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LI nitiation Pl BLIKI MENSUELLEMENT SOUS LA PIKKcfjijN DU Docteur PAP Page A 4r<-logique (p. 193). PARTIE PHILOSOPHIQUE Prêt n< rs éléments de lecture de In langue égyp tienne pp 191 à 215)..................................... Papus. Lettre de Saïr (p. 216 à 218).......................... Saïr. Le Couple futur (p. 219 à 222)......................... J.
Bois. £«y Plantes magiques (Sônia et llaoma) (p. 223 à 235) (suite)..................................... C. B. Le Cycle d'évolution de la matière (p. 236 à 2'i4)............................................................... L. Matout. Guillatuncs ( p. 245 à 2Ù5)................................. L. T. Le Magnétisme dans tous les plans (Ecole Hermétique) (suite) (p. 256 à 267).................. Tedcr.
La Vie après la Mort (p. 268 à 271).................. X... Pour une suicidée (p. ^72 à 275)...................... X. GRNRS.'. I.*. Partie littéraire : Ecole Hermétique. — Académie des Sciences. — line polémique contre Jules Bois. — Bibliographie. - A propos de <% la Joconde ». — Revues et journaux étrangers. — Conférences Sédir. — Revue des Livres.
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L’initation paraît sans interruption depuis Octobre 1888. Cette Revue a puissamment contribué à la renais sance, en France, du Spiritualisme scientifique. Mais rInitiation, ainsi que >n titre l’indique, n’est pas une Revue consacrée sp ¿¡.bernent à la dif fusion des premiers éléments et 0 expériences de début concernant la Science psych -ue. L’Initiation est une Revue complémentaire de toutes les revues exotériques. C’est l’organe des étuçjss"'" approfondies de l’Esotérisme dans toutes les Écoles, et elle est établie pour compléter les recherches de tous ceux qui s’intéressent, au psychisme, aux sociétés occultes et à la traditionin initiatique. >» La collection de V Initiation forme le compendium le plus complet des recherches occultes dans toutes les branches possibles. Fidèle à sa ligne de conduite, VInitiation est orga nisée pour faire paraître une foule d’études inédites de Saint-Yves sur l’Archéomètre, ainsi que des publications de manuscrits inédits de Fabre d’Olivet et d’autres auteurs qu’elle possède dans ses archives. Deux manuscrits d'Eckarthansen attendent aussi leur apparition. - - I 1 On voit que l’initiation est toujours prête à justi fier son antique réputation.
DECEMBRE Signe Zodiacal : LE CAPRICORNE LES ZODIAQUES O Zcdiaqu» «lu Piu-Uqur du < h /o»d Lru!|df 3 Dmikn-ah 2 Z<M||4ll||1l* tlll Purü»jur dn Truipli nu Nord d /** PAHTtE l ZuiliAqiH1 du P>»ru«|ur <lu(*>And Iruiplr «I F.«ïlr
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Cette partie est ouverte aux écrivains de toutes Écoles sans aucune distinction, et chacun d'eux conserve la responsabilité exclusive de ses idées. PREMIERS ELEMENTS de Lecture DE LA LANGUE ÉGYPTIENNE (Caractères hiéroglyphiques) Cours professé à l’École Supérieure libre des ¿Sciences Hermétiques (1911-1942) PAR PAPUS (Docteur G.
Encausse) PRÉFACE Il est fort utile à celui qui s’intéresse à l’hermé tisme de pouvoir lire au moins les lettres des écri tures antiques. Nous avons déjà établi un petit Manuel de lecture du sanscrit (Devanagari). Nous étudions aujourd’hui la lecture des carac tères hiéroglyphiques (i). Il existe, pour l’étude de la langue égyptienne, des ouvrages admirablement faits.
Nous recomman dons surtout aux étudiants qui désireraient se per fectionner en cette étude le Manuel de la Langue (1) Les signes hiéroglyphiques qui illustrent cet article ont été gracieusement prêtés par l’imprimerie Nationale.
LECTURE DE L’ALPHABET HIÉROGLYPHIQUE 195 Egyptienne de Victor Loret (Leroux, éditeur, Paris), auquel nous avons fait de larges emprunts. Notre but est modeste. Nous voulons mettre nos lecteurs à même d’épeler les caractères hiérogly phiques, comme on peut épeler l’hébreu ou le sanscrit de manière à utiliser un dictionnaire.
Or ces éléments premiers de la langue égyptienne sont faciles, aussi faciles que les premiers éléments d'hébreu que possèdent aujourd’hui les hermétistes sérieux (i). Cette étude est détachée d’un travail sur l’origine et les transformations des signes aux premiers âges de l’humanité, travail destiné à la réédition de notre Traité méthodique de Science occulte.
Sur la demande de beaucoup de nos lecteurs et des auditeurs de nos conférences ésotériques, nous avons décidé de livrer dès maintenant ce petit opus cule à l’impression. PREMIÈRE PARTIE LES HIÉROGLYPHES Je puis exprimer ma pensée en écrivant pour tout le monde et sans obscurité : c’est l’écriture popu laire ou démotique. Ainsi j’écrirai : L'Homme est Timage de Dieu.
Ma pensée sera exactement traduite, et l’on ne (1) On trouvera dans l'initiation de belles études d’ésotérisme égyptien faites par notre savant confrère Léon Combes,
196 l’initiation pourra voir dans ma phrase rien en dehors de ce que j’ai écrit. Mais je veux résoudre un autre problème. Je veux écrire quelque chose qui ne soit lisible que pour certains cerveaux, ayant reçu une instruction spé ciale. Plus encore, je veux que des hommes parlant des langues démotiques différentes puissent tous lire ce queje vais écrire.
C’est ici que l’éc l’écriture qui parlera l’oreille (si on me sion), l’écriture idé écrites), va être emmême si je dessine tous les adeptes de ront ma pensée, à appartiennent. riture en images, aux yeux, et non à passe cette expresographique (en idées ployée.
Si j’écris, ou le schéma suivant, l’hermétisme traduiquelquepeuplequ'ils Entre ces deux procédés extrêmes : le symbo lisme pur et la langue démotique, les Egyptiens avaient un procédé mixte : l’hiéroglyphe littéral ou syllabique que nous allons essayer de faire com prendre. Soit à écrire en hiéroglyphe, le mot : Homme. Hérisson, Oie, Marteau.
LECTURE DE LALPHABET HIÉROGLYPHIQUE 197 Nous écrirons en abrégé la parole HOM, telle qu’elle se prononce; puis nouscherchons trois objets quelconques de la nature dont/#première lettre com mence par les lettres à exprimer, les unes après les autres, c’est-à-dire un objet commençant par la lettre H, un commençant par la lettre O, et un autre commençant par la lettre M Pour H, nous aurions Horloge.
Homard, Hérisson et une foule d’autres termes à notre choix ; nous choisirons : Hérisson, et nous dessinerons un hérisson. Pour O, nous pourrons dessiner : oreille, œil ou oie. Choisissons ce dernier terme. Enfin, pour M, nous prendrons un objet courant, un marteau : j Le mot Homme, écrit de la façon suivante : sera évidemment incompréhensible pour le profane.
Mais tout initié à la clef de ce langage, muni d’un dictionnaire ordinaire, trouvera vite ce mot. Pour éviter les ennuis de longues recherches, les Egyptiens avaient attribué à chaque lettre simple
198 l’initiation un seul et même signe que nous allons étudier plus loin. Disons tout de suite que les Egyptiens accompagnaientchaque groupe de signes, destinés à parler aux oreilles ou phonétiques, d'autres signes destinés à être vus et non prononcés.
Ces signes, placés à la fin des phrases ou des mots, permettaient de ne pas se tromper en cas de prononciation pareille de plu sieurs mots et d’éviter ainsi une foule de confusions. —Ces signes, appelés déterminatifs ou symboliques, sont d’un grand secours à beaucoup de points de vue. Aussi notre hiéroglyphe du mot homme n'aurait pas été complet sans être déterminé par le dessin d'un bonhomme placé à la fin dudit hiéroglyphe.
Le geste fait par ce petit bonhomme indique, de plus, le sens spirituel de l’hiéroglyphe. f Ainsi les Egyptiens parlant à l’oreille, ils faisaient en même temps appel à la vue. Voici le nom de Cléopâtre dans un cartouche. Ce nom est terminé par le signe d’une lettre ~ et par un œuf Ces deux signes ne se prononcent pas. Ils indiquent seulement s'il s’agit ééune femme dans le cartouche. La lettre Ti est le signe du féminin, et l’œuf aussi.
Si le lecteur^ a bien saisi ce qui précède, il comj prendra parfaitement les détails du tableau suivant établi d’après Loret.
LECTURE DE L’ALPHABET HIÉROGLYPHIQUE 199 HIÉROGLYPHES ÉGYPTIENS Sons (Phonétiques) ou Idées (Idéographiques) SONS (Signes Phonétiques) SIGNES ALPHABÉTIQUES (lettres) (21) SIGNES SYLLABIQUES (syllabes) (120 environ) un verrou un aigle à la place la croix Q des ansée | trois signes S A — A N ANK IDÉES (Signes Idéographiques) DÉTERMINATIFS aucun sens par eux-mêmes, dé terminent sens phrase.
Spèciaux ne s’appliquent qu’à un nombre gx . très restreint de mots de même na ture. Peau de panthère Générait# s’appliquent à des j?x groupes de mots fort nombreux. H / j Arbre Diei FIGURATIFS i OU SYMBOLIQUES tiennent lieu de \ mots entiers. i Figuratifs > le mol rendent des i —Seshen idées suscep- gx .
' . lotus blanc tibles d’être retracées par le d°ssin. / remplacé par le signe Symboliques rendent des idées non sus- p . ceptiblesd’être retracées par le dessin. 1X1 le mot Noter “Dieu” remplacé par J
20û l’initiation Les signes égyptiens peuvent représenter des sons ou des idées. Les signes phonétiques, qui re présentent des sons, peuvent être ou alphabétiques ou syllabiques, selon qu’ils expriment des lettres ou des syllabes.
Les signes idéographiques, qui représentent des idées, peuvent n’avoir aucun sens par eux-mêmes et servir seulement, lorsqu’on les place à la suite des signes phonétiques, à distinguer les différents sens d’un même son. Ce sont les signes déterminatifs. Enfin, ces signes idéographiques peuvent, à eux seuls, tenir lieu de mots entiers.
Selon qu’ils servent à rendre des idées susceptibles ou non d’être retracées figurativement par le dessin, ils sont figuratifs ou symboliques (i). A l’origine (2) de la création du système hiérogly phique ce sont évidemment les signes figuratifs qui ont été imaginés les premiers, tels que sa, « oie », am, « barque ».
Puis, ces signes ne se prêtant qu’à l’expression des idées matérielles, on a inventé les signes symboliques de manière à rendre les idées abstraites, comme: J oiiadj, « être vert », qui représente une tige de papyrus ; seh, (( réunir », qui représente deux haches attachées ensemble; • dou, « donner », qui représente une main apportant un pain conique ; <dTquem, «trouver», qui représente un oiseau découvrant des aliments et baissant la tête pour les manger. Ce ne fut que lorsque le sens définitif — et, par (1) Voir Loret, 17. (2) Loret, p. 18.
LECTURE DE L’ALPHABET HIÉROGLYPHIQUE 201 conséquent, une prononciation toujours régulière ment la même — eut fini par s’attacher à ces signes, qu'on put songer à les employer uniquement pour les sons qu'ils représentaient, sans plus tenir compte de leur sens originel. Le signe devint alors la syllabe sa: j la syllabe ouadj ; la syllabe seh. Enfin un certain nombre de ces signes furent choisis pour représenter les lettres de l’alphabet.
A ce mo ment l’emploi de l'écriture était déjà général, et l’on avait fini, à force de progrès, par sentir la nécessité de créer les lettres. Tandis que les signes idéographiques et sylla biques avaient été armés d une manière logique et progressive, les signes alphabétiques, au contraire, furent formés d'une façon toute conventionnelle, et furent certainement l’œuvre d’un congrès de savants qui se réunit au commencement de l’Ancien Empire.
On prit un certain nombre de signes représentant des objets partout connus, et on décida qu’ils ne seraient jamais employés qu'avec une valeur alpha bétique, valeur tirée de la première lettre qui dési gnait ce mot en égyptien. Un aigle se dit akbem, l’aigle devint la lettre a ; Une bouche se dit rou, la bouche <=> devint la I lettre r; Un verrou se dit ses. Le verrou —- devint la lettre s; Une main se dit doud, —* lettre d. la main devint la
202 l’initiation Les déterminatifs ne vinrent que plus tard pour distinguer les uns des autres les homonymes. « Dans le sens métaphorique ou symbolique, les signes s’interprètent de trois manières différentes : Selon la première, la métaphore s’interprète par le nom propre d’une chose conformément à Limita tion de ce nom (par le signe). Selon la deuxième, le signe s'interprète d’une manière qui se rapproche de la métaphore. Dans la troisième, le signe s’interprète clairement par un autre objet, en raison de certains rapports allusifs (i). » L'ALPHABET EGYPTIEN On trouve plusieurs types d’alphabets égyptiens. Dans les anciennes éditions certains caractères, déter minés depuis comme syllabiques, sont graphiés comme syllabiques simples. Nous avons reproduit ci-dessous l’alphabet de M. Berger, issu des travaux de Champollion. Il est (i) Saint Clément, traduction de Brière.
LECTURE DE L’ALPHABET HIÉROGLYPHIQUE 203 très clair pour les débutants. Nous avons établi ses rapports avec l’hébreu pour les Kabbalistes et les étudiants de l’archéomètre. Alphabet hiéroglyphique des as signes et alphabet hébraïque 1 X A 1 et A ou À k il * • A ou A F 9 1 U " b Î D ; V U S W ou F Ka 2«V î P g Ë P M Y *= 1 X j K bo - ¿JJ 1 s R-L <=> -A*. b" n H ra n H ou H' 1 ÿjo ° J X tu K« 0 Ce 0 S - P Sot Ui è, S‘, Sh ■K QED loj < Co Q A 3 G ou K D K — J U T K n D ou T » J-*” lû - n T, Ts. Dj
204 L'INITIATION SIGNES SYLLABIQUES L’emploi des signes alphabétiques simples, ou signes, pour chaque lettre d’un mot a bientôt paru long et se prêtant peu aux applications artistiques. Au lieu d’écrire H.O.M. en trois signes, on en vint bientôt à l’emploi des signes syllabiques, c’està-dire que deux signes de lettres simples se combi nent pour former un seul signe nouveau, ou qu’un nouveau dessin vient remplacer le son de deux lettres combinées ensemble. Si nous avons à écrire Pa en signes simples, nous écrirons P un carré g , et a un aigle ; pour aller plus vite, un oiseau volant les ailes éployées remplace par un seul signe les deux signes pré cédents et se lit Pa. Mes, formé de deux lettres, M et S —" , est remplacé par le signe 3E= unique. Nefer, formé de signes N F *— et R*=^, S est remplacé par ce seul signe +*-©, qui se lit Nefer à lui seul. Kepar, K.P.R, formé de trois signes , est rem placé par une seule image : Il est donc indispensable, pour ceux qui veulent lire à peu près les signes hiéroglyphiques, d’avoir dans la mémoire ou sous les yeux, à côté des vingt et un signes alphabétiques simples, les images des cent vingt signes syllabiques. Nous allons donner plus loin une table de ces signes avec les caractères alphabétiques de notre langue en regard.
lecture de l’alphabet HIÉROGLYPHIQUE 205
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lecture de l’alphabet hiéroglyphique
212 L’INITIATION L'IDÉOGRAPHISME Les Déterminatifs Mais l’emploi des signes phonétiques simples, d’une part, l’emploi des signes syllabiques, de l’autre, pouvaient prêter à confusion. Ainsi le mot serpent et le mot œil s'écrivent par les mêmes signes phonétiques. Les Égyptiens ont résolu le problème d’une ma nière fort élégante. A côté des signes destinés à l'oreille, ils ont placé des signes destinés seulement aux yeux. A la lin de chaque phrase, et quelquefois à chaque mot, un signe symbolique vient expliquera quel genre d’idée se rapportent le mot et la phrase. xo ÎÜVl(Xa>a W. P'i COÀMC ù^x. g h AOwAn/V} Ainsi voici un signe Llil © , qui se lit Sba-it, la saison de l’inondation. Or, les deux premiers signes seuls se lisent, ils sont seuls phonétiques; le dernier signe qui représente le Soleil ne se lit pas,
LECTURE DE L’ALPHABET HIÉROGLYPHIQUE 213 il se regarde, il indique que le mot sba-it a un rap port quelconque avec le temps symbolisé par le Soleil. Voici le signe, Mer, qui, phonétiquement, se lit tou jours de même et qui a une foule de sens indiqués par des déterminatifs placés à la fin du mot. (Koir le Tableau précédent,) Les déterminatifs ont pour but de distinguer les divers sens d'une même racine.
