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L'Initiation Revue philosophai e des Hautes Etudes PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS 78m' VOLUME. — 22me ANNÉE SOMMAIRE DU N° 6 (Mars 1908) ■ PARTIE ÉSOTÉRIQUE Lettre à un débutant (suite) (p. ig3 à 197) . . . G. Phaneg. PARTIE PHILOSOPHIQUE Les curiosités de l'occulte (p. 198 à 218) . . . . C. B. Un mort ressuscité au Panthéon ou les Vicissi tudes d'un Grand Prix de Rome 'p. 219 à 237). Franklin et les nombres (p. 238 et 23g) ....
Taty. De l'influence des marées (pp. 2^0 et 241) . . . Taty. PARTIE INITIATIQUE Programme des Conférences ésotériqucs du doc teur Papus (pp. 242 à 257) "* Les béatitudes (pp. 258 à 274) Sédir. PARTIE LITTÉRAIRE Consolations (p. 275 à 278) Clut. Un secret par mois. — Ordre martiniste. — Le Congrès occultiste de juin 1908. — Bibliographie.— Revue des revues. — Livres nouveaux.
Tout ce qui concerne la Rédaction et les Échanges doit être adressé 5, rue de Savoie, à Paris-VIe. Téléphone — 816 09 Tout ce qui concerne l'Administration : ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO, ANNONCES doit être adressé à la LIBRAIRIE INITIATIQUE PARIS — 23, Rue Suinl-Merri, 23 — PARIS Le Nnmérc : UN FRANC. — Un An : DIX FRANC5
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l'essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n'ont abouti qu'à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l'hypnotisme et la suggestion a distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. \J Imitation est l'organe principal de cette renaissance spiritualiste dont les efforts tendent : Dans la Soience, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d'un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l'Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, VInitiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l'arbitraire, aujourd'hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l'Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l'Hypnotisme et de la Magie phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l'Inde. L'Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n'appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branch< de ces curieuses études.
La première partie (Exotérique) expose aux lectrices ces ques tions d'une manière qu'elles savent toujours apprécier. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s'adresse à ous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte.
L Initiation parait régulièrement à la fin de chaque mois et compte déjà vingt années d'existence. — Abonnement : 10 francs par an. (Les collections des huit premières années sont absolument épuisées.)
PARTIE EXOTÉRIQUE LETTRE A UN DÉBUTANT Cher Ami, « Vous me demandez quelques détails, sur cet état intermédiaire entre la veille et le sommeil, et pen dant lequel on a la perception du physique et de l'as tral à la fois. Mon intention était de vous dire aujour d'hui quelques mots sur l'envoûtement, pratique cri minelle dont l'étude contribuera beaucoup à préciser vos idées sur le plan Astral et les sens astraux dans l'Homme.
Je vous en parlerai donc la prochaine fois mais répondrai aujourd'hui autant qu'il me sera possible à votre première question. « Vous savez que le sommeil ou la veille dépendent de l'endroit de notre corps où se trouve la plus grande partie de la force nerveuse.
Si elle est accumulée dans le cerveau, notre Moi est en communication plus ou moins parfaite avec son instrument, le corps physi que ; si elle se trouve dans les organes du corps après avoir abandonné le cerveau, notre Esprit est en com munication avec l'organisme Astral qui abandonne alors le corps physique. Tout ce processus a été constaté de visu, par de nombreux Voyants. - i3
194 l'initiation [Mars «Mais pendant le sommeil, notre double lui-même passe par des états très différents les uns des autres, aussi différents parfois que l'état physique et l'état astral.
Il y a donc un moment où le double est dans un état très voisin de celui du corps physique. — Continuant à s'en rapprocher, la différence vibra toire entre eux diminue toujours; un peu de force nerveuse remonte au cerveau: pas assez pour la ren trée complète du double dans le corps physique, mais assez pour que l'Esprit ait la main pour ainsi dire aux appareils de direction qui actionnent le corps physique et le corps astral.
Alors nous pouvons dire que nous vivons sur deux plans à la fois, c'est l'état intermédiaire, « Rappelez-vous, pour bien reconnaître cet état lorsque vous y arriverez, cet intéressant récit publié dans la Magie et ï'Hypnose de Papus : Un Esprit ap paraît à une personne qui se trouve dans cet état, et peut alors communiquer très aisément avec lui par transmission de Pensée.
Mais comme elle essayait d'ouvrir les yeux pour se rendre compte si elle rê vait ou non, l'Esprit lui dit cette phrase très à retenir, car elle contient presque toute la clef de l'état inter médiaire : « — N'essaie donc pas d'ouvrir les yeux ; tu sais bien que si tu te réveillais tout à fait, tu ne me ver rais plus. » « En effet, lorsque, à moitié réveillé la nuit, nous voyons très distinctement quelque chose, il faut nous habituer à nous maintenir dans cet état le plus long temps possible, car dès que nous sommes réveillés
I0O8] LETTRE A UN DÉBUTANT 10,5 tout à fait, la vision s'efface peu à peu. — C'est aussi dans l'état intermédiaire que se produit ce phéno mène, qui a intrigué Abercombie, Maury et tant d'autres auteurs matérialistes. Je veux parler des rêves où réveillé l'on continue à voir quelques ins tants, près de soi, le personnage du rêve.
Dans le cas d'un être qui en rêve nous poursuit, par exemple, très souvent cela a lieu en réalité, le double vient alors se jeter dans le corps physique comme dans un abri sûr, un peu de force nerveuse remonte au cer veau, et nous voyons, pendant un instant, le même être menaçant encore, mais désormais impuissant. « Dans l'état intermédiaire, on peut constater encore une chose curieuse ; c'est l'absence de sensibi lité.
Lorsque nous sommes complètement en Astral ou complètement en physique, nous sommes plus ou moins sensibles, nous sommes plus ou moins capa bles de souffrir, d'aimer, de sentir, etc. En rêve même, on souffre beaucoup, l'on a entre autres, le pouvoir si précieux d'user, de brûler par la souffrance un cli ché, qui alors ne viendra pas en contact avec le plan physique.
« Dans l'état intermédiaire, rien de tout cela ; du moins en général, car il y a des exceptions. Impassi bilité absolue — calme complet — c'est une des carac téristiques de cet état. Cela provient de ce que la force nerveuse est concentrée en grande partie dans les organes du corps physique. L'émotion est très probablement ressentie par les organes ad hoc, mais notre cerveau ne peut nous en donner conscience. « Cette dualité entre le Moi et les organes est très
196 l'initiation vivement comprise par l'être qui a pu observer une fois le fait suivant ou un autre analogue. Poursuivi en astral et voyant encore en état intermédiaire son persécuteur, le rêveur le regarde, lui pardonne sans aucune émotion et sent son cœur physique, battre à coups redoublés, toujours sans rien éprouver, absolu ment comme si le bruit du cœur avait été le tic-tac d'une pendule!
Alors la voix du Guide se fait enten dre : Tu le vois, toi, tu lui pardonnes, mais ton Cœl r ne lui pardonne pas ! « Je ne sais, cher ami, si vous voyez bien tout l'en seignement que renferme ce petit fait. Je le laisse à votre méditation. « C'est dans l'état intermédiaire, enfin, que nous pouvons comprendre, nous faire une idée assez juste de ce que sera notre vie après la mort du corps.
« On y saisit très bien ce qu'est l'existence sans temps ni espace appréciable, où penser à un être, c'est le voir ; où toute chose est animée, vivante ; où l'on dit plus en un clin d'œil, que nous sur terre en deux heures ; où l'être ne peut se cacher, trahir, tromper I « Vous voyez combien de choses nous pouvons apprendre dans cet état intermédiaire si curieux, où nous n'avons à redouter qu'une seule source d'erreur, qui sera évitée par le fait même de notre évolution : celle d'objectiver devant nous une forme que nous avons dans notre imagination, mais voici comment vous pourrez vous y reconnaître : La forme ainsi objectivée ne fera un mouvement qu'après que vous aurez pensé, vu ce mouvement en vous-même. Au
LETTRE A UN DEBUTANT I97 contraire, la vraie forme spirituelle fera tous ses mou vements avant que vous y ayez pensé. « Cette règle est suffisante pour vous en ce moment, puisque vous n'avez encore presque rien eu de ce que je vous décris. Mes lettres vous aideront, je l'espère, à vous débrouiller pendant les premiers temps. La pro chaine fois, nous parlerons de l'Envoûtement. « Bien à vous toujours. « G. Phaneg. »
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Cette partie est ouverte aux écrivains de toute Ecole, sans aucune distinction, et chacun d'eux conserve la responsabilité exclusive de ses idées. Les Curiosités de l'Occulte LA FOI QUI GUÉRIT. C'est l'imagination qui donne un corps à la pensée humaine, en lui prêtant ses images, ses figures, ses couleurs, tout ce qui peut la féconder, l'agrandir, l'em bellir ; c'est cette faculté qui a des ailes pour franchir les océans et les vallées, pour planer dans les airs et les espaces, s'élever au-delà des firmaments ; qui a des yeux pour explorer des régions occultes, en dé voiler les mystères, une voix même pour en raconter les merveilles, sans jamais craindre de trouver des contradictions ; en un mot, c'est cette fée enchante resse qui sait créer des beautés, des vertus, des senti ments, des passions, des misères, des richesses, des maladies, toutes les vicissitudes humaines, aussi bien que des chimères et des fantômes, et qui a su faire des illuminés, des spirites, des somnambules, des thaumaturges, aussi bien que des poètes, des orateurs, des philosophes, des artistes (i). Là où l'imagination parle le plus en souveraine (i) Discours de M. Jolly à l'Académie de Médecine.
LES CURIOSITÉS DE L'OCCULTE 199 maîtresse, c'est encore, c'est surtout quand il s'agit de notre santé (i). Nous savons tous que la frayeur d'une épidémie dispose tout particulièrement à l'apparition du mal ceux qui en redoutent vivement les atteintes. Regardez autour de vous pendant une épidémie quelconque ; quels sont ceux que la maladie atteint surtout? Ceux qui ont le plus peur, et qui prennent le plus de précautions.
Et si la maladie attaque une de ces personnes timorées, de bénigne elle devient immédiatement grave, par la terreur qu'elle leur ins pire.
C'est qu'en effet, de cette disposition spéciale de l'esprit, de cette préoccupation continuelle, résultent deux choses: d'abord, un affaiblissement réel de l'état général, qui en fait un terrain plus attaquable : le malade, à force de penser au mal qu'il pourrait bien contracter, ne mange plus, ne dort plus, s'affaiblit.
De plus, en raison de l'influence incontestable, directe, du moral sur le physique, il se fait, par l'ac tion des nerfs vaso-dilatateurs, un afflux de sang dans l'organe auquel on pense, afflux de sang suivi de la maladie elle-même, ou tout au moins de symptômes identiques à ceux que l'on redoute.
Gardons-nous de nous moquer de ceux qui ont peur des maladies en cours de route, ou qui souffrent d'un mal imaginaire, ils sont, au contraire, dignes de notre pitié. La force de l'imagination est telle, que les douleurs sont aussi vives que s'ils avaient réellement une af fection. Bien mieux, il arrive souvent qu'ils ont des (1) Cabanès et Barraud : Remèdes de bonnes femmes.
200 l'initiation phénomènes extérieurs analogues à ceux qu'ils pré senteraient s'ils étaient réellement atteints. Est-il quelqu'un qui soit plus à plaindre qu'un étu diant en médecine un peu timoré? Nous en avons connu pour qui la peur des piqûres anatomiques, ou des affections qu'ils étudiaient et côtoyaient chaque jour, était comme un spectre attaché à leurs pas.
Un autre avait étudié, pour son concours d'internat, t'angine de poitrine et avait été effrayé de l'imprévu et du danger de cette aflection. Quelques jours après, il était pris d'une douleur rétro-sternale extrêmement vive, de fourmillements dans le bras gauche, d'étouffements et de palpitations très douloureuses.
Il fut obligé de prendre le lit ; et les symptômes ne s'amen dèrent que quelques jours après, grâce à nos conseils et un peu à nos moqueries.
Un autre craignait à tel point la syphilis, sans ja mais avoir eu pourtant d'accidents primaires, qu'ef frayé un jour par un mal de gorge banal, il fut telle ment persuadé qu'il était atteint que, sous le coup de son émotion, des plaques de roséoles apparurent sur tout son corps, plaques qui disparaissaient dès qu'il ne pensait plus à son avarie problématique.
Mais les maux enfantés par l'imagination ne sont rien auprès des bienfaits qu'elle procure. Les guérisons dues à son heureuse influence sont innombrables. Et même lorsqu'elle ne peut guérir, elle apporte du moins la douce espérance d'une amélioration pro chaine. Avoir foi en sa guérison, être persuadé que l'affection dont on souffre diminue, croire que les phénomènes douloureux qu'on ressentait perdent
LES CURIOSITÉS DE L'OCCULTE 201 de leur intensité, n'est-ce pas déjà être aux trois quarts guéri ? Nous avons connu un médecin de cam pagne qui, dans le cours de sa carrière, avait dû voir, maintes et maintes fois, des cancers du rectum. Atteint à son tour de cette affection, il fut persuadé que les hémorragies qui l'affaiblissaient et les dou leurs qu'il ressentait, étaient dues simplement à des hémorroïdes.
Calme et rassuré sur son état de santé, il put vivre ainsi d'assez longues années, gardant jus qu'à la fin ses illusions intactes. Nous sommes per suadés que le cancer aurait évolué plus vite, si notre malheureux médecin avait reconnu la nature de son mal, ou en avait fait l'objet de ses constantes préoc cupations. Les effets de l'imagination, mais ils sont innom brables!
Ne sait-on pas qu'une secousse morale un peu forte peut amener les guérisons les plus inatten dues? On a souvent rapporté le fait du fils de Crésus, de ce muet qui, voyant le glaive levé sur son père, re trouve la voix et s'écrie : « Soldat, épargne mon père. » Le prince de Saxe-Weimar éprouvait à midi précis les premiers symptômes d'une fièvre intermittente.
Comme cette fièvre avait résisté à tous les médica ments, Hufeland avança un jour son horloge de deux heures ; le malade se crut guéri et la joie qu■il en éprouva le guérit réellement. On connaît la curieuse histoire de ce goutteux de Bordeaux, qui écoutait la messe à l'église dans sa chaise à porteurs. Soudain on entend un grand bruit, des cris effroyables; on apprend qu'un lion venait de
202 l'initiation s'échapper d'une ménagerie et accourait vers l'église. Le goutteux est pris d'une telle peur qu'il se lève, bondit sur l'autel et de 4à dans une niche presque inaccessible. Il fallut une échelle pour le descendre. Il était, sous l'impression de la terreur, devenu in gambe. Le docteur Bouchut dans sa Pathologie générale, cite le cas d'une petite fille de onze ans, devenue muette et paralytique de peur, après une tentative de viol.
Les médecins de province avaient tout tenté, sans succès, pour la guérir. On la conduisit à Paris et elle entra à l'Hôtel-Dieu, en 1849. Elle avait une telle confiance aux médecins deParis que deux jours après, elle était guérie, sans avoir suivi de médications. Pinel guérit de même un nommé Allause, qui se croyait accusé d'un grand crime et poursuivi comme assassin. On simula une séance en cour d'assises.
Té moins, juges, réquisitoire, défense et acquittement, toute la mise en scène, tout l'appareil de la justice fut simulé. Le malade guérit, jusqu'au jour où l'on eut l'imprudence de lui avouer la supercherie. Voici un autre exemple typique, que nous extrayons d'un livre du baron Feuchtersleben. Un médecin an glais, le docteur Beddoes, croyait que l'oxyde nitreux était un spécifique du sang contre la paralysie.
Davy, Coleridge et lui se déterminèrent à tenter une expé rience sur un paralytique abandonné des médecins. Le patient ne fut point averti du traitement auquel on allait le soumettre. Davy commence par mettre sous la langue de ce malade un petit thermomètre de poche, dont il se
LES CURIOSITÉS DE L'OCCULTE 203 servait dans ces occasions pour connaître le degré de chaleur du sang, degré que l'oxyde nitreux devait augmenter. A peine le paralytique eût-il senti le thermomètre entre ses dents, qu'il fut persuadé que la crise s'opérait et que l'instrument merveilleux qui devait le guérir n'était autre que le thermomètre. «Ah ! s'écria-t-il, je me sens mieux ». Davy adressa un regard expressif à Bcddoes et Coleridge.
Au lieu de spécifique, on se contenta du thermomètre qui, pendant quinze jours consécutifs, fut placé, avec toute la solennité convenable, sous la langue de ce pauvre homme, dont la cure fut complète, et auquel on ne fit subir aucun traitement.
Si Davy n'eût pas entouré d'un certain mystère son expérience, s'il avait négligé la partie dramatique de son art, s'il avait dit au patient : voici un thermo mètre qui doit servir à tel ou tel usage, le malade se rait resté paralytique et le traitement par l'oxyde ni treux aurait peut-être entraîné la mort. Pour tous ces motifs, nous sommes persuadés qu'à côté de la médecine physique, il doit exister une mé decine morale.
La médecine morale, comme le dit le docteur Bouchut,« devrait jouer un rôle presque aussi grand que la médecine physique et loin de les ex clure, la thérapeutique devrait utiliser simultanément les ressources que lui fournissent les agents psychi ques et la force morale ». En médecine plus qu'ailleurs, la foi est une force dont la puissance est sans limite, et peut réaliser des miracles. « La faith-healing (la foi qui guérit), dit Charcot, me paraît être l'idéal à atteindre, car elle
204 l'initiation opère souvent lorsque tous les autres remèdes ont échoué. » Cette foi, nous allons voir que c'est elle qui fait la grande force de la thérapeutique populaire. Presque tous les remèdes de bonne femme sont composés de deux parties : une partie médicamenteuse réelle, et une partie mystérieuse qui frappe le moral du malade.
La partie médicamenteuse ne produirait-elle aucun effet, la partie mystérieuse aurait déjà produit la moitié de la guérison (i). Les guérisseurs. — Le médecin idéal de l'avenir est celui qui aura appris à connaître la véritable cons titution de l'homme, et qui ne se laissera plus égarer par des apparences illusoires (2).
Le guérisseur des temps futurs sera celui qui aura développé des pouvoirs internes de perception, aux quels il devra de trouver les causes cachées de tous les efforts externes. Pour lui les connaissances matérielles, qu'il aura acquises ne seront pas les seuls guides, mais seule ment ses assistants.
