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Revue pliiìosopliiqiie des Hautes Études PUBLIÉE MEN'SCKLLENKNT SOUfl LA DIRECTION DE PAPUS 93me VOLUME — 24'”“ ANNEE SOAU'IâlItE DU N° S3 (Octobre 1911) PARTIE PHILOSOPHIQUE Octobre (rapports), (p. 1).............................. À Astral des Choses (p. 2 à 6) . . > . La Gnose Chrétienne (p. 7 à 16). Les Plantes Magiques (p. 17 à 28) . A propos de l’Atlantide (p. 29 à 34). Volonté (p. 35 à 39).....................................
Idées Médiévales et Modernes (p. 40 à 44) . Divagations philologiques (p. 45 à 48) . Ames Païennes (p. 49 a 73)........................ SECTION ARCHÉOMETRIQUE Figure. Papus. J. Bricoud. G. B. L. Combes. H. Durand. Caion. L. J. P. du Trait des Ages. A un Lion Prisonnier (p. 74)........................St-Yves d’Alveydre.
Avis à nos Lecteurs. — Conférences Spiritualistes. — Ecole Supérieure Libre des Sciences Médicales appliquées. — Ecole Hermétique. — Réunions MarlinisteSv— Une Campagne cléri - cale contre la Société Théosophique. — Une Séance de Spiri tisme. — Une Lettre. — Ouvrages du Dr Encausse (Papus). — Le Code d'Hammourabi. — Bibliographie.
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L'Initiation paraît sans interruption depuis Octobre 1888. Cette Revue a puissamment contribué à la renais sance, en France, du Spiritualisme scientifique. Mais l'initiation, ainsi que son titre Findique n’est pas une Revue consacrée spécialement à la dif fusion des premiers éléments il des expériences de début concernant la Science psychique. L’Initiation est une Revue complémentaire de toutes les revues exotériques.
C’est l’organe des études Z * approfondies de l’Esotérisme dans toutes les Ecoles, • et ellè est établie pour compléter les recherches de tous ceux qui s’intéressent au psychisme, aux sociétés occultes et à la tradition initiatique La collection de l'initiation forme le compendium le plus complet des recherches occultes dans toutes les branches possibles.
Fidèle à sa ligne de conduite, l’initiation est organisée pour faire paraître une foule d’études inédites de Saint-Yves sui’ l’Archéomètre, ainsi que des publi cations de manuscrits inédits de Fabre d’Olivet et d’autres auteurs qu’elle possède dans ses archives. . . . ’ " . P» Deux manuscrits d’Eckarthansen attendent aussi leur apparition. On voit que l’initiation est toujours prête à justifier son antique réputation.
OCTOBRE Signe Zodiacal : LE SCORPION (24 Octobre - 23 Novembre 191») LE HCOBPIO* LES ZODIAQUES 1 I---------------- .7 Sphere Moderne //* P APT!
K /«culmtpipM Grrv* <iu UuiiianiM 2 ZmhatpiOM Indien» a Zndiaqur* tînlhiqur» I Zndinqu«* du pHFUqoe «lu Grandi Tl'üiplr <1 Emll»" o «I»» PuFU«p»V dvTvínplr nu d £»11« O Zodiaip»«- «h» Puâ'liqn« dn G» md Tempi«’ > Dr mirra) — V Zudinqu«* ('nu uhurv À Dondrrnh .) VlaJ'i«|dtrrr <îr SrbnltA bphrrr Vubc ’d Abd'Arraluntùi Correspondances mr Les Genoux Froid - Sec Végétaux Mûrier Bouillon hure Citrouille Hellebore Animaux Lion Héron Minéraux Chalcedoine Chrysolithe Parfums Nard Domicile Planétaire Mahon Descendante Fixe 18e Dom.üoct. de Mars la lune en chute Vénus en exaltation 11 à 20°.- Inf. de la queue du Dragon.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Cette partie est ouverte aux écrivains de toutes Ecoles sans aucune distinction^ et chacun d\ux conserve la responsabilité exclusive de ses idées. L’Astral des Choses On appelle astral, en occultisme, toute relation entre le plan visible et le plan des forces invi sibles qui circulent entre les astres.
Ces forces se fixent sur les objets terrestres au moment de la conjonction ou de l’opposition de certains as tres, si bien que tout objet terrestre est en relation constante avec le reste de l’univers. A côté de ces actions,que nous pourrons appeler d’origine, de principe, les objets terrestres gar dent autour d’eux l’influence des êtres et des cho ses avec lesquels ils ont été en relation.
On peut donc dire, sans paraître anti-scientifique, que pour les occultistes les objets ont une âme, et qu’on peut classer cet astral des choses en trois parties: Io Un astral de constitution, formé par les rapports astrologique et magique et les familles d’objets., 2° Un astral de fabrication et de transformation formé par la matérialisation du cliché de l’in venteur et de l’ouvrier; c’est le rapport des objets avec l’être humain.
3° Un astral de milieu, astral acquis, formé par la réaction sur l’objet, du milieu extérieur par les habitudes de l’objet, ce qui détermine ses goûts et ses tendances.
l’astral des choses 3 L’objet devient ainsi une source d’énergie spé ciale et un générateur des clichés astraux. Revoyons une à une ces diverses divisions: Un objet qui parvient jusqu’à nous est le résul tat d’une transformation humaine de métaux, de végétaux ou de pierres. Supposons un bijou,d’une part, un couteau, d’autre part.
Le bijou a été conçu par un cerveau humain, d’après un cliché astral; ce cerveau humain a fondu l’or, gravé sur l’or l’image de sa pensée, enchâssé dans l’or les pierres précieuses corres pondant à la vue artistique du cliché, et enfin le bijou est terminé. C’est d’abord un objet neuf.
Son astral se compose uniquement des fraîches impressions reçues sous l’influence de son fabri cant et des émanations astrales planétaires, in connues du dit fabricant. Ces émanations astrales vont donner au bijou des habitudes spéciales. Il en est de même du couteau. Nous suivrons seulement le bijou pour l’instant.
Sous l’influence de Mercure, le bijou aura une tendance étonnante au changement; la jolie femme qui en aura fait l’achat aura beaucoup de peine à ne pas le perdre.Ce bijou voudra toujours, astralement, changer de propriétaire. Par contre, un autre bijou exécuté sous l’in fluence de la lune,aimera par-dessus tout le repos, la vie de famille, c’est-à-dire la vie tranquille au milieu d’une foule d’autres bijoux.
Or — il faut le dire tout bas — le séjour le plus agréable pour un bijou exécuté sous l’influence lunaire, c’est le Mont-de-Piété. Tout bijou qui a été pen4 l'initiation dant quelques mois au Mont-de-Piété, a une ten dance, fâcheuse pour son possesseur, à y retour ner le plus vite possible.
Aussi, si l’on croit faire une bonne affaire en achetant un bijou d’occasion, on en fait quelquefois une très mauvaise effecti vement, car ce bijou (et en général tout objet provenant d’une vente) introduit chez vous des tendances nouvelles qui, en s’accumulant, déter minent des clichés presque impossibles à éviter. Nous en avons un exemple dans une histoire récente.
Un romancier de valeur avait accumulé chez hii une admirable collection de gravures ef de ta bleaux du 18e siècle; tous ces objets provenaient d’achats faits chez des revendeurs et chacun d’eux avait comme astral des habitudes bohèmes. Eh bien, malgré l’amour du possesseur pour sa collection, il a été entraîné, à son insu, par le goût bohème de chacun de ces objets et il a été amené à tout mettre en vente et à tout disperser.
Cela a été'pour lui une excellente affaire d’argent: sacollectiona été vendue plus de un million alors qu’elle lui avait coûté à peine 300.000 fr. Au point de vue terrestre, matériel, c’était donc une bonne affaire; et ce qui nous intéresse, nous occultistes, c’est la cause de cette bonne affaire, et cette causeréside dans l’amour du changement qu’avait cha que objet, habitué au milieu spécial de l’anti quaire.
S’il s’agit, non plus d’un homme gagnant bien sa vie, mais d’un malheureux qui, sous une appa rence plus ou moins bien vernie, lutte en secret contre la destinée, les choses se compliquent. Tout, objet acheté d’occasion, et sans en vérifier l’astral..
l’astral des choses chez un revendeur, a une tendance fatale à la vie de bohème des objets Voici une jeune femme, petite employée, qui a garni sa modeste chambre de quelques meubles achetés au hasard des rencontres.
Or, cette em ployée ne pourra jamais rester plus de six mois, dans le même logement; elle est poussée, malgré elle, par les habitudes astrales de ses quatre meu bles qui aiment la promenade et qui, faute de retourner chez le brocanteur, poussent leur pro priétaire à jouer le rôle du juif-errant des loge ments.
Dans d’autres cas, les meubles qui ont connu une fois la douceur du changement sous l’in fluence de l’huissier, appellent cette influence de tout leur astral; et, pour avoir introduit chez lui un meuble provenant de ce genre de changement, sans le désastraliser, le malheureux artiste ne se doute pas qu’il attire en même temps le papier bleu à vignette et. toutes ses conséquences.
Ce que nous disons là paraîtra le résultat de rêveries aux profanes; mais ceux qui ont été en relations plus ou moins étroites avec les forces occultes et leur origine nous comprendront par faitement: c’est pour eux que nous écrivons. Les religions ont le sens de toutes ces’influences invisibles. Le catholique croyant, en se mettant à table, fait une prière chargée d’enlever le mau vais astral qui peut entourer les mets qu’il va absorber.
En effet, le bœuf assommé, le mouton égorgé dans l’atmosphère de terreur des abattoirs modernes, emportent autour de chacun des mor ceaux de leur corps, un astral de colère et de vengeance. L’athée, l’ignorant prétentieux qui se
6 L'INITIATION moque des religion'; sans en comprendre la haute origine, ingurgite bestialement, sans les désastraliser, ces morceaux d’animaux et fait circuler en son mental les forces dissolvantes, la haine et la colère qui entourent ses aliments. Et pourtant, les aliments ne font que passer dans la maison. Que dire d’objets mobiliers et de bijoux dont l’in fluence constante inonde de ses rayons le milieu d’habitation?
Z Il est donc utile, pour celui qui sait, de psychométrer les objets dont il veut faire son entourage, de les charmer par la prière et par l’encens, de fixer l’astral fuyant, et de réaliser pour l’objet une nouvelle famille astrale où cet objet se trouve bien.
C’est ce que fait inconsciemment l’artiste véritable qui forme son milieu d’objets de la même époque, XVIe siècle ou Empire,qui sont heu reux de se trouver ensemble, dont les formes harmoniques constituent une véritable famille astrale, ce qui incite les objets à rester toujours côte à côte.
C’est là l’origine de ces meubles de famille du même style, même rococo, qui se transmettent de génération en génération et forment le fonds d’un véritable mobilier familial. Il existe donc une médecine astrale des ob jets, médecine peu connue des profanes, capitale à connaître au contraire pour l’occultiste; et l’art de charmer les objets immatériels forme un cha pitre peu connu, et cependant très important, de toute véritable magie pratique. Papus.
La Gnose Chrétienne Un des points les plus importants dans l’his toire du christianisme primitif est l’existence dans ¡’Eglise d’une tradition secrète, d’un enseigne ment ésotérique ou gnose, destiné aux seuls initiés et distinct de la doctrine vulgaire distribuée par les écrits publics et la prédication à tous les fidè les.
L’existence d’une tradition ésotérique, d’une gnose, est niée par tous les théologiens chrétiens, qu’ils soient orthodoxes, romains ou protestants. Il est bien exact, disent-ils, que Jésus a parlé au peuple en paraboles et qu’il a donné l’expli cation de ces paroles aux apôtres en particulier; mais les apôtres, à leur tour, ne nous ont point caché ces explications.
Ils ont, comme l’assure Saint-Paul, fait connaître aux fidèles tout le des sein de Dieu. Et la tradition de l’enseignement n’a jamais pu être que publique, puisque tous les fidèles, aussi bien que le clergé, devaient la con server intacte.
Ce qui a été de tradition secrète, ajoutent-ils, ce sont les mystères ou sacrements, dont le Nouveau Testament lui-même parle très peu; mais encore cela n’était secret que pour les païens et non pour les fidèles. Les sacrements furent tenus secrets jusqu’au v° siècle, époque à laquelle, dit le cardinal Gousset, « le monde étant devenu chrétien, le secret des
8 L'INITIATION mystères a cessé d’être nécessaire ». C’est là une erreur, dirons-nous, car le jour où dans ses plus secrètes formules l’ésotérisme des mystères a été révélé aux foules, il s’est abaissé comme doc trine et s’est matérialisé comme culte. Aujour d’hui, les prêtres eux-mêmes ne comprennent plus résotérisme des rites; ils ne font que répéter des signes et des formules, sans en avoir l'intelli gence.
Cette question d’une tradition secrète dans l’Eeiise primitive ayant une très grande importance, nous pensons qu’il est bon de nous étendre un peu sur ce sujet et d’exposer quelques-unes des raisons et quelques-uns des textes des Pères de l’Eglise sur lesquels nous vous appuyons pour croire à l’existence d’une tradition secrète, d’une Gnose, dans le christianisme primitif. Saint-Paul a enseigné la Gnose.
M. Matter, le savant auteur de YHistoire du Gnosticisme fait re marquer que le mot gnose se rencontre plusieurs fois dans les diverses parties du Nouveau Tes tament, dans le sens de connaissances profondes des vérités du christianisme.
Et il cite ce texte de Saint-Paul: « Gardez le dépôt qui vous a été con fié, fuyez les profanes nouveautés et les anti thèses de cette fausse gnosis dont quelques-uns faisant profession se sont égarés dans la foi chré tienne ». D’après M. Matter, nous nous trouve rions en présence de deux gnoses en opposition, la vraie gnose chrétienne et celle que SaintPaul appelle la fausse gnosis. Dans ses épitres, saint Paul revient à chaque instant sur la sagesse mystérieuse qui lui a été
LA GNOSE CHRÉTIENNE 9 confiée comme un dépôt et qu’il confie à son tour aux hommes éprouvés. On sait qu’il ne reste que fort peu de choses des écrits des premiers écrivains apostoliques,et encore ces écrits sont-ils très discutés. Mais, arri vons, au deuxième siècle, à Clément d’Alexandrie et à son élève Origène, les deux auteurs qui nous apprennent le plus sur les mystères de l’Eglise primitive.
Clément d’Alexandrie distinguait deux degrés dans la connaissance religieuse. Le premier, élé mentaire correspondait à l’instruction préalable au baptême. Clément disait qu’il était le lait des enfants à la mamelle. Le second degré était celui de la connaissance intégrale, la gnose, qu’il appe lait la nourriture solide.
Dans un ouvrage intitulé Stromata,ouvrage que Clément d’Alexandrie définit lui-même,une « réu nion de notes gnostiques conformes à la vraie phi losophie » il dit: « Seul, le gnostique est capable de comprendre et d’expliquer le véritable sens des Ecritures. Les oracles sacrés sont clairs et lumineux pour le mystique, ténébreux pour le vulgaire...
Ni les prophètes, ni Notre Seigneur n’ont divulgué les divins mystères assez claire ment pour que le premier venu puisse les com prendre... Les saints mystères sont réservés aux élus, à ceux que leur foi a prédestinés à la con naissance...
Il ajoute: « Le Seigneur... nous a permis de communiquer ces mystères divins et cette sainte lumière à ceux qui sont capables de les recevoir. » Il n’a certes pas révélé à la masse ce qui n’appartenait pas à la masse,mais il a révélé les mystères à une minorité à laquelle il
10 l'initiation savait qu’ils appartenaient, minorité capable de les recevoir et de s’y conformer. Les choses se crètes se confient oralement et non par écrit et Dieu fait de même. Et si l’on vient me dire: « Il n’y a rien de secret qui ne doive être révélé, ni rien de caché qui ne doive être dévoilé; je répon drai, moi, qu’à celui qui écoute en se cret, les choses secrètes elles-mêmes seront •manifestées. Voilà ce que présidait cet ora cle.
A l’homme capable d’observer secrète ment ce qui lui est confié, ce qui est voilé sera montré comme vérité, ce qui est caché à la masse sera manifesté à la minorité... Les mvstères sont b divulgués sous une forme mystique, afin que lia transmission orale soit possible; mais cette trans mission sera faite moins par les mots que par leur sens caché...
Les notes que voici sont bien faibles, je le sais, comparées à cet esprit plein cle grâce, que j’ai eu le privilège de recevoir.
Du moins serviront-elles d’image qui rappellera l’ar chétype à l’homme que le Thyrse a frappé. (1) » Après s’être étendu longuement sur les sym boles Pythagoriciens, Hébreux, Egyptiens, et avoir fait observer que les personnes ignorantes et sans instruction sont incapables d’en saisir le sens, il ajoute: « Mais le gnostique comprend.
Il ne convient donc pas que tout soit indistincte ment montré à tous, ni que les bienfaits de la sa gesse soient accordés à des hommes dont Vâme n'a jamais, même en rêve, été purifiée; les mystères de la parole ne doivent pas davantage (1) Stromata, L. I. 13 — Traduction de l’Ante-Nicene library de Clarke.
LA GNOSE CHRETIENNE 11 ■être expliqués aux profanes. » Clément cite SaintPaul pour montrer que cette « connaissance n’ap partient pas à tous» et dit,en se reportant ÙYEpitre aux Hébreux (ch. V et VI), qu’ « il existait certai nement parmi, les Juifs des enseignements oraux.
Après s’être étendu sur les écrivains Grecs et avoir passé en revue la philosophie, Clément dé clare que la gnose « communiquée et révélée par le fils de Dieu, est la sagesse, or, la gnose ellemême est un dépôt qui est parvenu par trans mission à quelques hommes; elle avait été com muniquée oralement par les Apôtres. » Nous avons déjà dit que Clément divisait les chrétiens en deux catégories, ceux qui se con tentent de la foi commune, et ceux qui s’élèvent jusqu’à la gnose.
Qu’est-ce donc, au juste, que le gnostique chrétien? Clément en a tracé en plu sieurs endroits des Stromata, notamment au VII0 (10-14) un portrait idéal ou il est aisé de relever deux traits principaux.
D’abord le gnostique a une connaissance et comme une intuition des véri tés que fait admettre la foi sans en révéler le con tenu: il a l’intelligence de Dieu et des choses divi nes en général, de l’homme, de sa nature, de l’univers et de son origine; les « grands mystères » dont les petits ne sont qu’une préparation, lui sont révélés.
Puis le gnostique mène une vie par faite, caractérisée par la pratique de deux vertus, l’une stoïcienne, l’autre chrétienne. Il appelle la première: l’insensibilité; le gnostique a déraciné en lui toute passion tout désir, tout le sensible de sa nature; aussi, n’a-t-il que faire des vertus infé rieures nécessaires pour la lutte; il est inébranla ble aux événements et inaccessible aux émotions.
12 l’initiation La seconde vertu est la charité: elle est comme le principe qui dirige et féconde toute la vie du gnostique. Il termine en disant: « Que l’exemple ici donné suffise à qui sait entendre. Car il n’est pas désirable de dévoiler le mystère, mais seu lement de donner à ceux qui savent, les indica tions suffisantes pour leur rappeler ». Origène, disciple de Clément d'Alexandrie,vient à son tour nous apporter son témoignage.
