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L'Initiation Bévue philosophique des Hautes Études PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION Dt VOLUME. — 22n" ANNEE SOMMAIRE DU N°7 (Avril 1908) Congrès spiritualiste de igo8 (p. i à 3) . . . . Papas. PARTIE EXOTÉRIQUE Lettre à un débutant (suite) (p. 4 à 8) . . . . G. Phaneg. PARTIE PHILOSOPHIQUE Les Énigmes des marques de libraires (2" lettre) (suite) (p. 9 à 17) Tidianeuq La flûte enchantée. Introduction (p. 18 à 28). . Mme A.
Gédalge Un mort ressuscité au Panthéon ou les Vieissitudes d'un Grand Prix deRome (suite)(p.2gk4Ï>). Léon Combes L'apostolat de Saint Jacques (suite) (p. 46 à 55). On groupe spiri tualiste PARTIE INITIATIQUE Maçonnerie égyptienne (inédit) (suite) (p. 56 à 70).
Cagliostro Le Voyage de Kosti (suite) (p. 71 à 83) Eckartshausen PARTIE LITTÉRAIRE Les Paradis. — Nirvâna (p. 84) Léon Combes Un secret par mois. — Lettre au Matin. — Correspondance entre lec teurs. — Bibliographie. — Revue des livres. — Livres nouveaux. — Nécrologie. Tout ce qui concerne la Rédaction et les Échanges doit être adressé 5, me de SaToie, à Paris-VI*.
Téléphone — 816 09 Tont ce qui concerne l'Administration: ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO, ANNONCES doit être adressé a la LIBRAIRIE INITIATIQUE PARIS — -23, Rue Saint-Merri, 23 — PARIS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l'essence Je la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n'ont abouti qu'à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l'hypnotisme et la suggestion a distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. 'JT-u'ration est l'organe principal de cette renaissance spiritualiste dont les efforts tendent : Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d'un même ésotérisme caché au fonu de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l'Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, V Initiation adhère au programme de loutes les revues et sociétés qui défendent {'arbitrage contre l'arbitraire, aujourd'hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère .
Enfin Ylnitiation étudie impartialement tous les phénomène* du Spiritisme, de l'Hypnotisme et de la Magie phénomènes déj& connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l'Inde L'Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mau n'appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque brancht de ces curieuses études.
La première partie (Exotirique) expose aux lectrices ces ques tions d'une manière qu'elles savent toujours apprécier. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s'adresse à ous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie de la Revue {Initiatique) contient les, articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte.
L Initiation parait régulièrement à la fin de chaque mois et compte déjà vingt années d'existence. — Abonnement: 10 francs par an. (Les collections des huit premières années sont absolument épuisées.)
CONGRÈS SPIRITUALITE DE 1908 Aux Spiritualistes de toute École. Chaque jour, les doctrines matérialistes voient se rétrécir le champ de leur action. En littérature, dans la science, dans la philosophie, et même dans le journalisme et la vie sociale, on tend à la recherche de nouvelles lois qui amènent les intelligences con temporaines vers un spiritualisme non plus dogma tique, mais dérivé des recherches expérimentales.
Les phénomènes psychiques de toute nature, les faits d'hypnotisme, de télépathie, de spiritisme et de médiumnilé sont considérés comme des faits positifs par beaucoup de savants contemporains et ne sont plus niés systématiquement que par une poignée de retardataires ou de sectaires.
De tous côtés, on tend à rechercher la théorie de ces divers phénomènes et il est juste que les Spiritualistes ayant été à la peine revendiquent publiquement le résultat légitime de leur effort. On voudrait inventer les théories si anciennes de l'astral, du périsprit et des projections fluidiques en les déformant et en changeant leur nom. On voudrait nier toute communication possible entre le monde
2 l'initiation [avril des vivants et le plan d'au-delà de la mort. On mé connaît la grande portée sociale de la diffusion de la doctrine de la Réincarnation et des Existences suc cessives.
Aussi, le moment nous a-t-il semblé favorable pour grouper de nouveau toutes les fractions de la grande armée spiritualiste en un Congrès où seront abordés les différents points de vue soulevés par chacun des problèmes qui sont posés à la Science et à l'Art de demain. En dehors de toute École et de tout sectarisme, nous appelons au Congrès spiritualiste de 1908 toutes les bonnes volontés.
Une salle de six cents places sera mise sept fois à la disposition des orateurs, et l'organisation des sec tions permettra un travail fructueux.
Dès maintenant sont organisées les sections sui vantes : Théorie des Faits psychiques ; Étude de la Médiumnité et formation des Médiums; Renaissance du Symbolisme et son adaptation à la Science actuelle ; Étude de l'Enregistrement des Forces psychiques ; Tradition Hermétique et son adaptation ; Réincarnation et action sociale; Propagande et édition des journaux et des livres spiritualistes ; Secrétariat spiritualiste international.
D'autres sections seront organisées ultérieurement. Que tous ceux qui veulent aider ce Congrès en voient dès maintenant leur adhésion. On peut adhé
I908I CONGRÈS SPIRITUALITE DE 1 908 3 rer dès maintenant, sans envoyer de souscription. Que ceux qui ont des communications à lire ou à faire lire nous en avisent dès maintenant. Et que tous les amis du spiritualisme se mettent au travail. Envoyer les souscriptions et les adhésions à M. P. Chacornac, 1 1, quai Saint-Michel, Paris. Le Congrès se tiendra du 7 au 10 juin, au Palais des Sociétés savantes, et comprendra, outre les réu nions, des séances de cinématographe et de projec tions, des excursions et des expériences. Nous faisons appel à tous et nous accepterons tous les concours avec la plus grande reconnaissance. Pour le Comité d'organisation provisoire, Docteur Papus.
PARTIE EXOTÉRIQUE LETTRE A UN DÉBUTANT (Suite) Mon cher ami, Je vois par votre dernière lettre que vous avez très bien compris le but que je poursuis dans cette cor respondance : ce n'est pas de vous résumer les clas siques de l'occulte que vous avez à votre disposition, mais bien d'essayer d'en éclairer pour vous la lec ture, par quelque chose d'analogue à ce qu'est pour nos étudiants parisiens l'enseignement oral. J'en ai la certitude, un homme peut très malaisément en guider un autre; malgré tout mon désir, je ne puis rien pour préparer en vous, ce qui recevra un jour la Lumière. Nos paroles, nos gestes, nos écrits sont à peu près vains et inutiles, tant nous sommes faibles et écrasés nous-mêmes sous le poids de notre passé. Néanmoins, nous devons le faire, car si nous savons que nous sommes des enfants, nous avons aussi la certitude que le Ciel accorde beaucoup aux petits et que souvent, il se sert de l'Homme pour agir sur l'Homme : voilà la pensée qui m'encourage à vous écrire, et qui doit vous guider vous-même lorsque
LETTRE A UN DÉBUTANT 5 vous lisez mes lettres. Peut-être le Ciel permettra-t-il qu'une phrase, un mot, de cette correspondance soit la base dont il voudra se servir pour vous donner une Intuition vive, une petite lumière. Donc, aujourd'hui, je dois vous parler de l'Envoû tement, car cette pratique et ce que nous avons pu connaître de ses lois, vous aidera beaucoup à mieux comprendre l'Astral.
L'Envoûtement est une pratique criminelle qui consiste à agir à distance sur la sensi bilité d'une personne, avec répercussion sur ses or ganes physiques. Cette pratique est heureusement assez difficile à réaliser et surtout, il y a à notre époque peu de gens qui y croient ou qui ont une connaissance suffisante des lois occultes pour réussir.
Les Envoûteurs ne peuvent faire ressentir à dis tance une sensation quelconque que grâce à l'exis tence du fluide astral et en agissant par divers moyens sur un objet physique imprégné de la sen sibilité astrale de leur victime. Vous connaissez les lois par lesquelleset même dans le plan physique, une parcelle d'un corps quelconque séparé dç ce corps conserve avec lui une sympathie mystérieuse, grâce à une sorte de lien en matière astrale.
Je vous citerai le fait de la tache de vin effacée et reparaissant sur le linge au momentoù le vin travaille; le pâté de venaison difficile à garder au printemps, lorsque la chair des animaux vivants subit un travail actif, etc. Le sang, les cheveux d'un être humain ou d'un animal conservent de même un lien subtil avec cette personne ou cet animal, et si l'on
6 l'initiation place, par exemple, certains médicaments en contact avec le sang ou les cheveux d'un malade, on peut le guérir parfois à distance. C'est pourquoi la Volonté du Mage noir peut, dans certains cas, faire ressentir à une personne éloignée tout ce qu'il fera subir au « Volt », c'est-à-dire à l'objet matériel qui est en communication fluidique avec son ennemi. Celui-ci peut en mourir, si l'action est suffisamment violente et prolongée.
Mais, je le répète, c'est un cas heureu sement assez rare. La loi du choc en retour, que connaissent bien les envoûteurs les fait du reste souvent réfléchir. Ils savent que si leur maléfice manque son but, pour une raison ou une autre, toute la mauvaise influence retombera sur eux, en suivant le chemin fluidique dans le sens inverse, c'est-à-dire en allant de la vic time au sorcier.
Ceci nous enseigne l'extrême mobilité du fluide astral et que l'on ne peut y toucher sans qu'aussitôt une répercussion soit à craindre. Pour l'occultiste, le plus intéressant dans l'étude de l'Envoûtement est sans contredit le moyen de le faire cesser.
Voici, en résumé, ce qu'il est nécessaire que vous sachiez : i° Il y a beaucoup de personnes qui se croient envoûtées etsont seulementatteintes d'un trouble dans la circulation nerveuse ou fluidique, ou même sim plement qui s'autosuggestionnent; dans le cas, le magnétisme calmant, l'affirmation répétée qu'elles sont défendues, l'appel sur des forces supérieures de la Nature, suffiront souvent ; 2° D'autres cas très fréquents sont produits par ce
LETTRE A UN DEBUTANT 7 qu'on pourrait appeler l'Auto-Envoûtement, c'està-dire que l'on peut avoir affaire à des personnes haineuses, méchantes dont l'Atmosphère astrale est peuplée d' Etres-forces mauvais qu'elles ont créés elles-mêmes et qui vivent à leur dépens. Vous pourrez souvent reconnaître ce cas en interrogeant le malade adroitement.
Il faudra alors tenter de le guérir de sa haine, tâcher de lui faire comprendre que, dans son intérêt même, il doit pardonner. La prière, la de mande sincère, vous aidera beaucoup à obtenir la guérison ; 3° Le malade qui se croit envoûté peut parfois l'avoir été par simple menace, simple suggestion, sans pratique magique.
Alors une ou plusieurs sugges tions contraires suffiront souvent pour détruire la larve, créée par la suggestion du sorcier; 4° Enfin, lorsque en questionnant l'envoûté, ou par voyance, ou par n'importe quel moyen, vous aurez acquis la certitude qu'il y a eu réellement maléfice, « Volt », fluides lancés contre lui, voici, d'après les Maîtres, la marche à suivre : A. Employer le magnétisme (passes lentes, en tour nant autour du malade) ; B.
Défluidifier par le charbon de bois en poudre tous les objets qui seraient suspects (lettres de menaces par exemple); C. Faire porter à l'envoûté un sachet contenant du charbon de bois en poudre que l'on jette et qu'on re nouvelle tous les trois jours; D. Entourer le malade de pointes et employer la feuille de chou sur la tête et le plexus solaire;
8 l'initiation E. Demander à l'envoûté de pardonner à ses en nemis connus ou inconnus, et même, s'il le peut, de prier pour eux ; Enfin, leur conseiller la pratique de la charité per sonnelle et aussi la récitation de l'Évangile de saint Jean (Papus). Voilà, mon cher ami, tout ce qu'il est indispensable que vous sachiez comme théorie, la pratique person nelle vous en apprendra bien davantage, par la suite. Croyez-moi toujours votre tout dévoué. (.4 suivre.) G. Phaneg.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Cette partie est ouverte aux écrivains de toute Ecole, sans aucune distinction, et chacun d'eux conserve la responsabilité exclusive de ses idées. Les énigmes des Marques de Libraires 2» lettre. — Suite. Nous donnons une suite au travail des « Énigmes des Marques des libraires » de notre collaborateur Tidianeuq paru dans le Bulletin de la société archéologique* le Vieux Papier », et de laquelle tous les chercheurs quelque peu érudits devraient devenir membres. (Siège administratif : 12, rue de Berne; M. Vivarez, pré sident.) X... le 20 janvier 1908. Monsieur et Cher Président, Très honoré que vous ayez inséré dans le Bulletin ma lettre au sujet des « Enigmes des marques d'im primeurs ». Sans vouloir donner un développement exagéré à cettequestion.je me permets de vous adresser quelques notes complémentaires qui seront peut-être lues par ceux de nos honorables collègues qui s'intéressent à ce genre de recherches. J'ai dit que le 4 4 était bien symbole de société her métique, secrète, politique même. A l'appui, je joins
I o l'initiation le fac-similé de la signature de Martines de Pasquailly (fig. i.) apposée au bas de la lettre d'initiation de son disciple Saint-Martin lorsqu'il fut reçu élu Cœur. De Pasquailly mourut en 1774, il a fondé le Mar- • tinianisme, auquel succéda le Willermosisme,puis le Martinisme actuel.
C'est la continuation des Roses-Croix du moyen âge et des Illuminés de la Révolution qui jouèrent un rôle occulte si important en combattant les Loges et le Jacobinisme; ce fut surtout une secte philoso phique.
Au point de vue magique, les adeptes de l'illumiLES ÉNIGMES DES MARQUES DE LIBRAIRES I [ nisme traçaient sur le sol un cercle divisé par deux diamètres perpendiculaires et orientés et c'est dans l'appartement de l'ouest, figuré par le triangle du 4, qu'ils travaillaient (méditaient et priaient).
Le 4 renferme dans son schéma l'équerre, la per pendiculaire, le triangle en plus, comme il contient un triangle rec tangle, le carré construit sur son hypothénuse équivaut à la somme des carrés construits sur ses deux autres côtés et c'est peut-être pour cette raison que nous voyons cer tains de ces quatre symboliques avoir une si longue queue horizon- . ~t taie, ce que j ai essayé de rendre sensible par la figure 2(1).
La véritable signification hermétique du 4 s'ap puie sur l'arithmétique pythagoricienne qui était un système hiéroglyphique qui prétendait représenter l'essence des choses. Le 4 était figuré par une clé, symbole qui se rap porte au quaternaire. D'un autre côté, des circon stances analogues se rencontrent dans la fameuse croix antée (fig.
3.) dont les divinités égyptiennes sont ordinairement armées ; cette croix regardée, sui vant l'opinion la plus probable, comme la clé de la Vie divine prend aussi parfois la forme d'un 4 (voir Histoire du Gnosticisme, par Matter). On peut donc assurer que 4 représentait le quaternaire et était ori- (1) Figure connue par les écoliers sous le nom de Pont-auxânes.
12 l'initiation ginairement le symbole de l'lnitiation aux mystères de la Nature et qu'il correspondait à la croix antée de la cosmologie égyptienne (i). Au moyen âge lorsque les doctrines d'Aristote.continuateur de la science antique, régneront en maî tresse, les savoir, la science sera divisée en quatre grandes branches que les livres imprimés se char geront de répandre, autre symbole du 4.
Comment ce signe gnostique devint-il d'un usage courant parmi les orthodoxes ? Un raisonnement par analogie peut résoudre la question. Dans les fouilles que le R. P. Delattre fit à Carthage, il mit à jour un grand nombre de lampes funé raires chrétiennes. Les plus anciennes portent le chrisme primitif 4. Après l'avènement de Constan tin l'X se redresse et le monogramme devient 4.
En fin il a trouvé des lampes avec le monogramme Cru cifère renversé 4. Cette inversion était due à l'in curie du potier, qui d'un P majuscule a fait un q mi nuscule. Rien d'étonnant, par suite, que le 4 ait été pris pour une des formes du chrisme, surtout parmi les populations allemandes qui employaient concur remment le runique aux signes à angles droits, et le gothique d'un adouci très relatif.
Seuls, les initiés voyaient dans le 4 l'image antique de la clé de la vie; pour les autres, c'était un chrisme aux formes raides et pareilles à celles qu'ils étaient (1) Voir notes sur l'origine de nos chiffres et surl'aleacus des pythagoriciens par Ch. Vincent (Journal des Math.).
LES ÉNIGMES DES MARQUES DE LIBRAIRES I 3 habitués à contempler dans les antiques inscriptions sur pierre. A titre de curiosité, j'ose citer ici un petit problème de symbolisme — industriel — moderne, dont le dé chiffrement futur pourra devenir un vrai casse-tête chinois pour les amateurs à venir du «Vieux Papier».
Il est intéressant, car il a grande analogie avec notre 4 et comme toute bonne devise est un vrai rébus, pour ne pas dire jeu de mots ou calembour. Le balai est un symbole antique, c'est une des clés de la langue chinoise (la femme, le ménage). On le voit figurer dans tous les récits de traditions de peuples primitifs (folk-lore). Il a la première place au Sabat, il personnifie parfois le Diable et bien autre chose.
C'est le signe de l'épuration au physique et au moral... Tous les coups de balais sont salutaires. Mais d'un autre côté, en construction électrique, dans une dynamo, les balais jouent un grand rôle.
Aussi un industriel fabricant de balais pour dyna mos prit, comme affiche réclame, unglobe entouré de faisceaux électriques, d'appareils compliqués et de formules commerciales annonçant ses produits, le tout chevauché par une horrible sorcière qui avait enfourché un balai de bouleau.
Dans des siècles, lorsque les dynamos ne figure ront même plus dans les musées, que seuls les érudits auront connaissance de cet antique engin rem placé par des machines que nous ne soupçonnons même pas, que pensera celui qui trouvera le des sin ? Tout simples que nous paraissent en ce moment
14 l'initiation ces rapprochements, ils seront peut-être aussi diffiles à saisir, plus tard, que ne le sont pour nous le 4, la croix antée, le chrisme qui ont à la fois une signi fication unique et des sens absolument opposés.
Dans le n° 32Ô du Ier décembre 1907 du Collabo rateur de timbres-poste édité par notre regretté et érudit collègue Arthur Maury, figurait le dessin 4, sous la rubrique : « Ce que l'on voit sur les timbres de la Scindede 1 8 5 1 . « Ces lettres sontle monogramme « d'une compagnie anglaise : East India Company.