Son guide sera son savoir et non pas sa « croyance » et ce savoir lui donnera la « foi », seul pouvoir qui puisse agir sur cette part de l'homme que ne peuvent atteindre toutes les drogues qu'on lui administre.
Le médecin moderne ne voyant jamais que la maladie et oubliant toujours le malade, peut parfaitement dire (1) Cabanès et Barraud. (2) Le médecin naît, de par les lumières de la nature et de la grâce de l'homme intérieur et invisible, de l'ange qui est en nous. (Paraceise).
LES CURIOSITÉS DE L'OCCULTE 20 5 qu'il ne croit pas en ce pouvoir de la foi ; et pourtant, à son insu, il use constamment de ce pouvoir, puis qu'il ne peut obtenir les plus légers résultats et être quelqu'un que grâce à lui. En effet, que serait un docteur, le plus grand même, le plus à la mode, qui aurait perdu toute confiance en son art ?
Un médecin, qui n'aurait pas l'ombre d'intuition, qui ne croirait pas en lui et en qui personne ne croirait, ne pourrait pas exercer, quand bien même il serait sorti premier de l'école et victorieux de tous les examens (i). Continuons les curieuses observations sur les guérisseurs d'après les intéressants travaux de Cabanès et Barraud.
Certains toucheurs sont très forts aussi pour relever l'estomac tombé; pour les paysans les maladies gastriques se résument dans le « décro chement de l'estomac » mais alors, au lieu d'une simple application des mains, ils exercent souvent des massages d'estomac, et d'une façon qui n'est point dénuée de bon sens.
« J'ai vu un jour, a conté Mme Judith Gauthier, un jeune garçon pris d'une fièvre violente et d'un grand mal à la tête, avec dou leurs à l'estomac. Il déclara qu'il savait ce que c'était : il avait « l'esto mac à bas ». Son seul regret était de ne pas être dans sa commune où il connaissait une matrone qui l'aurait guéri à l'instant. Notre commune n'était pas si dépourvue qu'il le croyait ; elle possédait aussi une (i) Fr. Hartmann : La magie blanche et la magie noire.
2o6 l'initiation matrone. On le conduisit chez elle, il revint très sou lagé et le lendemain, le mal avait disparu. « Que lui avait-elle fait ?
Par des frictions des pouces sur certains muscles de l'épigastre, elle lui avait re monté l'estomac, pour le serrer ensuite avec une ser viette dans laquelle étaient écrasés des brins de lam berge. » A propos d'estomac décroché, laissez-nous vous conter une histoire qui montrera jusqu'où la foi peut aller. Il s'agissait de remettre sur pied une pauvre fillette, que l'excès de fatigue et la mauvaise nourri ture avaient épuisée.
La guérisseuse consultée entra dans la chambre de la malade, ramasr.ades punaises, des puces et des poux. Elle attrapa des mouches et araignées, passa dans l'étable, prit des poux de porc, puis chercha dans le jardin des larves de courtilières. des chenilles. Elle arracha, en ou'rc, de la bardanc, de la racine de figuier et rentra chez elle.
Elle fit frire le tout dans l'huile, rajouta du vin et une poignée de rejetons d'absinthe, et fit les prescriptions suivantes : administrer à la malade, à chaque repas, deux ou trois doigts de la mixture. L'obliger trois matins de suite à descendre à quatre pattes la tête la première, comme un chien ou un chat, un escalier très raide. Les cinq matins suivant, la faire suspendre par les mair.s, pendant cinq minutes, à une branche de figuier.
Pendant cute suspension, l'enfant devra faire de profondes inspirations ; ceci dans le but de conso lider l'estomac à sa place. Un magiste célèbre a dit : « Plus on emploie de cé rémonies, plus on excite l'imagination de ses consul
LES CURIOSITÉS DE L'OCCULTE 2O7 tants et la sienne », et nous ajoutons plus le résultat est concluant.
Des mouvements irréguliers de la lu mière astrale découle les illusions ou hallucinations des visionnaires d'en bas, alors le miroir de l'imagi nation (Translucide) se trouvant faussé, il en résulte des aberrations de l'esprit qui créent pour le guérisseur et voyant les pratiques stupides et baroques de leurs ordonnances; néanmoins les résultats sont très sou vent excellents surtout si la foi réside chez les deux su jets.
Signalons encore celui qui a la spécialité de guérir le « vartaupe » ou furoncle, et qu'on appelle vartaupier. Tout le monde est vartaupier ; il faut avoir pour cela, étant enfant, étouffé sept taupes dans sa main, avant d'avoir mangé de la graisse. La profession de toucheur est excellente dans nos campagnes; car un bon tiers de la population a été, est ou sera touché.
Le toucheur ne réclame, en géné ral, aucun salaire, mais la tradition veut qu'on laisse au moins une pièce de cinq francs à titre de gratifi cation. D'ailleurs, ceux qui ne peuvent payer en ar gent, paient en nature : volailles, œufs, blé, maïs, etc, en quantité suffisante. Un ouvrier normand, alcoolique lui-même, qui travaillait aux champs pour la modeste somme de 1 fr.
10 la journée, possédait un don de toucheur qui lui valait une petite rente annuelle de 2.000 francs. Et ne croyez pas qu'on ne trouve des toucheurs qu'à la campagne ; il en existe dans toutes les villes, et même à Paris, la Ville-Lumière. Il y a quelques mois à peine (janvier 1906), on pouvait lire, dans
208 l'initiation presque tous les journaux quotidiens, un article ainsi conçu : « Le cabinet de M. le juge d'instruction B... a vu hier un long défilé de malades guéris et recon naissants. Le magistrat interrogeait M. P... l'ancien tailleur de la rue C... contre lequel, ainsi que nous l'avons annoncé, le parquet, sur la plainte du Syn dicat des médecins de la Seine, a ouvert des pour suites pour exercice illégal de la médecine.
M. P... ne prescrivait aux malades qui venaient le consulter, ni régime, ni traitement : il se bornait à invoquer les esprits, imposait ensuite les mains sur le siège du mal... et le patient s'en retournait guéri. D'ailleurs, le thaumaturge n'acceptait aucune rému nération.
On ne peut pas me reprocher d'avoir exercé la mé decine, a-t il dit, je ne faisais pas d'ordonnances ; pas davantage on n'est dans le droit de prétendre que j'escroquais mes clients : je ne voulais pas être payé. Dieu m'a donné pour mission de guérir les hommes. A quarante ans, atteint d'un cancer à l'estomac, les médecins m'avaient abandonné. J'ai invoqué les es prits et les esprits me rendirent la santé.
J'ai compris qu'une vertu mystérieuse résidait en moi, et que mon devoir était de l'employer au bien de mes semblables Depuis, je me suis consacré à ma mission, heureux d'être l'instrument par lequel nombre de malades ont recouvré la santé. A l'appui de ses dires, M. P. a produit de nom breux témoins qui sont venus dire aux juges que les pratiques de l'ancien tailleur les avaient guéris. L'un souffrait d'un cancer, un autre était atteint de neu
LES CURIOSITÉS DE L'OCCULTE 209 rasthénie, un troisième avait une grave maladie d'es tomac; tous rendent grâce à M. P.. .,cet homme excel lent et admirable, disent-ils. » A côté des toucheurs, il y a des souffleurs pour les brûlures et les entorses. Nous connaissons une jeune souffleuse, qui a la réputation de guérir les brûlures, dans une ville du centre, siège d'une école de méde cine très florissante.
Cette jeune fille, septième enfant, avait, paraît-il, un lis dessiné sous la langue, et possé dait une telle réputation dans sa ville, qu'un profes seur de l'école de médecine voisine n'hésita pas à con trôler le fait, et à faire intervenir la jeune souffleuse, chaque fois qu'il se trouvait en présence de brûlures très douloureuses, chez des personnes impression nables.
Ajoutons que les douleurs cessaient presque tou jours, ou du moins s'atténuaient comme par enchan tement.
Gaston Vuillier a raconté dans le Tour du Monde une excursion chez les metzes, c'est-à-dire les magi ciens et sorciers de la Corrèze, dont voici quelques extraits : « Cependant je poursuivais mes études sur les croyances et les superstitions des montagnards de la Corrèze et souvent le soir, au temps froid surtout, réunissant quelques paysans autour de mon foyer, je notais ce qu'ils me racontaient.
Parmi nombre d'aber rations, il se rencontrait des choses intéressantes et d'ailleurs, en ces récits bizarres du soir, leur esprit m'apparaissait toujours hanté par l'invisible. La grande lumière de l'été chasse le mystère, mais l'au «4
210 l'initiation tomne voilé de vapeurs ramène les problèmes trou blants. C'est une saison d'une grande beauté en Limousin. Partout, à travers les landes, les bois, les gorges voilées de brumes, le soleil du soir miroite en reflets de pourpre et d'or.
J'ai passé de longs instants devant des cerisiers sauvages aux frondaisons rou gissantes, penchés sur des fonds bleus et s'effeuillant : larmes tragiques de l'automne qui semblaient s egoutter dans l'infini... Un matin, prenant un sentier, j'avais gravi une pente boisée. Les châtaigniers, sur un plateau voisin, tremblaient au vent et, avec les feuilles d'or tourbil lonnantes, les fruits égrenés tombaient...
Combien il est touchant, me disais-je, de voir les arbres cente naires incliner leurs branches et répandre ainsi leurs fruits ! ils semblent dire aux pauvres : « Prenez, amis, cela vient de mes moelles, voici des mois que, dans les mystères du sol où ma vie se recueille, je travaille pour vous, maintenant l'hiver va venir avec les froides neiges ; prenez ceci, prenez, je vous le donne, c'est la nourriture assurée pour les mauvais jours.
Comme vous j'ai des souffrances, l'ouragan me secoue parfois avec fureur, il me tord, me brise ; tenez, emportez aussi ces branches desséchées, vous pourrez vous réchauffer sous le chaume avec les débris du patriarche des bois. » Et, le soir, devant le feu de châtaignier qui flambait, pétillait joyeusement avec des sifflements, des cris et des fanfares soudaines, j'y songeais, bénissant dans mon cœur le bon vieil arbre, patriarche des bois, je me disais: Pourquoi s'étonner si les primitifs vivant
LES CURIOSITÉS DE L'OCCULTE 211 en communion constante avec la nature, ont prêté une sorte de langage aux nuées, au vent, aux arbres et aux ruisseaux ? En imaginant, en quelque sorte, l'âme végétale, ils ont pu prêter à l'arbre la faculté de sentir comme nous-mêmes, et l'armer d'une volonté. Déjà l'antiquité avait consacré les arbres aux dieux. Un poète latin entendit gémir les bois sacrés.
« A la mort de César, dit-il, leur silence fut troublé par des voix lamentables. » Les historiens prétendent que les chênes de Dodone rendaient des oracles en parlant. Nos traditions populaires, qui ont conservé au poirier sauvage, à l'églantier, à la verveine, à la fougère et à d'autres végétaux des pouvoirs occultes, seraient-elles un héritage de l'antiquité ?
En cette veillée d'automne je parlais à mes voisins, réunis autour de moi, de l'arbre, de ses instincts, de ses destinées et l'un des hommes disait : « Moi, j'ai pu mieux que beaucoup d'autres faire des remarques.
Longtemps je vécus, vous le savez, avec les plantes, puisque je fus jardinier ; durant plus de trente ans, j'aidais le père François, celui qui exploitait les terres du château en ruine des Lentillac là-haut, au-dessus de nos têtes, le pauvre vieux est mort, c'était un brave homme. Eh bien! nous avions observé tous deux que le voisinage du laurier fait mourir la vigne.
Combien de fois nous avons tenté de les faire vivre côte à côte sans y jamais réussir! A la fin, pris de colère, le vieux arracha les lauriers qui faisaient tout ce mal et les vignes se prirent à renaître dans ce même endroit. Nous avions remar qué aussi que la vigne, de son côté, a la haine de la
2 I 2 L'INITIATION ciguë. Elle la détruit sans pitié et le mal ici ne me paraît pas grand. La rue fait également mourir la ci guë. Les hommes ne sont point les seuls à se faire la guerre entre eux. Mais il est des plantes qui se veulent du bien, qui éprouvent une véritable sympathie l'une pour l'autre.
La vigne, par exemple, aime le voisinage de l'orme, elle y grandit à merveille, et le figuier profite rap proché du platane. * Et tandis qu'il parlait, je me disais que les curieuses observations de ces paysans avaient déjà été faites par les poètes anciens; Virgile n'a-t-il pas recom mandé dans les Géorgiques, la saison à laquelle il faut marier la vigne à l'ormeau. Ovide n'a-t-il pas écrit Ulmus amat, vitis non descrii ulmum ?
Des auteurs de l'antiquité nous apprennent aussi que l'ombre de l'yeuse était sacrée à leurs yeux, et d'autre part, je me suis laissé dire que les solanées se développent mieux sous l'ombrage des ifs que par tout ailleurs. L'imagination des Arabes prête de poétiques aspi rations à l'àme des fleurs. D'après eux, celles qui re montent à l'arrière-saison « sont en rêve ».
Des horticulteurs de notre temps prétendent qu'une véritable inimitié sépare le réséda de la rose. Deux roses et deux brins de réséda en fleurs, disent-ils, cueillis à la même heure et placés dans un même vase, ne tardent pas à se flétrir tandis qu'en les sépa rant et les plaçant dans des vases différents on con servera leur fraîcheur. Les œillets et les héliotropes
LES CURIOSITÉS DE L'OCCULTE 2 1 3 se plaisent ensemble, leur rapprochement prolonge leur vie et leur éclat. Le muguet, d'après ces horti culteurs, serait féroce, il ferait la guerre à toutes les autres fleurs. Ces expériences sont faciles à tenter. Un de nos voisins, revenant à l'arbre, s'écria : « Qui nous dit qu'il ne s'entretient pas avec les esprits de l'air ! Avez-vous écouté le soir, vous autres ?
Moi, au temps de mes nuits passées à l'affût, j'ai entendu des voix dans les feuilles. J'ai remarqué que la ru meur venue du chêne n'est pas la même que celle du bouleau. Le pin siffle, le chêne gronde, le bouleau se lamente, on dirait qu'il pleure à l'automne. — Mais vous savez bien, dit un autre, que l'arbre comprend le langage de l'homme.
Dans l'après-midi du mardi gras, chaque année, les propriétaires du pays ceintu rent les arbres fruitiers dans le voisinage de leurs maisons, c'est-à-dire qu'ils entourent le tronc d'un lien de paille pour distinguer ceux qui s'entêtent à ne pas produire Les arbres comprennent qu'ils sont marqués ainsi pour être coupés, et il est bien rare qu'ils ne donnent pas de fruits l'été suivant.
Mais je ne suis pas de l'avis de ceux qui trempent dans du bouillon des brins de paille et les enroulent ensuite autour du tronc des arbres malades. L'arbre ne se nourrit pas de la sorte, que diable I » Je rapprochais alors, dans mes pensées, cette cou tume bizarre du Limousin d'un usage sicilien qui offre avec elle la plus grande analogie. Là-bas aussi, l'arbre du verger a une volonté et comprend.
S'il s'obstine à ne pas produire, voici comment on le traite au village d'Ucria. Le samedi saint, le paysan, armé d'une hache
214 l'initiation et suivi d'un ami, fait semblant de vouloir l'abattre. Au moment d'abaisser la cognée, l'ami intercède pour l'arbre, prie le propriétaire de patienter une année encore, promettant alors de ne plus s'interposer. Et lui cède à ses instances. ll est rare, disent les Sici liens, qu'un arbre fruitier demeure sourd à cette menace et ne produise pas.
Un autre disait : « Oui, oui, l'arbre comprend et les quartiers de la lune gou vernent sa croissance, c'est connu; mais les bêtes aussi subissent les effets qui attirent ou repoussent. Nous savons tous que le chien fascine la perdrix; j'ai vu la vipère attirer la grenouille et l'oiseau, le crapaud endormir d'un regard la belette; mais à son tour le crapaud tremble devant l'araignée!...
Vous savez tous, continuait-il, que les abeilles sont sensi bles à nos plaisirs comme à nos peines, qu'elles veu lent être associées aux événements qui intéressent la maison. Et c'est pourquoi nous les mettons en deuil en attachant aux ruches un morceau d'étoffe noire lorsqu'il y a mort chez nous.
Lorsqu'il y a une joie, un mariage par exemple, une fête familiale quel conque, c'est avec un morceau d'étoffe ou de ruban rouge que nous ornons la ruche. « J'ai entendu dire que dans l'ancien temps, en notre pays, on avait des égards pour les essaims; on se serait gardé de les acheter à prix d'argent comme un objet quelconque, on les échangeait pour les pro duits de la terre ».
Et toujours en écoutant ces hommes je songeais., et j'établissais quelques curieux rapprochements. Frappés du merveilleux dévouement des abeilles, des
LES CURIOSITÉS DE L'OCCULTE 21 5 philosophes de l'antiquité supposaient qu'elles avaient reçu quelque parcelle de l'intelligence divine et comme une émanation du ciel. « Si les abeilles viennent à tomber malades, à l'instant elles changent de couleur, dit Virgile, et une horrible maigreur les défigure.
Elles emportent de la ruche le corps de leurs compagnes et mènent le deuil des funérailles. » Des poètes si illustres ayant eu de telles croyances, partagées de leur temps par les gens du peuple, nous ne devons pas nous étonner de la crédulité de nos paysans. « Moi, dit Chazal, j'en reviens encore à l'arbre et je vous dirai la plus extraordinaire chose qui se puisse concevoir.
D'autres que moi en furent témoins, pour ne citer que l'ancien maire, homme grave et réfléchi. Donc je sortais un soir de la veillée, il était passé minuit. J'étais allé au village du Mars. Et comme je suivais le chemin pour rentrer, arrivé à deux portées de fusil du cimetière, j'aperçus près du talus un arbre qui frappait le sol de ses branches et se rele vait ensuite.
Je pensai que quelqu'un, caché dans l'herbe, les deux mains au ras du sol, l'inclinait et le secouait pour efl'rayer les passants. Cependant, en réfléchissant, cela me parut impossible, car l'arbre était de la grosseur de mon bras et sa base devait être résistante, et d'ailleurs la lune donnait souvent à travers les nuages. Je restai coi un instant ; j'obser vai...
