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L’Initiation Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÉS MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE 84" * VOLUME. — 22« a UNEE SOMMAIRE DU N° 11 (Août 1909) Aux Lecteurs de l’initiation (p. 97 à 101) . La Direction. PARTIE PHILOSOPHIQUE La.Pétrothérapie occulte (p. 102 à 129). . . C. B. Les Instruments Magiques anciens (p.- i3o à 134) . . . ■ . . ’...............• E.-l. Ferdar. Quatre causeries sur l'Hermétisme (p. i35 A i 36) . .....................
Une Démoniaque en 1908 (p. 13j à 144) . . Jules Causit Une Affaire intéressante (p. ¿43 A 146) . . Combes Léon. PARTIE INITIATIQUE Orphée et les Orphiques,(suitè) (p. 147 à 159). Comhes Léon.. Lés Sexes cl T Amour, (p. 160 à 170) . . , Saint *! vetd’Alveydre. Le Magnétisme du Globe (fin) (p. 171 à 178). Capitaine Bruck. PARTIE LITTÉRAIRE Cheyalier du Christ, poésie (p. 179 à 180). . E. Amey. Les Baisers divins, poésie (p. 181 à i83) .
Combes Léon. Lés Esprits dans la ferme. — École pratique de magnétisme et de massage. — Congrès international de psychologia expèrvrrefais — Librairie du Magnétisme. Tout ce qui concerne la Rédaction et les Échanges doit être pjresr 5, rué de Savoie. à Paris-VIe. Téléphone — ¿16-09 Tout ce qui concerne TAdministration : ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO, ANNONCES doit être adressé à la
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l'essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n'ont abouti qu'à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des. forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés dçs résultats de leurs propres expériences» letf Matérialistes en arrivent à les nier. L'Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent : Dans la Solenoe, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques der expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par U découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous'les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l'Occulte, la Physique e>t le Métaphysique.
Au point de vue social, l'initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et.quittent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sovi toutes leurs formes ainsi ¿¡ue la misère,.
Enfin l'initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l'Inde. L'Initiation expose les opinions de toutes les écoles,, mais n'appartient exclusivement à aucune. Elle compte,, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie (Exotèrique) expose aux lectrices ces ques tions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. ' La seconde partie {Philosophique et Scientifique} s’adresse à' tous les gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie de là Revue (Initiatique) contient, les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. * ‘ L*/hi/idZion paraît régulièrement à la fin de chaque mois et compte'déjà vingrpnnées d’etisxepcè, ■— •. m frsnct par an. • (Les collections Je* huit première*
37 Aux lecteurs de l’INITIATION Depuis plus de vingt ans l'initiation paraît régu lièrement tous les mois et cette revue, quoique tech nique, a pu maintenir jusqu’à présent son existence et le caractère particulier de son enseignement.
Mais tout évolue et le moment nous semble venu d’essayer d’aborder un nouveau public, tout en main tenant à nos anciens abonnés les avantages qu’ils pouvaient retirer de la lecture de cette revue et en leur en offrant de nouveaux. Nous allons exposer le pro gramme de notre nouveau cycle d’action et nous espérons qu’il sera favorablement accueilli par nos fidèles lecteurs.
Administration. — Notre ami Durvilleest surmené par l’extension de l'Enseignement magnétique et ses recherches personnelles. Aussi avons-nous convenu, d’un commun accord, de redonner à l'initiation son autonomie administrative. A dater de ce numéro, notre. Revue sera administrée par l’Édition, 4, rue de Furstenberg, Paris. Cette nouvé/Je administration 7
98 l’iniuat»on [Août nous permettra un sérieux effort dp nouvelle propa gande. Rédaction. — Nous allons augmenter les gravures et en donner une au moins par numéro. Cela nous per mettra de reproduire les vieux talismans, les anciens pantacles et les symboles traditionnels de l'occulte. Enfin, cela nous permettra d'intéresser un plus grand nombre de lecteurs.
De plus, nous allons commencer une petite révolu tion dans le monde des écrivains de l’Occulte en rémunérant une partie de nos rédacteurs. Nous ouvri rons nos colonnes à des rédacteurs payés et nous mettrons au concours les sujets d'articles pouvant intéresser davantage nos lecteurs. Nous avons en réserve plusieurs ouvrages raris simes copiés dans les bibliothèques et nous les publie rons à leur tour.
L'abonné de iInitiation. — Ceux de nos abonnés qui ont pu constituer une collection assez étendue de ♦ notre revue ont toujours fait une bonne affaire. Ces collections ont,en effet, augmenté de prix, car presque tout notre tirage est épuisé, et l’abonné peut revendre à très bon compte-les numéros qu’il possède. Nous sommes assurés que la nouvelle série que nous com mençons aujourd’hui aura encore plus de valeur.
Primes à nos abonnés. — Mais nous voulons faire plus encore et nous allons exposer les diverses com binaisons qui nous permettent de donner gratuite ment à nos abonnés anciens et nouveaux le moyen de retrouver le prix presque intégral de leur abonne ment.-
19091 AUX LECTEURS DE « L’iNITIATION » 99 A cet effet, nous offrons à nos nouveaux abonnés qui s’inscriront directement, 4, rue de Furstenberg, à Paris, deux sortes de primes à leur choix : soit dix francs de réduction sur des ouvrages de librairie, soit une consultation gratuite de chiromancie pour les abonnés de Paris et une consultation de grapholo gie par correspondance pour les abonnés de province et de l’étranger.
Les deux genres déprimés sont indé pendants et l’abonné choisit soit les primes de librai rie, soit les consultations sans pouvoir demander les deux à la fois. Primes de librairie. — Revue symbolique Hiram, collection de un an, 12 numéros, 1 fr. 25 au lieu de 3 francs, prime 1 fr. 75. Cl. de Saint-Martin, tableau naturel, 3 francs au lieu de 6 francs, prime 3 francs. L’Homme de désir, 3 francs, au lieu de 6 francs, prime 3 francs.
Le nouvel ouvrage inédit de Saint-Yves d’Alveydre, Moïse, saint Jean, les Patriarches contenant une nouvelle traduction du Sepherde Moïse et de l’Evan gile de saint Jean d’après les clefs archéométriques, sera vendu à l’apparition aux abonnés de T Initiation qui s’inscriront à cet effet dès maintenant : 8 francs, au lieu de 10 francs, prime 2 francs.
Enfin, les deux poèmes "de Saint-Yves, Éternité royale, et Ode à Alexandre III\ seront donnés à 1 franc au lieu de 5 francs, soit prime 4 francs. Toutes ces primes représentant une réduction de i3 fr. 75 seront envoyées à tous nos nouveaux abon nés et ils recevront en même temps et tout à fait gra100 l’initiation tuitement une brochure d’occultisme en même temps que leur premier numéro d’abonnement.
Consultations. — Ceux qui choisiront les consulta tions en feront part à l’administration qui fera le nécessaire. Anciens abonnés. — Les anciens abonnés qui ont souscrit avant le ier juillet ont droit aux primes de librairie, mais non aux consultations. Nos articles. — Les lecteurs ont pu voir que notre ami Combes Léon était nommé secrétaire de la Rédaction.
Nous avons organisé nos services de rédac tion de manière à publier dans le cours de cette nou velle année les notes inédites de Saint-Yves d’Alveydre et des Études sur son archéomètre, qui sont du plus haut intérêt. Les conférences de Papus seront également résu mées ou sténographiées dans I Initiation.
Les sociétés. —L’Initiation est l’organe officiel des sociétés d’occultisme et des fraternités initiatiques dont les noms suivent : L'Ordre martiniste comprenant des délégués et des loges dans tous les pays avec direction à Paris. L'Ordre kabbalistique de la Rose Croix. En cor respondance avec les Sociétés de Rose Croix d'Angle terre et d’Allemagne et réservé aux Martinistes ayant plusieurs années de grade dans l’Ordre.
Le Rite ancien et primitif de la franc-maçonnerie, Chapitre et temple Inri. Le Rite national espagnol. Loge symbolique Hu manidad (ces dernières ont aussi la Revue Hiram comme organe officiel.)
AUX LECTEURS DE « L’iNITIATION » 101 On voit par ce qui précède que notre revue va faire les plus grands efforts pour se tenir à la hauteur de l’évolution rapide du spiritualisme, nous comptons sur l’aide de tous nos lecteurs pour augmenter autant que possible le nombre déjà considérable de nos abonnés. La Rédaction.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Celte partie est ouverte aux écrivains de toute Ecole, sans aucune distinction, et chacun d'eux conserve la responsabilité exclusive de ses idées. La Pétrothérapie Occulte Nous n'avons pas la prétention de présenter ici un traité complet sur les pierres magiques, nous voulons simplement exposer des faits se rattachant à la méde cine occulte des pierres en général, à seule fin de constituer ainsi les premiers éléments d’une pétro thérapie occulte : Notre méthode se divisera en deux parties : i° Un aperçu sommaire de l’histoire des pierres magiques; 2° Exposé des documents et matériaux. 11 ne serait pas sans intérêt de suivre l’histoire des gemmes à travers celle de l’humanité depuis l’éphod d’Aaron jusqu'à la croix pastorale de Mgr l'arche vêque de Paris ; depuis les offrandes de rubis, de saphirs, d’émeraude, de diamants, de topazes, de sardoine, d’améthyste, d’escarboucles, de pierres d’ai mant dans les temples de Jupiter et des autres divi nités païennes, jusqu’aux richesses de même nature qui, avant le seizième siècle, s’étaient accumulées dans ce qu'on appelait le trésor des basiliques chrétiennes. Parmi les documents anciens que nous possédons sur les pierres précieuses, nous citerons d’abord ceux que renferme la Bible.
LA PETROTHERAPIE OCCULTE Iq3 /\ diverses reprises, ce livre extraordinaire fait men tion des pierres précieuses; mais ce qu’il nous fournit de plus remarquable, à ce point de vue, c'est la des cription du pectoral du grand prêtre Aaron. Cet orne ment portait douze pierres précieuses, dont chacune était dédiée à l’une des douze tribus d’Israël. 15.
Tu feras aussi le pectoral du jugement, d’ou vrage de broderie, comme l’ouvrage de l'éphod, d’or, d'hyacinte, d’écarlate, de cramoisi et de fin lin retors. 16. Il sera carré et double ; sa longueur sera d’une paume, et sa largeur d’une paume. 17. Et tu feras son remplage de pierreries à quatre rangs de pierres. Au premier rang, on mettra une sardoine, une topaze, une émeraude ; 18. Au second rang, une escarbouclc, un saphir et un jaspe ; 19.
Au troisième rang, un ligure, une agate et une améthyste ; 20. Et au quatrième rang, un chrysolithe, un onyx et un béril, qui seront enchâssés dans de l’or, selon leur remplage. 21. Et il y aura de ces pierres selon les noms des enfants d’Israël, douze selon leurs noms ; on gravera sur chacune d’elles, de gravure de cachet, un nom, et elles seront pour les douze tribus.
Voici, d’après la Kabbale, les douze grands noms de Dieu qui étaient gravés sur les douze pierres du rational (1). (1) Pour le symbolisme et les correspondances des pierres précieuses avec les mois et les jours de l’année, voir le livre très documenté de M. Saintini de Rîols, les Pierres magiques (Chacornac).
l’initiation 104 Melek (Roi). — Sur la sardoine. Gomel (Rétribuant). — Sur la topaze. Adar (Magnifique). — Sur l’Émeraude. Eloah (Dieu fort). — Sur l’escarboucle. Hain (Fontaine. œil). — Sur le saphir. Elchai (Dieu vivant). — Sur le jaspe. Elohim (Le Dieu fort). — Sur le ligure. El (Fort). — Sur l’agathe. Iaho (Dieu). —Sur l’améthyste. Ischgob (Père très haut). — Sur la chrysolithe. Adonai (le Seigneur). — Sur l’onyx.
Ihovah (Je suis celui qui suis). — Sur le béryl. On rencontre dans les livres de Job quelques no tions de métallurgie et les noms de quatre pierres pré cieuses. Ce sont là des faits à citer, mais qui ne justi fient nullement l'opinion des interprètes, qui ont voulu voir dans Job un grand métallurgiste, et qui n’ont pas craint de présenter les livres qu’on lui attri bue comme une école de physique (1).
On retrouve encore dans la Bible les noms d’un certain nombre de pierres précieuses, les unes en pre nant ce mot dans un sens moderne, les autres au moins assez rares, mais dont la correspondance avec les pierres actuelles n’a pu être établie d’une façon bien certaine. 11 faut citer d’abord la pierre dabir(\\i\, ajoutée plus tard au rational du grand prêtre, était, selon toute probabilité, analogue à celles qui s’y trou vait déjà.
On rencontre ensuite la pierre abel ou abela. sur laquelle on déposa l’arche, après qu’elle eût été (1) L. Dieulefait, Diamants et Pierres précieuses.
LA PETROTHERAPIE OCCULTE I o5 rendue par les Philistins ; la pierredeTop ou Tophis, qui lançait du feu, la pierre de Moïse, d’où sortit l’eau dans le désert et que le P. Roxo dit sérieuse ment exister dans l’église de Saint-Marc, à Venise, la pierre betyle sur laquelle dormit Jacob.
Dès les premiers temps de son appparition sur la terre, l’homme a été sujet à la maladie et à la mort : c’est-à-dire que la médecine est aussi ancienne que l'humanité. Il est vraisemblable que les premiers médicaments ont été empruntés au règne végétal, et plus tard au règne animal. Quant aux substances minérales, on ne songea à les employer en médecine que beaucoup plus tard.
C’est seulement, en effet, quelques années après la prise de Troie, qu’on vit apparaître les pre miers essais de médecine empirique, dans lesquels figurent des produits minéraux. On avait cru remar quer que certaines terres, généralement alumineuses, administrées de diverses façons, produisaient sur les malades des effets salutaires, ce qui, dans certains cas, pouvait être vrai.
On confectionna, avec ces terres, des bols qu’on vendait sous des noms divers, mais rappelant, en général, le lieu d’origine. L’idée fit son chemin, et l’emploi de ces bols prit une exten sion considérable. Ce fut alors que les prêtres des différentes divinités, qui savaient si bien exploiter l’ignorance publique au profit de leur influence et de leurs intérêts, s’emparèrent de la fabrication et de la vente exclusive de ces bols. Pour atteindre plus sûrement leur but, ils appo sèrent un cachet spécial sur ces bols pendant qu’ils
io6 l’initiation étaient encore malléables. C’est de ià qu'est venue l'expression de terre sigillée {sigillum^ cachet), appli quée à ces substances qui se trouvent encore aujour d’hui dans la plupart des pharmacies. L'une des plus célèbres était la terre de Lemnos, vendue par les » prêtres du temple d’Ephèse, et qui était marquée du sceau de la déesse Diane, une chèvre.
Aussitôt que les minéraux furent compris dans la classe des médicaments, ils acquirent une grande importance. Aussi, est-ce surtout dans les écrits des médecins qu’on rencontre, à partir de l’époque dont nous parlons, les documents les plus utiles sur les minéraux et les pierres précieuses en particulier.
A côté de la minéralogie sacrée des Hébreux, de la minéralogie poétique, de la minéralogie médicale, il faut placer la minéralogie astronomique, dont l'ori gine remonte aux Chaldéens. Le Maure Abolays nous a laissé le catalogue de pierres connues de cette nation. Elles étaient, en supprimant les redites, au nombre de 325.
L’ou vrage d’Abolays, traduit par Jehuda Alosca, vers le milieu du treizième siècle, nous montre ces 32 5 pierres réparties entre.les douze signes du zodiaque, suivant les rapports que l’on supposait exister entre les différentes pierres et chacune des constellations. Plus tard, une seule pierre fut plus spécialement consacrée à chaque signe du zodiaque, et, par suite, à chaque mois de l’année.
Comme ces différentes pierres sacrées avaient, pour leur possesseur, une foule de propriétés bien faisantes pendant que la constellation à laquelle elles
LA PÉTROTHÉBAPIE OCCULTE 107 appartenaient se montrait sur l’horizon, on trouva un moyen bien simple de rendre cette action perma nente. On prit les douze pierres sacrées et on les dis posa toutes dans une amulette ou talisman. De cette façon, celui qui la portait était toujours sûr d'avoir avec lui la pierre sacrée correspondante à la constellation visible, quelle que fût l’époque de l'année.
Il est infiniment probable qu’il faut chercher dans les douze pierre du pectoral du grand prêtre d’Israël l’origine de cette tradition. Les Juifs croyaient que le jour d’une de leurs fêtes, quand le grand prêtre demandait au Très-Haut la remise des péchés de toute la nation, si le pardon était accordé, certaines pierres sacrées paraissaient très brillantes, tandis que, si le pardon était refusé, elles devenaient noires.
Dans les poèmes d’Orphée, attribués aussi à Onomancrite et qui, dans tous les cas, remonte à 450 ans avant Jésus-Christ, on trouve déjà la preuve que les Grecs attribuaient aux pierres précieuses des pro priétés magiques. Dans le siècle suivant, Platon, dont la vaste intelli gence embrassa tant d’idées supérieures, fut amené à examiner l’origine des pierres précieuses.
Il admit que, véritables êtres vivants, elles étaient produites par une espèce de fermentation déterminée par l’ac tion d’un esprit vivifiant descendant des étoiles. Il décrivit le diamant, qu’il distinguait déjà des autres pierres précieuses, comme étant un noyau formé dans l’or, et supposa que c’était la partie la plus
io8 l’initiation noble et la plus pure qui s’était condensée en une masse transparente. Théophraste, disciple d'Aristote, a écrit un traité sur les pierres, dont une partie seulement nous est parvenue. Malgré les lacunes considérables qu'il présente et dont les unes sont l'œuvre du temps, et les autres dues à l’auteur, on voit figurer dans Théo phraste un certain nombre de substances minérales importantes inconnues jusqu’à lui.
