Orthodoxie maçonnique, p. 101.
— 736 —
forêts sauvages, la Nature était sa seule directrice; il en pénétrait
les plus profonds mystères par la seule force de sa merveilleuse
intuition.
Dès son arrivée, Hiram partagea les ouvriers en trois grandes
classes; à sa droite se rangèrent ceux qui travaillaient le bois, à
sa gauche ceux qui s’occupaient des métaux; enfin au milieu se
trouvaient les travailleurs de la pierre.
Quand la division par classes, suivant la profession, fut accomplie, Hiram divisa chacune des classes en trois parties d’après le
savoir de ceux qui les composaient.
Les moins instruits constituèrent dans chaque classe les apprentis ; ceux qui étaient habiles dans les travaux qu’ils exécutaient
furent les compagnons ; enfin ceux qui dirigeaient les autres furent
les maîtres.
Afin d’empêcher toute confusion entre ces ordres, chacun des
membres reçut une parole mystérieuse indiquant sa place dans la
hiérarchie ; les apprentis se reconnaissaient en prononçant la
parole Jakin, les compagnons en disant Bohaz; les maîtres en
épelant la mystérieuse tétrade des initiés : HliT .
Tel est l’ordre admirable suivant lequel le sage Hiram établit sa
hiérarchie.
Le savoir seul permettait aux ouvriers de s’élever d’un rang et
cette sage mesure fut cependant la cause du meurtre d’Hiram.
Trois méchants compagnons voulurent arracher de force au
grand architecte du Temple la parole mystérieuse des maîtres et
ourdirent à cet effet le plus infâme complot. Les maîtres se réunissaient chaque jour dans une chambre située au milieu du temple
et la porte située à l’Orient leur était réservée. Le sage Hiram sortait le dernier de tous après s’être assuré par lui-même de la bonne
exécution de ses ordres.
Connaissant cette particularité, les trois compagnons s’embusquèrent chacun à l’une des trois uniques portes et attendirent la
sortie du grand architecte.
Hiram, les travaux de la journée accomplis, se dirige vers la
porte du Sud où il trouve Jubelas qui lui demande la parole des
maîtres. Avec sa douceur habituelle, Hiram fait remarquer au
compagnon que le savoir seul permet la connaissance de la mystérieuse formule ; furieux, le compagnon veut frapper Hiram à la
tête avec la pesante règle de fer de 24 pouces dont il s’est armé ;
le maître détourne le coup et n’est atteint qu’à la gorge.
Hiram se rend alors à la porte de l’Occident qui servait d’entrée
commune à tous les ouvriers. Là se trouvait Jubelos qui, sur le
P
— 737 —
refus du maître de livrer son secret, le frappe au cœur avec sa
pesante équerre.
Tout étourdi, Hiram se traîne jusqu’à la porte de l’Orient où
Jubelum , rendu plus furieux encore que ses complices par le refus
de l’architecte, l’achève d’un coup de maillet sur le front.
Les trois scélérats s’interrogèrent mutuellement et, voyant que
leur plan avait échoué, n’eurent plus qu'un désir: faire disparaître
les traces de leur forfait.
Ils cachèrent le cadavre dans les décombres, et le lendemain au
petit jour, le portèrent dans une forêt voisine où ils l’ensevelirent.
Une branche d’acacia indiqua seule le tombeau du plus grand des
hommes.
Cependant Salomon, ne voyant pas revenir son architecte et
pressentant un malheur, envoya d’abord trois maîtres à sa recherche.
Ceux-ci n’ayant rien trouvé, le roi envoya de nouveau neuf maîtres
qui, au bout de sept jours de recherches, découvrirent, par la
branche d’acacia, le tombeau d’Hiram qui ressuscite grâce à eux dans
chaque vrai franc-maçon.
Les coupables, qui s’étaient échappés, ne tardèrent pas à être
pris. Leur retraite fut trahie par un inconnu et l’un des quinze
maîtres envoyés pour les punir tua le plus coupable d’entre eux,
l’assassin d’Hiram, Abibala, dans une caverne auprès d’une source
où il s’était réfugié. Un chien indiqua le lieu de retraite du scélérat. Les autres assassins se tuèrent en se précipitant du haut des
carrières dans lesquelles ils s’étaient réfugiés. Les têtes des trois
compagnons furent portées à Salomon.
Telle est, dans ses principales lignes, la légende d’Hiram. Avant
d’entreprendre l’étude des divers sens dans lesquels on peut la considérer, je dois faire quelques remarques importantes.
Tout d’abord, il m’a semblé inutile de compliquer ce récit par
l’introduction des enjolivements dont l’a décoré l’imagination des
fabricants de rituels. Ainsi, quelques auteurs mêlent à cette légende
le récit des amours d’Hiram avec Balkis, reine de Saba, et font
entrer Salomon comme complice dans le meurtre d’Hiram.
Une autre remarque assez curieuse c’est le changement des noms
des trois scélérats dans les divers grades ; ainsi le lecteur a sans
doute vu avec étonnement Jubelum devenu Abibala un peu avant
la mort.
Voici ce que dit le Thuileur général à ce sujet :
« Les noms des trois meurtriers d’Hiram varient beaucoup dans
les différents grades, et suivant les diverses applications que l’on a
faites de la Maçonnerie.
47
— 738 —
« Ce sont :
Abircim, Romvel, Gravelot,
ou Hobbhen, Sckterke, Austersfuth,
ou Giblon , Giblas, Giblos
ou Jubela , Jubelo, Jubelum,
« Le Templier y voit Squin de Florian, No ffodeï, et Y Inconnu sur
les dépositions desquels Philippe le Bel accusa l’ordre devant le
Pape, ou bien encore les trois abominables, Philippe le Bel, Clément Y et Noffodeï.
« Le Maçon couronné, le Rose-Croix de France leur substituent
Judas, Caïphe et Pilate, les trois auteurs de la mort de Jésus.
« Dans le Rose-Croix de Kulwining les trois assassins de la Beauté
sont : Caïn, Hakan, Béni. »
Disons enfin que la mort des trois scélérats est racontée différemment dans les divers rites. La forme, du reste, importe peu, le
fond seul du récit doit nous intéresser dans les développements qui
vont suivre.
Comme toutes les histoires symboliques, la légende d’Hiram renferme plusieurs sens qui peuvent être classés en trois groupes : sens
naturel, sens moral, sens psychique.
1° Sens naturel. — Au sens naturel ou physique, la légende peut
être considérée sous deux aspects principaux: comme sociale, s’appliquant aux lois de la société, et comme astronomique, développant un mythe solaire.
Considérons quelque peu la façon dont Hiram divise ses
ouvriers, et nous verrons apparaître une des plus belles idées
sociales qu’on puisse développer. Quelle protestation contre ces
sociétés où l'intrigue seule mène à tout ! 11 ne faut pas de paresseux
dans l’œuvre entreprise par Hiram : tous sont ouvriers. Comprenant toutefois que la liberté de l’homme doit être respectée avant
tout, Hiram laisse chacun prendre dans la Société le travail qu’il
peut mener à bonne fin et proclame, dès la base de son organisation, le principe : A chacun selon ses aptitudes.
Les classes une fois établies, au nombre de trois, la hiérarchie
sociale fait son apparition. Partout et toujours il se trouvera des
dirigeants et des dirigés ; c'est une loi naturelle que des planètes
gravitent autour d’un soleil, et cette loi s’observe analogiquement
aussi bien dans la marche d’une famille que dans celle de l’Univers.
Ici les satellites obéissent à l’impulsion solaire; là les enfants doivent se courber sous l’impulsion paternelle..
Quel est donc le moyen établi par Hiram pour devenir membre
de la classe dirigeante?
Est-ce l’hérédité des titres et des charges féodales ? Non.
Est-ce l’hérédité de la fortune soumettant les pauvres au despotisme d’un être immoral et abâtardi? Non.
Est-ce l’intrigue donnant les places au plus protégé ? Non, mille
fois non.
Rien n’empêche celui qui veut le faire d’arriver au premier rang,
dans la Société d’Hiram. Il suffît d’en être digne.
Tout au mérite et non à l’hérédité, tout au savoir et non à la
fortune, tout au concours et non à l’intrigue, telle est l’expression
de la seconde formule sociale d’Hiram.
A tous ceux qui prétendent que la Franc-Maçonnerie ne se rattache à aucune filiation, montrez la légende du Maître. S’ils nient
l’existence possible d’une société idéale dans laquelle ne dirigent
que ceux qui savent, racontez-leur avec Fabre d’Olivet et SaintYves d’Alveydre l’histoire de Ram et de son empire universel ; si
le passé ne les intéresse plus, transportez-les au cœur des institutions de la Chine vénérable et cherchez avec eux l’emploi qui n’est
pas gagné au concours 1 !
Nous pourrions montrer encore d’autres développements sociaux
dans cette légende ; mais la place nous manque. Qu’il nous suffise
d’indiquer et de comprendre les deux premières formules sociales
d’Hiram ;
A chacun selon ses aptitudes d’abord :
A chacun selon son mérite ensuite 2.
Le sens astronomique a été traité avec assez d’autorité par tous
les auteurs maçonniques pour que je croie inutile d’y rien ajouter.
C’est comme mythe solaire que les affiliés considèrent presque
exclusivement la légende d'Hiram, témoin les extraits suivants:
« Le soleil, au solstice d'été, provoque, chez tout ce qui respire,
les chants de la reconnaissance; alors Hiram qui le représente, peut
donner, à qui de droit, la parole sacrée, c’est-à-dire la vie. Quand
le soleil descend dans les signes inférieurs, le muétisme de la nature
commence ; Hiram ne peut donc plus donner la parole sacrée aux
compagnons qui représentent les trois derniers mois inertes de
l’année.
1. Voy. Fabre d’Olivet, de l'Etat social de l'Homme; Saint-Yves d’Alveydre, Mission des Juifs ; Simon, la Cité chinoise.
2. Une belle dissertation sur fa légende d’Hiram, au point de vue des
trois assassins, se trouve dans Elipbas Levi, Histoire de la Magie, p. 399
et suivantes.
— 740 —
«Le premier compagnon est censé frapper faiblement Hiram d’une
règle de 24 pouces, image des vingt-quatre heures que dure chaque révolution diurne : première distribution du temps qui, après
l’exaltation du grand astre, attente faiblement à son existence, en
lui portant le premier coup.
« Le second le frappe d’une équerre de fer , symbole de la dernière
saison, figurée dans les intercessions de deux lignes droites qui
diviseraient, en quatre parties égales, le cercle zodiacal, dont le
centre symbolise le cœur d’Hiram, où aboutit la pointe des quatre
équerres figurant les quatre saisons : deuxième distribution du
temps qui, à cette époque, porte un plus grand coup à l’existence
solaire.
« Le troisième compagnon le frappe mortellement au front d’un
fort coup de maillet, dont la forme cylindrique symbolise l’année
qui veut dire cercle, anneau: troisième distribution du temps, dont
l’accomplissement porte le dernier coup à l’existence du soleil
expirant.
