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*- I.
OEUVRES
DE
M. DE BALZAC.
ÉTUDES
PHILOSOPHIQUES.
TOME xxvin.
IMPRIMERIE DB BETHURV RT PLOK ,
36, Rm de Yauglrard.
LE
LIVRE DES DOULEURS,
FÀR
.aDE BALZAC.
IV.
I.
PARIS.
BIPPOLYTE SOUVERAIN, ÉDITEUR,
5, rne des Beaux-Arts.
IBAO.
' 848
62 Ab
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DÉDICACE.
ir» &XVU1.
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i/'arracner aiiO) Â^*YO?iaeMf!/ <a^ uir
€&0 of^/on^ze ce^e ui/le j Jefm
éi ce^ e/e ^aca^, ett nie euàofî/
ea^ ce Aiâ Âa^ nwc eirj cett^tce^
Jet^ù^ enco^^ ^ioi^r' ^v^m^ aue^/^
cnoje. «£^ voccù aonc ce oédeMus
cÂoàe /JiSaiùf^auoe' celâe oeiwre Tie/iea/»
eue Aoà i c^Âa9*â&/u^ ûvcu&fw^^en/
n ced noà€ûkniii^H^âjA9'eJe9*P€Jj coffims
'VOi4à ceéejj €^/ieàâ^€à momMmeé
Âa/r M dfauéucte/ ceiiO^'M àeuM'aien/
âec re^zare/a metocuer/^e meji^re iu>n/
ei^ea/Aî'we'ej e^ atu en aurai/Za^
enâre ^ maiîià ///^» c^ nodÂoeieit /a
aïoneude ^îa^e €U>n/ ^ ^^ance
ej/ encore A9'€vee. lûeiiOf'M^ ^accai^
roTî/ £u^ moi' co^mne une ae ceâ
^€uudfy*aaej dcu^ee^ Aar ae/e&ue
a^'^idâe/iue^i^ eie ^, e/ éfur ^aue/le^
/ej Ae^'ifêé df €^^iuien/ AOUT meiùer
ut n^t ci^ c/io^Hme en con^/nAutnâ
m cnoeit^ a une ^eue- ejaûàe.
cÀ?éf^ ii^Offe &mv/e/^K
\
àe v&cd^occ.
SÉRAPHÎTA
•J» «•>»
SÉRAPHÎTiJS.
A voir sur une carte les côtes de la Norwége, quelle imagination ne serait éraerveillée de leurs fantasques découpures , et de
cette longue dentelle de granit où mugissent
incessamment les flots de la mer du Nord?
Qui n'a rêvé les majestueux spectacles offerts par ces rivages sans grèves , par cette
multitude de criques, d'anses, de petites
baies dont aucune ne se ressemble, et qui
i*
10 ÉTUDES PHILOSOPHIQUES.
toutes sont des-ebimes sans chemins? Ne dirait-on pas que la nature s'est plu à dessiner
par d'ineffaçables hiéroglyphes le symbole
de la vie norwégienne, en donnant à ces
côtes la configuration des arêtes d'un immense poisson ; car la pêche forme le principal commerce et fournit presque toute la
nourriture de quelques hommes attachés
comme une touffe de lichen à ces arides rochers? Là, sur quatorze degrés de longueur,
à peine existe-t-il sept cent mille âmes. Grâce
aux périls dénués de gloire, aux neiges constats .qu^ réservent aux voyageurs ces pics
d^ U NorwégQ, dont le nom donne froid
#jà, leurs sublimes beautés sont restées
«fieras et s'harmonieront aux phénomènes
humions , vierges encore , pour la poésie du
inoins^ (|ui s'y soût accomplis, et dont voici
.^^tôloire.
Lorsqu'une dates Jiaies, simple fiasure
MX feux jdes aigles, est assea ^uverie fêK
^fià h neir m gtië pts entièreineni.dbM
iMie pmomie ^^ern^oè die «eiiâwt.lesgw
#t p«yMoiiii]ii«Htee.]ieti( ^Ifenmfiord.iÈÊf^
4fÊ/d ^çites^e tôim tes féi^gri^hes ««t^eâSayé ér;
naturaliser dans teurs iM«gaës lœspeelnw.
-Hiigfié'ia n9»enibl«ice' i^'ont enlie'eiiiK
wsespèDè9«lé«aaMaxyciiâcQ0 n ^ f^ysiov»-
ittée pBatâGoKètte *: partout iaeief «eâtt TÎoIefl^
fÊUmi mnlvét àÊitn Umrs et^kjàT^\ «aispr4Mrt la riidhers s'y ^sont <dîyer9»i]eQtfenl«s,
0t fems toiBuitiieuxiiTécîpices défient les 4eÉ-
«es'imnwde.lagéi^Qîélrte; ici> teffocs'eii
dentelé «omueuiie isoîe; là, sos iahk» Irap
dmîtes nesonfiTentni h^^wr de ia nèîge, aï
.lessoMiiwes aigrettes drssapios^dii'nMd ; (ilti^
toin, les cbauMOtioiis du globe onl, a iwi i
^eique :«iiii0Bfité to^joeiie', beUe vallée iqv*
iHwablenl ^étagcd deb «rbre!^ a« Hoir pfcHangi^V "TOviâ corsez tai»té de^mminer tœ pays
livSliiasedesëiira.iSQtmOroiiibeiBBlefti^
aa «muFè «fe de oaabaies , ntaMniale
12 iTDDBS PHIL060FHIQUB8.
Stromfiord. Si le Stromfiord n'est pis le Ipw
beau de ces paysages , il a du moioa le né»
rite de résumer les magnificences terresliea
de la Norwége , et d'ayoir servi de tbéàtreaiii:
scènes d'une histoire toute céleste.
La formegénérale du Stromfiord est anpre»
mier aspect celle d'un entonnoir ébrécbépv
la mer. Lepassage que les flots s'y étaienio»*
vert présente à l'œil l'image d'une luUe entre
l'Océan et le granit, deux créations éga«»
lement puissantes, l'une par son inertie,
l'autre par sa mobilité. Pour preuve, qùelqiea
écueils de formes fantastiques en défendent
l'entrée aux vaisseaux. Les intrépides enfima
de la Norwége peuvent, en quelques endnnis»
iauter d'un roc à un autre sans s'étonner d'iuh
abtme profond de cent toises, laig^ de six
pieds. TantAt un frêle et chancdanl moicem
de gneiss , jeté en travers , unit deux rochcis.
TantAt les chasseurs ou les pècheuErs ont farneé
des sapins , en guise de pont ^ fionr joindie
StaAPHiTA. 13
les denx quais taillés à pic au fond desquels
gronde incessamment la mer. Ce dangereux
goulet se dirige vers la droite par un moQ""
vement de serpent , y rencontre une monta*
gne élevée de trois cents toises au-dessus du
BÎvean de la mer, et dont les pieds forment
unbancverticald'unedemiJieuedelongueur
oà rinflexible granit ne commence à se bri»
se?, k se crevasser, à s'onduler qu'à deux
cents pieds environ au-dessus des eaux. En^
trant avec violence , la mer est donc repoussée
avec une violence égale par la terrible force
d'inertie de la montagne v^^ les bords oppo^
ses auxquels les réactions du flot ont imprimé
de douces courbures. Le Fiord est fermé dans
le fond par un bloc de gneiss couronné defo»
rôts, d'où tombe en cascades une rivière qui à
lafonte des neiges devint un fleuve, forme
une nappe d'une immense étendue « s'ér
ejiappe avec fracas en vomissant de vieux
sapins et d'antiques mélèze^ , aperçus à
14 ÉTUI^» PlfltéMnLIQUES.
l^iM flans fo Ghtrte des eâttx. ¥fg«imiiMituent plongés au tottà du golfes ces iiiimi
reparamenX btenlM à «a sitiface , %'^ im^
rient et constrntsenl des \kH quà YtemiMt
échouer siir la rife gauehe , bit les habita»
du petit village assis au bord dù> StrMi^
fiord , les retrouvent brisés , fracassés , qvriquefois entiers, mais toujours nus et smib
branches. La mbntagn^ qui dans le Stromfiord
reçoitÀ ses pieds les assauts de ia mer et i sa
dme ceux des vents du n^rd , se noinibe le
Falberg. Sa cnête, toujours enveloppée d'im
manteau^e neigé et de g)a<!e ; îèst la plus
aiguë de la Nohrége , oft ie voisrnai^ du pMe
produit , Aune hairteur âedii-4[ait€e«ts piedb,
un froid égal à <îelui qui tègme sur lès oloitlâgûes tes plus élevées du gtdbe. La*diiM'de
œ rocher , droite 'Vtsi^ là mer , s'a&atsse grànàieUeUKeni vers Test H h joint m^ ^ch«li9
éù h Sieg "par d^ vallét^disposénes m gHidifiS stirlesqfUets ie TroML ive laissé tenAr>(|«e
éB& ^raj^s et ées urbt^ senffratis. L»
f^Ue in Fiord dToù s'^diiippeiit les eftvx ^
0OHi' tes fH6(ia de la fonât , ^s'appelte ie Sie^
gMbes , mot qai pourrait être lra<kitl |i«r
k'^^ersant de ia Sieg^ nom de la rivière.
%jêl ceurfaure qai fait face aax labiés dtt
Falberg est la vallée de Jarvis, joli paysage
éoMié par detr collines chargées de sapins ,
et mél^Bes ^ de bouieaui , de quelques 4^hé«-
Ms e( <de Jiéires , la plus ridie , la mieui eol^tée de ioules les tapisseries que ia nature
étt waté ait tendues ^ur ses âpres rochers;
Ui , r^l poutaiV fecilenieut saisir la KgM
«à les terrains réchauffés par les luyens so^^^
iMaes «omaieuceai à suaffrir la cuHare e|
laisMat a}qAnitti« les tégéiations de la Fk>i%
Mnvi^gÎMue. En cet endroit , te gpKe esil
•SME large pour que la njer ^ refpulée par le
Fdbeng, ytmm^ expinr eumurburantsur là
dhmtére frai^de ce» oisftliu^ « rîVè douee^-
16 ÉTUDBS PHUjOSOPBUQUBS.
ment bordée d'un sabie fin, parsemé de
mica, de paillettes, de jolis cailloux, de
porphyres, de marbres aux mille nuances
amenés de la Suède par les eaux de la rivière,
et de dâ)ris marins , de coquillages , fic^urs
de la mer que poussent les tempêtes, soit du
p61e , soit du midi.
Au bas des montagnes de Jarvis se trouve
le village composé de deux cents maisons de
bois, où vit une population perdue là,
comme dans une forât ces ruches d'abeilles
qui , sans augmenter ni diminuer, végètent
heureuses, en butinant leur vie au sein.d'une
sauvage nature. L'existence anonyme de ce
village s'explique fisicilement. Peu d'hommes
avaient la hardiesse de s'aventurer dans les
rescifs pour gagner les bords de la mer et s'y
livrer à la pèche que font en grandies Nor*
wégiens sur les côtes moins dangereuses. Les
nombreux poissons du Fiord suffisent en
SteAPHlVA» 17
partie i la nourriture de ses habiians ; lea^
pàtnniges des vallées leur donnent du lait et
du beurre; puis quelques terrains excellens
leur permettent de récolter du seigle» du
chanyrey'desléguuies qu'ils savent défendre «et
contre les rigueurs dufroid, etcontre Tardeur
passagère » mais terrible de leur soleil , av^
t^mte l'habileté que déploie le Norwégien
dans cette double lutte. Le défaut de ooœ^
munications , soit par terre où les chemins
sont impraticaUes » soit par mer où de bi^
Mes barques peuvent seules parvenir à tia*
^ers les: défilés maritimes dû Fiord » les em«
pèche de s'enrichir en tirant parti de lenn
bois. Il faudrait des sommes aussi énormes
]KMBr déblajer le chenal du golfe, que pour
s'ouvrir une voie dans Tinlérieur des teives^
Les roules de. Chris tiaaa àDiontheim tour^
nent toutes le Stromfiord , et passent la Sieg
sur un pont situé à plusieurs lieues de sa
chute. La cMe, entre la vallée de Jarvis et
fi ÉTUDES Mmxmmmiqcm.
Btoti^eiiii , est girim d^i nnnfst s foiète
iMHttableSf «lyfifi le Falbeif 99 Irouve égd^
mmliiéparéde Chmliaiia par d'ioacmsttilii
fiféetpiees. Le tîMi^ de iairni aortit pm!^
être pu eommunkfiier avec la Nevwége î
rieom et la Sufde par laSi^ ; mais pour
miis en rapport avee la d^lisalMi ^ ie Sferon*-
fiord toaiait nn homme de géme.éi ee §émè
pamt en effet : ee fut «» poàtey un Suédoii
féKgteui: qui nourtU en tidmirant et veapes^
tatil tes beaulés 4e oe pa^a^ comme] ub
des plus magniftflies oranm^ dft Ciéateur;
HamtettUfit ^ tes < lieramea doués pai i'é^
iude de cetlè vMikérteure doat iesyvéhnm
pereeptloBs^aibèfteftl leur à i»m dànii Véêêê
iémbst iur im^ lôife Jeâ pi^sa^ 4è6 plm
eatilWBta^s 4n {^tolie , peérsot iKiiemeûl
eiBlbfadsèr reftsembte d« Slreéiloiiii. E&i
iattfSi peul^re, «Mro&l s'eàga^ar. dm»
iBS'liirlWtt reM^dtgottàEHidiae débat It
lier y (iiir «m aes^Boia le Mg èfe taïUte
kiiBchei se ooofbiideiit nrtc les nuées htft^
MaseBd^QB fiel presque toujonra gm de
perle; ttdbnîrer k joKe Mpfpe échancrée Ai
^dUé, 7 fntenilfe les dm^fes 4e la Sieg qtn
pend «n loi^ filcils et Iwibe^^ un «bfttfb
piltoveBque de beanx arbros eonfesénent é«
pnni, debMtou c<»neiié» parmi des fragmens
êe ^ÊftiM ; puis , «e lepoaer mr te» rians la-*
Ueattx que préâentetit les 'ColKnes abaisages
db 4ferns d'ôà s'âinieeiil l0s plQ9 rîehes «é-^
gèlrax4hi ndrd) par familles^ par myriades:
ÎBÎ, en booltaax graeiebr «^anifiaedesjeanes
fUes et penchés comme eMes; fii4es eoten-^
naées 4e kètres an lite <(i$aienaM*es el mni»>
sus; lo« les 'eoftirastea 4ea diCKreîA ^^tts ,
4tt bfancfces suées parmi lès U^m Min,
é» iMideB 4e brvyéfes pdurpiées«t nuaneéea
à riofin^ eafin 4oaÉes les muleors , touaiea
pwfiims dS'Oelle Plereaut merveilleB igfB^
«éci« Èteoàa kê ^piepeitieiii de ee» ampM»
SO £tUBBS PHlIjOSOPBIQinBS*
théâtres, élancez-vous dans les nuages , per^
décevons dans le creux des roches où rep^
sent les chiens de mer , votre pensée n'attein*
dra ni à la richesse , ni aux poésies de ce
site norwégien! Votre pensée ponrrailrdle
être aussi grande que Tocéan qui le borne ,
aussi capricieuse que les fantastiques figure»
dessinées par ses forêts, ses nuages, ses om*
bres , et par les changemens de sa lumière?
Voyez-vous , au-dessus des prairies de la
plage , sur le dernier pli de terrain qui s'en»
dule en bas des hautes collines de Jarvis ,
deux ou trois cents maisons couvertes en
nœçerj espèce de couvertures faites avec
récorce du bouleau , maisons toutes frêles ,
plates, et qui ressendblent à des tors à. soie
sur une feuille de mûrier jetée là par left
vents? Au-dessus de ces humbles , de cet
paisibles demeures est une église construite
avec une simplicité qui s'harmonie à la mi«*
sèredu village. Un cimetière entoure le cheSÉRAPHITA. %i
^et de cette église , et plus loin se trouve le
presbytère. Encore plus haut, sur une bosse
de la montagne est située une habitation , la
seule qui soit en pierre , et que pour cette
raison les habitans ont nommée le château
du Suédois. En effet, un homme riche
vint de Suède , trente ans avant le jour o&
cette histoire commence , et s'établit à Jar*
vis dont il s'efforça d'améliorer la fortune.
Cette petite maison , eonstruite dans le but
d'engager les habitans à s'en bâtir de sem^
blables , était remarquable par sa solidité ,
par un mur d'enceinte , chose rare en Norwége, où, malgré l'abondance des pierres.
Ton se sert de bois pour toutes les clôtures ,
même pour celles des champs. La maison
ainsi garantie des neiges s'élevait sur un terIre , au milieu d'une cour immense. Les fe*
nètres en étaient abritées par ces auvens
d^une saillie prodigieuse appuyés sur de
grands sapins équarrîs qui donnent aux
ÉTCDBS ^fliiMaMilQUBS.
mmie jpatrîarclute; Sm» ce» Am , A élMl
fiM^ile d'a|^tev#ûr tes sauvage Rwiiiéi él
Falberi^* de coiapajrw Tiafinide bplMw
mes à la foulta d'idaa^ du g^Ife ée«iM«t i
à'éconies les va&tes épueheiveiui^ db farSîi|
dont la nappe semblait de loiiv klHBtfoUle ai
loiabanl dans sa coupe de granii» bœéé^^iMi
txms lieue» de tour par Je» gjbici^s da n&té »
«afin Umlle pajw^eiMJb YOftt inà paaner te» .«ak
naturela et stiaples4véi»«Aade ceCia |iiito»è^
L'bi¥er de 1799 à 1800 fut 9^ des pM
rodft» dont les Ëunapéena aient gardé WsfM^
venir» La mer de Ndi^wégf! se priientièreflMHDl
dans les Fiords eu fo viâleiiee to reiaaereaH
lÊcbe ocdînaicemeat de gider . Un lent detnl
les effets ressembiaîeni à cett d» lerésÉit
espagnol » avait balaj^ ^ gl«^ d« SiroMfiofé
en repoossantles neipaiPieiis le fend du gplft^
Bppuis long-temps il n a«ait pas élé pefom
aux gçns de Jarvis de Koir en faM^ec le
f«^ douf tow I^fik^oeîéeB» étaient mmUs
Moa tesfcottfèe^ ^qceewitts de. la ofiîga, «1^
l«plwiirimMrètQ»^ooinie lesYaUtnBlfiftpIiii
«nm oe fiwmaieql qiiA de biU^s pi» dw»
rioMMise 4iHiHpie jetée far la natura sur m
^iQgo» afora (rtâteoMit ^UftiBl et mQB«»f
teia. Lea bMipies Qaf^pea 4e la S«^« aubU
teottiÉ ^iaeéea» i^oriiraÎMt ^nia énoriua aiw
cade foua Infuril» iea iu^ûtaiia w&ieat pa
paaser àlf'aba dea toudMlkma , Mfpelqa^a vm
d^aalie. aoA eiotteni ità aiacia hardis pow
a'àvmtener daBft]a:paya« Mais les daagera dft
la anaifldbe mwm oBtenaient au, logis )^ fd|ia
■rtf ii| ié itf dh a wa lr» qiML i»B%iaie|»t da m
mmM iifl^a*!^» éliaràa {ta»;
pralîqpada au boid. d#a précil^paeai daa
«ntdeafersaiia. Àjmi fnoiUe créatiii%
9i!ÊÊàiBfÈa^!iÊll0 m ddaaal Unac où vigfmK la
dtt féia^ «e«ta ¥ai& qaî résoB^Ai a«
114 iTUDBS PHILOSOPHIQUES.
^6 rares momens. Le ciel , presque toa«
jDars grisftire , donnait au lac les teintes de
Tacierbrani. Pent-ètre un vieil eider traver*
sait-il parfois impunément l'espace à Taide
du chaud duvet sous lequel glissent les son«-
gès des riches , dont aucun ne soupçonne par
combien de dangers cette plume s'achète?
niais, semblable au Bédouin qui sillonne seul
les sables de l'Afrique « l'oiseau n'était nt
vu ni entendu ; l'atmosphère engourdie ,
privée de ses communications électriques « ne
répétait ni le sifflement de ses ailes « ni ses
joyeux cris. Quel œil asâez vif eût d'ailleurs
pVL soutenir l'éclat de ce précipice garni de
cristaux étincekins, et les rigides reflets des
fieiges , à peine irisées à leurs sokiraets pw
les rayons d'uii pftte soteii qui apparaîssail
par momens, comme un moribond jaloux
4'attester sa vie? Souvent, lorsque desamasde
Auéës grises, chassées par escadrons à travers
les montagnes et les sapins , cachaient le ciel
nom de tripleB voiles , la terre , à défaut d^
lueurs célestes , s'éclairait par elle-même. Là
4oiie se reocoBlraient toutes les majestés du
froid éternellement assis sur le pôle, et dont
le principal caractère est le royal silence au
Mm duquel vivent les monarques absolus.
Tout principe extrême porte en soi Tappalence d'une nation » et les symptômes de
la mort: la vie n est-elle pas le combat de
4fiUJi forces? Là, rien ne trahissait la vie.
Une seule puissance, la force improductive de
la glaee, régnait sans contradiction. Le bruis»
aehnenl de la pleine mer agitée n'arrivait
«éflie pas dans ce muet bassin , si bruyant
tarant les trois courtes saisons où la nature
«e U^te dd.]^»duîre les chétives récoltes né*
'iMsaires à la vie de ce peuple patient. Quel«^
4pies hauts sapins élevaient leurs noires pyraimdes.c}iargé^8jde festops ne^çux , et la forme
de leurs rameaux à barb^ inclinées com«
plétoit le deuil de ces cimes où » d'ailleurs ,
16 ÉTDD W MWLOliliHtQPBS .
jls^ ti'flppâraiMaîeiit' qM* omiflie des
Inrafrt. Chaque f6»iîtte restait •ncotiiév'M,
'dans une maison sôignemaenieiii ok«evfo«rak
ie biscuits, de beaire fondtt» de {KMssail mq,
'de prÔTisions faites à i'afance prar h» aqk
mm d'bifer. A peide v63r^tt-on lo fuinéede
eeft habttdUoDS. PreM{tie toutes smt ediiiveHeft sons tes neiges , conireie poids d^d8({iisltQs
<*]ies sont néanmoins préservées par de toai*
gnës planches qui phrtent dn toit et Vont s^a^
tacher & une grande distance «nr de solides
poleant* eh formant nn eheMn cQurerla^
tt^tA* tferla matoon. Fendant ceé teiribles^li»-
'vers , les femmes lissfetil et teigneift les^élfilfta
delaihe^ote de totle dont se font les vète»M»;
"tandis qnè ht pta^ii des hommâs Itaent w
5C livrent èl ces ' prodigienses méditalîoiis
qm^ônt ehfani^ tes ptoforide^ théories , Iti
rêves niy^tiqâ^''dn''hord , sèp cro^àtloes ; Ml
(Hndes st cbm^lêlè^ë^r ^n {kliMde ta^denée
fontllée tomme i^èk mhe 'schide; mésnts è
éem mattafitiqiies qui forotnl l'ao^ à réipr
sur dle-méme^ à y treaver »a Muri itom , «i
foi font 4ia peysM nenrégte» mi èlr&i pwrl
iàn»l9L p0{^ulatioQ européesM^. Dans iapu»*
mière an»ée du dixHadu^ièoie siècle, èl VM»
)e milieu du Rioifi de mai, tel ^^aîl doM
r^t^t du gtjroinG<Hrd.