Dans son Contra-Celsum, répondant à Celse qui avait dit du christianisme qu’il était un système secret, il déclare que si certaines cToctrines sont secrètes, bien d’autres sont publiques et que ce système d’enseignement exotérique et ésotérique, adopté par les chrétiens, était répandu même parmi les philosophes: « Notre doctrine, dit-il, est si éloi gnée de ne vouloii pas de sages parmi ses fidèles que, pour exercer l’esprit de ceux qui l’embras sent, elle se cache tantôt sous des expressions obs cures et énigmatiques,tantôt sous des paraboles et sous des emblèmes. , , Jésus propose des para boles à la foule de ses auditeurs, ne jugeant pas ceux du dehors dignes d’autre chose que de ces instructions extérieures; mais qu’étant en parti culier il explique tout à ses disciples, comme étant les légitimes héritiers de la sagesse ».
Parmi les sages, il y a plusieurs ordres: l’un composéd’initiés qui ne le sont que depuis peu et qui n’ont pas encore reçu le symbole de leur purifica tion; puis ceux qui ont donné toutes les preuves nécessaires de fidélité à la foi chrétienne. Origène ajoute qu’une sélection est encore opérée parmi ceux-ci: « C’est entre ces derniers, dit-il, que l’on en choisit quelques-uns pour avoir le soin d’exami
LA GNOSE CHRÉTIENNE 13 ner la vie et les mœurs de ceux que souhaitent être admis dans l’assemblée. Il y a une différence, dit-il, entre présenter à des âmes inférieures les remèdes dont elles ont besoin et appeler les esprits bien sains à la connaissance et à la médi tation des choses divines. Comme nous savons dis tinguer l’un d’avec l’autre, nous exhortons d’abord tous les hommes à venir chercher leur guérison dans notre doctrine..
Mais quand nous voyons que ceux à qui nous nous sommes adressés ont fait leur profit de nos exhortations et qu’ils tâchent sérieusement de réformer leur vie, c’est alors que nous les initions à nos mystères ».
Origène déclare que l’Eglise conserve les ensei gnements secrets de Jésus; il invoque, en termes précis, les explications données par Jésus à ses disciples, dans ses paraboles: « Je n’ai pas encore parlé de l’observance de tout ce qui est écrit dans les Evangiles, car chacun d'eux contient de nom breuses doctrines difficiles à comprendre, non seulement pour la masse, mais aussi pour certains esprits plus intelligents; par exemple une expli cation très profonde des paraboles adressées par Jésus à ceux du dehors, paraboles dont-il réser vait l’interprétation complète aux hommes qui avaient dépassé le stage de l'enseignement exotérique et qui venaient vers lui en particulier, dans la maison. » Après avoir cité quelques exemples, Origène raconte l’histoire de la Tour de Babel et pour suit en ces termes: « Il y aurait, et cela au point de vue mystique, beaucoup à dire sur ces ques tions. Nous citerons, à ce propos, le passage sui vant de Tobie XII-7: Il est bon de garder le secret
14 L’’INITIATION d'un roi, afin que la doctrine de la descente des âmes dans les corps, ne soit livrée aux esprits vulgaires...
Il suffit de représenter, dans le style d’un récit historique, ce qui est destiné à offrir, sous le voile de l’histoire, un sens secret, afin que ceux qui en sont capables, parviennent euxmêmes à s’assimiler tout ce qui a trait à la ques tion. » Assurément, dit-il, l’Evangile est une aide pour les ignorants; néanmoins l’éducation, l’étude des meilleurs auteurs et la sagesse, sont non pas un obstacle, mais un secours pour l’homme qui désire connaître Dieu ».
Quant aux inintelli gents, « je m’efforce, eux aussi, de les former de mon mieux, malgré mon désir de ne pas faire entrer dans la communauté chrétienne d’éléments semblables, car je recherche de préférence les esprits les plus cultivés et plus capables, parce qu’ils sont à même de saisir le sens des paroles obscures. » Impossible de mieux dire que si le Christia nisme est ouvert aux ignorants, il ne leur est pas entièrement réservé; pour les esprits « cultivés et plus capables » il y a des enseignements plus profonds.
De nombreux chapitres d’Origène sont consa crés aux significations allégoriques et mystiques de l’Ancien et du Nouveau Testament. On sait comment il comprend l’interprétation des Ecri tures. Elles ont un « corps », c’est-à-dire « le sens ordinaire et historique », une « âme », sens figuré qui peut être saisi intellectuellement, enfin un « esprit », sens intérieur et divin que peuvent -seuls connaître les initiés.
LA GNOSE CHRÉTIENNE 15 Nous pourrions encore apporter le témoignage de nombreux Pères de l’Eglise, entre autres saint Polycarpe qui, dans un épître aux Philippiens leur dit « qu’ils ne pourront atteindre la haute philo sophie du saint et glorieux Paul que par la médi tation... qu’en ce qui le concerne, lui, il n’a pas encore l’avantage de connaître le sens caché des Ecritures » et saint Denys l’Aéropagite qui ensei gna que l’esprit de la religion du Christ réside dans la connaissance des mystères sacrés et dans l’illumination.
L’initiation chrétienne comprenait trois grands degrés: la purification, l’illumination et la perfection. Tout cela n’a pas échappé à un théologien mo derne, le cardinal Newmann, dans Arians of the Fourth Century (les Ariens du rv° siècle). Il admet bien l’existence d’unt. tradition secrète remontant aux Apôtres, mais croit qu’elle consistait en doc trines divulguées plus tard, dans les Credos des premiers Conciles.
Cette thèse est insoutenable, car les doctrines des Credos se trouvent clairement énoncées dans les Evangiles et les Epîtres, et avaient, par conséquent, toutes été antérieurement divulguées.
Le Cardinal s’exprime en ces termes, au sujet d’Irénée, qui insiste beaucoup dans Contre les Hérésies, sur une tradition secrète dans l’Eglise: « Il est bien certain qu’une tradition secrète a dû exister, en admettant que les Apôtres causas sent et que leurs amis eussent comme tant d’au tres de la mémoire... il semble entre autres, avoir existé dans l’Eglise. une interprétation tradition nelle des types historiques, interprétation remon tant aux Apôtres,mais reléguées parmiles doctrines
16 l'initiation secrètes, comme étant dangereuse pour la majo rité des auditeurs.
A coup sûr, Saint-Paul dans l’Epître aux Hébreux, nous, donne un exemple d’une tradition semblable et nous montre à la fois son existence et son caractère secret (malgré son origine juive bien caractérisée), lorsque après avoir interrompu ses explications et mis en doute la foi de ses frères, il leur communique, non sans hésitation, le sens secret du récit concernant Melchissédec, tel qu’il est donné dans la Genèse. (1) » Il y a bien d’autres traces, dans les écrits des Pères de l’Eglise, d’un enseignement ésotérique.
Si, dans l’Eglise Occidentale, la tradition disparut dans la mêlée orageuse et les convulsions sociales et politiques qui marquèrent la fin de l’empire romain, ellexse conserva en Orient assez long temps, pour que les Croisés, partis en guerre contre les Musulmans, pour la défense du Christ et de la ville sainte, puissent recueillir ce précieux héritage et revenir dans leur patrie, riches de leurs études et de leurs travaux, et les faire par venir jusqu’à nous par le moyen des Sociétés Secrètes: l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, lesTempliers, les Troubadours Albigeois, les RoseCroix, les Illuminés et les Francs-Maçons. Jean II Bricaud, Patriarche de VEglise Gnostique Universelle. (1) Ch. I. Section III, page 62.
Des Plantes JWacjiques La Ciguë (Coniam Maculatum) ...Mais, allons, Criton, obéissons-lui de bonne grâce, et qu’on m'apporte le poison, s'il est broyé, sinon qu’il le broie lui-même. (Platon Phédon) La grande ciguë officinale.
C onium maculatum connu sous le nom vulgaire de ciguë tachetée, cocuasse,Qxi languedocien JflO2z6er/flssÆ,c’esLà-dire (mauvais persil) est très répandue en Europe sur tout dans les contrées méridionales, en Espagne, en France, en Italie, en Grèce. Elle croît de pré férence dans le voisinage des villages, dans les cimetières, les jardins incultes et les décombres un peu frais. La ciguë des contrées méridionales sèche est plus active.
Elle répand quand on la froisse une odeur nauséeuse comparable à celle de l’urine de chat, son alcaloïde la conicine ou cicutine est doué de propriétés toxiques très ac tives. On emploie surtout les feuilles, les raci nes et quelquefois les semences.
Les diverses par ties de la ciguë sont de puissants narcotiques,elles ont des propriétés anodines, antispasmodiques et désobstruantes; on les emploie contre les engorge ment chroniques du foie, le rhumatisme,la syphi lis, les affections névralgiques, maladies des ■bronches phtisie, contre les douleurs cancéreuses,
18 l'initiation etc. La température et la position géographique des pays exercent comme nous l’avons dit,une très grande .influence sur la propriété médicale des végétaux qui y croissent naturellement. Cette influence se fait sentir évidemment pour la grande ciguë.
En effet, tandis que dans les régions mé ridionales de l’Europe, en Grèce, par exemple les propriétés de la ciguë sont très développées, et que cette plante est un véritable poison, nous voyons qu’en Angleterre et en Allemagne, et en général dans le nord de l’Europe, ses propriétés s’affaiblissent à tel point que, suivant quelques auteurs,les gens de la campagne mangent ses feuilles, sans en éprouver aucun accident.
Linné, assure qu’en Suède tous les bestiaux s’en nourrissent et que les vaches en sont très friandes tandis que dans le Midi seule la chèvre la broute. Avant l’emploi de la conicine on em ployait ordinairement la poudre de feuilles ré cemment desséchées.
On doit commencer par des doses extrêmement petites, que l’on augmente ensuite graduellement, on emploi également les feuilles fraîches en cataplasme, nous donnerons plus loin quelques recettes sur l’emploi de la ciguë La pharmacopée du xviT et xvnr siècle nous vante la ciguë dans ses préparations diverses comme fort résolutive, propre pour les schirres, pour les loupes naissantes, pour les duretez, de la ratte, du foye, du mésentere, étant appliqué sur la tumeur.
On en fait entrer dans les coms k positions de plusieurs onguens: on ne doit point, s’en servir intérieurement parce qu’elle cause des stupeurs,trouble l’entendement et offusque la vueI LES PLANTES MAGIQUES 19' comme disait le célèbre chirurgien Ambroise Paré.
Les Antidotes sont le café fort, le tannin, (lesacides,le vinaigre, le lait sont incompatibles avec la ciguë et la conicine.) Raspail préconise l’eau sédative avalée d’ins tant en instant dans les cas d’empoisonnement par la ciguë, la belladone, le datura, et tous les poisons végétaux.
Sédir nous dit que (la ciguë est froide, sèche et assez humide; ses signatures sont: le Scorpion, ou le verseau; Saturne; il faut la cueillir quand Saturne est joint au Soleil, alors elle est antiaphrodisiaque, son eau guérit les rhumatismes et empêche la trop grande croissance des seins. Vénéneux, le suc mêlé à de la lie de vin plonge les oiseaux en léthargie). L’histoire de la ciguë remonte à la plus haute antiquité.
C’est avec son suc que l’on préparait le breuvage qui servit à donner la mort à tant de condamnés innocents ou coupables. La plus célè bre victime, dont l’histoire fait mention est So crate poursuivi par la haine d’Anytus.
Voici le récit de Platon décrivant cette émouvante scène: « Mais je pense Socrate, lui dit Griton, que le soleil est encore sur les montagnes, et qu’il n’est pas couché; et je sais que beaucoup d’autres n’ont bu le poison que longtemps après que l’or dre leur en a été donné; qu’ils ont mangé et bu à leur gré, et que quelques-uns même ont pu jouir de leurs amours: c’est pourquoi, ne te presse pas, tu as encore du temps.
•20 L'INITIATION pour ne pas le faire; car la seule chose que je crois gagner en buvant un peu plus tard, c’est de me rendre ridicule à moi-même, en me trou vant si amoureux de la vie, que je veuille l’épar gner lorsqu’il n’y en a plus. Ainsi donc, mon cher Griton, fais ce que je te dis, et ne me tour mente pas davantage. Là-dessus, Criton fit signe à l’esclave qui se tenait tout auprès.
L’esclave sortit et après être resté quelques temps, il revint avec celui qui devait donner le poison, et qui le portait tout broyé dans une coupe, Socrate, le voyant entrer: Fort bien, mon ami, lui dit-il; mais que faut-il que je fasse? car c’est à toi de m’en instruire. « Rien autre chose, lui dit cet homme,sinon, quand tu auras bu, de te promener jusqu’à ce que tu sentes tes jambes appesanties, et alors de te coucher sur ton lit.
Et en même temps, il lui tendit la coupe. Socrate la prit, Echécrate, avec le plus grand calme, sans aucune émotion, sans changer de couleur ni de visage; mais regardant cet homme d’un œil ferme et assuré comme à son ordinaire; dis-moi, est-il permis de faire une liba tion avec un peu de ce breuvage? Socrate, lui répondit cet homme, nous n’en broyons qu’autant qu’il faut qu’on en boive.
J’entends, dit Socrate; mais au moins il est permis et il est juste de faire ses prières aux Dieux, afin qu’ils bénissent notre voyage et qu’ils le rendent heureux; c’est ce que je leur demande; qu’ils exaucent mon vœu! Après avoir dit cela, il porta la coupe à ses lèvres, et la but avec une tranquillité et une douceur merveilleuses. « Jusque-là nous avions eu presque tous la
LES PLANTES MAGIQUES 2i force de retenir nos larmes; mais, en le voyant boire, et après qu’il eût bu, nous n’en fûmes plus les maîtres. Pour moi mes larmes s’échap pèrent avec abondance, et malgré tous mes efforts, il fallut que je me couvrisse de mon man teau pour pleurer en liberté sur moi-même; car ce n’était pas le malheur de Socrate que je pleu rais, mais le mien, en pensant quel ami j’allais perdre.
Criton, avant moi, n’avait pu retenir ses larmes, et était sorti, et Apollodore, qui n’avait presque pas cessé de pleurer auparavant, se mit alors à crier, à hurler, et à sangloter de telle sorte qu'il n’y eût personne à qui il ne fit fendre le cœur, excepté Socrate. — Que faites-vous, mes amis, nous dit-il?
N’était-ce pas pour cela que j’avais renvoyé les femmes, de peur de ces fai blesses inconvenantes, car j’ai toujours ouï dire qu’il faut mourir avec de bonnes paroles? Tenezvous donc en repos, et témoignez plus de fer meté. — Ces paroles nous remplirent de confu sion, et nous retînmes nos pleurs. « Cependant Socrate qui se promenait, dit qu’il sentait ses jambes s’appesantir, et il se coucha sur le dos, comme l’homme l’avait ordonné.
En même temps, ce même homme qui lui avait donné le poison, s’approcha, et après avoir examiné un moment ses pieds et ses jambes, il lui serra le pied avec force, et lui demanda s’il le sentait; il dit que non, il lui serra ensuite les jam bes, et portant ses mains plus haut, il nous fit voir que le corps se glaçait et se roidissait; et le touchant lui-même,il nous dit que dès que le froid gagnerait le Cœur, alors Socrate, nous quitterait. Déjà tout le bas-ventre était glacé; et alors se
22 l'initiation découvrant, car il était couvert: Criton dit-il, et ce furent ses dernières paroles: Nous devons un coq à Esculape, (1) n’oublie pas d’acquitter cette dette. « Cela sera fait, répondit Criton, mais vois si tu as encore quelques choses à nous dire. « Il ne répondit rien, et peu de temps après il fit un mouvement. L’homme alors l'ayant décou vert tout à fait, ses regards étaient fixes; Criton, voyant cela, lui ferma la bouche et les yeux. « Voilà, Echécrate, quelle fut la fin de notre ami, de l’homme, nous pouvons le d re, qui a été le meilleur des hommes que nous avons connus de notre temps, le plus sage d’ailleurs et le plus juste des hommes. » Si le peuple athénien, dans une h< lire d’impar donnable folie, a fait périr Socrate • ir le poison et s’il a choisie la ciguë comme arme juridique, c’est qu’elle tuait sans provoquer de- convulsions et n’altérait, pas les lignes sacrée • de la forme humaine; jusque dans la mort, la Grèce respectait la beauté de la vie. Après le célèbre philosophe vint le tour de Théramène, son disciple, l’un des trente tyrans qui gouvernaient Athènes. Après avoir joué un rôle important comme général, magistrat et orateur, il fut condamné à mort et but la ciguë, dit Cicé ron, comme s’il eût satisfait sa soif; puis présa geant en quelque sorte la mort de son accusateur, il dit en souriant « Ja passe la coupe au beau Crétias. » Ce n’est pas seulement en C-rèce que la ciguë (1) C’était un sacrifice d’actions de grâces au dieu de la Médecine,qui ledélivrait par la mort de tous lesmauxdelavie.
LES PLANTES MAGIQUES 23 était employée comme poison.
Strabon nous ap prend que les Espagnols préparaient avec une herbe semblable au persil, et qui n’est autre que la ciguë, un poison qu’ils avaient toujours sous la main, pour les moments critiques. Dans la cité phocéenne de Massillia d’après Valère Maxime, on conservait publiquement, un breuvage à base de ciguë que l'on délivrait à ceux qui obtenaient du Sénat la faveur de mourir.
Le même auteur ajoute que cette coutume ne lui paraît pas avoir pris naissance dans la Gaule, et il pense qu’elle fut apportée dans la colonie grecque de Marseille par les Phocéens. Cet usage, Valère Maxime le re trouve dans l’île de Céos où les vieillards ayant dépassé la soixantaine et jugés inutiles à la patrie quittaient ordinairement la vie en prenant du poison.
Sénèque ayant reçu de son ancien élève l’ordre de mourir, s’ouvrit les veines des quatre membres. La vie s’écoulait trop lentement de ces nombreuses sources; le centurion était impatient.
Alors le philosophe s’adressant à son médecin, dont il connaissait de longue date son amitié pour lui et son habileté dans l’art qu’il pratiquait le pria de lui donner ce poison « par lequel on faisait périr à Athènes ceux qu’un jugement public avait condamnés ».Mais il but en vain, dit l'historien parce que ses membres étaient déjà glacés et son corps fermé à la violence du poi son; il se fit alors transporter dans une étuve, dont la vapeur l’étouffa.
Juvénal reproche à l’ingrate Athènes de n’avoir su offrir à ses grands citoyens que la froide ciguë: Galien cite une vieille femme de l’Attique qui était parvenue, par l’habitude et par une grada24 l'initiation tion Tente dans la quantité à manger impunément de la ciguë.Mithridate offre un exemple bien plus célèbre de cette immunité acquise. (1) Diogène Laërce, le biographe du philosophe, Diodore de Sicile, Tertulien, Saint-Jeu Chrysostome se rencontre pour déclarer que c'est bien le suc de la ciguë qui a été donné au philosophe dans la coupe de Théramène, l’un des trente tyrans (dont Socrate avait présenté la défense), but le poison qui lui fut administré.
Théramène, au temps de sa toute-puissance, avait décrété trois genres de peines légales; le pal, la ciguë, et l’exil; il ne prévoyait pas qu'il serait la première victime, tout au moins la première, victime notoire du supplice qu'il avait imaginé. Polémarque fut la seconde victime des Trente; Phédon indique que beaucoup d'autres avant le philosophe Athénien avait péri par la ciguë.
Longtemps après le renversement de la républi que grecque, la mort par la ciguë était encore pratiquée chez les Romains: Steger cite en preuve le martyre de Saint-Justin.