Ce sont des signes que l’on place après la partie phonétique d’un mot, et dont la ligure sert à rappeler immédiatement à l'esprit la nuance spéciale exprimée par le mot. Ba, signifiant buisson, est déterminé par un groupe de fleurs. Le même mot, signifiant âme, est déterminé par un oiseau à tête humaine, forme sous laquelle les 9 Egyptiens représentaient l'âme.
Dans le sens de peau de panthère, Pa s’écrit avec une peau de panthère ; Signifiant huile, il est déterminé par un vase; Signifiant sarcler, par un hoyau. Les déterminatifs ne modifient en rien la sonorité des mots, ils agissent sur la vue du lecteur, et non sur l’oreille de l’auditeur.
LES HIÉROGLYPHES SYMBOLIQUES Les caractères symboliques servent principalement à exprimer les idées abstraites qu’il n’était possible de rendre que par des images conventionnelles ou allégoriques.
214 L’INITIATION Les caractères symboliques sont donc, le plus souvent, des caractères figuratifs détournés de leur sens primitif et plus ou moins modifiés.
Grâce à la perfection que les Egyptiens avaient atteinte dans l’art de dessiner les hiéroglyphes et à la richesse des renseignements fournis par des monuments écrits s’échelonnant sur un espace de quarante siècles, on peut saisir, mieux que dans aucune autre langue, les procédés au moyen desquels on a tiré les symboles des images et en suivre les transformations succes sives.
Le procédé le plus simple et le plus frequent con siste à prendre l’abstrait pour le concret : un homme à genoux, les mains levées, rendra l’idée d’ado ration; une lampe suspendue au plafond, ou une étoile au ciel, T. l’idée de nuit et d’obscurité. Mais souvent le rapport est plus complexe.
Tantôt on forme les symboles en prenant la cause pour l’effet, par exemple le disque du Soleil pour l’idée de jour, tantôt encore on les forme par métaphore : l’abeille désigne le roi ; un têtard, des centaines de mille ; ou bien par énigmes, c’est-à-dire par des méta phores dans lesquelles le rapport entre le signe et l’idée est très éloigné, quelquefois même purement conventionnel : la plume d’autruche rend l'idée de justice, parce que toutes les plumes des ailes de cet animal sont égales. Un même signe peut donner naissance à plusieurs catégories de symboles : ainsi (1) Ph„ Berger, op. cit., p. 95.
LECTURE DE L’ALPHABET HIÉROGLYPHIQUE 215 l'œil signifiera : i° la vue ; 2° la veille ; 3* la science. Souvent on laisse à la figure sa forme primitive, mais d'autres fois on l’abrège, et on n’en garde que la partie essentielle ; on prend la partie pour le tout, par exemple la tête de bœuf, *, pour le bœuf. D'autres fois, au contraire, on a des symboles complexes qui sont formés par la réunion de plu sieurs signes figuratifs.
ÉCRITURE HIÉROGLYPHIQUE. dp | L’homme cl la femme ordinaires. $ fcs dieux, les ancêtres, les rois, toutes les personnes vé nérables. J) Toutes les actions : i° de la bouche; 20 de la pensée. Le repos, la tranquillité, la faiblesse. L’adoration. % *’ L'impiété, le crime; 2° l'ennemi. $ 1’ La hauteur; 20 l’exaltation, la joie. i° Le chef; 20 la dignité. P L’enfant; 2° l'éducation; 3° le renouvellement J t’ Embaumement; 2° rites, usages; 3° images, formes. suivre.)
Lettre de Saïr Mon cher Ami, Je lis aujourd’hui, dans /'Initiation, un article très intéressant, signé Emmanuel C. V 4- V.R, touchant le mot Sh CVI.
En plus de tout ce que votre colla borateur a fort bien dit à ce sujet, me permettra-t-il d’ajouter ceci : Ce mot ShCVI, qu’il faut lire, pour le bien inter préter: Sh — Ca — VI, est d’un sens profond et très mystérieux qui ne vise rien moins, par cette union du Sh et de Ca — VI, que la Co-Essentialité du Père et du Fils, ou, si l’on préfère, l’Existence verbale du Fils dans le Père.
Je ne m’arrêterai pas sur ce point, ce Mystère, comme tant d’autres, étant tout au long expliqué dans le livre de notre vénéré maître, la Sagesse vraie, que les •< Amis de Saint-Yves » ne tarderont pas, j’espère, à mettre au jour.
Je dois dire, cepen dant, que, si les Talmudistes n’ont pu parvenir à percer ce mystère, cela tient à ce que ce mot, comme bon nombre d’autres dans les Livres saints, s’élève sur une racine non pas hébraïque, mais proto-védi que ou vattane. « Brahma Cavi », dit Krishma, le fondateur du Brahmanisme concordataire.
LETTRE DE S AÏ R 217 Mais il est un point important sur lequel je serais heureux d'attirer l’attention des lecteurs de l'initia tion, et que voici : Sh — C (a) — VI n’est qu’une des très nom breuses désignations occultées, appliquées par la proto-synthèse au Verbe divin. L’oiseau auquel ce nom correspond ésotériquement en serait déjà une preuve. Mais où la conclusion s’impose, c’est quand on rapproche ce mot du mot non moins mystérieux de Sh(i)LO : « Celui à qui » la Prophétie promet le Sceptre pour l’Eternité, quand il aura été enlevé à Juda. Le rapport littéral de ces deux expressions ne saute certes pas aux yeux, précisément du fait de leur radicalisme originel : ShiLO étant construit sur racine sémitique, et ShCaVI, ainsi que nous venons de le dire, sur une racine aryenne. 11 n’en est pas de même de leur rapport arithmologique qui, grâce à la science archéométrique, va immédiatement éclairer le mystère. Sh —C (a) — VI, en effet, a pour valeur numé rique 336, exactement celle de Sh i)LO = 336, en ne tenant compte, bien entendu, que des lettres expri mées. Or 336 = 21 X 16, qui nous donnent lettre pour nombre : CAVI, et par inversion de la dernière racine CAVI : en sanscrit, Dieu créateur par son verbe. N’est-il pas piquant de démontrer ainsi aux Kabbalistes talmudistes et aux Juifs antichrétiens que ce ShCaVI, qu’ils mentionnent chaque jour dans leurs prières matinales, n’est en réalité que ShiLO,
218 l’initiation celui même qui a enlevé le sceptre à Juda, le VerbeDivin-Incarné, et qui n’est autre, comme le prouve péremptoirement l’Archéomètre, que Notrc-Seigneur Jésus-Christ. Saïr.
Le Couple Futur (l) LES CINQ PÉRIODES DE L'ÉVOLUTION HUMAINE (/. L'état de promiscuité. — IL Le matriarcat. ///. L'ama^omsme. — II/. Le patriarcat. I/. La civilisation du couple.) Nous commençons aujourd’hui à découvrir, avant les injustices et les barbaries de la société masculine, une sorte de civilisation antérieure et qu’on a dé nommée « Amazonique ».
Alors, au temps des légendes, — ceci de jour en jour devient plus certain, — la femme régna seule; et sa tyrannie eut ses cruautés et ses égarements, comme plus tard la tyrannie de l’homme (2). Les leçons de l’Histoire et de la Préhistoire sont fécondes; le passé nous permet d’entrevoir l’avenir. Une loi d’alternance régit les sociétés comme l’uni vers.
Mais le sage doit veiller à ce que la justice, sûrement, quoique avec trop de lenteur, résulte des oscillations d’une injustice à une autre injustice. Que maints efforts et tous nos vœux soient employés à il) Extrait inédit du prochain livre de M. Jules Bois, le Couple Futur, qui est, dans sa série d’études féministes, la suite de l’Eve Nouvelle et d’Une Nouvelle Douleur. (2) Lire particulièrement à ce sujet Mutterrecht de Baschofieu.
220 l’initiation préparer l’avènement de « la civilisation du couple », qui apaisera le duel antique des sexes par l’harmo nie dans le labeur ! Or, on peut déjà dire que le monde a connu cinq périodes, dont la dernière n’est pas officiellement inaugurée encore, mais qui cependant se prépare et commence à peine.
D'abord, les temps sauvages, la horde errante, l’animalité de l’anthropoïde et de la « gynoïde », temps obscurs, pareils à ceux de l’embryon et do minés par la fatalité. Puis, peu à peu, dans les fe melles dégrossies, s’éveilla l’intuition du divin, le goût d’un idéal, l’aspiration à une vie qui ne fût plus nomade et dégradante, mais organisée par la famille, la tribu, la cité. Nous l’avons dit en d'autres œuvres (i).
Ève préhistorique invente la charrue, la roue, l’arc, le navire; elle cultive la terre et le feu, alimente la douce flamme, origine et centre du foyer. C'est l'ère du Matriarcat. Hélas ! la première civilisatrice abusa de ses pré rogatives ; et nous voilà dans la troisième période, celle des Druidesses et des Amazones.
La femme commande, et elle a le tort de vouloir commander seule, Ce gouvernement unilatéral créa un déséqui libre, en plaçant tout le poids de l’autorité sur un seul côté de la balance. Aux sages douceurs du Matriarcat succèdent trop vite les violences et le despotisme effréné de l’Amazonisme. Un pouvoir injuste et sans contrôle ne dure pas. (1) L’Ève Nouvelle.
LE COUPLE FUTUR 221 De tous les coins du monde, nous voyons se lever, pour détruire la domination des reines guerrières, les héros des temps alors nouveaux : Hercule, Thésée, Achille, Sarpédon, Dionysos, bien d’autres... Les légendes et même les débris de l’art antique en témoignent.
L’épée à la main, sur les ruines fumantes et devant un cortège de viragos domptées, ils viennent apporter la loi de la raison masculine, consacrée par la suprématie du muscle. Je crois que ce régime est en train de finir, après avoir duré plusieurs mille ans. Récapitulons encore. D’abord personne ne régna : ce fut l’anarchie pri mitive.
Après cette période laide et bestiale, la fe melle imposa son intuitive sagesse, puis son impi toyable caprice. Ensuite le mâle saisit le pouvoir, qu’il garda. 11 accomplit un formidable labeur, in complet cependant, parce que unisexuel, donc, en maints endroits, caduc et funeste. Enfin s'annonce la civilisation du couple. Nous la pressentons aujourd’hui dans la déroute des codes amoindris, des préjugés évanouis, des idéaux en poussière.
Civilisation du couple, c’est-à-dire collaboration libre de l’homme et de la femme pour le bien commun, construisant ensemble la cité fu ture de progrès, de justice, de science et d’amour. Chacun y coopérera à sa manière, selon ses moyens, selon ses forces. J’entends par là que notre compagne, loin de se masculiniser, doit nous faire profiter de tous les dons que la nature lui a impartis. Elle les développera encore mieux, après en avoir
l’initiation 222 pris conscience. De son côté, l’homme, sans rien perdre de sa dignité et de ce long entraînement de labeur et d’initiative, réservera à sa compagne la part qui lui est due, aussi bien dans les droits que dans les devoirs. Civilisation du couple, qui donnera à chacun des plateaux de la balance ce mouvement, meilleur que l’immobilité de l'équilibre parfait, ou plutôt très imparfait, car il est inutile et mort.
Cette oscillation, témoignage de la vie, ne s'arrê tant pas, se perfectionne toujours. Non pas la guerre funeste, mais l’émulation féconde ; non pas une al ternative de victoires et de défaites, mais une suc cession de pactes, où celui qui cède n’est ni vaincu, ni humilié.
En effet, il consent, libre et joyeux ; car il se confie à la raison, aux faits, et aussi à ce que j’appellerai « l’espérance », la vision précise du Mieux, vers lequel, après discussion, on marche d’accord. Jules Bois.
Plantes Moues SOMA ET HAOMA (Asclépios acid a) « Tu es, ô Souia, le roi des êtres ; tu es roi et meurtrier de Vrtra , tu es le vouloir énergique et propice. » (Rig- Véda. ) La plante à sôma avait des rameaux pendants et de couleur claire, probablement rougeâtre (selon Hillebrandt, car son identification botanique estencore contestée par plusieurs auteurs), des tiges charnues d’où s’écoulait un suc abondant et doré, et elle ne croissait que dans le haut pays.
Une donnée du moins est certaine, nous dit E. Henry, c’est que toutes les indications du texte nous reportent vers le nord, surtout vers les hautes vallées du Himalaya occidental. C’est, notamment, du Mûjavant que venait le meilleur sôma, et, bien qu’on ignore ce que fut la plante à sôma, on sait pertinemment qu'elle avait pour patrie les montagnes septentrio nales, régions habitées par des indigènes sauvages. Le sôma est la liqueur de grand sacrifice védique. Elle est dite reine des plantes; de là le titre consacré
224 L’INITIATION de « Roi Sôma». Son culte n’a pu naître dans l'Inde, puisque la plante ne croissait pas dans cette plaine de l’indus et ses affluents où nous en surprenons le premier établissement.
Il venait évidemment de plus haut du plateau éranien, où, la plante étant indigène, les ancêtres communs des Hindous et des Perses — que nous nommons les Indo-Eraniens — avaient appris à en connaître les propriétés, à en extraire le suc, puis s’étaient ingéniés à faire part à leurs dieux de ce précieux présent.
Plus tard, quand les Hindous furent descendus dans le nord-ouest de leur future péninsule, la matière première leur fit défaut, et ils durent l’importer nous savons d'où : de la région montagneuse et redoutée qu'occupaient encore les autochtones sauvages.
Aussi les Védas ne se font-ils pas faute de laisser entendre ou de dire que le marchandée sôma est un êtie inférieur, ou réprouvé, un intrus, bref un «paria» avant la lettre, et qu’autant sa denrée est vénérable, autant luimême inspire du dégoût.
Dans le sacrifice, après qu’on a accueilli le sôma avec tous les honneurs dus à un hôte royal, tandis qu’il est assis sur un trône, il y a un rite expressément prévu qui consiste à en expulser le vendeur en le menaçant du bâton ( i).
Dans le Véda, les deux termes de « sôma » et de «montagne» semblent s’appeler ou se suggérer irré sistiblement l’un l’autre, et la liturgie nous apprend que le sôma par excellence est celui du mont Muja- (1) Henry, Sonia et Haonia (Conférences au musée Guimet.)
LES PLANTES MAGIQUES 225 vant. Dans l’Avesta, les nuées et les pluies font gonfler le hoama sur la cime des monts, et c’est un dieu sage qui, en le créant, l’a déposé sur la grande montagne Haraithi (VElbourz d'aujourd’hui, point culminant de l’Eran). L’étude détaillée de la préparation du sòma et son rôle au saint sacrifice nous permettra de citer des textes propres à éclairer notre sujet.
