The text
L’ initiation rr*V mbyr QMtth tn ms te Pui3 L'1 MS N S&£toui Ln ¿i^rct t£* Axi^ *2 « --------------------------------- ------------- Ed WK -'.Mfr4 ajnNlE -*u. DU 12 XWUWte 1909) ¡HRflVfcfiMftfoUE U (ft e* . ................. FAKTIE PHILOfcdPHlQUE Li <g 197 ’ ** • • * • - - - • • PajinA. La Fehri# '&/$ CVni&rt to. i&fi a 3J<f)- - . Mme ¿.Mac Knnu Lar^if c.f uVAaMV Ertid * du SyhJicafrwtW * 43$ Ly5ff\ • - • • fi. F.
Trontfert-lde lnqlacfr-tf #5$ & ¿ft) - ' • • • Combes I.eon. partie iNrriATiWe La MaiaaHtr (?> i53 *2W • • ♦ * •• Saint-Tye? d’Aiw PARTIE lITTfcWAE Z>jrZ^4rseri {$• •............................ Combes L4ort. Ecold Hetmeiitfiiei - Pffohej A abadnis. Ttrezja Jsngutl — Cesixfri * —'.^ofotqpu. —> R/blie&ip&ic.
Tdiit'M.q»> «oneenw. in Redaction 4t lea tetanies doit 4tre adrc.jsd 5. hip tta Savoie., turanvvi */ relepmme — 816-uy T’out ’tie ■ xmn earns TAdcinlitration: -A^O^yfMEHTS». yfiNTt AU NIZMERO, ANNOMCfS *t«'(V’'iPt'aarefiie a la MMRAIftiR HltRMETlQUj AH/i/JT - J Ptir.Tfcn 4 - - PA Ai?
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels wir'çdttrretféjté' de la Société, de la Politique et de la Religion mais elles n ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. Là oci *bce expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans æ œo mairie dés forces purement spirituelles par l'hypnotisme et iM *« ”*”»<stion ià distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expeftetieâr, * ¡es Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, (’Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent Yarbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’/nitiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de ¡’Hypnotisme et de la Magie phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L'Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n'appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie (Exotêrique) expose aux lectrices ces ques tions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. ? La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte.
L’/hüitffion parait régulièrement à la fin de chaque mois et! ¿oœpte déjà'vingt années d’existence. — Abonnement : 10 francs par an.
PARTIE EXOTÉRIQUE Le Sphinx LE PROBLÈME.
194 L INITIATION la solution
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Cette partie est ouverte aux écrivains de toute Ecole, sans aucune distinction, et chacun d'eux conserve la responsabilité exclusive de ses idées. Le Spiritisme chez le prestidigitateur On sait que l’homme a toujours cherché à repro duire sans efforts les travaux généralement pénibles. Quand, à la suite d’un entraînement considérable, certains sages furent arrivés à commander aux forces de la Nature et à créer ainsi la Magie cérémonielle, des illusionnistesreproduisirent, au moyen d’appareils spéciaux, certains faits de magie, et ainsi fut créée la Prestidigitation, qui se dénomma modestement Magie Blanche. On peut dire que la consécration d’une expérience psychique est detre copiée par des prestidigitateurs. Aussi est-ce avec le plus grand intérêt que nous sommes allé assister aux reconstitutions d’expé riences spirites faites en divers lieux par les illusion nistes et, en ce moment encore, par le plus célèbre théâtre de prestidigitation de Paris. Ces expériences sont très intéressantes, car elles sont la justification éclatante des médiums accusés de fraude et particulièrement de notre ami Miller. Mais procédons par ordre.
iq6 l’initiation [Septembre Les meilleures reconstitutions parla prestidigitation des expériences psychiques ont été fai^s, à notre avis, par Frégoli. Cet illusionniste, célèbre par son merveilleux talent de ventriloque, avait organisé la scène en la tendant de velours noir. Des aides habillés de velours noir, gantés et masqués de la même étoffe, étaient autour de lui, absolument invisibles pour les spectateurs.
On conçoit ainsi comment les meubles se déplaçaient, les fantômes apparaissaient et disparaissaient et les instruments de musique semblaient jouer tout seuls. Dans les expériences actuellement présentées au public, la perfection est loin d’égaler les essais de Frégoli. Des panneaux noirs encadrent la scène, des lu mières vertes déguisent l’éclairage normal et empê chent de trop distinguer ce qui se passe au fond de la scène.
D’après les quelques observations faites hâtivement, les trucs sont produits au moyen de fils soulevant des étoffes chargées de figurer les fantômes, car le haut de la scène reste libre pendant toutes les expériences, alors qu'il serait facile d’augmenter l’illusion au moyen de bandes de plafond noires, entre lesquelles passeraient les ficelles du guignol.
Les pièces de mousseline ainsi soulevées et prome nées sont amenées devant une cage de verre. On les fait s’effondrer à côté de la cage, et le public a l’illu sion que l’effondrement se fait dans la cage môme, à cause de la transparence du verre. A un moment donné, un personnage est introduit
I909J LE SPIRITISME CHEZ LE PRESTIDIGITATEUR I97 sur la scène et vient jouer le rôle de fantôme. Puis, il est escamoté soit par le procédé de l’habillement en noir, soit par un panneau tournant, cela a peu d’im portance.
Nous engageons les spirites et les amateurs d'expé riences psychiques à aller voir ces essais d’illusion, lisse rendront compte de la somme de matériaux qu’un médium truqueur devrait emporter et de la préparation spéciale qu’il devrait faire subir à la salle. Nous sommes heureux que ces essais mettent le public sceptique des boulevards à même de savoir que ces essais d’illusion se rapportent à des faits étu diés sérieusement d’autre part.
Cela ne peut qu’être excellent pour les recherches spiritualistes. S’il est des esprits superficiels qui disent : « Vous voyez bien que c’est truqué, puisque les prestidigita teurs le reproduisent», vous pouvez être certains que les gens sérieux verront vite la différence entre les deux genres d’expériences. Allez donc voir les fan tômes du Boulevard, et vous jugerez vous-mêmes de la valeur de nos observations. Papus.
r98 La Polarité dans l’Univers Par Mme Emma Mac Kentv. Édité à la Librairie Hermétique, 8, rue du Cloître-Notre-Dame. Ce livre causera, j en suissûr, autant d’étonnement que de joie à tous ceux qui connaissent le talent de Mme Mac Kenty, talent fait de grâce et de charme, essentiellement féminin. De-ci de-là entredeux disser tations très savantes, l’auteur laisse entrevoir un peu de son âme.
Je me rends d’ailleurs fort bien compte de l’intérêt puissant que présentent les questions traitées ; ques tions tellement vastes qu’elles embrassent tout l’uni vers, tous les siècles, toutes les races. Mme Mac Kenty, à l’appui de sa thèse, cite non seulement la r • Bible et les quatre Evangiles, maistous lesasironomes, tous les philosophes, tous les penseurs.
On croyait longtemps que l’aimant, l’électricité, les métaux et les cristaux étaient les seuls éléments polarisés. Mais dans le livre captivant de Mme Mac Kenty la polarité revêt des aspects nouveaux et variés. Le simple micro cosme de même que le prodigieux macrocosme sont animés d’un double courant positif et négatif, tel le
i A POLARITE DANS l.’lJNIVERS J 99 grand Souffle mystérieux qui, en expirant et en aspirant, determine le mouvement, les ondulations lumineuses et maintient l'équilibre. Par l'action de ce double courant, le rayonnement descend du Cosmos sur la terre, l’attraction ramène tout de la terre vers le Cosmos.
Partout, dans l'im mensité, les corps célestes sont poussés l’un vers l’autre sans jamais se rencontrer, et les clartés de l'espace reculent toujours. La vie sur tous les éche lons, la naissance et la mort, la destruction et la transformation dépendent de ce double courant.
Quand, par suite d'une influence atmosphérique ou planétaire, ce courant n’est plus également balancé, et que l’équilibre subit la moindre perturbation il s’ensuit des mortalités et des catastrophes. En géné ral, si le courant négatif prédomine, les énergies ter restres émigrent dans la lune. L’auteur analyse les systèmes les plus compliqués, tels que ceux du baron de Reichenbach, de M. Durville et du docteur Baraduc.
En des pages, où subsiste un continuel souci de beauté, Mme Mac Kenty aborde et condense tous les sujets : l’astronomie, l’astrologie, k magie, l’alchimie, la souffrance, la guerre et la paix. Mieuxvaut citer quelques passages. LE MAGNETISME" TERRESTRE Le magnétisme terrestre est la combinaison du rayonnement solaire, du rayonnement de toutes les planètes et de tous fluides émanés des produits ter restres :
200 l’initiatjon Roche. Végétal. Minéraux. Le sol. Les animaux. L'activité musculaire. Les passions. Les idées. La vie sociale. La vie spirituelle. Ces combinaisons multiples génèrent autant de sortes de magnétisme ; il y a un magnétisme miné ral, un végétal, un animal. Un magnétisme de la parole, du regard, de la passion, de la pensée; une forêt dégage un magnétisme particulier, une foule de même.
Les foules agissent sur l’individu selon deux pola rités différentes. Ou elles noient sa personnalité et l’entraînent dans leurs remous de passions ; ou, si elles ont trouvé en lui un germe de puissance, elles le grandissent par la réaction. Suivant que l’homme participe de’l’exaltation d’une foule, il en sort ou agréablement impressionné, ou profondément accablé.
Ces multiples variétés du magnétisme universel ne sont pas identiques les unes aux autres ; il existe entre elles des affinités, de sorte qu’on pourrait insti tuer des expériences sur le magnétisme mental, par des procédés analogues à ceux dont on se sert pour étudier le magnétisme animal.
LA POLARITÉ DANS L’UNIVERS 201 POLARITÉ DES RACES Sous l’empire de la loi descendante et ascendante, l’axe des civilisations se déplace au cours des siècles; les races humaines ont leur période de croissance, de maturité et de déclin comme les individus. Quand elles ont fini leur travail sur terre, elles sont envoyées ailleurs, de même que l’homme qui. ayant accompli sa mission humaine, meurt à notre monde pour aller habiter un autre plan.
Cette question de migration des peuples sur la terre et de la succession des ^périodes chronologiques, suivant lesquelles s’accomplissent ces changements, se trouve indiquée dans certains Shastras brahma niques. En Occident, Jean Trithème, abbé de Spanheim, en a parlé, dans son Traité des causes se condes, au seizième siècle ; et plus récemment, vers i85o, le major Brûck en a fait le sujet de ses nom breux ouvrages sur le magnétisme terrestre.
Les noirs ont occupé à quelque lointaine époque une phase d’activité positive, ensuite ils ont dû expé rimenter une phase d’activité négative. Après avoir été civilisateurs, ils reçoivent l’in fluence des nations civilisées. Au milieu de sanglantes défaites, l’Égypte, Athènes et Rome ont laissé échapper les flambeaux qui éclai raient le monde, d’autres peuples les ont ramassés et portés tour à tour.
C’est ainsi que les nations deviennent successive ment positives et négatives et dans des ordres d’acti vité différents. Les Hindous sont positifs sur le plan
202 l’initiation mental et négatifssur le plan de la civilisation maté rielle ; par contre, les Américains sont positifs sur le plan de la réalisation et négatifs sur celui de la méta physique, ils cherchent de tous côtés à acquérir des choses anciennes : connaissances, archéologie, an cêtres, objets d’art La loi sémitique est positive ; la loi aryenne est négative. La première'descend de Dieu à l’homme, la se conde remonte de l'homme à Dieu.
LA POLARITÉ DANS L’ART ET LA SCIENCE Dans un travail d’art, l’idéal de l’artiste est positif; l’habileté et les facultés sont négatives; l’œuvre est neutre. Quand l'œuvre est terminée et mise à la disposition du public, elle devient positive et le public négatif. Le sentiment que l’œuvre éveille est neutre.
Ce sentiment qui excite au beau et au bien est po sitif lorsqu’il impressionne l’âme du public, la sensi bilisé réceptrice du public est négative, l’acte auquel elle sollicite est neutre jusqu’à la réalisation de l’idée. Les arts et les sciences sont en leurs principes ba sés sur le nombre, le dessin, la vibration harmo nique, la couleur, la forme, la mesure.
Ce qui cons titue le côté substantiel, matériel, sensible d’un art ou d'une science quelconque est le pôle négatif ; l’idéal, la métaphysique, tout ce qui impressionne est te pôle positif. Ce qui possède, ce qui obombre l’âme
LA POLARITÉ DANS L’UNIVERS 2o3 du savant ou de l’artiste est négatif par rapport au vrai et au beau en toutes leurs formes. L’homme doit se mettre dans les meilleures condi tions négatives ou réceptrices pour les recevoir et les comprendre.
Quand il veut les réaliser autour de lui, il devient positif par rapport à l’idéal qu’il a conçu en lui et par rapport à l’œuvre d’art, à la science et à l’invention qu’il réalise ensuite, hors de lui, dans la matière, dans le plan physique. L’art a pour but d’exciter toujours chez l’homme un continuel désir vers le beau et le bien ; la mis sion de la science est de spiritualiser la matière et de guider l’humanité vers un monde d’Essences.
John Ruskin, le grand animateur d’art écrivit : « Pour qu’une œuvre soit de l’art, il devra s’y mêler tous les reflets de l’âme, toutes les extases du cœur, toute la floraison magnifique et capiteuse des sensa tions, des sentiments, tout ce qui donne tant de prix à la vie intérieure. » LA MAGIE Au moyen âge la sorcellerie triomphait; afin de la limiter, Renouvier (Piétrî Pomponazzi) assurait que les passions inférieures trouvaient leurs symboles dans les corps des animaux malfaisants, que les sorti lèges provenaient de causes * naturelles et que les démons n’y étaient pour rien.
Un de nos contempo rains, Jules Bois, semble être d’accord avec Renou vier quand il dit:«Sathan n’existe pas par lui-mème, il est le chaos, la détresse du fœtus énorme, qui ne devient jamais enfant. »
l’initiation 204 Mais Cornélius Agrippa, eiève, comme Paracelse, de l'abbé Trithème, a écrit plusieurs « Livres occul tes », où, en affirmant l’existence du diable, il révèle toutes les invincibles lois magiques et leurs saintes puissances, il y révèle également toutes les opérations magiques.
Mais le savant médecin occulte de Louise de Savoie, mère de François Ier, recommande : « Cache ces connaissances dans le sanctuaire de ton cœur, garde le silence sur ces choses ; souvienstoi que l’esprit des hommes a une certaine vertu de changer, d’attirer, d'empêcher, de lier les choses et les hommes à ce qu’il désire ; et toutes choses obéis sent quand il est porté à un excès de quelque passion, de manière qu’il surpasse ceux qu’il lie ; car ce qui est supérieur lie ce qui est inférieur et le convertit en soi... » Agrippa indique de quelle manière l’âme est jointe au corps, ce qui arrive à l’âme après la mort, et comment les âmes des hommes méchants peuvent être évoquées et attirées.
Les mauvais esprits sont appelés dans des cercles au moyen de calculs, de figures triangulaires et d'odeurs. 11 existe aussi, d’après Cornélius Agrippa, les esprits des éléments. Ils sont moins dangereux que les premiers. Ils aiment la conversation de l’homme et se plaisent auprès de lui ; ils vivent dans les forets, dans les prairies, auprès des fontaines et des étangs.
Pour les évoquer il est nécessaire d’employer des paroles douces, des chants et des incantations ; les na-rftims exnuis leur sont agréables.
LA POLARITÉ DANS l’lNIVERS 205 Plus récemment, vers 1860, le baron du Potet traça des lignes sur le parquet, l’une avec de la craie, l’autre avec du charbon : les lignes du bien et du mal. La ligne blanche se termine par un triangle, la ligne noire par un serpent. Il sortit chaque fois brisé de ces expériences et il avoua : « En pratiquant ces œuvres, la peur me prit.
Je vis des choses extraordinaires, des spectacles étranges et je sentis en moi comme l’approche et le contact d’êtres invisibles encore ». Les anciens avaient mieux développé l’art de manier ces pouvoirs mystérieux.
Trismégiste connaissait les figures, les vêtements et les manières des esprits qui, selon les jours de la semaine, accouraient sur le commandement de l’évo cateur ; et il savait aussi quels étaient les esprits fami liers des planètes: Saturne, Jupiter, Mars, Vénus, Mercure, du Soleil et de la Lune Certains Kabbalistes prétendent que ces spectres hideux sont engendrés par la puissance du mal dans le monde, et naissent des rêveries malsaines, des gestes dépravés, des vices, des lâchetés de l’incon scient.
Ils enroulent leur odieuse bestialité autour de la terre et des hommes. Aux yeux des voyants et des mages, elle se dissout en chimères abominables, en fauves cruels, en monstres répugnants. Paracelse qui croyait à l’envoûtement et aux larves avides du fluide vital des humains, couchait toujours avec une épée dans son lit.
Souvent, au milieu de la nuit, il flagellait l’atmosphère menaçante de son épée nue, avec laquelle il traçait aussi le signe de la
20Ô L INITIATION Rédemption. Et, quand à bout de force il regardait à terre, il apercevait alors des têtes, des bras, des jam bes fluidiques dans un sang douloureux.
Pour Van Helmont, dans les siècles passés, et M. Gustave Fabius de Champville, dans les temps actuels, il n’y a de magie que la volonté ; en effet, Van Helmont dit : « La volonté est la première puis sance, l’àme est douée d’une force plastique qui, ayant produit une substance, peut la diriger où elle veut. » D’après Papus et les initiés modernes, la Magie est la science d’utiliser les forces inconnues.
Elle est Part qui consiste à exalter la volonté de telle sorte qu’un résultat matériel soit obtenu en dehors des lois ordinaires de la matière. LES RELIGIONS Dans les religions, il y a un sacrifice à un dieu ou à une puissance supérieure. Le dieu est (+), les fidèles (— ), la cérémonie est neutre, le prêtre ou le magicien est l’intermédiaire, il met les deux polarités en contact et provoque l’étin celle, le feu de Moïse, la Transsubstantiation.