« De cette interprétation, on a conclu qu Hiram, fondeur de
métaux, devenu le héros de la nouvelle légende avec le titre d’architecte, est VOsiris (le Soleil) de l’initiation moderne ; qu’/sis, sa
veuve, est la Loge , emblème de la terre (en sanscrit loga, le monde)
et qu 'Horus, fils d’Osiris (ou de la lumipre) et fds de la veuve est
le franc-maçon, c’est-à-dire Y initié qui habite la loge terrestre
[enfant de la veuve et de la lumière) b »
« Ainsi les trois compagnons perfides trahissent leur maître
comme fit Typhon à l’égard d’Osiris, et l’on dit dans la narration :
Hiram se présente à la porte de l’occident pour sortir du temple :
c’est précisément ce que fait le soleil; car, si je suppose cet astre
prenant son domicile dans le signe du bélier, le premier jour du
printemps, le dernier jour de son triomphe au solstice d’été, ou la
veille de sa mort, qui a lieu dans la balance, il descend à l’horizon
par la porte de l’occident ; et si alors j’examine la position que le
bélier prend à l’orient, je verrai près de lui le grand Orion, le bras
levé, tenant une massue, dans l’attitude de le frapper. Au nord, je
verrai Persée, une arme à la main et dans l’attitude d’un homme
prêt à faire un mauvais coup. Je le répète, l’assassinat d’Hiram,
pris dans le style figuré ou allégorique, est comme la passion d’Osiris, comme celle d’Adonis, d’Atys et de Mythra, un fait de l’imagination de prêtres astronomes, qui avaient pour but la peinture de
l’absence du soleil sur la terre.
1. Ragon, loc.cit.
— 741
«Le roman que l'on nous présente surHiram est complet, car le
ciel nous fait voir aussi les neuf maîtres qui vont à la recherche
de son corps ; et si on porte ses regards à l’occident de l’horizon,
lorsque le soleil se couche dans le bélier, on verra, autour de cette
constellation, Persée, Phaéton et Orion. En suivant ainsi les constellations qui décorent le ciel dans cette position, on remarquera,
au nord, Géphée, Hercule et le Bootès, et à l’orient on verra paraître le Centaure, le Serpentaire et le Scorpion ; tous marchent
avec lui, et le suivent pas à pas jusqu’à l’instant de sa nouvelle
apparition à l’orient *. »
2° Sens moral. — Le sens moral et religieux de la Légende d’Hiram a été entrevu par tous les grands réformateurs de la francmaçonnerie. Ainsi dans un essai d’unification des divers rites, intitulé le Maître décoré en trois points , le récipiendaire consulté sur
le secret de l’ordre, le divise en cinq parties distinctes.
« La première partie a rapport à l’exposition de la religion naturelle, universelle et immuable par le moyen de symboles et de
maximes. »
La légende d’Hiram, dans l’effort de tous ces ouvriers de classes
et de nationalités étrangères, contribuant par leurs travaux à élever le Temple du Dieu unique, enseigne à tous ses adeptes la tradition des gnostiques et de tous les anciens initiés: l’existence de
la Religion unique dont tous les cultes sont des manifestations.
C’est pour cela que le vrai franc-maçon doit être ennemi du sectarisme quelque forme qu’il prenne.
La deuxième partie du secret maçonnique, d’après l’auteur que
je viens de citer, se rapporte au secret des opérations de la nature.
Ceci fait allusion au sens hermétique et alchimique de la légende
d’Hiram dont je ne veux pas entreprendre ici le développement.
La troisième partie du secret c’est la perfection du cœur humain,
dont le temple n’est qu’une allégorie.
On pourrait rattacher à ce point l’application, dans la légende
d’Hiram, de la grande loi des compensations figurée par la résurrection d’Hiram, l’exil et la punition des coupables. Combien ne
s’élève-t-on pas contre la maxime devenue populaire : Le vice
est toujours puni et la vertu récompensée? Cependant la connaissance de la loi de Karma n’est-elle pas venue donner un immense
appui à cette maxime, en montrant que, dans l’invisible comme
dans le visible, une action sollicite une réaction égale, et en proclamant la similitude des lois physiques et des lois morales?
1. Lenoir, la Franc-Maçonnerie, p. 287.
— 742
La quatrième partie du secret se rapporte au mythe solaire dont
nous avons déjà parlé.
Enfin la cinquième partie retrace la lutte des instincts et de la
volonté :
« La victoire des erreurs et des passions sur la vérité ou la vertu,
et celle de la vérité ou de la vertu sur les erreurs et les passions
figurées également par la mort et la résurrection d’Hiram (qui est
vérité ou la vertu), lequel Hiram est frappé par trois compagnons
scélérats (qui sont l’ ambition, le mensonge et Yignorance), tiré de
la tombe et vengé par les neuf maîtres vertueux (qui sont lest’eWws
et les devoirs maçonniques). »
3° Sens psychique. — Le plus important des sens qu’on peut
attribuer à la légende d'Hiram est sans contredit celui qui a trait
aux épreuves mystérieuses pratiquées dans tous les sanctuaires en
vue du développement de l’ame du récipiendaire.
Le but tout entier de la légende se trouve renfermé dans cette
mort du juste tué en secret et dans son éclatante résurrection.
Le principe de l’Univers qui préside à la destruction et au changement des formes, ce principe connu dans toutes les théogonies et
désigné sous les noms de Siva, d’Ahriman, de Typhon, de Nabash,’
de Satan, a été merveilleusement défini par Fabre d’Olivet : le
Destin.
L’arme la plus terrible que le Destin puisse opposer à la Volonté
Humaine divinement toute-puissante, c’est la Mort. L’initiation à
toutes les époques n’a voulu atteindre qu’un but : instruire l’homme
et par là rendre le Destin impuissant dans ses attaques.
A chaque pas, le récipiendaire des mystères d’Eleusis était,
menacé de la Mort et ce n’est qu’en montrant qu’il était toujours
prêt à la subir qu’il atteignait aux dernières révélations. Une des
épreuves les plus terribles qu’il eût à supporter était la suivante:
Deux verres étaient placés devant lui. Le grand prêtre lui disait:
« Fils de la Terre, un de ces deux verres contient un poison
terrible. Si vraiment tu crois à l’au-delà, si tu n’as pas peur de
mourir, choisis un de ces verres et bois. Puissent les Dieux te protéger ! »
En cas de refus, le récipiendaire était emprisonné jusqu’à sa
mort.
Platon devint célèbre parmi les initiés pour le courage qu’il
déploya dans cette épreuve.
La légende d’Hiram nous montre le développement de ce mys-1
tère dans ce sage qui meurt plutôt que de livrer son secret, et qui
ressuscite immortel. A propos de l’histoire du grain de blé, nobs
— 743 —
avons assez insisté sur ce fait que la mort précède toujours la vie
suivante, pour qu’on puisse ne voir dans la même loi appliquée à
l’évolution de l’âme qu’une répétition analogique du même fait.
« En langage symbolique, on dit communément que la Mort est
la Porte de la Vie : vérité peu connue de ceux qui possèdent le
grade de Maître , quoique les emblèmes mis sous leurs yeux eussent dû les en instruire. On entend, par cette figure, que la fermentation, que la putréfaction précèdent la naissance et la donnent ; que, sans la première condition, la seconde ne peut avoir
lieu ; qu’en un mot, pour que la génération s’accomplisse, il faut
que les principes générateurs meurent, pour ainsi dire, qu’ils se
dissolvent, se désunissent par la putréfaction. En effet, sans un
mouvement interne et fermentatif, sans l’écartement, sans la désagrégation des parties environnantes, comment le germe pourrait-il
se faire jour à travers les enveloppes qui le tiennent captif1 ? »
« Dans tous les mystères anciens, comme dans l’initiation maçonnique, le cérémonial de la réception figurait les révolutions des
corps célestes et leur action fécondante sur la terre. Ce cérémonial faisait également allusion aux diverses purifications de l’âme
pendant son passage à travers les planètes, où elle revêtait des
corps plus purs à mesure qu’elle se rapprochait de sa source, la
Lumière incréée. Les prêtres, qui présidaient à l’initiation, lui
attribuaient la vertu de dispenser l’âme de l’initié de diverses
migrations planétaires ; cette âme, à la mort de l'adepte, passait
directement dans le séjour de l’éternelle béatitude 2. »
Tout ceci paraîtrait fabuleux à plus d’un franc-maçon si je
n’avais pris soin de citer l’opinion d’un de leurs livres les plus
sérieux : le Thuileur général.
Entrons cependant dans quelques détails au sujet de cette expo-
( sition de l’immortalité dans la légende d’Hiram.
Quand l’architecte du Temple est tué, les meurtriers l’enfouissent
en terre et. marquent la place de son tombeau par une branche
d’ Acacia. C’est elle qui guidera bientôt les maîtres dans leurs
recherches. Que représente donc ce symbole ?
L’Acacia est l’analogue de l’Aubépine, de la Croix égyptienne et
chrétienne et de la lettre hébraïque Vau qui veut dire Lien.
C’est le symbole du Lien qui unit le Visible à l’invisible, notre
vie à la suivante ; en un mot, c’est le gage de l’immortalité.
1. Thuileur des trente-trois degrés de l’Ecossisme du rite ancien, dit accepté, p. 244.
2. Clavel, Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie, p. 54.
— 744 —
Le corps d’Hiram est en putréfaction ; mais sur lui s’élève la
branche verte, couleur de l’Espérance, qui indique que tout n’est
pas fini.
Admirons maintenant le génie des auteurs de la légende, qui
mettent ce symbole parlant dans la bouche de tous les maîtres. Le
franc-maçon a beau être athée, ne plus croire dans les transformations spirituelles de son être, il avoue lui-même, quoique à son
insu, son ignorance et prouve qu’il ne comprend rien aux symboles .
quand il dit :
L’acacia m’est connu 1 !
★
* *
Vous connaissez l’immortalité, dites-vous ; alors pourquoi professer le matérialisme ?
Francs-Maçons qui vous moquez de la Science occulte, FrancsMaçons qui vous moquez des théories spiritualistes, revenez à la
Légende du Grand Architecte du Temple mystique ; comprenez vos
symboles et vous verrez combien paraissent ridicules vos formules
positivistes proférées devant Y Étoile flamboyante l
Yous devez être les ennemis de tous les sectarismes ; craignez de
devenir vous-mêmes sectaires.
Nous venons de passer en revue quelques-uns des sens que peut
nous révéler l’étude de cette admirable légende d’Hiram.
Asmhole a changé en une branche d’Acacia l’antique palme dont
Homère et Virgile ont doté les hommes deux fois nés : corporellement par la naissance terrestre, spirituellement par l’initiation
psychique. Mais que ce soit une branche d’Acacia, d’Olivier, de
Myrte ou une Croix qui se dresse devant l’investigateur, il doit
voir partout le même symbole de la renaissance psychique et dire
avec Asmhole et les Rose-Croix :
L’immortalité m’est connue !
i. Formule de reconnaissance du grade de maître.