« Quant au petit dessin placé au-dessus du cœur et « figurant avec un chiffre 4, c'est une modification « de la tête de flèche (Broad arow), emblème dont la « Compagnie des Indes avait fait usage depuis le « règne de Charles II. » Je crois devoir compléter ces indications en disant qu'en prenant une flèche on avait dû reproduire le symbole indien antique qui signifiait, en sens secret, le feu, la vie, la répétition sous une autre forme de la croix antée.
Même cette flèche, tout en ayant le sens vulgaire de jet, de but atteint, n'était que la déformation de la toute primitive figuration du rouet à feu qui engen dra le culte aryen du rhombe ou rouet magique. C'était un morceau de bois dur vertical que mettait en marche un archet horizontal pour la production du feu sacré.
Sa figuration ressemblait à une tête de flèche, à un 4 par déformation ; il devient aussi la croix phénicienne ou swarbika, signe du feu, de la vie. Or, par une coïncidence, en gothique le chiffre 4
LES ÉNIGMES DES MARQUES DE LIBRAIRES l5 avait cette forme de tête de flèche, un petit losange dont les côtés inférieurs se prolongent en deux petites queues. Aux seizième et dix-septième siècles le 4 appa raît mais la barre oblique jointive aux autres, elle ne se sépare qu'au dix-neuvième siècle. Bien avant l'invention des timbres-poste, le 4 avait figuré sur les pièces en usage aux Indes (fig.
5) et on avait essayé la fusion de symboles d'origines bien di verses. Cette pièce au millésime de 1787 porte sur le droit le serpent Ouroboros — signification de « Un le Tout » — il a la forme hindoue, trois points de feu le surmontent. On peut lire 1 +99 égalent 100, le tout. Au revers, la croix 4 et le cœur sur lequel il y aurait long à dire.
Le curieux à constater c'est que les racines du gnosticisme plongent en Extrême-Orient, Chaldée et Judée ; l'école grecque d'Alexandrie le transforma et il se répandit en Europe occidentale au point démettre en péril la doctrine orthodoxe, laissant comme traces de son passage quantités d'amulettes, d'abraxas, de pierres gravées.
Plus tard, lorsque les hardis naviga teurs ouvrirent les grandes routes maritimes, leur étonnement fut grand de trouver, parmi les peuples qu'ils subjugaient, les mêmes signes magiques que ceux qu'ils possédaient. On comprend comment la fusion s'opéra surles médailles, monnaies, talismans, monuments. Rien d'étonnant alors de voir le serpent indien accolé au 4 gnostique, égyptien et RoseCroix. Lorsque le 4 possède deux barres horizontales, on peut dire que c'est un antique tau T surmonté de
i6 l'initiation la Croix antée, ce qui donne notre croix de Lorraine et la croix archiépiscopale. Parfois la déformation en forme de 4, au lieu d'être au-dessus de la ligne horizontale, est en dessous : témoin la croix qui sépare les deux initiales portées sur les productions du célèbre graveur allemand Mar tin Shonganer né en 1466. Le signe de la croix est très ancien. Pour se signer on porte la main droite du front à la poitrine et de la poitrine à l'épaule gauche, puis à la droite. Dans la Messe noire, on fait le signe de la croix à rebours; de la poitrine à la tête, de là, à l'épaule droite, puis à la gauche. Or le schéma de ce mouvement est un 4. Au pied du château d'Arques-la-Bataille, se trouve l'église d'Arqués et devant son portail, une vieille croix. Sur son piédestal, contemporain des guerres de religion, est gravé un monogramme surmonté du 4. En ce lieu, où se heurtèrent les troupes de la Ligue et de la Libre Pensée d'alors, cette marque a sa signi fication. Pour terminer, j'ajouterai que cette marque — mys térieuse — est encore employée. Je possède des éti quettes et des réclames de libraires modernes qui l'ont adoptée, reproduisant généralement d'anciens bois plus ou moins modifiés. Dans les ex-libris modernes, elle est fréquente et plusieurs de nos collègues m'ayant fait le plaisir de m'ofïrir le leur, j'ai pu l'y reconnaître. Je suis assuré qu'ils n'ont nullement voulu faire montre d'un her métique symbolisme ou de ténébreuses machinations
LES ÉNIGMES DES MARQUES DE LIBRAIRES «7 de sociétés secrètes, mais au contraire employer un signe ornemental toujours gracieux et dégagé, et que souligne fort bien une espèce de doubles W plus ou moins entrelacés et qui n'est autre que le signe de Saturne — le noir ou le rose Devenir. Tidianeuq. 2
LA FLUTE ENCHANTÉE Presque toutes les personnes s'intéressant à la mu sique ont entendu parler du dernier chef-d'œuvre de Mozart : « Die Zauberflôte » ( « La flûte enchantée » ou « la flûte magique», selon les traducteurs). Quel ques-unes ont lu l'ouvrage, mais bien peu ont vu dans ce livret autre chose qu'un tissu d'absurdi tés.
Il faut, naturellement, tenir compte ici du défaut de presque toutes les traductions françaises, pour la plupart absolument inexactes.
Dans quelques-unes, les personnages changest même de rôles (Pamina sera, par exemple, la rivale et non la fille de la Reine de la Nuit) ; substitution qui rend incompréhensible un sujet déjà intentionnellement obscur pour le public profane, c'est-à-dire point instruit de l'ésotérisme pratiqué dans les Sociétés initiatiques que fréquen tait Mozart.
Celui-ci était membre de la Loge ma çonnique Pour l'Espérance Couronnée appartenant évidemment à un Rite pratiquant « l'Art Royal », autrement dit, étudiant les enseignements de l'Occul tisme ; enseignements d'une morale très pure, aux quels se rattachaient (voilés sous d'autres symboles) (i) Opéra de W. Mozart, traduit de l'allemand par Géorge Groffe.
LA FLUTE ENCHANTÉE IQ ceux des Hermétistes, des Rose-Croix, des Kabbalistes, des Martinistes, etc. Toutes ces fraternités initiatiques paraissent, en effet, avoir eu un même but : la Recherche de la Vé rité.
Toutes tentèrent d'expliquer la destinée et les fins de l'Univers et de l'Homme, mais les instructions (souvent fort intéressantes) qu'elles donnaient à leurs adeptes n'étant pas toujours du goût des Eglises et les penseurs-libres qu'étaient les Maçons, Rose-Croix, Swedenborgiens, Martinistes, etc., tenant à vivre en paix, ceux-ci durent cacher soigneusement leurs Idées et leur Idéal sous des symboles (rites, paroles, gestes, etc.), d'aspect parfois bizarre, mais recélant toujours des découvertes intéressantes et utiles.
Les enseignements ainsi donnés, sous le sceau du secret, étaient alors si appréciés par les Frères que, lorsqu'en 1795 l'Empereur d'Autriche chassa les Loges de ses États, il se trouva des hommes assez hardis pour avouer à peu près à haute voix leur qualité de Maçons et pour créer un Drame initiatique conçu de telle façon qu'on pût, grâce à lui, révéler aux initiables (dignes de cette faveur) les Idées conservées avec tant de soin et depuis des siècles dans les diverses Socié tés ésotériques.
Ces hommes furent Schikaneder et Mozart. Du premier, nous dirons peu de chose. Il était d'origine bohémienne et probablement versé, dès l'enfance, dans l'ésotérisme, mais il ne sut pas tirer des Idées si belles qu'il avait à mettre en jeu, le chefd'œuvre qu'un occultiste génial eût pu donner. Ce pendant Mozart a revêtu la pauvreté du Drame d'un
20 l'initiation manteau d'harmonie, si magnifiquement tissé, d'un caractère si pur, si grave et d'un mysticisme si haut, que nul musicien n'a pu surpasser encore son chefd'œuvre et concevoir avec plus de sincère fer%'eur un Drame sacré destiné à l'Éducation des Humains (i).
Énoncer le sujet de « la Flûte magique » n'est point une petite affaire, car celui-ci renferme une masse d'idées ésotériques, toutes intéressantes, mais d'im portances diverses. Nous allons tenter d'en tracer un schéma qui encouragera le lecteur (que la chose inté resserait) à étudier plus « à fond » l'ésotérisme de « l'Art Royal ».
Les principaux personnages du livret de « La flûte magique » sont au nombre de cinq : Sarastro, Tamino, Pamina, La Reine de la Nuit et Monostatos. Deux autres personnages doublent deux des précé dents, ce sont Papageno et Papagena. Enfin un objet producteur de Sons Musicaux, « la Flûte magique », complète l'ensemble des symboles les plus impor tants.
Mais ces 7 personnes (5 -f- 2), ne sont en réa lité, que les représentations symboliques des cinq plans de matières (2) enseignés par les ésotéristes et les théosophes (orientaux et occidentaux). La Flûte, symbole de l'Esprit créateur (ou générateur) du Son, (1) Dans ces derniers temps cependant (1907) MM. Maeter linck et Paul Dukas ont donné à l'Opéra-Comique une œuvre de haute valeur artistique et symbolique : « Ariane et BarbeBleue ».
Nos descendants placeront peut-être ce bel ouvrage auprès de l'admirable Flûte magique de Mozart. (2) S'interpénétrant l'un l'autre.
LA FLUTE ENCHANTÉE 21 du Verbe (i), couronne (2) l'ensemble des éléments , matériels et spirituels qui par leur Synthèse, par l'Ini tiation [Union de la mentalité supérieure, abstraite, divine et de la mentalité inférieure, concrète, ani male) ' régénérera l'Etre et en refera VAndrogyne Divin, capable, à son tour, d'enseigner et de servir ses <* frères cadets ».
L'Homme sera alors réellement, il deviendraun« deux fois né», un Homme-Christ, un Homme-Divin, un Initié. Voici (d'après différentes classifications et d'une manière très abrégée) quels sont les principes dont nous parlons et leurs personnifications dans « la Flûte enchantée ». 1° L'Esprit divin (Athma des Hindous, la racine de l'Univers, le générateur et le régénérateur, etc.) symbolisé par la Flûte magique.
2° Le principe de la Sagesse (Buddhi, des Hindous, l'Ame spirituelle, etc.). Personnifié par Sarastro, l'Hiérophante, grand prêtre du Temple du Soleil.
3° Le principe de l'Intelligence abstraite (Manas su périeur des Hindous, l'Ame humaine, etc.). (1) Pour constater la signification symbolique de la flûte, se reporter aux représentations de Krischna charmant les bêtes de la Forêt, d'Orphée domptant les bêtes féroces, à la harpe cons tructrice d'Amphion,à la Lyre d'Apollon, au début de l'Évangile selon saint Jean : 0 Au commencement était le Verbe... ■> (2) Kéter, la Couronne.
22 l'initiation Personnifié par le prince Tamino, fils d'un Roi puissant. (Doublé, à l'état rudimentaire, par Papa geno, l'oiseleur.) 4° Le principe de l'Intelligence concrète (Manas in férieur des Hindous, l'Ame animale, etc.).
Personnifié par la princesse Pamina, fille de la Reine de la Nuit. (Doublée, à l'état rudimentaire, par Papagena, l'épouse de Papageno.) 5° Le principe des émotions, des passions (Kama, des Hindous, matière astrale des occultistes, etc.). Personnifié par la Reine de la Nuit « brillante d'é toiles», mère de Pamina. 6° (i) Le principe matériel physique.
Personnifié par le Maure Monostatos . (On remarquera que les deux derniers « personna ges » sont noirs et que Pamina, fille de la Reine de la Nuit, doit participer à sa couleur). (i) La classification par 5 + i convient au pentagramme, mais, dans la classification septennaire, il conviendrait peutêtre de détacher Papageno et Papagena de leurs Doubles su périeurs pour leur attribuer l'un des sept principes.
Ceci est, à notre avis, une question de détail. Le Roi, la Reine, sont aussi des termes employés en Alchi mie, le Roi est symbolisé par le Soleil (or), la Reine par la Lune (argent).
LA FLUTE ENCHANTÉE î3 Si nous ramenons ces principes ou ces personnages à une première ligne schématique, nous aurons le Pentagramme bien connu : Sagesse Buddhi âme spirituelle (Sarastro) Ce schéma représentera l'Être humain synthétique composé de 5 corps s'interpénétrant l'un l'autre, gou verné et gardé par le Verbe générateur auquel il devra son salut. Enfin si, considérant les 5 personnages et la Flûte comme symboles de l'Univers et des plans sur les quels ont lieu l'Involution puis l'Évolution des Êtres (monades divines) dans notre système planétaire, nous voulons encore schématiser cette idée, nous obte nons les figures suivantes :
24 l'initiation 1° Triangle blanc, symbole de l'activité, de l'Es prit, du principe mâle, de la joie, du Bien, etc. Esprit, Volonté (La Flûte enchantée) Sagesse (Sarastro) Intelligence abstraite (Tamino et Papageno) 2° Triangle noir, symbole de la passivité, de la Matière, du principe féminin, de la douleur, du mal, etc. Intelligence concrète (Pamina et Papagena) Matière physique Inertie (Monostatos) L'Union de ces deux « pôles » de l'Univers donnera à l'Homme la Vertu et la Puissance que lui réserve l'Initiation symbolisée par l'Etoile de Salomon.
Dans la première, les deux triangles placés l'un audessous de l'autre (et non unis) reposent sur la Croix
20 l'initiation (des éléments, Air, Terre, Feu, Eau, éléments des épreuves physiques auxquelles est soumis le Récipien daire). Dans la seconde figure l'entrecroisement, l'Union des deux triangles forme la Rose au Centre de la Croix (i) (Symboles du Sacrifice et de l'Amour). Ainsi est tracé le magnifique symbole de l'Initiation enseignée par « La Flûte magique ».
En d'autres termes : Guidé par la Sagesse (Sarastro) et protégé par sa Monade divine, sonSoi supérieur (la flûte enchantée), l'Intelligence abstraite (Tamino) doit subir l'Initia tion, souffrir les épreuves, vaincre les éléments enne mis (symbolisés par les Ténèbres, les Passions, bonnes ou mauvaises, les bêtes féroces; l'Air, la Terre l'Eau et le Feu), afin de sauver l'Intelligence con crète (Pamina) de l'Empire des Passions (La Reine de la Nuit) et de l'étreinte asservis sante de la ma tière physique (Monostatos) (2).
Les deux Mentalités (abstraite et concrète) ayant remporté la vicloimtxur leurs adversaires et sur ellesmêmes consommerait! leur Union (Initiation et ma riage de Tamino et de Pamina) dans le Temple de la Nature (Isis), de la Lumière (le Soleil), (3) de la Sa gesse et de la Vérité. (1) Ce Centre même peut compléter le septennaire des divi sions occultes. (2) La même idée se retrouve dans le mythe de Bacchus et de Perséphone. (3) Se souvenir des mots de Gcethe expirant : « De la lu mière ! de la lumière ! »
LA FLUTE ENCHANTÉE 27 Commetouteœuvre ésotérique«la Flûte enchantée» doit renfermer plus d'un sens allégorique et nous n'avons d'ailleurs pas la prétention d'avoir même élucidé complètement les symboles maçonniques et théosophiqiles contenus dans l'œuvre de Mozart et Schikaneder. Je serai cependant heureuse si le lecteur comprend tout le courage dont Mozart fit preuve en étudiant ces sciences « maudites », qui alors relevaient de la Hart et du fagot comme, à l'heure actuelle, elles attirent trop souvent, sur le chercheur désintéressé, l'atten tion des railleurs... ou du médecin des fous ! Peut-être, au reste, faut-il attribuer une bonne part de l'épuisement corporel qui emporta Mozart à l'âge de 37 ans, à la pratique de ces dangereuses expé riences, à l'étude des phénomènes qu'il a traduit mu sicalement avec tant de -génie dans ses deux der niers chefs-d'œuvre : Don Juan et la Flûte enchan tée. Vivant exemple du Sacrifice silencieux, Mozart nous apparaît à présent nimbé de l'auréole des Initiés et il semble vraiment que Gounod (i) eut un éclair d'intuition lorsqu'il lui appliqua l'épithète de « Di vin ». Quoi qu'il en soit, et à quelque croyance ou in croyance que nous appartenions, nous ne pourrons que nous incliner respectueusement devant un tel effort artistique et devant un tel amour de la Vé rité (2). Amélie- André-Gédalge. (1) Lui-même, dit-on, disciple et ami de Lacuria. (2) Introduction à !a version française de George Groffe.
28 l'initiation Liste des auteurs consultés pour le travail d interprétation du livret de La Flûte enchantée. Mmes H. -P. Blavatsky, A. Besant ; MM. E. Burnouf, Ragon, Fabre d'Olivet, Christian, Eliphas Lévi, S. de Guaita, Papus, docteur Pascal, docteur Geley, Fr. Hartmann, Falconier, Bourgeat, de Soldi, J.Girard, J.-C. Chaterji, etc.
Un mort ressuscité au Panthéon — ou — Les vicissitudes d'un Grand Prix de Rome (Suite.) Vint ensuite la musique de la garde républicaine exécutant d'intervalle en intervalle de funèbres « mar ches à la tombe » ; et ces chants éplorés des cuivres étaient comme l'écho fidèle des lugubres pensées qui devaient agiter, sans doute, tous ces hommes simples, machinistes, choristes ou acteurs en vue, jouant cha cun leur rôle avec une dignité réfléchie, dans cette pompe théâtrale...
Derrière « les cuivres » défila un groupe de cent élèves de l'École des Beaux-Arts, précédé du drapeau de l'Association, jeunes gens aux yeux de rêve ou remplis d'éclairs, pensifs pour la plupart, songeant à la gloire qui les attendait, eux aussi peut être...
Le corbillard maintenant s'avance portant Yan Ghérardt-cadavre et suivi par Yan Ghérardt-esprit ouvrant le deuil, lié à sa dépouille charnelle comme le forçat au boulet, l'amant aux lèvres de sa maîtresse, l'homme à ses passions animales. Traîné par six chevaux empanachés et caparaçonnés de drap noir lamé et frangé d'argent dont les deux premiers sont
3o l'initiation tenus en main par quatre valets, le corbillard flanqué de quatre anges d'argent aux ailes déployées et recou vert d'un dôme surmonté de cinq grands panaches noirs, roule lourdement sur ses hautes roues.
