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*- Revue philosophique des Hautes Études LIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION F’A.F’TJS VOLUME. — 24™ ANNÉE SOMr • E DU Nü 9 (Juin 1911 ) PARTIE PHILOSOPHIQUE Le livre rouge p. in3 à 209)...............................Hortensius Flamel. Le.î AZ/unZe.v e/z (p. 210 à 223) .... X... La médecine transplantatoire (suite (p. 224 à 236)....................................................................... C. B.
Les homœopat hes et i homœopathie p. 237 à 246). Encausse. L'équivalent social de la douleur (p. 246 à 262). E.-A. Férard. Société d'Etudes philosophiques et psychiques de Tours suite) (p 263 à 271)..........................X... SECTION ARCHÉOMÉTRIQUE Synarchie européenne (suite) (p. 272 à 277) . . St-Yves d'Alveydre.
Le quatrième congres international de philosophie à Bologne. — La sorbonne ouvre scs portes à l’occultisme. — Rectification. — Société des conférences spiritualistes. — Bibliographie. Tout ce qui concerne là Rédaction et les Échanges doit être adressé 15, rue Séguier, à Paris-VIe. Téléphone — 816-09 Tout ce qui concerne l’Administration : ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO, ANNONCES doit être adressé à la Librairie Générale et Internationale G.
FICKER PAR/S — 4 et 6, Rue de Savoie, 4 et 6 — PAR/S Le numéro : 1 fr. 25. — Un AN | (rancs pour la. France- ( 12 francs pour l’Ètranger.
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la i- ■ ; don ; mais elles n ont abouti qu’à de vaines et stériles nég? La Science expéri mentale a conduit les savants maigre , ]e domaine des forces purement spirituelles par l’hyp ia suggestion à distance.
Effraye's des résultats de leur:-, -, < r riences, les Matérialistes en arrivent à les nier. LyInitiation est l’organe principal de <, c spiritua liste dont les efforts tendent : Dans la Science, à constituer la S;v, ’ . eu appliquant la méthode analogique des Anciens aux découvertes nrjvtiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l'initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie (Exotérique) expose-aux lectrices ces ques tions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte.
L'Initiation paraît régulièrement à la fin de chaque mois et compte déjà vingt années d’existence. — Abonnement : io francs par an. (Les collections des huit premières années sont absolument épuisées.)
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Oette partie est ouverte aux écrivains de toute Ecole, sans aucune distinction, et chacun d'eux conserve la responsabilité exclusive de ses idées. LIVRE ROUGE Résumé du magisme, des sciences occultes et de la philosophie hermétique D'après Hermès Trismégiste, Pythagore, Cléopâtre. Artéphius, Marie-l'Égyptienne, Albert-le-Grand, Paracelse, Cornélius Agrippa, Cardan, Mesmer.
Charles Fourrier, etc. PAR HORTENSIUS FLAMEL (Éliphas Lévi) AVANT-PROPOS Sous le pseudonyme d’Hortensius Flamel, Eliphas Lévi a publié en 1841 le petit ouvrage que nous re produisons aujourd’hui. Le Livre Rouge est devenu introuvable et atteint des prix fantastiques chez les libraires. Nous avons la conviction que l’auteur de ce livre est bien Eliphas Lévi d’autant plus que ce chercheur a republié dans son Ash Me^areph une partie de cet ouvrage.
Quoi qu’il en soit, les lecteurs de Y Initiation auront les premiers cette réédition d’un volume bien sou vent demandé. Papus. 18
194 l’initiation * * * PREFACE Les derniers alchimistes, ces hommes de science et de génie qui travaillaient au Grand Œi vre, sont morts il y a bientôt cent ans, et depuis lors plus rien n’a paru sur cette science.
L'oubli, cette poussière des temps, est venu recouvrir de ses impénétrables couches les bulletins de leurs espérances, de leurs travaux et de leurs souffrances. — Beaucoup de leurs précieux manuscrits, déshérités des faveurs de l’im pression, sont restés enfouis dans les catacombes des bibliothèques. La langue même de leur science a été oubliée.
Semblable aux mystérieux hiéroglyphes des tEgyptiens, il ne se trouve plus personne maintenant pour la traduire ou l’expliquer. Triste retour des choses d’ici-bas ! Encore quelques années au train dont vont les hommes et les choses, et le magisme, la plus belle science qu’il soit donné à l’homme d’étudier, n'eùt plus été pour nous qu’un mythe, qu’un symbole.
Lequel de nos savants pourrait nous dire, à l’heure où nous vivons, ce que faisaient les Égyptiens il y a six mille ans? quelles étaient leurs lois, leurs mœurs, leurs coutumes? jusqu’où enfin s’étendaient leurs connaissances et leurs sciences ?
Les encyclopédistes, ces orgueilleux réformateurs qui, en croyant écrire de la science, n’ont su faire tout au plus que du scepticisme, de la raillerie ou de l’esprit, se sont mo qués de ^philosophie occulte et du magisme comme
LE LIVRE ROUGE 195 d’une révoltante absurdité, et ce, parce que la peti tesse de leur raisonnement ne pouvait aller à la hauteur de ces deux immensités. Que n'ont-ils pas dit aussi du magnétisme ? De quelles grossières épi thètes ne se sont-ils pas servis pour invectiver Mes mer ! Mais LES HOMMES PASSENT ET LES VERITES RESTENT.
Quant à nous qui tenons à la science parce que nous aimons la science, qui voulons la lumière parce qu’elle éclaire, nous avons fait ce livre, con vaincu que nous étions que le moment était venu pour le publier, et qu’il était temps de venger d'un siècle d’oubli et de dédain une science que trop peu d'hommes avaient voulu connaître et approfondir. Puisse le public nous en savoir gré !
Au milieu de matériaux épars çà et là, nous avons cherché à réunir et à grouper tous les éléments indis pensables à la reconstruction du magisme. Laissant de côté les misérables rapsodies qui encombrent nos quais, honteuses publications connues sous le nom de Secrets du grand et du petit Albert, nous avons puisé aux sources même et dans les manuscrits au thentiques des grands philosophes.
C’est dans les sentences de Zoroastre, les hymnes d'Orphée et les symboles de Pythagore que nous avons su lire ; le temps, le travail, la persévérance et la volonté nous ont fait comprendre les emblèmes, les hiéroglyphes, les tables mystiques, les énigmes, les gryphes, les parœmies et tous les instruments dont ils se servaient pour voiler la vérité.
Tous les ouvrages d’Hermès, sa Table d’émeraude, son Asclépius, son Minera mundi, Ylatro-mathematica, les sept chapitres du
l’initiation 196 Lapidis philosophi n'ont point échappé à nos inves tigations. Nous avons traduit et commenté les ma nuscrits cophtes et hébreux. C’est après avoir com pulsé Aristote, Platon, Jean Pontife, Zozime, Démocrite, Olympiodore le Grand, Sophar le Perse, Synésius,Dioscorus, prêtre dugrand Sérapis à Alexandrie, Ostanès-l'Egyptien, Comarius, Marie, Cléopâtre, Porphyre, l'empereur Héraclius, Théophraste, Archélaüs, Claudius, Sergius, Memnon et tous les écrits qu’ont laissés ces grands philosophes que nous nous sommes sentis assez initiés pour oser écrire notre livre. A ceux qui pourraient nous demander pour quoi nous l’avons intitulé Le Livre Rouge, nous dirons que ce titre, symbole lui-même de la science hermétique, justifie pleinement le contenu du livre. Le rouge, par sa couleur, est l’image du feu, et par tout, dans tous les temps le feu fut regardé comme le représentant de la toute-puissance et de la science infuse. Chez les Grecs, Prométhée dérobant le feu du f ciel ;dans l’Inde, les Mages adorant le feu ; en Egypte, Hermès Trismégiste faisant bâtir le temple du soleil ; chez les Romains, les Vestales gardant le feu sacré, sont là comme autant de preuves traditionnelles que l’on ne saurait révoquer en doute, car elles sont du domaine de l’histoire. Un dernier mot maintenant : Le livre rouge sera-t-il compris par toutes les intelligences ? Pour atteindre ce but, le seul vraiment utile, nous avons fait tous nos efforts. Avons-nous réussi ? — Le public jugera !
LE LIVRE ROUGE 197 INTRODUCTION ET HISTORIQUE DES SCIENCES OCCULTES Si nous ouvrons un instant le grand livre de l’humanité, et que nous y jetions un coup d'œil, nous verrons que partout et dans tous les temps l’homme a continuellement cherché à étendre les limites de sa puissance.
C’était là sa destinée, ou plutôt c’était la loi à laquelle il devait obéir, et que Charles Fourier, un de nos plus grands philosophes, a formulée par ces mots : Les attractions sont proportionnelles aux destinées : et puisqu’il en est ainsi, l’homme, éma nation delà divinité, devait donc chercher tous les moyens pour s’en rapprocher.
Régent de ce globe qui lui avait été confié, il devait s’occuper des forces à employer pour le gouverner, et c’est après avoir étudié les phénomènes de la nature et les lois de toutes les créations qu’il devait régenter, qu’il s’est aperçu de l’existence de deux mondes :1e monde maté riel et le monde immatériel : l’un borné dans ses effets, et dont les causes apparentes et manifestes à ses yeux pouvaient facilement s'expliquer' l’autre infini dans son essence, incommensurable dans sa puissance, et dont les causes impénétrables restaient pour lui enveloppées d’un mystère dont ils ne pouvait qu’à de longs intervalles sonder les profondeurs.
En effet, il se passe tous les jours autour de nous des phénomènes dont l’intelligence humaine est im198 l’initiation puissante à se rendre compte; le fait se manifeste, son existence matérielle est constante jusqu'à l'évi dence, sa réalité est incontestable, et pourtant il est impossible d’expliquer à quelles causes il est dû, et comment il se produit.
Prenons un exemple dans les sciences médicales, celles de toutes qui ont été tra vaillées avec le plus d’assiduité par les plus fortes intelligences, etlesplusexemptes de préjugés. L’opium le mercure, le quinquina sont des remèdes d'un usage journalier, et dont l’efficacité a été démontrée d’une manière incontestable. Comment agissent-ils cependant? Quelle est la nature de leur action sur l’économie animale?
En vertu de quelles lois se comportent-ils dans certaines circonstances, tandis que dans des circonstances analogues leur action est très différente, et quelquefois même tout à fait inap préciable ?
A toutes ces questions, la science des écoles n’a pu encore trouver une réponse satisfai sante, et nos plus illustres docteurs en sont encore réduits à cette vieille plaisanterie de Molière à pro pos de l’opium : Quia est in eo virtus dormitiva Cujus est natura Sensus assoupire.
Et ces mêmes hommes qui admettent les faits constatés indépendamment de toute explication, lorsque ces faits peuvent être exploités au profit de leur charlatanisme scientifique, viendront impudem ment jeter l’accusation de charlatanisme à la tête de tous les savants consciencieux qui recueillent religieuLE LIVRE ROUGE 1ÇÇ sement tous les faits constatés, les classent, les enre gistrent, et tâchent de les coordonner en système !
N’avons-nous pas vu M. Arago, ce grand charlatan de la science astronomique, rejeter les faits du do maine du magnétisme par cette pitoyable raison : Je ri admets pas ce que je ne comprends pas ! Mais avez vous une explication complètement satisfaisante pour tous les faits scientifiques que vous admettez ? Savezvous comment et pourquoi l'aimant attire le fer ? Expliquez-vous les aérolithes, les étoiles filantes et les aurores boréales ?
Pouvez-vous nous dire ce que c'est que la folie, et comment elledevient contagieuse ? Qu'est-ce que c'est que la nostalgie, le vertige et toutes les maladies nerveuses? Savez-vous comment nous viennent les pestes ? expliquez-vous comment elles se comportent ?
Et le phénomène de la repro duction des espèces, et les causes de la végétation, et les merveilles de la vie dans les différents règnes de la nature, avez-vous une explication pour toutes ces choses ? Comprenez-vous comment se conserve le souvenir ? Concevez-vous seulement comment votre volonté fait mouvoir votre organisme, ou n'admet tez-vous aucune de ces choses parce que vous ne les comprenez pas ?
Convenez donc qu’il y a des choses qui sont du domaine des sens et qui surpassent les limites dans lesquelles vos sciences bornées ont été enfermées jusqu’à ce jour ; convenez aussi qu’il y en a d’autres qui sont du domaine de la raison, et que les expé riences les plus délicates ne rendront jamais mani festes pour vos sens bornés. Dans le premier cas,
200 l’initiation vous êtes forcés de vous en tenir à l'espèce de certitilde qui résulte de l’expérimentation : dans le second l’expérimentation est inappréciable ; car vous ne pouvez ni les toucher, ni les sentir, et. jusqu'à ce que vous ayez découvert un critérium commun auquel vous puissiez rapporter ces deux ordres de phéno mènes, vous n’avez pas plus de raison pour rejeter les faits constatés par l’expérience que ceux qui résul tent des investigations de l’intelligence, ou bien alors si vous voulez que nous parlions votre langage, nous dirons : Avant d’établir une science, on constate des faits ; avant d’expliquer ces faits, il faut tâcher de les comprendre ; mais pour les comprendre, il faut le vouloir ; et parce qu’une formule, formule banale, que vous aurez bien ou mal employée, se trouvera impuissante devant la solution du problème posé à votre intelligence, vous nierez et le problème, et la solution ; mais ce principe est d’une absurdité révol tante, et alors vous nierez Dieu parce que jamais, au moyen de vos méthodes étroites, vous ne saurez ni le comprendre, ni l’expliquer.
Or, c’est vers l’acquisition d’une méthode large et complète, d’un critérium absolu qu’ont été dirigées toutes les forces de notre intelligence ; c’est à l’étude des choses extraordinaires que nous avons consa cré notre vie tout entière. Nous avons longuement médité sur leurs causes, nous avons cherché alterna tivement le moyen de les reproduire.
Pour cela, nous avons lu et relu les ouvrages, tant imprimés que manuscrits, des sages, des savants et des philo sophes, depuis Hermès Trismégiste, le plus aucien,
LE LIVRE ROUGE 201 jusqu’à Charles Fourier, le plus moderne des initiés au grand-œuvre, et nous avons la certitude d’être arrivé à la connaissance et à l'explication de la plus grande partie des prodiges et opérations surnaturelles.
Cependant il est une merveille devant laquelle notre esprit demeure toujours étonné, et qui semble surpasser la portée de l'intelligence humaine, bien qu'elle agisse habituellement sur nos sens, et que son action soit manifeste: c’est l'empire que les en chantements, sortilèges, signes cabalistiques, regards mauvais, paroles secrètes, et autres choses de peu d’importance en apparence exercent sur les hommes et sur leurs facultés, sur les animaux, sur les plantes et les objets matériels.
Mais, après avoir sérieusement examiné la ques tion, nous sommes obligé de convenir avec tous les grands philosophes que l’homme a une certaine puissance de modifier les choses et les circonstances des choses par l’énergie de sa virtualité personnelle.
On voit, en effet, que, grandi par l’enthousiasme d’une passion puissamment surexcitée, l’homme en traîne et domine tout ce qui l'entoure, et change par conséquent les conditions et les rapports habituels de la vie, et l’on peut constater que la puissance de la volonté de l’homme, portée à sa plus haute éner gie, occasionne des phénomènes inexplicables si l’on n’admet pas avec les mages, les plus savants et les plus habiles nécromanciens, que la volonté dans l’homme, comme dans la puissance supérieure, est la seule cause et le principe essentiel de tous les phé nomènes.
202 l'initiation La volonté de chaque homme a une action dans les limites de son énergie et de ses facultés propres. Sa manière de vivre, son allure, son caractère ont une influence positive et incontestable sur tout ce qui l’entoure. Entrez chez un homme triste, chagrin et mélancolique: la disposition tout entière de son appartement, sa conversation, ses vêtements memes portent l’empreinte de son chagrin et de sa mélan colie.
Si vous restez quelque temps soumis à son influence, vous le quitterez avec des dispositions à la tristesse que vous n’aviez pas en l’abordant, et dans la même série d’observations vous remarque rez que la fréquentation d’hommes joyeux, volup tueux, sobres, courageux, spirituels, violents, vous dispose et vous porte à la joie, à la volupté, à la so briété, au courage, à l'esprit et à la violence.
Une fois ces premiers jalons posés, ces pre mières données reconnues et admises, nous entrons naturellement dans le monde immatériel dont la connaissance approfondieconstitue la science occulte. Pour nous, la science psychologique n’est que le premieréchelon de cette immense échelle que l’homme doit apprendre à gravir.
Et si, en remontant aux pre miers âges du monde, nous constatons que la plus excellente de toutes les sciences, la science occulte, était alors relativement plus avancée qu’elle ne l’est de nos jours, c’est que, dans le commencement, l’homme exempt de préjugés, et particulièrement de préjugés scientifiques, était en présence de la nature, dont il recevait les impressions directement et dans la plénitude de leur action, en sorte qu’avec un
LE LIVRE ROUGE 2û3 moindre acquis il lui fut possible cependant de rap porter immédiatement les phénomènes les plus inex plicables à leurs circonstances occasionnelles, et par conséquent à pouvoir les reproduire toutes les fois qu’il en sentirait le besoin ou l’utilité.
Ainsi, nous voyons dès les premiers âges du monde Hermès, Zoroastre et Moïse, ces trois grands législa teurs, ces pasteurs du peuple, comme ils s’appelaient dans leur langage mystique et figuré, nous les voyons, disons-nous, opérer des prodiges qui ont été à peine surpassés par ceux qui sont arrivés après eux.
Zoroastre dessèche le bras d'un de ses ennemis, chasse devant lui une troupe de soldats envoyés pour l’assassiner : il suspend le cours de l’Euphrate par ht seule puissance de sa volonté. Moïse change l’eau en sang, fait produire des feuilles et des fleurs à la baguette de son frère Aaron ; il change la sienne en serpent , et fait mourir dans une nuit tous les pre miers-nés des familles égyptiennes.
Hermès, le plus grands de tous, Hermès Trismégiste, qui a donné son nom aux sciences occultes que l’on désigne encore par le nom de sciences hermétiques, Hermès parut en même temps à plusieurs de ses disciples qui se trouvaient à des distances considérables les uns des autres. Il se rendait invisible et faisait de l’or en soufflant seulement sur de la terre ou du plomb.