- 745 —
GRAND CARRE UNIVERSEL,
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746 —
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Successivement nous avons suivi la Bible depuis sa création
jusqu’à la perte de son sens mystérieux, la Kabbale depuis Moïse
jusqu’aux Esséniens, la Gnose depuis les mystères égyptiens d’où
elle est sortie jusqu’à nos jours après avoir été successivement
transmise par les philosophes hermétiques, les Templiers , les RoseCroix dont les envoyés ont donné naissance à la Franc-Maçonnerie
qui possède encore la forme, mais a perdu le fond de ses enseignements.
Nous verrons à propos de l’occultisme contemporain que ce fond
n’est pas perdu et qu’il reparaît au contraire plus vivant que
jamais.
Il est temps de terminer l’exposition des phases diverses qu’a
traversées la Tradition occidentale en citant pour mémoire l’influence de la Tradition orientale sur la Science occulte.
CHAPITRE XY
EXPOSÉ DES PRINCIPAUX POINTS
DE LA TRADITION ORIENTALE
LA TRADITION ORIENTALE
Dans ces dernières années (1875), une société a pris
naissance qui répandit le récit suivant :
La Science occulte ou Science ésotérique perdue par
l’Occident s’est conservée intacte auThibet en la possession
de fraternités d’initiés désignés sous le nom de Mahatmas.
Les Mahatmas ont initié à leur science plusieurs Européens, entre autres une certaine Mme Blavatsky, Russe
d’origine et naturalisée depuis Américaine.
Si le lecteur curieux parcourt les ouvrages de Mme Blavatsky, qu’y trouvera-t-il? Voici le résultat de nos investigations personnelles :
1° Point la moindre méthode. — On parle de la Kabbale,
puis une page plus loin de Darwin, puis dix lignes plus loin
de l’Inde primitive, puis de l’Histoire de Jésus et ainsi de
suite.
— 750 —
2° Un amas étonnant ci' affirmations dont quelques-unes
sont tirées de textes cités, dont d’autres ne sont appuyées
sur rien.
3° Des contractions multiples et fondamentales surtout
dans son dernier ouvrage : The secret doctrine.
4° Des injures violentes contre les savants et les chrétiens;
puis plus loin l’apologie de ces mêmes savants ; mais pas
des chrétiens.
De tous ces livres se dégage une doctrine difficile à préciser, mélange de Gnosticisme, de Bouddhisme, de Spiritisme, de Kabbale dont certaines parties sont dues à Origène, d’autres à une encyclopédie thibétaine dont on commence à traduire des fragments en Europe. Cette doctrine
est présentée sous le nom de Théosophie.
Au début de nos études nous avons été attiré vers cette
société que nous croyions sérieuse, mais bientôt nous
fûmes suffisamment éclairé et nous sommes parti, suivant l’exemple de tous les écrivains d’occultisme qui se sont
retirés un à un du guêpier.
Ce qui attire malgré tout vers cette théosophie c’est
l’élévation des doctrines professées. 11 n’existe pas de meilleur résumé de cette doctrine que la lettre suivante
publiée dans le Bouddhisme ésotérique de A. P. Sinnett ;
nous la donnons in extenso comme complément de ce
que nous avons dit au sujet de la tradition occidentale
qui s'est conservée intacte , quoi qu’en disent les membres
de cette société.
Lettre d'un Indou initié à un Européen.
Je profite, cher monsieur, de mes premiers moments
de loisir pour répondre formellement à votre lettre du
17 dernier en vous rendant compte des résultats de ma
— 751 —
conférence avec nos chefs, au sujet de la proposition que
vous me faites dans cette lettre, et en donnant en même
temps satisfaction à toutes vos questions. J’ai d’abord à
vous remercier de la part de toute la section de notre affiliation, qui, tout particulièrement intéressée à la prospérité de l’Inde, vous exprime sa gratitude pour votre offre
de secours dont l’importance et la nécessité ne peuvent
être mises en doute.
Poursuivant notre filiation ésotérique à travers les vicissitudes delà civilisation indienne depuis un passé bien éloigné, nous avons pour notre patrie un amour si profond,
si passionné, qu’il a survécu même à l’influence généralisatrice, cosmopolisante (pardonnez-moi si le mol n’est pas
anglais) de nos études des lois secrètes de la Nature.
Je ressens donc, comme tout autre Indien patriote, la
plus profonde gratitude de chaque parole, de chaque action
bienveillante pour l’Inde. Aussi, soyez sûr que, convaincus
comme nous le sommes tous, que la décadence de l'Inde
est due en grande partie à l’étouffement de son ancien
esprit, et que le seul recours en grâce qui puisse la
redresser dans son ancienne altitude intellectuelle et
morale doit être cherché dans cette âme, dans cette force
de régénération nationale, soyez sûr, dis-je, que chacun
de nous serait disposé, tout naturellement et sans se faire
prier, à développer une société comme celle dont nous discutons maintenant le programme.
Cette bonne disposition serait absolue, si cette société
projetée ne devait être entachée d’aucun mobile égoïste et si
son objet réel était de ressusciter la Science antique et de
tendre à réhabiliter notre pays aux yeux du monde entier.
Croyez cela, cher monsieur, sans plus amples protestations.
Mais vous savez, comme tout homme qui alu l’histoire,
— 752 —
que les patriotes ont beau sentir leur cœur éclater
d’émotion, si les circonstances sont contre eux. Il est
arrivé bien souvent qu’aucune puissance humaine, pas
même la furie ni la force du patriotisme le plus passionné,
n’a été capable de détourner une destinée de fer de sa
course marquée ; et, comme des torches plongées dans
l’eau, les nations se sont engouffrées dans les ténèbres de
la ruine.
C’est pourquoi nous, qui avons le sentiment de la chute
de notre pays, bien que nous n’ayons pas le pouvoir de la
valeur d’un coup de bride, nous ne pourrons pas agir
comme nous le voudrions, soit dans les affaires générales
de ce monde, soit dans l’affaire particulière qui est le
sujet de cette lettre.
Nous sommes prêts, mais nous ne sommes pas autorisés
à répondre à vos avances autrement qu’en faisant la moitié
du chemin, et force nous est de dire que l'idée caressée
par M. Sinnett et par vous-même est en partie impraticable.
En un mot, pour moi comme pour n’importe quel frère
de notre association, et même pour un néophyte avancé,
il est impossible d’être désigné et délégué, comme intelligence dirigeante, comme chef de la branche angloindienne de ce genre d’études.
Nous savons que ce serait une bonne chose que vous et
un nombre choisi de vos collègues reçussiez régulièrement une instruction et une démonstration expérimentale
des phénomènes de cet ordre et de leurs lois.
Car, dût la conviction ne se faire qu’en vous et en quelques personnes, ce serait pourtant un profit assuré que
d’enrôler, comme étudiants, dans nos facultés de psychologie asiatique, quelques Anglais peu nombreux, mais
représentant une élite.
Nous savons tout cela et bien d’autres choses encore.
— 753 —
Aussi ne refusons-nous pas de correspondre avec vous et
de vous aider autrement de différentes manières.
Mais ce que nous refusons, c’est de prendre sur nous
aucune autre responsabilité que cette correspondance
périodique, que cette assistance de nos conseils et, quand
l’occasion s’en présentera, que de vous donner à distance
des preuves assez tangibles, assez visibles parfois pour que
vous soyez convaincus de notre présence et de notre intérêt.
Quant à vous guider, nous ne voulons pas y consentir,
quelque capables que nous puissions être de vous diriger.
Nous ne pouvons nous permettre qu'une chose, c'est de
vous donner la pleine mesure de vos lacunes.
Méritez beaucoup et nous saurons nous montrer d’honnêtes débiteurs, peu, et vous n’aurez à attendre qu’un
retour proportionnel.
Ce que je vous dis n’est pas un simplè texte pris du
cahier d’un écolier, quoiqu’il en puisse sembler ainsi,
mais l’arrêté même de la loi de notre ordre, et nous ne
pouvons transgresser cette loi.
Entièrement dégagés des modes de pensée et d action
des Occidentaux et spécialement des Anglais, si nous nous
fusionnions dans une organisation de ce genre, vous sentiriez toutes vos habitudes, toutes vos traditions s’écrouler à
chaque instant, si ce n’est sous vos aspirations nouvelles,
du moins sous les conditions de leur réalisation, telles que
nous vous les aurions suggérées.
Vous n’obtiendriez pas parmi les vôtres de consentement
unanime à aller aussi loin que vous pourriez le faire personnellement.
J’ai demandé à M. Sinnett de tracer un plan donnant un
corps à vos idées, et qui pût être soumis à nos chefs : cette
voie m’a semblé la plus courte pour arriver à un agrément
mutuel.
48
— 754 —
Sous notre direction notre branche ne pourrait pas vivre,
car vous n’êtes pas des hommes susceptibles d’être, en
quoi que ce soit, guidés dans ce sens.
Aussi une telle société serait-elle une naissance prématurée vouée à la mort, et paraîtrait-elle aussi incongrue
qu’un attelage à la Daumonl traîné à Paris par des yacks
indiens.
Vous nous demandez de vous enseigner la vraie science,
l’endroit inconnu de l’envers connu de la nature, et vous
croyez 1a, réponse aussi facile que la demande.
Vous ne semblez pas vous faire une idée exacte des
effrayantes difficultés qu'il y aurait à communiquer, même
les plus simples éléments de notre science, à ceux qui ont
été pétris cérébralement dans le moule des méthodes familières à vos sciences à vous, Occidentaux.
Vous ne voyez pas que, plus vous vous croyez instruits
dans les unes, moins vous êtes capables de comprendre
l’autre.
En effet, un homme ne peut penser que selon la réceptivité de ses catégories, et à moins qu’il n’ait le courage de
les remplir et de s’en ouvrir de nouvelles, il doit forcément suivre ses vieux errements.
Permettez-m’en quelques exemples ! En conformité avec
vos sciences, vous ne reconnaîtrez qu’une seule énergie
cosmique. Vous ne verriez aucune différence entre la force
vitale, dépensée par un voyageur qui bat les buissons sur
son chemin, et le même équivalent dynamique, employé
par un savant à mettre une pendule en mouvement.
Nous savons faire cette différence ; nous savons qu’il y a
un abîme entre ces deux hommes.
L’un dissipe et gaspille sa force, sans aucun profit ;
l’autre la concentre et l’emmagasine, et ici, veuillez bien
comprendre que je ne considère nullement l’utilité relative
4.
— 755 —
de nos deux hommes, comme on pourrait le supposer.
Je tiens seulement compte de ce fait, que, dans le premier cas, il y a simplement émission de force irréfléchie,
sans que cette dernière soit volontairement transformée
en une forme plus haute d’énergie mentale; et dans l’autre
cas, c’est justement le contraire qui a lieu.
N’allez pas me prendre cependant pour un nébuleux
métaphysicien, car voici l’idée que je désire formuler. \
Quand un cerveau travaille d’une manière véritablement
scientifique, la conséquence de sa plus haute activité
intellectuelle est le développement, l’évocation d’une
forme sublimée de l’énergie mentale, et cette dernière
peut prodùire dans l’activité cosmique des résultats illimités.
D’autre part, le cerveau qui, sous l’influence d’une
science purement mnémotechnique, ne sait pas créer, et
n’agit que d’une manière automatique, ne détient ou
n'accumule en lui-même qu’un certain équivalent d’énergie brute qui est improductive, soit pour l’individu soit
pour l’humanité.