On trouve aussi dans cet écrivain une idée qui, prise en soi, est tout a fait singulière ; il divise les pierres en deux catégories : les pierres mâles et les femelles; mais en se reportant à ce que nous avons dit plus haut, il n'y a là rien qui ne soit en harmonie avec les idées générales des anciens.
Dioscoride nous intéresse vivement, puisque c’est lui qui a surtout développé cette idée que les pierres précieuses possèdent une multitude de vertus secrètes, idée admise sans contestation par tous ses successeurs jusqu'à une époque très rapprochée de nous, et qu’on trouve même encore aujourd’hui répandue parmi les habitants des régions monta gneuses de l’Espagne et de l’Arabie.
Mais peu d’années après Dioscoride, nous voyons apparaître une œuvre hors de toute comparaison avec ce qu’on avait fait jusque-là VHistoire naturelle de Pline. Dans cette œuvre, l’une des plus précieuses que nous ait léguées l’antiquité, on trouve un cha pitre exclusivement consacré aux pierres précieuses. Nous aurons l’occasion d'y revenir dans le courant de cet article.
LA PETROTHERAPIE OCCULTE IO9 A partir de Pline, il faut franchir dix siècles et arriver aux Arabes pour voir apparaître des docu ments nouveaux sur les minéraux et les pierres précieuses. C’est dans les écrits de Gerbert et d’Avicenne qu’on les rencontre tout d’abord. Ce dernier acquit, de son vivant, une réputation immense, et, bien quelle fût due autant à son savoirfaire qu’à sa science, elle se maintint sans rivale pendant plusieurs siècles.
On trouve dans les écrits d’Avicenne un traité sur les pierres qui renferme des résultats d’une grande importance. Le chapitre consacré à l’origine des montagnes mérite surtout d etre signalé.
C’est là, en effet, que le savant arabe, tout en con servant la forme hypothétique, expose avec une gran deur de vue et une clarté extraordinaires, la théorie des soulèvements, celle du neptunisme, du pluto nisme et le mode de formation des alluvions, en devançant ainsi de huit siècles les résultats de la science moderne. Deux cents ans après Avicenne apparut l’une des plus grandes figures du moyen âge, Albert le Grand.
Parmi les immenses travaux que nous devons directement à cet homme de génie, ou du moins à son initiative et à sa direction, il faut citer ici un Traité des minéraux, dont le chimiste Dumas a dit : « Ce qui caractérise le traité De Rebus métallicis, c’est l'exposition savante, précise et souvent élé gante des opinions des anciens ou de celle des Arabes ; c’est leur discussion raisonnée où se décèle
l’initiation I 10 l’écrivain exercé en même temps que l’observateur attentif. » C’est dans ce traité qu’Albert le Grand s’occupe des pierres précieuses. Tout en faisant une part considérable aux propriétés extraordinaires de ces belles productions il fait connaître avec soin un certain nombre d’entre elles et indique des méthodes permettant d’obtenir plusieurs pierres précieuses fausses.
Une autre grande gloire du moyen âge, l’ami et le disciple d’Albert le Grand, saint Thomas d’Aquin, dont les prodigieux travaux surpassent encore en étendue ceux de son maître, a écrit un traité de la nature des minéraux dans lequel on rencontre quel ques passages très curieux, notamment sur la fabrica tion artificielle des pierres précieuses.
Au seuil de la renaissance, nous dit Dieulafait, dans son livre sur les Pierres précieusesy à qui nous empruntons ces détails, on trouve un homme singu lier, Jérôme Cardan (né en i5oi), qui nous fournit de précieuses indications.
Plusieurs ouvrages de Car dan, publiés après sa mort, renferment certainement une foule de choses bien extraordinaires; mais dans son traité de la Subtilité que nous avons étudié avec soin, on trouve beaucoup d'idées qui attestent chez leur auteur une grande intelligence et, sous des dehors bonhomme, une véritable sagacité.
Cardan désigne sous le nom générique de pierres gemmes toutes pierres brillantes, et réserve le nom de pierre précieuse pour celles qui sont rares et de petites dimensions.
Il divise ensuite les pierres précieuses en trois classes : i° celles qui sont brillantes, et transpaLA PÉTROTHERAPIE OCCULTE I I I rentes, le diamant; 2° celles gui sont opaques comme l’onyx; 3° celles qui sont formées par la réunion des deux précédentes, comme le jaspe, etc. C’est, à très peu de choses près, la classification employée parCaire trois siècles après Cardan.
D’après notre auteur, les pierres précieuses sont engendrées par les sucs qui distillent des pierres dans les cavités des rochers « de la même manière que l’enfant est engendré du sang maternel ». Le diamant, l’éme raude, l'opale procèdent de l’or, le saphir de l’argent, l’escarboucle, l’améthyste, le grenat, du fer. Cardan énumère ensuite les défauts que peuvent présenter les pierres précieuses, et à ce sujet il fait une réflexion remarquable.
Dans les pierres précieuses, dit-il, les défauts sont en réalité moins communs que dans les animaux et les végétaux, et cependant elles semblent plus rare ment que ces derniers en être dépourvues. C’est que les défauts sont d’autant plus apparents dans les pierres précieuses qu’elles sont plus brillantes et plus rares.
La même raison fait que les hommes savants nous paraissent avoir plus de vices que le commun des mortels; mais c’est là une illusion et une erreur. La splendeur de leurs noms et l’éclat de leur renom mée rendent seulement leurs défauts beaucoup plus apparents, tandis que le populaire ignorant dissimule ses vices à la faveur de son obscurité.
Il faut remarquer que Cardan, qui avait mené la vie la plus désordonnée, défendait surtout sa propre cause en défendant celle des savants en général. On admettait encore complètement, au temps de Cardan,
l’initiation I\t que les pierres précieuses étaient des êtres vivants. « Et non seulement les pierres précieuses vivent, mais elles souffrent la maladie, la vieillesse et la mort. » Plus tard Jean Corbichon, en 1372, traduira, sur l’ordre de Charles V, le traité de Barthélemy de Glanville De proprietatibus rerum. Le médecin Cl.
Fabré au seizième, Bœtius de Boot au dix-septième, Lemery au dix-huitième siècle et d’autres ne dédaigneront pas de s’occuper et de se préoccuper des facultés des gemmes. Rabelais dans son Pantagruel désigne les pierres précieuses attribuées par les Chaldécns aux sept pla nètes du ciel et employées à la construction des colonnes qui soutiennent le temple de la dive Bou teille.
« La premièrecolomnesçavoirest, celle laquelle à l'entrée du temple s’objectoit à nostre veue, estoit de saphir azuré et celeste. « La seconde, de hyacinthe, naïfvement Ja couleur 'avec lettre grecque A 1 en divers lieux) représentant de celle fleur en laquelle fut d’Ajax le sang colérique convertv. * « La tierce, de diamant anachite brillant et resplen dissant comme foudre'.
« La quarte, de rubis ballay, masculin, et amethistizant, de manière que sa flamme et lueur finissoiten pourpre et violet, comme est l’amethiste. « La quinte, d'émeraude, pluscinqcens fois magni fique qu’onques ne fut celle de Serapis dedans le labyrinte des Œgvptiens, plus floride et plus luisante que n’estoient celles qu’en lieu des yeux on avoit
LA PÉTROTHÉRAPIE OCCULTE n3 apposé a lion marbrin gisant près le tombeau du roy Hermias. La sexte, d agathe plus joyeuse et variante en dis tinctions de macules et couleurs que ne fut celle que tant chere tenoit Pyrrhus, roy des Epirotes.
« La septiesme, de selenite transparente, en blan cheur de Berylle, avec resplendeur comme miel hymetian, et dedans y appoissoit la lune, en figure et mouvement telle quelle est au ciel, pleine, silente, croissante, ou décroissante. » {Pantagruel, liv. V, chap. XLI1.) Enfin, d’autres auteurs non moins autorisés ont parlé des pierres précieuses et de leurs vertus occultes en général ; nous aurons recours à leur lumière quand il y aura lieu.
Il faut citer Arnault de Villeneuve, Ray mond Lulle, Paul deCanotanto, Isaacle Hollandais, Albert de Bollstadt, Van Helmont, etc. La Sardoine. Propriété magique de la sardoine : donne la chance.
La sardoine s'enchâsse dor ; le dessin à graver : un aigle; planète: Mercure ; zodiaque: Cancer, La sardoine ou carnéole (couleur de chair) est une pierre demi-opaque qui, selon Pline, aurait été en grand usage chez les anciens, pour en faire des cachets, mais la cire ne s’y àttachait pas. La poudre de sardoine, dit Corbichon, « prise dans du vin austère et clairet, descharge et corrige les dents sales, y estant frottée.
On dict qu elle esguise l’esprit, qu’elle dissipe les mauvais songes et résiste à la malignité de l’onyx. C’est sottise de dire avec Car8
l’initiation 114 dan qu'elle rend victorieux ceux qui plaident et riches quand on la porte. La sardoine « boute hors luxure cestuy qui la porte et le fait chaste et humble », dit Anselme Boece de Boot. La sardoine est propre pour arrêter le sang et les cours de ventre, étant pulvérisée et prise intérieure ment. La dose en est depuis un scrupule jusqu’à un dragme. La Topaze. Procure la sympathie ; dessin : un faucon, zodia que : Balance.
En amour : La topaze est le symbole de l’amour vrai et désintéressé. La topaze, ou chrysopare, ou chrysoprase est favo rable aux mortels qui vont faire des sacrifices, dit Orphée. Le poème d’Orphée, De Lapidibus, a surtout pour but de démontrer l’utilité des antidotes ; il cite les pierres précieuses réputées comme telles ; il recom mande toujours de les donner en poudre dans un vin généreux.
Dans ce poème, Théodomas, fils de Priam, explique à Orphée les propriétés des pierres. Il énumère celles, entre autres, de la topaze, de l’opale, de l’émeraude, de l’aimant, du chrysolite, du rubis, etc. Le trouba dour Pierre des Bonifaces, très versé dans les choses de la magie, a fait un poème provençal sur la vertu des pierres précieuses.
On y lit, entre autres, que la topaze « restreinct l’ire et la luxure, que le béril fait énamourer et que le grenat donne contentement et joie ». La topaze est bonne « contre frénésie et contre la
LA PÉTROTHÉRAPIE OCCULTE ll5 mort soubdaine ». Les Arabes en font un remède souverain contre la jaunisse et les affections bilieuses. Si on tient dans la main la pierre de topaze, etqu’ensuite on la mette dans l’eau, elle la fera sortir toute sur-le-champ ; cette pierre prend son nom d’une île du même nom, ou parce quelle ressemble à l’or.
Il y en a de deux sortes ; celle qui est semblable à l’or est la plus précieuse, et l’autre qui a la couleur jau nâtre est la moins estimée. Un de nos frères a expé rimenté depuis peu, à Paris, qu’étant mise dans de l’eau bouillante, elle la fait couler aussitôt. La topaze est aussi fort bonne pour les hémorroïdes.
« Si tu veux acquérir sapience et fuyr folie, dit également Albert le Grand, prens une pierre nommée chrysolite ou topaze, et est de ceste couleur.
Icelle, mise en l’or, oste folie et donne sapience ; il faict fuyr tous phantosmes ; il faict l’homme moult sage, et vaut contre crainte et tremeur. » « Ses vertussont aussi singulières,ditRobert de Berquen, si elles sont vrayes, caron tient que, comme elle est froide de sa nature, que non seulement elle rafraîchit la peau, mais qu’elle restraint le sang des playes ; qu'elle appaise la colère, labile et la phrénesie; mesme qu’elle dissipe les frayeurs nocturnes et les accès lunaticques.
Et que si une femme ou un homme la porte à la main gauche, qu’elle les préser vera de la sensualité. Lemery nous ditenfin :« Topa- \iusy chrysolithus, chrysopatius est une pierre pré cieuse diaphane, de couleur verdâtre mêlée d’un peu de jaune, jettant des rayons dorez et verdâtres ; cette pierre se polit aisément avec la lime ; il y en a de
116 l’initiation deux espèces ; une Orientale et l’autre Occidentale. La première est la plus dure, la plus belle et la plus estimée, on nous l'apporte d’Arabie, d’Ethyopie, des environs de la mer Rouge; on dit qu’elle naît avec l’albâtre : quelques-uns prétendentque c’est la matrice de l'émeraude : à cause que ces deux pierres pré cieuses approchent en couleur l’une de l'autre.
« Les topazes sont propres pour arrêter les cours de ventres et les hémorragies, étant broyées et données par la bouche: la dose en est depuis demi-scrupule usqu’à demi-dragme. On tient que Topasius est le nom d'une Isle de la mer Rouge d’où l’on tiroit au trefois cette pierre. » L'émeraude. Planète: Vénus ; zodiaque : Taureau ; dessin à graver: un étourneau. Elle fortifie la vue, protège la chasteté.
Pierre des vierges, emblème des premières amours. L’émeraude, si estimée à notre époque, ne l'était pas moins des anciens. Voici en quels termes Pline parle de cette belle pierre : « Il n'est point de couleur plus agréable à l’œil que celle de l’émeraude.
Car quoique l’on prenne un grand plaisir à considérer la verdeur des herbes et des feuilles, on en goûte infiniment davantage à contem pler les émeraudes, parce qu’il n’est pas de verdeur qui approche de la leur. De plus, elles sont les seules pierreries qui contentent la vue sans la lasser. Et même lorsque les yeux sont affaiblis pour avoir regardé at tentivement quelque chose, la vue d’une émeraude
LA PETROTHÉRAPIE OCCULTE H7 les soulage et les fortifie. Les lapidaires n’ont rien qui récrée plus agréablement leurs yeux fatigués que la douce verdeur de cette pierre. Elle ne perd jamais son lustre ni au soleil, ni à l’ombre, ni aux lumières artificielles. Elle brille continuellement quoique dou cement.
Le livre d’Esther nous montre le salon d’Assuérus pavé d’émeraude. » C’est dans Hérodote que l’on trouve, pour la pre mière fois, la description de ces émeraudes gigantes ques dont Théophraste, Appien et Pline ont parlé plus tard.
Théophraste raconte qu’on trouve dans les » livres des Egyptiens qu’un roi de Babylone avait envoyé à un de leurs rois une émeraude longue de quatre coudées et large de trois, et qu’il y avait en Égypte, dans un temple de Jupiter, un obélisque fait de quatre émeraudes seulement, lequel néanmoins était long de quarante coudées, large de quatre en cer tains endroits, et de deux en d’autres.
Le même au teur ajoute que, à l'époque où il écrivait, on voyait encore, à Tyr, dans le temple d’Hercule, un pilier debout, fait d’une seule émeraude. Enfin, Appien rap porte qu’il existait, en Egypte, une statue colossale de Sérapis faite d’une seule émeraude, et dont la hau teur était de neuf coudées. L’émeraude passait pour conserver la chasteté et trahir l’adultère, à cause^qu’elle ne peut souffrir les actes illégitimes de Vénus.
Car s’ils sont commis, elle se rompt en partie. Dans les poèmes orphiques, l’émeraude est donnée comme un puissant aphrodisiaque, et c’est dans ce but que Rabelais place à la braguette de Gargantua cette
118 l’initiation pierre ; il dit : « La braguette de Garguanta était fixée par deux crochets d’esmail, en un chascun desquels estoit enchâssée une grosse esmeraugde de la gros seur d’une pomme d'orange.
Car ainsy que dict Orpheus, Libro de Lapidibus, et Pline, Libro ultimo, elle ha vertu érective et confortative du membre na turel. » Elle préserve du mal caduc, pendue au cou en guise d’amulette, ou mise aux doigts sous forme de bagues, nous n’oserions davantage en donner l’assurance, d'autant que, si la rnaladie est trop forte, elle a le des sus et alors, la pierre se brise en plusieurs fragments, succombant dans cette lutte inégale.
L’on a pourtant prétendu qu’étant liée à la cuisse de la femme, «elle haste l’enfantement; qu’estant mise sur le ventre, elle le retient; et qu'estant mise sur la bouche, elle arreste l’hemorrhagie... » Plusieurs croient aussi qu’ « elle affermit la mémoire,qu’elle prépare et noue la vue»; mais que n’at-on pas dit encore sur les qualités et la faculté de cette pierre, que les plus grands médecins n’ont pas hésité à prôner, presque à l’égal de la thériaque et du mithridate.
Après Aristote, Maimonide et l’école arabe. L’émeraude passe encore aux yeux des Arabes pour guérir la piqûre des serpents et cautériser toutes les blessures faites par des bêtes venimeuses. On prétend même qu’elle aveugle le serpent mis en sa présence. Elle chasse les démons et les mauvais esprits. C’est, en outre, un spécifique contre l’apoplexie, les dou leurs d’estomac, l’ophtalmie, la teigne, etc. Maimonide
LA PÉTR0THÉRAP1E OCCULTE I ig la considère comme un antidote très précieux contre les poisons.
« Appliquée à l’épigastre, dit-il, elle calme les douleurs de l’estomac ; retenue dans la bouche, elle fortifie le cœur et les dents. » C’est le cheik AbouMérovan-ibn-Zohar, le plus grand expérimentateur en thérapeutique, un homme d’une immense fortune et d’une grande sagacité médicale, qui a confirmé toutes ces propriétés de l’émeraude par une longue expérience.