Nous ne finirions pas si nous voulions énumérer tous les prodiges opérés par ces grands génies et leurs successeurs immédiats. Ainsi donc il demeure établi que, dans des circonstances données, l’homme peut produire des phénomènes d’un ordre surnaturel.
l’initiation 204 Mais nous voyons d'ici les hommes de la science et des Académies sourire de pitié à cette affirmation, et traiter de symboles et de fiction les récits histo riques qui remontent à une certaine antiquité. Sin gulière science vraiment que celle qui ne sait jamais voir qu’un côté de la question, qui s’imagine qu’un symbole n’est qu’une image reposant sur un fait fugitif, comme si, dans toute l’histoire du symbo lisme, on ne constatait pas invariablement la coexis tence du symbole avec le fait matériel sur lequel il repose; comme si le crucifiement du Christ était moins réel parce que la croix est devenue le symbole de la religion chrétienne ; comme si l’existence de Jérusalem et du temple de Salomon était devenue contestable parce qu’on en a fait le symbole de la cité éternelle. Mais que nous importe l’approbation ou l’impro bation de ce qu’on est convenu d’appeler aujour d’hui le monde savant ? n’avons-nous pas constaté tout à l'heure l’insuffisance des doctrines qui s’v professent lorsqu’il s’agit d’expliquer les plus ordi naires des phénomènes de la vie ? Certainement nous professons un grand respect pour le zèle persévérant avec lequel plusieurs des initiés aux sciences vul gaires poursuivent leurs investigations toutes natu relles,mais nous faisons peu de cas de leur jugement par cela même qu'ils se trouvent placés à un point de vue étroit et complètement insuffisant pour la détermination des lois qui régissent les phénomènes, à l’étude desquels ils ont borné toute leur ambition. D’ailleurs quelques-uns d’entre eux ont commencé à
LE LIVRE ROUGE 205 reconnaître qu'il existe des puissances qui ont échappe jusqu’à ce jour à leur analyse, et nous nous tromperions tort si Al.
Dumas, le plus avancé des chimistes contemporains, regardait encore l’alchimie et particulièrement la possibilité de faire de l’or comme une chimère.
Et puis, pour nous consoler du dédain dans lequel sont tombées depuis quelque temps les sciences dont nous nous occupons spécia lement, n'avons-nous pas l'approbation et le concours des plus grands génies qui ont éclairé la marche de l’humanité: Dardanus, Hermès, Zoroastre, Isis et son fils Osiris, Moïse.
Salomon, Pythagore, Socrate, Empédocle, Démocrite, Marie l’Égyptienne, Cléopâ tre, l’empereur Caligula, Apollonius de Thiane; et plus près de nous, saint Dominique, saint Thomas, Albert le Grand, Berthold Swartz, Kepler, Agrippa, Almohadi, Artéphius, Cardan, Michel Scott, Tempet reur Frédérick, Paracelse, Roger Bacon, Ereyne Philalète, Nicolas Flamel, Svedemborg, Mesmer, saint Martin... et, de nos jours, enfin Charles Fourier qui a su lire plus avant que pas un autre dans le livre mystique des lois de la nature !
Les sciences occultes furent dans tous les temps l’apanage des intelligencee privilégiées ; les premiers philosophes qui les ont étudiées avaient compris que c’était dans le silence et le recueillement, loin des intrigues politiques et religieuses, qu’elles deman daient à être cultivées.
Ainsi les prêtres égyptiens avaient placé aux portes de leur sanctuaire les gryphes et les sphinx, symbole du silence et de l’impé nétrabilité dont leurs mystères devaient être enve20Ó l’initiation loppés.
Ainsi Pythagore exigeait de tous ses disciples cinq années de silence avant deles admettre à dis cuter ses doctrines, image du recueillement et de longues méditations qu'il faut apporter pour appren dre et concevoir, et quand il leur disait: Abstenezvous des fèves... c’était une image par laquelle il voulait leur enseigner à se retirer à l'écart des intri gues politiques, parce que dans les assemblées publi ques de la Grèce on votait au moyen de fèves noires et blanches.
Ainsi Hermès, qne nous ne pouvons oublier ici, représentait la science par le feu sacre que ses disciples alimentaient et qu’ils ne pouvaient laisser éteindre sans être punis de mort. Il leur défen dait aussi, pendant trois années, le contact et la société des femmes, image delà pureté virginale que l’âme et le corps doivent conserver pendant l’étude.
Les sciences hermétiques veulent être étudiées en elles-mêmes, elles veulent un zèle soutenu et une persévérance infatigable; ce n’est qu’au bout de vingtcinq ans d'études assidues que Nicolas Flamel, le grand alchimiste, parvint à faire de l’or.
Combien n’a-t-on pas vu de génies supérieurs qui seraient peut-être arrivés aux dernières limites de la science, se laisser détourner du but véritable vers lequel devaient se tourner tous leurs efforts, pour s’engager dans des luttes oiseuses au profit d'intérêts étrangers à cette même science !
C’est ainsi qu’ont fait Scaliger, Van Helmont ; et la plupart des fau teurs des schismes scientifiques et religieux, et des hommes qui auraient dû consacrer leur vie tout entière à la recherche du grand œuvre, sont venus
LE LIVRE ROUGE 207 dépenser follement la divine étincelle qui était en eux en luttant de prodiges devant les grands de ce monde ou devant la populace. Ainsi nous voyons Moïse faire assaut de merveil les avec les prêtres égyptiens, ses premiers institu teurs. Ainsi les prophètes d'Israël luttaient avec ce qu'ils appelaient les faux prophètes.
Ainsi les disci ples du Christ luttaient avec Simon le Magicien et autres adeptes qui défendaient le paganisme. Ainsi saint Dominique poursuivait les sorciers de ses accu sations et déchaînait contre eux la colère et la ven geance de la société, et les deux partis se renvoyaient les accusations de sorcellerie et de manoeuvres diaboliques.
Mais la science fait abstraction et des politiques et des religions pour être une et universelle; elle laisse de côté les rivalités et les haines des adeptes pour ne s'occuper que de leur savoir et du progrès qu’ils ont obtenu dans la recherche du grand-œuvre; et, loin de confondre dans un mépris commun tous les faiseurs de prodiges, elle honore les vrais initiés à quelque parti qu’ils aient appartenu et constate leur puissance surnaturelle, tout en déplorant le fu neste usage qu’ils ont pu en faire.
Qu’importent après tout les accusations qu’ils se renvoyaient ! qu’impor tent les persécutions qu’ils ont tour à tour dirigées les uns contre les autres, persécuteurs ou persécutés saints ou sorciers, disciples de Jésus ou de Pythagore, prêtres de Jéhova ou pontifes de Baal, qu’ils aient prétendu agir au nom de Dieu tandis que leurs en nemis agissaient, suivant eux, au nom du diable;
20S l’initiation il n’importe, Dieu et le diable n’ont rien à voir dans cette affaire, car nous sommes dans le domaine de la .science pure et de la plus sublime-de toutes les scien ces.
Ils opéraient par des moyens analogues et pro duisaient des phénomènes semblables, donc ils agis saient en vertu du même principe : la connaissance des lois qui régissent les opérations surnaturelles, l’initiation à la science du grand-œuvre, la connais sance du critérium absolu.
Cela est tellement vrai que nous retrouvons dans la vie des adeptes qui ont professé les doctrines les plus différentes et souvent même les plus contraires dans l'ordre des idées religieuses, la reproduction des phénomènes analogues sinon parfaitement iden tiques ; ainsi Philostrate a pu constater dans la vie d’Apollonius de Thiane les principales merveilles qui ont signalé celle de Jésus-Christ.
Il voit, par exemple, dans l’esprit qui vint annoncer à la mère d’Apollonius la naissance de son fils, l’ange Gabriel et le mystère de l’Annonciation ; et, suivant parallè lement les deux existences, il compare le chant du cygne à celui des anges ; la foudre qui tombe du ciel sur la maison d’Apollonius de Thiane, à l’étoile qui s’arrête sur l’étable de Bethléem, les lettres de plusieurs princes de l’Asie à l’adoration des Mages, les discussions d’Apollonius dans le temple d’Esculape à la dispute de Jésus parmi les docteurs, les questions des disciples du premier aux demandes des apôtres du second, le jugement sur l’Eunuque et sa femme à celui de la femme adultère, l’incrédulité des Éphésiens à celle des Juifs.
Apollonius renLE LIVRE RO CGE 209 contre un esprit en traversant le Caucase, Jésus est transporté par le diable au-dessus d'une montagne.
Tous deux délivrent ceux qui sont possédés de mau vais esprits ; Apollonius ressuscite, à Rome, une jeune fille, Jésus ressuscite la fille de Jaïre, prince de la synagogue, et suivant ainsi parallèlement tous les prodiges qu’ils ont opérés durant leur vie et après leur mort, il arrive à comparer l’apparition d’Apollonius à Damis et à Démétrius hors de la ville à l’apparition de Jésus aux disciples qui che minaient vers Emmaiis ; les paroles de l’un : Veluti flatus erat intangibilis......à celles de l'autre : Spiritus carnem et ossa non habet : et finit par oppor ser la mort d'Apollonius à l’ascension d’Elie, d’Enoch et de Jésus-Christ.
Les sciences occultes ne renversent pas les sciences vulgaires, leur contradiction n’est qu’apparente, elles ont été jusqu’à ce jour ce que les asymptotes sont à l’hyperbole, elles se sont rapprochées continuellement sans avoir encore pu se rencontrer. Les sciences occultes sont du domaine de l’huma nité tout entière. Le principe est un, la lumière est une par conséquent, l’initiation seulement n’est réservée qu’à celui-ci seul qui veut savoir.
La volonté est tout. C’est la plus grande puissance, c’est le plus grand levier que l’homme ait à sa disposition, et nous nous résumerons en disant : VOULOIR C’EST POUVOIR. (A suivre.} 14
A l'ami Rementeria. Que d’opinions n'a-t-on pas avancées sur les Ibériens ? Plusieurs érudits, préoccupés sans doute du besoin d’étayer la donnée mosaïque, ont vu dans ce peuple les fils aînés de la race caucasienne. M. Broca fit bonne justice de cette singulière hypothèse; et la comparaison de l’ancienne langue ibérienne qui se parle encore sur les versants des Pyrénées occiden tales, avec ce qui nous reste des idiomes protoscythes, nous fournira de précieux renseignements. Chacun sait que les langues américaines possèdent au plus haut degré le caractère agglutinatif. Ce n’est pas seulement une synthèse qui rapproche en un tout homogène les éléments d’une idée, quelque complexe qu’elle puisse être ; c’est un enchevêtrement de mots les uns dans les autres. M. Lieber compare la manière dont les racines s’absorbent mutuellement à une boîte qui en contient une autre, laquelle en contient une troisième, qui à son tour en contient une qua trième, et ainsi de suite. Ces langues présentent sans doute une grande iné galité de développements ; mais jamais elles ne pér il) Roisel. Les Atlantes. Paris 1874, in 8°, chap. VI.
LES ATLANTES EN EUROPE 21 I dent leur polysynthétisme. Cette tendance est si peu la conséquence du développement normal des formes grammaticales, tel qu’on le voit chez les autres races, que les linguistes ont constamment réuni ces idiomes en un meme faisceau ; et la persistance d'un caractère si distinctif est l'indice le moins équivoque que les po pulations qui le pratiquent sont liées par une origine commune. Il y a là autre chose que la diffusion d'une langue toute personnelle chez des peuples de souches differentes. Les populations américaines ont évidem ment, sous le rapport intellectuel, une aptitude com mune et particulière.
L'esprit analytique parait leur faire absolument défaut: et, au lieu de dégager leur pensée de la conception confuse sous laquelle elle s'est produite, ils ne font dans leurs développements linguistiques qu'exagérer cette première tendance.
M. Maury remarque que ce caractère des langues américaines est tellement inhérent à la race rouge, que certaines peuplades, en contact prolongé avec les Espagnols, ont adopté, par suite de la faible im portance des mots, un grand nombre de termes euro péens ; mais en conservant toujours aux constructions grammaticales la forme polysynthétique.
Nous retrouvons sur notre continent les mêmes caractères chez deux peuples réfugiés l’un sur le Cau case, l’autre sur les Pyrénées. Ce fait ne doit pas étonner si l’on admet avec nous que la race rouge s’est primitivement répandue sur l’Europe entière, et que ses débris, refoulés par les Pélasges, puis par les Celtes, ne trouvèrent asile que sur les sommets de ces deux chaînes de montagnes.
Malgré une dis2 I 2 l’initiation persion en tant de lieux divers, les membres de cette antique famille se retrouvent donc par la comparaison des langues. Les analogies de l'Eskuara, qui ne se rapproche d’aucun idiome sémitique, pélasgien ou indoceltique, sont doubles cependant et d’un grand enseignement.
« Un de ses caractères, dit M. Maury, est l’usage des postpositions familières aux langues ongrotartares. » On ne s’étonnera pas davantage de cette coïncidence, si les races jaune et rouge proviennent l'une et l’autre d’une modification synchronique du type finnois.
Les rapports de la langue basque avec les langues parlées de la Suède au Kamtchatka, sont en effet assez nombreux, et pourraient nous servir d’argu ment pour notre hypothèse, si tel était l’objet de cette étude (i).
Quels que soient les liens de parenté, il est indubi table que la race rouge eut une unité parfaitement définie, dont une des conséquences est cette disposi tion, nous allions dire fatale, à l’agglutination. Non seulement le basque a conservé dans toute sa force ce caractère fondamental, mais c’est surtout avec les idiomes des Américains du Nord que les ressem blances sont significatives.
Pour n’en citer que quelques exemples, nous dirons que la conjugaison basque est comme calquée sur celle (i) Disons toutefois que les anciens Géorgiens, refoulés dans le Caucase, portaient le nom de Gudamakari, terme que l’on retrouve presque identique en Amérique. La plus haute montagne de cette chaîne s’appelle encore l’Elbouron, qui, interprété par la langue basque, veut dire Tête de neige.
LES ATLANTES EN EUROPE 213 des indigènes, et que ces langues n’admettent pas la liaison des muettes et des liquides, par laquelle les liquides se trouveraient à la fin des mots. Elles sépa rent toujours par une voyelle deux consonnes suivies, telles que s t. De part et d’autre, l’usage est d’attacher au verbe le pronom même indirect, servant de régime.
Bien plus, un grand nombre de radicaux sont iden tiques, et particulièrement les pronoms de la première et de la seconde personne. M. Baudrimont a prouvé que les noms basques : andiac, qui signifie haut; tira, ugaya, eau permanente ; cerf; n bai, bonne eau; arina, rapide; picacho. roc de pierre, et plusieurs autres, se retrouvent dans les appellations géographiques familières aux Américains.
Les mots : idora, aride; aboa. bouche; ilia, lune; u, eau; ur, bleu, sont usités, de part et d’autre, avec la même signification. Aussi M. de Charencey a-t-il eu raison de dire : « Sans doute les langues du Nouveau Monde diffèrent à certains égards de l’Eskuara; mais ne s’en rapprochent-elles pas d’une manière étrange par l’ensemble de leur physionomie? Peut-on nier qu’elles n’aient de commun avec cet idiome certaines règles phonétiques?...
Il ressemblances sont est bien extraordinaire que ces surtout frappantes entre l’Eskuara et les langues des Indiens qui habitent les rives de l’Atlantique, tandis que les dialectes en vigueur chez les tribus cuivrées du nord-ouest n’offrent que bien moins de ressemblance. » Ce serait, quant à nous, le contraire qui nous étonnerait, puisque c’est particu lièrement avec les côtes orientales de l’Amérique que les Ibères ont dû, parle continent atlantique, être en
214 l’initiation plus directe communication. Mais ne nous étendons pas davantage sur une ressemblance qui a frappe tous les bons esprits, et voyons si ces analogies ne se ma nifestent que dans les idiomes. «Ces montagnards sont sombres, disait Strabon, en parlant des ancêtres des Basques, lorsqu’ils habitaient les vallées de la Garonne et de l’Ebre.
Ils por tent les cheveux longs et flottants, mais pour com battre, ils se ceignent le front d’un bandeau. Tous ces hommes sont habillés de noir, et ne quittent, à proprement parler, leurs saies, meme pour dormir.
Les femmes ne portent que des manteaux et des robes de couleur. » Ce que nous savons des anciens Protoscythes de l’Europe centrale est fidèle à ce por trait que nous allons rapprocher des descriptions que les explorateurs modernes nous ont laissées des di verses tribus du Nouveau Monde. D’après MM. de Castelnau et Marcoy, les Chiqui tos, les Antis et beaucoup d’autres portent les cheveux longs et flottants, excepté pour combattre.
Leur costume, qu’ils ne quittent jamais, est de couleur sombre. Celui des femmes beaucoup plus clair : Jean de Béthencourt fit les mêmes observations aux îles Canaries. Les Américains de l’Ucayali et du Rio Purus se servent de coiffures identiques à celles des femmes Ibériennes, décrites par Strabon. La parfaite ressemblance du type basque avec le portrait de Montezuma, tel que nous le donna Sandoval, est également caractéristique. Plusieurs peuplades de l’Amérique méridionale et des îles orientales de l’Océanie portent de leur côté
LES ATLANTES EN EUROPE 2 I 5 une grande coiffure, en demi-cercle, analogue aux croissants mexicains et à ceux qui étaient usités dans nos contrées pendant l’àge de bronze. Cette forme appartient au culte de la lune, particulier aux Protoscythes, et dont nous nous occuperons dans un chapitre suivant.
Strabon, en véritable sémite, nous dit être fort scandalisé du respect que cette race avait pour les femmes : et parle avec mépris de la gynécocratie particulière aux Protoscythes, et par suite aux Ibériens. Les auteurs anciens se sont toujours étonnés de les voir partager avec leurs femmes la direction des affaires; et c'est en elTet parmi ces peuples que se rencontrèrent les Amazones.
L'Occident seulenfanta les druidesses, la femme forte, intelligente et coura geuse, tandis qu'en Orient les femmes se vendaient et se vendent encore, indifférentes, dans leur non chalance sensuelle, à toute espérance comme à tout souvenir. La gynécocratie était également presque univer selle en Amérique.
Les Espagnols donnèrent au grand fleuve brésilien le nom d’Amazone, par suite de l’opinion répandue dans toute la contrée qu'il avait existé sur ses rives des femmes belliqueuses. Colomb cite plusieurs peuplades des Antilles obéis sant à des femmes ; et cette déférence s’est conservée jusqu’à nos jours.