La cervelle humaine est un générateur inépuisable d’une
force cosmique de la qualité la plus délicate, et supérieure
à toutes les énergies brutales de la nature physique.
L’adepte complet est un centre de rayonnement d’où
s’irradient des puissances, des potentialités qui, de corrélation en corrélation, plongent jusque dans les cycles des
temps à venir.
Voilà la clef du mystère de la propriété qu’a le cerveau
humain de projeter et de rendre sensibles, dans le monde
i visible, les formes que sa puissance créatrice a générées
et fait surgir des éléments du monde invisible.
L’adepte ne crée rien de nouveau, mais il utilise, il met
en œuvre les matériaux que la nature a amassés autour
— 756 —
de lui et qui, pendant des éternités, ont revêtu toutes les
formes possibles.
Il n’a qu’à choisir ce qu’il lui faut et qu’à donner à sa
pensée l’existence objective.
Vos savants occidentaux prendraient certainement tout
ce qui précède pour un rêve d’halluciné. '
Vous dites qu’il y a peu de branches de la science qui
ne vous soient plus ou moins familières, et que vous croyez
faire un certain bien, grâce aux capacités qu’ont pu vous
faire acquérir de longues années d’études.
Sans doute ; mais voulez-vous me permettre de vous
esquisser encore plus clairement la différence entre les procédés de vos sciences appelées exactes, quoique bien souvent par pure politesse, et les méthodes des nôtres?
Ces dernières, comme vous le savez, repoussent le vulgaire et toute vérification devant des assemblées mixtes :
aussi M. Tyndall les range-t-il parmi les fictions de la
poésie, ce qui indiquerait que la science des choses
physiques est condamnée sans appel à une prose absolue.
Parmi nous, pauvres philanthropes inconnus, aucun phénomène d’aucune de ces sciences n’est intéressant que
par rapport à sa capacité de produire des effets moraux,
qu’en raison directe de son utilité humaine.
Or, qu’y a-t-il de plus entièrement indifférent à tous et à
tout, de moins nécessaire à qui et à quoi que ce soit, si ce
n’est à d’égoïstes recherches pour son propre avancement,
que celte science matérialiste des faits, dans son isolement
dédaigneux de tout ce qu’elle ignore?
Je vous demande ce que les lois de Faraday, de Tyndall
et de bien d’autres ont à faire avec la philanthropie, dans
leur abstraction de toute relativité avec le genre humain
considéré comme un tout intelligent?
■/
— 757 —
Quel souci ont-elles de l’homme, de l’atome isolé du
grand tout et de la grande harmonie?
Quand parfois elles sont pour lui d’une utilité plus ou
moins pratique n'est-ce pas par hasard?
Dans votre credo occidental, l’énergie cosmique est
chose éternelle et incessante, la matière est indestructible ;
et vos faits scientifiques sont cloués sur cette borne.
En douter, c’est être traité d’ignorant; le nier c’est passer
pour un bigot, pour un dangereux lunatique ; prétendre
perfectionner un pareil credo, c’est s’exposer à l’épithète
d’impertinent, d’outrecuidant, si ce n’est de charlatan.
Pourtant, toute cette nomenclature de faits scientifiques
n’a jamais pu fournir aux expérimentateurs une seule
preuve que, dans sa mystérieuse conscience, la nature
préfère que la matière soit plus destructible sous la forme
organique que sous la forme inorganique.
Aucun fait matériel et matériellement observé n’a jamais
pu infirmer que cette nature travaille lentement, mais
incessamment, vers l’apparition de la vie consciente, dont
la matière inerte n’est que le voile.
De là la profonde ignorance de vos hommes de science
au sujet de la dispersion et de la concentration de l’énergie cosmique sous des aspects hyperphysiques ; de là leurs
divisions au sujet des théories de Darwin ; de là leur incertitude relativement au degré de vie consciente, renfermée
dans les éléments, dans les états distincts de la substance ;
de là nécessairement, le dédain suffisant de toute insuffisance pour tout phénomène qui se permet de ne pas
appartenir à leur classification, et pour la seule idée que
des mondes de forces semi-intellectuelles et, à fortiori ,
intelligentes, sont à l’œuvre dans les hauteurs et dans les
profondeurs cachées de la nature.
Passons à un autre exemple. Nous, Orientaux, nous
— 758 —
voyons une grande différence entre les deux qualités de
deux quantités égales d’équivalents vitaux dépensés par
deux hommes, dont l’un, supposons, s’en va tranquillement à son travail quotidien et dont l’autre se dirige vers
nue station de police pour y dénoncer son semblable.
Pour vos hommes de science il n’y aura pas de différence.
Nous en voyons encore une très grande, très spécifique,
dans l’énergie du vent et dans celle d’une turbine.
Pourquoi? Parce que dans son évolution invisible, toute
pensée humaine passe dans l’endroit dont l’ordre physique
est l’envers, et devient une entité active, en s’associant,
en s’unifiant avec un élément particulier, c’est-à-dire avec
une des forces semi-intellectuelles des royaumes de la vie.
Cette pensée survit comme une intelligence active,
comme une créature engendrée de l’esprit, pendant une
période plus ou moins longue, et proportionnelle à l’intensité de l’action cérébrale qui l’a générée.
Ainsi, une bonne pensée se perpétue comme une puissance active et bienfaisante, et une mauvaise comme un
pouvoir démoniaque et maléfique.
De sorte que l’homme peuple continuellement sa course
dans l’espace, d’un monde à son image, rempli des émanations de ses fantaisies, de ses désirs, de ses impulsions et
de ses passions.
Mais, à son tour, ce milieu invisible de l’homme réagit,
par son seul contact sur toute organisation sensitive ou
nerveuse, proportionnellement à son intensité dynamique.
C’est ce que les bouddhistes appellent Shandba, les
Indous Karma.
L’adepte crée sciemment ces formes, les autres les
génèrent au hasard.
L’adepte, pour réussir et conserver son pouvoir, doit
-r- 759
demeurer dans la solitude et plus ou moins dans l’intérieur de sa propre âme.
Il y a des choses que la science sensoriale perçoit
encore moins.
L’industrieuse fourmi, l’active abeille, l’oiseau qui bâtit
son nid, accumulent, chacun dans son humble degré, autant
d’énergie cosmique dans une forme spécifique, que
Hayden, Platon ou un laboureur poussant sa charrue, dans
leurs actions spéciales.
Mais le chasseur qui tue le gibier pour sou plaisir ou son
profit, ou le positiviste qui dépense sa mentalité à prouver
que -|- X + = — gaspille et perd l’énergie cosmique ni
plus ni moins que le tigre des jungles bondissant sur sa
proie.
Ce sont tous des voleurs qui frustrent la nature au lieu
de l’enrichir, et tous auront à lui rendre des comptes proportionnellement au degré de leur intellectualité.
Vos sciences expérimentales n’ont rien à faire avec la
moralité, la vertu, l’humanité : c’est pourquoi elles ne peuvent pas compter sur notre secours, jusqu’à ce qu’elles
rétablissent leur lien et leur alliance avec l’ordre hyperphysique.
Sèche classification de faits extérieurs à l’homme, de
ténèbres extra-humaines, existant avant et devant exister
après lui, le domaine de leur utilité cesse pour nous, à la
frontière même de ces faits.
Cette science occidentale se soucie fort peu des suggestions et des résultats qui peuvent entraîner pour l’humanité
les accumulations méthodiques ou non des matériaux
qu’elle remue.
C’est pourquoi, comme notre sphère scientifique échappe
entièrement à son domaine et l’enveloppe d'aussi loin que
l’orbe d’Uranus entoure celui de la Terre, nous nous refu-
— 760 —
sons à sortir de nos lignes distinctives et à nous laisser
broyer sous aucune des roues de l’engrenage occidental.
Par ce genre de mentalité la chaleur n’est qu’un mode
du mouvement et le mouvement génère la chaleur ; mais
pourquoi le mouvement mécanique d’une roue qui tourne,
a-t-il dans l’ordre hyperphysique une valeur plus haute que
la chaleur dans laquelle il se transforme et s’absorbe graduellement?
Vos sciences ont encore à la découvrir. La notion philosophique et transcendante, donc absurde, n’est-ce pas?
des tliéosophes du moyen âge que le progrès final du travail de l’humanité aidé parles incessantes découvertes de
l’homme aboutirait à imiter l’énergie solaire et sa faculté
comme premier mobile et qu’il en résulterait un procédé
tirant de la matière inorganique une transformation en
aliments nutritifs, une telle idée est inadmissible pour la
cervelle de vos hommes de science.
Mais si le soleil, si le père et le grand nourricier de notre
système planétaire s’avisait de changer en granit les poulets
d’une basse-cour, d’une manière accessible cà l’observation et à l’expérience, ces mêmes hommes de science
l’accepteraient sans doute comme un fait scientifique,
sans exprimer un regret que ces poulets, n’étant plus
vivants, ne puissent plus nourrir l’homme qui a faim.
Mais qu’un Shaberon , qu’un de nos frères traverse les
monts Himalaya en temps de famine , qu’il multiplie des sacs
de riz pour empêcher de périr des multitudes humaines,
comme il pourrait positivement le faire, que diront vos
magistrats et vos collecteurs d’impôts? Ils le jetteront probablement en prison pour lui faire avouer dans quel
grenier il aura volé ce riz.
Voilà votre science occidentale, voilà votre société positive, pratique.
— 761 —
Vous avez beau dire que vous êtes frappés de l’immense
étendue de l’ignorance générale sur toutes choses ; vous
avez beau définir si pertinemment cette ignorance érigée
en science et dire qu’elle ne représente qu’une nomenclature grossièrement généralisée de quelques faits palpables,
qu’un jargon technique inventé par les hommes pour
déguiser la réalité cachée derrière ces faits, vous avez beau
parler de votre foi dans les puissances infinies de la nature,
vous vous contentez cependant de dépenser votre vie dans
un travail qui ne fait qu’aider cette même science occidentale à engendrer les mêmes résultats sociaux.
De toutes vos nombreuses questions nous discuterons
tout d’abord, s’il vous plaît, celle qui est relative à l’impuissance supposée, qu’aurait montrée la fraternité des initiés
en ne laissant aucune trace dans l’histoire du monde.
Avec leur réserve d’aris extraordinaires, ils auraient dû,
selon vous, réunir dans les écoles une partie considérable
des esprits éclairés de toutes les races humaines.
Sur quelles bases vous appuieriez-vous pour croire qu’ils
ne l’ont pas fait?
Que savez-vous de leurs efforts, de leurs succès ou de
leurs insuccès ?
Avez-vous des docks spéciaux pour emmagasiner des
données positives sur de telles choses ?
Comment votre société occidentale serait-elle capable
de rassembler des preuves, relativement aux faits et gestes
d’hommes qui ont mis tous leurs soins à fermer hermétiquement toute porte possible par laquelle la curiosité pût
les espionner?
La première condition du succès de ces hommes a été
de demeurer l’inconnu et l’imprévu.