Les tiges nou velles de l’Æclepias acida sont cueillies de nuit par les femmes sur les collines. Elles sont réunies par faisceaux et apportées au lieu consacré appelé Tèdi. Les Védas donnent sur cette enceinte sacrificiale des renseignements nombreux et précis. Les tiges prépa rées sont écrasées sur un mortier de pierre dure, ulûkhala, analogue aux meules trouvées en grand nombre dans les habitations préhistoriques.
Du mortier les tiges écrasées passent sous le pres soir, composé de deux pièces ; du pressoir, sur une sorte d’assiette et sur le filtre. Ce filtre est une peau de vache percée de trous ou une étoffe de laine ; pour être soutenu, il est placé dans un panier appelé Karottara. Le suc filtré est reçu dans un vase, le samoudra, où doit s’opérer la fermen tation.
Il y est strictement enfermé comme dans un tombeau ; la fermentation le transforme en li queur spiritueuse et lui rend pour ainsi dire la vie. Ce travail mystérieux est fini le troisième jour ; ainsi le sòma broyé le matin reste deux jours pleins dans le samoudra ; le surlendemain, il est bon ‘à employer, c’est-à-dire à verser sur le feu, ou à boire. L’offrande du « sòma d’avant-hier » est spécifiée 3
l’initiation 226 dans plusieurs hymnes, notamment I, 45, et I, 47, Kig-l^éda (1). L’hymne I, 28, est en l’honneur du mortier ulûkbala. On y trouve la « large pierre » de cet instrument, le pilon qui monte et descend avec bruit et à la pointe duquel souffle le vent, le pressurage, l’assiette et le filtre.
L’officiant mazdéen le pile dans un mortier, tandis que certains auteurs disent que le sacrifice brahmanique comporte un jeu de cinq pierres à pressurer qu’on manœuvre sur un cuir de bœuf ; mais les védas, c’est-à-dire les plus anciens documents du culte hindou dont nous par lons plus haut, connaissent aussi et nomment à l’occa sion le mortier et le pilon.
« Agni, maître possesseur d’une grande opulence, arrive puissant sur la place du puissant trésor. A sa venue les rochers (le mortier) lui ont rendu hom mage (Æ. K., I). « Indra, taureau fécond, ces gouttes de liqueur féconde, ces sucs victorieux ont été tirés du rocher. Le bien-aimé maître de la cérémonie officie avec les taureaux, aux beaux crins. Nous venons d’entendre la chanson du rocher retentissant au loin. » (Æ.
K, I.) « Prêtre, tire le sòma du mortier et verse-le dans le bassin. Purifie-Ie pour qu’il devienne la boisson d’Indra. » (Æ. K, IX.) « (A Sòma') Répands dans le vase ton antique liqueur. » (Æ. K, IX.) (1) E. Burnouf, le Vase sacré.
LES PLANTES MAGIQUES 227 « On a versé sur le filtre de laine le trésor liquide. — Les libations se rendent dans la demeure de Rita, dans le Samoudra, comme les vaches fécondes dans leurs étables. » (Rig-yéda, IX.) Quand le jus de V Asclepias sort du filtre, il est encore impur, quoiqu’il contienne Agni dans ses éléments. C’est pour faire apparaître Agni dans sa pureté que le jus est enfermé dans le vase où s’opère la fermentation.
Par elle il s’épure et se cla rifie ; le vase qui le contient est alors appelé vase de purification. Mais ici Burnouf est en désaccord avec V. Henry. « Nous savons, dit ce dernier, que ce jus devait être consommé à très bref délai, le lendemain, semble-t-il au plus tard, » sinon, il tournait à l'aigre ou donnait la nausée.
Ce détail exclut naturellement la supposition d’un liquide alcoolique, qui aurait activé la flamme où on le versait : tout indique, au contraire, que le gobelet de l’officiant n’en laissait distiller que quelques gouttes, qu’un feu bien nourri absorbait sans dom mage et portait en vapeur au palais des dieux.
Eux seuls, et les dieux sur terre, qui sont les prêtres, avaient droit à ce breuvage ; aucun laïque, en prin cipe, ne devait y porter la lèvre. Hang, à qui l’on en fit goûter, déclare n’avoir pu absorber qu’un tiers de cuillerée à café de ce répu gnant liquide! Mais un brahmane a-t-il bien com mis le sacrilège d’administrer le vrai sôma à un profane ? bien plus, a un infidèle? Il est permis d’en douter. Nous reproduisons, d’après Holdenberg
228 L’INITIATION (trad. de V. Henry), la description sommaire d’une partie de la liturgie brahmanique du sacrifice. Le ton irrévérencieux de ces auteurs pour ces choses sacrées n'empêchera point le lecteur de juger les beautés de ces grandes cérémonies. « Les préparatifs du sacrifice ont duré plusieurs jours, en nombre variable.
Le sacrifice proprement dit commence dès le petit matin par la récitation de la litanie aux divinités qui président à l’aurore.
11 se poursuit à travers les phases les plus variées : pré paration et oblation des gâteaux et des jattes de lait; immolation des onze boucs à diverses divinités ; pressurage des tiges de sôma et filtrage du suc obtenu, qu’on soumet à toutes sortes de mélanges, qu’on verse et reverse d’un récipient dans un autre ; libations de sôma aux dieux, dont ensuite les offi ciants hument leur part.
Qu’on y joigne les ordres donnés par un prêtre à un autre, les appels réci proques, les étreintes, les inclinaisons devant les autels à feu, les attouchements des vases sacrés ou de certaines parties du corps, la distribution entre les officiants des présents que leur doit le sacrifiant laïque, et qui consistent en bœufs, en chevaux, en or, en vêtements.
Tandis que la liqueur sainte traverse le filtre de laine, s’élève le chant, sans mo dulation et d’une tonalité très simple, exécuté par le trio des chantres, assis côte à côte, le regard immo bile et fixé sur l’horizon. C’est dans la même posture qu’officient les prêtres récitants ; assis en face d’eux, l’adhvaryu, le principal ministre des besognes maté rielles du sacrifice, leur répond par la syllabe « ôm »,
LES PLANTES MAGIQUES 229 qui équivaut à notre amen. On a déjà défini le carac tère de ces récitations, où s’entrelacent aux phrases toutes faites, aux énigmes, aux jeux d’esprit mys tiques, maintes pensées poétiques et profondes, maints éclairs de hardie beauté.
Elles s’adressent aux invisibles auditeurs qu'on se représente assis sur la jonchée, à tous les dieux et à leurs divines épouses, surtout à Indra, qui, menant son équipage de chevaux bais, et sourd aux prières de sacrifica teurs concurrents, est venu chercher dans cette enceinte ¡'ivresse qui lui sourit.
Telles se succèdent, durant tout le jour, les péripéties du drame, divini sées par les trois actes du triple pressurage; rites anciens, rites nouveaux, jetés pêle-mêle ; invocations à des dieux dont les uns sont nés d'hier, les autres venus du plus lointain passé de la famille indo-éranienneoumême indo-européenne; et brochant sur le tout, la vieille magie, leur aînée, qui n’a pas encore entièrement dépouillé la rudesse caractéristique des âges primitifs et sauvages dont elle relève. » Citons quelques textes d’abord sur les divins mystères de sôma.
« Je vais célébrer les exploits d'Indra, les premiers qu’il accomplit, armé du foudre : il a tué Ahi, il a percé la voie des eaux, il a fendu les mamelles des montagnes. Tvastas lui a forgé un foudre céleste.
S’écoulant comme des vaches mugissantes, les eaux se sont ruées vers le grand réservoir. — Pour faire œuvre de mâle, il s’est adjoint Sôma, à la triple cuve il a bu le pressurage; il a empoigné, le géné reux, sa massue foudroyante et frappé ce premier-né
230 L’INITIATION des Serpents. — ... L'être sans pieds ni mains a osé combattre Indra, qui de son foudre lui a broyé la tête; Vrtra, l’eunuque qui voulait braver le mâle, a volé en mille éclats, et il gît. — ...
Au lit flottant qui jamais ne repose baigne son cadavre, les eaux traversent les entrailles de Vrtra; l'ombre immense a couvert celui que combattit Indra... » C'est lorsqu’il porte Sòma dans son ventre qu’Indra déploie sa miraculeuse énergie : Sòma est donc son compagnon, son allié, son frère: ils s’arment tous deux du foudre vainqueur, tous deux ils frappent, tous deux sont guerriers et dieux, et le poète les voit de ses yeux se ruer ensemble au bon combat, délivrer, sauver, ordonner, créer l’univers.
« O Indra et Soma, voici votre grande grandeur ; c’est que vous avez accompli les premiers grands exploits; vous avez trouvé le soleil, trouvé le ciel suprême ; vous avez frappé toutes les ténèbreset tous les démons. «O Indra et Sòma, vous revêtez l’aurore, vous amenez le soleil et faites lever la clarté ; vous avez étayé le ciel avec un étai et étalé la terre notre mère.
« O Indra et Soma, vous tuez Vrtra, le serpent qui entrave les eaux, et le ciel a acclamé votre vic toire ; vous avez donné l’élan aux flots des rivières, vous avez empli mille réservoirs d’eau. « O Indra et Soma, dans le pis des vaches qui sont crus, vous avez déposé le lait cuit, et vous l’avez saisi, le brillant, sans qu’elles pussent le rete nir, dans ces femelles splendides et mobiles.
LES PLANTES MAGIQUES 231 « O Indra et Sòma, c’est bien vous qui donnez le trésor glorieux et tutélaire qu’accompagne la posté rité, vous, ô puissants, qui avezdéployé en faveurdes hommes la force virile qui triomphe dans les combats. « C’est toi, ô Sòma, qui es divinement sage, toi qui guides parles plus droits chemins ; sous ta conduite, ô Indu (i), nos pères ont eu l’art de se faire céder par les Dieux une part du bien céleste.
« Tu fus, ô Sòma, de bonne énergie, de bonne habileté, omniscient; tu fus mâle avec grandeur, éclatant de splendeur, gardien des hommes. « Tes lois sont celles du roi Varuna; sublime et profonde, ô Sòma, est ton essence; tu es pur comme Mètra, notre cher ami, et de pieuse adresse, ô Sòma, comme Aryaman.
« Tes essences qui sont au ciel et sur terre, dans les montagnes, dans les plantes, dans les eaux, de par elles toutes, bienveillant et sans colère, ô roi Sòma, accueille nos oblations. « Tu es, ô Sòma, le roi des êtres ; tu es roi et meurtrier de Vrtra ; tu es le vouloir énergique et propice.
« Sur la vérité est fondée la terre, sur le soleil est fondé le ciel ; de par l’ordre universel se tiennent les Adityas : au ciel Sòma a sa demeure, — Sòma fait les Adityas forts, Sòma fait la terre grande, et au sein des constellations que voici (celle du zodiaque lunaire) Sòma s’est affermi. — Le profane croit boire le sòma, alors qu’on pressure la plante; mais (1) Autre nom du Sòma et de Sòma.
232 [/initiation le sôma que connaissent les brahmanes, nul n'en saurait goûter —... — (C’est le sôma céleste) Sôma fut le fiancé, les Aevins conduisirent le cortège, alors que son épouse Sûryâ, consentante de tout cœur, fut remise par Savitar. » Nous mettons bien au-dessus de tous les travaux des indianistes cités plus haut, l'ésotérisme de Sôma décrit par Schuré dans son œuvre magistrale sur les Grands Initiés dont voici un extrait : « Sôma est le pendant d’Agni.
En réalité, c’est le breuvage d’une plante fermentée versée en libation, aux dieux dans le sacrifice. Mais, comme Agni, il a une existance mystique.
Sa résidence suprême est dans les profondeurs du troisième ciel, où Sourya, la fille du soleil l’a filtré, où l'a trouvé Pushan, le dieu nourricier ; c’est de là que le Faucon, un sym bole de l’éclair, ou Agni lui-même, ont été le ravir à l’Archer céleste, au Gandharva. son gardien, et l’ont apporté aux hommes.
Les dieux l’ont bu et sont devenus immortels ; les hommes le deviendront à leur tour quand ils le boirontchez Yama, dans le séjour des heureux. En at tendant, il leur donne ici-bas la vigueur et la pléni tude des jours ; il est l’ambroisie etl’eau de Jouvence. Il nourrit, pénètre les plantes, vivifie la semence des animaux, inspire le poète et donne l’élan de la prière.
Ame du ciel et de la terre, d’Indra et de Vischnou, il forme avec Agni un couple inséparable ; ce couple a allumé le soleil et les étoiles (i). » (1) Barth, les Religions de l’Inde.
LES PLANTES MAGIQUES 233 La notion d’Agni et de Sôma contient les deux principes essentiels de l’univers selon la doctrine éso térique et selon toute philosophie vivante. Agni est V Eternel-Masculin, l'intellect créateur, l’esprit pur; Sonia, LEternel-Féminin, l’âme du monde ou subs tance éthérée, matrice de tous les mondes visibles et invisibles aux yeux de chair, la nature enfin ou la matière subtile en ses infinies transformations.
Or l’union parfaite de ces deux êtres constitue l’Etre suprême, l’essence de Dieu (i).- De ces deux idées capitales en jaillit une troisième, non moins féconde. Les Védas font de l'acte cosmo gonique un sacrifice perpétuel. Pour produire tout ce qui existe, l’Etre suprême s’immole lui-même; il se divise pour sortir de son unité. Ce sacrifice est donc considéré comme le point vital de toutes les fonc tions de la nature.
Cette idée, surprenante au pre mier abord, très profonde quand on y réfléchit, con tient en germe toute la doctrine théosophique de l’évolution de Dieu dans le monde, la synthèse éso térique du polythéisme et du monothéisme. Elle enfantera la doctrine dionysiaque de la chute et de la rédemption des âmes qui s’épanouira dans Hermès et dans Orphée.
De là jaillira la doctrine du Verbe divin proclamée par Krishna, accomplie par JésusChrist. il) Ce qui prouve indubitablement que Sûma représentait le principe féminin absolu, c’est que les brahmanes l’identifièrent plus tard avec la lune Or la lane symbolise le principe féminin dans toutes les religions antiques, comme le soleil symbolise le principe masculin.
234 L’INITIATION Dans l’Inde, Sôma ne prend guère forme humaine : l'aspect sous lequel on se le représente le plus vo lontiers est celui d’un taureau, dont les cornes étin celantes symbolisent le croissant lunaire ; car, par un de ces jeux bizarres de mots et de pensées où elle se complaît, elle en est venue plus tard à iden tifier si complètement cet astre au dieu Sôma, qu’en sanscrit postérieur Sôma signifie couramment «lune».
Rien de pareil dans l’Avesta, mais une sorte de trinité hômique (i) : le haoma d’or, qui est le végé tal terrestre et son extrait, le haoma, invigorant qui fait croître le monde, c'est-à-dire le dieu Haoma : et celui qui écarte la mort ou haoma blanc, qui. bu par les hommes après la résurrection, leur conféra l’immortalité. Ce dernier est le produit de l’arbre Gaokerena, qu’Ahura a fait croître dans les profon deurs de la mer Vourukasha.
Pour le détruire le démon, à son tour, a créé la grenouille; mais Ahura a placé en sentinelle deux poissons, qui sans cesse tournent autour de l’arbre et dont l’un ou l’autre ne quitte pasde l’œil la grenouille guetteuse. Telle est la forme qu’a prise dans l’Avesta la fable, bien connue de l’Inde, de l’ambroisie mêlée aux eaux de l’Océan.
Continuellement aussi, le Véda compare l’un à l’autre le sôma et l’ambroisie (wta) ou même emploie l’un des mots pour l’autre ; l’Avesta n’a fait autre chose, dans ce dernier mythe, que para ît) « Hôm Yasht », 2-21. — «Jaune d’or », etc., ce sont aussi, dans le Veda, les épithètes favorites du sôma, soit que telle fût la couleur de la plante, soit plutôt que le liquide se parât de re flets ambrés et chatoyants. (V. Henry, le Parsisme.)