Viéra, dans sa description des Canariens et de leurs antiques usages, nous parle de la mystérieuse influence exercée par les prophétesses et particulièrement par une nommée Tibarin, qui sans aucun doute doit être pour ce peuple une émule de Velléda. Nous avons vu que les Touaregs
2IÔ l’initiation gardent toujours le meme respect pour les femmes ; et l’Europe comme l’Afrique nous en ont légué de nombreux témoignages. C’est surtout lorsque l’on voit une coutume singu lière se perpétuer à la fois chez plusieurs peuples, que l'on peut, quand existent d’ailleurs d’autres points de ressemblance, conclure sûrement à une unité, soit d’origine, soit de tradition.
Les Corses et les Cantabres, peuplades Ibériennes, s’alitaient quand leurs femmes accouchaient. Or cet usage, qui résul tait peut-être d’une déviation de l'instinct gynécocratique, s’est retrouvé lors de la conquête chez les Cares de l’Yucatan et des Antilles. Gandavo le re marqua également au Brésil, et il est encore pratiqué en Colombie.
9 Ce que nous connaissons de l'histoire des Etrus ques est malheureusement à peu près nul, et leur langage nous est absolument inconnu. Les anciens auteurs donnent bien quelques détails sur leurs usa ges, mais d’une façon si incomplète que nous ne pourrions en tirer de sérieuses conséquences, si leurs récits n’étaient corroborés par les découvertes archéo logiques faites sur le sol même de la Tyrrhénie.
C’est là que nous puiserons nos meilleurs renseignements. « Dans les campagnesdela Toscane,écritM. Maury, l’œil reconnaît çà et là des formes pleines et arron dies, un peu lourdes, que nous montrent les figures couchées sur les sarcophages étrusques, types tout à fait distincts du type romain proprement dit qui est reconnaissable au nez aquilin vers son sommet et s’abaissant en ligne droite à partir de son milieu,
LES ATLANTES EN EUROPE 217 au menton saillant, à la tète large, aux tempes proé minentes, au front peu élevé. » « Ce que les anciens nous disent des indigènes de la Corse, ajoute-t-il plus loin, tend à nous faire croire que ces îles ont été peuplées par les populations ligure et ibère ».
Les personnages peints sur les vases et sur les murailles des nécropoles de Tarquinies, de Volaterra, de Chiusi, de Cœri, relèvent tous, en eflet, d’un type uniforme des plus caractéristiques. Ce sont des petits hommes, à la tête forte, au nez long et gros, au corps ramassé et trapu; et leurs traits, comme leur physionomie, ont une ressemblance singulière avec ceux de plusieurs nations américaines anciennes et modernes.
« Ils font penser, dit M. Michelet, aux statues mexicaines des ruines de Palanqué. » Les monuments ont la même analogie, et Niebuhr re trouvait les temples mexicains dans la description que nous donne Pline du tombeau de Porsenna.
Ces rapports se remarquent du reste aussi bien avec les peuples de l’Afrique qu’avec ceux d’Amérique ; et Strabon rapporte que le pronéos du temple d'Héliopolis était couvert de grandes figures analogues à f celle de l’Etrurie. Il en est de même pour les coutumes.
L’on trouva, à Vulci, dans un ancien sarcophage, des œufs d’au truche percés, avec des griffons peints sur les coquilles, et des vases archaïques, absolument semblables aux vases et aux œufs d’autruche des tombeaux égyptiens. M. des Vergers cite un fragment d’alabastrium, trouvé en 1840, à Santa Marinella, et couvert d’hiéroglyphes dans le style égyptien.
2 I 8 l’initiation La similitude des goûts de ces deux pays est d'ail leurs parfaitement admise par les archéologues; et tous les jours, on découvre encore en Toscane des scarabées en pierre ou en bronze, des vases ornés de lotus, des canopes en argile où sont dessinées des têtes de nègre; ce qui prouverait que les colonies atlantes communiquaient fréquemment entre elles Les vases ont en effet très souvent la même forme que ceux d’Amérique, « Il nous faut faire ressortir, écrit M. Jacquemart, une connexion plus étroite encore entre la poterie américaine et les terres cuites étrusques.
D’une pâte tantôt rouge, très line, dure et lustrée, tantôt noire ou grisâtre, mais néanmoins fine et rendue luisante par le frottement, elle est sou vent ornée de bas-reliefs, de gravures, et même, sur la terre rouge, de dessins noirs. » Notons que les dessins rouges sur la terre noire se rencontrent dans les deux pays ; car cette race, ainsi que nous l’avons vu, paraît avoir eu pour le rouge une prédilection . exclusive, M. Pontoppidan a rapporté de Bahia cinq vases antiques, couverts d’hiéroglyples, et de même forme, de même couleur, de mêmes ornementations que les étrusques les plus purs.
Aussi, M. de Cas telnau et plusieurs bons esprits ont-ils signalé avec une sorte de persistance ces remarquables analogies. Mais le caractère fondamental de cette grande famille est une aptitude singulière pour les travaux métallurgiques. Partout où les Atlantes ont établi leur prépondérance, cette faculté s’est manifestée par des œuvres que les Romains recueillaient comme précieuses antiquités, et qui ne lassaient pas leur
LES ATI ANTES EN EUROPE 2IÇ admiration. Les fameux vases, dits corinthiens, étaient devenus introuvables ; et les anciennes me-, thodes complètement oubliées. « La manière de fondre l’airain précieux est totalement perdue», écrit Pline dans son trente-quatrième livre. Celui de Pelos et d’Egine jouissait d’une si grande réputation que l'on s’en disputait les moindres morceaux pour les refondre, sans parvenir à découvrir le secret de cet alliage. Pline nous dit encore que le bronze était particu lièrement usité avant la fondation de Rome, et que les statues métalliques étaient à cette époque fort nombreuses. Les œuvres étrusques étaient célèbres dans toutes les contrées méditerranéennes; et les Ro mains enlevèrent, lors de la prise de Volsinie, deux mille statues de bronze. « Ce qui m’étonne, ajoute Pline, c’est que, ces statues étant d’une origine si ancienne en Italie, les simulacres des dieux aient été faits à Rome en bois et en argile, jusqu’à la conquête de l’Asie, qui introduisit le luxe. » Le fait est tout simple cependant. Les civilisations grecque et ro maine, résultant du croisement des Pélasges et des Celtes, durent commencer par une époque de transi tion, pendant laquelle tous les secrets anciens furent oubliés, et l’antique race des métallurgistes anéantie ou dispersée. Pythias fait allusion aux débris de ces puissants mineurs, confinés sur quelques montagnes ; et les habitants de la plaine avaient souvent recours à eux pour la confection de leurs armes. M. Bouillot a trouvé tout récemment près d’Autun, au sommet du
2 20 l’initiation mont Benvray, non seulement des poteries de toute espèce, mais des bronzes émaillés, qui nous fournis sent un nouvel argument contre l’importation pré tendue du bronze par les Arias.
Ces précieux restes ne ressemblent en rien, ni par l’aspect, ni par le pro cédé de fabrication, aux émaux orientaux. Ces der niers consistent en cellules métalliques dans les quelles on applique un mastiç de couleur et transpa rent. Les émailleurs d’Autun recouraient au contraire à des matières vitrifiables, qu'une fusion secondaire faisait adhérer au métal.
Grâce à la découverte d’ate liers complets, M. Bouillot a pu suivre dans ses moindres détails la fabrication de ces émaux qui s'opérait selon les traditions des ouvriers atlantes dans des ateliers souterrains, toujours voisins d’une caverne extérieure où se vendaient ces ornements.
Il se mêlait parfois des idées de sorcellerie à cette supériorité inexpliquée par les masses ; et nous trou vons les traces de ces superstitions dans quelques mythes populaires. Aussi Schmerling, en parlant des cavernes situées près de Liège, dit : « Ces ouvertures sont connues des habitants de l’endroit sous le nom de sottais.
Ils prétendent que jadis ces grottes servaient d’habitation à une espèce d’hommes de petite taille : sottais, nains, pygmées qui vivaient de leur industrie, et restauraient tout ce qu’on déposait près des ouver tures, à condition que l'on y ajoutât des vivres.
En très peu de temps ces objets étaient réparés et remis à la même place. » Ces mêmes légendes existaient partout profondé ment gravées dans la mémoire des peuples, et se perLES ATLANTES EN EUROPE 22 [ pétuaient d’âge en âge. Tous sont unanimes dans leur respect traditionnel pour les derniers descen dants de ces antiques artisans.
Chacun enchérissait à l’envi sur les récits des ancêtres ; et il ne resta bientôt plus de ces maîtres du monde que des contes merveilleux.
La croyance aux pygmées, aux nains cabires, aux hanomnans, aux korigans, aux palici, aux cyclopes, n’a pas d'autre origine. Pour les uns, les gnomes, gardiens des minières, étaient de petite taille, amis de l’homme, et hantaient les demeures souterraines. Selon d’autres, les Cobales étaient des êtres surnaturels, à forme humaine, qui accompa gnèrent Racchus dans son apostolat.
« Quelques-uns prétendent, dit Morery, qu’on en voit encore en Sarmatie, et que les Sarmates les appellent Drulles, les Russes Colikes, et les Allemands Cobaldes. » M. Reclus, dans un article fort curieux, intitulé: Un peuple qui s'en va, et publié en 1867 parla Revue des Deux Mondes, a attiré l’attention sur les Mutugori, ou visages rouges, tribu ibérienne dont parle Strabon.
Nous croyons les reconnaître dans les Sicules et les Sicanes d’Italie qui se retirèrent devant les envahisseurs orientaux, et s’efforçèrent de défendre leur nationalité jusque dans les gorges des Apennins et les neiges de l’Etna.
Il faut encore retrouver un écho de ces vieux sou venirs dans les nains ventrus que portent les mé dailles de Cossura, et qui étaient confondus par la vénération antique avec les apôtres cabires, repré sentés souvent avec tous les attributs des forgerons. Suivant plusieurs mythologues, ils étaient des ou222 l’initiation vriers de Vulcain, et de même race, petite et obèse, que les Corybantes, les Curètes et les Dactyles.
Ces légendes se confondent même avec celles que les débris des races primitives, bien antérieures aux Protoscytes, avaient laissées dans l’imagination des premiers représentants de l’humanité actuelle. Selon Diodore, les noirs Cercopes, hommes singes, canton nés en Asie Mineure, ravageaient au loin la contrée.
D’après la tradition grecque, l'Hercule lydien les avait asservis, ainsi que Rama le fit dans les Indes; et plusieurs paraissent même avoir suivi leur vain queur et joué près d’Hercule le rôle des satyres près de Bacchus.
Nous verrons toujours les héros de l'an tiquité purger la terre des derniers descendants de ces races indomptables, réfugiés le plus souvent dans quelque gorge de montagne, ainsi qu’on les rencontre ancore aujourd’hui dans les gorges de l’extrême Orient. Une autre tradition place les Amires dans les îles situées près de la Campanie; et Jupiter se serait vengé de leur insubordination en les changeant en singes.
Ce dieu doit en effet être rangé parmi les plus anciens apôtres des temps fabuleux, dont la postérité reconnaissante confondit toujours les indi vidualités, comme celle des Bacchus et des Hercule, avec les mythes qu’ils enseignaient. Les débris des races perdues existaient donc encore lors des premières excursions atlantes; et ces ébau ches transitoires du type actuel furent longtemps vénérées. Les hommes-singes étaient instinctivement honorés d’un culte presque filial. Non seulement dans l’Inde
LES ATLANTES EN EUROPE 223 et l'Egypte, mais au Mexique, leurs images sculptées ou peintes étaient fréquentes sur les anciens monu ments. Ils devinrent, comme les habitants des lieux sombres, une source inépuisable de légendes, et pas saient pour des génies souterrains fuyant la présence de l’homme. Quelques traditions nous les montrent avides de boissons spiritueuses, s'enivrant à tout propos, et parfois métamorphosés en pierre.
En résumé, nous pensons avoir établi qu’il y eut dans la mer de Sargasse effondrement de vastes ter ritoires, et que le fait est attesté, non seulement par les témoignages géologiques, non seulement par quelques traditions, mais par la nécessité d'expliquer les antiques relations des deux continents.
Nous ver rons ensuite si les Atlantes n’étaient pas, par leur po sition géographique, admirablement placés pour ren contrer le cuivre et l’étain, et s'ils n’étaient pas éga lement mieux situés que tout autre peuple pour introduire dans les Gaules l’usage du bronze.
(Suite') \ • Il existe à Tubier, hameau dépendant de Septême, un singulier pèlerinage. On amène, le jour de l’As cension, les enfants atteints de hernies à la maison de meste Lazare qui, en 1817, reçut on ne sait de qui ni comment le secret du remède de l'œuf. Puis maîtie Lazare mourut; mais il laissa le don à sa fille Teresoun, qui le laissa à sa fille Lazarine, qui le laissa à sa fille Joséphine, celle qui opère actuellement à Tubier.
On arrive chez elle, ayant en poche un œuf du « jour», c'est-à-dire un œuf venu au monde entre les deux’minuits : celui de la nuit passée et celui de la nuit prochaine. On lui remet l’œuf qu’elle décou ronne; elle en fait tomber le blanc et laisse le jaune au fondde la coque. Puis les parents font avancer l’enfant malade, et celui-ci fait tout simplement « pipi » dans l’œuf. Le remède est alors consommé.
Mais l’enfant devra revenir deux fois encore, car ce n’est qu’à la troisième année que la guérison sera un fait accompli. Et cela se passe en plein champ, au pied d’un olivier, derrière une haie; dans la maison même, quand l’enfant est une fillette, et vous voyez d’ici les scènes
LA MÉDECINE TRANSPLANTATOIRE 22 5 de petit coin qui se passent à ce moment d’intimité enfantine et champêtre. L'œuf, après l'opération, est soigneusement piqué, plein jusqu’au bord de l'urine de l’enfant, dans une caisse remplie de cendres. Trois cents œufs par an sont ainsi alignés en rang d’oignon dans une caisse hermétiquement fermée à minuit sonnant, à Tubier, le jour de l'Ascension. Et le mystère médical s’accom plit en silence.
La personne qui reçoit les malades ne touche plus à cette caisse et on recommence l'année suivante. Dans la Drôme pour guérir les panaris, on laisse le doigt malade pendant un quart d’heure dans le cloaque d’une poule vivante. Si la poule meurt au bout d’une demi-heure, la guérison est certaine. La crête de coq, portée en amulette, favorise la première dentition.
Cette même crête encore chaude fait mer veille quand on frictionne les gencives d’un jeune enfant. Un pigeon vivant, ouvert en deux et appliqué sur le front d’une personne atteinte de fièvre typhoïde, est un moyen puissant de curation. Seulement le remède est si violent, que les cheveux du malade tombent presque toujours. Dans la Drôme, une poule ouverte vivante est appliquée sur la poitrine d’une personne atteinte de pneumonie.
Les pigeons coupés en deux et appliqués sur la tête ou sur la poitrine guérissent également la ménin gite et la congestion pulmonaire. Il paraît qu’aux Halles, il existe un véritable com merce de pigeons sacrifiés vivants, pour être appliqués sur la tête des enfants atteints de méningite. Cette 15
22Ô l’initiation idée n’est pas née d’hier. Un voyageur de commerce du dix-neuvième siècle a rapporté le fait suivant à peu près analogue (la région seule diffère), qu’il avait été à même d’observer de visu. « Dans un cas pareil (convulsion des enfants), je fus témoin à Batavia d’une cure très extraordinaire. On prit un jeune pigeon qu’on dépluma dans la région de l'anus; on le pressa contre l’anus de l’enfant malade.
En peu de temps, le pigeon eut de fortes convulsions et mourut; on le remplaça aussitôt par un autre qui eut le même sort; et on continua ainsi jusqu’à ce que l'enfant fût sauvé. Dans le Morvan, on substitue au pigeon un crapaud vivant enfermé dans un sac contre la fièvre typhoïde (Pline préconisait les grenouilles vivantes appliquées sur le ventre et assujetties par les pattes).
Dans le Morvan, contre la fièvre typhoïde, on met aussi sur le ventre un cent d'écrevisses vivantes et on ne les retire que lorsqu’elles commencent à pourrir. Ecoutons Benvenuto Cellini qui reçut dans l’œil une paillette de métal en aiguisant des ciseaux : «...
Quel ques jours après, j'envoyai chercher le chirurgien Raphaël dePilli. lime fit coucher sur une table, prit deux pigeonneaux vivants et leur ouvrit une veine sous l’aile avec une lancette, de façon que le sang me coula dans l'œil. Je me sentis aussitôt soulagé; au bout de deux jours, la paillette d’acier sortit et je me trouvai guéri, avec une meilleure vue qu’auparavant ». A Aramon, un enfant a-t-il une affection grave de la poitrine, on enveloppe le thorax du malade dans une
LA MÉDECINE TRANSPLANTATOIRE 227 peau de lapin que l'on écorche vivant et qu’on lâche ensuite dans l’appartement. Affreux spectacle ! Le traitement par la peau de lapin vivant est aussi fort recommandé, par les commères, contre les rhuma tismes et toutes les douleurs en général. La graisse de marmotte, ce lapin des Alpes, est un spécifique contre les mêmes affections.
On connaît la mort tragique d'Alexandre VI em poisonné par mégarde avec la fameuse Cantarella qui était destinée à ses convives.
Son fils, qui avait bu également le breuvage fatal, se sent malade à son tour ; soupçonnant la terrible méprise, il use des con tre-poisons les plus énergiques que l’on connût ; il fait ouvrir le ventre d’une mule vivante et s’y plonge comme dans une baignoire ; ce singulier antidote lui sauva la vie, mais il resta longtemps souffrant et sa maladie l’empêcha de prendre une part active aux désordres de Rome s’ensanglantant à chaque élection pontificale.
En 1741 on allait procéder à l’élection d’un pape. Le Vieux Collège était au complet. Seul le cardinal allemand Zinzendorff, dont la voix était acquise au nouveau collège, hésitait à répondre à l’appel de ses collègues, pour un motifbizarre que Tencin rapporte en ces termes : « Un remède singulier que M. le cardinal Zinzendorft faitchaque jour pour la goutte qui l’a fort maltrai té, l’a empêché jusqu’ici d’entrer dans le conclave.
Ce remède consiste à mettre la partie affligée dans le corps d’un porc, aussitôt après qu’on l’a tué et lors qu’il est encore tout chaud. Le cardinal Zinzendorff
228 l’initiation a fait plusieurs tentatives et présenté même des mé moires pour obtenir la permission de continuer même son remède dans le conclave, mais on n’a pas cru devoir la lui accorder. Les inconvénients qu’il pouvait y avoir à introduire un porc dans un lieu consacré au sérieux et à la gravité se présentent assez d’eux-mêmes.