Ce brave cheik avait sans cesse sous la main son excellente émeraude ou de la thériaque, car il avait toujours peur d’être empoisonné. Trois substances, les pépins de citron, l’émeraude et le bézoard animal constituent aux yeux des médecins arabes des contre poisons d’une efficacité certaine, contrôlée par une expérimentation dont on ne saurait contester les résultats.
Cardan dit : « Les pierres précieuses retenues soubz la langue peuvent faire la devination, en augmentant le jugement et la prudence; et la divination est prin cipalement de jugement et de prudence comme j’ay enseigné dans mes livresdeSapience.»Cahagnet,dans sa Magie magnétique, nous dit que « l’émeraude est recherchée par les Esprits voyants, et met en rapport avec eux.
J’entends par Esprits voyants des esprits dégagés de la matière, qui comme sur la terre sont voyants dans leur état spirituel. Ils peuvent influer sur ceux qui portent leur pierre favorite ». Enfin, le savant Babinet, imbu déjà de modernisme, nous dit : « Pourtouteslescures de maladies nerveuses et morales, où l’imagination peut avoir une grande
120 l’initiation influence, les gemmes étaient certes un remède souve rain. En disant à un malade qu'une émeraude placée sous le chevet de son lit devait le guérir de l’hvpocondrie, éloigner le cauchemar, calmer les palpitations du cœur, égayer l'imagination, apporter la réussite dans les entreprises, dissiper les peines de l'âme, on était sûr du succès par la croyance seule du malade à l’efficacité du remède.
L’espérance de la cure dans ces aflections est la cure elle-même, et, dans toutes les nombreuses circonstances où le moral a eu de l’in fluence sur le physique, la cause imaginaire devait produire un effet très réel.
Enfin, cette éternelle déception de l’esprit humain, qui n’enregistre que les guérisons et qui ne met pas en ligne de compte tous les cas où les moyens curatifs ont manqué leur but (i), contribue à maintenir la croyance aux vertus occultes des pierres précieuses. Il n'y a pas un demisiècle que l’on envoyait encore emprunter dans les familles riches des pierres montées en anneaux pour les appliquer sur les parties malades.
Quand le bijou devait être introduit dans la bouche pour cause de mal de dents, de mal de gorge ou de mal d’oreille, on avait soin de le retenir par une ficelle assez forte, pour éviter qu’il ne fût avalé par le malade. » (i) Combien de fois cette réflexion de M. Babinet pourrait également s’appliquera l’inefficacité flagrante de notre Théra peutique officielle ? C. B.
LA PETROTHERAPIE OCCULTE I 2 I L’Escarboucle ou Rubis Oriental. L’Escarboucle, planète : Soleil] la signification est : Amour dévorant. La pierre précieuse désignée par les anciens sous le nom d’Escarboucle n’était autre chose que le rubis des modernes.
L’escarboucle est probablement la substance à laquelle on a prêté les propriétés les plus fantastiques, et, généralement ; en s’appuyant sur l’autorité des anciens, sur celle de Pline en particulier. Cependant, quand on recherche l’origine de ce nombre infini de contes et de légendes qui se rattachent en particulier aux pierres précieuses, on reconnaît qu’elle ne peut pas remonter si haut.
Ainsi, on voit très bienque tout ce que dit Pline de l’escarboucle peut facilement s’appliquer au rubis moderne. Mais que trouve-t-on dans les auteurs qui l’ont suivi ? L’escarboucle servait à éclairer certains grands ser pents ou dragons, quand la vieillesse avait affaibli leurs yeux. Ils portaient constamment cette pierre merveilleuse entre leurs dents, et ne la déposaient que pour boire et pour manger.
L’escarboucle, élevée à la dignité de lanterne pour éclairer la marche des vieux dragons, cache sans doute un symbolisme profond. Saint Épiphanc pré tend que l’escarboucle n’aurait pas seulement la propriété de briller et de rayonner dans l’obscurité, sa lumière serait d'une nature si extraordinaire que rien ne pourrait l'arrêter et que les vêtements, par
122 LIN1TIAT10N exemple, n’empêcheraient nullement ses rayons de se propager en dehors. Tu rutiles pourtant sur le frontal du mage, Comme sur le satin blondissant de la chair Qu’Ève livre aux baisers du dieu qui lui fut cher; C’est que du seul Pouvoir tu fus toujours l’image, Et que la royauté sur l’homme et sur les cœurs S’affirme pour tes feux fascinants et vainqueurs. (Orbes et Gemmes) Combe Léon.
Le rubis, chez les Musulmans, fortifie le cœur, il garantit de la peste et de la foudre; placé sur la langue, il apaise la soif, il défend l’homme contre les tentations qu’il pourrait avoir de se noyer. Cardan nous dit : « Le propre de l’escarboucle est d’exciter l’esprit et de le rendre joyeulx, car les cou leurs délectent les esprits.
Et son utilité est cachée, quand elle est vicieuse ou petite, ou que celuy qui la porte est inconstant comme un enfant, ou qu'il est véhé de grand soing, comme les princes et les sages.
Robert deBerquen, cité par Santini de Riols, nous dit encore : * On tient que le rubis résiste au venin, préserve de la peste, espure les esprits, chasse les mauvaises pensées, détourne les songes fascheux et procure les agréables, et, de plus, manifeste les in fortunes ou déplaisirs qui doivent arriver. « Et pour vérifier qu’il a ceste vertu, on récite une histoire de Wolfangus Gabelchoûer escrit luy-mesmes, de ce qui luy est arrivé autrefois.
Que faisant voyage avec sa femme, il s’aperceust qu’un rubis, qu’il por- * tait au doigt de tout temps, aussi beau qu’on se le peult imaginer, perdit tout à coup sa couleur vive et
LA PETROTHÉBAPIE OCCULTE 123 brillante, et qu'il devint si obscur qu'il en estait tout noir.
Ce qui lui causa du déplaisir, parce que la pierre demeura longtemps en cest estât; si longtemps qu’il creust tout de bon que c’estoit une pierre per due; qu’il en advertit sa femme et qu’il luy fist en tendre que ceste adventure luy prédisoit quelque chose de sinistre: et que cela arriva au bout de quel ques jours, que sa femme qu’il aymait passionné ment, tomba malade et mourut.
Mais qu’après ceste mort, par une merveille plus surprenante, le rubis reprist son lustre et devint aussi beau qu’auparavant. C’est ce qu’a .escrit un médecin de Leide que j’ai suivy ».
« On attribue au Rubis la vertu de résister au venin, de fortifier le cœur, de chasser la mélancolie, de restaurer les forces abbatues ; mais nous ne voyons point par expérience qu'il ait d’autre qualité que celle d’une matière alkaline, qui adoucit les humeurs trop âcres du corps en rompant leurs pointes ; il arrête par conséquent le cours de ventre et les hémorragies : la dose est depuis un demi scrupule jusqu’à deux scrupules. » (Lemery, traité universel des drogues simples.) Le Saphir.
Planète : Jupiter, zodiaque : Poisson le saphir donne la chasteté et la chance. P. Piobb (formulaire de Haute magie.) Les arcanes sacrés des sciences violées Nous ont dit que tu fus le gage des adieux,
124 l’initiation Jeté par l’idéal des voûtes étoilées Au terrestre génie et pris au front des Dieux! O Saphir pâlissant, bijuxde l’épousée, Emblème de l’amour, fleur de pierre irisée Pour la Beauté, cueillie aux pavs fabuleux; .........................,......................... ’ . . . (i) Orbes et Gemmes Le saphir d’Orient était connu des la plus haute antiquité; il faisait déjà partie comme nous l’avons vu, du rational d’Aaron.
C’était pour les anciens la gemme des gemmes, la pierre sacrée par excellence. De toutes les pierres précieuses nous dit le Docteur Cabanes le saphir est peut-être celle qui a reçu le plus d’applications. On en jugera de suite par la simple énumération de ses multiples et si varices propriétés. Le saphir a été mis en usage : en collyre, contre l'inflammation des yeux, en poudre, contre les hémorrhoïdes.
En petits globules de la grosseur d’un pois et appliqué sur les yeux, il attire la poussière, les moucherons et tout ce qui tombe dans l’œil. Il suffit de regarder souvent un saphir, pour être pré servé de tout maléfice.
Nous n’insisterons pas sur les propriétés qu’a le saphir de « corroborer le cœur », de dissiper la mélan colie et d’expulser les poisons : autant de vertus commune à toutes les pierres précieuses. (i) Les vers que nous citons de notre jeune poète de genie déjà: Combes Léon, bien connus de nos lecteurs, dépeignent à merveille la magnificence des gemmes magiques de l’année; voir ce recueil, qui doit paraître prochainement.
LA PÉTPO'I HÉRAPIE OCCULTE 125 Il nous paraît plus digne d’intérêt de faire connaître celles de ses vertus qu’on pourrait appeler spécifiques. « Le saphir porté par une personne impure, intem pérante et adonnée aux choses de Vénus, se salit et perd son éclat, comme presque toutes les pierres précieuses qui, par la perte de leur beauté, trahissent facilement l’adultère et le fornicateur...
On dict qu’estant posté il réprime l’appétit de Vénus... » Pour cette raison, il est «très utile aux prêtres et personnes ecclesiastiques, qui ont voué leur chasteté à Dieu ». Tel est, en propres termes ce que dit du saphir, l’auteur que nous avons mis à contribution pour cette étude. Anselme Boece de Boot, médecin de l’empereur Rodolphe II, auteur d’un des plus rares ouvrages que nous sachions sur l’histoire des pierres précieuses.
En voici le titre exact: Le parfaict Joaillier ou histoire des pierreries où sont amplement descrites leur naissance juste prix, moyen de les cognoistre et se garder des contrefaits, facultteç médicinales et propriété^ curieuses, composé par Anselme Boece de Boot, médecin de l'empereur Rodolphe il, et de nou veau enrichi de belles annotations indices et figures, par André Toll, Docteur médecin de Leide.
A Lyon, chez Jean-Antoine Huguetan, marchand libraire rue Mercière, à l’Enseigne de la sphère, MDCXLIV, avec privilège du Roy.
« Van Helmont assure que si les Evêques portent un saphir dans leur anneau pastoral, c’est parce que cette pierre précieuse, qui a la vertu d’empêcher le charbon de la peste de faire progrez, lorsqu’on en fait un cercle en le touchant tout autour, est un avertis12Ó l'initiation sement toujours présent, pour le faire souvenir que leur devoir et leur état les obligent d’assister, comme Pasteur du corps et de l'âme leur troupeau affligé de la peste. » Le Prestre médecin, par M. Aignan.
Les Orientaux ont une véritable vénération pour les saphirs astéries, et, dans ses voyages en Afrique, M. d’Abbadie a souvent commandé le respect des indigènes en faisant brillera leurs yeux un saphir de cette espèce qu’il portait toujours avec lui. Le Saphir, dit Cardan, possède un grand nombre de propriétés et en particulier celle de guérir la mélan colie. C’est bien possible.
On assure qu’à notre époque le saphir et les autres pierres précieuses ne sont pas absolument dépouillées de cette propriété. On cite même des cures instantanées obtenues par l’exibition faite à propos de l’une de ces belles pro ductions.
Albert le Grand, d’après Cardan, récite avoir expéri menté deux fois que le saphir, par son seul touchement, guérit un antrac, vulgairement dict un clou, il est très utile qu’il soit grand ; il faut qu’il adhère long temps à la chair. Nous lisons dans les Admirables Secrets d'Albert le Grand à Lion, chez les héritiers de Beringos FratresM.
DCXX1X à l’enseigne à*Agrippa : « Pour mettre la paix entre quelqu’un, on prendra la pierre de saphir, qui se trouve dans les Indes Orientales ; la Jaunet qui n’est pas si luisante, est la meilleure. Cette pierre, portée sur soi, donne la paix et la concorde, rend dévot et pieux, inspire le bien et modère le feu et l’ardeur des passions intérieures. *
LA PÉTPOTHÉRAPIE OCCULTE 127 « On se sert, dit Lemery, dans la médecine, des fragmens que les Lapidaires font en taillant les saphirs ; ils sont à peu près de la grosseur des têtes d’épingles, rouges ou noirs; mais il faut préférer les rouges, parce que les noirs sont remplis de mine de fer ; ce qu’on apperçoit en les approchant d’une pierre d'aymant, car ils en sont attirés comme le fer.
On attribue aux saphirs beaucoup de vertus qu’ils n’ont point ; comme de fortifier le cœur et les autres parties nobles, de purifier le sang, de résister au venin.
Leurs qualités véritables sont d’arrêter les cours de ventre, les hémorragies, d’adoucir les sels âcres du corps, étant broyés subtilement et pris intérieurement: la dose en est depuis demi-scrupule jusqu’à deux scrupules; on s’en sert aussi dans les colyres, pour dessécher les ulcères des yeux. Le Jaspe. C’est le Jaspeh du rational d’Aaron, le iaspis des' Grecs.
Zodiaque : Verseau ; ses propriétés magiques, préserve du venin et du poison emblème des amours permises. La muraille était bâtie de Jaspe, mais la ville était d’un or pur semblable à un verre fort clair. Et les fondements de la muraille de la ville étaient ornés de toutes sortes de pierres précieuses. Le premier fondement était de Jaspe; le second, de saphir; le troisième, de calcé doine ; le quatrième, d’émeraude.
Le cinquième, de sardonix ; le sixième, de sardoine; le septième, dechrysolithe ; le huitième, de béril ; le neuvième, de topaze; le dixième, de chrysoprase; le onzième, d’hyacinthe; et le douzième, d’améthyste. Les douze portes étaient douze pertes ; chaque porte 'était
l’initiation 128 [Aolt d’une seule perle, et la place de Ja ville était d’un or pur sem blable à du verre transparent. (Apocalypse XXI.) Le Japse possède des propriétés différentes, suivant sa couleur. Le rouge arrête les hémorragies ; encore faut-il le choisir d’un rouge de sang, « sans le meslange d’au cune autre couleur ». Il est secourable aux femmes en couche.
Le vert guérit l’épilepsie ; mais s’il est barré d’une ligne blanche et renferme quelques parcelles rouges, il ne sert plus qu’à préserver des venins. Le grant Propriétaire des choses dit :« le Jaspre est une pierre verde. La poudre de Jaspre restrainct la fleur des Dames et les emorrhoïdes. » Le sieur Jean de Renou, médecin du roy, 1637, dit aussi que « le Jaspe est fort propre pour arresler tout flux du sang ».
Orphée, parlant du Jaspenous dit : « Si, au moment de faire un sacrifice, quelqu’un porte dans la main un Jaspe étincelant et d’une couleur aérienne, le cœur des immortels sera réjoui ; ils verseront sur la terre desséchée des' pluies abondantes et cet homme sera cause que les champs arides seront fécondés par cette pluie bienfaisante. » Jaspe merveilleux 1...
Eloigne également de nos moissons la sécheresse terrible et la grêle mêlée à la pluie, et tous les dangers qui menacent les champs ; car les dieux te chérissent entre toutes les pierres pré cieuses, et, comme le cristal, tu as le pouvoir d’exciter sur les autels une flamme ardente sans le • •
igOg] LA PÉTROTHÉRAPIE OCCULTE 12Q secours du feu. Tu es aussi puissant qu’un feu bril lant qu’environnerait le ventre d’un bassin plein d’eau fraîche, et si quelqu’un laissait un pareil bassin sur des cendres froides, avec ton secours, le liquid se remettrait bien vite à bouillir.
On dit que, généreux pour l’humaine agonie Dont l’adamique chair est le fatal manoir, Tu romps les liens mortels, céleste épiphanie Où l’esprit, tel l’encens. sort d’un double encensoir. De Cardan : « Si le Jaspe est vert, et droictement pendusurle ventricule, Galennusescript qu’il conforte grandementle ventricule.
Aussi, i’ay veü qu’il arreste le sang coulant de toute part, principalement du nez ; et n’est de merveille, attendu qu’il a sa vertu grande ment astringente. » Mais Jean de la Taille, cité par M. de Riols, dit encore :« Galien escript qu’estant vert, et pendu droic tement sur le petit ventre, il le conforte grandement. Le sçay qu’il a sa vertu par l’estoille Ariamech (ou Bootes en-grec), grandement propre à restreindre.
Encore a-t-il, par l’influence de Saturne, force et puissance d’appaiser tout court Tardent désir de Vénus. » C. B. s (4 »wwe.)
l?>0 les Inslrumenls magiques anGlens l’iynx Au cours d'une brève étude précédente, où nous avons élucidé la figure réelle du rhombos antique et déterminé sa ressemblance exacte avec le Jeu du diable, il a été question d’un instrument magique usité dans les mêmes cérémonies que le rhombe et sur lequel également peu d'auteurs, peu de commen taires sont d’accord. Cet instrument est l’iynx.
Dans une scène de fiançailles figuré sur un vase de la collection d’Hamilton, parmi les présents échan gés, figure, tenu sur le doigt du jeune homme, et la patte liée par une chaînette pendant librement, un petit oiseau en qui l'éditeur de la collection croit voir une image de l’iynx.
La bergeronnette, torquilla, verticilla, semblait aux anciens un petit être très étrange et doué plus qu’un, autre de valeur symbolique, de pouvoir opérant ou d’évocation. Selon la légende, Jupiter avait été contraint par les enchantements et les procédés magiques d’une femme du nom de Jugx, à devenir amoureux d’elle. Plus tard Junon, avide de vengeance, métamorphosa l’amante de son mari en un oiseau auquel elle donna le nom.de cette magicienne.
LES INSTRUMENTS MAGIQUES ANCIENS I 3l Une telle origine créaturelJe devait évidemment inciter les adeptes de l’art magique, à se servir de l’oiseau pour soutenir et vivifier leurs credos inani més. Aussi sans atteindre à la renommée et à l’usualité du rhombe, l’iynx fut dans l’antiquité, l’un des procédés cérémoniels les plus usités.