L’opinion la plus acceptée est que Saint-Justin,le célèbre apologiste du christianisme persécuté, qui avait abjuré les erreurs de la philosophie payenne, sans en aban donner l’habit et le caractère, mourut décapité à Rome, avec plusieurs compagnons, sous le règne de Marc-Aurèle.
Néanmoins, écrit le professeur Imbert-Goubeyre, « il est une version que je ne dois pas négliger dans ce mémoire historique surla ciguë, et que les Bollandistes ont insérée dans leurs savantes recherches: l’empereur, qui tint à (1) L. Duclos. Les Plantes Vénéneuses.
LES PLANTES MAGIQUES 25 honneur de mettre le manteau de philosophe sur la pourpre romaine, aurait voulu, par respect pour l’habit que portait le chrétien condamné, le faire mourir en secret et non en public, et il aurait choisi pour cela, non la hache du botirreau mais lo breuvage qu’avait bu le prince des philo sophe. (1) Saint-Jean-Chysostome dit que la mort par la ciguë était une mort plus douce que le sommeil, sommo suavior.
Tertullien, la compa rant aux supplices endurés par les martyres, trai tait la mort do Socrate de simple jeu, en regard des morts horribles dues au génie inventif de la cruauté païenne.
Xénophon, dans son apologie de Socrate, dit aussi que la mort par la ciguë est « le plus facile des supplices. » Certains condamnés étaient obligés de boire deux ou trois fois de suite la potion de ciguë pour mourir: question, sans doute, de résistance organique, de constitution individuelle. Ceux qui mouraient par la ciguë n’avalaient le poison qu'après le coucher du soleil, à la suite d’un bon repas.
Le bourreau fournissait lui-même la ciguë aux victimes et la leur faisait payer. Plutarque (Vie de Phocion. chap. XLI) rapporte à ce propos: « Quand tous ses compagnons de mort eurent bu le poison, il n’en resta plus pour Phocion,et l’exécuteur déclara qu’il n’en broierait point d’autres, qu’on ne lui eût donné douze drachmes (10 fr. 75), qui étaient le prix de chaque dose.
Comme cette difficulté prenait du temps, Phocion, appelant un de ses amis lui dit: « Puis- (1) Cabanes. — Les Indiscrétions de l’Histoirc (3e Série)
26 l'initiation qu’on ne peut mourir gratis à Athènes, je te prie de donner à cet homme l’argent qu’il de mande. » On a prétendu nous dit le Dr Gabanès que la plante vireuse était broyée et mélangée à du vin.
C’est d’autant moins probable que le vin était considérée comme un contre-poison de la ciguë: l’on est allé jusqu’à dire que les incorrigibles bu veurs ne mâchaient de la ciguë, que pour se donner le prétexte d*absorber de grandes quanti tés de leur boisson préférée.
Mais Pline, qui conte l’histoire, ne peut être toujours crû sur parole, et nous croyons, malgré tout qu’en réalité la ciguë constituait l’élément unique du poison judiciaire des Athéniens. D’après les expériences d’Arétée, de Pline et le témoignage de saint Jérôme, qui assure que les prêtres égyptiens se rendaient impuissant aux excitations sexuelles, en buvant progressivement et journellement une décoction de la plante.
De puis Hippocrate jusqu’à Avicenne, la ciguë a d’ailleurs, toujours passé pour un aphrodisiaque. Ajoutons que du temps de Perse — ainsi qu’en témoignent certains vers du poète satirique — il était de croyance générale à Rome que la ciguë était un excellent fébrifuge. Or, Perse était l’ami des célèbres médecins Musa et Gratérus, et par eux il était bien renseigné sur tout ce qui tou chait à la médecine.
« L’expérimentation mo derne (nous dit encore le Dr Cabanès qui nous a fourni la plupart des documents pour cet article.) ne démentant pas le récit de Platon, il est inexact de prétendre que celui-ci a fait œuvre de rhé teur. C’est plus qu’un récit d’historien,nous pour
LES PLANTES MAGIQUES 27 rions presque dire que c’est une observation de clinicien, puisque en le suivant pas à pas, mais en l’interprétant en homme de science, nous n’a vons pu qu’en confirmer la scrupuleuse véracité.
Voici d’après Sédir une recette sur la « Prépa ration de l’extrait de ciguë. — Prenez de la ciguë récente (tiges et feuilles) autant que vous vou drez; exprimez-en le suc, faites-le évaporer à un feu très doux, dans un vase de terre, en le re muant de temps en temps pour l’empêcher de brûler; faites-le cuire jusqu’à consistance d’ex trait épais, ajoutez-y une suffisante quantité de poudre de ciguë pour en faire une masse, dont vous formerez des pilules de deux grains...
« Si au défaut de la ciguë verte, on fait un extrait avec la décoction de la plante sèche,nette prépara tion a bien moins de vertu que la précédente ».(1) On doit commencer la médication par très petites doses, que l’on peut augmenter jusqu’à un gros et demi. Aussitôt après l’ingestion faire prendre du thé, ou du bouillon de veau, ou de l’infusion de fleur de sureau.
On peut employer les feuilles de ciguë, sèches et coupées, dans un sachet que l’on trempe quelques minutes dans l’eau bouillante; on presse légèrement et on applique le sachet en core chaud.
Ces préparations sont fondantes réso lutives et calmantes. » Cet auteur rapporte encore que « Le Conseiller d’Eckartshausen, qui vivait à la fin du xvm° siè cle donne la formule suivante pour avoir des apparitions: boulettes composées de ciguë, de jus qu iame, de safran, d’aloès, d’opium, de Man- (1) Ant. Storck. - Observations Nouvelles surlTsagede la Ciguë. - Vienne et Paris, 1162.
28 l'initiation dragore, de pavot, d’Assa-fœtida et de persil, des séchées et brûlées. Nynauld Lycanthroyie (1) dit encore « Pour voir des choses étranges, racine de bruyère, suc de ciguë, de jusquiame et semence de pavot noir. » (sur les formules de parfums.) La ciguë paraît aussi avoir été employée par les empoisonneurs du temps de la Voisin.
Celle-ci qui avait disputé en Sorbonne avec des savants docteurs, connais sait bien l’histoire grecque, et savait les circons tances de la mort de Socrate.
Peut-être cherchaitelle à reconstituer le poison judiciaire des Athé niens, lorsquelle faisait cette étrange manipula tion: « On pilait l’herbe, on en exprimait le suc, que l’on mettait dans un rnatras avec du mercure et du vif-argent mais tout cela s’en allait. » (/nterrogatoire de la Bosse 16 janvier 1679.) Il ne semble pas, en effet, que cette opération ait réussi; mais ce récit montre bien que les criminels pou vaient, en toute connaissance de cause, employer la ciguë, et on peut penser que ce poison fit des. victimes, tout comme l’arsenic et l’opium. G. B. <
11 PROPOS DE Ii’MWlÎE Mon Cher Directeur, Permettez-moi d'apporter quelques notes com plémentaires à votre remarquable article sur « La Carte de V Atlantide et la Tradition ésotérique ».
Nous les ajouterons, si vous le voulez bien, au chapitre de la « Preuve des rapports entre les Egyptiens et les Atlantes » et sommes persuadés qu’après leur lecture, aucun doute ne pourra per sister dans l’esprit du lecteur, même le plus rebelle à nos conceptions.
Ces notes sont empruntées au beau et sincère travail déjà cité par vous de M. l’abbé de Bras seur de Bourbourg, membre de la Commission scientifique du Mexique, édité, en un superbe in-folio orné de planches remarquables, par l’édi teur Arthus Bertrand 1866. Il porte pour titre: « Recherches sur les ruines de Palangué et les Origines de la Civilisation Mexicaine ».
Nou trouvons dans ce livre d’abord une rela tion exotérique de la Genèse expliquée par le livre sacrée des Quichés, relation empruntée à YHistoria Gen. de las Cosas de la Nueva Espana. Introduction al lib. primero de Sahagun. Comme dans la relation exotérique du Sepher, Bereshit, tradition empruntée vous le savez, « à la voix du passé des doubles demeures de vie » (Per Ank)
30 L'INITIATION des sanctuaires d’Egypte, nous trouvons, dans le livre sacré des Quichés, un paradis terrestre qui portait le nom de Tonacatepelt ou « montagne de la Vie ou de la Substance ». Ce jardin dans lequel se trouvait un arbre merveilleux portant des fleurs divines, était gardé par les quatre ani maux symboliques.
Là, vivaient l’Adam des Quichés: Tonacateuctle et sa femme: Tonacacihualt dont les noms signi fient « Maîtres de la Substance ou de la Vie »: Ce fut le Dieu créateur Quetzalcohualt qui plaça les Maîtres (mâles et femelles) de la Vie dans ce jardin.
Sept génies devaient tour à tour l’ha biter (et nous y retrouvons nos sept périodes cos miques) mais Xochiquetzal un de ces sept génies, mû par la curiosité et le désir, arracha une fleur du fameux arbre appelé: Xochitl-Icacan et, aus sitôt, un fleuve de sang s’échappa de cet arbre. Il est également question du déluge, dans les livres sacrés des Quiches: Vous l’avez indiqué,, du reste, mais c’est le Serpent qui fut cause de ce déluge.
L’abbé Brasseur de Bourbourg, écrit page 57: « C’est Gucumatz (dont le nom signifie: « Serpent Uni) qui n’est autre que Guetzalco- « huait — qui est l'image de l'inondation, car « il « est celui qui s'élève au-dessus de tout Tepeu « comme les eaux mugissantes; il est « le cœur ou « le centre des lacs et des mers », « le Maître ver- « dopant du planisphères de la surface azurée » <' représenté (ce planisphère) par l’hiéroglyphe « d’une terrine verte formé d’une demi-calebasse « ah-raxa-lak, ah-raxa-tzel » « il est sur l'eau « comme une lumière mouvante ». (Préambule du Popol-Vuh).
A PROPOS DE L’ATLANTIDE 31 Passage curieux a comparer avec « L'Eprit pla nant sur les Eaux » de Moïse.
« C’est le même que (Gucumatz, le Serpent) « qui est « le conducteur des eaux » car il « excite l’inondation, au nom de Hurakan, — « autre personnification de Quetzal... en sa qua- « lité de marche des vents et des tempêtes; il est « le « souffle qu anime le monde », rendu sous le « nom mexicain d’Echecalt, comme l'Horus Egyp te tien dont-il a tous les symboles et dont nul « égyptologue de bonne foi ne saurait nier l'iden- « tité.
Et l’abbé de Bourbourg ajoute: « Les mythes de l’Egypte et de l’Amérique ont « trop de ressemblance pour qu’on puisse dire « que cette ressemblance est purement acciden- « telle; il faudra bien qu’on finisse par compa- « rer les deux histoires, si l’on veut arriver à une « solution satisfaisante des énigmes que présente « surtout celle de l’Egypte.
Pour nous, nous chér it chons les Vérités historiques partout et bous les « proclamons sans ambages et sans respect hu it main chaque fois que nous croyons en .saisir un « lambeau. Que les autres en fassent autant. » Digne langage de savant! Ajoutons encore comme preuve des rapports des Atlantes (Nahuas Mexicains) et des Egyp tiens, divers symboles que nous révèle l’hiérogly phique des ancêtres des Aztèques.
C’est ainsi que nous trouvons dans l’ouvrage de M. l’abbé de Bourbourg (planche 13. Figure 3) un dieu portant un pectoral, au centre duquel est gravé le tau mystique, ou la croix en T. A la planche 16, figure 4 de la 2e partie de la planche) une autre
32 l'initiation divinité porte sur la poitrine un pectoral ou (figure 4 de la 2e partie de la planche) une autre trouvons encore le tau mystique sur un pectoral, planche 17. Ajoutons que ces sculptures, en basrelief sont d’un fini remarquable et d’une ligne superbe. Planche 21 et 22, les Hiéroglyphes 4. 43,45 et 61 représentent encore le tau mystique,preuves irré futables de l’importance de ce symbole.
La planche 25 (remarquable entre toutes) re présente une divinité portant sur la tête le pschent ou diadème royal égyptien (1). De chaque côté du pschent nous retrouvons les deux cornes de tau reau, du dieu égyptien Amon-Ra et enfin sur la poitrine de cette divinité, en guise de pectoral, Vhiéroglyphe même de Amon-Ra: (Amen) un mur orné de créneau!
Nous retrouvons encore des croix en tau ou à. quatre branches dans les hiéroglyphes 1 ligne 6, et 2 Jigne 6 de la planche 34. Citons à la planche 54: Un globe ailé qui est absolument semblable au globe ailé des Egyp tiens. Planche 53, nous remarquons des prêtres fai sant des libations de la même manière que les uebou (ou prêtres des libations) égyptiens.
L’Eau êlle-même qui sort des amphores imite à s’y mé prendre l’hiéroglyphique de l’eau chez les Egyp tiens (noun): une ligne brisée. Concluons, en citant les hiéroglyphes 10 de la ligne 2, et 8 de la ligne 3 qui représentent des A éléphants. (1) Et plus spécialement I’Atef Conique (Couronne blanche des rois de la Htc-Egypte.)
A PROPOS DE L’ATLANTIDE 33 Or, nul n’ignore qu’il n'existe pas un seul éléphant en Amérique! On ne trouve ces pachydermes qu’en Asie ou en Afrique. Si lés ancêtres des Aztèques avaient été autochtones, comment auraient-ils connu les éléphants?
Tout prouve donc que les ruines de Palanqué nous mettent en présence des restes d’une colonie Atlante et que les prophètes (Nuter hen) égyp tiens qui enseignèrent à Solon qu’une île im mense existait au sein de l’Atlantique entre le Mexique et l’Afrique étaient non seulement d’ac cord avec la tradition occulte mais encore avec l'histoire écrite en caractères indélébiles sur les ruines imposantes des Monuments des grandes civilisations disparues.
Léon Combes. APPENDICE à "La Carte de l’Atlantide et la Tradition Exotérique” Initiation Juillet Je me permets, un peu tard il est vrai, d’appor0 ter une nouvelle preuve à la savante étude de notre cher directeur Initiation juillet 1911 page 17) touchant les rapports entre les Egyptiens et les Atlantes.
J’ai été amené à étudier d’une façon toute particulière un hiéroglyphe extrêmement répandu dans l’antiquité, que l’on appelle le swatiska hindou, symbole solaire que nous
34 l'initiation retrouvons comme je le démontrerai dans un© prochaine étude — chez tous les peuples de l’Asie et notamment ceux appartenant à la race aryenne.
Or nulle part, jusqu’ici, on n’a retrouvé le swatiska, (excessivement répandu je le répète chez tous les peuples asiatiques et aryens,) parmi les hiéroglyphes Egyptiens et les hiéroglyphes des Anciens peuples du Mexique: Nahuas, Quichés, etc. Absence totale de cet hiéroglyphe chez ces deux peuples, l’hiéroglyphe si commun ce pendant parmi toutes les autres nations et la simi litude d’autres hiéroglyphes chez ces deux peu ples, similitude que l’on ne trouve que chez eux, (tel le d’Amon-Ra) ne prouvent-elles pas qu’il y a des points de contact fort curieux à rechercher et à étudier entre les Atlantes et les Egyptiens? Léon Combes.
Volonté A l’Ami Combes, (Réponse à l’artiele du même nom paru au K* 11) Dans son intéressant article sur « Ea Volonté n — tout ce qui fait penser est intéressant — M. Guymiot semble — qu’on nous passe le mot — obsédé par l'idée de chercher pour l’intelligence un point d’appui dans la volonté, et par suite, de ne faire apparaître celle-là dans le monde qu’après celle-ci; de même qu’en dynamique une force, avant de recevoir une direction doit avoir un point d’appui.
Malheureusement l’analogie est loin d’être vérifiable, sans compter que rien n’empêche d’en dire autant pour la volonté, quitte à se heurter au principe, insoluble, de causalité. — Ce que l’on peut affirmer, c’est que la volonté ne se montre à nous que comme auxiliaire de l’intelligence. Laquelle des deux a pris le pas sur l’autre? C’est ce que nous nous demanderons probablement encore longtemps.
Mais puisque nous sommes de loisir, nous pouvons bien don ner nos impressions sur le sujet. Avant le Logos que pense l’univers, rappelle M.Guymiot: il y a la volonté qui le fait penser: Qu’est-ce qu’une volonté qui fait penser sinon
36 l'initiation une volonté intelligente? Le cercle est là, il n’y a pas moyen d’en sortir. Kant a dit: « La volonté est la causalité des êtres vivants en tant que raisonnables ». C’est-à-dire que, pour lui, il n’y a pas de volonté sans intel ligence. L’un est l’aveugle, l’autre le paralytique.
Plus loin, M. Guyiniot définit la volition: « la force par laquelle nous agissons. » Il serait peutêtre plus exact de dire: « la détermination que nous prenons, la cause bien entendue, d’agir. » Après cela il n’est pas certain que les difficultés ne nous arrêteront pas. Il y a encore loin du con vaincu au pratiquant. C’est seulement un premier pas vers l’action. Et la définition paraît au.moins manquer de précision.
Quant à dire de la volonté qu’elle est « notre aptitude à vouloir », c’est ou faire une tautologie* ou commettre une autre inexactitude. Si je dis « je veux parce que je suis apte à vouloir », je ne fais guère qu’une tautologie; mais si par cette aptitude à vouloir, je définis la volonté, je risque bien d’en donner une définition inexacte.
Et d’abord, j’en fais quelque chose d’individuel, qui n’est, plus la volonté dans son sens général et im personnel envisagé. Ainsi entendue elle comporte des degrés dans son essence même, ce qui est impossible ou contradictoire. La volonté est plus qu’une aptitude; elle est une faculté.
Nous arrivons maintenant à un point plus doc- ’trinal, où l’on ne coupe plus les cheveux en qua tre, comme on pourrait peut-être nous reprocher de l’avoir fait jusqu’ici, encore que ce ne soit pas si facile. « Un rapport est une idée, une chose mentale »
VOLONTÉ 37 dit l’auteur. Platon comme tous les nativistiques ne parlerait certes pas ainsi, lui à qui les choses apparaissaient comme des images, des reflets de transcendentaux archétypes; mais il ne s’agit pas de Platon, passons. De ce que l’homme dans ses jugements procède par rapports, s’ensuit-il qu’un rapport soit une idée?
Dans cette « idée » ainsi comprise, il doit entrer autant de moi que de non-moi, et le mot du poète, « L’homme est un Dieu tombé qui se souvient des cieux » nous revient, inquiétant. C’est que pour nous, l’intuition a l’intuition des idées; sous « la paille des termes » elle entre voit « le grain des choses ».
Les Idéalistes du Moyen-Age, continue M. Gu\- miot, (c’est-à-dire les nominalistes) n’avaient donc pas tout à fait tort de penser que la réalité des choses était dans les idées. Autrement dit nous n’avons pas de prises sur le monde exérieur.C’est ce qu’affirmaient les Roscelins, bien dépassés de puis par un Berkeley, qui nie toute réalité au non-moi.
Terrible affirmation, bien atténuée par le ra tionalisme d’un Abélard, et devant laquelle Kant lui-même, pressé sur ce point,reculait! Et la subs tance de la matière, que nous révèle son impéné’ trabilité, sa résistance, sa forme...? Les idéalistes contemporains évitent habilement de prendre po sition sur la question. Voyez plutôt les théories de Renouvier exposées par son disciple et conti nuateur, M. Louis Prat (1).