Si le prêtre est un enfant du Ciel, il peut avoir la puissance de faire descendre la Présence divine dans une assemblée et réaliser la parole du Christ:« Là où vous vous réunirez en mon nom, je serai au mi lieu de vous. » L’Officiant, au cœur pur, qui demande le triomphe d'une chose ou d’une cause juste, peut l’obtenir, parce que sa prière contient une force incalculable à
Lz\ POLARITÉ DANS L UNIVERS 207 laquelle viennent s ajouter les pueres de la collecti vité augmentant d’autant la sienne. l'alchimie L’alchimie du laboratoire cherche à découvrir une substance materielle parfaite, c’est-à-dire qui recèle toutes les formes possibles des polarisations.
Mais, de même qu’il existe à côté de la digestion grossière de l’estomac une autre digestion plus sub tile, dans la poitrine, de même, il y a une alchimie spirituelle.
Son objectif n’est pas d’arriver à se modifier exté rieurement à volonté et de prendre, comme Raymond Lulle, l’apparence d’un coq rouge; ou de posséder l’art d’enfermer dans un vase ou un instrument un grand nombre d’esprits, afin detre, à la manière d’Alfarabi, investi, par eux, des plus extraordinaires pouvoirs. L’Alchimie mystique veut opérer la transformation intérieure. Avicenne a écrit que toute vie émane delà corruption.
L’alchimie, dont les morales religieuses sont l’école, a pour but de convertir la matière cor ruptible en substance 'incorruptible, les corps en âmes, l’amertune en joie, la détresse en extase, le désespoir en confiance. Basile Valentin comparait Je feu du dernier jour au feu de l’alchimiste et le monde au creuset de celui-ci.
Toutes choses corrompues devront être subtilisées, tout le monde mortel devra être dissous par le feu de la divine alchimie.
2oS l’initiation Chaque forme humaine est habitée par une âme errante. Cette âme se révèle d’abord comme un soupir dans l’être, ensuite elle se manifeste par la qualité de son rayonnement. Selon qu’elle est bonne ou mauvaise, elle éclaire ou enténèbre ce qui se meut autour d’elle, et ce qu elle œuvre devient heureux ou désastreux sur terre.
Le grand but de l’alchimiste est, par conséquent, de parfaire toute âme, de telle sorte que l’esprit du mal y soit remplacé par le génie du bien, que toutes les forces psychiques qui s’y trouvent actuellement, dans un état de déséquilibre plus ou moins grand, attei gnent leur développement complet et harmonieux.
En somme, la culture psychique devra discerner, au moyen de ce que les religions appellent l’examen de conscience, les tendances que nous portons en nous, à réprimer celles dont l'exercice porte atteinte à l’har monie du milieu où nous, vivons et à développer celles qui peuvent améliorer cette harmonie. Tout ce qui est en nous est positif ou négatif avec excès ou défaut.
L’âlchimie psychique consiste donc à balancer l’une par l’autre les polarisations discordantes et à créer cette beauté spirituelle dont Platon disait qu’elle nous ferait une destinée incomparable. GUERRE ET PAIX Le phénomène de la guerre est la lutte de deux polarités dont l'antagonisme se déchaîne par des pré textes différents. * .Le vainqueur matériel est positif par rapport au
LA POLARITÉ DANS L’UNIVERS 2Og vaincu matériel. Cependant il arrive que le vaincu matériel négatif redevienne positif et impose à son ennemi triomphant ses mœurs et sa mentalité. Cela s’est vu dans plusieurs pays, notamment en Amérique. Ses immigrants ont subi dans leur moral et leurs habitudes l’influence de la race envahie et opprimée.
La race rouge a repris le dessus, et, imperceptible ment, elle a imposé aux envahisseurs ses caractères psychiques et mentaux. Les Américains veulent détenir tous les records, celui de l’argcntet des inven tions, ils veulent être les premiers en quelque chose ; ils ont au fond d’eux-mêmes l’orgueil de l’ancien Peau-Rouge. La guerre est une lutte entre deux polarités de mêmes noms. La paix est un accord entre deux polarités de noms contraires.
Elle dépend de l’action plus ou moins puissante exercée sur les hommes, par l’ambiance positive ou négative où ils se trouvent. Quand le mal domine, saturant l’air comme les âmes de fluides viciés, toute justice, toute générosité disparaissent chez un peuple. Le bien est la polarisation inverse du mal, son influx génère la bonté, la beauté, les éléments suscep tibles d’éviter l’effusion du sang.
Que l’on considère la paix dans la famille, dans la nation, entre les nations ou dans le cœur de l’homme, elle est une harmonie entre diverses attractions, entre divers rayonnements ; elle implique la santé aussi bien dans l’individu physique que dans l'individu 14
2 10 t Initiation moral et dans la collectivité. Elle s’obtient par le perfectionnement préalable de la vie intérieure. Pour que la terre ne rougisse plus du sang de ses fils et que la parole : « Paix sur Terre » puisse se réaliser, il faut que du petit au grand tous les êtres suiventunmouvement vibratoireanalogueen n obéis sant qu'à des lois de justice et de progrès.
La paix devra régner dans les cœurs des parents, des éduca teurs et des enfants. Quand elle existera entre plusieurs familles, elle existera dans la cité, parce qu’alors l’envie aura dis paru chez les citoyens. Et quand elle régnera entre les provinces, elle régnera dans la patrie. Et si entre deux nations, il n’y a pas de prince ambitieux, la paix se maintiendra entre ces peuples.
Mais cet état d’harmonie ne peut s’obtenir sans luttes intérieures, sans discordes familiales, sans dis cussions intestines, sans guerres politiques, parce que les hommes ne peuvent se convaincre de la va nité de leurs ambitions, sans avoir expérimenté le néant de leurs objets.
Et Pascal a dit : « Les hommes se haïssent naturellement. » Dès lors comment en trer dans la paix avant d’avoir connu les épreuves qui inspirent aux hommes de se considérer comme frères et de croire au Père, dont la volonté absolue est que ses enfants s'aiment entre eux. ACTIVITÉ ET INERTIE Dans l’état social il y a des gouvernants et des gou vernés.
LA POLARITÉ DANS L’UNIVERS 211 Les gouvernes sont négatifs, les gouvernants sont positifs, mais ils sont négatifs par rapport à l’esprit collectif de la nation à son Eggrégore. Tandis que les gouvernés sont positifs par rapport à leur tra vail, par rapport aux champs qu’ils labourent, aux négoces qu’ils font. L’inertie est (—), elle rétrograde sur un travail même inutile ou mauvais.
Celui qui préfère rester inactif plutôt que de tenter le moindre effort, est plus coupable que celui qui fait un pernicieux usage de ses énergies. L’action est la loi du progrès. Celui qui fait un mauvais emploi de sa force dé chaîne souvent sur la tête d’autrui les tristes consé quences de ses actes. C’est la loi. Tout geste bon eu mauvais se répercute à l’infini. Cependant toutes les formes delà passion humaine veulent naître, vivre, évoluer.
C’est après de nom breuses palingénésies que la vérité divine trouve une demeure dans l’âme. Et peu à peu seulement l’étin celle primordiale redevient la pure clartéqui illumine la route de l’âme vers les sommets.
M. Sédir, qui est initié à tous les secrets des très anciens Brahmanes, écrit dans les Miroirs Magiques : * Le vieux brahmane leur montra la vraie nature de la passion ; il la leur montra comme la racine secrète de l’âme humaine, comme le soutien de toute exis tence, comme le ressort invisible qui meut toute créature; pure essence d’abord, puis divisée en Finnombrable hiérarchie des Forces, elle est l’élixir pour qui la conquiert ; elle est sacrée et se révèle comme
2 12 ^INITIATION le bras tout-puissant de celui qui la domine. RICHESSE ET PAUVRETÉ La richesse est un état positif, la pauvreté est un état négatif.
Mais comme les appartements intérieurs de l’âme n’ont qu'une certaine superficie, bien sou vent celui qui s’attache ardemmentà son or ne trouve plus de place en lui pour la bonté, Part et la science ; tandis que le pauvre, surtout celui qui est pauvre d'esprit, possède en lui-même la place suffisante pour accueillir beaucoup de formes de beauté et de vérité.
Un être n'est jamais entièrement (+), ni entière ment (—) ; nous avons tous en nous différentes sortes de polarités qui se remplacent suivant la ligne de notre évolution personnelle. LA SOUFFRANCE Nul bonheur humain n’est absolu. Ici, l’homme cherche ses joies au paradis d’Adam. Ailleurs, c’est la haine et la vengeance qui soufflent à son oreille. Pour ceux qui n’ont pas encore trouvé la foi, Edgar Poe 4 inventé le « Never More ».
Et, en parlant de l’humaine justice, Dostoiewski affirme que l’homme n’ayant pas de tendresse n’a que de la jus tice, donc il est injuste. L’idéal qu'on brise, le sentiment qu’on arrête font naître la souffrance ; la fascination du mal conduit l’homme à la déception. Ce qui indique, sans doute, que la vie présente ne doit pas chercher sa raison d’être en d’illusoires satisfactions, mais dans la bonté qu’elle nous donne l’occasion de réaliser.
LA POLARITÉ DANS L’UNIVERS 21 3 Ceux qui voudraient faire le bien sans pouvoir y atteindre, trouveront beaucoup de force en dirigeant leurs regards vers un être très pur de cœur. Il y a toujours une infinie douceur à suivre, en esprit, un très Grand, chez qui tout est vérité et lumière; notre mentalité s’accroît à la lueur de son geste et de son verbe. La douleur nous conduit insensiblement vers l’harmonie.
Le sage a donc raison de subir les épreuves avec patience et même de ne pas les craindre. Et, lorsque l’accomplissement de ce qu’il croit être un devoir lui apporte une douleur, il doit la préférer à une lâcheté, à une infidélité, à une défaillance morale. Ainsi les positivités qu’il a en lui, lorsqu’elles sont excessives, se trouvent réfrénées et les négativités se trouvent converties de sorte que l’équilibre général s’établit.
Tout excès d’individualisme provoque dans l'avenir une réaction par le fonctionnement de la justice immanente, qui n’est autre chose que la loi d’équi libre universel. C’est pour cela que les religions prêchent la cha rité. On ne pense pas volontiers à ceux qui souffrent ou aux très humbles.
Cependant Epictète dit : « L’es clave tire comme toi son origine de Zeus, comme toi il est son fils, comme toi il est né des mêmes essences divines. » Il est surtout très difficile de pardonner, d’aimer les déchus, les dépravés par le vice et dont l’approche nous fait horreur. Mais c’est à quoi il nous faut arri ver, c’est par la miséricorde et non par l’indifférence
2IJf l’initiation ou par le mépris qu’on sauve ce qui est perdu. MarcAurèle se reprocha : « Tu n’aimes pas encore les hommes de tout ton cœur. » Et, la svnthèse du Trésor des Humbles de Maurice Maeterlinck est celleci : «Aime et fais ce que tu veux, non par la force, mais par amour. » C’est donc réellement l’amour pur et désintéressé qui est le moyen le plus sûr de réparer les désordres de toute nature.
Dan s la partie historique où revivent Paracelse, Van Helmont, Robert Fludd, etc., l’auteur consacre des chapitres d’une extrême délicatesse aux Maîtres à qui elle a dédié son beau livre. Dans les pages concernant M. le professeur Durville, il est bon de relever ce qui suit : « M. Durville a fait une savante découverte sur les Centres nerveux.
« Ce système est fondé sur les sensations que l’on perçoit à la surface du crâne, aux endroits des circon volutions cérébrales qui commandent aux principales fonctions de l'organisme. Cette théorie permet au Maître d’établir un diagnostic précis sur n’importe quelle maladie. « Et,en touchant le centrequicorrespondau membre souffrant, il détermine une réaction immédiate.
En faisant cela, M. Durville se sert de la vibration, émise par toute vie, afin d’éveiller la matière, de la lézarder, de lui instiller le fluide magnétique, auquel il infuse un peu de sa pensée, de sa volonté, de son amour. « Lentement le mal disparaît et une vie nouvelle circule dans l'organisme.
Les expériences de M. DurLA POLARITÉ DANS l’iJNIVERS 2 l5 ville ont été étudiées par plusieurs savants et M. de Rochas les a signalées dans son livre : les Forces non définies. Grâce à cette méthode, grâce à son inlas sable bonté, M. le professeur Durville parvient à rétablir la santé dans les corps les plus déséquilibrés.
En le voyant à l’œuvre on pense avec M. Sédir : « Celui qui sert les hommes sera servi un jour par « les anges. » [Lettres Magiques.} Elle a voulu, à n'en pas douter, filtrer, dans son œuvre, un peu de la tendre reconnaissance qu’elle conserve aux Maîtres à qui élle doit en partie ses connaissances. Voici encore quelques lignes inté ressantes relatives à M. le docteur Encausse : « Le système nerveux est l’ombre de la circulation.
Tout comme le cours du sang, la substance nerveuse quitte le centre en avant pour ramener les sensations par les neurones. « Et, conclut M. Papus, tout l’organisme obéit au cerveau. Le corps dégage de la force physique, le corps astral de la force nerveuse, l’âme de la force psychique. Chacune de ces forces est en rapport avec l’évolution de l’être, en vertu de cette loi qui veut que l’organe se développe dans l’action.
« L’évolution est ce qui monte ; pour qu’une chose puisse monter, une descente ou involution est néces saire. « L’homme est une machine à penser. * « A ceux qui tendent vers lui leurs souffrances, il communique sa force tranquille. Pour le docteur Papus, il n’y a pas seulement la médecine, il y a la thérapeutique morale, ce qui lui permet d’agir
216 l’initiation autant sur le corps usé que sur l’esprit en désordre ou le cœur blessé. « La médecine jointe aux sciences occultes, écrit Ovide, comme elles le sont dans l’Inde, se prêtent admirablement la main ; n’est-il pas nécessaire que le médecin connaisse fart d’influencer le mental, afin d’éveiller la confiance chez les plus malades.
« C'est avec un tact merveilleux que M. Papus sait inspirer à la féminité douloureuse le courage, la patience et la force d’endurance. Ces vertus existent plus ou moins chez toutes les femmes, mais elles sont susceptibles d’être plus facilement développées dans les âmes très pures. « M. Papusest celui dont on dit : Il y a eu Avicenne, il y a eu Paracelse, comme eux, il possède toutes les sciences humaines et divines.
Bien d’autres passages seraient à citer ; les poètes trouveront notamment un charme exquis dans le flux et le reflux et aussi dans les dernières pages du livre. J’espère d’ailleurs qu’ils n’attendront pas long temps les jolies Légendes d'Alsace dont quelquesunes ont déjà paru dans diverses revues, qui sont des chefs-d’œuvre de grâce et d’harmonie.
L’ouvrage de Mme Mac Kenty est orné d’une jolie couverture de M. Noël Dorville. i vol. in-12, à 3 fr. 5o. — M. Claudin, librairie hermétique, 8, rue du Cloître-Notre-Dame.
Lascaris et ses envoyés 01 Nous avons vu, dès les premières années du dix-sep tième siècle, des adeptes parcourir l’Europe, non plus’ comme auparavant, pour y enseigner la composition de la pierre philosophale, mais pour démontrer, par des actions positivement bien merveilleuses, la réalité d’une science dont ils entendaient se réserver le prin cipal secret.
De cet « œuf philosophique », si longue ment couvé dans les laboratoires des siècles précé dents le « poulet » semblait à la fin éclos. Bien qu’en petit nombre, les souffleurs qui avaient réussi à para chever le grand œuvre auraient suffi pour enrichir ou pour ruiner le monde ; mais la plupart ne voulaient que le convertir. Ils employaient pour cela les preuves de fait, plus puissantes sur les esprits que toute dé monstration scientifique.
S’ils réclamaient la foi, ils ne la demandaient qu’au nom des miracles qu’ils savaient accomplir; et, pour mieux convaincre les incrédules, ils faisaient, le plus souvent, opérer ces miracles par des mains étrangères; puis ils s’éclip saient au plus vite, après avoir toutefois distribué sur place le produit de ces démonstrations pratiques, signalant ainsi leur passage par une traînée d’or. (i) Louis Figuier, i Alchimie et les alchimistes (ch. Vil, Histoire des principales transmutations métalliques). *
218 l’initiation Ainsi s’éta;ent comportés Alexandre Sethon, Philalèthe et plusieurs autres adeptes moins célèbres, dont nous n’avons pas retracé les biographies, pour éviter de tomber dans les redites. Cet apostolat se continue dans le dix-huitième siècle, mais sous les auspices et et par les ordres d’un séul homme, qui semble l'orga niser, l'étendre et le diriger en maître souverain.
Lui seul possède le grand secret de l’art; par ses mains, et non par d'autres, se distribuent les poudres ou tein tures qui changent les métaux vils en métaux précieux; et ces dons que nul n’obtient de lui qu’à titre de mis sionnaire de la science hermétique, il les mesure, non aux désirs de quelque ambition ou de quelque cupi dité privées, mais bien aux nécessités calculées et prévues de la propagande dont il est tout à la fois le surveillant suprême et l’invisible moteur.
Dans cet étonnant personnage qui résume en lui l’histoire presque entière de l’alchimie au dix-huitième siècle, tout est problème et mystère : son nom, sa naissance, son éducation, sa personne. On ne voit que très rarement sa figure, qui semble changer à ses différentes apparitions. On ignore sa demeure et s’il en est d'autres pour lui que les résidences passagères où il est moins souvent aperçu que soupçonné.
Sop * âge même est impossible à fixer, car on ne connaît ni le premier ni le dernier terme de sa vie, qui se soutient ou paraît se soutenir, un siècle durant, dans un milieu toujours également éloigné de la jeunesse et de la vieillesse. Cet inconnu fameux se faisait appeler Lascaris. Entre tous les noms qu’il prit dans sa vie errante,
LASCARIS ET SES ENVOYES 2ig c’est du moins celui qui lui resta. Ce nom avait été illustré par plusieurs Grecs, et sans doute il l’avait choisi de préférence, comme propre à confirmer l’ori gine orientale qu’il s’attribuait. Lascaris se donnait pour l’archimandrite d'un couvent de l’île de Mitylène, et pour justifier de cette qualité, il produisait des lettres du patriarche grec de Constantinople.
Mais ce qui décidait plutôt à lui attribuer cette origine, c’est qu’il parlait fort bien la langue grecque; on a même été porté à trouver en lui un descendant de la famille royale des Lascaris.