Pour les prévenir le cardinal Zinzendorff a été jusqu’à proposer qu’on enfermerait l’ani mal dans un sac et qu’on lui mettrait une muselière.
L'expédient ayant paru plus ridicule que suffisant, le cardinal Kollonitz a conseillé à son compatriote de rester en ville jusqu’à ce que le service de leur maître exigeât absolument sa présence dans le conclave. » Zinzendorff se décide enfin à remettre à plus tard dessoins aussi compliqués et paraît le 19 avril, sans être suivi de l’animal qu’on appelait en riant son quatrième conclaviste. (Cabanès, Remèdes d'autrefois.) Walter Scott, cité également par le docteur Cabanés, nous raconte le cas suivant: « Parmi les traitements, parfois extraordinaires, auxquels je fus soumis, on décida que toutes etquantes fois qu’un mouton serait tué pour la table, je serais déshabillé et emmailloté dans la peau toute chaude enlevée à la carcasse de l’animal.
Je me rap pelle être resté couché sur le plancher du petit par loir de la famille avec cet accoutrement tartare, tandis que mon grand-père avait recours à tous les encou ragements imaginables pour m’exciter à ramper et à faire effort. Ma mémoire garde encore l’image disLA MÉDECINE TRAN'SPLANTATOIRE 2 2Ç tincte du vieux sire Georges Mac-Dougal, de Makenstown, notre cousin, se joignant tendrement aux tentatives de mon bon aïeul.
Je le vois encore dans son uniforme antique (il avait été colonel des grey’s), avec un petit tricorne, une veste écarlate brodée et un habit de couleur claire, ses cheveux blanc de lait noués à la mode militaire, agenouillé devant moi, tirant tout doucement sa montre sur le tapis, afin de me décider à suivre le brillant joyau. Le vieux sol dat et l’enfant enveloppé dans la peau de mouton devaient faire un singulier tableau.
Je pouvais avoir à peine trois ans car je n’avais pas atteint ma quatrième année, lorsque je perdis mon grand-père, et sir Geor ges le suivit de près. » Dans le Midi on écorche égalementles chatsvivants, ce qui ne doit pas se faire sans quelques égratignures, et la peau fumante est appliquée à l’instar de celle du lapin ou du mouton, sur les parties les plus di verses de l’organisme, suivant les maladies qu’on se propose de combattre ; de même pour la peau de renard, celui-ci écorché dès qu’on l’a tué (région du Ventoux).
Dans la Drôme, pour se guérir du rhume ou des douleurs rhumatismales, on s’enfouit, pour trans pirer, dans du fumier de mouton, ou encore on sé journe dans une étable où se tiennent des bêtes à cornes. I Cardan cite le cas d'une servante épileptique qui fut guérie de son « haut mal » après avoir couché quelques nuits avec son chien, lequel devint épilep tique.
23o l’initiation Une autre servante éprouvait un violent mal de dents : on lui conseilla de s'appliquer sur la joue un petit chien. « Elle fut guérie, et le petit chien se mit à courir et à aboyer avec toutes ses dents malade^. » Le professeur Roux (de Lausanne) communiquait récemment à la Société d’Hygiène de cette ville les deux observations suivantes : La première a trait à Al. D..., clerc d’avoué à Chambéry.
Atteint de rhumatismes articulaires, M. D... possédait un chien griffon âgé de trois ans, qu’il faisait coucher avec lui chaque fois que ses crises le prenaient, car il lui semblait que le corps de l’animal appliqué sur la région douloureuse, calmait son mal. Ce chien, ordinairement très caressant, don nait alors des signes évidents de malaises, et s’il par venait à s’échapper, allait se réfugier dans le coin le plus obscur de l’appartement.
Dans le courant de novembre 1887, les crises pri rent M. D... avec plus d’intensité que d'habitude. Pendant toute la nuit, il garda son chien dans son lit maintenu de force contre le siège du mal. Le len demain les douleurs avaient disparu, mais le chien était malade, poussait des gémissements plaintifs ininterrompus, et, deux jours après, il expirait dans une convulsion suprême.
Le second cas est celui d’une dame de Lausanne qui faisait disparaître momentanément de très fortes migraines par l’application du corps de. son chien sur.le front; mais, dans ce cas particulier, l’animal n’en paraissait pas incommodé.
Nous avons connu un Montpelliérain qui guérisLA MÉDECIN» TRANSPLANTATOIRE 231 sait les douleurs rhumatismales par transplantation sur les chiens ou un animal quelconque : il a été sur nommé creba chis (crève chiens). Un autre habitant de Lausanne était à l’agonie, sous l’influence d’une fièvre aiguë : le médecin le considérait comme perdu. Son chat vient se coucher sur son corps : chassé, il revient à la charge pendant plusieurs jours.
La première station du chat avait amené une trans piration abondante, suivie d’une diminution de la fièvre. Pendant la seconde station, la transpiration devint excessive. Le malade guérit rapidement. Quant au chat sauveur, il disparut le lendemain et on le trouva mort au fond du jardin, les poils hérissés et les membres contractés.
Les cas de transfert des maladies à des animaux sont innombrables: les chiens, les chats, les oiseaux, les singes, voire même des tortues, ont été mis à contribution pour ce genre de traitement qui est encore fort pratiqué pour tous les genres de maladies. Après le transfert par contact, il y a le transfert à distance.
Voulez-vous guérir un enfant de la jaunisse, vous achetez une miche, l’enfant urine dessus à mi nuit sonnant, vous sortez du lit et vous vous rendez en chemise et pieds nus sur le chemin, en tenant votre enfant sur le bras gauche et tenant la miche dans la main droite.
Après avoir fait quelques pas, vous lancez la miche au loin derrière vous, sans vous retourner, en disant : « C’est pour le premier chien qui passe », et le premier chien qui passe mange la miche et emporte la jaunisse.
232 l’initiation Autre procédé pour guérir la jaunisse : on porte autour du cou une anguille vivante qu’on fait coudre aux deux bouts. Après 24 heures, l’anguille épuise toutes les humeurs et est devenue toute jaune : la guérison est complète. A Arles, pour calmer le mal aux dents, on écrase des escargots vivants de manière à obtenir un cata plasme que l’on applique sur là joue.
Aux Angles, j ai vu employer le même cataplasme dans la lièvre typhoïde, on le plaçait à la plante des pieds. A Valréas, on applique directement les vers de terre sur le ventre ou sur la tête de l’enfant, suivant qu’on le suppose atteint des vers ou d’une méningite. Les lombrics meurent, dit-on, très vite, et c’est alors le signe de la guérison.
Un journal de médecine anglais de 1745 recom mandait contre la fièvre quarte d’enfermer une arai gnée dans une coquille de noisette et de la porter sur soi. Ces ordonnances étaient encore suivies en 1862 ; aux Etats-Unis, le père de la philosophie fin de siè cle, l’illustre Schopenhauer, usait contre la fièvre du remède indiqué par le journal anglais.
Si un aliéné a une crise de mélancolie et que vous vouliez la faire disparaître, les bonnes fe'mmes charenlaises vous conseilleront de lui mettre, pendant treize heures, deux tanches vivantes sous les pieds. De même on met une sardine sous le talon pour faire passer la migraine. Les cloportes contenus dans un sac et appliqués sur la poitrine guérissent la coqueluche.
Pour la diar rhée infantile dans les Cévennes, les matrones metLA MÉDECINE TRANSPLANTAT01 RE 2 33 tent un goujon sur le nombril de l’enfant pendant quatorze heures. Les crampes d’estomac et le rhumatisme s’amen dent par l’application aux points douloureux d’un petit sac de pommes de terre chaudes. Les tournioles se dessèchent si on dort toute une nuit avec le doigt malade dans l'anus.
Il existe à Villeneuve un moyen peu banal de guérir le mal de dents. Prendre un testicule d’âne, le laver, le faire sécher et le conserver pour l’usage. Quand on souffre des dents, on met le testicule dans la bouche. L'effet, dit-on, est magique.
Les applications de tranche de viande fraîche sont fort en honneur dans un certain monde pour con server au teint sa fraîcheur, et pour rendre à certains organes une contribilité qu’un usage immodéré leur a fait perdre! Le point de départ résulte, dit-on, de ce fait observé que les bouchères ont toujours le teint frais.
Si un cheval prend un clou de rue, il suffit pour le guérir et l’empêcher de boiter d’aller planter un clou dans le tronc d’un mûrier. En Lozère, si un bœuf en labourant vient à être piqué par le soc de la charrue, on arrachera trois poils de la queue du même bœuf, on les nouera en semble, puis après les avoir attachés à la pointe du soc, on se remettra à labourer et le bœuf sera guéri.
S'il faut en croire Paul de Régla dans son volume El Ktab, traduit de l’arabe, Mahomet permettrait la fornication avec des animaux à la condition que ce fût dans un but curatif. Ainsi il est permis d'après
l’initiation 234 le Coran de forniquer avec des animaux femelles, quand on est atteint de « Gonorrhée simple ou sy philitique ». Ces nombreux cas de bestialité, au début de notre conquête algérienne, amenaient fré quemment des Arabes devant nos tribunaux mili taires. Ces Arabes, surpris le plus souvent dans les écuries de notre cavalerie en flagrant délit de bestia lité, semblaient très étonnés des condamnations qui les frappaient.
Longtemps on ne crut point à leurs déclarations; mais, à la longue, informations prises, il fallut bien constater que c’était là un moyen thérapeutique et non une dépravation du sens géné sique. Pour les cors aux pieds notamment, une pratique assez employée et ne gênant personne consiste à prier poliment un mort d’emporter vos cors avec lui.
Vous suivez un mort qu’on conduit en terre, vous tutoyez le cadavre et lui dites : « Prends mes cors et porte-Ies avec toi en terre. » Dans les Ardennes, on dit: Moirt qu'on poite es terre Ji te dire treus « Pater » : Poite mes aguesse aveu ti es terre. — Mort qu’on porte dans la terre — Je te dirai trois Pater — Porte mes cors avec toi en terre.
Dans le midi, un spécialiste de cors aux pieds re commande ce procédé absolument radical : arracher, le dos tourné, trois feuilles à une branche de frêne. Le lendemain les cors ont disparu. Enfin, les guérisseurs de verrues sont légion dans
LA MÉDECINE TRANSPLANTAT OIRE 235 toute la France; voici quelques secrets choisis parmi les plus remarquables : Dans le Bas-Poitou : « Comptez les fies (verrues) et mettez dans une bourse autant de petits cailloux. Placez cette bourse sur une route et cachez-vous pour lavoir ramasser.
Celui qui la ramasse, ramassera les fies ij). » A Meyrargues, on applique sur les verrues un mor ceau de viande de bœuf qu'on a laissé se corrompre sous une. pierre en plein air. Entrez dans une église où vous n’êtes encore jamais allé, trempez votre main atteinte de verrues dans le bénitier en disant: «Je te les donne. » Les verrues seront attrapées par la personne qui prendra de l’eau bénite immédiatement après vous.
Il n’y a pas un paysan poitevin qui ne croie à l’efficar cité du remède que voici contre les verrues : se mettre à genoux devant une tige de genêt fleuri, réciter cinq Pater et cinq Ave, tout en tordant vigoureusement la branche, comme si on en voulait faire un lien. Ren trer chez soi et se coucher; le lendemain on cherchera ses verrues et on ne les trouvera plus.
En Allemagne, on place à l’embranchement de plu sieurs chemins un emplâtre quia servi au malade, de façon à transmettre la maladie à un passant; enfin d’excellentes autorités affirment que les bouquets que les enfants offrent aux voyageurs dans la partie mé ridionale d’Europe sont la plupart du temps donnés (i) On retrouve le même procédé en Angleterre. Voir TetLOR.
236 l’initiation dans le but de se débarrasser de quelque maladie que l’on a transmise au bouquet. Vous pourrez également, comme pour les cors aux pieds, vous borner à trem per vos mains dans un ruisseau pendant que les cloches sonnent un glas et souhaiter vos verrues au défunt.
Ou bien, les frotter avec une feuille d’arbre, avec un os, avec un caillou, avec un clou, et jeter l’objet en arrière sans vous retourner ; celui qui le ramassera attrapera vos verrues. C’est probablement de là que vient cette méfiance des paysans pour les clous perdus, qu’ils accusent de porter malheur. Frottez les verrues avec un morceau de lard, enter rez cette couenne sous une gouttière et rentrez chez vous sans vous retourner.
A mesure que le lard pour rit, les verrues disparaissent. Les deux recettes suivantes sont beaucoup mises en pratique dans le département de l’Hérault. Volez autant de pois secs chez un épi cier que vous avez de verrues sans que celui-ci vous voie et allez les jeter dans un puits abandonné le soir, au clair de lune ; quand les pois seront pourris le verrues auront disparu.
Mettez dans un trou une pomme de terre; si celle-ci se pourrit au lieu de ger mer, vos verrues tomberont sept jours après. (A suivre.) C. B.
Mettez un verre de vin dans la Seine à Charenton et recueillez un verre d'eau de la Seine à Auteuil vous aurez une dilution homœopathique. Telle est la charmante boutade par laquelle un maître, aussi spirituel qu’ignorant du sujet, parlait de l’homœopathie. Or, celte doctrine possède cette particularité d'être plus connue de certains malades que de la plupart des médecins.
De là, de la part de ces derniers, une hos tilité sourde et des plaisanteries sans portée, qu’un peu plus d'études atténueraient considérablement. Un médecin a le droit d'être partial. Il a charge de santés physiques sinon d’âmes. Mais il n’a pas le droit d’être ignorant. Or, 80 médecins sur ioo igno rent tout de cette pratique et de ses résultats.
Quand un homœopathe s'installe quelque part, ses bons confrères commencent la campagne habituelle de sarcasmes et de calomnies. (Je raconte une his toire vécue.) On dit que l’homœopathe est un igno rant tout juste admis à exercer vaguement la profes sion de Médecin. L’homœopathe qui, son diplôme de docteur obtenu, a dû faire des études supplémen taires, laisse dire et commence à exercer ses ravages. Au bout de quelques mois, les guérisons obtenues
238 l’initiation par lui sont si stupéfiantes et si nombreuses que les confrères voient rouge. « Charlatanisme, Suggestion », clament-ils à la ronde. Mais non, mes chers confrères, emploi de médica ments que vous ignorez ou que vous ne savez pas manier; amour absolu de son métier.
L’homœopathe croit à la certitude de la guérison quand il veut se donner la peine de guérir, l’homœopathe a perdu le scepticisme thérapeutique qui fait le fond de tout traitement allopathique. J’ai vu un cabinet homœopathique de province, recevant surtout des paysans, accroître progressive ment le nombre des consultations pour passer de 20 malades reçus par jour à ioo et i io malades par jour de consultation en six ans.
A Paris, les clientèles homœopathiques rapportant 70.000 francs par an existent à quelques exemplaires. Une douzaine au moins d’homoeopathes dépassent 20.000 de recettes et tous les autres vivent honora blement. Ils se laissent « blaguer » par les confrères, mais ils vivent de mieux en mieux et les « blagueurs » meurent progressivement de f aim. Qui donc a le meil leur rôle ?
Je ne puis, dans un court article, aborder une question aussi complexe que celle de l’homoeopathie. Comment devient-on homœopathe ? Généralement, cette doctrine est pratiquée par des familles de médecins. Le fils ou le neveu succède au père ou à l’oncle. La famille des Jousset, celle des Conan, sont des exemples de ce fait. Quelquefois, un ancien interne de valeur, comme Bonnet Lemaire, se
LES HOMŒOPATHES ET L’HOMŒOPATHIE 2 3g convertit et prend la succession d’un maître comme Hermann. Pour bien manier la thérapeutique homœopathique courante (sans parler des complications d'Ecoles) il faut deux ans d’études soit dans un des deux hôpitaux homœopathiques de Paris, soit dans une des cliniques parisiennes, soit avec un maître spécial ou des leçons de l’École des Sciences Médi cales appliquées.
Il y alesnouveaux venus réussissant par eux-mêmes, comme Flaschen, Sieffert, les Proust, Biagini, etc. Quel que soit le moyen de s’instruire, il faut des études spéciales. Pourquoi ? i° Parce qu’il faut apprendre à manier 200 médica ments différents au lieu des 12 que manie un allo pathe considéré comme une lumière en thérapeu tique. 20 Parce qu’il faut refaire une étude sur une base toute nouvelle des symptômes des maladies.
3° Parce qu’il faut approfondir sérieusement les études de biologie relatives aux réactions de l’orga nisme et à la phagocytose. Nous allons développer ces trois points. ★ * * Pour l’allopathe la clinique est tout, le médica ment est une annexe. Pour l’homoeopathe le médica ment est tout, car c’est lui qui est déterminé par les effets extérieurs de la maladie. L’homœopathie emprunte ses médicaments aux
l’initiation 240 trois règnes de la Nature. A côté des végétaux com muns aux deux médecines comme Aconit, Bryonia, Belladona (les homœopathes formulent en latin), Drosera, etc., il y a des médicaments nombreux et totalement inconnus de l’allopathie, Esculus, Sangui naria, Alliumcepa, Hydrocoton Asiaticus, Sylphium, Cyrenaicum et une foule d'autres. Parmi les minéraux, tous les métaux sont large ment employés: Aurum, Arsen Alb.
Cuprum Antimonium, ainsi que les sels métalliques : Calcarea Phosphor, Cale, carbónica, Zincum Phospor, Mercurius Solubilis. Il y a même une Ecole homœopathique très florissante qui n’emploie que les 12 médica ments chimiques. Le sel de cuisine, Natrum muriat, est un merveilleux remède de la constipation donné à dose homœopathique.
Précédant l’opothérapie, les homœopathes font un large appel aux préparations d’origine animale; l’Abeille (Apis) est un remède rapide de la crise de rhumatisme aigu où l’articulation se présente enflée et rouge comme si elle avait été piquée par des abeilles. Les médecins allemands emploient dans ce cas avec grand succès la piqûre directe d’abeille.
L’araignée pour les fièvres, la sèche (Sepia) dans les diarrhées graves, le crapaud (Rana Buflb) dans les épilepsies, les venins de serpent (Lachesis, Vípera Naja) dans les infections, feront sourire les profanes mais constituent entre les mains des homœopathes des moyens effectifs et rapides de guérisons presque miraculeuses. Sans vouloir expérimenter on se moque des doses
LES IIOMŒOPATHES ET l’hOMŒOPATHIE 24I infinitésimales employées par la plupart deshomœopathes. On leur a pris Drosera, Hamamelis, Thuya, Glonoinum (Trinitrine des allopathes) parce qu’on a vu les cures obtenues par ces médicaments, mais en les employant à trop fortes doses on a détruit l’effet de ces médicaments. Ainsi Drosera n’arrête vraiment les quintes de coqueluche qu’à la 3oe dilution.