Il n’y a que Berkeley pour aller jusqu’au bout dans cette voie, et nier tout absolu. Un monde ainsi conçu n’est qu’un monde de
38 l'initiation fantasmagorie, où tout n’apparaît que pour dis paraître dans le kaléidoscope humain. Quant à se demander qui est dans le vrai des matérialistes ou des spiritualistes, la question est troublante M. Fleury d’Hérouville publiait der nièrement à ce sujet,dans « Analyse et Synthèse», un remarquable article: « L’involution de la ma tière ». Il est visible que M. Guvmint a des sympa thies, pour le spiritualisme. Nous n’hésitons pas à croire, quant à nous, que chacun d’eux ne con tient qu’une parcelle de la vérité; que l’esprit ne peut pas s’éteindre ni la substance disparaître, et ceci à cause de cela. Mais il faut poser un absolu, et bfitir dessus, comme l’a fait Spinoza, mais d’une façon moins... sèche, sans oublier la personnalité humaine, un système indémontable. L’idéalisme pur évite, il est vrai, l’erreur des deux systèmes envisagés ci-dessous, mais c’est pour sombrer dans un désolant solipsisme. — •Quant à chacun de ces systèmes près isolément, les meilleures raisons qui soutiennent l’un détrui sent l’autre, et vice-versa. Dès lors, après la thèse et l’antithèse, la synthèse qui se surajoute une activité nouvelle. Pour revenir au dualisme entre l'intelligence et la volonté, le plus sage est encore de les consi dérer comme de bons vieux époux qui ne sortent jamais l’un sans l’autre, mais dont il serait bien (1) Voir un ouvrage de ce philosophe qui intéressera les lecteurs de l’initiation : «Contes pour les Métaphy siciens. » (la réalité, les vérités, les mystères), Louis Prat, Docteur ès-lettres, — Paulin 1910.
VOLONTÉ 39 difficile de dire lequel des deux commande à l’autre. D’ailleurs, Volonté et Intelligence ne sont que des composantes d’une force en laquelle elles s’unissent. Cette force, c’est la Vie. Henri Durand. Grand Talisman de Salomon.
Idées Médiérales M. Gaion, le distingué érudit roumain, a publié dans le Românul literar de Bucharest., dont il est le directeur, la pénétrante et fine étude qu’on va lire, écrite au sujet d’un ouvrage de notre excel lent collaborateur, M. A. Porte du Trait des Ages (1).
Le moyen âge, avec toutes ses institutions plei nes d’une si intéressante originalité, avec ses che valiers enthousiastes, ses trouvères et trouba dours énamourés à la foi toujours exaltée, ses miracles et ses sorcelleries,est inconnu dans notre histoire.
Nous ne trouvons aucune trace de l’or ganisation médiévale, les fiers seigneurs féodaux et les gentes châtelaines n’ont pas existé chez nous, de sorte que pour notre âme, la complexité moyennageuse est une chose complètement étran gère.
Nous ne pourrions mentionner chez nous aucun des nombreux procès de sorcellerie qui eurent lieu en occident, non plus que la vie reli gieuse si intense, qui fait de l’occident moyennageux une partie aussi importante que possible à (1) Le Mal Métaphysique, Lib. du Magnétisme, Paris.
IDÉES MÉüIÉRALES ET MODERNbS 41 étudier. Cette bizarre période se présente sous un aspect, intéressant, non seulement pour l’histoire, mais encore pour le liseur d’âmes qui porte au jourd’hui le nom sonore de psychologue expéri mental. Karl-Joris Huysmans, qui connaît si bien le moyen âge, a apporté dans la littérature contem poraine la note étrange des tortures morales de ces temps-là.
Tous nous nous rappelons avec quel souci d'exactitude le méticuleur romancier a cher ché à évoquer les habitudes et les vices de cette pittoresque période. L’individu moyennageux avait sa mentalité spéciale. Il se forgeait de som bres idylles et bien souvent elles avaient comme résultat la mort de plusieurs êtres.
Les relations entre humains et démons n’en étaient point exclues, et les nocturnes emporte ments sensuels, sources de rêves érotiques, étaient considérés comme des sortilèges provenant des promiscuités des hommes avec quelque succube.
Les très nobles chimères qui charmaient les rêves des poètes et des artistes accomplis,qui troublaient la religieuse tranquillité des moines étaient con sidérées comme tentations de Satan dans le but de perdre les âmes. Quelles conceptions pleines de pure poésie! Quelle force d’imagination et quelle force mo rale!
Ces conceptions qui avaient été élevées à la hauteur de vérités absolues,terrorisaient le moyen âge et l’on cite des cas où des jeunes gens, tor turés par des visions nocturnes, ont dû, sous l’accusation de sataniques, monter sur le bûcher pour être consumés par la flamme éternellement purificatrice.
42 l'initiation Nos pays ont mené une vie religieuse tranquille,, et pendant que le reste de l’Europe se démenait dans les spasmes de la sorcellerie, la Moldavie et la Valachie continuaient à mener une vie religieuse plus noble, quoique cependant plus pauvre en grands faits destinés à tresser de nouvelles cou ronnes d’or à la gloire divine. Point de procès de sorcellerie. Il n’est point fait mention non plus d’amours entre hommes et démons.
Par l’invasion des barbares, qui a fait rompre toutes les relations préexistantes avec l’occident païen, le christianisme de nos ancêtres fut com plètement privé des traces païennes, lesquelles se traduisent en occident par les relations entre hommes et Satan, et qui ne sont que la trans figuration des idylles passées entre les dieux de l’Olympe et les « beaux » ou les « belles » de Rome ou de la Grèce.
Notre folklore, le document le plus précieux pour l’étude des âmes de ces temps écoulés, ne donne aucune indication qui nous permette de conclure que nos pays ont eu la même mentalité que l’occident.
Celte vie tourmentée, quelques-uns s’efforcent encore de la revivre aujourd’hui et croient que, en excitant leur imagination par des lectures éro tiques et par toute la littérature médiévale, ils seront en état d’éprouver les mêmes sensations que leurs ancêtres.
Ceux-là, par le moyen de la morphine, de l’éther ou de l’absinthe, recherchent dans de nocturnes visions l’apparition de nobles chimères, de pâles figures, de corps diaphanes, essayent de sentir des baisers ardents et de fols
IDÉES MÉDIÉRALES ET MODERNES 43 embrassements; et lorsqu’ils les acquièrent, ils mènent une vie maladive, pendant qu’ils dénom ment ce désir immodéré qui s’empare de leur esprit autant que de leur corps le mal métaphy sique.
Dans les cafés parisiens où Delmet récite, où Bibi-la-Purée promène sa désagréable figure, ces jeunes gens qui passent une vie incompréhensi ble, perdent leur temps, croyant atteindre, par des procédés artificiels, à l’idéal suprême. Cet idéal se traduit par la vague modulation d’une gamme de sensations qu’ils perçoivent, disent-ils, au milieu de la nuit, lorsqu’ils entretiennent des relations érotiques avec leur succube.
Ces jeunes gens ruinés par les excès, dégoûtés de la vie et sans foi,chrétiens dans leur enfance, et tombant pendant leur adolescence dans les maudites tra mes du socialisme, souffrant de la poursuite in satiable des plaisirs, ne pouvant trouver dans la croix rédemptrice le refuge sauveur contre les tortures qui les abattent, recherchent dans la Kabbale, dans la magie orientale, dans les mythes du moyen âge, des sensations neuves, et croient que la vie ne consiste pas dans la durée mais dans la violence des sensations perçues.
Cette existence agitée a trouvé en Jean Lorrain un peintre extérieur, et en M. A. Porte du Trait des Ages un érudit qui sait étudier la mentalité indécise de ces misérables fantoches promenant leur mélancolie du café Anglais au Chat Noir et chantant en vers généreux des idéaux imprécis, enveloppés de l’irisation opaline de l’absinthe ou de la fumée du haschich. Papus, Eliphas Lévy, Allan Kardec, le Sâr Péladan et d’autres encore
Ai l'initiation ont été attirés par la Kabbale médiévale. M. A.
Porte du Trait des Ages qui connaît le moyen âge et l’occultisme tout aussi bien que la dé bauche contemporaine — débauche qui dé génère tristement dans les passions les plus perverses — dans un beau roman qu’il intitule le « Mal métaphysique », nous introduit dans la vie de quelques-uns de ces décadents et illu minés qui se dénomment Pervers, qui ont en hor reur la femme et qui finissent par entretenir des relations avec le diable. M. A.
Porte du Trait des Ages nous dit des cruelles vérités. Nous connaissons Robert Tanglay; nous retrouvons le psychologue de Mar san dans Péladan, nous reconnaissons Eve, qui devient baronne et cause la perte de beaucoup d’êtres, dans l’ouvrière parisienne que M. Char pentier initié davantage à la vie cosmopolite de Paris. M. A.
Porte du Trait des Ages ne nous émeut pas; dans le Livre qu’il publie, il nous donne plu tôt un admirable document, guide précieux pour le psychologue amoureux de recherches, nous initiant à l’étude d’une vie inconnue qui se passe dans le milieu, toujours difficile è connaître, des brasseries artistiques qui abondent dans le grand Paris. Pour le chrétien égaré, ce livre est une révéla tion qui peut hâter l’heure de la délivrance. Caion. (Românul literar)
Divagations Philologiques Le Verbe est en principe et avant toutes choses;, une de ses manifestations est la Parole. Mais le verbe, en retentissant dans l’infini, interprète les trois mondes et se rétracte de trois manières dif férentes: De là proviennent trois espèces de lan gues, dont l’hébreu, le sanscrit et le chinois sont les types les plus parfaits que nous connais sions.
L’hébreu correspond à la tête de l’humanité, au cerveau, à l’intelligence. Il s’écrit de droite à gauche, parce que le côté droit est positif et actif comme le cerveau. De même que la pensée s’irra die dans toutes les directions, l’hébreu peut se lire hiéroglyphiquement dans quelque sens que ce soit. Cette correspondance explique pourquoi cette langue est surtout apte à exprimer des idées abs traites et intellectuelles.
En y réfléchissant, on s’apercevra aussi que la formation des pensées dans le cerveau est analo gue à celle des mots dans l’hébreu. (Telle du moins, qu’elle est expliquée par Fabre d’Olivet dans « La Langue Hébraïque restituée. ») Le sanscrit, la plus parfaite des langues flexionnelles, ainsi que ses sœurs dégénérées, nos lan gues Indo-Européennes, correspondent à la poiT 46 l'initiation trine, au cœur, au sentiment; pour cette raison, elles s’écrivent de gauche à droite.
Elles sont aptes surtout à rendre les mouve ments passionnels de l’âme, d’où notre litté rature toute sentimentale, qui s’occupe exclusive ment soit dans le roman, soit dans le théâtre, à mettre en œuvre les diverses passions qui agitent l’humanité.
Toutes ces langues, sans exception, sont mor phologiquement et phonétiquement en décadence, indice certain de l’amoindrissement moral et in tellectuel de la race blanche, d’où en littérature, le réalisme; en science, le matérialisme; et en reli gion une espèce d anthropomorphisme amoureux.
Les mots dans les langues flexionnelles sont for més par une racine à laquelle se sont ajoutés des suffixes ou des préfixes plus ou moins significa tifs, ainsi que des particules dont il est difficile de retrouver le sens primitif. Les sentiments se formant de la même manière, en réunissant au tour d’un noyau central des sentiments secon daires et souvent des impressions vagues et indé terminées.
Les individus de race blanche mènent une vie purement sentimentale, toujours en quête d’émo tions animiques, lesquelle ssont d’autant plus prisées qu’elles sont multiples comme les flexions qui composent les mots de leurs langues.
La poitrine contient aussi les poumons au moyen desquels nous sommes directement reliés à T Astral, mais les occidentaux en s’orientant néga tivement, perdent de vue son pôle positif, Rouach Aelohim, et tombent sous l’empire de Rabash, l’égoïsme féroce et brutal, le facteur de
DIVAGATIONS PHILOLOGIQUES 47 toutes les anarchies, de toutes les guerres et de tous les désordres moraux et physiques. Le chinois, type des langues monosyllabiques correspond au ventre, au foie, à l’instinct, ce qui donne raison de la manière dont on l’écrit. Cette langue ne comprenait à son origine que des termes complètement matériels et manquait de vocables pour exprimer les idées intellectuelles.
Elle sùppléa à cette disette de mots par des tons dans la langue parlée et par des idéogrammes dans l’écriture. Malgré celà on ne peut traduire exactement dans cette langue les expressions figu rées des langues flexionnelles, de même qu’on ne peut rendre que très approximativement dans celles-ci, le sens hiéroglyphique de l’hébreu.
Il est avéré que l’individu de race jaune est essentiellement terre à terre et ne peut exhausser son intellect jusqu’à la compréhension d’idées abs traites, en revanche, sur le plan matériel, il n’a pas de rival; sa patience est illimitée, il acquiert dans les travaux manuels une habileté surpre nante et s’applique avec une minutie méticuleuse aux plus infimes détails.
Si l’on veut y prendre garde, on se rend compte facilement que les mouvements instinctifs procè dent d’une sensation unique, ou de deux sensa tions au plus, ce qui les homologuent avec la for mation des mots dans les langues monosyllabi ques. Outre les analogies que je signale, il y en a d’autres, qui du reste corroborent celles-ci.
Je crois qu’elles forment ua total, une clef qui peut servir à élucider plusieurs points qui ont été jus qu’ici des sujets de controverses interminables.
48 L?INITIATION Ges analogies peuvent se prêter aussi à des suppositions plus ou moins probables. On pour rait se demander, par exemple, ce que fut la lan gue antérieure à l’hébreu. Cette langue aurait dû correspondre au Soi In conscient.
Inconscient pour nous, mais sans doute cons cient pour le peuple qui l’avait parlé — Elle devait contenir à peu près les mêmes signes que l’Hébreu, moins les plus matériels, tels que le Gnaim, le Izadé, etc... Son écriture toute hiéro glyphique devait être composée par des images d’animaux ou d’objets qui devaient s’interpréter d’après leurs analogies absolues.
Elles devait s’écrire de bas en haut, mais devait pouvoir se lire dans toutes les directions et avoir une signi fication spéciale dans chacune: spirituelle de bas en haut et matérielle en sens contraire; passion nelle de gauche à droite et intellectuelle ou mo rale de droite à gauche. Conception juin 1911. L. J.
Ames Païennes < Elle ne semblait pas être la fille d'un mortel mais d'un dieu ! » Dante, Vita Nuova. par A. PORTE du TRAIT des AGES I Grœcis était seul à une table de la brasserie Paskowski. Il buvait son café à petites gorgées, pour se délecter, et lançait par les narines et par la bouche des fuseaux de fumée bleue qui mon tait en spirales vers le plafond.
Au-dessus de Grœcis trônait le Gambrinus blond et joufflu des tavernes germaniques, assis à califourchon sur un fût de bière, l’air majestueux et débonnaire. Dans le café, peu de monde: les clients habituels faisaient leurs « épates » aux Cascines ou sur le Lung’Arno. Ils reviendraient plus tard, lorsque le soleil commence à décliner.
Ils envahiraient alors le café select pour écouter la musique, ils s’écraseraient pour se montrer dans ce milieu élé gant où se donnent rendez-vous les « gommeux » de Florence. Pour l’instant, ils se promenaient, ils se faisaient voir, ils paradaient; ils profitaient de cette première journée chaude d’avril pour courir aux endroits où il faut être....
50 L'INITIATION Grœcis haussa les épaules et méprisa un peu plus ces « pantins » qui sont pareils à ceux des autres villes. Il aurait voulu qu’ils fussent, ces Florentins, comme ceux du moyen âge, comme ceux qui garnissent les niches de la galerie des Offices...
Mais il n’avait vu et il ne voyait encore, sauf de consolantes exceptions,que des « pantins » occupés de leur toilette, de leurs promenades « chic » des gens à l’intellect étroit,aux sentiments mesquins, pauvres d’idées et de passions. La sil houette d’un de ces hommes se profilant sur le Palazzo Vecchio exaspérait Gœcis: l’accoutrement moderne enlaidissait le vieux donjon de la Ré publique, comme une chenille sur une rose...
Le jeune homme détestait le « modernisme » qui rend tout uniforme, incolore, incertain; il haïs sait la lumière électrique qui brille aux fenê tres du vieux palais; il haïssait les véhicules confortables et luxueux qui sillonnent la cité merveilleuse.
Il n’aurait voulu voir déambuler dans les rues aux larges dalles et sur les places glorieuses de la République, de la « Fiorenza antica » que de vieux bourgeois contemporains de Dante, les prieurs magnifiques, ou des jeunes filles vêtues de rouge, comme Béatrice, et des jeunes hommes do mine hautaine, prompts à dé dégainer leur dague brillante...
Grœcis sourit à ces chimères et se leva. — Elle ne viendra pas! soupira le jeune homme en se dirigeant vers la porte. Mais il retint une exclamation de joie et se précipita au devant de celle qui ne devait plus venir. C’était une délicieuse jeune fille de dix-huit à vingt ans, dont les yeux magnifiques, profonds
AMES PAÏENNES 51 et veloutés, avaient une mystérieuse fascination, une chevelure brune couronnait son front blanc, pur et altier. Ses lèvres voluptueuses s’ouvraient dans un aspir d’idéal et de baisers. Ce profil an tique faisait songer à Sapho, l’amante du beau Phaon... Grœcis saisit les mains patriciennes de la jeune fille et les étreignit nerveusement,passionnément.
En même temps, il balbutiait des mots incom préhensibles, incohérents,dans une fièvre de plai sir, de joie et d’ogueil. Mais la jeune fille compre nait sans doute ce langage, car elle sourit à Grœ cis et l’entraîna dans le coin qu’il venait de quit ter.
II Grœcis était poète, causeur charmant, délicat artiste, il avait la finesse, la sensibilité et l’âme d’un aède grec;sa philosophie, légère et souriante, épicurienne comme celle d’Horace ou d’Anacréon, était franchement païenne. Il aimait la vie, il aimait surtout le soleil, la lumière, le vin qui scintille dans les coupes, la beauté des jeunes filles, les fleurs, les vers harmonieux, les œuvres d’art et la solitude propice à la méditation.
La moindre vulgarité dans le discours ou dans les attitudes le choquait et le faisait souffrir, car il avait encore l’âge merveilleux où l’on s’éi tonne, où l’on souffre. Le jeune poète était à Florence depuis six mois. Venu en amateur, pour une quinzaine, il avait été séduit par l’incomparable cité, et n’avait pu se résoudre à l’abandonner. Elle avait exercé sur lui comme sur tant d’autres son charme
l'initiation puissant et indéfinissable, auquel on ne peut se soustraire sans un déchirement intime de Pâme. Il avait été envoûté pa le sortilège de son éther t doux et bleu, par le parfum délicieux qu’elle exhale, par ses souvenirs antiques et fastueux, par ses trésors artistiques et par mille choses en core qui vivent en nous et hors de nous et que l’on ne peut exprimer. Il demeurait dans la via dei Cimatori, en face de Or San Michèle.
Son logement se composait de deux pièces: une chambre assez vaste et bien meublée, et un studio qui lui servait de cabinet de travail et de salon. Ce studio, il l’avait arrangé à son goût, décorant la cheminée monumentale de quelques statuettes précieuses, plaçant sur la grande table du milieu, à côté de ses livres préfé rés, un vase de cristal où s’épanouissaient tou jours quelques fleurs odoriférantes.