Il prétendait avoir reçu du pa triarche de Constantinople la mission de recueillir « des aumônes pour racheter des chrétiens prisonniers en Orient, mais il ne remplissait pas cette mission d’une manière sérieuse, car il ne quêtait que chez les pauvres, si toutefois il quêtait.
Lorsqu’il apparut pour la première fois en Alle magne, vers le commencement du dix-huitième siècle, Lascaris était un homme de quarante à cinquante ans, suivant l’appréciation du conseiller Dippel, le témoin le plus sérieux et le plus souvent cité entre ceux qui l’ont vu.
Dippel est le seul qui semble s’attacher par ticulièrement à suivre Lascaris, et c’est cet écrivain qui nous fournit les indicationsà l’aide desquelles on peut le surprendre de loin en loin dans ses fugitives apparitions, Schieder nous parle aussi, mais sans citer aucun nom, de plusieurs autres personnes dignes de foi, qui déclaraient avoir vu et reconnu le grand adepte.
De leur témoignage, d’accord avec celui de Dippel, il résulte que Lascaris était d’une humeur facile et même agréable, qu’il avait l’accent- d’un
220 l’initiation homme du Midi et aimait oeaucoup à parler, penchant d'autant plus facile à satisfaire pour lui qu’il savait plusieurs langues et les parlait toutes aussi naturelle ment que le grecUne nature si communicative ne s’accordait guère avec les précautions extrêmes que notre philosophe devait prendre pour dissimuler sa présence partout où on pouvait le chercher.
Il faut donc supposer qu’il n'avait cette agréable humeur que dans le cercle d’un petit nombre de personnes dont il était sûr, et que d’ailleurs il savait la renfermer dans des sujets de conversation étrangers à l’alchimie. Sur ce dernier point, la discrétion lui était impérieusement com mandée : il y allait de sa liberté et peut-être de sa vie.
Les exemples de Gustenhover, de Kelley, d’Alexandre Sethon, de Sendivogius et de tant d’autres, avaient pour lui une triste éloquence, et si le sort de ccs adeptes n'eût suffi à éclairer. Lascaris sur la cupidité et la cruauté des princes, une aventure tragique, dans laquelle, a-t-on dit, il joua le rôle important, lui au rait enseigné la prudence.
Un individu, qui se disait gentilhomme, se pré sente un jour à Frédéric Ier, roi de Prusse, et s’an nonce comme possédant l'art secret de la transmuta tion des métaux. Le roi ayant désiré le voir à l’œuvre l’opération fut exécutée sous ses yeux, et elle réussit, car ce gentilhomme avait en sa possession un peu de poudre philosophale.
Dans l'espoir de s'avancer à la cour, il eut la témérité de prétendre connaître la pré paration de cette poudre. Quelques jours après, il recevait l’ordre d’en préparer dans l’intérêt de l’Ètat
LASCARIS ET SES ENVOYES 221 c’est-à-dire du roi. Il y travailla à plusieurs reprises, mais toujours inutilement. Comme il n’avait pas craint d’offrir sa tête pour garant de ses promesses, le roi qui avait accepté ce gage, la lui fit trancher. On feignit, à la vérité, de motiver cette exécution par un crime plus réel ; on alla rappeler un duel, déjà ancien, dans lequel cet aventurier avait tué son homme.
Mais personne ne s’y trompa ; tout le monde comprit que, sans l'irritation d’un roi trompé dans ses espérances cupides, la justice n’eût pas d’ellemême songé à réveillér une affaire du genre de celles qu’on oublie le plus volontiers.
La plupart des auteurs ont pensé que nul autre que Lascaris n’étant connu à cette époque en Allemagne, pour posséder le secret des philosophes, c’est de lui que venait cette poudre si imprudemment employée devant le roi Frédéric. Quoi qu’il en soit, voici un second fait dans lequel la présence et l’action de Lascaris ne font aucun doute pour les auteurs alle mands.
Dans l’année 1701, Lascaris, étant tombé malade en passant à Berlin, fit demander un apothicaire pour lui commander les remèdes dont il avait besoin. Maître Zorn, chez qui l’on envoya, ne se présenta pas lui-même ; il se fit remplacer par un élève entré depuis peu dans sa maison. Le soin avec lequel ce jeune homme exécuta ses prescriptions plut beaucoup à notre philosophe, dont la maladie vraie ou feinte, eut bientôt disparu.
Ils s'entretinrent plusieurs fois ensemble, et de ces entretiens, il résulta entre eux une sorte d’amitié et même d’intimité. C’est que, pen
222 l’initiation dant leur conversation, le jeune homme, sans se douter qu'il parlait à un adepte, lui avait confié qu’il s’occupait d’hermétique, qu’il avait lu tous les ou vrages de Basile Valentin, et qu’il travaillait d’après les écrits de ce maître.
Cependant le jeune élève tenait ses travaux secrets, car Talchimie n’était pas très en honneur dans la ville de Berlin, et l’on ne se gênait guère, dans cette impertinente cité, pour traiter de fous les partisans du grand œuvre. Sur le front du jeune apothicaire, Lascaris avait reconnu le sceau de l’apostolat.
Au moment de quit ter Berlin, il le prit à part et lui déclara ce qu’il était, ajoutant qu’il voulait lui laisser un témoignage de son amitié. Il lui fit présent de deux onces de sa poudre, en lui recommandant de ne pas en indiquer l’origine, et surtout de n’en faire usage que longtemps après son départ.
« Alors seulement, lui dit-il, vous pourrez essayer les vertus de cette poudre, et, sachez-le bien, le résultat sera tel, que personne, à Berlin, n’osera plus taxer les alchimistes d’insensés. » Lascaris parti, le délai expiré, et sans doute même un peu abrégé par l’impatience du jeune élève,-celuici procéda à l’essai de' sa teinture philosophale. Le résultat en fut merveilleux et tel que Lascaris l’avait promis.
Il fit de l’or, de l’or très pur, qu’il montra avec orgueil, et ce fut à son tour de se moquer de ses camarades, qui s’étaient si souvent moqués de lui et de Basile Valentin. Il leur annonça en même temps sa résolution de quitter la pharmacie pour aller étu dier la médecine à Halle ; le même jour en effet il prît congé'de son patron.
LASCARIS ET SES ENVOYES 2î3 Ce jeune homme devait être l'apôtre le plus actif et le plus renommé de tous ceux que Lascaris lança, munis de sa poudre, à travers l’Allemagne. Il s’ap pelait Jean-Frédéric Bötticher.
Mais comme ses tra vaux, ses aventures, et par-dessus tout une décou verte importante dont il a enrichi les arts chimiques, lui assignent un chapitre à part dans cette galerie des principaux personnages hermétiques, nous repren drons plus loin son histoire et nous le suivrons alors dans sa carrière avec tout l’intérêt qu’il doit inspirer.
D'après ses rapports avec Bötticher, on voit que Lascaris, au début de sa propagande hermétique, recrutait surtout dans les laboratoires ses confidents et émissaires. En même temps que Bötticher, deux autres élèves sortis des pharmacies voyageaient alors dans les villes de l’Ouest de l’Allemagne, prêchant la vérité de l’alchimie.
Or, comme à cette époque, le conseiller Dippel avait reconnu Lascaris à Darmstadt, on ne pouvait guère douter que ces jeunes adeptes n’eussent reçu de lui leurs instructions et leurs poudres philosophales. Toutefois ces missionnaires ne semblent pas avoir utilement servi la cause de la science hermétique ; car ils ne savaient guère que ce qu’on leur avait montré, et ne pouvaient être éloquents que jusqu’à l’épuise ment de leur provision.
On" ne cite d’eux aucune merveille qui réponde à la haute opinion que Bötticher avait déjà .donnée des gens de leur état. Les garçons apothicaires eurent alors un fort beau moment en Allemagne, et tandis qu’en France les • poètes comiques osaient continuer de les tourner en
224 l’initiation [septembre I. dérision, ils prenaient bien leur revanche de l’autre côté du Rhin. Cette courte période fut, on peut le dire, l’âge d’or de la pharmacie, on croyait, en Allemagne, que tout le personnel pharmacopole: patrons, aides, apprentis ou garçons, étaient adeptes hermétiques ou sur le*pointde le devenir. Cependant les choses n’allèrent pas si loin.
11 est vrai qu’à cette époque quelques élèves en pharmacie reçurent en présent un peu de teinture philosophale, mais, dit assez naïvement Schmieder, en nous parlant de ces aides apothicaires qui avaient reçu et non inventé la précieuse poudre, « dès qu’ils l’avaient employée, ils avaient joué leur rôle et restaient tranquilles ». On en cite cependant quelques-uns qui se laissèrent moins oublier; tel fut Godwin Hermann Braun, d’Osnabruck.
En 1701, l’année même de la première apparition de Lascaris, ce Braun qui avait déjà exercé la profession d’apothicaire à Stuttgart, fut placé dans la grande pharmacie de Francfort-sur-le-Mein. A l’en croire, un de ses parents lui avait remis, à son lit de mort, la teinture transmutatoire qu'il avait en sa possession, c’était une huile assez fluide et de couleur brune.
Pour lui donner un caractère particulier, Braun l’avait mélangée avec du baume de copahu, ce qui ne lui ôtait rien de sa force. En présence de son patron, le docteur Eberhard et de quelques autres personnes, il exécuta plusieurs projections, tantôt sur la mercure, tantôt sur le plomb ; il fit de l’or, chaque fois, en versant une goutte de son huile sur le métal chaud ou fondu. • • A Munster, Braun fit la même expérience sous les
I 909 I LASCARIS ET SES ENVOYES 225 yeux du docteur Horlacher, qui puolia le fait. Hor lacher assure avoir pris des précautions pour n’ètre pas trompé. 11 avait lui-même fourni le creuset, le mercure et le plomb. Braun versa quatre gouttes de son huile sur de la cire, et en fit une boulette qu’il jeta sur le mercure. Il couvrit alors le creuset, qu’il chauffa fortement : dix minutes après, l’or avait pris la place du mercure.
Braun n’était pourtant qu’un adepte de hasard. Il connaissait si peu la préparation de sa teinture, qu’il s’imaginait qu’elle provenait du phosphore, parce qu’on s’occupait alors beaucoup de cette substance. Après qu’il eut consommé tout son liquide, on ne parla plus de lui ; mais du moins il avait fait la pro pagande hermétique en bon lieu et avec un certain éclat.
Moinsbrillantdansses actes,mais aussi moins fidèle à son apostolat, fut cet autre élève en pharmacie que Schmieder nous désigne comme le troisième mission naire de Lascaris. C’était un jeune Hessois. nommé Martin, né àFritzlar, où il avait étudié la pharmacie. 11 prétendait tenir sa teinture d’un vieux médecin, lequel était adepte et, de plus, mari d’une femme jeune et jolie.
Quand le bonhomme mourut, événe ment qui ne tarda guère à arriver, il ne laissa point sa teinture en héritage à sa femme, dont il avait toujours suspecté la fidélité; il la légua au jeune élève. Schmieder, qui nous transmet ce récit, pense que c’était là, néanmoins, une pure fable de ce jeune homme, qui, en réalité, avait reçu de Lascaris sa pierre philosophale, mais tenait le fait secret, côn15
22Ô l’initiation formèrent aux prescriptionsdeson maître. On ne peut qu'applaudira la discrétion de ce missionnaire docile. Ce qui est moins louable, dans son fait, c’est d’avoir altéré sa poudre par de maladroits mélanges, et de l’avoir ainsi tellement affaiblie, que, d’aprèsle témoi gnage de Dippel, ‘elle ne changeait en or que soixante fois son poids de métal étranger.
Mais le point capital où ce maître sot méconnut tout à fait et les instructions du grand adepte et la dignité même de la science hermétique, c’est que, au lieu d’exécuter ses projections devant un public d’élite, qui leur eût donné tout le retentissement nécessaire, il se contenta d’opérer pour ses camarades, afin de se donner du relief parmi eux, et pour quelques jeunes filles dont il avait à cœur de se faire admirer.
Passons vite à d’autres personnages et à d’autres faits, par lesquels se continue l’histoire de Lascaris. Dans le mois de janvier 1704, le conseiller de Wertherbourg Liebknecht, avait reçu une mission pour Vienne. En revenant, il eut pourcompagnon de voyage un étranger qui parlait très couramment le français, l’italien, le latin et le grec, et qui avait visité la plu part des pays d’Europe.
Ils se trouvaient en Bohême, la conversation tomba donc tout naturellement sur l’alchimie. Le conseiller, homme fort entêté dans ses opinions, niait la réalité de cette science, et ne voulait croire, disait-il, que lorsqu'il aurait vu de ses propres yeux. Le 16 février, les deux voyageurs arrivèrent vers le soir à la petite ville d’Asch, située sur l’Eger. Le com pagnon de Liebknecht le conduisit sans rien dire,
LASCARIS FT SES ENVOYES 227 chez un forgeron pour faire une expérience au feu de la forge; mais, vu l'heure avancée, l’expérience fut remise au lendemain. L’inconnu mit du mer cure dans un creuset, puis il y jeta une poudre rouge, qu’il mêla rapidement avec le métal. Le mercure commença par se solidifier, il devint ensuite fluide et quand on le versa, c’était de l’or le plus beau qu’on pût voir.
Un second creuset avait été préparé, l’inconnu y plaça également du mercure, afin de répéter l’expé rience précédente. «Cette fois, dit l’opérateur, l’or est moins beau que tout à l’heure. » Il promit de le puri fier. Aussitôt il le fit fondre dans un nouveaucreuset, et jeta dans ce creuset une petite quantité d’une cer taine poudre ; presque au même instant, l’or perdit sa couleur et devint blanc.
Quand on coula le métal, on trouva, à la place de l’or dont on avait fait usage, neuf onces d’argent de la plus grande pureté. L’or que l’on avait obtenu dans la première expérience avait une valeur de six ducats. L’étranger offrit en présent l’un et l’autre au conseiller Liebknecht, et le quitta pour continuer sa route vers la France.
La personne et l'époque s’accordent parfaitement avec les renseignements que Dippel donne sur le compte de Lascaris. D’un autre côté, cette double transmutation du mercure en Or, et de l’or en argent, est une des plus remarquables dans l’histoire de l’al chimie et, selon les écrivains hermétiques, elle révèle manifestement un grand maître, peut-être le plus grand de tous. Il est vrai que Lascaris s’abstenait, d’ordinaire, de faire lui-même les projections, mais
228 L1NITÎATI0N il se pourrait qu’en cette circonstance il se fût départi de sa réserve habituelle pour convaincre un incrédule tel que le conseiller Liebknecht. On conserve encore, à l’Université d’Iéna, les trois creusets qui servirent à ces transmutations..
Au mois d’octobre de la même année 1704, Geor ges Stolle, orfèvre à Leipsick, reçut la visite d’un étranger, qui, après quelques instants d'entretien sur des objets indifférents, lui demanda s’il savait faire de l’or. A cette question, l’orfèvre répondit avec sim plicité qu’il savait seulement travailler ce métal tout fait.
Mais son inventeur, insistant pour lui demander si, du moins, il croyait à la possibilité du fait : « J’y crois, sans aucun doute, répondit Stolle; mais, mal gré tous mes voyages et mes longues recherches, je n’ai jamais eu l’occasion de rencontrer un artiste assez habile pour m’en donner la preuve. » A ces mots, l’inconnu, tirant de sa poche un lingot métal lique d’une couleur jaune grisâtre, et qui pesait envi ron une demi-livre, le présenta à l’orfèvre comme de l’or qu’il venait de fabriquer tout récemment.
Il assura qu’il possédait chez lui quatorze livres du même métal. L’orfèvre s’empressa d’essayer le lingot à la pierre de touche ; c’était de l’or à vingt-deux carats. L’étranger l’invita alors à le traiter par l’anti moine et, après trois traitements semblables, il obtint douze onces d’un or très brillant. L’étranger étant revenu de bonne heure, le lende main, ordonna.de laminer cet or et de le couper en sept pièces rondes. Il en laissa deux à Stolle, comme souvenir, en y ajoutant huit ducats.
LASCARIS ET SES ENVOYES 229 Bien que cet événement n’eut rien présenté de très merveilleux, il fit beaucoup de bruit à Leipsick, grâce aux commentaires dont l’orfèvre sut l’embellir pour se donner de l’importance. Les pièces d’or qui lui étaient restées portaient cette inscription : O tu... philosophorum. Auguste, roi de Pologne, en reçut une en présent, l’autre fut déposée dans la collection des médailles de Leipsick.
Lascarisse trouvait alors en Saxe, dans lesenvirons de Leipsick, et l’on ne voit pas d’autre adepte à qui le fait raconté parStolle pourrait être plus convenable ment attribué. Il est beaucoup plus certain qu’un autre person nage, Schmolz de Dierbach, qui vivait à la même époque, reçut de Lascaris sa poudre et sa mission. Schmolz a raconté lui-même les circonstances dans lesquelles il fut honoré de la confiance du grand adepte.
Il était lieutenant-colonel au service de la Pologne. Se trouvant, un jour, avec d’autres officiers, dans un café à Lissa, on vint à parler de l'alchimie et des alchimistes. Les camarades du jeune officier ne craignirent pas détourner en ridicule et de blâmer son père, qui avait dépensé tous ses biens dans les travaux de cette vaine science, et par là réduit son fils à la nécessité d’embrasser le métier des armes.
Dierbach défendit avec vivacité et l’alchi mie et son père. Au nombre des assistants, se trou vait un étranger qui parut écouter cette discussion avec un vif intérêt. Quand tout le monde se fut retiré, il s’approcha de l'officier et lui exprima toute la peine
23o l’initiation qu’il avait ressentie du blâme infligé à la mémoire de son père et des mauvais compliments que le fils avait essuyéspour la défendre. C’est alors qu'il fit pré-r sent à Dierbach d’une certaine quantité de poudre de projection, mettant seulement cette condition à son cadeau que le jeune officier n'en ferait usage que pour se procurer trois ducats par semaine pendant l'espace de sept ans.