Par une matin^ m le soleil édalait an
sein de ee paysage en y ailuma&t les fcux de
toQS le^ diaœaoa ^hémèreà prodi^ par fea
criataHkatioas de la a^ge ei deaglaeea , den
per$pnae(8 passàreai aur le (;#lfe , le tcaver--^
làreni et volèreai le long d^i bases da Fal**
herg, vers le semaiHduque)^ çljead'élevèrail
de f^iae en fri^. Ëlailroe ^ti^x oràitures .
élail'ce deux flèchea? Onu le# ^M vnea à cette
liauteuf les aurail prises pour deux eidm»
cinglant de conserve à travers Jea iHiées. Ni
le pêchaar le plf|s «lifei^kyçw * m le akasaeiu* 1^ plaa ktrépîde . n'eàt a^biibiié k àm
f t.
%è iTU»BS PHILOSOPHIQUES.
long des faibles lignes tracées sar les flancs
du granit, où ce couple glissait néanmoins
arec reffirayante dextérité que possèdent les
sonipambules quand , ayant oublié toutes les,
conditions de leur pesanteur et les dangers
de la moindre déviation , ils courent au bord
des toits en gardant leur équilibre sous Tem*
pire d'une force inconnue.
— Arrète-moi, SéuaphItus, dit une pftle
jeune fille, et laisse-moi respirer. Je n'ai
Youlu regarder que toi en cAtopnt les murailles de ce gouffre ; autrement, que serais-je
devenue? Mais aussi ne suis-je qu'une bien
faible créature. Te fatigué-je?
— Non , dit l'être sur le bras duquel elle
«'appuyait; Allons toujours , Minna? la place
où nous sommes n'est pas assez solide pour
nous y arrêter.
De nouveau , tous deux firent siffler sur la
neige de longues planches attachées à leurs
pieds , et parvinrent sur ta. première plinthe
SÉRAPHItA. 29
que le hasard avait franchement dessinée sur
Jes pans de cet abtme. La personne que
Minna nommait Séraphiliis s'appuya sur son
talon droit pour relever la planche longue
d'environ une toise , étroite comme un pied
d'enlantf et qui était attachée son brodequin
par deux courroies en cuir de chien marin.
Cette planche éptiisse de deux doigts était
doublée en peau de renne dont le poil, en
se hérissant sur 4a neige , arrêta soudain Séraphiliis; il ramena son pied gauche, dont
le patin n'avait pas moins de deux toises de
longueur, tourna lestement sur lui-même ,
vint saisir sa peureuse compagne , l'enleva ,
malgré les longs patins dont ses pieds étaient
également armés , et Tassit sur un quartia^
de roche , après en avoir balayé la neige d'un
coup de pelisse. ^
— Ici , Minna , tu es en sûreté ^ tu pourrasy trembler à ton aise.
-^ Nous sommes déjà montés au tiers du
SO ÉTUDES MltÔiWtalQlIES. '
Bonnet de glice , dit-ètte en rf^rdftiit le
pic aiHinel elle donna le nom populaire
•(M19 lequel on le connatt en Nonrége. Je ne
te crois pas eneore.
Ifafs , trop essoufDée pour parler davantoge , elle sourit à Séraphttiis qui , sans ré^
pondre , la tenait dans ses bras en écoutant,
la main posée sur son cœur , de sonores palpitations aussi précipitées que celles d'un
jeune oiseau surpris.
*— Il bat souvent aussi vite sans que j'aie
cèuru, dit-elle.
Séraphttiis inclina la tèle sans dédain ni
fmideur. Malgré la grftce dont ce mou*-
Hument était empreint, il n'en trahissait pas
moins une négation qui , chei^une femme»
«àt été d'une ^^ivrante coquetterie. Sér»-
phitiis pressa vivement la jeune fille. Mtim
pritcettecarotte pourunarépoase, etcenlinua
de le contempler. Au moment où SérafdMtiîs
«Olov» la 1^ « nyelant « arrièM^ par un
* «^ 0«iy.Miiiaa/dil^l.]4'uq!el mx (o«k^
idbtesoeQl, regarde-jnoî». o'eliftîsié fm lii
tue. ^'^^ •,..;;*'• I : • »
/ »•<
. Unina jfetft v^wnenÉ mi iofpisi h-^^fkéê
M'icfria: sooitein^ connue un jenfoiit ((i4 aurait
mBoaiiéiinlîgrft. L'fadrrible sentîmenl 4ei
abîmes l'avait envaliie, etee smI ieo«p A'isii
«t^a^L^uffi p(W lui çn pQ9)ii^i|nif\ier.la9RllDiçip. I«e riord, j^|fux, de, %* i«:oiif, ^»a^
mie grande foU^paflaqu^lJ^ÂI réXoucdissjut
^Mo^Qi & fi£» oceîlles^ i^Qfiime pour ^ dé*
4ffu^. {Ja8 sùremenl en s'interposani entrr
iildiei* layÎBv PuUf ^ se^ cbeveus^à aes pieds,
49)ia«g^!»{H)M.r.;ion)l>a un frisson gb^
d'abord, mais qui iimtôlii^i.^^^iaiiKmk»
32 ÉTCDB8 raiiogoniQUBs.
nerfs une insupportable cbalear ^ battit d«i»
ses Teines , et brisa toutes ses extrémitéa par
des atteintes^^ électriques seadilables a celIlB^
que cause le ccmtact de ta torpille. Trop
faible pour résister , elle se sentait attirée ^
par une force inconnue, en bas de cette table
où elle croyait voir quelque monstre qui lut
lançait son venin , un monstre dont les yeux
magnétiques la charmaient, et dontléugueuie
ouverte semblait broy^ sa pâture par avance*
— Je meurs, mon Séraphltus; n'a^aat
aim^ que toi , dit^^Ue en faisant un mowe»
ment machinal pour se précipiter. .
Séraphitus lui souffla doucement sur le
frontet sur les yeux. Toute coup , serabhMe
au voyageur délasàé par un bain, HîniHi
n'eut plus que la mémoire de ses vives don*
leurs déjà dissipées par cette haleine cares^
^nte qui pénétra' son corps , et Tinonda de
balsamiques effluves , aussi rapidement que
»
le souffle avait traversé Tair.
SigAPHITA. 3S
— Qui donc es-tu? ditrelle avec un sentiment de terreur douce. Mais je le sais, tu
es ma vie. — Gomment peux-tu regarder ce
gouffre sans mourir? reprit-élIe après une
pause*
Séraphitûs laissa Minna cramponnée au
granit , et s'alla poser , comme eût fait une
ombre « sur le bord de la table d'où ses yeux
plongèrent au fond du Fiord , en en défiant
Téblouissanie profondeur. Son corps ne vacilla point, son front resta blanc etimpA3^
sible comme celui d'une statue de marbre.
Âbime contre abtme.
— Séraphitiis, si tu m'aimes, reviens! cria
la jeune lille. Ton danger me rend mes douleurs. — Qui donc es- tu pour avoir cette force
surhumaine à ton âge , lui demanda-t-elle
en se sentant de nouveau dans ses bras.
— Mais , répondit Séraphitiis , tu regardes
sans peur des espaces encore plus immenses?
Et, de son doigt leyé , cet être singulier lui
3^ ÉTUDES mttiCMM^HIQUBS.
motitni Tauréck bteue que le!» images dessiMîeni en laissant un ^espace clair aa-dessns
*B !enrs têtes.
— Quelle différence! dit-dle en sonnant.
•-^ Ta as raison , répoiadft-f I , nons sommes nés pour tendre au ciel. La patrie,
comme le visage d une mère , n'effraie ja-*
mais un enfant.
Sa voit yibfa dans tes entraifles de sa
compagne, devenue muette.
— Allons , viens , reprit-il .
Et tous les deux s'^ancèrent sur tes
faibles sentiers tracés le long êe la montagne, en y dévorant les distances, et votant d'étage en étage , de ligne en ligne ,
avec la rapidité dont est doué le cheval arabe,
cet oiseau eu désert. En quelques momens
ils atteignirent un lapis d'heiiies , 4e mousses
et de Aeurs , mr lequel personne ne s'étail
€AflC0Te ftSSÏS«
9en(.$e irouve^t-il à celte Jiwlacir? !
— là cessent ^il«si,i(niijesvég<i((aiic«ft de
la Flore norwégienne , dit Sérapbitus ; vatm
f'iJ.fie reoçooire ici qp^Iq[wsbeij»e$ et -des
ieurst elles sont dues à œ rocfaer jqiil lat^gj^
raotit centre le froid du nord. — Mets œtie
touffe dans ton sein, Ùinnat diMJ en arradant une fleur, prends cette ^suave création
an'aocun œil iiuioaiii n'a ^^ue mwut^ el
{•rde cette lleor .umque xxmune un souYenir
4e cette aiatinée nniqueidans' ta viei Koau te
^ trouyecas plus de g;iude pour te inener i
ce sœler.
£t iJ lui donna swdaiu une plMteiEfbride que se» jeux d'a^glf ilui aTaieoi ùkL
iferceveir ])armi des Mlènea acauiîs et des
WÛfr^S^» véritajbie m^yeilie édose soua it
«KMiffle des anges. Abona saisit avec un
fre8«fmeBte&£Bmiin la Us^ d'un itert l
36 ÉTDDBS PHIEOSOP&IQIHEES.
parent et brillant comme celui de l'émeraude»
formée par de petites feuilles roulées en cor»
net , d'un brun clair au fond , mais qui , de
teinte en teinte, devenaient vertes à leurs
pointes partagées en découpures d'une déli^
catesse infinie. Ces feuilles étaient si pressées
qu'elles semblaient se confondre, et produisaient une foulede jolies rosaces. Çà et le,
sur ce tapis , s'élevaient des ^toiles blanchèls,
bordées d'un filet d'or , du sein desquelles
sortaient des anthères pourprées , sans pistil.
Une odeur qui tenait à la fois de celle dès
roses et des calices de l'oranger, mais fugt^
tive et sauvage , achevait de donner je ne sais
quoi de céleste à cette fleur mystérieuse que
Séraphitiis contemplait avec mélancolie «
comme si la senteur lui eût exprimé de plain-*
Uves idées dont il comprenait le langage;
Hais , à Minna , ce phénomène inouï parut
être un caprice par lequel la nature s'était
plue à douer' quelques pierreries de lé
SÉRAPHITA. 37
fraîcheur, de la mollesse et du parfam des
pkmtes.
. — Pourquoi serait-elle onique? Elle ne
se reproduira donc plus? dit la jeune fille à
Séraphitûs , qui rougit et changea brusqueinent de conversation.
. — Asseyons-nous , retourne-toi , vois l
À cette hauteur, peut-être, ne trembleras-tu
point? Les abîmes sont assez profonds pour
que tu n'en distingues plus la profondeur; ils
ont acqnis la perspejOtive unie de la mer, le
vague des nuages, la couleur du ciei : la
glace du Fiord est une assez jolie turquoise,
tu n'aperçois les forêts de sapins que comme
de légères lignes de bistre; pour vqus,
Jes abîmes doivent être parés ainsi.
Séraphttus jeta ces paroles avec cette onc?
iUm dans l'accent. et le geste connue seule»
ment de ceux qui sont parvenus au sommet
des hautes montagnes du globe; et contractée
si involontairement que le mattre le ph»
Il «TUBi» MHJMonnQin».
^rgiit^XttvnL w twiivft fM ig é àe tnifter wb
gaide en frère , et ne s'en croit le supérieur
fn'en s'alMiiMnil vers les foliées o& lemea-
,ii»t les tiofomes. II difaîsail les palia» es
HRmiB , aai pieés ée lafoelle 9 s'éUiii agenouillé. L'enfant ne s'en apercevait pas , tenaft
«lie s*éfiierveîliait da spectacle imposant qae
^sentela ynede la Norwé^dpRtelle potrvall
tmferasser d'un aenl oaup ê'feSA les longs r»»
éiten ; tant eHe ^tait émue par la so^lemielle
permanence dont ses 'mttm looides donnert
une idée que les paroles ne peovent eipriniar*
— Nens ne sorames pas Tenus toi par la
Mule forée hfRnnine , <fit<e3le en joignant ktt
«Btins , je lève sans doi^e.
— Votts app^ez-surnalUTels les iatls 4Q«t
fMs ne voyez pas lesQavses , téponlfl41.
— Tes réponses^ dit-eRe, sont UmjoiM
ènfpreintes de je ne sais quetle profondes.
9th& de idi , je i^osiprMds ;ton!t «ans «fffort.
fldi I Je snis fwre*
— Tu fk'm phs tes palim , "^ilfc toirt.
— Ofcî dit-elle , tiMJî'iqni nvLvm tmIuiM»
lier ïes tiens eti te baisant les pîeés.
— Garée ees paroles peur WJIfrM , léfoniit dottcement SéraphiAs.
-^ Wilfrid ! répéta Minna 'f dû Uni ée
Mlei^qaî s'apaisa dès qu'elfe -eot regardé son
0(mpagooii. - Tu ruB t'etapeirtes jamais , Idft
diUelle ea easayanl, mais tm vaio de im
prendre iaraaiB, In es <«i t9«ite chose d'une
perfeettoa déiespéraiiie. "
~ Alors lu ea eeadvs ^e je 'suit imen^
iiile.
Minna fut eflbijéa d'un regMd si locidd*
me&t f^ dam sa pensée.
— Ta «le pMAi^es foe mm wms eole»-
^ons , rép9nâ¥rdk «vm la giéeede lafeinne
^ttHiRme.
SémpMiQs «gîta mdlMieil iautite'^ai
M iançaÉt w «egarl é ta «ois fi»aie«l
J|0 iTUDBS PfilLOSqPBIQUBS.
— Toi qui sais tout, reprit Mînna , dismoi pourquoi la timidilé que jeresseataislà* .
bas, près de toi; s'estdissipée en montant ici?
pourquoi j'ose teiregarder, pour la première
fois, en face, tandis que là-bas « à peine
osé-je te voir à la dérobée ?
— Ici, peutrétre, avons nousdépDuillé les
petitesses de la terre , répondit-il en défaisant
quelques brandebourgs de sa pelisse..
_ Jamais tu n'as été si beau , dit Minna
en s'asseyant sur une roche moussue et s'abtmant dans la contemplation de Tètre qui
rayait conduite sur une partie du pic qui
de loin semblait inaccessible.
Jamais, à la vérité, Sérapbttusn'avaitbrillé
d^un si vif éclat, seule expression qui puisse
rendre les effets de son visage et Taspect de sa
personne. Cette splendeur était-elle due à la
nitescence que donne au teint Tair pur des
montagnes et le reflet des neiges, ou au mouvement interne qui anime le corps à rifislaftt
ftÉRAPHITA. 41
OÙ H se repose d'une longue agitation ? pro*
venait-elle du contraste sobit entre la clarté
d'or projetée par un nouveau soleil , et rob»
scurité des nuées à travers lesquelles ce joli
couple venait de passer? Peut*ètre, à ce»
causes , faudrait-il encore ajcmter les eOett
d'un des plus beaux phénomènes qui puissent
se rencontrer en l'organisation humaine. Si
quelque habile physiologiste eût examiné
cette créature qui dans ce moment , à voir
lafierté de son front et l'éclair de ses yeux,
paraissait être un jeune homme ftgé d'environ
dix-sept ans; s'il eût cherché les ressort»
de cotte florissante vie sous le tissu le plua
blanc dont la nature septentrionale ait véta
ses enfans ^ il aurait cru sans doute , soit &
l!existence de quelque fluide phosphoriqueen
des nerfs qui semblaient reluire sous l' épiderme , soit à la constante présence d'une lumière intérieure qui colorait Séraphitûs ar*
demment, mais doucement et à la manière
IP ÉTUDES vmwsopniQVBS.
M «es imiirs eontmtits Stms une coupe cTal^
ittre. Owelque mollement efflSées que fusseï*
€W mains qu'il tiTafl dêganlées pour tSéïîer*
les patins de Mrnna , elles paraissaient sfvotr
Itie force égale à ceMeque leCréateur atin»'
énm les diaphanes attaches tfu erabe: te»
feuijaillissatit de son regardd*or luttaieut étiliemhïeni arec ïes rayons du soleil , ef ifseoih\9h ne pas en reoetotr, mais hiî donner it
h lumière. SontMM^s, miuceielgrfelecomttfe
«eluî d'une femme , attestait une de ces im—
teres faribles en apparence , iBfaîs dont !a pms*
tante égale toujours le désir ,^et qui , fortes k
temps , sont ï Télat nohnaT presque dîSBiles*
B^ taille ordinaire , Séraphttus ^e grandissaî|
1^ présentant son front , comme s'il eftt voulu
jTéhracer. Ses cbereux , liouclës pat Ta main
â*une fée, et comme soulevés parr un soufRe,
a|oatatenl li rinu^on que produisait sua
attitude aérienne. Hais re maintien dénuS
tfelforts résultait ptûs d^tm phénomène monfl
SÊRAPHITX. I»
que d'Qtie habitude corporelle. L'tmaginatiott
dé Minna était complice de cette constante
faalfucinalîon sous l'empire de laquelle chacun
serait tombé , et qui prêtait à Séraphttus faj^-
parenCe des figures rêvées dans un heureui:
sommeil. Nul type connu ne pourrait donner
une image, même vague, de cette figuré
majestueusement m&le ponr- Minna ; mais
qui , aux yeux d* un homme , eût éclipsé par
sa grâce féminine, tes plus belles têtes dueft
à Raphaël. Ce peintre des cieui a constant
ment mis une sorte ^e joie tranquflle , une
amoureuse suavité dans les lignes de sds
beautés angéfîques ; mats ft moins de eonh
templer Séraphttus lui-même, quelfe tMé
inventerait le voile de tristesse mêlée d*espé^
rance qui nuançait les sentimens îneflàbles
empreints dans ses traits? Qui saurait^ même
ânns les Ibntaisies d'artiste où tout devient
fiossible , voir les ombres que j«l&it vmt mp^
térteuse terrtur sor ce tmni trop itilefitgeni
44 ÉTUDBS PHIIOSO^HIQUES.
qui semblait interroger les cîeux et toujours
plaindre la terre? Cette tète savait planer
avec dédain comme un sublime oiseau de
proie dont les cris troublent Tair , et se résigner comme la tourterelle dont la voix
verse la tendresse, au fond des bois silencieux. Le teint de Séraphitûs était d'une
blancheur surprenante, que faisaient encore
ressortir des lèvres rouges , des sourcils bruns
et des cils soyeux , seuls traits qui tranchas-^
sent sur la pâleur d'un visage dont la parfaite
régularité ne nuisait en rien à Téclàt des sentimens qui s'y reflétaient sans secousse ni
violence , mais avec cette majestueuse et na«
turelle gravité dont nous aimons à douer les
êtres supérieurs. Tout, dans cette figuremarmorine, exprimait la force et le repos. Minnà
se leva pour prendre la main deSéraphttîîs, en
espérant qu'elle pourrait ainsi l'attirer à elle,
et déposer sur ce front séducteur un baiser
arraché plus à l'admiration qu'à l'amour ;
sAraphita. 45
mais un regard du jeune homme , regard qui
la pénétra comme un rayon de soleil traverse
le pisme» glaça la pauvre fille. Elle sentit,
sans le comprendre , un abtme entre eux ,
détourna la tète et pleura. Tout à coup une
main puissante la saisit par la taille» une
voix pleine de suavité lui dit : — Viens.
Elle obéit , posa sa tète soudain rafraîchie
sur le cœur du jeune homme , qui réglant
son pas sur le sien , douce et attentive conformité , la mena vers une place d'où ils purent voir les radieuses décorations de la nnf*
Cure polaire.
— Avant de regarder et de t'écouter « dismoi , Séraphttus , pourquoi tu me repousses?
T'ai-je déplu? comment? dis. Je voudrais
ne rien avoir ,à moi ; je voudrais que mes
richesses' terrestres fussent à toi , comme
y sont déjà les richesses de mon cœur ; que
la lumière ne me vînt que par tes yeux «
comme ma pensée me vient de ta pensée; je
46 ÉTDDBS CQIlilSOP]U(}UBS.
ne oraindrais plus de t'oCtenser en le leayoyant ainsi les reOets de t^oo ame»^les motsde
ton cœur, le jour de lou jour, comme iiou$
reuYoyoDS à Dieu les coQlemplatiojis dont il
Qourrit nos esprits. Je voudrais être tout toi !
-r- Hé bien» Minna, un désir constant
est une promesse que nous fait ravenîr.
Pspère! Mais si tu veux être pure, mêle
toujours ridée du Tout-Puissant aux atkfy
lions d'ici-bas , alors tu aimeras toutes le»
créatures , et ton coBur ira bien haut !
— Je ferai ce que tu voudras, répondii*
elle en levant les yeux sur lui par un mouvement timide.
— Je ne saurais être ton oompagaon , dit
3éraphi(i^s avec tristesse.
Il réprima quelques pensées , étendit les
bras vers Cbristiana ^ qui se voyait comme
un point à Thorizon , et dit : — Vois?
^— Nous sommes bien petits, répopdit-elle.
— Oui , mais nous devenons gi^ands gar
le sntimenl et par riotelligeace^ rcydt
Sér^ibitus. A QOtt& seub, Minoar, commenge
la coDoaisaBiDoe de» cboises ; le peu ({ue nom
apprenons des lois du juonde visible non»
fiàii découvrir rimmensilé des mondes snpÂrianrs^ Je ne sais s'il est temps de te parler
ainsi; mais je voyfjjys tant te cop&maniquerla flamme de mes espérances ! Peutnètse
serions-nous unjour ensemble, dans lemmde
. oùramour ne périt pas.
— Pourquoi pas rnavaienani et-toujoucs?
dilrefle en murmurauL
— Rien n'est stable ici , reprit^il dédaii^
f^osemeni. Les passagères félicités des
aranura terrestres: soat des lueurs ^uî tcaJhi^
sent à ci^rlaines. âmes l'aurore 4^ félicités
.|iltts durables f de même .4|ue la. couverte
d'une loi de la na^e. ev^.iait sup|tos«r.« i
^ttelipi^ètr^ priiiif^^ la i^làmfr entier.
.KalM&a^ibonbeur d'isbas ;ii'69|.-il d^nc
,^gfàalkVaVaËili^ii»n d'un autaà banh^ur qiM»^
48 ÉTUDES PHILOSOPHIQUES.
plet« comme la terre , fragment du monde ,
atteste le monde? Nous ne pouvons mesurer
Toibite immense de la pensée divine y* dont
Hons ne sommes qu'âne parcelle ; mais nous
pouvons en pressentir l'étendue , nous agenouiller, adorer, attendre. Les hommes
se trompent toujours "Aitis leurs sciences , en
ne voyant pas que tout , sur leur globe , est
relatif et s'y coordonne à une révolution générale, à une production constante qui
nécessairement entraîne un progrès et une
fin. L'homme lui-même n'est pas une création finie, sans quoi, Dieu ne serait pasl
— Comment as^tu trouvé le temps d'apprendre tant de choses? dit la jeune fille.
^1— le me souviens, répondilril.
«- Tu me semblés plus beau que tout œ
^qne je vois , répondit-elle.