Dans une pe tite bibliothèque curieusement sculptée par un artiste du moyen âge, il avait rangé les ouvra ges, assez nombreux, qui composaient sa collec tion « classique » et les objets d’art qu’il avait découverts dans ses promenades florentines. Lorsqu’il faisait mauvais temps, le jeune homme ne sortait de son studio que le moins possible. Il aimait cet intérieur qu’il avait su rendre intime et dont chaque chose évoquait un souvenir heureux.
Il y passait alors de longues heures, enfoncé dans un fauteuil, à fumer des cigarettes et à rêver les yeux ouverts, ou bien, penché sur des feuillets blancs, à ciseler des vers harmonieux que les le^rés seuls apprécieraient. Dans ses sonnets ou dans ses poèmes se révé lait son âme païenne, magnifiquement et largeAMES PAÏENNES 53 ment païenne, comme celle des aèdes de l’Attique et de son poète favori,Horace.
Il chantait les plai sirs de la Terre, qui seront éternels tant que les hommes vivront. Le thème favori, le refrain de ces poésies, toutes vibrantes de passion, de volup té et d’ivresse, c’était bien toujours le « Da mihi basia mille » ou le « Nunc est bibendum » des épi curiens grecs et latins, mais avec quelque chose de doux, de délicat et d’attique qui faisait penser à la grâce légère et mélancolique de la poétesse de Lesbos.
Quelques-unes de ses pièces, cependant, rappe laient la « manière » des poètes florentins du moyen âge, de ces grands seigneurs artistes et let trés qui ont laissé les vers les plus magnifiques et les plus licencieux qu’on connaisse.
Mais là encore, le jeune homme avait marqué l’empreinte de sa personnalité.Il avait étendu sur cette poésie sensuelle et éclatante la douceur alan guie et mélancolique, la pudeur charmante et gracieuse de son âme complexe, à la fois païenne et chrétienne. III Fiesole, la vieille cité étrusque, attirait Grœcis irrésistiblement.
Il aimait sa situation merveil leuse, sa campanile et ses maisons pittoresques, mais plus encore ses thermes en ruines où il mé ditait à loisir jusqu’au crépuscule. D’ailleurs Fiesole lui rappelait les plus déli cieux souvenirs. C’était dans les thermes qu’il avait vu pour la première fois celle qu’il devait aimer, uniquement et passionnément, comme on aime à vingt ans.
54 l'initiation Il était assis sur un fût de marbre couvert de mousse et laissait errer ses regards sur les ruines mélancoliques qui évoquaient dans sa mémoire les siècles, les races et les hommes évanouis... Derrière les colonnes, apparaissant et dispa raissant tout à tour, se détachait la silhouette élégante et fière d’une jeune femme. Elle se rap prochait insensiblement du poète, qu’elle n’avait pas encore aperçu.
Il examinait le profil de la radieuse apparition, un profil aux lignes pures qui rappelait le dessin des camées antiques. Elle était casquée d’une chevelure magnifique dont on apercevait les torsades sombres sous le chapeau violet et empanaché. Son corps se mou lait dans une robe blanche qui en faisait ressortir les lignes impeccables. Cette beauté, cette grâce et cette élégance eussent émerveillé Paraxitèle.
Grœcis la dévorait des yeux: jamais il n’avait tant admiré la femme, jamais il n’avait songé à tout ce qu’elle recèle de beauté divine, de grâce imprécise, de charme mystérieux et de tendresse passionnée. L’inconnue l’aperçut soudain et rougit imper ceptiblement. Néanmoins sans embarras ni timi dité, elle s’avança vers le jeune homme et lui adressa quelques mots.
Elle le priait de lui traduire une phrase latine gravée sur une colonne et dont le sens précis lui échappait... Elle s’était exprimée en italien, dans une lan gue musicale et harmonieuse qui charma Grœcis. Le poète se leva et les deux jeunes gens s’appro chèrent de la colonne rongée par les siècles.
AMES PAÏENNES 55 Avec difficulté, Grœcis déchiffra le texte creusé dans le marbre. C'était une inscription en langue étrusque, d’ailleurs parfaitement énigmatique et dont il ne comprit pas le sens. Finalement, il dut avouer son ignoiance, ou plutôt son incompé tence. Et ils causèrent longuement, sans aucune gêne, rapprochés par un élan de sympathie, par leurs communes aspirations, par le même paga nisme qui dormait dans leur âme.
Il admirait sa grâce, sa beauté, son esprit et sa culture intellectuelle, et de son côté la jeune fille admirait les mêmes qualités physiques et mora les chez le poète. Savante sans affectation, lettrée, artiste, sensi ble, d’une beauté incomparable, elle charmait Grœcis qui songeait à Sapho. Il le lui dit comme seul il savait dire ces choses, et elle, se mit à sou rire, tandis que ses grands yeux fascinateurs se fixaient sur le jeune homme...
IV Le lendemain, Grœcis et la jeune inconnue se retrouvèrent à l’ombre des colonnes sculptées, à l’endroit même de leur première rencontre. Et comme la veille, ils se charmèrent l’un l’autre, parce qu’ils étaient la jeunesse, la beauté et l’harmonie. Grœcis lui raconta sa vie, ses espérances, ses chimères. Il mit à nu son cœur délicat et sensi ble, il dévoila 'son âme de païen antique.
Il mit à nu son cœur délicat et sensible, il dévoila son âme de païen antique. Il lui expliqua sa compréhension de la vie, sa philosophie légère et souriante d’épicurien content de peu.
56 l'initiation Il aimait, comme Horace son maître, la « mé diocrité dorée » c’est-à-dire l’existence calme et paisible, loin des fracas du monde et des ambi tions stériles. « Cache ta vie! » disaient les Epi curiens: il désirait se conformer à ce précepte souverainement sage.
L’idéal du bonheur, pour lui, était simple et modeste: une charmante villa à la grecque, dans un creux de Fiesole, entourée de lauriers et de roses et toute blonde de soleil. E.t dans cette villa, à l’abri des curieux et des envieux , il désirait une compagne selon son âme, qu’il aimerait pour sa tendresse, pour sa beauté et pour son intelligence...
Cet idéal modeste mais sûr n’était pas mesquin: c’était, à peu de chose près, celui de Virgile et d’Horace; c’est aussi celui des sages et des pen seurs.
Aimer passionnément, être aimé, vivre l’un pour l’autre, dans un décor de lumière et de poé- * sie, parmi les fleurs les plus belles et les plus délicates; balbutier des mots d’amour, scander des strophes harmonieuses, ciseler des vers qui sont une musique ailée sur les lèvres de l’aimée, s’étreindre alors que le soleil couchant empourpre les pampres des coteaux et que l’ombre violette envahit les vallons; chanter, aimer encore, en un mot griser son âme de beauté, d’amour et d’harmonie, boire largement à la coupe des plai sirs fugitifs: n’est-ce pas l’idéal éternel des poètes et des femmes?
Pensive, la jeune fille écoutait Grœcis. — Votre âme est pareille à la mienne dit-elle. Vous avez les mêmes aspirations, les mêmes sentiments et les mêmes passions que moi...
AMES PAIENEES 57 Elle ajouta en le fixant de ses beaux yeux pleins de charme: — « Tu es mon guide, tu es mon seigneur, tu es mon maître... » Puis se penchant vers Grœcis, elle posa ses lèvres sur celles du jeune homme: leurs corps s’unirent dans une étreinte passionnée, tandis que leur baiser se prolongeait délicieusement.
C’était la première communion de leurs âmes païennes, dans un décor merveilleux, tout empli des dieux et des souvenirs du paganisme. V Cecilia appartenait à l’une des familles patri ciennes de la Toscane, ses aïeux avaient illustré dans les armes, dans les lettres et dans les arts leur nom sonore et pretigieux.
De ses ancêtres, les magnifiques seigneurs et les princesses lettrées et charmantes, la jeune fille avait les goûts, les sentiments et les passions. Comme eux, elle admirait la beauté dans toutes ses formes, qu’elle fût réalisée par un chef< d’œuvre des hommes ou par un miracle de la nature. Comme eux encore, elle était charmante, spirituelle, lettrée, ardente et sensuelle.
Un artiste du Quattrocento eût compris son âme; mais un Florentin moderne s’effarait de cette énigmatique princesse. Ils ne se comprenaient pas et ne pouvaient pas . se comprendre. Elle parlait une langue lumi neuse et poétique, vibrante de toutes les passions surhumaines; il balbutiait un jargon odieux, ter ne et insipide, où il était seulement question d’ar gent, d’affaires, d’entreprises et de commerce...
58 l'initiation La princesse ne méprisait pas ses compatriotes: elle les dédaignait, comme l’aigle sans doute dédaigne la taupe. Elle se renfermait dans sa tour d’ivoire, indifférente des railleries, des sarcas mes et des sottises que débitait cette aristocratie versatile, envieuse et mercantile. Mais un jour, elle sortit de sa tour d’ivoire.
Elle avait rencontré Grœcis, Grœcis, le seul homme qui pût comprendre son âme complexe parce que le jeune poète avait lui-même l’âme des artistes du Quattrocento, l’âme des aïeux de la princesse. Pour Cecilia, comme pour le poète, cette ren contre fut l’ère d’une nouvelle vie. Jusqu’alors ils n’avaient pas vécu, ils n’avaient pas aimé, ils n’avaient pas souffert. Ils s’ignoraient l’un l’au tre.
Une inscription étrusque les rapprocha, un bai ser les unit, leurs âmes païennes se confondirent, et leur destin s’accomplit suivant les normes immuables et mystérieuses qui règlent le devenir des hommes et des mondes.
VI Le soleil qui pénétrait dans le studio de Grœcis caressait de sa lumière blonde et chaude les sta tuettes de la cheminée monumentale.Sur la table, entre les vases de cristal où des lis dressaient orgueilleusement leurs corolles blanches, le buste marmoréen de la princesse Gecilia détachait son profil de grâce et de beauté.
Dans la pénombre rose,.couché mollement sur un divan, Grœcis laissait errer son regard rêveur sur les objets qui l’entouraient.
AMES PAÏENNES 59 Il repassait en son esprit mille souvenirs char mants qui faisaient éclore un sourire heureux sur ses lèvres. Depuis plusieurs mois, il aimait Cecilia. Ensemble, ils avaient passé des heures délicieuses dans les thermes séculaires de Fiesole. Ils avaient promené leur indéfinissable mélanco lie et leur sensualité ardente dans le jardin Boboli, à l’heure où les curieux et les profanes le désertent.
Ils avaient vécu l’un pour l’autre, les mains et les lèvres unies passionnément. Cependant ils n’avaient pas encore célébré le jour merveilleux de leurs noces païennes... Grœcis n’avait pas encore dévoilé le corps splendide de la jeune fille, qui était et demeurait sa maîtresse spirituelle.
Bien qu’ils fussent l’un et l’autre des épicu riens antiques, des admirateurs fervents de l’hel lénisme où les conventions sociales n’existaient pas, dans l’amour et qu’ils estimassent qu’aucun obstacle ne devait entraver leur passion, néan moins ils avaient reculé toujours devant le don absolu de leur corps.
Cette hésitation ne prenait pas sa source dans de vains scrupules mondains: leur paganisme n’admettait aucun frein de cette nature; mais ils voulaient, d’un accord tacite, que l’idéale union de leurs corps demeurât dans leur mémoire comme un acte de volonté et de passion récipro que et consentante.
Ils attendaient d’être au summum de l’amour pour apprécier dans toute son étendue l’instant unique où ils se feraient le don mutuel et volon taire de leur chair... Nous ne sommes pas accoutumés à une sem
60 l'initiation blable délicatesse. Trop souvent, nous souillons ce qu’il y a de plus pur dans la vierge, le don intime de soi, par un désir brusque, immodéré et fugitif. Nous ne comprenons pas la noblesse de la possession, parce que nous en faisons un plai sir, rien de plus.
Mais pour Grœcis, qui avait une mentalité que nous n’avons pas, la possession de Cecilia réalisait le plus pur idéal de son amour, de son adoration: Il ne voulait pas la ravaler, cette possession, à. l’instinct bestial, par une précipitation qui eût été stupide et incompréhensible.
Quant à la jeune fille, elle ne refuserait pas son corps le jour où Grœcis lui demanderait de se donner dans la beautéet l’harmonie de leurs noces dignes de l’antique paganisme. VII Un coup léger frappé contre la porte tira Grœ cis de sa rêverie. Il alla ouvrir et Cecilia entra, in ircduisant avec elle sa beauté, sa grâce et son charme féminin.
Il la regarda longuement, en extase: jamais la jeune fille n’avait été plus belle, plus troublante et plus pure. Son âme sensuelle et chaste brillâit dans ses yeux sombres et veloutés, ses lèvres fré missaient de baisers contenus, un léger incarnat couvrait son visage de camée. De toute sa per sonne séduisante se dégageait un parfum imper ceptible et grisant, Yodor di femmina, qui emplis sait le studio de ses effluves. Grœcis la prit dans ses bras. Elle renversa sa
AMES PAÏENNES 61 tête sur l’épaule du jeune homme, les lèvres et les yeux offerts aux baisers. Il y avait dans ce geste adorable quelque chose de pur, de délicieux et d’enivrant que ne com prendront jamais ceux qu’a flétris Baudelaire. Ils dégagèrent leur étreinte. Cecilia examina curieusement le logis du poète.
Elle s’intéressa aux statuettes de la cheminée; un Faune dansant, un Silène couronné de pampres et tenant dans sa main vacillante une coupe encore pleine, une Bacchante lascive, impudique, mignonne et jolie. Ces trois divinités du paganisme étaient de purs chefs-d’œuvre; mais l’artiste qui les avait créées avait dédaigné de les signer. Cecilia sourit et s’approcha de la table.
Elle aperçut alors son buste admirable taillé dans le marbre, et les lis orgueilleux qui le protégeaient. Ce marbre, c’était elle-même qui en avait fait don au poète afin qu’il eût toujours son image devant les yeux. Il avait été exécuté dans ce des sein par le plus fameux des sculpteurs florentins de notre époque. — C’est un peu la réalisation de votre rêve! dit Cecilia en souriant.
Vous aimeriez une villa à la grecque dans un creux de Fiesole: cependant vous vous êtes créé quelque chose d’analogue. Il me plaît beaucoup, ce petit sanctuaire où vous pensez, où vous lisez, où vous modelez vos vers harmonieux. Et je vois au surplus que j’occupe la première place et que je veille sur vos médi tations... — Mais oui! répliqua Grœcis sur le même ton badin. Vous occupez la première place, car vous
<52 l'initiation êtes la divinité de ce sanctuaire, comme vous l’appelez... Mais ce n’est pas encore mon rêve, charmante moqueuse! J’ai réuni ici quelques belles œuvres plastiques, picturales ou littéraires; cependant la plus magnifique, la plus divine, la plus vi vante et la plus aimée n’y a point marqué sa place! — Aujourd’hui, non! demain, peut-être! répon dit la jeune fille devenue pensive.
Après un silence, elle ajouta: — Que faites-vous, Grœcis, lorsque vous n’êtes pas avec moi? — Mon Dieu! je rêve beaucoup, j’écris un peu, je lis et je fume, et par-dessus tout je pense à vous, incessamment. Je ne pense qu’à vous, d’ailleurs. Depuis l’instant de notre rencontre, qui fut pour moi comme une révélation, sans cesse votre image se dresse devant mes yeux.
Si j’écris quelques vers, ces vers célèbrent ma ■Cecilia: vous êtes l’unique inspiratrice de mes pensées. Mon cœur est plein de vous, et vous m’avez donné votre âme avec votre premier bai ser... Le soleil déclinait derrière les collines, l’ombre bleue descendait lentement dans le studio, enve loppant les amants de son voile protecteur. Grœcis prit les lèvres de la jeune fille et les . baisa voluptueusement, religieusement.
Elle ap puyait ses petites mains patriciennes sur les épaules du jeune homme qui sentait leur légère crispation et leur moiteur. Et il lui fut doux, infi niment, de l’enserrer dans ses bras, ardente, senAMES PAÏENNES . 63 suelle et chaste comme une païenne des temps homériques. VIII Gracis et Cecilia admiraient les statues qui or nent les niches de la galerie des Offices.
Tous ceux qui sont illustré la république florentine, dans les siècles de gloire, sont représentés par ces mouvements lapidaires. Leurs noms sono res et prestigieux sont gravés sur le socle où ils s’immobilisent désormais pour l'éternité.
Il y a Boccace et Machiavelli, Pétrarque et Gavalcanti, Michel-Ange et l’Arioste, Raphaël et Jean des Bandes-Noires... une lignée de savants, d’artistes, de poètes et de guerriers dont les noms sont dans toutes les mémoires et sur toutes les lèvres. Cecilia les connaissait tous et les désignait au passage. Elle savait ce qu’ils furent, ce qu’ils firent d’étonnant ou de sublime, et comme ils vécurent, aimèrent et moururent.
Elle racontait leur vie, brièvement, puissam ment, avec un relief saisissant qui les faisait pal piter une minuta. Puis ils retombaient dans leur sommeil séculaire et leur immobilité lapidaire. — En voici trois — fit la jeune fille, que je connais mieux qüe quiconque, car j’ai lu leur histoire dans les annales de ma famille. Le pre mier est mon ancêtre : il a vécu magnifique ment, dans la gloire de la République.
Il était l’ami de Dante et, comme le divin poète, il fui banni de sa patrie par la faction victorieuse.Mais plus heureux que l’amant de Béatrice, mon ancê tre put revenir et mourir où il avait aimé et vécu.
i 64 L'INITIATION Les deux autres, ses frères, partagèrent sa gloire et ses vicissitudes. C’étaient des hommes! conclut amèrement la patricienne. Ils avaient l’âme ardente, violente et passionnée; ils aimaient l’amour et les lettres et n’avaient pas pour la vie ce lâche attachement qu’ont ceux d’aujourd’hui.
Leurs passions emplissaient la cité, leur génie emplissait le monde. — Mais vous-même, répondit Grœcis, vous êtes bien digne de vos ancêtres. Moi qui vous con nais et qui vous aime, je peux bien l’avouer sans crainte de vous déplaire: vous incarnez la virtù de cet âge héroïque et charmant! Je ne vous fais pas un banal compliment, car je sais que vous détestez tout ce qui n’est pas naturel.
Je vous exprime franchement mon opinion sincère et ré fléchie. — Peut-être avez-vous raison, mon ami. Moi aussi d’ailleurs je vous connais et vous aime, et si je vous aime, c’est parce que vous ressemblez plus à ines aïeux que mes compatriotes dégéné rés. J’ai des cousins qui ont un nom illustre, tenez, le nom de ce guerrier à gauche de mon ancêtre. Ces cousins, pouvez-vous croire que je les estime?
Malgré le même sang qui coule dans nos veines, je ne veux point les connaître, je veux les igno rer. Pourquoi? disent vos regards. Parce qu’ils ont l’âme mesquine, incroyablement. Ces jeunes hommes vont, de quatre à six, chez Gillï, le pâtis sier de la Piazza Vittorio Emmanuele, et là, en dégustant des gâteaux à la crème, ils critiquent les passants et surtout les passantes, ils font des
AMES PAÏENNES 03 potins comme les petites bourgeoises des villes provinciales... Oh! comme il doit être fier, ce guerrier-poète qui vous domine, comme il doit être fier de ses nobles descendants! Ma mère, une femme que j’admire et qui n’est plus, malheureusement, disait: « La noblesse n'est pas dans le nom; elle est dans l’âme!