De chaque côté, des amis intimes du défunt, muets et graves, tiennent les cordons du poêle : le directeur de l'École des Beaux-Arts, vieillard à barbe d'argent, au front haut et grave ; le poète jadis baudelairien ; le peintre et le poète occultistes ; un romancier en renom grandi à l'ombre de la gloire du romancier-rosse et mis en plein jour par la reculade spiritualiste de l'hagiographe gâteux ; un général délégué par le Prési dent de la République et le premieradjoint de l'Hôtel de Ville, délégué de Paris.
Yan Gherardt-esprit désirerait ardemment conver ser avec eux, leur communiquer ses impressions, mais tous demeurent impénétrables à ses radiations psychiques sauf toutefois le peintre et le poète occul tistes qui frissonnent parfois involontairement sous l'influx de l'âme du mort, mais sans pouvoir pénétrer sa pensée...
Au passage du corbillard, la foule recueillie et muette se découvre ; des femmes font le signe de croix; tous regardent de tous leurs yeux ; quelques-uns à peine méditent ou pensent. Là-bas, déjà loin, les fanfares lugubres de la mu sique se lamentent et par bouffée, dans le silence vaste, des lambeaux arrivent en des clameurs de dé sespérance, des regrets tristement exhalés, des espoirs de toute survivance éternelle... Derrière la voiture funèbre, invisible, Yan Ghérardt
UN MORT RESSUSCITÉ AU PANTHÉON 3l esprit, traîne pensif son fantôme astral d'immortel, le bicorne sous le bras, l'épée au côté ; puis suit un sous-lieutenant du génie portant la croix de la légion d'honneur du défunt ainsi que ses insignes de com mandeur sur un coussin de velours sombre.
Derrière le sous-lieutenant, des adjudants portent également sur des coussins les décorations étrangères de Yan Ghérardt et fermant enfin le cortège, la queue interminable des corps constitués, des députations, groupes, comités et des innombrables amis ou con naissances de l'illustre sculpteur...
Tout ce que Paris compte d'hommes illustres, de personnalités marquantes, est là : ministres, manne quins éphémères de ce jeu de massacre : l'État ; séna teurs podagres ou ventripotents ; députés superbes ou sans façon, aux regards vainqueurs ou malins ; am bassadeurs au type ethnique tranché ; académiciens à barbe fluviale ou au menton glabre, gênés dans leur complet épinard ; littérateurs chauves au lorgnon scrutateur ; peintres aux chevelures d'inspirés ; poètes à monocle et à carcan de toile, d'autres à lunettes et à faux-cols rabattus; sculpteurs aux membres d'athlète, et tous les autres, journalistes, revuistes, musiciens, artistes, historiens, mathématiciens, agrégés des fa cultés, prêtres ou bedeaux du dieu : Pensée, flambeaux ou lanternes sourdes du siècle.
Et la foule, massée, tassée, sur le parcours officiel du cortège funèbre, hissée sur des échelles, des omni bus, des voitures, perchée sur les arbres, cramponnée aux balcons, juchée sur les toits, oscille en un sourd murmure, — comme sous le souffle divin, les forêts,
3a l'initiation — se montrant du doigt les « Illustres » et accompa gnant chaque nom de réflexions originales ou d'admiratifs silences...
Place Notre-Dame, les tambours battentauxchamps, et le cardinal, archevêque de Paris, mitré, crossé et assisté de tout son chapitre, cierge en main : chasubles violettes croisetés d'or,simarres pourpres, surplis bro dés, aubes immaculées, sur lesquelles flottent, luisant sous le soleil, les sphères épilées de tous les membres du clergé, chanoines et curés de Paris, paraît sous le portail de la Cathédrale.
Le corbillard lentement s'avance jusqu'auprès des degrés du temple et Yan Ghérardt cadavre suivi de son simulacre esprit, tête inclinée, s'engouffre sous le porche central aux accents lugubres de la Marche funèbre de Chopin.
La nef et le cœur de l'édifice ont été drapés de ten tures noires rehaussés de drapeaux voilés de crêpes ; la bannière de Jeanne d'Arc elle aussi disparaît sous des voiles funèbres ainsi que la chaire sous un im mense velum de ténèbres semé d'étoiles d'argent, et, au centre, un monumental catafalque entouré de huit torches également d'argent attend Yan Ghérardt cadavre. Et le service funèbre commence.
L'orgue tonne et mugit, se lamente, implore et supplie : plaintes hu maines, clameurs infernales, exhortations angéliques, verbe majestueux et rédempteur de l'Incréé ! Les chants grondent sous les voûtes, roulent par les gale ries, s'enlacent en langues invisibles d'étheraux jets de pierre des piliers ; la vieille basilique tout entière.
UN MORT RESSUSCITÉ AU PANTHÉON 33 frémit et s'éveille de son séculaire sommeil, étonnée et ravie... Et le « de Profundis », clameur des désespérances terrestres, jaillit des profondeurs humaines, des gouf fres adamiques, du bourbier des âmes vers l'empyrée des paradisiaques extases et Yan Ghérardt-esprit, lui aussi, supplie pour son âme l'implacable guichetier du seuil céleste, le Chérub au glaive de lumière.
Mais, là-haut, tout là-haut, dans une gloire falôte irradiant sous les nervures des sombres voûtes, Yan Ghérardt a cru voir les deux anges, receveurs des âmes, agiter leur lumineux visage: Non! Nonl et son front de brume s'est courbé plus bas sur sa poi trine de nuée...
Maintenant les finales de la messe du Requiem de Saint-Saens jaillissant des orgues, en larmes éplorées, retombent, des voûtes, sur le catafalque et Yan Ghé rardt-esprit sent leurs larges gouttes astrales, comme une eau purificatrice ruisseler, sur son corps inerte, toujours intact, protégé par une force occulte.de toute décomposition...
L'absoute s'achève, et le Requiescal in pace par quatre fois vibre lugubrement dans le silence de la nef, puis, après un léger repos le cardinal-archevêque commence son allocution.
La voix du prélat est grave, profonde, mais pour tant sereine, et c'est, en des accents voilés que la foi intensifie d'une conviction profonde qu'il parle du néant des choses, de l'inanité des prémunitions hu maines, de la vie éternelle, de l'au-delà, du Verbe im mortel de Dieu irradiant dans les cerveaux de ses 3
34 l'initiation enfants en géniales conceptions, en sublimes pen sées... Le service religieux est terminé et une dernière fois le Ministre du Christ bénit le cadavre « de celui qui n'est plus qu'une âme, un fils glorieux du Père céleste infiniment bon, infiniment juste... » Maintenant le cortège se reforme pour le Panthéon et Yan Gherardt, un instant réconforté par les paroles du vénérable prêtre, retombe dans ses sombres pen sées.
L'idée du suicide le hante ; des êtres invisibles, fluidiques, s'agitent autour de lui en des scintillations fugaces, en des reploiements de tentacules perlucides, des spires diaphanes ; il perçoit le frôlement de leur souffle psychique ; il devine leurs désirs : il se sent harcelé, poursuivi, enserré dans leurs liens serpigineux, souples, élastiques mais tenaces et visqueux, et des voix lointaines de rêve lui murmurent : « L'homme meurt deux fois.
Ton corps à la terre. Ton âme terrestre à la lumière astrale. II te faut encore mourir ou errer éternellement dans les plans inférieurs de l'Ame du monde ! Meurs ! Meurs donc... ! » Mais comment mourir ! Le corps peut s'anéantir..., mais l'Ame?.,. Quel suicide? Quelle mort, appeler?... Et les voix lointaines ricanent toujours dans les vibrations cosmiques de la Vie Universelle : « Meurs! Meurs!
Meurs ! » On approche maintenant de l'Ancienne Église Sainte-Geneviève. Le Canon tonne lugubrement au jardin du Luxembourg, les musiques se lamentent, d'intervalle en intervalle, douloureusement.
UN MORT RESSUSCITÉ AU PANTHÉON 35 Le quartier Latin semble mort. Pas un bruit dans la foule silencieuse massée sur les trottoirs Le deuil des intelligences est plus profond que le deuil popu laire. L'un sent et vibre, l'autre comprend et se tait. Bue Soufflot, le Panthéon, drapé de tentures fu nèbres, apparaît dans la lumière éclatante des midis. Yan Gherard-cadavre, l'illustre sculpteur, triple ment immortel, a enfin atteint sa suprême demeure.
Le Char funèbre s'arrête devant la grille de l'édi fice et le cercueil est descendu, puis porté sur le seuil du Temple de la Nation, sous le péristyle, où maints discours doivent être prononcés.
Lentement, les nécrophores gravissent les degrés du Panthéon, disparaissant sous des couronnes et des gerbes de fleurs, et déposent sur la plateforme, où le soleil commence à lécher de ses rayons les zones descolonnes, le coffre funèbre recouvert d'un drap noir lamé d'argent.
Autour du cercueil, se groupent les personnalités les plus marquantes de l'État, des Beaux-Arts et de la Littérature parisienne; puis au milieu de cette haie d'habits noirs, couronnée de crânes chauves, le mi nistre des Beaux-Arts prend la parole.
En mots émus qui sonnent Sous la voûte et dans le silence des assis tants, il retrace « la vaillante carrière du sculpteur », énumère ses œuvres nationales, exalte son talent et conclut, en une poignante péroraison où il accuse « la Mort implacable d'enlever le maître de la sculp ture française dans toute sa gloire et en pleine florai son de son génie »...
36 l'initiation Le directeur de l'École succède au ministre. Il vante les qualités du défunt, fait un cours de sculpture aux auditeurs, las déjà de frauder la fatigue en por tant le poids de leur corps sur l'une puis sur l'autre de leurs jambes et termine enfin en adressant « un dernier adieu à l'ami et au regretté collègue ».
Le Président de l'Association des élèves de l'École clôture la série des discours, et, en une courte allo cution, salue « au nom de la jeunesse française, au nom de la vaillante phalange qui doit perpétuer en France la tradition des illustres aïeux, la dépouille fu nèbre du professeur, du maître, du génie que la France et la terre entière perdent en Yan Ghérardt ».
Le service funèbre est terminé ; un dernier adieu des assistants, et la foule silencieuse, tête basse, dos voûté, flot noir aux troubles remous, s'écoule par la rue Soufflot et les rues adjacentes vers Paris, Paris la ville aux champs de bataille quotidiens, la ville aux radieuses lumières et aux sombres désespérances, Janus à face double, Paradis et enfer !
Yan Ghérardt esprit est seul maintenant avec son corps dans la crypte funèbre du Panthéon. Et la nuit tombe lentement au dehors, drapant de ténèbres les galeries de la crypte soutenue par de massifs pilliers doriques. La mort subite du sculpteur n'a pas permis aux gardes de l'obituaire de prendre toutes les dispositions nécessaires pour ensevelir le défunt. Ils ont travaillé jusqu'au soir, mais leur tache est inachevée...
UN MORT RESSUSCITÉ AU PANTHÉON "ij « Demain, il fera jour..., ont ils dit philosophique ment en remettant leur veste, et le particulier peut attendre... Demain, on verra d'achever... » Et ils s'en sont allés, laissant le cercueil de Yan Ghérardt dans un coin de la crypte, débris macabre abandonné à la décomposition dans cet ossuaire des hommes titans.
Yan Ghérardt-esprit a vu avec désespoir les ouvriers s'en aller et refermer derrière eux la porte de l'hy pogée . Effrayé de se trouver seul au milieu de tous ces cadavres, qu'il perçoit sous leur mausolée a diffé rents degrés de décomposition il a essayé lui aussi de fuir cet horrible lieu, de quitter la crypte derrière les gardes, mais le lien qui le relie à son cadavre est, chose étrange, devenu très court, plus rigide qu'au paravant.
Il lui semble qu'une main invisible de fer le retient, l'oblige à rester près de ce corps qu'il pou vait, le matinmême encore, fuir, abandonner, oublier presque dans ses évolutions astrales à travers Paris. Mais cette faculté lui a été enlevée par degré et main tenant il sent le lien fluidique qui le relie à la poitrine du cadavre, diminuer d'étendue, peu à peu, l'atti rer sur le cercueil, l'y fixer...
Cloué à présent sur ce lit funèbre de bois, râlant d'épouvante pour ainsi dire, il sent lentement sa vita lité l'abandonner, sa conscience se dissoudre, se diluer, se fondre, s'anéantir dans l'éther ambiant. Que va-t-il devenir encore. Grand Dieu ! Est-ce l'approche de cette deuxième mort prédite par les esprits astraux qui s'annonce ? Est-ce la Nuit éter
38 LINITlATrON nelle qui commence..., la nuit étemelle..., éter nelle... !
Onze heures viennent de sonner aux horloges de Paris en une fantastique symphonie jaillissant d'ici de là, allant, venant, s'éloignant, revenant pour reprendre encore dans les ténèbres, à petits coups aigres ou fêlés, en vibrantes sonneries, lentes ou désordon nées, toussottantes ou impérieuses, voix immense du Temps clamant, sous les cieux noirs, la chute de ce rien, l'heure, dans ce rien encore, l'éternité.
Un être qui ce tût aventuré à cette heure, dans la crypte du Panthéon, eût assisté à un étrange, à un effrayant spectacle. Des coups sourds mais formidables, des plaintes, des gémissements, des sanglots, puis encore des coups terribles en des rugissements étouffés troublent le mortel silence de l'hypogée, éveillent le fantastique écho de ce lieu funèbre...
Et ce vacarme effrayant semble venir du recoin d'ombre où les gardes de la crypte ont déposé le cercueil de l'illustre défunt, de la bière même..., du cadavre peut-être... de Yan Ghérardt. « Du cadavre ? ! Eh quoi ! un mort peut-il tonner, hurler, gémir? Mais alors c'est que ce mort..., vit ! Un mort vivre! revivre !... Enigme terrible !... C'est impossible, certes! Un mort revivre !... Et cependant ce bruit?... ces plaintes?... Cauchemars? Cauche mars horribles, sans doute. Telles étaient à peu près les réflexions que s'était fait Yan Ghérardt-cada
UN MORT RESSUSCITÉ AU PANTHÉON 3g vre, ou plutôt Yan Ghérardt-esprit et corps mainte nant, cloîté, claquemuré dans son cercueil de chêne.
Toutefois les philosophiques réflexions de l'illustre sculpteur avaient été de courte durée et Yan Ghérardt, en pleine possession à présent de son « moi » phy sique, corporel, bien vivant mais prisonnier entre les quatre planches de son coffre funèbre, se demandait avec terreur, si, à peine arraché à une mort apparente, à une crise de léthargie plutôt, il n'allait pas expirer de nouveau, mais en toute réalité cette fois, asphyxié.
S'être vu mourir, puis mort, avoir éprouvé tous les affres du plongeon éternel dans l'au-delà, revenir ensuite à la vie, goûter un instant la joie de se sentir exister et penser en homme, et soudain se sentir de nouveau mourir, éteindre irrévocablement, certes, il n'y a pas de sensation plus affreuse, ce souffrance plus atroce, plus surhumaine..., et Yan Ghérardt déses péré, criant, hurlant, bondissait dans sa caisse, es sayant par de formidables poussées des genoux et des épaules à briser la redoutable geôle qui allait être une deuxième et dernière fois son tombeau.
Mais le cercueil tenait bon sous sa triple armature de fer, seul le fond de la bière pliait, grinçait, mais ne cédait pas. Le malheureux, maintenant en proie à un délire effroyable, à une agonie indicible, hurlait dans sa boîte de chêne, et celle-ci, sous ses efforts surhumains, ballottée, secouée, roulait d'ici, de là, épouvantable animal apocalyptique, ver macabre — rigide, énorme, semblant se tordre sur le sol ténébreux. Soudain, un glissement sourd fut perçu et Yan Ghé
40 l'initiation rardt sentit qu'il tombait..., que le cercueil roulait dans un abîme... La chute fut courte, mais elle parut durer une éter nité au malheureux, condamné à agoniser entre ses planches funèbres. Un choc lourd! Puis... la nuit..., Yan Ghérardt avait perdu connaissance... Une heure se passa, ténébreuse dans l'hypogée. Sou dain, une face horrible surgit d'un trou noir pratiqué dans la crypte...
Et cette face avait les cheveux blancs et grimaçait, sanglotant et riant tour à tour en des éclats farouches de folie. Un buste émergea bientôt du trou d'ombre, puis des bras et un être humain drapé dans un linceul apparut. Sous le drap funèbre, l'or d'un costume vaguement chatoyait... Par quel miracle, ce cadavre ambulant était-il sorti de son cercueil, affreux, décomposé presque ?...
L'Om bre, la nuit, les ténèbres seules pourraient le dire, mais la nuit est muette. La lumière, c'est le Verbe di vin, la voix de Dieu ; la nuit, c'est le dieu muet et fa rouche. Shatan presque, face ténébreuse de la face de lumière...
Yan Ghérardt avait émergé du trou funèbre, lente ment, en des efforts inouïs, et, maintenant accroupi plutôt quassis sur le rebord d'un mausolée, ahuri, hébété, il se demandait, accablé de terreur et de fa tigue, si vraiment il vivait en homme ou en es prit. Le froid de la crypte, le tira cependant de sa tor
UN MORT RESSUSCITÉ AU PANTHÉON 41 peur et, déjà, il songeait à quitter cette terrifiante et illustre nécropole, quand il se vit entouré par une di zaine de spectres qui le regardaient, les yeux flam boyants, tandis que d'autres, sans se préoccuper de ce qui se passait autour d'eux, continuaient à aller et venir, sous les galeries, par groupes de deux ou trois, discutant à voix basse, presque imperceptible, ou mé ditant.
Yan Ghérardt, les yeux égarés, tremblant, terrifié, considérait ces fantômes dressés autour de lui et il entendait, oh très bien ! des voix caverneuses gron der dans un souffle : « Que vient faire cet intrus ici, parmi nos mânes? Un sculpteur parmi des « Hom mes d'État ! Un tailleur de pierres parmi des Sau veurs de la Patrie ! Ils sont fous, là-haut ! Ils sont fous ! » Et Yan Ghérardt, terrifié, comprit que « là-haut », voulait dire la terre.