Dans cette même idylle deuxième : Pharmakentriai, Théocrite reproduit au début de chaque phase opé ratoire l’invocation suivante: O iynx, contrains cet homme à venir en ma de meure. ïuyç, £^xe rü Tîjvov èpov TjoTi Sôipa tov fivopa Dans la scène contée au cours de l’idylle, il appa raît bien que la magiste qui opère à la fois par la cire (les mumies) les incantations et les produits céré moniels manuels, comme le rhombe, ne peut manœu vrer simultanément un iynx.
L’invocation, si elle est facilitée, peut être par la présence en la chambre opé ratoire d’un réel vivant iynx, ne s’accompagne pas d’un maniement du symbole que plus loin, nous allons définir et qui remplaça en processus magique, le déterminant animé, auquel s’adresse le personnage de Théocrite.
Il importe d’ailleurs de noter que dans certains passages d’auteurs, le même jnot grec signifie le phal lus et qu'ainsi serait très physiologiquement expli cable l’appel fait par les magiciennes dans la plupart des cas, qui se réfèrent au désir de ramener l’un à l’autre deux êtres dont l’un au moins est aimé de l’autre.
Xénophon (Mem., 3, n, 17) traitant d’un cas semI 32 l'initiation blable, écrit qu’il fut résolu non sans beaucoup de philtres, d’incantations et de iynx... très probable ment d’excitations (iuggôn).
Au sujet de l’oiseau même, Schneider le rapproche du torcou français, du Wendehals germain, et lui prête le pouvoir de retourner sa tête et enrouler son col, sans mouvoir en rien le reste du corps et sauter en arrière les ailes pendantes en projetant, détendant le cou et la tête...
Il prétend même que les anciennes magistes fixaient l’oiseau à la rouelle à quatre rayons qui plus tard prit le nom de iynx et conjuraient ainsi dans les incan tations le pouvoir de l’oiseau et du rouet. La référence qu'il donne à l’appui de cette affirma tion est erronée, car elle implique un tel usage du rhombe, et nous avons vu dans un article précédent combien la manœuvre du rhombe était différente et même contraire.
Dans l’édition de Millinger (Vases Grecs, pl. XV) au cours d’une scène également de fiançailles est re présentée une petite roue dont le cercle intérieur est divisé en quatre segments et rayé d’une croix com posée de quatre lignes deux à deux concurrentes.
C’est très probablement une représentation du iynx matériel qui remplaça l'usage primitif de l’oiseau ou même la simple et plus ancienne évocation de la ber geronnette ou de son équivalent physiologique mas culin. Pindare (Ryth. IV, 213), faisant intervenir Aphro dite, associe la présence de la déesse avec l’emploi de l’iynx qu’il qualifie à « quatre rayons » et « bariolé »,
LES INSTRUMENTS MAGIQUES ANCIENS l33 ce qui correspond tout à fait à l’instrument figuré sur la planche de Millinger.
Autant, en effet, que l’on en peut déduire de la configuration géométr ique de cette petite roue, et de la disposition des quatre triangles à côtés courbes qui la divisent en segments ou rayons, il serait facile de supposer, d’affirmer même que cette roue, ce iynx était tourné au moyen de quatre fils passant dans les évi dements triangulaires et qui, tordus par la rotation volontaire, se détordaient en vertu' d’une réaction simple, aidée au besoin par une tension qu’opérait la magicienne en écartant les mains.
Traxerunt torti magica vertiginefili, écrit Lucain (6.460). Le mot de iynx fut encore employé pour définir une flûte faite d’un seul roseau. Olien, 6, 19, compare la voix de l’oiseau au son d’une flûte transversale et prétend que de leur ressemblance fût donné à l’ins trument le nom de l’oiselet. Quoi qu'il en soit, le rôle de l’iynx était autrefois érotique et aussi divinatoire.
Cet art de la divination semble avoir usé, chezles anciens,de toutesles formes, vivantes ou inanimées.
Les présages résultaient des choses les plus diverses, des phases des astres, des attitudes des êtres, des résultats, des actions volon taires ou inconscientes, aussi et sans doute, dans un effort de correction et de sécurité, des conditions de réussite dans la manœuvre spéciale et préméditée de symboles matériels dont le jeu devint plus savant, plus complexe au fur et à mesure que l’évolution des intelligences repoussait l’art conjectural puéril, qui
l’initiation 134 tirait de tout et proclamait par tous, les dessins oc cultes et nécessairement mystérieux, de la divinité. E. A. Ferdar. Voici pourles curieux quelques références, surl’iynx et ses divers sens et figures : Pind., Pyth., IV, 213. — Nem., IV, 35. — Xeno phon, Mem., Ill, XI, 17 —Aristop., Lysis V. mo. — Théocrite, II, 17, 22, 27,s-q. —Plaut., Cestell. II, 1, 4, 204. — Philostr, V. — Appoll., VIII, 7. — Vase de Bari,NoGEL.Scenen. Eur. Trag.,p. 35.— Roscher Lexic., t. Il, 2620.
Quatre causeries sur l’Hermétisme {Programme d'un cours pour Ï École hermétique.) I Qu’est-ce que l’alchimie. — Force et matière — passage de la matière à la force — protyle — les radiations — idées modernes sur la constitution de la matière — l’atome — groupements atomiques — il n’y a pas de corps simples — l’unité de la matière et la science moderne — hypothèses sur la formation du globe — théories de Mendelief — analyse et syn thèse. II Les ferments métalliques — transformation de la nature en force : homéopathie et colloïdes — hypo thèses sur le ferment nommé : pierre philosophale — condensation de l’énergie les expériences moder nes sur la fabrication de l’or — Tiffereau, Strindberg. III Les alchimistes — histoire de l’alchimie — les transmutations célèbres et les preuves de l’existence
136 l’initiation de la pierre — ce qui reste des alchimistes — sym boles. IV La pratique du grand œuvre — La médecine uni verselle et l'art spagyriqpe — la chrysopée — magie et sorcellerie : les souffleurs.
Une Démoniaque en 190 Pour amuser nos lecteurs et leur montrer l'ignorance des professeurs contemporains concernant les faits psychiques nous reproduisons l'amusante étude suivante: A Etre possédée du démon en l’an de grâce 1908 au vingtième siècle, cela paraît invraisemblable. Et ce pendant, au milieu de nous, en plein Paris, vit une démoniaque qui, depuis plusieurs années, entend le diable, est persécutée par lui et ne peut s’en débar rasser.
Le docteur Georges Dumas vient de la présenter à ses auditeurs de la Sorbonne en une conférence faite sous les auspices des Amis de l’Université. Avec beaucoup d’esprit et d’humour, il a raconté les épreuves de cette pauvre femme, les a étudiées au point de vue psychologique et en a tiré la philoso phie; sa conférence a obtenu un très grand et très légitime succès. Le savant psychologue appelle son héroïne Ariane.
Née en Grèce, comme Socrate dont elle ignore le nom et l'illustre précédent, elle fut bercée tout enfant par les belles légendes que lui racontait sa mère. Son ado lescence en garda quelque impression. Vinrent des revers de fortune, et elle dut quitter le beau ciel de la
i38 l’initiation Grèce pour retrouver à Paris une parente qui l’hébergea. Là, elle ne fut guère heureuse. Elle quitta bientôt sa parente pour aller vivre dans une ville du Centre, 9 pays d’un commis voyageur M. Edouard, qu’elle avait connu à Paris et-qui avait demandé sa main. Dans la maison qu’elle habite, elle se lie avec ses colocataires, une institutrice, un tailleur militaire et un rentier, qui s’adonnent au spiritisme.
Tous les soirs on fait tourner les tables; on évoque, comme d’habitude, et Napoléon Ier et Jeanne d’Arc, qui, sui vant les rites spirites, répondent par l’intermédiaire du pied de la table. Le commis-voyageur qui assiste aux séances est sceptique. Ah ! le matérialisme des commis-voyageurs ! » Tout à coup, une catastrophe : M. Edouard meurt subitement. Le chagrin d’Ariane fut immense.
L’ins titutrice et le tailleur militaire eurent pour la con soler une inspiration : « Appelons, dirent-ils, l’esprit de M. Édouard; vous parlerez avec lui. » Le soir même, autour de la table, on évoqua 9 a M. Edouard. Il vint aussitôt. Les belles déclarations, qu’il fit à Ariane ! Le .cœur de la pauvre Grecque en fut tout remué. Et chaque soir on recommença. Mais Ariane ne pouvait se contenter de ce fiancé platonique. Il lui fallait un mari.
Elle fit paraître une annonce dans le grand journal de la région : « Jeune fille aimante, distinguée, etc. ». Ce ne fut pas sans appréhension que le soir de cette publication on s’approcha de la table : Qu'allait dire Édouard.? Édouard n’était pas content et il ne le
UNE DÉMONIAQUE EN I po8 l3ÿ cacha pas. Il traita Ariane de coureuse, l’invectiva, se mit en colère... De ce jour, datent les tribulations d’Ariane ; chaque soir, Edouard la retrouve et l’injurie. Puis il passe à l’action directe. Ariane raconte: « Un matin, mon bas se gonfla ; je sentis une douleur à la jambe. Edouard était sur moi : il s’enroulait autour de mon sein, en criant : « Je t’aime, je « t’aurai ! » Ariane était possédée.
Elle s’en fut trouver son confesseur : « Ce n est pas votre fiancé qui vous poursuit, dit le prêtre : les morts ne reviennent pas. C’est probablement un esprit de mensonge. Retournez à Paris ; là on vous traitera religieusement ou médicalement. Mais abstenez-vous de faire tourner des tables. » Depuis lors Ariane se croit obsédée par un démon et elle conçoit ce démon sur le type de tous ceux que, pendant son enfance, lui avait décrits sa mère.
Ariane revint à Paris. « C’est à ce moment que je la connus, dit M. Georges Dumas. Elle voyait des esprits en rêve, et elle dessina ses visions.
Ce furent d’abord des boules bleues, qui prenaient figure hu maine: c’étaient sans doute des esprits favorables, car à leur apparition, elle se sentait mieux; puis venaient des boules rouges, toujours à figure humaine, c’était les esprits méchants ; sur ces boules rouges se tenait un perroquet qui l’insultait. > M. Georges Dumas voit là des souvenirs d’eniance, des rêves mélangés de réalités, comme il s’en produit chez les mystiquesI.’lNlTÏATION I4O Le conférencier constitue ensuite la personnalité du diable d’après les confidences d’Ariane.
Edouard est sorti tout armé de la légende ; il vient pour con quérir une âme; il dit à Ariane qu’il a pris le nom d’Edouard pour la tromper. Il la veut, il lui demande un pacte qu’elle signera de son sang.
Ariane refuse, et les persécutions commencent dans sa vie physique et dans sa vie psychologique Ariane ne retrouve plus son fil et ses aiguilles: c’est Édouard qui les a dérobés; elle se trompe de route dans ses courses dans Paris : c'est Édouard qui l’a dévoyée; elle s’arrête au milieu d’une phrase, ne pouvant continuer: c’est encore Édouard.
Et puis il est menteur : il fait des prophéties qui ne se réalisent pas, il dit qu’il va à la campagne et il est là. Tout cela dans l’existence banale d’une pauvre femme. Ariane est très malheureuse. »Edouard est amoureux, il dit à Ariane des choses très tendres, et il est jaloux : il lui fait des scènes affreuses lorsqu’elle parle à un homme. M. Georges Dumas lui-même ne fut supporté que lorsque le diable apprit qu’il était marié.
La personnalité physique du diable nous est aussi révélée. Ariane qui ne l’a jamais vu, l’a dessiné d’après ses interprétations ; il a une grosse tête, un corps d’environ 40 centimètres qu’elle sent peser sur elle ; ce corps se termine par une queue de serpent de 20 centimètres qui s'enroule autour des seins d’Ariane. Le diable doit avoir des ailes, car tantôt il est perché sur l’armoire, tantôt sur le dossier d’une chaise. 11 mange. Ariane lui donne du
UNE DÉMONIAQUE EN ÎOqS I4I gâteau de riz, du vin et croit voir diminuer la quan tité de vin et de riz qu’elle lui a servie. Il digère: Ariane a recueilli des résidus qu’elle attribue au diable. Il n’est pas difficile de catégoriser le cas de cette hallucinée : elle n’est pas hystérique, c’est une persé cutée.
A l’occasion de l’âge critique, a fleuri chez Ariane le délire de la persécution, coloré par les idées qui lui sont habituelles et favorisé dsns son éclosion par les pratiques spirites. Ariane a voulu se débarrasser de cette persécution diabolique, qui la rend extrêmement malheureuse. Elle s’est d’abord adressée aux prctres; ceux-ci esssavèrent de déloger le diable ; Ariane fut exor cisée selon tous les rites.
Mais le démon, qui la pos sède, n’est sans doute pas canonique, car il résista à toutes les formules. En effet, il ne sait pas le latin, ne connaît guère que le grec moderne, ne peut soulever des meubles ; il n’a rien du diable prévu par les exorcismes. Les prêtres renvoyèrent bientôt la possédée aux médecins. Ariane fut examinée par toutes les som mités de la science. Personne ne put la soulager.
Les médecins assistèrent impuissants à ses pénibles épreuves. Comme la démoniaque ffest pas hystérique, on ne put agir sur elle par des émotions violentes. Le bain électrique fut sans succès ; pendant que jaillis saient les étincelles, le diable était allé tranquillement se promener dans le jardin. Un médecin voulut agir par le raisonnement. Il dit
l’initiation 142 à Ariane :« Voyons, ma pauvre fille, n’y a pas de diable, personne n’en a jamais vu. Ne croyez donc pas à ces persécutions, qui ne viennent que de votre ima gination. » Et le diable répondait : « Qu’il est méchant le monsieur, qu’il est méchant ! > La médecine ne fit rien. Elle ne pouvait rien faire, Ariane tomba alors dans l’armée des spirites, des thérapeutes, des magiciens, des somnambules et des sorciers.
Et M. Georges Dumas nous promène dans ce milieu extraordinaire qui exploite, au vingtième siècle, plus de clients que jamais.. Il y a notamment la Chapelle du Diable, où une vieille dame, bonne et sévère, tâche de convertir les mauvais esprits et de les envoyer au Paradis. Ariane applique chez elle tous les moyens que thérapeutes, sorciers et magiciens lui ont indiqués.
Dans son lit, elle a des pincettes, une pierre pour les obsédés, une boîte de poivre, de l'eau bénite, une couche de gros sel répandu en forme de croix, un bâton pour frapper le démon, et c’est elle qui reçoit les coups. » Tout cela est inutile. Edouard continue ses persé cutions. Mais un beau jour, le salut vient à Ariane d’elle-même, en vertu d’un mécanisme assez simple.
La nature fait souvent, dans le sujet malade, un effort contraire à la maladie; aux hallucinations mau vaises, elle oppose des hallucinations favorables, fortifiantes, et celles-ci peuvent arriver à prendre le dessus. . C’est ce qui se produisit pour Ariane. Une nuit,
IJNE DÉMONIAQUE EN I go8 ^3 saint Georges de Cappadoce lui apparaît tout armé. Edouard ne bouge plus. Puis, c’est sainte Philomène, un ange habillé de rouge, un cimeterre à la main. Edouard est terrorisé. Un matin, elle voit entrer dans sa chambre le défunt archevêque de Paris avec un sergent de ville. Le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel. Tous les deux frappent du pied.
Un chœur vient le matin chanter des chansons r grecques où il se moque d’Edouard. «IEdouard est très ennuyé Mais voici le grand coup : Dieu lui-même entre dans la chambre, accompagné de Philomène et d’un cuirassier. Ce n’est pas le père éternel avec la grande barbe que nous connaissons. Ariane dit qu’il était en habit noir, avec une cravate blanche, «comme quel qu’un qui revient de la noce ».
En même temps que ces visions effrayent Edouard, Ariane a trouvé dans son cœur le moyen de le trans former et de le rendre meilleur. Elle s'est peu à peu habituée à lui ; elle s’est prise d’une affection de vieille fille pour cet être incomplet qui tient de l’amant par ses désirs et de l’enfant par son caractère.
Le soir du 14 juillet celui-ci n’est pas rentré ; Ariane s’inquiète et ne retrouve son calme que le lendemain lorsque Édouard reparaît. Et voilà Édouard, gagné par cette affection, qui devient charmant sans cesser d’être amoureux. Il se fait gâter. S’asseyant sur la queue de la poêle: « Tu ne mets pas assez de sucre, dit-il à Ariane. Tu m’en donneras des œufs? » Il chante pour la distraire; il devient même très
144 l'initiation pieux. Il l’accompagne à la messe, fait les mêmes prières. Ariane trouve en lui un aide précieux. Au marché, Edouard lui dit: «Ne prends pas ces œufs: ils ne ne sont pas frais. Cette côtelette est dure ; prends l’autre. » Et voilà Ariane plus heureuse. La vie devient supportable.
La conclusion que le professeur Dumas tire des faits qu’il a racontés, c’est que Je Paris de 1909 est plus fertile que jamais en sorciers, en mages, en spirites. Nous avons une tendànce à croire que la superstition recule devant la science et nous célébrons cette victoire dans maints discours officiels. Lucrèce en faisait autant et jamais la superstition ne fut plus riche que dans le siècle qui suivit le sien.
La vérité c’est qu’il y a toujours des âmes simples et inquiètes qui veulent pour toute question des solutions con crètes et immédiates, et tant qu’il y aura de ces âmes il y aura des superstitions. Les esprits éperdus de rationalisme peuvent s'en affliger.