Donné en gouttes de teinture mère, il augmente les crises et donne des quintes à celui qui n'en a pas, parce qu'il est homœopathique des quintes. Pour l’allopathe, un rhumatisme appelle le salicylate ou l'aspirine, comme la fièvre, la quinine ou l’antipyrine.
Pour un homœopathe. un rhumatisme exaspéré par le mouvement (Bryonia) est traité tout différemment qu’un rhumatismeà douleurs nocturnes et augmentées par l’immobilité (Rhus Tox) ou qu’un rhumatisme qui éclate aux changements de temps avec humidité (Dulcamara) ou encore du rhumatisme déformant (Silicea).
Il faut donc faire une étude nouvelle de la sympto matologie des maladies, étude qui se confond avec celle des médicaments dont on étudie l’effet sympto matologique sur l’homme sain. Par exemple l’ipéca fait vomir à dose allopathique. Il est le médicament qui arrête rapidement les vomissements et les nausées quand on le donne à la sixième trituration homœo pathique.
Aussi, tous les traités classiques d’homœopathie, Jahr, Jousset, Sieffert, etc., commencent-ils par une étude très longue de chaque médicament, puis dans une autre section on fait la synthèse en groupant les 16
242 l’initiation symptômes qui nécessiteront l'emploi de chacun de ces médicaments. On s’est beaucoup moqué des doses infinitésimales des homœopathes en disant qu'il était im possible d'ob tenir autre chose que de la suggestion par de pareils moyens. Or, la physiologie nous montre que les médica ments donnés par la bouche à dose allopathique sont arrêtés en grande partie par le foie.
D’autre part, la sérothérapie donne une consécration expérimentale aux homœopathes. En effet, aucun moyen chimique ou physique ne permet de constater la présence même à dose infinité simale d’une substance médicamenteuse quelconque dans le sérum anti-diphtérique de Roux. Or ce sérum guérit. Comment?
Exactement comme un médicament homœopathique, en vaccinant d’une part contre la nouvelle infection et en provoquant d’autre part une réaction génératrice de phagocytes de la part de l’organisme. ★ * ¥ Ce sont là les notions les plus élémentaires de cette méthode qu’on enseigne à Paris dans les deux hôpitaux homœopathiques : l’hôpital Saint-Jacques, rue des Volontaires, et l’hôpital Hahnemann à Neuilly.
Il y a de plus une vingtaine de cliniques à Paris, disséminées un peu dans tous les quartiers et dans lesquelles les jeunes médecins sont appelés à s’exercer. On comprendra l’impossibilité de parler en une
LES HOMŒOPATIIES ET L'HOMŒOPATHIE 243 -courte étude des diverses Écoles rattachées à cette doctrine. J’ai évité toute discussion théorique qui me semble ridicule à notre époque positive. Si un confrère veut savoir ce que peut donner ht méthode homœopathique il y a un moyen bien simple.., c'est de l'essayer quand tout le reste a échoué.
Nous allons donner pour ter miner quatre essais à tenter : 1“ Un cas de rhumatisme: 2° Un cas de diarrhée infantile; 3° Un cas de névralgie faciale: 4° Un cas de toux convulsive. Dans un cas de rhumatisme à souffrances augmen tées par le mouvement et diminuées par le repos, avec augmentation des douleurs le jour, on pourra essayer avec succès la potion suivante : Teinture de Brvone .... 5 gouttes Eau distillée................................
25o gr. Une cuillerée à soupe trois fois par jour un quart d'heure avant de manger. Ce n’est pas de l'homœopathie classique, mais on emploie ici un remède homœopathique. Or, suivant l’expression de Conan, les allopathes guérissent quel quefois : c’est quand ils emploient un remède agis sant homœopathiquement. La dose n’a que peu d'im portance dans ce cas.
Pour la diarrhée infantile tenace on pourra essaye; avec grand succès deux médicaments : Mercurius solubilis..........................6e T.
l’initiation 244 Six globules dans un demi-verre d'eau. A faire prendre une cuillerée à café toutes les demi-heures. Deux jours après, donner de même et pendant trois jours : Sepia........................................6° T. Ces médicaments sont à prendre dans une pharma cie homœopéthique spéciale (il y en a douze à Paris). * * ¥ Pour la Névralgie faciale rebelle voici une potion de plusieurs médicaments ensemble : 3oa — 20 gouttes 12* — l5 — 6‘„ }aa 10 — 6e | 25o gr. Une cuillerée à soupe trois fois par jour. Les homœopathes ont obtenu 70 p. 100 de guéri sons dans les épidémies de choléra asiatique. Ils sont également réputés pour leur traitement de la coqueluche et des toux convulsives. Leur médicament, le Drosera, n’agit qu’à la 3o°, c’est-à-dire à haute dynamisation. Donné comme le font les allopathes en teinture mère, ce médicament peut doubler les quintes, à moins de l'étendre de beaucoup d’eau. Nous conseillons donc pour les toux convulsives, l’essai des deux remèdes suivants ; Spongia Tosta...................... 12e T. Rhus Tox .................. Chamom...................... Aranea...................... Ars Alb ....................... Aqua Stillata . . . .
LES 1I0MŒ0PATHES ET L’HOMŒOPATHIE 245 Trois globules, matin et soir, dans un peu d'eau, pendant trois jours. Les trois jours suivants donner : Drosera .... 3o(. de même. f Une autre fois nous pourrons parler des Ecoles homœopathiques et de la Théorie. Pour le moment, nous conseillons aux confrères sérieux d'expérimen ter la méthode et d’étudier un peu sa matière médi cale avant d’en médire. Terminons en rappelant notre cher aphorisme : Un médecin a le droit d'être partial, il n’a pas le droit d'être ignorant. Tous les allopathes ignorent l’homœopathie. Encausse.
Dans cette vie cachée, tout être qui prie, agit ou soutire, est un rouage dont le travail réel échappe aux chroniqueurs d'ici-bas ; il est l'instrument ac tif d’une histoire qui se déroule; tout à la fois, par lui et au-des sus de lui, à son instigation et à son insu, d’une histoire qu’il prépare et qui pourtant le dé passe, scs pieds sont encore sur terre, et déjà, à portée de ses lèvres qui invoquent Dieu, ou qui l’annoncent, ou qui accep tent de souffrir, s’élargissent des domaines que Dieu seul connaît.
Georges Goyau. « Heureux ceux qui pleurent !... » a dit le Christ, et cette parole, vieille de deux mille ans bientôt, a plus consolé de cœurs attristés que toutes les panacées de la philosophie. Pourtant il est une remarque utile à faire, au début de cet essai, c’est que nulle part dans l’Evangile le Christ n’a commandé de chercher la souffrance, de s’obliger à une ascèse !
Au con traire, il tient, par sa conduite journalière, à pro tester contre les austérités dévotes, les pratiques dé primantes et perverses des pharisiens, de ceux qui jeûnent, se mortifient en public. « Quand tu jeûneras,
l’équivalent social de la douleur 247 dit-il à son disciple, oins ta tète, soigne ton extérieur, afin que tes œuvres ne soient pas connues du monde, mais de Dieu qui lit dans les cœurs, qui voit dans le caché. » Il est lui, le Christ, l’homme qui mange et boit avec les pécheurs; son enseignement mystique à ses disciples se résume en ceci qu'ils doivent aimer le Père par-dessus toutes choses et leur prochain comme eux-mêmes.
Sa vie, sa mort sont un rachat suffisant si nécessaire de la tare originelle. Elles effacent.le sceau dont l’Adversaire nous avait mar qués pour la fatalité et la souffrance. Par les mérites de la Passion, nous les hommes qui croyons au Christ, qui invoquons son nom, nous devenons sembables à ces lys qui ne filent ni ne tissent et que Dieu revêt de plus de splendeur que n'en connut jamais le roi Salomon...
Et cependant la souffrance a continué sur la terre après la venue du Christ et même, aux yeux de l’observateur terrifié qui compare les cycles du vieux paganisme et la période des dix-sept premiers siècles de christianisme, à ces yeux, disons-nous, il apparaît que plus de sang, plus de larmes ont coulé par le monde depuis l’avènement ou la suprématie officielle du christianisme historique.
Ajoutons, en hâte, que ceci est simplement l’effet douloureux de la dépra vation intellectuelle de certains tenants officiels du Christ, qui firent de son enseignement si simple, si social, si humain, une sorte de casse-tête philoso phique, où se fondirent, s'agrégèrent les spéculations des vieilles théologies '. que ceci est encore le résultat d’un oubli trop réel de l'exemple donné par le Christ
L INITIATION 248 à ses disciples, exemple d’amour, de simplicité, d’in dulgence, d’apostolat souriant, toutes choses qui furent nulles en austérités, en contraintes spirituelles et sociales... Bref, on pourrait écrire que jamais le monde ne fut moins chrétien que depuis l’avènement du Christ et surtout le monde européen...
Constatons donc simplement que la souBrance existe, qu’elle est due en partie aux vices individuels ou sociaux et pour une autre part aux volontés ascé tiques, aux erreurs spéculatives.
Ne reconnaissons à cette souffrance volontaire et subie d’autre raison d’exister que ce qu’Edgard Poë appelle quelque part l'infirmité de notre volonté et décernons largement à chacun le droit d’ascétisme pour lui-même en le prévenant d’ailleurs du piège caché sous cette fleur.
Admettons avec les mystiques les mérites ésotériques de la douleur qui, selon le mot de saint Paul, com plète en nous et par nous « ce qui manque à la passion du Christ » (Epître aux Colossiens), mais affirmons sans crainte qu’il n’est pas dans la volonté du Père ni du Fils que l’homme souffre mais bien qu’il s’amé liore, ce qui n’est pas tout à fait la même chose.
Encore, puisque la souffrance existe et que, vu d’un point très élevé, le monde est toute harmonie, il peut, il doit exister à cette souffrance une compensation, une raison, une équivalence. Cette équivalence de la douleur, le catholicisme l’a surtout reconnue, expliquée et approuvée dans l’équir r libre d’une Eglise plus grande que l’Eglise terrestre et qui est l’Église du purgatoire (Goyau).
Nous voudrions ici, laissant de côté toutes les exl’équivalent social de la douleur 249 plications et les justifications mystiques de la douleur, lui découvrir dans le travail humain terrestre, envi sagé d'une façon positive mais totale, une équivalence suffisante pour faire accepter par les heureux du monde la coexistence des déshérités, des douloureux, pour leur faire même accepter cette vérité, selon nous axiome, que tout être même oisif qui vit, accomplit un travail, que tout être qui souffre apporte son obole à la fortune sociale, en un mot que le pauvre récal citrant, le malade incurable, le misérable inconsolé sont des agissants, des ouvriers du labeur humain total, moins rémunérés certes, moins méritants peutêtre en de certains cas, que les heureux actifs riches ou humbles, mais toutefois constituant un des rouages nécessaires de la machine sociale et à ce titre ayant droit à l’estime, au salaire d’aliment...
Bref, énonçons ce théorème que l’équivalent social de la douleur est un progrès individuel ou collectif. Pour éviter toute interprétation pernicieuse de cette thèse, il importe de proclamer qu’en déclarant élé ment social nécessaire, le fait de la douleur, ceci ne s’entend que de notre état social actuel et ne justifie en aucune sorte, ne peut à aucun point de vue excu ser la souffrance infligée à autrui.
Pas plus qu’un homme sain n’a besoin de remèdes, l'organisme social équilibré ne doit susciter la douleur, ne doit nécessiter la souffrance... mais il existe encore par le monde, à notre époque pourtant si assoiffée de justice, de charité, il existe encore trop d’ignorants, d’égoïstes, de satisfaits riches ou pauvres, qui crient contre les inutiles, c’est-à-dire les passifs heureux ou malheu
230 l’înitiation reux, contre les vieux, les infirmes, contre les dolents, bouches inutiles qu’ils seraient tentés de jeter aux carnassiers du dehors.
II existe trop de ces gens encore, pour qu’il ne soit pas utile de leur démontrer qu’une part de ieur travail, une part de leurs joies est ac complie, payée par les malheureux et qu’ainsi la cha rité est pour eux, les béats, les sains, un devoir dé guisé plus ou tout autant qu’un devoir chrétien, une dette plus encore qu’une bienfaisance.
Et ainsi seront justifiés une fois de plus certains préceptes, certaines paroles du Christ qui paraissent tout d’abord une prime à la paresse, un encouragement à la mendicité...
Par une application logique du principe physique et de la terminologie scientifique en vertu desquels la possibilité de transformations d’une modalité dyna mique en une autre (chaleur en mouvement, lumière en activité chimique, etc.) est appelée équivalence, nous pensons qu’il convient d’appeler « équivalence de la douleur » le fait que la douleur est un dérivé ou une genèse d’activités sociales différentes, que ces activités se transforment parfois en douleur et réci proquement.
Il est évident qu’il ne peut êtie ques tion de déterminer arithmétiquement la valeur de cette équivalence et qu’on ne saurait jamais écrire qu’un mal de dents équivaut à huit heures du travail d’un comptable, que la perte d’un être cher ou la séparation de deux amants équivalent à l’invention d’une mode nouvelle ou à la découverte d’une mine de cuivre ou d’or.
Mais il nous suffira d’étudier et si c’est possible de démontrer que la souffrance est non seulement le résultat déplorable et à rejeter des
l’équivalent social de LA DOULEUR 25 I fautes, des erreurs individuelles ou sociales, mais encore le résultat et quelquefois la cause par réflexe d'une joie, d'un travail, même non accomplis par celui qui souffre, plus encore, joie ou travail quil ignorera et dont il devrait logiquement,positivement, physiquement connaître ou recevoir les modalités ou les conséquences. Éclairons par une application hypothétique simple cette vérité à démontrer.
Supposons que le banquier X... est menacé d’une perte importante par suite d’un excès de travail qui a déprimé ses forces et l’oblige à un repos absolu. Ce repos peut d’ailleurs, si on veut, amener non seule ment une perte pour ce banquier, mais retarder l’essor d’une découverte capable d’améliorer la con dition d’une foule de personnes, découverte pour la quelle ce banquier avait promis son concours finan cier...
De cette façon notre hypothèse démontrera mieux les répercussions possibles des états indivi duels sur le labeur total... Ce banquier a parmi ses relations une personne charitable qui sait les prémisses de notre syllogisme et se résout à les faire suivre d’un terme moyen mo dificateur.
Par un jeu naturel de son organisme propre, ou avec l’aide d’une science plus ou moins mystérieuse, cette personne trouvera le moyen d’atti rer sur elle cette prostration, cet épuisement néfastes et ainsi le banquier pourra continuer les affaires, ap porter le concours promis à l’invention qu’il connaît, faire réaliser un progrès considérable à l’industrie, à l’effort humain social.
252 l’initiation La femme généreuse qui aura accompli cet acte de dévouement y gagnera, supposons-le, une neuras thénie plus ou moins caractérisée qui la mènera à négliger ses propres intérêts, la conduira à la ruine... arrêtons ici l’hypothèse. Pour tout observateur positiviste ou exotérique il n'existera en vérité aucune relation réelle, nécessaire entre le dévouement, la douleur de cette femme et le progrès social réalisé.
Tout d'abord cette relation, pourtant bien certaine, échappera à l’observateur non documenté : et même si la connaissance parvient à cet observateur des liens unissant les faits si divers de cette série d’actions individuelles, même si cet observateur est de bonne foi et veut être précis, il con clura que la douleur de la sacrifiée a été une consé quence de son sacrifice volontaire, et n'est pas le con diment du progrès réalisé, n’en constitue pas une cause nécessaire, une équivalence.
Qui ne voit pourtant que sans ce dévouement dont la douleur était une suite inéluctable, sauf interven tion miraculeuse, le progrès réalisé n’aurait pu se pro duire, eût été tout ou moins retardé et qu’ainsi la douleur a été la condition sociale de ce progrès, l’une des causes déterminantes de sa possibilité ?...
Le banquier X... représente dans le polynôme de ses re lations égalé à une valeur totale y, une valeur per sonnelle — a, puisqu’il est devenu, positivement, un infirme qui absorbera des soins. Pour que la valeur y du polynôme (y représentant par exemple la mesure des éléments particuliers qui le composent et celle du progrès à réaliser) pour que cette /valeur y demeure
l’équivalent social de LA DOULEUR 253 constante il faut que bien des termes croissent de -|- 10 et c’est cet accroissement qui mesure la perte subie par la personne charitable intervenante, qui mesure son moins être, sa douleur.
Ainsi peut apparaître pour le lecteur l’évidence de cette vérité que nous énoncions plus haut, c’est à sa voir que toute douleur doit être, est la rançon, la cause d’une libération, d’un mieux être humain car si, au lieu de supposer que la généreuse intervention qui rend au banquier la disposition de ses facultés, fut opérée par une amie, une alliée de ce personnage, nous supposons que cette même intervention est opé rée par une étrangère qui a connu par hasard la situation exposée ci-dessus et s’est décidée, encore qu'elle n’y fut nullement tenue, à le modifier au détri ment de son propre équilibre physiologique ou social, cette extension de notre exemple premier élargit en core le champ des faits possibles, quotidiens, sur les quels s’étale notre conviction et s’appuiera celle du lecteur que toute douleur, toute souffrance peut, doit avoir quelque part un équivalent heureux, actif, qui n’aurait pu être produit si cette doulenr n’avait été consentie ou subie.
C’est cette équivalence qui néces site ce qu’on appelle communément des malheurs injustifiés, des désastres inexplicables!... Il va de soi que certains cas de souffrance parais sent ne pas être inscriptibles dans notre loi. Ainsi la souffrance résultant immédiatement d’une erreur, d’une compensation équivalente. Je glisse sur une écorce d’orange jetée dans la rue par un maladroit et je m’accuse moi-même de ne pas avoir regardé où je
254 l’initiation posais le pied. A moins de commettre un abus de la finalité, je ne puis affirmer qu’il était nécessaire que je glissasse sur cette pelure pour que les édiles dussent décréter, a posteriori, l’interdiction, utile à tous, de jeter des écorces d'orangedans les rues.
Il est pourtant probable que si cet accident ne m’était pas arrivé et n’était pas arrivé à d’autres, l'édit n'aurait pas paru et qu’un jour peut-être quelque génie utile plus que moi à l’humanité, aurait vu sa carrière interrompue par un accident né de cette imprévoyance.