Néanmoins, d'une voix qu'il s'efforçait de rendre calme mais qui vibra sous les voûtes en un épouvantable écho, claquant des dents, il supplia : « Ne me touchez pas, messieurs, ne me touchez pas ! Je ne suis pas mort, pas tout à fait..., du moins, je veux bien le croire! Il y a erreur! Une toute petite erreur ! Demain, on arrangera ça, je vous l'assure ! Ne me faites pas de mal, messieurs les es prits, je vais m'en aller!...
Je le voudrais plutôt! Mais toutes les portes du lieu sont hermétiquement closes... Si vous connaissiez une toute petite issue pour... je... » — Silence ! interrompit une voix 'cassante, parmi les fantômes. Qui m'a foutu un braillard pareil ! Il se
42 l'initiation prétend vivant, cet oiseau-là! Connu, mon vieux! Oui, on la connaît celle-là ! On nous l'a assez farte ici ! En voila un conscrit ! Je parie les deux jambes que j'ai laissé à Essling, tonnerre de Dieu ! qu'il tremble encore de mourir, ce pékin-là ! Allons oust! Faut répondre à l'appel ici. On dit que tu as le grade de sculpteur national. Dans quoi allons-nous t'embrigaderici?...
Faut voir! faut voir — et se tournant vers un autre fantôme — qu'en dis-tu, toi, Lazare..., l'organisateur. .. — L'être qui avait été appelé de ce nom funèbre, hocha gravement de la tète, considéra Yan Ghérardt un instant, puis : « On s'est peut-être trompé ! Le hasard est si grand ! Et les hommes si petits ; je me rappelle qu'à Magdebourg, quelques jours avant ma mort, je...
Cependant deuxautresfantômess'étaient approchés, tous deux de taille peu élevée et portant la barbe... L'un des deux, ombre à aspect assez jeune, après avoir considéré le sculpteur, cataleptisé de terreur, murmura : « Mais je le connais, grand-père, cet homme!
Cet Yan... » Il n'eut pas le temps d'achever, Yan Ghé rardt s'était dressé et maintenant suppliait ardem ment : « Oh ! mon cher président, je vous en prie, en sou venir de notre ancienne amitié, indiquez-moi un moyen pour sortir d'ici. Je ne suis pas mort. Je vous l'assure ! » Au mot d'amitié, le front du fantôme s'était courbé et Yan Ghérardt l'entendit murmurer : « Oui...
UN MORT RESSUSCITÉ AU PANTHÉON 43 jadis. ..Ah! le bon temps! L'école!... Ah! le bon vieux temps ! » Un silence lourd d'effrayantes pensées s'éleva et Yan Ghérardt entendit l'autre ombre murmurer, dou cement, d'une voix grave, éthérée : Oui, c'est la Vie. Après le four, la nuit livide. Après tout, le réveil, infernal ou divin... Le reste du discours se perdit dans la barbe d'ombre de l'ombre elle-même. Un lourd silence de nouveau régna.
Mais un jour blême fusa tout à coup dans la crypte et il sembla à Yan Ghérardt que tous ces êtres se fondaient dans sa trouble clarté, disparaissaient... Le sculpteur n'entendit plus qu'un murmure vague, lointain, confus où il crut entendre encore : « Foutre! Le petit caporal... Sa Majesté... puis dans un souffle extraterrestre : Quelques os desséchés, un reste de poussière Rien peut-être, — et l'Éternité! Puis ce fut le silence de la mort.
La crypte était vide..., faiblement éclairée, maintenant par une aube lointaine, le jour peut-être ! Yan Ghérardt de nou veau se trouva seul.. C'était le jour en effet! Le jour ! La vie I La déli vrance ! Et Yan Ghérardt réfléchissait, préparait, combi nait déjà un plan pour fuir, sortir de là à tout prix... Les gardes allaient venir. Ils s'expliqueraient. Il
44 l'initiation leur ferait connaître sa mésaventure... Et Yan Ghérardt souriait béatement en se rappelant les événe ments de la veille..., qui ne lui paraissaient plus être qu'un songe. Quelle surprise pour son héritière ! Et comme il irait bien vite chez le notaire annuler ce fameux testa ment, ce contrat « oublié » avait dit le tabellion der nier-cri. Ah ! cette fois, il ne l'oublierait pas, certes non !
Et il se réjouissait en pensant que si sa mort et sa résur rection lui avaient causé des peurs atroces, du moins, elles avaient servi à lui faire connaître ses « amis » et à préparer le châtiment du vice. Des heures s'écoulèrent ainsi, illuminées par la joie de vivre, et plusieurs fois déjà Yan Ghérardt fié vreux, impatient, était venu coller une oreille atten tive à la porte de l'hypogée...
Enfin un bruit lointain de pas qui se rapprocha peu à peu, vibrant sous la voûte, fit dresser Yan Ghérardt transporté de joie à ce signe extérieur de vie. La porte grinça bientôt sur ses gonds, et un flot de lumière envahit la crypte, c'est du moins ce que crut voir Yan Ghérardt, dans un éblouissement de joie indescriptible.
Un cri de triomphe jaillit aussitôt de ses lèvres, auquel répondirent les cris de terreur poussés par les gardes : « Au secours ! Un mort qui s'échappe! Attrapez-le ! Attrapez-le ! » — Plus souvent, pensa Yan Ghérardt, plus souvent que je vais me laisser rattraper ! » Et d'un bond inoui, avec une légèreté étonnante, il s'élança hors du Panthéon et fila à travers Paris,
UN MORT RESSUSCITÉ AU PANTHÉON 45 poursuivi par les clameurs des gàrdes effrayés : « Un mort qui s'échappe ! Arrêtez-le ! Arrêtez-le ! » Alors ce fut inénarrable, homérique ! Le nombre des passants qui furent frappés d'une attaque d'apoplexie en apercevant Yan Ghérardt, décédé, enterré la veille au Panthéon et parcourant à cette heure le pavé de Paris, fut incalculable !
On s'imagine en effet la terreur d'une personne rencon trant sur le boulevard un ami enterré sous ses yeux de la veille ! Des clameurs d'effroi couvraient les meuglements des tramways et des automobiles. Tout le monde fuyait, s'enfermait, se barricadait chez soi. Pensez donc, si « le mort » allait venir son ner à la porte !... En un clin d'œil, la rue Soufflot fut vide ! La mort en effet était passé par là !
Et Yan Ghé rardt, affolé, courait toujours, nu tête, les pans de son frac vert flottant au vent comme d'infernales ailes, son épée brinquebalante dans ses jambes. On le vit d'abord devant l'Odéon, rue Dauphine, puis sur le quai du Louvre. Il traversa toujours cou rant le jardin des Tuileries, où il renversa une vieille anglaise et son boy.
Rue de Rivoli.il donna de la tète dans le ventre du secrétaire perpétuel de l'Académie qui, paraît-il, fut saisi de coliques si épouvantables qu'il en perdit... toute contenance. (A suivre.)
LES ORIGINES DE L'ÉGLISE RÉSUMÉ DE L'Apostolat de l'apôtre Jacques de Jérusalem (Suite.) La préoccupation de ces indignes néophytes n'était plus, comme les judaïsants à Jérusalem, de modeler sur le mosaïsme la foi nouvelle, ils paraissaient même s'être désintéressés, au contact des gentils, d'obser vances incommodes, mais loin d'y substituer la per fection du christianisme, ils visaient à relâcher du même coup toute la morale.
Les reproches que Jac ques leur adresse dans son Epître montrent qu'ils descendaient fort loin sur cette pente, jusqu'à la plus impudente des doctrines phansaïques, laquelle rédui sait toute justice à croire au Dieu de la circoncision : « L'homme qui a cette foi, disaient-ils, peut pécher impunément : Dieu ne le lui impute pas à crime. » On sait avec quelle indignation Jésus avait flétri cette hypocrisie, la comparant aux sépulcres blanchis, qui, de bel air au dehors, ne renferment au dedans « qu'infection, pourriture, ossements de morts ».
l'apostolat de saint Jacques 47 En dépit de ces anathèmes, la justice de parade, coutumière aux Juifs, restait une séduction pour ceux d'entre eux qui ne se donnaient point au Christ de plein cœur.
La justification que Paul prêchait, la jus tification dérivant de la foi, non des œuvres, devint pierre d'achoppement pour ces chrétiens de bas aloi. ils y virent autorisée la dépravation de mœurs qu'ils souhaitaient ; la facilité, sans qu'il en coûtât rien à leurs vices, de faire étalage d'honneur et de vertu.
C'était là, à les en croire, la révélation propre à l'apô tre des gentils, l'affranchissement de la Loi qu'il pour suivait si ardemment : la mort au péché que suppose cette « liberté des enfants de Dieu », la régénération totale, les fruits de justice qui en résultent, ils n'en faisaient aucune mention.
Paul avait discerné au fond de l'âme juive cette tendance à travestir ses enseignements, et c'est pour cela que ne faisant aucune distinction dans sa lettre aux Romains, il lançait à toute sa race de si rudes invectives : « Vous qui portez le nom de Juif, qui vous reposez sur la Loi, qui vous glorifiez des faveurs de Dieu... vous vous flattez d'être le conducteur des aveugles, la lumière de ceux qui sont dans les ténè bres, le docteur des ignorants, le maître des simples et des enfants, ayant dans la Loi la règle de la science et de la vérité.
Et cependant vous qui instruisez les autres, vous ne vous instruisez pas vous-même. Vous qui prêchez qu'on ne doit pas voler, vous volez ; vous qui dites qu'on ne doit pas commettre d'adultères, vous commettez des adultères ; vous qui avez en horreur les idoles, vous commettez des sacrilèges ;
48 l'initiation vous qui vous glorifiez dans la Loi, vous déshonorez Dieu par le violement de la Loi. Vous êtes cause, comme dit l'Evangile, que le nom de Dieu est blas phémé parmi les nations. » On conçoit le silence des judaïsants sous une main qui arrachait les masques avec une telle vigueur, mais aussi leur retour d'audace quand ils ne se senti rent plus maîtrisés.
A peine l'apôtre eut-il disparu que l'immoralité pullula plus vivace que jamais ; dans toutes les chrétientés, où les Juifs faisaient nombre, les croyants de l'Évangile de Paul eurent la tristesse d'entendre prêcher la doctrine éhontée de la foi sans les œuvres. Cette corruption, infectant particulièrement les Églises de l'apôtre des Gentils, semble n'avoir guère alarmé les Douze dispersés en d'autres régions.
Le seul d'entre eux qui se trouva à portée d'en soupçon ner le venin fut Jacques de Jérusalem ; car les pèleri nages annuels amenaient près de lui de nombreux judaïsants d'Asie-Mineure et de Grèce. Il vit donc quels dangers menaçaient l'Évangile, et s'en émut d'autant plus que la partie des croyants, qui tour naient ainsi à perdre foi et mœurs, s'autorisaient de l'enseignement même de Jérusalem.
Sentant sa conscience engagée, il résolut, en l'ab sence de Paul, de parler, dans une lettre encyclique et au nom de l'Église-Mère, « en serviteur du Dieu » d'Israël, mais aussi « du Seigneur Jésus-Christ ». Apôtre de la circoncision comme Pierre, plus que ce dernier toutefois attaché de cœur à l'Ancienne Loi, il s'adressa aux chrétiens du même sang et du même
L'APOSTOLAT DE iAINT JACQUES 49 esprit que lui : « Aux douze tribus qui sont dans la dispersion, écrivit-il, salut. La première parole de Jacques fut de compassion pour les chrétientés qu'il voulait redresser dans la foi. On y vivait « en butte à diverses tentations », dans un malaise si accablant qu'il convenait tout d'abord de relever les âmes.
L'apôtre rappelle à cette fin que la souffrance est une joie pour le disciple du Christ, parce qu'il trouve dans sa patience l'épreuve de sa foi, et en récompense « la couronne de vie pro mise par Dieu à ceux qui l'aiment ».
La distinction entre riche et pauvre, plus marquée chaque jour dans l'Église, paraît avoir été une des principales souf frances que l'apôtre s'efforçait de consoler ; car c'est elle en tout cas qui l'occupait davantage, car il y revient constamment dans sa lettre : « Que le frère d'une condition basse, écrit-il, s'en glorifie comme d'une élévation, et que le riche ne voie (dans sa richesse) qu'un abaissement, parce qu'il passera comme la fleur de l'herbe.
Au lever du soleil brûlant l'herbe sèche, sa fleur tombe, et la grâce de ses formes périt, ainsi le riche se flétrira dans ses voies. » Plus loin mêmes avis : « Mes frères ayant foi à Notre-Seigneur JésusChrist (Le Seigneur) de gloire, ne faites point accep tion de personnes.
Car s'il entre dans notre syna gogue un homme portant anneau d'or et superbes vêtements, qu'il y entre aussi quelque pauvre en mé chant habit, et que regardant celui qui est magnifi quement vêtu, vous lui disiez: « Assieds-toi ici en 4
5o l'initiation belle place »; et que vous disiez aux pauvres : «Tiens toi là debout », ou assieds-toi ici au bas du marche pied », n'est-ce pas là faire en vous même différence de l'un entre l'autre, et devenir des juges à pensées iniques ? Ecoutez, mes frères bien-aimés : Dieu n'at-il pas choisi les pauvres dans ce monde pour être riches en foi et héritiers du royaume qu'il a promis à ceux qui l'aiment ?
Et vous, vous méprisez le pauvre I Ne sont-ce pas les riches qui vous oppriment ; ne sont-ce pas eux qui blasphèment le beau nom (de Christ) dont le vôtre est tiré?
Que si vous accomplis sez la loi royale en suivant ce précepte de l'Ecriture : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même, vous faites bien ; mais si vous avez égard à la condition des personnes ; vous commettez le péché et vous êtes condamnés par la loi comme transgresseurs. » Cette méconnaissance de la grande loi du christia nisme, la charité, venait des maximes corruptrices des Judaïsants.
Jacques, allant droit aux racines du mal, s'efforça de les arracher; en premier lieu, les théories fatalistes de quelques Pharisiens, qui, impu tant à une destinée irrésistible la conduite de l'homme, le déchargeaient de toute responsabilité ; un mot lui suffit à ruiner cette immorale prétention : « Que nul quand il est tenté ne dise : Je suis tenté par Dieu, car Dieu, étranger au mal, ne tente per sonne, mais chacun, dans la tentation, est attiré et emporté par sa propre convoitise, puis la convoitise ayant conçu enfante le péché, et le péché consommé engendre la mort. » Une autre aberration de ces faux chrétiens était de
l'apostolat DE SAINT JACQUES 5 I ne mettre d'autre condition au salut que l'acquiesce ment à la parole de Dieu sans nul regard à la pra tique. A qui ressemblez-vous dans cette folle illusion, leur demande Jacques : « A un homme qui considère sa face naturelle dans un miroir, et qui, après y avoir jeté les yeux, s'en va et oublie à l'heure même quel il était.
Celui qui aura regardé de près la loi parfaite, la loi de liberté, et qui aura persévéré, n'écoutant pas pour oublier aussitôt, mais faisant ce qu'il écoute, celui-là trouvera son bonheur dans l'action... Si quelqu'un s'imagine être pieux, et ne réfrène point sa langue, mais s'abuse en son cœur, sa piété est vaine.
La piété pure et sans tache aux yeux de Dieu le Père est celle-ci : visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction et se conserver pur du monde. » Jacques indiquait nette ment par ces exemples les caractères de la vraie foi, une grâce surnaturelle sans doute, « un don parfait descendant d'en haut, du Père des lumières», « régé nérant » le fidèle « par la parole de vérité », ne le sauvant toutefois qu'à condition que cette « parole implantée » dans l'âme en rejette « toute la fange et l'excès du péché » pour y porter des « fruits de jus tice », de pai-x et de miséricorde.
Il ne s'en tint pas là, et attaqua de front l'imposture capitale des Judaïsants. « Mes frères, que sert à quelqu'un de dire qu'il a la foi, s'il n'a pas les œuvres ? La loi le pourra-t-elle sauver ? Si un frère ou une sœur se trouvent sans vêtement et manquent de leur nourriture de chaque jour, et qu'un d'entre vous, lui dise : « Allez en paix,
52 l'initiation chauffez-vous et rassasiez- vous » sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi leur serviront vos paroles ? Ainsi la foi, si elle n'a point d'œuvres, est morte en elle-même. » On a cru voir dans cet enseignement le contre-pied de la doctrine de Paul : « Vous êtes sauvés par la grâce, par la foi et cela ne vient pas de nos œuvres ».
La contradiction n'est qu'apparente ; elle s'éva nouit pour qui se souvient que, d'une part, Paul ne dénie la vertu de sauver qu'aux œuvres légales, aux œuvres que l'homme accomplit sans le concours de la grâce, et que, d'autre part, lorsqu'il attribue ce pou voir à la foi, il a en vue non une croyance inerte et stérile, mais celle qui opère par la charité.
La justifi cation s'accomplit donc de même■sorte pour les deux apôtres, dans l'intime de l'âme, l'épurant, la vivifiant, la rendant féconde en œuvres de justice et de sain teté.
Saint Paul, tout occupé de convaincre les Juifs de l'impuissance de leurs œuvres propres, n'avait montré dans Abraham que la justification de ce pa triarche par la foi ; saint Jacques, reprenant le même exemple, rappelle ce qu'était cette foi pour avoir pa reille vertu, vivante, féconde, jusqu'à enfanter l'hé roïsme : « Veux-tu savoir, ô homme vain, que la foi sans les œuvres est morte ?
Notre père Abraham ne fut-il pas justifié par les œuvres lorsqu'il offrit son fils Isaac sur l'autel ? Tu vois que la foi agissait avec ses œuvres, et par les œuvres sa foi fut rendue parfaite. .. Comme le corps sans âme est mort, ainsi la foi sans les œuvres est morte. »
l'apostolat DE SAINT JACQUES 53 Ce dernier mot était celui du bon sens dans la question embrouillée à plaisir parles judaïsants: il la tranchait pour les esprits sincères. Restait les cœurs à guérir de là surtout l'attachement de Jacques au Mosaïsme lui donnait autorité pour mettre le mal à nu et tailler dans le vif.
Étalant sans ménagement les vices et ses frères d'Israël, « jalousie amère, esprit de querelle », intempérance de la langue, prétention de tout dominer, d'imposer leur « sagesse terrestre, ani male, diabolique », il trouva pour flétrir des senti ment aussi indignes de l'Évangile l'accent des vieux prophètes : « D'où viennent les guerres, et les batailles, vous ? N'est-ce pas de vos passions qui combattent dans vos membres ?
