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Librairie Générale.et Internationale G, FICKER PARIS — 6, rue de Savoie, 6 — PARIS’ • ■ ... SCIENCES OCCULTES AU FAYS DES ESPRITS Ou Roman vécu dans les mystères de l’occultisme ’ . Préface par le Docteur PA PlîS C’est un volume absolument indispensable pour tous ceux s’intéressant aux sciences occultes et à tous ceux voulant s'initier et étudier ses sciences.
L’édition anglaise est depuis longtemps épuisée ; èlle se paie 50 fr. environ si l’on trouve un exemplaire II en sera de même de l'édition française. Un fort volume francs ROMAN SATANIQUE Par Raymond MAYGRIER ’ Très connu des Spirites et des Occultistes, l’auteur dans son nouveau roman de Rédemption, nous initie au culte mystérieux et réel du Satanisme.
Il nous montre, en des scènes émouvantes et très dramatiques, son héroïne esclave d’abord nu vice et de Satan, s'acheminant à la Rédemption à la faveur d’un amour chaste et naïf Dans Rédemption, M Raymond Mavgrier évoque, sous une forme saisissante le pacte infernal, les praiiques de l’Énvoùtement, l’intervention, des démons succubes et, • nfin la possession démoniaque Ce roman vraiment nouveau et sorlant.de la banalité courante, est appelé à un très grand succès.
Prix 3 fr. 50 J.-B. POIRSON DÉCOUVERTE DE L’AME Titn cni-m -nar» Isa lihor+ó Si l’auteur atteint son but qui est de se faire reconnaître par son chef, ce livre commence une carrière dont on ne verra pas la lin. Si,, par suite d’er reur involontaire, il est rejeté, il sera l’ennemi de tout le monde, car il relègue l’Esprit Humain au second plan, et qu’y a-t-il de plus, féroce que l’AmourPropre blessé?
En attendant, il a un mérite, C'est que dans la Théologie et la Philosophie les plus hautes, il n’est pas employé vin terme ni une expres sion, qui, prise par, elle même, ne soit du plus vulgaire • langage. 'Sa clarté ne vient que du choc d’expressions simples. Un volume in-8. Prix. . . 3 fr. 50 Imprimerie de l’initiation, 15, rue Séguier, Paris
Cl. de Saint-Martin Page Astrologique (p. 97) PARTIE PHILOSOPHIQUE Les Mystères d'Isis (p. 98)............................. La Réincarnation et la Transmigration des Ames (p- iD).................................................. . . . Du sens des Mythes\p. 157) . XIID Conférence initiatique (p. 164). ’ •• - ■ Lettres .inédites de Claude de Saint-Martin (p. 170).
Partie littéraire : Histoire authentique d’un envoûtement en 1912.;. et en France. — La Bague fatale. — La Momie fatale. — Une maison hantée à Saint-Michel-de-Maurienne (Savoie). — Bibliographie. — Correspondance. — Les prédictions de Maya la Voyante.
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SOMMAIRE DU N“ 5 (FÉVRIER 1912) Revue DliilosoDliijne des Hautes Étu^ PUBLIEE MENSUELLEMENT SOUS LA DIin^TION DU Docteur 2F3 .Z^fe-S 94n>e VOLUME - 24’"° ANNÉE
L‘lnitation paraît sans interruption > depuis Octobre 1888. ■ Cette Revue a puissamment contribué à la renais sance, en France, du Spiritualisme scientifique. Mais l’Initiation, ainsi que son titre l’indique, n’est pas une Revue consacrée spécialement à la dif fusion des premiers éléments et des expériences de début concernant la Science psychique. L’Initiation est une Revue complémentaire de toutes les revues exotériques.
C’est l’organe des études approfondies de l’Esotérisme dans toutes les Écoles, et elle est établie pour compléter les recherches de tous ceux qui s’intéressent, au psychisme, aux sociétés occultes et à la traditionin initiatique. La collection de l’Initiation forme le compendium le plus complet des recherches occultes dans toutes les branches possibles.
Fidèle à sa ligne de conduite, l’Initiation est orga nisée pour faire paraître une foule d’études inédites de Saint-Yves sur l’Archéomètre, ainsi .que des publications de manuscrits inédits-de Fabre d’Olivet et d’autres auteurs qu’elle possède dans ses archives. Deux manuscrits d’Eckartharisen attendent aussi leur apparition. On voit que V Initiation est toujours prête à justi fier son antique réputation. , ‘i. I
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FEVRIER Signe Zodiacal : LES POISSONS LES POISSONS I.ES POISSONS . /?* PARTIE Zr TVmÂnr ùf/u. Liu-x. 1. Zwdinqur du Portique du G rua J Truqilr d'Ewir . ★ ★ ♦ À • •J. ZudiAqur du Purtiqm* du Temple nu hord d'Eiuié . 3 Zodiftipu* du Portique dn (iriuid Toupie à Drnderob. < 4. Zodiaque Circulaire A 1) ruderali. \ ES? ® 3. Phutiqdirrr de Srludinpublie par : ' p 1 bplière Vul><- d .\bd*Ai*ralnnnu 1 À yli i. ___ _________ 7 Sphère Moderne /AO //.* p.inrir: Zodiaque* (»reçu ou Rumatili* (Sjl 1 9 ZudlHtpICK Indien* ■ ®o À Zodiaque* Gothique* ? _■------------ Ì
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIEHTIFIQUE Cette partie est ouverte aux écrivains de toutes Ecoles sans aucune distinction, et chacun d’eux conserve la responsabilité exclusive de ses idées. ■ Les Mystères d’Isis II est peu de quesdons qui aient autant intéressé l’antiquité que celle des mystères d’Isis ou des au tres mystères de l’antiquité : mystères d’Osiris, ini tiation au temple d’Ammon. Les renseignements sont d’autant plus obscurs que les initiés faisaient un serment terrible de ne jamais révéler ce qu’ils avaient appris dans les mys tères ou les cérémonies qui accompagnaient les dits mystères. Mais, comme la nature humaine est toujours là, les initiés ont essayé de révéler, par allégorie ou par histoire symbolique, certains points qui permettent aux chercheurs, grâce à des concor dances, de voir un peu clair dans cette obscure question. En lisant entre les lignes le livre 11 des Métamor phoses d'Apulée, le De antro nympharum dejanblique, ainsi qu’un excellent résumé des mystères d’Isis fait par M. A. Moret dans ses Rois et Dieux d’Égypte, on peut approfondir assez cette question pour en tirer des éléments d’étude très intéressants, sur tout en y adjoignant les enseignements de la tradi
LES MYSTÈRES D’iSIS 99 tion ésotérique sur le dédoublement de l’être hu main, et les renseignements donnés par Saint-Yves d’Alveydre dans sa Mission dû l’Inde sur le Ma hatma et les initiations secrètes de l’Agarta. Nous laissons de côté les prétendues révélations de Boulage sur les mystères d’Isis, qui ne sont qu’une mauvaise adaptation de la franc-maçonnerie moderne à ces mystères anciens qui en constituent l'origine. * ♦ * Nous rappellerons rapidement que c’est vers la XV° dynastie égyptienne, lors de l’invasion des pas teurs, que les grands mystères furent établis par les savants d’Egypte, pour cacher la science hermé tique aux profanes et pour réserver l’initiation à ceux qui en ont été jugés dignes. Avant d'aborder les mystères, il fallait montrer qu’on était courageux : il y avait des épreuves phy siques, que nous retrouverons déformées dans les compagnonnages du Moyen Age et dans la Franc-Ma çonnerie du xvni0 siècle. Ces épreuves physiques consistaient à traverser des couloirs obscurs, du feu, des torrents, et à surmonter le vertige lorsqu’on était suspendu à deuxanneaux au-dessus d’un gouffre et quand on était secoué par un courant d'air vio lent. Delaunay, puis Christian dans son Histoire de la Magie, ont longuement décrit ces mystères. A l’en contre de ces derniers auteurs, nous ne croyons pas que l’initiation avait lieu dans la pyramide. D’après
400 l’initiation les recherches des archéologues modernes, l’initia, tion devait se faire dans les cryptes des temples. Le Sphinx, enfin déblayé par les merveilleux tra vaux de Maspéro, présente entre ses pattes une porte. Cette porte, selon toute vraisemblance, com muniquait par une galerie avec l’admirable temple de granit qui lui-même était en relation avec la py ramide.
C’était dans le temple de granit, presque certai nement, qu’avaient lieu les initiations aux mystères. Mais, comme tout cela se tient, la légende s’est ré101 J LES MYSTÈRES D ISIS pandue que la pyramide était le centre de la trans mission de la science ésotérique.
Enfin signalons une tradition des plus intéres santes qui veut qu’aujourd’hui encore certains sanc tuaires secrets existent au delà des montagnes qui bordent l’horizon des pyramides.
Mais taisons nous et revenons aux travaux qui permettaient à l’apprenti de devenir un myste, puis un épopte, noms terrestres des soldats de la bonne déesse pour les initiés aux mystères d’Isis, des sol dats du dieu pour les initiés aux mystères d’Osiris ou de Mythra.
Parla suite chaque temple d’Isis avait ses cryptes d’initiation où les cérémonies se déroulaient pareilles pour tous les initiés. * ¥ ¥ On peut diviser l’initiation en quatre parties : i° Le baptême ; 2° La mort et la renaissance ; 3° La descente aux enfers ; 4° La transfiguration en soleil.
Ces phases d’initiation, nous le verrons, ne repré sentent rien pour celui qui ne connaît pas les mys tères du plan astral; mais elles sont, au contraire, du plus grand intérêt pour ceux qui ont pénétré les ar canes du dédoublement et de la vie spirituelle. Apulée nous dit que toute initiation devait être précédée d’une épreuve et d’une période de jeûne et de méditation.
Le futur initié louait dans la dépendance du tem102 l’initiation pie une cellule, et le futur épopte ne pouvait sor tir de cette réclusion volontaire qu'après avoir eu sa première vision. Le prêtre était incapable de donner l’initiation, si l’invisible n’àvait pas marqué par une vision que l’aspirant pouvait véritablement participer aux mystères.
Voilà pourquoi des apprentis attendaient quelque fois dix ou douze ans la révélation du plan invisible. Le grand-prêtre dit en effet à Apulée : « La déesse t’avertira elle-même du moment favo- « rabie. Dans sa main reposent les clefs des enfers et _ « la certitude du salut. L’initiation est comme une « mort volontaire, suivie d’un salut possible et « d’une renaissance.
Quelque intense que soitl’invo- « cation de l’aspirant, il faut attendre un avis for- « mel de la déesse. » Ce système de choix par l’invisible directement de ses soldats n’a jamais varié à travers les âges et, de nos jours encore, toute initiation qui n’est pas contrôlée par une cérémonie astrale n'est qu’orgueil et vanité terrestres.
Sous l’influence de la prière, du jeûne, mitigé par une alimentation particulière, Lucius (Apulée) voit la déesse lui apparaître en lui annonçant que le mo ment est venu.
Il faut croire qu’une relation secrète existe entre l’apparition et le grand-prêtre, puisque, sans que l’initié futur ait eu besoin de parler, dès qu’il se pré sente le matin à l’office, le grand-prêtre le prend à part et lui lit certains textes écrits en caractères hiératiques.
-103 L’aspirant va pouvoir faire partie du saint trou peau. Il est conduit par le grand-prêtre, entouré des initiés, vers le torrent qui circule dans la crypte du temple, il va subir le rite du baptême, c’est-à-dire que la purification symbolique de son corps phy sique par l’eau va précéder la purification de son as tral. 11 devient un nouvel homme, et c'est ce jour même que commence sa vie réelle sur la terre.
Jusque-là il n’était qu’un profane, mêlé au trou peau des profanes. Après la purification par ce baptême physique, Lucius est reconduit au temple, où il se prosterne devant la déesse. On lui communique les mots de passe du premier grade de l’initiation, avec cette con sidération que les mots de passe ouvraient les portes de l’invisible aussi bien que celles du temple visible.
Nous voyons plus tard, chez les Gnostiques, ré véler ces mystères en évoquant les fonctions mysté rieuses dans l’astral des archons des Eons Après le baptême, l’initié devait, pendant dix jours, ne rien manger qui ait eu vie, et ne faire usage d’aucun excitant.
Nous retrouvons là la sa gesse antique, qui employait le végétarisme par périodes ne dépassant jamais quarante jours, et qui réservait cette pratique aux communications entre l’invisible et le visible. Les dix jours de jeûne é.coulés, la deuxième phase des mystères commençait, la plus importante de toutes, celle qui se rapporte à la mort et à la renaissance. Nous rapportons ici, intégralement, la citation d’Apulée :
« Sans doute tu demandes, lecteur attentif, ce qui « se dit alors et ce qui se fait? Je le dirais s’il était « permis de le dire, tu le saurais s’il était permis de « l'entendre; mais les oreilles et la langue commet- « traient alors un pareil sacrilège à cause de cette « curiosité téméraire. « Si cependant tu es suspendu dans une attente re- « ligieuse, je ne veux pas te crucifier d’une plus longue « angoisse.
Ecoute, mais crois ce qui est la vérité. « J’ai approché des confins de la mort, et, après « avoir foulé le seuil de Proserpine, je revins « transporté au travers de tous les éléments. Au mi- « lieu de la nuit, j’ai vu le soleil resplendissant « d’une blanche lumière, les dieux des enfers et les « dieux du ciel; je me suis approché d’eux et je « les ai adorés de tout près.
« Voilà ce que je puis te rapporter, et ce que tu « as entendu il est nécessaire que tu ne le comprennes « pas cependant. » Pour ceux qui savent, ce passage est très clair, et il montre que l'initié, devenu sujet passif, était mis en rapports directs avec le monde des morts, ou plutôt avec le monde de ceux que nous croyons morts et qui vivent dans un autre plan.
Proserpine est en effet la personnification grecque d’isis, révélatrice des mystères du plan invisible, et d’autres renseignements nous permettent d’affirmer avec une quasi certitude que l’initié, placé dans un cercueil ou sarcophage, et jouant le rôle de la mo mie, était dédoublé par l’emploi du magnétisme et transporté, sous la conduite de guides invisibles,
• LES MYSTÈRES D’iSIS 105 dans l’état second où il était mis en communication avec les morts et les dieux des morts. Ceux qui voudront bien étudier le grade de RoseCroix d’Hérédom verront que la deuxième chambre d’initiation est la reproduction de tableaux astraux.
L’entrée et la sortie de cette chambre, dite infernale, sont marquées par un squelette, ce qui indique, pour ceux qui savent lire, qu'il faut franchir les portes de la mort avant d’entrer dans cette salle, et qu’il faut refranchir ces portes mystérieuses avant de revenir de cette salle dans le plan terrestre.
Lorsque le niyste — puisque c’est le nom que prenait l’aspirant, après ce dédoublement astral — avait perçu ce grand mystère des rapports avec l’invisible, il était présenté au peuple, au milieu de grandes réjouissances, et devenait un soleil vivant sur la terre.
C’est alors que commençait la seconde partie de ■ l’instruction dans laquelle l’initié s’entraînait peu à peu à provoquer en mode actif et volontaire le dé doublement astral qui avait été provoqué en mode passif lors de la première partie de son initiation.
Les classiques se figurent qu’à ce moment l’initié jouait la comédie, et qu’on lui représentait des signes où les prêtres exposaient, également par un jeu de signes, quelques histoires traditionnelles. Or cette comédie est bien différente de celle des théâtres exotériques.Ce sont les mystères de la révo lution des astres et de l’action de ces astres sur la vie sociale et sur la vie humaine, qui sont figurés dans les représentations des prêtres. C’est la mort
'106 L’INITIATION d’Osiris avec ses trois sens : théogonique, physiogonique et sociologique, qui est révélée au futur conducteurde peuples; c’est le maniement des forces électriques permettant l’illumination, la nuit, des cryptes du temple par l’action de l’électricité stati que ; c’est le maniement des forces astrales, permet tant l’évocation des défunts à l’état de matérialisa tion, ou l’évocation du dieu mystérieux, gardien du temple; c’est enfin les paroles mystérieuses et les signes des paroles vivantes qui permettent toutes communications entre les mortels et les immortels.
Voilà ce qu’on enseignait à l’initié dans la se conde période de son initiation. Le Pharaon était lui-même l’objet des épreuves de l’initiation, et il ne revenait un Osiris vivant qu’après avoir subi, dans les cryptes du temple et dans les chambres du mystère, le dédoublement astral qui en faisait un participant à la double nature humaine et divine.
C’est là ce remède qui donne l’immortalité inven tée par Isis, et l’on comprend cette remarque, dans Moret : « que de cette épreuve le myste sortait pa reil à Osiris. Aussi vrai que ce Dieu vivait à jamais, aussi vrai l’initié vivrait après la mort.
Et de même qu’en Egypte le défunt, consacré par les rites, porte le nom et assume le rôle d’Osiris, de même I’isiaque initié se faisait représenter avec le costume et les attributs de Sérapis. » Plutarque, dans son Traité d’Isis et d’Osiris, donne également de précieux renseignements sym boliquement voilés sur ce mystère.
LES MYSTÈRES D’iSIS 107 Revenu sur terre après l’initiation, le néophyte était un ressuscité. Et, pour marquer que chez lui le corps lumineux s’était enfin dégagé du corps im mortel, le myste revêtait un vêtement brillant comme le jour, pareil à celui d’Osiris ressuscité.
Symboliquement cette promenade dans le monde astral était représentée par la libération d’un homme préalablement enfermé dans une peau d’animal, géné ralement une vache en bois, ou une peau de vache, la vache Nouir étant la représentation du ciel astral à la marche duquel l’initié était appelé à participer. * * * Comme nous l’avons dit, l’entraînement et les instructions données à l’initié l'amenaient peu àpeu à exercer, en mode actif, les rites qui permettaient le dédoublement astral.
C'était le passage volontaire par la mort, l’appel des ^sensations que tout être humain éprouve à la mort naturelle, et la certitude que la mort n’existait pas et n’était qu’une variété de sommeil d’où l’âme se réveillait plus forte. Plutarque a donc pu dire très justement : « L’âme, au moment de la mort, éprouve la même impression que ceux qui sont initiés aux grands mystères.
Le mot et la chose se ressem blent on dit teleutai (mourir) et teleistai (être ini tié). « Ce sont d’abord des courses au hasard, de pé nibles détours, des marches inquiétantes et sans terme à travers les ténèbres. Puis, avant la fin, la
108 ' L’INITIATION frayeur est au comble le frisson, le tremblement, la sueur froide, l’épouvante.