LES PLANTES MAGIQUES 235 chever la confusion et la sceller de son empreinte dualiste. En tant que boissons réelles, le suc divin est en touré, par les prêtres des deux pays, de la même vé nération jalouse ; bien que les fidèles laïques aient le droit et le devoir de prendre leur part des diverses oblations, celle de sôma-haoma est exclusivement réservée aux officiants, qui en hument quelques gouttes dans un esprit de religieuse ferveur.
Cepen dant en Perse, à l’article de la mort, on en fait cou ler un filet entre les lèvres de l’agonisant à titre de viatique d’immortalité. L'Inde, qui a enveloppé la vie tout entière d’un véritable réseau de pratiques sacramentelles à cent fins diverses, ne connaît rien de comparable à cette suprême piété envers l'âme que la mort va ravir.
Peut-être ce dernier contraste, mieux que tout autre, illustre-t-il la différence des deux mentalités religieuses (i). (A suivre.) C. B. (1) V. Henry, le Parsisme.
Le eyele d’évolution de la matière L’Univers doit-il avoir une fin ? L'évolution de la matière et de l’énergie est-elle éternelle?
A ces questions d’actualité scientifique, et sur lesquelles M. le professeur Jean Becquerel a fait au Muséum, le 30 avril dernier, une magistrale confé rence, nous ne pouvons répondre que par un exposé de faits révélés par les plus récentes découvertes de la physique, faits qui, s’ils ne nous permettent pas de pénétrer totalement les mystères de l’absolu, nous autorisent tout au moins à établir les bases d’un système d’évolution générale, en cycle fermé, de la matière universelle, et de régénération de l’énergie dans les astres au cours de cette évolution.
La large place faite dans La Nature à l’étude des corps radioactifs nous dispense de revenir sur l’ex posé de leurs propriétés. Nous rappellerons seule ment que ce sont des éléments simples en cours d’évolution rapide. Ils se détruisent en formant, aux dépens de leur substance, des éléments nouveaux » dits « produits de désintégration ». En consultant une table des constantes radioac tives, où sont énumérés les temps que mettent à
LE CYCLE D’ÉVOLUTION DE LA MATIÈRE 237 disparaître les différents éléments radioactifs, on se rend aisément compte que ces éléments sont de for mation relativement récente. Il est donc évident que, si leur existence datait de l’origine même de la Matière, ils auraient disparu de i’Univers depuis des temps dont il est difficile de se faire une apprécia tion.
Dans ces conditions, il paraît indispensable que toute matière radioactive se forme d’une manière continue dans la Nature. Et aux dépens de quoi peut se former la matière radioactive, si ce n’est aux dépens de la matière ordinaire ?
A ces déductions, qu’une logique indiscutable nous impose, nous ajouterons deux observations d’un intérêt fondamental pour le sujet qui nous occupe : i° Les corps radioactifs nettement définis chimi quement, c’est-à-dire le radium, le thorium et l’uranium, ont pour poids atomiques respectifs : 226,5, 232 et 238,6. Ces poids atomiques sont, de loin, les plus élevés dans l’échelle de tous les corps simples.
20 Au cours de leurs désintégrations successives, les éléments radioactifs produisent de l’hélium. Or, l’hélium est rm corps simple, qui se classe tout au commencement de l'échelle des poids atomiques.
Ces premières observations semblent déjà indi quer, dans sesgrandes lignes, l’existence d’un cycle d’évolution, dans lequel, par un phénomène extrê mement lent, la matière ordinaire tendrait continuellement à évoluer vers un état plus complexe, se
238 L’INITIATION manifestant par une gradation progressive de poids atomique, pour aboutir enfin à un état tel, que la complexité de l’architecture de l’atome devienne une cause de son instabilité. Ce serait alors l’état radio actif, cause ou moyen du retour des constituants de l’atome radioactif à un état plus simple et plus stable.
Dans une évolution de ce genre, il faudrait donc considérer deux phases distinctes: l'une ascendante, pendant laquelle la matière acquiert une complexité de plus en plus grande et emmagasine de l’énergie ; puis la phase radioactive, phase descendante ; cette dernière étant une dégradation avec libération de l’énorme quantité d'énergie accumulée pendant la phase ascendante.
Malheureusement pour la science, la phase radio active est la seule qui mette à notre portée, dans nos laboratoires, des sujets d’expérimentation posif tive. Etudier les lentes périodes de régénération de la matière sur la Terre, il n’y faut pas songer. La période biologique d’un astre comme le nôtre n'est qu’un court incident de son évolution totale, et pour l’homme, fugitif passant sur sa planète, l'Univers paraît stable et immuable.
Mais ce que la courte existence de l'humanité ne lui permet pas de voir sur un astre, dont l’évolution personnelle demande peut-être des millions de siècles pour manifester un changement un peu sensible dans sa constitution, elle peut l’étudier à loisir dans le nombre incommensurable de mondes qui, dans l’espace, offrent leur lumière aux lunettes de nos
239 LE CYCLE D’ÉVOLUTION DE LA MATIÈRE observatoires, et se trouvent, pour la plupart, à des phases différentes de leur évolution respective.
C’est donc dans les astres que nous pourrons, par la spectroscopie, suivre les différents degrés caractéris tiques de la phase d'évolution ascendante, phase pendant laquelle la matière se régénère avant d’at teindre cette atomicité majeure après laquelle elle semble mourir pour reprendre une vie nouvelle, tel le phénix renaissant de ses cendres. Revenons, non au déluge, mais à l’hélium.
Que devient-il sur la Terre, une fois libéré par les élé ments radioactifs du sol ? La quantité d'hélium présente dans l’atmosphère terrestre est extrêmement inférieure à ce qu’elle devrait être, étant donnée sa production continue, assez exactement calculée d’après la teneur, en élé ments radioactifs, de la croûte terrestre. La raison de cette anomalie apparente est aujour d’hui connue.
La loi de répartition des gaz dans l’atmosphère veut que la proportion des gaz légers augmente avec l’altitude ; or, à une certaine hauteur le calcul de la répartition en fonction des densités montre que l’hélium et l’hydrogène, extrêmement raréfiés, restent seuls.
Dans l’état où ces gaz se trouvent aux extrêmes limites de notre atmosphère, et d’après la théorie cinétique des gaz, celles de leurs molécules, qui sont convenablement orientées et dont la vitesse d’agitation thermique atteint une certaine valeur au-dessus de la moyenne, peuvent échapper à la gravitation. Ces gaz peuvent donc quitter l’atmosphère ter240 l’initiation restre pour se répandre dans les espaces interplané taires (i).
LaNature semble avoir donné à l’hélium, par ses propriétés spéciales, une place absolument à part des autres éléments. A l’encontre des autres gaz, il est perpétuellement libre, car. n’étant doué d’aucune affinité chimique, il ne peut être fixé dans aucune combinaison. De plus, l’illustre professeur de l’Université de Leyde, M. Kamerlingh-Onnes, a montré que sa température de condensation est très près du \éro absolu (— 273o C.).
Ces deux propriétés assurent à l'hélium la possi bilité de rester, sur une planète refroidie, près de sa fin, le dernier constituant atmosphérique. Alors que les autres gaz, l’hydrogène même, seraient solidi fiés, il serait donc toujours le dernier à pouvoir quitter une planète.
Est-il dans la Nature quelque chose de plus trou blant que le fait de ces propriétés étranges dont est douée la matière arrivée aux stades extrêmes de ses phases évolutives ?
D’une part, la permanence à l’état libre de l’hélium, corps léger et de faible poids atomique ; d’autre part, la radioactivité, libératrice de l’énergie intra-atomique et de la matière régénérable : l’hélium. f Mais l’hélium, formé aux dépens d’un astre froid, pourrait-il être susceptible de recommencer le cycle d’évolution sur ce même astre ? (1) Arrhénius, dans V Évolution des Mondes, indique que toute planète est destinée à perdre son atmosphère, et donne une explication très rationnelle de ce phénomène.
LE CYCLE D’ÉVOLUTION DE LA MATIÈRE 241 11 semble que non. La période radioactive caracté rise une dégénérescence des vieux éléments dans les mondes également trop vieux, et qui atteignent la phase descendante. Pour que la matière se régé nère, il lui faut sans doute les moyens d’accumuler à nouveau les colossales quantités d'énergie intra-atomique qu elle a libérées pendant l’état radioactif.
Et cette énergie ne pourra lui être fournie que lorsque, perdue dans l'espace, l'hélium des nébuleuses trou vera des centres de gravitation, formera des étoiles chaudes (i) dans lesquelles se trouvent réalisées des températures et des pressions intérieures hors de proportion avec tout ce que nos connaissances en dynamique nous permettent d’imaginer.
Ces étoiles chaudes, appelées «étoiles à hélium» par les astrono mes, marquent doncle premier stade, lepointdedépart de l’évolution ascendante de la matière cosmique. L'admirable ouvrage de sir Norman Lockyer {V Évolution inorganique) nous montre comment, à l’aide du spectroscope, on peut observer cette regra dation de la matière dans les étoiles à mesure que leur température décroît.
Au début du refroidisse ment apparaissent, les premiers, les spectres des éléments les plus simples (ou de plus faibles poids atomiques), puis ensuite, progressivement, viennent les éléments de plus en plus complexes, et enfin, dans les étoiles dites froides (r), comme notre Soleil par exemple, on trouve la presque totalité des corps simples connus sur la Terre. (1) Par la spectrophotométrie, M. Ch. Nordman a pu évaluer la température de certaines de ces étoiles à plus de 25,000 degrés. 4
242 l’initiation Mais cette sorte d'évaporation des mondes morts, libérant l’essence d’une matière primordiale sous forme d’hélium, pour lui permettre de reprendre vie sous l’influence des forces de gravitation, suffitelle à caractériser un cycle d’évolution perpétuelle sans commencement ni fin ?
Il serait oiseux de porter la question sur le ter rain des abstractions philosophiques, mais la dis cussion semble pouvoir être traitée sur un terrain plus approprié : la thermodynamique. On nous objectera immédiatement le principe de Carnot. Mais le principe de Carnot est-il applicable à l’Univers ?
Si nous considérons l’enceinte théorique de Clau sius, dans laquelle il est convenu qu’il est impos sible de trouver de l’énergie disponible quand tous les corps qui y sont réunis sont à la même tempé rature, et que rien ne peut y pénétrer de l’extérieur, il est évident que toute l’énergie y est, non détruite, mais dégradée, indisponible, c'est un équilibre com plet; et un tel milieu abandonné à lui-même est irrémédiablement mort.
Mais pouvons-nous considérer l’Univers comme une enceinte théorique de Clausius? Il paraît évident que non; d’ailleurs, une exception au principe de Carnot-Clausius a été signalée par Arrhénius, qui a mis en évidence le fait d’une diminution de l’en tropie dans des nébuleuses en voie de condensa tion. Une autre exception peuc être même imaginée sous une forme très rationnelle. Le principe de I
LE CYCLE D’ÉVOLUTION DE LA MATIÈRE 243 Carnot peut très bien s'énoncer de la façon sui vante : « Il est impossible à la chaleur de passer d’un corps froid sur un corps chaud. » Cependant, si nous supposons qu'une molécule d’hélium s'échappe de l’atmosphère terrestre par son énergie cinétique propre, chose démontrée possible par le calcul, et avec une vitesse telle qu’elle reste néan moins dans la zone de gravitation solaire, elle sera captée par le Soleil.
Au moment de sa captation, l’énergie balistique accrue par la gravitation sera telle qu elle fournira de la chaleur au Soleil, au lieu d'en absorber. Ainsi, de la chaleur aura pu être fournie à un astre chaud par un astre froid : le prin cipe est en défaut.
On peut encore objecter que nous sortons des conditions expérimentales : d'ac cord, mais l’exemple est basé sur des théories con firmées par l'expérience; ensuite la gravitation, qui joue le rôle principal en ce cas supposé, n’est pas à la portée de l'expérimentateur. Il faut ajouter, d’ailleurs, que le principe de Carnot n’est nullement un principe de mathématique, et on ne doit le considérer que comme un principe de plus grande probabilité.
Il nous semble donc qu*il n’est pas incompatible avec les données de la physique moderne de consi dérer l’énergie de l’Univers comme régénérable parallèlement à la matière, et que l’hypothèse de la possibilité d’un cycle d’évolution sans commence ment ni fin puisse se soutenir presque au même titre que le principe de la conservation de l’énergie et de la matière. Les phénomènes connexes de la
244 l'initiation radioactivité ne nous ont-ils pas démontré la faus seté du principe de l’intangibilité des éléments simples, qui paraissait autrement absolu que le principe de Carnot il y a seulement une dizaine d’années? Ne nous ont-ils pas, encore, révélé la grandeur insoupçonnée de l’énergie intra-atomique de la matière ?
C'est pourquoi, sans attendre de la Nature une nouvelle révélation de quelques-uns de ces secrets, nous osons prétendre que déjà une telle hypothèse est suffisamment défendable avec les seuls argu ments de la Science actuelle, arguments que l’espace restreint d’un seul article ne nous permet malheu reusement pas de présenter avec des développe ments suffisants pour entraîner une conviction plus complète du bienveillant lecteur. L. Matout, Assistant au Muséum. {La Nature.)
GUILLATUNES Omnes dii gentium dœmonia ! Les Araucaniens, dont on évalue actuellement le nombre à environ 50.000 individus, occupent dans le sud du Chili quelques provinces où le gouverne ment leur garantit la possession d'une certaine éten due de territoire.
Ils sont assujettis sous ce rapporta des lois spéciales, mais ils ont gardé leurs us et coutumes, leur langue et leur religion, bien que l’on puisse prévoir, dans un avenir très rapproché, que la plus grande partie de leurs anciens usages disparaîtra, grâce aux mesures que le gouvernement chilien prend pour faire pénétrer la civilisation mo derne parmi eux.
L’origine de cette race, comme celle de toutes les peuplades américaines, se perd dans la brume des temps et ne sera peut-être jamais élucidée complè tement.
Ces Indiens sont surtout célèbres par leur bra voure sur les champs de bataille ; leur intrépidité inspira à Don Alonzo Ercilla y Luniga, un des capi taines qui lutta contre eux, un des meilleurs poèmes épiques dont s’honore la littérature espa246 l’initiation gnole, mais leurs mœurs, leur état social, leurs croyances n’ont guère été étudiés jusqu’ici.
Quelques membres de la « Société de Folklore Chilien », de récente fondation (i), ont présenté à la dite Société des travaux très intéressants sur les Araucaniens, où il est facile d’entrevoir les restes d’une civilisation disparue, ce qui nous porte à croire que les mapucbes sont des civilisés régressés. (Mapuche, c’est le nom que les Araucaniens se donnent; il signifie l’homme de la terre; mapu, terre; che, homme.) Un correspondant de la Société de Folklore chi lien, don Eulogio Robles R., avocat à Temuco, est en même temps un de ces magistrats spéciaux créés par le gouvernement, pour défendre les inté rêts des Indiens, d’accord avec les lois spéciales qui les concernent: c'est ce qu’on appelle un « Protec teur des indigènes ».
M. E. Robles, qui est un ob servateur sagace et impartial des coutumes de ses protégés, décrivit dernièrement, dans un opuscule intitulé Giiillatunes, une des cérémonies religieuses pratiquées par les Araucaniens. Toute la population y prend part, hommes, femmes et enfants, car ils n’ont point de religion organisée; partant, ils n’ont pas de sacerdoce pro prement dit.
Les mapuches célèbrent le « Guillatun » surtout pour obtenir la pluie en temps de sécheresse, et, (1) Elle fut fondée à Santiago en 1909, par le docteur Don Rodolfo Leuz.