— Nous sommes un des plus grands oq«-
triées de Dieu. Ne nous a-t-il pas donné la
fiffûM de réfléchir la nature* de la concen«*
siRÂPHITA. 49
trer en nous par la pensée , et de nous en
faire nn marche-pied pour nous élancer vers
lui?Noas nous aimons en raison du plus ou
du moins de lumière que contiennent nos
âmes. Mais ne sois pas injuste, Minna, vois
le spectacle qui s'étale à tes pieds, n'est-il
pas grand? A tes pieds, Tôcéan se déroule
eomme un tapis , les montagnes sont comme
les murs d'un cirque , le ciel est au-dessus
comme le yoile arrondi de ce théâtre, et d'ici
l'on respire les pensées de Dieu comme un
parfum. Vois , les tempêtes qui brisent dès
vaisseaux chargés d'hommes ne nous semblent, ici, que de faibles bouillonnemens, et
si lu lèves la tète au-dessus de nous, tout est
bleu. Voici comme un diadème d'étoiles. Ici,
disparaissent les nuances des expressions terrestres. Appuyée sur cette nature subtilisée
par l'espace, ne sens-tu point en toi plus de
profondeur que d'esprit , n'as-tu pas plus de
grandeur que d'enthousiasme , plus d'énerT. xzyiii.
60 ÉTtDBS fWaUûê^UIQVES.
gie que de yol^ié? n'épnwvea^u pas 4iû8
Mosaiioiift dwi le corps u&A pLitt 1 inter*»
l^ète» Ne le «ens-tu p«ti des ailes? Prioos*
Séraphitiis plia le g^noii, se posa ;lte
mains eo croix sur le seia^ et Miiiia tAiabR
sur ses deux gei^ut «a pteiurabL Ik ireslè>
tfatti ainsi pendant quelques îns4an$^ Pendait
quelques ittsians l'auréole bteue qiû s'agi<|kk
éuM les cieux au-dessiM de kmçs tèliea s'a--
^udiit t et , à leur insu , de Iiuuîb^ix rafaoa
les eB¥eloppèreBt»
— Pourquoi ne pl^ures^tu pas quand je
pkiure? lui dit Minoa d'uoe voix entet-'
€Oiq^«
--* Les esprits ne pleurent pas,, répondit
Sérapbltiks en se le^^okt. Commeat pleure*
MiS'-je? je ne vois plus les misères faumai^r
ma^, Ici vld U^ éclata dans toute sa mi^e^té^
<tt iWi j'entends les sii^Ucations ^ les an-*
gaîsrts delà harpe des douleurs qui vilMPeaous
ks màm de Tesprit cayttf . Ji'ki f j'écoute
SÉftAPBXTA. * Sri
ie concert des baqpes heureates. {là'bas,
tons avez T errance!, ce beau commence-:
ment de la foi; mais ici règne la foi^ qui «si
f espérance réalisée !
^ — Tu ne m'aimeras jamais , je suis trop
imparfaile, tu me dédaignes, dit la jeune
fille.
-^ If imia , la yiolelte cachée m pied du
ch^ne, se dit : « Le soleil ne m'ftinie|tas^iil:
ne yieut pas. » Lesdeil se dH : «Si jeréclai*
sais , elle périrait, cette pauvre fleur I » An*
de la flear^ il glisse ses rayons à iJ9^a«
les feules du chêne , et les aSaibUl pouf
G^lover le calice de sa bien^mée. Je 06 dm
troure pas assez de voiles et crains ifae tu
ne me voies encore trop , tu ftémiiuis £Î la
ne connatSBfis davantage. Écoute, je snîi
sur la lerre sans goût potir vos fimiis, wm
ame pour ro& joies. Je comprends mnlfaeureusement tout, et, comme ces emperèttflft4é^
bauchés Ad ta Benne profimè^ jëêw» amvé
d2 ÉTUDES PHILOSOPHIQUES.
aa dégoût de toutes choses. Enfin , j'ai
honte de moi ! — Abandonne « moi , dit
douloureusement Séraphttiis.
' Puis il s'alla poser sûr un quartier de
roche, en laissant tomber sa tète sur son sein.
— Pourquoi me désespères * tu donc
ainsi? lui ditMinna.
— Va^-t'en! s'écria Séraphttiis, je n'ai
rien de ce que tu veux de moi. Ton amour
est trop grossier pour moi. Pourquoi n'aimes-tu pas Wilfrid? Wilfrid est un homme,
uù homme éprouvé par les passions, qui
saura te serrer dans ses bras nerveux , qui
, te fera sentir une main large et forte. Il
a de beaux cheveux noirs , des yeux pleius
de pensées humaines, un cœur qui verse
des torrens de lave dans les mots que sa
bouche prononce. Il te brisera de caresses.
Ce sera* ton bi^n-Naimé , ton époux. Â toi
Wilfrid.
itf inna pleurait à chaudes larmes»
SÉRAPHITA. -1 53
— Oses-tu dire que tu ne i'aimes pas?
dit-il d'une voix qui entrait dans le cœur
'comme un poignard.
— Grâce , gr&ce , mon Séraphttiis !
— Aime-le, pauvre enfant de la terre, où
ta destinée te cloue invinciblement, dit le
terrible Séraphttiis en s'emparant de Minna
par un geste qui la força de venir au bord du
sœler, d'où la scène était si étendue qu'une
jeune fille pleine d'enthousiasme pouvait facilement se croire au-dessusdu monde. Je soi^
haitais un compagnon pour retourner dans
la patrie , j'ai voulu te montrer ce morceau de
boue , et t'y vois encore attachée. Adieu.
Restes-y , jouis par les sens , obéis à ta nature , pAlis avec les hommes pâles , rougfs
avec les femmes^ joue avec les enfans, prie
avec les coupables , lève les yeux vers le cîel
dans tes douleurs ; tremble, espère, palpite;
tu auras un compagnon , tu pourras e&coFe
rire et pleurer ; donner recevoir, et ^oi , je
54 ÉTVDES »IL050PBIQUES.
SUIS eomme Bn proscrit , loin du etel ; et
oomme un monstre, loin de la terre. Mon.
cœur ne palpite plus ; je ne yis que par moi
et pour moi. Je sens par Tesprlt , je respire
par le front , je vois par la pensée , je meurs
dMmpatience et de désirs. Personne ici-bas n'a
te pouvoir d'exaucer mes souhaits, de calmer
mon impatience , et j'ai désappris à pleurer.
Je suis donc seul , je me résigne et j'attends.
Séraphttiîs regarda le tertre plein de fleufs
sur lequel il avait placé Minna , puis il se
tourna du cAté des monts sourcilleux dont
4
les phom^ étaient couverts de nuées épaisses
danslesqueUes ii jeta le reste de ses |)ensées.
-*- M'enlendesr-vms pas^ un déliciein
«oneertt Miotta, reprit«-il de sa voix de tourloTCdle, car l'aigle avait assez crié. Ne dirait--
W pas la «usiqiœ ctes barpes éoliennes
qM ym poèfes mettent au sein des ferèts el
im moolaffneii? Voy^z^vtyos les indii^nctes
în^tm qui passent dans ces nuages taperoe*
W» W>io ÏM pieds ailés i& cmi qst friff^
waâ Im éémtdtà/àfi^ èa eîet? Ces mxseoB
mlbibbisseiit Vexae , le «iel ya inentM tnsier
tonitor tes flcnars 4» priivtenfs;, une hM«r
sf est 4laiieé6 du pôle. Fuyons , il est temps.
En un moment lewrs patins furent mlUhdues, et tous deax éeseendireai le f^lberg
par les pentes rapides qui Fuai^aaieot mxx
vallées de la Sieg. Une intelligence mifft^
Cttisuse présidait à leur oeorse, om pour
mieux dire ,k leur vol. Qjiiaad ans jcremm
isniverte de ne%ese rencontrait , Séraph^iis
snsMSiit Minna et s'élançait par inq mouTe^
«BDt nqm&S' sm» peser jto qa'im oiseau aiv
h fragile eoncfae ipii eo&irmît m sMm»,
Sràrent en poossant sa compagne:, il (aisail
me légèfe jértatioD pour é?î(er un prëci'*
pîoe , 1RI arbre , «d quartier 4» roche <pl'tf
sanifaltiliTQir sous la neige , cornac certaisfi
tttrios Imbîtiiés à lt)oéan en deviaent ksf
Hbàla foidear» a« remoust an ffO^
56 ÉTUDES PHILOSOPHIQUSSJ
meoi des eaux. Qaand ils atteignirent let
, chemins du Siegdalhen et qu'il leur fut per-»
mis de voyager presque sans crainte en ligne
droite pour regagner la glace di^ Stromfiord,
Séraphitiis arrêta Minna : — Tu ne me dis.
plus rien, demanda- t-il.
*— Je croyais , répondit respectueusement
la jeune fille, que vous vouliez penser touL
seul.
— HÀtons-nous , ma Minnette , la nuit
va venir, reprit-il.
Minna tressailliten entendant la voix, pour-^
ainsi dire nouvelle dé son guide , voix pure
et faible comme celle d'une jeune fille. Cette:
voix dissipa les lueurs fantastiques du songe
à travers lequel jusqu'alors elle avait mair^
ché. Séraphttiis commençait à laisser sa force
m&le et à dépouiller ses regards de leur trop
vive intelligence. Bientôt ces deux jolies créa»
tures cinglèrent sur le Fiord , atteignirent la
prairie de neige qui se trouvait entre la rive
SÈRAPHITA. 57
do golfe et la première rangée dés Qiaisons
de Jarvis ; puis , pressées par la chate du
jour , elles s'élancèrent en montant vers -le
presbytère , comme si elles eussent gra?i les
rampes d'un immense escalier.
— • Mon père doit être inquiet, dit 11 inna»
— Non , répondit Séraphttîis.
En ce moment , le couple était deyant le
porche de Thomble demeure où M. Becker»
le pasteur de Jarvis , lisait en attendant sa
fille pour le repas du soir.
— Cher monsieur Becker, dit Séraphin
tiis , je vous ramène M inna saine et sauTe.
— Merci, mademoiselle, répondit le vieillard en posant ses lunettes sur le livre. Vou#
devez être fatiguées.
— Nullement , dit Minna qui reçut en ce
moment sur le front le souffle de sa compa*-^
gne.
-^ Ma petite, voule»»vous après demain
soir venir chez moi prendre du thé?
59 ÉTUD£S tlMLtMOPniQUES.
— VoieitticîS , «hère.
— Monsieur Becker, vous me.!' amènerez.
— Ottî , medemoisene.
Sérorptittâs tncliiia la^ tète par un gesite co**
quel, salua le Tfeithird , partit, et en qadqms mslans mtrvnk' dans la cour du èhAteau
suédois. Un î»rn!e«r octegénfeine apparut
«eus nmmeiMie afirrent , en tenant une lanterne. SéraphtlSs qpwtta ses patins avec h
dîextéiité gradeiîse d'nne femme , s'élança
dans le salon du (^ftteau, tomba sur fin
grand divan courert de pelleteries , et s'y
coudta. .
— Qu'trffa-Toùs prendre? fui dît !e vieil-
^rd en aHuficiamft les bougies éémeawréanent
longues dont on se sert en Wortrêge.
•i— Riéh /David , je suis trop fasse.
JSê'ralpMtus défit ésl pelisse foun^ de martre , s'y roula et dormit. Le vieux serviteur
re^ pendant' qtfélquésmcji'mfenB debout à
contemptef évéc 'àtoyitt fWre SnguTier rpA
SiRAPHITA. 59
reposait sous ses yeux, et dont personne
n'eiit su définir le genre. Â le voir ainsi
posé , enveloppé de son vêtement habituel ^
qui ressemblait autant à un peignoir def
femme qu'à un manteau d'homme , il était
impossible de ne pas attribuer à une jeune
fille les pieds menus qu'il laissait pendre,
comme pour montrer la délicatesse avec laquelle la nature les avait attachés ; mais son
front , mais le profil de sa tète , eût semblé
l'expression de la force humaine arrivée à
son plus haut degré .
— Elle souffre et ne veut pas me le dire ,
pensa le vieillard , elle se meurt comme une
fleur frappée par un 'rayon de soleil trop vif.
Et il pleura, le vieil homme.
/
SERAPHh*A.
. Pendant la soirée , Dayid rentra dans le
salon.
-^ Je sais qui vous m'annoncez'» lui dit
SéraphIta d'une voix endormie. Wilfrid
peut entrer.
£n entendant ces mots , un homme se
présenta soudain , et vint s'asseoirprèsd'elle.
— tfà chère Séraphttà, soufirez-yous?
Je TOUS trouye plus pAIe que de coutume*
62 ÉTCBBS PHILOSOPHIQUES.
Elle se tourna lentement vers lai , après
avoir chassé ses cheveux en arrière comme
une jolie femme qui , accablée par la mi->
graine , n'a plus la force de se plaindre.
— J'ai fait , dit-elle , la folie de traverser
le Fiord avec Minna, des enfantillages!
Nous avons monté sur le Falberg.
— Vous vtmlîe* doue TOfw'tuer! dit-il
avec l'effroi d'un amant.
— N'ayez pas peur , bon Wilfrid , j'ai eu
bien soin de votre Minna,
Wilfrid frappa violemment de sa main
la table , se leva , 6t quelques pas vers la
porte en laissant échapper une exclamation
f leine^Je douleur , puis il revint et voulut
exprimer une plainte.
— Poitrquoi ce tapage , û vous crojer
q[ue je souffre ? dit Séraphtta*
, — Pardon , grâce I répondit-il en X«g^""
flouillant. Parlez-moi durement , exigez dç
moi tout ce que vos cruelles fantaisies de
femne fOM ferrai kMgtoer 4» ftm erael i
supporter ; mais , ma bien-aimée , ne mib*
léi pas en 4oiite bmmi «œonr. Vous prraez
Hima eorame oae bâche , et m'a» fmpfietà
eeaps redoublés. GiAoe !
— Pourquoi me dire de telles pivoles ^
nieii ami , quafid toos les sai«s in«tiles7 répondil-^Ue en lui jetant das regards qui Qnis^
saient par derenir si doux q«e Wilfrid ne
voyait plus les yeux de Sëra^pliita ^ mais me
Smâe Imntèie ^dra( les-trembleopens ressemlAeient aux derniëres ^Jiiralions d'un ohant
plein-de mollesse.
^— Ahl fen ne mewt pas d'angoisse,
— Vo«8 souffrez? reprîl-^elte.tfiïn6 vaîi
dont les émanations produîsaieiitav eœ«r<de
^tset homme un eHef semMaMe. à edlui des
regards. Que puis-je pWf wœrî ; '
— Airaes-flioi 'CommlB' je ^us «i nié.
— Pauvre Hinna ! ré p a i i dtl <it e.î * '
6^ ÉTUDBS PHILdSWHIQUES. ,
•— Je n'a{^rte jamais 4'&riiies , cria WU-»
fïîd.
— Vous êtes d'ane bumeiir massacrante ,
dit en souriant Séraphtta. N'ai-je pas bien
dit cela comme ces Parisiennes dont yons me
*
racontez les amours ?
Wilfrid s'assit , se croisa les bras , etcon*
templa Séraphtta d'un air sombre*
— Je TOUS pardonne , dil-il , car vous ne
savez ce que tous faites.
— Oh! reprit-elle, une femme, depuisËve»
a toujours fiiît sciemment le bien et le mal.
— Je le crois, dit-il.
— J'en suis sûre, Wilfrid. Notre in»»
tinct est précisément ce qui nous rend si par<*
fifiites. Ce que vous apprenes , vous autres ,
nous le sentons, nous.
— Pourquoi ne sentez-vous pas alors
combien je vous aime?
— Parce que vous ne m'aimez pas.
— Grand JNett !
SÉRAPHITA. 65
•
— Pourquoi donc vous plaignez^vous de
yos angoisses? demanda-t-elle.
— Vous êtes terrible ce soir , Séraphtta.
Vous êtes un yrai démon.
— Non, je suis une pauvre créature
douée du malheur de comprendre. La douleur, VVilfrid, est une lumière qui nous
éclaire la yie.
— Pourquoi donc alliez-Vous sur le Falberg?
— Minna vous le dira , moi je suis trop
lasse pour parler. A vous la parole , à vous
qui savez tout, qui avez tout appris, n'avez
rien oublié , vous qui avez passé par tant
d'épreuves sociales. Amusez-moi , j'écoute.
— Que vous dirai-je , que vous ne sachiez? D'ailleurs votre demande est une
raillerie. Vous n'admettez rien du monde ^
vous en brisez les nomenclatures, vous en
foudroyez les lois , les mœurs , les sentimens, les sciences « en les réduisant aux -
OS- ÉTUDES PSlLOSOnnQUES.
proportions que ces choses coiitracteiit cFimd
on se pose en dehors in g1d>è.
— Tous voyez Bien , mon «n», que je
ne suis pas une femme. Vons àfer tert
de m'aîmer. QtBioî! je quitte les régions
éthérées de ma prétendue force , je me teAs
humblement petite , je me courbe à la
nière des pauvres femelles de toutes les
pêôes , et TOUS me rehaussez aussitAt! Enfin
je suis en pièces , je suis brisée , je vous de-^
mande du secours , j'ai besoin de voire bras,
et vous me repoussez. Nous ne nous enteiHdons pas.
—Tous êtes ce sorr plus méchante qne
je ne vous ai jamais vue,
— If échante « £t-elle en lut hofuit on
regard qui fondait tous les sentin^is en wa»
sensation céleste , mm , je miê souflSrante ,
voifà tout. Alors quiMez-moi, mon am». N»
sera-ce pas user dte vos droite d'boamM^
Nous devons toujours vous (Aafîre, voasr iè*
lasser , êltie tonjours gaies , et n'ayoïr qne teg
eaprices qm tous amasent. Que dois-je
f«re , mon ami?.yoiiI^-voQS qaeje chante,
qfre je danse , quand la fatigue m'Ate Tnsage
de la ymx et des jambes ? Messieurs , fus*
siens-nousà T agonie, nous devons encore
tens seurire ! Tous appelez cela , je creis y
régner. Les pauvres femmes ! je les plains.
Diies-Hioî , vous les abandonnez quand efles
vieillissent, elles n'ont donc ni ccBurni amet
Eh bien ! j'ai plus de cent ans , Wilfrid ,
atlez-vousren ! allez aux pieds deMinna,
— Oh ! mon éternel amour !
— Savea^vous ce qu'est rétemîté 7 Taisez*
vous, Wilfrid. Vous- me désirez et ne m'ai-*
mez pas. Dites-moi , ne vous rappelé^je pas
bien quelque femme coquette?
— Oïl ! certes , je ne reconnais plus en
vous la pure et céleste jeune fiiie que j'ai vue
pour h première fois dans l'élise de Jarvis.
A ces moto , Séraphtka se passa les main»
68 ÉTUDES PHILOSOraïQUES.
sur le frobt, et quand elle se dégagea lu
figure, Wllfrid fut étonné de la religieuse
et sainte expression qui s'y était répandue.
•^ Vous avez raison, moii ami. J aï toujours tort de mettre les pieds sur votre terre.
— Oui , chère Séraphita , soyez mon
étoile f et ne quittez pas la place d'où vous
répandez sur moi de si vives lumières.
En achevant ces mots < il avança la main
pour prendre celle de la jeune fille , qui la
lui retira sans dédain ni colère. Wilfrid se
leva brusquement et s'alla placer près de la
fenêtre , vers laquelle il se tourna pour ne
pas laisser voir à Séraphita quelques larmes
qui lui roulèreût dans les yeux.
— Pourquoi pleurez- vous? lui dit-elle.
Vous n'êtes plus un enfant, Wilfrid, Allons , revenez près de moi, je le veux. Vous
iné boudez quand je devrais me f&cher. Vous
voyez que je suis souffrante, et vous me
forcez 9 je ne sais par quels doutes , de peuSifiAPHlTA. 69
set y de parler y ou de {tartager des caprices
et des idées qui me lassent. Si vous aviez
riotelligence de ma nature, vous m'auriez
fait de la musique? vous auriez endormi
mes ennuis ; mais vous m'aimez pour vous
et non pour moi.
L'orage qui bouleversait le cœur de Wilfrid fut soudain calmé par ces paroles; il
se rapprocha lentement, afin de pouvoir con*
templer la séduisante créature qui gisait
étendue à ses yeux , mollement couckée , la
léte appuyée sur sa main et accoudée dans la
pose la plus amoureusement décevante.
— Vous croyez que je ne vous aime point,
reprit -elle. Vous vous trompez. Ecoutezmoi , Wilfrid. Vous commencez à savoir
beaucoup , vous avez beaucoup souffert.
Laissez-moi vous expliquer votre pensée.
Vous vouliez ma main.
Elle se leva sur son séant « et ses jolis
moiivemens semblèrent jeter des lueurs.
TV KTUDBS PfilLQBOèSIQUES.
— Une jeune fiile^qui se laisse pfendie
bœaiii, ae FàitHeile pas une {vomèSBe, cAaft
doi^etle pas raccomplir? Vous savèE bien
que je se puis être à vous. Deix sentâneM
dlomiii^iit les amours q«i sèdoiseai les fan*
mes de la terre. Ou elles se dévtNKBl à des
"Atres souffiraos, dégradés, criiniiieb.|qii^ene5
veulent coasoler, relever, lacheter; «n
elles se donnent à des êtres supécienfs ,
blimes, forts, qu'elles ymileiit adorer,
prendre, el par lesquels soBfeat elles attll
écrasées. Vous êtes grand et dégradé; ¥0M
vous êtes éporèdaras les ieiix da repentir;
iMÎs je 8«8 inop faible pour être votre égale,
et trop religieiise pour m'Iisinilier boUs «m
puissance auloe que ocUe d'en liant. Ceci,
mon ami, n'est-il pas Inen métaphysique Y
Mais vous wmz aimé la métaphynquel Pu
nous sommes dans le nnrd, parim lea naécL
«~Vomi me toez,Sérapiitta^ lorsque idus
parleÉamsi , n^iendiMl. JeaMfin
tm YûM vof mA Ofier de la sfiienoemoutrueuse
avec laquelle vous dépouiUl^ lOBtes les cli0^
ses hnodai&efideB proftriétés queieur donaent
je Iraips, resp«ce, la forme » pour les con-
«léver jiiaAhé«iiiiiqiiement sois je ne sais
qpieUe «ipicMon paie., aimi que le fait la
^métrie p^ur ke ceips dani elle absteût
la solidité.
— Bien,Wilfrid , je vous obéirai. Laissons
eehi* Covuaent Irou^^est-voua ce tapis.de peau
dl'eti» que mon pauvre. J)md a tendu là?
--^ Mus ir^*rbien*
•«-"-Vousneme ooimaisfiiez pascette Daufcba gneha?
C'était «œ -espace de pelisse eu cachemire
doublée de esartre xibdlûae ^ doi^t le nom §1^
fpMe ^0ude à l'ame.
^^Cisef e0-totts» nepril-^ki, ^oe dans aur
^ur^ im sem^Ftia possède «ne feu»*
ÉeaûsMàtt
72 ÉTUDES PHILOSOPHIQUES.
— Elle est sans prix , et digne d'ailleurs
de celle qui la porte.
— Et que Vous trouvez bien belle ?