Ce qu’ils ont fait, ils le savent, et ce que ceux du monde
extérieur à leur cercle ont pu apercevoir, n’a jamais été
/
— 762 —
qu’un résultat dont la cause est demeurée voilée aux
yeux.
Nous n’avons jamais prétendu pouvoir conduire les
nations prises en masse à tel ou tel apogée, en dépit du
courant général des relations cosmiques du monde.
Les cycles doivent aller jusqu’au bout de leurs cercles.
Les périodes de lumière et de ténèbres se succèdent
dans l’ordre intellectuel et dans l’ordre moral, aussi bien
que dans l’ordre physique.
Les Yougs mineurs et majeurs doivent s’accomplir conformément à l’ordre de choses établi, et nous sur les
bords de la puissante marée des temps, ne pouvons modifier et diriger que quelques-uns de ses moindres courants.
Si nous avions les passions imaginaires du Dieu personnel, tel que le vulgaire l’entend, si les lois universelles,
immuables n’étaient que des hochets avec lesquels on pût
jouer, alors, vraiment, nous aurions pu créer des conditions d’existence, qui eussent fait de cette terre une Arcadie
d’âmes sublimes.
Mais nous avons affaire à une loi immuable, nous
sommes nous-mêmes ses créatures, et nous devons nous
contenter de ce qui nous est accessible, et en être encore
reconnaissants.
Il y a eu des temps où une partie considérable des
esprits éclairés, comme vous dites, a reçu l’enseignement,
l’initiation de nos écoles.
Ces temps ont existé dans l’Inde, en Perse, en Egypte,
en Grèce, à Rome pour l’Occident.
Mais, comme je l’ai indiqué dans une lettre à M. Sinnett,
l’adepte est l’oiseau rare, l’efflorescence suprême de son
époque et il y en a relativement peu dans un seul siècle.
La terre est un champ de bataille non seulement pour
les forces physiques, mais aussi pour les forces morales ; et
les brutalités des passions animales, aiguillonnées par les
rudes énergies du dernier groupe des agents étliérés, tendent toujours h écraser les puissances intelligibles, les
forces intelligentes.
Ne doit-on pas s’y attendre de la part d'hommes si
étroitement liés encore à l’ordre physique d’où ils ont été
évolués ?
Il est également vrai que nos rangs se sont éclaircis,
mais, comme je l’ai dit, la cause en est que nous appartenons à la race humaine et que, soumis au mouvement
général de ses cy.cles, nous ne pouvons pas les faire rétrogresser.
Pouvez-vous dire au Gange ou au Bramapoutre de
remonter vers leurs sources, pouvez-vous même les maîtriser de telle sorte que leurs ondes comprimées ne débordent
pas et n’inondent pas leurs rives?
Non, mais vous pouvez soutirer de leur courant une
partie de ces ondes, en remplir des canaux, et utiliser cette
force hydraulique pour le bien de l’humanité.
Il en est de même de nous qui, impuissants à arrêter le
monde dans sa course et dans sa direction, pouvons cependant utiliser quelque partie de son énergie en l’attirant
dans des canaux bienfaisants.
Regardez-nous comme des demi-dieux et mon explication ne vous satisfera pas ; considérez-nous comme de simples hommes, un peu plus sages que les autres, grâce à
des connaissances et à des études spéciales, et votre objection aura trouvé une réponse.
Quel bien, dites-vous, mes compatriotes et moi pouvons-nous atteindre par cet ordre de connaissances cachées?
Quand les Indiens verront que les Anglais prennent
— 764 —
intérêt, jusque dans la personne de leurs hauts fonctionnaires, à la science et à la philosophie de leurs ancêtres,
ils s’en occuperont au grand jour.
Quand il leur sera prouvé que les anciennes manifestations de l’ordre divin n’étaient pas des miracles, dans le
sens vulgaire de ce mot, mais des résultats scientifiques
d’un ordre transcendant, la superstition tombera d’ellemême.
Ainsi, le plus grand mal qui, actuellement, opprime et
retarde la résurrection possible de la civilisation indienne,
disparaîtra avec le temps.
La tendance actuelle de l’instruction publique est de
faire des matérialistes et de déraciner tout spiritualisme,
et cela dans les Indes comme partout.
Mais si Ton arrivait à comprendre ce que nos ancêtres
ont vraiment voulu dire dans leurs écrits et dans leurs
enseignements, l’instruction deviendrait une bénédiction,
tandis qu’aujourd’hui, elle est souvent une malédiction.
A l’heure actuelle les Indiens, instruits ou non, considèrent les Anglais comme trop remplis de préjugés par le
christianisme d'une part et d’un autre côté, par la science
moderne, pour se donner la peine de les comprendre, eux
Indiens ou leur tradition.
Ils se haïssent mutuellement, ils se détient les uns des
autres.
Que cette attitude vis-à-vis de notre ancienne intellectualité vienne à changer, les princes de l’Inde et les
hommes riches ne manqueront pas de fonder des écoles
normales pour l’éducation des Pundits ; les vieux manuscrits
jusqu’ici inaccessibles à la recherche des Européens apparaîtront de nouveau à la lumière et on y trouvera la clef
de beaucoup de choses qui pendant des siècles ont été
cachées à l’entendement populaire, choses dont vos philologues sceptiques ne se soucient pas et dont vos missionnaires religieux n’ont pas l’audace d’aborder la compréhension.
La science y gagnerait beaucoup, l’humanité tout.
Les mêmes causes qui tendent aujourd’hui à abaisser les
Indous dans le matérialisme travaillent également toute la
pensée occidentale.
L’instruction actuelle metle scepticisme sur le trône, mais
elle condamne au cachot l’intelligence pure.
Vous pouvez faire un bien immense en aidant les nations
occidentales à construire sur une base solide leur foi qui
s’écroule.
Ce dont elles ont besoin, c’est de l’évidence que la psychologie asiatique peut seule donner.
Apportez-leur cela et des milliers d’esprits vous devront
le bonheur.
L’ère de la foi aveugle est passée, et celle de l’examen
est arrivée.
L’examen qui se contente de démasquer l’erreur sans
découvrir aucun principe réel sur lequel l’âme puisse bâtir
n’engendrera jamais que des iconoclastes.
L’iconoclastisme qui n’a pour principe que la destruction n'engendrera jamais rien, il ne pourra jamais que
faire table rase.
Mais l’homme ne trouvera jamais de repos dans la négation.
L’agnosticisme n’est qu’un relais temporaire et le moment
est venu de guider l’impulsion récurrente qui ne peut pas
manquer d’advenir bientôt et qui poussera le siècle vers
l’extrême athéisme, ou le rejettera dans un cléricalisme
extrême, si on ne le ramène pas à l’intellectualité primitive et consolante des Aryas.
76 fi —
L’observateur qui suit attentivement le cours des choses
actuelles voit d’un côté les catholiques produire des miracles, en moins de temps que les fourmis blanches ne pondent leurs œufs, et, de l’autre, les libres penseurs se convertir en masse à l’agnosticisme, c’est-à-dire à l’absence
de tout souci intellectuel et vraiment scientifique, à la
liberté de ne plus penser du tout.
La moyenne de ces deux extrêmes donne le cours moyen
des choses.
Le siècle marche à une saturnale de phénomènes.
Les mêmes merveilles que les spirites opposent au dogme
de la perdition éternelle, sont appelées en témoignage par
les catholiques, comme une preuve actuelle du bien fondé
de leur foi dans les miracles.
En dehors de ces deux camps, le scepticisme fait des
gorges chaudes de tous deux à la fois.
Tous sont aveugles et il n’y a personne pour les guider.
Vous et vos collègues pouvez nourrir l’espoir de fournir
de solides matériaux à un besoin général de philosophie
religieuse, inexpugnable à tout assaut scientifique, parce
qu’elle est elle-même la finalité de la science absolue, la
religion dans le sens le plus élevé de ce mot, puisqu’elle
renferme les rapports de l’homme physique et de l’homme
psychique et des deux avec tout ce qui est au-dessus et audessous d’eux.
Cela ne vaut-il pas un léger sacrifice? Et si, après
réflexion, vous vous décidez à fournir cette nouvelle carrière, que l’on sache bien que votre société n’est pas une
boutique à miracles, ni un club gastronomique, ni un
simple laboratoire de phénomènes.
Son principal but doit être d’extirper d’un côté la
superstition, de l’autre le scepticisme et, du fond des
anciennes sources longtemps cachées, de tirer la preuve
767 —
que l’homme peut former lui-même sa destinée future, et
savoir d’une manière certaine qu’il peut revivre après la
mort, s’il sait le vouloir, et que tout phénomène n’est que
la manifestation de la loi naturelle, dont l’étude et la compréhension sont le devoir de tout être intelligent.
Koot Hoomi Lal Sing.
(Sinnett, Occult World, p. 85-95, Lond. 1883.)
CHAPITRE AVI
IMPORTATION DE LA TRADITION ÉSOTÉRIQUE
EN EUROPE
LES BOHÉMIENS
Un point d’Histoire fort peu connu et que nous nous sommes
gardé d’aborder jusqu’ici, c’est l’influence des Bohémiens sur la
tradition.
Un professeur à l’université de Bucharest, M. J. A. Vaillant, à
la suite de longues années passées avec les Bohémiens, recueillit
une série de traditions qu’il a publiées en divers ouvrages1.
Ce qui est curieux c’est qu’en étudiant ces traditions de près, on
y trouve, déguisé sous la théorie du mythe solaire, un résumé très
net de tout ce que nous avons dit jusqu’ici concernant :
1° La valeur des noms propres;
2° L’origine commune des diverses mythologies ;
3° L’ésotérisme de la Bible.
Nous ne pouvons donc mieux résumer tout ce qui précède qu’en
publiant cette tradition des Bohémiens touchant les divers points
dont nous nous sommes occupé jusqu’ici.
C’est ce que nous allons faire comme conclusion de notre étude
générale sur la Tradition.
I. Les Mmes, histoire vraie des vrais Bohémiens; la Bible des Bohémiens; Clef magique de la fiction et du fait.
49
- 770 —
ORIGINE
Tout d’abord voici ce que rapportent les Bohémiens sur leur
origine :
Il est, du Sind au Gange, un territoire appelé Pane f ab , c’est-àdire cinq eaux, parce qu’au sud cinq rivières : le Sutly, le Rair, le
Schnab, le Jilu et le Sind, l’arrosent et le fertilisent et qu’au nord,
cinq grands fleuves : l’Ira-vati, le Brahma-poutr, le Gange, le Sind
et le Gilson qui y prennent leur source s’en échappent pour former
la ceinture du monde alors civilisé.
Ce territoire est le Mul-tan, c’est-à-dire le pays de la racine.
Il est ainsi nommé parce qu’il est le berceau où l’homme naquit
à la vie de l’esprit et où son esprit le fit naître à la vie du corps;
où la science naquit de l’évidence, la fable de l’allégorie et l'image
de l’idole, de l’imagination de l’idée.
Vers le xie siècle avant notre ère, les Zaths étaient déjà retirés
dans la Douab ou Mésopotamie, entre le Gemma et le Gange.