GUILLATUNES 247 malgré l'incrédulité que provoque chez nous l’effi cacité d’une cérémonie religieuse quelconque pour cet objet, c’est un fait avéré que les Guillatunes sont fréquemment suivis de copieuses averses. Cette cérémonie peut se célébrer aussi pour obte nir le beau temps ; le rite est le même, un acces soire seul est changé, et les prières sont différentes.
La possibilité de voir ces cérémonies couronnées de succès n’est pas douteuse, au moins dans un grand nombre de cas. Ceux qui ont approfondi les « mys tères de la multitude » comprendront qu’il doit en être ainsi, étant donné le rite employé par les mapuches, lequel nous semble devoir être très effi cace.
Alors même que le guillatun ne serait pas suivi d’un effet physique immédiat, il ne peut être inutile pour la collectivité araucanienne, comme la description d’une de ces cérémonies, d'après l’auteur, cité plus haut, le montrera. Le cacique Antinao de Truf-Truf, ayant résolu de célébrer un guillatun, sortit de bon matin pour aller visiter ses voisins, afin de leur exposer son projet.
II parla avec les anciens, et ils se donnèrent ren dez-vous dans la plaine où ils avaient l’habitude de célébrer leurs fêtes. Une fois réunis, Antinao se plaça au centre de la plaine où il fut entouré par les assistants aux quels il dirigea la parole, après avoir appelé chaque cacique présent par son nom. — Je crois qu’il convient défaire un guillatun, leur dit-il ; si c’est aussi votre opinion, la fête aura lieu.
248 l’initiation — Cela est bon, frère, répondirent-ils. — Qui oserait dire que cela est mauvais, puisque c'est une conversation que nous allons avoir avec Dieu ? Deux jours après, ils se réunirent de nouveau pour délimiter le district dont les habitants seraient obligés de contribuer aux frais de la fête projetée, et plus tard ils tinrent une troisième réunion pour en fixer le jour.
Le guillatun eut lieu dans une plaine d’environ 4 hectares au milieu de laquelle les parents et les amis d’Antinao avaient préalablement planté, sur une étendue d’environ ioo mètres, une rangée d’arbres et de grosses branches, orientée du nord au sud. Au pied des arbres étaient déposés des vases pleins de mudaï (i).
Au milieu de cette rangée d’arbres flottaient deux drapeaux fichés en terre: l’un était le drapeau natio nal, et l’autre un drapeau noir. Perpendiculairement aux arbres s’alignaient des files d’hommes et de femmes assis sur le sol. Des cavaliers et des femmes formaient par-ci, par-là des groupes partiels.
Derrière la ligne d’arbres et faisant face à l’est, des files alternativement d’hommes, de femmes et même des enfants qui tenaient des plantes alimen taires dans les mains, dansaient le Purum, qui con siste dans des pas courts exécutés, de côté de (i) Liqueur fermentée, fabriquée par les Araucaniens avec du maïs.
GUILLATUNES 249 gauche à droite et de droite à gauche, tout en chan tant sur un ton bas avec accompagnement de flûte et de cultrum (i), joués par les danseurs euxmêmes. Au fur et à mesure que les invités arrivaient, un certain nombre d’entre eux s’ajoutaient aux dan seurs, et, lorsque leurs files devenaient trop longues, on en formait de nouvelles, parallèles aux pre mières.
11 s’en forma ainsi huit ou neuf, parmi les quelles les châles rouges des femmes, leurs vête ments de laine noire à franges rouges, leurs orne ments d’argent qui scintillaient au soleil, ainsi que les mantes rayées de couleurs voyantes des hommes et les faisceaux d’herbes que l'on agitait continuelle ment, donnaient à ce groupe un aspect curieux et d'un intense coloris.
A un moment donné, cinq individus se prépa rèrent à danser le lonco-meo et la danse du choique (autruche). Pour cela, ils se dépouillèrent de leurs vêtements à l’exception d’un caleçon, ils se tracèrent sur le front et sur les joues des lignes capricieuses avec une peinture noire. Deux d’entre eux dessi nèrent en sus sur leur poitrine et leurs genoux une croix grossière, et les autres un simple cercle sur les genoux.
Deux de ces danseurs laissèrent pendre leur ceinturon pour représenter une queue et tous s’ornèrent la tête avec des panaches de plumes aux couleurs éclatantes, maintenus par un large ruban. (1) Le cultrum est une espèce de tambour formé par un plat creux en bois, recouvert d’une peau de cheval ou de mouton.
250 l’initiation Ainsi affublés, ils allèrent se placer près d’un pommier situé au centre de la rangée d’arbres; ils commencèrent à danser au son d’un cultrum qui était frappé vigoureusement et posément par un vieillard assis sur le sol, lequel était accompagné par un jeune homme qui soufflait la trutvuca, instru ment d’environ i mètre et demi de long, formé par un bambou creux, recouvert de boyaux de bœuf et terminé par une corne en guise d’embouchure.
Les cinq individus dansaient en faisant des pas courts pareils à ceux de la polka, les yeux fixes, la tête projetée en avant et en imitant avec le corps tous les mouvements du choique (autruche). Ceux qui avaient laissé pendre leur ceinturon pour l’office de queue, le prenaient avec les mains de temps en temps et l’agitaient violemment, ce qui pro voquait de grands rires dans l’assemblée.
Ils dansèrent ensuite le lonco-meo, mais aupara vant deux Indiens à cheval prirent les drapeaux et firent le tour de la plaine en jetant des cris. Pendant ce temps-là, le purum continuait à battre son plein. Les danseurs qui exécutaient le lonco-meo se re posèrent cinq fois et recommencèrent leur danse eu égard au nombre de ceux qui y prenaient part.
Lorsque cette danse fut finie, des hommes prirent les vases pleins de mudaï et répandirent lentement le liquide sur le sol, suivant l’ordre d’Antinao qui dirigeait la cérémonie. Pendant qu’ils vidaient les vases, ils récitèrent la prière suivante : « Dieu, Notre-Seigneur, protège-nous, afin que
GÜILLATUNES 251 nos semailles ne se perdent pas et que nous ayons de bonnes récoltes. » Deux jeunes gens prirent ensuite les drapeaux et firent un dernier tour autour de la plaine avec tous les cavaliers présents. Le lendemain, les Indiens dansèrent de nouveau le purum. Un mouton blanc et un mouton noir qui étaient attachés au pommier furent égorgés au mi lieu des cris poussés par les assistants.
Comme la veille, des hommes répandirent du mudaï sur le sol. en priant Dieu à haute voix de leur accorder de bonnes récoltes. Enfin la cérémonie fut close par un dernier tour fait par tous les cavaliers, au nombre de six cents environ. Don Eulogio Robles décrit ensuite plusieurs autres guillatunes qui ne diffèrent de celui-ci que par des détails de peu d’importance.
Tous comportent les danses, les libations de mudaï et le sacrifice cérémo nial de bœufs ou de moutons dont le sang est égale ment répandu sur le sol.
Au sujet d'une de ces cérémonies, cet auteur dit : « Ce guillatun, comme presque toutes les fêtes de ce genre, eut pour cause un songe du cacique, dans lequel il vit deux jeunes gens qui lui dirent qu’il ne devait point oublier Dieu s’il voulait vivre tranquille et que, pour avoir de bonnes récoltes, il devait célé brer ses fêtes religieuses comme de coutume. » Cette circonstance se passe de commentaires et n’a nul besoin d’être soulignée. Les Indiens ont l’habitude individuellement de
252 l’initiation réciter les mêmes prières que dans leurs guillatunes, soit pendant qu'ils sont aux champs en train de tra vailler ou de garder leurs troupeaux ; soit, le soir, lorsqu’ils retournent à leur ruca (i), soit pendant leurs courses à travers la sauvage immensité des forêts, ou au cours de leurs voyages périodiques à l’Argentine, et ils font fréquemment des sacrifices pour donner plus de poids à leurs prières.
D’après les Indiens, les guillatunes ont toujours été célébrés par eux, c’est une cérémonie invétérée de leur race, et iis la pratiquent d'une façon inva riable depuis l’époque la plus reculée.
Ils ont perdu leurs traditions en ce qui concerne leurs grands capitaines dont I histoire a enregistré les exploits, et ils ne les ont connus que par les étrangers, mais ils ont conservé la tradition de leurs guillatunes qu’ils se transmettent de génération en génération.
Les Indiens même qui ont adopté les coutumes des personnes avec lesquelles il sont journellement en contact et que la nécessité a transformés en ouvriers n’ont pas perdu leur foi dans cette cérémonie. Les mapuches donnent le nom de Guenechen (gou verneur des hommes) ou de Guenemapu (gouverneur de la terre) à l’Étre suprême.
Ils l’invoquent aussi sous les noms de FuchaHuentro Guenechen, le vieil homme Dieu, — Cushe Domo Guenechen, la vieille femme Déesse, — Hueche Guenechen, le jeune Dieu— et Ilcha Domo Guenechen, (1) Nom donné par les Araucaniens à leur case.
1 GUILLATUNES 253 la jeune femme Déesse, carils croient que Dieu esta la fois mâle et femelle, jeune et vieux en même temps. Ils l’appellent aussi : Epu signe Fucba Huent ro Guenecben, ce que l’on peut traduire littéralement par : deux visages vieil homme Dieu.
Ils attribuent à Guenecben deux visages, l’un blanc et l’autre noir ; de là vient dans leurs guillatunes le sacrifice d’animaux de même couleur que celle du drapeau employé, qui correspond à l’une de ces deux faces de la divinité, suivant l’effet qu'ils désirent obtenir.
Pour les mapuches, le visage noir de Dieu est le mauvais visage, la face irritée, celle qui annonce les châtiments, tandis que le visage blanc est le bon, celui qui est incliné à répandre des bienfaits.
Lorsque la chance s’en va, que le malheur vient, que les ani maux meurent soit de maladie, soit par le manque de fourrage, ils croient que Guenecben les regarde avec son noir visage et ils célèbrent leurs guillatunes, afin qu’il détourne sa mauvaise face et qu’il les regarde avec son visage blanc. Telle est succinctement la théogonie des Araucaniens, dont l’analogie est frappante avec celle des Hébreux, telle qu elle est exposée dans YIdra Suta.
On dirait que ces Indiens ont, pendant leur céré monie religieuse, présente à la pensée la réponse que Rabbi Eléazar fait à son père Rabbi Schiméon, qui lui demande : — Le front de l’homme collectif s’appelle Raison. Il est souvent voilé de ténèbres, mais, lorsqu’il se
254 L’INITIATION découvre, Dieu accueille les prières d'Israël. Or, quand se découvre-t-il ? — Au temps de la prière que l’on fait en com mun le jour du Seigneur, répondit Rabbi Eléazar. — Comment cela ? demanda le maître. — Les hommes, quand ils prient, se prosternent devant un Dieu qu’ils se représentent irrité; le front de la tête d’ombre est alors chargé de nuages, et il semble que la foudre va en sortir.
Mais l’ombre s'entr’ouvre devant un rayon tombé de la face suprême; la sérénité éternelle imprime son mirage dans l’ombre, et le front même de la face noire s’éclaircit. Voici des extraits de prières récitées par les ma puches pour demander la pluie : — Envoie-moi la pluie de nouveau, Vieil Homme au Visage Noir. Donne-moi de nouveau mon ruis seau, Vieille Ame à la face noire. — Protège-moi, je te prie, Vieil Homme à la face noire.
Protège-moi du haut du ciel, Noble Vieille Ame. — Aujourd’hui, donc, je viens te prier, Vieille Ame au visage noir. Et pour demander le beau temps : — Donne-moi de nouveau mon ciel bleu, Vieil Homme au Visage Blanc. — Donne-moi encore mon nuage blanc, Vieille Ame à la tête blanche. — Donne-moi encore mon bon ciel et mon chaud soleil..................................................................................
GUILLATUNES 255 — Donne-moi encore mon nuage blanc, Vieille Ame à la tête blanche................................................... Etc., etc. Eléphas Lévi au Livre des Splendeurs dit : «Ainsi, suivant nos anciens maîtres, limage de la divinité a deux faces, l'une qui regarde les crimes de l'homme et qui s’irrite, l'autre qui contemple la justice éternelle et qui sourit.
Ce mystère de la haute initiation était connu même des Grecs, qui donnaient parfois à Pluton les attributs de Jupiter. Ajoutons qu'il était aussi connu des Araucaniens, qui invoquent encore le Grand Visage Blanc.
Les sacrifices sanglants et les orgies qui accompagnent toujours ces cérémonies ritualistiques leur donne un caractère assez équivoque, il est vrai; mais ne leur jetons pas la pierre : des nations qui se disent civili sées ont jeté délibérément un voile sur la face rayon nante du Grand Visage et se débattent dans d’épaisses ténèbres, où seuls flamboient les yeux fulgurants du visage noir. Concepcion, août 1911. L. T.
Le Magnétisme dans tous les plans ÉCOLE HERMÉTIQUE (Suite) Pour accomplir des guérisons de ce genre, les plus beaux diplômes du monde sont inutiles ; il faut simplement, à l’exemple des anciens Initiés, avoir confiance en Celui de qui procède toute guérison.
Pour être guéri, il faut, comme au temps où, chez les Égyptiens, la Foi était considérée comme le pré lude nécessaire de la cure — avoir confiance en l’agent guérisseur : « Si vous aviez la Foi et si vous ne doutiez point, a ditje Christ, non seulement vous feriez ce qui a été fait au figuier, mais aussi si vous disiez à cette montagne : ôte-toi de là et te jette dans la mer, cela se ferait (i)... » C’est ici que l’on voit bien que le célèbre Bodin, en dépit de sa robe de magistrat, a dit plus tard une imbécillité, quand, dans sa Dêmouomanie, il a écrit : « Tous les sorciers qui font profession de guérir les maladies et d’ôter les charmes, demandent premiè rement à celui qu’ils veulent guérir qu’il croie fer mement qu’ils le guériront et qu’il s’y fie. Cela est (1) Matt., XVII, 20 ; XXI, 21. -Marc, XI, 23. — Luc, XVII, 6.
LE MAGNÉTISME DANS TOUS LES PLANS 257 ordinaire et une idolâtrie méchante : car c’est don ner à la créature la fiance qui appartient au Créa teur... » Le pouvoir magnétique de guérir les malades, exercé longtemps avant Jésus, notamment par les Esséniens et les Thérapeutes dont il était l’envoyé, ne s’arrête pas à lui : « Et voici les signes qui ac compagnent ceux qui auront cru : ils imposeront les mains aux malades et ceux-ci seront gué ris (i) »...
Il communique ce pouvoir à ses disciples (2). Or, ses disciples n’étaient évidemment pas les gens du dehors, les profanes, ceux à qui il ne parlait que par paraboles. Philippe guérit beaucoup de paraly tiques et d’impotents (3). Pierre guérit Æneus, pa ralysé depuis huit ans (4).
En employant la prière et la parole, comme font aujourd’hui les scientistes chrétiens, le même Pierre rend à la vie Tabitha, qui n’était sans doute que catalepsiée (5). Ananias rend la vue à un aveugle en lui imposant les mains et en lui parlant au nom de Dieu (6). A Lystre, Paul gué rit un paralytique par de simples paroles (7).
« Et Dieu faisait des miracles extraordinaires par les mtf/wsde Paul; en sorte qu’on portait même sur les (1) Marc, XVI, 17-18. — Actes, 5-15. (2) Matt., 1-8. (3) Actes, VIII, 7. (4) Actes, IX, 33. (5) Actes, IX, 4o. (6) Actes, IX, I7-I8. (7) Actes, XIV, 8-9.
258 L’INITIATION malades les mouchoirs et les linges qui avaient tou ché son corps; et ils étaient guéris de leurs mala> dies (i),.. » Paul écrit à Timothée : « Ne néglige point le don qui est en toi et qui t’a été donné par Vimposition des mains de l’assemblée des Anciens (2)... » L’évangile et les Actes des Apôtres contiennent donc la preuve que l’ancienne pratique des Initiés d’Egypte, introduite chez les Juifs par Moïse et con tinuée plus tard par les Esséniens, ne fut pas aban donnée lors de l’apparition du Christ, mais qu'elle fut, au contraire, christianisée.