Vous convoitez, et vous n'avez pas ; vous tuez, vous désirez ardemment, et sans rien obtenir ; vous plaidez, vous vous faites la guerre, et vous ne gagnez rien, parce que vous ne le demandez pas ; vous demandez et vous ne recevez point, parce que vous demandez mal, afin de le dépenser pour vos voluptés. Adultères, ne savez-vous pas que l'amitié du monde est inimitié contre Dieu ?
Quiconque veut être ami du monde se rend ennemi de Dieu. » La rudesse de ces paroles montre à quel point Jacques se sentait maître des chrétiens de sa race, en puissance de tout leur dire ; cependant ce n'est point par cette vigueur, toute passagère en son Épître, qu'il s'efforçait de les tirer d'égarement ; nous le voyons au contraire, épancher dans ce dessein tout ce qu'il avait au cœur d'ardente charité, ce qu'il devait de grâce et de mansuétude à la méditation des paroles du Sau veur.
54 l'initiation L'Évangile revit dans sa lettre : même simplicité d'enseignements, même charme d'images emprun tées aux champs, aux eaux, au ciel de Galilée. Le plus souvent Jacques expose sa pensée, comme le fai sait Jésus, avec abandon, sans nul souci d'enchaîne ment ou d'ordre méthodique.
Çà et là toutefois, sur le modèle des livres sapientiaux d'Israël, il détache en peinture un point particulier de morale: telle cette description des dangers de la langue : « Si quelqu'un ne fait pas de fautes en parlant, celui-là est un homme parfait, capable de tenir tout le corps en bride. Voyez le mors des chevaux ; nous le leur meitons dans la bouche, et ils nous obéissent, et ainsi nous dirigeons tout leur corps où nous vou lons.
Voyez aussi les vaisseaux qui sont si grands et poussés par des vents impétueux ; un très petit gou vernail les tourne de tous côtés, à la volonté du pilote qui les conduit. Ainsi la langue est un petit membre; et cependant combien peut-elle se vanter de grandes choses ! Voici un petit feu, quelle grande forêt il allume !
Oui, la langue est un feu, un monde d'ini quités ; n'étant qu'un de nos membres, elle souille tout le corps, enflamme tout le cours de notre vie, et est elle-même enflammée par l'enfer. Car toute espèce de bêtes sauvages et d'oiseaux, de reptiles et d'ani maux marins se domptent et ont été domptés par l'espèce humaine; mais pour la langue, aucun mor tel ne la peut dompter ; c'est un mal intraitable, plein d'un venin mortel.
Par elle, nous bénissons Dieu notre Père, et par elle nous maudissons les hommes faits à la ressemblance de Dieu ; de la même bouche
l'apostolat DE SAINT JACQUES 55 procèdent la bénédiction et la malédiction. Mes frères, il n'en devrait pas être ainsi. Une source jette-t elle par une même ouverture le doux et l'amer ? Mes frères, un figuier peut-il produire des olives, ou une vigne des figues ?
D'une fontaine salée ne peut non plus jaillir de l'eau douce. » Ce tableau si vif nous révèle Jacques lui-même dans le charme puissant de son génie, et en même temps dans la noblesse, la hauteur d'âme qui ployait devant lui tout Israël. La loyauté, une droiture inflexib.e, sont les traits saillants de cette sainteté.
Qu'on ne parle pas au rude ascète, affamé de justice et de vérité, de croire à demi, de prier l'hésitation au cœur, le dou:e sur les lèvres : « Celui qui doute, répond-il, est semblable au flot de la mer ballotté çà et là; qu'un tel homme ne s'imagine pas recevoir quoi que ce soit du Seigneur : c'est un esprit double, inconstant dans toutes ses voies. » Vaciller ainsi, « savoir faire le bien et ne pas le faire, c'est pécher, mentir à la vérité ».
« Lavez vos mains, pécheurs, et purifiez vos âmes, vous qui êtes doubles de cœur. Que votre oui soit oui ; votre non, non. » (A suivre.) Un groupe spiritualiste.
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Le Vénérable agissant avant de fermer la lcge fera remercier A... par la C. au nom de tous ses frères et il la fera prier les douze vieillards ainsi que les six autres a... de lui donner le signe de leur app'obation et de leur agrément sur tout ce qui vient de se déci der.
La veille du jour fixé pour la consécntion, les Vénérables feront assembler tous les frères dans la salle des compagnons ou des apprentis, ils leur noti fieront l'arrivée des deux commissaires députés par le Grand Cophte pour l'assister et le représentr dans la divine inauguration de leur Temple.
Ils les informe ront que le lendemain sera le premier jour consacré à cette cérémonie, et ils détermineront invariable ment tous les arrangements et toutes les dispositions nécessaires tant pour l'illumination et la décoration du Temple que pour les vêtements des frères, les honneurs à rendre aux deux commissaires. Tout étant conclu, réglé et arrêté, l'un des deux (Suite.)
MAÇONNERIE ÉGYPTIENNE 5"J Vénérables fera un discours préparatoire à cette sainte cérémonie, et il fera usage de toute l'éloquence que lui suggérera dans ce moment son zèle et son amour pour l'Éternel, afin de faire passer et imprimer dans lame et dans le cœur de tous ses frères sa reconnaissance pour les bienfaits de l'Etre suprême et son respect pour la volonté du Grand Cophte, premier ministre du grand Temple et leur fondateur ; et finira par leur recommander, pendant la consécration, le plus grand silence, le plus profond respect, et non seulement la plus grande réserve, mais encore la plus grande attention.
Les compagnons de service pour l'adoration y res teront une heure, ou même deux si cela se peut, et pendant ce temps, leurs prières consisteront à réciter les sept psaumes pénitenciaux ; ils entreront et reste ront dans le Temple sans souliers. Toutes les cérémonies de la consécration se divi seront en trois jours.
Tous les apprentis et compagnons seront vêtus de leur habit talare, les maîtres auront leur uniforme complet et leur décoration maçonnique égyptienne. LegrandTemplesera parfaitement illuminé: dans le milieu sera placé le groupe de palmiers renfermant le Tabernacle dont la porte aura une clé dorée attachée par un ruban couleur de feu. En face du Tabernacle, il y aura deux prie-Dieu avec un coussin.
Chacun des deux prie-Dieu aura un écritoire, des plumes et un canif neufs qui n'auront jamais servi. On fera faire trois clés, une dorée, une argentée et la
58 l'initiation troisième de couleur verte représentant les chefs des loges des apprentis, compagnons et maîtres. On préparera un voile de soie ou de lin blanc capable de couvrir la tête et les épaules du Vénérable. Pendant le temps où toute la loge sera rassemblée dans le grand Temple, il y aura un compagnon ou un apprenti qui fera sentinelle l'épée nue à la main dans la galerie où sont les escaliers.
Tous les maîtres, compagnons ou apprentis qui entreront dans le grand Temple y resteront sans souliers, les Vénérables seuls garderont leurs babouches. Par respect pour cette divine cérémonie, tous les maîtres, compagnons et apprentis seront obligés de garder le célibat vingt-quatre heures avant le jour fixé et les deux chefs et les deux commissaires trois jours que durera la consécration.
Le Tabernacle de la C. sera garni d'une petite table avec trois bougies et un tabouret. Le Vénérable opérant ou le premier commissaire G. F. décideront la situation dans laquelle se mettront les assistants, soit pour s'agenouiller, soit pour rester debout, soit pour s'asseoir. PLACES DANS LE GRAND TEMPLE Le Vénérable agissant sur le trône. Les deux commissaires à droite et à gauche sur des fauteuils. Le Vénérable non opérant dans un fauteuil immé diatement après le premier commissaire.
MAÇONNERIE ÉGYPTIENNE 5o. Les maîtres moitié du côté droit, moitié du côté gauche. Les compagnons de même. Les apprentis pareillement.
Le premier jour de la consécration, entre 9 heures et 10 heures du matin, tous les frères seront rassem blés dans la loge des compagnons pour y recevoir les deux commissaires qui seront dans une chambre voi sine ; le Vénérable agissant après avoir ouvert la loge enverra son confrère à la tête de deux maîtres pour y prendre les commissaires et les introduire dans la loge avec tous les honneurs dus à des représentants du fondateur : ces deux maîtres et le Vénérable auront l'épée nue à la main, en accompagnant le commissaire, il leur sera préparé deux fauteuils à côté du trône ; celui non agissant fera les fonctions de grand maître des cérémonies.
Lorsque le Vénérable opérant sera averti de l'arrivée des commissaires, il fera fermer la voûte d'acier, descendra de son trône et viendra à la porte pour recevoir les commissaires. Il fera ouvrir les deux battants et il les accompagnera chacun à leur place.
'Tous les frères étant assis, le Vénérable agis sant fera un discours pour féliciter les commissaires sur leur arrivée, les remercier et leur annoncer que tout est prêt et réglé pour la consécration. Ce discours achevé, tous les assistants se lèveront.
Le Vénérable agissant fera signe au maître désigné pour cette fonction d'apporter sur un plat d'argent au premier commissaire les clés des trois loges ; celui-ci les touchera de la main droite et le maître les empor tera. Le premier commissaire fera alors un discours
6o l'initiation pour faire connaître l'intention du grand Cophte ; il annoncera l'heure à laquelle commencera le même soir la consécration, il requérera en même temps le Vénérable d'envoyer sur-le-champ le maître avec les deux compagnons qui doivent commencer l'adoration dans le grand Temple. Le Vénérable agissant fermera la loge, après avoir remercié l'Éternel.
A l'heure fixée pour entrer dans le grand Temple tous les frères, chefs, maîtres, compagnons et ap prentis s'y rassembleront, et y seront placés sur deux lignes selon leur grade.
Le Vénérable agissant ou vrira la loge, en priant antérieurement le grand Dieu Eternel de vouloir bien lui conférer la grâce et le pouvoir nécessaires pour la consécration de son Temple, il en verra son collègue avec deux maîtres pour chercher et introduire les commissaires ; leur entrée se fera dans le plus profond silence, et sans qu'au cun des assistants qui seront debout, remue de sa place.
Le chef agissant sera debout l'épée à la main, les deux commissaires seront avec leurs souliers, l'épée à la main, ils seront conduits chacun à leur place par le deuxième chef ; celui-ci annoncera en peu de mots que les commissaires chargés des ordres du Grand Cophte se sont servis du pouvoir qu'il leur a accordé pour cette mission, puis les clés à la main, ouvrira le grand sanctuaire afin d'éclairer les mor tels.
Le Vénérable agissant continuera ce discours, il remerciera à haute voix l'Être suprême dela grande faveur qui lui est faite ainsi qu'à ses frères, et il s'avancera auprès du premier Commissaire pour lui
MAÇONNERIE EGYPTIENNE 6l remettre son épée consacrée et l'aider à monter sur le trône. Lorsque le chef opérant présentera son épée au premier Commissaire, un des Maîtres s'avancera avec un plat d'argent auprès du premier Commis saire pour recevoir la sienne.
Le premier Commis saire étant sur le Trône, tous les assistants se met tront à genoux, le Vénérable agissant se mettra éga lement à genoux sur la première marche du Trône en face du premier Commissaire.
Celui-ci après s'être recueilli et avoir supplié en lui-même l'Éternel de faire pénétrer dans son âme et dans son cœur sa sainte volonté, il annoncera aux assistants qu'ayant été assez heureux pour avoir été choisi par le Grand Cophte pour faire exécuter ses intentions et parvenir à consommer et couronner l'ouvrage si désiré par les hommes pour jouir de la connaissance de l'Etre su prême, de celle d'eux-mêmes et de la délicieuse union fraternelle ; il les prévient que le Grand Cophte par attachement pour sa loge-mère et pour la convaincre de plus en plus de la préférence et de la suprématie qu'il veut lui conserver a résolu et déterminé de nommer un de ses Vénérables pour travailler et pré sider lui-même à cette consécration, et que ce Véné rable est le frère Grand Maître.
Le premier Commissaire s'asseoira et fera signe aux assistants de se lever. Trois Maîtres s'approche ront du Vénérable opérant, ils le feront mettre debout, ils l'entoureront, lui ôteront ses vêtements, même la chemise du côté droit, et le couvriront avec un voile de soie ou de lin blanc ; les trois maîtres resteront à la même place, et le Vénérable non agissant prenant
02 l'initiation son confrère sous le bras, il l'aidera à monter les marches et à se mettre à genoux devant le premier Commissaire, le chef non agissant lui ôtera son voile et fera signe à un des trois Maîtres de s'approcher pour le recevoir. Le premier Commissaire se mettra debout et tous les assistants à genoux.
Le Vénérable non agissant mettra la main droite, les doigts écartés sur la tête du chef qui sera à genoux tandis que le premier Commis saire appliquera sur le visage du dit chef sa main gauche les doigts écartés ; dans sa droite il aura l'épée élevée au-dessus de la tête dudit Vénérable.
Dans cette situation, le premier Commissaire dira : Par le pouvoir de l'Éternel et par celui qu'il a con cédé au Grand Cophte, je vais te donner le pouvoir et te taire reconnaître par les sujets présents et par tous ceux du globe, pour le mortel élu digne et ca pable d'agir selon les ordres et les intentions du Grand Cophte pour l'inauguration et la dédicace de ce Temple au Grand Dieu Éternel.
Le premier Com missaire lui donnera ensuite un coup de glaive sur l'épaule droite et un souffle : il lui dira : En vertu du pouvoir que m'a donné le Grand Cophte je te con sacre parce premier souffle homme de l'Éternel pour l'avantage, le bonheur et l'utilité, tant de tes frères que des mortels.
Il donnera le deuxième coup et le deuxième souffle et dira : En vertu du pouvoir que m'a donné le Grand Cophte, je t'influe par ce second souffle, la sagesse ou la perfection spirituelle, et je t'accorde comme homme et enfant du Grand Maître, la bénédiction fraternelle, en te donnant le pouvoir
MAÇONNERIE ÉGYPTIENNE 63 de l'administrer à toutes les personnes qui te plai ront et te conviendront.
Il donnera le troisième coup et le troisièmesouffle, il dira : En vertu du pouvoir que m'a donné le Grand Cophte, j'entends embraser ton cœur par ce troisième souffle de l'amour de l'Éternel, et de celui de ton prochain et de te rendre de plus en plus digne parla pratique de la charité, de la miséricorde, de la bonté, et des grâces de l'Être Suprême.
Il achèvera en ajoutant : Selon les intentions du Grand Cophte, je vais te baptiser et changer ton nom en te taisant reconnaître dès ce moment et pour tou jours pour Alexandre IIIe, il lui donnera 3 souffles: le i°r sur l'épaule droite, le 2° sur la gauche, et le 3* sur le visage. Il mouillera de sa salive son pouce droit et il lui appliquera sur l'épaule droite.
Il demandera le voile, il l'en couvrira et après l'avoir fait relever, il le re mettra entre les mains du deuxième non agissant qui lui aidera à descendre les marches, les 3 Maîtres l'en vironneront de nouveau, et le premier Commissaire leur ordonnera de l'habiller ; pendant qu'on lui pas sera sa chemise et qu'on lui mettra ses vêtements le premier Commissaire lui dira : Mon frère, ces vête ments sont le symbole de la perte de votre innocence qu'il faut travailler à recouvrer en vous régénérant moralement.
Lorsqu'on lui mettra le cordon il dira : En vous ceignant de ce cordon, on vous enseigne à mettre un frein à toutes vos passions, à les vaincre, à les surmonter, à les contenir dans les plus justes bornes.
64 l'initiation Lorsqu'on lui mettra l'étole, il dira : Cette étoleest la marque distinctive qui annoncera que vous appar tenez à l'Éternel ; c'est sa livrée, son nom sacré placé au bas de cette étole, vous apprendrez que vous de vrez toujours l'avoir présent à votre pensée et dans votre cœur.
Les caractères qui sont au-dessus et qui sont les chiffres des sept anges primitifs, doivent vous rappeler sans cesse tous les mystères, et la jouissance d'une aussi inestimable faveur.
Le chef agissant étant entièrement vêtu, le premier Commissaire lui ordonnera de monter seul les marches du trône ; et lorsqu'il sera auprès de lui, il dira : Au nom de la gloire de Dieu, je vous rends la première place et le glaive, faites en honneur du grand Cophte toutes les opérations dont je vous ai chargé, en son nom et par écrit pour la consécration de la nouvelle Jérusalem.
Le premier Commissaire descendra du trône, et il ira se remettre à la première place à droite. Tous les assistants étant à leur place et debout, on chantera le te Deum. Cette hymne achevée, le Vénérable agisant fera un discours dans lequel il commencera par remercier le premier commissaire.
Il dira : Vous savez ce que signifient cette brillante couleur rouge et cette belle rose, elles sont l'emblème de cette précieuse et miraculeuse première matière accordée par l'Éternel à ses élus pour les régénérer physiquement et les rendre immortels. Redoublez de zèle pour glorifier et faire glorifier l'Éternel, et que votre vertu et vos bonnes actions accélèrent le jour où
MAÇONNERIE ÉGYPTIENNE 65 vous mériterez d'obtenir la possession et la jouis sance des biens célestes.
Lorsqu'on lui passera le cordon rouge décoré de la plaque, représentant le Grand Cophte pour le pouvoir et toutes les grâces qu'il vient de lui concéder, il exhor tera les assistants de se joindre à lui pour élever leurs cœurs à l'Éternel afin de l'invoquer avec la plus grande ferveur pour qu'il veuille bien approuver les opé rations qui ont été faites pour lui dédier le présent Temple.
Tous les assistants sans exception se mettront à genoux le visage prosterné contre terre. Le Vénérable non agissant ôtera ses babouches, et celui qui opérera sera le seul qui restera à genoux sans se prosterner ; il aura le glaive à la main droite mais la pointe basse, il fera à haute voix une courte prière à l'Être suprême, mais sublime, à la fin de laquelle les frères répondront: Ainsi soit-il.
Le Vénérable agissant se relèvera, il se mettra en face du Tabernacle l'épée à la main, et ordonnera aux deux compagnons ou au chef non agissant de se pré parer à écrire.