Comme le mouvement continuait, que le pauvre arbre se jetait avec fureur sur la terre comme pour se détruire lui-même, que ça faisait pitié, je
2l6 l'initiation m'approchai. L'endroit était désert. Saisissant le tronc de mes deux mains je voulus le retenir, mais je n'y parvins pas, une force terrible le gouvernait et m'entraînait aussi. Je m'en allai et longtemps encore, suivant la route, je l'entendis frapper et comme sour dement gémir dans la nuit... « Au jour, l'arbre était tout meurtri dans ses bran ches et comme déchiqueté. Il avait perdu beaucoup de feuilles.
Deux soirs de suite je pus le voir se démener ainsi; d'autres que moi l'aperçurent en pas sant : les uns prirent peur et s'enfuirent, d'autres firent des efforts inutiles pour l'empêcher de se mou voir. Il resta tranquille à la fin, un peu tordu, puis il dépérit et sécha. » De ceux que je réunissais presque chaque soir, deux étaient mettes.
Le mot mettes, meige en vieux français, désigne, en patois limousin, tout à la fois le médecin, le mage et le magicien. L'étymologie du nom est assez obscure. Quoi qu'il en soit, l'un deux, Chazal, exerça longtemps le métier de forgeron. Un peu partout, le forgeron, familier du feu, passe pour manier des forces occultes, probablement vieux sou venirs ataviques des Cabires, compagnons de Vulcain dans les fournaises de l'Etna.
On dit celui-ci en possession de certains secrets transmis par ses ancê tres, qui lui permettent de guérir nombre de maladies et surtout la fièvre intermittente. Quand à Pélissier» l'autre metze, il traitait aussi certains maux, mais on le donnait comme plus versé dans la sorcellerie. Plusieurs fois j'avais vu son fils, metze lui-même, par suite d'une tradition secrète que lui légua sa
LES CURIOSITÉS DE L'OCCULTE 21 J femme mourante, traitant l'érysipèle. Toute enflure, toute fluxion en dehors de la fluxion dentaire, tout œdème de la peau est désigné en ce pays sous le nom d'érysipèle. Les malades venaient de loin pour le trouver, et les consultations se donnaient dans un pré en pente ou dans un jardin où il travaillait, devant les profondes gorges, au bruissement tumultueux des cascades.
Souvent, le soir on venait frapper discrètement à sa porte, et, profitant du mystère de la nuit, il se ren dait au chevet des malades dans quelque hameau voisin. Je l'avais donc surpris exerçant son ministère. J'avais assisté aux opérations auxquelles il se livrait. Je n'ai vu auprès de lui que des femmes, plus sujettes sans doute que les hommes au genre de maux qu'il avait la spécialité de soigner, ou plus confiantes en son savoir.
Elles arrivaient lentement, la tête enve loppée de linges. Il les conduisait à l'ombre d'un arbre et les faisait asseoir sur une grosse racine ou sur un rocher. Il enlevait ensuite avec précaution les linges qui protégeaient la partie atteinte du contact de l'air. Le visage alors apparaissait, blafard, tumé fié, plus repoussant encore devant la nature radieuse, où l'on n'est habitué à voir que les fraîcheurs de la vie.
Le metze palpait alors l'enflure; ses gros doigts s'enfonçaient dans l'œdème où leur trace livide demeurait un instant. Alors mouillant son pouce de salive, le magicien formait des croix et des cercles magiques sur certaines parties de l'enflure, souf
2 1 8 l'initiation fiait dessus à trois reprises consécutives. Il suivait ensuite, on eût dit, le trajet de certains nerfs et, à la manière des magnétiseurs, il semblait chasser le mau vais fluide dont il s'était imprégné. S'interrompant il murmurait des prières, des exorcismes ou des con jurations. Puis revenant au silence et reprenant son air inspiré, il recommençait ses marques avec la salive, ses souffles et ses passes...
Lorsque mon metze avait fini il recouvrait avec soin le visage de la malade et se levait, lui disant: « Allez, vous serez bientôt guérie. » Deux fois on m'a rapporté qu'une amélioration très rapide était survenue le len demain même du jour du traitement ; le visage n'était plus enflé, l'œdème avait disparu et la malade Vaquait, paraît-il, à ses occupations habituelles.
Chazal fut donc un metze renommé; il est vieux aujourd'hui, rarement il exerce. D'ailleurs la fièvre intermittente qu'il traitait autrefois avec le plus grand succès, dit-on, et qui était en quelque sorte endémique dans la Corrèze, tend à disparaître complètement. Un certain Auberti, habitant actuel de Tulle, fut comme Chazal un metze célèbre.
Comment guérissait- il de la rate, comme on dit ici en parlant de l'hypertrophie de cet organe occasionnée par la fièvre, de l'hypertro phie du foie et même du carreau des enfants ?
Je l'ignore, je sais seulement qu'il était le neuvième gar çon d'une famille, et l'on prétend que ceux-là vien nent au monde avec le pouvoir surnaturel de guérir, tandis que la plupart des metzes se conforment à des traditions secrètes perpétuées dans leurs familles. (.4 suivre.) C. B.
Un mort ressuscité au Panthéon — ou — Les vicissitudes d'un Grand Prix de Rome (Suite) Maintenant la ville géante s'éveille, la fournaise humaine s'allume, le volcan urbain rentre dans sa quotidienne période d'activité, vomissant par toutes ses bouches intérieures, par ses boyaux obscurs, la lave ténébreuse des combattants de la vie, lutteurs encore harassés des corps à corps de la veille, s'écoulant lentement, sans un cri, sans une plainte, éter nellement las, vers la fatalité éparsc dans les bas- . fonds : les ateliers, les usines, les magasins-villes.
Cependant quelqu'un a heurté au logis de Yan Ghérardt. C'est le laitier matinal apportant le lait cacheté. Yan Ghérardt-esprit l'aperçoit distinctement à tra vers les parois du logis et la porte fermée. Ah!... Le vieux domestique de Ghérardt va ou- . vrir, lentement, sans se presser, traînant ses savates crasseuses sur le miroir du plancher verni. « C'est vous, monsieur Urbain? Eh bonjour! ... — Bonjour, bonjour, maître Timoléon. — Quoi de nouveau ? Vous paraissez tout ronchonneuxce matin !
220 L'INITIATION — On le serait à moins. On a fait la noce tout hier, ici ! — Ah oui ! je sais... à cause de la nomination du patron... — Parlons-en ! Sa nomination ! Sa nomination !... Sans moi, oui, sans moi, il ne l'aurait pas eue, allez. Oui, moi qui vous parle ! Je lui donne des conseils à cet homme ! Tous les matins, le patron vient me trouver et me dit : « Eh bien, mon petit Urbain... qu'est-ce que tu dis de mon travail d'hier! »...
Puis après un silence important : « Tenez, maître Timoléon, supposons qu'il ait fait un Mercure, hein? Vous savez ce que c'est qu'un Mercure ? — Je vous crois ! C'est cette machine... comme de l'argent dans un thermomètre... — Eh non !... Enfin, supposons une statue, hein ? — Voui ! monsieur Urbain. Voui ! Une statue!... — Eh bien, je lui dit : « Heu !
Heu ! il manque de ça, ou de ça, ou encore de ça. » Vous comprenez?.. — Etalorsle patron me dit : «Sacré Urbain, va ! » Et il ajoute de ça, ou de ça, ou encore de ça ! M — Ah ! sans moi, allez, il serait pas de l'Académie à cette heure, pour sûr, cet homme ! — Vous êtes épatant, monsieur Urbain. Voici votre lait ! N'oubliez pas que vous me devez trois bou teilles... hein ?
UN MORT RESSUSCITÉ AU PANTHÉON 221 — Ça va ! ça va ! Soyez tranquille. Je vous paierai ça demain. — A revoir,- monsieur Urbain. A revoir. » Et le laitier s'éloigne. Son pas lourd sombre peu à peu dans le silence, lui-même disparaît dans la pé nombre de l'aube. « Monsieur Urbain » ferme alors la porte et va faire chauffer le lait du maître. Yan Ghérardt-esprit le suit jusqu'à l'office.
M. Ur bain prélève d'abord sa part, ajoute de l'eau, pour combler le déficit, fait chauffer «le lait de monsieur » et porte ensuite celui-ci dans la chambre du maître. Silence. Au bruit de la porte « monsieur » n'a pas bougé. «A-t-il lesommeilsolidetoutde même, le veinard ! Hé, monsieur, voici votre lait ! votre lait! » Même silence. Yan Ghérardt-esprit est très intrigué. Comment « mons Urbain » va-t-il prendre la chose ! Pauvre Urbain !
Il tenait tant à son vieux maître ! Combien de fois ne lui avait-il pas dit, la mine désespérée : « Ah ! si monsieur meurt, je ne m'en consolerai jamais ! ». Et il essuyait alors du revers de sa main, une larmefurtive. « Pauvre Urbain ! Cela va être déchi rant ! Trouver son maître mort ! Mort ! Mort ! Quel malheur! » Et Yan Ghérardt-esprit pleurait des larmes éthérées à cette douloureuse pensée. « Eh bien, quoi! s'exclama Urbain.
Il est devenu sourd le patron ! En voilà une sévère! » Et le domestique d'un coup de poing entrouve la fenêtre et repousse les contrevents.
222 L'INITIATION Un jour blême filtre dans la chambre et tombe sur le cadavre. « Mince ! Qu'est-ce que ça veut dire ! » Et Urbain s'approchant du corps le secoue en trem blant. « Zut ! Il est mort ! Bon dieu de bon dieu ! Il est mort!... Il faut avertir la police ! Quel touintouin! Ah! l'animal, l'idiot ! S'il aurait pas pu appeler! Ganache! Allons chez le commissaire... Quelle his toire, quelle histoire !...
Si encore je suis couché... sur son testament. Un vieux garçon ! Comme moi ! Un confrère ! Ah bon dieu de bon dieu! Quelle his toire ! » Et ce « brave Urbain » disparaît laissant Yan Ghérardt-esprit, quelque peu interloqué de cette orai son funèbre, Yan Ghérardt-matière, étendu en che mise de nuit sur son lit funèbre. Il fait grand jour maintenant.
Le bruit de la mort subite de l'illustre sculpteur court les rues voisines, puis les boulevards et gagne le quartier des Ecoles. En les cavernes mugissantes de la Presse, sur le marbre des typos, l'entrefilet nécro logique s'aligne déjà, prêt pour la mise en page... Yan Ghérardt-esprit voit tout cela ; il voit si bien et si loin, de sa chambre mortuaire, qu'il a saisi au vol une coquille faite par un typographe distrait.
Ce dernier aécrit son nom patronymique sans H, sans H ! et cette futilité lui semble une montagne, cela l'ob sède, cela le crispe... Il s'entend murmurer sans cesse : « Ghérardt, sans H !... On veut m'appeler
UN MORT RESSUSCITÉ AU PANTHÉON 223 comme tout le monde, Gérardt tout court !... O cetH! CetH(i) !! » Cependant on a procédé à la toilette funèbre du cadavre. Tant bien que mal, des infirmiers de l'hô pital voisin, appelés à la hâte, l'ont sanglé dans son frac d'immortel. Le corps était déjà rigide. Qu'im porte ! On a torturé la loque humaine, ployé de force les articulations de marbre, disjoint les jointures de plomb.
Maintenant, ô dérision, son « figaro » habi tuel lui fait une dernière fois la barbe ! Yan Ghérardt -esprit a assisté à tous ces préparatifs. Ce qu'il a enduré de souffrances morales à se voir si fêté, si choyé la veille et si rudoyé le lendemain, est indes criptible! Le « raseur », l'ultime, sans doute, vient de partir, et sa carcasse maintenant gît, macabre et parche minée, sur son lit tendu d'un drap sombre.
Yan Gérardt-esprit, tristement pelotonné, loin du cadavre, dans un étui à cigare ouvert et laissé sur la cheminée réfléchit aux événements extraordinaires auxquels il assiste et qui lui semblent interminables, cauchemaresques.
Ce qui l'inquiète surtout, c'est qu'il sent très bien maintenant qu'une force invisible le relie à son corps, et, par moment, que des nuages bleus et pourpres, puis blanchâtres, évoluent du cadavre à lui, se groupent autour de son centre-pensée, le (i) On ne doit pas perdre de vue que l'esprit (incarné ou désincarné en partie seulement par l'extériorisation fluidique de ses principes) est sujet dans le sommeil naturel ou provo qué aux idées fixes, tatillonnes, souvent absurdes. Il y a de Tautomatisme inconscient dans ces phénomènes psychiques.
224 l'initiation [mars quittent, reviennent, augmentent en ampleur, pour revenir encore et former autour de lui une sphère nébuleuse et abbescente vaguement lumineuse. Qu'est-ce que cela peut bien être ce brouillard ondoyant et pointillé d'éclairs scintillants qui l'en toure, l'étouffé presque?... « Maître Urbain » a maintenant revêtu sa livrée des grands jours.
Lui aussi s'est fait une tête et c'est l'air profondé ment triste, la mine grave et recueillie, qu'il introduit le premier visiteur, le notaire du « Maître » décédé. Celui-ci est un tabellion fin de siècle et très pari sien par surcroît, dans sa mise et son caractère. Yan Ghérardt-esprit le connaît à peine, ce qui l'étonné!... Un millionnaire qui ne connaît pas son notaire !
Néanmoins ce dernier a l'air parfaitement à son aise, il connaît les êtres et les lieux, expertise d'un coup d'œil le mobilier, suppute la valeur de l'immeuble, sans se préoccuper le moins du monde de Yan-Ghérardt-cadavre. Son inventaire terminé, le notaire s'approche du lit, secoue le chef à la manière des magots chinois puis : « C'est étonnant, je le croyais blond... Il se teignait donc ! Hé I Hé ! Il est immensément long, le gaillard !
Il va lui falloir un cercueil de taille. » Puis son panégyrique terminé : « Urbain ? — Monsieur le notaire ? — Veillez à ce que rien ne s'égare ici, ou se dila pide, n'est-ce pas. J'ai des pouvoirs très spécifiques, à ce sujet.., des héritiers... i
J908] UN MORT RESSUSCITÉ AU PANTHÉON 225 — Il y en a donc, monsieur le notaire ! — Mais oui ! — Ah bah ! Et qui donc ?... — Une certaine demoiselle Machin... Oh ! c'est une donation qui date de loin ! signée dans une heure de folie ! Je l'avais averti ! Mais faites entendre raison à un vieux garçon... — Je croyais, monsieur le notaire aussi... céliba taire... — Oh ! mais moi, c'est différent, je suis jeune, Urbain. C'est bien différent!...
Allons Urbain, occupez-vous du « Maître ». Pour quelle heure le ser vice ?... — Je l'ignore, monsieur le notaire. On parle de funérailles aux frais de l'Etat, d'embaumement, du Panthéon... Que sais-je ?... Vous savez... c'est peutêtre aussi des. . . — Eh pourquoi pas ! Le « Maître » en est digne ! Le « Maître » est une gloire française ! Le « Maître » a orné nos plus beaux édifices des « Créations de son Génie »!
Le « Maître » est commandeur, immortel ! Son « œuvre » lui survivra éternellement !... Sur ce Urbain, «n'oubliez rien, occupez-vous du « Maître». Je me repose sur vous. Et le notaire disparut laissant Urbain ahuri de cette avalanche inattendue de « Maîtres ». En disant que l'État devait s'occuper des funérail les, Urbain avait cru lancer une affirmation en l'air, sans se douter qu'elle était bien près de se réaliser. Une trépidante vibration de la sonnerie électrique l'arracha à son ébahissement. Il courut à la porte et '5
226 » l'initiation l'ouvrit. Le visage effaré de « Mâme Tronchu » la concierge, apparut. « Ahl monsieur Urbain, il y a des cipaux à la porte! s'écria la concierge d'une seule enfilée, sans prendre haleine. Quatre cipaux ! Oui, quatre cipaux qui djsent comme ça qu'on va l'embaumer... — «Le Maître! » Madame Tronchu.
Le «Maître !». — Voui, votre maître, paraît qu'on va lui sortir toutes les... tripes pour lui mettre des bouchons de paille à la place ! C'est Mâme Philenpointe, la char cutière du coin qui dit qu'on fait comme ça !... Sei gneur Dieu, le pauvre homme ! moi qui le voyait encore hier passer devant ma loge..., et je disais à Ugène mon homme : « Vrai ! Ugène ! On dirait qu'il rajeunit notre maître!
Ah le pauvre ! le pauvre ! » Et la brave « Mâme Tronchu », les brides de son bonnet au vent dans le dos, levait les bras au ciel, semblant prendre le plafond à témoin du pro nostic irréalisé, confié la veille à Ugène, sur son maître.
Bientôt, en effet, un des gardes municipaux entra et prévint Urbain que « l'on allait procéder sans relard à l'embaumement du « Maître », que par conséquent on ne devait laisser, sous aucun prétexte, approcher quelque personne que ce fut. Ordre du conseil des ministres. » Son discours terminé, le municipal fit demi-tour en principe et descendit suivi de madame Tronchu en pleurs.
Yan Ghérardt-esprit avait assisté à cette scène et déjà une vague terreur le saisissait à la pensée qu'on allait sophistiquer sa dépouille.
UN MORT RESSUSCITÉ AU PANTHÉON 227 I Il se voyait déjà étendu sur une table, livrant sa nudité sénile au scalpel et aux seringues des chirur giens, puis immergé dans un bain de sulfate de cui vre, et il maudissait du plus profond de son âme, les humains, qui, les premiers, poussèrent la barbarie jusqu'à ce degré de férocité savante et compliquée... Bientôt cependant le municipal reparut. Il y avait contre-ordre.
« Le Maître Ghérardt » ne serait pas embaumé, mais simplement mis en triple bière. L'Etat, néanmoins, allait organiser des funérailles nationales, dignes de son génie et ses restes illustres iraient reposer au Panthéon... L'Esprit de Yan Ghérardt, à ce changement dans les dispositions de ses funérailles, éprouva presque de la joie... mais de nouveau l'idée d'être triplement ver rouillé en des cerceuils le hanta...
De nouveaux appels de la sonnerie électrique l'ar - rachèrent à ces tristes réflexions... Urbain, sans se douter que son maître le suivait, invisible, alla ouvrir. C'étaient des visiteurs accourus, pour revoir une dernière fois la dépouille du « Maître. » Et le défilé des amis du défunt commença : Gens vêtus de noir, l'air profondément peiné, osant à peine parler, murmurant à voix basse des : « Qui l'aurait dit! Qui l'eut cru! Ce talent!