Au surplus, beaucoup de témoignages précieux relatifs à l’usage de ce pouvoir occulte se rencontrent dans les écrits des Premiers Pères de l’Eglise.
La connaissance expérimentale de l’extase et l’in fluence spirituelle furent l’origine de quelques pra tiques remarquables parmi les chrétiens primitifs, et l’on peut s’en convaincre en recourant à la lecture d’Augustin, d’Ambroise, de Barnabé, de Clément, d’Hermas, de Cyprien, de Tertullien, etc., sans ou blier Montanus et ses partisans, ou Valentin et quel ques autres gnostiqu.es.
Après la conquête de l’Egypte par les Romains, l’appauvrissement de la contrée avait fait affluer à Rome des prêtres égyptiens ou grecs de grades infé rieurs, qui avaient trafiqué de quelques secrets des Temples. D’autre part, les convertis au Christia- (1) Actes, XIV, 11-2. (2) Ep. à Timothée, I, ch. [X, 14.
259 LE MAGNÉTISME DANS TOUS LES PLANS nisme apportèrent dans son sein les connaissances qu’ils possédaient. Enfin les Ecoles des Philosophes théurgistes réunirent les débris de l’antique science sacrée, et c’est de là que sont sorties les premières sociétés secrètes européennes dans lesquelles fut cachée la tradition.
Quant aux prêtres errants de la classe inférieure, ce sont eux qui, se joignant à des éléments divers dans les pays qu’ils parcouraient, mirent le plus la sorcellerie à la mode parmi les peuples. Aux temples païens succédèrent petit à petit les monastères chrétiens, et, dans ces derniers, la faculté divinatoire et les secrets de la science antique trou vèrent comme un second sanctuaire et un asile.
Le don de divination, naturel aux espèces, conti nua donc, sous certaines conditions de développe ment et d’exercice, à se manifester parmi les conver tis et fut inscrit, comme auparavant, mais sous une forme nouvelle, dans le service du sacerdoce, en même temps que consacré aux objets du culte reli gieux.
Certes, les sybilles et les pythonisses chrétiennes ne connurent pas le trépied et ne prononcèrent pas leurs prédictions en public, comme leurs devan cières égyptiennes ou juives; mais la faculté prophé tique, communiquée ou provoquée, ne les accompa gna pas moins partout.
Dès que Rome eut succombé, les barbares, sur un signe venu de haut, affluèrent de toutes parts, répandant la terreur dans toute l’Europe, s’emparant des pays christianisés ou qu’on christianisait, et la
260 l’initiation grande nuit se fit, étendant ses voiles sur les civili sations écroulées. Toute la science antique est alors au pouvoir des initiés chrétiens disséminés dans les cloîtres et les palais épiscopaux, ou bien se cache dans le sein d’un petit nombre d’associations initiatiques et occultes qui ont, comme par miracle, échappé à la faux du temps et aux grandes tourmentes dévastatrices.
A partir de ce moment, l’art de la Médecine, con fondu avec celui de dominer les peuples par tous les moyens, n’est plus exercé que par les moines, qui finissent par perdre la tradition et la foi, au point d’être incapables de guérir comme faisaient les apôtres, par l’imposition des mains, et cela, tandis qu’on donne la chasse comme à des criminels aux rares initiés laïques se permettant de parler des secrets de la nature, ou qu’on brûle comme possédés du démon les hommes guérissant les malades par des procédés occultes et non par les procédés que les conquérants cherchent à imposer aux vaincus.
Bientôt, en 589, un Concile de Narbonne décrète antichrétiennement que les devins et les sorciers seront 'vendus comme esclaves après avoir été fouettés.
C’est l’époque où l’on répète le plus cette singulière accusation de Tertullien : « La bienfaisance des dé mons éclate* surtout dans la cure des maladies; oui, certes, mais ils commencent par occasionner le mal, après quoi vous les entendez prescrire des médica ments qui sont une merveille par leur nouveauté, ceux mêmes qui sont le plus contraires à la maladie. C’est là le moment précis où ils interrompent leur
LE MAGNÉTISME DANS TOUS LES PLANS 261 action malfaisante; le mal cesse et le monde ébahi de crier au miracle... » C’est encore l'époque où l’Eglise, détournée de sa mission, et qui redit ces paroles imprudentes qu'on pourrait retourner contre elle, ne veut voir partout, en dehors des dîmes à prélever sur les peuples conquis, que diables à exor ciser, et considère, par une étrange contradiction, que l’art de guérir appelé médecine est un témoi gnage de défiance contre la Providence.
On finit si bien par délaisser la médecine qu’elle ne tarde pas à n’être plus exercée que par les Juifs, et qu’en 805 Charlemagne, qui n’y connaissait rien, est amené, moins peut-être par humanité que par politique, à en prescrire l'étude dans les monastères, d’où on l’avait bannie.
Mais rien ne pouvait plus réagir contre l’esprit du fanatisme qui régnait, et qui avait décidé que les maladies étaient uniquement des possessions diabo liques qu’on devait traiter par un exorcisme à haute dose. Pour effrayer le diable, la folie de ceux qui dominaient au nom de l’Evangile qu’ils ne compre naient plus, alla même jusqu’à créer des tribunaux devant lesquels le diable fut souvent cité à compa roir en personne.
En d’autres termes, on fit de la peur semée partout un excellent moyen de sugges tion. Un Tertullien initié aurait dit : On suggérait le diable, et lorsqu’on arrêtait les effets de la sug gestion, le monde ébahi s’imaginait que l’exorciseur venait d’accomplir un miracle. Ce ne fut que l’an 1200, sous Philippe-Auguste, que fut fondée à Paris pour l’honorable nation des
262 l’initiation Gaules, pourla vénérable nation de Normandie, pour la très fidèle nation de Picardie et pour la très cons tante nation des Anglais — une Université qui n’ad mit d’abord que deux Facultés, celle de Théologie et celle des Arts, comprenant les Lettres et les Sciences. Un peu plus tard, en 1251, on en adjoi gnit deux autres, le Droit et la Médecine.
Ces quatre Facultés conféraient gratuitement les divers grades, bachelier, licencié, docteur, et il va sans dire que, formant Etat dans l’Etat, elles furent un admirable moyen de suggestion nationale, sous la tutelle du Roi et du Pape. On comprend bien, dans ces conditions, que l’en seignement. médical, de même que tout autre enseignement, ne pouvait plus être que ce que la monarchie conquérante et le sacerdoce dénaturé voulaient qu’il fût.
Autrement, on ne s’expliquerait pas les mesures incroyables prises contre les savants qui, comme Roger Bacon, croyaient faire œuvre utile en écrivant — en latin — la vérité sur la façon de dominer les individus.
Ajoutez à cela que, dans la plupart des cloîtres, comme dans le clergé qui avait la haute main sur l’Université, plus rien n’était connu de la science antique ; on ne s’y souvenait même plus de cette parole du Christ : « Et voici les signes qui accom pagneront ceux qui auront cru : ils imposeront les mains aux malades, et ceux-ci seront guéris. » Ne croyant plus qu’à la dîme, on avait remplacé les signes par de beaux diplômes sur parchemin ! A ce propos, il me revient une jolie anecdote.
LE MAGNÉTISME DANS TOUS LES PLANS 263 Saint Thomas d’Aquin, qui se trouvait à Rome, entra un jour dans la chambre d’innocent IV, pendant que l’on comptait de l’argent. Le pape lui dit : « Kous voye% que ï Église n'est plus dans le siècle où elle disait : je n'ai ni or ni argent ». A quoi saint Thomas répondit : « Il est vrai.
Saint-Père; mais aussi elle ne peut plus dire au paralytique : lève-toi ET MARCHE !... » Cependant de grandes intelligences, égarées dans des monastères où le silence était de rigueur, ou appartenant à des sociétés occultes mystérieusement perpétuées, conservaient dans l’ombre le dépôt des connaissances des anciens ; tandis que, dans le peuple égaré, il y avait comme des réminiscences, transmises de familles en familles, mais forcément perverties par le temps et l’ignorance, des procédés de guérison usités jadis.
De là ces persécutions dont on accablait les rares savants religieux qui se mêlaient de traiter — même en latin — des choses cachées.
De là encore cette guerre incessante, sauvage, impitoyable, faite au nom d’un Dieu de miséricorde et d amour, par les instruments aveugles de la Césaréopapie, contre les magiciens guérisseurs, dont on redoutait la trop grande clairvoyance, et qui, selon une calomnie intéressée, « mettaient en train le mal pour le gué rir ensuite ».
Les médicaments présentés par une main impure et souillée — déclarait le concile d’Avi gnon en 1357 — nuisent au lieu de servir. La ques tion eût été de savoir si la main charitable qui guérissait était plus impure que celle dont avait parlé
264 l’initiation saint Thomas d’Aquin, et qui, pleine d’argent, ne guérissait plus.
Mais cela était le moindre des soucis des puissants de l’époque : les « sorciers », qu’ils étaient incapables de suggestionner ou même d’exorciser, étaient pour eux un ennemi dont on devait à tout prix se débarrasser— ce qui n'empêchait pas qu’en secret les évêques de Bayeux et de Dol en Bre tagne, ainsi que l’abbé de Saint-Denis, allaient quel quefois consulter une sorcière de Nivelles, pour le compte de Philippe le Hardi.
Pendant ce temps, les docteurs ecclésiastiques en médecine faisaient un signe à leurs compères les docteurs ecclésiastiques en droit, et l’on tenaillait, et l’on pendait, et l’on brûlait sans relâche, comme autant de suppôts du diable, des malheureux à qui Dieu avait donné des facultés pour s’en servir et qui s’en servaient, prenant exemple sur le Christ, pour le bien de leurs semblables.
Qu’il y ait eu, dans le nombre immense des vic times torturées et juridiquement assassinées à l’ombre des formes, quelques êtres malfaisants ayant employé des moyens occultes pour faire du mal à leur prochain— ceci n’est pas contestable; mais ces êtres-là n’ont pas été la masse.
Le fond de cette orgie de sang, exécutée par des fanatiques dont on récompensait le zèle et l’ignorance, c’est qu’il fallait détruire dans l’intérêt des mangeurs d’impôts, la connaissance du grand secret monopo lisé par les princes corrompus de l’Eglise. Et qu’on ne croie pas que j’exagère. Quand cette Université de bavards et de bourreaux se mettra à
LE MAGNÉTISME DANS TOUS LES PLANS 265 faire de la politique pour son propre compte, quand elle voudra tenir tête au centre dont elle relève, vous la verrez s’enfoncer davantage dans l'abjection : elle se vendra, tous ces docteurs se vendront aux Anglais, et, tandis que celui-ci, un noble seigneur français, recevra le prix du sang, elle s’empressera de déclarer Jeanne d’Arc elle-même hérétique et sor cière !
Il y eut bien, dans la suite, une réforme ordonnée par Charles VII et par Louis XI, mais cette réforme ne s’écarta pas des décisions des conciles ne per mettant qu’au clergé inférieur l’étude de la méde cine.
On peut dire, sans crainte de se tromper, que, de la chute de I’Empire Romain, en 475. jusqu’à la prisedeConstantinopleparMahometll, en 1453, c’està-dire durant tout le Moyen Age, le pouvoir du ma gnétisme n’a jamais été inconnu complètement, soit en théorie, soit en pratique.
D’un côté, {'Histoire ecclésiastique de Bède, qui date du huitième siècle, mentionne beaucoup de guérisons opérées, pendant plusieurs siècles etjusqu’àlui, soitpar l’imposition des mains, soit par le souffle, soit par la prière, ou soit par ces trois procédés réunis.
D’autre part, les écrits d’Avicenne et les Annales des célébrités catholiques témoignent, pour le reste de la période, et indépen damment des guérisons par « sorcellerie » relatées dans une foule d’ouvrages, l’exactitude de ce que j'avance. Chose curieuse : les vieux livres de Galien, que les Arabes avaient recueillis des derniers Romains
266 L’INITIATION du Bas-Empire, sont rendus à l’Europe après la chute de Constantinople et, avec les livres d’Hippo crate et d’Avicenne, vont faire le fond de toute la science qui sera enseignée à la Faculté de Médecine par les maîtres ecclésiastiques, lesquels ignorent absolument les anciens mystères égyptiens relatifs au véritable traitement des malades, et n’ont plus la foi grâce à laquelle les premiers chrétiens gué rissaient par l’imposition des mains.
Or, nous sa vons que les livres d'Hippocrate et de Galien n’avaient été formés que des recettes publiées dans les Temples, recettes qu’on ne pouvait appliquer pour une même maladie à des sujets différents, et qui avaient été fournies par les songes, c’est-à-dire par le somnambulisme naturel ou artificiellement produit.
Après cela, qu’on s’étonne donc de ce que toute la science médicale se réduise alors à saigner, pur ger, faire vomir et donner des lavements.
Tandis que cette belle science va se propageant et fait rire d’elle, le cardinal d’Estourville, légat du pape en France, autorise les clercs de la Faculté de Médecine à se marier : Quoique restant sous la dé pendance du chanoine de Notre Dame, chancelier de l’Université, ces messieurs seront désormais des laïques, et, ainsi, ils pourront disputer mieux à leur aise, se faire écouter des naïfs, et faire de la sug gestion sans le savoir, quand ils traiteront de folies et de superstitions ce qu’ils sont incapables de comprendre. Il faut tout dire : au point de vue politique, cet
LE MAGNÉTISME DANS TOUS LES PLANS 267 ignorant scepticisme de la médecine officielle allait être un admirable ressort, car, la science des diplô més ayant parlé, les suggestionneurs du pouvoir auraient encore moins de mal qu’auparavant à se faire croire sur parole par le bon Gaulois taillable et corvéable.
Les magnétiseurs comprendront maintenant pourquoi on avait voulu briser la plume du moine Roger Bacon qui, au treizième siècle, avait osé écrire dans De Mirabili potestate Artis et Naturœ : « L'âme raisonnable, qui ne peut être asservie, puisqu’elle possède la liberté, peut cependant être efficacement circonvenue, dominée et disposée de telle sorte qu’elle changera volontiers ses habitudes, ses affections, ses volitions, suivant la volonté d'un autre ; et non seulement on peut ainsi dominer une personne, mais encore une armée, une cité, un peuple.
Aristote, dans le Livre des Secrets, enseigne la ma nière dè faire cette expérience aussi bien sur un peuple ou une armée que sur les individus. » Voilà pourquoi Roger Bacon avait été à deux doigts de subir le sort réservé aux sorciers.
Voilà aussi pourquoi, quand le doute et le scepticisme auront été bien répandus, quand la sorcellerie aura été reléguée au rang des superstitions, quand on croira tenir le monde par une suggestion à rebours, on cherchera à tuer les magnétiseurs par le ridicule comme on les tuait auparavant par le fer ou parle feu. Mais ce à quoi l’on s’attend n’est pas toujours ce qui arrive. Teder.
I La Vie après la Mort Voici ce qu’en pense I. Vaughan: —c’est un ca tholique anglais, mais sa tournure d’esprit est un peu différente des catholiques français. Il dit ceci : La mort n’est pas la fin de la vie, mais plutôt son com mencement. L’entrée en est sombre, mais la sortie lumineuse.
Nous voyons que Dieu a donné à l’homme des facultés et des désirs qui ne pourraient jamais trouver satisfaction sur la terre... et comme Dieu ne fait r.ien en vain, ces facultés doivent s’exercer dans une existence au-delà du tombeau. Partout, dans tous les pays, nous constatons que l’homme croit à l’au-delà de la mort.