Ici encore faisons remarquer que c’est cette infirmité de notre condition vitale ou sociale, de notre volonté propre ou collec tive qui provoque, organise la douleur, qu'elle ne peut entrer dans le plan de Dieu, d'une manière définilive, qu’elle est tout au plus la peine éprouvée par lemalade dans l’absorption d'un remède nauséabond, peine qui peut au surplus, par une application de la thérapeutique des transferts, être subie par un autre au profit du premier.
Tout mystique, tout croyant, tout individu même simplement 'superstitieux, admettra spontanément la valeur axiomatique de cette loi d'équivalence delà douleur. Pour lui en effet, le monde terrestre, visible est ordonné non seulement par ses lois créaturelles ou sociales, mais subit les interventions néfastes ou bienveillantes des êtres invisibles appelés Dieu, l’Adversaire ou simplement la Fatalité...
11 est donc inutile d’invoquer à l’intention de ces catégories d’électeurs cette hypothèse d’une providence pour justifier une loi qu’ils sont depuis longtemps disposés à admettre comme un fait et même à étendre
255 l’équivalent social de la douleur quelquefois abusivement. Faire intervenir cette même hypothèse métaphysique dans la démonstration de notre loi, à l'intention des esprits positivistes, des indifférents, des sceptiques, c’est tout simplement faire un cercle vicieux, et, comme on le dit, mettre la charrue devant les bœufs. Jusqu’ici nous avons éclairé les données de notre théorème, défini les termes de la discussion.
Le but que, nous nous proposons est maintenant de démontrer par des faits logiques, desdéductions rigou reuses, que limitée aux choses terrestres, sensibles, la loi d'équivalence, qui régit les mondes, même invi sibles sans doute, explique, justifie, régularise la dou leur individuelle, l’ennoblit jusqu’à en faire hiendes éléments actifs du progrès humain parce qu'elle dé charge les ouvriers exotériques de l’effort social d’une partie nécessaire de cet effort qui ne peut s’opérer provisoirement qu’avec des heurts dont la réaction sur nosorganismes imparfaits, individuels ou collec tifs, est justement la douleur.
L’ouvrier douloureux est deux fois agissant, mais l’oisif douloureux est une fois agissant, et ceci d’ailleurs ne constitue pas un droit au douloureux d’envier la joie d’autrui cardans cetimmenseflux de forces réagissantes qu’estle monde nul ne peut savoir si sa douleur n’est pas méritée ou conquise par lui-même.
Le théorème est valable col lectivement surtout, non les cas d’une série d’actes limités à une personne seule, ce qui est presque impos sible. Exemple : les saints, laïques ou ecclésiastiques, les grands génies, les inventeurs, etc. 11 y a quelques années, sous l’empire des anciennes
256 l’initiation idées sociales dérivées elles-mêmes des idées reli gieuses, l’artisan manuel, le travailleur non intellectuel (ceci par simple opposition au pur cérébral : poète, sa vant, prêtre, etc.) vénéraient en leur esprit et dans leur conscience l’effort imperceptible et souvent même incompréhensible pour eux des aristocraties poli tiques ou intellectuelles qu’ils considéraient, non sans raison, comme les guides, les porteurs deflambeaux, les défenseurs de l’humanité.
Cet état d’esprit s’est tellement modifié en b rance, surtout depuis quelque temps, que c’est tout juste si ce que certain leader so cialiste appelle les « capacités » trouve grâce aux yeux de l’ouvrier conscient, du prolétaire selon les nouvelles formules. Tout homme qui n’a pas les mains sales est suspect à la démocratie rétrograde.
Et pourtant, que de génies débilités par le travail de l’esprit ont été abandonnés sur les routes du progrès par la masse ingrate des suiveurs de l’insigne où les premiers artistes mauvais chasseurs gravèrent au silex le totem de la tribu, bison ou renne, où plus tard les descendants amaigris deces premiers inquiets pei gnirent en couleurs chatoyantes l’holocauste du phénix, ce symbole de leur Idéal éternel et dévorateur.
Il importe donc de répéter à tous, peuples ou aristo craties, possesseurs légitimes ou détenteurs de la force sociale, que même à ne considérer que les faits visibles, positifs, ce ne sont pas toujours ceux que couronne la gloire humaine qui vraiment ont mérité le laurier des héros. Souvent leur vraie part de mérite ne dépasse pas celle des filles de Milton écrivant, sous la
l'équivalent social DE LA DOULEUR 257 I dictée du poète aveugle, l’immortel Paradis Perdu'.... Mais serrons le problème posé et comme il ne peut être question en cette courte étude d’une démonstra tion expérimentale de notre loi, procédons suivant la méthode par l’absurde qui a tout autant de valeur en sociologie qu’en mathématiques.
Il est évident que le résultat se mesure à l’effort, que celui-ci est le générateur de l’effet, que l’action, est égale à la réaction et que cette dernière ne peut dépasser en importance l’action qui lui a donné lieu d’être. Ces divers axiomes sont démontrés pour les sciences physiques ou mathématiques. Ils sont les principes les plus généraux de notre connaissance.
Tout est régi selon eux, depuis les mouvements du pendule jusqu’àlatransformation mécanique delachaleur, jusqu'aux faits de la physiologie. Il est hors de conteste que ces mêmes principes doivent régir les faits de la vie collective, les faits sociaux d’ordre politique ou économique. L’histoire en démontre l’application indiscutable à la vie politique des peuples, des races.
La sociologie encore bégayante ne peut se passer de leur lumière si elle veut’élucider les lois du travail so cial et nous les admettons comme inéluctables, comme aussi liés à notre vie de relation, que les catégories logiques sont nécessaires à notre vie intellectuelle...
Hé bien, appliquons le principe le plus général, le plus large à un exemple, à un fait social notoire et par exemple mesurons suivant la règle que toute réaction est égale à l’action, l’ensemble de faits actifs et réactifs qui constitue une grande entreprise com merciale ou industrielle.
258 l’initiation Certains banquiers, la famille des R..... entre autres, possèdent les uns depuis deux ou trois géné rations, les autres depuis quelques années seulement des fortunes évaluées à plusieurs centaines de millions. Prenons l’histoire des R..... L’ancêtre M.....
R...... petit banquier de Cologne ou de Mayence, fut choisi, conte-t-on, par l'un des princes souverains d’Allemagne pour être le dépositaire de sa fortune privée que ce prince voulait mettre à l'abri pendant les guerres de Napoléon Ier. A la paix géné rale de i8i5, le vieux banquier M..... R..... ren dit spontanément au prince déposant les capitaux prêtés avec les intérêts produits.
C’est l’origine du renom déloyauté et d’habileté commerciales qui ont fait depuis la fortune colossale et la grande réputa tion bancaire des R.....Mais en supposant même que pendant cette période embryonnaire de leur maison, les R..... aient pu seuls conduire leurs opérations financières, assurer leur comptabilité, leurs mouvements d’espèces, etc. ; dès la Restau ration ils apparaissent entourés d’une foule de plus en plus accrue de commis, d’auxiliaires, d’employés, de clients déposants ou dépositaires dont les activités diverses travaillent à l’échafaudement d’une fortune telle que certains économistes en évaluent l’impor tance totale à quatre ou cinq milliards.
Il est bien évident que le travail personnel isolé des membres mâles et financiers de la famille R..... n’aurait jamais pu produire un tel accroissement du bien patrimonial. D’autre part la richesse sus cite l’envie, le travail use le travailleur. Pendant
l’équivalent social de LA DOULEUR 25ç le siècle qui a vu l’essor incomparable de cette famille, que de gens ont dû à cet essor de constater la diminution de leur propre patrimoine : banquiers ruinés par la concurrence, spéculateurs décousus par les crocs de ces terribles adversaires, employés réduits ou limités à la portion congrue pour la plus grande extension des bénéfices patronaux, adversaires, spectateurs quelconques maintenus dans l'impuis sance vis-à-vis de la maison de plus en plus prospère, tous ces témoins du succès des R..... , actifs ou passifs, ont apporté leurs matériaux manuels, intel lectuels, pécuniaires, défavorables à eux-mêmes, à la grandeur de la firme mondiale, à la joie de ses chefs.
11 est évident que, si, par une astreinte consentie ou imposée, les adversaires des R..... ne s’étaient pas privés de leurs moyens de détruire dans l'œuf ou à un point donné de son évolution l’immense orga nisme élaboré par eux et les R..... mêmes, ceuxci n’auraient pu, fussent-ils trois cents et Spartiates, lutter contre ces milliers, ce million peut-être de Per sans, et leur ruine eût été comme la défaite de Léonidas, certaine dans les Thermopyles de la lutte so ciale.
Mais à l’aide des R..... se dressait contre toute la masse des désireux, des misérables, rouages efficaces deleur machine, le pouvoirlégal ou complice qui refoulait dans les limbes du rêve pénible, de l’envie insatisfaite, du dépit impuissant, de la colère légitime mais vaine, l’effort de ces comprimés, de ces douloureux.
Et si l’on suppose que les R..... ont, grâce à leurs capitaux, aidé, hâté le progrès in dustriel, ces douleurs auront servi au progrès. Car il
2Ô0 l’initiation serait absurde de croire, d’affirmer que la réaction con servatrice et acquisitive, figurée par la famille R..... (trois cents membres successifs par exemple), au rait pu tenir tête un seul instant, supporter l'effort de l’action destructive, niveleuse, défenderesse, repre nante des millions d’êtres sur lesquels a été prélevée la fortune de la famille, si ces millions d'êtres n’avaient réduit leur action instinctive, n’avaient con senti à la douleur d'être plus pauvres, ou moins riches qu’ils étaient, n’avaient en tout cas consenti à la douleur d’être sacrifiés au luxe de la famille, à cette autre douleur causée par la certitude que le travail de certains d’entre eux, employés importants, enrichissait définitivement et plus encore ces patrons déjà si fortunés, alors que ce même travail usait lentement ceux qui l’opéraient et laissait leur propre famille en proie aux aléas de l’existence.
S’il n'en avait pas été ainsi, les R..... auraient dû entretenir une armée de gardes du corps et du coffre.
Si nous voulions pousser plus loin cette démons tration de la loi d’équivalence de la douleur à un travail à un progrès, nous pourrions rappeler ce fait, banal et pourtant si explicite, de la confession qui soulage, qui libère en transférant à une autre âme le poids de la faute confessée, à condition évidemment, et c’est la justification de notre proposition, que cette âme réceptrice assume la responsabilité morale, la douleur de la faute confessée, ce qui a pour le cou pable la même valeur qu’un acte libératoire. En ré sumé, l’équivalent social de la douleur est un progrès, un allégement individuel ou collectif apporté par
l’équivalent social de la douleur 261 celui-ci qui a souffert à quelque autre et nous devons, dans l'appréciation que nous sommes continuellement amenés à faire de l’effort, du travail, de la valeur so ciale, de V utilité réelle de nos frères humains, tenir compte de la souffrance qu’ils ressentent ou qu’ils ont ressentie en accomplissant tel ou tel acte plus en core que de la valeur sociale apparente de cet acte.
Les transferts n’ont pas seulement lieu d’un malade à un autre et parle médecin, ils ont aussi lieu dans le domaine des faits sociologiques, d’un individu à un autre, d'une collectivité à une autre et cela sou vent à l’insu des uns ou des autres.
La privation que s’imposa le premier chef de famille pour laisser à ses descendants un patrimoine, cette privation fut une douleur consentie par lui en vue du mieux être de sa postérité qui ainsi put, sans doute, réaliser une con dition meilleure de vie, un progrès.
C’est l’histoire des états entreprenants des conquêtes utiles, des tra vaux dont aucun individu vivant alors ne verra l’achèvement ou la mise en valeur et qui serviront seulement aux générations postérieures...
En ces mots la théorie de Maine de Biron sur l’effort condition et mesure du travail convient à la douleur, avec ce correctif que non seulement les efforts individuels peuvent provoquer chez ceux qui les opèrent des douleurs légitimes et logiques, mais que ces douleurs, s’ils en sont exonérés, peuvent être transférées sur d’autres individus de la collectivité, qui n’y seront apparemment pour rien, mais con tribueront cependant ainsi en portant le fardeau de l’opérant, à faciliterson effort et le progrès général...
2Ô2 l’initiation Doit-on conclure de tout ceci que la douleur est éternellement liée au travail, à la vie?
Nous ne le croyons pas et quels que soient les vices de nos orga nismes individuels ou collectifs il semble que, plon geant dans la source infinie de toute connaissance et de toute bonté, nous pourrions éviter la douleur par une confiance active et sereine dans les perfections du Père et l’intervention du Christ agissant en nous et par notre amour mutuel.
Malheureusement, et pareil en cela à l’enfant qui repousse les conseils ma ternels, les sociétés, les hommes modernes, tentent un mode defaradase évolutif, ou s’ils parviennent et il le faut espérer, au but final, ce sera certainement après avoir humecté la route des larmes que leur auront arrachées bien des douleurs évitables...
Élargissons donc la vigne où plus d’ouvriers actifs auront place, et réduisons ainsi par un sacrifice le nombre de ceux qui restent en dehors et se lamentent. Aidons le ciel par notre amour des uns envers les autres et le ciel nous aidera par sa science et sa misé ricorde infinies. E. A. Férard.
ociété d’études philosophiques et psychiques de Tours Année 1909-1910 (Suite.} XXIII Inauguration de l’emplacement de la loge dans les appartements du docteur Papus. Les réunions dans ce centre spécial auront lieu le deuxième samedi de chaque mois, sauf en août.
Le vrai médium doit être humble et modeste. —La différence essentielle qui existe entre le Martinisme et la franc-maçonnerie consiste en ce que nous rece vons des femmes dans nos loges, tandis que la francmaçonnerie ne les accepte pas. Les maçons consi dèrent la femme comme un être inférieur. Déplus, le Maçon est matériel, tandis que le Martiniste est mys tique. Il s’adresse à l’invisible, au plan invisible et non au plan physique.
Or, l’invisible vient de mani fester une recommandation, celle de faire échouer une campagne entreprise contre les médiums persé cutés par certains savants matérialistes. Sous l’influence des sociétés psychiques qui se déve loppent de plus en plus, les sciences occultes ont fait
264 l'initiation un grand pas dans la recherche de la vérité. Certains savants sont effrayés des connaissances acquises et prétendent faire cesser ces réunions. Des sociétés de savants se sont formées pour détruire le spiritisme. Quand un médium est connu, on l'entoure, on le flatte, puis on l’étrangle en disant qu’il triche.
Donc, j’ai reçu l’ordre de l’invisible de communiquer la lettre suivante à un médium, dans lequelle l'invi sible lui indique la route qu’il aura à suivre. Cette lettre est à peu prèsconçue en ces termes : « Cher frère et ami. Te voilà devenu un médium, va, tu es encore modeste, tu sens que tu vas être le bien entre deux plans.
Profite de cet instant de modestie pour te dire que tu vas manifester tes qualités devant un groupe ami et que des phénomènes vont se produire. » « Mais un jour, un membre de la réunion a raconté au dehors ce qu’il avait vu, des intrus demandent à être témoins ; les séances sont moins bonnes. Malgré tout la renommée grandit ; des médiums désabusés arrivent et te critiquent. Ce sont des âmes tristes.
Après quelques bonnes séances, l’orgueil t’envahit, tu crois sincères les éloges qui te sont adressés et tu écoutes les propositions des savants. Sont-ce des Camille Flammarion, ces savants ? Non, ce sont d’anciens journalistes, d’anciens médiums n’ayant rien produit. Ils veulent démentir les véritables médiums et poussent la mauvaise foi à un point tel qu’ils te font dire le contraire de ce que tu sens.
On te ficelle, on te torture; il y a des phénomènes, le rap port apparaît, mais on t’accuse de truquer et les savants cherchent de fausses explications. Tu sens
SOCIÉTÉ d’études PHILOSOPHIQUES DE TOURS 205 que tout est perdu et tu pleures. La voix de ton guide te dit : Pourquoi cet orgueil ? Pourquoi briser ton épreuve ? Seul avec nous, tu vas t'humilier et revenir au pauvre petit médium représentant l’invisible, et tu prieras. » Voiki la communication faite. Une autre commu nication est l’étude impartiale de la mauvaise foi de ces savants qui cherchent à assassiner psychiquement les médiums.
M. Gustave Le Bon a fondé naguère un prix pour la démonstration du soulèvement des objets sans contact. Dès qu’un médium s’est présenté, ilacru devoir retirer son prix. Pour lui tousles phénomènes spirites ne sont qu'hallucination et jonglerie. Il a osé dire que le médium de W. Crookes avouait que W. Crookes mentait. La calomnie de Le Bon a été récoltée par certains journaux et c’est cette campagne contre laquelle l’invisible dit d’agir.
Nous n’y man querons pas. Questions. — Comment faire cesserl’envoûtement ? — Par une pensée commune à une certaine heure du mois, par une prière en commun. Sur Claude de Saint-Martin. — On n’a pas eu occasion de causer de Claude de Saint-Martin ? La loge martiniste a eu pour fondateurs Martinès de Pasqually, et J.-B. Willermoz.
Saint-Martin est né à Amboise ; c’était un philosophe mystique de l’époque delà Révolution, noble, chevaliertellement pur comme esprit que le tribunal révolutionnaire crut devoir le gracier. Officier du régiment de Foix, il a connu Bal zac et son influence sur Honoré de Balzac fut très grande. Il fut inspiré par Martinès de Pasqually.
206 l’initiation Celui-ci était un spirite très puissant; il faisait appa raître douze apparitions en même temps. Deux de ses élèves, Saint-Martin et Willermoz, Lyonnais, sont parvenus au succès. C’est Willermoz qui organisa les loges martinistes. Saint-Martin était partisan de la doctrine de la transmission initiatique d’un homme à l’autre, de l’initiation individuelle au 3e degré.
D’où, aujourd’hui, deux formes pour initier ; initia tion en loge et initiation individuelle. Saint-Martin était un officier philosophe. Arrêté par la Convention, il futremis simple soldat et obligé à monter la garde auprès du Dauphin. Elu ensuite r élève d’Amboise à l’Ecole Normale supérieure, il fut envoyé à Paris, où il fit un travail remarquable sur nos idées.