Dans leur besoin d'un Dieu, et n’en trouvant pas, ils en firent un
du soleil, qui, pour eux, est l’astre des besoins, et le nommèrent
Isa-Kris > ten parce que sa lumière est brillante comme l’or, pure
comme l’air, et diaphane comme le cristal. Ils le font concevoir
par Maha-Maria, la grande Marie, mer ou océan céleste qui contient
la lumière du monde, et le font naître de la planète ou déesse lune
Devaki, laquelle le mit au monde le 25 décembre, à minuit, dans
la ville de Mythra, sur les bords de la rivière qui, pour ces raisons,
fut nommée Iemma et Gemma de la Nuit et de la Naissance. Selon
eux, quand il naquit, une gloire céleste illumina ses parents et son
berceau, comme le soleil éclaire les astres à l’antipode, quand il va
sous l’horizon; les chœurs des Devatas, astres ou anges, pasteurs
des hommes, firent retentir autour de son berceau les divins concerts de leur sublime harmonie, comme chanteront les pâtres des
troupeaux autour du berceau de Jésus; sa naissance inspira des
larmes aux tyrans comme en inspirera à Hérode celle de Jésus;
dans la crainte de le laisser échapper, Komsa, son oncle et roi de
Zath, comme Hérode le sera des Juifs, ordonna de massacrer tous
les nouveau-nés; le massacre eut lieu, mais il ne put atteindre
cçlui qui devait être le Sauveur des hommes parce qu’il est l’astre
Deva ou Dieu du monde. Pour le cacher à l’Hérode, roi du pays,
ses parents le transportèrent à Gokal, ville des vaches, comme ceux
de Jésus le transporteront dans les pâturages de Goscen, pour le
soustraire au Komsa de la Judée; il vécut là, retiré chez les pâtres,
— 771 —
comme Apollon chez Admète, et, comme lui, il leur enseigna à jouer
de la flûte; rentré plus tard à Manthura, comme Jésus à Jérusalem, il y étonne comme lui, par sa science et ses miracles, et
l’amour qu’il inspire lui fait, comme à Jésus, de nombreux partisans; mais sa royauté est contestée, comme doit l’être un jour
celle de Jésus, et il meurt en croix, sur cette même croix, où, mille
ans après, Jésus doit mourir. C’est alors qu’il laisse ses instructions
à Ariun, son bien-aimé, comme Jésus-Christ a laissé les siennes à
Jean, qu’il appuie sur son cœur.
Qu’ils soient venus en Phénicie par le golfe Persique et la Syrie,
ou par le golfe Hébraïque et l’Arabie, toujours est-il qu’ils y arrivèrent avec leur arche ou vaisseau, avec leur argo ou leur science,
l’une portant l’autre, car leur grande divinité As-taroth n’est autre
chose que le Tan-tara indo-tartare, le tarot des Rômes, le zodiaque,
Le nom de Sankoniathon, leur historien et peut-être leur législateur, suffit seul à prouver leur origine indienne, car il nous semble
n’être que Sankon-iatha ou Sanko-niatha , le Jatha ou le maître
parfait1.
D’ailleurs le Tohu-Boüt ou chaos d’où, selon sa cosmogonie, est
sorti le monde, rappelle trop bien la matière limoneuse, déesse
Bouto de l’Egypte, et le bout terrestre, matière boueuse du Multan,
pour n’y pas reconnaître à la fois et le lieu d’où, Pâli et Anak, ils en
ont apporté l’idée en Palestine ou Kanaan et celui d’où, Kna ou
Anakin, ils l’ont importée en Égypte.
RELIGION. — TRADITION
Ils n’ont d’autre livre que le Ciel, d’autres lettres que les Etoiles,
d’autres anges que la Lumière des astres , d’autres prophètes que
les saisons et les mois , d’autres sacerdotes et d’autres pontifes que
le Soleil et la Lune, d’autre Dieu que la Lumière, d’autre maître
que Dieu, d’autre temple que le Monde.
SUR LE SANSCRIT
En vain Grégoire dit le Grand a-t-il fait brûler dans toute la
chrétienté les livres de Cicéron, de Tite-Live et de Tacite; en vain,
enfin, I’Inquisition a-t-elle éclairé ses abominables folies d’AUTOdafés sans nombre, et l’Église de Rome s’est-elle efforcée d’anéantir
1. En sanscrit Sankia-natha .
par sa propagande Jes livres indiens qui pouvaient trahir son origine et dévoiler toute 'imposture.
La Vérité n’était pas que dans les livres, et les missionnaires de
la propagande eussent-ils réussi à faire disparaître les livres des
doctrines indiennes que la Vérité n’en serait pas moins écrite dans
l’univers par les grands caractères de l’éternel, par ses soleils et
ses planètes, ses eaux et ses astres, ses monts et ses pics, ses
roches et ses écueils, ses lacs et ses mers, ses glaciers et ses fleuves,
et jusque par les monuments des hommes et par leur voix qui a
tout nommé dans une langue dont le samskrita est la fille ou la
mère et dont la mienne est le passe-partout.
Tu verras comment se forma, au pays de la Racine, la source de
la lumière intellectuelle, en-ek-kek ou an-ak-kuk l'écriture , et tu
comprendras pourquoi les Syriens, les Hébreux et les Grecs l’ont,
appelée al-pha-vita, al-eph-beth ou alphabet, lumière de la vie.
Tu verras comment en sanscrit les antitypes se formant souvent
par antiphrase, tels que : siv vie de vis’ eau, ap eau de pa terre, il
en a été de même en grec, où sin est l’antiphrase de nis et sinop
l’antiphrase de ponis, comme Théo-dore est celle de Doro-thée,
Patro-clès celle de Cléo-pâtre, Ten-are celle d Éridan et Ten-ebres
celle de Bri-tania.
Et quand tu te seras bien convaincu de cette loi de l’antiphrase
qui de S X M et de M X S fait :
1° Sam-sem-sim-som-sum ;
2° Mas-mes-mis-mos-mus,
tous noms, toutes qualités lunaires, tous l'être et la plénitude de
l’être, tous le connu et l'inconnu, tous le patent et le caché, le dessus et le dessous, la règle et l’usage, tu comprendras alors comment
Sam la lune n’est sem-élée ou sim-ilis, semblable au soleil que lorsqu’elle est dans son plein, son niveau, son mois mas ou mens dans
sa table , masa ou mensa.
Tu comprendras aussi ce qu’il faut entendre par Tables de
Mosa, dites de Moïse ; car, tu le reconnaîtras, mas est à mens, le
mois, l’esprit de la lune, ce que masa est à mensa la table latine; et
la loi des douze tables de Rome n’est autre que les douze tables de
la loi de Moïse.
organisation
Chaque tribu de Selassi élit son chef, Baslaï ou bul-basha , et son
juge. Le chef et le juge vont presque toujours à cheval.
Les juges de chaque tribu forment la première instance, le butbasha la deuxième et le grand armas h de la principauté la troisième.
APPLICATION DE L’ÉSOTÉRISME A LA TRADITION PAR LE SENS COMPARÉ
DES DIFFÉRENTS NOMS I’ROPRES
Nous allons essayer de classer ce qui suit par religion ou par
pays spécial; mais nous prévenons que, comme il s’agit d’une étude
générale et comparée , ce classement est des plus difficiles, sinon
même impossible. Ce qui domine tout c’est l’importance du nom
propre, importance que nous ne saurions trop faire ressortir.
JUDAÏSME et christianisme
SUR ADAM
f
Tu auras compris comment tout homme est Adam à l’orient de sa
vie, à sa naissance, et Isa-ak à son couchant, à sa mort; car Adam,
soleil d’Orient, est l’emblème de la naissance de Jésus ou de la
lumière et Isa-ak, œil d'Isa ou de la.lune, soleil d’Occident, est l’emblème de son couchant et de sa mort; tu auras compris comment le
peuple, seul toujours debout, toujours au-dessus de l’horizon, est
toujours à son midi comme le dominateur indien Is-wara, comme
Je grand soleil Is-ra-el et pourquoi, chef-d’œuvre de la nature et
sa tablette la plus parlante, il est dit que sa voix est la voix de
Dieu.
SUR JÉSUS ET MARIE
Tu comprendras alors comment oan ou iohan oannès ou
iohannès, Jean, l’esprit divin de toute la Syrie, devait être le précurseur de Jésus, la lumière, comme I’Esprit est la matrice de I’Intelligence, la lune celle du soleil, la femme celle de l'homme,
le cercle celle du triangle.
Tu comprendras alors comment dans toutes les langues m -)- r
sur tous les tons, Mara ou Maria, Méru ou Meros, Miriem ou Marie
étant à la fois la grande lymphe de l’air et des eaux, le ciel ou la
mer qui le reflète, tout Jean, tout Jésus dut avoir Marie pour Mère.
SUR LE MOT SATAN
Maintenant si je te dis : S-A-T [sat) est aux Indes l’un des trois
noms de Dieu; il est Y assez, la suffisance de soi-même, le sat latin
et son emblème est le triangle; tu me croiras, car des trois lettres
qui le composent : S représente Yisa ou sitha indienne, Yiseth ou
sethos égyptienne, le thésée Pélage, Yisi's grecque, le set/i hébreu
et tous : La Lune qui est Sam ou Sem, Sémélie ou Similés, sem-blable
au soleil.
A représente l'adê ou adou indien, hahad syrien, adonis grec,
adonai hébreu, et tous : Adam, soleil levant, père d’ABEL, le jour,
emblème de Jésus, la lumière, qui, à son midi, est Ham, car il est
le grand Mah; et son nom n’est que l’antiphrase de sa grandeur.
T représente le point, ta ou tau, le plateau tab ou tav, la ligne,
tal ou tel, le lit tulé, le point sombre Dhama, plaine [Damas) de
l’humanité Demos, le haut point thibet ou thobut, la table, tabor
ou tabula et tous : le jardin d'Adon ou d'Eden, la terre du soleil,
surface ou plaine, table ou plateau, couche ou lit du genre humain.
Si maintenant je te dis encore : N, aspiré ou non sur toutes les
voix [Kan, han an) ou [ken, hen en), est l’espace, le ciel, matrice
de l'Esprit, I’Être, et le cercle est son emblème; tu me croiras,
car il est l'année dont le fruit est l'anneau, le cercle ; car il est pour
les Latins HoENUS-</u£u<er, ciel du jour; HEMiocHA-Zimon, ciel de la
nuit; car il est Y Enoch de Colchide, Y Enoch des Hébreux, henochia
des Indes, Ken-an ou Kain-archi des Grecs, c’est-à-dire le Principe,
le premier inventeur des choses; car il a donné son nom à tous les
Enek ou Ianaka, Anak ou Anax, Inachus, ou Anakin des Indes, de
Tartarie, de Cappadoce, de Grèce et du Kana-an; car il est grand
Mah et il a fait le grand esprit ani-mah des Latins que vous appelez
Y âme, I’ananta indien, I’Éternel.