— Les mots humains ne lui sont pas applicables , il faut lui parler de cœur à cœur.
— Wilfrid , vous êtes bon d'endormir
mes douleurs par de douces paroles.,, que
vous avez dites à d'autres.
— Adieu.
— Restez. Je vous aime bien vous et
Minna , croyez-le! Mais je vous confonds en
un seul être. Réunis ainsi , vous êtes un
frère, ou, si vous voulez, une sœur pour moi.
Mariez-vous, que je vous voie heureux
avant de quitter pour toujours cette sphère
d'épreuves et de douleurs. Mon Dieu ^ de
simples femmes ont tout obtenu de leurs
amans ! Elles leur ont dit : — Taisez-vous ! Ils
ont été muets. Elles leur ont dit : ^— Mourâ! !
Ils sont morts. Elles leur ont dit : »— Aimez-
. «ÉmAPBITA. 7)
«loi de loin 1 Ils sont restée à distance comme
les courtisans devant un roi. Elles leur ont
dit:— ^Mariez-voosI Us se sont mariés. Moi •
jie reox que vous soyez heureux , et tous me
nfosez. Je suis donc sans pouvoir? £h bien!
HinUrid, écoutes, venez plus près de moi.
Oui^ je serais fichée de vous voir épouser
Hinoa ; mais quand vous ne me verrez plus ,
alors. •• dites, oui.
— Je vous ai délicieusement écoutée, Senphtta. Quelque incompréhensibles que
soient vos paroles , elles ont des charmes.
Mais que voulez-vous dire?
— Vous avez raison , j'oublie d'être folle,
4'étre cette pauvre créature dont vous n'ai-
, mat que la faiblesse. Je vous tourmente , et
fDUS êtes venu dans cette sauvage contrée pour
j trouver le repos, vous , brisé par le&impëtMuxafisauts d'un génie méconnu, vous, ex4énué par les patiens travaux de la science,
vous qui avez trempé vos mains dan^ le crime
T. ZXTIII. i
^f4 ÈrmEê fUtéstfpniQVES,
ti porté les cfaàhi^s àe ta ttf^tice humsttite.
' Vnifrni était (oTi^ Stfnrï-tJQorl éufl^ttiph, iMis Séraphîta souhlà $tir le front de éët
liomine qui dormit aussitôt paisibletnenf â
s(es pieds.
* — Dofâ , repose-toî , dit-éfle èn se levérft.
Aprè^ âvôtr imposé pour ainsi dire s^s
maitis dû-dessus du front de Wîlfrid, ces
phrases s'échappèrent une i une de ses lèvres , toutes diiYérentes d'acéent , mais toutes
mélodieuses et empreintes d'une bonté qui,
semblait 'éiaatier de sa tête par oindées ntiàgeuses, comme les lueurs dont la déesse ptiifane entouré chastement son berger blenàïmé âurant son sommeil.
' « Je puis me ihèntter à toi, ehcr Wfffrîd , tel que Je Suis , à toi qui es* fort. ' * " '
• « t^faétire est* venue*, fhture oiàlès br>.
tarites turiiiètes de Tivéïir jettent feuh teHélâ SÛT les ailiéâ, f Kcute où l^amt ^Tagîée
danss&ItteAé.' '' 'i- ' ' ^
* u MaintmafliC il meft fenf&^ék te tàm
c4nâ»e& je i'àkok^ Ne f <HB<Hte ptt ifiel «É
mon amoisr,, na aédoéif sam meuA yn^pM
' folérét i un ttatiamt fimm detûi goal » un
avÉour qin lemit dan» Ksv^ûr, j^oi^ É'écin»
ror r«yrair/cif cet àmôur est la initl^m
lÉidre. iCoft(ot»4à BmnÉcswHiA ai?«D i^
4«iir je voiidf«iig te safoir qmtte ie eétte fia
(fER le pèee , «i te voir plus pvis q^ tir iàe¥m
tenco»e'<k »obde oà l'on «me to,q«pi.;
N'estrce pas souffrir que d'aimer iipÉr^uÉf
i^ aeukiiienl^? Nfas-*ttt paa acHti' JCgoùt
^ Amro^les afnours? G^ptenda^^lu mÊkiià
.^lète's'^ève , at6r»qù'd!!tè «at dou|)leÂdiBMr
^}Bâq«iifnelrabHjaâifrifl>molir, ce!» Ae»
<iWPi' leq^ ofi a'agèMinlle t» a^evinn t ' »
"^ . « }^ VMdvaia avèîr àèsJ ailef , Wîtfiid]^
"prar lèMfb eMrèrffl^àttœ dait% ïshamA
db Ié9fitia p«rea ji^ daffla» ffM^aMaétaf^
76 ÉTUDES FHILOSOPHIQUBS.
ment qu'on éprottye sur cette terre feraient
une ombire dans le jonr qui vient incessamment éclairer et réjouir Ies( cœurs.
. a Pardonne à une ame amie , de t'a«^
voir présenté en un mot le taUeau de tes
fautes , dans la charitable intention d'endor^
mir les douleurs aiguës de tes remords. Entends les concerts du pardon. Rafraîchis ton
ame en respirant Taurore qui se lèvera pour
toi pair delà les ténèbres de la mort. Oui « ta
vie est par delà I
« Que mes paroles revêtent les brillantes
formes des rêves , qu'elles se parent d' images,
iamboient et descendent sur toi. Monte,
monte au point où tous les hommes se voient
distinctement , quoique pressés et petits
comme des grains de sable au bord des mers.
L'bumahité s'est déroulée comme un simple
mban? regarde lès divei^s nuances de oet^
êrar des jar£ns célestes^ Voifr-tu ceux auxfoéis «Minfae rint(9Uigeace« ceux qpi (SOUKr
meneent-à s'en colorer, ceux qni sont épirra*»
vés, ceux qui sont dans Tamour, ceux , qjai
Mnl dans la sagesse et aspirent au monde
de lumière?
' a Comfrends-tu par celte pensée visiMe la
devinée de l'humanité? dToù elle virat, où
elle Ta? Persiste en ta Toie. En atteigoanl
au but de ton voyage , tii entendras^ sonner
les clairons de la toute-puissance, retentir les
cris de la yietoîre, et des accords dont un sed
ferait trembler h terre , mais qui se perdent
dans un mpnde sans orient et sans occîdentv
: «Cooflrandi-tu , pauvre cher éproUyé, iqne
Bamalte «rig^nndissomens , sans les voiles du
«émineil «de ^telà speotacles emporteratept «t
adoreraient ton intelligence , conmte le fait
des l^iqpètes einporte et déchiré une. ftible
4oile» eVi^vinlient p^ur toujpuxs à un l^omiw
«h itiaon?^ GoiapreudMu qve rain^ seule ,
(levée à sa toute-puîsmn^ , réflist» à fùim^
7S ÉTUDE» -nmommiQUEs .
^mslevftvtf aux ^omMs conHitiimtioiii
4e l'esprit?
« Vole encoro.à traveni le^sphèiw farilia»'
tes et lumineuses , admire , coufs. fin Yfflaiit
mmAi^ ta te reposen, <^ marehessMSfttKgue.
Confine tout Icb l^mmes» tu tottdnlbis AU«
iMijMrs ainsi plongé dânsced âpbèrels de patv
ta», de lumière*, où tu vcs^ léger A^lotii
tmicorps évaioiiî , où-tu parkis jiieta peuftôe^l
fOoarSf Veié , joQÎft.tiD momeaftiéB» «leS^dMl
M «eif s armé inentâi, ^^jÊmàiVamtÊit'iH^
n coin|ilei en tdiipie ta D'Auàa phis de teolv
et que tu seras tout intelligence et tout amtnnfl
'¥fi8'<eilaf qui le pttrie, celtit qnrtersDÎàlîent
4É-^temi9^de ee mmde, où 8ont:li»iiiimBBB
91te'b8ti(«Q= montés eltuoiM taicfià^mBim
WrttM» 1 H «^ » point ^pvhipioèFéxnk Us
^tèket. Vois, 499Bt#mpié-iiior eftcbreiiÉ n^
tMHf ;^#!r 4» «ci foè veinlsi pliis.ipirfa»|Au>4^
ilklMëttl, t&Êm^^^^^'^ Ri itolé 4i
la tète mollement incliDée, l«H4ph(^ei|Si^f9fs,
4ms( h fq^,0Memà^ ^«.les.pl^lsiUimes
ItwAire» qnt.lQW f[%«i»éf^ «#s Mms^eFfk dffm,
^ce îiid^QifNilrtd . <|pi ^lajDrète . r^f^îs^.^,
l'konipw foi !tiwifa|î(.h>ytpar<k^ seiptivMMit»
d^vaiU les délicie^^ses lignes da voile ibe J4i
et . Wilfrid îe l^va. Duaud il regarda ISérapfaita , la blanche jeune fillle était, ifin^M^
wx la {i«au d'oim^.Ja .(Aie appuyée i^or^
w^0, le visage. cali»e, les yeux InriHaps;
l^Ufrid la cootenopla stiaocjep&^meot,, ii&aji
iiQO cvainte respectueius(9 iinimait sa :&gwi:(^^i
«taf IrabissaîA par upç çoBtenaA^ Unido^
. — Qui , cbèr/e ,, (ttr-il ^nfitt -conwe' ft'il
rtfood^it à une ^nestioB , pous. soiini»es f6f
|W^ par 4es mondes wtî^ra^ le mo résigna ;
«^.ne piw^^ipei ^oTi&adoipr«|Bgfli)S.9U? WHf^
devenir, moi pauvre, seul? ^ ...,1 - „,
' — - Wilfrid I n'a^eE^Totis pas yotre HioM Y
n baissa la tète.
*— Oh! ne soyés pas si dédaigneiut! 1m
femme comprend (ont par TamourT Qnaai
elle n'entend pas , elle sent ; quand elle ne
sent pas , elle Toi( ; quand elle ne yoit , ni
ne sent » ni n'entend , eh bien ! cel ange de
la terre yous deyine pour vous protéger, et ca«-
che ses protections sous' la grâce de ramonr,
— Séraphtta , suîs^je digne d'appartenâr
à une femme.
— * Vous 6tes devenu soudain bien me-^
deste ! Ne seraitrce pas un piège? Une
femme est toujours si touchée de voir sa fat*
blesse glorifiée ! Eh bien ! après demain smr;
venez prendre lé thé chez moi ; le bon M. Baekér y sera ; vous y verrez Minna, la fîtus can-»
dide créature que je sache en ce monde.
Laissez^moi maintenant, mon ami, j'ai ce
scir de longues prières à faire pour expier
jnes foutes.
«-* Gomnieiit {Mmveftivoiis pécher?
*-^ Pauvre cher, abiiaer.de sa puissaoce,
9*e»trce pM de Votgœil^ Je crois avoir été
li^p orgueilleuse aujourd'hui. AIloBS, |MirteE.
A demain.
. — A demain , dit faiblement Wilfrid ai
jetant un long regard sur cette créature dont
il voulait emporter une image ineffaçable*
- Et il sortit ; mais quoiqu'il voulût s'éloir
gncHT , il demeura pendant quelques momens
debout, occupé à regarder la lumière qui
brillait par les fenêtres du chAteau suédois.
. — Qu'ai*^je donc vu? se demandaitpJK
Vfoù , ce n'est pas une sinyple créature, ma^
toute une créatiou. De ce mon^e« entrevu
à travers des voiles et des nuages , il ine reste
des retentissemens semblaWes aux Muyenini
d'fme douleur dissip)^» ou parçjla. .fiust
^blouissemens causés par ci9S. i^es. dans le»*
4|iels nous entendons le gémis9()fAept deagi»,
uératîons passées qui se mêle aux voix bio^
M ÉTUDES^ ^rtttltmM IlIQUES .
monieui^es èèê «pHèr«» ^ipAei oè tmiiW 4aiirièk^ et httiottr. Vdfllé-je? S^iii^ emore
Mdéniit? Aî-jegarêémes yeux de lommerlf
etoS'TMr devant lesquels i^ lanmettu es^HcjeNi
se reculent indéfiniment, et qui scnrent lefc
espèces? Malgré lé froid "de la nuit, ma TÎe
e»t*enco»re en •fen. AWons ad prêAytèrel
enlre^ le paMeor et sa filfe , -je pourrai ras^
sèmir tries idéei; .1
' 'Mais il ne qulKa pas encore la place d'oà
salvue pontait pMnger dans te salon de ^
raçhtta. Ge^iiiysltèriease créaMire -lenAlàrt
ètl*é te centre rayontiSnl ^*tln tercle qui forliiait antfMir d'elle tiiné atmosphère plus étëri^
éueqtte ne'l'èst celle des aWresêlrôl»; etîqnf-^
cbifiqiie y - entrait , svArissrit le ponvetr d^ni*
MMBlH0à déehiité9«idépeffsëe»déT<miites]
€Mîgé ^ ^ débai(ty$:ciaf|iere*Mtteinéfltpli^
aglA^Kkë , 'WiffHd fTén iH^^mptiâ péfs imis
de-'^naùin ^BRorfs'^ vâiit \ apMfS tiTCw' vsfncnf
leucetnTô dé'icelte lutuSofÉ y '^TécQncjnit sM
hmiÊB vo^^en Jaioîs fuitHtri^ait de péiîftyW.
à rimbilalitm de lt^B«ok^4 II 4}uytk la {m*
mièt&poTiêy gaiidie de oflËver, conirë bnfoidle le YMt poii$s^t la Ji^e» et (mffm
vîteteent A ia sooMde < en disant : -^ Yo^n.
lfl&<fw» me permMtit^ de .passer la sotffte
«rie Yoias ^ iftwsiefii; Beeker? ^ , ■ .
-^ Oui < ;crièreiii.d(H|x. mAx ffià «fofbii*-
En entent diMlfe pkAwt i Wilfrté oewiAtr.
|m dq§(nÊ» à la vie^^c^ Jl sMiia forè^iSiot
loeuseHiôi^liidnai ^etm ^laRiatB dell. Bdè^
kftr, ptomeM 4âs ire^aMs .swr un tableiii
dqttl le» àn^^es^Inièniittr Iei( «otttulsAM»^,
w.fiéBDiaièAe oeçqmN^k àô^ fnÂ-ttîiil
ftrfDii . jhat imnttiefir/ Jiabi UêAs^^ à de : (m^iifi
«Mirinpittinnft. SnpNii|ifte|)«P9ée Vifl^uifi
Bk ÉTUDU niLOSOHDQUBS.
mi poète, et risole parfaitement dea cirecNl
staoees extérieures qui l'enserrait ki-tea»
eu lui faisant parcourir les r^ons san^
bornes où les plus immenses coUecttons de
faits deriennent des abstractions , où les plut
VBStes ouvrages de la nature sont des im»-»
ges ; malheur à lui si quelque bmtt soudant
frappe ses sens et rappelle dans sa prison
d'os et. de chair cette ame voyageuse. Le
choc de ces deux puissances , le Corps et
l'Esprit , dont Tune participe de rinyisiUé
acti<m de la foudre , et l'autre partage avec
la nature sensible cette molle résistance qui
défie momentanément la destructtOB ; ce
combat, ou mieux cet horrible acootuf^ment
engendre des souffrances inouïes. Le coqie
41 redemandé la flamme qui le consume, et le
flamme a ressaisi sa j[»roi^; mais celte foam
ne s'epère pas sans lés bouillonnemena, sbm
les explosions et les tértures dont la ddaie
imis cfifre de visibles témoignages , quaai
M séparent deiix principes ennemis qu'elle
s*étaît pin à réunir: Depuis quelques joturs »
lorgne Wilfrid entrait chez Séraphtta , soa
corps y tombaîtdans un gouffre. Par un seui
regard, cette singulière créature l'entraînait
en esprit dans la sphère où la méditation
entraîne le savant, où la prière transporte
Tame religieuse , où la vision emmène Un
artiste, où le sommeil emporté quelques
hommes; car à chacun sa voie pour aller
aux ahtmes supérieurs , à chacun son guide
pour s'y diriger , à tous la souffrance au re*
tenir. Là seulement se dédlirent les voiles el
se montré à nu la Révélation, cette ardente et
terrible confidence d'un monde inconnu v
doDil'esprittie rapporte ici-bas que des lam*
lieauL. Pour Wilfrid, une heure passée prè»
de Sèraphtia' ressemUait souvent à ce déli«»
cîeux son^e qu'affectionnent et que désirent
ièeessamment les thériakis , et eu chaque
|Hip31e nerveuse devient le eeotré d'une jouifi
ii . ÉTUDES wmssamnfmqvBs.
iiBfd rayoïmaiite. il ea nortntlirlsé méhh»
une jetitie flfle qui s'eiA épntvée à i tiîvl» Ift
ébtirse d'un gdafti. ht ftDtd «omikieoçail 4'
iSilmer par ses flagelhUotis aigaëi la tfépi<*
dation morbide qoe lai eansait la combinai'»
Mndesefideaî iatumtioleiiimeatdisjonitea;
poig, il rerennti îoiqovM au pfeAyière, attiié
près de Minna par le spectacle dt la yieviri-^
gaire dont H avait soif, autant qti'» avM(t»<
fier d'Enrope a soif de la patrie , qiMHiid \à
Mstalgie le saisit att miliea des ffeitM
tyriefitates qui l'afaieat sédait. Ea ce ikn*
ifietit, phii latigaé qu'il ne Tayait jamais, éléy
oet' élniBgei^ tomba dans nn fantenil « tel Mi*
garda pendant quelque temps antonr de hv ^
cMnine «n homme qm s'éveîile; M^ Béeknrv
âécoutnitté UM doute» Msii Ucn qim ti
fille', à l'a^parwi^B Mnbrrem de Mvr Mto^^
éontinuèwit tous 4en k immUiet^ .
^ lie' paiibiraTtit: prar omfeiiMt ow «dk
liéÉ^p det ioMetoi M dct joa^pâlhipfii iv ii
- tthinfimA. 9Bt
MM #ar te Akict jaiffite' ^ 'Sftpte qui boisaif
4ès HiiH's^ y foÉfluaiébl-uM riche to^tnerië
1i htqmfie lit femée dii IbImc ftratt imprûiié
%es letQtéi» MigiMuses. An fond , en Cm»
jfe h porte priD^ipate, Vélévftit un poêle
émrmè en fer foi^gé qui, smgneiiseiiienl froté
par la ^serrante, irîflatt mnoAe ^il eèt été
«Tacter poli. As^is dans tiA grand faulrâîi ek
fxfmenfdj près de eepoéle, devant «ne Ud>lé,
et'lé» pied» 'dans troe espèee de chancelière,
il. Beder lisak «m iii4blio placé mr d'oii^
*treê litres oomne ^r nn ptipitie; à sa^èMke
^éidttnnbroo debiére et iiD fierté; à màmtt
htiMi une laiii^ KMetse^ eofrata^ue par
iferiail^de pi>issén.^Lé niiniatie paraMàiil
'a{îpailen«ft*'il' de ^j^-'^irffeiAMMir^piiir '^kê
4e Hdëk k'^oAbônidK^^l'épiiiir a6«m^^ gH^
wanêM ; ces chiens Muigb qai s'ét^jfiM
en deux lameft floeonwiises de éem/om wm
bminel de ydtomB noiv; ce iront laige et
chauve ; cette coiqpe dé visage que l'anq^eiir
du menton rend presque, carrée; puis ce
calme profond qui dénote à l'observateiir
une puissance quelconque, sotjt la royauté
. que donne Taigent, mi le pouvoir tribuni'»
lieu du bourgmestre , soit la conscience de
Tari, ou la force cubique de l'ignorance
heureuse. Ce beau vieillard , dont V&fkbon^
point annonçait une santé robuste., était
miveloppé dans une robe dé chambre ^n dmjp
grossier simplement orné de sa lisière. I|
tenait gravement, à sa l)ou^ une longue
pipe en écume de mer , et Itehail par tempt
égaux la fumée du tabac ^ en en suivant d^^ui
4eil distrait'las faniasques^touThMloiM i opeupé
sansidoute i s'IâssiniHeiS'iiaf q|uejh|9^ médi*
tatîoD digestive ka pensée ép y^i^^ ipiiJL
il fisait les CBU)i^res« Der^iut^e cA^ da joèlf^
«t près d'oDe porte qai commniiicpMHt à )•
cinne, Hiniia se voyait indistinctemeiit
dans le Inrooillanl produit par la fumée , à
lamelle elle paraissait habituée. Deifant elle,
ftur une petite taUe , étaient les ustensiles
nécessaires à une ouvrière , une pile dé sér«*
viettes, des bas à raccommoder, et une lampe
semblable à celle qui faisait reliiire les pa-*
ges blanches du livre dans lequel son père
seiiiblait absorbé. Sa figure fraîche, à la*
quelle des contours délicats imprimaient une
glande pureté , 's'harmoniait avec la candeur exprimée sur son front blanc et dans
ses yeux dairs. Elle se tenait droite sur m
diàise en se penchant un peu v^rs la lumière
peur y mieux voir , et montrait à son insa '
la beauté de son corsage. Elle était déjà vè«^
tue pour la nuit d'un peignoir en toile de co«*>
Ion Uanche. Un sinidê bonnet dé percale «
sans autre ornement qu'une ruche de inème
1
9(1^ ÉTUDES imiMOfHQUBS.
siût plotqpée duÉs fGMhiQe coolMffeitia
csète qm ne l'enfèddôlpas ietamfièr li
tla sa Henriette M ks' aHÔllet 4^ tm
fiife offlraît aih^' Timege k plos e^iiflèta*
le type le plas nal de fa fiMnne de»tmé»MK
<Ba?rc9 terrestres ^« dottt le tégacd povtMi^
pmer les maé» da aiociiiiiire « mHîg fii'iiiie
fVBs^e h U Ew hamble ^ eheriteble mttft^
tient I hai2fa»r d'hotniw. Wilirid s'élMt
jeté sQr irn Irateéil.* eiiire oes> deux tables *
et eoDtetnplaîit aviee «ne seVte d'tvte^se ee
tafcièat pleià d^kernmnes , et eciqMl hm
amges de.feméé mb messeiaieet pon*. Ia
snieiaiètrei^iéelpmlt eeparkîrpendaBtia
kaièésanDB ékiLekf^eoigpwQseflrâit^^leea»
Sft.ginaa dendoBiùx^ uaie vieîUe tafmerie,
êmbo woBT «k kàten^fMdàit.cm tenaattl db
gp«eplk|Là4 lÎM depîtleratfue^ naaîdîéii^
aklÉBA, nds me j^iiipbBl& rigatmi
nature, et toutes hs. hffbittdés d'une TÎe
êémaêliq^éfàmitmûimmmmm. Beaueeup
de demeures ont Tapparence d'ua* têiê^
r éclat du plaisir qui pasfté seoMe y cadier
dm fttÎMSf Btm le froid' si^rïré du luxe ;
MUS ee parieir était .mUtme de réaKlé,
lUiMiMiiasni deMHHiiéiir, et vérefllail iei
éiéea fiaimrealeB ^wàm iFÎe- pleine . et re-^
eœiHfe. 'Le «leiiee t'était 'tro|ri>lé<fÉ0 pur
ks jtfépj^Bmnraf de: fa serrante océvpée.A
préparer }é loUpcrv et pa^ les firisd^nnemeni
ÛBL poison sdcàé ^n'^le iomit frire 'ddns k
béKrmgitiéfinÎTlinifat tnélk^de tbi ptfs.