M. Georges Dumas pense que les psychologues peuvent en prendre plus facilement leur parti, puisqu’une humanité crédule; capable d’enfanter des mythes et des légendes, éprise de merveilleux, est tout aussi et peut-être plus inté ressante qu'une humanité qui raisonnerait. Jules Causit. (Le Petit Temps,}
145 Une Affaire intéressante Notre ami, M. Albert d’Angers, le magnétiseur bien connu dans les départements de l’Ouest, diplômé r de l'Ecole pratique de magnétisme et de massage de Paris (dont le directeur est M. Durville), lauréat du Prix Surville (1908) et d’un grand nombre de Sociétés de sciences, de philanthropie, etc., auteur de brochures intéressantes sur l’hypnotisme, le magnétisme et les affections ( 1 ) hystériques, et dont les cures attirent une foule considérable à Crévéac, près de Nozay, vient d’être l’objet d’une plainte de plusieurs médecins de Nozay et de Nort(Loire-Inférieure), déposée entre les mains de M. le procureur de la République de Châteaubriant.
Ce magistrat vient de procéder à une en quête de laquelle il ressort que M. Albert, qui exerce depuis 11 ans (5 ans à Angers, 6 ans à Nantes) la profession de magnétiseur, reçoit de 2 à 3oo malades par semaine qu’il soigne sans remède, et qu’il obtient des guérisons sans nombre.
Toutes les personnes in terrogées, tous les malades guéris, alors qu’ils avaient été abandonnés par tous les médecins, font le plus grand éloge de ce thérapeute. (1) La Nièce aux trente-cinq millions notamment. Éditeur, M. Durville, librairie du magnétisme, 23, rue Saint-Merri; Paris. 10
146 l’initiation Il résulte encore des rapports, que M. Albert, non seulement ne cherche pas à se soustraire à l’enquête, mais qu’il fait tout son possible pour que cette affaire ait un retentissement considérable.
M. Alberta écrit au procureur de la République qu’il présenterait luimême sa défense, ayant à faire valoir des considéra tions nombreuses qui ne peuvent qu’aider à obtenir un amendement à la loi sur l’exercice illégal de la médecine demandé par les réclamations des magné tiseurs depuis dix ans, réclamations appuyées par des pétitions couvertes de plus de 400.000 signatures.
Cette affaire passionne en ce moment les environs de Nozay et de Nort où la réputation de M. Albert est considérable, étant données les guérisons réelle ment merveilleuses qu’il a obtenues sans médicament.
Des bruits courent toutefois que les médecins s’ef forceraient de tenir cette affaire secrète, alors que M. Albert voudrait lui donner au contraire un grand retentissement par des manifestes qu’il ferait afficher en France, en Angleterre, en Allemagne, etc. Nous re produisons cette information sous toute réserve, mais nous tiendrons nos lecteurs au courant de cette af faire qui promet d’être fort intéressante pour tous ceux qui s’intéressent à la thérapeutique occulte. L. C.
PARTIE INITIATIQUE Cette partie est réservée à l'exposé des Idées de la Direction, des Membres du Comité de Rédaction, et à la reproduction des classiques anciens. La reproduction dr * articles inédits publiés par Vlr.ilislion est formellement interdite, à moins d'autorisation spéciale.
Orphée et les Orphiques [Suite.) La Théogonie Orphique LE VERBE PROFÉRÉ Phanès est donc bien la première manifestation de * l’Etre Suprême Incognoscible, du Chaos, de l’Abîme; c’est l’Akasa, l’Aor, le Logos, le Verbe Proféré. Voyons maintenant comment le chantre de la Thrace l’invoque dans son hymne V. * Parfum du Protogonon (ou Premier Élément Générateur). La Myrrhe.
F Je t'invoque, Grand Premier Elément Générateur à double sexe, toi qui animes iaither et qui es hé de F œuf ; toi qui te réjouis de tes ailes brillantes comme l'or. Ton verbe a une puissance formidable analogue à celle du taureau (Symbolique) ( i ) et tu es la semence génitrice et féconde des Dieux et des mortels. Quel péan (hymne) dira ton nom révéré en tous lieux, ta (t) Voir plus loin.
l’initiation 148 mystères occultes et indicibles, c'est toi qui répands la lumière et le son {la vibration, la sonorité, Sabda brahmanique) en tous lieux : c'est toi qui en parcou rant d'une aile rapide le Cosmos a dissipé les noires ténèbres qui l'enveloppaient et qui y as répandu une pure lumière; c'est pour cela qu'on t'appelle Phanès... Nous voyons par cette hymne,que le Phanès (Verbe Lumière), d'Orphéeest sorti d’un œuf. Quel était cet œuf?
L’œuf (symbolique) d’où émane le Protogonon est le même que celui que nous trouvons dans toutes » les religions de l'Inde, de l’Egypte, de la Perse, de la Chaldée, de la Grèce et même dans la religion druidique. Dans l’Inde, en effet, nous voyons que 9 Brahma est né d’un œuf (culte exolérique). L’Esoté risme brahmanique nous parle lui aussi du Brahmanda. l’œuf de l’infini, de l'Omnisphère d’où est sorti flinivers.
En Egypte,.la théogonie hermétique fait naître Osiris d’un œuf vomi par la bouche de son Démiourgos et de qui naît à son tour le premier principe de Lumière et du Feu intelligibles : Phta (1) Nous retrouvons l'œuf symbolique sous le nom de Grand Œuf d’Oromaze dans la théogonie de Zoroastre (Plutarque, De /sis et Osiris), dans la théogonie de Sanchoniaton (Eusèbe, Prœp. Evang. /, lib. IX)., et jusqu’au Japon.
Enfin, en Gaule, les druides por taient au cou un œuf entouré d’un serpent d’or que Pline appelle.4 nguinumet que la superstition du peu- (1) Voir nos précédents articles: Initiation d’Orphée en ügyple- *
ORPHEE ET LES ORPHIQUES 149 pie gaulois croyait être produit par les serpents. Or, ésotériquement, chez les druides comme chez tous les initiés, le serpent enroulé et se mordant la queue était le symbole du cercle de l’infini, de l’infini qui se renouvelle sans cesse, comme le serpent change de peau tous les ans et l'œuf symbolisait le centre de cet infini danssa période chaotique qui contient en poten tialité l'universalité des choses.
Orphée en faisant émaner Phanès, l’Élément pri mordial de l’Œuf symbolique, du Chaos, de la Nuit Primordiale, avait ainsi posé les bases de sa Cosmogo nie dans son Kratérès : Il enseignait qu’il existait de toute éternité un Être Suprême qui contenait en lui tout ce qui a été, est et sera.
Cet Etre, principe de tous les êtres confondus entr’eux, renfermait en son sein deux principes oppo sés : le principe actif + force-esprit et le principe pas sif, chaos ou substance plastique.
De toute éternité également, cette substance plastique infinie, incrééc, formait une masse informe et après une longue suite d’âges, cette substance, sous l’impulsion de la Force, s'était arrondie sous forme d’un œuf d’où était sorti Phanès, substance androgyne composée du mélange des potentialités de la première substance et de la seconde et qui fut le principe de toutes les choses visibles.
La substance plastique, modifiée par l’agent univer sel arrive à sa perfection par toutes sortes de dévelop pements, mais elle ne change pas essentiellement de nature : tous les êtres émanés de l’Être Supreme iront un jour se perdre dans son sein : Réintégration. Telle
l’initiation i5o était la conception ésotérique de la création et de l’œuf orphiques. On retrouve les traces de cette doc trine dans les ouvrages d’Orphée qui nous soht par venus, dansPlutarque (In Symposiaco. Isis et Osiris) dans Porphyre (De Myster., et De abstinent.,.) Dans Jamblique (In vita Pythagor.) et dans le Timée de Proclus.
L’œuf symbolique figurait également dans les mystères de Bakkos comme type ou image de ce qui produit et contient tout (Plutarque, In Sympos.) L’œuf du Chaos, partagé en deux, figure, encore sur une médaille de Syracuse (Sicile, Golztius, t. V, n° 3) dont le revers porte l’empreinte d’un taureau venant de heurter si violemment l’œuf qu’il en a rompu l’enveloppe d’où le monde est sorti.
Or, on sait que le taureau est le symbole du génie généra teur ou force génératrice dans toutes les Cosmogonies ; nous v reviendrons d’ailleurs. * ♦ ♦ * La substance primordiale (Akasa dans l’Inde; Telesma dans la table d'Emeraude d’Hermès ; Aor du SepherBereshit; la Lumière Astrale) se manifeste dans ¡’Univers — c’est un enseignement de la Science oc culte — par sept modes ou plans différents que les an ciens appelaient plus communément planètes.
Aussi Ja sixième hymne orphique, celle qui suit immédiate ment celle de « l’élément protogone » est-elle consa crée à ces modes, plans ou planètes. La voici :
ORPHÉE ET LES ORPHIQUES 1 5| PARFUM DES ASTRES Aromates. Je t'invoque tout d'abord Splendeur sacrée des astres ouraniens en invoquant, en une hymne sainte, les Génies (Aatpvêç) qui sont leurs chefs.
O astres ouraniens, chère progéniture de la Nuit (du chaos) vous qui gravite^ autour de son trône (sa sphère) en des orbites vertigineuses et qui resplendissant, et de la nature du feu, porter en vous les destinées de toutes choses et décrété^ le destin de tous.
Vos sept sphères (eTjacpaetç Êjœvaç) indiquent la voie divine des humanités mortelles, et Ouraniens (fuidiques) ou terrestres (matériels) dans votre course enflammée, toujours infatigables, vous décore^ le péplos téné breux de la Nuit...
Il est facile de voir, d’après ce qui précède, qu’Orphée parle ici non pas des astres avec le sens que nous prêtons aujourd’hui à ce mot, mais des sept zones cosmiques du Protogonon ou Verbe proféré, de ces sept modes de manifestation, et les termes (oupavtoi xfj0Vl0t T£) d’ouraniens (fluidiques) ou terres tres (matériels) employés par Orphée pour les spéci fier le prouvent.
Ces sept modes de la Force, du Verbe, les occul tistes les connaissent parfaitement. Dans l’Inde, les livres sanscrits les appellent Tattvas. Ce sont : i* Maha-Akasa. 2° Para-Akasa. 3o Akasa. 40 Vava. 5*Tejas. 6° Apas. 70 Prithrivi. Les Upanishads les désignent sous les termes de
152 l’initiation i° Brahmam. 2° Brahmam-Sakti. 3° Brahmam-Prakriti. 40 Sakti-Prakriti. 5° Sakti. 6° Prakriti-Sakti. 7° Prakriti. Ce sont également les sept derniers séphiroths de la Kabbale, les sept esprits (i) et roues de l’Apoca lypse, les sept planètes de l’astrologie, les sept modes ou plans de l’Univers de l'OccuItisme contemporain: i° Divin. 2° Spirituel. 3° Mental. 40 Astral (feu). 5° gazeux (air). 6° liquide (eau). 70 solide (terre).
Ce qui indique encore qu'Orphée, dans sa sixième hymne, n’envisagenullcment lesastresou sept planètes de notre univers solaire, c’est que les hymnes septième et huitième sont consacrées à Hélios (le Soleil) et à Séléné (la Lune) et seulement à eux, car, après avoir chanté la gloire d’Hélios et de Séléné, Orphée ne dit rien des autres planètes et passe de suite aux hymnes invoquant la Nature et le Grand Pan.
Mais encore ici ce n'est pas de « l'Astre du jour et de l’astre des nuits » que parle Orphée.
Ses hymnes sont plus pro fondes, plus occultes que l'on ne le pense et ce serait faire injure à ce merveilleux génie que de supposer un instant qu’il ait pu adorer ou propager l’adoration du Soleil et de la Lune, car, même chez les peuplades les plus reculées de nos jours, si le vulgaire adore les deux grands luminaires de notre univers solaire, leurs prêtres adressent leurs prières au Soleil et à la Lune invisibles, c’est-à-dire aux manifestions mâle et femelle du Dieu Inconnu. (i)Daimonès de l’hymne VI d’Orphée vers, IL — Voir notre traduction.
ORPHÉE ET LES ORPHIQUES 153 De tout temps, le Soleil et la Lune ont symbolisé, en Science occulte, les principes mâle et femelle, positif et négatif, actif et passif de l’Être Suprême manifesté dans la création. Dans « la Table d’Emeraude d’Hermès » nous trou vons : Le Soleil en est le père (du Telcsma), la Lune en est la mère. Or nous avons dit que le Telesma, d’Hermès, l’Akasa hindou étaient identiques à l’élé ment protogone d’Orphée.
Notre maître Papus dans son explication de la » Table d’Emeraude identifie le Soleil au positif uni versel et la Lune au négatif. Stanislas de Guaita écrit à ce sujet : Son père (principe actif, producteur de cet agent) est le Soleil (irradiation positive : lumière rouge : Aôd vin). Sa mère (principe passif producteur) est la Lune (Réverbération lumineuse négative : lu mière bleue : Aob vin).
Enfin dans tous les traités d’Alchimie (J) le Soleil représente l’état actif -f- de la Nature et des corps et (£ la Lune leur état pas sif — dont faction réciproque donne naissance à oo, la Lumière astrale involuant vers sa condensa- • • • tion : les quatre éléments figurés par la Croix-J-.Or nous avons vu que la Lumière Universelle, le Fluide Vivificateur était le Phanès protogone d'Orphée.
Ainsi donc ce n’est point à l’Hélios et à la Séléné physiques qu’Orphée adresse ses hymnes septième et huitième, c’est à la double nature (Stjiop^oç) de Phanès, à l’Hélios et à la Séléné symboliques, occultes.
Entends-moi, dit Orphée dans son hymne à Hélios dont le parfum est l’Encens, entends-moi, Titan, res154 l'initiation plendissant comme l'or, Loi qui éternellement em brasses du regard toutes choses... toi qui te manifestes par toi-même, ô maître du Kosmos, lumière de vie, (Çühiç cpoç) lumière qui enveloppe l'Univers...
Dans son hymne à Séléné, Orphée lui donne tous les attributs féminins, il l’appelle : féconde (¡pEpExapiç), mère du temps et identique à la femme, à la vierge (xop-n) (Isis, Vierge Céleste, Grande Lymphe). Immédiatement après les hymnes d’invocation à la 9 double nature de Phanès, l’Elément Créateur, Orphée invoque la Nature (Phusis) ou manifestation de l'état actif et passif de cet élément.
Son hymne à la Nature (1) est une des plus belles invocations que nous connaissions.
La voici, traduite littéralement : O Nature, divine génitrice universelle, génitrice experte, qui œuvre (epyavta) avec majesté créant toute chose, souveraine de génie ; Toi, qui es vivante en tous lieux, que rien ne peut asservir, ô Splendeur Radieuse, rectrice de tous ; Toi, la plus honorée et la plus magnifique; Toi l'incorruptible, née la pre mière, qu'honorent les hautes intelligences, force toute-puissante qui jette la clarté dans les ténèbres; Toi, dont la manifestation est si rapide qu'elle sem ble être du repos, pur principe des dieux, fin infinie, de toutes choses, commune à tous et seule incommu nicable, née de toi-même, sans père, toute-puissante par tes propres forces, divinité merveilleuse et floris (1) Le parfum de la Nature est l’aromate.
ORPHÉE ET LES ORPHIQUES l55 sanie qui es confondue en toute chose, qui portes la vie et la conserves, qui es à la fois aither, terre et onde, redoutable aux méchants, douce pour les hom mes justes ; Toi qui sais tout, qui es notre bienfai trice et nourrice, père et mère de tous, perfection de toutes choses, sagesse universelle; Toi qui te meus éternellement dans /’Univers avec une impétueuse vitesse, qui te fais la servante de tous et prends toutes les formes; Toi, seule, es tout, car toi seule tu pro duis toute chose.
Je te supplie, ô déité, et, avec toi, les temps fortunés, de nous donner la paix et la santé (de l'âme) et d'accorder à toutes choses une continuelle croissance (évolution).
On voit donc par cette hymne qu’Orphée connais sait la Nature sous son triple aspect, dans son triple être : i° P h anès : la Nature naturante ou nouménique, l'Incognoscible Supérieur; 2° Phusis: La Nature naturée, l’Incognoscible Inférieur; 3°Pan : la Nature élémentaire ou phénoménique. L’hymne à Pan est en effet celle qui suit immédia tement l’hymne à Phusis, c’est la dixième hymne du recueil.
Le parfum de Pan était * tous les encens » pour indiquer symboliquement que Pan était tout. Orphée appelle Pan ?o aupxav xoofioto : l’universalité cosmique. Les membres de Pan sont les quatre élé ments : O-joavov le ciel (l’air) ; 0aXaaaav la mer, l’eau ; y Oova, la terre, la matière et Ilup «6ava0ov, le feu immor tel, divin, le fluide. Voilà donc les quatre éléments qui composent
156 l'initiation l’univers ou plutôt les quatre manières d’être de cet univers : r l’état fluidique ; 2° l’état gazeux ; 3° l’état liquide; 4° l’état solide. Pan, du reste, pour Orphée, est « l'arbitre des astres », c’est lui « qui dirige l’harmonie uniververselle » et « dont la voix emplit les concerts éter nels du monde ».
C’est le xoaptoxpaTwp, le chef et le recteur du Cosmos, c’est lui « qui délimite les bornes de la matière, de la terre yaiTjc, en même temps que celles de l’élément liquide v&op, de l’eau, de l’élé ment gazeux, l’air «ptov et du feu rupo;, « élément de toute chose ». en un mot le fluide astral, la lumière vitale.