« Mais ensuite une lumière merveilleuse s’offre aux yeux, on passe dans des lieux purs et des prai ries où retentissent les voix et les danses ; des pa roles sacrées, des apparitions divines inspirent un respect religieux (i). » C’est alors qu’a lieu la comparution devant le tribunal sacré, le*passage dans les douze signes du zodiaque, et la suite des mystères. * ¥ ¥ Dans les sociétés orientales d’initiation, les initiés véritables se reconnaissent, ainsi que nous l’avons dit, à la manière dont ils décrivent les astres qui composent notre système solaire.
Il n’y a pas en effet de meilleure preuve de dédoublement astral que la description des centres astraux dans lesquels on a pu se transporter ou être transporté, suivant son état psychique. C’est ainsi que l’initié aux mystères d’Isis fran chissait le torrent des forces astrales figuré dans toutes les initiations par le serpent.
La force d’attrac tion du soleil surja terre, qui est insensible à l’état physique, devient sensible dans le plan astral, et il faut une énergie toute spéciale pour franchir ce torrent. Comme cette attraction est l’origine du temps de l’année, en hébreu Schanah qui, en lan gue assyrienne, donne Nahahs, elle a été figurée par (1) Plutarque, Immortalité de l’âme, traduction Foucart, p. 56. — Cité par Moret.
LES MYSTÈRES D'iSIS 109 un serpent qui se mord la queue, image du destin cynique. Une fois cette zone franchie, l’initié était en pré sence des génies mystérieux qui gardent les portes du ciel, ce que les êtres de la terre ont appelé les bornes zodiacales.
La terre se présente, en vingtquatre heures, successivement devant chacun des 12 signes, et en une ou deux séances d’extériorisa tion, l’initié percevait les êtres invisibles gardant chacune des douze portes. De retour sur la terre, cette compréhension des mystères zodiacaux était figurée par les douze robes de l’initiation, de couleurs différentes, que revêtait le myste.
A côté de cette initiation astrale, il y avait la con fession devant les juges. Cette confession était-elle physique, comme le croit Christian dans son Histoire delà magie, et le futur initié devait-il faire le récit complet de sa vie antérieure et de ses angoisses morales devant trois juges de chair et d’os ? 11 est difficile de préciser ce point.
Au contraire cette com parution devant les juges était-elle astrale et s’agissait-il d’une mise en présence de l’initié dédoublé avec des êtres spirituels du plan des jugements ?
Cette seconde version nous semble plus probable, à moins que, pour concilier le tout, il n’y ait eu deux jugements ; l’un sur terre avant l’initiation et en présence des aelohims vivants ou grands-prêtres du temple, et l’autre dans le monde invisible en pré sence des juges mystérieux du tribunal de Pro serpine.
Quoi qu’il en soit, le tribunal des lieux inferieurs des enfers est une réalité, sur quelque plan qu’il se trouve; il a été cité par tous les révélateurs de l’initiation : Virgile, Horace, Homère, et il a été évo qué aussi par le Dante. Les êtres astraux chargés de débarrasser l'âme de ses noirs péchés sont perçus dans ce stade de l’ini tiation et sont évoqués par les initiés sous la figure de la mangeuse à forme cynocéphale.
Ces tablaeux présentés à l’initié n'étaient donc pas de la toile peinte, comme dans les prétendus mys tères de la franc-maçonnerie actuelle ; c’étaient des évocations réelles de visions astrales. Une fois l’initiation accomplie, on étudiait les mystères pratiques, parmi lesquels la connaissance de la transmutation et des secrets hermétiques tenait une grande place.
Dans le 33e degré de la francmaçonnerie à rite Ecossais, ceux qui savent re trouveront une partie de ces mystères déformés et incompris, mais cependant assez clairs pour se rendre compte de cette partie de l’enseignement égyptien. ' .
L’évocation des forces astrales matérialisées au moyen des fluides vitaux tirés des victimes sacrifiées dans le temple explique comment Lucius « au milieu de la nuit voit le soleil éblouissant de lumière »,-soit qu’il ait été transporté en astral vers la partie du ciel située alors sous la terre et inondée de lumière, soit que, plus justement, la lumière secrète de la
LES MYSTÈRES D’iSIS 111 nature ait été évoquée devant lui dans une des cryp tes du temple. • Moret, page 205, dans une note, dit très juste ment : « Tu ne seras pas amendé par la splendeur de la lumière que l’on te montre. » — Paroles de Firnicus Maternus à Onisiaque. Les mystères d’Eleusis comportaient, dit le même auteur, cette irruption théâtrale de la lumière dans la nuit.
Le summum de récompense pour un esprit rece vant de l’autre monde le juste salaire de ses vertus était, pour l’Egyptien, la participation à la marche des astres. Au sein du soleil Ra, dans la barque so laire, devenir un dwan-shohan est pour le théosophe un idéal à atteindre, et le dwan-shohan est un gé nie s’occupant de la marche des astres.
A notre avis donc, il ne s’agissait pas dans les mystères d’isis de symboliques apparitions, de le çons données au tableau, mais bien de pratiques vivantes, de dédoublement réel, qui permettaient à l’esprit de prendre connaissance de tous les mys tères de la mort; et nous comprenons ainsi ces pa roles de Porphyre {De Âbstinentia) : « Les âmes, en traversant les sphères planétaires, se revêtent, comme de tuniques successives, des qualités de ces astres (1). » ★ ¥ ♦ Après ces voyages astraux, sa comparution devant le tribunal des dieux des morts et son jugement, (1) Moret, p. 205.
l'initiation 112 l’initié est véritablement un Orisis vivant; il est fils d’Isis, et, dans la joie débordante de son cœur, il se prosterne devant la statue de la déesse des grandes eaux de la Maha Maya céleste, de celle qui lui appa raît rayonnante dans l’illumination de la lumière as trale, et il s’écrie : « O Mère céleste, déesse de la pitié, tu as effacé de mon cœur la crainte de la mort, tu as manifesté à mon âme la beauté de la vie éter nelle, sois bénie maintenant et toujours. » Le mépris de tout ce que les êtres de la terre con sidèrent comme des forces, a maintenant envahi l’âme de l'initié : l’argent, qu’il peut fabriquer à son gré, les horreurs terrestres qui ne sont plus rien pour lui, la reconnaissance ou l’ingratitude des hommes, —tout cela est éloigné de son cœur.
On peut l’envoyer reconstituer un peuple qui s’ef fondre : il réorganisera les lois de ce peuple d’après la mathématique sociale de l’hermétisme ; puis il s’en ira, pauvre et tranquille, sans rien demander qu’une lumière de reconnaissance issue du cœur de la bonne déesse.
11 traduira pour les ignorants la thorah : ce sera le Minotaure ou la thorah de Minos, le Numitor ou la thorah de Numa, le Manoutor ou la révélation de la loi d’Em-Manou-EI dans les Evangiles ; et les profanes feront de ces thorahs des taureaux et transformeront l’enseignement initiatique en instrument de despotisme.
Ce qu’il faut bien comprendre c’est que la vie de l’initié n’est plus sur terre; il vit réellement et tire son bonheur d’un autre plan ; mais justement parce qu’il est initié, il sait que son devoir consiste à se
¥ ¥ LES MYSTERES D ISIS 113 mêler à la vie terrestre, à soulager les ignorants, à être crucifié par les bêtes féroces à forme humaine, et il court à la mort, quand c’est nécessaire, avec le même calme qu’il irait dans sa chambre à coucher, caria mort est poùr lui un fait insignifiant.
A chaque extase il traverse ce monde dont les ignorants ont si peur, et il sait, ce que le Christ est venu révéler à l’humanité tout entière, que la mort ne possède un aiguillon que pour celui qui ne la connaît pas. C’est à ce moment que l'apothéose de l’initié avait lieu.
Entouré de robes magnifiques, le visage illu miné par la connaissance du soleil immortel, l’initié était présenté au peuple avec tous les honneurs royaux, au moment même où ces honneurs le lais saient complètement indifférent. Revêtu de la tunique éclatante, c’est un être nouveau, un homme régé néré, qu’on présente à la piété des fidèles. Mais là n’est pas son bonheur.
Retiré dans sa cellule, il se met en prière, et la déesse du ciel lui apparaît lui disant : « Tu vivras heureux, tu vivras glorieux sous ma tutelle, et lorsqu’au terme pres crit tu descendras aux enfers, là aussi, dans le sou terrain hémisphère, tu me verras brillante dans les ténèbres de l’Achéron, gouvernant la retraite du Styx, et, quand tu habiteras les champs élysées, tu m’y adoreras comme une divinité favorable. » « Ap prends d’ailleurs que, si tu mérites notre protection par ton culte assidu, ton entière dévotion, ta pureté 2
L’INITIATION 114 inviolable, j’ai le pouvoir de prolonger ta vie au-delà du temps fixé par le destin (i). » Un autre initié, Cicéron, dit: « Nous connaissons enfin les raisons de vivre, et nous n’avons pas seu lement l’allégresse de vivre, mais un meilleur espoir dans la mort (2). » Moret, à qui nous empruntons tous ces passages, cite aussi cette inscription d’un initié d’Eleusis : « Oh ! certes, c’est un beau mystère qui nous vient des bienheureux.
Pour les mortels la mort n’est plus un mal, mais un bien. » Plutarque, dans son Traité sur l’Immortalité de l'âme, dit aussi : « Alors l’homme, dès lors parfait et initié, devenu libre et se promenant sans con trainte, célèbre les mystères une couronne sur la tête.
11 vit avec les hommes purs et sains, il voit sur la terre la foule de ceux qui ne sont pas initiés et purifiés, s’enfoncer et s’écraser dans le bourbier et les ténèbres, et, par crainte de la mort, s’attarder dans les maux par défiance du bonheur de là-bas. » Cette paix du cœur qui retrouve dans l’extase et la prière, la source vivifiante du seul bonheur dura ble d'ici-bas, est la récompense suprême de l’initié à toutes les époques; c’est pourquoi nous trouvons sur la tombe des initiés la formule mystérieuse : « Aie confiance avec Osiris », que comprendont maintenant nos lecteurs. Plutarque est celui qui a donné sur les mystères (1) Apulée, II. (2) De legibus, 2-14.
LES MYSTÈRES D’iSIS 1'15 d’Isis les renseignements les plus profonds. Si Apu lée nous révèle tout le côté extérieur des mystères, en gardant son serment et en ne disant rien des mystères intérieurs, Plutarque a été plus explicite, et nous ne saurions trop lui être reconnaissants de tout ce qu’il nous a révélé sur ce point.
Dans son Traité d'Isis et d'Osiris, il dit en effet : « Isis communique sa doctrine sacrée à ceux qui, par leur persévérance dans une vie sobre, tempé rante, éloignée des plaisirs des sens, des voluptés et des passions, aspirent à la participation de la nature divine; qui s'exercent assidûment dans les temples à ces pratiques sévères, à ces abstinences rigoureu ses, dont la fin est la connaissance du premier Maître, que l’esprit seul peut comprendre, et que la déesse nous invite à chercher en elle-même, comme dans le sanctuaire où il réside. » ★ Les mystères d'Isis, comme toutes les initiations antiques, comme les mystères modernes de la véri table Rose-Croix, avaient donc pour but de faire de l’être humain un nouvel homme.
Claude de SaintMartin, le philosophe inconnu, a révélé dans ses livres : T Homme de désir, le Nouvel Homme,ces mys tères à ceux qui veulent savoir. Si la franc-maçon nerie a perdu le sens intime des révélations que ses symboles traduisent, si le Vatican a perdu, dans la recherche des honneurs et de la pourpre, la commu nication avec le plan des forces divines, — il reste
•116 l’initiation sur la terre quelques êtres simples, humbles, pau vres d’argent mais non misérables, et dont le cœur est assez élevé pour pardonner à leurs ennemis, pour prier pour les profanes et pour les ignorants, et pour évoquer, dans le silence des sanctuaires in connus, la force qui vient du Seigneur, Dieu vivant venu en chair et qui donne à l’homme le plus grand bonheur qu'il puisse recevoir ici-bas : « la paix du cœur ». ♦ ♦ ♦ Muni de son bâton d’initié, le nouvel adepte des mystères d’Isis pouvait parcourir la terre entière.
11 était reçu comme un maître dans tous les temples alors existants; et cette tolérance universelle, ce res pect de la science, quelle que fût la forme terrestre de son origine, cette absence des guerres de religion, de création romaine, est pour nous un exemple utile à méditer.
Nous avons parcouru le cycle des mystères d’Isis : Nous avons vu la préparation au baptême et le bap tême, nous avons assisté à la mort et à la renais sance de l’initié dans la nuit sainte, à l’apparition de la déesse, à la descente aux enfers, et enfin à la transfiguration de l’initié en soleil visible humain. C’est là la fin des mystères d’Isis, dont les autres mystères ne sont que des images plus ou moins bien adaptées. Dr Papus.
DES AMES Notes documentaires DANS L’INDE De naissances en naissances, — Dans le cercle des exis tences, — J'ai couru, sans paix ni trêve — Cherchant qui fait la maison. —Quellesouffrance que de naître — Et de renaître encore, toujours I — Faiseur de maison, je t’ai vul — De maison, tu n'en feras, plus ! — Je t’ai brisé tous les montants — Détruit, jusqu’au toit la maison ! — Rien tère'plus ma raison. — de désirs! tous au néant (Lesjâtakas, Chant de toire du Botiddha.) La doctrine de la transmigration n’est pas exclusi vement spéciale à l’Inde.
Sur la terre entière, il s’est trouvé, il se trouve encore des hommes qui acceptent cette doctrine. La Grèce classique l’a connue et l’a pro clamée par de grandes voix : Platon y a cru ; Pindare y a cru ; Pythagorc en a fait un dogme fondamental de son école.
Le moindre écolier de nos lycées connaît l’aventure du philosophe samien qui reconnut, diti 1'18 L’INITIATION on, suspendu comme offrande à la paroi du temple, le bouclier qui couvrait jadis son bras, quand sous le nom d’Euphorbe il combattait dans la guerre de Troie.
Nous avons même emprunté à la langue grecque un mot qui désigne la transmigration : c’est la « métempsychose », qui indique clairement aux hellénistes du moins, les transformations de l’âme au cours d’incarnations successives. Nos ancêtres ou, plus modestement, nos devanciers sur le sol de la France, les Celtes partageaient aussi cette croyance ; les Druides l’enseignaient dans leurs écoles.
Mais, en dehors de l’Inde, la doctrine de la transmigration, n’a jamais pris la même ampleur, la même portée, la même popularité, la même persistance, le même caractère de nécessité. Nulle part, on ne peut l’étu dier avec autant de clarté. Les plus anciens docu ments de l’Inde, qui sont les hymnes védiques, semblent pourtant ignorer, ou peu s’en faut, la transmigration.
Le chantre védique se tient volon tiers terre à terre et se préoccupe assez peu de l’audelà (i). « Puissions-nous franchir cent hivers! » s’écrie l’un. — « Puissions-nous vivre cent au tomnes ! »répond l’autre. — « Nous sommeslesfils de Mann, les parents de la mort, prie un troisième. O Adityas, prolongez-nous bien l’existence à vivre!
« Si l’homme a fait des œuvres qui conduisent au monde du soleil, l'âme se rend au monde du soleil; si elle a fait des œuvres qui conduisent au (i) Sylvain Lévi, la Transmigration des âmes dans les croyances hindoues.
RÉINCARNATION ET TRANSMIGRATION DES AMES 119 monde du Créateur, elle va dans le monde du Créa teur. Ainsi l'âme va dans le monde auquel appar tiennent ses œuvres. » « A quoi donc sert d’avoir ici-bas des désirs et d’y chercher les plaisirs sensuels?
Livrez-vous à vos désirs, abandonnez-vous sans pudeur à toutes les voluptésr vous ne faites que vous astreindre à con tracter, en mourant, de nouveaux liens avec d’autres corps et avec d’autres mondes.
11 n’y a source de paix et de salut que dans la connaissance du Créa teur (i). » Ces passages cités des Védas faisant allusion à la transmigration sont très rares, et ce n’est que dans les Brâhmanas et les Oupanichads que nous verrons poindre et s’affirmer le dogme fondamental de la transmigration.
Le dialogue de Yâjnavalkya et d’Artabhâga, dans la Brhad-Aranyaka-Upanisad (3, 2) semble exprimer encore l’enthousiasme et l’émotion qui saluèrent cette grande découverte, alors qu’elle se transmettait comme un secret d’école, comme une sorte de mys tère arraché par surprise à la nature et aux dieux.
« Yâjnavalkya », dit-il, « quand de cet homme mort la voix entre dans le feu, le souffle dans le vent, l’œil dans le soleil, le manas dans la lune, l’oreille dans les points cardinaux, le corps dans la terre, l’âtman dans l’espace, les poils dans les plantes, les cheveux dans les arbres, et le sang et (1) Traduction de Lanjuinais, la Religion (les Hindous selon les Védas,
I' donc .. ’ tous ! , f • A f t . u'MiÉîiïÿ-- _______ ■' -i \ . L INITIATION le sperme se déposent au fond des eaux, où alors se trouve cet homme ? » — « Prends, mon cher, ma main. « Artabhaga », dit-il, « c’est nous deux seuls qui connaîtrons cela. Pas un mot de cela en public (i). » Si les hymnes étaient vagues, et les Brâhmanas imprécis, les Upanisadsn’hésitent pas, au contraire, à détailler par le menu le mécanisme de la mort.
L’âme commence par ramener en elle les organes qui mouvaient le corps, et elle se dirige vers le cœur ; le corps subtil qui l’enveloppe ne gêne pas sa marche ; il est assez fin pour passer par l'une quelconque des cent une veines ; il est transparent, et, par suite, échappe au regard ; il est chaud, car le corps qu’il abandonne se refroidit.
Une fois l’âme logée au cœur, la pointe du cœur devient lumineuse, et l’âme alors va chercher son issue, mais ce n’est pas le cas de répéter : Spiritus plat unde vuli (l’esprit souffle d’où il veut). Le choix de l’issue règle et annonce la destinée future; l’âme ne peut s’élever que si elle n’est pas alourdie de péchés. Elle va chercher alors au sommet du crâne une fente mys térieuse, le trou de Brahma, qui lui permet de s’échapper.