On doit donc penser qu'une croyance si universellement répandue, si indépen dante de l’éducation et de la race, ne peut être qu’une sorte d’instinct de la nature; souvent chez les sau vages cette croyance est accompagnée d’erreurs et d’absurdités, néanmoins le fond de la croyance existe. Même les païens disaient : Non omnis moriar, je ne mourrai pas tout entier. Un voyageur moderne nous donne un fait des plus curieux.
Un roi du sud de l’Afrique désirait envoyer un message à un de ses guerriers favoris tombé sur le champ de bataille, et qui avait été enseveli selon tous les rites du pays. Comment s’y
LA VIE APRÈS LA MORT 269 prit-il? D'une façon assez étrange. Il fit venir devant lui un jeune garçon de la tribu et lui donna le mes sage verbalement, en le lui faisant répéter plusieurs fois pour être sûr qu’il ne l’oublierait pas.
Puis le roi tira son épée et d’un seul coup bien appliqué lui trancha la tête en s’écriant : « Va et délivre mon message. » Maintenant, dit l'auteur anglais, quelle que soit l'opinion que vous ayez d'un procédé aussi barbare, il prouve que le roi sauvage croyait que son guerrier existait encore quelque part, et que le jeune homme mis à mort continuerait à vivre dans une autre sphère, et pouvait communiquer avec ceux qui l’avaient précédé dans la mort.
On aurait cru que lord Byron n’avait rien dit sur la vie future, et pourtant voici les vers que cite l’au teur anglais : « L’immortalité fait disparaître toutes les larmes, les peines et les craintes ; comme un tonnerre venant de l’abîme, elle crie à mes oreilles : tu vivras tou jours. » Tennyson, le célèbre poète, a dit aussi: « II n’y a pas de mort, ce qui paraît comme tel n’est qu’une transition.
Cette vie n’est qu'un début de la vie supérieure qui nous est ouverte par la mort. » C’est ce que j’ai dit, moi aussi, dans mon livre le Psychisme expérimental. La mort n’est qu’un tunnel, quelques moments dans l’ombre, puis après on revient à la lumière. C’est une erreur, dit l’auteur anglais, de croire que i
270 L’INITIATION la mort est douloureuse. Beaucoup de médecins pensent que la mort est plus terrible en anticipation qu’en réalité. Le Dr Roosevelt disait, à ce sujet, que, lorsque la mort est proche, ses terreurs ne semblent plus ressenties par le mourant. D'autres docteurs disent aussi qu’à part certains cas excep tionnels on ne remarque aucune trace de douleur.
C’était, d’ailleurs, l’avis de Buffbn, car il dit, dans son histoire de l’homme : « La mort est aussi natu relle que la vie. L’une et l'autre nous arrivent de la même façon, sans que nous puissions nous en apercevoir. » Souvent même ceux qui ont eu le plus peur de la mort durant leur vie, oublient cette crainte quand la fin est proche.
Beaucoup sont inconscients quelques heures avant leur mort, et d’autres la considèrent au dernier moment avec grand calme. M. Hoffding, dans son livre sur la Psychologie dit ceci : « Conclure que les convulsions d’un mourant prouvent de grandes souffrances est une erreur; ces convulsions ne sont souvent que des mouvements réflexes se produisant lorsque la circulation du sang est arrêtée, ou que l’activité du cerveau a di minué.
En effet, l’agonie serait une preuve de sensi bilité, alors que celle-ci a disparu. La mort est un sommeil plutôt qu’une sensation, une suspension de nos facultés plutôt qu’un conflit entre elles, et un moment de profonde inconscience. » Le Dr Baillie dit, de son côté, que, d’après ses observations à de nombreux lits de mort, il croit que c'est dans les desseins de Dieu, que nous sortions
LA VIE APRÈS LA MORT 271 de ce monde aussi inconsciemment que nous y en trons. Jamais nous ne pouvons nous rendre compte du moment où le sommeil nous prend; il en est de même avec la mort. Voici l'opinion du cardinal Manning auquel l’au teur anglais dit ceci : « Comment expliquez-vous qu'en général, quand la mort vient d’une façon cer taine, tant de gens semblent si peu la craindre?
Il me semble que, si bon qu’ait été un homme, l'idée seule de tomber dans le grand inconnu, d’être jugé pour l’éternité doit lui donner la plus cruelle an goisse. » « Mon dieu, répondit le cardinal, voici comment je l’explique. Tant qu’un homme doit vivre, Dieu lui donne sagement une certaine peur de la mort, afin qu’il ne courre pas de dangers inutiles.
Mais, quand le moment fatal est arrivé, Dieu lui enlève toute crainte. » Nous considérons la mort comme une fin, regar dons-la comme un commencement. Nous croyons que nous partons, et, au contraire, nous arrivons. Nous pensons que c’est une séparation, et c’est une réunion à tout ce que nous avons aimé.
A la mémoire de Blanche J... Malheureuse ! tu n’as pas osé affronter les épreuves de l’existence et dans un moment d’aberration le contrôle de ta volonté a failli; tu crus par une mort violente faire taire la douleur qui hurlait dans ton cœur et te poussait à des folies. Te refusant à accepter cette douleur rédemptrice des fautes passées, douleur génératrice de la véritable vie, tu n’as pas hésité à violer la sublime harmonie des lois divines.
En te détruisant, croyais-tu donc aussi tuer ton âme? Tu n’as pas compris qu’enganguée dans le corps charnel par la volonté de Dieu et par la néces sité de ta conduite antérieure, elle devait souffrir encore cette âme, et que, libérée trop tôt du corps matériel par la mort volontaire, elle lui resterait attachée pendant tout le temps qu’elle devait l’animer suivant le désir de Dieu.
Malheureuse! et ton âme effrayée par sa détermi nation stupide s’éveille dans la nuit du tombeau. Elle s'éveille non bien consciente encore et inha bile à manier ses facultés nouvelles, mais plus clairvoyante que jamais dans toute l’horreur et l’épouvantement de l’au-delà, trop tôt voulu!
273 POUR UNE SUICIDÉE Ton âme s’éveille! ! ! et au lieu du repos intégral, absolu que tu espérais, du néant auquel tu aspirais, c’est la Vie, la Vie plus vibrante, plus intense que jamais.
Oh ! les tourbillons affreux, les horribles replis de la lumière astrale, les formes qui s’ébauchent, puis se dissipent, s’accentuent encore pour disparaître à nouveau, ces formes qui t’appellent avec des gestes effrayants, te sollicitent avec des rictus hideux... elles se rapprochent... elles t’encerclent... elles t’assail lent... ton âme voudrait crier, mais plus de bouche; se défendre, mais plus de bras ; ne plus voir, mais aucune paupière ne peut se fermer sur son œil spi rituel !
Ah ! l’horrible commencement de la mort seconde. Par une réminiscence subite tu te souviens; oui, tu les reconnais ces élémentals : ce sont tes fautes, tes désirs inexprimés, tes aspirations les plus secrètes... tout ce que tu croyais de plus éphémère et de plus passager a pris forme et s’est imprimé dans l’astral.
Et dans ce tourbillon, rien pour t’en courager et te donner la force d’affronter la tempête, pas un appui... et ton âme terrorisée par la vision magique se retourne vers le corps pour s’y replon ger, le faire revivre, l’animer à nouveau et fuir cet au-delà terrifiant. Mais ce corps est froid et rigide, la face est livide et pâle, la paupière dilatée découvre ton œil bleu maintenant opaque et vitreux.
Tes blanches mains, jadis si douces, se crispent dans un geste effrayant sur ton sein traversé par une balle. A l’intérieur de ce corps glacé se livre une lutte 6
274 l’initiation immonde : une odeur infecte se dégage des liquides visqueux, des vers innombrables grouillent dans les organes, des millions de microbes éclosent dans les chairs ; dans tes cheveux jadis blonds et ravissants pullule la vermine... et ton âme recule encore; làbas, l’horreur et l’effroi ; ici la décomposition et la pourriture.
Ah ! tu souffres, tu voudrais crier ton inquiétude et ta douleur, ton remords et ta honte, mais ta voix est à jamais éteinte... pardon, pardon, pitié et misé ricorde... non, trop tard, il te faut expier ta faute... traîne-toi, implore, supplie... Oh 1 dérision, la face du Seigneur se détourne, tu ne peux échapper aux angoisses de l’Horeb de F Abîme infini. Souffre, c’est la Loi. — La Justice Divine est inexorable !
Mais non! — Viens vers moi, regarde mon cœur dans lequel ton souvenir reste vivace, vois ; j’en ai fait un doux asile, un foyer lumineux qui rayonne l’altruisme et l’amour, un réceptacle plein de dou ceur et de mansuétude ; par la prière je l’ai préparé pour te recevoir et transformé en un sanctuaire où tu trouveras sinon le complet repos, du moins un abri sûr contre les agressions astrales des entités mauvaises. — Je prierai pour toi et mon implora tion humble et sincère montera vers Dieu comme la fumée d’un encens purificateur de tes fautes.
Réfugie-toi dans ce cœur qui t’a tant aimée ; je t’aiderai dans la traversée périlleuse et pleine de dangers, et mon âme s’adaptant à ton âme te ravira un peu de ta détresse expiatoire, te volera de ton malheur en partageant ta souffrance.
POUR UNE SUICIDÉE 275 Ce désir de protection que j’émanerai, cette prière continuelle que je projetterai versDieu, ce cœur que j’immolerai pour toi te permettra de racheter ta faute ; le pardon anticipé que tu obtiendras demandera, je le sais, un équivalent de peines et mon effort se transformera pour moi en obstacles et en épreuves que je saurai encore surmonter, car en souffrant pour toi, j’atténuerai ton tourment. — Viens ! ! ! X GRNR S.-. 1.-. D.'. S.*. C.‘. (Marseille).
PARTIE LITTÉRAIRE École Hermétique Les Cours de l’Ecole Hermétique recommenceront le jeudi H janvier à la salle du sous-sol des Sociétés savantes,. 8, rue Danton, à 9 heures du soir. ACADÉMIE DES SCIENCES L’Atlantide, ce continent englouti dans les eaux de l’Atlantique, et qui reliait jadis l’Afrique à l’Amérique, a-t-il jamais existé ailleurs que dans l'imagination des poètes et de quelques historiens grecs ? Un savant naturaliste, M. Germain, a cherché à éluci der ce passionnant problème en étudiant non seulement la faune et la flore vivantes des îles du Cap-Vert et des Ca naries, mais surtout la flore et la faune fossiles de cet archipel qui émerge de l’Océan. Ces fossiles n’ont pu être importés de Mauritanie ou d’Amérique, comme les animaux ou les plantes qui vivent aujourd’hui dans les îles. M. Edmond Perrier, qui présente la note de M. Ger main, a fait remarquer que les fossiles trouvés aux Cana ries sont absolument semblables aux fossiles trouvés en Mauritanie et sur les côtes américaines. Un lien a donc existé entre les deux continents. A l’île Saint-Thomé, M. Germain a trouvé des bandes
ACADÉMIE DES SCIENCES 277 de coraux identiques à des bandes de madrépores de la Floride. __L’Atlantide a dû disparaître, dit M. Edmond Perrier, à la fin de la période tertiaire. Un premier effondrement a dû se produire entre l’Amérique et l'archipel existant de nos jours. Un deuxième aura séparé la Mauritanie des îles du Cap-Vert.
Une polémique contre Jules Bois A propos de la publication d'un volume de notre con frère Jules Bois, intitulé le Vaisseau des Caresses, une polé mique suivie de procès s'est engagée. Le Dr H..., collabo rateur du fameux Taxil pour Le Diable au XIXU siècle, d’hilarante mémoire, a prétendu que Jules Bois avait uti lisé pour son livre une publication antérieure de lui, le Dr H...
Les tribunaux appelés à trancher ce différend ont débouté le Dr H... de ses prétentions à partager les droits d’auteur. L’affaire nous semble donc jugée, et bien jugée ; mais, comme une violente polémique se poursuit dans les revues littéraires, nous croyons utile de présenter à notre tour quelques observations.
Les auteurs issus de milieux plutôt scientifiques, comme beaucoup des collaborateurs de P Initiation^ sont entraînés à citer, en note ou autrement, les origines bibliographi ques de tous les extraits qu’ils sont amenés à faire d’au tres auteurs. Mais il en va tout autrement dans une œuvre d'art. Le roman surtout deviendrait odieux s'il fallait citer en note toutes les sources d’inspiration.
Moïse a utilisé une énorme collection de papyrus pour établir les éléments de son Sepher. L’auteur de V Odyssée en a fait autant ; de même que Virgile et Apulée. De nos jours, Flaubert et surtout Zola ont puisé large ment dans des chroniques et des récits techniques pour corser leurs œuvres. Or on a trouvé cela fort naturel.
278 L’INITIATION Dans le cas présent, M. Jules Bois a utilisé une sorte de guide de voyage qui avait lui-même été établi en utilisant des communications antérieures comme celle sur le Mal de Mer, résumé d’une discussion académique. Mais l'auteur du guide en question était franchement inconnu du gros public, alors que Jules Bois était connu ; cela sans discuter en rien le mérite du Dr H... au point de vue littéraire.
Depuis sa polémique et son procès le nom du Dr H... a frappé des milieux qui l’ignoraient. Il ne reste donc plus au Docteur qu’à écrire un nouveau roman génial, et il trouvera des critiques qu’il aurait difficilement pu émouvoir avant sa polémique.
Mais nous ne comprenons pas l’hostilité dont est victime un auteur comme Jules Bois, qui a fait ses preuves comme écrivain et comme poète et qui peut se défendre par la meilleure des réponses, c’est-à-dire par la continuité d’une production qui ne doit aux autres que la partie toute tech nique de sa documentation.
Si nous n’avons pas toujours été d’accord avec Jules Bois dans toutes nos idées, nous sommes heureux de l’oc casion qui s’offre à nous aujourd’hui de lui rendre la jus tice qui lui est due. Dr Papus. Nous signalons à nos lecteurs, dans la Dépêche parle mentaire du 16 décembre 1911, un excellent article de M. Henri Vianat sur Zes Accusations portées contre M. Jules Bois. BIBLIOGRAPHIE Pauvres pierres !
Les mégalithes bretons devant la science, par l’abbé A. Millon, in-8°, 286 p. et 5 phototy pies. Saint-Brieuc, Prud’homme et Pons, E. Lechevalier, édit , 1911. Prix:
BIBLIOGRAPHIE 279 L’auteur très utilement et complètement résume ce que l’on a dit des mégalithes bretons et y ajoute ses vues per sonnelles. Pour les dolmens et allées couvertes, il cite les opinions : 50 opinent (comme l’auteur) pour des tombeaux, j 9 pour des autels. L’abbé Millon partage l'avis de ceux qui pensent que tous les dolmens furent jadis sous des tu muli !
Pour les menhirs, il y a 75 auteurs cités ; 35 en somme les considèrent comme monuments funéraires et l’abbé Millon aussi, lout en reconnaissant que pour « la destination des menhirs, la question reste ouverte. » Quant aux alignements, sur 72 auteurs, 19 en font des stèles funé raires et 21 des monuments religieux.
« Un profond mys tère plane toujours sur Carnac. » Les cromlechs ne sont l’objet que de 5i opinions, dont 9 pour stèles funéraires et 28 pour temples et enceintes sacrées. L’auteur pencherait plutôt pour les stèles. Curieusement documenté, ce livre intéressant montre en somme combien l’on est mal fixé sur l’usage des constructions mégalithiques. * * * J. Mavéric, La Médecine hermétique des plantes. 1 vol in-8°.
Dorbon, éditeur, 19, boulevard Haussmann, Paris. — Prix : 7 fr. 50. Le livre que vient de publier M. Mavéric se détache nettement sur la masse des ouvrages que nous voyons apparaître chaque jour. Il n'existe rien d’approchant, non seulement dans la littérature moderne, mais encore, t.n remontant vers le passé, dans la littérature hermétique.