Il appellera la Colombe, et la fera mettre à genoux devant lui, il lèvera la main droite et avec son glaive il décrira sans changer de place 3 cercles dans l'air en face seulement du Tabernacle par 3 fois 3, en ayant dans son esprit l'invocation à l'Éternel et sollicitant son secours pour le faire réussir dans ses travaux.
Il prononcera à haute voix : Moi..., tel... par le pou voir que le Grand Cophte m'a donné et qu'il me donne, j'invoque ton aide, grand Dieu Éternel pour que je puisse donner à la présente Colombe une aug 5
66 l'initiation mentation de pouvoir, de conception et de force nécessaires afin qu'elle puisse me répondre clairement et avec vérité à toutes les demandes, invocations, et prières que je vais lui faire. Il ajoutera à la Colombe. Mon enfant, supplie l'Éternel de te pardonner toutes tes fautes passées.
Exécute ponctuellement l'ordre que je te donne d'avoir le plus profond respect pour tous les Êtres spirituels et grands personnages qui vont te comparaître, et ressouviens -toi d'agir et de travail ler pour la consécration de ce temple dédié à l'Éternel, non comme un enfant mais en philosophe ; car telles sont les intentions et la volonté du Grand Cophte fon dateur et grand Maître.
Le chef agissant appellera le maître grand inspec teur de la loge ; il lui remettra entre les mains la Colombe, celui-ci la conduira dans le Tabernacle qu'il visitera, et après avoir fermé la porte, il en ôtera la clé et passera à son col le cordon qui y tient ; cette clé pendra sur sa poitrine, et il la gardera jusqu'à ce que le Vénérable ayant fermé la loge, il lui ordonne de faire sortir la Colombe du Tabernacle.
La Colombe étant dans le sanctuaire, le chef agissant debout et l'épée à la main dira : J'ordonne au nom de l'Éternel que tous le sujets soumis et subordonnés au Grand Cophte dans toutes les parties du monde soient avertis et demeurent prévenus que moi... tel Véné rable, et Maître de la grande loge mère égyptienne de l'Orient de Lyon, je suis occupé des travaux consacrés à l'Éternel lui-même, ordonné par le Grand Cophte grand Maître et fondateur. En conséquence, il est défendu et empêché à aucun sujet d'opérer, ni de
MAÇONNERIE ÉGYPTIENNE 67 travailler jusqu'à la fin de la consécration qui va se faire.
INVOCATION A cet effet... moi... tel par le pouvoir que m'accorde le Grand Cophte notre fondateur, je commande et j'ordonne à l'ange A... de comparaître aux yeux de la Colombe avec toute la classe et hiérarchie des esprits qui lui sont soumis, et de se placer de manière que la Colombe en puisse faire une description et un rapport exact ; il frappera trois fois du pied droit à terre.
Le Vénérable fera faire par la Colombe le détail le plus circonstancié du lieu, de la quantité d'anges, de leurs figures, de leurs vêtements, de leur couleur, enfin de tout ce que fera A...
Ce rapport achevé, le Vénérable dira : COMMANDEMENTS En vertu du pouvoir dont je suis revêtu et au nom de l'Éternel, je t'ordonne A.. . de donner un signe à la Colombe ou de lui dire de ta propre bouche si nous nous trouvons en règle pour parvenir à consacrer parfaitement le Temple à l'Etre suprême selon les intentions du Grand Cophte.
Sa réponse étant satis faisante, le Vénérable passera à l'invocation du deuxième an... qui sera faite mot pour mot de la même manière et ainsi des autres. Les réponses des sept a.... étant uniforme et favo rable, le Vénérable dira : Nous, maître de la vraie loge, nous ordonnons aux
68 l'initiation sept a— primitifs de fairecomparaîtreles douze philo sophes ensemble, le même commandement fait à cha cun des sept a... afin qu'ils donnent un signe à la Colombe ou qu'ils disent de leur propre bouche, si on se trouve en règle pour la consécration parfaite ; leur réponse donnée, il ajoutera : Nous vous ordonnons à vous sept a.... à vous douze philosophes au nom et à la gloire du grand Dieu Éternel et par le pouvoir du Grand Cophte d'agir, opérer et travailler suivant ses intentions pour inau gurer, consacrer et bénir cette grande loge avec ses dépendances dédiées à l'Éternel, non seulement inté rieurement mais extérieurement avec toutes les céré monies parfaites et complètes à vous connues.
Le Vénérable fera à la Colombe les demandes con venables et nécessaires pour se faire rendre le compte le plus détaillé de tout ce qui se passera et de tout ce qu'opéreront les sept a... principalement A... et les douze philosophes.
Le Vénérable fera comparaître ensuite EN... et EL... ayant apparu et le détail de tout ce qui les concerne achevé, il dira : « E N. et E L. nous vous supplions de vous laisser toucher, par notre candeur, notre vertu et notre confiance dans l'Éternel afin de nous accorder la faveur de contribuer vous-même à perfectionner cette sainte et divine cérémonie ; nous vous prions de plus au nom du grand Dieu Éternel et en vertu du pouvoir du grand Cophte de faire un signe à la Colombe, ou de lui dire avec vérité de votre propre bouche si les travaux faits pour la consécration intérieure et exté
MAÇONNERIE ÉGYPTIENNE 69 rieure de notre grande loge et de ses dépendances ainsi que de sa dédicace à l'Éternel sont en règle, et s'ils sont parfaits et complets. » La C. ayant communiqué leur geste et réponse et rapporté ce qu'ils auront opéré, le Vénérable fera paraître Moïse et lui répétera mot à mot la prière adressée à EN. et à EL. sa venue, son visage, ses vêtements, ses mouvements, ses actions, tout sera observé et décrit comme pour les autres avec le plus grand détail.
Enfin le Vénérable sollicitera et sup pliera l'apparition du grand Cophte en habit talare : son arrivée, ses armes, ses ornements, sa démarche, ses signes ; tout sera observé et rapporté avec la plus grande attention, à son apparition le Vénérable dira : Souverain G.
M. et Fondateur reçois l'hommage que tes enfants présents te font de leur cœur en recon naissance de tes bontés et des grâces dont tu les as comblés , pardonne à notre faiblesse si nous avons failli ou que nous n'ayons pas entièrement rempli tes intentions dans cette circonstance, et daigne nous faire la faveur de donner un signe à notre C. ou de lui dire de ta propre bouche si les opérations qui ont été exécutées pour l'inauguration et la consécration inté rieure et extérieure de la loge-mère et de ses dépen dances ainsi que sa dédicace à l'Éternel sont achevées et si elles sont parfaites.
Sa réponse étant connue par l'intermédiaire de la Colombe, le Vénérable dira: Nous te conjurons, grand Maître, de ne point vouloir disparaître et te séparer de nous sans nous donner ta bénédiction paternelle au nom du grand Dieu.
70 l'initiation Le Vénérable se fera instruire par la Colombe de quelle manière leurs prières sont reçues et exaucées.
Son rapport terminé, le Vénérable se mettra à genoux ; ayant la pointe de l'épée basse et le corps courbé, il dira : Grand Dieu Éternel, Être suprême et souverain, si notre faiblesse et notre fragilité peuvent nous faire trouver grâce et miséricorde devant toi, si ayant pitié de nous et sensible à notre brûlant amour tu veux bien nous permettre d'implorer ta grande et inépui sable bonté, si nous te paraissons dignes enfin de mériter une marque de ta protection, nous te supplions et nous te conjurons du plus profond de notre cœur de faire paraître aux yeux de la Colombe un signe particulier qui nous comblera de joie et de félicité en nous prouvant que notre ferveur, notre sincérité et notre amour t'ont touché.
Le Vénérable demandera à la Colombe ce qu'elle voit, et dans le cas où elle aurait le bonheur d'aper cevoir le signe désiré, le Vénérable mettra le front contre terre. (A suivre.) Cagliostro.
LE VOYAGE DE KOSTI (Suite.) Le père de famille commença à défricher toute cette contrée, et ce fut un travail tout spirituel ; épines et chardons se mêlèrent en tombant et la confusion était effroyable, jusqu'à ce que tout fût sous la charrue.
Pendant que le Seigneur faisait ainsi labourer, beau coup gémissaient en disant : « Dieu ! quelle confusion est-ce-là ? » — « Comment peut-on labourer un champ, leur répondit le père, sans remuer la terre, et sans fouler aux pieds les épines et les chardons ?
A présent c'est le temps du labour, qui sera suivi du temps de la floraison ; mais tout cela ne serait pas arrivé si les fermiers avaient labouré eux-mêmes. » Le père de famille jeta ensuite de la bonne semence dans la terre, une herse pointue la recouvrit ; bientôt le blé germa, mais les épis étaient mélangés de mau vaise herbe.
Les serviteurs voulurent l'arracher, mais le père leur dit : « Laissez-là jusqu'à la récolte, car vous pourriez arracher aussi les épis. Le jour de la moisson est proche ! » Un autre père de famille construisit un grand palais pour ses enfants et leur dit : « Demeurez tranquille ment ici, et jouissez en paix de la vie ! »
72 l'initiation Le palais était grand, et contenait plusieurs appar tements. Le père dit : « Enfants, si vous voulez faire quelque changement, ne le faites que d'après le plan commencé, pour que l'édifice devienne complet. Les fils aînés s'imaginèrent avoir plus de perspicacité que leur père, ils déparèrent l'édifice par différents balcons et y ajoutèrent des attenances ; ils se séparèrent aussi de leurs frères et se livrèrent à leurs voluptés.
Pour empêcher leurs frères de regarder dans ces attenances, ils murèrent les fenêtres et transformèrent ainsi les plus belles salles en chambres obscures. A l'extérieur du palais, ils élevèrent aussi des animaux pour se divertir, et ils apportèrent pour eux une grande quan tité de foin et de paille, privant ainsi leurs frères du peu de lumière qui pouvait entrer dans le palais par les ouvertures.
Ceux-ci n'ayant plus de lumière naturelle, cherchè rent à y suppléer par des lampes qui suffirent à éclairer leurs amusements. Quelques sages dirent aux frères aînés : « Frères, vous agissez mal, vous avez retiré aux autres la lumière naturelle, et rempli le palais de foin et de paille pour les bêtes ; cela ne donnera rien de bon.
La paille peut être aisément enflammée par les lampes, et votre palais réduit en cendres ! — Ouvrez la porte à la lumière pure car les lumières cachées et artificielles sont dangereuses. » Mais ils ne voulurent pas ouvrir les fenêtres, disant : « Si nous ouvrions les fenêtres, nos frères pourraient voir les attenances que nous avons bâties, et nous ne pourrions plus nous livrer à nos plaisirs. » — Ils
LE VOYAGE DE KOSTI 7 3 ne retirèrent ni la paille ni le foin, car ils ne voulurent pas se défaire des bêtes de leur passion. Il arriva que plusieurs lampes mirent le feu, et le palais brûla de fond en comble.
Les frères aînés allèrent ensuite chez leur père, accusèrent leurs frères cadets d'avoir occasionné cet incendie avec leurs lampes, et exigèrent qu'on interdît à l'avenir toutes lampes et lumières. — « Fourbes que vous êtes, dit le père, pourquoi accusez-vous vos frères innocents ? Si vous ne les aviez pas privés de la lumière naturelle, ils n'auraient pas eu besoin de la dangereuse lumière des lampes.
Vous avez rempli le palais de foin et de paille, pour engraisser les bêtes sauvages de vos passions ; il était naturel qu'un incendie éclatât ; c'est vous que je veux punir. » — Après la destruction du palais, tous virent les scan daleuses attenances ; le père de famille les rassembla, et reconstruisit l'édifice d'après ses plans éternels.
Quand le Génie eut ainsi parlé, Kosti tomba à genoux : « Esprit gardien de l'humanité, s'écria-t-il, ton discours a rempli mon âme de désespoir. Plus je connais la nature de l'homme, la corruption de ceux qui régnent, et l'abaissement de ceux qui sont gou vernés, plus je suis las de ma vie. Que nous reste-t-il à faire? devenir l'aide ou la victime de l'oppression générale; oh ! laisse-moi mourir!
Je sens la lourde tâche du gouvernement et ma faiblesse. Que la terre prenne mes ossements dans son sein, avant que les crimes les aient dégradés. » Le grand-prêtre, Aban, prit la parole : « Ne déses père pas, bon Kosti, l'amélioration de l'homme est
74 l'initiation aussi progressive ! Contribues-y tant que tu peux, et tu auras suffisamment fait. Sache que l'homme pense, veut et agit. La volonté est sous la Loi de la Raison, l'action sous la Loi de la Volonté ; la Divinité t'a mis en mains les plus beaux moyens d'amener les hommes à la Raison pure. Ces moyens sont : morale, science et arts; mais ils doivent rester fidèles aux Lois im muables et ne jamais quitter l'Ordre éternel.
Apprends à connaître la puissance des sciences et des arts, — la puissance qu'ils ont sur l'esprit et le cœur de l'homme et règne sur ton peuple d'après les éternels Principes naturels. » Aban s'assit sur une colline, et tous les prêtres l'en tourèrent.
Tous l'écoutèrent attentivement, tandis qu'il parlait ainsi : « Prêtres initiés, si les hommes avaient apprécié la puissance que les sciences et les arts ont sur leur cœur, et si les sages l'avaient fait servir à l'instruction, on aurait à redouter moins d'erreurs aux conséquences nuisibles. — Les erreurs se répandent là seulement où la puissance des sciences est inconnue, où l'esprit est opprimé et étouffé, ou lorsque l'égoïsme s'en fait un moyen d'action.
Le soleil est-il nuisible, parce qu'il est le roi des étoiles du firmament, éclairant la hutte avec bienfaisance, envoyant ses rayons bénis et vivifiants sur les fleurs que nous plantons, chauffant le champ que nous labourons? Si un enfant con centre les rayons du soleil dans une lentille, et in cendie la hutte de son bienfaiteur, est-ce l'œuvre du soleil ou celle de la volonté de l'homme qui abuse de tout dans la Nature ?
LE VOYAGE DE KOSTI y5 L'abeille suce le miel de la fleur dont l'araignée suce le poison. Le suc balsamique de la rose devient du miel chez l'abeille et du poison chez l'araignée, car tout prend, dans le principe des choses ce qu'il est apte à recevoir. Le suc s'animalise dans le corps de l'animal ; dans les plantes, il prend les qualités des plantes ; c'est la Loi des êtres, dans le physique comme dans le spirituel.
L'eau dela source coule pure à son origine, mais elle devient méconnaissable dans le vase rempli de boue. Il en est de même des sciences et des arts. Le bon s'en sert pour le bien, le méchant pour le mal.
Changez le cœur de l'homme, guidez ses passions d'après les buts de la Nature et n'accusez pas les arts et les sciences de corrompre les hommes ; mais celui qui ignore les Lois de l'Ordre et les Lois de la Nature est toujours injuste, car il confond les forces avec les effets, et les conséquences avec les forces.
Les Lois de la Nature sont éternelles, leurs rapports sont immuables et harmonieux ; tout tend vers l'ordre, et de là résulte le Bien, le Vrai et le Beau, quand cet ordre n'est pas interverti par les hommes. Ce qu'on appelle ordre dans le système de la Création, est de l'harmonie dans le Royaume des Esprits, de la régularité dans les mœurs, de la proportion dans les corps, c'est une même chose sous différents as pects. Loi Moyen-But.
C'est la base sur laquelle la Nature construit son édifice intérieur et extérieur; c'est la base des forces intellectuelles et physiques. Cet ordre ne doit jamais
76 l'initiation être interverti, jamais le But ne doit devenir Loi, jamais le Moyen But. Ici se pose la grande question : où doit-on cher cher la Loi de la plus pure Raison ? Je réponds : dans la source des idées pures, et la source de ces idées est la première force primordiale pensante, le premier principe intelligent des choses.
Les hommes ne peu vent penser qu'en Dieu et par Dieu, car toutes les idées physiques que nous recevons sont la réalisa tion de la grande idée de l'Unité, l'origine de tout. Tout ce qui était, tout ce qui sera, devait être à l'état de plan architectonique dans les idées de la Di vinité, avant que toute Création commençât.
La Créa tion n'était que la réalisation de ses idées, et ces idées réalisées forment notre pensée; les idées que nous concevons sont la réalisation des idées supérieures qui doivent avoir une Loi de formation, et un Ordre de réalisation. L'homme pense des Forces, des Effets et des Réali sations qui sont la base de ses conceptions.
La Rai son pure ne peut être que la plus pure manière de voir, et comment l'homme peut-il la recevoir autre ment que par la contemplation de la Force Primor diale, qui est la source de tous les effets, les consé quences et les réalisations dans l'ordre harmonieux.
Si nous envisageons les Pensées de Dieu dans cet ordre harmonieux, comme elles se trouvent virtuel lement en Dieu et manifestées dans la Nature, alors nous pensons bien, beau et vrai, car la Bonté, la Beauté et la Vérité sont le plan d'après lequel tout est construit dans l'Univers. Dieu pensa, créa et réalisa.
LE VOYAGE DE KOSTI 77 Comme Être pensant il devient la source de l'Amour pur, comme Créateur, la source de la Vérité pure, comme Réalisateur, la source de la Beauté et de l'Har monie. Celui qui n'a pas cette idée de Dieu, ne connaît pas la Nature, et celui qui ne connaît ni Dieu ni la Na ture, comment peut-il connaître le grand but des arts et des sciences ?
L'ordre de la Nature est la Loi des sciences et des arts; elle consiste dans la connaissance et l'union avec la source de tout ordre.
L'Unité est la Loi de l'Harmonie ; le Bien, le Vrai et le Beau persistent toujours par, et dans l'Unité; cette Loi seule est si haute que l'esprit de celui qui a quitté la sim plicité de la Nature et s'est perdu dans la diversité de la Matière, peut rarement la comprendre. ll arrivera malheureusement un temps pour les hommes, où l'idée de la Divinité sera partout sup plantée en partie parce qu'ils ne connaissent pas le principe primordial des choses en partie parce qu'on le leur montre à travers des symboles qui sont con traires à sa conception.
L'idée intérieure qu'ils ont de la Divinité sera forcément délogée. L'homme cherche à imposer partout son « moi » et à s'ap proprier ce qui se trouve dans le Principe primordial des choses; la grande confusion de la philosophie vient de ce qu'elle est confondue avec la Force pri mordiale, la manifestation des Forces ou la Nature ! Ordre interverti pardes passions désordonnées ! Com ment peut-on trouver de la vérité quand on trans forme les faits en Forces, et la conséquence en effets?