Trois voies à ce moment s’ouvrent devant elle : la route des dieux, la route des Pères, et la voie im monde qui ramène sur-le-champ aux animaux les plus vils. (1) A.-F. Herald, l’Upanishad du Grand Aranyaka. I
r RÉINCARNATION ET TRANSMIGRATION DES AMES A propos du trou de Brahma : un sorcier de Lahore ayant passé une partie de sa vie à recueillir sur les champs de crémations les crânes mal éclatés, se trouva maître d'une armée de démons qui firent trembler tout le pays à la ronde.
La Brihad-Aranyaka Oupanichad dit encore : « Ceux qui conquièrent les mondes au moyen du sacrifice, de la libéralité et de la pénitence, passent dans la fumée, de la fumée dans la nuit, de la nuit dans la quinzaine lunaire décroissante dans les six mois pendant lesquels le soleil se dirige vers le Sud, de ces six mois dans le monde des Pitris, du monde des Pères ils passent dans la lune.
Là, les Dieux dé cident les destinées de l’âme après la mort. Le code du droit Manava dharna çâstra, placé sous l’autorité du sage Manu ou Manou, et le code de la morale, greffé sur l’ancienne tradition des rhapsodies épiques, le Mahâ-Bharâta, sont tous deux en rapport étroit, si étroit même qu’une grande partie du Manu se retrouve textuellement répétée dans le MahâBhârata. L’un et l’autre enseignent expressément la doctrine des transmigrations.
Le code de Manu, qui débute par un exposé des origines du monde, s’achève sur la théorie du Karman, désormais ouverte à tous les esprits. Voici un passage du code de Manou ayant trait à notre sujet : 16. « Après la mort, les âmes des hommes qui ont commis des mauvaises actions prennent un autre corps, à la formation duquel concourent les cinq éléments subtils, et qui est destiné à être sou mis aux tortures de l’enfer.
122 L'INITIATION 17. « Lorsque les âmes revêtues de ce corps ont subi dans l’autre monde les peines infligées par Yama, les particules élémentaires se séparent et rentrent dans les éléments subtils dont elles étaient sorties. 18.
« Après avoir recueilli le fruit des fautes nées de l’abandon aux plaisirs des sens, l’âme dont la souillure a été effacée retourne vers ces deux prin cipes doués d’une immense énergie, l'Ame suprême (Paramâima) et l'intelligence (Mahaf). 19.
« Ces deux principes examinent ensemble, sans relâche, les vertus et les vices de l’âme ; et, suivant quelle s’est livrée à la vertu ou au vice, elle obtient dans ce monde et dans l’autre le plaisir ou la peine. 20. « Si l’âme pratique presque toujours la vertu et rarement le vice, revêtue d’un corps tiré des cinq éléments, elle savoure les délices du paradis (Swarga) ; 21.
« Mais, si elle s’est adonnée fréquemment au mal et rarement au bien, dépouillée, après la mort de son corps tiré des cinq éléments, et revêtue d’un autre corps formé des particules subtiles des éléments, elle est soumise aux tortures infligées par Yama. 22.
« Après avoir enduré ces tourments d’après la sentence du Juge des enfers, l'âme (Djîva) dont la souillure est entièrement effacée revêt de nouveau des portions de ces cinq éléments, c’est-à-dire prend un corps. 23. « Que l’homme, considérant par le secours de son esprit que ces transmigrations de l’âme
' ■r ■v T- ~ I ’ REINCARNATION ET TRANSMIGRATION DES AMES dépendent de la vertu et du vice, dirige toujours son esprit vers la vertu. 24. « Qu’il sache que l’âme (Atmâ), c’est-à-dire ï intelligence, a trois qualités (Gounas), la bonté çSattwa), la passion (Radjas) et l’obscurité (Tamas); et c’est douée de de ces qualités que l'intelli gence (Mahat) reste incessamment attachée au sub stances créées. 25.
« Lorsque l’une de ces qualités domine en tièrement dans un corps mortel, elle rend l’être ani mé pourvu de ce corps éminemment distingué par les marques de cette qualité ( 1 ). » Le Mahâ-Bhârata, où tout est énorme, développe le sujet avec une inépuisable profusion de traits, même qu’ils mangent le roi Sonia en disant : « Crois, décrois », les mangent.
Lorsque cette nourriture, qui est la leur (celle des Dieux), passe au delà, ils (ceux qui transmigrent) s’unissent à l’éther, de l’éther ils vont dans l’air, de l’air dans la pluie, de là pluie dans la terre. Ayant atteint la terre, ils devien nent la nourriture, ils sont de nouveau versés dans le feu de l’homme, puis ils naissent dans le feu de la femme. Se redressant, ils suivent ainsi le mou vement des mondes (2).
Les stances 8 et 13 du 4e Brahmanas disent encore :« Voici la vérité : avec l’œuvre il va à ce but propre où son manas est atta ché ; arrivé à la fin de cette œuvre, quelque œuvre (1) \f.anava-Dharma Sastra, traduction A. Loiseleur-Dcsloncharnps, XII. (2) P. Regnaud, les Premières Formes de la religion.
* qu’il œuvre ici-bas, ¡1 revient de ce monde-là à ce monde-ci, pour ouvrer l’œuvre. » « Ils entrent dans les ténèbres aveugles, ceux qui professent la négation des renaissances ; il y a plus de ténèbres encore pour ceux qui se plaisent dans les renaissances. « Ces mondes-là s’appellent Asuryas ; ils sont enveloppés par des ténèbres aveugles. C’est là qu’après la mort s’en vont ceux qui ne savent pas, ceux qui ne comprennent pas.
« Ce que nous sommes, c’est cela, oui cela, que nous devenons; si on ne le sait, grande est la per dition.
Ceux qui ont appris cela, ceux-là deviennent immortels, et les autres c’est à la douleur qu’ils vont. » Les deux codes du brahmanisme réformé ou, autre, ment dit, de l’Indouisme sont encore plus explicites (Mahâ Bharata, xiii, iii) : Yudhlsthira demande à Bhïsma : « Quand les hommes ont rejeté leur corps, qui ressemble à une bûche ou une motte de terre, et s’en vont dans ce monde là-bas, quels sont ceux qui suivent (le défunt)? » Bhïsma dit : « Voici qu'arrive le saint Brhaspati à la pensée haute; questionne-Ie, ce bienheureux, sur ce grand mystère éternel.
Car tu ne pourras pas l’apprendre d’un autre. Il ne se trouve en aucun lieu du monde un qui parle comme Brhaspati. » (Brhas pati arrive du ciel; Yudhislhira lui rend hommage et lui pose sa question :) « Saint connaisseur de toute loi, expert en toute
RÉINCARNATION ET TRANSMIGRATION DES AMES 125 science, qui est le compagnon du mortel? son père? sa mère? son fils? son guru ? Quand il passe dans l’autre m'onde, qui est-ce qui l’y suit? » Brhaspati dit : «Seul il vient au monde, et seul il disparaît; seul il traverse les passages difficiles, seul il s'en va dans la voie douloureuse. Il n’a, pour l’accompagner, ni père, ni mère, ni frère, ni fils, ni guru, ni parenté, ni alliances, ni amitiés.
En quittant le cadavre qui ressemble à une bûche ou à une motte de terre, les gens pleurent un instant, puis ils détournent la tête et s’en vont. Ce corps qu’ils ont abandonné, la jus tice seule marche à sa suite. Ainsi, que les hommes respectent toujours la justice, leur éternel compa gnon !
Le mortel qui a pratiqué la justice s’en ira demeurer là-haut, dans le ciel ; le mortel qui a pratiqué l’injustice prend la route de l’enfer!... » Yudhisthira dit: « Le corps humain, une fois mort, est si subtil qu’on ne le perçoit plus; il échappe au regard.
Comment donc la justice le suit-elle? » Brhaspati dit : « La terre, l’air, l’espace, l’eau, la lumière, le manas, le compagnon final (?Yama?; Antaga = Antaka?j, la raison et l'âtman ensemble voient la justice perpétuellement ; ils sont nuit etjour les témoins de tout ce qui respire ici-bas ; et c’est avec eux que la justice accompagne le vivant.
Peau, squelette, chair, semence, sang, le corps enfin, — quand la vie le déserte, ils le désertent, eux aussi. Et alors; en compagnie de la justice, le vivant con tinue ; et alors son Karman, soit bon, soit mauvais, les divinités qui sont dans les cinq éléments le re gardent. »
12o l’initiation (Brhaspati enseigne alors comment le vivant pé nètre dans la semence, lors de sa conception. Puis :) « Le vivant, en compagnie de son Karman, arrive donc vite à être la semence, et, conçu par la femme, il naît au temps révolu. « Les serviteurs de Yama le torturent; les serviteurs de Yama le frappent ; la douleur l’attend et le cercle des transmigrations.
En ce monde d’ici, tout ce qui respire mange son propre Karman tel qu’il l'a fait, recueillant un fruit de justice. » Et maintenant voyons ce que dit la Bbagavad — Gêtâ ou chant de Bienheureux Krishna. « io. Incarnation de Vishnou, chant qui fut, dit-on, composé vers le xe siècleavant Jésus-Christ. Krishna dévoile ici la doctrine de la réincarnation au prince Ajuna (i). 11.
Tu pleures sur des hommes qu'il ne faut pas pleurer, quoique tes paroles soient celles de la sa gesse. Les sages ne pleurent ni les vivants ni les morts. 12. Car jamais ne m’a manqué l’existence ni à toi non plus, ni à ces princes ; et jamais nous ne ces serons d’être, nous tous, dans l’avenir. 13.
Comme dans ce corps mortel sont tour à tour l’enfance, la jeunesse et la vieillesse; de même, après, l’âme acquiert un autre corps : et le sage ici ne se trouble pas. 14. Les rencontres des éléments qui causent le (r) La Bhagavad-Gîtd, le Chant de bienheureux, trad.E. BurI I s » , • RÉINCARNATION ET TRANSMIGRATION DES AMES 127 froid et le chaud, le plaisir et la douleur, ont des retours et ne sont point éternelles. Supporte-les, fils de Kunti.
15. L’homme qu’elles ne troublent pas, l’homme ferme dans les plaisirs et dans les douleurs, devient, ô Bharata, participant de l’immortalité. 16. Celui qui n’est pas ne peut être, et celui qui est ne peut cesser d’être; ces deux'choses, les sages qui voient la vérité en connaissent la limite. 17. Sache-le, il est indestructible, celui par qui a été développé cet univers : la destruction de cet im périssable, nul ne peut l’accomplir; 18.
Et ces corps qui finissent procèdent d’une âme éternelle, indestructible, immuable. Combats donc, ô Bharata. 19. Celui qui croit qu’elle tue ou qu’on la tue, se trompe : elle ne tue pas, elle n’est pas tuée. 20. Elle ne naît, elle ne meurt jamais; elle n’est pas née jadis, elle ne doit pas renaître : sans nais sance, sans fin, éternelle, antique, elle n’est pas tuée quand on tue le corps 21.
Comment celui qui la sait impérissable, éter nelle, sans naissance et sans fin, pourrait-il tuer quelqu’un ou le faire tuer. 22. Comme l'on quitte des vêtements usés pour en prendre de nouveaux, ainsi l’Ame quitte les corps usés pour revêtir de nouveaux corps 23. Ni les flèches ne la percent, ni la flamme ne la brûle, ni les eaux ne l’humectent, ni le vent ne la dessèche. 24. Inaccessible aux coups et aux brûlures, à J t / / < ..... 1¿• • ' '• ' ■•••......................
128 l’initiation l'humidité et à la sécheresse, éternelle, répandue en tous lieux, immobile, inébranlable. 25. Invisible, ineffable, immuable, voilà ses attri buts; puisque tu la sais telle, ne la pleure donc pas. » Plus loin, Yoga de la Science, le Bienheureux dit encore : « 5. J’ai eu bien des naissances, et toi même aussi, Arjuna : je les sais toutes, mais toi, héros, tu ne les connais pas. 6.
Quoique sans commencement et sans fin, et chef des êtres vivants, néanmoins maître de ma pro pre nature, je nais, par ma vertu magique. 7. Quand la Justice languit, Bharata, quand l’in justice se relève, alors je me fais moi-même créa ture, et je nais d’âge en âge. 8. Pour la défense des bons, pour la ruine des méchants, pour le rétablissement de la justice. 9.
Celui qui connaît selon la vérité ma naissance et mon œuvre divine quittant son corps, ne re tourne pas à une naissance nouvelle; il vient à moi, Arjuna. Les passages relatifs aux existences successives étant trop nombreux dans ce livre précieux, nous bornerons là nos citations.
D’après les enseignements du Néo-Bouddhisme du colonel Olcoot, nous renaissons par le désir égoïste inassouvi (s.-k. : irisbna ; pâli : tanha) pour des choses qui font partie de l’existence personnelle dans le monde matériel. Cette soif inextinguible pour l’existence physique (Chava) est une force qui
r J i . ' -i RÉINCARNATION ET TRANSMIGRATION DES AMES 129 par elle-même, un pouvoir créateur si puissant qu’elle ramène l’être à la vie terrestre. La règle en général est qu’un excédent de mérite nous assure une prochaine naissance bonne et heu reuse; au contraire, un excès de démérite rendra notre future existence misérable et douloureuse.
Les apparitions successives, nous dit le même au teur, sur une ou plusieurs terres ou les « descentes en génération » des parties cohérentes de la Tanhà (Skandhas) d’un certain être, sont une succession de personnalités. A chaque naissance personnalité dif fère de celle de la précédente incarnation ou de la suivante.
Karma, le deus ex machina, se cache (ou, dirons-nous, se réfléchit) aujourd’hui dans la per sonnalité d’un sage, ensuite dans celle d'un artisan, et ainsi de suite, dans la série des naissances. Mais, quoique les personnalités changent, la ligne de vie à laquelle elles sont attachées,' comme les perles à un fil, court au travers, sans interruption.
C'est tou jours cette ligne particulière, et non une autre ; les causes de l’oubli de notre dernière incarnation sont dues au Skandhas, parce que la mémoire fait partie des Skandhas ; et les Skandhas ayant changé avec la nouvelle incarnation, une nouvelle mémoire se dé veloppe.
Cependant la réminiscence ou la réflexion de toutes les vies passées peut être conservée, car, lorsque le prince Siddhârtha devint Bouddha, la sé rie complète de ses vies antérieures se déroula de vant lui; il n’aurait pu rien voir si les divers inci dents qui les avaient marqués n’avaient laissé aucune trace. Celui qui peut atteindre au quatrième
130 L’INITIATION état de Dbyâna (clairvoyance psychique) se retrace ainsi rétrospectivement le chemin parcouru ; ces di vers changements de forme tendent vers le but ul time qui est le Nirvana. Le Nirvana est une condi tion de parfait repos, où tout changement est sup primé, une absence de désir, d’illusion et de peine, une abolition totale de tout ce qui constitue l’homme physique.
Avant de parvenir au Nirvana, l’homme se réincarne sans cesse; après avoir atteint au Nirvana, il ne renaît plus. {Le Bouddhisme selon le canon de l’Église du Sud.) AU TIBET En 1355, naquit à Khoumboum, dans le district d’Amdo, le célèbre Tsong-Khapsa qui, indigné des vices et de la corruption des moines de son temps, des pratiques superstitieuses et des rites de sorcel lerie qui déshonoraient le Lamaïsme, entreprit de le ramener à la pureté du Bouddhisme primitif, réunit promptement, sous le nom de secte Gelougpa, de nombreux adhérents, auxquels il donna pour les distinguer un costume jaune (les autres Lamas étaient vêtus de rouge) et fonda, en 1409, le mo nastère de Galdan, dont il resta supérieur jusqu'à sa mort survenue en 1417.
On dit communément, mais à tort, que Tsong-Khapa fut le premier DalaïLama. 11 n’eut jamais que le titre d’abbé de Galdan, de même, du reste, que son successeur GédounGroub.
RÉINCARNATION ET TRANSMIGRATION DES AMES 131 Ce titre et cette dignité ne paraissent que pendant le pontificat de Ngavang Lobzang, quatrième suc cesseur de ce dernier.
Celui-ci s’attribua, dit-on, la qualification de Gyelba Rïnpotcbé (Précieuse Majesté) et le titre mongol de Talé (Océan de grandeur), en tibétain Gyé-tso, que les Européens ont transformé en (Dalaï-Lama), titre que, pour se créer une sorte de généalogie, il étendit à Gedoun-Groub, qui de vint ainsi le premier Dalaï-Lama, en même temps -qu’il donnait à son conseiller, l’abbé de Tachilhounpo, la première place après lui-même dans la hiérarchie ecclésiastique, avec le titre de Pantcben Rïnpotcbé, et lui constituait en apanage la souverai neté vassale de la province de Tsang (i).
C'est sous le pontificat de Ngavang Lobzang que l’incarnation perpétuelle du Dhyani-Bodhisattva Tchanrési (A'ualokitêçvara'), les incarnations dans la personne des Dalaï-Lama et de celle du Dhyani-Bouddha Ospagned (Amitabka) dans les Pantchen Rïnpotchés, donnant ainsi à ces grands personnages une sorte de filiation divine, prirent une importance considérable qui a duré jusqu’à nos jours et durera fort longtemps encore, car, malgré la dernière expé dition des Anglais à Lhassa, ce royaume mystérieux restera longtemps inaccessible à nos prétendues civi lisations moralisatrices.
Les Dalaï-Lama, les Pantchen Rïnpotchés, les Saints et autres Lamas incarnés ne meurent jamais, se réincarnant perpétuellement. Quand le corps (1) L. de Milloué, le Pouvoir temporel des Dalaï-Lamas»
132 L’INITIATION d’un Dalaï-Lama est usé par la maladie ou la vieil lesse, le Dieu dont l’esprit l’anime quitte ce corps pour en chercher un autre plus valide, ou, autre ment dit, se réincarne dans un délai d'un à quatre ans, dans quelque jeune enfant qui révèle par des miracles sa nature divine, et se manifeste ainsi luimême.
Aussitôt informé de la réincarnation de Tchanrési, le Sacré Collège desKhanpos envoie à la demeure des parents de l’enfant, une Commission chargée de le soumettre à une série d’épreuves, telle que, par exemple, reconnaître au milieu d’autres semblables les objets dont se servait de préférence le précédent Dalaï-Lama, et, s’il en sort victorieusement, on l’amène en grande pompe au palais pontifical où il reçoit une éducation en rap port avec le haut rang qu’il doit occuper.
Les choses se passent naturellement de même lorsqu’il s’agit du Panchen Rïnpotché ou de quelque autre Lama incarné ou Bouddha vivant.