Ce génie ! Si jeune ! Si vivant hier soir encore ! Mourir à la fleur de l'âge ! Le sort est souvent cruel ! Ah le malheu reux! Moi qui l'estimais tant! Et comme il savait me le rendre ! Ce pauvre ami! Ce grand cœurl » puis jetant à la dérobée un coup d'œil sournois sur leurs voisins pour voir si leur mot avait porté. Et de nou
228 l'initiation veau, les yeux baissés, les mains douloureusement pendantes, un pli funèbre au front, pénétrant avec recueillement dans la chambre mortuaire pour jeter sur la dépouille funèbre un regard voilé, lourd de philosophiques pensées sur le néant, la vie, la mort, ils s'arrêtaient devant le cadavre, les traits tirés eux aussi, adressant de la main un dernier, un lent adieu à « ce cher ami, cet excellent cœur », en des gestes d'automates ou de somnambules...
Ainsi défilèrent les collègues du sculpteur, profes seurs à l'école, les personnalités littéraires et artis tiques parisiennes sachant par avance que le reporter attentif, invisible, mais toujours présent, noterait leur attitude, décrirait leur allure, croquerait leur physique, reproduirait les oracles tombés de leurs lèvres, les dénaturant au besoin pour les embellir...
Tous se surveillaient, s'analysaient, se flairaient, posant dans cette chambre, devant ce mort, comme à une première ou au vernissage et Yan Ghérardt-esprit qui pouvait seul lire dans leur trouble pensée reculait effaré, écœuré, devant les mont joies d'ordures psy chiques qui s'entassaient dans leur cerveau, les éma nations pestilentielles qui tourbillonnaient autour d'eux, dans leur aura de vaniteux, d'égoïstes, d'en vieux, de vieillards parfois sadiques, toujours hypo crites, papelards...
Certains cependant étaient réelle ment contristés. Leur contenance n'avait rien d'af fecté, de cherché. C'étaient les moins décorés, les moins en vue, les indépendants, talents personnels, francs, primesautiers, bûchant exclusivement pour l'art et non pour la galerie, dédaigneux des titres, des
UN MORT RESSUSCITÉ AU PANTHÉON 229 parchemins, des hardes palmées d'or et suivant dans la vie l'étoile radieuse de leur Idéal, les yeux perdus dans leur rêve, les pieds saignants et poudreux sous l'infâme poussière terrestre. Parmi eux, Yan Ghérardt-esprit reconnut les deux inséparables occultistes, vieillis mais fiers, le front ridé, mais les yeux pleins de prophétiques lueurs, immobiles devant ce cadavre, perdus dans leurs insondables pensées.
Et Yan Ghérardt-esprit voyait jaillir des rayons de leur front superbe et il sentait leur verbe uni venir, par delà la mort, dire un der nier adieu terrestre, un chaleureux au revoir céleste dans les sphères plus hautes de l'évolution psychique des êtres transcendants, àson « Moi conscient » qu'ils savaient errant encore dans les plans inférieurs de l'Astral, dans cette chambre peut-être.. .
Aux occultistes, succédèrent des matérialistes, le front haut, le regard assuré, mais émus cependant devant ce cadavre. Et Yan Ghérardt-esprit, pénétrant leur pensée, voyait peu à peu surgir de leur cerveau, pour aller se tondre par lambeau, par bouffée dans l'éther ambiant, une inquiétude angoissante, un doute poignant sur l'exclusive matérialité de l'Être et de la Nature.
Ce cadavre les intriguait et ils auraient voulu percer, derrière ces amas de nerfs, de muscles, de veines le secret qu'ils sentaient et qu'ils redoutaient, le secret du sphinx qui fait d'un homme ignorant l'égal du quadrumane et de l'Œdipe triomphant, un dieu ! Cependant, un instant distrait par le sourd colloque de leur conscience, les matérialistes s'étaient regardés. La bêtise humaine ne peut s'affirmer ostensiblement
a3o l'initiation que par la collectivité ; l'homme, abandonné à luimême, s'incline devant sa conscience, ce regard de l'Absolu, et la sent vivre et penser en lui et hors de lui. Dans la solitude, l'homme, seul, se replie sur lui-même et son âme divine alors se révèle à lui, éclatante de lumière et de vérité ; mais, en groupe, l'àme collective, l'âme grégaire, encore ani male, annihile le Verbe divin.
Dans ce regard mu tuel les matérialistes se retrouvèrent, s'affermirent et ils se retirèrent de l'air grave et fataliste de celui qui comprend l'inanitédes deuils et des aspirations surhu maines Longtemps le défilé continua: visages amis, oubliés, à peine entrevus ou inconnus ; consciences nettes ou aux recoinsd'ombre, souvententièrementténébreuses; visages affables ou rudes, sournois ou ouverts ; des artistes déjà en renom, des vaniteux, des timides, des talents honteux à force d'être sans apprêt : des peintres et des sculpteurs se mesurant jalousement du regard à la dérobée comme des lutteurs dans l'arène ; des littérateurs au style réaliste et lâché comme leur lavallière crasseuse et flottante ; d'autres aux gilets éblouissants, passant du violet évêque au rouge cramoisi ; poètes aux chevelures raphaéliqueou byronienne ; romanciers affectant des airs de bour geois sans façon, s'ingéniant à esquisser des sou rires bienveillants, des mines bon enfant; drama turges empesés, perdus dans des redingotes « à la deroulède »; critiques ventrus comme des bonzes, chauves comme la déesse Occasio, rasés comme des ténors, parfumés comme des courtisanes, enfin tout le
UN MORT RESSUSCITÉ AU PANTHÉON 23 1 ban et l'arrière-ban des Beaux-Arts, convié à la curée du mort, venu moins pour saluer sa dépouille que pour s'étudier, s'examiner, se dénigrer dans le dos... se congratuler face à face...
A midi, cette foule s'éclipsa et Urbain aidé de « Marne Tronchu » s'ingénia à placer avec symétrie et bon goût les couronnes et gerbes de fleurs, offertes au « Maître » par ses amis « inconsolables», ses col lègues débordant d'une « sincère sympathie », ses élèves « reconnaissants ».
Cela fait, Urbain descendit s'octroyer un bouillon chez la concierge et Yan Gherardt-esprit demeura de nouveau seul avec son cadavre, traînant par les appar tements vides mais bourdonnants encore sous l'es saim des pensées de tous ses visiteurs, — pensées extériorisées et individualisées, larves inconscientes flottant maintenant par les chambres — sa mélancolie d'âme en peine et l'inquiétude du statu quo psychique qui le liait, immortel cependant, à ce corps bien près d'entrer en décomposition...
L'après-midi les visiteurs affluèrent encore et Yan Ghérardt-esprit fatigué, écœuré par leur pharisienne sollicitude, se retira devant le flot humain toujours croissant qui envahissait impudemment maintenant toutes les pièces, tous les réduits, expertisant aussi le mobilier et les œuvres d'art. II alla se rencognerdouloureusementdans un recoin obscur de son atelier,où il développait lui-même autrefois les clichés des ins tantanés pris par lui à travers champs ou dans ses voyages et resta là jusqu'à la nuit, comme engourdi dans un sommeil profond, léthargique. Une revint auprès de
232 l'initiation son cadavre que lorsque le silence plana de nouveau sur le logis désert. Un cierge maintenant éclairait le corps de lueurs falotes, mais aucun prodrome de décomposition ne s'annonçait. Les ongles restaient blanchâtres, transparents et dans le cadavre Yan Ghérardt-esprit apercevait le sang figé presque, mais toujours pourpre et comme élastique...
Bientôt les employés des pompes funèbres appor tèrent le cercueil, une simple boîte en chêne au lieu de la triple pçison annoncée par la voix de la presse. Décidément, l'Etat se montrait chiche pour son grand homme ! Par deux fois, le Conseil des ministres avait réfléchi... Allait-on maintenant contremander les funérailles nationales et supprimer le Panthéon !...
Yan Ghérardt-esprit, atteint dans son amourpropre, commençait àregretter « le bourrage de paille » de « Marne Michu »et la triple enveloppe qui devait conserver ses mânes.
Il fut indigné de la mesquinerie des ministres, plus occupés à défendre leur porte-feuille contre la meute hurlante de leurs collègues affamés qu'à rendre jus tice aux artistes de génie, et sa rancœur s'exhala lon guement contre ce gouvernement de «politicailleurs», de« jappeurs après l'assiette au beurre » incapable de combattre pour « l'Art et son Sacerdoce! ».
Pour un peu, s'il l'avait pu, il leur aurait disputé sa défroque ; mais que faire ?... En un tour de main, les croque-morts l'avaient « emballé » claquemuré, verrouillé dans les quatre planches funèbres. Et maintenant, assis sur le cercueil placé sur des chaises, et recouvert d'un drap mortuaire noir écar
UN MORT RESSUSCITÉ AU PANTHÉON 233 telé d'une croix d'argent, Yan Ghérardt-esprit atten dait encore, toujours que le paradis de l'Evangile ■ou la Géhenne de la Bible voulut bien s'ouvrir pour le recevoir.
Lassé cependant de rester près de sa dépouille inerte, il désira sortir, faire un tour sur le boulevard, distraire son inaction, mais il se sentait cloîtré dans l'appartement et bien qu'il vit à travers les cloisons et la mur de façade ce qui se passait au delà, l'idée que ces obstacles matériels pouvaient, devaient l'arrêter, suffisait pour paralyser sa volonté et repous ser son corps fluidique chaque fois qu'il essayait de franchir l'obstacle translucide.
Car, maintenant, en possession complète de son « moi astral », du vêtement fluidique de sa pensée, épousant absolument la forme, l'aspect de son cadavre, de son « moi physique », il allait et venait par ses appartements, plaçanttout naturellement l'une devant l'autre ses jambes d'air individualisé, agitant avec étonnement ses mains éthérées.
Arrivé devant sa porte fermée qu'il essaya mais en vain d'ouvrir avec ses mains fluidiques, ses doigts transparents, il avisa le trou de la serrure. L'idée baroque de s'y engager la tête la première germa dans son esprit. Il voulut la chasser. Elle résista. Vaincu, il s'yabandonna et essaya de piquer une tête par cette sortie d'un nouveau genre...
Quel ne fut pas son étonnement de se trouver sur le seuil de son logis, de l'autre côté de la porte ! Revenu de sa surprise, Yan Ghérardt-astral et pen sée fit un geste déluré, rappelant le claquement
234 l'initiation classique de doigts du gavroche, exprimant ainsi quelque vague idée de « je m'en fichisme »et dévalla à son aise les escaliers. Il jeta, en passant, un regard sur le sanctuaire hermétiquement clos de « Mâme Tronchu » et, par un nouveau plongeon à travers la serrure de la porte, il se trouva dans la rue. Décrire la fantastique excursion du sculpteur décédé à travers Paris-la-nuit nous entraînerait trop loin.
Le vaudevilliste ou le romancier dès fêtards, pourraient seuls essayer de nous en donner un vague aperçu... Peut être même, Yan Ghérardt dédaigna-t-il les plai sirs faciles pour des distractions plus élevées...
Chose bizarre, coïncidence étonnante et que la presse spiritualiste d'alors notaavecdes gloussements d■admiration,on appritqu'unedes figurantes de l'Aca démie Nationale de musique — voyante, paraît-il — et se disposant, costumée en walkyrie, à fendre le ciel nébuleux de Wotan sur son hyppogriphe de bois aperçut l'ombre dolente de Yan Ghérardt traversant la scène lentement, indifférent au spectacle de la salle et du théâtre, perdu dans quelque wagnérienne rêverie, et fut prise aussitôt d'une effroyable crise de nerfs.
Vers la même heure, dans sa loge, la Grande Tragédienne vit avec terreur, au moment où elle se regardait dans la glace pour donner le dernier coup de fion à son maquillage, une buée à visage humain s'interposer entre le cristal du miroir et ses charmes peinturlurés. Enfin, au théâtre français, le poète jadis baudelairien, alors shakespearien « à ses heures » et qui faisait ce soir-là jouerun mélodrame — en vers,assure-t-on, —
UN MORT RESSUSCITÉ AU PANTHÉON 235 entendit une voix caverneuse et psychique murmu- . rer à ses oreilles, cependant qu'un frisson glacial courait le long de ses vertèbres : « Quel four gran diose... ou quel jour grandiose! » Il ne sut pas au juste..., mais ce devait être « jour grandiose » assu rément... On dit four immense et jour grandiose... c'est évident !
Etait-ce bien Yan Ghérardt-esprit traînant ainsi sa misérable destinée astrale dans les lieux où s'étaient peut-être passées ses soirées terrestres ?...
Oncques ne le sus, mais ce qui est à peu près certain (les jour naux l'affirmèrent tous, à deux heures du matin, un locataire de l'immeuble du sculpteur, rentrant chez lui, après avoir religieusement offert de multiples liba tions au dieu des vendanges, fut terrifié par l'appari tion d'un spectre coiffé du bicorne et traînant une rapière qui gravissait pensif les premières marches de l'escalier.
Cette apparition, paraît-il, le « renversa » et lour dement il tomba, évanoui, sur le sol, d'où on ne le releva que deux heures après au lever du jour, ivremort et nageant dans un lac de sang desséché.,., ou de vin, on ne le sut jamais au juste...
Cependant, Yan Ghérardt-pensée, las d'errer par les rues de Paris, était revenu à son logis et, le matin vers les neuf heures, qui avaient été choisies pour les funérailles, il s'éveilla d'un sommeil pré-nirvanien, au bruit que firent les « croquemorts » en venant prendre le cercueil. Lamentable, de plus en plus désespéré, Yan Ghé rardt-esprit descendit derrière son corps, porté à quatre
236 l'initiation par les nécrophores, et, arrivé dans la rue, il put assister au déploiement magnifique du cortège fu nèbre. L'Etat, pris de regrets tardifs sans doute, avait, cette fois, bien fait les choses.
A l'apparition du cercueil, le commandement sec de « Portez armes ! » vibra dans le silence recueilli de la rue et, dans le roulement funèbre des tambours, voilés de crêpes battant aux champs, Yan Ghérardt, ébloui, vit scintiller des flammes sur l'acier des baïon nettes et des épées, s'agitant avec précision dans la gloire matinale du soleil. C'était, certes, vraiment impressionnant.
La foule muette et nue tête, maintenue par la haie brillante, sous les cuivres, des soldats du génie et de la ligne, immobiles et comme changés en statue, les groupes graves et hautains des corps élus ceinturés de leur écharpe tricolore, les officiers aux ors flamboyants, les ambassadeurs étrangers chamarrés d'or et sur chargés de panaches, les immortels au frac vert et or, au gilet immaculé, les délégations de la Ville et de l'Ecole des Beaux-Arts, les gardes municipaux coruscants sous leur blanc harnois rehaussé de cuivre, puis enfin le corbillard, toute cette pompe émut Yan Ghérardt-esprit lui-même, flatté dans son amour-pro pre.
Maintenant les nécrophores soulevaient le cercueil de Yan Ghérardt-cadavre et le taisaient glisser dans le corbillard. C'était un véritable monument ambulant que cette voiture funèbre, chargée de charrier du logis à l'église
UN MORT RESSUSCITÉ AU PANTHÉON et au charnier, l'amas de chair décomposée qu'est le corps de tout homme défunt, ce réceptacle de tous les vices, ce but de toute gloire, de toute action écla tante ou vile, ce rien enfin qui pourtant a toujours été la cause déterminante des révolutions et des désastres qui ont changé la face de notre Orbe des terres. Le convoi funèbre s'était mis en marche.
En tête le curé de la paroisse à laquelle appartenait la demeure de Yan Ghérardt, flanqué de deux vicaires et précédé de ses acolytes, marmottait ses patenôtres, de l'air résigné de l'homme habitué à expédier dans l'autre monde, soir et matin, des âmes plus ou moins chré tiennes.
Les vicaires, eux, les yeux baissés, imitaient son exemple, réglant leur geste et leur attitude sur leur maître spirituel, tandis que les enfants de chœur, un sourire étonné sur les lèvres, supputaient le nombre de bonbons que ce deuil leur rapporterait, arrêtantleur calcul mental pour surveiller, inquiets, la croix d'or allant à la dérive au-dessus de leur tête.
Derrière le clergé, un peloton de gardes municipaux, jugulaire sous le menton, le fusil abaissé vers le sol, silencieux et graves, choristes de ce funèbre spectacle, et péné très de la hauteur de leur tâche, avançait lentement, adressant, de loin en loin, des coups d'œil d'intelli gence à des amis perdus dans la foule, derrière la haie des petits pioupious culottés de pourpre et du noir génie aux parements de velours. {A suivre.)
FRANKLIN ET LES NOMBRES Voici, à titre de curiosité pour les lecteurs de l'Ini tiation la reproduction d'un des carrés magiques de Franklin, composé de 8 X 8 cases, qui offrent la singularité suivante : i° Si l'on additionne les huit numéros de chaque file, verticalement ou horizontalement, l'on obtient un total de 260, et le total de la moitié de chaque file ou colonne donne également la moitié de 260; 52 61 4 13 20 29 36 45 14 3 62 51 46 35 30 19 53 60 5 I2 2I 28 37 44 u 6 59 54 43 38 27 22 55 58 7 10 23 26 39 42 9 8 57 56 41 40 25 24 50 63 2 15 I8 31 34 47 16 1 64 49 48 33 32 17 2° Une file de huit numéros, montante ou descen dante, en sens diagonal, c'est-à-dire formant chevalet, donne aussi 260, exemple : si l'on part du 16 en
FRANKLIN ET LES NOiUBRES 23q montant jusqu'au 10, et que du 23 l'on descende au 17, les lignes parallèles à celles-ci donnent éga lement 260, etc., etc. En additionnant les numéros des quatre coins avec les quatre du centre, l'on obtient également la même somme : 260. C'est donc un carré magique qui paraît être parfait dans son genre. El Boquete, i3 mars 1907. Taty.
De l'Influence des Marées L'homme naît pendant la pleine mer et meurt à marée basse, tandis que la femme, au contraire, naît pendant la marée basse et meurt pendant la pleine mer. Une blessure occasionnée pendant la marée montante est toujours suivie d'une abondante hémor ragie qui, malgré n'importe quel traitement, ne di minue et ne s'arrête que selon la décroissance de la marée.
Aussi, pour qu'une opération chirurgicalesoit couronnée de succès, surtout lorsque de fortes hé morragies sont à craindre, doit-elle être pratiquée à l'heure de la marée basse. La vie de l'opéré dépend bien souvent de la perte plus ou moins grande de sang qui peut survenir pendant l'opération.