78 l'initiation Ce seront alors les erreurs de la philosophie. Elle confondra toujours les effets et les Forces. Et com ment connaîtra-t-elle les Forces, si elle ne peut trans former la Force primordiale en source de toutes ies forces? Plus l'homme s'élève vers cette Force pri mordiale, plus sa raison s'épure, et celle-ci doit être la Loi de sa pensée. L'après l'ordre de la Nature, la pure Raison dans le sens scientifique est Loi.
Les sciences sont le Moyen, le Bien est le But. Les sciences doivent être, par conséquent, sous la Loi dela plus pure Raison, et cette Loi est l'ordre éternel des êtres pensants. La base de tout ordre est l'Ordre d'un Être primordial qui reçoit et qui gou verne tout, d'après des Lois harmoniques.
L'Ordre de cet Être primordial consiste dans le plus parfait accord de l'Amour, de la Vérité, de la Sagesse, de la Bonté, de la Justice, par lesquels il administre tout d'après les Lois immuables qui lui sont propres. Il importe de savoir ce que sont l'Amour, la Vérité, la Sagesse, la Bonté, la Justice, dans cet Être.
Ce que cet Être a déterminé par la Création, ce que la Force spirituelle a déterminé au premier mou vement, ce qui était motif de Création, est appelé Amour. La Vérité est la Réalisation de ce motif. La Sagesse est la Loi d'après laquelle l'Amour fut réa lisé. La Bonté est le But de la Création. La Justice est la Mesure de l'application des proportions. Et la concordance de toutes ces propriétés est l'Ordre en Dieu.
LE VOYAGE DE KOSTI 79 Dieu pense, opère, agit et réalise. L'ordre de ses idées a pour résultat l'Amour; l'ordre de ses opérations, la Vérité; l'ordre de ses ac tions, l'Harmonie; l'ordre de ses réalisations, la Ré gularité et la Proportion de toutes choses. D'après la suite progressive de cet ordre, résulte le Bien, le Vrai et le Beau, tant dans l'ordre intellectuel que dans l'ordre physique.
La première forme du Bien se réalise chez l'homme par la régularité de ses pensées, de sa volonté, de ses actions. La première forme de la Vérité se manifeste par la science de parler, de penser et d'analyser la Na ture. La première forme du Beau s'exprimepar la Poésie, la Musique et la Peinture.
La base de l'ordre pour l'homme, qui est un être pesant, voulant et agissant, consiste : à penser le Bien ; Vouloir le Bien, faire le Bien, c'est l'Unité dans la pensée, Vouloir et agir est la base de la Morale. Penser le Vrai, vouloir le Vrai, réaliser le Vrai, est la base des Sciences. Penser le Beau, vouloir le Beau, réaliser le Beau, est la base des Arts.
Par cette analyse, nous pouvons être convaincus que le Bien est la Loi, le Vrai, le moyen, le Beau, le But. Le Bien est la Loi du Vrai, le Vrai la Loi du Beau. Le principe du Bien est Dieu et la Nature, comme Force, et manifestation de forces.
80 l'initiation Le principe du Vrai est la Science, que nous appe lons de Dieu et de la Nature. Le principe de l'Art est la Nature, qui réalise ses connaissances dans le Beau. Le Beau ne peut exister sans le Vrai, le Vrai ne peut être sans le Bien, car le Vrai est du Bien réalisé, et le Vrai réalisé est le Beau. ..Dieu et la Nature demandent partout l'Unité, dans la Morale, dans la Science et l'Art.
Partout la pensée, la volonté et l'action doivent être unies, dans la Morale, avec Dieu, dans la science, avec Dieu et la Nature, et dans l'Art, avec la Nature. La pensée, la volonté, l'action, l'idée, l'expression, en sont le résultat. Quand cet ordre sera suivi, alors, la Morale sera la science du Bien, la Science sera lasciencedu Vrai, l'Art sera la science du Beau. Le Bien donnera le bonheur; le Vrai, le contente ment; le Beau, la joie.
Mais les hommes intervertiront l'ordre de la Nature, et de là sortiront les erreurs, les méchan cetés et les vices. Les erreurs corrompront la pensée de l'homme, la méchanceté, et le vice sa volonté, ses actions. Le Bien se transformera en Mal, le Vrai en Faux, le Beau en Laid. L'écart de l'Ordre des choses aura pour résultat le Désordre et la Dissonance.
Les moralistes, les savants et les artistes change ront la base sur laquelle devraient reposer la Morale, la Science et l'Art.
LE VOYAGE DE KOSTI 8l Le moraliste se donnera lui-même comme But, avec sa volonté comme Loi, et se servira de la Morale comme Moyen pour réaliser ses intérêts. Ainsi se perdra le Bien. Le savant donnera son orgueil comme Loi, un honneur vain, comme But, et la Science, comme Moyen. Ainsi se perdra le Vrai. L'artiste aura sa présomption comme Loi, luimême, pour But, et se servira de l'Art comme Moyen. Ainsi se perdra le Beau.
Dans cette confusion il ne restera rien à faire que de ramener les hommes du Désordre à l'Ordre, et leur faire connaître la base qu'ils ont quittée. Dans la Morale, Dieu doit être la Loi, le mora liste, le Moyen, et le Bien, le But. Dans la Science, la Vérité, doit être la Loi, le savant, le Moyen, et le Vrai, le But. Dans l'Art, la Nature doit être la Loi, l'artiste, le Moyen, et le Beau, le But.
Dans cet ordre, les erreurs, les passions et les vices doivent forcément disparaître, car la pensée, la volonté et l'action de l'homme redeviennent régu lières, harmonieuses et proportionnées. Où règne la Régularité dans la pensée, n'existe pas d'erreur; où il y a de l'Harmonie dans la volonté, il n'y a pas de passions nuisibles; où il y a proportions dans l'action, il n'y a pas de vices.
Toute la Création nous convainc de ces vérités, sciences et arts ne pourront jamais être nuisibles à l'homme, s'ils se conforment à cette mesure, ils sont trop intimement liés avec l'éducation du cceur de 6
82 l'initiation l'homme. Le Principe primordial de tous les êtres veut nous conduire progressivement par notre propre sentiment de bonheur, de contentement et de joie, par le Bien, le Vrai, et le Beau, à notre grande des tinée, qui est de trouver en Lui, comme source de toute Vérité, de toute bonté, de toute Beauté, la plé nitude du Bonheur, du Contentement et de la Joie.
Mais il viendra un temps où la minorité des hommes connaîtra l'Ordre éternel des choses, parce que la plupart établiront partout leur intérêt comme But, leur volonté comme Loi, et se serviront de l'état dans lesquels ils vivent comme Moyen. Ainsi l'Ordre sera interverti, et la chaîne qui lie l'homme à l'homme et l'homme à Dieu sera brisée. L'homme cherche tout en lui, et il devrait le chercher dans l'Ordre éternel des choses.
Là seule ment est la vérité, en nous il n'y a qu'erreur. Nous pensons, voulons et agissons. Si nous pensons d'après l'Ordre des choses, nous sommes des êtres raisonnables. Si nous voulons opérer d'après l'Ordre éternel des choses, nous sommes de bons êtres. Si nous agissons d'après l'Ordre éternel des choses, nous sommes des êtres nobles.
La raison, le bien et la noblesse siègent dans l'Ordre et non en nous, comme la lumière est dans le soleil et non dans la source où il se mire. Si l'homme agit d'après l'Ordre, il est la source dans laquelle se reflète le soleil, il est beau et noble comme lui, mais par lui seulement. La dignité de notre intelligence dépend de l'Ordre
LF. VOYAGE DE liOSTI 83 éternel des choses, d'après lequel nous devons penser; la dignité de notre personne ou de notre cœur dépend de la volonté d'agir d'après cet Ordre éternel, et la dignité de notre action et de notre intelligence dépend de l'activité d'agir conformément à cet Ordre. Bonheur, contentement et joie unissent exactement l'Ordre avec l'observance de ses Lois, et sont les suites nécessaires du But de l'Ordre.
La règle sert, par conséquent, au savant, comme direction de sa pensée, de son vouloir, de son action en Dieu. Ne t'approprie rien, mais cherche tout en Dieu et dans la Nature. Pense d'après l'Ordre; opère d'après l'Ordre; agis d'après l'Ordre. Ta pensée, ta volonté, ton action doivent former une Unité avec l'Ordre.
Du moment où l'homme cherche Loi et But en lui-même, il intervertit l'Ordre, et la conséquence est le Mal dans la Nature. — Le bien n'est pas en nous, mais en Dieu et dans la Nature, et nous ne devenons bons que si nous nous rapprochons de cet Ordre dans la pensée, le vouloir et l'action. Si le soleil se retire, la source est sans lumière. (^4 suivre.) Eckartshausen.
PARTIE LITTÉRAIRE LES PARADIS Nirvana Loin, bien loin, par delà les trois cercles des terres Où les Dhyans — Chohans président aux deslins, Par delà les Yugas où, seul, dans ses mystères, Brahma médite en paix aux avatars lointains, Il est un seuil sacré de ténèbres austères, Où l'Ame Universelle immane, où l'incertain Se confond dans la nuit vaste des Caractères, Dont l'àme humaine est un microcosme enfantin. Là ! dans I'Incognoscible immuable et sans âge, Au sein de Parabrahm sans forme et sans visage. Les âmes des élus s'unissent à jamais, Et, conscience unique en mille consciences, Elles savent enfin l'Absolu des sciences, Libres d'illusions humaines désormais. (Les Souffles de l'Au-delà.) Combes Léon.
UN SECRET PAR MOIS Secrets pour la campagne. I. Si un prunier est dévoré par les vers ou fourmis, frottez-le de terre rouge ou de poix liquide. II. Si un cerisier pourrit par trop d'humidité, faites un canal au tronc; si les fourmis le dévorent, versez dessus du suc de pourpier mêlé avec moitié de vinaigre, ou bien frottez le tronc du cerisier, pendant qu'il est en fleur, avec de la lie de vin. III. Si vous entez une vigne noire sur un cerisier, vous aurez des raisins au printemps. MlZAULT. Lettre au Matin « Paris, 15 avril 1908. « Monsieur le Directeur du Matin, « Je suis, avec le plus grand intérêt, votre enquête au sujet deB phénomènes psychiques, et j'avais l'intention de ne pas prendre part à ce débat. Mais le dernier article de M. Gustave Le Bon me décide à sortir de ma réserve. J'ai pour M. G. I.e Bon la plus grande admiration et je le considère comme un des théoriciens scientifiques les plus éminents de notre époque, c'est pourquoi il me semble nécessaire de remettre au point sa proportion. « Je m'occupe de ce genre de phénomènes depuis plus
Ko l'initiation de vingt ans et j'ai pu expérimenter avec une infinité de médiums et constater tous les faits actuellement étudiés par les savants officiels. « De mon étude j'ai retiré cette conviction qu'il est possible à l'être humain de projeter hors de lui-même la force nerveuse qui, normalement, met en mouvement les muscles à libres striées.
Il y a d'autres facteurs encore qui interviennent, mais cela nous entraînerait trop loin et ne serait plus clair. « Cette force qui est projetée, dans un état d'hypnose spécial, hors du corps humain, subit des réactions vio lentes de la part des forces physiques et entre autres de la part de certains rayons lumineux.
La lumière blanche surtout enlève à cette force presque toutes ses vibrations et il faut, d'après mes recherches, 45 fois plus de force pour produire un phénomène dans la lumière blanche que pour produire le même phénomène à la lueur de la lampe de phosphore de Crookes ou â la lumière rouge des photographes.
En science, on ne commande pas les faits, on les constate, et le rôle du véritable savant est justement d'adapter aux phénomènes ses moyens d'in vestigation et non de vouloir soumettre les phénomènes à des lois de contrôle imposées par l'expérimentateur. La proposition de M. Le Hon équivaut à donner 500 francs au photographe qui impressionnera une plaque après l'avoir laissée d'abord dix minutes au grand jour.
La plaque serait perdue et incapable de servir dans la chambre noire. « D'autre part, les objectious au sujet de la suggestion dans l'étude de ces faits sont vraies, aussi tous les expé rimentateurs sérieux ont-ils depuis longtemps remplacé les organes humains par des enregistreurs mécaniques. Les dernières expériences faites en Italie avec Eusapia, sont caractéristiques à ce point de vue. Les expériences de Crookes avec Home sont aussi nettes.
Ce que je reproche à M. Le Bon, c'est d'avoir parlé sans connaître sérieusement le sujet qu'il traitait, et cela est interdit à un homme de sa valeur. « Il est très facile de tourner en dérision ces phéno mènes qui se présentent d'une manière si peu habituelle aux hommes de science. Et puis cette idée qu'on y
CORRESPONDANCE ENTRE LECTECRS 87 cherche des « Esprits », des relations avec l'au-delà rendent encore ces laits plus antipathiques aux savants. « Mais les railleries et les négations sans recherches sérieuses ont, de tout temps, été l'apanage des nouvelles découvertes.
Voyez les plaisanteries laites à Galvani et à ses grenouilles éleetrisées. souvenez-vous de la con damnation des chemins de fer à l'Institut et de la séance où le présentateur du phonographe a été pris à partie suus prétexte qu'il était ventriloque ! « Ces laits sont réels. On peut agir sans conthct et à distance dans des conditions de contrôle absolu ef. méca nique.
Mais ces laits sont encore à l'élude et ne sont pas à point pour être mis à la portée du grand public. (Jue M. Gustave Le Bon expérimente lui-même encore pen dant quelques mois et il lera comme Lombroso et ses collègues italiens. « Recevez, Monsieur le Directeur, l'assurance de ma haute considération.
« Gérard Encausse Papus, Docteur eu médecine de la Faculté de Paris, « Directeur de l'Initiation. » Correspondance entre lecteurs A la suite de l'article de M. Francis I.aur sur le radium paru dans notre numéro du 22 septembre courant nous avons reçu d'un de nos lidèles abonnés, une lettre cu rieuse que nous jugeons bon de reproduire ici in extenso, croyant qu'elle intéressera beaucoup de nos lecteurs.
Cher Monsieur, J'ai lu avec un grand intérêt votre article sur la lettre si profonde en soi de Mme Curie, d'autant plus que les questions primordiales reviennent de ce fait en discus sion, et comme je suis assez bien renseigné par une longue étude des anciens et de leurs théories, plus sur l'alchimie qui en est logiquement la suite, je n'ai pu ré
S8 l'initiation sister au désir de vous entretenir sur ce sujet au risque de vous importuner, mais c'est le résultat de toute une vie de silence.
Ktant au courant de la science moderne et de ses pro grès incessants, j'avais l'intuition qu'il arriverait fatale ment un moment où il faudrait tenir compte des théories anciennes et forcément de l'alchimie, que les générations orgueilleuses, infatuées de leur savoir, classaient dans le domaine des radotages surannés.
Aujourd'hui tout semble revenir en question, et j'ai admiré la lucidité avec laquelle vous revenez aux ori gines et citez si à propos quelques-uns des anciens, qui certes n'étaient pas plus myopes que nos savants actuels. lI a fallu pour en arriver là, que Rœntgen fit la décou verte des rayons X, pour que d'autres investigateurs se livrassent à l'étude de la radiation, d'abord William Crookes qui, dans ce champ d'expériences, se distingua.
Puis vinrent successivement au jour des éléments nou veaux, le thorium, le polonium, l'actinium, le carolinium, le berzelium, etc., mais le plus étonnant fut le radium, oflrantdes phénomènes particuliers, sapant sérieusement la base des théories nouvelles.
D'après Sir William Hamsay, une des particularités des éléments radio-actifs est leur transmutation lente, mais spontanée, en d'autres éléments; ce qui a fait donner le nom de « métabolons » à ces formes fugitives ayant un caractère transitoire caractérisé, et M. Soddya démontré que le procédédedésintégration, certains stages sont atteints, dans lesquels les substances produites sont bien de la nature d'éléments chimiques.
N'est-ce pas là une démonstration convaincante ! une preuve irréfutable que la transmutation est un des moyens d'actions de la nature, et que des hommes perspicaces aient pu connaître une manière d'opérer dans un cas spécial, en transmuant certains métaux par des procédés physiques d'abord et chimiques ensuite, selon le rythme rationnel.
Pour vous expliquer la raison qui me fait présentement, vis-à-vis de vous, un champion inattendu de l'alchimie, c'est que dans un besoin irrésistible d'apprendre j'ai lu les œuvres d une cinquantaine d'alchimistes reconnus,
CORRESPONDANCE ENTRE LECTEURS 89 la plupart de nationalités diflérentes, mais tous d'un accord parfait sur la manière de faire, qu'ils soient égyp tiens, grecs, juifs, africains, allemands, français, anglais ou antres.
Connaissant préalablement la mythologie par tous les auteurs qui l'ont vulgarisée; la théologie juive prise aux sources avec Rambam, Maimonide, Akiba et les quatre rabis ; suffisamment de la religion indoue qui est le reflet de la science antique émanée de l'étude ap profondie des mystères de la nature; enlin la connais sance de tout ce que le culte catholique a emprunta aux soi-disant païens, donnant exactement dans ses sym boles, ses fêtes, ses cérémonies, jusque dans le costume de ses prêtres aux couleurs qui différencient les grades do la hiérarchie actuelle, l'image absolue de l'œuvre dans son cours.
Si l'alchimie fut tant honnie et décriée, ce fut par la colère des avides déçus dans leur cupidité, ne trouvant jamais le moyen de se procurer l'or tant convoité malgré un travail incessant, après des séries d'expériences in fructueuses et finalement ruineuses, et tout cela simple ment par un manque de tact et d'étude froide et raisonnée de la nature.
Mais il est heureux que cette science ne se soit pas vulgarisée, car il en est d'elle comme du magnétisme, et l'initié mal intentionné peut faire un mal irréparable, c'est pourquoi on en cachait la connaissance avec tant de soin, ne découvrant le mystère qu'à ceux dont la probité absolue était indiscutable. Enfin le moment vient où cette science tant méprisée prendra la place respectée qui lui appartient.