Ovché Narzounaf, pèlerin Kalmouk, dont la sin cérité est au-dessus de tout soupçon, nous raconte son entrevue avec le Dalaï-Lama : « Mais mon éton nement, dit-il, et ma joie furent plus grands encore quand je pus contempler, quelques instants, la face lumineuse du Dalaï-Lama, Incarnation d’Avalokiteçvara, fils spirituel de Bouddha lui-même.
Le DalaïLama n’est encore qu’un tout jeune homme (il est né en 1876) ; son véritable nom est Tombdan Tjamtso. Son visage est du type tibétain fin, c’està-dire presque celui d'un Européen méridional. « Le Dalaï-Lama était splendidement vêtu, comme
RÉINCARNATION ET TRANSMIGRATION DES AMES 433 les grands-prêtres de notre religion, seulement son costume est unifermément jaune. Le Dalaï-LamahinGhéghène (prêtre suprême qu’est Dalaï-Lama) était assis sur un trône haut de deux archines (i"’,4o) et entouré de ses fonctionnaires. Je passai entre une file de cent hommes armés de fouets et, selon le rite, je saluai Dalaï-Lamahin-Gheghène trois fois, en touchant la terre avec mon front.
Puis, je lui remis les cadeaux dont m’avait chargé mon maître Agouan Dordjief. « Alors le Dalaï-Lama daigna placer, ses propres mains sur ma tête en signe de bénédiction. Puis on nous a donné à manger du riz et à boire du thé, que le grand Lama avait daigné goûter préalablement, et qui est, par conséquent, sacré. Le thé est très bon, avec un parfum délicieux.
Quand je sortis, encore tout ému et joyeux de cette réception, on me remit 200 lans d’argent (environ 800 francs), selon l’ordre du Dalaï-Lama, qui me les accordait en récompense, pour la bonne exécution des commis sions d’Agouan Dordjief. » Le 28 mars, dit notre pèlerin, je partais pour Tachi-loumpo, où j’arrivai après six jours de voyage.
J’ai passé deux jours à Tachi loumpo, et j’ai eu le bonheur d’être présenté à Panch’en Bogdo Gheghéne (Panch’en Rimpotché). Le Panchen Rimpotché est l’incarnation d'Amitaba, c’est-à-dire du Bodhisatva de Cakya Mou ni lui-même, tandis que le Dalaï-La ma n’est que l’incarnation d’Avalokiteçvara, fils spi rituel d’Amitaba. Panch’en Rimpotché est donc supé rieur théoriquement, mais, en pratique, son pou134 l’initiation voir est beaucoup moindre.
D’ailleurs, beaucoup de Bouddhistes-lamaïtes de la secte « Geluk-pak » (bonnet jaune), y compris Agouan Dordjief et Marzounof, croient que le Dalaï-Lama est l’incarnation d’Amitaba lui-même. Les grands couvents de Tachi-loumpo, où vivent plus de trois mille moines, se trouvent au bord du fleuve Tsang-po (haut Brahmapoutre), en face de la ville de Tchi-gatsé. On y trouve trois Facultés de théologie et une Faculté de mysticisme.
11 y a là un grand temple où, lors de certaines fêtes, on montre de grands tableaux d'images saintes. La ville de Tchi-gatsé a sept mille habitants ; il y a là des sol dats chinois et tibétains (i). Le Khoutoukhta, membre du haut clergé, est aussi considéré par les bouddhistes-lamaïtes comme une incarnation vivante sur la terre d’un saint boud dhiste particulièrement vénéré.
11 n’y a de grands Khoutoukhta qu'à Lhassa, à Pékin, à Ourga et dans deux ou trois couvents du pays de Koukou-nor et du Kham (Tibet oriental). L’explorateur Paul Labbé, dans son voyage chez les Lamas de Sibérie, nous raconte également son entrevue avec un enfant-dieu résidant au monastère deTsongal.
Voici le passage le plus important de son récit : « Je savais depuis longtemps qu’un enfant-dieu vivait dans le monastère, mais, sûr d’un refus, je n’osais pas demander à le voir. Voici comment on (1) Ovché Narzounaf, Trois voyages à Lhassa (1898-1901).
RÉINCARNATION ET TRANSMIGRATION DES AMES 135 m’expliqua cette incarnation. Un jour, des prêtres étaient venus du Tibet pour annoncer aux moines de Tsougal que Bouddha s’était incarné dans le corps d’un enfant né dans le pays. Les renseignements donnés par eux sur le lieu où il vivait étaient si vagues, qu’on trouva facilement un enfant né dans les conditions requi ses.
Celui-ci mourut quelques années plus tard, mais les astrologues du monastère consultèrent les astres et déclarèrent que l’âme divine était de nouveau réincarnée dans le corps d’un enfant né le jour même où le premier était mort, dans un endroit reconnaissable parce qu’on y trouverait des rochers abrités de grands bouleaux... 11 ne devait pas être difficile, on l'avouera, de découvrir un tel endroit(1)...
Et un nouveau dieu vivant avait été offert à l’adoration des fidèles. A ma grande sur prise, les lamas me proposèrent d'aller lui rendre visite. « On vale prévenir d’abord, me dit le chérétoui, car il faut qu’il s’habille ! » Je fis signe que j’acquiesçais. J’aurais pourtant bien voulu surpren dre un dieu en négligé ! « L’enfant, qui avait treize ou quatorze ans, m’at tendait devant sa porte.
11 avait une figure rose, et portait une belle robe en soie brochée bleu ciel, ornée de vieilles broderies d’argent. Son nom, Loupsane-Loundok-Tambi-Nima, signifiait Esprit complet, Foi et Soleil. Il me tendit gravement la main et me fit traverser son jardinet, le seul que j’aie vu dans les lamaseries.
L’intérieur de la maison était propre et coquet : des statuettes qui représen136 • l'initiation taient des dieux ornaient un petit autel : une estrade supportait une sorte de trône fait de coussins de - soie aux couleurs harmonieuses ; l'enfant s’assit à droite du trône, m’invitant de la main à lui faire pendant de l’autre côté.
Le chérétoui suivi des lamas entra alors ; il s’avan çait à pas lents, les mains jointes, profondément courbé, et il s’inclina très bas devant l’enfant qui gravement posa ses petites mains et son chapelet sur la tête du vieillard. Tarbaiev vint à son tour se prosterner devant Loupsane, auquel il offrit une jolie écharpe de soie. Bazarov, très ému, se pré senta le dernier.
« J’avais reçu tant de khadaks que je jugeai l’oc casion excellente d’en offrir un au jeune dieu. Sur l’écharpe de soie bleue que je présentai à Loupsane, j'avais placé le miroir à double face dont je me ser vais — oserai-je le dire ? — pour me raser. Une des faces était grossissante ; l’enfant s’y mira avec complaisance, daigna sourire et me remercia d’un signe de tête.
Je l’interrogeai sur ses études; autour de lui je voyais beaucoup de livres, il apprenait le russe et le tibétain pour pouvoit voyager plus tard. Les lamas répondaient le plus souvent à sa place à mes questions. 1 L’enfant cependant me demanda ma carte et me , promit sa visite lorsque, comme le Khambo-Lama, il irait un jour à Paris.
L’avenir me réserve sans doute l’honneur de pro mener un dieu sur le boulevard des Italiens ; mais nous sommes à une époque où les dieux sont très
RÉINCARNATION ET TRANSMIGRATION DES AMES 137 modernes, et Loupsane me demandera peut-être-de le conduire aux Folies-Bergère ! L’enfant dieu cependant me présentait à son tour une écharpe de soie. Mon audience était terminée, et il ne me res tait plus qu’à serrer la main qui m’était tendue. Nous sortîmes, et Bazarov m’entraîna à l'écart pour me demander mon avis. Etait-il possible que Loupsane fût un dieu ?
Je lui demandai ce qu’il en. pensait, lui ! Mais il n’osa pas me dire son opinion ; il m’annonça qu’un autre enfant, très vénéré aussi, vivait dans le monastère. Les lamas, onze ans auparavant, avaient reçu, venu en toute hâte du Tibet, un messager qui annonça que l’âme d’un prêtre de Lavrane, célèbre par ses vertus, s’était incarnée dans le corps d’un enfant bouriate.
Les lamas trouvèrent celui-ci à l’endroit indiqué dans une cabane misérable ; ils l’élevèrent en lui conservant les honneurs et les titres auxquels le rang qu’avait occupé le lama tibétain lui donnait droit. « L’enfant avait environ onze ans, lorsque je le vis. Il était proprement vêtu, mais ne portait pas, comme Loupsane, un costume fait d’étoffes anciennes et précieuses.
Habillé à la façon des moines tibé tains, il avait, comme eux, un bras nu. Sa fri mousse était amusante, il me regardait gravement et répondait à mes questions avec le plus grand sérieux ; le petit bonhomme jouait bien son rôle de lama vénéré, mais ses yeux vifs, pleins de malice et de gaieté, démentaient ses propos trop sérieux. Il me dit un jour son nom en tibétain et il me le
138 l’initiation traduisit fièrement : « Mon nom signifie Esprit heu reux, grande Sagesse et Mer sans limite! »—«Et, lui dis-je en riant, malgré ce nom-là, vous aimez tout de même les bonbons ! — Oh ! oui. » Ce oui avait un tel accent de conviction et de sincérité, que les lamas qui m’accompagnaient se mirent à rire avec moi. » Arrivons à l’interview du Tachi-Lama par l’ex plorateur suédois Sven Hedin.
Respecté, vénéré comme un saint, le Tachi-Lama vit dans un majes tueux isolement. Rares sont ceux qui, en dehors des grands dignitaires des monastères, sont admis à le voir en particulier. Cette faveur fut accordée au Dr Sven Hedin. Le Tachi-Lama actuel .est un jeune homme dé vingt-cinq ans, en fonction depuis l’âge de six ans. L’usage est en effet de nommer exclusivement des enfants à ce pontificat. Voici pourquoi.
Après la mort de chaque Tachi-Lama, écrit Sven Hedin, l’âme de la divinité Amitabha qu’incarne ce saint person nage passe dans le corps d’un enfant. Il s’agit alors de découvrir le bienheureux porteur de l’Esprit Saint. Pour cela, dans tout le Tibet et dans tous les pays lamaïstes, des messagers sont expédiés pour deman der aux habitants de désigner les enfants chez lesquels une intelligence précoce paraît annoncer un don divin.
Après quoi, on s’en remet aux dieux pour découvrir, parmi ces petits prodiges, celui qu’anime l’esprit d’Amitabha. Les lamas inscrivent les noms de tous les enfants sur de.S morceaux de papier qu’ils placent dans un
RÉINCARNATION ET TRANSMIGRATION DES AMES 139 ’a coffret dûment fermé et scellé, au pied d’une image vénérée. Devant cette boîte les prélats récitent des prières, déposent des offrandes et brûlent de l’en cens.
Ensuite on procède à l’ouverture du coffre; le premier nom qui sort est proclamé Tachi-Lama, Donc, le 13 février, à neuf heures du matin, Sven Hedin, en habit noir et cravate blanche, est conduit au Labrang à travers un dédale d’escaliers et de galerîes.
« Ici un silence absolu dans les corridors, des lamas glissent sans bruit comme des ombres, Une porte s’ouvre ; à l’entrée, je m’incline profondément, puis à plusieurs reprises, en avançant vers le saint. Le Tachi-Lama est assis sur un banc fixé au mur, dans l’embrasure d’une fenêtre, devant une petite table garnie de tasses à thé, d'une jumelle et de quelques feuillets imprimés.
11 est vêtu, comme un simple lama, d’une large toge serrée à la ceinture, sous laquelle apparaît un gilet jaune garni de bro deries d’or. Les deux bras et la tête sont nus, c’est un petit homme bien bâti, ayant toutes les appa rences de la santé. « Son teintest clair avec une très légère nuance de jaune. Très cordialement, il me tend les deux mains et m’invite à m’asseoir sur un fauteuil à côté de lui.
« Les questions que me pose le Tachi-Lama révè lent un esprit curieux et une intelligence très vive. Jamais auparavant je n’avais été soumis à interview aussi serré. Mon interlocuteur m’interroge sur mon âge, ma caravane, les routes que j’ai suivies, sur mon pays, sur son étendue, le nombre de ses habitants,
140 l’initiation sa situation par rapport à l’Angleterre et à la Russie. 11 s’informe si la Suède est un royaume indé pendant, si elle a un roi particulier. La conver sation roule ensuite sur les divers pays d’Europe, leurs souverains, leurs puissances et leurs étendues respectives, sur la guerre russo-japonaise et ses conséquences.
Le grand pontife me parle avec la plus grande déférence de l’empereur de Chine et, avec un vif plaisir, de son récent voyage aux Indes. Non moins que les honneurs qui lui ont été rendus, les chemins de fer et l’armée anglo-indienne ont fait sur lui la plus grande impression. « Le Tachi-Lama me montre une gravure repré sentant les principaux chefs d’Etat.
Au-dessous de chaque portrait une inscription en tibétain indique le nom du souverain et celui du pays qu’il gouverne. Sur ces hauts personnages, mon interlocuteur m'in terroge avec la plus vive curiosité. « Pendant l’audience, des lamas silencieux nous servent du thé et des fruits. Le Tachi-Lama m’auto rise ensuite à revenir le photographier. « Après un entretien de plus de deux heures, je fais mine de me lever, mais le pontife me retient.
C’est le moment de présenter mon cadeau, une élé gante pharmacie de voyage qui fit un très grand plaisir au Tachi-Lama. » En 1784, Samuel Turner fut envoyé en ambas sade auprès du Tachi-Lama ou Tichou-Lama, « la deuxième personne du Tibet » ; ce dernier était mort dix mois auparavant et, selon les Lamas, il s’était aussitôt réincarné dans le corps d’un
RÉINCARNATION ET TRANSMIGRATION DES AMES 141 jeune enfant, et c’est celui-ci que M. Turner visita. « Le 3 décembre 1783, dit-il, j’arrivai àTerpaling qui est situé au sommet d’une haute montagne : il était environ midi lorsque j'entrai dans ce monas tère construit depuis peu pour la résidence et l’édu cation du Tichou-Lama. Il habite un palais au centre du monastère qui occupe à peu près un mille de circonférence et qui est entouré de murs.
« Dans la matinée du 4, j’eus la permission de faire une visite au Tichou-Lama ; je le trouvai placé en grand appareil sur son Mesned (tapis ou coussin sur lequel les Hindous s'asseyent ordinairement), ayant à sa gauche son père et sa mère et, à sa droite, l’officier chargé de son service personnel.
« Le Tichou-Lama est maintenant âgé d’environ dix-lmit mois, il ne proférait pas un seul mot, mais il faisait des gestes très significatifs et se conduisait avec une bienséance et une dignité étonnantes.
Son teint est de cette nuance que nous appellerions brune en Angleterre, mais il est assez coloré, ses traits sont agréables, ses yeux noirs et petits, sa phy sionomie est animée et remplie d’expression ; en un mot, c’est l’un des plus beaux enfants que j’aie vus.
«Une multitude de personnes qui avaient ordre de m’escorter fut admise en sa présence et obtint la faveur de se prosterner devant lui; le jeune Lama se tourna de leur côté et les accueillit toutes avec un air de bienveillance et d’affection ; son père m’adressa la parole dans la langue du Tibet, son discours me fut expliqué par l’interprète. Il signi fiait que le Tichou-Lama était dans l’habitude dé K /
112 ■ l’initiation reposer jusqu’à l’heure où nous avions été introduits, mais que, ce jour-là, il s’était éveillé de grand matin et qu’on n’avait pu le tenir au lit plus longtemps ; car, ajouta-t-il, Messieurs les Anglais étaient arrivés et le Lama ne pouvait plus dormir. Pendant que nous fûmes dans la chambre, j’observai que le jeune Lama détournait à peine ses regards de nous.
Lors que nos tasses étaient vides, il paraissait inquiet, renversait sa tête en arrière, fronçait le sourcil et, ne pouvant parler, faisait du bruit jusqu’à ce qu’on nous eût servi du thé ; il fit signe à ses domestiques de me le donner. «Quoique vis-à-vis d’un enfant, j’étais forcé de dire quelque chose, car on me laissa à entendre qu'il ne fallait pas conclure de son incapacité à répondre qu’il ne comprît pas ce qu’on lui disait.
Au reste, cette incapacité me dispensait d’un long discours. Je me contentai de lui dire, en peu de mots, que le gouverneur général avait été saisi de douleur en apprenant la nouvelle de son décès, qu’il n’avait cessé de déplorer son absence de la terre, jusqu’à ce que sa réapparition eût dissipé le nuage qui enve loppait le bonheur de la nation tibétaine.
Tandis que je parlais, le petit Lama avait le visage tourné de mon côté, il me regardait fixement avec l’air de l’attention et secouait la tête lentement et à plusieurs reprises, comme s’il eû.t entendu et approuvé chaque mot sans pouvoir me répondre. Il n'avait des yeux que pour nous, il était silencieux et posé et ne regardait jamais ses parents comme il aurait pu le faire s’il avait eu besoin d’être dirigé par leurs —— ------
RÉINCARNATION ET TRANSMIGRATION DES AMES 143 conseils. Quelque soin qu’on ait pris de former ses manières, j’avoue que sa conduite en cette circons tance semblait parfaitement naturelle et spontanée, et que des gestes ou des signes d’autorité n’in fluaient aucunement sur elle.
La scène où je figu rais était trop naturelle et trop extraordinaire, quoique ridicule ou même absurde, comme elle le semblera peut-être à quelques personnes, pour ne pas exiger de moi l’attention la plus minutieuse. Dans la matinée du 6, je me rendis encore au près du Tichou-Lama pour lui offrir des curiosités que je lui avais apportées du Bengale. Une montre le frappa beaucoup.
11 la fit tenir devant ses yeux, examina longtemps le mouvement de l’aiguille des minutes ; mais son admiration avait quelque chose de grave et ne se ressentait pas de son âge. Ainsi qu’il était convenu, j’allai dans l’après-midi faire ma dernière visite au Tichou-Lama, je reçus de lui des dépêches pour le gouverneur général et, de ses parents, deux pièces de satin qu’ils lui envoyaient avec beaucoup de compliments.
La revue bostonienne Arena publiait, en ^894, l’interview du Dalaï-Lama par le Docteur Heinrich Hensoldt. Son récit fort merveilleux, traduit par G. Lescure, de la Revue des Revues, est le plus inté ressant que nous ayons lu jusqu’à ce jour sur ce genre d’interview.