« Ce pendant, elle était en droit de revendiquer son aristocratique naissance!... — Votre père? hasarda Grœcis. — Oh! mon père! répondit la jeune fille avec amertume. — Ne parlons pas de lui, c’est préfé rable... Je ne veux pas le juger... mais je suis bien obligée de le dédaigner...
C’est incroyable, en vérité, qu’un descendant de la plus noble et de la plus fière des familles pa triciennes de l’Italie abaisse les dons de notre race à un travail de Pénélope! — Quoi! Que dites-vous? s’effara le jeune homme. Cecilia sourit avec tristesse. — Vous croyez que je divague? Hélas! je dis bien: ce petit-fils des seigneurs de la République occupe ses nom breux loisirs à une tâche féminine.
Il a la pas sion de la broderie et de la couture... En revan che, il ignore Dante, Pétrarque,. Michel-Ange; il ignore la littérature, les arts, les sciences; il ne lit jamais, pas même la chronique florentine du Nuovo Giornale... ... Ils arrivaient sur le Lung’ Arno. En face, les maisons qui baignent leurs fondations dans le cours limoneux du fleuve attirèrent leurs regards.
Une fois de plus, ils admirèrent ce vestige ori66 l'initiation ginal d’une époque enfuie à jamais et qu’ils ten taient de revivre. Le soleil, semblable à un disque rouge et flam boyant, descendait dans l’Arno. Il empourprait de ses reflets incendiaires le flot tranquille et les maisons basses et massives qui se pressent sur le pont Vecchio, autre vestige de ce même passé magnifique et pittoresque.
Cecilia et Grœcis centemplaient avec émotion ce coucher de soleil splendide, dans un décor de beauté et de gloire. Ce n’était pas la première fois qu’ils s’accou daient au parapet et qu’ils jouissaient insensé ment de toutes les sensations de ces minutes fu gitives. Mais Jamais ils n’avaient ressenti comme en cet instant l’émotion presque religieuse qui s’empara de leur âme. Les sentiments de cette nature sont muets.
Les amants n’éprouvèrent point le besoin de se les communiquer; ils évitèrent les paroles vaines qui en eussent rompu le charme tout puissant. Mais le visage de Cecilia était transfiguré; ses yeux irradiaient son âme païenne avide de beauté, de lumière et d’harmonie. Le regard de Grœcis se détacha du Ponte Vec chio magnifique et glissa lentement vers le visage éblouissant de la jeune fille.
IX Ils suivirent le Lung’Arno jusqu’au pont à la Carraia. En cheminant lentement, dans cette clarté douce qui succède au jour éclatant, Cecilia acheva ses confidences. Elle redit au jeune homme ses amertumes et
AMES PAÏENNES 67 ses colères, ses dédains et ses dégoûts. Son âme magnifique, qui concevait une autre vie que la vie moderne, était pleine de regrets et d’espéran ces indicibles... Elle avait souffert incroyablement, dans le mi lieu aristocratique et mesquin où elle avait vécu, entre un père insane et sans culture et des parents moqueurs, vains et insignifiants.
Seule, sa mère, la princesse lettrée et charmante des temps enfuis, s’était intéressée à l’enfant qu’était; Ceci lia. Malheureusement, la jeune fille l’avait perdue trop tôt, ravie à son affection ardente et mystique, à ses rêves, imprécis encore, qui som meillaient dans son cœur. — Mais, fit Grœcis un peu surpris, qui prit soin de votre éducation!
Qui fit de vous la prin cesse idéale que j’aime, la princesse adorable et unique, païenne et savante? Cecilia sourit et ses yeux cherchèrent ceux du poète. — Princesse adorable, peut-être!... Païenne, je le suis certainement, par mes aspirations, par mes sentiments, par mon idéal. Mais savante est un mot bien ambitieux. Le docte compagnon de ma jeunesse fut un homme que je révère.
C’était un prêtre, Grœcis, un prêtre qui avait tout lu, qui savait tout, qui avait l’âme païenne comme la nôtre. Admirateur de ce qui est grand, beau et noble, il s’efforça de me communiquer son enthousiasme et de me faire comprendre la science. Il me fit connaître un peu de tout ce que nous aimons, vous et moi: il me parla des poètes et des philoso phes de l’Hellade et de Rome, des chefs-d’œuvre
68 l'initiation immortels, de mes aïeux. En un mot, il façonna mon âme et mon cerveau. Mon âme, il l’ouvrit à l’idéal antique, mon cerveau à toutes les pensées.
Lorsqu’il mourut, je fis une porte irréparable; mais j’étais capable de comprendre, et compren dre, c’est aimer, aimer c’est admirer. ¿Tai fait élever un mausolée à celui qui fut mon inîTiateur, et souvent je vais y déposer pieuse ment les fleurs les plus belles et les plus rares, — celles qu’il préférait.
Ce tombeau, en marbre de Paros, avec les statuettes allégoriques chères au paganisme, vous le verrez, Grœcis, car je veux que vous connaissiez celui qui fut pour moi plus qu’un père, et je désire que vous lui apportiez l’hommage de votre âme semblable à la mienne... Les phrases de la jeune fille berçaient Grœcis et le charmaient.
Il comprenait l’éloge dantesque qu’il vait lu dans la N voua, et qu’il adres sait inconsciemment à Cecilia: « Elle ne semblait pas être la fille d’un mortel, mais d’un dieu! ». X Florence jouit au printemps d’un ciel incompa rable. L’air est embaumé de senteurs exquises, et une douceur troublante, non encore ressentie, baigne les cœurs et les pénètre de son charme délicieux.
Les femmes ont des grâces alanguies, quelque chose de voluptueux et de tendre dans la démarche, des yeux qui recèlent leurs désirs imprécis, inexprimés, des lèvres rouges qui appellent les baisers. Leurs joues fleuries sont caressées par d’invisibles bouches, leurs seins palpitent, leurs
AMES PAÏENNES 69 corps s’offrent dans un renouveau de lumière, de joie et d’amour. Les hommes eux-mêmes ne restent pas insen sibles à ces séductions ambiantes, qui les enve loppent et les envahissent par mille fissures im perceptibles. Ils sont plus allègres, plus légers, plus charmants: ils chassent le « noir souci » de leur cœur ardent et voluptueux, et se livrent sans retenue au bonheur de vivre.
Dans la campagne, c'est une autre séduction, plus puissante peut-être. La terre exhale des par fums subtils dans une apothéose de lumière et d’or qui fait miroiter les ruisseaux et les sources. Au creux des buissons, dans les arbres, c’est un pépiement confus de tous les oiseaux qui s’y cachent. Dans les -herbes, les insectes, animés d’une vie ardente et mystérieuse, aiment par myriades, et leur bourdonnement monotone cou vre la plaine infinie.
Quand vient le soir, et que les derniers rayons solaires empourprent les collines et les flèches des campaniles, la paix profonde qui tombe sur la campagne assoupit les créatures invisibles et endort le cœur des femmes. • s Cecilia et Grœcis, encore tout imprégnés de ces sensations printanières, marchaient lentement. Ils jouissaient du crépuscule apaisant qui fon daient leur cœur dans une mélancolie pleine de douceur et de volupté.
Ils revivaient leur journée magnifique, vision de beauté,de lumière et d’har monie, pendant laquelle ils avaient épuisé la source de toutes les joies humaines. Ils revenaient de Settignano, la jolie et pittores que cifé de la campagne florentine. Ils avaient
70 l'initiation admiré, du haut d’une terrasse naturelle,la vallée fleurie, éblouissante, rose et blonde comme une jeune vierge, puis bleue et violette à mesure que le soleil déclinait à Thorizon. Les petites maisons multicolores qui se déroulaient à l’infini ressem blaient à des papillons nuancés piqués sur le tapis vert de la plaine.
Puis ils avaient gravi des ruelles tortueuses, regardés au passage par des femmes assises au seuil de leur demeure. La beauté pure et fière de ces femmes, leurs vêtements éclatants, leur babillage, tout cela avait captivé les deux amants. Autour d’une fontaine, ils avaient vu une dou zaine de jeunes filles qui remplissaient des cru ches de terre rouge.
Ces vierges parlaient avec animation et gesticulaient gracieusement; leurs yeux noirs étincelaient de vie, d’ardeur et d’a mour... Spectacle charmant et naïf, qui délasse les regards d’une beauté trop sévère. Spectacle unique, qui transportait Cecilia et Grœcis dans l’antiquité et les faisait se ressouvenir des Idylles de Théocrite et des scènes virgiliennes.
La campagne conserve mieux que la ville les mœurs, les coutumes ancestrales, qui n’en sont que plus aimables et pittoresques. Avant de rentrer à Florence, ils avaient voulu dîner. Ils s’étaient arrêtés dans un restaurant dont l’aspect et le nom les avaient séduits. UAffrico élève ses murs blancs près d’un maigre cours d’eau, en dehors de la barrière Settignanèse.
Un jardin, derrière le bâtiment reçoit les dîneurs dans les bosquets d’un vert sombre. Cecilia et Grœcis, installés sous une pergola fleurie, devant une table vêtue d’une nappe imAMES PAÏENNES 71 maculée, avaient fait une « dinette » d’amou reux.
Les derniers rayons du couchant faisaient mi roiter les verres de cristal, les couteaux d’argent, le fiasco qui se balançait dans son armature de nickel.Sans valoir le Falerne du bon Horace,le Chianti était délicieux, et ils le dégustaient en gourmets, surtout Grœcis. Sur la table, des vases allongés contenant des roses, des lilas, des camélias et des jasmins je taient leurs teintes douces sur la blancheur de la nappe.
C’était la poésie du repas, la note idéale qui doit dominer tous les actes matériels de la vie. La nuit était venue, enveloppant de son voile noir la cité merveilleuse. Alors Cecilia avait offert ses lèvres à Grœcis et elle était partie sur cette ultime caresse. XI Grœcis était seul dans son studio, dans la pénombre rose du matin qui irisait les vases où mouraient les lis orgueilleux et les iris mélancoli ques.
La fumée légère de sa cigarette montait lentement et allait s’engloutir dans un rayon lumineux où dansaient des myriades de corpus cules. Il lisait, ou plutôt, il relisait les Ulime lettere di Jacopo Ortis, ce roman de Foscolo qui fait pen ser immédiatement au Werther de Gœthe. I Grœcis goûtait profondément cet ouvrage. Il aimait le malheureux amant de Térésa dont la plainte mélancolique s’exhale au long des lettres tristes et charmantes. Il l’aimait parce qu’il le
72 l'initiation comprenait, et le plaignait. C’est un livre qu'il faut lire à vingt ans, pendant le premier amour, pour en apprécier l’émotion poignante et le X charme délicat. Un passage surtout retenait l’attention du jeune homme qui en savourait l’harmonieuse cadence et la gracieuse inspiration: car cette ins piration trouvait un écho dans son cœur plein de Cecilia...
Le poète y découvrait ses propres souvenirs, celui du premier baiser, et la révélation des sen timents et des passions intimes de son être. Les mots qu’il murmurait semblaient être écrits pour lui-même. « Dopo quel bacio io son fatto divino.
Le mie idee sono più alte e ridenti, il mio aspetto più gaio, il mio cuore più compassionevole.Mi pare che tutto s’abbellisca ai miei sguardi: il lamentar degli augelli, e il bisbiglio de’ zefiri fra le frondi son oggi più soavi che mai; le piante si fecondano, e ì fiori si colorano sotto a’ medi piedi; non fuggo più gli uomini, e tutta la Natura mi sembra mia. Il mio ingegno è tutto bellezza et armonia.
Se dovessi scolpire c dipngere la Beltà, io, sde gnando ogni modello terreno, la troverei nella mia immaginazione... » Après cette lecture, qui synthétisait l’âme de Jacopo et celle de Grœcis, le jeune homme de meura rêveur. Il fixait machinalement le livre ouvert sur la table, et sa cigarette qui se consu mait lentement dans le cendrier. Mais son esprit était absent.
Il poursuivait la gracieuse silhouette aperçue dans les thermes de Fiesole, il rappelait le premier baiser à l’ombre des colonnes sécuAMES PAÏENNES 73 laires, la visite parfumée qui avait illuminé son studio, la rêverie sur le Lung’Arno et le retour de Settignano, retour où leur volupté se fondait dans la mélancolie légère du soir. Grœcis conservait l’impression intense et indé finissable de ces minutes fugitives.
Il n’analy sait pas cette impression, car son charme était trop subtil, mais il en goûtait l’essence rare et le souvenir précieux. Sur la cheminée, les statuettes païennes sem blaient comprendre la rêverie de leur poète. Comme lui, elles avaient l’âme ardente, sensuelle et mélancolique.
Comme lui, elles connaissaient l’amour antique, cet amour passionné,voluptueux et divin, où se cachait déjà, cependant, le « tæ dium vitræ » indéfinissable et mystérieux qui planera tour à tour sur Sapho, Didon, René, Werther et Jacopo Ortis, sur ces amants de rêve et de poésie, qui naissent pour aimer et pour souffrir.
SECTION ARCHÈOMETRIQUE A un Lion Prisonnier Pauvre lion, qui sait, dans ces cages affreuses, Tout en les parcourant le rêve que tu creuses! Ton œil triste et vermeil à travers ces barreaux Effleure indifférent ces hommes, tes bourreaux! Tu ne la connais pas cette foule importune Qui s’amuse un moment de ta grande infortune Ou si tu la connais, roi terrible et sanglant, Te sentant enchaîné tu n’en fais pas semblant.
Tu vas de long en large et bien loin d’eux tu [rêves: Cavernes de l’Atlas, torrents courant aux grèves Les replis du Liban, les sables des déserts Et les flots de la mer en lutte avec les airs Le soleil flamboyant, sa sœur pâle et timide Les étoiles, voilà ce que ton œil humide A l’heure où le soleil repose à son zénith Par delà tous ces fronts cherche dans l’infini: Et parfois, secouant brusquement ta crinière Tu te plains en ta langue et tu fais ta prière Et du fond de Paris jusque au firmament Monte, ô lion captif, un long rugissement. Saint-Yves d’ALVEYDRE.
Avis à nos Lecteurs Nous prions nos Lecteurs d'excuser le retard dans l’apparition de ce numéro et dans l’appa rition du numéro suivant. Ce retard, dû à un changement d’imprimeur, sera rattrapé au plus vite.
Nous venons de réaliser enfin l’espoir que nous avions depuis longtemps de faire imprimer sous nos yeux notre Revue et nous n’avons pas craint de faire tous les sacrifices nécessaires pour rendre cette déjà ancienne compagne de nos luttes digne de sa réputation. Un Calendrier astrologique sera dorénavant publié chaque mois avec les correspondances des divers zodiaques.
Les Conférences ésotériques seront également publiées in extenso ou clairement résumées. Par contre, nous demandons à tous nos amis de faire toute la propagande possible pour aug menter le nombre de nos Abonnés et Lecteurs. Merci d’avance, et en route pour la nouvelle année. La Rédaction
École Supérieure Libre des Sciences Médicales appliquées Conférences Spiritualistes École Hermétique PROGRAMME oes COURS pour 1911-1912 Section de Massage OUVERTURE DU COURS 1911-4912 LE LUÎWI 6 NOVEMBRE 1911 (Inscription dès maintenant ' Cette Ecole, fonctionnant sous le régime de l’Enseignement supérieur libre, est organisée surtout pour donner à ses élèves un enseignement esentiellemei^t rapide et pratique.
A cet effet, les cours sont accompagnés d'exercices sur le sujet vivant ou de’ démonstrations sur pièces anatomiques. Chaque élève est exercé séparément à la pratique des massages de divers genres, sous la direction du profeseur. De même, pour les cours d’anatomie élémentaire, où les reproductions anatomiques en grandeur nature de la maison Auzoux (1), obligeamment mises à la disposition de l’Ecole, accompagnent le cours.
Pour la Physiologie, le cerveau, les poumons, le cœur et les coupes microscopiques sont passés à chaque élève. Enfin,les visites nombreuses d’établissements utiles à connaître pour les élèves accompagnent les cours. Ces visites ont lieu une fois par semaine. (1) 56. Rue de Vaugirard. Paris.
ÉCOLE SUPÉRIEURE LIBRE 77 L’assistance aux cours et aux visites donne aux élèves des points qui entrent en ligne de compte pour l'examen définitif. Nous rappelons que, d’après l’article 27 de ses statuts, l’Ecole établit ses diplômes de manière à ne jamais créer la moindre confusion avec les diplômes de l’Etat. Nous rappelons aussi que l’Ecole organise son enseignement pour terminer tous les cours en quatre mois.
Les cours ont lieu le soir, de 9 heures à 10 heures, au siège de l’Ecole, 15, rue Séguier, Paris. Les livres indispensables aux élèves sont les sui vants: Anatomie: Atlas anatomique de l'homme et de la femme (Schleicher frères). Physiologie: Précis de physiologie, du docteur Encausse. Massage : Traité de massage, du docteur Verne. Les inscriptions sont reçues tous les matins, de 9 heures à midi, 15, rue Séguier, Paris.
Les renseignements complémentaires sont envoyés par correspondance. La section de massage délivre, après examen, des diplômes de maître masseur. Les dames sont admises au même titre que les hommes et dans les mêmes conditions.
Conférences Spiritualistes SALLE DES SOCIÉTÉS SAVANTES, 8, 0™ Danton Les conférences spiritualistes, organisées sous la direction de la Société Les Amis de Saint-Yves, com prendront cette année des modifications importantes. La conférence ésotérique de Papus sera précédée d’une étude de l’Archéomètre de Saint-Yves d’Alveydre, étude très courte (15 minutes), formant le com mentaire des adaptations musicales ou morphologi ques de l’Archéomètre. Ainsi sera commencée la dif fusion de cet admirable instrument intellectuel.
78 L’INITIATION De plus, chaque conférence sera suivie d’une petite séance artistique et récréative. Cette séance compren dra, outre la partie musicale, des projections en noir ou en couleur, des expériences pratiques d’Hypnotisme ou de Magnétisme et des adaptations cinéma tographiques du Spiritualisme. Les séances commenceront à 8 heures 45 précises. La conférence commencera à 9 heures 30 au plus tard, et la séance artistique à 10 heures 45.
Cette année, les conférences ésotériques porteront sur l’Egypte ancienne et ses enseignements secrets concernant la Mort, la Réincarnation, la Fatalité et ses mystères, ainsi que sur les Ecritures sacrées, les Hiéroglyphe et leurs rapports avec le Chinois et l'IIébreu, sur l’Inde et l’ésotérisme et sur la Sociologie.
Une série toute nouvelle de projections a été éta blie par le Docteur Papus en vue de ces conférences qui seront sténographiées et publiées en partie. ECOLE HERMETIQUE 15, Bue Séguier, 15 Les étudiants avancés dans les connaissances her métiques et les personnes qui désirent approfondir une branche quelconque de l’occultisme ont intérêt à s’inscrire comme auditeurs de l’Ecole Hermétique.
Les cours de l’Ecole ont lieu le Jeudi, à 9 heures du soir, trois fois par mois. Deux des cours sont faits par Papus et un par un des professeurs de l’Ecole. Les cours sont donnés au siège social, 15, rue Sé guier, mais une nouvelle salle, plus grande, sera mise à notre disposition, en cas de grande affluence des élèves.