Quand donc je te dirai : mets le A dans le O, unis le sat au han,
lis, et que tu auras prononcé Sat-an, tu ne pourras plus croire que
ce soit là le mauvais esprit puisqu’il est cet esprit qui seul se suffit
à soi-même et que cet esprit seul est Dieu.
sur l’origine du christianisme
Les théosophes de l’Inde propagent dans la Syrie, l’Égypte, la
Judée, la Grèce, la sagesse, la science, la fable et la vérité de la
doctrine indienne ; d’un côté, le mépris des richesses et des puis-
— 775 —
sances, l’alliance des pauvres et des faibles, la communion des
opprimés et des déshérités, l’association des ignorants et des esclaves; de l’autre, la réforme astronomique, la nouvelle ère qu’elle
enfante, la nouvelle société qui doit en naître; quelque temps
encore, et César et Auguste ne seront plus Dieu, et 1’ Apo-Stole se
sera substitué à YApo-Théose, car, voici : « Tibère a tué la religion, le prêtre a égorgé la vertu, le serment a poignardé la foi
publique, le juge s’est fait bourreau de la justice, l’armée a tué la
gloire et les pourceaux, vautrés dans la fange des orgies, ont éclaboussé le soleil de Pharsale et d’Actium. »
Voici sortir de leurs tombeaux les Esseni, race éternelle, toujours
morte et toujours vivante, et voici naître au milieu d’eux, faible
comme un enfant et beau comme Jason, sincère comme Ésope et
bon comme Socrate, naïf comme le peuple et pauvre comme un
prolétaire, cette divine lumière du soleil , qui, chaque année, au
25 décembre, promet de sauver le monde, mais qui, depuis des
siècles, n’a fait qu’en perpétuer la misère et l’esclavage.
l’arche de IS'OÉ
Trace un cercle, emblème de la sphère du monde, divise-le en
quatre parties par deux lignes à angles droits, unis les quatre
points de ces deux lignes par une corde de manière à former un
carré. Conduis par le centre du cercle deux lignes à angle droit
qui aboutissent à chacune des quatre cordes, et tu auras ainsi les
quatre arches des quatre temps et chacune de ces arches aura sa
carène, sa nef, son pont, son màt, ses cordages.
Sa carène sera le contenant, l’arche; sa nef sera le contenu, le
temps; son pont sera le laps , l'espace , la distance; son mât sera
son méridien, son solstice, ses cordages seront son horizon.
Or, le temps est Aon et l’esprit est Noa ; donc l’arche de Noé
n’est autre chose que l’esprit Eon du temps.
Pour preuve qu'il n’est pas autre chose, mesure ses dimensions;
et puisqu’il a 300 coudées de longueur, 50 de largeur et 30 de hauteur, dépouille la vérité de la sagesse qui le couvre en ôtant les
zéros qui, ici en effet, ne sont que des nullités. Or, puisqu’il reste
353, dis-toi : l’année judaïque se composant alors de 7 mois de
29 jours et de 5 mois de 30, total 353, l’arche de Noé n’est effectivement comme Vargo de Colchide que le vaisseau de l’esprit du
temps, mesuré par l’esprit de l’homme. Tu as donc compris comment ce vaisseau, contenant Sem la lune, Cham le Soleil et Japhel
la terre, l’esprit de l’homme y a enfermé avec lui le Bodhas cultivateur ou semeur, le Zath pâtre ou chamite et le Meyde artisan ou
iaphet.
Extrait de Fabre d'Olivet sur le même sujet .
« nnn une thebalh. Il paraît que c’est le traducteur samaritain
qui, en rendant ce mot par un vaisseau, a, le premier, donné nais777 —
sance à toutes les idées ridicules que cette erreur a fait naître.
Jamais le mot hébreu rOP n’a signifié un vaisseau, dans le sens
d'un navire comme on a bien voulu l’entendre depuis; mais bien
un vaisseau dans le sens d'une chose destinée à en contenir, à en
conserver une autre. Ce mot, que l’on trouve employé dans toutes
les mythologies anciennes, mérite une attention particulière de la
part du lecteur. Il est du genre de ceux auxquels le grand nombre
de significations empêche toujours d’assigner une signification
déterminée. C’est, d’un côté, le nom symbolique donné par les
Égyptiens à leur ville sacrée : Theba, considérée comme l’asile, le
refuge, la demeure des Dieux ; ville fameuse dont le nom transporté en Grèce, sur une bourgade de la Béotie, a suffi pour l’immortaliser. C’est, d’un autre côté, un circuit, un orbe, un globe,
une terre, un coffre, une arche, un Monde, le système solaire,
L'Univers, enfin, que l’on se figurait contenu dans une sorte de
vaisseau que l’on appelait
« Car je dois rappeler ici que les Egyptiens ne donnaient pas au
Soleil et à la Lune des chars comme les Grecs; mais une sorte de
vaisseau rond. Le vaisseau d’Isis n’était autre que cette Theba,
cette fameuse arche qui nous occupe en ce moment; et s’il faut le
dire, le nom même de Paris, de cette ville où se concentrent, en ce
moment, les rayons de gloire échappés à cent villes célèbres, où
refleurissent, après de longues ténèbres, les sciences des Égyptiens,
des Assyriens et des Grecs; le nom de Paris, dis-je, n’est que le
nom de la Thèbes d’Égypte et de Grèce, celui de la Syparis antique, de la Babel d’Assyrie, traduit dans la langue des Celtes.
C’est le vaisseau d’Isis ( Bar-lsis ), cette arche mystérieuse qui, d’une
manière ou d’autre, porte toujours les destinées du monde, dont
elle est le symbole. »
*
* *
Tous ces peuples primitifs avaient leur Arga ou arche qu’ils attribuaient à Xisuthrus et dont le sanctuaire était à Arguri et c’est
sur eux que les Grecs ont copié leur Argo qu’ils attribuent à Jason;
c’est parce que Cet argo , expression du dôme de la voûte du ciel,
venait avec eux du Thibet . voûte et dôme de la terre, que les Hébreux qui l’attribuèrent à Noé et l’ont emporté avec eux des monts
de l’Arménie, lui donnent le nom de Thabei h-nah; mais, nous le
verrons, cette arche de Xisuthrus n’est autre chose que le symbole et l’emblème des mesures abstraites du temps, dont le monde
— 778
esl le vaisseau, calculées par l’esprit thibétain d’après les arcs
zodiacaux de la triple lumière (Xisu-thrus) sidérale, lunaire et
solaire de l’univers.
Quand, remontant au principe de l'Esprit, au vase de la science,
et le rencontrant au Thibet, j’ose te dire : Tu connaîtras ce ThabetNah des Hébreux, cette arche de Noé, car je t’en montrerai la lumière
et l’ombre, la franchise et le mensonge, la nudité et le voile, la
vérité et la sagesse; quand, fort des charmes de ma parole, je te
promets de délier à tes yeux ce nœud des siècles, fruit de l’intelligence et de l’imagination des hommes; quand je prends sur moi
de te démontrer comment l’intelligence ayant vu la Vérité et fait
la science, l’imagination trouva la Sagesse et inventa la religion;
enfin je veux te convaincre que la religion est la saie de l’esprit, la
sagesse de la science, c’est-à-dire le voile de la Vérité, le nuage du
ciel, l'ombre de la lumière, l’abstraction du fait, l’allégorie de l’histoire, tu le vois, je n’en doute pas, je le sais, l’histoire m’en a prévenu d’avance, et depuis longtemps, tout fait nouveau, toute vérité
nouvellement ré-éclose, toute lumière renaissante trouve les orgueilleux pour incrédules, les gens de routine pour persécuteurs et
les sots pour plaisants.
(Narad le Bohémien).
SEM, CHAM ET JAPHET
LesBodhas, sémites ou semeurs, et manassas ou médecins furent
dits fils de Sem, parce que leur intelligence leur fit découvrir, par
l'étude du cours de la Lune Sem, qui est la créatrice Cérès et la
magicienne Médée, l’art de cultiver la terre, d’y semer toute semence
et d’en utiliser les simples.
Les Zaths, chameliers et pâtres, et magha, mages ou guerriers,
furent dits fils de Cham parce que leur intelligence leur fit découvrir, par l’étude du cours du Soleil, Cham, qui est le créateur Phal
ou le guerrier Pallas, l’art de manier le pal ou l’épieu, et le trait
ou la lance pour vaincre et apprivoiser, élever et civiliser, conduire et dominer les bêtes et les hommes.
Les Meydes, iébusiens ou terriens et mendaga ou marchands
furent dits fils de Japhet parce que leur intelligence leur fit découvrir par l’étude d’Ebhu, terre, qui n’est pas moins celle de Japha
ou Java que celle du Thibet, l’art de l’ouvrir et de la creuser pour y
chercher le feu et le cuivre, l’argent et l’or, le diamant et les
pierres précieuses.
— , 779
MYTHOLOGIE EGYPTIENNE-SYMBOLISME
LES LÉGISLATEURS
Anaks,
Indiens,
Ménès.
Manou .
Is-Mun.
Phrygiens,
Romains,
Hébreux,
Numa, Ma-nu.
Mano-el.
LA NAISSANCE D’APRÈS LES ÉGYPTIENS
La nature entière étant censée pour eux assister à la naissance
de l’homme, dès qu’un nouveau-né entre à la vie dans le vaisseau
du monde Sai'i, l’astre-sœur d’Apollon, la lune ou Lucine donne
l’impulsion à la proue; Sevah , l’astre de dessous, l’étoile, fait aller
la rame; Horus, l’heure du jour, l’orient de la lumière, tient le
gouvernail et Nebva, la destinée, préside à la navigation de cette
nabhi ou nef de l’Inde sur laquelle s’est embarqué le nouveau-né.
Tu le sais, tout culte antique était représentatif et fondé sur l’astronomie : des types visibles, matériels y représentaient les choses
invisibles, spirituelles.
L’Éléphant au S. E. et le cheval au N. -O. représentaient l’intelligence et l’entendement, la parole et la science, le soleil et sa
lumière; le taureau ou le bœuf, et la vache ou la génisse représentaient l’un la force fertilisatrice du jour, du soleil et de l’homme ;
l’autre, la force fécondatrice de la nuit, de la lune et de la femme.
Celui-ci était le type du feu, des passions, T Amour, celle-là le type
de l’eau, de l’égalité, la Grâce.
La Lune, la nuit, était l’esprit, la lymphe, la matrice de Dieu,
Le Soleil, le jour, était son intelligence, sa verge, son burin.
Le Serpent, type de la prudence, représentait le cercle, l’année,
l'anneau des siècles, l’éternité, l'esprit l’être.
Le carré représentait la terre, les quatre vents, et les quatre
points de son horizon.
Le triangle, formé par la Lune, le Soleil et la Terre, représentait
le symbolisme
— 780
l'espace, l’air, le souffle divin, son nom et sa suffisance, dalet ou
delta, puissance lunaire, puissance lymphatique, le a, la femelle.
La ligne ou règle verticale représentait le burin, le trait, le
rayon, Palaou Belos, Pallas ou Phallus, la lumière El- if ou Aleph,
Alpha ou Ephi, puissance solaire, puissance de l’homme, le <ï>, le
Male.
La ligne horizontale représentait l’eau, son courant et sa masse
et l’eau était le type de la vérité, de la blancheur, de la lumière, et
celui aussi de la droiture, de la justice, de l’égalité, de l’équité et
de l’équilibre.