Il est fort difficile d’approcher le Dalaï-Lama, car la règle du Bhota-La prescrit de le dissimuler, non seulement aux regards curieux des étrangers, mais même aux yeux de ses fidèles. Il est cependant
.. • ■ > L INITIATION inexact de déclarer qu’on ne le voit jamais et que seuls, les hauts dignitaires du Temple sont admis en sa présence. Dans deux occasions au moins, it s’offre à l’adoration du plus humble de ses fervents, étendu sur un trône de forme singulière garni de coussins, dans la grande salle d’audience. Mais il est formellement interdit de lui poser une question ou même de lui adresser une supplication verbale.
Mal gré ces difficultés, M. Hensold fut admis par deux fois à l’honneur d’une audience spéciale, et il eut ce rare privilège de converser avec un dieu incarné. C’est là une chose assez extraordinaire pour que nous la laissions conter par lui-même.
« Quand j’étais dans le nord de l’Inde, nous dit-il, j’avais souvent entendu dire aux missionnaires anglais et aux hommes cultivés qui prétendaient connaître parfaitement le Lamaïsme, que le Dalaï était une simple poupée aux mains d’une bande d’intrigants.
Un professeur anglais fort habile m’avait même assuré, à Darjeeling, que l'enfant choisi pour faire un Dalaï-Lama était toujours un pauvre être, un faible d’esprit, un triste spécimen de la plus triste humanité, dont on rendait l’exis tence insupportable par la monotonie d’un céré monial vide de sens.
Aussi, quand je fus conduit devant le Grand Lama, je m’attendais à ne rencontrer qu’un être imbécile, avec lequel toute conversation intelligente serait impossible. « C’était, en effet, un jeune garçon de huit ans à peine ; mais, au lieu de la physionomie indifférente et inintelligente que je croyais rencontrer, je perçus
RÉINCARNATION ET TRANSMIGRATION DES AMES 1 l5 un regard qui me remplit à la fois d’étonnement et de crainte. C’était un visage d’une grande symétrie et d’une grande beauté, un visage inoubliable en raison de sa singulière expression de mélancolie, qui contrastait étrangement avec ses traits enfantins. Mais ce qui me frappa le plus, ce furent ses yeux. Il était impossible que ce fussent là les yeux d’un enfant de huit ans.
En vérité, le Dalaï-Lama n’était pas un mortel ordinaire. Ses yeux étaient bien ceux d un initié supérieur de l’ésotérisme, si différents du regard de ses adeptes qu’on ne saurait s’y tromper ou les oublier après les avoir vus une fois. Ils avaient quelque chose de surhumain et apportaient au noninitié l’impression d’un âge considérable.
Si le visage est, en réalité, l’expression de l’esprit, les yeux peuvent être considérés comme son foyer véritable, et servir à y découvrir les connaissances transcen dantes ou les grandes expériences mentales... Dès que je fus en présence du Dalaï-Lama, j'éprouvai cette sensation qu’il pouvait connaître mes pensées intimes.
Il m’adressa la parole dans ma langue maternelle, l’allemand, et, chose plus stupé fiante encore, dans un dialecte que je n’avais pas entendu depuis bien des années et dont la connais sance ne pouvait avoir été acquise par un procédé connu des mortels ordinaires. Cela est d’autant plus remarquable que j’avais pris toutes les précautions désirables pour cacher ma nationalité...
Je portais le costume habituel aux montagnards du nord de I Inde, je voyageais comme un Hindou de distinction dans la société d’un Tsong-Shéra, initié ésotérique,
146 l’initiation qui m’accompagnait ostensiblement comme servi teur, mais qui, en réalité, me conduisait au monas tère de Boranchu, où je le laissai.
Ma connaissance de l'hindoustani m’avait permis de subir victo rieusement l’examen des fonctionnaires et des négociants chinois et, bien que la couleur de mes yeux eût en maintes circonstances provoqué la surprise, j’avais atteint Lhassa sain et sauf, sans que, j'en suis sûr, ma nationalité eût été décou verte (i).
Chez les adeptes supérieurs de l'Inde et du Tibet, l’acquisition d'un langage donné par des procédés intuitifs inconnus à la philosophie occidentale est un fait hors de doute. En Europe, la merveilleuse con frérie des Rose-Croix possédait, dit-on, ce pouvoir qui a disparu avec le dernier affilié de cette étrange organisation.
Peut-être est-ce une sorte d’hypnotisme, et ce prodige se réduit-il à une sorte de télépathie ou de lecture mentale. » Cette question, cependant, préoccupe vivement l’interlocuteur du Dalaï-Lama, car il cherche anxieu- (i) On sait que les autorités locales de cette ville sont chargées par le Gouvernement central du Tibet, de surveiller rigou reusement la frontière.
Dès qu’un voyageur suspect d'être Européen est signalé par les soldats ou par les habitants (et ces derniers doivent dénoncer la chose sans retard et sous peine de mort), on dépêche à sa rencontre des fonctionnaires escortés de cavaliers armés, qui sont chargés d’arrêter l'explorateur et de lui faire comprendre poliment qu’il doit rebrousser chemin, et qu'un pas en avant pourrait lui coûter la vie.
Depuis Prjievalski (1876) jusqu’à Swen-Hedin (iqor, plus d’une dizaine d’explorateurs européens ou américains ont subi le même traite ment.
RÉINCARNATION ET TRANSMIGRATION DES AMES 1 ¡7 sement à l’expliquer. Sans arriver, sur ce point, à une solution qui le satisfasse, il avance son hypo thèse. Les adeptes qui possèdent le pouvoir merveilleux de parler toutes les langues existantes ne seraient-ils pas par hasard de simples liseurs de pensées du type le plus parfait ?
Car les affiliés des degrés supérieurs sont en état, non seulement de lire les pensées d’une personne donnée, mais même de communiquer l’intelligence par un effort mental sans prononcer une syllabe, bien que leurs lèvres remuent ou plutôt paraissent se mouvoir. Quoi qu’il en soit, le Dalaï put lire clairement les pensées du savant allemand et lui répondre dans quelque langue que ce fût.
Mais ce ne fut pas le seul sujet d’éton nement de M. Hensoldt. Cet enfant de huit ans était un penseur plus profond qu'aucun savant de l'Orient ou de l’Occident. Il possédait à fond la minéralogie, la botanique, la philosophie et toutes les sciences en général n’avaient gardé pour lui aucun mystère. I! parlait avec l’autorité de quelqu’un qui a soulevé le voile d’Isis, et à qui rien n’est caché dans le passé, le présent et l’avenir.
Mais rendons la parole à l’auteur qui va nous rapporter cette conversation stupéfiante. Elle roulait à ce moment sur le temps, « l’illusion du temps », comme disait le Dalaï-Lama. « Ce qu’on appelle le temps n’existe pas, dit le Dalaï-Lama, c’est une illusion comme la conception de l'espace. Vous prétendez que le temps est une succession d’événements? Comment cela se pourrat-il si l’on démontre qu’il n’y a pas d’événements ? Qu’est-ce qu’un siècle, une année, un jour ? Vous
4 48 l’initiation dites qu’un jour est le temps nécessaire à cette pla nète pour tourner une fois autour de son axe ? Prenez l’équateur de la terre, divisez-le en vingtquatre parties égales, construisez une maison à chacun de ces points. Quel sera le résultat? D'après votre logique, il y aura une heure de différence dans le temps de chacune de vos maisons.
Reportez maintenant ces maisons à dix degrés plus au nord, elles seront plus rapprochées les unes des autres, mais elles conserveront toujours une heure de diffé rence entre elles. A présent, placez-les si près du pôle qu’elles forment un cercle complet et soient en contact permanent, la différence d’heure n’aura pas changé.
S’il est midi dans l’une de ces maisons, il sera une heure dans celle de droite et onze heures dans celle de gauche, et si ces maisons commu niquent entre elles par des portes, vous pourrez parcourir un siècle en cinq minutes. Vous pourriez même revoir les siècles évanouis en courant en sens contraire.
D’autre part, vous pourriez arrêter le temps et prolonger indéfiniment le présent en sautant dans la maison voisine à l’instant où l’heure est sur le point de s’accomplir. Il serait toujours midi. Au pôle même, pareil exercice serait superflu, car là le temps n’existe absolument point. «Quant à ce que vous appelez les mathématiques, ou science des nombres et des quantités, c’est tout autant une illusion que l’idée de temps elle-même.
Sur quoi sont basées les mathématiques ? Sur une supposition hypothétique, c’est-à-dire sur le nombre un, qui n’a pas d’existence. Cela peut paraître une
RÉINCARNATION ET TRANSMIGRATION DES AMES i'.J vérité nouvelle; mais cette vérité est vieille comme les astres éternels. Qu’est-ce que votre nombre un ? Il doit se rapporter à quelque objet existant, car toutes les conceptions abstraites sont idéales et par conséquent irréelles. Qu’est-ce donc que un? Est-ce une pierre, un arbre, un animal ?
Cette pierre, cet arbre, cet animal ne sont pas la même chose pour deux habitants quelconques de cette pla nète, parce qu’il n’existe pas deux esprits semblables. En outre, la pierre que vous voyez aujourd’hui n’est pas votre pierre d’hier, car, même depuis hier, votre esprit a subi des changements, si légers soient-ils.
Les mathématiques sont donc basées sur quelque chose qui n’a pas d’existence tangible ni même dé finissable, et si vous venez à les considérer d’un peu plus près, vous les trouverez pleines de contra dictions, de non-sens et d'absurdités. » Le Dalaï-Lama parut extrêmement satisfait de cette démonstration, de laquelle il passa à la fameuse sé rie indéfinie de la division des fractions simples.
Ce fait qu’en acquittant d’abord la moitié de sa dette, puis la moitié du reste, puis la moitié du nouveau reste, et ainsi de suite, un homme passerait l’éternité avant d’être définitivement libéré, lui sembla un irrésistible argument de plus pour prouver le néant des sciences exactes. Mais peu à peu l’expression de sa physionomie fit place à une tristesse profonde qui remplit de compassion l’âme de son interlocu teur.
Cette tristesse naissait en lui du sentiment de l’universel malheur. Personne n’est satisfait de son sort, tout le monde ■ /
150 l’initiation souffre, l’univers entier est dans l’angoisse. L’excel lent Dalaï-Lama ne pouvait entendre sans amertume les cris d'agonies qui montaient vers lui du fond de myriades de cœurs désespérés, sans partager toutes ces douleurs et toutes ces souffrances.
Pendant ce temps le visiteur du dieu, complète ment anéanti par cette personnalité énigmatique et gagné dès lors au miracle de la réincarnation, son geait à ce fondement essentiel du mysticisme orien tal dont la signification lui avait jusqu’alors échappé. Cette rêverie ne pouvait manquer d’être pénétrée par le clairvoyant Dalaï-Lama, qui s’empressa d’ajouter : « — Vous penchez à douter de l’éternelle vérité de la réincarnation?
Quoi déplus évident pourtant? Vous pensez que l’impuissance où vous êtes de vous rappeler les états antérieurs de votre existence est une preuve de leur impossibilité ? Mais que vous rappelez-vous des deux premières années de votre vie présente ?
Et cependant, vous viviez déjà, avant cela, de la vie embryonnaire?Il y a en vous une connais sance intuitive, une conscience de ce fait que vous avez toujours existé, et vous ne pouvez pas ima giner un moment où vous n’existiez pas ou un moment où vous n’existiez plus. Ce que vous ap pelez la mort n’est qu’une transition, qu’un pas sage de notre être d’un état dans un autre, et ainsi ne survit que la simple conscience que vous existez.
Certains hommes sont écrasés par cette pen sée, parce qu'ils s’attachent avidement à l’illusion de rencontrer un jour, dans un au-delà meilleur, ceux qui leur étaient chers... Mais cet oubli des vies pasRÉINCARNATION ET TRANSMIGRATION DES AMES 151 sées est précisément un bienfait. Que deviendrionsnous, chargés ainsi du souvenir de ces existences antérieures, des illusions, des vaines espérances, des folies, des crimes?
La panacée la plus sérieuse des anciens Grecs n'était-elle pas le fleuve Léthé, qui effaçait le souvenir du passé?Chaque homme pos sède assez de soucis, de chagrins et de désillusions dans chacune de ses incarnations nouvelles, pour ne pas jeter un coup d’œil d’envie sur ses douleurs d’autrefois. » Le Grand-Lama ferma les yeux et se tut pendant plusieurs minutes, pendant lesquels son beau visage sembla transfiguré d’un rayonnement céleste.
L’au dience tirait à sa fin et M. Hensoldt allait se lever du siège bas, garni de coussins, sur lequel il était assis, quand le Dalaï. le clouant d’un regard à sa place, conclut ainsi : — « Le passé est un rêve, le présent seul est réel et l’avenir n’est à peu près qu’une illusion. Nous sommes toujours mécontents de notre condition présente et nous conservons toujours l’espoir d’une béatitude prochaine dans un avenir imaginaire.
C’est toujours demain, dans une semaine, dans un an, que nous devons être heureux, mais cette aurore ne se lève jamais, et l’objet désiré s’enfuit loin de nous comme l’oiseau de paradis de la légende, volant d'arbre en arbre et nous leurrant ainsi toute la vie jusqu’à la tombe... «Non, l’immortalité n’existe pas, dans le sens de vos religions orthodoxes, «Nous ne nous réveillerons pas un jour pour nous
152 L’INITIATION trouver dans quelque palais céleste... Notre vie fu ture sera ce que nous l’aurons faite nous-même. La réincarnation, ou continuité de l’existence, n'est pas une vaine théorie, mais une solide réalité. Ce n’est pas la première fois que nous sommes au monde : s’il en était ainsi, la mort nous supprimerait à tout 1 jamais. Ce qui commence dans le temps doit finir dans le temps.
Si un certain événement ne devait survenir qu’une seule fois.dans le temps et dans l’es pace, toutes les choses possibles seraient arrivées depuis longtemps, car c’est l’éternité qui gît derrière nous. » Cette fois le visiteur essaye une timide observavation. 11 constate que certains philosophes sont ar rivés à des conclusions similaires, mais par de sim ples raisonnements. Il ne réussit qu’à s’attirer une vigoureuse réplique.
Le Dalaï-Lama lui répond : « Nous ne raisonnons pas sur les choses, nous les voyons ! Le monde n’est pas caché derrière un rideau, il n’y a ni doute ni incertitude. Tout cela est l’évidence, la vérité, la clarté. » Ainsi finit la conversation de M. Hensoldt avec le Dalaï-Lama. L’auteur termine par un hymne enthou siaste à la gloire de l’Orient, terre des prodiges, de la beauté, de la sagesse et de la grandeur.
C’est un monde nouveau dont la splendeur commence à se laisser entrevoir, en attendant qu’elle nous appa raisse librement, sans obstacles et sans voiles. « Les gens sages nous viennent de l’Est ! » nous dit-il. N’était-ce pas du point cardinal opposé qu’il était lui-même parti ?
REINCARNATION ET TRANSMIGRATION DES AMES Citons un extrait du beau et précieux livre de M. de Rochas traitant le problème si touchant des vies successives que nous parcouront à travers les âgés. Nous compléterons ainsi ces quelques notes sur la ré incarnation dans l’Inde. « Beaucoup d’enfants, disent les Birmans, se souviennent de leurs vies antérieu res. A mesure qu’ils grandissent, leurs souvenirs s’effacent et ils oublient, mais tant qu’ils sont petits, ils ont la mémoire très nette des choses passées. J’ai vu moi-même beaucoup de ces enfants-là. 11 y a quelque 50 ans, deux enfants naquirent dans un village appelé Okshitgon, un garçon et une fille. Ils vinrent au monde le même jour, dans des mai sons voisines, grandirent ensemble, jouèrent ensem ble et s’aimèrent. Ils s'épousèrent donc et fondèrent une famille, cultivant, pour vivre, les champs arides qui entourent Okshitgon. Us étaient connus par leur profond attachement l’un pour l’autre, et moururent comme ils avaient vécu, ensemble. La même mort • les enleva le même jour, on les enterra ensemble hors du village, puis on les oublia, car les temps étaient durs. C’était l’année après la prise de MandaIay, et la Birmanie entière était soulevée. Le pays était plein d’hommes armés, les routes étaient dange reuses, et les nuits s’éclairaient des flammes qui dévoraient les hameaux. Triste temps pour les hom mes pacifiques, et beaucoup d’entre eux, fuyant Isurs demeures, se réfugiaient dans des lieux plus habités et plus rapprochés des centres d’administra tions. Okshitgon était au milieu d'un des districts les plus éprouvés et bon nombre de ses habitants
I 154 l’initiation s’enfuirent; parmi eux un nommé Maung-Kan et sa jeune femme. Ils s’établirent à Kabu.
La femme de Maung-Kan lui avait donné deux fils jumeaux, nés à Okshitgon peu avant la fuite du ménage. L’aîné se nommait Maung-Gyi, c’est-à-dire FrèreGrand-Garçon, et le cadet, Maung-Ngé ou Frère-Pe tit-Garçon. Les enfants grandirent à Kabu et se mirent bientôt à parler. Mais leurs parents remar quèrent avec étonnement qu’ils s’appelaient pendant leurs jeux, non pas Maung-Gyi et Maung-Ngé, mais Maung-San-Nyem et Ma-Gyroin.
Ce dernier nom est un nom de femme, et Maung-Kan et sa moitié se souvinrent que ces noms étaient ceux du couple mort à Okshitgon vers l’époque où les enfants étaient nés. «Ils pensèrent donc que les âmes de cet homme et de cette femme étaient entrées dans le corps de leurs enfants et les emmenèrent à Okshitgon pour les éprouver.
Les enfants connaissaient tout à Oks hitgon : routes, maisons et gens — et reconnurent même les vêtements qu’ils avaient portés dans leur vie antérieure. II n’y avait aucun doute à avoir. L’un d’eux, le plus jeune, se rappela aussi qu’il avait une fois emprunté 2 roupies à une certaine Ma-Thet sans que son mari le sût, alors qu’il était Ma-Gyroin, et que cette dette n’avait pas été payée.
Ma-Thet vivait encore, on l’interrogea et elle se sou vint qu’en effet elle avait prêté cet argent. Je n’ai pas entendu dire que le père des enfants ait rendu les deux roupies. «Je les vis peu après cette occurrence. Ils ont mainteRÉINCARNATION ET TRANSMIGRATION DES AMES lo5 nant six ans accomplis.
L’aîné, dans le corps de qui l'âme de l’homme entra, est un petit bonhomme gras et dodu, mais le jumeau cadet est moins fort, et il a une curieuse expression rêveuse, plutôt celle d’une fille. Ils me racontèrent beaucoup de choses de leurs vies passées.