.. .U- .Vofilei^Miiis^fimer iH^ f^^ <KtJe
faMmr jMsrisimntvn^a^ rà il emt
qto Wilfttd/pôiinlit r^t^emlr»; v
-^ Vetoi, ehcr moniieviit^Bedbar , lépoft^
' <^ i|^iWi%^léi ai^iinniiiî fhs «îm^
M ÉTUDB8 nnuMwnQimf.
dit Hmnt frappée de la faiUeMe qie tiâlMK
sait la yoix de rétianger.
— Je sui^ toujours ainsi quand je scnre dt
chàtean.
Minna tressaillit.
'— Il est^habité par une étrange j^ersonoe ,
monsieur le pastenr , iiepri(r-il après une
pause. Depuis six mois que je suis daM ce
village , je n'ai point osé vous adteaaer de
questions sur elle , et suis obK^ de me
fiiire violence aujourd'hui pour vous en parler. J'ai comment par r^;retter Men vive»
ment de voii* mon voyage interrompu , par
l'hiver , et d'être forcé de demeuret ici;
làsis depuis oes deux derniers mois chaque jour 1m dbatnes qui m'att%cfaeiii i
Jarvis se sont plus ' foflemeiit livéesi
et j'ai peur d^y finir uiés jouit. Vous
savez comment j'ai rencontré Séraphtfti*
qudie impveslion Hm fit fim.jrogni et sa
foix; etàm oonÉMut je fo» «4mî| olieaellf
•taAPHlTA. 9$
^î ne veut receyoir penionne. Dès le
premi^ jour » je retins ici pour vous demander dM:feniseigiieiiiens sur cette créature
■ijiitérieuie. Li commevça pour moi cette
airie d'encfaantemens..*
•<— D'encliantaueusl s'écria le pasteur
eu secouant les cendres de sa pipe dans un
plat grossier plein de sable [qui kii servait
de crachoir. Exist&44l des enchantemens?
•^ Certes , vous qui lisez en ce moment
ai consciencieitfement le Uvre des Ingâiîta*-
nom de Jean Wier, vous comprendrez
roxplicatioii que je puis vous donner de
mes sensations , reprit aussitôt Wilfrid. Si
l'on étudie attmtivement la nature dans ses
^fiHMles révolutîoiis aomme dans ses. plvp
petites œuvres, il est impossible de ne pas re»
0omiattre Tinpossibilité d'un enchantement;
QD donnant à ce mot sa véritable signification.
L'homme ne evée. pas de fw^ces , il em{doie
la seule <pu existe t et qui les résume toi^.
ÉTUDES WWmMÊÊmiQVlBS.
lé iMayeoMHÉv BOfifflé wÊBÊmfMÊmMeé^
sMYftraifi fiBj^ridaiev èa éiqbM. Lèi w»
yèceg Mut ttop bîm sépvéai |Mr fUBli
iMÎti iNmaîiiQ fOMie Les MnfiMÉhé; «t it
seul miracle dont ella étrit ^Épdriè nTtkl
IMMMpli daM kl ioitd>îaais<iB de ^deiix MbMàUces enaernias. Eoexira la fàvlàm daêneMi
garieiaiMdela Coodre ! Quant à fiatesui^
uM <»éatiM Modaiiié^'toiÉaiSréal^ «xiffjli
te temps 9 et le temps fi'arancQ m se Feeule
^Mi^ledbigt AÎÉBr, te defam deiaeM* la
nature flaaCîqtte obéi t< à des Iota doat awiiiK
min ^iiamflier ainleraerfeifii m Yioéiat ti
Kexercida Màis% aprèa avoir^Mm Mi la fuâ
4e taJIadètfe, il sèraîl détfOMnalile do: jiè
flic raednftittre «en «ow «l^aiéateite 4df)i^
-mm^ttàttà fmffok^ioàk les.ififelft-ioaKt ieki fc M flrt jj c ^M tt MttsiuirfileiiyMB^ 'géaaitatÊÊm
màànm «ne 4ei ebUpaK éDOD» fÉrfulariMat
4aii<a. Je m wisj^iaiki [wrde^èa iMdÉé idfc
#at itilwÉM iel aapolatyaîttfai ia[iyhiiriA
«fttqKrf te lr«3gairè tè réfléchit pa9 plus ^félil
«e wège mitaem^ffiml; maià qui a «miMt
iMlMosopbes htdîeftft A esplK[uer la c^éiiliin
far tm yei%è attxqœts ih Mt ilomié la firilmBiOÊ îBvérae. t.a f/lud pcAite porlioo 4b toir
nèWrrJtârè, iéh ^ait^ ^ riz d^^Fâ InM aie
^^réatkm , et daM têtfoei cette créaAim le
résume «l^ématiyetiMmt , leur offrait tme ai
l^nre image 4fL ferbe eréateur et 4é teiàe
«ftèttacteur , (fnll était l^ien. antfple d'appB-
^ * ' * •
-^er œ 9yi9(deie à la {HK)diicti<m dei^^ioiiMk.
La frhipart dëstiooml^ 4evaieiit le^onteb*
%Br il« graiti ée m %efùé émê 4e ffrèmîèr
^ffiraet 4e iooteè les Genêises. ^âiûi imm,
4i9afirt qm^ le Vtrhe était efi Siiea,, n'a fait
"ifà&^èMÈpliifrm la diKeuUé; Mais la graiîêcaAiMi, ia geifiÉhiâli^ii ^ la -^umaie
«K>s4éé^68tyeteiiedièse> "di nt^os'eofiipamf s
4ieite fwffAéié\ partagée eatrcc èemfiMp
^'iMMtiriea, à IftlJbiMté iMt wortaale 4e
\
9$ ÉTITDB9 FttlLOSaPHIQVBS.
commiuiiqaer à cette propriété des foroes
flus on moins aetives par je ne sais quelle
eonoentration , de la porter à nne troisième ,
à une neuvième , à nne vingipseptième pui^
Bance, de la faire mordre absi sur des
masses , et d'obtenir des résultats magiques
en condensant lés effets de la nature. Or je
nomme des enchantemens, ces exorbitantes
actions jouées entre deux membranes sur la
toile de notre cerveau. Il se rencontre, dans
la nature inexplorée et nommée le Monde
Spirituel, des êtres humains qui sont armés
de ces focultës inouïes, imparables à la
terrible puissance que possèdent les gaz , les
acides ou les sels dans le monde physique»
et qui se eombînent avec d'autres êtres , les
pénètrent comme cause active, produisent
en eux des sortilèges contre lesquels ces
pauvres ilotes $ont sans défense. Il les en*
diantent , les dooiinent , les réduisent à un
korriUe vassdage, et font peser sur euxje^
SÉRAPHITA. 9T
magnificences et le sceptre d'ane nature
snpérieure , en agissant tantôt à la manière
de la torpille qui électrise et engourdit le
pécheur ; tantôt comme une dose de phospliore qui exalte la yie , en accélère la projection ; tantôt comme Topium qui endor*
la nature corporelle, dégage l'esprit de ses
liens, le laisse voltiger sur le monde , le lui
montre à travers un prisme , et lui en extrait la p&ture qui lui platt le plus ; tantôt
enfin comme la catalepsie qui annule toutes
les Êicultésau profit d'une seule vision. Les
lÉirades , les enchantemens , les incantations ,
les sortilèges, enfin les actes, improprement
appelés surnaturels , ne sont possibles et ne
peiivent s'expliquer que par le despotisme
avec lequel un Esprit nous contraint à sui)ir
lés effets d'une optique mystérieuse qui
grandit , rapetisse , exalte la création , la
fait mouvoir en nous à son gré , nous la dé«
figure ou nous Tembellit, nous ravit au ciel
T. XZTIir. s
tttU ÉTU0BS imMWmBOMQVBA.
OU nous ]\ioiige en eofecï, les deux.
lpffiir.lesi]iieU B'exjtrifflfiiit i'eit£èiné.({laîfic.«t»
rcuLUftme douleur. Cm ghénowàiies SMtt
en nous et nom 8iLdehoc&.X'âtce.qjia.aows
nommons Séra^thUa me, semble un. à»^ omrares et ierriblea démûn& au&pels.U. mk^
doi^né d!étreiTidr&Ies homne&^de pnuim
U BaMire et d'entrer, ea nuriage «^ee; Ti
culie pouvoir de Diea« La coacsrde.seA
cbantemens a i»mmeneéiche% moi parafe ^sh^-^
lence q^i m'était imp/)sé«. Ghnqna {oi« m^Êt
j'osais, youloiff vous inteimg^ siu? alla.» ik
me. semblait que î>liais. rteélgc. wn. flMuMr.
dont jei devai^: être. Kiacornij^ihle gftndMOt
c]iii9(|ue.foift qye j'ai .voulu vous :<}pesti<uiM»v
lyi. sceau brûlant s'est^pas&surmes lèwfiac»,
eU j'étsik le ministre involontairâ. dei caUt^-
mystérieuse défense. Vous me? vayei) iei^
p<[Wir la centième fois.^abaUtt^ brisé ^jfllMr..
aw , été. j[9uer, av^ le^ monde.baliufinatft|r
qpdi^fprle^ eA elle. cette, j^um fil^di^un^.alpi
gicienne la plas
«llmii —Il ntifif wr mÉj daâs«ariitttediiile,
jfÊKim^ V» «ppÉMft îmifti» iiMr! agiter II
ll|Mhei»«ttâiftÀ ttiMm^gp«AM4a tiaimfmm
bier'clatté. fe<«lti»?fMp «rig ii i lii i m >é»
fmm Off (iwptrhnJèîsaîswdMe t» iflw i><
qui m'entraîne après Iniv
»ii».pnîi«8ntr«i!iolittoi: QnàiM-iM^? fc'a*
ii«N<^yrà&<fW jcMiellisl-ateHé^jiiilrill^^ ^
t-elle eu des parens? Est-elle eufuM»fÊm
la«4M>B}0nciâa. dè^ia^^latt el>4it^Mleft, die
ghM ei*lirûi«$ llle^sè^ oMÉirire' et stf^ reliiV
cémie we^ vMl4 jêi^m&t fMi^m'ÊUitfè^m
vie et la mort, je r^ii
100 iTUBES PflILOSOFHIQiniS.
plasviyre ainsi » je tbox étretoatàifit on
dans le ciel ou dans Tenfer.
Gardant d'nne main sa pipe toQte> chargée, et de l'antre le couvercle sans le te^
mettre , SL Becker écoutait Wilfrid d- «a
air mystérieux , en Tardant par instans sa
fille qui paraissait comprendre ce langage ,
en harm<»ieaYec Tètrequi l'inspirait «Wilfrid était beau comme Hamlet résistant à
Tombre de son père , et avec laqudle il conrerse en la voyant se dresser pour lui swi >
ai)i milieu des vivans .
— Ceci ressenible fort au discours d'un
homme amoureux, dit naïvement le. bon
pasteur.
— Amoureux I reprit Wilfrid , oui , selon les idées vulgaires. Mais, mon cher
monsieur Becker , aucun mot ne peut exprimer la frénésie avec laquelle je me précipite
ym cette sauvage créatijure.
SimAPHttA. ' lOf
— VoiB l'atihez donc? dit Minna d'un ton
de reproche.
— Mademoiselle , j'éprouve des tremblemens si singuliers ^and je la vois , et de si
profondes Iristesses quand je ne la Tois pins,
que, chez tont homme , de telles émotions
annonceraient Tamonr; mais ce sentiment
rapproche ardemment les êtres, tandis que ,
toujours entre elle et moi , s'ouvre je ne sais
quel abime dont je sens te froid quand je
suis en sa présence, et dont je n'ai plus la
conscience quand je suis loin d'elle. Je la
quitté toujours plus désolé , je reviens tonjours avec plus d'ardeur comme les sa-^
vans, qui cherchent un secret > et que la nature repousse ;, comme le peintre qui veut
mettre la vie sur une toile , et se brise avec
tcfutes les ressourcés d^ l'art dans cette vaine
tentative;
*^ Monsieur» répondit naïvement la jeune
fille I tont cela lue paraît Iwn jéstie.
'
tli ÉTUDBS M KÊÙ ÊÊ Êm iQtES.
demanda le vieillard.
^jfii&iFMf^r'MfliimnifM^^
II. Wilfbid , qftwd ilrè'iffirtiitqfMwrilaïf^
ima4aift^tift4iwpte:?£'tiabl^^
fMHt4e!MlfQoe4- < .
«»*- Ali 1 Keitea, tRfritiWîttQd, KsHe i:»^
jRMi» da^cMaviiip . tfw teft«ria*Bn»/^i*ii'«^
I(iitenii4aii9fè^iro0ft4<i)oe ^bh^
course est maintenant pour moi coflUMi >••
4ÈKM^ littage ^ fi8tiiA6e'60fiinie «fi6 tifCi^tah
— Voilà ifm<e0l^»nnlliift)l , «âftie <vîéll-
— Vu Éblne^ it IK^iirrid msI«6 «pur 4e
— Cette fleur me dooiïele'vertîgerîVéem
Minna. Je crois encore entendre sa parole qui
est la musique de la pensée, comme je vois en*
eore la lumière de son regard qui est Tamour.
«— De grâce , mon cher monsieur Becker,
dites-moi la yie de Séraphita , énigmatique
fleur humaine dont cette touffe mystérieuse
semble être l'image.
— Mon cher hôte , répondit le vieillard
en lâchant une bouffée de tabac , pour vous
expliquer la naissance de cette créature , il
1€4 tTDhlÊ» PHUOflOPmQUBS.
est nécessaire de yoqs débrouiller les nuages
de la plus obscore de tontes les doctrines
chrétiennes; mais il n'est pas facile d'être clair
en parlant de la plus incompréhensible des
révélationSt dernier éclat de la foi qni ait,
dit-on 9 rayonné sor notre tas de boue. Goii*
naissez-vous SWEDENBORG?
— De nom seulement; mais de lujl,de
ses livres, de sa religion , je ne sais rien.
— Hé bien ! je vais vous raconter SWEr
DENBORG en entier.
> «
SEXkA^WâXA— «BRAPHÎrtJS.
I ■
r ,
^;tAjpi:ès we pause pends^nL laquelle le pasK
teur parut recueillir ses^souveuirs, il reprit
eu ces termes:
— ïimmanuel de SWEDENBORG- est
né à Upsal , eu Suède , dans, le mois de
lanvier 1688, suii^aiit quelques auteurs;
en 1689, suivit sou épitaphe; son père
était éyéque de Skara; il vécut quatre-YÎngtp
cinq>aiinf$es, sa mort étiint arrivée à Londres
106 ÉTUDES PHILOSOPHIQUES.
le 29 mars 1772. Je me sers de cetteeipressien pour exprimer un simple changement
d'état. Selon ses disciples , SWEDENBORG
aurait été vu à Jarvis et à Paris postérieure*
ment h cette date.
— Permettez, moucher monsieur Wilfrid ,
dit M. Becker en faisant un geste pour prévenir toute interruption , je raconte des faits
saosdlqs mfOitùKâ^ iftte les MîàA Vtùcàii» i 4t
après , vous penserez de tout ceci ce que vous
voudrez. Je vous préviendrai lorsque je jugerai , critiquerai , discuterai les doctrines ,
afift^ecémMter itift ifettIraIHéliiteffigefnlidie
enlie1tt^iS6n et^r^il '
La vie d'Emmanuel SWEDeMfeCMRG Tut
scindée en deux parts, reprit*ïè pasteur. De
W8» àd7*5 , letarôn ftmibamiél de SWEBK^ffiORiSr' èippavut /Fans % lùonâb commet
mi4iomme^ti vlus^vaste savoir, estimé, ctéi^i'
pour ses TcrtâSjloiijofcrslrréprochriWte, constamment ittite: ^ttt ëti rem[fll^siiiirt dlsIiàKtes
SÉRAPHITA. 107
toîictîons en Suèée , il" a publié de 1709 îi
Î7Ï0, surlairiînéralogîe, la physique, les mathématiques el l'astronomie, desTivres nombreux et solides qui ont éclairé le monde sa-*
vanL II a inventé la méthode de bâtir des
Bassins propres à recevoir les vaisseaux ; il a
écrit sur les questions les plus importantes ,
depuis la hauteur des marées jusqu'à la position de la terre ; il a trouvé tout à la fols les
mojens de construire de meilleures écluses
pour les canaux « et des procédés plus simpTel»
pour reïtracfion des métaux j enfin , il ne s'est
pas occupé î'une science sans lui faire fairfe
un progrès. Il étudia pefndaiit sa jeunesse le^
langues hébraïque , grecque , latine , et les
Tanfirues onentaîes dont la connaissance luii
dfèvint si familière, que plusieurs profes-^
seurs céfôbres TonX consulté souvent, él
qirH put reconnaître dans la Tarlarîé fe«
vesGgés du plus ancien livre âe Ta "Pàroîe ,
noinmé les (Kibrres îm tèrovkh < et iLsé
1.08 ÉTUDBS PHILOSOPHIQUBS.
ÉNOivcÉs dont il est parlé par Moïse dans les^
HOMBRBs (xxi,1 4, 1 5, 27— 30) ; par Josué ,
par Jérémie et par Samuel. Ljbs guerbes bb
JBHOYAH seraient la partie historique, et les
ÉNONCÉS la partie prophétique de ce livre
antérieur è la Genèse. SWEDENBORG a
même affirmé que le jaschar , ou le livre
BU JUSTE, mentionné par Josué, existaitdans
la Tartarie-Orientale, avec le culte des Correspondances. Un Françaisa, dit-on, récemment
justifié les prévisions de SWEDENBORG ,
en annonçant avoir trouvé à Bagdad plusieurs
parties de la Bible inconnues en Europe. Lors
de la discussion presque européenne que souleva le magnétisme animal à Paris y et è laquelle presque tous les savans prirent une
part active , en 1785, M. le marquis de
Thomé vengea la mémoire de SWEDENBORG en relevant des assertions échappées
aux commissaires nommés par le roi de
France pour examiner le magnétisme. Ces
mesâieurs prétendaient qu il n'existait aucune théorie de l'ainMint. tandis que SWEDENBORG s'en étailt occupé dès Tan 1720^
M. dé Thomé saisit celte occasion pour dé-*
montrer les causes de T oubli dans lequel les
hommes les plus célèbres laissaient le savant
Suédois afin de pouvoir fpuiUer ses .trésors
et s'en aider pour leurs travaux. « Quel^
ques uns des plus illustres » dit M», ^e
Thomé en faisant allusion à la TsutoBiB nB.
LA TSRHB par Buflbo , ont la faiblesse de
se parer des plumes du paon sans lui en faire
hpmmage* » Enfin, il prouva par des ci ta7
tiens victorieuses, tirées des oeuvres encyclopédiques de SWEDENBORG, que ce gran^
prophète avait devancé de plusieui^ sijèeles la
marche lente des sciences humaines. IIsufT
fil , en effet , de lire ses œuvres philosophiques et minéralogiques , poqr en être con^
vaincu. Dans tel passage , * il se bât le pfré-^
curseur.de la chimie actuelle v en annçnr
116 ÉTUDES rHÏLOSOPHIQUES.
t
çafnt que fes productions i!e la natirre orgairisée sont toutes décdmposstbles, tît ^iie
l'eau , Tiair , le feu,- ne sont jp as des été"
mens; âatîstel autre, H va par quelque»
inoCs au 'fond des mystères tnagnétiques dont
il tayrt ainsi la premîSre conurasancc à Mesiner. * — Enfin , roicî de imi, dit M. Betfcer
en montrant une longue planche sfttachée
entre le poêle et la croisée , sur laqmfffe
étaient des livres de toutes grandeurs , yrtci
^îx-«8ept ouvrages différens, dont im sertf,
^ CEuvres Philosophiques «t Minéralogî-
^es , publiées en 1734 , 'ont trois vofmneft
ni-4blîor. f7es productions , qui attestent tes
i^nnaissatiàes postfrres^^SWEDEmfMlS,
m'^ont ^ 4omiéeB par M. flérapliftâs ,.ism
cmtsm, père dé ijSâ^aphttà.
Un fMO , Sl^flMlIfBORG tomba dsn
tm iilenee tiftscflu , d'oâ il ne sortit que pfMr
qfttlter ses' occupirtràDS tesipoitJlFey , ^ pcth*
Ifèt excniBiveniseirt au' monde spirmufl H
^ "-■•«l'àÀntttAt • ■•' '' tti
reçut fés premïèts ordres dû ciel en ^^745.
Vbicï comment 'it rf ràconté^ sa vocation :
0n 'soir' â Xohdrés,' âpres aVoir dîné de
grand^ âpç4lît i tin 1)roùîïrard 'épàfs se rëpahdit dans sa cfeàmbre. 'Quand lès' ténèbres
se dissijpèretit, une créature qui atait prislâ
f(iriiQë''hut{iaïnè se leva du coin de sia'éh'amBife et lui ait d'une voix terrible : Né mangé
pas iànt*^ti ÎBt Une* diète absolue. La niiît
suivante te m'èmetiomme vint, rayonnant de
lliniiére^''êt'Tui dit : Je suis em^bye par
Dieu qui va choisi pour expliquer aux
hommes le sens de sa parole et dé ses
créations. Se té dicterai ce que tu dois
écrire. La vision dura peu de momens.
tï SEIG1«ËUR était, disait-fl/ vêtu de
pourpre. Peridan t cette nuit, les yeux de soa
homme intérieur furent ouverts et dîspo-
^s pour voir dans le €iël, dans le monde
des Esprits et daÈs les lEùiTers ; lf6îs splières
JGtfërérftes odir rencontra des personnel 3é
119 ÉTUDBS PHIiOSOP|UQUB8.
sa connaissance » dont les unes avaient péri
dans lenr forme huinaine depuis long-temps ,
les autnes depuis peu.Dès ce moment, SWE-.
DENBORG a constamment vécu de la vie
des Esprits > et resta dans ce monde comme
Envoyé de Dieu. Si sa mission |uj fut contestée par les incrédules y sa conduite îu| évidemment celle d'un être supérieur à T fan—
manité. D'abord , quoique bqrné. par sa fortune au strict nécessaire , il a donné des
sommes immenses, et notoirement relevé,
dans plusieurs villes de commerce^ de gran*
des maisons tombées ou qui allaient faillir.