Le Denaire Orphique (Les Séphiroths.) Avec l'hymne à Pan se termine la première partie des hymnes adressées à la Divinité agissant par ses dix attributs dans le monde divin. Et ici encore nous retrouvons l'admirable esprit initiatique identique dans toutes les formes religieuses.
Ces dix attributs,ce denaire orphique, nous, les retrouvons dans les dix sephires de l’Inde et de la Kaballe, dans le denaire Pythagoricien, ainsique dans l’orthodoxie catholique sous le nom des dix hiérarchies célestes. Et ce denaire exerce son activité dans les trois mondes, sur les trois plans tonaliséspar un quatrième. Il se.divise donc en un triple ternaire totalisé dans un dernier qui réalise la synthèse. Nous allons le voir :
ORPHÉE ET LES ORPHIQUES 157 Voici d'abord, en eflet, i Nux, NuÇ : la Nuit, le Chaos, ¡’Etre Primordial Incognoscible, l’Essence des Essences, l’infini et l’indéfinissable qui est le Brahma des Séphiroths Indous, le Kether de la kaballe, les Séraphins orthodoxiques. C’est ce qui constitue A l’Essence de l’Etre absolu qui est l'infini (spora) et la Couronne Suprême (qvbyinD). — 2 Ouranos et 3 Kranos, Oupavo;-Kpovoç.
L’Espritdirecteuretson vête ment dans le Temps, c’est l’Union de l’Esprit et de l’Ame Universelle copulant pour engendrer L’Univers vivant. Wichnu et Siva, Hocmah et Binah, les Chéru bins et les Trônes. Voilà la première Trimurti hindoue, le premier ternaire du monde émanatif, du monde Supérieur, l’Aziluth kaballistique. Vient ensuite,4, VAither et, 5, Phanès : AiOíp-’Pavu.
L’Aither naît de la copulation d’Ouranos et de KroA nos; c’est le déplacement de Nux, de l’Etre Primor dial, l'Unité principe dans Ouranos: l’Espace et Kronos : le Temps, enfantant Phanès. C’est la Maïa hindoue et l’esed kaballistique, les Dominations du catholicisme.
Quant à Phanès, c’est l’irradiation des Principes Supérieurs, le Verbe Proféré né le premier (Protogonon(i), la manifestation 'de Lui-Ies Dieux c’est Oum (2) hindou et Geburah kaballistique, les Vertus. Puis c’est, 6, les 4 ousept modes de manifestation (H N’oublions pas que nous sommes dahs le deuxième Monde ou créatif avec Phanès. (21 Ouin ou Aum, la Profération de Nui en PhanèS, du Verb la Vibration universelle vitale.
i58 l’initiation de Phanès. C’est Dieu reflété dans l’un des sept dieux ou génies planétaires c’est Haranguerbehad Hindou etTiphereth de la Kaballe, les Puissances du Catholi cisme. Et avec Aither, Phanès protogène et les sept astres symboliques nous avons le monde créatif ou médian. Briah de la Kaballe.
Suivent 7, Helios et 8, Séléné HXtoç-ScXijvTj, c’est-àdire ce qui compose la double nature de Phanès, du Verbe et de ses sept manifestations : + et —, mâle et femelle, actif et passif Hod-|-et Netzah — delà Kaballe Porsch et Pradiapat des séphiroths hindous, les Archanges et les Anges. Enfin voici 9, Phusis, et 10 Pan’.
Jesod, la Victoire sur le Néant, et Malkuth, le royaume ; Phusis qui est le mâle, le fécondateur (par la lumière astrale en expansion quaternisée) de Pan. Phusis, nous l’avons vu, c'est la manifestation de Hélios et Séléné, formant à eux trois le monde for matif ou inférieur, le Jésirah de la Kaballe, c’est le par quoi s’établit la création formelle en astral. C’est le Prakrathindou des trois derniers termes de la troi sième Trimurti.
Quant à Pan (qu’Orphée fait neutre : 8 réunissant les attributs + et — précédents) c’est la Fécondée de Phusis, c’est, nous venons de le voir, Malkut le royaume des formes, du monde factif, Asiah Kaballistique,l’empire de Nux, réalisant, en bas, la synthèse épanouie et parfaite des neuf attributs divins comme Nux est, en haut, la synthèse potentielle et germina tive de l’Être Primordial, l’Ame du Monde. Pan est, avec les quatre membres dont parle l’hymne dixième
ORPHÉE ET LES ORPHIQUES 15g i Ouranos, 2 Thalassa, 3 Kthona et 4 Pur Athanathon : l’Air, l’Eau, la Matière et le fluide immortel, la multiplication quaterne ou cubique de l’Unité Principe pour la production du Devenir changeant sans cesse, c’est le navra pet d’Heraclite. C’est le Pran hindou, et l’Universelle création d’âmes des hiérarchies célestes du catholicisme. Telles sont les Séphiroths orphiques, les dix éma nations divines de la sublime Théogonie d’Orphée. Combes Léon. (A suivre.)
)&0 Les Sexes et l’Amour ’(Suite.) Pour YUltimum Organum, deux conclusions capi tales se dégagent de ce Mystère du Père, de ce secret théogonique, emprunté par Moïse et par Orphée aux sanctuaires égyptiens, et dont Jésus-Christ, dans sa prière, indique l’importance. La première conclusion intéresse l’arbre généalo gique de la science; la seconde, celui de la vie. En ce qui concerne la science, et grâce à cette clef qu'une seconde complétera s’il y a lieu, les églises, comme les synagogues et les mosquées, rétablissant les Mystères du Père, pourront par l'initiation gra duée, faire cesser peu à peu, dans l’intelligence des cultivés, l’antagonisme maintenant irréductible de la Genèse et de Y Anti-Genèse, de la Promesse et de Y Anti-Promesse. Pouvant, grâce à cette réserve des Mystères du Père et de ceux du Saint Esprit, éviter toute discus sion publique, tout changement dans l'enseignement I extérieur ou catéchisation, autorisés par la sanctifica tion du nom du Père à considérer comme sacrée la Nature, Y Éternel Féminin, la Substance organique en œuvre dans l’univers, les sacerdoces chrétiens re présentés par leurs évcques, appelant à eux les corps
LES SEXES ET L’AMOUR I 6 J savants des universités, leur donneront, quand ils le jugeront convenable, une investiture et une consé cration religieuse, s’entendront avec eux sur la né cessité d'un Ultimum Organum, instrument de pré cision nécessaire pour dresser une hiérarchie vraie des sciences naturelles et des arts correspondants, distinguer clairement leurs méthodes de celles qui sont spéciales aux sciences humaines et à la hiérar chie des connaissances divines, rattacher enfin leurs lois aux principes cosmogoniques, renfermés, au nom du Père, par Moïse, dans le texte hébreu du Sépher Bœreshith.
Ne craignez pas, hommes religieux, de reculer à l’infini les bornes de l’esprit humain. C’est aug menter infiniment, dans l’État-Social, la majesté des choses divines, la dignité des choses humaines, votre propre autorité.
Moïse, pas plus que Jésus-Christ, ne vous ont laissés sans ressources; ils vous ont, au contraire, donné toutes les réserves qui vous sont nécessaires pour entraîner la perfectibilité humaine dans son essor total vers la perfection divine.
L’abandon momentané des sciences, des arts et de la vie, au monde profane, par la fermeture et l’oubli des mystères du Père et de ceux du Saint?Esprit, à pu, en laissant les facultés intellectuelles sans guides dans le présent, sans but dans l’avenir, sans principes dans le passé, engendrer les confusions de méthodes, les antagonismes de doctrines dont la chrétienté est travaillée; mais ces maux ne sont pas sans remède, et pour les güérir, tout vous a été, tout vous sera donné'. n
IÔ2 l'initiation [Août Il ne faut pas avoir peur d’aborder résolument cet antagonisme idéologique, cette confusion de mé thodes. L'anarchie des sciences a son remède dans la science elle-même, et celle-ci est inséparable de la vérité.
La science intégrate, complète, avec ses quatre hiérarchies de sciences, chacune possédant ses mé thodes propres, toutes les quatre se confirmant dans leur ensemble grandiose, se prêtant un mutuel et magnifique concours, telle est la révélation dernière de l universelle vérité qui, au nom des Mystères du Père et de ceux du Saint-Esprit, se distribuant par l'initiation dans les Eglises, les Universités, les Etats, les foyers, conformément aux degrés indiqués par tes sexes, les âges et les rangs, peut, selon le vœu et la promesse de Jesus-Christ, mettre sur la terre l’ordre qui règne dans les cieux.
Cet ordre qui, dans les cieux, a la lumière pour moyen, a, dans l’état social, la connaissance pour lumière organique. Le redressement, par les sacerdoces autorisés, de la quadruple hiérarchie de sciences qui constituent la connaissance, est une œuvre moins difficile qu'on ne le supposerait tout d’abord.
L’œuvre très imparfaite et sans bases religieuses, tentée par Bacon en faveur de l’analyse directe, de l’expérience sensible et de l’observation sensorielle, est un exemple suffisant à démontrer qu’on peut faire, au point de vue de la science intégrale, ce qui s’est fait dans l’ordre des seules sciences naturelles. Si l’intelligence d’un individu a imprimé à l’Europe
LES SEXES ET l’aMOUR 163 I909] l’impulsion qu’elle subit aujourd'hui, que ne pourrait pas faire en faveur de la science intégrale, de la totale vérité, une union intellectuelle des évêques chrétiens, ayant, s’ils savent le vouloir, dans tous les corps sa vants de la chrétienté, le concours assuré des plus hautes intelligences et des spécialités les mieux ren seignées.
Encore une fois, les Mystères indiqués par saint Cyrille et par saint Clément d’Alexandrie offrent le cadre possible, la forme prédéterminée dans lesquels ce mouvement intellectuel peut s’opérer. L’Initiation graduée des sexes, des âges et des rangs, est également le moyen préétabli, autorisé par les précédents de la primitive Église, et par lequel ces Mystères, une fois reconstitués, peuvent être rouverts à l’intelligence et à la bonne volonté.
Enfin, dans l’admirable économie des ordres d’en seignement auxquels les trois symboles du ternaire chrétien ont donné et peuvent encore donner lieu, rien dans l’enseignement actuel des Eglises, limité à la vulgarisation, ne nécessiterait un changement ca pable de troubler les fidèles.
Le culte du Fils demeurerait ce qu’il était pour la primitive Eglise, ce qu’il est depuis la fermeture et l’oubli des Mystères réservés : l’appel général au salut et à sa condition commune : la purification moral« de chacun. C’est en dedans des cultes et dans le sein des Mys tères réservés, que les principes et les fins de cet appel, ainsi que les moyens de les réaliser dans la science, dans l’art et dans la vie, seraient, comme dans
l’initiation 164 la primitive Eglise, enseignés, révélés à qui de droit. Ainsi l’arbre généalogique de la science, rendu à la terre sacrée de la promesse, peut respirer au-dessus du monde profane, et cesser d'être profané, enfoncer ses racines dans la terre promise, déployer et plonger ses rameaux dans toutes les altitudes lumineuses de la vérité.
Ainsi chaque fruit scientifique de cet arbre symbo lique, au lieu d’être dévoré par tous sans discernement et sans méthode, peut être rattaché à son rameau d’origine, à son degré hiérarchique, laisser voir clai rement sa place dans l’ensemble, ne s’assimiler à l’entendement humain que par les yeux de l’intelli gence éclairée, que par l’art correspondant à chaque science, que par la faculté intellectuelle répondant à chaque art. Ainsi, enfin, dans la chrétienté tout entière, dans » chaque Etat, dans chaque foyer, peut cesser peu à peu la bataille idéologique du double mysticisme de l’esprit et de la matière, de cette guerre religieuse et, par suite, sociale aussi bien que politique, dont les causes générales sont dans l’antagonisme actuelle ment irrémédiable de la Genèse et de l’anti-Genèse, du Décalogue et deTanti-Décalogue de la théologie et de l’athéologie, de la promesse et de l’anti-promesse.
Cette guerre, aux batailles multicolores et multi formes, divise la chrétienté, enveloppe le christia nisme, l'étouffe, et l’empêche d’opérer, de concert avec Israël et l’Islam (en ce qui concerne les principes et les fins qui leur sont ou peuvent leur être com muns); en Europe, en Asie et en Afrique le Grand
LES SEXES ET l'aMOUR i65 Œuvre de la civilisation chrétienne, l’épanouissement complet de l’esprit humain dans la vérité par la con naissance de la vie humaine dans la réalisation de ses promesses sacrées, de l’état social tout entier dans cette organisation parfaite que Jésus-Christ appelle le royaume de Dieu et dont il a prédit l’avè nement sur la terre.
Du redressement de l’arbre généalogique des sciences dans l’intérieur des cultes, dépend celui de l’arbre de la vie dans tout l’état social. Les arts retrouvant dans les Mystères, par l’initia tion, leurs canons esthétiques, leurs principes, leurs fins, leurs méthodes, rendront facilement à la vie ses altitudes, ses profondeurs sacrées, au génie sa raison d’être, aux rapports familiaux et sociaux leur stabilité et leur majesté perdues.
Sauvés de la vénalité et de la banalité de la civili sation diffuse et purement économique où ils errent comme des dieux exilés des sanctuaires, pouvant respirer au-dessus du monde profane dans la lumière divine, ils mettront vite un terme à leur propre pro fanation, et redeviendront aisément ce qu’ils furent dans l’ancienne Grèce, les révélateurs conscients de la beauté parfaite, figure adorable de la parfaite vérité.
Et parmi tous les arts, il en $st un surtout que, seuls les Mystères du Père et ceux du Sainl-Esprit peuvent rendre dans sa beauté et dans sa vérité di vines à la faculté humaine qui l’appelle. Cet art, qui correspond à l’ontologie dans l'ordre des sciences, répond à la maternité dans l’ordre des facultés.
I 66 L ÎMTIATIÛN Il peut donner lieu au redressement progressif de toute la faculté féminine, au rétablissement des Initiations spéciales que les femmes grecques trou vaient en Grèce dans les sanctuaires réservés qu’Orphée avait institués pour elles, et que, peut-être, les femmes chrétiennes possédaient dans la primitive 9 Eglise ; car, pendant un certain temps, en Egypte et en Ethiopie, elles ont eu leur prêtrise appropriée.
Le Mystère du nom du Père semble autoriser une double Initiation, l’une réservée à la faculté mascu line, l'autre à la faculté féminine. Dans ce Mystère, on peut entrevoir que si le prin cipe masculin exerce son autorité et le déploiement de ses forcescosmogoniques surfessencedes Etres,le prin cipe féminin dans l’univers déploie son autorité et ré vèle ses puissances à travers leur substance organique.
L'essence des Etres relève d'ZoiZ, la faculté mâle à'Iod Hé-Vau-Hé: mais leur existence et leur subsistance, leur transformation et leur conservation relè vent de Hé-Vau-Hé, faculté féminine, véritable épouse du Père que nous nommons la Nature. L/Amour qui les unit à jamais a été, par toutes les anciennes cosmogonies, reconnu comme le prin cipe et la fin de leur indissoluble Unité.
Sanchoniaton, Moïse, Orphée sont d'accord sur ce point comme sur bien d’autres. La Nature unie à Dieu par la force, par le lien mutuel de l’amour, engendre de rien tout, et, sans ce lien suprême, qui est l’autorisation de l’union des sexes et du mariage, cet engendrement qui constitue l'univers tomberait à rien.
LES SEXES ET L* AMOUR 167 Dans les ternaires chrétiens, ['Esprit divin, le Saint-Esprit, est l’amour même, le souffle de vie, en ce qui concerne l’animation psycurgique ou vitale A des Etres, la Vérité, la Sagesse, en ce qui regarde leur animation intellectuelle, leur résurrection spirituelle, dans l’homme et dans les hiérarchies d’êtres qui le relient à la divinité. Son vrai nom se trouve dans la cosmogonie com mune aux trois cultes.
I Dans la pensée de Moïse, [^Saint-Esprit n’est pas une abstraction (les prêtres égyptiens, ses maîtres, ne perdaient pas leur temps en rêveries métaphysi ques) ; mais une force dans la hiérarchie des forces divines.
Cette puissance divine, l’initié du temple d’isis et d’Osiris la nomme Rouâh Œlohim le souffle roulant de Lui-Elle-Les Dieux ; et en descendant la hiérar chie des forces cosmogoniques.suivant la méthode des sciences divines, elle est à une quarte diatonique de la lumière, la précède et la crée dans tous les chaos, quels qu’ils soient.
La femme est à l’homme, dans l’état social, ce que la nature est à Dieu dans l’Univers, ce qu’une faculté est à un principe dans n’importe quel point de la hiérarchie des activités, ce que la durée est au temps, l’étendue à l’espace, la forme à l’esprit, la clarté au jour, la chaleur au feu, la terre au ciel. Mais pour que la réciproque soit vraie, il faut que l’homme soit pour la femme le représentant réel de Dieu, la figure vraie de son image. Sans la religion, sans l’initiation cette condition ne peut être remplie^
i68 l’initiation et le lien, la force qui unit Dieu et \aNature netrouvant pas dans l’homme de support intellectuel et moral suffisant, laisse le mariage et les foyers, les unions et les générations, abandonnés au hasard, à l’inconscience, à l’ignorance et a la faiblesse ontolo gique qui en résulte.
Si la Grèce, religieusement constituée par Orphée, a produit par milliers de puissants génies et de beaux caractères, ce n'est ni à son climat qu’il faut les attri buer, mais à la force des Unions conjugales, à la science, à l’art de la maternité. Aionstesquieu a constaté judicieusement que la vertu des épouses grecques était aussi proverbiale que leur grâce et leur science maternelle. 11 n’observait cependant qu'un résultat.