Ils dirent qu’après leur mort, ils vécurent pendant un temps, sans corps du tout, er rant dans les airs et se cachant dans les arbres. Et cela à cause de leurs péchés. Puis quelques mois après ils naquirent de nouveau comme jumeaux.
« C’était si net autrefois, me dit l’aîné, je pouvais me souve nir de tout; mais cela devient de plus en plus effacé et maintenant je ne peux pas me rappeler comme avant. » « 11 y a des masses d’enfants comme ceux-ci. Mais il faut les chercher, — personne ne vous les amène. Les Birmans, comme bien d’autres, ont horreur de voir leurs croyances et leurs idées ridiculisées.
Ils savent par expérience que l’étranger qui s’informe de leurs us et coutumes, leur témoigne habituelle ment par son mépris, qu’il se considère beaucoup plus intelligent qu’eux. Ils sont donc très réservés. Mais, quand ils ont compris que vous cherchiez réellementàvous instruire, ils vous diront tout ce qu’ils pensent, pourvu que vous les traitiez avec estime et courtoisie.
«Je constatai qu’ils se rappelaient souvent de leurs vies passées ; que de tout jeunes enfants pouvaient dire qui ils étaient avant leur existence présente, et ce souvenir s’affaiblissait à mesure qu’ils grandis saient et finissait enfin par s’évanouir presque en13G l’initiation tièrement. Cependant cela demeurait très vivant chez beaucoup d'enfants, et nul, dans le peuple en tier, ne doute de la chose (i). » C. B. (1) H. Fieilding Hall, The Soûl of a People (L'âme (l’un peuple). I89S.
Du Sens des Mythes La vie est un mythe ou une énigme, dont chacun de nous doit découvrir le sens caché. Le sens caché est le même pour tous, mais les moyens à employer pour y parvenir diffèrent pour chacun de nous. Le « tempérament » de l’individu, avec les vicissitudes propres qui y sont attachées, représente donc le processus spécial suivant lequel nous nous avançons vers l’unique et immuable vérité.
Or il est évident que, la vie entière des hommes n’étant qu’une course passionnée vers le bonheur, c’est-à-dire vers la vérité, le mot de l'énigme doit se retrouver inclus dans tous les mythes, dans toutes les fables, dans tous les contes que l’humanité se balbutie à elle-même depuis les siècles les plus recu lés, comme une bonne grand’mère qui raconte ses histoires merveilleuses à ses chers petits-enfants.
Je vais plus loin, et je déclare ici qu’il serait impossible à l’homme d’imaginer une fable qui ne fût pas l’expression occulte de cette divine vérité. Car toute action, quelle qu’elle soit, est la mise en œuvre des moyens employés par l’Être pour se retrouver lui-même, après s’être volontairement perdu. Oui, la création, qui s’exprime par la vie avec toutes ses modalités, n’est en rien différente de
J5S l'initiation cet amusement naïf auquel nous nous sommes tous livrés dans notre enfance, et qui s’appelle « jouer à la cachette ».
Nous nous cachons volontairement, librement, joyeusement, pour avoir le plaisir de nous faire découvrir, c’est-à-dire pour nous révéler aux autres, comme Dieu se cache et s’entoure d’obs curité, par amour, afin de réserver à ses créatures le suprême bonheur de le trouver et de s'unir enfin à lui dans la joie de cette solennelle rencontre: « O Lumière voilée en ta propre splendeur ! » Voilà pourquoi il faut avoir l’esprit d’un enfant pour concevoir la vérité, et voilà pourquoi ceux qui considèrent les choses sous leur jour le plus simple et le plus puéril en apparence, sont plus près de la solution que les orgueilleux et tristes savants de notre époque, qui débilitent les peuples par la peur des microbes et qui mettent leur gloire à chercher l’amour maternel dans les entrailles d’une chienne allaitant ses petits !...
Parcourez donc tous les vieux récits qui nous ont été légués par la tradition des âges, et partout, si vous avez les yeux perspicaces d’un enfant, vous reconnaîtrez le même sens, à la fois profond, ingénu, lumineux, attendrissant et sublime, toutes qualités qui constituent la marque certaine de sa nature éternelle et céleste.
Le vieux Saturne, qui mange ses enfants, à I exception du seul Jupiter, est l’expression de cette haute vérité de l’Être un, de l’Ancien des jours, qui se dévore lui même sous la forme de ses innom brables émanations, qui s’analyse dans ses innom-
•'.V- ------------------——-------------------------------------- DU SENS DES MYTHES 159 brables attributs, qui se nourrit des productions de sa pensée dans le temps et dans l’espace (péché originel), mais qui se réserve toujours de se révéler enfin à lui-même comme le fils de sa propre synthèse et de son intégrité divine (rédemption).
Le fond de l’idée est donc: « L’être se nourrit de lui-même », et l'enfant, qui, par un geste merveilleusement ins tinctif, met son pied dans sa bouche (et tous les enfants agissent de la sorte), ne fait que rendre un inconscient témoignage à l’indéfectible réalité de cette suprême loi.
Claude Bernard, en découvrant que tout animal à jeun vit de sa propre substance, n’a fait que retrouver le sens du mythe saturnien appliqué au domaine de la physiologie, sens qui était certainement enseigné, avec les autres, dans tous les sanctuaires initiatiques de l’antiquité. Le conte de Peau d’Ane devenant princesse signi fie la créature partant du plus bas degré des formes de vie pour s’élever jusqu’à la radieuse royauté de l’esprit pur.
Toute la théorie de la métempsychose se trouve là avec un Darwinisme transcendant. La Fontaine avait-il tort de dire : Si Peau d’Ane m’était conté, J’y prendrais un plaisir extrême ? Le sens de la Belle au Bois dormant est attendris sant au possible. La Vérité, sous la forme d’une belle princesse, est endormie depuis des siècles dans une forêt enchantée.
Le Prince charmant, c'està-dire l’homme extérieur et sensuel, s’amuse aux frivolités coutumières. Par suite d’un hasard, c'est-à- —
16'J l’initiation dire en vertu d’un décret des intelligences de l’heure, ou en vertu de la grâce, comme vous l’entendrez, il arrive à l’orée de cette forêt, c’est-à-dire à la porte des profondes contemplations. 11 n’y rencontre que des gens endormis, c’est-à-dire toutes ses facultés divines qu’il a laissées jusque-là dans l’inaction et le sommeil.
11 s’avance toujours, et enfin, après beau coup de temps et beaucoup de peine, il aperçoit la Belle des belles, la céleste Sophia, qui, elle aussi, lui apparaît plongée dans un sommeil léthargique. A sa vue, le Prince charmant sent l’amour frémir dans son cœur ; il s’approche de la douce endormie, et, avec la timidité d’un amant véritable, il dépose un baiser tremblant sur ses lèvres.
Lorsqu’on aime Sophia, lorsqu’on a offert tout son cœur à la sagesse, la sagesse, elle aussi, doit vous déclarer son amour.
Et voilà que sous l’influence de ce baiser, la Belle au Bois dormant, ouvrant aussitôt ses yeux, mur mura ces mots remplis d’un charme ineffable : « Mon beau Prince, vous vous êtes bien fait atten dre!... » O la douceur et la suavité de ce reproche! ô révélation exquise d’une tendresse insoupçonnée ! — En somme, pendant que nous nous trouvons plongés dans le bourbier du monde et dans le cloaque des passions fatales, notre moi supérieur, notre sagesse divine nous attend en silence, comme une fiancée attend son fiancé, comme la beauté attend l’artiste, comme la muse attend son poète.
Mais tant que nous étions dans le labyrinthe de l’erreur, nous ne nous doutions pas qu’un amour surnaturel résidait pour nous quelque part, et qu’il
DU SENS DES MYTHES 161 nous suffisait de l’invoquer et de nous approcher de lui par notre désir, pour le mettre à même de nous révéler le mystère de sa divine essence.
Voilà la vraie signification de l’âme-sœur, dont les imbé ciles font un si grand rire ; voilà la parabole de l’enfant prodigue, le pentacle du sceau de Salomon, le mariage du Roi et de la Reine, la résurrection uni verselle en corps glorieux, et la certitude du bonheur final de tous les êtres, Tout aussi évocatoires sont les vieilles chansons, les vieilles rondes enfantines.
Le « Rondin, picotin, la Marie a fait son pain, pas plus gros que son le vain. Pi ! » est particulièrement suggestif, et la danse en rond qui l’accompagne accentue encore sa signification occulte.
Dans le rondin, la ronde ou le cercle qu'elle accomplit pour l’œuvre du picotin uni versel, la Marie, c’est-à-dire la Mâyâ ou la grande illusion, a fait son pain, a confectionné notre âme, pâte mayavique, et elle l’a faite pas plus grosse que son levain, autrement dit elle l’a modelée d’une fa çon propre à recevoir la semence de l’Esprit supé rieur, de l’Esprit de vérité, qui est le levain de tous les êtres.
L’interjection finale « pi ! », qu’il est d’u sage de pousser en se baissant, est un mot égyptien qui signifie Père ou Puissance génératrice, et que l’on retrouve dans Pi-Ooh, la Lune. On peut aussi, en raison de l’attitude, l’interpréter comme le cri de soulagement poussé par une femme qui vient d’être délivrée, ou comme l’invocation au Pis de la vache céleste, symbole de fécondité.
Et comme il faut se garder de limiter la Vérité dans une direction spé162 l'initiation cialeet de restreindre un sens qui ne peut être que grand, c’est-à-dire auguste, rien n’empêchera le fervent du mythe chrétien d’y retrouve! aussi le dogme fondamental de la présence réellede Dieu dans le pain eucharistique : « Dans le rondin fait de pi cotin ou de froment, la Vierge Marie a engendré le pain de vie, Jésus pas plus gros que son levain, c’est-à-dire invisible sous l’espèce du sacrement, car c’est là un pain azyme ou sans levain. » Comme on le voit, le symbolisme, pour être multiple dans sa portée, n’en est pas moins toujours transcendant.
Dans ce dernier cas, c’est l’expression la plus claire du moins équivoque des panthéismes, car affirmer qu’un morceau de pain est réellement Dieu, c’est proclamer que les êtres ne sont pas tels qu’ils pa raissent, mais ne sont autre chose que des Dieux voilés.
A des allusions secrètes aussi se rapportent toutes les circonstances de la vie, principalement les cir constances qui frappent le vulgaire d étonnement ou d'admiration, mais dans lesquelles il ne voit que le jeu des forces d’un pur hasard.
Ainsi, le paysan qui trouve un trésor enfoui dans son champ, l'aventu rier qui découvre un filon d’or, ne font que révéler sur le plan matériel la loi divine qui nous amène ra tous un jour à trouver dans le pur tréfonds de notre Ame la resplendissante et indicible lumière de l’Etre incréé, les intarissables splendeurs d’Aïn-SôphAour ou de Parabrahm.
— DU SENS DES MYTHES des pommes des Hespérides, et tous les> autres sem blables, sur lesquels l’Humanité n'a cessé de broder et de renchérir. Mythe vient du Muthos grec; Muthos vient du Mouth phénicien ; le Motus latin et le mot français • ont la même origine, ainsi que le Mouth anglais (bouche). Ameth hébreux (vérité) a le même sens, car la parole ou mythe est l’expression même de la Vérité. Ameth retourné fait thema, car la vérité est le thème universel. De thema on tire Mathéma-tique, caria vérité est essentiellement mathématique, in versé, thema fait metha ou meta, la borne, car la Vérité borne tout et n’est bornée par rien. De meta proviennent métis et mctus, la crainte, car lé mythe engendre d'abord la crainte,en attendant d’engendrer l’amour. Salut, ô parole, ô Sagesse, ô grande mère, mère de tous les mythes, ô mouth !
XIIIe Gonférence Initiatique Faite le 5/ août 1911 En la T:?. Pf: & R:’’ Loge « Temple d’Essenie III » A l’O:': du Caire (Égypte) SOMMAIRE Explication des textes du Pentacle di Khunrath. — L’Adam-Eve régénéré. — Le Principe feu ; l’Elément Terre ; correspon dances séphifotiques. Dans la dernière conférence, je vous ai donné une explicalion superficielle et assez énigmatique de l’arcane de Khunrath l’Adam-Eve régénéré ; vous avez pu réétudier à l’aide de la reproduction qui en a été faite, et vous connaissez ainsi le sens général de l’emblème. Son sens principal est la fixation de la Matière chaotique en molécules cristalliques, le processus de l’œuvre tendant à évoluer cette ma tière du Chaos au Cube ; du Cube à la Pyramide ; de la Pyramide au Binaire (action conjonctive mys tère de la transformation moléculaire de l’état chao tique à l’état cristallique et du cristallique à l’état fermentatif ou conjonctif), et du Binaire à l’Unio,
XIIIe CONFERENCE INITIATIQUE base principale du Grand-Œuvre. Cette conférence continue l’explication de cet arcane, tâchons d’en approfondir le sens au point de vue pratique pour nous mettre dans la voie des choses perdues pour la science d’aujourd’hui. Je vous ai promis de traduire les textes de l’a:- cane, afin de vous en faire saisir le sens d'une manière plus claire et plus précise.
Je n'ai pas la prétention d’être bon latiniste, et mes traductions ne seront pas littérales : je vous donnerai simple ment l’interprétation du sens occulte des textes de l’arcane. Examinons premièrement ce qui est écrit sur les emplacements réservés aux quatre éléments: feu, terre, air et eau ; suivez bien le raisonnement, saisissez-en le sens et les subtilités.
Commençons par l'élément feu ; il porte : Dereluto malo, irirennitus, regenerando sublimetur, MENTIGNEUS xaOoltxoç, que l’on traduit : mâle, Composé de trois, Se régénérant par blimation, Esprit igné, universel Adam.
Remarquez ^importance à Mentigneus. toute explication claire de cet arcane, prenez comme base ce qui suit : théorie constitutive des quatre éléments, théorème des principes et vertus de ces éléments, de leur action réciproque, et de la manière que l’on réalise la conjonction.
Cette description nous montre ce que signifie élé ment feu, mais l’expression est cachée et obscure, c’est le dérivé mâle d’un principe mâle se régéné rant par la sublimation de l’Esprit igné catholique t Dérivé la suPour
166 L’INITIATION et universel. Ce n’est pas du feu matériel, que nous connaissons tous, qu'il est parlé ici, mais de quel que chose exactement défini par le texte mentionné, correspondant au feu vulgaire comme élément mâle, susceptible de sublimation, mais non de spiritua lisation ; le feu vulgaire n’est ni esprit igné, nicatholique, ni universel, il existe dans le soleil, et les autres astres possèdent aussi également ce feu.
Cet élément feu n’a été connu que par les alchi mistes et les philosophes. — Certes, c’est un feu, mais un feu produit par le contact de deux princi pes contraires, se générant et se sublimant par le même moyen.
C’est un esprit igné, parce que deux matières se rencontrant produisent ce feu qui estesprit sans pouvoir être consumé, mais qui est brûlant, si je puis faire cette comparaison, c'est un feu ana logue à l’électricité : c’est un Mercure. Je me réserve de revenir sur cette explication, car, pour savoir si nous comprenons exactement Khunrath, nous devons étudier les autres arcanes et en faire ressortir les correspondances.
Passons maintenant à l’élément terre que nous constatons être décrit au bas de l’arcane. Le texte porte : MIKPOKOSMON avSpoyuvov, et formatione et natiira xaOolixôv, persona terrenum, ob peccato vilent atque immundum, flammes AEKAAOTOr CONTRIT1ON1S pistil lo, in glebam palveream, CONVERS1ONIS SALE facundo viridantem reverberado exolvito. — Nous traduirons ainsi : Adam microcosmique, androgyne, formation et nature universelle, perC-3X-.
XIIIe CONFÉRENCE INITIATIQUE 167 sonne terrestre, non exempte de péchés, de vilenie et d’immondices ; rayons du Décalogue qui, broyés par le pilon en terre pulvérisée et convertie en sels féconds, se rajeunit et repousse la mort.
Le texte nous prouve que les quatre éléments prennent part au Grand Œuvre, et cet arcane les décrit complètement et explique leur conjonction. — Voyons ce que l’on entend par solide et quelles en sont les vertus : le solide est cette matière éter nelle qui, hermaphrodite, forme la nature universelle ; elle est terrestre et existe partout sur la surface de la planète, ne se différenciant pas des matières t rejetées.
Elle est universelle et hermaphrodite, parce qu’elle a les vertus mâle et femelle, s’engen dre et se reproduit ; par conséquent, pour qu’elle ait ces qualités, elle doit être recueillie au temps même de sa génération. Cette matière existe et est connue sous un nom déterminé parmi les matières qui sont sur terre.
Comme nous avons plusieurs éléments principes, air, eau et feu, l'élément terre ne doit pas se chercher hors du solide, nous le trou verons mélangé aux détritus et aux immondices, mais l’alchimiste devra le délivrer. Les rayons du Décalogue nous reportent aux dix commandements donnés par Dieu à Moïse.
Ces dix commandements sont les dix lois philosophiques de la vie de l'homme, mais ici’, en Alchimie, ils sont le symbole des dix 'métaux principes, formant la matière originelle des dix métaux séphirotiques. Dans cet arcane, le séphirotisme métallique est exprimé allégoriquement par l’ARCHETYPOS, moi
■f i i L’INITIATION ■168 lettres qui nous expriment les dix , de dix - - ■ composé vertus divines, dont l’élément feu nous exprime les Sépliirelisme Divin Séphiroiisme Humain Séphiroiisme Métallique 1 Optimus omnia videns Castitas -1 Parfait présent partout Chasteté Universel 2 Multus benignitate Benignitas MIKPOKOSMON Infiniment bon Bonté Microcosme 3 Solus sapiens Prudentia aSpoyuvov Seul savant Prudence Androgyne II Misericors M isericordia Formatione J. r Miséricordieux Miséricorde Formation r 5 Fortis Fortitudo Natura 1 Fort Force Nature i ■ 6 Long animus Patientia xaOoXixov Longanime Patience Catholique 7 Justus Justitia Persona terrenum r ’ Juste Justice Personne terrestre J Êï’y 8 Maximus Humilitas ob peccato vilem | '3 ’ Grand Humilité Péchés et vilenie ! fl.-.
9 Verax selot es Temperentia Immundum Véritable énergie Tempérence Immondices 10 Eternus terribilis Timor Dei Flammes A EK A AO TOT Í 7 >• l fis* Eternel terrible Crainte de Dieu Rayons du Décalogue hÿ.