Aucun de ceux qui firent un appel à sa générosité ne s'en alla sans être aussitôt satisfait. Un Anglais incrédule s'est mis à sa pour*
suite, Ta rencontré dans Paris et a raconté que
chez^lui les portes restaient const^meiil ouvertes. Un jour, sondomestique s'étanl plaint
de cette négligence, qui Texposait à être sonpsonné des vols dont il serait, immanqiiab^e-^
SËL4PHITÀ. 11$
ment victime : — Qa'il soit tranquille» iit
SWEDENBORG en souriant , je lui par^
donne sa défiance, il ne voit pas le gardien
qui veille à ma porte. En effet , jamais » en
quelque pays qu'il habitât » il ne ferma s^
portes» et rien ne fut perdu chez lui. A. Gop^
thembourg» ville située à soixante milk^
de Stockholm» il annonça trois jours avant
l'arrivée du courrier T heure précise de TiiH
cendie qui ravageait Stokholm » en faisant
observer que sa maison n'était pas brûlée^
ce qui était vrai. La reine de Suède dit à
Berlin au roi son frère » qu'une de ses dar
mes étant assignée pour payer une sohub^
qu'elle savait avoir été rendue par son mari
avant qu'il mourût t mais n'en Jrouvant pas la
quittance» alla chez SWEDENBORG et Je
pria de demander à son mari où pouvait être
la preuve du paiement. ]Le lendemain»
SWEDENBORG lui indiqua l'endroU oi^
était la quittance ; mais comme, suivant lo
\
Mshr Se cette dame, il avait priS 'le HSkaii
3e iuî appamtlre , celle-ci vit en songe son
tnati véta de 'la robe flechanjbre qnTl portât
«Tant de ^mourir, il 1ai «montra la ({div>
tance dansfendroit désigné par fiWÏISESBORG, et où elle était efTectiremedt cadfaSe.
fhi jour, en s'enïbarqaant à Londres flans'le
miYÎre du ^pitaine Sixon , il entendit une
Hanie qni demandait si l'on avait Taitl)eau«
eonp de provisions : — H il'en Tant «pas tant,
fépondit-il , dans huit jours, à deux heures,
iMms serons dans le port de Stôkholm. Cie
qui arriva. tTéftatde vision dans lequel S*fVESENBOKG se mettait'à «on gré, relativemend
^HOt Choses de la terre , let qui étonna Ions
teax<{uiTapprocVèrent par des effets mervetfieux , n'était qu^une faible application de m
hc^ltë de voir les deux. Tarmi ces visions ,
^le^ oft il racotite ses voyages dans les
ffiRHiss A^nuxvs , ne sont pas les mohis
enrieuses, et ses descriptions dbivenft nécevtlMiJ tIMMflpielioÀt 'riviiieme portée scten-^
jifif«èaM4MéAleslkfcte , qui féttnissditen'fQi
liF^Moe|iiéto,%^4^BCé,Tknagiftation, raj«iti0èrtÉ^1i#«ii(é«é{ecti,^il 6èt 4ii venté. l.à
Hp^foreffcita^qiie^^Orieiitaiix il'tMfrér
^lltlettrs^ritoiiiqil» ptlisse^éonner une i4ée*4e
eeHe oeiiyre^<Hii€tMaiile it fitëtne'de poésies
€ii^m e,'lPft€St penAîsi4eeoinparer une œaVredeerttyaéce^ftx œti¥re9^la%iiiU)iH^ «•
Me. l.'«iîléveneiM cle SWED!iœNBOftGpar
r^ange qui^Mi ^Êeri/k âe guMe dans son pré-'
fliîer fojagé'est d%iiê sûbtimi^ qui dépassé,
■
ié tonle^ la distance qne Dîeiï a mise entre la
tètre et'le séfétl ,tcièlle des épopées de Klop-.
sfecSV * 'Maton, Al Tasse W «è ©âfate;
Oètfe^pattie, qm sertdeîdélmCà son otiTrâge
sttr'les msRms astrales, n'a jamais été puM^;^<ilfé'iippftr(ietit am traitions orales
ïiVsiêès^pm^^fWWmiWfm^ aux trois é»^
ctj^lesrqttMfdiefft^tt j^ prèfhlfe^on côfor.
M. SilTerichm la posséda écrite. M. SénK
phttus a voidu m'en parler quelquefois; mais
le soayenir de la parole de son ooasio était si
brûlant, qa'il s'arrêtait aux premiers mots,
et tombait dans uue rêverie d'où rien ne le
pc^yait tirer. Le discours par lequel TAnge
prouve à SWEDENBORG que ces corps
ne sont pas faits pour être errans et é^
serls , écrase , me disait le baron , toutes
les scieBces humaines» sous le grandiose
d'une logique divine. Selon lui , lesbabitans.
de Jupiter ne cultivent point les sciences
qu'ils nomment des ombres; ceiûx de Mer--
cAre détestent Texpression des idées par, la
parole qui leur semble trop matérielle ,. ils
onluu langage ocidaire; ceux de Saturne
s^t continuellement tentés par de mauvais
esprits; ceux de la Lune sont petits. coipo^
è» wfans de six ans, leur voix part de Tafch
doflMi , et ils rampent ceux de. Vénus^^ soi|(
d'une taille giganteeque t majs stqpides,.
. stliAmrik. 117
fiVeni d^ Ibri^dhges ; néanmoiiM we* pàr^
tie de cette planète a des habitâns d'une
grande doi^eiir qm tifent dans ramour da
hien. Enfin , SWEDENBORG décrit les
mœurs des peuples attachés à œs globes , et
traduit le sens général de leur existence par
rapport à Tunivers ,.en des termes si précis;
il donne des explications qui concordent si
biçn aux effets de leurs révolutions apparentes dans le système général du monde ,
que t peut-^tre un jour , les sarans viendront-ils s'abreuver à ces sources lumineu-*
ses* Voici , dit M. Becker après avoir pris
un livre en Fbuvrani à Tendroit marqua
par le signet , voici par queHes paroles il a
terminé cette œuvre : a Si Ton doute que
ce j'aie été transporté dans un grand nombre*
a de tetfes astrales» qu'on se rappelle mes
« obsenations sur les distances dans l'autre
€ vie; elles n'existent que relativement à l'éc tat externe de l'homme ; or, ayant été dis*
|fif ÉTUDES . mmmmiQVTss.
Lss* w#die(»Dee»' «iiqtirtfti^ «Mil émm
ià ^'ftÊBséêm(MwM$ c^tm, l#lliâroi^Sé4
tre..du ehevalieff BeyhM. SltVBBBVfiOBfi»
la corresfieadanae^ secièta'> de ' l^^/i^u^
^ine de Huède^ «f^^e la^pè^ùi^ei^ JRMssÊti
^aif été imivuùt pmr d&&^ m0f^iMi'*4X^^
jmturels. Un hpinaïadigitf '4e>^l6i^JttNi Gliai^
lesrLéanhasd dç ^làUhanuBâmr ««fflm»
a témmdu li^ar u»e lettreJt cctte^ jBaianiiîf > >
LiHiO uJti piiilir. <*ilfib tendit cèàWiliàii
« Stockholm, 13 mai'l788. '
dtajiprg^. tt««c la teia»: Loaifte-lllHqYi&r k»
WtréaUJ4ète:flii fBiitâtre^ aU<^ par pfa»^
pNEtt. d» tepQiP afMrès ta: oioçt , du . ifince^^
CQBlwik^.da s^y trouvée régoIiièfeBofeii^; JUi
130 ÉTUBBS PHILOMMniQUBS.
pdndtt que non , èl la reine Ini répliqua :
€ Si vous le rencontrez , saluei-Ie de ma
paît. » En disant cela , elle n'arait d'au—
Ire intention que de plaisanter, et ne pensait nullement à lui demander la moindre
instruction touchant son frère. Huit jour»
après, et non pas vingtpquatre jours après ,
ûi dans une audience particulière , Swedenborg vint de nouveau à la cour, mais
de si bonne heure , que la reine n'avait pas
encore quitté son appartement, appelé la
Gbambre-^Blanche , où elle causait avec ses
dames d'honneur et d'autres femmes de la
COUT. Swedenborg n'attend point que la reine
wrte , il entre directement dans son appariement et lui parle bas à l'oreille* La reîne ,
frappée d'étonnement , se trouva mal , et eut
besoin de quelque temps pour se remettre.
Bèvenue à elle-même , elle dit aux personnes qui Tentouraient : a II n'y a que Dieu
et mon frère qui puissent savoir ce qu'il
SÈRÀPHITA. 121
irient de me dire 1 » Elle avoua qu il lui avait
parlé de sa dernière correspondance avec ce
prince , dont le sujet n'était connu que d'eux
seuls. Je ne puis expliquer comment Swedenborg eut connaissance de ce secret ; mais
ce que je puis assurer sur mon honneur ,
cesl que ni le comte H..;, comme le dit
Tàuteur de la lettre , ni personne- , n'a intercepté ou lu les lettres de la reine. Le sénat d'alors lui permettait d'écrire à son
frère dans la plus grande sécurité , et regardait celte correspondauce comme très indifférente à l'état. Il est évident que l'auteur
de la susdite lettre n'a pas du tout connu le
caractère du comte^ H Ce seigneur respectable, qui a rendu les services les plus
importans à sa patrie , réunit aux talens de
resprit les qualités du c^œur , et son âge
avancé n'aifaiblit point en lui ces dons
précieux. Il joignit toujours , pendant toute
son administration , la politique la plus éclaiT. X3LT11I 6
192^ ÉTUDES PHttfifiOPBtQirBS^^
réâ à la plu& scrupalense inimité, tt
délaça rennemi des ioirigo^ secrètes éi
menées sourdes , qb'il regardait comme d0s^
moyens indigaes pour driver à son. bitlk .
Lf auteur n'a pas mieux connu l'assesadw^
Swedenborg. La seule faîMesse de cet koattue »
vraiment honnête; était de eroke aux. apfft^
riliaD»des esprits; mais je i'ai connu: pandaMi
très long-temps, et je puis assure^ qu'il éteifc
aussi persuadé de parler et de converser iaveer
de& espriis , que je le siûs^ moi, dans, ce bmk
mfiBGt, d'écrire ceci. Conittiecitoyeu ei ceaniMt^
ami^ c'était l'homme le plus intègre, ayant:
en horreur l'imposture, et OKeaant une tier
exemplaire. L'explication <{a'a voulu dànnev
de ce fait le chevalier Beylon est, par ceiiaé»-.
quentt destituée de fondemeutf el la vîaîter
faite pendant la nuit à SWEDENBORG, pwr
les comtes H. . . et T. . . , esl entièrement €e»r*
trouvée. Au reste, l'auteur de. la IMV^ peti*
éice aasoré (ffLQ j^jnsjuii&TieamttÎBBr^M
Mowile SWEDENBOBj^ ; Fanonr màiiè
b férilé m'a eagagé à iwdye svee fidélité n»
bit qu'on a si souvieirt mpfiariè aYoe de» dék
t^ eoiièremeBt faux, et j'affiriQ» c^. que j^
m^ft jd'éerire, en apposant la signature dt
HMn Mm. »
_ Les eéttoignagesqueSWEDEMBOiàft
m âtmoé de sa missicm aux femilles de Suède
ci de Prasse ontaanfl doute fondé la eroyauee
jdaos laquelle vtTent plnsmiffs personoa^as
ieees deuxconm, reprit M. Beckeir em w^
BMtteat la gazette dans son tifoir. -^ IttaoN-
«oÎDs, dli-il en continuant^ je ne iK)nfi diiaî
pas leus les faits de sa vie matérreUe ei yiattUe; ses mœurs s'opposaient à ee qu'ils ftt»r
séot exaetenenteonm». Il viyail eaehé« aaw
Mftioir s'enrichir (m parfonir à la célébrité.
B sediMingnait même par uae sorte de ré-r
pugnanee à bire des presélytos, s'onvmiîi
peu de personnes , ei ne eMUMwqaiât Sis
Amt eotérieun fu'à ccHes eo i|w éelif124 ÉTUDBS PHILOSOPHIQUES.
taient la foi, la sagesse et l'amour. II sayait
reconnattre par an seul regard l'état de Tamé
de ceux qui rapprochaient , et changeait eâ
Voyans ceux qu'il voulait toucher de sa parole intérieure. Ses disciples ne lui ont, depuis
Tannée 1745, jamais rien va faire par aucun motif humain. Une seule personne , un
prêtre suédois , nommé Matthésius, Taccusa
de folie. Par un hasard extraordinaire, ce
Matthésius, ennemi de SWEDENBORG et
ile ses écrits, devint fou peu de temps après,
€t vivait encore il y a quelques années à Stockholm avec une pension accordée par le roi
de Suède. L'éloge de S WEDENBORG a
d'ailleurs été composé avec un soin minutieux , quant aux événemens de sa vie , et
prononcé, dans la grande salle de TÂcadémie
royale des sciences, à Stockholm, par M.. de
Sandél, conseiller au collège des Mines, en
1786. Enfin une déclaration reçue par le
lord-maire, à Londres, constate les moindres
X
SÉRAPHITA. 125
détails de la dernière maladie et de la mort
de SWEDENBORG, qui fut alors assisté par
M. Férélius, ecclésiastique suédois de la plus
haute distinction. Les personnes comparues
attestent que, loin d'ayoirdémenti ses écrits,
SWEDENBORG en a constamment attesté
la vérité, — ^ «Dans cent ans, dit-il à M. Férélius; ma doctrine régira TÉGLISE. » Il
a prédit fort exactement le jour et l'heure
de sa mort. Le jour même, le dimanche 29
mars 1772, il demanda l'heure. — Cinq
heures, lui répondit-on. — Voilà qui est
fini , dit-il , Dieu vous bénisse 1 Puis , dix
minutes après , il expira de la manière la
plus tranquille en poussant un léger soupir. La simplicité, la médiocrité, la solitude»
furent donc lea traits de sa vie. Quand il avait
achevé Tun de ses traités, il s'embarquait
pour aller l'imprimer à Londres ou en Hpllande, et n'en parlait jamais. Il publia suc*
eessivement ainsi vingt-sejH traités différen^^
tÊ% ÉTUDES PHILOSOraïQUES.
loii»écritSf àk'iU aousladictéc4les:aDges. Qm
ee soii ou non, peu d'hommes sont asses
ferts pour en soutenir les flammes orales. Lei
Toîei tous, dit M.Becker en montrant une ae^
conde planche sur laquelleétaient une soixanlaine de volumes. Les sept traités où l'esprit
de Dieu jette ses plus vives lueurs, sont : lbs
9ELICBS DE t^AUOUR CONJUGAL , LE GIEL
w l'enfer, — l'apocalypse révélée, —
L'EXPOsrriON nu sens interne, — l'amour
m^nf , LE VRAI CHRISTIANISME , — LA
SAGISSi: ANGÉLIQUE DE l'oMNIPOTENCE , Otf'-
KISCIENCE , OMNIPRÉSENCE BE CEUX QUI PAR*
XA6ENT l'Éternité , l'immensité de dieu*
Son explication de l'Apocalypse commence
par cespairoles, dit M. Becker en prenant et
outrant le premier volutiie qui se trouvait
.^rèsde lui : tr Iciyfe n'ai rien mis du mieny
fui parlé (ffaprés^ le Sêégn0W^ qui a^mt
4ik par la méms wtge à J^ean : Tu :«É
PHÉTiE. (Apocalypse, 22. 10.) »
: îTfgfiNlaii t Wîlfrid J • ai souyentlrembléde^ous
tflies HSBmbre&ipeodaàt les nuits d'Uver^ ^n
4li6ant^e8 «euvres tombles, où cethotMie
-4éolare a^c itne^pairlftite mnooence les plus
/^grandes merveilles. 4f J^«iVY«L, dit*il, lesciesi
•««efles-ftoge^.L'hoai&iespiriliielyoiirhomBie
•« ^Ârituel beaucoup mieux querhomme ter-
«treslre ne voit T homme terrestre. Ëndécti-
« >v«tnlles merveilles des cieux, et au-dessous
«des cieux, j'obéis à Tordre que le Seigneur
^ m'a donné de le faire. On est le mailre de
« ne pas me croire, je ne puis mettre les au-
« ères dans Tétai où Dieu m'a mis ; il ne dé-
« pend pas de moi de les faire converser avec
^'ies angeà, ni d'opérer le miracle de la dis-
'€> position eixpresse de leur entendement.
^'Us sont eux-'mèmes les seuls instrtimens
««de leur esattation angéKque. Voici Ytn^t-
«limi ans que je suis dans le monde «pim*fttiiél avec les anges^^ 4iur la iMre avec
128 ÉTUDES FHILOSOPHIQtJBS.
<x les hommes; car il a plu au Seigneur de
« m'ouvrir les yeux de TEsprit, comme il
€( les ouvrit à Paul , à Daniel et à Elisée. »
Néanmoins, certaines personnes ont des
visions dn monde spirituel par le détache»
ment complet que le somnambulisme opère
entre leur forme extérieure et leur homme
intérieur. Dans cet état , dit SWEDENBORG en son traité DE la sâ&essb Angélique
( n® 257), V homme peut être élei^ijusques dans la lumière céleste^ parce que
les sens corporels étant abolis , l'iris
fluence du ciel agit sans obstacle sur
P homme intérieur. Beaucoup de g«is ,
qui ne doutent point que SWEDENBORG
i>'ait eu des révélations célestes , pensent
néanmoins que tous ses écrits ne sont pas
également empreints de l'inspiration divine.
D'autres exigent une adhésion absolue- à
tout SWEDENBORG, en admettant qu'il s'y
rencontre des obscurités ; mais ils croient que
SÉRAPHITA. 129
le prophète n'a pu, par suite de l'imperfection
du langage terrestre, exprimer ses visions spirituelles , et que ses obscurités disparaissent
dans Tentendement de ceux que la foi a régénérés; car, suivant l'admirable expression
de l'un de ses disciples, la chair est unegë"
nération extérieure. Pour les poètes et les
écrivains, son merveilleux est immense ; pour
les Voyans, tout en est d'une réalité pure. Ses
descriptions ont été pour quelques chrétiens
des sujets de scandale; Certains critiques ont
ridiculisé la substance céleste de ses temples ,
de ses palais d'or, de ses villa superbes où s'ébattent les anges ; d'autres se sont moqués de
ses bosquets d'arbres mystérieux , de ses jardins où les Qeurs parlent , où l'air est blanc ,
où les pierreries mystiques , la sardoine , l'escarboucle, la chrysolite , la chrysoprase , la
cyanée, la chalcédoine , le béryl , Tueim et
le THunM sont doués de mouvement, expriment des vérités célestes , et qu'on peut in-*
6*
190 ÉTUDES nnCOMMlQUES.
toiTi)ger,CMrélleérépotitkiiii|nir (ies^fkrdoiis
de lutaîère (vftAifi religion , ftid) ; beatt***
0mf Àt bond esprito n'ftdfiieUèiit pas «m
mondes où les icouleurs foM entendre de dè>-
lîeieax coficerts, oà les paroles flamboient ,
où le V-erbe s'écrit en comicnies (Veaie R»*
ltoion; 278 , ) . Même dans le Nord , quelques
éomaitis ont ri de ses «pvrlies'de perles ^
<fes diamans qui tapissent «t ifinleablent ks
iMtsom de sa Jérnsatem oi tes moîndrei
Mieiisfles sont faits dos substances tes phis
rairas -mt notrs glc^. «c Mats> dismt ses
d«ieîpiei , psiv^ qtie lon^ œs objete nont
ctoih-senés daas ee moÊiié, ^tnee une raistm
poor qu'îis ne soie^tpas abwidans^en il'autre?
S«rte lerre , as sont d'imeiiibBlm^e leitesire,
tandis qiie <dmis les maii Hè «ont mus 3«i
afppafMoee célestes et tnfaEtms à r4^iitd'«h'
|e. » SWEDENBÛR6 a 4'nittews ràpélé
à*<«faîMtees fmidift ynnlel èe ^iSttSi'
1'
mimt'deâ pUf^les terrestres^ et ^ous ne
m'entendez .pas,; sd Je parlais le Ion'-
..gage (Ul ciel^ comment pourriez^yous me
comprendre ? (Jean » 3- 12.j — Monsieur,
moi , j'ai lu SWEDENBORG en entier, reprit M. Becker en laissant échapper un geste
emphatique.Jeledisayec orgueil, puisque j'ai
^rdé ma raison. En le lisant, il faut ou perdre le sens ou devenir un Voyant. Quoique
j'aie résisté à œs deut folies, j'ai souyent
éprouvé des ravissemens incoûnus, -des sftî-
-sîssem^ns profonds, des joies intérieures que
4oiineat seules la plénitude de la vérité, l'é*
ifideDce d€ la. himiàre céleste. Tout içi-4Mis
senble petit quand l'ame parcourt les pages
4évorantes de cas Traités. Il est impossible
^e ne pas être frappé d'étonnemenien^OQ'^
>^nt ^e, dans T'espace de trente ans, cet
Mpune a tp^blié sur, lets vérités du Monde
JSIpîliCuel vi^gt^cinq volumes in-quarto,,
<49rito ebla^ip^ Ami le meiodre a cinq «est»
/
132 ÉTUBBS PHlL08<!NraiQI7BS.
pages, et qui sont tous imprimés en petits
ractères. 11 en a laissé, dit-on , vingt autres
à Londres , déposés à son neveu, M. Sitre*
richm, ancien auménier du roi de Suède. Cep-
(es , l'homme qui , de vingt à soixante ans^
s'était presque épuisé par la publication d'une
sorte d'encyclopédie, a dû recevoir des secours surnaturels pour composer ces prodi*
gieux traités, à l'âge où les forces de l'homme
commencent à s'éteindre. Dans ces écrits, il
se trouve des milliers de propositions numérotées, dont aucune ne se contredit. Partout,
l'exactitude, la méthode, la présence d'esprit, éclatent et découlent' d'un même fait,
l'existence des anges. Sa YnAiE Religiok*
où se résume tout son dogme, œuvre vigoureuse de lumière, a été conçue, exécutée à
quatre- vingt4rois ans. Enfin, son ubiquité»
son omniscience n'est démentie pat auewi
de Èes critiques , ni par ses ennemis. Newmoins , quand je me suis abreuvé à ce tcnr*
SÉRAiPHlTA. 133
rent dé lueurs célestes , Diea ne m'a pas
ouvert les yeux intérieurs et j'ai jugé ces
écrits avec la raison d'un homme non régénéré. J'ai donc souvent trouvé que I'insjpibé
SWEDENBORG avait dû parfois mal entendre les anges. J'ai ri de plusieurs visions aux- .
quelles j'aurais dû^ suivantles Yoyans^ croire
avec admiration. Je n'ai conçu ni l'écriture
corniculaire des anges^ ni ' leurs ceintures ^
dont l'or est plus ou moins faible. Si^ par
exemple ; cette phrase: Il est des anges solitaires, m'a singulièrement attendri d'abord;
par réflexion^ je n'ai pas accordé cette solitude avec leurs mariages. Je n'ai pas compris
pourquoi la Vierge Marie conserve^ dans le
ciel y des habillemens de satin blanc. J'ai osé
me demander pourquoi les gigantesques dé«
mons Enakim et Héphilim venaient toujours
combattre les chérubins dans les champs
apocalyptiques d'Armageddon. J'ignore comment les Satans peuvent eoeore discuter avec
F -
194' ÉTUDB9 FiHIX)MPHIQirES.
'ias êuge». M. te bar^n Séraphtios m'objec4ait qaè ces détails concernaient les aag^
«Ipfi demeuraient sur la terre sous forme ha-
..aiaine. Souvent les visions du prophète sué-
^619 sont barbouillées de figures grotesques.
Un de «es Hbmohables , nom qu'il leur a
donné, commence par ces paroles: — « Je vis
«des esprits rassemblés, ils avaient des cbafMMux sur leur tête. » Dans un autre Mé4iiorabIe , il re(?oit du ciel un petit papier
ior lequel il vit, dît-il » les lettres dont se
iewnient les peuples primitifs, et qui étaient
itomposées de lignes courbes , avec de petits
«Mneaux qui se portaient en haut. Pour mieiix
ittlesièr sa communication avec les cieux»
J'aUiFai voulut qu'il déposât ce petit papier à
J'Aeadémie royale des .sciences de Suède.