Chaque cours comprend un exposé technique et une séance de réponses aux questions posées orale ment ou par écrit par les auditeurs. Ces questions peuvent porter sur une branche quelconque de l’oc cultisme. L’Ecole Hermétique ne délivre aucun diplôme. On délivre des cartes valables pour une séance (1 franc), des cartes pour un mois (4 francs le premier mois, 2 francs les autres), et des cartes pour l’année (là francs). Ces cartes donnent droit à une réduction de 50 % sur les entrées des conférences ésotériques.
UNE CAMPAGNE CLÉRICALE 79 RÉUNIONS MARTINISTES En plus des cours de l'Ecole, un enseignement théo rique et pratique est organisé dans les réunions martinistes tpii se tiennent tous les Mardis et deux fois par mois, le Samedi. Les cours de l'Ecole Hermétique rouvriront le Jeudi 16 Novembre à 9 heures du soir. Une Campagne cléricale sonine la Société Théosophique Est-ce que l’affaire Léo Taxil recommencerait?
Nous trouvons dans la France antimaçonique une série d'articles qui indiquent le commencement d’une campagne sérieuse contre la Société Théosophique. Le martinisme a été dans le même journal il y a quelques années l’objet d’nne campagne semblable.
Combattre les sociétés initiatiques est de bonne guerre pour les cléricaux mais ce qui nous étonne dans la campagne actuelle c’est l’influence des Maha tmas avec apparitions, précipitations d'écritures et téléphatie. Cela sent terriblement son Léo Taxil. Il faut cependant avouer que la documentation de cette campagne est admirablement faite. Il a dû falloir de longues années de recherches et de patience pour réunir cet ensemble de documents.
Nous tiendrons nos lecteurs au courant en reproduisant les passages les plus intéressants et les moins personnels de cette polémique. Une Séance de Spiritisme Dans le but d'assister à une séance de phénomènes médiuinniques, deux médiums qui se complètent, Mme et Mlle Vallée, avaient bien voulu nous inviter ma femme et moi à une de leurs soirées. J’avais en tendu parler des grandes facultés de ces médiums,
80 l'initiation mais mon enthousiasme dépassa tout ce que je m’étais imaginé lorsque je fus en présence des phéno mènes que je vais relater. Les conditions d’expériences étaient telles qu’il est impossible de supposer la moindre supercherie, illu sion ou hallucination. De plus, les deux médiums restent constamment à l’état de veille, il n’existe pas le spectacle toujours pénible d’une prise de posses sion douloureuse.
Tous les assistants ayant posé leurs mains sur deux tables mises en prolongement, ¡’obscurité fut faite. Après un moment d’attente le guide spirituel des séances — Mathurin —- nous informa par coups frappés que les phénomèènes allaient bientôt se pro duire. Effectivement, quelques instants après, plu sieurs personnes se sentirent touchées, pincées, l’une d’elles reçut dans le dos des coups de plat de main.
Ce fut le début de manifestations, déplacements d’ob jets sans contact, qui devaient se succéder pendant près d’une heure. Les objets déplacés furent tous pris dans la pièce où nous nous trouvions. Nous entendîmes d’abord le frottement de deux morceaux de sucre pris dans un sucrier.Ceux-ci se promenèrent au-dessus de nos têtes produisant de vives lueurs.
Je dois dire que le com mandant Darget présent à cette séance avait préala blement éprouvé la fluorescence produite par le même moyen et aucun rapprochement de luminosité n’est à faire tant étaient brillantes les étincelles. Sur la demande de l’Esprit-guide, Mlle Vallée chanta.
A ce moment un phénomène impressionnant se produisit: une mandoline placée au fond de la pièce fut emportée par des mains invisibles et se promenant autour et au-dessus de l’assistance, rythma le morceau chanté — « Le Noël d’Holmés » — puis vint après quelques mi nutes se placer sur la table, avec d’autres objets divers qui y avaient été lancés.
Parmi ces nombreuses mani festations je veux encore citer les coups frappés sur un gong au moyen d’un maillet de bois, lequel fut apporté sut mes genoux par une main invisible. Un tambourin voltigea dans l’air venant ensuite cogner la tête de plusieurs personnes. Une paire de ciseaux se promena pareillement, mis en mouvement par l’esprit faisant l’action de couper. Ces différents phé nomènes venaient à peine de se produire que nous entendîmes au fond de la pièce remuer un verre,
UNE SÉANCE DE SPIRITISME 81 prendre du sucre et verser de l'eau. C’était un excel lent Pippernniii que préparaient les esprits et qu’ils firent boire au grand étonnement de tous à une dame présente, Mme P... Enfin le médium remit à mon voi sin un crayon, à moi une feuille blanche sur laquelle j’avais écrit auparavant mon nom et la date. II ne pouvait ainsi y avoir substitution après ce qui va suivre.
Ces deux objets tenus en l’air nous furent pris des mains et transportés loin de nous. Nous enten dîmes le flottement du crayon sur le papier, puis le tout fut jeté devant nous. Le scripteur invisible avait manifesté son désir de terminer la séance, exprimant sa fatigue par ces mots typiques: « Je suis foutu!
M. » Ce langage est assez approprié si l’on considère que l’esprit guide se dit ancienmarin.il s’exprima comme il l’eût, fait de son vivant. En résumé cette soirée fut pour tous du plus haut intérêt. Elle réunissait à la fois les côtés spirituel et scientifique. Je suis heureux d’apporter par ces lignes à Mme et Mlle Vallée un bien sincère remerciement pour une heure dont nous garderons longtemps mé moire.
Véritable kaléidoscope des phénomènes trans cendants, nous avons revécu des expériences égalant celles de Stade ou d’Eusapia Paladino. Paris le 8 octobre 1911. G. Laux, S.‘.I.*. UNE LETTRE Paris le 9 septembre 1911.
Le commandant Darget à M. d’Arsonval, membre de l’Académie des sciences: Monsieur, J’ai l’honneur- de vous envoyer une découpure de journal pour vous montrer que deux médecins amé ricains ont découvert, il y a quelques jours, le rayon nement américain que j’avais découvert depuis des années et au sujet duquel vous n’avez pas fait encore le Rapport dont vous étiez chargé par l’Académie des sciences.
Je vous serai reconnaissant de ne pas laisser prendre par d’autres, et surtout par des étrangers, ce qui appartient à moi et à la France. Veuillez ne pas prendre mon expression « et à la France » corne trop prétentieuse; car il s'agit d’une
82 L'INITIATION découverte capitale trouvée par un Français et dont les effets se feront sentir sous une multitude de formes; et, notamment, pour la photographie des maladies, puisque les médecins y trouveront le diag nostic certain. Les plaques actuelles sont insuffi santes et cependant j’ai pu me rendre compte du rayonnement des maladies par les effluves que j’ai obtenus, toujours différents selon le genre de mala dies.
Il est probable qu’on inventera de nouvelles pla ques, plus sensibles à l’impression du fluide vital, et qui deviendront le spectroscope de certaines affec tions, surtout des affections nerveuses. La souscription Emmanuel Vauchez, dont je suis le trésorier, qui a produit plus de cinquante mille francs, a précisément pour but de récompenser les inventeurs de ces nouvelles plaques.
Il y a quelques semaines, je vous ai envoyé un grand journal scientifique « Le Fraterniste » parlant de la découverte de nouveaux rayons humains colo rant en rouge, sur le cliché, les lettres et signes ma nuscrits de la Iro enveloppe qui entoure ce cliché. J’ai d’autres lettres qui se sont inscrites en couleur verte. Je pourrai vous montrer ces clichés remarquables si vous le désirez.
Ci-inclus une photographie, dont je possède le cliché, que m’a envoyé le rédacteur scientifique d’un grand quotidien de Paris, à qui je viens d’adresser les renseignements qu’il m’a deman dés dans le but de faire un compte rendu de mes travaux sur son journal. Veuillez remarquer que ce journaliste a impressionné les lettres et signes de l’enveloppe témoin en blanc et en noir, ce qu’aucune lumière connue ne peut faire.
Mes photographies de la Pensée, dont le mémoire a été présenté à l’Académie des Sciences le 14 août ont paru si remarquables qu’un long résumé a été en voyé télégraphiquement aux journaux d’Amérique.
Comme preuve, je vous envoie ci-inclus, le « Times » de New-York portant la date du 16 août, c’est-à-dire que le Times a inséré mes photographies de la Pensée le même jour que les journaux français, le surlende main, par conséquent. de h-ur présentation à l’Académie, L’Administration qui fait fonction de « L’Argus de la Presse » à New-York m*a écrit pour me proposer de m’envoyer, contre payement, les nombreux jour naux parus dans les deux Amériques, parlant de ma découverte.
UNE LETTRE 83 Un journal des Etats-Unis nia demandé, pour les reproduire en gravure, des photographies que je lui ai envoyées. Depuis près de 30 ans que j’ai fait la découverte, par la photographie, clu rayonnement humain, j'ai employé environ 4 à 5 mille francs pour la perfection ner sous une multitude de formes.
Il serait vraiment dommage de me laisser dépouil ler, et encore par un étranger, lorsque vous avez été désigné pour empêcher qu’on puisse commettre ce vol. Voici, avec les dates, les rapports dont vous avez été chargé à mon sujet : 30 Novembre 1908 : Ma découverte sur le Rayonne ment humain que j’ai dénommé plus particulière ment Radio-activité du Corps humain.
8 Février 1909 : Radio-activité des différentes par ties du Corps humain pendant un temps donné. 9 Août 1909 : Radio-activité des Animaux et des Vé gétaux. 20 Février 1911 : Adhérence directe de l’argent et de l'or, par le fluide vital humain; opération que l’in dustrie n'avait pu réaliser jusqu’à ce jour.
J’ai en l'honneur de vous écrire, il y a quelques mois, en vous priant de faire le Rapport, tout au moins celui du 30 Novembre 1908 sur le Rayonnement humain, puisque plusieurs savants m’avaient écrit avoir obtenu ce phénomène, savants dont je vous donnais les noms. D'ailleurs, je ne vous demandais pas une faveur, puisque je vous disais de conclure carrément par « oui » ou par « non » sur la validité du phénomène.
En ce moment, je vous demande la même chose.
La menace suspendue sur ma découverte par les deux docteurs américains Kilner et O’Donnel, m’oblige à prendre des précautions, en attendant que votre rapport ait vu le jour, la permission de faire paraître la présente lettre dans un journal, afin de prendre date et démontrer au public que j’ai fait ce que j’ai pu, c’est-à-dire tout mon devoir, pour que la découverte du Rayonnement humain revint à qui de droit. Je vous prie d’agréer, Monsieur, mes sentiments Commandant DARGET. 11, rue de la Glacière, Paris (XIII0) distingués.
84 L’INITIATION OUVRaGES M »¿EMMSSE (PM) Classification de la Biiliolhéque Natloaale Encausse (Dr Gérard), Pseud. Papus. - L’Absorp tion cutanée des médicaments d'après le système de Louis Encausse, inventeur. Expériences faites dans les hôpitaux de Paris et rapport officiel an ministre de l’intérieur. Rapport sur les expériences faites en Espagne, etc. Avec une introduction et des notes, par le Dr Gérard Encausse. — Paris, Chamuel, 1894.
In-18, 6 p. fig. 8° Te 7. 291. 1900. — Ibid. In-18, 62 p., fig. 8° Te 7. 377. L’Ame humaine avant la naissance et après la mort, constitution de l'homme et de lTnivers, clef des évangiles, initiation évangélique, d’après « Pistis Sophia », par le Dr Papus. — Paris Chamuel, 1898. In-12, 89 p., fig. 8° R. 16013. Anarchie, indolence et synarchie, les lois physio logiques d’organisation sociale et l’ésotérisme, par Papus. — Pans, Chamuel, 1894.
Gr. in-8°, 28 p. 2 ex. 4° R. Pièce 875 et 876. Delius et Papus. Anatomie et physiologie de l'or chestre. — Paris, Chamuel, 1894.1n-12, 24 p., fig. 2 ex. 8« V. Pièce, 10336 et 11197. L’anatomie philosophique et ses divisions, précédée d’un essai de classification méthodique des sciences anatomiques, par Gérard Encausse. — Paris, Cha muel, 1894.In-8°, 164 p. 8° Ta 1. 21. Appendice.
Voir Constant (Abbé Alphonse-Louis). — Le livre des splendeurs. — Paris, 1894. In-8°. A. 21152. Papus. Les Arts divinatoires, graphologie, chiro mancie, physiognomonie, influences astrales (petit ré sumé pratique). — Paris, Chamuel, 1892. In-18, 112 p. 8° Q. 1939. (Extrait du Bulletin trimestriel de la Librairie du merveilleux. Juillet-Août-Septembre 1892). Papus.
Le Cas de la voyante de la rue de Paris, d’après la tradition et la magie. — Paris, édition de « l’initiation », 1896, In-16, 52 p. 8° R. 16010.
OUVRAGES DU Dr ENCAÜSSE 85 Papus. Catholicisme, satanisme et occultisme. — Paris, Chamuel, 1897, In-18, 35 p. 2 ex. 8° R. Pièce 7550 et 7699. Clef absolue de la Science Occulte. Le Tarot des Bohémiens, le plus ancien livre du monde, par Pa pus. — Paris, G. Carré, 1889. Gr. In-8° 372 p. fig. et pl. 2 ex. 4° R. 2103 et 8° R. 2607.
Comment est constitué l’être humain? le corps, l’as tral, l’esprit et leurs correspondances, les auras hu main- ", clefs des constitutions à neuf, sept et cinq éléments, par le Or Papus. — Paris, Chamuel, 1900. ln-16, 37 p. lig. 8° R. Pièce 8822. (Bibliothèque de propagande occultiste publiée sous la direction de l’ordre niartimste). Papus. Comment on lit dans la main. — Châtillon- «ur-Seine, impr. de A. Pichat (1902). — ln-16, 234 p. 8° R.
18092. — (’litre Manuscrit). Considérations sur les phénomènes du spiritisme, rapports de l’hypnotisme et du spiritisme, nouvelles règles j ratiques pour la formation des médiums, in fluence du spérisprit dans la production des phéno mènes spirites, par Papus. — Paris, Librairie des Sciences psychologiques, 1890. In-8°, 32 p. fig. 8 R. Pièce 4612.
Le Diable et l’occultisme, réponse aux publications « satanistes », par Papus. — Paris, Chamuel, 1895. In-18, 86 p. 8° R. 13252. Papus. Les Disciples de la Science Occulte. Fabre d'Olivet et Saint-Yves d’Alveydre. — Paris, G. Carré, 1888. In-8% 23 p. 8° R. Pièce 4145. (Publications de l’Isis, branche française de la So ciété théosophique.) Papus.
Les sept principes de l’homme au point de vue scientifique. — Paris,Conférence de la Société Théotophique « Hermès », - 1889. In-8°, 16 p. 8° R. Pièce 4252. (Extrait de la Revue Théosophique). Gérard Encausse. Essai de physiologie synthétique. — Paris., G. Carré, 1891. In-8°, 130 p. fig. 8° R. 10507. De l’Etat des Sociétés secrètes à l’époque de la Ré volution Française, par Papus. — Paris, Chamuel, 1894. Gr. In-8°, 8 p. 4° Lb 11545. De l’Expérimentation dans l’étude de l'Hypnotisme, à propos des prétendues expériences de M. Hart, de
86 l'initiation Londres, par Gérard Encausse. — Clermont (Oise), impr. de Daix frères, 1893. In-8°, 8 p. 8° Te 14 170. (Extrait des annales de psychiatrie et d’hv.pnologie. Février 1893). Gérard Encausse. Hypothèses. — Paris, Coccoz, 1884. In-18, 31 p. 8° R. 6236. L'illuminisme en France 1767-1774).
Martines de Pasqually, sa vie, ses prati ,;ie.s magiques,son œuvre, ses disciples, suivis des c itéchisme des élus coens, d’après clos documents entièrement inédits, par Pa pus.— Paris, Chamuel, 1895. In-18, 285 p. et pl. 8° In 27. 43321. Papus. La Kabbale (tradition secrète de H ccident), résumé méthodique, ouvrage précédé d'une lettre d’Ad. Franck. — Paris, G. Carré, 1892. In-8°, 188 p. 2 ex. A. 20736 et 20737. Papus.
La Cabale, tradition secrète de l'Occident Ouvrage précédé d'une lettre d’Ad. Franck, ei d'une étude par Saint-Yves d’Alveydre, 2e édition, considé rablement augmentée, renfermait: de nouveaux textes de Lenain, Eliphas Levi, Stan -las de Guaita, Dr Marc Haven, Sedir, J. Jacob, Saïr et une traduction complète du Sepher Ietzirah, suivi de la réimpression partielle d’un traité cabalistique du chev. Drach. — Paris, Bibliothèque Chacornac, 1903.
In-8°,VI-357 p. fig. et pl. A. 21617. Lettre-préface. Voir DURVILLE (H.). Ecole prati que de magnétisme et de massage. L’Enseignement du magnétisme. — Paris 1895. In-16. 8° Te 14 185. Lettre-préface. Voir LENAIN (Lazare-Républicain). La Science cabalistique, ou l’Art de connaître les bons génies. Réimpression de l’édition originale de 1823. — Paris 1909. In-12. 8° R.
22944. (Les classiques de l’occulte, publiés sous les auspi ces de l’ordre cabalistique de la Rose-Croix). Lettre-préface. Voir SEDIR (Paul). Eléments d’Hébreu. — Paris, 1901. In-8°. 8° Xpièce 1457. Lettre-préface. Voir ZOHAR. Etudes tentatives. — Paris 1903. In-8°. 8° R. Pièce 9509. Lettre-préface. Voir ZOHAR. Kabbala denudata. Le Zohar, traduction française de Henri Chateau. — Paris, 1895. In-8°. A. 21078. (Les classiques de l’Occulte).
OUVRAGES DU Dr ENCAUSSE 87 La magie et l’hypnose, recueil de faits et d'expé riences justifiant et prouvant les enseignements de l’occultisme, par Papus. — Paris, Chamuel, 1897. In8°,111-385 p. fig. 8° R. 16522. La maison hantée de Valence en Brie, étude criti que et historique du phénomène, par Papus. — Pa ris, édition de « l’initiation ». 1896. In-16, 31 p. 8° Lk 7. 31. 719.
Martinésisme, Willermosisme, Martinisme et Franc-maçonnerie, par Papus. Avec un résumé de l'Histoire de la Franc-maçonnerie en France, de sa création à nos jours et une analyse nouvelle de tous les grandes de l’écossisme. — Paris, Chamuel, 1899. In-16, 119 p. 8° H. 6351. (Bibliothèque martiniste). L Occulte à ¡’Exposition par Papus. — Paris, édi tion de « l’initiation », 1901. In-12, 28 p. pi. 8° R. Pièce 9093.
L’Occultisme, par Papus. — Paris, Librairie du Magnétisme, 1890. In-16, 13 p. 8° R. Pièce 4520. Papus, Louis Lucas, Wronski, Eliphas Levi, SaintYves d’Alveydre, Mme Blavatsky. — Paris, G. Carré, 1887. In-18, 8° R. Pièce 3735. (Nouvelle Bibliothèque des Théosophistes, des en fants de la veuve, des kabbalistes et des occultistes). L’Occultisme et le Spiritualisme, exposé des théo ries philosophiques et des adaptations de l’Occultisme, par G.