' • ~ r- —.—— tirée de métaux séphirotiques, pulvérisée convertie en sel pour évoluer et devenir est fécondé de son principe basique par Xlîie CONFÉRENCE INITIATIQUE dix vertus humaines et l’élément ferre les dix carac téristiques matérielles.
Nous ferons un tableau divisé en trois colonnes dont chacune sera réservée aux correspondances de ces dix expressions allégoriques et dont les divi sions s’appelleront : séphirotisme divin, séphirotisme humain et séphirotisme métallique. Cette matière originelle recueillie en son état pri mitif ou doit être métal. Ce sel réverbération, c’est une fécondation réflexe et non mixte.
Vous remarquez que la phrase décrivant l’élé ment feu finit par le même mot quicommencecelle déchivant l’élément terre; apparemment, c’est qu’il y a connexion entre ces deux principes.
La compréhension complète de cet arcarie étant une œuvre de haute initiation, nous en resterons là pour éviter la fatigue intellectuelle et presque inutile pour le moment, en avisant que nous reviendrons à l’explication totale de cet arcane lorsque nous aurons vu le Laboratoire-Oratoire de Khunrath qui nous fera connaître que la Méditation est la véritable voie de la compréhension.
LETTRES INÉDITES de Claude de Saint-JVIartiii Au Puy, le 9 messidor, l’an 3. II m’en coûte bien de n’être pas encore près de vous, mon cher frère, mais des devoirs que je ché ris, et que vous chérissez aussi, j’en suis sûr, me retiennent et me retiendront ici quelques moments de plus que je n'avais compté. Rappelez-vous les paroles que vous me dites lors de mon départ de chez vous, au moment où nous nous séparâmes sur le grand chemin.
Vous médités que vous aviez des... Eh bien, je trouve parmi les miens quelqu’un qui en a aussi, et je me crois obligé de rester un peu pour en prendre ma part. J’espère cependant que cela ne sera pas très long. Mais les moments sont si incer tains que je vois qu’il faut me résoudre à vous arri ver comme une bombe.
Au demeurant, mon cher frère, il est bonde vous prévenir que je n'ai point du tout la présomption d’être votre médecin, que je vous crois d’une si excellente santé que vous n’avez nul besoin de mes remèdes. Mon seul objet sera de vous faire obser ver que votre bonne santé ne serait cependant pas un spécifique suffisants! vous rencontriez un malade
LETTRES INÉDITES 171 qui ne se portât pas comme vous, et le nombre en est grand.
Je vous demande donc de m’accorder qu’indépendamment de votre embonpoint qui vous est personnel, la souveraine providence, qui n'oublie personne, doit avoir permis aussi qu’il y eût des se cours pour ceux qui seraient incommodés, je ne vous demande que cet aveu : et c’est alors que vous aurez la complaisance de ne plus vouloir réformer de petits ingrédients dont j’ai mille fois éprouvé l’efficacité ; comme de mon côté j’aurai l’attention de ne vous en pas proposer l’usage puisqu'il vous est inutile, ni même la connaissance qu'autant que les circonstances nous y .mèneraient naturellement.
Sur ce, mon cher frère, je vous embrasse de tout mon cœur et je prie Dieu qu’il vous ait en sa sainte et digne garde. - • Mes hommages respectueux, s’il vous plaît, à votre chère moitié, à votre chère sœur, à ma pratique, à la citoyenne Bouley, et mes compliments à vos deux grenadiers et au citoyen Froger: ma sœur, ma nièce, et mon neveu me chargent de leurs civilités pour vous et pour tous les vôtres.
La santé de mon neveu est toujours dans le même état. Le jour où je me rendrai chez vous, il a le projet de venir vous demander à dîner, pour s'en retourner le soir; il se fait une fête de cette partie. Nous la réaliserons aussitôt que nous pourrons. Mille choses de ma part, je vous prie, aux habi- , tants de Chenaye. ★ ¥ ¥ ................
L INITIATION A Aniboise, le 11 ventôse l’an 1. Votre aimable lettre, mon cher frère, ne m’est arrivée qu’avant-hier 9 du mois quoiqu’elle fût écrite du 4. J’attendais hier le frère Calmelet pour conférer ensemble sur le voyage dans vos cantons que nous aurions pu faire de conserve, il n’est point venu.
Je vous réponds aujourd’hui par je ne sais quelle oc casion, de façon que je ne sais pas non plus quand cette réponse vous parviendra, il semble qu’il y ait un sort sur mes projets ; le temps rigoureux qu’il fait dans ce moment-ci, et les glaces que sûrement le Cher charrie comme notre Loire ne me permet tent pas de me mettre en route tout à l’heure comme je l’eusse fait sans cela, mais je présume que cela ne durera pas ; et quoique mon ouserie ne fasse qu’augmenter, et que, si j’étais bien sage, je dusse peut-être vous épargner la vue d’un ostrogot qui, plus il pousse sa pointe, moins il doit vous agréer, je tiendrai cependant ma parole puisque je vous l’ai donnée, et que d'ailleurs les tendres amitiés de toute la famille ne me laissent pas la liberté du choix, il sera inutile que vous m'envoyez chercher.
Les chemins sont beaux; je partirai au premier moment que le temps sera supportable, et que je saurai le passage libre ; et quand je serai arrivé, l’ami An toine pourra partir avec un cheval pour venir cher cher mon petit paquet que je laisserai tout prêt à Amboise. Recevez tous, je vous prie, mes sensibles remerciements de toutes vos bontés, je sais com bien il est doux de se trouver près de vous, et soyez
LETTRES INÉDITES 173 sûr que dans les combats que j’éprouve mon cœur est de votre côté. Adieu, mon cher frère; adieu, la chère maman; adieu, ma chère pratique. Je ne puis vous dire le jour ni l’heure où j’irai vous saluer, mais sûrement il n’y aura pas une minute de délai par ma faute. Le papa Calmelet est retenu au coin de son feu par la goutte. Le cher abbé, au coin du sien, par les raisons accoutumées des soins de sa sainte personne.
Ma surtaxe est payée._Le général Bonnard est venu hier et a rendu la paix à quantité de gens à qui il l’avait ôtée, sur la liste des 22 il n’en part que trois. Les autres sont entièrement acquittés par sa propre si gnature qu’il a mise sur leurs papiers. Perceval n’est point de retour de Paris. Voilà, mon cher frère, toutes les nouvelles que j’ai pu récolter de mon pays. * * * Amboise, le 27 fructidor.
Les témoignages de votre amitié me sont bien doux et bien sensibles, mon cher frère. Ils font l’or nement de ma solitude qui a parfois ses épines, mais qui parfois aussi a ses roses, surtout quand j’ai le courage et la persévérance nécessaires pour en recueillir.
Mon désir de vous revoir tous est pour le moins égal aux vôtres ; et quand notre mission politiquesera remplie, je regarderai votre maison comme un asile au milieu des tempêtes, et qui me préser vera peut-être même du naufrage matrimonial si je
l’initiation moi-même. Je amis de Paris n’ai pas la force de m’en préserver reçois aussi des nouvelles de mes qui comptent sur moi pour cet hiver, principale ment depuis la délivrance de notre amie de Marseille; mais l’état des affaires politiques en général et celui de mes affaires pécuniaires en particulier ne m’in vitent guère à de grandes excursions.
Mon closierde Chandon, qui me doit chaque année six peupliers et six boisseaux de blé en nature, ne pourra pas m’en fournir un grain cette année,'toute sa récolte ayant été brouïe et noircie au point qu’il la destine tout entière à faire de la litière pour ses bestiaux; cela ne va guère avec mon appétit, et avec la contribution sur laquelle je vois qu’on revient à la charge un peu plus que je ne le voudrais.
Cependant, je per siste à la croire inexécutable; et je regarde les beaux discours du représentant Marée à la Convention sur cet article comme des gasconnades ; à la garde de Dieu ! Vous me demandâtes, mon cher frère, le matin de mon départ, en quel temps l'opinion sur l’altéra,- tion de l’homme avait commencé.
J’aurais pu vous répondre qu’elle a commencé pour ainsi dire avec le monde, et que l’opinion contraire est sans contredit la plus moderne comme n’étant née que des simples philosophies humaines, et de l’obscur cissement des prêtres dans toutes les religions. Ce sont les prêtres qui, ne pouvant plus montrer la cleflumineuse de leur affaire, ont exposé le commun des hommes à croire que l’affaire elle-même n’exis tait pas. Mais ouvrez toutes les mythologies quel
LETTRES INÉDITES 475 conques répandues sur la terre, vous n’en verrez pas une qui n’ait cette doctrine-là pour base, mal gré les variétés que la forme de cette base a reçue en passant par la main des hommes.
Ces mythologiesont été primitivement un échelon pour aider à l’esprit à monter plus haut; mais elles sont bien tôt devenues les enfants de l’imagination humaine habillées avec quelques-unes des couleurs primiti ves, et leur habit s’usant encore avec le temps, elles sont restées le produit de l’ignorance, de l’illusion, du fanatisme et c’est alors que chacuny a vu ce qu’il a voulu, et que beaucoup ont fini par ne plus rien voir du tout.
Néanmoins, mon cher frère, si vous pouvez vous accoutumer à regarder les mythologies primitives comme n’étant elles-mêmes qu’une expo sition voilée d’une vérité répandue dans l’esprit de tous les anciens peuples, vous aurez fait un pas que vous ne vous reprocherez point, et l’universalité jointe à l'ancienneté de cette doctrine sera, je crois, pour vous un grain puissant dans la balance.
Mais voulez-vous parmi les modernes un témoi gnage qui pourra être plus persuasif que le mien ? Lisez les Pensées de Pascal ; vous n’accuserez pas cet homme d’être un petit génie, vous ne l’accuserez pas d’ignorer les sciences exactes. Eh bien, il a dit en propres termes ce que je vous ai dit, et ce que j’ai imprimé : savoir que le dogme du péché origi nel résout mieux nos difficultés que tous les rai sonnements des philosophes.
D’ailleurs cet homme avait beaucoup de votre manière d’être sur la sou mission à la Providence, sur les secrets qu’il nous
L’INITIATION 176 a caché et de façon que, tenant à la fois de vous et de moi, je ne crois pas pouvoir vous proposer de meilleur médiateur ; il aimait Dieu avec cette même idée qui vous le ferait haïr.
Quant à ce que vous m’avez dit plusieurs fois, mon cher frère, que je croyais être le seul qui eût raison, etvous voyez qu'au contraire j’ai toute l’an tiquité pour moi, et beaucoup de modernes, vous en trouveriez dont l’avis serait respectable, de façon que je me crois bien de l’opinion du plus grand nombre.
Mais, mon cher frère, malgré cet orgueil dont vous avez peur pour moi, dont je suis sûre ment très taré, ainsi que beaucoup d’autres défauts dont votre indulgente charité veut bien ne pas s'apercevoir, serait-il possible que le point en ques tion fût une vérité, quoiqu’il eût passé par ma bouche? Une proposition peut être certaine, et ce lui qui l'avance être cependantuncloaqued'infection.
Enfin la chose ne peut-elle être bonne encore que l’homme soit méchant ? Eh, mon cher frère, que puis-je être autre chose que méchant par moi-même si, comme je le crois, l’homme est dégénéré? Vous voyez que vous finiriez par plaider pour moi. Joignez ceci à tout ce que je vous ai dit pré cédemment, et dont vous me mandez que vous vous occupez souvent, et je me plais à penser que le saut vous paraîtra moins difficile.
Adieu, mon cher frère, embrassez tous les vôtres pour moi, et distribuez-leur le baiser de paix et d’amitié que je vous envoie. J’ai recommandé à ma gouvernante d’avoir bien
LETTRES INÉDITES 177 soin de vos deux ambassadeurs, on m’a si bien traité chez eux! Ils ne seront cependant pas si bien que chez vous. Je n’ai que mon petit ménage de garçon. J’ai mieux aimé cela que de sortir de chez moi pour aller vivre chez l’abbé, surtout dans ces moments où comme rentier il doit être gêné. Du Rosey est ici d’avant-hier.
Je vous envoie ma ga zette d’aujourd’hui, vous y verrez le passage du Rhin par nos troupes et la prise de Dusseldorf. Je désirerais, si cela vous agréait, mon cher frère, que vous fissiez lire ma lettre à la chère mère, et à ma pratique. Louis Claude de Saint-Martin.
PARTIE LITTÉRAIRE Histoire authentique d’un envoûtement en 1912... et en France Calais, 10 février. L’autre matin, à la petite aube bleue, devant la poterne féodale de la vieille citadelle de Calais, un sergent du 8e de ligne musait pour chasser le sommeil, mélancolique, frileux et las. A cette heure imprécise, le guerrier de Calais eut une vision inouïe. Je vous la rapporte en conscience.
Sur le talus des fortifications de la citadelle, à l’endroit où le chemin s’infléchit vers le canal, deux femmes aux voiles noirs surgirent ; on eût cru, au témoignage du ser gent, des fantômes épuisés après une nuit de sabbat. Tout à coup, les femmes s’immobilisèrent ; l’une d’elles s’étendit sur le sol humide, mit ses bras en croix et demeura pros trée.
Mais l’autre, plus active, s’armant d’une béchette, fiévreusement creusa la terre, puis dans le trou déposa un paquet blanchâtre et l'ensevelit. Cette tâche accomplie, les femmes en deuil s’empressè rent de disparaître dans le jour qui montait. Le sergent, tapi derrière le pilier de la citadelle, avait observé la scène avec une attention grandissante.
Les lu mières du raisonnement aidant, il conclut qu’il venait d’as sister à l’épilogue d’un infanticide et bénit la Providence, qui lui permettait de démasquer une grande coupable et sa complice. De décision prompte, il héla un homme de garde, le plaça de faction sur le talus, en lui recomman dant de ne laisser approcher quiconque de la fosse.
HISTOIRE AUTHENTIQUE D’UN ENVOUTEMENT Ayant ainsi agi, il partit au pas de course et rejoignit avec bonheur les deux femmes fugitives. Il les dépassa, les dévisagea de toute son âme, et, comme sa bonne fortune voulut qu'un bourgeois de Calais, M. Biotti, suivît la même ' route, il lui confia son secret et l’invita à faire diligence auprès de M. Adamistie, le commissaire de police dont le quartier dépend.
Escorté d’un grand nombre d’agents, le magistrat gagna l’endroit où la petite tombe avait été creusée. Le paquet fut bientôt exhumé, et la troupe des gens de police reprit le chemin du poste, non sans avoir fait prévenir le parquet qu’un crime odieux avait été commis, que les coupables, connus, seraient aisément surpris, mais qu’auparavant il impoitait que le docteur Guyot, médecin légiste, procédât à l’examen de la victime.
Ses recommandations exécutées, M. Adamistre eut le loisir d’enregistrer un épisode essentiel. Le militaire que le sergent avait laissé en sentinelle raconta que, pendant sa faction, un homme s’était approché du lieu interdit, qui, à l’aide d’une pioche, avait prétendu déterrer le petit ca davre et qu'il avait dû le mettre en fuite. A huit heures, les magistrats accoururent au poste de police, examinèrent le paquet.
Les journaux qui le contenaientétaient maculés de taches rouges.Tout disait le crime 1 Quelle chose informe le docteur Guyot allait-il trouver dans ces pauvres langes sanglants ?... Je vous le dis, en vérité, il y trouva un cœur de porc .. Et dans quel équipage, Dieu de miséricorde ! Cet infor tuné cœur de porc était percé... de 113 épingles, et mis à mal d’un coup de stylet...
Cette histoire ne constitue pas l’apothéose de notre civi lisation . Au temps d’Henri III, les envoûtements étaient prati qués, assure la légende, de plusélégante manière. Jacques Clément modelait alors de sveltes figurines de cire que l’on perçait au bon endroit d’une longue aiguille. Aujour d’hui, les amantes délaissées ou jalouses, pour punir l'infi-
(Le Matin.) La Bague Fatale La reine d'Espagne vient d’avoir un geste courageux qui impressionne vivement les populations. Elle a repris dans le coffre royal une bague réputée pour porter mal heur à tous ceux qui l’ont passée à leur doigt.
C’est Alphonse XII qui, au moment de son premier ma riage avec la princesse Mercédès, fille du duc de Montpensier, offrit entre autres présents à la jeune souveraine cette bague, espèce de souvenir intime donné pour ainsi dire en dehors de la vie officielle. La reine ne quitta plus ce bijou et ne tarda pas à mou rir. Alphonse XII remit alors la bague à sa grand’mère, la reine Christine.
180 l’jnitiation dèle, transforment le viscère d’un cochon en pelote à épin gles C’est la faillite du bon goût. Notez bien qu'il s’agit d'une vengeance amoureuse... L’une des femmes, a déposé le troupier du 8e de ligne, était vieille, et ses yeux fulguraient : c’est la sorcière. L'autre était jeune et triste : c’est la maîtresse abandon née. Quant à l’homme, le «vampire » de la « tombe » du porc, ce n’était que le fiancé volage.
Tenez-le pour cer tain, il souffrait mille tortures à la pensée de s'étioler et de mourir, tandis que le muscle sublime du goret pourri rait à la citadelle. A Calais, cette extraordinaire aventure, connue de cha cun, engendre l'hilarité.
Mais M. Adamistre a songé que, tout compte établi, la sorcière caduque pourrait bien ne pas être autre chose qu’une vendeuse de maléfices, sur prise dans une de ses spéculations sur la naïveté humaine, si étonnante parfois. Il recherche l’incantatrice et compte la punir.
181 LA BAGUE FATALE Peu de temps après, celle-ci mourut à son tour, et le bijou échut à l'infante del Pilar, sœur du souverain. L’in fante mourut quelques jours plus tard. Pour la troisième fois,la bague revint au roi,qui la donna alors à l'infante Christine, sœur de la reine Mercédès et seconde fille du duc de Montpénsier. Trois mois après, l’infante était morte.
Enfin, le roi se fit remettre une troisième fois l'anneau si tristement fameux et voulut le porter. Il ne survécut pas longtemps. C’est cette bague que la jeune reine d’Espagne ne craint pas de porter. Espérons que son geste mettra fin à la fu neste série. I (Extrait de la revue Œsculape, 2 janvier 1912). > La momie fatale Nos Loisirs publient le -portrait d'une momie fatale. Cinq archéologues découvrirent autrefois son sarcophage.