On reconnaît ici Lascaris à sa libéralité ; miais Schmolz de Dierbach broda beaucoup de contes sur cette aventure fort simple. Il voulait, par là, donner de la vogue à sa poudre, car il s’était empressé de quitter le service et se plaisait à étonner ses amis par . ses transmutations. Le conseiller Dippel, setrouvant à Francfort-sur-leMein, put examiner la teinture de Dierbach.
La des cription qu'il en a faite nous permet de donner, une fois pour toutes, une explication raisonnable, selon nous, du moins, des prodiges de Lascaris. Selon Dippel, la poudre de Dierbach était d'une couleur rougeâtre ; vue au microscope, elle laissait voir une multitude de petits grains ou cristaux rouges ou orangés.
Pour un sceptique, ou plutôt pour un chi miste, ces cristaux rouge-orangé ressemblent Singu lièrement à du chlorure d’or, et si telle était réelle ment la composition de la teinture de Lascaris, elle pouvait prendre, à volonté, la forme liquide ou solide, puisque le chlorure d’or est très solide dans l'eau, et même déliquescent à l’air.
Dippel ajoute, il est vraii, qu’une partie en poids de cette teinture changeait en or six cents parties d’argent, mais il détruit lui-même
LASCARIS FT CRS ENVOYÉS 231 la confianceque I on pourrait accordera ses assertions lorsqu’il ajoute : « Cette teinture pouvait même pro duire une augmentation dans le poids des métaux, car soixante grains d’argent où l’on mêlait un demigrain de la poudre de Dierbach donnaient cent soixante-douze grains d’or. » Ce dernier fait, qui aurait constitué une impossibilité physique, dépasse les prétentions de tous les alchimistes, qui n'ont jamais affirmé sérieusement pouvoir augmenter le poids absolu d’un corps sans addition d’aucune matière étrangère.
Un autre fait confirme encore l'opinion que la teinture remise à Dierbach par Lascaris n’était autre chose que du chlorure d’or, dont on faisait usage tantôt sous forme solide, tantôt en dissolution aqueuse concentrée; Dippel ajoute qu’il suffisait de chauffer cette poudre pour obtenir le métal précieux; or, comme le savent tous les chimistes, le composé dont nous parlons, c’est-à-dire le chlorure d’or, laisse, par une simple calcination, de l'or pur.
Schmolz de Dierbach usa avec une grande généro sité du présent de Lascaris. Il ne consacrait jamais à ses besoins personnels l’or provenant de l’expérience; il le distribuait aux témoins de l’opération. Un tel désintéressementétaitd’autantplus noble chez lui, que, se trouvant à la tête d’une nombreuse maison, avec enfants et domestiques, et ayant été investi des fonc tions de député, ses besoins augmentaient de jour en jour.
Quand le terme des sept ans imposé par Las caris fut expiré, et qu’il se vit à bout de sa poudrev il ne craignit pas de demander des secours à des per232 l’initiation sonnes de haut rang qui connaissaient son aventure.
Tant de vertu le fit admirer de ses contemporains ; on s’empressa de venir à son aide et de lui assurer une honnête existence ; mais il va sans dire que, dès qu'il eut cessé d’opérer, des transmutations, on cessa de parler de lui.
Du reste, à partir de ce moment, si l’on trouve encore beaucoup de traces d’un adepte distribuant de la teinture philosophale, avec condition de l’em ployer à la plus grande gloire de l’alchimie, ce qui révèle toujours Lascaris, on ne rencontre plus de personnage formé, instruit, et pour ainsi dire com missionné pour cette prédication. Schmieder nous explique le changement. Des jeunes gens, tels que Bötticher.
Braun, Martin et Dierbach, avaient pu offrir à Lascaris le secours d’un grand zèle; mais la conduite de quelques-uns et surtout leurs supercheries, pouvaient compromettre le grand adepte et faire naître des doutes sur sa bonne foi. C’est d'après ce motif qu’à dater de cette époque Las caris, trouvant plus sage de supprimer les apôtres, se chargea seul de la propagande hermétique.
En 171?, le baron de Creuz, que l’on cite comme un alchimiste zélé, reçut à Hambourg la visite d’un étranger, dont la conversation dénotait de profondes connaissances dans l'hermétique.
Le baron, qui depuis trente ans cherchait sans avoir rien trouvé, avoua que son plus cher désir serait rempli s’il pou vait seulement obtenir de quelque adepte un peu de . poudre .philosophale, afin d’en éprouver la force et de convaincre son entourage de la vérité de l'alchiLASCAR1S ET SES ENVOYES 233 mie.
Letranger ne répondit rien: seulement, quand il fut parti, on trouva, près de la place qu’il avait occupée dans l’appartement, une petite boîte renfer mant une matière pulvérulente, avec un écrit indi quant la manière d’opérer les transmutations ; la boîte renfermait encore une boucle d'argent, dont une partie seulement était d’or, sans doute, pour prouver que, pour faire la transmutation avec cette poudre, il n’était pas nécessaire de mettre les métaux en fusion.
Le baron, ayant alors convié à l’expérience ses amis et quelques personnes d’un rang élevé, opéra sous leurs yeux suivant les instructions que l’adepte avait laissées par écrit. L’expérience eut un plein succès, et la boucle d’or et d’argent fut conservée dans sa famille comme témoignage du fait. Un autre amateur, le landgrave Ernest-Louis de Hesse-Darmstad, sentit son émulation éveillée par la transmutation faite chez le baron de Creuz.
Il se livrait à beaucoup d’essais, mais ne trouvait rien de bon, lorsqu’en 1716 il reçut, par la poste, un petit paquet envoyé par le même étranger qui avait rendu visite au baron. Ce paquet renfermait les teintures rouge et blanche, avec une instruction sur la manière de les employer. Le landgrave se donna le plaisir de changer lui-même du plomb en or et en argent.
Avec l’or, il fit battre, en 1/17, quelques centaines de ducats qui portaient d’un côté l’effigie et le nom du landgrave, de l’autre le lion de Hesse et les deux lettres E. L. Avec l’argent il fit frapper cent thalers portant aussi d’un côté son nom et son effigie, et de l’autre les deux lettres E. L. entourées d’une *qua
234 l’initiation druple couronne; on voyait au milieu le lion de Hesse avec son soleil. Les thalers portaient cette inscription latine : Sic Deo placuit in tribulationibus. 1717. Un inconnu se présenta un soir au château de Tankestein, situé dans la forêt d’Odenwald, branche de la forêt Noire ; ce château était habité par la comtesse Anne-Sophie d’Erbach.
L’inconnu suppliait la châtelaine de le protéger contre les poursuites de l’électeur palatin. On refusa d’abord de le recevoir, car on le prenait pour un braconnier et peut-être même pour un brigand de la forêt. Cependant, sur ses instances, la comtesse consentit à lui accorder une chambre dans une partie retirée des bâtiments, en recommandant toutefois aux gens de la maison d’avoir l’œil sur lui. L’étranger passa quelques jours au château.
Au moment de partir, et pour recon naître l'hospitalité qu'il avait reçue, il offrit à la comtesse de changer en or toute sa vaisselle d’ar gent. Cette singulière proposition ne fit que confirmer davantage la comtesse d’Erbach dans ses soupçons; elle ne voyait dans son hôte qu’un hardi voleur qui méditait de la débarrasser de son argenterie.
Cepen dant, comme il insistait beaucoup, elle se décida, à tout hasard, à lui confier un bassin d’argent, ordon nant d’ailleurs de redoubler de surveillance. Tant de soupçons étaient mal fondés, car l’inconnu ne tarda • pas à reparaître tenant à la main un lingot d’or qu’il * avait fait avec le bassin d’argent. Sur la demande de l'alchimiste, cet or fut essayé dans la ville voisine,
LASCARIS ET SES ENVOYES 5*35 où on le trouva du meilleur alôi. La comtesse d’Erbach consentit alors à livrer toute sa vaisselle à son hôte, qui s’engageait à la payer en cas d’insuccès. Mais l’opération réussit parfaitement ; tout ce qu’on lui donna en argent, il le rendit en or. Lorsque, au moment de partir, ce grand artiste se présenta pour prendre congé de la comtesse, cette dernière eut la naïveté de lui offrir deux cents thalers.
Il refusa avec un sourire, puis il s’en alla comme il était venu et sans avoir dit son nom. Cette aventure eut une suite qui lui donna bientôt une authenticité parfaite. Le mari de la comtesse d’Erbach. le comte Frédéric-Charles, avec lequel la famille d’Erbach s’éteignit en i/3i, vivait alors dans l’armée.
Depuis longtemps séparé de sa femme, il ne s’en inquiétait guère ; mais la mémoire lui revint dès qu’il fut informé des nouvelles richesses que la com tesse venait d’acquérir. Il réclama la moitié de la vaisselle d’or, parce que cette augmentation de valeur avait été réalisée pendant le mariage et sous le régime de la communauté. La comtesse ayant repoussé cette demande, il en saisit les tribunaux.
Mais les juriscon sultes de Leipsick la rejetèrent et abandonnèrent à la comtesse l'entière propriété de l’objet en litige, attendu, dit l’arrêt de la cour de Leipsick, que, « la vaisselle d’argent appartenant à la femme, l’or devait aussi lui appartenir». Schneider et d’autres auteurs allemands ne met tent pas en doute que Lascaris ne fût l’hôte anonyme de la châtelaine de Tankestein. Mais le lecteur est sans doute désireux de trouver
236 l’initiation quelques renseignements plus précis sur les procédés que Lascaris mettait en œuvre pour exécuter ses transmutations. Nous les trouverons, autant qu’il est permis de l’espérer, dans les deux faits qui vont suivre : Le premier se rapporte à une transmutation racon tée par Dippel, et qui eut lieu dans les Pays-Bas pen dant Fautomne de 1707. Se trouvant à Amsterdam, Dippel fit connaissance avec un adepte qui avait en sa possession la teinture rouge et blanche, mais qui avouait modestement ne pas savoir les préparer. Il prétendait les tenir d’un grand maître, avec ordre de faire des expériences publiques pour que chacun fût édifié sur la vérité de l’Alchimie. Or, voici comment Dippel le vit procé der. (4 suivre.)
¿37 ÉTUDE DU SYNDICALISME "> I. — L'accession de jour en jour plus grande de tout le peuple des prolétaires à une vie intellectuelle et sociale plus élevée, ne permet plus à notre bour geoisie capitaliste de fermer les oreilles à toutes ces voix qui montent d'en bas, en réclamant un peu plus d’égalité et de justice. Nul ne peut se désintéresser de ce grand problème du Capital et du Travail, qui met aux prises les deux plus grandes forces sociales, de même que nul ne peut se désintéresser du grand problème de la Science et de la Foi, ces deux grandes forces morales. Pendant bien des siècles, le travailleur manuel a été l’esclave, puis le serf. Ce n’est que lentement et pro- (i) Se reporter à La France vraie, St-Yves d’Alveydre, dont s’est inspiré cet article.
23« l’initiation gressivement que le laboureur et Partisan ont con quis l'affranchissement de la terre et de l’outil qui appartenaient au maître. Or, ce maître, aujourd’hui, n’est plus un seigneur féodal, il n’est même plus un bourgeois cossu, il est devenu impersonnel.
Par l’organisation du Crédit, par la dissémination de la richesse, le Capital, venu des points les plus divers de l’horizon social, est devenu par lui-même une puissance d’autant plus dominatrice qu’elle n’est accessible à aucun autre sentiment que celui de son intérêt.
Fruit de l’épargne, produit d’un travail accumulé et non dépensé, le Capital aurait eu droit à tout notre respect, si la spéculation dévergondée des ma nieurs et des marchands de crédit, si l’exploitation du paupérisme par tous les assoiffés de la richesse, si la reconstitution d’une véritable féodalité capitaliste, n’étaient venus fausser les ressorts de cet outil mer veilleux, mais qui ne pouvait être réellement social qu’à la condition de profiter d’une manière effective à tous les éléments dont se compose la société.
Et c’est cependant sur ce régime capitaliste que ♦ repose toute notre organisation sociale. Il tient dans les mains toute l’économie de notre vie collective. La loi est faite par lui ; il décrète la paix ou la guerre. A la moindre menace d’émigration, les gouverne ments les plus autoritaires tremblent et s’inclinent devant lui. Il est l’outil, l’instrument nécessaire de tout tra vail, de toute industrie, de tout négoce, de toute cul ture. Sans lui, la science de l’ingénieur, le talent de
ÉTUDE DU SYNDICALISME 289 l’inventeur demeureront stériles. 11 est devenu le vé ritable dieu de notre siècle de scepticisme. N’est-il pas toujours le Veau d’Or ! Mais voici qu’en face de lui s’est créée une force rivale, comme autrefois le tiers état devant la féoda lité nobiliaire. Cette force, d’abord amorphe et in consciente d’elle-même, s’est agglomérée peu à peu, s’est instruite, s’est sentie vivre.
Le régime républi cain sous lequel elle s'est développée et quelques lois de liberté, encore incomplètes, ont suffi pour per mettre à la masse des travailleurs desesentir les coudes et de se rendre compte de leur puissance, qui est celle du nombre.
Et pour continuer l’analogie, de même que, dès le milieu du dix-huitième siècle, on pouvait percevoir les sourds craquements du vieil édifice vermoulu qui allait écraser sous ses décombres l’ancienne monar chie française, de même à cette aurore du vingtième siècle on voit se dérouler tous les prodromes de la révolution sociale qui se prépare par tout un cortège de grèves et de répressions — avec d’un côté tous les protagonistes de la désagrégation sociale, de l’autre tous les revenants des âges disparus, — entre lesquels les apôtres de l’évolution, dont nous sommes, s'effor cent de trouver la formule la meilleure qui sans crise permettra de réconcilier la tête et les membres, le Capital et le Travail, sous l’égide de la Science, pour permettre à notre chère France, toujours fidèle à sa mission, de montrer aux nations rivales ou amies, mais souvent jalouses, qu’elle n’oublie pas son rôle d’éducatrice et de semeuse d’idées.
240 L'INITIATION Parmi toutes les questions intéressant les travail leurs, celle du syndicalisme est plus particulièrement à l’ordre du jour, c'est donc elle que nous allons aborder, en nous dégageant de tout esprit de parti, en nous plaçant au-dessus des préventions que la turbulence des syndiqués a pu faire naître chez les uns, comme aussi des espérances des autres qui ne peuvent devenir effectives qu’autant que ce nouvel organisme social ne deviendra pas un instrument d’oppression, comme il manifeste, hélas, trop de ten dances.
II. — Le syndicalisme a des bases profondes dans notre organisme national. N'étaient-ils pas en effet des syndiqués, ces construc teurs émérites du moyen âge qui ont élevé ces cathé drales restées des merveilles de l’art. N’étaient-ils pas groupés dans de véritables ateliers fort semblables à ceux de la franc-maçonnerie, ces apprentis, ces compagnons et ces maîtres qui pratiquaient l'art royal de tailler la pierre.
Le titre même de francs-maçons ne dérive-t-il pas des franchises qui furent données à ces ouvriers d’art qu’unissait la profonde fraternité du travail en commun.
Ils élevaient ensemble des temples effec tifs à la gloire du grand architecte de l’Univers, en même temps que dans leur travail d’enseignement mutuel, dans le secret de leurs loges, ils s’efforçaient de forger une humanité meilleure, une société nou velle qui n’a éclaté au grand jour que cinq et six siè cles plus tard. N’étaient-ils pas d’ailleurs les véritables
ÉTUDE DU SYNDICALISME 24! fils d’Hiram ces grands artistes restés inconnus, qui surent concevoir ces chefs-d’œuvre et en transmettre l’exécution quelquefois pendant des siècles à des dis ciples auxquels ils léguaient avec le premier maillet de leur loge les plans d’ensemble et de détail de ces grandioses basiliques.
N’étaient-ils pas également des syndiqués, tous ces artisans qu’un intérêt commun avait groupés en cor porations dès les onzième et douzième siècles au point que, dès le treizième, sous Louis XI, la royauté sentit le besoin de soumettre tous ces divers corps de mé tiers à une réglementation précise, dont la rédaction confiée à Etienne Boileau, prévôt des marchands de Paris, prit le nom de Livre des Métiers et fut approuvée par l’Assemblée générale des intéressés.
Ce Livre des Métiers n’était d’ailleurs que le re cueil des usages et des pratiques imposées et accep tées dans la plupart des villes de France, et il de vait donner aux associations corporatives dans les communes une place analogue à celle que les com munes occupaient dans le royaume.
D’autre part, il consacrait la charte de cette féodalité commer ciale et industrielle, qu'il ne déplaisait nullement au roi d’opposer à l’ombrageuse féodalité de sa no blesse. Avec sa belle devise : VinciLconcordia fratrum, cette première confédération du travail fut l’embryon de notre tiers état, puis de notre bourgeoisie, et elle aida puissamment à l'avènement du peuple par la place importante qu’elle sut prendre dans les états généraux.
l’initiation 242 Ces corps de métiers, qui portaient le nom de jurandes, n’avaient que des droits civils et des privi lèges industriels. La royauté, qui avait tremblé devant leur puissance lors de la prévôté d’Étienne Marcel, ne manqua pas de les soumettre progressivement à son absolutisme.
Il fallût bientôt acheter le droit au travail, et la création à prix d’argent de maîtrises, charges et offices fut la conséquence déplorable et tyrannique des agissements de la royauté. Les monopoles concédés à chaque association ouvrière étaient soigneusement circonscrits; ces cor porations, qui les exerçaient avec un soin jaloux et oppressif, constituaient une véritable oligarchie.
On ne devenait maître ouvrier qu’après avoir fait ses preuves et vidé sa bourse, les compagnons et les apprentis étaient maintenus dans une véritable servi tude avec de lourdes pénalités. Le commerce et l’industrie supportaient pénible ment ce régime d’oppression et d’exclusivisme. Dès 1776, Turgot faisait enregistrer au Parlement un édit supprimant les maîtrises et les jurandes.
C’est à l’Assemblée nationale qu’il appartintd’achever l’œuvre et de proclamer la liberté du travail. La loi des 2 et 17 mars 1791 abolit définitivement les corps de métiers, défendit leur rétablissement et décréta « qu’il était loisible à toute personne de faire tel négoce et d’exercer telle profession, art ou métier qu’il trouvera bon ».