C’est pourquoi le poisson qui y vit, considéré comme le plus parfait des êtres, servit de type à l’esprit de la lune et de la femme, à
l’intelligence du soleil et de l’homme et de nourriture aux prêtres
d’Egypte; c’est pourquoi aussi, lorsqu’elle s’y étale, s’y pose, s'y
expose comme la lune sur le Nil, lorsqu’elle s’y plonge, s’y baigne,
s’y oint, comme le soleil dans l’Océan, la lumière Iésu s'est appelée Mosa ou Moïse et Masah ou Messi.
Enfin le cercle, le triangle et le carré contenant tout, représentaient Dieu qui est tout.
MYTHOLOGIE GRECQUE
SUR LA MYTHOLOGIE GRECQUE
Analyse du mythe de Thésée.
Le dieu Put, dieu de la pensée, de la supputation et du calcul,
l’intelligence suprême Pit-Theus ou Bub-dha, avait divisé le ciel
en trois zones, comme le triangle divise le cercle en trois arcs. Les
zones du ciel, devenues les zènes ou divinités de la terre, étaient
celles des astres, de la lune et du soleil, auxquelles président,
suivant les lieux et les langues, Brahma, Siva, Vis’nu; Jupiter,
Pluton, Jovis, et c’est ainsi, qu’ayant fondé la trinité du monde, il
avait fondé Tré-Zène et lui avait donné pour armoiries le trident
igné qui fait la pile de ses monnaies.
Il y régnait comme la réalité dans le temps, comme la lumière
dans l’espace, qu’Athènes était encore sans dieux comme sans rois,
et que le bouc ou chevreau, Égée, constellation du mois d’août, y
régnait seul.
Egée n’avait point d’enfant, et il était désireux d’en avoir. Sur
m • •
— 781 —
les conseils de Pit-thens, il commerce avec sa fille Lusidice Ethra,
la lune de l’Éther, comme avait fait Clvtemnestre avec Egysthe; et
neuf mois après Ethra met au monde un fils qu'elle appela Thésée,
mais qui n’en porta le nom qu’à son arrivée à Athènes.
Celui-ci aspire, sinon à surpasser, du moins à égaler Hercule. 11
y mit d’autant moins de présomption que tous deux de même
nature, Héros ou Soreh , ils sont petits-cousins, comme peuvent
l’être entre eux le soleil du lion et celui de la chèvre. Quoi qu’il
en soit, un cousin vaut un cousin, et pour le prouver, Thésée prend
l’épée de son père et, comme le Sun chinois, le Rama indien, le
Samson hébraïque, court le monde, la terre, pour le purger des
injustices et des iniquités des tyrans et établir la justice et l’égalité
parmi les hommes, le ciel, pour le purger des iniquités et des
injustices du solstice et établir la justice du temps, l’égalité des
jours et l’équité des nuits, l’équinoxe.
En effet Thésée, antilogie de Iseth ou de Sltha et de Thasi ou de
Ithas, lune d’Égypte, des Indes et de Thessalie, est le soleil du mois
d’août, premier mois du tropique du capricorne, et qui, au 24 décembre, devient la thèse de Jason, comme ce jour-là Thasile est la
thèse de Jésus qu’elle enfante et met au jour avec la lumière qui
grandit ou renaît le lendemain 25. C'est parce que Thésée doit
amener à Athènes la vierge de septembre qu’on ne l’y fait arriver,
y prendre son nom et y reconnaître son père, qu’au 8° mois le
15 août, époque où il assume à lui cette Tri-gone, cette céleste
vierge tenant en main la balance du temps.
L’époque étant venue de satisfaire au tribut de sept garçons et
de sept filles imposé par Minos, Thésée, pour éviter ce sacrifice de
sept jours et de sept nuits, qui font au temps une perte d’une
semaine, se décide à accompagner les victimes, à périr avec elles
ou à les sauver. Il sera enfermé dans le labyrinthe et la proie du
Mino-taure, ou il s’emparera du labyrinthe et tuera le taureau de
Minos. Plein de cette pensée, il s’embarque sur la Théorie , vaisseau à trente rames, comme le mois, vaisseau du temps à trente
jours; il prend avec lui, Thoas, Soloon, Eunéos, comme Jésus
prendra avec lui Pierre, Jacques et Jean, comme en tout temps
l’astronome prend à témoin la lune, le soleil et le monde. Pour
pilote à la proue, il choisit les sept étoiles du pôle, Phat'étos, type
à la fois du carquois de Diane et du char d’Apollon, et appelé aussi
Nau-Silha, vaisseau de la Lune. Pour guide à la poupe, il a préféré
la brillante étoile compagne de Méni, Phéax ou Mené Sthée, qui
est Vénus; il lève l’ancre et, après une heureuse navigation, il
arrive en Crète. Là, suivant le fil d’Ari-Adne, voie ou route que
— 782 —
suit ordinairement la lune autour de la terre, il tue le taureau du
solstice, s’empare du labyrinthe et délivre les victimes qui y étaient
enfermées.
C’est ainsi que vainqueur du taureau de Minos, qui voudrait
deux fois l’an dévorer en trois jours les sept jours et les sept nuits,
que la vache lunaire, Io ou Isis, rumine alors en silence, Thésée
retourne à Athènes, affirmant à qui veut l’entendre que ce Minotaure qu’il a vaincu à l’aide des sept jours et des sept nuits des
trois quartiers de la lune, n’est autre que le Gôtama des Indes,
l’Apis d’Egypte, dont le veau d’or qu’adoraient les Juifs est la
copie, et dont Numitor, taureau de Numa, est la fable italique.
Aussi depuis ce temps ne croit-on plus que ce taureau de Minos
soit né de ses amours avec Pasiphaé, mais chacun pense que,
comme tout Epaphus, ou veau, il est naturellement né d’une Épaphisa ou génisse. Depuis ce temps, Minos, tant respecté des Épopéens ou auteurs de la parole, est devenu l’objet des sarcasmes
des poètes.
Quoi qu'il en soit, arrivé à Athènes avec le chevreau d’août dont
il est né, parti en Crète avec le premier croissant de la Lune, Thésée y arrive après trois fois sept temps de jour et sept temps de
nuit, ne la quitte qu’après avoir dompté la puissance du solstice
d’été, établi lequinoxe d’automne et rentre à Athènes le 7 de'posseidon, comme qui dirait le 7 décembre. C’est pourquoi le chevreau d’août ayant disparu dans les vapeurs du temps, Égée expire à la vue de la voile sombre et noire dont son fils a gréé son
vaisseau.
De retour à Athènes et Égée étant mort, Thésée, à l’instar de
Moïse en Judée, de Sethos en Égypte et de Sun en Chine, divise
l’Attique en douze dômes ou peuplades et la centralise comme il a
centralisé l’année divisée en 12 mois; comme eux il établit un gouvernement, sans roi; laissant au peuple seul la souveraineté, il
partage le peuple en trois classes, les nobles, les laboureurs et les
artisans, et croit avoir ainsi établi leur égalité, parce qu’il a balancé l’une par l’autre, la force du soldat par la ruse du prêtre, la
force et la ruse de ceux-ci parle nombre des laboureurs et des artisans; mais il ne tarde pas à s’apercevoir qu’il s’est abusé. Jusquelà, il fonde en l’honneur de Soloon qui, comme Ionas, s’est jeté à
la mer, la ville de Putho ou de la science indienne de puter et de
supputer le temps, dont la Pythie est l’oracle et le serpent Python
le symbole.
— 783 —
S’ils respectent tant ce signe (de la croix) c’est que pour eux, il
est l’expression des quatre rayons lumineux de cette céleste zone,
rota ou taro de ATHOR, autour de laquelle tournent les 12 mois
de la lune et du soleil dont les manses zodiacales mesurent les
années des siècles et les siècles de l’éternité; c’est qu’elle est restée
pour eux ce que jadis, sous le nom de Xi (Khi), elle était pour la
Grèce, le signe de la lumière des siècles aiôn, et de l’éternité de la
lumière; ce qu’exprime assez clairement cette antique médaille
d’Athènes :
En effet Ménie est la Lune, l’esprit, la muse, qui, sous le nom
gréco-latin de MIN-ERVE (min-erga ou erga-mène) préside à la
confection de la semaine, du mois, de l’an dont elle est l’ouvrière;
qui, sous le nom hébraïco-grec d 'Athénée, ourdit, trame et lisse le
fil du temps à l’aide des nuits et des jours, des cycles et des siècles,
et qui, au signe d’Eri-gone, c’est-à-dire de la céleste Vierge de
septembre, devient à l’équinoxe d’automne, sous ses noms de THASI
et de THEMIS, la thèse de l’égalité des jours et des nuits, et le
thème de l’équité des astres et des hommes.
Et le lecteur a. compris, je pense, pourquoi le X grec, étant le
signe chrétien du salut ( selam ) que donne éternellement aux
hommes le No-el, nouveau soleil ou nouveau dieu de chaque année (sal), ce signe de la lumière hamulique ou solaire des Guèbres
leur est une amulette aussi sacrée que ce q1 égyptien, signe des trois
TOT éternels de Moïse, leur est un glorieux T de salut, T-selam
ou talisman.
— 784 —
La révélation de la vérité de Dieu n’est autre chose que la révélation de la science des astres par la substitution de l’allégorie à
l’autogorie, c’est-à-dire du sens figuré au sens propre, de la fiction
au fait.
Polyphème, géant immense et monstrueux n’ayant qu’un œil au
milieu du front, l’intelligence, œil du génie.
D’où l’on conçoit comment, pour les Grecs comme pour les Hébreux, la prudence et la ruse constituant la sagesse, le prudent et
rusé Ulysse, type de la sagesse hellénique, dut crever cet œil du
génie qui ne découvre la vérité, science de Dieu, que pour en faire
l’évidence, science de l’homme.
C’est que Pelopes et Pelas-ges, c’est-à-dire maîtres de la terre,
dont ils ont fait le cycle ou le tour, ce qui leur valut le nom de
cycl-opes, ces Romes, anciens Titans indo-tartares, sont les restes
des zac-indi de Sicile, issus de la Sindi-Kie du Pont et de ces Sindi
de Pisidie, de Libye, de Carie, de Lemnos et de Thrace en si
grande réputation dans l’antiquité pour leur habileté dans les arts
que les Grecs la personnifièrent sous le nom de Polyphème et en
firent un géant immense et monstrueux n’ayant qu’un œil au milieu du front, l’intelligence, œil du génie.
MYTHOLOGIE ROMAINE
SUR LES SEPT ROIS DE ROME
Numa est le ciel étoilé, le bois de Némée, où la lune Égérie,
louve égarée de Brahma, erre comme erre dans le désert Agar,
servante d’Abraham.
Ancus Martius est ce premier croissant de la lune de Mars qui,
tombé de Colchide ou de la Troade en Italie, servit naturellement
de modèle aux onze anciles, pleines lunes ou boucliers qui, mesurant l’année ( sal ), font le salut des hommes et ont donné lieu à l’institution des douze prêtres saliens.
Tullus Hostilius est l’hostilité terrestre des hommes entre eux,
exprimée par la légende des Horaces et des Curiaces.