Cette précaution rapport au flux et reflux des marées n'est m alheureusement pas toujours strictement et rigou reusement observée, comme elle devrait l'être... Chez la femme, les menstrues apparaissent graduellement avec la progression croissante de la marée.
Le flux sanguin se trouve donc sous l'influence directe des marées et régi par les mêmes lois; le flux menstruel cesse progressivement avec la décroissance de la maréeetse termine à marée basse. Pour recueillirunesève d'arbrequelconque, l'incision doit toujours être prati quée pendant l'heure de la pleine mer: c'est généra
DE L'INFLUENCE DES MARÉES 24I lement ce que font les Indiens qui saignent les caout choucs pour en bénéficier le lait. Un régime de ba nanes, à l'instar de tout fruit qui se cueille vert pour être conservé jusqu'à sa maturité se récolte générale ment pendant la pleine mer car il renferme alors suf fisamment de sève pour mûrir en quelques jours.
Si l'incision faite pour tomber le bananier et en séparer le régime se pratique à marée basse, le régime se des sèche tel quel, la maturit :. n'a pas lieu et le fruit en devient inservable et inutilisable. Rien n'est plus fa cile que de vérifier l'heure de la marée et voici un moyen des plus simples, c'est de regarder la pupille de l'œil d'un chat quelconque. A marée basse, c'est un simple trait vertical.
Avec la marée montante la pupille grossit également et suit la même progres sion ascendante. Quand la marée arrive à son terme, c'est-à-dire pendant la pleine mer, la pupille alors s'arrondit et grossit jusqu'à son maximum d'extension. Le même phénomène se produit chez l'homme: la couleur des yeux en rend simplement l'observation plus difficile ;chez les personnes aux yeux bleus cepen dant elle est excessivement voyante ettrèsfacileà obser ver.
La différence chez l'homme existe dans la forme que prend la pupille; au lieu d'être verticale, comme chez le chat, elle est complètement arrondie toutes les phases, ascendantes et descendantes. Taty. iG
PARTIE INITIATIQUE Cette partie est réservée à l'exposé des idées de la Direction,des Membres du Comité de Rédaction et à la reproduction des classiques anciens. Lt reproduction des articles inédits publies par I7ni(i«(icn est formellement Interdite, à moins d'autorisation spéciale. Programme des Conférences Ésotériqaes DU DOCTEUR PAPUS Jeudi 14 novembre 1907 La Constitution de l'homme. Constitution à trois Eléments. .
Constitution à sept Eléments. Théories diverses et rapports entre elles. Physiologie, Inconscient et Psychologie. Le Régime et le Renouvellement des cellules. Jeudi 12 novembre Le Plan Astral chez l'Homme. Rêves, Visions, Prémonitions. Magnétisme, Médiumnité, Spiritisme, Magie. L'Inconscient, les Démons et l'Hallucination. Influence du Régime sur l'Astral. Jeudi 9 janvier 1908 La Terre et la Nature. Constitution du Macrocosme.
Les plans de la Nature. Les Plans terrestres et les Règnes. Le Minéral, le Végétal, l'Astral, l'Animal, l'Hominal, le Génial, le Spirituel. Évolution de l'âme. Réincarnation des Animaux.
CONFÉRENCES ÉSOTERIQUES Naissance d'un monde et Naissance d'un Être. Les secrets de la Terre. Véritable Théorie des Volcans. Physiologie de l'Être terrestre. Jeudi i3 février Les Races et la Terre. Histoire des Continents et des Races Humaines. Le Magnétisme Terrestre et la Clef des Civilisations. Textes Egyptiens sur les Races. Constitution de la Tradition des Blancs. La Kabbale, les Fraternités Initiatiques. Les Races et les Réincarnations.
Jeudi 12 mars Les Grandes Traditions et les Envoyés. Tradition Indoue. Epoques exactes. Divisions. Caractères. Tradition de Zoroastre. L'Egypte. La Civilisation d'Israël, Moïse, Esdras. La Grèce et Rome. Le Christianisme. Jeudi 9 avril Le Christ et sa Mission . Esotérisme des Evangiles. Le Christ dans son Œuvre invisible. Chevaliers Chrétiens anciens et modernes, i Jeudi 14 mars Sociétés Secrètes «Histoire Moderne.
Des Francs Juges à Cagliostro. ] La Rose-Croix et la Franc-Maçonnerie. Les Coups de canon maçonniques. La Réforme, la Révolution Française. Napoléon. L'avenir des Sociétés d'Europe Jeudi 1 1 juin Facultés Occultes de l'Homme. La Race Future. Théurgie, Thaumaturgie, Magie Karma. Forces Invisibles en relation avec l'Homme. Puissance de la prière, de l'Amour divin et des Epreuves. Les Guérisons Mystiques. Les Miracles Divins.
244 L INITIATION Jeudi 9 juillet La Naissance et la Mort. La Résurrection et ses Mystères. Clefs Astrales et Clefs Physiques. Les Mystères du Zodiaque. L'Apocalypse, le Pater Noster et l'Ave Maria. Hôtel des Sociétés Savantes, salle F, 28, rue Serpente, à 8 h. 1/2 du soir.
Pour donner à nos chers Lecteurs une idée des Conférences Ésotériques sténographiées, nous don nons ci dessous un extrait de la 3° causerie. (Séance du g janvier 1908.) Programme. La Terre et la Nature. La constitution du Macrocosme. Les plans de la Nature. Les Plans terrestres et les Règnes. Le Minéral, le Végétal, l'Astral, l'Animal, l'Hominal, le Génial, le Spirituel, Evolution de l'âme. Réincarnation des animaux.
Naissance d'un Monde et naissance d'un Être. Les Secrets de la Terre. Véritable théorie des Vol cans. Physiologie terrestre. LA TERRE ET LA NATURE première partie Mesdames, Messieurs, On a toujours une tendance égoïste à ne s'occuper que de soi-même. C'est ce que nous avons fait jus
CONFÉRENCES ÉSOTERIQUES qu'ici, en esquissant la constitution générale de l'homme ainsi qu'en résolvant le problème de l'As tral humain et de ses multiples manifestations. Au jourd'hui, nous allons aborder la troisième partie de nos recherches. Je vous parlerai donc de la NATURE, comme l'indique le programme que vous avez entre les mains. La Terre dans la Nature. — Le Destin et les œuvres humaines. — Grandes divisions du Macrocosme.
Le Soleil noir et les Cônes d'ombre . Tout d'abord, rendons-nous compte de notre posi tion exacte dans l'Univers. Eh bien ! la science offi cielle nous enseigne que nous sommes placés sur une planète, nommée Terre, présentant la forme d'une boule et qui tourne sur elle-même dans l'espace. Une foule d'êtres vivants, plus ou moins bien organisés, nous côtoient et forment ainsi les divers montants de l'échelle qui nous sépare des minéraux.
Mais ce n'est pas tout. Autour de notre demeure planétaire, roulent des astres opaques qui sont, non pas éclairés, mais actionnés ou dynamisés par les émanations fluidiques d'un soleil. Ces nombreuses planètes et leurs satel lites constituent, avec le soleil précité l'un des orga nes du monde physique qui, au dire des savants, con tient une infinité de systèmes solaires analogues à Celui dont nous faisons partie.
Cet UNIVERS, qui vient de nous apparaître si peuplé, offre encore d'autres caractères capables d'ex citer la curiosité de tout observateur positif. Le pre mier de ces caractères, c'est que la force essentielle
246 l'initiation de la Nature cherche toujours à entraver la réalisa tion des œuvres humaines et qu'elle s'efforce même d'anéantir tout ce que nous avons péniblement formé. L'Homme n'arrive donc à maintenir la stabi lité de ses créations qu'en luttant sans cesse contre la Fatalité ou le Destin. Voyez ce qui se passe sur terre.
Si, après avoir tissé de somptueuses étoffes, confectionné de beaux habits, construit des habitations plus ou moins con fortables, édifié des monuments et bâti des villes su perbes, l'homme cesse tant soit peu son action, im médiatement une puissance qui semble invisible reprend toutes ces choses, les détruit ou plutôt les transforme.
Alors, les mites s'emparent de nos effets, les mangent et s'en assimilent la substance ; la rouille ronge le fer; les herbes folles, les plantes malfai santes ou vénéneuses et les forêts vierges succèdent aux champs bien cultivés, aux villages et aux cités. Dans ce cas, la Nature se présente à nous comme une terrible destructrice. Mais elle est aussi une puis sance créatrice et conservatrice qui adore les poètes et que ceux-ci vénèrent.
Ne connaissant ni le temps ni l'espace, la Nature méprise profondément la vie humaine et tout ce que nous chérissons le plus. La Puissance naturelle nous apparaît ainsi sous l'aspect du farouche Destin qui, impitoyable, poursuit son chemin sans s'occuper de nos réclamations, de nos regrets et de nos désespoirs.
L'étude de cette puissance, en apparence souveraine, constitue toute une philosophie, — le panthéisme, — philosophie dans laquelle on ne reconnaît et n'adore
CONFÉRENCES ÉSOTÉRIQUES 247 qu'elle seule. Nous autres, occultistes chrétiens, tout en admirant la beauté et la grandeur de la Nature, nous croyons et affirmons même qu'elle n'est que l'émanation ou le reflet d'un Principe supérieur et divin. Mais, délaissant ce soir l'étude de la Divinité, nous nous contenterons de disséquer l'Univers et nous tâcherons de nous le représenter aussi bien que possible.
En vue d'arriver à une connaissance exacte et ap profondie de la Nature, nous partirons de ce que nous apercevons pour aboutir à ce que nousne voyons pas physiquement. Sans faire de science, demandonsnous seulement quels sont les êtres et les forces qui existent ou se manifestent immédiatement autour de nous.
Eh bien ! lorsque nousportons nos regards sur terre, nous constatons l'existence de milliers d'êtres qui ont été distribués par la science en trois plans : un Plan minéral, un Plan végétal un Plan animal. L'ensemble des êtres et des forces terrestres constitue ce que les Anciens appelaient le MONDE ÉLÉMEN TAIRE. Voilà la première division de l' Univers. Maintenant, tournons les yeux vers le ciel.
Nous y verrons des boules ou divers astres qui parcourent une route parfaitement déterminée. Ce sont aussi des êtres vivants. Beaucoup considéreront comme bizarre et ridicule l'idée que je viens d'émettre car, en général, on a de la peine à se figurer ces immenses amas géo logiques de roches et de végétaux comme doués de vie. II nous semble également extraordinaire de con cevoir, — exception faite des minéraux, — un être vivant qui soit rond.
248 l'initiation Eh Bien ! je tiens à insister tout particulièrement ici sur cette idée très antique et non moderne, que la Terre est un être vivant qui a la forme d'une sphère ou à'unglobe. Mais il nous fautéviter,en même temps, de tomber dans l'exagération ou l'erreur. Vu sa gros seur, nous pourrions être amenés à penser que la Terre est bien supérieure à l'Homme. Aussi devons-nous élucider ce point tout d'abord.
Cela nous permettra de ne commettre aucun excès au sujet des opinions que nous pourrons émettre sur l'essence ou la consti tution même de notre planète. Nous rencontrons sur terre des êtres qui, physique ment, sont bien plus forts que l'homme. Ainsi, l'élé phant et le rhinocéros sont très gros comparativement à nous. Cependant, dirons-nous qu'ils sont supérieurs à l'être humain ? Évidemment, non !
Il en est de même des astres qui, — d'après l'Hermétisme, — se placent, dans l échelle des êtres, entre les minéraux et les végé taux. En conséquence, ils sont inférieurs à nous. A côté du mobilier terrestre, il y a donc les satellites gravitant autour des planètes et les planètes obéissant à l'attraction du soleil. Tout cela forme ce que les An ciens avaient appelé le MONDE DES ORBES ou des boules qui tournent.
Ces données ont une importance tout à fait spéciale. Je vous ai déjà dit, dans ma dernière leçon, que les Anciens avaient divisé notre Monde en sept plans ou régions. Aussi, dois-je vous prémunir, à ce propos, contre une erreur que les philosophes et les savants contemporains commettent journellement. Et cette erreur, comme vous ne l'ignorez pas sans doute, pro
CONFÉRENCES ESOTEBIQUES 249 vient d'une méconnaissance absolue de l'antiquité. Quand les Anciens disaient qu'il y avait quatre élé ments, ils n'entendaient pas par là l'eau que nous bu vons, l'air que nous respirons, le feu qui brûle dans nos cheminées ou dans nos fourneaux et la terre qui nous porte.
Actuellement, nous appelons bien « eau de rouille, eau régale, eau oxygénée, eau -de-vie » des choses qui, tout en ressemblant à l'eau en tant que liquides, ne sont cependant pas de l'eau naturelle. Les alchimistes procédaient d'une façon analogue.
Ils nommaient terre bleue, le phosphate de fer pulvéru lent, terre foliée mercurielle, l'acétate de mercure, terre absorbante, la magnésie, etc. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que les Anciens aient désigné par les mots terre, eau, air et feu les quatre états princi paux de la MATIÈRE, c'est-à-dire l'état solide, l'état liquide, l'état galeux et l'état radiant ou la quintes sence.
N De même, lorsqu'ils partagèrent en sept morceaux l'espace qui sépare le SOLEIL du ZODIAQUE, ils n'ont pas voulu dire, comme on le prétend, qu'il n'y avait là que sept planètes. Les connaissances astro nomiques des Anciens étaient beaucoup plus étendues que ne le croient les profanes.
Et toutes les décou vertes de nouvelles planètes, comme celles d'Uranus et de Neptune, que peuvent encore faire les astronomes contemporains, ne nuiront aucunement à la véritable Astrologie dont les enseignements n'ont jamais varié à travers les siècles. Ainsi. LE MONDE DES ORBES comprend sept influences ou sept ^ones célestes dans lesquelles vous
25o l'initiation pouvez placerautant d'astres qu'il vous plaira puisque, depuis .un siècle, on a découvert environ 5oo pla nètes entre Mars et Jupiter. Aujourd'hui, je n'insiste pas là-dessus, et je vous dirai simplement que le MONDE DES ORBES se compose i° d'un soleil; 2° de planètes accompagnées de satellites ; 3° de courants de forces astrales circulant entre ces diffé rents astres.
Tous ces mondes ont une section sur laquelle j'ap pelle toute votre attention : ce sont les cônes d'ombre et les planètes obscures. Si vous fréquentez des cer cles mystiques, vous entendrez parler avec terreur d'une certaine chose qu'on appelle l'astre noir. Quand on a cité l'astre noir, on a dit quelque chose de très secret. Et, si vous demandez ce que c'est, personne n'en sait rien, mais c'est terrible !...
Eh bien ! je vais essayer d'enlever cette terreur de votre esprit en vous montrant de suite ce qu'on entend par ces mots « astre noir». Si vous étudiez les lois de Képler, vous saurez que les astres occupent une ellipse dont le soleil constitue l'un des foyers. Or, dans l'ellipse, tout rayon qui part d'un centre passe par l'autre. Traçons une ellipse sur le tableau et mettons le soleil à l'un des foyers. Qu'y a-t-il à l'autre foyer ?
Eh bien ! il y a un astre à l'état astral ou radiant. Ceux qui ont fait des sciences savent ce que je veux dire par là. L'état radiant est constitué par de la matière non matérialisée mais qui le deviendra plus tard. Chaque fois qu'ils constatent la disparition d'un soleil, les astronomes se demandent avec angoisse ce
CONFÉRENCES ÉSOTÉRIQUES 25l que peuvent être devenus les mondes dont il était le centre. Pour les consoler, je dirai quelque chose qu'ils ne croiront sans doute pas, parce que c'est une donnée ésotérique. L'Occultisme affirme, en effet, que lorsqu'un soleil s'éteint, l'autre s'allume aussitôt.
De cette façon, il ne se produit pas de changement dynamique dans un système solaire, sans quoi les planètes et leurs satellites s'écrouleraient, nous tom beraient sur la tête et ça nous ferait du mal. Je vous rappellerai, à ce propos, l'amourexquis que certaines personnes ont pour une montagne parisienne bien connue. Il est dit dans un des romans de Jules Verne que les Alpes vont être pulvérisées par un astre tombé du ciel.
Et, le zouave qui entend cela répond : «Les Alpes, c'est possible ; mais pas Montmartre !... » Ce brave soldat était de Montmartre. Ainsi, quand on vient vous raconter que la Terre et les mondes qui l'entourent mourront par refroidissement, on ne fait qu'émettre une hypothèse astronomique qui, à mon avis est absolument contraire aux lois encore incon nues de la Nature.
Ceci dit pour le monde des Orbes, je vous citerai seulement pour mémoire le Monde des forces-prin cipes ou psychiques, celui que les Anciens ont appelé le MONDE EMPYRÉE. Et, en vous disant cela, j'aurai fini cette énumération très sèche des divisions antiques du Macrocosme sur lesquelles je ne veux pas insister davantage. Je vous ai parlé du Soleil noir et de sa place dans notre univers. A présent, il faut que je vous entre tienne d'une chose qui nous touche de plus près, car
252 l'initiation le Soleil c'est très loin et les théories astronomiques aussi. La Terre est plus proche que tout ça ; aussi, nous intéresse-t-elle beaucoup plus. Eh bien! la TERRE a également quelque chose de noir. Comme vous le savez, le Soleil n'éclaire dans la journée qu'une partie de la Terre. L'autre portion terrestre se trouve ainsi plongée dans l'obscurité.
Cela forme le cône d'ombre que la Terre traîne tou jours derrière elle dans l'espace. C'est une sorte de chapeau pointu. Les Anciens lui avaient donné le nom d'Erèbe. C'était le Monde noir qu'il ne faut pas chercher dans l'intérieur de notre planète. En ce lieu, les âmes expient leurs fautes et épurent leur astral en se débarrassant de tout ce qui est matériel.
Et, c'est de là que proviennent les êtres astraux qui se mani festent dans les séances spirites et qui demandent toujours, pour se manifester, qu'on fasse l'obscurité aussi complète que possible. Il y a un cas particulier, — en dehors des idées plus ou moins tristes qui nous obsèdent parfois, — où nous avons très peur du noir, où nous nous ar rangeons pour que le cône d'ombre ne nous attriste pas trop.