C’est donc sous le souffle de la Révolution et avec un soupir de soulagement de toute la nation que disparut le régime monarchique des corporations
ÉTUDE DU SYNDICALISME 243 obligatoires. Rien ne le remplaça que la liberté du travail. III. — Les syndicats professionnels sont actuelle ment régis par la loi du 21 mars 1884. En abrogeant l’article 416 C. P., cette loi a tout d’abord établi le droit de grève, mais, en laissant subsister l’article 414, elle continue à garantir la liberté du travail pour les non-grévistes.
Elle a ensuite autorisé la libre constitution des syndicats professionnels sans autorisation gouverne mentale, mais en leur donnant exclusivement pour objet l’étude et la défense des intérêts économiques, industriels, commerciaux et agricoles. Le dépôt des statuts doit avoir lieu à la mairie, avec indication des noms des administrateurs ou directeurs qui doivent être Français et jouir de leurs droits civils.
Ces syn dicats ont la personnalité civile et peuvent librement se concerter et se grouper pour l’étude et la défense de leurs intérêts professionnels. L’observation des dispositions de la loi est sanctionnée par une amende contre les directeurs et administrateurs et par la dis solution de l’Association, qui ne petit être prononcée que par les tribunaux.
Cette législation est très similaire à celles de l’An gleterre, de la Suisse et de "l’Italie. En Angleterre toutefois, les fédérations de syndicats n’existent pas. C’est le Gouvernement qui s’est réservé le soin de centraliser le service des Trades Unions dans un office qui porte le nom de« Board of Trade». Les autres législations de l’Europe et de l’Amérique sont
LÌN1TIATI0N 244 bien moins libérales. En Allemagne et en AutricheHongrie le principe de la corporation obligatoire existe toujours avec la prééminence des patrons et la tutelle de l’Administration. Ce régime est encore plus rigoureux en Russie où les associations ouvrières, les grèves et les coalitions sont prohibées sous les peines les plus sévères.
En Espagne, les associations professionnelles jouis sent, depuis la loi du 3o juin 1887, de la personnalité civile. Dans chaque commune elles arrêtent et répar tissent la contribution annuelle des patentes. En Belgique l’article 20 de la constitution garantit le droit d’association des ouvriers, mais la personna lité civile de ces syndicats ne peut être concédée que par un acte gouvernemental.
Aux États-Unis la législation varie selon les États, elle est généralement très libérale. C'est le pays des Trustes, dont l’abus a provoqué une réaction qui a profondément influé récemment sur la politique inté rieure de la Grande République Américaine. IV. — Le parti ouvrier français a largement usé de la loi libérale de 1884. Il est aujourd'hui puissam ment organisé.
On peut dire sans crainte d’exagéra tion que sur presque toute l’étendue du pays ce ne sont plus les ouvriers qui subissent la loi des patrons; c’est bien plutôt le contraire. Et cela trop souvent au détriment de notre industrie nationale et de sa clien tèle mondiale qui va déclinant de jour en jour. Aveu glés biensouvent parles intérêtsimmédiats qu’ils veu lent satisfaire, les syndicats ouvriers ne se rendent
ÉTUDE DU SYNDICALISME 245 généralement pas assez compte de ce qu’est la loi de l’offre et de la demande. A vouloir sans cesse aug menter le salaire et diminuer la durée du travail, on risque d’aboutir à l’impossibilité de continuer la lutte avec l’étranger sur le terrain économique, lutte qui nécessite l’union étroite et féconde du capital et du travail — du patron et de l’ouvrier.
Les progrès considérables accomplis en chimie et en mécanique industrielles ont permissouventdes simplifications et des économies dans les procédés de fabrication — ou même la création de nouvelles industries ; cette évo lution a pu donner le change pendantquelque temps, mais la poussée qui en est résultée va nécessairement s’équilibrer.
Au surplus la machine et le perfection nement de l’outillage en diminuant le travail manuel de l'ouvrier, lui ont rendu plus accessible la connais sance de son art dans lequel il ne lui est plus aussi nécessaire de se perfectionner qu’autrefois. De là l’envahissement continuel des villes par les campa gnes et le délaissement de l'agriculture pour l’indus trie où de plus en plus il y aura pléthore de bras.
Les syndicats se défendent énergiquement, il est vrai, contre cette invasion des nouveaux venus qui le plus souvent commencent par être des jaunes. Gare aux ouvriers qui ne s’enrôlent pas sous leur bannière. Malheur au patron qui embauche un ouvrier libre. Il est vite mis en demeure de le congédier sous peine de mise à l’index.
L’ouvrier doit aujourd’hui passer parles fourches caudines du syndicat sous peine de crever de faim et le patron également sous peine de fermer boutique.
l’initiation 246 Ainsi dans bien des cas ces associations ouvrières, filles de la liberté du travail et instituées en son nom, sont devenues de véritables instruments d’oppres sion : habilement dirigées le plus souvent par de pseudo-ouvriers qui en vivent grassement, elle$ ont pris un pied important dans nos luttes politiques, dont elles devraient cependant rester exclues. Elles ont été l’appoint du succès dans bien des cas.
Grisées par la politique de surenchère dont on a trop souvent usé envers la classe ouvrière, elles se croient aujour d'hui les maîtresses de la situation. Le syndicalisme en effet a évolué lentement mais sûrement, sous le couvert de la loi de 1884. Force consciente, groupée autour de diverses corporations coalisées, il ne pouvait faire autrement que de pros pérer.
Après bien des sursauts et des luttes souvent ensanglantées, voici que cette puissance sociale, for mée des travailleurs réunis.en unions et fédérations groupés dans ses bourses du Travail, a fini par cons tituer son unité confédérale, dans sa confédération générale du Travail.
Comme toujours, dans le monde du prolétariat, c’est vers les plus violents qu’est portée la masse des travailleurs ; les syndicats jaunes ont vainement tenté d’enrayer le mouvement, les rouges les ont écrasés sous leur nombre. Ils réunissent aujourd’hui près de 1 million d'adhérents contre moins de 100.000 jaunes.
Leur but est la suppression ou toutau moins la transformation du salariat, leur moyen d’action de plus en plus avoué : la grève générale. Comme si l’arrêt de la vie économique d’une nation,
ÉTUDE DU SYNDICALISME 247 analogue à l’arrêt du cœur dans l’individu pouvait se produire sans entraîner, à brève échéance, la destruc tion du corps social et englober dans une même désagrégation tous les éléments dont il est composé, y compris la masse des travailleurs qui aurait pro voqué ce suicide national à la plus grande joie de nos voisins et rivaux, chez lesquels de pareilles théories anti-sociales sont encore loin d’avoir cours.
Quoi qu’il en soit, c’est l’État dans l’Etat qui vient de se créer, marchant d’abord parallèlement avec le Gouvernement Républicain ; puis le dépassant, puis prétendant le régenter, et n’hésitant pas, aux pre mières résistances, à menacer de tout détruire aux cris odieux de : A bas la République !
C’est ainsi qu’on a pu voir récemment, avec une profonde tristesse, la Confédération Générale de ces ouvriers faisant appel à des fonctionnaires etemployés de l’État oublieux de leurs devoirs, jeter en plein Paris, à l’Hippodrome, un cri de haine contre la République et la Franc-Maçonnerie, comme si ce n’étaient pas à elles qu’ils doivent leur émancipa tion, ainsi que leur droit de se réunir et de les cons puer !
Insensés, qui ne voient pas que ceux qui les pous sent sont les éternels ennemis de tout progrès n’ayant s plus d’espoir qu’en l'anarchie, pour la destruction de l’ordre de chose actuel.
Sans être parfait, n’estil pas encore ile meilleur instrument de liberté et de progrès qu’il ait été possible de réaliser jus qu’ici, instrument qu’il convient d’ailleurs d'améliol’initiation 248 rersans cesse pour réaliser ce problème difficile mais non insoluble de l’ordre, la discipline et l'économie » • dans l’Etat libre par la meilleure utilisation de toutes les énergies et de toutes les richesses de la nation.
V. — Faut-il, pour y parvenir, des mesures de rigueur et de répression, faut-il une nouvelle législa tion restreignant l’œuvre de liberté de la loi de 1884 ; faut-il notamment abroger ou modifier l’article 5 de cette loi autorisant les Unions de Syndicats ? Nous ne le pensons pas.
Ce serait là une œuvre de réaction, une œuvre de compression qui serait le plus sur moyen de pro voquer une explosion, dont les conséquences pour raient être des plus graves. Ce serait folie d’ailleurs de vouloir arrêter le mou vement syndicaliste ; il faut le canaliser, le dériver, l'utiliser, car il constitue une de nos meilleures forces nationales.
Il faut assimiler à notre organisme ce qu’il y a de bon dans les desiderata du parti ouvrier, et il faut rejeter définitivement les scories, qui ne pourraient qu'intoxiquer de plus en plus notre corps social.
Le Gouvernement actuel l’a d’ailleurs tellement compris qu'il a créé un ministère du Travail, duquel ressortissent toutes les œuvres de prévoyance sociale, certainement avec l’arrière-pensée d’associer de plus en plus le parti ouvrier au fonctionnement même des rouages gouvernementaux, sous lesquels, pen dant si longtemps, il a pu se considérer comme écrasé .’
ÉTUDE DU SYNDICALISME 24-9 Constituer dans notre chère France une véritaole République professionnelle permettant la production et l’écoulement du maximum de rendement de sa puissance économique avec la répartition la plus équitable entre tous les éléments constitutifs de cette richesse — travail,capital et talent ! Quel idéal, mais aussi quel problème !
VL — Nous n'avons pas, certes, l’outrecuidante prétention d’apporter ici des solutions toutes faites. Tout au plus nous permettrons-nous quelques réflexions. A côté des grosses questions à l’étude, retraites ouvrières, contrat collectif de travail, crédit au tra vail, il faut avoir le courage d’envisager dès à présent une transformation plus complète de notre organisme social.
Et pour y parvenir, il faut avant tout qu’à côté du pouvoir des gouvernants on établisse sur des bases stables et puissantes le pouvoir des gouvernés. Le suffrage universel, tel qu’il s’exerce, n’est qu’une des formes les plus atténuées de la souveraineté nationale, laquelle ne peut résider que dans la collec tivité de tous les citoyens.
L’électeur n’exerce en effet son droit de suffrage qu’au travers de tant de contingences qui en atté nuent la portée, qu’à peine manifeste-t-il les ten dances générales de ses opinions, et encore nous ne parlons ici que des votes réellement libres, et combien sont-ils ? Les gouvernants à notre époque ne forment-ils *pas
2So l’initiation déjà entre eux le plus puissant des syndicats qui s’impose aux gouvernés sous mille formes, adminis tratives, nationales, financières.
Chaque circonscrip tion électorale n’est-elle pas devenue un petit fief sou vent même héréditaire avec des vassaux, dont il suffit de connaître et de satisfaire les appétits à la faveur des prébendes et des faveurs gouvernemen tales, pour que la masse des serfs électoraux viennent déposer dans l’urne le bon bulletin officiel soigneu sement contrôlé d’ailleurs et qui ne va toujours pas au plus digne, mais trop souvent au plus intrigant.
D’autre part, l’électeur libre ne pourra fixer son choix qu’entre deux ou trois candidats dont aucun ne répondra exactement à l’ensemble de ses opinions ; ainsi protectionniste et radical, il aura à opter par exemple entre un radical libre-échangisle et un modéré protectionniste et sera dans l’obligation de sacrifier soit ses aspirations politiques, soit ses intérêts écono miques.
Un grave symptôme d’ailleurs se manifeste de plus en plus, c'est la lassitude électorale. Le plus grand nombre des intellectuels, qui devraient être les dirigeants, se désintéressent de la lutte ou s’en reti rent écœurés.
De là à sé désintéresser du régime et de la forme du Gouvernement il n’y a qu’un pas, alors surtout que les réformes nécessaires ne peuvent se réaliser qu’à la faveur de charges nouvelles et d’une transformation de notre régime impositaire qui va léser bien des intérêts. L’heure est donc grave pour notre République par lementaire. Le prolétariat monte et menace de nous
ÉTUDE DU SYNDICALISME 25 I engloutir; le cléricalisme agit dans l’ombre, coalisant tous les partis rétrogrades ; les haines de classes n’ont jamais été si vivaces ; la natalité diminue dans d’inquiétantes proportions; les charges s’accroissent sans cesse à l’heure même où l’agriculture, le com merce et l’industrie traversent des crises qui semblent de longue durée ; la mentalité française semble at teinte d'une crise de neurasthénie faite de lassitude et de désenchantement ; la conscience nationale elle-même semble fléchir et hésiter.
VIL — Sous notre ancienne monarchie, quand roi sentait la France en péril, il faisait appel aux états généraux Dans tous les baillagcs, chaque ordre se réunissait à part, chacun formulait ses desiderata ou les indi quait en cahiers, puis on envoyait des délégués aux états provinciaux.
Ceux-ci se réunissaient, prenaient connaissance des cahiers des baillages ; chacun des trois ordres discu tait à part les questions qu’ils soulevaient, presque toujours économiques, puis ces états formulaient leurs cahiers et nommaient leurs députés. Les états généraux réunis votaient alors les aides et subsides et n’hésitèrent pas dans bien des cas à faire au roi de respectueuses remontrances.
Les ca hiers que les états généraux laissaient derrière eux, constituaient la matière première dans laquelle s’éla boraient les réformes qu’édictait le roi et qu’enregis traient les parlements. Dans toutes nos grandes périodes de cris«10 natio *
252 i initiation nales, les états généraux ont sauvé la France jus qu’au jour où c’est un ordre de choses nouveau qui est sorti de leur sein en 1789. N’est-ce pas en effet des cahiers de 1789, inspirés le plus souvent du souffle des loges maçonniques d’alors, que sont sorties toutes les grandes réformes de la Révolution.
Lescent vingt années qui sesontécoulées depuis lors ont été pour la France comme pour le monde une époque de prodigieuse activité, dont chaque lustre équivalait à un des siècles passés. Ceux d'entre nous sur lesquels l’âge commence à s’apesantir ne peuvent, sans une profonde admiration pour le génie de l’homme, se reporter en arrière, aux souvenirs de leur enfance pour mesurer le chemin parcouru.
La noblesse et le clergé d’alors se sont fondus dans le flot populaire, mais les énergies nationales, dont ils étaient les dépositaires sous l’ancienne mo narchie séculaire des Francs, n’ont jamais cessé d’être, bien qu’elles aient évolué et se présentent à nous sous un autre aspect-avec d’autres représentants.
L'ancienne féodalité nobiliaire, où venaient se ca naliser toutes les énergies nationales, n’a-t-elle pas fait place à la nouvelle féodalité capitaliste, formée de l’ensemble de notre banque, de nos grands éta blissements de crédits, de nos grandes compagnies de chemins de fer, de nos grandes entreprises indus trielles, du haut commerce s’appuyant sur toute cette •armée d’actionnaires petits et grands qui sont venus
ÉTUDE DU SYNDICALISME 253 apporter à l’État et aux sociétés de toute nature, le fruit de leurs épargnes prélevé sur leur labeur, et aussi sur cette foule d’industriels et de commerçants de tous ordres, intermédiaires encore nécessaires entre le producteur et le consommateur L’ancien clergé, ouplus exactement l’ancienne dergie, auquel incombait la haute mission de façonner et dé diriger les consciences et les intelligences, mis sion qu’elle avait dénaturée pour s’en faire un ins trument de domination,n’a-t-il pas eu comme succes seur dans cette noble tâche cette Université qu’il s’est si longtemps efforcé d’asservir ?
Complètement laïcisée aujourd’hui, avec son cor tège de savants, de professeurs, d’étudiants et tous ceux qui sont sortis de son sein avec les diplômes de l’enseignement supérieur, cette Université ne cons titue-t-elle pas l’élite intellectuelle et morale de la France ?
Et le tiers état, tout ce peuple de contribuables qui peine et qui paye, ne s’est-il pas élargi lui aussi, n’englobe-t-il pas aujourd’hui l’ancienne bourgeoisie, mais toujours la masse des travailleurs et produc teurs de tout ordre, y compris l’ouvrier de l’usine et des champs, l'artisan, le cultivateur et même le pro létaire, qui n’échappe plus aujourd’hui aux mailles si serrées du fisc. * < * Voilà manifestement comment aujourd’hui dans la France nouvelle a évolué cet organisme des gouverl’initiation 254 nés aussi nécessaire au bon développement de noire vie nationale, que l’organisme des gouver nants, le seul qui ait réellement fonctionné depuis 120 ans.
C’est pour avoir méconnu la nécessité de leur col laboration que notre chère patrie est demeurée aussi longtemps stationnaire au milieu des lois, le plus souvent vieilles d’un siècle, et dont un grand nombre ne répondent plus à la transformation économique qui s'est produite pendant cette durée.
C’est pour l’avoir mécon nue, qu’elle n’a progressé que par à-coups, par des soubresauts, par des changements de régime, qui n’ont eu le plus souvent pour résultat que d’ame ner au pouvoir une nouvelle poussée de gouvernants, qui n’ont fait que reprendre les traditions de leurs prédécesseurs. — C’est pour l’avoir méconnue que nous voyons croître cette crise sociale, dont la ques tion du salariat n’est qu'une des faces. — C’est pour l’avoir méconnue que nous nous enlisons de plus en plus dans une fausse sécurité et dans un engourdis sement qui risquent de nous entraîner dans la plus terrible des tempêtes.
Aussi n’est-il que temps de recourir à une grande, à une véritable consultation nationale. — Il faut que la France, la vraie France, fasse entendre sa voix puissante, non pas dans la forme d’un plébiscite poli tique qui sera presque toujours l'instrument d’üne dictature, mais sous la forme d’une immense enquête méthodique, permettant la constitution de tous les cahiers des trois ordres — de l’élite intellectuelle, le cerveau national — de la toute-puissance économique
ÉTUDE DU SYNDICALISME 255 et capitaliste, le cœur national, d’où partent et où viennent aboutir tous ces globules rouges, d’écus et de louis d’or qui, sous la poussée du crédit, aspirent et refoulent la richesse pour la faire circuler dans toutes les artères et toutes les veines du pays — de la masse des travailleurs de tous ordres des campa gnes et des villes, de la terre et de l’usine, qui élabo rent lentement mais sûrement les éléments de cette richesse, comme l’estomac et les intestins élaborent les sucs de la digestion.