Il soutenait que les idées n'étaient pas innées, mais qu’arrosées par la sensation, elles se développaient dans le cerveau. Depuis cette époque, la filiation est simple : Claude de Saint-Martin a ini tié de Chaptal qui a initié Delage. Celui-ci a pressenti Camille Flammarion qui n’a pas accepté et s'est alors adressé à Papus, matérialiste endurci à cette époque, et qui, après avoir vu des apparitions, fut convaincu.
Il existe aujourd’hui des loges dans toute l'Europe, l’oeuvre se propage de plus en plus. Nous reviendrons sur Claude de Saint-Martin, à propos de ses livres, dans des études ultérieures. XXIV (publique). C’est d’une façon inopinée que la causerie de ce soir aura lieu, attendu que rien n’a été préparé et que
SOCIÉTÉ d’études philosophiques de tours 267 c'est par hasard que nous avons appris qu’il devrait y avoir une conférence (avis dans la presse). Notez qu’une conférence spéciale aura lieu le 3e samedi de juillet avec projections et sujet, si pos sible, pour vous montrer des phénomènes magné tiques. Sciences psychiques mises en application dans la littérature. — Nous parlerons aujourd’hui des sciences psychiques appliquées à la littérature.
S’ilest curieux, au point de vue philosophique, de suivre les sciences psychiques, il est plus curieux encore d’en connaître l’application dans la littérature! Dans l’an tiquité, on traduisait la pensée par des faits imagés. Pour les Initiés, il y avait la mythologie sacrée dans laquelle on montrait diverses cérémonies, la descente dans les lieux inférieurs, dans les enfers. C'était la science d’alors avant d’entrer dans les sciences psychiques.
Plus tard, Ulysse évoque Tirésias; Vir gile décrit la descente aux enfers ; Apulée, au deu xième siècle de Père chrétienne, a décrit F Age d'or, initiation aux mystères d’Isis. Au moyen âge, on trouve des sculptures allégoriques dans les bas-reliefs des églises. Le porche à gauche de l'entrée de NotreDame de Paris montre la Vierge Marie sous une forme allégorique.
Les réunions paroissiales avaient lieu autrefois dans les églises : c’était en quelque sorte les réunions du conseil municipal. Les sculpteurs immortalisaient les personnes assemblées sous les traits de prêtres dans différentes postures. Plus tard, vint le tour des philosophes. L’étude de Faust par Gœthe (connue, du reste, avant lui), reprise
268 l’initiation dans l’opéra de Gounod, se prête aux données philo sophiques. Les idées concernant la philosophie ne sont pas amusantes de nos jours : autrefois, les An ciens racontaient l’histoire de Psyché ; les femmes sont curieuses, elles représentent l'àme humaine, avide de savoir. On avait défendu à Psyché d’ouvrir un coffret, parce que les mystères en sortiraient.
Psyché l’ouvrit et elle eut à supporter les épreuves, les malheurs, les douleurs de la maternité, du déses poir, mais, en même temps, elle connut le moyen de surmonter toutes ses infortunes. Le mystère de l’évolution de l'esprit peut être étudié dans Faust. Le livret de Garnier montre des choses psychologiques intéressantes.GœtheJegénie allemand, était l’élève d’un alchimiste.
A 18 ans, il avait chez lui un autel avec des bois odoriférants qu’il allumait chaque jour au moyen du soleil, comme les anciens mages. Gœthe était un savant, un chercheur; devenu vieux, il connaissait la magie, la sorcellerie. C’était un esprit arrivé par la raison. Il était malheureux parce que le caractère du savant est d’être malheu reux. Son histoire est celle de Faust au commence ment de la pièce.
La pièce représente philosophique ment la lutte entre l’Esprit, l’Ame et le Démon. Un poète a dit qu’il y a toujours un cochon qui sommeille dans le cœur de l’homme. On peut ajouter qu’il n’y a pas un, mais trois animaux dans l’homme : un être bon, à nature instinctive, qui cherche à satisfaire ses passions, guidé pourtant par la flamme féminine qui est en lui. Il y a également dans la pièce un cœur qui parle, c’est Marguerite, qui a mis son âme entre les
SOCIÉTÉ d’études philosophiques de tours 269 mains de Dieu. Son corps est soumis à la tentation, à la douleur, à la torture, mais son âme s’échappe et s’élève dans les régions éthérées. Un vieux commen taire de la Genèse dit que le premier homme étant en dormi, une de ses côtes lui fut enlevée pour en faire la femme et qu’un peu de chair de la femme fut préle vée pour fermer l'ouverture faite à l’homme par l’en lèvement de la côte.
C’est pourquoi il y a un peu d’in tuition féminine dans l'homme. Donc, on trouve dans le livret de Faust, un esprit rationaliste, une âme in tuitive et un centre d'attraction matérielle (Méphisto). Pour nous, êtres humains, Méphisto est un person nage intéressant qui pousse vers son domaine tout ce qui l’entoure. Donc, le docteur Faust invoque le diable parce que, depuis longtemps, il ne connaît plus Dieu.
Etqnné de voir répondre le diable à son évocation, il répond à sa question : « Que me veuxtu ?», par le mot : « Va-t’en. » Mais on ne dérange pas Satan pour rien. Celui-ci insiste pour rester. « Je veux la jeunesse », dit Faust. C’est la demande de tous nos grands savants. Même de nos jours, soit dit sans offense pour le respect dû à ses travaux, Metchnikoff, lui-même, poursuit cette chimère : trou ver la jeunesse, reconstituer la jeunesse.
Faust, redevenu jeune, tombe amoureux, séduit l’objet de sa flamme ; Marguerite succombe sous l’influence des bijoux, ce qui fait dire à Forain:« Un commerçant, étant venu voir jouer la pièce, restait si lencieux jusqu’à la fin. Comme on lui demandait ce qui l’avait le plus intéressé, il répondit: Mais que sont devenus les bijoux ? »
2/0 • l’initiation Marguerite, fascinée par les brillants, laisse de côté les fleurs du pauvre Siebel. C’est l’éternelle his toire de la nature ; la prière à lame féminine, en lui offrant des fleurs et des bijoux. L'amour s'éveille et Méphisto brise le cœur de Faust qui sent que Mar guerite l’aime trop. Faust s’en va ; c’est l’égoisme hu main, réalisé ainsi dans la nature humaine. Margue rite délaissée, devient folle et tue son enfant.
Le ciel montre alors qu’une âme qui lui appartient ne se souille pas. Le corps de Marguerite est jeté au cachot, mais son esprit illuminé s’en va dans le plan éthéré, tandis que Faust descend dans le plan inférieur. r Cette histoire a servi de clef à l'auteur des Evan giles. Il y a un mot curieux dans les Évangiles, si on l’envisage au point de vue rationnel et non mys tique.
Ce mot est le suivant : « Je suis venu apporter la bataille et non la paix. » Cette expression est le Méphisto qui cherche à entraîner l’homme, qui l'in cite à soutenir la lutte. Nous sommes des êtres com pliqués, nous avons des instincts vitaux qui sont vils et bas. Ces histoires sont immortelles parce que toujours vraies. Il en est de même de l’histoire du petit Pou cet qui nous arrive de l’Inde.
C’est celle de l’être hu main conduit par une faible lueur. La famille du petit Poucet se compose du père, de la mère et de 7 enfants dont Poucet est le septième. C’est un prin cipe nutritif qui fait agir le plus petit. Le cocher est plus petit que le cheval et la voiture et cependant c’est le cocher qui fait tout marcher. Le petit Poucet, le plus petit, monte dans l’arbre,
société d’études philosophiques de tours 271 allume la lumière et retrouve la route. Quand tous les calculs des mauvais nous ont abattus, une petite lumière vient du ciel et nous sauve. Autrefois les récits imagés remplaçaient les récits arides de la philosophie d'aujourd'hui. XXV La grande conférence publique de samedi prochain roulera sur des scènes de Faust, avec développe ments magiques, projections de scène et gramophone chantant le livret, ainsi 'qu'une revue psychique du mois. (A suivre.)
SECTION ARCHÉOMÉTRIQU Synarchìe Extrait de la Mission des Souverains par Saint-Yves d’Alveydre. (Suite) Pour ne pas sortir de ce qu’on appelle par euphé misme l’Équilibre Européen, les deux extrémités du fléau de cette prétendue balance occupée par les poids diplomatico-militaires de l’Empire anglais et de l’Empire russe décomposent de la manière sui vante les poids intermédiaires et complémentaires des autres puissances continentales. r Pendant que l’Etat allemand tend à opposer à la France l’Italie, l’Espagne à la Russie, l’Autriche à l’empire Ottoman, l’Angleterre tend à opposer à l’Allemagne, la Suède, le Danemark, la France, l’Au triche, la Russie, et à la Russie l’Autriche, l’empire Ottoman et l’Allemagne elle-même. De son côté la Russie tend à opposer à l’Allemagne la France, à l’Autriche l’Italie et les petites puissances danubiennes,à la Turquie età l’Autriche l’Allemagne, les puissances danubiennes et la Grèce. Dans cette bagarre naturaliste, mais peu sociale, la papauté n’a nulle chance de trouver une épée dispo nible.
SYNARCHIE EUROPÉENNE 2y3 Voila, ultramontains, la situation politique, le schéma réel de la papauté dans l’équilibre européen. La poussée des faits vous indique qu’il faut sortir de cette situation par la grande porte, celle delà reli gion, et ne pas confondre cette puissance d’ordre so cial avec les formes dogmolàtres et cultuelles, qui sont, elles aussi, un résultat politique.
Ces formes, du reste, il faut laisser à chacun la li berté absolue de les accepter ou de les rejeter, mais il ne faut pas les mettre en avant, quand la religion seule doit être en jeu, au point de vue purement social.
Jésus-Christ, l’Évangile, le pouvoir de consécration des évêques, voilà, avec la Cosmogonie de Moïse et le Décalogue, le fond religieux sur lequel, à travers tous les cultes politiques de la Chrétienté, l’entente peut et doit se faire. J’ai le courage de vous le dire, ayez le courage et la foi religieuse de le comprendre.
Que diriez-vous, si aujourd’hui on soumettaitausuflrage universel la table de Pythagore, les logarithmes, l’algèbre et les théorèmes d’Euclide ainsi que le calcul infinitésimal, les lois de la physiqueet de la chimie ? Voilà pourtant comment les dogmes ont été votés, dans des temps moins éclairés que les nôtres et sous la pesée, soit de la démogagie des conciles, soit du pouvoir absolu des empereurs de Byzance.
Laissez les sciences divines se développer aussi li brement que les sciences humaines, les sciences natu relles et les sciences exactes, et la religion de JésusChrist sera loin d’y perdre. 18
l’initiation 274 Si le Christianisme ordonne que tous les chrétiens se comportent comme membres d'un même corps social, à plus forte raison les Eglises qui enseignent l’Evangile doivent-elles se conformer entre elles à la pratique de la charité. Si donc l’une jette la pierre à l’autre, l’excommunie et la maudit, la déclare schismatique et hérétique sous quelque prétexte que ce soit, elle fait elle-même œuvre de schisme et d’hérésie.
Si une église veut s’élever au-dessus des autres et les dominer, elle prépare ainsi son abaissement. Car Jésus-Christ n’a pas dit aux Apôtres : Dominezvous; mais il leur a dit: Aimez-vous les uns les autres ; et il leur a laissé le Saint-Esprit, c'est-à-dire l’Esprit social, d’où procède tout ordre, toute vérité, toute vie, sur la terre comme au ciel dans la société des hommes comme dans celle des astres.
Vous m’objectez en vain vos dogmes, Jésus n'a pas érigé un seul dogme, hors l'unité de Dieu et l’unité du genre humain, et s’il a dit qu’il était fils de Dieu, il a dit également : vous êtes tous les dieux. C’est pourquoi, si vos dogmes divisent l’esprit reli gieux de la chrétienté, vous devez les abroger au nom du christianisme, car ce qui divise les chrétiens ne saurait procéder du Christ.
Les lois civiles des nations se sont constituées mal gré vous ; les sciences, les arts, se sont institués malgré vous ; ces lois ces sciences, ces arts sont, dans la chrétienté, des moyens d’y répondre la vie intellectuelle, l’esprit de justice, de vérité et de beauté, les rayons de la Providence.
SYNARCHIE EUROPEENNE 275 Le juge, le savant, l'artiste font partie de l’Universelle Église aussi bien que vos sacerdoces, et vous devez siéger à leurs côtés au sein des Eglises natio nales, comme dans le Conseil Européen de ces Églises, non dans l'esprit de la domination et de la division, mais dans celui de la paix sociale des esprits.
Entre l'ame que fut ici bas Mgr Dupanloup et celle qui s’appela sur la terre Littré, celle qui fut parmi nous la plus éprise de sciences de tolérance et d'huma nité, est actuellement la plus haut montée dans l'État Social céleste que préside en pleine lumière divine Jésus-Christ souverain pontife.
Le magistrat qui accorde la même justice au Juit, au musulman, au franc-maçon et à l’athée lui-même qu’au Chrétien, fait une œuvre plus chrétienne, plus catholique, plus orthodoxe que vous, si vous leur dites : Racca.
Et si la maçonnerie admet, sans distinction de race, de culte ni de croyance, les hommes à une même assistance fraternelle, depuis le prince de Galles jus qu’aux parias de l’Inde, elle est encore une fois plus chrétienne, plus catholique, plus orthodoxe aux yeux de Jésus-Christ, que vous, quand vous l’anathématisez.
Prenez garde, si vous ne suivez pas la voie que je vous indique, l’histoire à la main, que cette même institution créée par les Israélites n’accomplisse, un jour, à votre place, les promesses de l’Ancien et du Nouveau Testament. Au-dessus du trente-troisième degré maçonnique,
L INITIATION 276 il y a place à unenseignement universel, dont les livres existent, bien qu’ils ne soient pas actuellement dans la maçonnerie. Prenez garde, encore une fois, si vous n’accom plissez pas la promesse, de subir le Jugement dernier quand TEsprit social, par la voix de l’Europe entière, vous dira : «Vous étiez l’Unité» possible, si vous aviez compris l’universalité. Qu’avez-vous fait d’elle, qu’avez-vous fait de moi ?
Les nationalités chrétiennes sont aujourd’hui constituéeset nulle d’entre elles ne prévaudra impunément contre une autre. Ne craignez pas, là où vous le pouvez, d’être l'âme de la liberté morale, de la tolérance intellectuelle, dussiez-vous, vous confondant avec les nations, y perdre momentanément votre corps de doctrines et de discipline.
Cette forme que vous appelez l’Eglise catholique romaine : elle en résuscitera plus glorieuse et plus grande, plus religieuse et plus sociale. L’Histoire elle-même, vérifiant certains poètes hé breux, certains prophètes inspirés, vous démontre que cette forme est déjà perdue, et que, dans la chrétienté l’empire universel, aussi bien sur les Églises que sur les Etats, ne peut plus être exercé par la domination.
Le catholicisme dont vous avez, depuis saint Sirice, tenu le drapeau planté dans le municipe romain de Jules César, n’a été, jusqu’à ce jour, qu’une prophétie, » qu’une espérance, que seules, toutes les Eglises natio nales d’Europe, représentées dans un conseil suprême, peuvent désormais réaliser.
SYNARCHIE EUROPÉENNE 277 Quelques-uns d'entre vous, entrevoyant la réalité, se demanderont ce que deviendra la papauté; il n’ap partient qu’à l’assemblée de tous les primats natio naux d'Europe de statuer sur cette question.
Le pape, en vertu même du dogme de l’infaillibilité qui a choqué tant d'âmes, est désormais absolument libre d’agir comme bon lui semble, vis-à-vis de toutes les Églises ; et s'il leur parle dans l’esprit de ce livre, ce ne sont pas celles du Nord qui se boucheront les oreilles.
Grâce à l’unité de l’Italie, le pape est délivré delà souveraineté temporelle qui le condamnait au secta risme politique et à l’esprit de domination du césa risme latin. Jamais la Papauté, frappée ainsi de mort politique, n’a été plus près de la vie religieuse, jamais le Souve rain Pontificat n’a été plus près de renaître à l’autorité, par cela même, qu’il est plus loin du Pouvoir.
J’ai montré dans ce livre le poids actuel des faits accomplis, leur somme et leur signification présente, l’avenir que l’on en peut logiquement déduire, Je me suis placé au seul point de vue de la science et de l’art organique des Sociétés. (A suivre.)
Le IVe Congrès international de philosophie à Bologne Qu’est-ce que c’est qu’un Congrès en général, un Con grès philosophique en particulier ? C’est l’exposition de pensées en contraste réalisées par la parole, discussions qui se débattent dans la trinité mystérieuse des principes, des causes, des effets, domaine absolu de toute synthèse, soit philosophique, soit reli gieuse, soit scientifique, soit sociale.
Il y a des périodes où l’esprit humain, attiré dans les tourbillons orageux et denses de l’existence matérielle, perd de vue la vraie lumière, sa faculté innée, et tâtonne, errant dans l’obscurité, dont il est environné, à la recherche du phare lumineux qui peut, de même qu’au navigateur dans la tempête irée, lui éclairer la route conduisant à la découverte de la Vérité.
La période matérialiste, que comme nécessité cyclique nous avons dû traverser, a eu son influence même sur la philosophie, laquelle, obligée à se tourner entre délimita tions qui ne s’accordaient pas avec son essence, descendit du piédestal solonnel de la Synthèse que Pithagore, So crate, Platon, Aristote et bien d’autres philosophes éclai rés lui avaient érigé jadis, pour s’égarer dans les spires de J'analyse qui nous a donné dans la modernité beaucoup de philosophes, c’est vrai, mais peu de vraie philosophie, si pour philosophie nous devons entendre l’intuition des hautes conceptions qui régissent et composent l’universel savoir.
A la pensée spéculative pure venait à manquer le res sort soutien : l’intuition, faculté essentielle qui pénètre, moyennant la méditation dans les royaumes de l’impéné trable en découvrant les principes des choses créées et à créer, en connaissant les causes, en produisant les effets.
LE IVe CONGRÈS INTERNATIONAL DE PHILOSOPHIE 279 Je crois, au contraire, que la modernité nous a donné beaucoup de savants, mais peu de vrais philosophes et, vouloir ou non vouloir, ce Congrès aussi, très important soit pour le nombre des intervenus, soit pour l’importance des débats, a montré le nouveau but où on va pour nécessité de chose, si ce n’est pas pour le vouloir des hommes; et les anciens philosophes dont les conceptions survivent et survivront aux siècles, en ont eu une pars magna.