Je vous demande pardon de vous avoir soumis ce long réquisitoire et vous prie d'agréer l'expression de mes meilleurs sentiments. Ligny. 1
90 l'initiation BIBLIOGRAPHIE Méthode de culture psychique. Respiration transcen dante. Art de Développer en soi des Pouvoirs merveil leux el cachés et de Prolonger la Vie bien au delà des limiles ordinaires, par le docteur Arnulphy et G. Bourgeat. Un vol. iu-I8 jésus. belle édition, reliure souple et soignée ; prix : tO francs. Librairie Beaudelot, 36, rue du fiac, Paris.
Un livre conçu et écrit dans le but d'être utile, rempli de vérités consacrées par l'expérience, est aussi rare qu'une amitié sincère et constante au milieu des épreuves de l'adversité. Cependant, ce livre s'est rencontré. S'il n'oflre pas tous les agréments que nous aimons à constater chez ceux que nous appelons nos amis, par contre, il n'en a pas les inconvénients et ses avantages sont permanents.
Ses conseils, fruits d'observations judicieuses et contrôlées, ne se démentent jamais.
D'une humeur nécessairement égale, d'une discrétion et d'une fidélité toujours constantes, U est pour nous un guide intime et de tous les instants, capable de nous encoura ger parce qu'il fortifie, de nous consoler parce qu'il explique et dissipe nos tristesses, et de rendre à notre cœur et à notre esprit leur sérénité parce qu'il justifie la confiance que nous lui accordons. Ce livre devient notre livre de chevet.
Nous l'avons trouvé dan=s la foule de publications qui sont offertes chaque jour au public, parmi les rares, trop rares, hélas ! qui parlent au cœur et à l'esprit un lan gage de saine raison, de réconfort positit et de science vraie. C'est parmi ces exceptions, rari nantes, que nous est apparue la Méthode de Culture, psychique de MM. le docteur Arnulphy et G. Bourgeat.
Avec une conscience égale à leur savoir, ces auteurs ont comblé une lacune profonde en publiant cette étude pratique basée sur le développement harmonieux de l'être phiIsique, intellectuel et moral qui constitue notre individualité complète. Par un procédé scientifique d'en
BIBLIOGRAPHIE 9' trainement qu'ils ont justement appelé Culture psy chique, ils sont parvenus à doter notre organisme des forces les plus puissantes et les mieux appropriées aux facultés qui sont en nous.
Cette étude répond aux besoins de l'heure présente, où le progrés individuel et social est paralysé dans son développement par des rivalités de préséances entre des éléments inégaux par nature : il fallait réduire cette éternelle insurrection de l'instinct inférieur contre la raison supérieure, de l'animal contre l'intelligence. La Vérité a triomphé et les attributions respectives de ces antagonistes sont définitivement fixées.
L'Hydre de l'anarchie, qui fermait le domaine de l'Harmonie, est vaincue: la direction de l'être humain reste à la Sagesse et le chemin du Bonheur est ouvert devant lui. liien loin de négliger la Culture physique, MM. Arnulphy et Bourgeat l'enseignent parallèlement avec la Culture psychique.
Après une pratique harmonieusement com binée, qui permet aux trois parties qui composent notre être de marcher de pair dans la voie de l'évolution, l'homme enfin équilibré, mens sana in corpore sano, devient apte a comprendre les raisons qui le placent entre la Nature et Dieu : il lui est possible de pénétrer leurs secrets, d interpréter leurs desseins.
Un phénomène curieux se constate pour le néophyte : ayant pris conscience de ses nouvelles qualités acquises, du perfectionnemenldeses organesde plus en plus affinés, l'invisible s'éclaire de clartés inconnues, l'incomparable harmonie des forces cosmiques lui apparaît avec le splendide déploiement de ses merveilleux trésors d'énergies subtiles et toutes puissantes, les inlinies combinaisons d'organismes chargés de l'organisation et de la distri bution de la Vie dans l'univers se révèlent à lui.
Spectacle grandiose qu'aucun langage né peut décrire, mais dont notre àme est remplie, notre conscience pro fondément impressionnée! La perception des forces d'espérance et d'amour qui ont fait vibrer tout son être lorsqu'il a compris l immen sité du réceptacle d'énergies qui l'environnaient, n'a été pour lui que l'indication d'une initiation possible à des pouvoirs illimités. Après avoir éprouvé sa petitesse et sa
y 2 l'initiation grandeur, il ne peut oublier ni l'une ni l'autre ; aussi le voyons-nous analyser les Vibrations, c'est-à-dire les Forces dont il a été le témoin et suivre avec soin les conseils donnés alin de se familiariser avec la pratique de la Transformation des forces et leur captalion, s'il est permis de s'exprimer ainsi. Peu à peu l'intérêt grandit avec le merveilleux des résultats obtenus.
L'exercice de la Concentration de la Pensée le conduit à la Transformation de la force d'un Désir en Force de Vie, puis l'accumulation de la Force de Vie vient justifier l'efficacité de l'influence magné tique, les avantages qu'elle oflre et l'application qu'il lui est permis d'eu faire.
L'homme possède donc en lui des facultés qui tiennent du prodige et il dépend de lui de les mettre en valeur : car il peut, s'il le veut, vaincre le sphinx qui garde la porte du sanctuaire, l'a programme plein de sagesse et de prudence est à sa portée, il lui suffit de le suivre pour constater le graduel développement de toutes les facultés de son àme.
La lecture de l'aura, puis I extériorisation plus ou moins complète et consciente de son corps astral (il est à souhaiter qu'elle reste consciente, alin de ne jamais perdre le bénéfice du self-contrôle) le conduiront vers la Clairvoyance, la Psychomélrie, la Lucidité, la Compréhension des clichés astraux, V Audition, etc. Au fur et à mesure que le vieil homme s'elîace, les qualités de l'être nouveau grandissent et le progrès moral s'ac complit.
Enlin devenu harmonieux et nécessairement bon, l'homme peut collaborer à l'œuvre d'harmonie uni verselle, rétablir l'équilibre des forces physiques et mo rales en lui et autour de lui. Les auteurs n'ont pas dédaigné d'établir scientifique ment par quelques leçons que la Longévité peut être pro longée dans des proportions considérables et dans les meilleures conditions de Beauté, de Jeunesse et de Bon heur.
Les enfants n'ont pas été oubliés dans cette étude, quel ques conseils pour leur éducation sont utiles à suivre. En vérité, cette Méthode de culture psychique est une œuvre d'une portée sociale considérable. Son but est de nous rendre forts pour le bien, de développer toutes les
REVUE DES LIVRES 93 qualités de l'àme : l'amour du prochain, le dévouement, le pardon; de détruire toutes nos tares qui nous font souffrir : l'égoïsme, l'orgueil, la haine, la vengeance. Elle est donc appelée à opérer une véritable révolution paci fique qui donnera à tous le Bonheur en faisant régner la Justice par I'Amour.
Puisque l'Amour a été le guide de toutes nos pensées, de toutes nos actions, nous avons guéri des maladies phy siques et morales, nous avons consolé, rétabli l'harmonie en semant la lumière au milieu des ténèbres. Par la com munion intime de notre âme avec l'Esprit, nos pouvoirs ont grandi : nous pouvons comprendre le passé, le présent et l'avenir, voir, entendre et parler ; l'Amour nous entoure et nous protège contre tout mal. J. de Lus.
REVUE DES LIVRES Comment on se défend de la Migraine et du Mal de téte. par le docteur Dheur. Broch . de 36 pages, 2e édit. Prix : 1 fr., à la Librairie du Magnétisme, 23, rue Saint-Merri, Paris. Ouvrage du même auteur très bien étudié et résumé en aussi peu de pages que possible.
Après avoir décrit l'étiologie des diverses migraines, leur diagnostic, leur pronostic, il traite des différentes sortes de maux de léle, qui se présentent presque tou jours comme symptômes de certaines maladies que l'on doit d'abord chercher à faire disparaître ou tout au moins à améliorer ; puis il indique le traitement médical que sa longue expérience lui fait considérer comme devant don ner les meilleurs résultats. Comment on défend son Nez.
Lutte contre les Rongeurs, l'Ozènc, les Polypes et autres infirmités, par le docteur R. Bonnet, chef de clinique des maladies du nez, de
lJ4 L INITIATION la gorge et des oreilles. Broch. de 48 pages. 2e édit. Prix : \ fr., même librairie.
Depuis la congestion du nez 'nez rouge, bourgeonné) et les comédons (vers du nez ijiri ne sont pas dangereux, jusqu'aux polypes et au saignement de nez, en passant par le coryza (rhume du cerveau), l'ozène, les régulations adénoïdes, et d'autres cas encore, qui sont successive ment étudiés ici, le Ne: et les fosses na =ales sont exposés à un grand nombre de maladies dont plusieurs présen tent une certaine gravité.
C'est pour les éviter et ensuite pour les guérir que l'auteur a écrit cet excellent petit ouvrage qui se recommande à l'attention de tous. Comment on se défend de la Douleur. Lutte victorieuse contre la soutlrance dans la plupart des maux, par le docteur H. Labonne. Broch. de 72 pages, 2'^ édit. Prix : l fr., à la Librairie du Magnétisme, 23, rue SaintMerri, Paris.
Après avoir délini en lort peu de mots le rôle que la douleur joue comme symptôme dans les diverses mala dies, l'auteur décrit le traitement médical qui convient dans 150 cas environ, pour soulager toujours, guérir quelquefois; dans tous les cas, pour calmer la douleur, ce qui permet toujours au malade, même incurable, de goûter le repos et de réparer ses forces. Comment on se défend contre les Varices et les Hémor roïdes.
Lutte contre l'hérédité veineuse et les phlébites, par le docteur Léonard. Broch. de iK pages, 2e édit. Prix : \ fr., même librairie. Savante description à la portée de toutes les intelli gences, relativement aux Varices, à leur nature, à leur cause, à leurs symptômes, à leur marche, a leur pronos tic, aux accidents et complications qu'elles peuvent déterminer.
L'auteur expose ensuite les moyens hygié niques et le traitement médical que l'on doit employer pour les éviter, pour les guérir et tout an moins, dans
LIVRES NOUVEAUX 95 les cas graves que l'on néglige, pour les améliorer et les rendre supportables. Comment on se défend contre les maladies d'Estomac. Lutte contre la Dyspepsie et la Gastralgie, par le doc teur Aud'houi, médecin des hôpitaux de Paris. Broch. de '(8 pnges, 2e étiit. Prix : 1 fr., même librairie. Excellente étude à mettre entre les mains du public.
Tout ce qui se rapporte à l'Estomac, à VInlestin et à leurs maladies est méthodiquement étudié, pour les évi ter d'abon!, ensuite pour les guérir si on n'a pas sn les prévenir. Comment on se défend contre l'Insomnie, Dhecr, Bro chure de 48 pages, 2e édit. Prix : 1 fr., même librairie. Même sujet que le précédent, mais étudié plus profon dément nu point de vue médical.
L'auteur propose ensuite les différentes formes du traitement classique, qui repose sur l'emploi raisonné des divers médicaments dits hypnotiques. LIVRES NOUVEAUX L'Année Occultiste et Psychique ou exposé annuel des observations scientifiques et des travaux publiés en France et à l'Etranger dans les sciences mystérieuses — Astrologie, Alchimie symbolique, Ésotérisme, Arts divi natoires.
Prophétique, Psychisme, Spiritisme, 1 agnétisme. par Pierre Pioub. Éditeur Daragon, 30, rue Duperré, Paris. Nous félicitons notre ami Piobb de son excellente ini tiative et nos nombreux Lecteurs nous sauront gré de leur avoir conseillé la lecture de cet ouvrage extrême ment intéressant.
96 l'initiation NÉCROLOGIE Nous avons le regret d'annoncer la mo: t du Baron Léonbardi, notre Délégué Général pour I Autriche-Hon grie. Nous adressons ici à toute la Famille nos affectueux compliments de condoléance. Bonne Maman. Bufina NOEGGERATH s'est douce ment endormie dans sa 87e année, aujourd'hui i» avril 1008, vers les cinq heures de l'oprès-raidi, après avoir envoyé sa pensée reconnaissante et son affectueux au revoir à ceux qui se souviennent. De la part de : Madame Emile NOEGGERATH, sa fille ; Monsieur le docteur et Madame Cari. T. NOEGGERATH, Monsieur et Madame Jacques E. NOEGGERATH, Monsieur et Madame Félix J. NOEGGERATH, Mademoiselle Marie NOEGGERATH, ses Petits-Enfants. L'Inhumation a eu lieu au Cimetière du Père-I.achaise. Le Gérant : Encausse. Paris. — Irap. E. A.RRAULT et Cic, q, rue N. D.-de-Loretle.
A 50 centimes H. Durville. — Le Massage et le Magnétisme sous l'empire de là loi du 30 novembre J2 sur- l'exercice de-la médecine. • - ... Joanny Bricaud. — Dutoit- M embrini (un disciple de Saint-MarliD), d'après des docuents inédits. PP4.L.B1 ieh. — L 'Hypnotiseur pratique. Saint- Yves d'Alvevdre. — Notes sur la tradition cabalistique. Docteur- Tripier. — Médecine et Médecins. Un coin de la crise ouvrière au dix-neuième siècle. Zmora. — Etudes tentatives, ou Essai sur les Mystères de l'âme humaine et de la ~*riére. avec Lettre-Préface de Papus. A 80 centimes Albbrt {d'Angers). — Le Magnétisme curatif devant l'Eglise. Chrsnais. — Le Trésor du foyer. Contenant une foule de recettes d'une application ournalière, des Conseils pour éviter et guérir un grand nombre de maladies, etc. Dbboissodze. — Guérison immédiate de la peste, de toutes les maladies infectieuses H autres maladies aiguës et chroniques, 2• Edition. H.
Durville. — Le Magnétisme considéré comme agent lumineux, avec 13 Figures. — Le Magnétisme des animaux. Zoothérapie. Polarité. Lucie Grange. — Manuel de Spiritisme. liRAPHOlOOiE pour Tous. — Exposé des principaux signes permettant, très facilement rte connaître les Qualités ou les Défauts des autres par l'examen de leur Ecriture, etc , avec figures. I. f.bel. — Essai d'Initiation a la Vie spirituelle.
Mouroux. — Le A/apnétisme et la justice française devant les Droits de l'homme. Mon Procès. Van Obberc.en. — Petit catéchisme de Réforme alimentaire. Psychologie expérimentale. — Manifeste adressé au Congrès spiritualtste de Londres, par le Syndicat de (a Presse spiritualiste de France. A 20 centimes Dr H. Boens. — Art de vivre. Petit Traité d'Hygiène. Daniaod. — I.
L'Art médical. — II. jYote sur l'Enseignement et la pratique de la médecine en Chine, par un Lettré chinois. — III. Extrait de la Correspondance (Conirrc-s du libre exercice de la médecine). — IV. Articles de journaux sur le môme sujet. 11. Durville. — Rapport au Congrès sur les travaux de la Ligue. Appréciation de la presse, arguments en faveur du Libre exercice de la médecine.
Elvwss. — Tout ie monde magnétiseur et hypnotiseur, ou l'art de produire le magné tisme, l'hypnotisme et le somnambulisme sans élude ni travail. F\ de Champvillr.— La Science psychique, d'après l'œuvre de M. Simonin, avec 1 Flg, Fan,au. — Cours abrège de Spiritisme. .Iouxet. — Principes génératix de Science psychique. — La Doctrine catholique et le Corps psychique. Papus — L'Occultisme. Le Spiritisme. Rooxui..— La Li*.-rte de ie médecine, Pratique médicale chez les Anciens.
Traité sur l\>bsession. 1 BibmotheQMK nu Magnétisme et des Sciences occultes (Bibliothèque roulante.) Trot domicile, 6wla!oflue des ouvrages de langue française. :ets de 1% Cuisine américaine. w .« A 15 centimes I.fcoiTïfENis. — Pourquoi la uie ? Duncan. — La Chimie des Aliments. Van Obbergen. — Notes sur le Nettoyage. Le Fruit comme moyen de Tempérance. PORTRAITS Photographies et Phptotypies a 1 franc £a«Aonet, .C.olavida, C.
Flammarion, Lucie Grange, Van Helmont, le Zouave Jacoe, Lafontaine, Luys, Papus, de Puységdr, Ricard, RostaS, Salverte Le Professeur H. Durville dans son cabinet de travail. Le Tombeau d'Allan Kardic. — Diuer» Portraits rares. En Photogravure à 50 ctntlmai Agrippa, Allah Kardec, Afollonius de Tbtane. Bertrand. Braid, Boe, Caoliost»o, Cahaohet, Rene Caillié, Charcot. Charpignon, \V. Crooees, Dblanne.
Deleuze, Léon Denis, Ddrand (de Gros), Dubville en 1901. Durville en 1872. W81 ifOt, i903. Eliphas Lévi, G. Fabius, de Champville, Greatraees, St. de Guaita. .. van Helmont, Kirchbr. l'abbé Julio. Lafontaine, Lavater, Lif.beault, Luys. Mes-': mbr.Mouroux.D'Moutin.Prentice Mci.ford. Papus, Paracelse. Petetin. du Potet •- le marquis de Puybéour, Ricard, De Rochas, Roobr Bacon, Sai.xt-Yves d'Alveydre. Sorville, Swedenborg, Teste.
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Durville et les docteurs Encausse (Papus), Moutin et Ridet, 23 Saint-Merri, Paria, IV: L'Ecole forme des masseurs et des magoétiseurs expérimentés dignes en tous points dela confiance des malades et des médecins et met la pratique du Massage et du Magné tisme a ta portée des gens du monde. Les cours ont (ieu du 25 octobre au 1" juillet de chaque année.
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Le service est fait i titre de Prime ;'i tous les abonnés de (Initiation demande, à la condition de s'abonner directement à la LibrairiV La Revue graphologique parait tous les mois sous la direction dé A. de Ab. : France, 6 francs par an ; étranger. 8 francs : le numéro. 0 fr. 50, 23, rue Merri, Paris. Mme Berthe, Somnambule lucide, 13, rue Saint-Merri, Paris.
Reçoit le jeudi et Je di manche de 10 heures a midi ; les autres jours, de 1 heures. t 4? Lies annonces sont reçues à l'administration de l'Initiation, • * 23, rue Saint-Merri, au prix de 1 franc la ligne.