On trouve bien, chez les auteurs anciens, ici, des notes sur l’extraction des quintessences végétales, sur les signa tures des plantes; là, quelques renseignements sur les ver tus des simples et sur leur emploi dans le traitement de certaines maladies. Mais cts indications, accidentellement données, sont perdues au milieu d'ouvrages où le hasard seul les fait parfois découvrir, et aucun traité complet
280 l’initiation n’avait été composé sur la classification des plantes, sur la manière d’en extraire les principes actifs, et sur leur emploi thérapeutique.
Les modernes se sont bien occupés, certes, de la ma tière médicale végétale ; mais, et M. Mavéric commence par éclaircir cette question, les méthodes des chimistes actuels, l’extraction et l’emploi des alcaloïdes, sont, au point de vue traditionnel, des erreurs capitales, et ce n’est ni la pharmacopée, ni la botanique médicale courantes, ni l’alcaloïdo-thérapie, que l’auteur va étudier.
Au contraire, il veut montrer que la thérapeutique doit s’appuyer sur une physiologie du macrocosme et du microscome qu’on a négligée, que la connaissance des rapports réels, vitaux, de l’homme et du monde, peuvent, seuls, diriger l’applica tion de l’art médical; que cette philosophie générale, cette physiologie synthétique, étaient connues des hermétistes, nos ancêtres; que, chez eux, nous pouvons en retrouver les principes, sinon les détails, et que c’est de là qu’il faut partir pour appliquer ensuite ces lois aux forces dont nous disposons.
Telle est l'œuvre qu’a entreprise, et fort bien conduite, M. Mavéric, dans son intéressant ouvrage. La Médecine hermétique des plantes intéressera le médecin, au même titre que l’alchimiste et l’astrologue, comme le physiognomoniste.Les chapitres initiaux,consacrés à l’étude des qua lités, des quatre éléments, des sept forces de la nature, sont très progressivement instructifs.
Les quatre tempéra ments s’y dessinent si clairement, leurs indications théra peutiques y sont si logiquement établies, que, même les pro fanes, même les médecins officiels, allopathes comme homœopathes, à qui la pratique a déjà enseigné la vérité de cette classification, ne songeront pas à rejeter cela comme de la fantaisie.
Ce sera même, si je ne me trompe, la porte par où plusieurs entreront, pour se rapprocher de la science hermétique et en recevoir les autres enseignements. Et si, de là, par la Kabbale, source de toute mystique, mère de l'alchimie et de l’astrologie, ils parviennent à
BIBLIOGRAPHIE 281 l’étude des textes primitifs, du Sepher Bereschith en particulier, ils y verront ce qu’est la vie végétale, dans l’univers et dans l’homme, et quelles sont les causes se crètes et premières de l’action curatrice des plantes sur l’homme malade; question primordiale, principe de toute la médicamentation hermétique, que M. Mavéric, avec la prudence d’un maître en Alchimie, a fait entrevoir seule ment à ses lecteurs, sans la dévoiler entièrement.
Personne n’avait songé à écrire un tel livre ou n'avait osé l’entreprendre ; un Barlet aurait pu s’y attaquer ; il ne l’a pas fait. M. Mavéric a fait preuve, en publiant cet ou vrage, d’une érudition très sérieuse et d'un sens parfait de ce qui manquait aux chercheurs de bonne volonté.
Je n’exprimerai qu’un regret — encore est-ce le biblio phile qui parle : — c’est que l’auteur n’ait pas joint à son livre une bibliographie des sources où il a puisé, un réper toire des auteurs et des livres concernant la question et qui doivent constituer sa précieuse bibliothèque. Nous l’aurions consulté tous avec le plus grand intérêt.
Cette petite observation mise à part, c’est sincèrement et sans réserves que nous signalons le livre de M. Mavéric à tous les médecins et à tous les occultistes comme un des plus intéressants qui aient paru depuis bien longtemps. Dr Marc Haven. Le soussigné, Fr... Librabius, directeur de la Logemart.-.
Osiris, n° 318, fait appel à tous les Fr......français et étran gers, et leur demande s’ils n’ont pas connaissance d’un dispositif, ou d’un moyen quelconque, permettant de fondre le platine à un feu de charbon, sans le secours de soufflerie, c'est-à-dire permettant d’atteindre une tempé rature de 1.800 à 2.000 degrés. Librabius. Adresser les réponses à l'adresse profane LOISELLE, <5, rue de Sèvres, Paris.
282 l’initiation A propos de la Joconde L’aimable article bibliographique que le maître Papus a consacré à mon Traité des Recherches, dans T Initiation de Septembre, se terminait ainsi : Il ne reste plus qu'à véri fier expérimentalement ce+te œuvre en retrouvant l’auteur A cela je réponds que je ne demande pas mieux d'expé rimenter ma méthode dans ce cas très célèbre, à condition toutefois qu’on puisse me dire, à une minute prèsy le mo ment précis auquel disparut la Joconde.
Toutes les recher ches contenues dans ce traité, sont fondées sur le moment de la disparition, et il ne peut en être autrement, puisque c’est à ce moment précis que les influences astrales entrent en relation avec l’événement qui se produit et lui impri ment son caractère propre ainsi qu’aux circonstances qui l’entourent.
J’ai vu opérer avec succès un astrologue Hindou, et abstraction faite des erreurs que peut com mettre l’opérateur dans les calculs, jusqu'à preuve du con traire, on doit accorder confiance à cette méthode, qui fut pratiquée avec succès par Robert Fludd. Jean Bélus.
REVUES ET JOURNAUX ÉTRANGERS Sauvé du suicide par un spirite Le Light nous rapporte le récit suivant pris dans le American Register and Anglo-Colonial ^Worldàxx 4 juin : Cheiro, investigateur bien connu, donna dans une bril lante séance des éclaircissements sur le spiritualisme, dé montrant combien fréquemment il apporte la paix et par fois même le réconfort aux peines du cœur ; la séance avait été dignement tenue. Il en jaillit un fait essentiel.
REVUES ET JOURNAUX ÉTRANGERS 283 Un docteur de New-York, matérialiste, était resté trente ans célibataire, ne voulant pas se marier à une autre jeune fille que celle dont il avait fait choix, des empêche ments retardant la réalisation de ses désirs ; enfin il finit par se marier à cette jeune femme, lorsqu’elle mourutdix jours après, enlevée par une pneumonie double. Le cœur brisé, le docteur décida de se suicider.
Un soir, lui et Cheiro se promenaient dans New-York City, quand cedernier, comme ils passaient devant la demeure d’un médium bien connu de lui, suggestionna le docteur qu’il devait entrer et obte nir une séance. Ainsi firent-ils, et quelques instants après le docteur obtenait une conversation avec sa femme dont la clarté le ravissait.
Il reconnut les sons de sa voix, et la physionomie du mé dium prit une expression semblable à celle de l’absente, même une langueur dans la partie supérieure du côté gauche de la lèvre fut remarquée.
Elle lui dit « qu'il ne devait pas se suicider, ce qui retar derait leur réunion bien davantage que leur séparation ac tuelle et lui démontra qu’il devait employer sa vie en tra vaux utiles à l’humanité ; alors la mort deviendrait pour lui une délivrance naturelle ». Dix ans se sont écoulés depuis cet événement; plusieurs centaines de personnes ont profité de ses soins.
Message spirite contrôlé A une séance tenue chez Mme Bentley, Broadway-ave nue, West Croydon, le 15 mars 1911, une personnalité se manifesta par la médiumnité de Mme Bentley et affirma ce qui suit : « Mon nom était le Rev. John Robinson, mort le diman che îô janvier 1876, à Pinner, Middlesex, dans ma soi xante-dix-septième année.
J’ai été enterré le vendredi suivant au cimetière de Kensal Green, suivi par cent de ceux qui avaient collaboré à mon œuvre. < Je fuspendant trente années membre de la Société N...
284 l’initiation qui se composait de cent membres à mon entrée et quatre cent cinquante quand je mourus. » Nous tous assistants soussignés, affirmons que les rensei gnements ci-dessus furent recueillis et mis en écrit sous la dictée de l’intelligence qui se manifestait et nous en affir mons la rigoureuse exactitude. Signé :W. R. Harding; A. Adous, A. Bentley ; G. Tickner.
Les assertions contenues dans ce message ont toutes été soigneusement vérifiées. Une enquête au cimetière de Kensal Green a fait découvrir la tombe du Rev. John Ro binson, là date de sa mort (¡6 janvier 1876), âgé de soixantedix-sept ans, et ce fait que pendant de longues années il fit partie d'une société religieuse à Londres. Le nom de sa femme s’y trouvait inscrit, et le fait qu'elle était de Pinner Middlesex.
11 restait à contrôler que le 16 janvier 1876 fut bien un dimanche, qu’il avait été enterré le vendredi suivant, et qu’il avait été suivi par cent de ses fidèles, qu’il avait fait partie de la société pendant trente années et que les fidèles de son groupe étaient passés de cent à quatre cent cin quante.
Effectivement le 16 janvier I876 fut bien un dimanche, la date du service funéraire était le vendredi 2i suivant, le nombre des assistants à ses funérailles fut également affir mé exact par un membre officiel de la dite société. La seule différence trouvée fut dans le nombre des an nées qu'il passa dans la société, qui fut de trente et une années au lieu de trente.
Les personnes présentes à la séance, ajoute le Light, ont affirmé par écrit qu’elles n’avaient jamais eu connaissance de l’existence du feu Rev. John Robinson, pas plus que des renseignements qu’il a donnés et qui font le sujet de l’enquête. Cette déclaration ajoute encore à la valeur du fait. B- J- (Revue Spirite.)
CONFÉRENCES SÉDIR 285 Conférences Sédir M. Sédir donnera, cette saison, une série de confé rences sur les Forces mystiques et la conduite de la vie. La doctrine spirituelle primitive du Christ y sera expo sée telle que la tradition orale directe a pu en transmettre le sens depuis vingt siècles. Ces conférences sont ouvertes, vous êtes prié de bien vouloir y assister et de donner à la présente invitation la plus grande publicité.
Elles ont lieu 31, rue Verdi (au coin du boulevard Gam betta) au rez-de-chaussée : tous les samedis, à trois heures très précises, à partir du samedi i3 janvier, jusqu’au samedi 6 avril ; Tous les mercredis, à la même heure, du i7 janvier au 3 avril, séances spéciales de consultations et de questions. Revue des Livres A. Porte du Trait des Ages. — L’éther et la force psychique. — Essai de théorie. — 2° édition, in-i6 jésus, prix : 1 franc.
MM. Hector et Henri Durville, éditeurs, 23, rue Saint-Merri, Paris, IV. Dans cette savante étude, notre distingué collaborateur explique en quoi consiste l'éther cosmique et comment l’existence de ce fluide impondérable peut donner la clef de certains phénomènes d’ordre psychique.
La théorie nou velle de l’auteur a obtenu dans les revues où elle fut publiée un légitime succès qu’elle retrouvera aujourd'hui, nous voulons le croire, auprès du grand public.
L’INITIATION 286 VIENT DE PARAITRE : Le secret de l’univers devant la science officielle. La mécanique ziniverselle dévoilée d'après Clémence Royer et mise à la portée de tous. par E. Hljreau, Paris, 1911. Librairie médicale et scientifique J. Rousset, 1, rue Casimir-Delavigne (VI°). Un vol. grand in-18 Jésus de 204 pages. Prix: 3 fr. 50.
Dans cet ouvrage l’auteur, qui reconnaît les grandes vérités de l’occultisme, s’adresse cependant aux matéria listes, car, pour élever les hommes vers la Lumière Sacrée, l’ascenseur des connaissances doit aller les prendre jusqu’au rez-de-chaussée.
Après avoir consacré une dizaine d’années à l’étude des différents systèmes sur la constitution du monde, de Crookes à Curie, de Haeckel à Oswald, de Kant à Spen cer, l’auteur a reconnu l’insuffisance de toutes ces concep tions ou philosophies.
Un admirable génie, contre lequel fut organisée une puissante cabale du silence : Clémence Royer, a trouvé cependant l’explication mécanique des grands phénomènes physiques, et cette démonstration Justifie les vues synthé tiques des occultistes sur la matière.
En un langage clair, précis, entraînant, la mécanique des effets physiques est mise à la portée de toutes les intelligences, et une critique loyale, mais rigoureuse, sape l’enseignement officiel dont M. Hureau analyse pas à pas les hypothèses embrouillées.
11 est certain que cet ouvrage permettra de nombreuses initiations, pourra amener vers la vérité bien des égarés, en modifiant leur incrédulité et en les rendant accessibles à des enseignements, nouveaux pour eux, bien que très anciens pour les initiés. Les phénomènes psychiques, spi rites et occultes y trouveront une base explicative de plus en plus positive.
LES LIVRES NOUVEAUX 287 * * On parle beaucoup, dans le monde occultiste, des nou velles édition ou réédition de V éditeur Chacornac, dont l'activité, le soin, l'intelligence méritent tous les éloges. Nous citerons parmi les rééditions celle de la brochure intitulée : Le Fakirisme indou et les Yogas, par Sédir, et parmi les éditions nouvelles : Les Vies successives, du colo nel de Rochas ; H. Cornélius Agrippa, par M. J.
Orsier ; Le Christ et la Patrie, de Grillon - de Givry; Miroir Philo sophique, par L.
M. Thémanlys. — Nous dirons quelques mots aussi d’une très importante étude de Haatan, que nous avions présentée à nos lecteurs, il y a six ans, mais dont il convient de reparler à un moment où l’attraction des problèmes alchimiques se fait sentir plus que jamais ★ 4 * Le Fakirisme indou et les Yogas Sédir a considérablement développé cette brochure, dont la première édition remonte à 1906, tout en restant fidèle à sa prudence accoutumée et en éclairant ces théo ries orientales à la lumière de l’Evangile.
Je citerai en particulier le chapitre sur la Constitution de l’homme et celui sur les Yogas, qui ont reçu de longs et savoureux développements.
Le grand mérite de cette étude, c’est que l’étudiant occidental y pourra se renseigner sur les splendeurs de l’initiation orientale, sans craindre de s’égarer ; qu’il verra toujours signalés les dangers des entraînements à côté de leur description, et que la supé riorité des enseignements évangéliques y sera sans cesse indiquée en un trait vif et profond. ★ * * * Les Vies successives Par le colonel de Rochas Tous ceux qui ont suivi d’un peu près les publications se rattachant à nos études, pendant les quinze ou vingt
288 L’INITIATION dernières années, connaissent le nom et l’œuvre de cet éminent expérimentateur qui, travaillant seul, a su donner au monde profane la preuve des théories de l’occultisme sur la constitution humaine, l'envoûtement, la réincarna tion, etc. En lisant son livre, tout occultiste y trouvera certainement cette preuve que lui-même ne croit pas encore posséder.
Les expériences auxquelles il s’est livré, et qu’il relate d’une façon très détaillée, sont extrêmement inté ressantes, passionnantes même.
En tenant compte des images dont le cerveau physique de ses sujets est rempli, et qui forcément doivent se mêler aux images qu’y peint l’Esprit revoyant ses dernières vies, on ne peut s’empêcher d’être frappé des expressions, des manières de voir si par ticulières et se rattachant si bien aux époques dont il est question : je citerai surtout Les Souvenirs de Mayo, de Roger, de J,..
L’ouvrage est précédé de citatations, sur les croyances antiques et modernes au sujet des vies successives et terminé par un rappel des phéno mènes analogues et des objections aux expériences et aux théories. Comme toutes les autres œuvres du même auteur, ce livre est indispensable à tout occultiste, et il faut louer l’éditeur pour le soin qu’il a mis à sa composition. Le Gérant : G. En causse. Imprimerie de l’initiation, 15, rue Séguier, Paris.