Encausse. — Paris, F. Alcan, 1902. In-16, 188 p. fig. 8° R. 18014. Petit Glossaire des principaux termes techniques employés dans les livres et revues traitant d’occul tisme, de théosophie, de kabbale, de franc-maçonne rie, de spiritisme, par, pour la tradition occidentale, Papus; pour la tradition orientale Augustin Chaboseau. — Paris, G. Carré, 1892. In-8°, 26 p. 8° R. Pièce 5129.
Peut-on envoûter? étude historique, anectodique et critique sur les plus récents travaux concernant l’envoûtement, par Papus. — Paris, Chamuel, 1893. ïn-16, 39 p. et pl. 2 ex. 8° R. Pièce 7700 et 7806. Papus. La Pierre philosophale, preuves irréfuta bles de son existence. — Paris, G. Carré, 1889. In-16, 29 p. et pl. 8° R. Pièce 4101.
88 l'initiation Le Plan astral. L’état de trouble et l’évolution pos thume de l’être humain, par Papus. — Paris, Chamuel, 1894. In-16, 20 p. fig. 8° R. Pièce 5744. Préface. Voir BODISCO (Constantin-Alexandrovitch). Recherches psychiques (1888-1890). — Paris, 1892. In-8°. 8° R. 10896. Préface. Voir DECRESPE (Manus). Principes de physique occulte. — Paris, 1894. In-12. 2 ex. 8° R. 14138 et 14485. 1903, Paris. In-18. 8° R. 19244. Préface.
Voir JOLLIVET CASTELOT (François). Comment on devient Alchimiste. — Paris, 1897. In-8°. 8° R. 14409. Préface. Voir RIOTOR (Léon). Le Pressentiment. La jument noire. — Paris, 1895. ln-8. 8° Y 2. Pièce 1364. Préface. Voir ST MARTIN (Louis-Claude de), "ta bleau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l’homme et l’univers. — Paris, 1900. In-8°. 8° R. 16581. Préface. Voir SEDIR. (Paul). La Mystique judéochrétienne. fl.
Les tempéraments et la culture psy chique d’après Jacob Boèhme. — Paris, 1894. In-18°. 8° R. 11993. Préface. Voir VURGEY. Trois adaptions du mi crocosme. — Paris, 1892. In-8°. 8° R. 16027. Préface. Voir Au PAYS des esprits, ou Roman vécu des mystères de l’occultisme. — Paris, 1903. In8°. 8° Y 2. 54531. Papus. (G.).
Premiers éléments d’astrosophie (In troduction à tous les traités d’astrologie). — Paris, Publications de l’Ecole Hermétique, 1910. In-8°, 60 p. 8° R. 23868. ' (Astrologie, astronomie, hermétisme astral,, cours professé à l’Ecole des Sciences Hermétiques, lor tri mestre 1910). Papus. Premiers Eléments de chiromancie renfer mant, en une série de leçons didactiq., la chirognomonie, la chiromancie physique et astrologique et la chirosophie.
Ouvrage précédé de la réédition du Traité synthétique de chiromancie. — Paris, Chacornac, 1896. In-18, 228 p. fig. 8° V. 14858. Bibliothèque. 47° vol.
Premiers éléments de lecture de la Langue sansOUVRAGES DU Dr ENCAUSSE 89 «rite (caractères dévanagari), par le Dr Papus. — Paris, Chamuel, 1898. In-12. 23 p. et tableau. 8° X. Pièce 1294. (Université des Hautes études, Paris. Faculté des Sciences Hermétiques). Qu'est-ce que l’Occultisme? Etude philosophique et cirtique, par Papus. — Paris, Chamuel, 1900. In-16, 80 p. 8» R.
17243. (Bibliothèque de Propagande occultiste, publiée sous la direction de l’Ordre Martiniste). 1905. 2e édition. — Paris, Chacornac. In-18. 71 p. 8° R. 20007. Papus. Les Rayons invisibles et les dernières expé riences d’Eusapia devant l’Occultisme. — Tours. Impr. <le E. Arrault, 1896. In-16, 59 p. fig. 3 ex. 8° R. 13581, 15313 et 16011. Papus.
La Science des mages et ses applications théoriques et pratiques, petit résumé de l’occultisme, entièrement inédit. — Paris, Librairie du Merveil leux, 1892. In-18, 8» R. 11222. Papus. Le Sepher Jesirah, les cinquante portes de l’intelligence, les trente-deux voies de la sagesse. — Tours, Impr. de E. Arrault, 1887. In-8°, 20 p. 8° R. Pièce 4144. (Extrait du Lotus n° 7. — Publications de l’Isis, branche française de la Société théosophique.
Les classiques de la kabbale. Traduction inédite). Le spiritisme, par Papus. — Paris, Librairie du magnétisme, 1890. In-16. 13 p. 8° R. Pièce 4602. La thérapeutique de la tuberculose, à propos d’une expérience récente par le Dr Gérard Encausse. — Pa ris, Chamuel, 1899. In-8°, 16 p. 8° Te 77 602. Ed. Almanach de la Chance et de la « Vie mysté rieuse >> pour l’année 1910. — Paris (1909). In 8°. 8° R. 23478. Ed. Annuaire de l’homéopathie à Paris.
1™ année 1899. — Paris (S.-D.). In-12 8° T. 50 8. Ed. L’Initiation lro (23° année). — Paris, 1888-1900. In-8 8° R. 8863. Ed. The Rising Sun, à montly review. N° 1. — Paris, 1894.
90 l'initiation Ce que doit savoir un maître maçon. — Pans. 1 vok 8°. Friker. Précis de Psysiologie. — Cours professé à l’Ecole de massage. Durville éditeur. 1 vol. in-8° fig. Papus. (2° édition).
Traité élémentaire de Magie pratique, adaptation, réalisation, théorie de la ma gie, avec un appendice sur l’histoire et la bibliogra phie de l’évocation magique et un dictionnaire de la. magie des campagnes, des philtres d'amour, etc. — Paris, Chamuel, 1893. In-8°, 1X559 p. fig. 8° R. 11756. 1906 (2e édition). — Paris, Biblioth. Chacornac, In-8, 584 p. fig. 8° R. 20609. Papus.
Traité élémentaire de Science Occulte, met tant chacun à même de comprendre et d'expliquer lesthéories et les symboles employés par les anciens, par les alchimistes, les francs-maçons, etc. — Paris, G. Carré, 1888. In-18°, 219 p. fig. et pl. 8° R. 8301. (Publications de l’Isis, branche française de la So ciété théosophique.) Traité Elémentaire de Science Occulte.
5° édition, augmentée d’une troisième partie sur l’Histoire se crète de la Terre et de la Race Blanche, sur la consti tution de l’Homme et le plan astral, par Papus. — Paris, Chamuel, 1898. In-18, 456 p. fig. pl. 8° R. 15184. Traité méthodique de Science Occulte, par Papus. — Lettre-préface, Ad. Franck. — Paris, G. Carré, 1891. In-8” XXXVI-1902 fig. pl. 8° R. 10508.
Du Traitement de l’obésité locale, par le Dr Gérard Encausse. — Paris, Chamuel, 1898. In-32, 15 p. 8° Te 104. 42 Du Traitement externe et psychique des maladies nerveuses, aimants et couronnes magnétiques, mi roirs, traitement diététique, hypnotisme, suggestion, transfert par le Dr Gérard Encausse. — Paris, Cha muel, 1897. In-18, 208 p. 8° Te 64. 392.
Du Transfert à distance, à l’aide d’une couronne de fer aimantée, d’états névropathique par MM. Luis et Encausse. — Clermont (Oise) Impr. de Daix frères». 1891. In-8°. 4 p. 8o Te 64. 351. (Extrait des annales psychiâtrie et d'hypnologie. Mai 1891.)
LE CODE D’HAMMOURABI 91 LE C0DEJW*M0URflBI L’hygiène sociale à Babylone Le Docteur Raoul Brunon, de Rouen, vient de pu blier de curieuses Noies sur l'histoire de la médecine ancienne (1). Notre distingué confrère y analyse un document médical fort curieux et fort ancien. Ce document curieux est la loi d’Hammourabi, roi de Babylone, qui vivait vers 2000 ans avant JésusChrist.
11 la fit graver sur un bloc de diorite qui fait partie des trésors rapportés de Suze par la mission archéologique française de M. de Morgan. Ce texte, déchiffré par le père Scheil, représente la loi la plus ancienne qui ait fixé les devoirs et les droit du méde cin.
Protection des enfants et des femmes, salaires,, droits et obligations des médecins, salaires des vété rinaires, responsabilités des chirurgiens, réglementa tion des cabarets, font l’objet de prescriptions spé ciales, qui restèrent en vigueur à Babylone pendant de longs siècles.
Pour la protection des enfants en nourrice, l’arti cle 194 porte : « Si un homme a donné son enfant à une nourrice et si cet enfant est mort entre les mains de cette nourrice, si la nourrice nourrit un autre enfant sans (la permission de) ses père et mère, on la fera com paraître, et pour avoir nourri un autre enfant, sans (la permission de) ses père et mère, on lui coupera les seins. » Pour ce qui concerne les coups et blessures, il est extrêmement remarquable de voir que l’amende est moins élevée lorsque la victime est noble.
La loi ad met que le dommage est plus grand lorsque la vic time est un homme qui vit de son travail. De même l’honoraire du médecin et du chirurgien est plus élevé dans le second cas que dans le premier. La protection de la femme enceinte fait l’objet de plusieurs articles curieux.
« Si un homme a frappé une fille d’homme libre et a fait tomber son intérieur (avorter), il payera pour son fruit 10 sicles d’argent. * (1) Plaquette in-32, de 55 pages, chez L. Wolff, à Rouen.
$2 l'initiation «Si cette femme meurt, on tuera la fille (de l’agres seur). » Pour ce qui concerne la responsabilité des méde cins et des chirurgiens, le code d’Hammourabi est particulièrement sévère.
Passe encore pour les amen des; mais « si un médecin a traité un homme libre d’une plaie grave avec le poinçon de bronze et a fait mourir l’homme, s’il a ouvert fa taie de l’homme avec le poinçon de bronze et a crevé l’œil de l’homme, on •coupera ses mains. » Les oculistes devaient y regarder à deux fois. Le procédé employé pour les empêcher de recommencer était, évidemment, on ne peut plus radical.
Les vétérinaires s’en tiraient heureusement à meil leur compte. « Si le médecin des bœufs ou des ânes a traité un bœuf ou un âne d’une plaie grave et causé sa mort, il donnera le quart de son prix au maître du bœuf ou de .l’âne. « La Réglementation des cabarets était un peu plus sévère que celle de nos débits de poison. C’étaient des femmes qui tenaient les débits de bois sons.
Elles n’étaient probablement que des préposées exploitant, comme aujourd’hui, pour le compte de gros commerçants. Le prix des consommations se payait en blé évalué d’après un tarif légal, et on consommait à crédit pour payer lors de la moisson. Le blé tenait lieu de petite monnaie.
Il était interdit à ces femmes d’exiger de l’argent, ce qui eût été une gêne pour les consommateurs et un bénéfice pour elles dans le cas où le blé aurait baissé de valeur à l’époque de la moisson. Toute infraction à cette dis position était punie de mort. La femme qui avvait commis cette faute était jetée à l’eau. La tenue des tavernes était d’ailleurs assujettie à une police rigoureuse.
Si des rebelles se réunissaient dans une taverne et si la marchande ne les arrêtait pas pour les amener au palais du roi, elle était ellemême punie de mort. Il faut croire que les rebelles en question était d’assez bonne composition pour se lais ser ainsi conduire au palais du roi par une simple femme. Ajoutons que l’entrée des cabarets était inter dite aux femmes. On devrait bien pouvoir en faire autant aujourd’hui. « Comme les peines de la loi de Moïse, — observe
LE CODE d’hAMMOÜRABI 9^ M. le Dr Brunon — celles édictées par la loi d’Ham mourabi étonnent par leur rigueur, mais la justice a été la même dans tous les temps. Aujourd'hui encore on la représente sous la figure d’une femme tenant une petite balance et une grande épée. » ’ Dr L. F. Asunciôn, 22 Juin 1911. Monsieur le Directeur du Petit Parisien Paris (Xe).
Monsieur : Je lis dans le Petit Parisien du 26 Avril dernier, un article intitulé « Nouveaux Fantômes », et signé Jean Frollo, dans lequel il est dit que l’apparition de fan tômes îi e.-l que le produit de nos rêves ou de notre imagination. Ce serait merveilleux, si notre sensibi lité pouvait, les faire naître à volonté et leur donner une forme sensible.
Elie Reclus en parle tout à son aise et avec une désinvolture qui ferait croire que c’est lui qui fait di vaguer son imagination dans le domaine des rêves.
En voyant apparaître le nom de Reclus, nous sommes autorisés à croire que les idées émises dans cet article doivent être le produit de recherches sé rieuses, mais il n’en est rien : elles ne sont que le fruit d’une imagination qui ne s’est même pas donné la peine de voir et de se rendre compte que vraiment et sûrement les revenants et les fantômes sont des êtres réels dont la présence au milieu de nous n’a rien à voir avec notre imagination, sar s’il en était autrement, nous pourrions les faire apparaître au gré de notre volonté, sans le moindre effort.
Ce qui n’est pas exact, comme je vais essayer de le démontrer par des preuves, si mon témoignage peut servir à quelque chose.
Il y a deux mois à peine, je me trouvais à 11 heures 1/2 du soir, par un beau clair de lune, avec trois de mes compatriotes dans une propriété située à 2 kilo mètres de l’Asuncion, Capitale du Paraguay, et nous allions nous mettre en marche pour rentrer chez nous, tout venait d’être fermé, quand tout à coup, je vis apparaître, sous les arcades de la maison, une femme de petite taille, au teint glabre, ayant une jupe couleur gris fer et un fichu noir sur la tête qui
'94 l'initiation lui descendait à plus de 30 centimètres au-dessus de la taille. Cette forme parfaitement humaine venait de l’inté rieur de la propriété. S’arrêtant un moment elle se tourna de notre côté (c’est grâce à ce mouvement que nous pûmes voir sa figure) et reprit sa marche un instant interrompue, en se dirigeant vers la porte de la maison que nous venions de fermer à clef et dis parut à nos yeux.
Très surpris nous revînmes vers la maison que nous fouillâmes dans tous les coins et recoins sans rien trouver. Il n’y avait pas de doute, c’était bien un fantôme qui venait de nous apparaître. Dans ce cas l’auteur de l’article « Nouveaux Fan tômes d du Petit Parisien, ne pourra pas dire je suppose, que cette apparition était pour nous le pro duit de notre imagination, puisque nous n'y pen sions pas du tout.
Noud retournons souvent la nuit dans cette maison, par n’importe quel temps, et chaque fois, nous atten dons des heures entières dans le plus profond recueil lement notre fantôme, mais, c’est en vain; plus rien. Nous n’avons pu le revoir malgré tout le désir que nous en avions.
Si la théorie émise par Elie Reclue était acte, notre grand désir de revoir ce fantôme, peint, dans notre imagination, l’aurait certainement fait renaître et nous aurions revu notre revenant. Mais il n’en est rien.
Ce serait trop beau et Elie Reclue parle des fan tômes comme un romancier qui crée ses personnages à sa façon sans jamais les avoir vus; et quoi qu’on dise nous sommes entourés d’esprits qui de temps en temps pour des considérations particulières à eux se manifestent à nous sous une forme apparente et non pas imaginative.
Je pourrais vous citer bien d’autres cas particu liers (personnels) mais je crois inutile de vous les énumérer, car ce serait peut-être abuser de votre attention sur un sujet que beaucoup d’esprits forts nient pour ne pas se donner la peine de l’approfon dir. El en ridiculisant on en ni.mt on ne pronxe rien. J’ai bien l’honneur de vous saluer avec toute ma considération. L. Blanchet.
BIBLIOGRAPHIE 95 BIBLIOGRAPHIE Nous recommandons tout spécialement à nos lec teurs qui connaissent la langue Italienne, une nou velle revue : Il Pensiero, rivista filosofìa e scientifica deggli olii studi, Qui vient de paraître à Bari (Italie), sous la direc tion du Dr Michele de Vincenzo-Majulli. Nous souhaitons à cette intéressante revue, tout le succès qu’elle mérite.
Vient de paraître : Patrie? ou Mairie! brochure traitant de l’étude de régénération nationale et sociale en vente chez l’au teur M. Isidore Nègre, à Mazamet (Tarn). Prix : 25 centimes. P. Verdad-Lessard : Une maison qu’on a cru hantée. Nantes. Bureaux de la Religion Universelle.
La Sorcellerie au Maroc, œuvre posthume du Dr Mauchamp, médecin du gouvernement français à Mar rakech, précédée d'une étude documentaire sur l’œu vre de l’auteur par M. Jules Bois. A Paris, chezDoRbon-Ainé, 19, boulevard Haussmann. Un vol. in-8 avec 17 illustrations hors texte, la plupart d’après les pho tographies prises .par l’auteur. Prix : 7 fr.
On sait la fin tragique, l’œuvre patriotique de ce martyr de la science que fut le Dr Mauchamp, « le héros de Marrakech ». Le Dr Mauchamp compte par mi les premiers les meilleurs pionniers de la civilisa tion française au Maroc. Il paya de sa vie son dé vouement à sa patrie et à la cause du progrès.
La Sorcellerie au Maroc est en quelque sorte la syn thèse de ses observations personnelles sur les mœurs, les connaissances incomplètes, fanatiques, supersti tieuses, mais prodigieusement bizarres et pittores ques, de ce peuple à qui notre science et notre mo rale apporteront une régénération dont il a besoin. Ce jeune médecin périt victime de ceux-là dont il a dévoilé les impures et dépravantes pratiques. Talebs, sorcières, sorciers, nécromans, magiciens interlopes et vicieux, qui abrutissent et corrompent, se liguèrent
96 L’INITIATION contre lui, et, se sentant fortifiés d'une influence étrangère qui nous est hostile, ils menacèrent à Mar rakech celui qui guérissait leurs malades et donnait à tous l’exemple de la sagesse, de l’abnégation et de la bonté. M. Mauchamp père reçut le manuscrit de ce livre en feuillets déchirés et tachés de sang; on les avait ramassés dans la maison du docteur livrée au pil lage.
Il les classa avec soin et les confia à M. Jules Bois, qui était un ami de son fils et dont celui-ci lui avait parlé maintes fois. L'écrivain, le voyageur psy chologue, qui a lui-même écrit maints ouvrages sur la sorcellerie ancienne et moderne, était tout indiqué pour mettre en lumière ces documents d'un intérêt palpitant aussi bien au point de vue patriotique, qu’au point de vue scientifique.
L’âme close, murée en quelque sorte, de l’Arabe du Maghreb nous est enfin révélée. Il nous apparaît, mal gré ses réticences et ses mensonges, tel quel, avec ses passions effrénées, ses exaltations mystiques, ses cruautés, ses raffinements barbares. Rien n est plus édifiant pour le psychologue, le curieux, l’explorateur et le moraliste, que cette étude poursuivie sur le vif, et où rien ne nous est caché.
Maints détails cyniques, qu’il était nécessaire de mettre en lumière, empêchent ce livre d’être lu de tous; mais il a sa place d'hon neur dans une bibliothèque, qui ne reste pas étran gère à la propagande française et aux documenta tions exactes et sincères sur l’Ame humaine, livrée à ses instincts. L’Alliance Spiritualiste. Revue mensuelle Abonne ment : 7 fr.
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