C'est le cas où quelqu'un des nôtres vient à disparaître. Vous êtes-vous quelquefois posé cette question : «Pourquoi met-on des chandelles ou des cierges — si on est catholique, — autour des morts, et pourquoi le matérialiste le plus endurci place-t-il toujours à côté de l'être cher qui vient de mourir une ou plu sieurs personnes pour le garder ainsi que des bougies allumées ? » Kh bien ! c'est une idée absolument
CONFÉRENCES ESOTERIQUES 253 juste car, en agissant ainsi, on veut en quelque sorte accompagner par un reflet de soleil, letre qui entre dans le cône d'ombre terrestre et le protéger, en même temps, contre les dangers qu'il pourrait courir durant la première nuit qui suit son décès. Toute planète traîne donc après elle son cône d'ombre.
Et, il y a sur l'existence de ces cônes d'ombre tout un enseignement très profond sur lequel je re viendrai plus tard. Constitution d'un globule sanguin. — Notre Soleil et l'Homme universel. — Rôle des Comètes. Nous venons de voir qu'un monde ou univers forme un tout complet constitué par un zodiaque, un soleil, des planètes et des satellites. Il nous faut , maintenant, étudier cela un peu plus en détail.
Mais, pour mènera bien nos recherches, nous devons nous reporter à l'être humain et lui demander quelques renseignements très nets qui nous aideront à com prendre un peu mieux la vie cosmique. En consé quence, prenons un microscope et examinons, si vous le voulez bien, un globule sanguin. Nous verrons alors que ce globule de sang humain est formé d'un zodiaque ou enveloppe ronde. Chez les batraciens, cette enveloppe est elliptique.
Mais revenons à notre globule sanguin. Je disais donc qu'il était composé d'un zodiaque. Qu'y a-t-il après ? Eh bien ! nous trou vons un noyau qui sera le soleil et puis des petits corpuscules ou planètes qui tournent autour du noyau. Notez bien que c'est moi qui dis que nous avons dans un globule sanguin un zodiaque, un so
iî54 l'initiation leil, et des planètes. Figurez-vous aussi que, dans ces petits corpuscules qui tournent autour du noyau, il y a des êtres très petits qui s'agitent comme des hu mains le font sur terre et qu'on appelle des microbes de première classe. Ceux-ci nient sans doute l'exis tence de Dieu.
Ces derniers arrivent même à croire, — par suite d'une aberration de l'esprit — , que rien n'existe en dehors d'eux et qu'ils sont en quelque sorte l'Absolu. Or, il faut bien nous rappeler que nous sommes, vis-à-vis de l'Infini, ce que ces habi tants microbiens d'un petit globule sanguin sont à l'égard de l'âme humaine.
Par conséquent, mettre en doute l'existence de l'Absolu dans lequel nous vivons, c'est agir comme le ferait une espèce de vibrion ter restre qui prétendrait que le soleil et le zodiaque n'existent pas parce qu'il neles voit pas. Cette image est tellement juste aussi bien au point de vue humain, -qu'au point de vue divin que, si j'osais vous dire ce qu'est exactement notre Monde, vous ne pourriez pas le croire.
Les astronomes ont découvert des soleils de di verses couleurs. Et, si vous vous donnez la peine de vérifier les assertions de ces messieurs, vous aperce vrez des soleils bleus, rouges, verts, etc. Quant à nous autres Terriens, nous avons le bonheur de pos séder un soleil jaune de troisième classe. Cette cou leur jaune indique que notre soleil est essentielle ment lymphatique.
D'après les révélations de Michel de Figanières, nous avons affaire à un globule de lymphe qui circule dans un trou de la tête du fémur •de l'Homme universel.
CONFÉRENCES ÉSOTÉRIQUES 255 Cela vous montre combien nous sommes peu de -chose dans l'Univers. Cependant, nous sommes très fiers de notre situation, et j'ajouterai que nous avons raison de l'être car le peu que nous sommes constitue une étincelle ou plutôt une pensée de l'Ab solu et, conséquemment, illumine toutes les cellules matérielles qui entrent dans la composition de nos divers véhicules ainsi que nous le verrons plus tard.
Eh bien ! pour ne pas quitter le Monde, je vais vous ■donner, maintenant, une clef qui vous sera, je crois, d'une très grande utilité. Vous avez certainement étudié la physiologie. Je ne vous étonnerai donc pas en vous disant que les cellules de notre corps sont des êtres vivants. Or, parmi ces cellules, il en est qui, parfois, se croient abandonnées.
Dans l'Univers, il n'y a pas que des hommes qui désespèrent et qui crient: « Je vais mou rir et personne ne viendra à mon secours !... » Ainsi, les plantes qui sont au fond dela mer voient tout en noir lorsque la mer se retire et, comme l'homme, elles s'écrient : « Mon Dieu ! que vais-je devenir? On ne vient pas à mon aide!... Je meurs!... » Et, quand la marée monte, ces milliards de petits êtres trouvent prodigieux d'avoir été sauvés.
De même, il y a dans notre organisme physique des cellules qui parlent aussi de cette façon. Mais, chez nous, les plaintes, les cris et les pleurs de ces êtres microsco piques ne durent que pendant quelques secondes, car aussitôt le sang vient, avec son sérum, redonner la vie aux cellules qui se lamentaient. Eh bien ! ceci se reproduit dans l'Univers tout en
256 l'initiation [Mars tier. En effet, il arrive très souvent que des soleils se croient isolés dans le Monde, à tel point qu'ils finissent par douter de l'influx divin. C'est alors qu'entre les soleils circulent des êtres qu'on appelle comètes, et qui sont des globules sanguins de l'être universel que les anciens kabbalistes désignaient sous le nom d'Adam-Kadmon. Ces comètes établis sent la relation d'un zodiaque ou d'un monde à l'autre. Elles entraînent non seulement du feu mais aussi des âmes libérées qui passent d'un zodiaque dans l'autre et qui vont évoluer sur des plans que notre imagination est tout à fait incapable de conce-' voir. Tel est le rôle des comètes d'après l'Hermé tisme. Tout ce que je vous ai dit jusqu'à présent suffit à vous montrer notre petitesse vis-à-vis de l'Univers. Mais, ce Monde n'est pas Dieu, comme l'affirment les panthéistes. En effet, de même que notre corps n'est qu'un vêtement prêté par la Terre pour une existence en vue de supporter quelque chose d'essence totalement dillérente, — l'esprit, — de même VOmnivers, comme l'appelle Michel de Figanières, n'est que le support de la Conscience divine qui englobe et dirige tout ce qui existe. Gardez-vous de cette idée panthéiste qui ne pourrait que nous nuire dans la pratique de certains arts secrets. Pour la suite, voir le 3e fascicule. Les Conférences Esotériques du docteur Papus ont lieu les 2cS jeudis de chaque mois salle F, Palais des Sociétés savantes. Entrée : i fr. 5o.
CONFÉRENCES ÉSOTÉRIQUES 257 ■ Ces Conférences sont sténographiées et publiées en 9 fascicules. Le fascicule i fr. 5o La série entière 10 fr. » Étranger 12 fr. 5o S'adresser à M. Paul Veux, secrétaire, 5, rue de Savoie, Paris. ■ 17
LES BÉATITUDES {Math. V; Luc VI, 20 à 35 ; VIII, 16; XVI, 16, 18; X, 58, 59) Toute vérité n'est pas bonne à dire; une vérité est une force médicatrice; elle agit sur le centre du plan où elle est proférée, et, de ce centre, modifie par rayonnement les organismes qui en dépendent. Le rôle d'initiateur est donc des plus délicats.
Il exige d'abord la connaissance de la vérité, puis la connais sance de l'auditeur, de sa vie physique, magnétique, astrale, mentale, etc; des milieux où la parole peut agir, — des êtres invisibles qui peuplent ceux-ci, — du passé et de l'avenir de toutes ces existences : telles sont quelques-unes des raisons pour lesquelles l'évangéliste Marc mentionne que le Christ choisit ceux auxquels il veut adresser le sermon sur la mon tagne (Marc, III, i3).
Jésus classe ses auditeurs en huit catégories, carac térisées chacune par un travail différent, et récom pensées par le don d'un mode de l'Absolu. On a cherché des passages analogues dans les textes des religions antérieures mais en vain; l'identification de ces catégories avec les huit Angas du Bouddhisme a été tentée par M. Bjerregaard, sans succès d'ailleurs,
LES BÉATITUDES 25g à mon avis.
Le Nirvana est un lieu, le royaume du Ciel en est un autre; les routes qui y conduisent sont forcément différentes bien qu'elles puissent être paral lèles et même se croiser par moments; ce n'est pas parce que quelques paroles de Sakya -Mouni, ou de Krishna sont semblables à d'autres paroles du Christ, que les lumières de ces Initiateurs sont identiques; les préceptes élémentaires sont les mêmes dans toutes les religions; nous devrions donc les mettre parfaite ment en pratique, avant de ratiociner sur des enseiments plus élevés.
On peut observer que quatre de ces béatitudes sont passives. — Luc énumère seulement celles-là, — et quatre sont actives; elles récompensent ceux qui ont souffert la pauvreté, l'épreuve, la faim et la persécu tion, — et ceux qui ont exercé la pureté, la bonté, la miséricorde et la paix. D'ailleurs elles se contiennent l'une l'autre, car l'acquisition parfaite d'une vertu implique nécessai rement la perfection totale.
L'homme est triple : corps, esprit et âme; l'esprit comprend tous les organismes invisibles, toutes les facultés mentales ou psychiques que le moi central fait agir selon le bien et selon le mal; c'est donc lui qui assume surtout le mérite et le démérite, qui s'illu mine ou s'enténèbre, qui s'enrichit ou s'appauvrit réellement, par delà les bornes des sphères tempo relles où il travaille. Le pauvre d'esprit peut donc être le riche qui ne
2Ô0 L INITIATION tient pas à son argent, le triomphateur qui estime sa gloire à néant, l'érudit qui est conscient de son igno rance réelle; ne concluez pas de ceci que l'homme d'affaires, l'ambitieux ou le savant se trompent radi calement; ils ont tous raison de travailler avec ardeur pour conquérir ces illusions, car ce n'est pas le résul tat de leur effort qui leur sera acquis dans l'éternité, mais bien leur effort même.
On ne peut juger de rien sans expérience; cest pourquoi il nous faut passer par toutes les situations sociales, physiologiques, morales et intellectuelles pour pouvoir les apprécier; l'univers contient des états de béatitude et de douleur aussi éloignés de ce que nous connaissons actuellement que les étoiles du firmament sont loin de notre terre comme distance et comme grandeur.
Lorsque donc, à [force d'expé riences, notre esprit aura crû en pouvoir, en sensitivité, jusqu'à devenir des millions de fois plus parfait qu'il ne l'est aujourd'hui, l'amour pour son Maître aura grandi dans les mêmes proportions ; et selon la parole de l'Imitation, rien ne coûte à l'Amour, il compte pour rien la souffrance, il n'est plus sensible a rien qu'à la joie de servir. Voilà quelle est la pauvreté essentielle de l'esprit humain.
En cet état le Père se donne à lui, « le royaume desCieux lui appartient ». Car l'argent, la gloire, la science, l'art, toutes les splen ieurs créées, — le temps et l'espace les réduisent plus ou moins vite en poussière; les trésors de l'Ab solu sont seuls permanents. La puissance, la vérité, la beauté réelles ne sont donc pas de ce monde; il est
LES BÉATITUDES 26 1 inutile que nous les cherchions au moyen des facul tés naturelles; faisons travailler celles-ci dans leur plan ; au centre de notre être brille la Lumière qui, si nous le voulons, peut vivifier tous les modes de notre activité dans le Relatif.
Rares sont ceux qui supportent l'affliction sans se plaindre ; plus rares encore ceux qui se sentent heu reux dans les larmes et qui en remercient le Ciel ; mais combien yen a-t-il pour demander des épreuves? Si nous savions cependant comme l'épreuve nous est utile, si nous nous doutions de quel exemple salutaire est la patience, si nous avions un peu d'amour du prochain, nous désirerions tous que plus de travail nous soit envoyé.
Cependant si on peut demander des épreuves, il est téméraire vis-à-vis de nous-mêmes, et outrecuidant vis-à-vis de Dieu, de les rechercher de son propre chef; les êtres invisibles qui ont la charge de nous répartir le travail n'ont ni le droit, ni le pouvoir d'en donner à personne plus qu'il n'en peut faire ; et si ce minimum nous paraît souvent si lourd, c'est la faute de notre orgueil ou de notre manque de foi.
La souf france est le signe de la sollicitude du Ciel envers nous; comprenez cependant que, dans la plupart des cas, la souffrance ne nous est si terrible que parce que nous sommes malhabiles à faire notre devoir ; quand l'apprenti se tape sur les doigts, ce n'est pas la faute du marteau. Dans l'immense majorité des cas, nos épreuves sont
2Ô2 L'INITIATION la conséquence de nos erreurs personnelles ; plus nous pouvons en supporter, plus vite nous avançons vers la délivrance ; quelques-uns souffrent aux lieu et place d'un de leurs frères : ils reçoivent alors une ré compense spéciale. Enfin, il est de très rares êtres d'élite qui souffrent par mission : ceux-là sont des hommes libres ; le mystère de leur existence nous est inconcevable, et je ne vous en parle que pour mé moire.
Les épreuves agissent par réaction sur tous les êtres à qui nous sommes reliés ; mais elles ont, pour nous, une vertu précieuse :celle de nous faire rentrer en nous, de provoquer le repentir, de nous avancer dans la connaissance de nous-mêmes, dans la conscience de notre néant ; c'est de la sorte que, selon Ruysbroeck, quand l'Esprit-Saint nous accorde le don de science, les larmes viennent en même temps.
Mais, pour reprendre pied sur le terrain pratique, ce que nous pouvons faire de mieux actuellement, c'est d'accepter avec reconnaissance ce que le Père nous envoie par l'intermédiaire du Destin. Ne discu tons pas pour savoir si nous sommes plus malheu reux que notre voisin ; nous ne le connaissons ni lui, ni l'épreuve, ni nous.
Si nous voulons mieux supporter la souffrance, faisons-nous tout petits ; si nous voulons faire quelque chose de plus, oublions une heure nos ennuis personnels, pour diminuer ceux d'autrui. La consolation viendra, bien avant que nous ne soyons prêts à entrer dans le Ciel, bien avant même que nous l'ayons réellement méritée.
LES BÉATITUDES 2 63 I «.
Ceux qui ont faim et soif de justice » ne sont pa les héros des libertés civiques ou ecclésiastiques ; ce sont les cœurs nobles qui saignent au spectacle des batailles des passions, des égoïsmes et des cupidités ; ce sont les trop rares hommes qui donneraient leur vie pour ne plus voir reurs frères s'entre-tuer ; ce sont ces anges de charité qui se penchent sur les plaies morales et physiques des oppresseurs comme sur celles des opprimes ; ce sont ces apôtres qui prêchent la douceur par l'exemple et qui ne reculent pas s'il leur faut signer de leur sang leur profession de foi.
La justice des hommes est irrémédiablement boi teuse; elle ne prononce que sur des actes, et ne peut rien connaître des mobiles qui les ont déterminés. La justice du Ciel, comme le dit l'Ancien Testament, sonde les cœurs et les reins, c'est-à-dire pénètre et le sentiment intime, l'intention, et toutes les séries de ses conséquences dans tous les mondes.
La justice humaine est hâtive ; la justice du Père est indulgente parce qu'elle a l'éternité pour se prononcer. Dieu ne punit pas. et les créatures ne devraient pas non plus se punir entr'elles.
Si donc tout ce vaste univers n'offre à l'ami de Dieu que des scènes de luttes plus ou moins brutales, il vient un temps, et un lieu approche, où les con traires s'unifieront, où les antinomies se résoudront, où les ennemis boiront à la même coupe, où les oppri
264 l'initiation més remercieront leurs persécuteurs. Ici-bas, dans l'intelligence humaine, — les kabbalistes l'ont bien montré, — la justice et la miséricorde se contrarient l'une l'autre ; mais à la table du Père, au banquet de l'Époux, ces deux sœurs seront unies à tout jamais, pour offrir aux enfants du Ciel le pain du sacrifice et le vin de la sagesse éternelle. Que signifie l'héritage promis aux débonnaires ?
Nous allons essayer de l'expliquer. Nos forces physiques, notre habileté manuelle, notre ingéniosité, nos facultés mentales, ne nous ap partiennent pas ; ce sont des instruments de travail que nous prêle la Nature ; nous avons à les lui rendre à la mort, non pas détériorés, non seulement dans l'état où nous les avons reçus, mais perfectionnés et capables de répondre mieux aux besoins de nos rem plaçants, à qui ils vont être confiés.
Seulement le préjugé est difficile à déraciner, qui nous fait identifier notre moi avec notre corps, avec notre personnalité morale ou intellectuelle ; l'argent que nous amassons, on se figure naïvement que c'est grâce à notre économie ou à notre sens des affaires que nous l'avons acquis ; nous ne nous doutons pas que la Nature ne nous donne pas la fortune pour notre plaisir personnel ; ses faveurs ne sont jamais que des responsabilités, c'est-à-dire des épreuves.
La richesse et les autres choses qui peuvent nous pro curer une prééminence sociale impliquent des devoirs nouveaux vis-à-vis de nos inférieurs du moment ;
LES BÉATITUDES 2Ô5 que serions-nous si la Nature thésaurisait, si elle ne dépensait pas ses énergies ? Réellement, il n'y a rien en nous qui ne nous ait été donné.
C'est pourquoi il faut donner à notre tour ; il faut déverser notre superflu d'argent, notre trop-plein d'affection, notre intelligence, nos forces, non seule ment sur ceux qui nous sont chers, mais encore sur les indifférents, maissurtoutsur les antipathiques, non seulement sur les gens, mais sur toute créature; il faut partager avec tous ceux qui veulent bien de nos offrandes ; il faut le faire sans se lasser, sans attendre de reconnaissance, ni de remercîment, par simple bonte d'âme.
C'est ainsi que la Nature, que les dieux de la Terre, en particulier, connaîtront que nous estimons leurs présents à leur juste valeur ; ils ne nous lésine ront pas à l'avenir ; et plus tard, l'exemple que nous leur aurons donné déterminera le Père à nous établir maîtres du coin de la Création que nous aurons su défricher scrupuleusement: l'homme est, par essence, le Roi de la Nature : dès qu'il a mené à bien un frag ment de son travail, sa royauté lui est rendue sur le plan où il s'est montré bon serviteur.
La miséricorde est le sentiment qui nous porte à faire grâce aux autres de la punition qu'ils nous sem blent avoir méritée. Ce devrait être la vertu des classes dirigeantes. Celles-ci, en effet, croient à tort que les inférieurs ont seuls des devoirs envers les chefs. Les obliga
2Ô6 l'initiatios tions de ces derniers sont bien plus impérieuses cependant. Nous ne devons avoir, pour ceux que le destin nous soumet: enfants, ouvriers, subalternes, ni dureté, ni impolitesse, ni morgue, ni mépris.