Tout est analogue dans la sont comme les individus : il nature, les nations faut, pour que leur santé se maintienne, que leurs organes s’équili brent et s'entr’aident en restant chacun dans leur fonction. VIII. —Nous voilà loin, semble-t-il,de la question du syndicalisme.
Erreur, nous sommes au cœur même du sujet. — Ce n’est en effet qu’à la faveur de la forme syndicale transformée et régularisée que pourra se produire sincèrement et puissamment cette grande manifestation nationale, d’où à la suite, souhaitons-le, d’une nouvelle nuit du 4 août, peut sortir une France républicaine/ régénérée, où tout sera remis à sa vraie place, dans laquelle la loi, pré parée par les cahiers des gouvernés et mûrie par une élite des trois ordres, deviendra la règle des gou vernants.
Pour préparer cette grande évolution, il faut tout d’abord que la nouvelle forme syndicale prenne la place des anciennes corporations dans la nation
2 56 l’initiation [septembre affranchie de toutes les servitudes qui pesaient et pèsent encore sur le travail.
Certes le travail doit être libre mais encore faut-il que pour s’exercer dans les conditions les meilleures il soit le plus parfait possible Il ne faut donc pas s’attarder exclusivement à la question du salariat pas plus qu’à celle du sort de ses invalides, il faut s’inquiéter de préparer le travailleur dès ses débuts, dès son apprentissage, dès son enfance.
C'est un devoir national que de façonner de bons ouvriers — c’est là qu’a été notre supériorité — c’est là qu’il faut la reconquérir. Lorsque le véritable ouvrier saura produire dans le minimum de durée un travail mieux exécuté, la ques tion aura fait un grand pas sous quelque forme que se produise sa rémunération.
11 faut donc multiplier les écoles professionnelles, qui devraient être organisées, surveillées, dirigées sous l’égide des syndicats dont elles formeraient les meil leures pépinières.
On ne peut en effet se désintéresser de la crise de l’apprentissage qui provient de ce que l’adolescent ne veut plus passer par cette étape cependant nécessaire, et entend s’instituer ouvrier dès que ses forces lui permettent d’en supporter le labeur, sans s’inquiéter de son degré de perfection dans l’art qu’il veut exercer. Vient ensuite la question de la répartition des gains du travail entre les ouvriers qui y ont collaboré. On a trop de tendances à vouloir unifier ces salai res. Il est nécessaire qu’ils restent proportionnels au
I 9°9j ÉTUDE DU SYNDICALISME 25; rendement de chaque ouvrier sans quoi il n’y aurait plus aucune émulation, par suite aucun progrès. Là encore le rôle des syndicats peut être grand, il doit être le contre-poids du droit du patron pour fixer les salaires.
Avec le contrat collectif de travail, le seul qui dans l'avenir puisse s’adapter à la grande industrie, il sera plus facile de trouver ce meilleur mode de répartition qui permettra, après les prélèvements nécessaires pour donner à chaque ouvrier le minimum lui permettant de vivre lui et les siens, de répartir le surplus à cha cun selon ses œuvres.
IX. — Mais où la mission des syndicats doit s’affirmer, c’est dans la préparation des lois ouvrières dans l’établissement de ces cahiers professionnels et sociaux dont nous parlions plus haut, analogues aux cahiers qu’élaborait autrefois le tiers état. C’est par en bas que doit s’organiser cette grande consultation nationale, sans même attendre que les gouvernements la provoquent.
Que dans chaque groupement ouvrier, que dans chaque syndicat agricole, commercial ou profession nel, y compris, bien entendu, ceux de fonctionnaires, on s’inquiète dès à présent de formuler ces desiderata, œuvre collective à laquelle chaque syndiqué devra collaborer en apportant sa pierre à l’édifice.
Les Unions dans chaque groupe feront l’œuvre de classement et de condensation qui nous donnera des cahiers généraux tantôt par région, tantôt par profes sion. 17
258 l’initiation Et puisque nous possédons un ministère du Travail, c’est là que doit se condenser cette grande consulta tion de la masse des travailleurs de tous ordres — plutôt que dans une confédération générale, néces sairement révolutionnaire, ne fût-ce que pour justifier sa raison d'être comme pouvoir dirigeant, obligatoi rement l’adversaire de tous les pouvoirs constitués quels qu’ils soient, qui ne subiraient pas sa domina tion.
La création de ce ministère — très analogue à ce qui existe déjà en Angleterre — permettra au surplus à brève échéance et sans secousse, nous l’espérons, de substituer à la confédération générale du travail des unions générales qui ne réuniront dans leur agglo mération que des travailleurs du même ordre et dont les représentants, véritables députés des travailleurs pourront former un grand Conseil du Travail, nouvel organisme à constituer, d’oû sortira, on peut le pré voir, tout un programme de réformes sagement pré parées, permettant l'évolution progressive de notre état social vers une République professionnelle, fille de notre République parlementaire qui n’est pas sans grandeur, et sous laquelle notre chère France saura retrouver un renouveau de prospérité, de vraie gloire et de rayonnement sur le monde. H. F.-.
Transfert de Maladie? Permettez-moi, mon cher directeur et maître, de vous signaler cette étrange *t absolument authentique anecdote qui donnera à réfléchir à certains diafoirus, niant, ex cathedra, les influences occultes des êtres eu des choses. M. Em. Fa... (entrepreneur de maçonnerie, bien connu à Montpellier) eut, voici quelques années, sa femme frappée par la fièvre typhoïde.
La maladie fit en quelques jours de tels ravages en la malade, de complexion robuste mais au tempérament lymphatico-sanguin, que les « illustres » professeurs de l’École de médecine Gr... et Gu..., appelés en consul tation et impuissants, déclarèrent au mari désespéré: « Votre femme est perdue, c’est une affaire de quelques heures », et se retirèrent... Deux sœurs garde-malades veillaient la mori bonde.
Elles prirent M. Fa... à part et lui dirent: « Puisque votre dame est perdue, voulez-vous nous laisser faire ce que nous allons vous dire... il nous faudrait trois à quatre crapauds... » C’était une heure du matin ! M. Fa..., sceptique, mais décidé à tenter l’impossible et jusqu’à l'absurde pour sauver sa femme, saute sur
2Ô0 l'initiation sa bicyclette et file à Castelnau, village voisin, où il savait qu’un de ses amis, jardinier, avait dans son jardin de ces animaux si utiles à l’agriculture. On leur donne la chasse etM... Fa. revient de suite à son logis avec les quatre précieux crapauds. Les deux garde-malades mettent aussitôt ces animaux dans une bassine et glissent celle-ci sous le lit de la malade qui râlait déjà...
Au bout d’une heure, la malade sortit du coma, soupira et balbutia : « Ah ! je vais mieux, la fièvre ne me brûle plus, comme avant. * Et elle absorba un peu de champagne... On retira les crapauds. Ils étaient morts et comme carbonisés... « tout noirs » me déclara M. Fa... La malade était sauvée. Quelques jours après une convalescence, extraordi nairement rapide, Mme Fa... remplissait ses fonctions de ménagère !...
Y a-t-il eu un transfert de maladie? Peut-être... Quoi qu'il en soit, la chose est à vérifier, à étudier (i) par les lecteurs de Y Initiation qui connaîtraient des personnes atteintes de la fièvre typhoïde et à toute extrémité. Sz non fa bueno, non fa malo... Bien cordialement à vous, mon cher directeur et maître.
Combes Léon. (i) Nous serions reconnaissants à nos lecteurs que cette ex périence salvatrice tenterait, de nous en faire connaître le ré sultat. Cette expérience doit se faire A l’insu du malade, pour évi ter toute suggestion. C. L.
TRANSFERT DE MA!.ADIE ?6i VISION A DISTANCE Un mot encore sur le cas de Mme Ea... Cette dame, je l’ai dit déjà, est d’un tempérament lymphatico-sanguin, ce qui ne la prédispose pas du tout aux phénonomènes méta-psychiques. Néanmoins, durant sa ter rible maladie, dans une période de dépression ner veuse qui suit les accès de fièvre, elle eut une vision à distance. C’était la nuit, tout était fermé chez elle.
La malade, dans son lit, éclairé par une veilleuse, semblait dormir, accablée. Soudain, elle se redresse, épouvantée : « Au voleur 1 au voleur !... » Son mari, crovant à un nouvel accès, cherche à la maîtriser, à la calmer, mais la malade : « Au voleur!
Vous ne voyez donc pas que les voleurs vont forcer la porte... ils sont dans le jardin... dans le jardin ! » En face en effet de l’immeuble habité par la malade se trouve un jardinet une villa appartenant à M. R..., alors en villégiature. Et la malade: Vite ! Vite! Allez ! Arrêtez-les... arrêtez-les... dans le jardin. » Et la malade, se dressant sur le lit, tend la main vers la fenêtre fer mée.
Le frère de M. Fa...sort immédiatement dans la rue avec des voisins avertis par lui et l’on s’empare d’un des voleurs qui était occupé en effet à forcer la porte de la villa, dans l’intérieur du jardin.
Il semble découler de ce fait que lorsque nous croyons nos malades anéantis sur leur couche et sous la violence du mal, leurs facultés psychiques se trouvent au con traire extraordinairement développées et que leur âme et leur corps astral à demi déliés par le mal du corps physique, le seul qui souffre, errent, parfois,
2Ô2 L’INITIATION assez loin du malade et assistent à des scènes qu’il leur serait impossible de voir ou d’entendre quand le corps est en pleine santé physique. Ce ne serait donc pas le corps matériel accablé, anéanti par le mal qui perçoit et enregistre toutes les sensations, ce serait le corps fluidique et anijnique par ses prolongements invisibles et cependant réels. Combes Léon.
PARTIE INITIATIQUE Celle partie est réservée à l exposé des idées de la Direction, des Membres du Comité de Rédaction et à la reproduction des classiques anciens. La reproduction des articles Inédits publiés par l'/ninafton es', formellement interdite, à moins d'autorisation spéciale. LA NAISSANCE 11 est quelque chose d’aussi grave que la Mort : la Naissance. La Vie est le sourire de la Nature ; la Naissance est le baiser qu'elle donne à l'âme humaine. Respect à la femme ; la présence réelle de la Nature est en elle. Ionah, la vertu plastique de la nature, l'habite et s’y plaît. Rouah, l’cspris, Tamour, descend du ciel se repo ser et se jouer dans son cœur ; le grand secret de la création lui sourit dans un enfant, lorsqu’une âme descendue en elle la regarde à travers des yeux. Immortelle après la mort, l’âme l’est avant sa nais sance. Par la Femme, dans l’état social, les ancêtres ren trent dans les générations« Évoqué à la vie sociale conformément aux Mys tères du Saint-Esprit et à ceux du Père, ou d’une ma nière profane, l’ancêtre immortel, qui va devenir l’enfant sujet à la mort physique, vient, à son temps marqué, là où il doit venir.
l’initiation 264 Pendant cette évocation, qui commence par un ver tige d’immoralité, selon son degré dans les hiérar chies psvcurgiques, l'âme quitte l'un de ses séjours cosmogoniques, et vient.
Invisible, mais sensible aux cœurs épris, elle hante doucement la femme qu’elle doit hanter, et durant neuf révolutions lunaires, noue ses effluves sidérales, par le sang et par l’âme de la mère, au corps terrestre, dont la première aspiration va l’engloutir. Ce nom d’âme, en français, est magnifiquement conforme au Verbe céleste. 11 est la racine même d’amour. Qu’est-ce que l’âme ?
Ouvrez avec les clefs voulues, le texte en hébreu du Sépher Bœreshith, du Livre des principes cosmogo niques, et, si Dieu le veut, la Science divine des sanctuaires égyptiens vous répondra par Moïse, et vous dira ce qu’est Aïsha, faculté volitive d’Aïsh. Un ancêtre vénéré a levé le premier voile du sens caché; mais pas plus que lui, je ne veux lever le second, si ce n’est en parlant, au second chapitre, du Mvstère des sexes et du nom de Jéhovah.
Voici tout ce que je puis dire pour le moment. Principe immortel de l’Existence, cause rayonnante à travers lecorps visible et lecorps invisible, lame est. La théurgie la trouve ; la psycurgie, qui est la science et l'art d’aimer et de vouloir, la prouve expé rimentalement. En physiologie, elle est la force qui anime et meut, attire ou repousse, élit ou élimine. La Naissance est donc grave; l’amour et les sexes
LA NAISSANCE 205 sont choses religieuses ; et rien n’est banal dans la Nature pas plus qu’en Dieu. La Naissance est la corporisation des âme$. Vous préexistiez à votre naissance, vous survivrez à votre trépas. C’est pourquoi, au nom de Moïse, au nom de Jésus et de Mahomet, debout ! Et écoutez !
Savoir, c’est se souvenir: souvenons-nous donc ensemble, A mes immortelles, qui, dans l’espèce ter restre, soupirez après le règne, céleste de l’homme, et voulez le divin de la vie. Dans les Mystères du Saint-Esprit est la science totale, l’art complet, l’amour parfait de la vie. Ils se révèlent dans l’aurore du jour, dans les yeux des fiancés et des époux, dans le sourire et les larmes de la maternité.
Penchez-vous sur ce berceau, orient de la Vie so ciale, tombeau cosmogonique de l’âme. Dans cetenfant palpite un Mystère du Saint-Esprit et de Vépouse du père.
Cet enfant est un ancêtre, une âme céleste dans une effigie terrestre, une immortalité qui vient se mortifier, se purifier dans la douleur, se parfaire dans l’épreuve, poursuivre, où et comme il faut, soit l’ex piation, soit l’élaboration, soit la mission, la création depuis des siècles commencées et reprises.
L'inégalité des conditions n’est donc, pour le sage, que ce qu’elle devrait être dans un état social parfait : l’échelle d’équité qui gradue les états psycurgiques, les nécessités indispensables aux âmes pour évertuer leur bonne volonté dans une sphère sociale corres pondante à celle de leur ciel.
266 l'initiation C'est pourquoi l'initiation graduée des sexes et des rangs est voulue par la Providence, afin que l’homme cesse de maudire le destin qui, le plus souvent, est la loi qu’a suscité sa volonté.
Mais, je le sais, la science seule ne peut éclairer vos âmes, et je vais demander à l’art un secret psycurgique, grâce auquel, doucement, les poètes de la Pro messe pourront par la suite les attirer et les entraîner dans le mouvement de la lumière du Saint-Esprit. Ainsi, celte âme est née au monde des effigies et des épreuves ; et elle en crie.
Son élément était le fluide céleste, la lumière inté rieure de l’univers, l’éther spiritueux, le dedans et l’endroit de la substance cosmogonique. La voilà à l’envers, au dehors, en pleine nuit. Elle ne voit plus son corps céleste : il s’éclipse. Elle en a perdu la science, la conscience, la vie réelle. Son intelligence se ferme, sa clairvoyance directe ne voit plus, son entendement n’entend plus, sa sensibilité psycurgique est partout accablée.
Entre elle et l’Univers s’interpose un obstacle ter rible, quelque chose d'obscur et délimitant, de courbe, d'obtus, d'âcre et de chaud, étrange composé qui bruit et fourmille, voile savamment et artistement tissé, replié sur lui-même et sur elle, dont toutes les contextures animées, images de l’Univers, en com munion précise avec Lui, figures des facultés de l’Ame, en conjonction substantielle et’spécifique avec elle, s’enlacent et l’enlacent dans les méandres tor tueux des organes et des viscères : c’est le corps. Si le corps crie, c’est que l’Ame souffre.
’la naissance 267 Elle veut fuir; mais elle retombe sous une irradia tion qui lui rappelle la Lumière vivante, Jonah, la substance céleste; c'est un baiser maternel. Parfois, il lui semble qu’elle est morte.
Elle se rap pelle comme dans un songe l’immensité de cette Lumière secrète où elle se baignait nue dans les tour billons resplendissants, les croupes, les vallons éthérésd’un astre aimé, sans atmosphère élémentaire, sans attraction physique, monde des essences, des arômes et des parfums de la Vie, d'où elle entendait monter et descendre les Harmonies et les Mélodies * intérieures des Temps et des Espaces, des Etres et des Choses, d'où elle s’élançait, frémissante, à la voix in time des bien-aimés et des bien-aimées, pourcon- » templer Shamaïm, l'Ether, la Mer azurée du Ciel, les îles, les flottes sidérales, les mouvements de leurs Génies animateurs et de leurs Puissances animatrices.
Comme un reflet d’étoile sur une eau qui frissonne, un souvenir tombe et tremble encore en elle de la grande réalité. Elle exhale encore la céleste ambroisie des Mystères éternels du Saint-Esprit ; et les effluves de l’autre Monde ne s’évaporent que lentement de sa balsamique essence que la Mère boit, respire et baise avec une ivresse étrange pour des profanes. Ne t’envole pas, doux reflet de l’Astre des Mases ! Immortelle, souviens-toi !
Elle croit les voir encore, les blanches, les divines, hommes • et femmes, déesses et dieux, diaphanes, lumineuses formes, types de la Beauté, calices de la Vérité, se mouvant, planant, s’enlaçant dans les ondes
268 l’initiation magiques du céleste Amour dans les communions éblouissantes de la Sapience.
Ne sont-ce point encore les Théories sacrées, les Poèmes vivants du Verbe occulte, les Hymnes des Pensées créatrices, les Symphonies des sentiments animateurs, les enseignements hiérarchiques des Cercles psycurgiques, le trouble saint des grands Mystères, les Dieux, rayon du Dieu dont la Lumière est l’ombre, le sillon lumineux, le vol aromal des Génies, des Envoyés, des Intelligences parfaites, des Esprits immortels, des Ames victorieuses et glorifiées.
O vertige ! là, n’est-ce point encore le quadruple cercle inférieur des âmes montant ou descendant, l’océan fluidique, étincelant, sur lequel passe la brise de l’Amour, dans le fond duquel crient la Naissance et la Mort. N’est-ce point encore?... Mais qu’allais-je dire? Que s'est-il donc passé ? Chante, fille des Dieux! »Ecoutez !