Particulièrement attentif à l’esprit des lois, il ne vit pas que ces dernières sont presque toujours le produit moyen des mœurs et de la foi, et que la vertu, ressort moral des républiques, selon lui, n'est pas un fruit qui naisse des seules institutions politiques, ni de la seule parole des législateurs ou des rhéteurs, des philosophes ou des sophistes.
Si la faculté féminine et maternelle a jeté sur la Grèce un si pur et si providentiel éclat, si les généra tions y ont été belles et puissantes, c’est aux Initia tions religieuses spéciales aux femmes et à la consti tution organique des foyers qu’il faut en demander la raison première. Je neveux pas ici soulever le voile de ces profonds mystères de la vie, et je dois me borner à susciter les autres à penser.
LES SEXES ET LAMOUR 169 Il me suffira de souligner encore cette parole de Jésus, admirablement concordante avec les rituels d’Orphée et le secret théogonique renfermé par Moïse dans Thiéroglyphe statique de la Divinité. Que votre nom soit sanctifié !
Dans certains pays d’Europe et ailleurs, la ques tion féminine, agitée au point de vue civil et même politique, donne lieu à des confusions qui peuvent devenir aussi préjudiciables à la paix des Foyers, au repos de la Cité, qu’au bonheur réel des femmes.
9 La Cité et l'Etat, les choses civiles et politiques, sont le triste apanage de l’Homme, et il ne se le ver rait momentanément disputer que pour le ressaisir tôt ou tard, en accablant du poids de ses droits le Sexe mal inspiré qui en aurait revendiqué le far deau.
Mais dans le Foyer, dans la Famille, dans la Civi lisation, dans FEconomie organique de la Vie, la femme, comme Hevâh dans le nom du Père,comme la Nature dans la Constitution de FUnivers, n’est pas la moitié, mais les trois quarts du Principe mas culin.
Génératrice et conservatrice de la vie, des arts, de la civilisation, gardienne des générations, investie par la Nature de l’autorité de substance, c’est dans cet ordre qu’elle peut souhaiter, pour son bonheur, pour celui de l’homme et de l’État social tout entier, de rentrer religieusement, par l’initiation, dans tous ses droits, d’accomplir tous les devoirs que comportent ses Facultés. Les seules sciences de la Nature, par les arts qui
l’initiation 170 en résultent, traitent déjà l’Arbre de vie avec une cer taine religion, dans les règnes inférieurs à l’homme. Les essences végétales, les espèces animales sont soigneusement distinguées, sélectées, cultivées et poussées vers la perfection que comporte leur degré de perfectibilité. La culture des générations humaines ne réclame ni moins de Science, ni moins d’Art.
Les principes et les fins des unions et des mariages, l’élevage, l’éducation, l’instruction au foyer, doivent être traités avec au moins autant d’intelligence que * l'accouplement des chevaux ou des taureaux, l'éle vage et l'entraînemént des poulains.
Jusqu’à présent cependant, dans la Chrétienté, dans Israël, dans l’Islam, la faculté féminine de l’homme, abandonnée à elle-même, subit en plein hasard la fatalité des générations, et la faculté mater nelle, livrée à ses seuls instincts, est loin de porter les fruits divins que comporte sa triple nature plas tique, psycurgique et intellectuelle, et qu’elle génére rait certainement si la Science et l’Artde la maternité rendaient à la femme la lumière providentielle et la conscience vitale de sa Prêtrise.
C’est dans les Mystères du Père et dans ceux du Saint-Esprit^ c’est dans l’initiation à ces Mystères que VUltimum Organum peut indiquer la possibilité d’un développement complet de V Arbre de science, d’un épanouissement parfait de l'Arbre de la vie. Saint-Yves d’Alveydre.
Le Magnétisme du globe. (Suite et Jin.) LA RELIGIOSO-PHILOSOPHIE L’esprit du monde gouverne celui-ci par la loi de l'attraction morale universelle, dont le Christ fut une incarnation. * La religioso-philosophie domine la politique et conduit l’humanité.
La religioso-philosophie rationnelle, unique, seule possible, est chrétienne ; elle a pour base la loi de l’attraction morale proclamée dans les évangiles et développée dans ses conséquences par les chefs mo raux et missionnaires principaux de l’humanité à savoir : i° Période romaine. — Le Christ, saint Jean,.saint Pierre, saint Paul, Origène et Tertullien.
2° Période franke. — Lactance, saint Ambroise, saint Augustin, Cassiodor, saint Colomban, saint Grégoire le Grand. 3° Période catholique. — Scot Éngène, Gerbert, Hildebertde Tours, Abeiiard, saint Thomas d’Aquin et Bonaventure. 4° Période française, — Acam, d’Ailly, Luther, Bèze, Descartes et Bossuet.
1?2 l’initiation L’attraction morale est réciproque. Il en résulte une influence morale considérable du milieu social sur les individus qui le composent. Cette influence se transmettant par le milieu physique, par le ma gnétisme terrestre, la régularité, l’activité et l’énergie de celui-ci régularisent * activent et rendent plus énergique l’influence du milieu social, qui, dès lors, s'élève à des conditions supérieures.
Telle est, en général, l’influence des lieux. La périodicité des mouvements magnétiques fournit la périodicité des mouvements moraux, religioso-philosophiques, politiques et guerriers et constitue l’influence des temps et des lieux, dont V Humanité est une étude développée. C’est la première étude de ce genre.
Elle écartera beaucoup de conjectures et, comme je l’ai dit déjà, elle fournira à l’histoire, à la religioso-philosophie et à la politique quelques points plus élevés pour mieux apprécier les faits, et des principes plus sûrs de jugement et de conduite. Elle permettra, je pense, de prévoir les événements, de les prévenir et de les diriger.
Depuis trois ans que ^Humanité est commencée, bien des idées ont été émises, bien des événements considérables se sont accomplis, que l’on y trouvera indiqués. Plusieurs de ces événements eurent lieu comme si les directeurs des mouvements s’étaient inspirés de ce travail.
LE MAGNÉTISME DU GLOBE '73 LES TEMPS ET LES LIEUX Les influences des temps et des lieux sont scienti fiques. J’ai dû les développer scientifiquement, bien qu’elles puissent, pour la plupart,être rétablies histo riquement. L'appréciation des causes physiques qui produisent ces influences permettra de préciser les faits, de les coordonner et d’en faciliter l’étude. Les influences des lieux sont géologo-magnétiques.
Je n’ai pas pu développer suffisamment ces dernières dans \' Humanité, bien qu’elles aient une importance majeure. Je compte le faire dans un travail spécial. La race humaine a débuté dans la vallée europoasiatique pour des raisons magnétiques et géologomagnétiques. Elle s’est déplacée pour des raisons semblables de Babylone à Londres, en passant par Thèbes, Jérusalem, Tyr, Athènes, Rome, Metz,Cluny et Paris.
Ces capacités furent des centres de régions ou régnait momerttanément, c’est-à-dire pendant une période quinquaséculaire, la plus grande vitalité. Le peuple doué de la plus grande vitalité est, a toujours été et sera toujours le plus actif et le plus intelligent ; il dominera et brillera ; il tirera parti de tous les sites et de toutes les positions géographiques.
Le peuple qui manque de vitalité reste inerte, nul et misérable dans les positions reconnues les plus favorables du monde. L'Humanité, dira-t-on, en écartant beaucoup de
’74 l'initiation fantaisies et de conjectures de la religioso-philosophie l’importance du rôle des hommes. Aucune loi ne saurait être fatale. Je dois mourir, je lésais! L’humanité et les peuples sont mortels comme les hommes, pourquoi ne le sauraient-ils pas? La vie complète d’un peuple est de quatre périodes quinquaséculaires ; celle de l’homme est de quatre pé riodes seizeinnales, plus deux ans.
Deux périodes sont ascendantes et de développement, deux périodes sont descendantes et de dépérissement pour les peuples comme pour les hommes. Dans chaque période de sa vie le peuple comme l’homme a son tempérament, ses aptitudes et ses caractères particuliers. Qu’y a-t-il là de fatal ? L’homme ne conserve-t-il pas assez de libertéd’action ? Et pourquoi en manquerait-il sachant que son existence est limitée et sa fin inévitable ?
Les missionnaires de l’humanité sont-ils amoindris parce qu'ils arrivent dans des conditions données et qu’ils ont à remplir une mission plus ou moins définie ? Que l’on se rassure: l’obéissance aux lois de Dieu donnera aux missionnaires des mérites suffisants, car les missions peuvent être bien ou mal remplies * quelle que soit l’influence des temps et des lieux.
Qu’y a t-il de fatal à ce que les peuples sachent que, pour eux comme pour les hommes le châtiment est à côté du crime. Est-ce une fatalité que de connaître les moyens que Dieu emploie pour corriger ou diriger, dans les cas donnés, les peuples comme les indi vidus? Quel mal y a-t-il à ce que les gros bataillons sachent
LE MAGNÉTISME DU GLOBE Ij5 que, s’ils sont chargés de l’exécution d’ordres iniques, ils seront battus sur les champs fatidiques qui dou blent et triplent les forces de leurs faibles adversaires et les rendent invincibles ?
Et pourquoi, les systèmes politiques et religiosopolitiques usés ne sauraient-ils yasqu'aucune intrigue, qu'aucun effort moral, matériel, régulier ou convul sif ne peut leur rendre la force et la vigueur ; qu'ils doivent se transformer ou mourir ?
La loi de l’influence des temps et des lieux paraîtra choquante, fatale, amoindrissante vis-à-vis de la fan taisie, delà spéculation et de la conjecture, comme le chrétien civilisé paraît esclave vis-à-vis du peau-rouge.
Le rationalisme chrétien né avec ScotÈrigène, il y a dix siècles déjà, a eu maille à partir avec bien des spéculateurs fantaisistes et autres ; il a passé depuis lors par bien des phases, il en traversera encore d'autres ; ce n’est pas du jour au lendemain qu’on fait admettre un système complet d’idées nouvelles quand bien même ce système serait évident et appar tiendrait au rationalisme chrétien.
L’idée chrétienne elle-même a dû employer dix-huit siècles à la prépa ration d’un milieu social imprégné de quelques sen timents chrétiens.
Les hommes d'ordre, de régularité et d'habitude dont les promenades favorites sont les allées régu lières d’un parc bien planté, où ils peuvent recueillir les magnifiques produits de la culture séculaire et les étaler en bousquets artistiques, trouveront longs, abruptes et fatigants les sentiers que j’ai dû tracer à
176 l'initîation la hache au’milieu de la forêt vierge et dans lesquels je me suis souvent égaré, entraîné par l’exubérance de la nature que j’avais devant moi. Bien des fois je me suis aperçu que j’allais trop loin dans telle ou telle direction et alors je revenais sur mes pas. A quoi.cela m’a-t-il servi, puisqu’en changeant de direction je me trouvais toujours devant les mêmes espaces et dans les mêmes conditions ?
Autre chose est de coordonner et de polir quelques lignes de souvenir et de réminiscence, et autre chose est d’établir des systèmes vrais de science, d’histoire, de politique et de religioso-philosophie. Pour me résumer, voici quelle est la conclusion de mon tra vail sur Vhumanité.
« Malgré toutes les lacunes, toutes les longueurs, tous les changements d’allures et de direction, tous les désordres et toutes les défectuosités que l’on voudra découvrir dans ce travail, l’homme intelligent et de bonne foi, avec un peu de peine, y trouvera peut-être : « La marche, réelle, naturelle, forcée de l’huma nité. « Le déplacement périodique de son centre d’action et de son noyau.
« Le mouvement physico-moral ou religioso-poli tique ascendant continu, mais toujours périodique de l’humanité, avec ses incidents, ses variations, ses modifications et les caractères de ses périodes. « L’établissement de la période séculaire humani taire, de ses époques et de ses phases. L’esprit, le caractère, les tendances, les allures, la raison d’être • de chaque époque et de chaque phase.
LE MAGNÉTISME DU GLOBE ’77 « L’analyse de la vie complète d’un peuple, com posée de ses deux termes, formés chacun de deux périodes quinquaséculaires ; ainsi que les idées, les caractères, les tendances, les allures, la raison d etre, les besoins matériels et moraux, les formes de gou vernement nécessaires et inévitables des peuples dans les quatre périodes quinquaséculaires de leur double terme ou de leur vie complète^ « Les points de vue desquels doit être dessinée l’histoire vraie.
« Les bases de toutes les religioso-philosophies. « Les points d’appui de la politique rationnelle. « La situation européenne actuelle, situation qui permet à tous les missionnaires religioso-philosophes et politiques, c’est-à-dire à tous les hommes destinés à exercer une influence marquante sur leurs sem blables, de penser et d’agir avec connaissance de cause.
« La mission de la période qui commence aujour d’hui. » On trouvera en outre dans mon travail des notions scientifiques sur l’ethnographie, telles que: « Le groupement naturel des familles, des races et des sous-races. « L’établissement des hégémonies et tout ce qui les concerne. L’importance réelle, naturelle, religiosophilosophique, politique et guerrière des régions nodales et des dynasties.
« La fédération primitive, naturelle et perma nente, et la concentration nationale, momentanée ou temporaire sous une action passagère. 12
l’initiation 178 « Je pense avoir suffisamment défini la mission de la période humanitaire qui commence, tout en taillant de la besogne à cette période, dont le travail consistera en majeure partie dans les développements des conséquences scientifiques, physiques, climaté riques, géologo-magnétiques, physico-morales, religioso-philosophiques, idéalistes et naturalistes du Magnétisme du globe et de l’Humanité. » Je viens d’exposer avec une bonne foi absolue et une conviction profonde les idées nouvelles que le Magnétisme et Y Humanité ont pour mission de faire prévaloir.
Je soumets ces travaux consciencieux à l’apprécia tion des hommes éclairés et des savants, exempts de préventions, qui veulent connaître la vérité, à quelque prix que ce soit, dût-elle froisser leur amour-propre et renverser les fondements d’une scienee lentement et péniblement acquise.
Si je réussis à convaincre quelques-uns de ces amis sincères du progrès et si mes travaux les enga gent à pénétrer plus avant dans la voie que j’ai frayée au milieu de déboireset de difficultés de toute espèce, je me résignerai facilement à subir le sort que me préparent les savants qui se croient infaillibles et les ignorants de bonne foi qui traitent de visionnaires ou d’illuminés tous ceux qui s’écartent des sentiers battus par la routine, et des- routes royales tracées» par les princes de la Science, Mons, le 15 octobre i865. Capitaine Bruck.
PARTIE LITTÉRAIRE CHEVALIER DU CHRIST! A Monsieur Dace. Le visage serein paré d’un regard pur, Le front souvent penché dans une humble attitude Quand la prière vient bercer sa solitude, Il sait être petit et sait rester obscur.
Cherchez-le loin du monde et loin de toute gloire; Les hauts sommets pour lui dépouillent leur grandeur Et parfois il sourit en voyant la candeur Des appétits tournés vers cette coupe et boire Comme un divin nectar la folie et l’orgueil. Il va tendant la main, soulageant la misère, Compatissant à tous et pour lui seul austère ; A qui souffre il apporte un consolant accueil.
Il a choisi la vie en sa traverse dure ; Il s’est fait serviteur de tous les malheureux ; Il donne sans compter ses secours chaleureux Au faible terrassé par les maux qu’il endure. De lui, jamais un mot contre l’adversité ; Impassible devant la douleur qùi le frappe De son cœur tout meurtri pas un seul cri n’échappe ; Il offre sa souffrance à notre humanité.
Insensible qu’il est aux plaisirs de ce monde, Cette souffrance même est source de sa joie ; Tous les faix qu’il supporte et sans jamais qu’il ploie Auréolent son front que ce bonheur inonde.
8o l’initiation C’est en vain qu'en la foule on veut l’apercevoir ; Rien ne le fait connaître entre tous ses semblables Sinon ses bras ouverts et toujours secourables Et son pas dirigé vers le champ du devoir, 11 plaint tous les puissants de leur grande richesse, Il voudrait leur montrer, qui s’ouvre sous leurs pas, Le gouffre où s’engloutit tout charme d’ici-bas ; Et pour eux, cependant, il va prier sans cesse.
Mais ce dont il est fier, c’est quand sur son chemin 11 voit le malheureux qu’il a sauvé la veille, Dont l’âme a son regard soudain s’ouvre et s’éveille, Sourire à son passage et lui donner la main. Il sait montrer la voie engendrant le sourire, Un mot de lui console et fait naître l’espoir Comme un enchantement qu’on croit apercevoir, Il retire la crainte à l’âme qui soupire.
Si vous le rencontrez en n’importe quel lieu, Que vous lui demandiez de vous faire connaître De quel endroit il vient et puis quel est son maître, Il étendra ses bras et vous répondra : < Dieu E. Amet. Langeac, juillet 1909.
LES BAISERS DIVINS Le baiser de la Peinture ( i ). Du parvis des séjours où la Lumière-Esprit De l’Absolu jaillit, aux dieux même invisible, Elle s’en vient, drapée en ses feux qu’elle prit Comme ils irradiaient à travers le Sensible : Les sept couleurs du Prisme et les autres qu’inscrit Lentement la science humaine au vol pénible Auréolent son front immortel qui sourit Et trament son pcplos d’un éclat indicible.
Elle va vers celui dont les illusions Mayaviques ont clos les hautes visions Mais en qui vibre encore la Beauté Souveraine. Et là, l’initiant dans son art merveilleux, Avec lui communie au magisme des lieux Que revêt de splendeurs la Nature sereine.
Combes Léon. (î) « Ces baisers » sont extraits d’un recueil de vers : Toute la lyre des baisers ! divisé en quatre parties : i® Les baisers infernaux ; 2® les baisers infâmes ; 3® les baisers angé liques ; 4° les baisers divins.