Tout penseur sérieux, tout observateur calme et serein des phénomènes sociaux est saisi par le fait que le maté rialisme a lancé l’humanité dans les bras de Nahasch, l’égoïsme le plus terrible, cette loi de destruction qui tout anéantit, loi absolument en opposition avec Jovnah, l'altruisme fécond, qui peut seul donner aux hommes le bien-être où ils visent, par sa bienveillante expansion.
Les fondateurs de ce système, qui a sa partie de vrai, mais qui n’est pas absolu comme ils voulaient l’imposer, ne prêtaient pas attention au fait que dans la nature tout est altruisme, tout être, toute chose se prêtant l’un l'autre; la réciprocité même des éléments nous en donne un exemple, exemple dont nous devons tirer un savant parti.
Cette seconde loi déchue, l’esprit humain, qui en est gouverné par excellence, en a ressenti le vide et, anhélant de la raffirmer se remène dans le champ de l’idéalisme, sa vraie patrie, pour retrouver la lumière égarée.
Et voilà pour la première fois dans un Congrès de Philosophie se développer une très intéressante discussion sur la Théosophie, sur la Trinité divine, sur le Buddhisme, sur la Maya, sur le subconscient, discussion qui a secoué et tenu éveillée l’attention des nombreux assistants qui en ont pris le plus grand intérêt, d’autant vrai que la 7e Section, « Philosophie de la Religion », a été une des Sections des plus actives et des plus mouvementées du Congrès.
Le Théosophe allemand R. Steiner dans son discours élevé, ne s’inspirant pas comme les autres à l’an cienne sagesse orientale, se déclarait représentant d’une tradition occidentale de caractère éminemment chrétien qui remonterait, selon lui, aux vrais Rose-Croix. Faible a été, au contraire, la Section de la Psychologie,
28o l’initiation ce champ pas encore bien exploré par les philosophes et les savants positivistes, ce champ aux vastes horizons, lequel, si sillonné plus profondément, apporterait une très grande et très utile contribution à la Philosophie et même à la Pédagogie par une plus éclairée connaissance de l’Etre humain.
Nous devons croire enfin que, si un Congrès Interna tional comme ceci doit représenter la moyenne du mou vement philosophique actuel, nous devons en conclure, à bon droit, que le spiritualisme y a obtenu une victoire complète.
Le discours de M. Emile Boutroux et surtout l’autre très beau et très fascinant de M. Henry Bergson ont, peuon dire, apposé le sceau au 4e Congrès Internationnal de Philosophie comme représentatifs des courants plus vifs de la pensée philosophique dirigés vers un renouvel lement de la conception spiritualiste de la vie. Michèle de Vincenzo-Majulli.
La Sorbonne ouvre ses portes à l’occultisme Nous extrayons du journal Excelsior, jeudi i5 juin, le très intéressant compte rendu de la conférence de Mme ANNIE BESANT, L’ILLUSTRE THÉOSOPHE. Elle est l'écrivain le plus autorisé, l'orateur le plus reli gieusement écouté et la présidente de la Société théosophique.
En vérité, le vice-recteur de l’Universitéde Paris, M. Liard, s’honore en ouvrant toutes larges, aujourd’hui i5 juin, les portes du grand amphithéâtre de la Sorbonne à Mme Annie Besant, qui y prononcera une conférence publique ayant pour titre : « Le Message de Giodano Bruno au monde actuel. » Cet événement pourra sembler banal à la foule ignorante mais il se hausse d’une singulière grandeur pour peu qu’on connaisse la vie prodigieuse de cette femme de génie, les
LA SORBONNE OUVRE SES PORTES A L OCCULTISME 281 difficultés insurmontables qui lui firent barrière, son cou rage héroïque et son ascension véritablement merveilleuse vers les plus hautes cimes de l’intelligence et de la spiri tualité. Née en 1847 de parents irlandais, elle épouse à vingt ans un ministre de la religion anglicane, le Révérend M. Besant.
Elle étudie, compare les textes sacrés; des doutes se présentent, s’imposent et la torturent : toute ré ponse lui paraissant inacceptable, elle quitte le foyer conju gal avec ses deux enfants pour ne pas vivre auprès de son mari une vie otficielleen total désaccord avec saconscience.
Dénuée de toutes ressources matérielles, réduite à la misère la plus pressante, elle n'en cherche pas moins dans la science positive la solution de l’énigme du Monde et de la Vie : pendant plusieurs années, nous la suivons en Angleterre, attachée au journal le National Reformer, se plaçant, par scs conférences et ses articles, parmi les lea ders les plus en vue de l’Ecole matérialiste.
C’est alors que sa sincérité se manifeste une seconde fois dans des circonstances tout aussi tragiques qu’à l’époque de son divorce ; circonstances qu'elle a consignées dans une brochure : Mes Adieux au Matérialisme. Des expériences de spiritisme, de mesmérisme imposent à sa conscience des certitudes que sa bonne foi ne peut plus mettre en doute; des livres d’H.-P.
Blavatsky et deSinett lui révèlent tout à coup ce qu’elle attendait et cherchait vainement jusqu'alors : la paix de l’intelligence devant la lumière enfin conquise : ce fut son chemin de Damas.
Elle abandonne donc la situation si chèrement acquise, brise sans hésiter le prix de tant d’efforts, délaisse les rela tions et les influences de son parti pour s’engager dans un mouvement nouveau ; depuis 1889, vouée corps et âme à la diffusion mondiale de la théosophie moderne, elle est, à l’heure actuelle, l’écrivain le plus autorisé, l’orateur le plus religieusement écouté et la présidente de la Société théosophique dont les buts principaux sont les suivants : i° Former le noyau d’une fraternité universelle dans l’humanité sans distinction de race, de croyance, de sexe ou de couleur; 2° Encourager l'étude des religions comparées, de la philosophie et des sciences ;
282 l’initiation 3° Étudier les lois inexpliquées de la nature et les pou voirs latents dans l'homme. C’est pourquoi le nom de cette Irlandaise admirable — l’un des plus illustres de l’heure présente — restera parmi les plus grands de l'histoire. E. T.
RECTIFICATION La mention Bibliothèque Idéaliste de Lyon dont M. Porte du Trait des Ages a fait suivre le compte rendu d’un ouvrage de M. Auvrard (Initiation : vol. 91, n° 8, p. 180) ne signifie en aucune façon que ce compte rendu émane directement ou indirectement de la Bibliothèque Idéaliste Lyonnaise, il est personnel à M. Porte du Trait des Ages, lequel ne fait pas partie de la B. I. L.
Cette men tion signifie simplement qu’un exemplaire de l'ouvrage de M. Auvrard se trouve dans les collections de la B. I. L. SOCIÉTÉ DES CONFÉRENCES SPIRITUALISTES Brillante réunion jeudi ierjuin à la salle des Sociétés savantes où le docteur Papus faisait la dernière conférence de la saison. En voici le programme détaillé : i° L’Occultisme et la Renaissance. Rabelais. Agrippa. Occultation de la section mys tique des Sciences.
Science patente et sciences occultes. Albert le Grand et les Grimoires attribués à son in fluence. Les Philtres d’Amour, les Forces pensées et la Magie. Conférence par le docteur Papus. 20 Expériences pratiques d’extase magnétique et faits magnétiques. L’influence de la musique sur un sujet endormi. Avec le concours du Professeur Ascagne.
SOCIÉTÉ DES CONFÉRENCES SPIRITUALISTES 283 EXTASE ! Poème de Jacques Sainte-Foix Musique de Arthur Ascagne et Amélie Pérémé Récitante: Mme Suzanne Grégeois. Violon :M. Arthur Ascagne. Chant : Mme Maurat-Sainselve. Piano : Mme Amélie Pérémé. 1. -- Symphonie : La Nature endormie a frissonné avec les premières lueurs du jour qui parait... les arbres, les Heurs s'animent peu à peu: bientôt le soleil enveloppe l’immensité de scs chauds rayons...
2. — Pastorale : Mais, voici midi, l’heure lumineuse ! Les champs sont dorés, les fleurs épanouies, l’atmosphère est en feu, la Nature triomphante célèbre sa magnificence en un hymne qui s’élève vers les cieux... 3. — Crépuscule : Puis, l’apaisement, là-bas... au loin... les dernières effluves de l’astre splendide s’éteignent à l’horizon dans une dernière clarté de rayons pourprés...
4. — Voici la Nuit : Voici la nuit, calme et sereine, en veloppant de ses voiles la Nature tout entière... 5. — Sérénade : Soudain, comme un chant d’amour, une tendre sérénade s’égrène en notes câlines... c’est l'éveil de la volupté... 6. — Volupté : C’est l’étreinte captivante, le frisson d'amour, le zéphyr qui passe faisant palpiter sous sa caresse les feuilles des arbres... qui fait friser la surface des lacs...
7. — Danses: Alors, dans la nuit fantastique et gran diose, des ombres mystérieuses dansent des rondes folles... ce sont les esprits amoureux qui se frôlent, s’enlaçant dans un tourbillon, s’enfuyant dans la... 8. — Nuit parfumée... C’est... 9. — LExtase\ Inutile de dire que de chaleureux applaudissements ont été prodigués au conférencier et aux aimables artistes qui avaient bien voulu lui prêter le concours de leur talent. La série des conférences spiritualistes recommencera le jeudi 26 octobre 1911.
l'initiation 2 «S 4 BIBLIOGRA PRIE Le Fils du Silence, par Han Ryner, i vol. in-16 à 3 fr. 5o. Figuière, éditeur. Le dernier livre d’Han Ryner, Le Cinquième Évangile, était une« Vie de Jésus ». Son nouvel ouvrage, Le Fils du Silence, est, avant tout, une « vie de Pythagore ».
Mais les longs voyages du philosophe samien ont permis à son bio graphe de nous retracer, en puissants raccourcis, tout le mouvement intellectuel, si intense, du sixième siècle avant notre ère. Plus encore peut-être que la beauté harmonieuse de l’ensemble, certains « morceaux » contribueront au suc cès du livre.
Signalons, avec la savante description et l’ex plication si nouvelle des Mystères d’Eleusis, les reconsti tutions de poèmes perdus d’Anacréon, d’Ibycus, de Phérécyde, de Lysis et du fameux poème orphique « Le Cratère ». Les expositions de la spéculation primitive, d’Egypte, de Perse et de Chaldée, rapides, mais qui n’omet tent rien d’essentiel, ne sont pas moins remarquables.
Grâce au style d’Han Ryner, qui est toujours mouvement, musique et lumière, ces pages de forte érudition qui ont coûté des années de travail, n’exigent pas du lecteur plus d’efforts qu’un roman ordinaire, mais le portent et l’en traînent. ♦ * ¥ Causeries sur le spiritisme. Enseignements et Révé lations des Esprits, par A. Dubois de Montreynaud. Jouve et Cie, imprimeurs-éditeurs, 15, rue Racine (VIe), Paris, 1911. Un vol. in-18, 3 fr.
La poussée formidable que l’idée spirite imprime à la philosophie moderne est-elle la conséquence de révélations aussi nombreuses que transcendantales qui nous sont don nées par les esprits de l’Au-delà; ou, inversement, ces ré vélations correspondent-elles à l’expansion du spiritisme ? Il serait bien difficile de le dire. Cependant, les manifestations grandioses de la pensée qui se produisent simultanément sur le plan visible et sur
BIBLIOGRAPHIE 285 le plan invisible sont bien faites pour retenir notre atten tion et provoquer nos études. Mais il y a certainement disproportion entre l’élévation merveillleuse des enseignements révélés et les dispositions de nos esprits et de nos intelligences.
Il faut une longue préparation, un entraînement suivi pour nous permettre de profiler de ces enseignements; et, dans bien des circonstances, il nous a été donné de con stater une infériorité, une insuffisance intellectuelles telles qu’il devenait superflu de s’attarder à l’étude et à la vulga risation d’une philosophie trop abstraite.
Dans l’étude qui est présentée aux lecteurs, l’auteur s’est particulièrement inspiré de la facture des maîtres pour ramener à des proportions plus accessibles les élé ments de la doctrine du Spiritisme, de sa morale et de la révélation. Cet ouvrage répond à un besoin qui a été signalé à l'auteur par des esprits-guides qui ont été ses inspirateurs.
Il n’est pas douteux que le lecteur, quelque croyance il professe, voudra, à différents titres, s’initier au Spiritisme. Il en trouvera sûrement les moyens pratiques dans ces « Causeries », dont la forme a été le plus possible rame née à l’expression simple, qui paraît le mieux convenir à ceux dont l'éducation en la matière est à faire.
L’auteur n’est pas un inconnu dans le monde spirite auquel il appartient depuis nombre d’années, et son dé vouement à la noble cause du Spiritisme est bien connu. ♦ ♦ Étude scientifique du Spiritisme, parBoiRAc(Émile), Recteur de l’Académie de Dijon. — Publications de Psychisme expérimental, Henri Durville fils, éditeur,. 3o, boulevard de Strasbourg, Paris. Prix, i franc.
Après avoir distingué les deux sens principaux du mot spi ritisme, selon que ce mot désigne tantôt uncertainensemble de faits objectivement donnés et plus ou moins confondus, par le public avec les faits d’hypnotisme, de suggestion^ de télépathie, de magnétisme animal, etc..., tantôt une certaine conception de ces faits destinée à les expliquer et souvent développée en tout un système philosophique ou
286 l'initiation religieux, le savant auteur de la « Psychologie inconnue » s’efforce de montrer qu’il est possible d'ctudier les faits spiritiques ou spiritoïdes sans prendre nécessairement parti pour ou contre la conception spirite de ces faits. Il prétend même que la véritable méthode scientifique impose au chercheur cette attitude obstinément impartiale et dé sintéressée.
Ce qui ne veut pas dire, selon lui, que l'hypo thèse des esprits doive être systématiquement écartée a priori comme anti-scientifique.
Si elle se donne pour ce qu’elle est, c’est-à-dire pour une simple hypothèse suggé rée par certains faits et soumise au contrôle indéfini des observations et expériences ultérieures, cette hypothèse, quelque invraisemblable qu’elle puisse paraître, doit être admise, comme toutes les autres, à essayer de faire sa preuve.
C’est seulement à la double condition de se tenir ainsi à égale distance d’un scepticisme de parti pris et d’une théologie ou métaphysique dans laquelle s’attar dent encore les adversaires aussi bien que les partisans du spiritisme (au sens subjectif)et entrer enfin dans la phase vraiment positive ou scientifique. H. D. f. ★ * * Origines de la Matière et de la Vie et Forces in visibles, par le docteur C. Bouglé, orné de 2 gravures.
Publications de Psychisme expérimental, Henri Durville fils éditeur, 3o, boulevard de Strasbourg. — Prix, 2 fr. 5o L’auteur a publié plusieurs ouvrages qui eurent du suc cès et sont presque tous épuisés. Dans Origines de la Matière et de la Vie, il s’est efforcé d’écrire dans un style simple et clair.
M. le docteur Bouglé veut être com pris de ses lecteurs et, si ses idées rencontrent des adver saires, du moins ceux-ci seront-ils obligés de proclamer sa franchise et sa bonne foi, il démontre que sans l’idée de matière on ne peut rien comprendre ni expliquer et c’est pour lui la raison qui permet d’affronter les problèmes de l’au-delà, d’admettre l’immortalité et de prouver la sur vivance. En voici la Table des matières : I. Problème de la vie. — Origines de la vie. — III. La Loi universelle. — IV. La
BIBLIOGAPHIE 287 Loi d’amour; morale, décence et légendes. — V. Ame, matière. —VI. La Clef du bonheur, la conscience, le pro blème de l’inconnu, harmonie. — VIL Les Prêtres et les Cultes, clairvoyance d'un philosophe. —VIII. Pluralité des mondes, immortalité, fraternité — IX. Le Cerveau, force psychique. — X. L'Influence psychique et le pouvoir men tal, abuseurs et abusés, les preuves de la survivance.
C'est un livre à lire et à propager car il est très curieux, instructif et consolateur. Un coin du voile, par Pharasius. Étude Philosophique sur la recherche de la Vérité. Leymarie, 42, rue SaintJacques. 4 fr. 5o ★ ¥ ¥ La Vérité absolue et les vérités relatives, par le docteur J. Henri Ziégler. Solution des problèmes de la Radio-Activité et de l’Électricité. Chez Albert Kündig, Vieux Collège, 4, à Genève.
Nous appelons tout particulièrement l’attention de nos lecteurs sur ce très intéressant mémoire qui a été présen té au Congrès International de radiologie et d’électricité de Bruxelles, septembre iqio I ♦ Revue du Psychisme expérimental. Directeurs: MM. G. et H. Durville fils. SOMMAIRE DE MAI Gaston Durville. — Expérimentation magnétique et hyp notique. Les forces inconnues émises par l’homme.
Action de la main sur les infiniment petits ; travaux de Favre. Docteur F. G. Defillo. — Ma conception de la Respon sabilité dans rHypnotisme : Contre sa volonté il est pos sible de suggérer à un sujet des actes délictueux et l’obli ger à les exécuter Pierre Piobb. — Le Psychisme contemporain : Tableau
288 l’initiation des phénomènes dits psychiques: Ordre sensoriel, ordre mental, ordre physique. Wilh. Wrchovszky. — Télépathie : Mes premières expé riences. Technique opératoire. Comment expliquer la télépathie? Pouvoirs des Yoghuis. Docteur L.-S. Fugairon. — L'Origine de la vie ou Hété rogénie et Archébiose. H. Durville Fils. — Les Trucs de la Prestidigitation : Les Fantômes (2 grav.). Le mois psychique : Conférence. — G.
Kaléta : Lecture de pensée par les mouvements inconscients. La recher che des objets cachés. Un exemple pratique (2 grav.) — H. D. f. : Le Testament d'une psychiste : Mad. Niolet était-elle saine d’esprit et y a-t-il eu captation ? Le Livre du Mois: Docteur M. — Les Apparitions matérialiséesdes Vivants et des Morts, de M. G. Delanne. Revue des Livres. (Le n° 1 fr. ; 3o, boul. de Strasbourg, Paris.) Librairie Générale et Internationale G.
FICKER PARIS — 6, rue de Savoie, 6. — PARIS VÉVANGILE DE CAGLIOSTRO Retrouvé, traduit du latin, et publié pour la première fois avec une introduction Par le Dr MARC-HAVEN Un volume petit in-8 sur beau papier vergè, orné d’un portrait et du sceau de Cagliostro. Tirage à 5oo exemplaires........................................ Dix exemplaires sur japon impérial, numérotés 5 lr. 12 Le Gérant : Encausse. Paris. — Imprimerie E. Arrault et Cie, 9, rue N.-D.-de-Lorette