Biiin pwt-ètre ai-je tort, peut-être Içs ab-
^Mrdités fliatérielles semées dans ses ouvrages
4ki4hi41m d«s 'fliJi|Bificatioiis spiriiu^es. Aor
tromeiii OMunant admettce la ciiaissapte.W
ftieaee de sa religion? S<m Efii^iSE compte
«qourd'hoi ptus de sept èeni «ille fidèles,
tant aox Ëiats-Unis d'At»ériqae, où diffé^
rentes secies s'y agrègent en masse , qu'oft
Angleterre ^ où sept mille Swedenborgistes
se trouvent dans la seule TÎtle de Manchester. Des hemaies aussi distingués par leufs
connaissances que par leur rang dans le
monde , soit en Allemagne , soit en Prusse
et dans le Nord, ont publiquement adopté les
croyances de SWEDENBORG , plus consolantes d'ailleurs que ne le sont celles des
antres eommunions ebrétiennes. Maintenant
je voudrais bien pouvoir vous expliquer en
quelques paroles succintes les points capi«*
taux de la doctrine ^e SWEDENBORG «
établie pour sott Église ; mais cet abrégé ,
fait de^mémoi^e, s^Bitnécessairementiaiitif.
Je ne ^is^enc me -pemiettre de vous parler
que des Arcanes^qui «ooeermiit la naisamce
lie Séraflhitft
i 36 ÉTIIBBS PHILOSOPHIQUES.
Ici M. Becker fit unepause pendant laqnelfe
il parut se recueillir pour rassembler ses
idées, et reprit ainsi: — Après avoir mathématiquement établi que l'homme vit éternellement en des sphères, soit inférieures, soit supérieures, SWEDENBORG appelle Esprits
Angéliques les êtres qui , dans ce monde «
sont préparés pour le ciel , où ils se font anges. Selon lui , Dieu n'a pas créé d'anges
spécialement , il n'en existe point qui n'ait
été homme sur la terre ; la terre est ainsi ta
pépinière du ciel . Les anges ne sont donc pas
anges par eux-mèmeé (Sxa. ang. 57)^ ils le
deviennent par une conjonction intime avec
Dieu , à laquelle Dieu ne se refuse jamais :
l'essence de Dieu n'étant jamais n^ative ,
mais incessamment active. Ces Esprits Angéliques passent par trois natures d'amour ,
car l'homme ne peut être régénéré que successivement (Vrais RcL.). D'abord TaMOiTR DE SOI : la suprême expression de cet
SÉfUiPHlTA. 137
amoui est lé génie humain dont nous admirons les œuvres. Puis T amour bu monde,
qui produit les prophètes , les grands hommes
que la Terre prend pour guides et salue du
UQm de divins. Enfin 1' amour du ciel , qui
fait les Esprits Angéliques. Ces Esprits sont,
pour ainsi dire , les fleurs de l'humanité qui
s'y résume et travaille à s'y résumer. Ils doivent avoir ou TÀmour du ciel ou la Sagesse
du ciel ; mais ils sont toujours dans TÂmour
avant d'être dans la Sagesse^ Ainsi la première transformation de Thonaane est Ta-
]il0UR. Pour arriver à ce premier degré, ses
eiisters antérieurs ont dû passer par l'Espérauce et la Charité qui l'engendrent pour la
Foi et la Prièrei Les idées acquises par Texércice de ces vertus se transmettent à chaque
nouvelle enveloppe humaine sous laquelle se
: cachent les métamorphoses de TÉtré Iitté-^
RIEUR i car rien ne se sépare , tout est nécessaire: l'Espérance ne va pas sans la Ch*-
t£3K ' ÉTUDES TWLOfOraïQUES.
lie 'fiices ^ ce carré donl soKdaîrai. « Favte
^d'mie Tcrta , dii-il , rEuprit Angé^iie «I
eomme une perle brisée. » Cbsrcmi île
«nisters est doiic qd cerâc Sans lequel
roulent les richesses cèlesles de Tétat
lért^r. La grande perfection des Esprits
Angéliques vient de celte tuystériefuse profession par lacfuelie rien ne se perd des qii&-
'^Ulés successivement acquises pour arriver ^à
leur glorieuse incarnation ; car à chsqtte
iiansforniation ils se dépouinent insensiblement de la cAottr et de ses erreurs. Quatid il
-^it dans rAnBonr, i'faonmie a quitté lentes
tm ps^ions «auvaises. L'Espérance , ia
^Sfaarité , la Foi , la Prière , ont vanne »
miifant le ^mM d'Isme, ^son intérieur qui ne
iMtploii être polkié par aucune des afiectÎQtts
«iMMstm. De là CNiite graudeparoie de ftaiBt
•Iaic : Fmiies^V0U&im trésor'qai ne périme
Jouissez ce, monde aux hommes^ il'tét
là eux y' faite S'avoua purs^ ^ei venez chez
mon père, La 8ec4)nde transformation est ht
£ag€âM. Là Sagesse est la mmpréhensioli
des choses célestes auxquelles TEsprit ar-»
rive par T Amour. L'Esprit d'Amour a cob^*
^ns la force , résultat de toutes les passions
twrèstres vaincues ; il akne aveuglément
Dieu. Mais TEsprit de Sagës^ a rintellî-^
gencé et sait pourquoi il aime. Les aites de
Tun sont défrioyées et l'emportent versDiea,
les ailes de l'autre sont repliéèspai'la terretnr
^e lui donne la Science : il Connaît Dieu ;
r^n désire incessamment le voir et s'élanœ
vers lui , l'autre y toucbe et tremble. L'aniou qui se fait d'un Esprit d'Amour et d'an
Ssprit de Si^esse met la créature à YéViBL
liivin , pendant lequel sm «ne «st fbiëiie^
i^'Son ooi|» estaouifE, dernière expresatôb
iMiaiwoùl'Esprti l'emporte sur la Formai
^ la ForflBo se débat «noore coiitre rEsprit
140 ÉTUDES PHILOSOPHIQUES.
divin ; car la forme, la chair ignore ^ se révolte , et vent rester grossière . Cette épreuve
suprême engendre des souffrances inoaîes
dont les cieux sont seuls témoins , et que
Christ a connues dans le jardin des Oliviers.
Après la mort, le premier ciel s'ouvre à
cette double nature humaine purifiée. Aussi
les hommes meurentrils dans le désespoir,
tandis que l'Esprit meurt dans le ravissement. Ainsi LE NATUREL état dans lequel
sont les êtres non régénérés; le spirituel ,
état dans lequel sont les Esprits Angéliques ;
et LE divin, état dans lequel demeure Tange
avant de briser son enveloppe , senties trois
degrés de Keiister par lesquels Thomme parvient au ciel. Une pensée de SWEDENBORG vous expliquera merveilleusement la
différence qui existe entre le Naturel et le
Spirituel : — Pour les hommes , ditil , le Naturel passe dans le Spirituel ,
ils considèrent le monde sous ses for^
SÉBAPHITA. 141
mes visibles et le perçowent dans une
réalité propre à leurs sens. Mais pour
r Esprit Angélique^ le Spirituel pa^se
dans le Naturel , // considère le monde
dans son esprit intime^ et non dans
^a forme. Ainsi, nos sciences humaines
ne sont que l'analyse des formes. Le savant selon le monde est purement extérieur
comme son savoir , son intérieur ne lui sert
qu'à conserver son aptitude à Tintelligence
de la vérité. L'£sprit Angélique va bien
au-delà t son savoir est la pensée dont la
science humaine n'est que la parole; il
puise la connaissance des choses dans le
Verbe, en apprenant les corbespondanCES par lesquelles les mondes concordent
avec les cieux.La PAROLE de Dieu fut en*-
tièrement écrite par pures Correspondances ,
elle couvre un sens interne ou spirituel qui y
sans la science des Correspondances , ne peut
être compris. II existe, dit SWEDENBORG,
m ÉTUDES mm&mmnQVEs.
fboCTKHVB CÉLESTE, 26) des ÂRCAflBS m*
nombrebles dans le sens interne des Gorre»*
fondances. Aussi leshoflnnesiiqui se mat rao^
qués des livres on les praphèlet ent recueil il
la Parole, étaicDWîlB dans l'éM^t d'ignorasee
oàsovl ici-tel tes hoHimeffcpiî ne sabres t rien
f une science , et se nio<{Dent des* tértiés é»
cette science. Snroîr les^ Correspenéiitce» d)e
la Parole avec les cîeux, savoir Ifes G orroa -
ponéanoes qui existent entre les ckiaae» jà^
aîbles et pondérables du aïonde toresCre al
les dièses itrasibles et impoiNMra^es chi
monde spirituel , Q^esl ui^ir tescieu» dans
son entendement., Tet» le» ebjeta de»4î>r
T^'se» créations étant énanéade Dieu , «emportent nécessairement un senscaeiié, eemiKe
le disent ces grandes paroles d'isaie : itm
ferre est un vêtement (l8iiiEe,5,0). Getlae
nrfstérienx entre les nioindres parcelles delà
natière et les cieiiK constitue ce que Slf¥S^
HSKBKWCir appelle uir AncAim CÊiiara;
1^
Ainsi son traité des Arcanes Célestes, oùsodI'
ei|iliqiiéesles Çorre^ondanoes ou sigaifimi-»
ces en Katarel aa Spiritael, deyant donnar,
sntrani Veityressioii de laccA Boehm, lasignature de toute chose , n'a-t-il pas'
nmtis de seii;e velaneB et de treize iiHlfe>
ppopesilioBS. «c Cette coniiaissaoce menretl-^
« leiise des Correspondances , qne la bonté'
^ de Dieu permit à SWEDENBORG dV
m- Toir, dit un de ses disciples , est le seorett
« de l'intérêt qu'inspirent ses ouvrages. Se^
« ien ce commenlatemr, Ïà lonl dérive dtar
41 eiri, tout rappelle au del ; les écrits dii'
<t prophète sont sublime» et dairs^; ii paile*
e èaiDS les cieux et se fait entendre sirr !»
« terre ; sur ttne de ses phrases on ferait ira«
« Tolnme. >> £t le disciple cite celle-ci e»**
Ife mille aulres^ : Le royaume du ciel , dft
99I^£DËNBÔBG (ârcah. ckixs.),e5t^^
fmfaume de» moUfs. Uneno^ se prcn^
dbit dans- h ciel ^ de îâ dmis h mande^
I
144 ÉTUDES PHILOSOPHIQUES.
et par degrés dans les infiniment petits
de la terre j les effets terrestres étant liés
à leurs causes célestes font que tout) y
est CORRÎBSPONDANT et SIGNIFIANT. Uhom''
nie estle moyen dunionentrele Naturel
et le »S;;/riVw^/. Les Esprits Angéliques connaissent donc essentiellement les Corrçspon*^
dances qui relient au ciel chaque chose de
la terre , et savent le sens intime des paroles
prophétiques qui en dénoncent les révolutions. Ainsi, pour ces Esprits tout ici-bas a sa
signifiance. La moindre fleur est une pensée,
une vie qui correspond à quelque linéament
du Grand-Tout dont ils ont une constante intuition.'Pour eux, L'ADULTÈRE et les débauches dont parlent les Écritures et les Prophètes, souvent estropiés par de soi-disant
vains, signifient l'état des âmes qui, dans ce
monde , persistent à s'infecter d'affections terrestres , et continuent ainsi leur divorce avec
le cieK Les nuées signifient les voiles dont
SÉRAPHITA. 145
s'e&yeioppe Dieu. Les flambeaux, les pains
de proposition , les cUevanx et leâ cavaliers^ les
prostituées, les pierreries, tout dans rËGRITDRE a pour eux un sens exquis et révèle
raTe&ir des faits terrestres dans leurs rapports
avec le ciel. Tous peuvent pénétrer la vérité des Énoncés de saint Jean , que la
science humaine démontre et pr(5uve matériellement plus tard , tels que celui-ci :
« gît», dit SWEDENBORG, de plusieurs
fldences humaines. )> Je vis un noweau
ciel et une nouvelle terre , car le pre^
mier ciel et la première terre étaient
passés. ( Ap. , XXI, 1): Ils connaissent les
fesUns où Von mange la chair des rois^
des hommes libres et d^s esclaves ^ et
auxquels convie un ange debout dans le
soleil (Apocal, xix, il à 18). Ils
Toient la femme ailée , revêtue du
soleil , et thomme toujours armé (ApoGiL. )« Le cheval de TApocalypse est.
T^ XXVIII.
146 ÉTUDES PHILOSOPHIQUES
I
dit SWEDENBORG, Fimage visible <le
'intelligence humaine montée par la mort,
'car elle jporle en elle son principe à^
destroctioD. Enfin, ifs, reconnaissent les
peuples cachés sons des formes qui sembient
fantastiques aux ignorans. Quand un liomme
est disposé à recevoir l'insufBation prophétirque des Correspondances, elle réveille en int
Tesprit de la Parole ; il comprend alors que le»
créations ne sont que des transformations ;
elle vivifie son intelligence, etiui donne pour
lei vérités une soif ardente qui ne peut s'étancher que dans le ciel . Il conçoit , suivant le
plusoulemoinsdeperfectionde son intérieur,
la puissance des Esprits Angéliques, et marche, conduit par le Désir , l'état le moins imparfait de l'homme non régénéré , vers TEi^-
pérance qui lui ouvre le monde des Esprits ,
puis il arrive à la Prière qui lui donne la clef
des Cieux. Quelle créature ne désirerait se
rendre digne d'entrer dans la sphère de s inielI
ligiences qui virent secrèlemeat par TAmoiir
Ott par la Sage&se ? Icnbas , peodant leur vie,
ces EsprUs restent purs; ils ne voient, ne
penseoX et ne parlent point comme les autres homiaes. U existe deux perceptions : Fjone
iaierne, l'autre externe; rHoHune est tout
*
externe , r£spritAi|gélîqueest tout iuterue.
L'Ëspriivaaufond des Nombres, dont il possède la totalité , dont il connaît les sîgnifiêA^
ces, et il dispose du mouveauNiti II s'associe i
tout par Tulnquké : Un ange^ selon le Pr^
pfaéCe âuédoîs esiprésentàun autre quand
U le désire (Sap. Ang. De Div. Am.) ; car il
a le don de se séparer de son corps^ et voit
ks cieux çiomflie les proptètes les ont tus
^ comme SWEDENBORG les voyait lai^
mèue.ce Dans cet état, dit-il ( Viuifi Rsu-^
GiON I i 36) > Tesprit de rfaomme est transporté
d'tiA lieu à un autre , le corps restant où il
est , état dans lequel j'ai demeuré pendant «
vîngjlHiix auftées. » Nous devons entenedr
148 ÉTUDES PHILOSOPHIQUES.
ainsi toutes les paroles bibliques où il est
dit : L'esprit m'^emporta. La Sagesse angélique est à la Sagesse humaine ce que les innombrables forces de la nature sont à son action, qui est une. Tout revit, se meut, existe
en l'Esprit, car il est en Dieu, ce qu'expriment
ces paroles de saint Paul : « In deo sumus^
movemus^ et vivimus^ » nous yi vous, nous
agissons, nous sommes en Dieu. La Terre ne
lui offre aucun obstacle, comme la Parole ne
lui offre aucune obscurité. Sa divinité prochaine lui permet de voir la pensée de Dieu
voilée par le Verbe , de même que , vivant par
l'esprit, il communique avec le sens intime caché sous toutes les choses de ce monde. La
Science est le langage du monde ll'emporel ,
l'Amour est celui du monde Spirituel. Aussi
l'homme décrit-il plus qu'il n'explique , tandis que l'Esprit Angélique voit et comprend.
La Science attriste l'homme, l'Amour exalte
l'ange ; la Science cherche encore , l'Amour
SÉRAPHITA. 149
a trouvé. L'Homme juge la nature dans ses
rapports avec elle , l'Esprit Angélique la
juge dans ses rapports avec le ciel. ïlnGn tout
parle aux Esprits; ils sont dans le secret
de l'harmonie de créations entre elles.
Ils s'entendent avec l'esprit des sons, avec
l'esprit des couleurs, avec l'esprit des végétaux. Ils peuvent interroger le minéral , et
le minéral répond à leurs pensées. Que sont
pour eux les sciences et les trésors de la terre ,
quand ils les étreignent à tout moment par
leur vue , et que les mondes , dont les hommes s'occupent tant , ne sont pour eux que
la dernière marche d'où ils vont s'élancer à
Dieu? L'Amour du ciel ou la Sagesse du
ciel s'annoncent en eux par un cercle de ,
lumière qui les entoure et que voient les élus.
Leur innocence, dont celle des enfant est la
forme extérieure , a la connaissance des choses que n'ont point les enfans ; ils sont innocens et savans. — « Et , dit SWEDEN156 ÉTUDES PHILOSOPHIQUES.
<( BORG, l'innoceoce des deux Cent «nie
4( telle impressionr sur Famé, que tews.
« qu'elle affecte en gardent un rarréseme&t
« qui dure toute leur vie , comme je l'ad
«( moi-même éprouyé. Il suffit peut-être,
« dit-il encore, d'en avoir une minime perce ceptiof) pour être à jamais changé , pour
te vouloir aller aux cieux et entrer ainsi dans
« la sphère de rEspérance. » Sa doeirlne
sur les mariages peut se réduire à ce peu
de mots : « Le Seigneur a pris la beauté ,
l'élégance de la vie de l'homme et Ta
transportée dans la femme. Quand l'homme
n'est pas réuni à cette beauté, à celte
^égance de sa vie , il est sévère , triste et
farouche; quand il y est réuni, il est joyeux,
il est complet. » Les anges sont toujours
dans le point le plus parfait de la beauté.
Leurs mariages sont célébrés par des cérémonies merveilleuses. Dans cette union,
qui ne produit point d'enfans, l'hoDKBe
aawlAAuaeSÉaAPHITA* 151
a donné l'entendesebnt, la femme a donné
la VOLONTE. Ils deviennent un seul être , une
SEULE chair ici-bas ; puis, ils vont aux cieux
après avoir revêtu la forme céleste. Ici— bas,
dansVétat naturel, le penchant mutuel des
denx sexes vers les voluptés est un Effet qui
entrainé et fatigue et dégoût; mais sous sa
forme céleste, le couple devenu le méme^%-
jprit trouve en lui-même une cause incessante de voluptés. SWEDENBORG a vu
ce mariage des Esprits , qui , selon saint
Luc , n'a point de noces ( 20 , 35 ) , et
qui ne donne que des plaisirs spirituels.
Un ange s'offrit à le rendre témoin d'un mariage et Tentraina sur ses ailes (les ailes sont
un symbole et non une réalité terrestre).
II le revêtit" de sa robe de fête , et quand
SWEDENBORG sevjt habillé de lumière ,
il demanda pourquoi. — Danâ cette circonstance , répondit l'ange , nos robes s'^allument, brillent et se font nuptiales.
152 ÉTUDES PHILOSOPHIQUES»
(DkLICI^ SAP. DE AM. CONJ. , 19, 20* ,
21). II aperçut alors deux anges qui vinrent,
î'un du Midi , Tautre de rOrient ; Fange
du Midi était dans an char attelé de deux
chevaux blancs , dont les rênes avaient là
couleur et Téclat de l'aurore ; mais qua.nd ils
furent près de lui , dans le ciel , il ne irît
plus ni les chars ni les chevaux. L'ange
de rOriçnt vêtu de pourpre , et Tange dm
Midi vêtu d'hyacinthe accoururent comme
deux souffles et se confondirent; Tua était
un ange d'Amour, l'autre était un ange de
Sagesse. Le guide de SWEDENBOKG lui
dit qu'ils avaient été liés surJa terre dTmie
4imitié intérieure et toujours unis, quoique
séparés par les espaces. Le ccmsentement, qui
est l'essence des bons mariages sur Fa terres
est l'état habituel des anges dans le cîeF. L'a?-
mour est la lumière de leur monde. Le ravissèment éternel des anges vient de la faculté
que Dieu lent communique de lui rendre h
\
SÉRAPHITA. 153
lai-mème la joie qu'ilsen éprouvent. Celte réprocité d'infini fait leur vie. Dans le ciel, ils
deviennent infinis en participant de l'essence
de Dieu qui s'engendre par lui-même. L'immensitédes cieux où vivent les anges est telle,
que si Thomme était doué d'une vue aussi
continuellement rapide que l'est la lumière
en venant du soleil sur la terre et qu'il regardât pendant l'éternité , ses yeux ne trouveraient pas un horizon où se reposer. La
lumière explique seule les félicités du ciel.
C'est, dit-il (Sap., Aug. ,7 , 25 , 26, 27) ,
une vapeur de la vertu de Dieu , une émanation pure de sa clarté, d'une blancheur auprès
de laquelle notre lumière serait l'obscurité.
Elle peut tout , renouvelle tout , ne s'absorbe
pas ,, environne l'ange et lui fait toucher Dieu
par des jouissances infinies que l'on sent se
multiplier infiniment par elles-mêmes. Cette
lumière tue tout homme qui n'est pas préparé
à h recevoir. Nul ici-bas, ni même dans
r*
S
154 ÉTUDES PBILOSOraïQCES.
ciel, De peut vwr Dieu et vivre. Voilà pour- "^
quoi ile8ldii(£:^.xix, 12, 13,21,22,23):
La montagne où Moïse parlait au Seigneur était gardée ^ de peur que quel'^
qu'un venant à jr toucher , ne mourût.
Puis encore ( Ex . xxxi v , 29 — 35) : Quand
Moïse apportais secondes Tables y sa
face brillait tellement , qu'il fut forcé
de la voiler pour ne faire mourir per^
sonne en parlant au peuple, La transfiguration de Jésus-Christ accuse également
la lumière que jette un Messager du ciel et
les ineffables jouissances que trouvent les
anges à en être continuellement imbus. Sa
face, dit Saint Matthieu (xvii , 1-5), resplendit comme le soleil y ses vétemens denunrent comme la luntière^ et un nuage
couvrit ses disciples . Enfin quand le monde
n'enferme plus que des hommes qui se i-efusent au Seigneur , qu^ sa parole est méconnue , que les Esprits Angéliques ont été
sÉAA^HjnrA. 155
assemblés des quatre yents, Dieu envoie un
Ange exterminateur pour changer la masse
du monde réfractaire qui n'est, pour lui ,
'dans l'immensité de l'univers, que ce que
. peut être pour nous un germe infécond. En
approchant du Globe, l'Ange Exterminateur
porté sur une tomète, le fait tourner sur son
axe ; tes continens deviennent le fond des
mers , les plus hautes montagnes deviennent des ties, et les pays, jadis couverts
des eaux marines , renaissent parés de leur
fraîcheur en obéissant aux lois de la Genèse , et la parole de Dieu reprend sa force
sur une terre qui garde en tous lieux les
effets de Teau terrestre et du feu céleste.
Alors la lumière , que l'Ange apporte d'En*-
Haut, tkit pâlir le soleil. Alors, comme dit^^
Isaïe (19-20) : Les hommes entreront
dans des fentes de rockers , se blottiront
dans la poussière. Ils crieront ( Apocalypse, VII, 15-17) aux montagnes : Tomi56 . ETUDES PHILOSOPHIQUES.
bez sur nous! A la mer ; prends^nousl
Aux airs : cachez-nous de la fureur de
V Agneau! L'Agneau est la grande figuredte»
anges méconnus et persécutés ici-bas. Ahm
Christ a-t-il dit : Heureux ceux qui
souffrent ! Heureux les simples ! Heiù^
reux ceux qui aiment! Tout SWEDENBORG est là : Souffrir, Croire, Aim«r.