Aussitôt l’un d’eux eut le bras percé d’un coup de fusil, un autre mourut accidentellement. Deux autres reçurent d'Angleterre la nouvelle qu’ils venaient de perdre tous leurs biens. Le cinquième archéologue, rentrant seul avec la momie, fut assailli par toutes sortes de malheurs. On photographia le bibelot fatal, et l’on ne put en ob tenir, bien qu’on s’y fût pris à deux fois, qu’une représenta tion difforme et grimaçante.
Un mois après le photographe mourut. La momie fut offerte au British Muséum. Des deux por teurs chargés de la convoyer, l’un trépassa dans la se maine, l'autre se cassa le bras. Les deux gardiens de la salle moururent subitement.
182 l’initiation Enfin, ces jours derniers, un ouvrier, chargé de faire une petite réparation au sarcophage est tombé malade : il a tout le côté droit paralysé. Une maison hantée A Saint-Michel-de-Maurienne (Savoie) Notre correspondant à Saint-Michel-de-Maurienne, M. Porte du Trait des Ages, nous envoie la relation sui vante au sujet des phénomènes psychiques qui se produi sent dans la ville qu’il habite, et dont il a pu étudier de visu la marche progressive. « Depuis plus d'un mois — exactement depuis le dé cembre — la maison de M11« Eugénie Germain, couturière à Saint-Michel, est le siège de curieux phénomènes d’ordre psychique que nous avons pu étudier sur place et dans les meilleures conditions. Nous pensons que la relation de ces phénomènes présente un certain intérêt pour les lecteurs de cette revue : aussi nous efforcerons-nous d'être aussi clair et aussi complet que possible. Les phénomènes de disparition commencèrent dès le -1er décembre. Mllu Germain, retour de l’église, constata la disparition de sa clef, qu’elle mettait d’habitude sous le paillasson devant sa porte. A huit heures, ses apprenties;.' — quatre jeunes filles de quatorze à seize ans — arrivèrent et comme de coutume se mitent au travail. Peu après, Mile Germain et ses aides constatèrent la disparition de plusieurs aiguilles et épingles qui se trouvaient sur un pe tit guéridon situé dans un coin de la pièce, non loin des apprenties. Un peu plus tard, nouvelle disparition d'objets sur le même guéridon. Mllc Germain mit alors sur le gué ridon une baleine de corset longue d’environ 30 centimè tres. Lorsque les regards des ouvrières se reportèrent sur El? ‘ •
UNE MAISON HANTÉE cet objet, ce dernier avait également disparu.
Néanmoins, personne ne prit l’affaire au sérieux, et toutes ces jeunes filles et M1!c Germain elle-même ne firent qu'en rire. Les jours suivants, on constata de nouvelles disparitions, plus importantes, telles que : dé à coudre, pelotes de fil, bobi nes, etc. Les apprenties étaient en train de travailler, lorsque, mystérieusement, le de qu’elles avaient au doigt s’évanouit littéralement.
Plusieurs personnes mises au courant de ces disparitions se rendirent chez Ml|e Germain pour être témoins ocu laires de ces racontars, et leur scepticisme fut confondu, puisque les disparitions se firent aussi bien sous leurs yeux que sous ceux des apprenties.
Plusieurs d’entre ces per sonnes sceptiques voulurent même être absolument sûres que les phénomènes se produisaient en tout temps, et elles exposèrent sur le guéridon de menus objets qui ne tardè rent pas à disparaître. Notons bien que tout cela a lieu en plein jour, sous les yeux de plusieurs personnes cependant peu crédules.
Mais, les disparitions augmentant d'importance et d’in tensité, M1!ô Germain me pria d’aller étudier chez elle ces curieux phénomènes qui commençaient à l'inquiéter- en raison de leur fréquence et de leur continuité. Je me ren dis en effet chez cette personne — non pas incrédule, mais méfiant, car je crains toujours la fraude dans ces sortes d'expériences.
Debout devant le fameux guéridon, je questionnai lon guement Mll° Germain et ses apprenties, tout en exami nant les lieux et de quelle manière ces apprenties étaient placées. Je me fis raconter aussi avec détails tout ce qui pouvait aider mon enquête et donner corps à mes soup çons, car, de prime abord, j’avais cru à une supercherie d'une de ces jeunes filles.
Mais cet examen me convain quit de l’impossibilité presque matérielle d’une supercherie, car les phénomènes ont lieu de jour et lors même que la présence de témoins pourrait les faire cesser par suite d’une surveillance attentive. D’autre part, ils ne se proL INITIATION duisent pas lorsqueJ'une des petites ouvrières est absenté: donc les recherches devaient se diriger, se concentrer sur cette jeune fille.
De fait, je ne quittai pas de l’œil cette ou vrière pendant que je causais avec MUo Germain, et,d’ail leurs, mon champ oculaire s’étendait sur tout le groupe formé par les quatre apprenties et par le guéridon. J'étais donc en excellente mesure pour surveiller à mon aise les supercheries possibles, de quelque part qu'elles vinssent.
Or j’avais, tout en causant, mis un clou sur le fameux gué ridon, et je l’avais même posé à plat sur la tête : mon clou avait disparu sous mes yeux sans que je m’en aperçusse. Et je suis absolument sûr, absolument certain qu’il a dis paru mystérieusement, emporté par une main invisible, et sans d'ailleurs qu'il soit possible d'affirmer une supercherie invraisemblable et dont je me serais aperçu forcément.
La distance qui séparait les jeunes filles de la table était trop considérable pour que l’une d'elles avançât le bras — et d’ailleurs j’aurais vu ce bras, j’aurais vu cette main s’em parer du clou que j'avais posé à dessein. Le phénomène était dès lors indéniable. D’ailleurs plusieurs autres tenta tives de ma part eurent le même sort, ce qui leva tous mes doutes sur l’authenticité du phénomène et détruisit en même temps mes soupçons.
Je donnai quelques conseils à Mll° Germain dans le but de faire cesser ces disparitions onéreuses pour sa petite bourse; mais je m’empresse d’ajouter que mes conseils ne furent suivis qu’un seul jour.
N'ayant pu réussir sur-lechamp, en suivant mes instructions, Ml|o Germain eut re cours à d'autres procédés empiriques — qui n’obtinrent du reste aucun résultat. Quelques jours après ma visite, plusieurs jeunes gens — MM. Magnin et Ratel — se rendirent chez cette coutu rière. Ils étaient munis d’un révolver dont ils firent usage sans résultat.
Un peu plus tard, constatant la disparition d’un objet posé sur une chaise,car,depuis, les phénomènes s’étaient bien étendus, M. Ratel se rua sur la dite chaise et la frappa violemment d’une grosse chaîne qu’il tenait
UNE MAISON HANTÉE ■185 a . 's z:. dans ce but. Chose curieuse : par trois fois, une gerbe d’étincelles jaillit de la chaise, ces gerbes pouvant mesu rer environ 10 centimètres de longueur. La chaise fut bri sée sous la vigueur des coups qu’on lui avait portés. No tons que celte chaise était en bois et en paille, recouverte avec une étoffe quelconque. La chaîne futégalement rom pue en deux tronçons. Mais les disparitions ne cessèrent pas.
Depuis cettè séance des deux jeunes gens (il y a de cela environ dix jours), les phénomènes ont encore augmenté d’intensité et se sont répandus dans un plus grand rayon. Des objets volumineux disparaissent chaque jour — et aussi des choses assez difficiles à enlever, par exemple l’aiguille de la machine à coudre qu’on ne peut pas retirer sans l’avoir dévissée.
Les choses en sont là, et nous tiendrons nos lecteurs au courant de ces curieuses manifestations d’ordre que les savants nous expliqueront, nous voulons psychique l’espérer. A. Porte du Trait des Ages. Saint-Michel, le 15 janvier igi2. BIBLIOGRAPHIE La Magie et la Sorcellerie en France, par Th. de Cauzons. Tome IV et dernier. Un volume in-8 écu de VIII-724 pages, chez Dorbon-Ainé, boulevard Hauss mann, Paris. Prix : 7 fr.
C’est par un énorme volume de plus de 700 pages, qui paraît aujourd’hui, que se clôture la si remarquable His toire de la Sorcellerie de Th. de Cauzons. Considérable par le nombre de pages, il est encore bien plus important
186 l'initiation par les matières traitées. C’est tout le merveilleux du xixe siècle qui défile devant nous. Les transformations du ma gnétisme, l’hypnotisme, la suggestion, les curieux phéno mènes de la transmission de la pensée, de l’extériorisation de la sensibilité et de la volonté, de la seconde vue, de lévitation, de matérialisation et de dématérialisation, y sont amplement traités.
Y sont aussi exposées de façon claire les théories et les doctrines des diverses écoles con temporaines : Spirites, Occultistes, Théosophes.
Si nous ajoutons que les possessions et les autres manifestations diaboliques du xix° siècle (maisons hantées, cas de lapida tion, épidémies hystéro-démonopathiques, hallucinations, stigmates, pactes diaboliques, etc.), font l’objet d’un cha pitre entier et non le moins important ni le moins intéres sant de tout l’ouvrage, et que les superstitions populaires, avec ses allumettes, ses pèlerinages singuliers, parfois même peu décents, les pratiques des sorciers contempo rains, guérisseurs, jeteurs de sorts, rebouteurs campa gnards, etc.., nous apparaissent là avec leur relief carac téristique, nous pouvons nous convaincre du soin avec lequel M. de Cauzons a fouillé les divers documents qui pouvaient jeter un peu de jour sur la Sorcellerie et sur ses procédés toujours plus ou moins mystérieux.
Son ouvrage restera un monument de l’érudition du xxe siècle. Sans blesser aucune conviction, cet auteur aura su nous faire voir que toujours et partout, l’Homme a eu, et a encore, une tendance invincible à la croyance au Merveilleux. ★ * * La Science des Philosophes et l’Art des Thau maturges dans l’Antiquité, par le Colonel A. de Ro chas Seconde édition augmentée de documents inédits.
Pa ris, Dokbon-Ainé, 19, boulevard Haussmann, un volume in-8 jésus avec 24 planches hors texte. Prix : 8 fr. L’étude des sciences anciennes préoccupe aujourd’hui tous ceux qui ne se bornent plus à envisager l’histoire comme
/ rE&-' i*r ' iSBIBLIOGRAPHIE 187 une simple énumération de batailles ou de changements de régimes politiques, mais qui cherchent à déterminer la marche qu’a suivie l'esprit humain dans son évolution et à acquérir ainsi le sentiment de la courbe du progrès. Une société vient même de se fonder dans ce but sous la prési dence du comte Vincenti-Piobb.
Un de ceux qui ont apporté une très large contribution à ce genre d'études est le colonel de Rochas qui, familier avec la langue technique des ingénieurs grecs, a traduit pour la première fois en français un grand nombre de leurs traités connus seulement auparavant par de mau vaises traductions latines dues à des érudits complètement étrangers aux sujets dont il était question.
Il a débuté, en i872, par la traduction, avec commen taires, des traités relatifs à l’attaque et à la défense des places, ouvrage qui fut honoré d’une médaille d’or par la Société pour l’encouragement des Etudes grecques. Quelques années plus tard, il traduisit les traités de Héron etde Philon sur les Pneumatiques, c’est-à-dire sur les machines mues par le ressort de l’air comprimé.
11 esta remarquer que les machines données pour exemple sont, presque toutes, de simples trucs employés dans les tem ples égyptiens pour frapper l’imagination de» foules en simulant des miracles.
Telle est celle ou il suffisait d’intro duire une pièce de monnaie pour faire fluer l’eau lustrale, ou bien encore l'autel sur lequel, en allumant le feu du sacrifice, on provoquait l’écoulement de lait ou de vin ver sés par les statues d’isis et d’Osiris érigées de chaque côté de Faut J. Cet ouvrage était devenu presque introuvable et les quelques exemplaires qui se trouvaient d’occasion attei gnaient 50 francs et même davantage.
Aussi la librairie Dorbon-Ainé crut-elle bon de donner une nouvelle édition de ces traités précédés d’une très importante notice sur l’origine et le développement des sciences physiques dans l’Antiquité grecque et suivis des divers fragments carac téristiques empruntés soit à l’Optique et à la Catoptrique
L INITIATION d’Euclide, soit à la Géométrie de Héron, traité peu connu de Saint-Hippolyte sur les ployées par les Mages babyloniens. soit enfin au pratiques em- • ★ langue héToute la science antique grâce à la braïque enseignée par le Pentateuque, Cours supérieur pour hommes professé par Jos.
Heibling, ingénieur : Prix : 200 francs par mois. / Conditions d'admission : Avoir quarante ans révolus, — être pourvu de titres universitaires ou connu par des tra vaux techniques, littéraires ou d’érudition.
L’hébreu classique, Cours préparatoire, professé par un lettré. — Prix : 25 francs par mois. (Point de limite d’âge, de sexe ni de savoir.) Les inscriptions sont reçues à l’Ecole supérieure libre des Sciences médicales, '15, rue de Séguier, Paris. ★ ¥ * Pour combattre i’EWVOUTElVIENT : Envoûtements conscient et inconscient, par le Docteur Parus. — Avec 20 figures explicatives. — Prix : 1 franc. — MM. Hec tor et Henri Durville, éditeurs, ¿3, rue Saint-Merri, Paiis, 4e.
Ouvrage extrêmement curieux, entièrement inédit et donnant sous une forme concise des enseignements prati ques dont les effets sont indéniables. On sait que l’envoûtement est l’empoisonnement du corps
SS?- BIBLIOGRAPHIE astral d’une personne par la haine d'une autre. Il est quelquefois inconscient, mais dans la majorité des cas il est parfaitement conscient.
Les actions occultes qui constituent l’envoûtement sont pratiquées actuellement dans les campagnes, même dans les villes, par des individus détenteurs de pouvoirs psy chiques et de secrets magiques redoutables dans leurs effets et qui espèrent tirer de l’argent ou semer, autour de la personne qu’ils ont désignée, le malheur terrestre par la pensée ou l’action.
Papus, notre cher Maître, était seul qualifié pour traiter d’un tel sujet et pour y apporter une solution satisfai sante. En effet le lecteur trouvera dans l’ouvrage : Pour combattre 1‘Envoûtement, non des indications vagues, mais’ de puissants moyens de défense contre les actions occultes, moyens à la portée de tous, essentiellement pra tiques, presque tous inédits et qu’on chercherait vainement ailleurs.
La défense contre l’envoûtement comporte trois étapes : 1° la mise du mental en état de propreté ; 2° l’augmenta tion des forces spirituelles ; 3° enfin la dynamisation des forcés astrales qui entourent chaque être humain. L’ouvrage comporte vingt magnifiques gravures expli catives qui, à elles seules, sont d’un intérêt capital. L’ou vrage sera vite épuisé.
Le demander immédiatement aux éditeurs : MM. Hector et Henri Durville, 23, rue SaintMerri, Paris (Prix : 1 franc). CORRESPONDANCE Monsieur, Un fidèle et vieux lecteur de l’initiation, s’étant, dans quelques travaux tentés par lui, rencontré (sans le savoir) avec les découvertes précédemment faites par M. Louis
S. A., Paris. ... | BIBLIOGRAPHIE Lucas, serait très désireux de savoir qui et où sont les descendants de ce savant, et s'il serait possible d’entrer en rapport avec eux. Il espère que l'initiation lui résoudra facilement ce petit problème. Avec mes remerciements anticipés, agréez, Monsieur, l'expression de ma considération. Lies prédictions de Maya la Voyante faites janvier 1911, réalisées Exact. 31 mars. Guet-apens en Afrique.
Officiers et soldats massacrés........................... Nombreux. Mmc Moore se tue à Etampes (21 juillet). RÉALISATION Rouet, ministère des Affaires étr. (avril). Mars, avril, mai. Pas de bluff. — Des preuves PRÉVISION Documents dérobés au Ministère de la Guerre........................................... Combats meurtriers au Maroc....'. Officier compromis dans affaire d’es pionnage ...........................................
Accidents chemins de fer. Tués et blessés. — Région Chartes......... Sud-Ouest......................................... Banlieue Nord.................................. Agents tués et blessés par les apaches...................................................... Officier de Paix tué............................. Aviateurs civils et militaires suc comberont ......................................... Une aviatrice sera blessée................
Courville, 14 février Montreuil-Bellay (noy.). Batignolles, 10 déc. Moulis tué, 21 mars. Nombreux blessés. M.Guillauniegrièv1 blessé
bibliographie Beaucoup de naufrages dans l’année Nombreux. Grèves et manifestations dans Paris. Région Nîmes-Montpellier-Cette. Tremblements de terre dans le Midi. Incendie dans usine province.......... A Paris, un banquier fera des dupes. Changement de ministère................. Ont eu lieu. Juin. Juillet. Plusieurs. Rivier (avril) Chute des ministères Monis, Briand. Exact. Edison (septembre).
Riche mine d'or sera découverte en Californie........................................... En Amérique, invenLion découverte sensationnelle....................................... Tout commentaire serait superflu. Maya la Voyante, justifiant son titre, est prophète en son pays et dans le monde entier. Aux personnes qui consultent, Madame Maya dit exactement leur passé, ce qui est une preuve de l'exactitude de ses prévisions pour l’avenir.
Notre réclame est faite par tous nos anciens clients qui nous en envoient des nouveaux. * * * ì Guerre Franco-Allemande au printemps. Les avions seront pour nous un gage de victoire, plus de 100 en réserve: les aviateurs ne manqueront pas. Malheureusement, nombreuses chutes. L’armée est prête. Un officier trahira (sans succès). Insurrection à Paris. Changement de ministère : M. Briand, président du Conseil. Un paquebot sombrera dans la Méditerranée. Moitié équipage et passagers tués ou blessés.
BIBLIOGRAPHIE Accident de chemin de fer Nord, Pas-de-Calais. Beaucoup de grèves dans l'année. Incendie grand bazar (rive gauche). Nombreux incendies sérieux en 1912. Plus que les années précédentes, banquiers feront des dupes. Dame du monde, 40 ans environ, assassinée par, des cambrioleurs. Drame passionnel. Un homme connu tuera femme mariée (jalousie). Complications au Maroc. Difficultés avec la Bulgarie. Pas de guerre avec l’Italie.
Les Japonais feront parler d’eux en 1912. Plus tard, ils prendront le Tonkin. Mission scientifique sera détruite en Afrique. Edison fera encore cette année invention, découverte sensationnelle. 21° Le Pôle nord ne sera pas atteint cette année, une température relativement douce y règne, végétation. Les habitants sont plus civilisés que les Esquimaux. 22° Accident à cuirassé. Tués et blessés. Le Gerant : G. Encausse. Imprimerie de l’initiation, 15, rue Séguier, Paris.
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