Le premier degré de ta miséricorde est donc cette tolérance douce et large qui sait faire la part de la mauvaise éducation, du manque de confort, du défaut de culture ; qui ne s'impatiente pas des défauts d'autrui, même lorsqu'ils ne nous gênent point ; qui supporte les défaillances, les entêtements, les peti tesses de nos trères ; sachant que l'homme doit oiîrir l hospitalité à tous les états d'âme, à tous les vices même, si j'ose dire, pour les convertir peu à peu.
Ce degré s'étend sur un très vaste horizon ; il embrasse non seulement les autres hommes, mais aussi les objets, les plantes, les animaux ; non seule ment le visible, mais encore l'invisible, les lois, les idées ; pour l'avoir accompli, il faut pouvoir par donner toujours et partout. La deuxième sorte de miséricorde est l'oubli total de l'offense, non seulement dans le cœur mais aussi jusque dans le corps.
La troisième sorte est l'impossibilité de ressentir les offenses, la sérénité ; mais ce sont là besognes trop difficiles pour nous.
Tout homme, si sage et si vertueux soit-il, aura, un jour ou l'autre, besoin de la miséricorde divine ; s'il nous fallait réparer, selon une stricte justice, tout le mal que nous causons, avec ses suites, notre tra vail n'aurait pas de fin, d'autant plus qu'en le faisant, nous commettons sans cesse de nouvelles fautes; c'est
LES BÉATITUDES 267 pourquoi la grâce divine intervient, de temps à autre, soit par le ministère de l'ange gardien, soit par celui d'autres envoyés, et nous remet l'arriéré de notre dette.
Pour s'unir au Ciel, il faut agir comme Lui, et faire miséricorde dans notre petit cercle d'influence, comme II fait pour le monde entier. t » • Avoir le cœur pur, ce n'est pas seulement observer le VIe et le IXe commandements ; la luxure n'est qu'une des formes les plus matérielles de l'égoïsme ; tout ce qui tient à la matière souille le cœur, car, chez l'homme, c'est le cœur qui désire, selon qu'il agit dans les uns ou les autres de nos organismes.
La matière souille, non parce qu'elle est sale d'elle-même mais parce qu'elle est voisine des ténèbres, des démons, de l'individualisme. Avoir le cœur pur c'est donc ne plus émettre de désirs personnels, ni dans le visible ni dans l'invisible (Zhora) ni dans la richesse, ni dans les honneurs, ni dans les amitiés, ni dans les sciences, ni dans les arts, ni dans les goûts, ni même dans les dons spirituels.
Un tel cœur, en regardant la Nature, en prenant contact avec les pierres, les plantes, les animaux, les méchants hommes et les bons, en conversant avec les diables, les génies, les clichés individuels, sociaux ou cosmiques, en écoutant les anges et les dieux, en explorant les abîmes et les sommets, un tel cœur dis-je, ne cherche pas son profit, n'aperçoit pas le mal, et voit Dieu, en tout. Tel est l'homme que les Brahmanes appellent Paramahamsa, que les Taoïstes
268 l'initiation appellent Phap ; les Védantins, Djivanmoukti et les Bouddhistes, Arhat. Seulement, il faut se souvenir de ne pas prendre à la lettre les descriptions hiératiques des livres orien taux ; d'homme parvenu au degré de sagesse qu'ils dépeignent, on en trouve peut-être un sur terre, et ctte fleur rare est le suprême effort de nombreux siècles de travaux obscurs.
Voir Dieu, c'est connaître le vrai ; le pur a fait la preuve de son innocence et de sa bonté ; aucune créa ture ne se méfie de lui ; il est l'ami de tous les êtres et de toutes les choses; pour lui, sont tombées les barrières de races, de religions et d'ontogénie ; il n'a plus besoin de son intelligence pour connaître, il s'adresse simplement à l'esprit du caillou, comme à celui du soleil, et tous deux se dévoilent à lui dans leur nudité essentielle.
Rétablir la paix ià où elle est troublée est une belle œuvre, mais plus dilfreile qu'elle ne le parait au pre mier abord.
Pour donner quelque chose, il faut l'avoir; or, atteindre le plan de la paix est Un voyage spirituel long et accidenté; pour voir combien nous en sommes éloignés, regardez la guerre autour de vous, dans le ménage, à l'atelier, dans le commerce, dans l'art, dans la philosophie, entre les états, entre les religions, dans chaque religion même.
Voyez le petit cercle qui est à la portée de notre main : de combien d'efforts l'union familiale est-elle le fruit? Or ce petit résultat, si infime en regard de l'har
LES BÉATITUDES 269 monie universelle, ne peut-être obtenu si on ne pos sède d'abord la paix intérieure. Cette paix n'est pas l'apathie, c'est une confiance sereine en Dieu, basée sur l'humilité, sur le détachement des succès tempo rels, sur l'abstention des médisances : vous pourrez relire, quant aux moyens d'acquérir ce privilège, les belles pages que l'Imitation y consacre. Qu'est-ce que l'enfant de Dieu ?
Nous avons déjà essayé de l'expliquer à propos du chapitre premier de l'évangile de Jean ; je vous rappellerai simplement que toutes ces vérités morales ne sont pas de nua geuses abstractions métaphysiques, ce sont des réali tés substantielles, organiques, objectives ; les états psychiques de l'homme exercent leurs réactions jusque sur la matière ; tout mouvement animique aboutit en fin de compte, et entr'autres résultats, à une modifi cation physiologique.
L'homme donc qui s'efforce de propager la paix, en lui et autour de lui, ne peut y réussir que dans la mesure où il laisse tomber les liens invisibles qui l'enchaînent aux puissances créées, et où il aide ses frères à opérer la même libération en eux-mêmes.
Ce travail implique une conversion, une transmutation de toutes les cellules de l'individu, non pas quant à leur matière, mais quant à leur vie ; les molécules pondérables et impondérables de nos corps physique, électrique, magnétique, astral, mental, etc., changent ainsi en qualité, en tension, en désir: car, vous le savez, chacune de ces particules microscopiques pos sède une volonté, une intelligence et une sensibilité. En se détachant peu à peu des centres de la vie re
2/0 l'initiation lative, — des dieux, — elles se grelfent sur ie centre de la vie absolue, sur le Verbe ; €t, quand elles ont toutes subi cette transformation, la volonté centrale de l'individu à qui elles appartiennent est fixée à jamais en Dieu ; l'homme est devenu, à la lettre, un enfant du Ciel.
Faire la volonté du Ciel ce n'est pas seulement en trer en lutte avec tous les ferments mauvais qui pul lulent en nous-mêmes ; quand nous avons pris un peu l'habitude du combat subjectif, viennent les en nemis extérieurs, quelquefois des invisibles, plus souvent des hommes en chair et en os ; ici, le travail devient ?.rdu.
Les indifférents, les amis, les parents mêmes s'allient parfois pour attaquer le vrai disciple, car sa seule présence est un blâme pour eux qui ser vent les puissances de la chair et du sang. Leur jus tice est celle de la matière, la peine du talion ; la jus tice du Ciel est l'Amour.
Les hommes attachent à l'idée de combat celle de violence; pour eux trop souvent l'énergie n'est qu'un éqoïsme un peu plus despotique ; mais, pour le soldat du Christ, les seules armes à lui permises sont la douceur, la compassion, l'indulgence et la patience : au point de vue extérieur il est donc vaincu d'avance; ce n'est que dans l'éternel qu'il trouve sa victoire.
Cette armée du sacrifice ne comprend pas seule ment les novateurs, les martyrs de l'intelligence et de la foi, ceux que la politique ecclésiastique ou civile
LES BÉATITUDES 27 1 tue aujourd'hui pour les glorifier quelques années plus tard : parmi ceux-là on trouverait peut-être des fanatiques et des entêtés.
Elle se recrute parmi les âmes d'élite que leurs travaux ont purifiées suffisam ment pour avoir conscience du Verbe et à qui la cer titude de Le servir suffit ; ces âmes ne demandent ni récompense, ni repos ; aucune des splendeurs de l'Univers ne les trouble, ni ne les charme ; elles ont les yeux fixés en elles-mêmes sur la Source des splen deurs, sur l'Omniscient, sur le Tout-Puissant, qui se proclame leur ami, leur frère aîné et qui se donne sans cesse au monde par leur intermédiaire.
Ces âmes, où qu'elles aillent, ont toujours la Lu mière; c'est pourquoi il est dit que le royaume des Cieux est à elles, dans les planètes les plus radieuses, dans les mornes, comme au fond des plus effrayants enfers. Luc, en résumant les promesses du Christ, que Mathieu énumère tout au long, semble envisager sur tout les souffrances physiques. Mais les deux historiographes sont d'accord sur la cause et le résultat de ces persécutions.
Si on tra vaille pour soi, c'est nous-mêmes notre récompense ; si on travaille pour un maître, visible ou invisible, c'est lui qui récompensera, en évaluant notre effort à sa propre mesure. C'est pourquoi le Père nous récom pensera infiniment, si je puis dire, si ça été pour Lui que nous avons souffert. Il résulte de là qu'il est inutile de se défendre des
272 l'initiation médisances, des calomnies et desTiaines ; et que tous nos actes, toutes nos paroles, toutes nos pensées,nous devrions les émettre à l'intention du Ciel, pour le servir, pour lui obéir.
L'intention est la qualité, l'ai guillage de notre volonté ; elle sert de phare à toutes les énergies vivantes, matérielles ou fluidiques, que notre acte extériorise ; elle trace ainsi les plans de notre existence future, et corrige les imperfections inévitables de notre vie actuelle.
Quant aux malédictions lancées par Luc contre les riches, les repus, les heureux et les arrivés de ce monde, elles ne signifient pas que ces hommes sont forcément mauvais et voués à la réprobation éter nelle ; mais que leur bonheur actuel les enivre à coup sûr assez pour les rendre incapables d'agir bien, et que, par suite, ils évoquent la misère et le malheur.et qu'ils les expérimenteront un jour.
Mais le riche qui partagerait avec les pauvres, l'homme cultivé qui essaierait de faire comprendre au peuple un peu de science ou d'art, l'heureux qui irait consoler les malades, l'homme célèbre qui se dé roberait à la gloire, ceux-là feraient du beau et du bon travail, fertile en résultats grâce à la contagion de l'exemple. • * La création tout entière s'est pervertie elle-même ; tous les livres sacrés le disent, tous les ésotérismes que vous avez pu étudier l'enseignent; notre expérience quotidienne le prouve. Pourquoi donc cette corrup tion universelle ne fait-elle pas verser le monde dans
LES BÉATITUDES l'abîme sans fond du Néant? Parce que la petite troupe des soldats du Ciel la maintient dans de cer taines limites, la diminue peu à peu, et, à de cer taines époques, la chasse de tel ou tel plan. Dans le minéral, le sel est un type d'équilibre mo léculaire, résultat de l'action du liquide sur le solide ; l'eau étant à la terre ce que le sang est à l'homme.
De même, l'Esprit baigne la création ; et les particules de celle-ci sur lesquelles son influence a été spécialement bien accueillie, ce sont les soldats du Ciel, ce sont les vrais disciples.
Seulement, ne croyez pas qu'ils soient réunis en société, comme les francs-mac.-., les catholiques, les mahométans, les mormons ou les templiers; l'Esprit qui est leur seul lien, n'accepte pas d'étiquette; ne les cherchez donc pas dans le sein de telle ou telle fra ternité plus ou moins occulte ; eux-mêmes ne se con naissent peut-être pas ; c'est pour cela qu'ils sont la Lumière du monde ; s'ils employaient à se voir une partie de la clarté qu'ils rayonnent, leur œuvre serait moins parfaite.
De ce que nous sommes tous appelés à faire partie de ces disciples spirituels, notre devoir apparaît bien clairement .«Aimez tout le monde, dit Jacob Boehm; faites part de ce que vous sentez être vrai ; pensezque Dieu vous conduit, que Christ agit en vous; soyez prêts à Le recevoir à toute heure, donnez tout votre cœur à Lui seul ; faites ce qu'il faut pour votre corps. » C'est ainsi, — par l'exemple — que la Lumière mise en nous luira devant les hommes. Être charitable ce n'est pas donner rien que de l8
274 l'initiation l'argent : c'est donner ce à quoi nous tenons : le sa vant qui cache ses documents, l'inventeur qui veut cacher sa découverte pour la vendre le plus cher pos sible, le médecin qui veut conserver le monopole d'un remède nouveau, — tous agissent mal. Il ne doit point y avoir de secrets d'aucune sorte, sauf ceux qui résultent d'une promesse ou qui concernent les fautes du prochain. Faites ainsi : vous imiterez le Père qsi donne à tout et à tous libéralement, et qui ne permet point que nous lisions les mauvaises actions sur le visage de notre frère, où elles sont pourtant inscrites. SÉDIR. Mars 1905.
PARTIE LITTÉRAIRE CONSOLATIONS Que ta puissance est grande et ton art infini. Mon Dieu ! J'admire enfin les leçons que tu donnes A ceux qui te renient, à ceux que tu pardonnes Et je comprends enfin que ton nom soit béni, O montagnes des Alpes, dont les sommets neigeux Se perdent dans la nue ! Vous dont la cime altière Semble porter à Dieu la plainte, la prière De l'homme abandonné, exilé des Saints Lieux ! O monts majestueux ! Vos flancs couverts de fleurs, Vos vallons gazonnés, vos prairies émaillées, Vos lacs aux eaux d'azur, de diamants égayées, Vos sommets orgueilleux contemplant les splendeurs Dont la féconde Isis a paré vos versants, Ou bien sondant les Cieux où siège l'Empyrée, Procurent à mon cœur la paix tant désirée, Inspirent à mon àme, contemplateurs géants. L'amour du grand, du beau, dans la simplicité. Le dénùment complet qui couronne vos cimes, Et rend plus effrayants les prodigieux abfmes Qui menacent l'amant de l'auguste beauté, Dit à mon cœur muet devant tant de grandeurs : « Ne cherchons pas au loin la fertile semence Qui doit nous rendre heureux ; le germe d'espérance, Si nous le cultivons, ëclora dans nos cœurs.
276 l'initiation Ne cherchons point trop loin la source du bonheur Car l'orgueil implacable nous guette sur la route. Et conduisant nos pas sur le chemin du doute, Nous mènerait bien loin de la voie du Seigneur. Orgueil ! O triste orgueil ! 0 passion égoïste ! Hélas ! Quel mal tu fais parmi les (ils d'Adam ! Seras-tu donc toujours l'instrument de Satan? Tu étouffes eu nos cœurs tout amour altruiste Et rends improductifs les champs ensemencés !...
L'aridité des pics à la cime orgueilleuse Fixe un instant la vue, mais plus voluptueuse. La pensée se reporte aux troupeaux dispersés Dans les vallons modestes, paissant en liberté; Aux pâtres qui s'en vont fredonnant la romance Qui sied mieux à leur cœur : aux ondins dont la danse Fait tressaillir le lac par la vague agité. O lac du Lauzanier, ô prairies adorées, Cascades argentées, dont les rubans serpentent Parmi les hautes herbes !
Que ceux-là qui vous chantent Trouvent des mots divins pour rendre leurs pensées ! Oui ! j'aperçois le fonds des destinées terrestres, Je vois combien, et gloire et fortune et honneur, Sont illusions humaines et comment le bonheur Glt à l'ombre des monts, aux pieds de rocs alpestres ! Que tes bords sont tranquilles, ô lac aux vertes eaux !...
Tu reflètes du ciel la sérénité douce, Tu distribues la vie, à la fleur, à la mousse : La Paix est sur les bords, la Vie est dans tes flots ! Les roches qui t'enserrent, ravagées parThétys, Se désagrègent vite et roulent jusqu'à toi ; L'orgueil les dévore, mais la commune loi Ramène les plus grands sur les bancs des petits. Tu te caches à leur ombre, lu redoutes l'éclat D'un soleil trop brûlant qui tarirait ta source. Tu vis lorsque le soir, ayant fini sa course, L'astre du jour s'endort et fait place à Véga.
CONSOLATIONS On n'entend plus alors que les ondins joyeux Bruissant parmi tes flots, jouant avec la lame Et les sylphes légers, et le chamois qui brame Une plainte aux échos, qui la retournent aux cieux C'est l'heure de la Paix : les bètes fauves en quête Viennent se reposer sur tes bords enchanteurs ; Elles apaisent leur soif et leurs tristes clameurs Troublent parfois la nuit ; mais voici que du faite Une clarté jaillit : Psyché l'amante pâle Caresse les sommets et t'envoie son baiser.
Tes eaux sombres soudain s'illuminent d'opale Et ta vague sourit au divin messager. Tout se tait à l'instant; seule une voix s'élève Des bras noirs des sapins qui se mirent en tes eaux Seul, à cette heure douce, seul parmi les oiseaux Qui peuplent les buissons verdoyants de ta grève Le rossignolcl chante, chante la joie d'aimer. A peine perceptible, sa voix monte bien vite Emplissant le vallon. Son timbre chaud invite Mon àme à lui répondre...
Que faut-il chanter'?... Ma voix est impuissante... et mon cœur débordant. La beauté de tes flots, la paix de ton rivage, Ne sont pas exprimés, malgré son doux langage, Par la cascade bleue, qui fuit en bondissant De tes flancs généreux !...
Mon àme est tout émue Et ma voix me trahit ; le trop plein de mon cœur S'échappe en pleurs d'amours ; je connais le bonhei De comprendre mon Dieu ; mon àme était perdue Égarée par l'orgueil ; j'ai retrouvé la Voie... Ma prière s'élance vers le Sauveur Divin, Et son flot plein d'amour ne heurte pas en vain Au seuil de la sagesse, à la source de joie... Comme l'écho répond à la voix de l'oiseau, Comme ton onde bleue reflète la lumière. Le ciel s'émeut aussi: entendant ma prière. Il retourne à mon cœur le sentiment du beau.
278 L INITIATION Il pcmet que j'admire et comprenne à la fois La puissance du Dieu qui créa notre monde.
Ineffable leçon, source pure et féconde D'enseignements profonds: je regarde... et je vois : Je veux finir mes jours aux bords du Lau/.anier, Je veux revoir encor ses eaux enchanteresses, Ces fleurs, orgueil des champs, dont je ferai des tresses Couronnant le front pur de mes enfants chéris ; Je veux revoir encor les prés verts et fleuris Où j'appris à connaître et non pas à nier. Je veux que ma compagne y demeure avec moi.