Un grand trouble, un vertige, un enivrement subit, une attraction douce et terrible, une incantation des Astres, un mot d'ordre, un cri de sphère en sphère, des adieux déchirants à la Vie supérieure, aux bienaimées, une prière, une cérémonie solennelle aux rites funèbres, une dernière étreinte, un dernier baiser, un serment de se souvenir et de revenir, un Génie aux pieds ailés qui prend l’immortelle et l’en traîne vers les gouffres, l’immensité d’en haut qui se ferme, celle d’en bas qui s'ouvre avec fracas, l’Océan tumultueux des Générations, abîmes d’Ames gagnant ou quittant la cime ou le fond de l’atmosphcre d'un
LA rsAISSANCE 269 autre astre, bataille électrique des passions et des instincts de la Terre... puis... quoi donc? C'est l’orbe de la Terre, c’est l’Océan métallique déroulant ses flux, enroulant ses reflux.
On traverse les tourbillons d’âmes qui s’élèvent ou s’abaissent, les unes diaphanes et pures, spiritualisées et légères, s’exhortant à vaincre celles qui s’opposent à gravir, dans la lumière, l’échelle des rayons célestes, à franchir la région des Nuées et des courants fluidiques, à gagner la Citadelle Ignée du Feu supérieur, les cercles de l’Ether; les autres, obscures et marbrées de tâches comme des peaux de fauves et de reptiles, souillées par les vices, enténébrées par les crimes, 9 matérialisées par l’instinct, allourdies par l’Egoïsme, impuissantes à briser les fleuves électriques de l’air, emportées par les Orages et les Vents, roulantloin de la barqued’Isisdansle puitsdémoniaquedel’Abîme,dans le vertigineux cône de ténèbres que laTerretraînedans les Cieux, criant dans le Silence, s’accrochant aux premières et essayant de les entraîner avec elles pour diminuer d’autant le poids épouvantable du Destin.
Qu’est-ce encore ? Souviens-toi ! Ce sont, dans l’Atmosphère, les Nuées, les grands Courants polaires, les souffles de l’Orient, les rafales de l’Occident, les fleuves aériens secouant l’écume des nuages, agitant leurs serpents électriques; c’est l’Océan inférieur de l’Air, avec ses quatre régions, celles des aigles, des grands migrateurs, des alouettes et des colombes. Dans celte dernière, commence le règne de la Sub stance plastique sur la Terre, avec ses quatre Nômes :
TJQ L’iNITIATION Minéral, Végétal, Animal, Hominal, et ses sept Tourbillons de Puissances génératrices et de Généra tion spécifiées.
Après les cirques et les amphithéâtres vertigineux des montagnes blanches, après la féerie éblouissante des Glaciers et des Abîmes, voici venir à l’infini les molles ondulations des collines vertes, l’écoulement écumeux des torrents, le serpentement écailleux des rivières et des fleuves métalliques, le balancement des Forets sonnantes, Fimmensité circulaire des cam pagnes herbeuses, où courent et se jouent des frissons.
C'est la Terre, l’une des mille Citadelles du Royaume de l'Homme, Fils immortel et mortel de Dieux-des-Dieux, c’est Démêter, c’est A dam ah, le monde des effigies et des Réalités physiques, l’Enfer, le Purgatoire, le Paradis, selon l’Ame qui s'incarne, selon l’Esprit qui règne dans la chair des Ames incar nées, selon la Foi, la Loi, les Mœurs de l’État-Social. • Voici les cercles de pierre des Métropoles, des Cités, des Villes et ces Villages, avec le bourdonne ment des voix d'airain qui, du haut des dômes et des clochers, scande et annonce, au-dessus du fracas des grandes eaux populaires, la Naissance et la mort.
L’Immortelle s’arrête brusquement ; s’attachant avec force à la clarté des Astres, elle mesure l’espace parcouru, la distance qui la sépare des Cieux : — « Grâce ! dit-elle à son Guide ! — « Courage! Tu l’as juré! Là-haut, la couronne de la Foi, là-bas ¡’Épreuve! » « • — Pardonne ! Oûi, j’ai peur ! Si, là-bas, j’allais ne plus pouvoir rassembler mes souvenirs !
LA NAISSANCE 27I — « Tu le pourras en rassemblant les Sciences.» » — Du moins, dis: dans quel Etat Social, dans quelle Race, dans quelle Nation, dans quel Foyer? — « Ici, répond le Guide ailé des Ames, ici, laGénéthliaque céleste indique la trame de ta destinée. » — Pour longtemps ? — « Jusqu’à l’accomplissement.» — O mon Génie ailé, quels sont ces chœurs d’Ames qui nous suivent ? — « Ce sont les Ancêtres qui te font cortège : car je vais remonter. » — Déjà?
Je me sens de nouveau défaillir ! — « Courage donc, Ame immortelle ! Je reviendrai si tu sais vouloir. » — Où suis-je ? Ciel, Terre, tout a disparu ; mais une attraction invincible m’enchaîne tout entière. — « Ame mortelle, voici ta Mère ! « Au nom de Dieu, au nom de la Nature, au nom d’Iod et de Hévah, voici ta patrie vivante ici-bas. « Sois unie à elle par toutes les Puissances magi ques de la Vie !
« Adieu ! » Elle se rappelle encore ses entretiens avec l'Ame maternelle, leur indivisible et mutuelle pénétration, leurs communions mystérieuses, pleines de souvenirs et d’espérances sur-terrestresKdouleurs et joies, fris sons, extases, musiques muettes, le lent enroulement des neuf cercles séléniques, l’incantation des épigénèses, puis... une souffrance cruciante terrible, une vapeur sulfureuse, un effluve ferrugineux montant brusquement des Gouffres ignés de la Terre, tourbilL'INITIAI (ON 272 lonnant, l'arrachant à i'Atlie (Maternelle, la clouant à un vide pneumatique, à un antre pulmonaire chaud, mouvant... un cri dans cet antre, dans cette effigie creuse et... le Souvenir rentre dans ses profondeurs avec les Innéités célestes.
11 ne reviendra plus que par la Science. O vous qui mettez votre honteux honneur à descendredu gorille, vous mériteriez de n’en pas remonter! Éloignez-vous de ce Mystère céleste ; laissez prier ici les femmes. Elles sauront dira au moins : « Notre Père qui êtes aux Cieux... » Vous, restez, Vierges, Epouses, Mères, Aîêules, Druidesses de l'Arbre de la Vie ; restez près de ce Gui vivant, priez l’Ancètre des Ancêtres.
Et sachez que si, dans le cercle des Générations, le Père donne le germe de l’effigie, le mouvement initial de l’Espèce, la Mère sa substance et la forme spéci fiée, contrairement aux âmes des animaux qui vien nent du Feu terrestre, l’Ame humaine vient du Ciel. r Appelez donc le Prêtre, pour qu’au nom de l’EtatSocial, l’Espèce humaine salue la Loi du Règne et l’ordre du Royaume. Quel prêtre, direz-vous?
Celui de votre Foi et de vos Mœurs sociales : pope, curé, pasteur, rabbin ou marabout. Faites accueillir solennellement ce nouveau-né. Car, en vérité, je vous le dis : la Naissance est chose aussi grave que la Mort, c’est un des Mystères qu’il fallait entr’ouvrir à vos yeux. Saint-Yves d’Alveydre.
53w PARTIE LITTÉRAIRE LES BAISERS INFAMES (i) Le baiser de l’hiérodoule (2). Sous les bosquets sacrés du temple d'Aphrodite Qui domine Corinthe au fastueux décor, Nikias, blond éphébe à l’allure interdite, S’approche en rougissant de la déesse d’or. < O Kupris Hétaïra, d’Akrés la favorite, Je viens te consacrer, quoique bien jeune encor, Mes charnelles amours selon le divin rite... Reçois donc de mes sens, vers toi, le prime essor. » ! Lors, des taillis ombreux où palpitent les roses, L’hiérodoule sort en pointant ses seins roses, Et dit : « Viens dans mes bras et tu seras aimé! Mon thalame est désert et douce en est la couche. > Et tout en l’entraînant, elle lui tend sa bouche, Où l’enfant, frémissant, se laisse choir, pâmé ! Combes Léon. ( i ) Extrait de Toute la lyre des baisers I (2) Les Baisers infâmes à travers les âges. 18
â74 LES BAISERS ANGÉLIQUES (,) Le baiser de la repentie. O Jésus, ô rabbi, baisse sur moi les yeux... Pitié... détache-les pour un instant des cieux; Ne meurs pas, sans avoir fait à la pauvre femme L’aumône d’un regard qui console son âme... > Et le Christ, se penchant pour faire ses adieux A la juive frôlant de ses cheveux soyeux Les pieds pâles cloués sur les planches infâmes Et d'où perlait le sang pourpre comme des flammes, Lui dit : « Ne pleure plus. Je vais enfin sous peu Rejoindre pour toujours au sein des cieux mon Père. Toi, chère Myriem, souviens-toi... prie., espère ! Et tandis qu’il parlait d’une voix presque éteinte, La sainte, enveloppant la croix dans une étreinte, Couvrait de ses baisers les pieds sanglants du Dieu I Combes Léon. (i) Extrait de Toute la lyre des baisers !
LES BAISERS DIVINS (j) Le baiser du génie. Des sphères de splendeurs et des Intelligences Où les dieux tout-puissants qui furent des humains Règlent des univers les sombres contingences En guidant, par les Cieux, l’âme sur ses chemins, L’un d'eux est descendu, projetant ses fulgences, Dans la nuit où gémit, grosse de ses demains, Notre terre, foyer de mésintelligences, Et vers un lit d’enfant a dirigé ses mains.
Ce berceau, dans lequel, en souriant sommeille Un frêle séraphin à la lèvre vermeille, Est humble parmi tous et sans soin superflu, Mais le dieu, dédaigneux de notre mortel faste, Se penchant sur l’enfant a mis^sur son front chaste Le sceau de son génie en un baiser d’élu ! Combes Léon. (i) Extrait de Toute ta lyre des baisers 1
>7€ ÉCOLE HERMÉTIQUE Les cours de l’École reprendront le lundi 18 octobre, i3 rue Séguier, à 9 heures du soir. Primes à nos abonnés L'abonné de l'initiation. — Ceux de nos abonnés qui ont pu constituer une collection assez étendue de notre revue ont toujours fait une bonne affaire. Ces collections ont, en effet, augmenté de prix, car presque tout notre tirage est épuisé, et l’abonné peut revendre à très bon compte les numéros qu’il possède.
Nous sommes assurés que la nouvelle série que nous commençons aujourd’hui aura encore plus de valeur. Primes à nos abonnes. — Mais nous voulons faire plus encore et nous allons exposer les diverses combinaisons qui nous permettent de donner gratuitement à nos abonnés anciens et nouveaux le moyen de retrouver le prix presque intégral de leur abonnement à condition de souscrire leur abonnement directement 4, rue de Furstenberg, Paris.
A cet effet, nous offrons, à nos nouveaux abonnés qui s'inscriront directement, 4, rue de Furstenberg, à Paris, deux sortes de primes à leur choix : soit dix francs de réduction sur des ouvrages de librairie, soit une consultation gratuite de chiromancie pour les abonnés de Paris et une consul tation de graphologie par correspondance pour les abonnés de province et de l’étranger.
Les deux genres de primes sont indépendants et l’abonné choisit soit les primes de librairie, soit les consultations sans pouvoir demander les deux à la fois. Primes de librairie.— Revue symbolique Hiram,collec tion de un an, 12 numéros, 1 fr. 25 au lieu de 3 francs, prime 1 fr. 75. Cl.de Saint-Martin, Tableau naturel, 3 francs au lieu de francs, prime 3 francs.
TIREZ LA LANGUE! 277 Jeanne d'Arc Victorieuse, de Saint-ï ves, 3 francs.au lieu de 5 francs, prime 2 francs. Lettres magiques, de Sédir, o tr. 5o au lieu de 1 ir. oo, prime 1 franc. Le nouvel ouvrage inédit de Saint-Yves d’Alveydre .
Moïse, saint Jean, les Patriarches,contenant une nouvelle traduction du Sepher de Moïse et de l’Évangile de saintJean d’après les clefs archéométriques, sera vendu, â l’apparition aux abonnés de l'initiation qui s’inscriront à cet e/Tet des maintenant : 8 francs au lieu de 10 francs, prime 2 francs. Enfin, les deux poèmes de Saint-Yves, Maternité royale et Ode à Alexandre III, seront donnés à 1 franc au lieu de 5 francs, soit prime 4 francs.
Toutes ces primes représentant une réduction de i3 fr. y5 seront envoyées à tous nos nouveaux abonnés et ils rece vront en même temps et tout à fait gratuitement une bro chure d’occultisme en même temps que leur premier numéro d’abonnement. Consultations. — Ceux qui choisiront les consultations en feront part à l’administration qui fera le nécessaire.
Anciens abonnés. — Les anciens abonnes qui ont sous crit avant le Ier juillet ont droit aux primesde librairie, mais non aux consultations. TIREZ LA LANGUE ! La glossomanie est une science qui permet de deviner le caractère des gens par l’inspection de leur langue.
Voici les résultats auxquels ont abouti les spécialistes de cette ctude pour le moins originale : Longue, la langue indique la franchise; courte, la dissi mulation; large, l’expansion\étroite, la concentration; longue et large, l’inconséquence; longue et étroite, une franchise modérée : on pense ce que l’on dit sans toutefois dire ce que li on pense; courte et large, bavardage et men songe: on parle beaucoup, mais on ne dit pas ce que l’on pense; courte et étroite, ruse et mensonge excessifs, impé nétrabilité et beaucoup de prudence : personnes toujours
l’initiation 278 prêtes à tromperetqui doivent inspirerune grande défiance; longue et large, la langue implique bavardage intense. Et voilà. C’est très bien, c'est très précis, mais quand on veut connaître le caractère d’une personne, le moyen, pour admirable qu'il soit, ne manque pas d'être assez difficile à appliquer. Tout le monde ne montre pas sa langue.
CES BONS CATHOLIQUES L’article suivant, que nous nous faisons un plaisir d’in sérer,montre le curieux état mental de ces bons catholiques. U ne Manœuvre Maçonnique à dévoiler. Nous nous faisons un plaisir immense de communiquer à nos lecteurs l’article suivant tiré de la Bastille.
Il mon trera clairement qu’au vu et au su des Maçons eux-mêmes le G. *.-O. *.de France.de célèbre et procédurière mémoire, n’est pas composé de rastaquouères, mais de gens bien mieux que cela, dont nous laissons la qualification à nos lecteurs : U Univers vient de publier sous la signature de M. Roger Duguet, un article où il signale une manœuvre maçonnique fort intéressante à démasquer.
Un grand nombre de publicistes catholiques ont reçu, en effet, ces temps derniers, avec une annotation destinée à éveiller leur attention, un numéro de la revue Hiramt organe du « Rite ancien et primitif de la Franc-Maçonne rie », dont les FF. *. 33e Papus et Teder (MM. Encausse et Détré) sont les chefs les plus connus.
Celte revue et la Puissance maçonnique dont elle est l'or gane, ont pour but apparent de discréditer le Grand Orient de France, contre lequel elles relèvent deux griefs princi paux : i° le Grand-Orient de France n’est p3S une puis sance maçonnique régulière, car il ne procède pas., en temps qu’origine, de la Maçonnerie primitive anglaise (antérieure aux constitutions de 1717); 20 le Grand-Orient de France est justement excorrjmunié par les Puissances maçonniques étrangères, parce qu’il a renié le culte du Grand ArchiCES BONS CATHOLIQUES 279 tecte de l’Univers (qui est supposé être l’essence même du dogme maçonnique).
Se basant sur ces deux faits, la revue Hiram, et le < Rite ancien et primitif » des FF.-. Papus et Teder ont déclaré une guerre incessante au Grand-Orient qu’ils poursuivent de leurs sarcasmes.
Un peu surpris de voir ces FF.-, se déchirer entre eux, et porter par surcroît leurs divisions à la connaissance des publicistes catholiques, M. Roger Duguet se demande s’il n’y a pas là quelque comédie maçonnique et il souhaite de voir « les spécialistes de \a Franc-Maçonnerie démasquée et de la Bastille tirer au clair ces histoires embrouillées à plaisir par les mensonges des Loges. — Papus ni Teder ne lui disant rien qui vaille ».
Nous remercions notre confrère de la confiancequ’il nous témoigne, et nous l'assurons qu’à la Bastille nous n’avons pas attendu la dernière manœuvre du F. *. Papus et de ses acolytes pour ouvrir les yeux sur le danger que présente leur mouvement.
II y a un an, notre Directeur consacrait à ce mouvement un important article à propos de la réunion à Paris du Ier Congrès de la Maçonnerie spiritualiste; et l’hiver der nier, le signataire de ces lignes faisait (au Groupe d’Études de Paris delà Ligue Française Antimaçonnique), une con férence de quelque importance sur les dessous de la cam pagne maçonnique dont les FF.-. Papus et Teder sont les meneurs.
Et tout d’abord signalons combien les prétextes de la campagne menée contre le Grand-Orient sont étranges. C’est une question singulièrement ardue que celle des origines maçonniques; /’Acacia, l’étudiant, constatait que les archives de la Maçonnerie sont « pleines de faux» (ce qui justifie assez la prudence dont nous faisons preuve en matière de documents maçonniques).
Si donc.il est impos sible au Grand-Orient de prouver qu’il se rattache à la Maçonnerie anglaise antérieure à 1717, il ne l’est pas moins au « Rite ancien et primitif » de prouver, en ce qui le con cerne, une filiation de ce genre. Sur ce point au moins, la grande querelle engagée n’est donc qu'un trompe-l’œil. Trompe-l’œil également la question du culte du Grand Architecte de l’Univers.
280 l’imtiation Le io septembre ¡894, au Convent du Grand-Orient, le F. *. Dequaire, rapporteur confidentiel de la « Commission des relations extérieures » et membre du Conseil de l’Ordre, confiaittrès secrètement que la « Grande Loge d’Angleterre» sur tous les points du globe, combat parallèlement avec le Grand-Orient de France pour le succès final de l’œuvre maçonnique universelle.