182 l'initiation Le baiser de la Poésie. Lyre humaine vibrant aux souffles des espaces, A ces impressions subtiles et fugaces Que le vulgaire ignore et qu’il raille, odieux, L’enfant poète est né de la race des dieux... Mais il n’a point encor, avec puissance ou grâce, Traduit en rythmes d’or chaque rêve qui passe Sur son âme, lac pur, comme un nuage aux cieux. Les bois, sans les zéphyrs, restent silencieux... Ln jour, pourtant, les mots s’animent dans sa fièvre, De sublimes accents montent jusqu’à sa lèvre Ln délire inconnu l’étreint et le confond..., C’est que venant du ciel, une forme voilée, Ln ange de splendeur à la robe étoilée A passé dans sa vie en le baisant au front. Combes Léon. ♦ * ♦ Le baiser de la Musique. Les Voix de la Nature et les chants de la vie, Les mystérieux chœurs des astres d’or aux cieux, L’immense symphonie à laquelle convie Le Principe Incréé : choses, hommes et dieux, Ont frappé de l’enfant la jeune âme ravie Et la hantent depuis d’échos mélodieux, Comme seul les perçoit chaque être en la survie Quand-la mort en a fait un ange radieux I
l,ES BAISERS DIVINS 183 Or, voici que, ceignant sa cithare tendue, De l’Hélitkon mystique Euterpe est descendue, Et par les noirs sentiers où l’Adam suit son but, Elle s’en est allée au chevet du poète, Pensif et se cherchant en son âme inquiète Puis, sur son sein vibrant, a laissé choir son luth. Combes Léon.
/84 LES ESPRITS DANS LA FERME Extrait du Matin icr mars 1909. Brest, 28 février. — Dépêche particulière du < Matin ». — Depuis longtemps, dans la région de Morlaix, on racon tait qu’à côté de Pleyberchrist il y avait une ferme hantée où chaque soir, la nuit venue, les < esprits » menaient un terrible sabbat.
Ames errantes ? loups-garous ? poulpiquets ? on ne savait... et c’est pourquoi désireux d’avoir des renseignements plus précis sur ces nouvelles manifes tations des hôtes mystérieux de nos landes bretonnes, je me suis rendu hier à la ferme de Ker-Rolland.
Située sur la route de Commana, sur le versant nord d’un vallon profond et pittoresque, à 2 kilomètres du bourg de Pleyberchrist, la ferme est tenue par M. Ollivier Quémener, âgé de soixante ans, et sa femme. Ils sont aidés dans l’exploitation des terres par leur fils Jean-Yves, vingt-huit ans, sa jeune femme et un garçon de ferme. Les jeunes époux ont quatre enfants, dont l’aîné a six ans.
Voici fidèlement rapportée la conversation que j’eus avec eux : Le père Quémener. — Voilà dix-neuf ans passés, depuis la Saint-Michel, que j’habite la ferme et, presque chaque soir, nous entendons du bruit ; tantôt on remue la clef de l’armoire qui, tout à coup, s’ouvre à deux battants, et une main invisible heurte les battants l’un contre l’autre avec un bruit épouvantable. Je lance parfois mon sabot contre l’armoire mais, quelques minutes après, le sabbat recommence.
LES ESPRITS DANS LA FERME i85 — N’avez-vous pas cherché à savoir ce que c’était ? Le père Quémener. — Mais si. Plusieurs fois j’allumai ma chandelle. Mais à peine ctait-elle allumée que je per cevais distinctement un souffle, comme celui sortant d’une bouche humaine, qui l’éteignait. — Et vous n’essayiez pas de la rallumer ? Le père Quémener. — Si, mais quand je cherchais mes allumettes je ne les trouvais plus.
L’esprit les avait enle vées et le bruit recommençait. Je lançais de nouveau mon sabot ou un autre objet. Il y avait un instant de silence et ça recommençait. Nous ne pouvions pas dormir. Le fils Quémener. — Moi, le soir, j’ai senti plusieurs fois comme deux mains qui s’appuyaient sur mon ventre au point de m’arrêter la respiration. •— Et vous n’essayiez pas de voir ce que c’était ?
Le fils Quémener. — Si 1 J’étendais les mains, mais elles ne rencontraient que le vide. La bru. — Depuis que je suis arrivée en la maison j’entendis bien du bruit. La nuit surtout. On frappait à la porte comme avec un marteau. — Et vous n’avez pas peur ? La bru. — Ma foi, non 1 Ça empêche souvent mon mari, mon beau-père et ma belle-mère de dormir, mais moi je n’en fais plus de cas. Ils peuvent frapper tant qu’ils vou dront.
Ce n’est pas ça qui m’empêchera de dormir. Le domestique. — J’ai souvent entendu du bruit dans la maison. Mais c’est surtout dans l’écurie. Celle-ci est située à trente mètres de la maison où je passe la nuit, à cause des chevaux, et j’entends des bruits de marteaux comme si on enfonçait des pointes dans le bois. — N’avez-vous pas cherché à vous rendre compte de ce que c’était ? — Le domestique. — Pourquoi faire ?
On m’aurait éteint ma chandelle, comme à mon patron. — Et vous pouviez dormir ? Le domestique. — Ma foi, pas trop. J’ai passé souvent de bien mauvaises nuits. Mais encore pas comme mon
i86 l'initiation frère. Il a travaillé pendant quelque temps à la ferme avec moi et a couché quelquefois, seul, à l’écurie, mais il n’a pu y tenir, et il a quitté définitivement cette ferme, où il disait qu’il s’y passait des choses qui n’étaient pas natu relles. Le père Quemener. — Notre voisin de la ferme de Kergoat-Bihan, qui touche nos terres, est venu passer une nuit dans la chambre où nous l’avons laissé tout seul.
Pendant que nous, nous couchions en bas. Le lendemain matin, il est descendu tout pâle, la chemise toute trem pée de sueur et, avec une voix entrecoupée par la pro fonde émotion que lui avait causée son séjour d’une nuit dans la chambre, il nous a dit : « Vous me donneriez tout l’or du monde, que je ne voudrais plus recommencer. J’en tremble encore ! C’est épouvantable I » — Les bruits continuent-ils toujours ?
Le père Quemener. — Oui, presque tous les jours. Mais, maintenant, c’est dehors qu’ils se font entendre. — Comment ça ? Le père Quemener. — Oui. Le vicaire, M. Merret, est venu. Depuis les esprits ont quitté la maison. Il les a exorcisés. Il a dit quelques prières et ils sont partis. Ils ne font plus du tout de bruit, dans la maison, non !
Ils se contentent seulement de frapper du dehors, à la porte sud, pendant la nuit. — Et vous ne faites pas revenir le vicaire pour les faire partir définitivement ? Le père Quèmener. — Pourquoi faire ? Puisqu’ils ont quitté la maison ! — Et vous ne songez pas à quitter la ferme ? Le père Quémener. — Oh ! non I Nous sommes habi tués maintenant ! Et puis, si les esprits sont bruyants, en tout cas, ils ne nous ont jamais fait de mal. A part mon fils. Si l’on peut appeler mal lui avoir pressé un peu le ventre !
ÉCOLE PRATIQUE DE MAGNETISME ET DE MASSAGE 187 École pratique de Magnétisme et de Massage Les examens de VÉcole pratique de Magnétisme et de Massage ont eu lieu publiquement le 3 et 4 juillet, au siège de l’école, 23, rue Saint-Merri, devant de nombreuses personnalités médicales et scientifiques.
Le Jury d'examen était composé des professeurs: M. Durville, M. Fabius de Champville, docteur Encausse (Papus), docteur Moutin, Haudricourt, docteur Ridet, docteur Pau de Saint-Martin, il décerna, d’accord avec la Commission de Contrôle, le Diplôme de Masseur prati cien à Mlle Jacques, M. Célérier, M. Aubert, M. Delaruelle, M. Ranger, M. Gourtay, Mme Joset, M. Pierre, M. Falque, M. Baty, M. Hébére, M. Marnel, M. Point.
Dans la section de Magnétisme : 9 élèves sur 11 postu lants, reçurent le Diplôme de Magnétiseur praticien dans cet ordre : M. Delaruelle, M. Célérier, M. Pierre, M. Hébère, Mme Joset, M. Aubert, M. Labrousse, M. Point, M. Dutrait.
Le Jury d'examen sous la présidence de M. Fabius de Champville, d’accord avec la Commission de contrôle a remis à M. Célérier le premier prix d’instruction et la médaille d’argent, à M. Delaruelle et Mlle Jacques les deuxième et troisième prix. Le corps des professeurs avait pour la quatrième fois à attribuer le Prix du docteur Surville.
Cette haute distinc tion est destinée à récompenser, d’après la volonté du testataire, le Magnétiseur, masseur ou médecin appartenant à l’école, et ayant obtenu le plus grand nombre de guéri sons dans l'année par l’emploi du magnétisme combiné ou non avec le massage, mais à l’exclusion de tout médi cament. Après délibération le titre a été remis à M. V. Lelong, masseur professionnel, à l’unanimité.
188 l’initiation Enfin le Jury d’examen examina la thèse que soutint Mme E. Mac Kenty sous ce titre la Polarité dans l'Univers. Mme Mac Kenty, femme de lettres, appréciée non seulement en France mais de l’autre côté de l’Atlantique, après avoir exposé sa thèse dans un cours improvisé et répondu aux questions posées par tous les professeurs a été admise à professer le magnétisme.
Le diplôme de professeur qui en fait foi a été remis à Mme Mac Kenty à la séance de la société Magnétique de France du io juillet. Congrès international de Psychologie Expérimentale Appel à tous les spiritualistes. La Société magnétique de France, adoptant la propo sition de M. Hector Durville, a décidé l’organisation d'un grand Congrès international de Psychologie expérimen tale, qui tiendra ses assises à Paris, à la fin de 1910.
Ce Congrès a pour but d’asseoir l’expérimentation psy chologique sur des bases plus solides et moins discutables, et d’établir les bases d’une Psychologie véritablement scientifique. Il resserrera plus étroitement les liens desympathie, de confraternité et de solidarité qui unissent déjà les spiritualistes et leurs groupements.
II fera connaître, au moyen d’études spéciales, d’expositions, de concours, tous les progrès accomplis depuis dix ans dans le domaine de la Psychologie expérimentale. Le Congrès international de Psychologie expérimen tale de 1910 sera une manifestation plus grandiose encore que les Congrès précédents, qui ont pourtant donné des
CONGRÈS DE PSYCHOLOGIE EXPERIMENTALE 18g résultats très imposants. Il n’est pas organisé dans le but de favoriser une École, une Méthode ou une idée, car toutes les écoles y seront représentées, on étudiera toutes les Méthodes et les idées les plus opposées pourront y être discutées.
Désireuse de profiter de toutes les idées, la Société magnétique de France envoie un Référendum aux chefs du mouvement spiritualiste de France et de l’Étranger en leur demandant : i° Ce qu’ils pensent du mouvement projeté, et s’ils jugent à propos d'en modifier l’organisation.
La base de cette organisation consiste à diviser les travaux du Congrès en sections indépendantes : Spiritisme, Magnétisme, Hypno tisme, Occultisme, Théosophie, Psychologues indépen dants, Photographie transcendentale, etc. 2° Quelles sont les questions qu’ils voudraient voir trai ter ou mettre au concours ; 3° Quel doit être le taux de la cotisation exigée de tous les membres du Congrès; 4° Enfin, leurs observations motivées.
En novembre prochain, la Société magnétique de France réunira les personnalités du monde spiritualiste, dont beaucoup ont déjà promis leur adhésion, et fera con naître les réponses au Référendum. Le comité d’organisa tion sera constitué à ce moment avec des représentants de chaque branche des connaissances qui seront traitées au Congrès.
Les frais de l’organisation sont supportés par la Société magnétique de France qui, dans sa dernière séance, a voté un crédit dans ce but. Son président, N. G. Fabius de Champville, a encore montré son dévouement à la cause en invitant tous les chercheurs à se mettre résolument au travail pour que cette manifestation pose définitivement les sciences.psychiques sur un terrain scientifique.
l’initiation 190 LIBRAIRIE DU MAGNÉTISME H. Durville, éditeur. 25, rue Saint-Merri, Paris. La Librairie du Magnétisme, qui est la plus puissam ment organisée des librairies spéciales, édite tous les bons ouvrages traitant du Magnétisme, de l’Hypnotisme, des Sciences occultes et de la Médecine usuelle.
Elle publie un catalogue complet révisé tous les trois mois, et procure les ouvrages parus sur la question même en dehors de son fonds, aux prix d’édition et les envoie franco de port. Elle possède les jeux de tarot, de nom breux ouvrages rares, et les cède à bon compte.
Elle donne en prime gratuite le Journal du Magnétisme, organe maintenant mensuel, le plus fort tirage de toutes les Revues spiritualistes, qui rend compte de toutes les nouveautés en bibliographie, à tous les abonnés de VInitiation à la condition qu’ils s’adressent directement à la Librairie du Magnétisme. Elle répond immédiatement à toutes les demandes de renseignements.
Tous ses envois sont faits franco, contre timbre fran çais, mandat-poste, chèque ou lettre de change, à l’ordre de M. H. Durville, 23, rue Saint-Merry, Paris, IV® arron dissement, soit par la poste, soit en colis postal. — En ajoutant o fr. ¡0 pour la France, o fr. 25 pour l’étranger, tous les envois sont assurés ou recommandés.
Le catalogue complet de la Librairie du Magnétisme, accompagné d’un numéro spécimen du Journal du Magné tisme et de la Revue graphologique, est envoyé gracieuse ment sur demande. Mme E. Mac Kenty. — La Polarité dans TUnlvers avec un dessin frontispice en couleur de Noël Dorville.
LIBRAIRIE DU MAGNETISME IQI Prix : 3 fr. 5o. En dépôt à la Librairie du Magnétisme, 23, rue Saint-Merri, Paris. C’est la thèse que vient de soutenir si brillamment Mme Mac Kenty à VÉcole pratique de Magnétisme, un établissement de la Société Magnétique de France, et qui a obtenu l’approbation de tous les professeurs. Cette œuvre est le fruit d’un travail vraiment personnel, c’est une syn thèse de toutes les sciences occultes.
Elle diffère de tous les grimoires obscures et incompréhensibles par la nettete' et la clarté de ses enseignements. Je ne puis résister au désir de mettre sous les yeux de nos lecteurs une partie de ce travail, celle qui concerne l’astral. Ii y a dans l’Univers la vie visible: les Êtres cor porels. « La vie invisible : l’Astral. L’Astral est la cause de perceptions et des idées, c’est le médium cosmique, il est neutre.
Les êtres corporels {—) sont les reflets des forces spirituelles (-|-). Dieu est la force positive par excellence, et toute substance créée est une surface réfléchissante qui peut être comparée à un miroir où se réverbère l’image de Dieu, qui est l’homme. L’Astral est le moyen par lequel nous concevons cette pensée. Un exemple facile serait de l’eau, un bâton et l’image du bâton. Le bâton (-+-).
Son image est (—) puisqu'elle n'existe pas qu'à cause du bâton. L’eau neutre. Le bâton est le principe spirituel, son image est le monde des formes. Mais l’Astral n’est ni l’image, ni le bâton, il est la lumière par laquelle l'image s’est produite.
Sans lumière, on ne pourrait apercevoir ni eau, ni bâton, ni image. » Ciselé en un style harmonieux, cet ouvrage basé sur les sciences hermétiques décrit l’âme des choses, depuis la cosmogonie et l’inconnu lentement dévoilé, jusqu’aux forces errantes encore incoordonnées dans la nature. Il a sa place marquée à côté des classiques de l’occulte. H. Durville. — Le Fantôme des Vivants. Anatomie et Physiologie de l’Ame. Prix : 5 francs à la Librairie du Magnétisme.
l’initiation 192 H. Durville, fondateur de la Société Magnétique de France, bien connu par ses travaux qui font école, en expérimentateur très audacieux, prouve d’une façon indis cutable l’existence du Corps astral. Au moyen du magnétisme, en endormant très profon dément un sensitif, la sensibilité de celui-ci s’échappe au dehors par couches concentriques ainsi que l’a prouvé, il y a une quinzaine d’années, le colonel de Rochas. H.
Durville part de ce point et. en continuant la magnétisation, constate que la sensibilité se rassemble en deux masses compactes de chaque côté du sujet, bientôt en une seule. Cette forme, le fantôme du sujet, c’est le corps astral qui emporte avec lui les facultés.
Le corps n’est plus rien, c’est le fantôme qui entend même éloigné, qui sent et voit, qui produit des déplacements d’objets, des coups à la volonté de l’expérimentateur Rempli d’observa tions toutes nouvelles, cet ouvrage restera parce qu’il indique une voie nouvelle dans le domaine de l’expérimen tation psychique, très féconde en résultats. Il va être tra duit immédiatement en portugais, en espagnol et en anglais.
Barcus. — Le Secret des Secrets. Contenant des remèdes naturels et efficaces pour conjurer et guérir toutes les Maladies des Bêtes domestiques à quatre pattes, et diverses recettes pour les éduquer; à la Librairie du Magnétisme. Achat de livres et de bibliothèques.
Pour augmenter ses collections et remplacer les ouvrages Sardés par les lecteurs, la Direction de la Bibliothèque du [aguétisme achète ou échange tout ouvrage traitant de Magnétisme, Hypnotisme, Spiritisme, Théosophie et Sciences dites occultes. — S’adresser à M. Durville, 23, R. Saint-Merri, Paris (4*). Le Gérant : Encausse. Paris. Imprimerie E. Arrault et Cie, 9, rue N. D.-de-Lorette