Pour bien aimer , ue faut-il pas avoic sooiFfert, et ne faut-il pas croire? L'Amour
engendre la Force et la Force donne ta Sagesse ; de là rintelligence , car la Force eC
la Sagesse comportent la Volonté, felre intelligent ,, n'est-ce pas Savoir, Vouloir et
Pouvoir, les trois attributs de TEsprît Angélique. Si tuniipers a un sens^ voilà le plus
digne de DieUy me disait M. Saint-MarCîo
que je vis pendant le voyage qu'i^ fit en
Suède. — ^Mais, monsieur , reprit M. Becker
après une pause, que signifient ces km*
b'eaux pris dans l'étendue d'une œuvre dont
SÉRAPHITA. 457
on ne peut donner une idée qu'en la com
parant à un fleuye de lumière, à des ondées
de flammes?, Quand un homme s'y plonge ,
il est emporté par un courant terrible , et le
poëme de Dante Alighieri fait à peine l'effet
d'an point , à qui yeul se plonger dans les
innombrables versets à l'aide desquels SWEDENBORG a rendu pal pables les mondes célestes, comme Beethoven a bâti ses palais
d* harmonie avec des milliers dé notes, comme
les architectes ont édifié leurs cathédrales avec
des milliers de pierres. Vous y roulez dans
des gouffres sans fin, où votre esprit ne vous
soutient pas toujours, et il est nécessaire d'avoir une puissante intelligence pour en
revenir sain et sauf à nos idées sociales.
— SWEDENBORG, reprit le pasteur,
affectionnait particulièrement le baron de
Séraphitz, dont, suivant un vieil usage suédois , le nom avait pris depuis un temps
immémorial la terminaison latine nst. Le
158 ÉTUDES PHUCMOFHIQUES.
baron fut le pins ardent disciple du Prophète suédois qni avait . ouvert en loi
les yeox de l'HoiBnie Intérieur, et J arait
dispose poar une vie oonforme aai ordres
d'En-Haut. Il chercha parmi les femmes
m Esprit Angélique , et SWEDENBORG
le lai trouva dans une vision. Sa. fiancée
fat la fille d'un cordonnier de Londres , en
qni , disait SWEDENBORG , éclatait la vie
du ciel , et dont les épreuves antérieures
araienf été accomplies. Après la transformation du Prophète, le baron v4nt à Jarvis pour
(aire ses noces célestes dans les pratiques, de la
prière. Quant à moi, monsieur» qui ne suis
point un Voyant, je ne me suis aperçu que
des œuvres terrestres de ce couple. Leur vie
a bien été celle des saints et des saintes dont
l'Eglise romaine exalte les vertus ; ils ont
adouci la misère des habitans et leur ont
donné à tous une fortune qui ne va point
sans un peu de travail, mus qui suffit i
SteAPÉRTA fSd
leurs besoins. L^s gens qui técurent près
d'eux ne les ont jamais surpris dans un
mouTement de colère ou^d*ilnpatience; ils
ODi été constamment , bienfaisans et doux,
^eins d'aménité, de grâce et de vraie bonté/
Leur mariage a été T harmonie de deux âmes
incessamment unies. DetTx eiders volant du
même vol , le son dans l'écho , la pensée dans
ia parole, sont peut-être des imagesimparfaites
de leur union. Ici chacun les aimait de cette
affection dont Tamour de la plante pour le
soleil peut seul donner une idée. La femme
était simple dans ses manières , belle déformes , belle de visage , et d'une noblesse semblable à celle des personnes les plus augustes.
En 1783 , dans la vingt-sixième année de
son âge, cette femme conçut un enfant. Sa
gestation fut une joie grave. Les deux époux
faisaient ainsi leurs adieux au monde , car
ils me dirent qu'ils seraient sans doute transformés quand leur en£ant aurait quitté la
160 irODES PHILOSOPHIQUES.
robe de chair qui avait besoin de leurs soins
jusqu'au moment où la force d'être par ellemême lui serait communiquée. L'enfant naquit et fut cette Séraphlta qui nous occupe
en ce moment. Dès qu elle fut conçue , son
père et sa mère vécurent encore plus solitairement que par le passé , s' exaltant vers
le ciel, par la Prière. Leur espérance était de
voir SWEDENBORG, et la foi réalisa leur espérance. Le jour de la naissance de Séraphlta,
SWEDENBORG se manifesta dans Jarvîs ,
et remplit de lumière la chambre où naissait l'enfiint. Ses paroles furent , dit-on : —
U œuvre est accomplie^ les deux se ré"
jouissent! Les gens de la maison entendirent
les sons étranges d'une mélodie , qui , disaient-ils , semblait être apportée des quatre
points cardinaux par le soufDe des vents . L'esprit de S WDENBORG emmena le père hors
de la maison et le conduisit sur Je Fiord, où
il le quitta. Quelques hommes de Jarris
siRAPHITA. 161
«'étant alors approchés de M. Séraphitû»,
rentendirent' prononçant ces suaves paroles de l'Ecriture : — Combien sont
beaux sur les montagnes les pieds dé
tange que nous envoie le Seigneur !
Je sortais du presbytère pour aller au
château, y baptiser l'enfant, le nommer
et accomplir les devoirs que m'imposent les
lois, lorsque je rencontrai le baron. — Votre
ministère est superflu, nae dit-il, notre enfaut doit être sans nom sur cette terre. Vous
ne baptiserer pas avec l'eau de TEglise
terrestre celui qui vient d'être ondoyé par
le feu du Ciel ; cet enfant restera fleur ;
vous ne le verrez pas vieillir, vous le verrez
passer; vous avez l'exister, il a la vie; vous
avez des sens extérieurs , il n'en a pas : il est
tout intérieur. Ces paroles furent prononcées
d'une voix surnaturelle dont je fus affecté plus
vivement encore que de l'éclat empreint sur
son visage qui suait la lumière. Son aspect
f 6fi ETUDES FHILOSCNPHIQUES.
réaliflatt ies fantastiques imges qoe non con^
eerons des inspirés, en lisant les prophéties
de la Bible; mais de tels e0e(s ne sont pas
rares au milieu de nos montagnes » où le
nitre des neiges subsistantes produit dans
notre 'organisation d'étonnans phénomènes.
Je lui demandai la cause de son émotkm,
~ SWEDENBORG est yenn, je le quitte,
j'ai respiré l'air du ciel, me dit-ih —
Sous quelle forme vous est -il apparu?
repris-je. — Sous son apparence mortelle.
Téta comme il l'était la dernière fois que je
le vis à Londres , chez Bichard Shearsnnlh,
dans Je quartier de Cold-Bath-Fieldy en
juillet 1771 . Il portait son habit db ratine à
reOets ehangeans , à grands boutons d'acier,
son giletfefmé,sacrav«Ceblanche,et la même
perruque magistrale , à ronleanx poudrés sur
tes côtés, et dontles cheveux rèleTésparderant
loi décoiEvraient ce front vaste et lumineiDc,
€» harmonie avec sa grande figure carrée.
.SÉRAPfilTA. 163
oà tout est puîssanee et calme. J'ai reconnu
ce nez à îarges narines pleines de féu;
f ai reyu cette boaché qui a toujours souri,
celte bouche angélique d'où sont sortis ces
mots, pleins de mon bonheur : — A bientôt. Et j'ai SCTiti les resplendissemens de
l'amour céleste. La conviction qui brillait dans le visage du baron m'interdisait
toute discussion ; je' l'écoutais en silence ;
sa Yoix avait une chaleur contagieuse qui
m'échauffait les entrailles; son fanalismie
agitait mon cœur, comme la colère d' autrui
nous fait vibrer les nerfs. Je le suivis en
silence et vins dans sa maison ^ ou j'aperçus
l'cnfent sans nom, couché sur sa mère,
qui l'enveloppait mystérieusement. Séraphtta
m'entendit venir et leva la tète vers moi ,
ses yeux n'étaient pas ceux d'un enfant
ordinaire ; pour exprimer l'impression que
j*cn reçus, il faudrait dire qu'ils voyaient et
pensaient déjà. L'enfance de ce tte c^ature
164 ÉTUDES PHILOSOPHIQUES.
prédestinée fat accompagnée de circonstances extraordinaires dans notre climat*
Pendant neuf années, nos hivers ont été
plus doux et nos étés plus longs que de
coutume. Ce phénomène causa plusieuft
discussions entre les sayans ; mais si leurs
explications parurent suffisantes aux académiciens , elles firent sourire le baron quand
je les lui communiquai. Jamais Séraphila
n'a été vue dans sa nudité , comme le sont
quelquefois les enfans. Jamais elle n'^ été
touchée ni par un homme ni par une
femme. Elle a vécu vierge sur le sein de sa
mère, et n'a jamais crié. Le vieux David
vous confirmera ces faits, si vous le questionnez sur sa maîtresse pour laquelle il a d'ailleurs une adoration semblable à celle qu'avait pour l'arche sainte le roi dont il porte
le nom. Dès l'âge de neuf ans , elle a commencé à se mettre en état de prière. La
prière est sa vie. Vous l'avez vue dans notr
SiaAPHTTA. 165
temple , à Noël /seul jour où ellef y ipienne ;
elle y est séparée des autres chrétiens patun espace considérable. Si cet espace n'existe
pas entre elle et les hommes , elle souffre ;
aussi reste4-elle la plupart du temps au
château. Les événemens de sa vie sont d'ailleurs inconnus , elle ne se montre pas ; ses
facultés , ses sensations, tout est intérieur ;
elle demeure la plus grande partie du temps
dans l'état de contemplation mystique , ha- ,
bituel, disent les écrivains papistes, aux
premiers chrétiens solitaires en qui demeurait la tradition de la parole de Christ. Son
entendement^ son ame, son corps, tout en
elle est vierge comme la neige de nos montagnes. Â dix ans , elle était telle que vous
la voyez maintenant. Quand elle eut neuf
ans, son père et 3a mère expirèrent ensemble, sans douleur, sans maladie visible,
après avoir dit T heure à laquelle ils cesseraient d'être. Debout , à leurs pieds «
i€6 ETUDES nOLMOtMIQUES.
die les regardait d'un œil calme:,
lémoîgDer ni titstesse» ni dooleiir, oi jeiat
ni cariosîté ; sen père ei sa laère loi koo»
riaient. Çoand utna Homes prenëre les
deux corps / eUe dit : — Emfcnlez t «-*•
Séraphtta , lui dis •*- je , car ihmls l'ayMs
appelée ainsi , n'étes-^tous. donc pas af<^
fectée de la mort de votre père et de TOtre
Bsère? ils votts aimaient tant ! — ^Morte? citt'*
elle. Non, ils sont en mot ponr toujours.
Ceci n est rien , ajottta-t--e]le en montmnt
sans aucune émotion les coips que Vaa
enlevait. Je la voyais pour la tMÎaièrae fois
depuis sa naissance. An lemple, il est dié**
ficile deraperceroir, elfe est debout près de
b eotonne à laquelle tient la chaire, dans
nne (d>scnriié qai ne permet pas de saisir
ses traits. Des serviteurs de cette maison, il se restait, lors de cet événement,
ipie le vieox David , qui , malgré ses qufttr^
vingtr-deoz ans, suffit k servir sa maitfesav»
Qoeliiiifii gem de Jarvis ont caecuté des
clMies merveilleuses sur eeUe fiUe. Leu»
contes ayant ipm une certaine eoosistaiiee
dbns un pays easenCidlenient* ami des mys*
lèies, je me suis mis à étudier le traité
des IneantatioBS de Jean Wier, et les ou**
nsges relatifs à la démonologie où sont conMçiés les effets prétendus surnaturels em
Fhomme, afin d'y cbercber des bits analo*--
fffM à ceux qui lui sont attribués.
. — Vous ne croyez donc pas en elle? dit
Wilfrid.
— -• Si feit , dit avec boubomie le pasteur;
je vois en elle une fille extrêmement capri**
eîettse, gâtée par ses parens qui lui oni
tmirné la tète avec les idées religieuses dont
je viens de vcms donner un léger aperçu.
Minna laissa échapper un signe de tête
^i exprima doucement une négation.
•^ Pauvre fille , disait "le docteur en continuant 1 Ses parens lui ont légué rexaltationfuneste qui égareles mystiques et les rend plus
168 ÉTUDES PHILOSOPHIQUES.
OU moins fous. Elle se soumet à des diètes qui
désolent le pauvre David. Ce bon vieillard
ressemble à une plante chétive qui s'agite au
moindre vent , qui s'ëpanonit au moindre
rajon de soleil. Sa maîtresse, dont il a pris
le langage incompréhensible, est son vent et
son soleil; elle a pour lui des pieds de diamant, son front est parseméd'étoiles, ellemarche environnée d'une lumineuse et blanche
atmosphère, sa voix est accompagnée de musiques , elle a le don de se rendre invisible.
Demandez à la voir, il vous répondra qu'elle
voyage dans lesTerres Astrales. Il est difficile
de croire à de telles fables. Vous le savez, tout
miracle ressemble plus ou moins à Thistoire
dé la Dent d'or. Nous avons une dent d'or
à Jaryis, voilà tout. Ainsi, Duncker le pè—
cheur affirme l'avoir vue , tantôt se plongeant dans le Fiord, d'où elle ressort sous la
forme d^un eider, tantôt marchant sur les
flots pendant la tempête. Fergus , qui mène
le» t)?(wi])ea9x im» h^ M^t 4it av^r vu ,
dans les temps pluvieux , 1« àtd tmîow^
clêir au «-dessus. d>u cjbftteav suédois^ et
toiijoii^rs Meu w-*diess0s ie la jÂte de ^én^
fbtU quand ^eite sort. PLusi^ours feo^mes en*
t^evrf las^fi^ns d'un orgue imœeimi quand
$iérapbMa vieut daus le temple , ^ daman*-
deit séncttsemeut à leurs voisiues si eUes
oe les enteudeut pas auasi- Mais «Mk fille ,
qf^ I depuis deuiL ans , Séraphita pi^eud en
affeetM^n » n'a fçiui entondu de musique , et
n'a poiot senti les parfums du àél qui t dit***
on , eiAbaunvani les airs quand «lie se piu^
mièue. Mwia ^ souvent rentra eu m'ex-
{U'imaut nue naïve admiration de j^une fille
pour les beautés de notre pvintemps , eUe rer
venait enivrée des odeurs que jettent les{m«
mièies pousses des mélèzes , des pina ou des
fleursqu'elleavait été jcesptrer aveodl^îm^
après un si long Uver, rien n^efH plus natu-^
rel que oet eToessif plaisir. La eompaguie
T. xxiriii. 8
170 ÉTUDES PHILOSOPHIQUES.
de ce démon n'a rien de bien extraordinaire,
dis , mon enfant?
— Ses secrets ne sont pas les miens, repondit Mînna. Près de lui, }e sais tout ; loin
de lui, je ne sais plus rien. Près de lui , je
uesuisplus moi; loin de lui, j'ai tout oublié de
cette vie délicieuse. Le voir est un rêve dont
je n'ai souvenance quesuivantsa volonté. J'ai
■pu entendre près de lui , sans m'en souvenir
loin de lui , les musiques dont parlent la femme
de Banker et celle d'Erikson ; j'ai pu près de
lui sentir des parfums céVesles , contempler
des merveilles, et ne jAus en avoir idée.
•^> Ce qui m'a ici surpris le plus , depuis
que je la connais , ce fut de la voir vous
souffrir près d'elle, reprit le pasteur en s'adressant à Wîlfrid.
Près d'elle l dit l'étranger, elle ne m'a
jamais laissé ni lui baiser, ni même lui toucher la main. Quand elle me vit pour la première fois , son regard m'intimidai Elle me
SJSRAPHITA. 17.1
dit : — Soyez le bien-venu ici , car vons deviez?
venir. Il me sembla qu'elle me connaissait.
J'ai tremblé. La terreur me fait croire en elle.
— Et moi Tamour, dit Minnasans rougir.
— Ne vous moquez- vous pas de moi? dit
M. Becker en riant avec bonhomie; toi,
ma fille , en te disant un Esprit d'Amour,
et vous , monsieur, en vous faisant un Esprit de Sagesse?
Il but un verre de bière , el ne s'aperçut
pas du singulier regard que Wilfrîd jeta sur
Minna.
— Plaisanterie à part, reprit le ministre,
j'ai été fort surpris d'apprendre qu'aujourd'hui , pour la première fois , ces deux folles
seraient allées sur le sommet du Falberg ;
mais n'est-ce pas une exagération de jeunes
fillesqui seront montées Mr quelque colline?
il est impossible d'atteindre à la cime du
Falberg. , .
— Mon père, dit Minna <j'une voix émue,
17â ÉTUDES nsnosoniiQUBs.
j'ai tJotic été Èonê te {lOTivmr à\t démon , t«r
fti gmvl te Falberg avec hii.
-^ Voàà qui defnérrt trffîetai , dié M. Becker, SRttiYa i^ft jamais ttéilti.
— Mon^iefur Bièeker , reprît Wilfrid , je
toasafflfmeqneSêfaphftaexerceiSttrmoi des
potivotrt si estfaordrnaiïiBS , que je m sais
aucuïie expression q\& pnîsse en flonncr une
idée. Elle m'a révélé des choses dont moi seul
— Somnambnffemé^tfît Je vfdflard.D'ailleurs plusieurs effets de ce genre sbnt rapportés par Jean Wier comme des phénomènes
fort explicables et jadis observés en Egypte.
— donfiez-moî les œuvres théosophîques
de SWEDENBORO , dit Wrlfriâ , je veux
me plonger dans ces gouffres de lumière dont
vous ni'avez donné soîf .
M. fiecker tendît un volume & Wiffrid qui
se mit à le lire aussitôt. Il était environ neuf
heures du soir. La servante vint servir le souSéEÂPHKTA. 17S
per. Hinna fit le thé. Le repas fini , chacun
d'eux resta silencieusement occupé, le pasteur à lire Ietraité:des Incantations, Wilfrid à
saisir ^esprit de SWEDENBORG , la jeune
fille à coudre en s'ablmant dans ses souvenirs.
Ce fut une veillée de Norwége , une soirée
paUible, studieuse, pleine de pensées , des
fleturs sous de la neige. En dévorapt les
pages du prophète, Wilfrid n'existait plus
que par ses sens intérieurs. Parfois , le
l^steur le montrait d'un air moitié sérieux,
moitié railleur à Minna, qui souriait avec une
sorte de trisitçisse. Pour Minna , la tète de
Séraphttiis lui souriait en planant sur le
nuage de fumée qui les enveloppait tous trois.
Minuit sotma. La porte extérieure fut violemment ouverte. Des pas pesans et précipités, les pas d'un vieillard effrayé se firent enlendre dans l'espècei d'antichambre étroite qui
se trouvait entre les deux portes. Puis, tout
à coup David se laotontra dans le parloir.
8*.
174 àtvilis MuuwofHiocEs.
— ^VialeDce! tioleÉcel l 'éeria-tril.Tena !
Irmes iom t Led âateM sont iléobalnésl ai ont
Â^ mitres de feux. Ge «eut des Adonis , dei
V^ttumne» , des Sirènei l ûê U leiiCaiit
GOHMBie lésas fat tenté sur h moi^giie. Ve»
nés les cAMSser.
-^Recontaissei^veqs le langage de SW&
DËNBORG ? le voili pur , dit en rianl le
pestear.
Mais Wilfrîd et Minna regardaient atec ter^
réar le yienx David qui , ses chevenx blancs
épars, les^uïéganés, les jambes tremblantes
et couTerles de neige , car i\ était venu sans
patins j restait agité comme si quelque Tent
tumultueux le tourmentait.
— Qu'est-il arrivé? lui dit Minna.
— Sh bien ! les Satans espèrent et yenlent <e reconquérir.
Ces mois 6rent palpiter Wilfrid.
— ^ Voici près de cinq heures qu'elle est
deboAt , les yeux levés au eiel , les bras éten*^
'
di» ; eilesinilGre, elle criée Dieo. le ne puis
îraDdûr les limites, renfer a fwê des Vertuniiies es leotimUe. Ils ont élevé des murailles de fer entre elle et son ?ieiix David «
Si elle a l)êsoin de moi, comment ferai-je?
Secourez-moi ! venez prier!
Le désespoir de ce pauvre vieillard était
effrayant, à vpir.
— Le darté de Dieu la défend , mais si
elle ailaîi céder à ta violence.
-*^ SîleBce { David , n'extravaguee pas !
Ceci est un fait à vérifier. Nous allons vous
accompagner, dit 4e pasteur, et vous verrez
qu'il ne se trouve chez vous ni Vertumnès,
ni Satans, ni Sirènes.
— Votre père est aveugfe , dit tout bas
David à Minna.
Wilfrîd , «ur qui la lettured'un premier
irmié de SWfDESTBORG qu'A avait rapidement parcouru , venait de produire un
effet violent , était déjà dans le corridor, oc176 ÉTCDBS PRULOSOPHIQUES .
cupé à mettre ses patios. Minna fut prèle
aussitôt. Tous deux laissèrent en arrière les
deux vieillards , et s'élancèrent vers le château suédois.
— Entendei-vous ce craquement? ditWilfrid à Minna.
— La glace du Fior remue , réponditMinna. Hais voici bientôt le printemps.
WilCrid garda le silence. Quand tous deux
furent dans la cour , ils ne se sentirent ni la
fiBK^uIté ni la force d'entrer dans la maison.
— Que pensez-vous d'elle ? di* WiJfrid.
— Quelles clartés 1 s'éaria Mînna qui se
plaça devant la fenêtre du salon. Le voilà !
mon Dieu y qu'il est beau ! O mon Séraphtttts ! prends-moi? L'exclemation de la jeune
fille fut toute intérieure. Elle voyait Séraphittts debout, légèrement enveloppé d'un
brouillard couleur d'opale qui s'échappait ^
une faible distapce de ce corps presque phosphorique.
^ SERAPHITA. 177
— Comme elle est belle , s'écria-t«-il mentalement aussi.
En ce moment, M. Becker arriva, suivi de
David; il vit sa fille et l'étranger, vint près
d'eux , regarda dans le salon , et dit : — Eh
bien! David, elle fait ses prières.
— Mais, monsieur, essayez d'entrer.
— Pourquoi troubler ceux qui prient?
En ce moment, un rayon de la lune, qui se
levait sur le Falberg, jaillit sur la fenêtre. Tous
se retournèrent émus par cet effet naturel qui
les fit tressaillir ; mais quand ils revinrent pour
voir Séraphîta, elle avait disparu.
— Voilà qui est étrange ! dît Wilfrid.
— J'entends des sons délicieux! dit Minna.
— Eh bien! quoi, dit le pasteur, elle va
sans doute se coucher?
David était rentré. Us revinrent en silence^
aucun d'eux ne comprenait les effets de celte
vision de la même manière : M. Becker doutait, Minna adorait, Wilfrid désirait.
FIN DU TOME QUATRIÈME DU LITRE DES DOULEURS.
T. IV. 9