Les excommunications solen nelles lancées par la Grande-Loge contre le Grand-Orient n’étaient donc que des attrape-nigauds, destinés à faire croire à des dissensions profondes dans ce corps maçon nique qu’une volonté secrète amène toujours, malgré les inévitables rivalités intestines, à une action convergente sur les questions essentielles. Mais alors, si les griefs dont les FF.’.
Papus et Teder se font l’écho contre le Grand-Orient sont de façade pure, quelle préoccupation secrète dicte l’offensive bruyante, ostentatoire de ces FF.-, et de leurs amis contre les pontifes de la rue Cadet? Pourquoi rendre les catholiques specta teurs bénévoles de ce débat? C’est ce qu’il est facile de démêler pour quiconque a étudié la question maçonnique à la lumière de la raison et de l’histoire.
Il est dans la nature de la Maçonnerie d’user assez rapi dement les organismes dont elle se sert pour son œuvre de destruction; après quoi, elle les remplace par des orga nismes nouveaux qu’elle adapte aux nécessités nouvelles. C’est ainsi que l’on a vu, pour ne parler que des temps modernes, à l’illuminisme et au Martinisme première manière, succéder le Carbonarisme et la Haute-Vente.
Puis ces cénacles secrets se sont dissous pour faire place à d’autres groupements supra-maçonniques dont le rôle encore mystérieux aujourd’hui, sera, nous l’espérons, aussi connu un jour que celui de Weishaupt et de Nubius.
C’est de la même manière que l’envahissement maçon nique de la France ayant été réalisé, au dix-huitiéme siècle, par la Grande Loge, on substitua à celle-ci, quand • l’œuvre de la réparation révolutionnaire dut commencer, un organisme nouveau, recruté en vue de l’offensive vio lente : le Grand-Orient, qui prépara 1789 et 1793. Aujourd’hui, la nécessité d’une transformation analogue commence à apparaître aux chefs secrets de la FrancMaçonnerie.
CÊS BONS GXTHOtIQUES 28 I Le Grand-Orient, compromis dans mille scandales, est devenu, au vu et au su de chacun, une louche officine de mouchardage et de tripotages. Il s'est, en outre, lancé à corps perdu dans les luttes électorales : ce qui, sans doute, a permis l'établissement d'une législation sectaire, mais au prix de l'abandon des vieilles méthodes maçonniques d'hypocrisie et de dissimulation.
Maître de la France, le Grand-Orient règne donc, mais il est complètement dis crédite, et si le pouvoir venait à échapper à ses créatures, il serait presque impossible aux pontifes de la rue Cadet de remonter le courant du mépris public. Le Rite Écossais, moins actif en apparence, mais tout aussi pernicieux, a vu éclore lui aussi des scandales sans nombre. Le dernier en date est l’affaire Marix, qui n'est pas faite pour augmenter son lustre.
D’autres encore pourraient voir le jour prochainement, impossible donc de compter sur les hôtes delà rueRochechouart, pour donner le change à la France et recommencer la besogne sournoise et clas sique de tromperie maçonnique. Et cependant, la Maçonnerie occulte a impérieusement besoin d’égarer les catholiques, d’endormir leur vigilance, de leur cacher ses intentions !
De là la nécessité de faire naître une nouvelle organisation maçonnique qui répu diera bruyamment toute solidarité avec les Collègues dis crédités des FF.'. Lafferre et Blalin, qui les excommu niera même au nom des vrais principes de la Maçonnerie qui déclarera que ces principes ont été trahis par le GrandOrient et qu'il convient de les restaurer dans leur splen deur première...
Que cette querelle fasse assez de bruit pour retenir l’atten tion publique, que les antimaçons qui jouent le rôle d’éclai reurs en tête de l’armée catholique manquent de vigilance, et le résultat cherché sera atteint : La France comptera une Maçonnerie nouvelle, soi-disant spiritualiste, soi-disant étrangère à la politique et respectueuse des convictions religieuses, qui sera prèle demain, quand le Grand-Orient aura achevé sa tâche de destruction brutale, à se substituer à lui et à bercer la crédulité des infortunés catholiques d’une nouvelle et assoupissante chanson de tolérance et d’impartialité religieuse. C’est cette manœuvre — que prévoyaient tous ceux qui
282 l’initiation ont fait de la question maçonnique une étude raisonnée — que le « Rite ancien et primitif de la Franc-Maçonnerie » des FF.’. Papus et Teder, semble destiné à accomplir. Sa campagne contre le Grand-Orient, qu’il accuse d’avoir trahi les principes (!) de la Franc-Maçonnerie en versant dans l’athéisme et l’intolérance, est destinée à donner le change à nos amis.
Voilà la raison de ces envois faits par la revue Hiram aux publicistes catholiques, envois qui ont éveillé la légitime méfiance de notre confrère Duguet, de l'Univers. La campagne de la prétendue Maçonnerie spiritualiste a, d'ailleurs, une ampleur que notre confrère ne soupçonne point, et bien d’autres personnages que les FF.'. Papus et Teder s'apprêtent à entrer en scène.
Nous n’en voulons pour preuve que la série d’articles que M. Jean d’Orsay commence dans le Matin sous le titre « ('Angoisse reli gieuse ». Spirites, théosophes. occultistes, néo-gnostiques. etc., vont défiler dans ces articles et y exposer leurs dogmes par la plume, en apparence impartiale, du repor ter.
Le but, que nous connaissons d’avance, est de propo ser aux catholiques ces doctrines de mort comme des alliées naturelles de leur foi parce que spiritualistes. En réalité, le catholicisme n’a pas de pire ennemi que ce pullulement de sectes occultes dont les adeptes s'insinuent sournoisement dans son sein, y font par le mensonge, des recrues très nombreuses, et préparent, à l’aide de ces recrues, les hérésies de demain.
Bien des déviations, incom préhensibles en apparence, dans certains mouvements catholiques qui débutèrent de façon très louable, seront expliquées le jour où sera rendu public le rôle qu’y ont joué les adeptes secrets de telle secte spirite ou théosophique.
Que notre confrère de L Univers se rassure, d’ailleurs. Les « spécialistes de la question maçonnique », comme il les appelle fort bien, ont l’œil ouvert sur les menées sou terraines de l’ennemi. La Ligue Française Antimaçon nique s’est déjà beaucoup occupée, l’année dernière, des cheminements de termites plus ou moins «spiritualistes» qui sont en cause.
Si elle n’aime pas à faire étalage de sa vigilance, cette dernière n’en est pas moins en éveil. Nous pouvons en àssurer, par exemple, le haut et puisBIBLIOGRAPHIE 283 sant maçon occultiste qui vient de faire en Russie un voyage qui pourrait bien avoir pour conséquence une pro chaine recrudescence d'activité des révolutionnaires russes... Flavien Brenier.
SOLOVIOFF Monsieur, Dans le np 9 de l'initiation (juin 1909), dans l’article de M. Jean Siprel, il y a une erreur. Il est dit que Wladimir Solovioff s’appelle’en russe i Wsiowolod.La vérité est qu’il y avait deux frères Solovioff —écrivains et publicistes tous les deux, qui s’appelaient — l’un Wladimir et l’autre Wsiéwolod.
Celui dont parle M. Siprel est effectivement Wladimir, nom qui est en russe le même qu’en français, ce qui n’est pas étonnant, puisque c’est un nom tout à fait russe. En vous priant de m’excuser pour mon importunité pour si peu de chose, je vous prie, Monsieur, de recevoir mes salutations empressées. N. Marcovitch. (Souscripteur à l’initiation.) Saint-Pétersbourg, 5,'18 juillet 1909.
BIBLIOGRAPHIE Ceux de nos FF. *, qui connaissent l’anglais seront heu reux d’apprendre qu’un livre nouveau dû à la plume autosée de 1’111. *. F. *. John Yarker, 33e—90e-Q7e vient de paraître sous le titre The Arcane Schools : Les Ecoles ésotériques.
C’est une étude complète de l’origine et de l’antiquité de ces écoles et à cette étude précieuse est jointe une histoire généralede la Franc-Maçonnerie et de ses relations avec les mystères théosophiques scientifiques et philosophiques. La science profonde et la haute érudition de 1’111. *. F. *.
John Yarker sont trop connues du monde maçonnique savant, pour qu’il soit besoin de recommander l’œuvre de notre ami. On souscrit chez M. W. Tait, éditeur, 3, Wellington Park Avenue, à Belfast (Irlande).
l’1N1T1AT10N 284 Jacques Bpieu, la Philosophie et la Métaphysique sontelles mortes ?broch. in-8 carré chez fauteur, 1 franc.
Dans une étude récente sur la philosophie en France, l’éminent philosophe M. Boutroux constate qu’« une mul titude de sciences distinctes et autonomes : psychologie, sociologie, logique des sciences, histoire de la philoso phie », se substituent indûment à la philosophie générale et doublent inutilement la science et il conclut qu’il n’y a plus de philosophie générale, plus de métaphysique. M. J.
Brieu lui répond que la Philosophie et la Méta physique ne sont pas mortes, que, quarante ans aupa ravant, Strada avait fait la même constatation que M. Bou troux et démontré que la métaphysique doit avoir pour objet l’étude des propriétés des antinomies à l'état géné ral, dit abstrait.
L’auteur fait voir ensuite que la métaphysique est la véritable science générale, que, par elle, se fera V unité du savoir et qu’unie à la Science des correspondances — trait d’union des sciences occultes, — elle réalisera la synthèse générale des sciences.
M. Brieu se propose d’ailleurs de démontrer ultérieure ment, que la science des correspondances, fondée sur l’analogie universelle, est étroitement unie à la métaphy sique et d’exposer les lois fondamentales des antinomies, dont relèvent toutes les sciences.
Le Progrès universel (anciennement l'Auréole], re vue scientifique, philosophique, sociologique et littéraire, ouverte à tous (rédaction et administration : 84, rue SaintLouis-en-l’Ile, Paris ; abonnement annuel : France, 6 francs, Union postale, 7 francs), organise, dans son numéro du 5 septembre, un Grand Tournoi médical auquel il con vie à prendre part deux champions : un représentant de la Médecine officielle et un défenseur de la Doctrine homéopathiste.
Le Progrès universel accordera la préséance au premier champion de chacune des deux écoles qui se .présentera pour relever le défi. Les lecteurs du Progrès universel seront les seuls juges de ce combat d’un nouveau genre, et une médaille commémorative sera décernée à celui des deux adversaires qu’ils proclameront vainqueur.
BIBLIOGRAPHIE 285 Le Progrès universel paraît le 5 de chaque mois. Un numéro spécimen sera adressé franco à toute personne qui en fera la demande à la direction. Les Annales des Sciences psychiques publient dans leur numéro du ier au 10 août, une étude que nous re commandons spécialement à nos lecteurs sur la Matériali sation avec des clichés des plus intéressants. GARDEZ-VOUS DES ROMANICHELS ET DES BOHÉMIENS.
Pour les éviter et les éloigner, apprenez à lire leur lan gage secret et à reconnaître les signes cabalistiques quils tracent sur les murs de vos maisons qui vous sont dévoilés par le Texte et par l'image La Vie à la Campagne. Voici l’automne, et avec ses longues soirées la reprise de ces caravanes équivoques de Bohémiens, de Chemi neaux et de Romanichels dont les campements, à proxi mité des villages, ont quelque chose d’inquiétant.
Sans feu ni lieu, vanniers, rétameurs, rempailleurs de chaises, montreurs d’ours, diseurs de bonne aventure, mé tiers qu’ils adoptent pour mieux cacher leurs rapines, les éternels errants mettent en coupe réglée les produits de la Basse-Cour, des Champs, des jardins et des Bois, quand ce n’est que cela. C’est une Dîme forcée, perçue dans nos Campagnes.
Ils forment entre eux une grande association secrète et indiquent à ceux qui les doivent suivre dans les pays, par des signes tracés sur les murs des habitations, ce qu’ils peuvent obtenir des habitants.
Tel signe indique s’il y a un chien de garde, tel autre qu’il faut craindre la gendarmerie ou le garde champêtre, tel autre encore qu’il n’y a que des femmes dans la mai son et qu’on peut tout exiger, etc., etc. D’après ces signes, qu’il est utile de connaître, ils opèrent ou se gardent d’en trer.
C’est pourquoi, La Vie à la Campagne, toujours soucieuse de renseigner pratiquement ses lecteurs, a fait photographier ces hiéroglyphes .modernes, qu’elle repro duit dans son numéro spécial d’automne consacré plus spécialement à LA CHASSE.
En même temps que cet article, vous lirez avec profit ceux consacrés à la Chasse par les plus qualifiés des spécialistes et vous ferez enca286 l'initiation drer pour orner votre demeure les superbes reproductions des tableaux de Chasse que donne ce numéro. (En vente chez les libraires» marchands de journaux, bibliothèques des gares et chez Hachette et Cie, prix i fr. 5o.) Docteur Encausse. — Les Mystères de l’au-delà.
Le Docteur Papus soulève un coin du voile A PROPOS DE LA MORT DU BARYTON LASSALLE Tous les cénacles que préoccupent les mystères de l’audelà discutent en ce moment à perte de vue — de double vue, — pourrait-on dire — sur le douloureux incident qui s’est produit au moment de la mort de J. Lassalle, l’an cien artiste de l’Opéra.
Lassalle, depuis longtemps, était atteint d’une incurable maladie, et ne se faisait aucune illusion sur le sort qui l’attendait. Il y a quinze jours, il fit appeler son fils à son chevet : — Un pressentiment m’obsède, lui dit-il. Mon père est mort la veille du soir où j’ai débuté à l’Opéra. On me dit que tu vas débuter. 11 en sera pour toi comme pour moi jadis... Tu apprendras que je suis mort la veille, presque à l’heure où tu chanteras.
La prédiction de Lassalle s'est exactement réalisée et il est mort à l’heure où son fils entrait en scène au Kursaal d'Ostende !
LA DOUBLE VUE — Quelle explication scientifique pouvez-vous donner de ce phénomène ? ai-je demandé au docteur Papus, que j’ai surpris ce matin au débotté, alors qu’il revenait d’un voyage à Tours et se préparait à repartir dans l’Est. — D’explication scientifique ? répliqua-t-il en souriant, je ne saurais vous en donner. On ne nous considère pas encore comme des < scienti fiques » et nous nous contentons de rester en marge de la < science » I...
Ce que je puis vous dire c’est que la coïncidence frap pante constatée parle fils de M. Lassalle n’a rien qui puisse étonner. Elle rentre dans l’ordre des phénomènes télépa thiques qui, maintes et maintes fois, ont été vérifiés. — Encore faudrait-H les exposer aux profanes!
BIBLIOGRAPHIE 287 — Il faudrait des volumes et des volumes! répliqua le docteur Papus, et cela nous entraînerait trop loin. Je me bornerai donc à des généralités qui se rapportent au cas que vous êtes venu me soumettre. Il existe autour de nous une atmosphère invisible dans laquelle ce qui va nous arriver est graphié sous forme d’images.
A l’état habituel, nous n’apercevons que fort ra rement ces images et elles ne se présentent à nous que sous forme de rêve — ce sont alors des songes prophé tiques ; mais sous l’influence d’une cause quelconque, maladie grave ou excitant les perceptions de l’invisible, elles peuvent être beaucoup plus nettes.
M. Lassalle, par exemple, dont le cerveau était excité par la maladie, a eu l’intuition — parce que c'était écrit et parce qu’il avait senti passer l’image graphiée de sa fin — a eu l’intuition, vous dis-je, qu'il mourrait au moment même où, pour la première fois, son fils se produirait en public. Le cas attire l’attention parce qu’il concerne une per sonnalité parisienne, mais soyez persuadé qu’il se repro duit très souvent.
Flammarion, dans le livre qu’il a con sacré à l’élude de ces phénomènes télépathiques, ne cite pas moins de 2.000 cas contrôlés. A chaque instant nous sommes touchés par ces sortes de « dépêches télépathiques » de l'invisible, mais la plu part du temps, comme elles sont extrêmement fugitives, nous ne nous en apercevons pas.
Certains sujets ayant, au contraire, des dispositions spé ciales, enregistrent ces manifestations de l’au-delà lors qu’ils sont en état de somnambulisme.
Ce sont des « voyants » qui lisent plus ou moins clairement dans l’avenir et nous annoncent des faits qui peuvent ou non se réaliser, car il nous est toujours loisible de les modifier par d’autres influences. — Parmi les phénomènes contrôlés, poursuivit le doc teur Papus, je vous citerai ^histoire de ce passager qui se trouvait à bord d’un navire perdu au milieu de l’Océan.
11 se couche désespéré dans sa cabine et il rêve qu’il est transporté à bord d’un autre navire et qu’il parle au capi taine : « — Venez vile, lui dit-il. A droite ! à droite il y a un bateau à sauver. >
288 l’initiation Puis il sc réveille... Deux ou trois heures plus tard le bateau en perdition est sauvé effectivement par un navire venu à son secours et le capitaine reconnaît dans le passager un homme qui lui était apparu et lui avait annoncé « qu’à droite il y avait un navire en danger ». Sans hésitation il avait modi fié sa route et avait pu ainsi venir au secours du bateau perdu. Ces faits ont été consignés officiellement.
LA RÉINCARNATION — Pour en revenir à M. Lassalle, dis-je au docteur Papus avant de prendre congé, vous n’expliquerez pas com ment la coïncidence de la mort du grand-père a pu se ré péter à la mort du père ?... — Ce que vous appelez une « coïncidence » s’explique très bien, répliqua-t-il. Nous croyons qu’on revient sur terre et nous croyons même qu’on peut y revenir tout de suite après la mort.
Il n’y a rien d’impossible, par exemple, à ce qu’un grandpère se réincarne dans le fils de son fils et que le petit-fils, par conséquent, ne soit que le grand-père revenu sur terre. Le « cliché » peut ainsi sc répéter indéfiniment... et ainsi s’explique la parole du Christ: Vous sere^ punis jusqu'à la septième génération. Le docteur Papus s’arrêta brusquement : — N’insistez pas là-dessus, me dit-il.
Les vaudevillistes seraient capables de s’emparer de l’idée et il est certaines choses avec lesquelles on ne doit pas plaisanter. Félix /‘n'ÇfciÉNiER. I Le Gérant : Encaussk. Paris. — Imprimerie E. Arrault et Cie, 9, rue N. D.-de-Lorette