Je veux que l'humble lac soit le miroir fidèle De notre àme à tous deux. ll sera le modèle De notre vie terrestre ; sa pureté céleste De nos âmes sereines, de notrecœur modeste, Sera le symbole. C'est mon acte de foi. Clut. S. . I.\
UN SECRET PAR MOIS Voici un secret assez curieux pour enlever les taches d'encre et l'écriture. Les procédés connus sont, il me semble, moins pratiques, quand il ne s'agit pas d'enlever de suite une tache. Prenez de la céruse broyée et faites-en une pâte avec du suc de liguier; laissez sécher, broyez et laissez sécher, plusieurs fois de suite jusqu'à ce que vous puissiez faci lement réduire eu poudre le mélange.
Pour s'en servir, étendre sur la tache un linge légère ment mouillé et l'y laisser quelques minutes, poudrez, et laissez la nuit entière. Le lendemain, enlevez délicate ment avec un linge sec — le papier sera blanc. Alexis. Ordre martiniste. Les Souverains Délégués Généraux, les Délégués et les Chefs de Lores sont priés de préparer dès maintenant : i° Un rapport indiquant l'état de l'Ordre dans les pays qu'ils représentent.
'2° Les vœux et les demandes qu'ils seraient heureux de voir adopter et mettre en pratique pour le bien de l'Ordre martiniste. Ces renseignements seront nécessaires pour le Congrès de juin 1908. Le Suprême Conseil. Le Congrès occultiste de Juin 1908 Tous nos lecteurs sont invités à faire dès maintenant les propositions qui leur sembleraient utiles pour le prochain congrès.
280 l'initiation Nous serons heureux d'avoir pour cette organisation les idées de nos amis et de les appliquer dans la mesure du possible. Les questions qui intéressent chacun peuvent être pré cisées dès maintenant. Adresser toutes les communications et les adhésions à M. Chacornas il, quai Saint-Michel, Paris.
La pièce de vers, « à Alta, sur son livre l'Evangile de l'Esprit » que nous avons publiée dans notre numéro de février dernier, a été défigurée dans son aspect et, en quelque sorte, dans son sens, par une mauvaise disposi tion typographique.
Comme tout sonnet régulier, elle aurait dù être divisée en deux quatrains, d'abord, en deux tercets ensuite, et les interlignes placés, par conséquent, après les quatrième, huitième et onzième vers, et non comme ils étaient indiqués. BIBLIOGRAPHIE Initiations par P. Stïdir. — Bibliothèque universelle Baudelot.
« Le propre caractère des livres intérieurs, dit Mme Guyou, est d'entrer par le dedans, par l'intime de l'àme, touchant le même endroit dont ils partent, en sorte qu'ils semblent passer tout droit au cœur sans l'entremise des sens et que celui qui les lit semble tirer l'onction de son propre fond et non de la lecture, ce qu'il lit étaat si propre à sjh âme qu'il piralt que la lecture ne fait que remuer ce qu'il avait déjà. » C'est là émi nemment le caractère du nouveau livre de Sédir.
Il ap porte la lumière sans blesser les yeux. 1l semble, à la lecture de ces pages, qu'on écoule un ami injustement oublié et qui revient sans amertume ni élonnement. Sa leçon est la paix. Il entre chez vous à la fois imposant et discret; sans doute il possède bien profondément la
BIBLIOGRAPHIE 28l science du bonheur, car il évite'avec soin les allusions de l'envie ou les promesses de l'ambition; il ne connaît que le présent et s'il vous apporte des richesses, ce sont les vôtres, il vous apprend à les regarder : c'est une maison de solitaire laborieux, c'est une grand'route.
« C est le charme d'une quasi-solitude rompue à do longs intervalles par le bruit d'un charroi durant les clairs aprés-diners dans une petite maison pittoresque. » Et voici que toutes ces choses, vous les reconnaissez avec un grand cri. Car le propre de ces pages est d'émouvoir sans troubler.
La langue est admirable, toujours simple et subtile avec parfois dans la forêt majestueuse des points de vue abs traits, la ravissante clairière d'un paysage harmonieusementdécrit. Maisc'cst plus encorede l'Idée quecelivre lire sa beauté, comme les dialogues de Platon.
De cet aboutis sement déjà merveilleux l'auteur le plus exigeant se fût contenté : Sédir va plus haut, il ne s'en laisse pas imposer mJme pas les idées, malgré que celles qui tiennent conseil daus son œuvre soit de toutà faitgrandesdamesauxquelles il est fort difficile, par nos temps d'écrivains de mauvaise vie, de se faire présenter.
Sédir, lui, nous introduit; mais, ces belles créatures, il a pris soin de leur enlever ce qui les déshonore dans le monde : la morgue et la pose. Ce sont des duchesses, il est vrai, mais des duchesses en sabots et en coille comme Anne de Bretagne. Mlles ont de plus l'humilité si rare de porter leur beauté comme un don que leur dispense un seigneur aimé et tout puissant.
Ce maître invisible, Sédir ne fait que nous l'indiquer, se levant à notre horizon comme le soleil noir distributeur de force qu'aperçoivent seuls les Initiés. Il sait que pour être admis à l'honneur de sa compagnie il n'est d'autre introducteur que nous-mêmes. « Quand vous aurez fait la preuve de votre bonne volonté, quand vous n'aurez pas craint de prendre le chemin de son pays vous le rencontrerez ».
De telles phrases investissent de certitude comme le plus simple geste du disciple Andréas apporte la paix. « lI m'offrit du tabac, alla me chercher une pipe neuve qu'il me prépara, poussant la courtoisie jus qu'à faire flamber l'allumette. » Par un miracle d'art Sédir imprime à ses personnages du vingtième siècle, qui vivent à Paris, travaillent et
282 l'initiation soutirent comme nous faisons tous, un caractère d'huma nité éternelle, de grandeur solitaire sans cesser d'être voisine et simple; ils ressemblent aux sommets des mon tagnes : vu de si haut le inonde revêt sa teinte bleue et grise qui adoucit tous las angles, harmonise tous les contours. Résumer un tel livre soraitdérision etpeut-êlre impiété.
On ne peut que le lire en silence et le commenter avec respect comme V Imitation de J.-C. Raoul Gaubebt. BiDliotDèque du Magnétisme et des Sciences occultes BIBLIOTHÈQUE ROULANTE, PKÈT A DOMICILE 23, rue Saint-Merri, Paris. La Bibliothèque du Magnétisme et des Sciences occultes se compose aujourd'hui de 8.000 volumes.
Us sont clas sés méthodiquement par ordre alphabétique en 7 classes : 1° Magnétisme, Hypnotisme, Massage; 2° Occultisme, Magie, Théosophie, Kabbale, Alchimie; 3° Spiritisme, Tables tournautes, Télépathie ; 1° Philosophie, Religion, Psychologie, Morale ; 5° Sciences naturelles. Médecine, Hygiène; 6° Littérature (Théâtre, Romans, Histoires, Voyages l : 1° Périodiques (Annuaires, Almanachs, Jour naux et Revues).
Elle possède également tous les livres nouveaux. Tous les ouvrages sont expédiés frauco, contre un nan tissement représentant la valeur des ouvrages prêtés. Au reçu de ce nantissement et du montant de l'abonnement, un premier envoi est fait par la voie la plus économiqueLes ouvrages étant lus, le lecteur les renvoie et en rede mande d'autres qui sont expédiés immédiatement.
A la Go du L'abonnement, le nantissement, déduction faitedes frais de transport, est renvoyé au lecteur. Si celui-ci tient à garder un ouvrage, il lui est compté au prix indiqué sur Yex-libri, en téte de l'ouvrage. Le catalogue de tous les ouvrages est envoyé contre 20 centimes.
BIBLIOGRAPHIE 283 H. Dlrville, Pour combattre ïes maladies par l'applica tion de l'aimant. Broch. de 72 pages, 1 ie édition avec 12 portraits et I5 figures : I franc, à ia Librairie du Ma ■ gnélisme, 23, rue Saint-Merri, à Paris.
On sait depuis longtemps que toutes ies maladies ner veuses et la plupart des maladies organiques : anémie, constipation, crampes, crises de nerfs, diarrhée, douleurs, engorgements, fièvre, gravelle, hystérie, incontinence, insomnie, maux de tète, de dents, d'estomac, de reins, migraine, névralgies, palpitations, etc., sont parfois ra pidement guéris par l'application de l'aimant.
Les douleurs vives cessent toujours au bout de quel que temps, les accès deviennent de moins eu moins vio lents et la ^uérison se jajt sans médicaments, et sou vent sans rien changer à son régime et à ses habitudes. L'action curative des aimants vitalisés de M. Durville est bien plus grande que celle des aimants ordinaires. Par une disposition spéciale, ils peuvent être portés le jour et la nuit, sans aucune gène.
L'immense avantage qu'ils possèdent sur tous les autres médicaments, c'est qu'on peut avec le même aimant, selon la nature de la maladie, augmenter ou diminuer l'activité organique, ex citer ou calmer, et rétablir ainsi l'équilibre des forces qui constitue la santé.
Cette nouvelle édition très bien éditée, contient un his torique de l'application de l'aimant, une étude sur la phy sique de l'aimant, où l'auteur révèle l'existence d'une force qu'il a découverte, une étude sur la Physiologie où la Polarité du Corps est démon li ée. C'est l'application des principes que l'auteur a exposés avec tant de clarté dans sa Physique magnétique. Cet ouvrage traduit en espagnol, en italien, en allemand, le sera bientôt en toutes langues.
284 l'initiation * H. Durville, Pour combattre l'Insomnie. Brochure de 36 pages. Prix : 1 franc à la Librairie du Magnétisme. 23, rue Sainl-.Merri, Paris. L'Insomnie, qui n'est généralement pas une maladie, est très souvent un redoutable symptôme qu'il faut cher cher à combattre par tous les moyens possibles, surtout lorsque ceux-ci ne présentent aucun danger pour les au tres symptômes ou pour l'état général.
Dans cette nouvelle monographie, l'auteur, ennemi des drogues, préconise des moyens naturels d'une efficacité incontestable Après avoir donné des considérations générales, assez étendues sur le sommeil, il indique comment on doit dor mir, la durée du sommeil, l'art de dormir, puis il définit l'insomnie, et termine en décrivant le traitement qui lui parait le plus rationnel.
Ce traitement consiste en moyens hygiéniques, qui sont à la portée de tout le monde sans bourse délier, en applications de massage et de magné tisme, de l'auto-massage et de l'auto-inagnétisme, de l'action de l'aimant et du magnétisme. Librairie du Magnétisme, 23, rue Saint-Merri, Paris-VIc.
La Librairie du Magnétisme (Librairie initiatique), est la plus puissamment organisée des librairies spéciales; ,elle édite tous les bons ouvrages traitant des Sciences occultes, du Magnétisme, du Spiritisme et Sciences s'y rattachant. Elle accepte en dépôt tous les bons ouvrages traitant de ces matières, se charge de l'impression, fait la commission et reçoit les abonnements pour toutes lesHevues spiritualistes.
Llle possède un très grand nombre cl" volumes en dehors de son Calalogue et les cède aux prix les plus bas. Tous ses envois sont faits franco de port. Le Journal du Magnétisme, organe trimestriel, le seul rendant compte de tous les livres nouveaux, est donné à
REVUE DES REVUES 285 titre de prime, entièrement gratuite, pour tout achat de 25 francs. Le catalogue est envoyé franco sur demande avec un numéro spécimen du Journal du Magnétisme. FEVUE DES REVUES Le Bulletin d'études psychiques de Nancy publie une réponse à M. G. Méry au sujet des communications psy chiques obtenues dans cette ville.
M. Méry estime que les Esprits existent bien mais qu'ils n'ont jamais été in carnés et qu'ils nous mystifient sans cesse. M. X... fait observer que les Etres qui se manifestent ont tous et conserveut une personnalité particulière. Ils disent tous avoir été incarnés et on ne peut croire au mensonge seul. M. X... se borne à répéter ce qu'il a vu et croit que l'hypothèse spirite est la meilleure dans ce qu'il a observé.
Il est certain que beaucoup parmi les objections faites témoignent que leurs auteurs n'ont pas été à même d'ob server grand'chose sur la survie. Ainsi, on croit souvent qu'un mathématicien de pre mière force doit continuer forcément à connaître les ma thématiques à l'état d'Esprit. Rien deplus inexact. Les mathématiques ne sont que cérébrales. C'est ure science morte dont la partie vivante est l'étude et laconnaissance des nombres.
Rien ne survit éternellement de notre bagage de connaissances que ce qui est réelle ment vivant, c'est-à-dire la science du cœur, et une fois que le cerveau d'un savant est séparé de sa personnalité réelle, il peut très bien se faire que l'Esprit soit incapa ble de résoudre un problème, mème simple.
On lira avec intérêt le compte rendu d'expériences faites avec un sujet d'une merveilleuse lucidité, Mme Jeanne Robert qui a réellement émerveillé l'auditoire. La Paix universelle consacre un bon nombre de pages à un article de A. Bouvier, sur le Magnétisme jugé par des médecins, et de Rouxel, sur la place de l'Hypnotisme dans la science. Dans le i", nous voyons que pas mal de
286 l'initiation médecins sont pour l'action magnétique dont ils recon naissent la puissance ; dans le 2e, Rouxel établit qu'il ne reste rien ou presque rien des théories dites scientifiques des hypnotiseurs qui ne sont d'accord sur aucun point, et dont les procédés sont fort dangereux et abandonnés depuis longtemps par les magnétiseurs. L'Echo du Merveilleux : G.
Méry remplit un devoir bien pénible en dévoilant une expérience truquée d'un médium. Pour ma part, je ne trouve pas que cela ait l'importance qu'il lui donne. Un médium qui imite un phénomène pour s'éviter la peine de produire le vrai ? mais c'est courant. Il n'y en a pas beaucoup auquel cela ne soit arrivé à un moment donné. C'est aux expérimentateurs à pren dre leurs précautions. Le médium, dont parle G.
Méry. a produit de vrais phénomènes, je le sais de bonne source. Il n'y a qu'à attendre, peut-être en produira-t-il encore. G. Meunier rappelle l'aventure des frères Davenport sous le second Empire. C'étaient aussi probablement de bons médiums qui voulaient éviter la fatigue. Les prédictions de I' « Old Moore » contiennent cette fois une chose intéressante.
« Pendant la première partie de l'année, une ou plusieurs tètes couronnées seront me nacées de morts par de téméraires assassins? et des re bellions parmi les tribus indiennes réalisé). » On trouvera comme toujours un certain nombre de faits psychiques à la fin de la Revue. La Vie nouvelle, numéros de décembre : Catholicisme ésotérique, par Pie IX (?) et l'Esprit humanitaire. L'expape a beaucoup changé d'idées dans l'Au-delà...
Mais j'ai tort de plaisanter à ce propos, car, même si cette com munication n'émane pas de Pie IX, elle ne contient que de bonnes choses et pourra permettre à des spirites de ■pratiquer en même temps la Religion familiale, dont le Rituel les aidera puissamment. E.
Stowe publie un petit cours élémentaire d'astrologie qui pourra intéresser les lecteurs de la Vie nouvelle, et Iiou\el donne très claire ment, sous forme de lettre, des notions de doctrine et d'expérimentation spirites. Les Annales des Sciences psychiques illustrées consti tuent une très heureuse innovation. Le numéro du 16 jan
REVUE DES REVUES 287 vier renferme de très intéressants articles : iilake, le Visionnaire, avec des reproductions des eaux-fortes de cet artiste. Les expériences de M. de Hochas avec de Jodko en 18%. (Photographies du corps astral), dont plusieurs sont re produites. 1 ne étude sur Mlle Smith, le médium bien connu. Cette Bévue est certainement appelée à un gros succès.
La Revue du Spiritualisme moderne est toujours, et de plus en plus, à recommander.
Dans le numéro de janvier, nous trouvons la fin du très bon travail du docteur de Farémont sur la Force d'Amour, dont, à part quelques restrictions, j'ai admiré la lumière et la hauteur spiri tuelle, un article de Monier, intitulé « Critique morale de l'Égalité », qui.bien que légèrement intransigeant, contient de bonnes idées, la fin de l'Llude Initiatique de Sédir, « l'Adepte », où l'étudiant est mis entin en présence du * Maître », du Vrai, pas du Maître lointain et inacces sible, mais du Maître vivant parmi les hommes, comme l'un d'entre eux.
L'n pages, toutes pleines du souvenir brûlant des paroles entendues, le disciple dit l'effet pro duit en lui, sur lui, par la Parok vivante du Maître.
Il termine ainsi : « Ce fîonheur, j'estime ne jamais pouvoir le payer, dussé-je souffrir sans cesse, dans tout mon être, toute mon existence; ma seule peine aujourd'hui, c'est devoir tant d'hommes passer tout près de ce ciel sans le voir, non parce qu'il est caché, mais parce que ne sortant pas d'eux-mêmes, ils ne veulent ni ne peuvent l'apercevoir, puisqu'ils ne regardent pas. » Dans' la Revue du Spiritisme on trouvera des articles et études trop importants pour que je les analyse ici.
Je me contenterai de signaler une lettre ouverte à M. Le Dantec, par Dertal, qui me paraît de nature à intéresser tous les spirilua listes et à leur fournir de bons arguments de dis cussion; une étude d'Isoiorc Le Diane sur la Genèse d'après Fabre d'Olivet, les visions de Swedenborg, l'audelà et ses problèmes par L. Chevreuil. La Reuue spirile, numéro de janvier, continue l'im portante étude de Grimard, sur les Bibles. Krishna et le Dhagavad-gita l'ont le sujet de son article. La merveil
i88 L INITIA I ION leuse doctrine est parfaitement résumée dans son sens ésotérique, et on s'initie sans peine à cette théologie qui serait ardue, saus le talent de M. Grimard. L. Danvil donne du comte de Sarak un portrait ressemblant et des impressions qui me semblent justes. Enfln, on lira avec plaisir : le Problème d'E. Darcey, la Crédulité des incrédules par Gay et des laits psychiques. Parmi les revues étrangères, citons le Light, le Melaphisische Rundschau, et Aur, revue suédoise. G. Piianeg. LIVRES NOUVEAUX La Flèche enchantée de Mozart, traduction de Georges Groffe. Bibliotbèquedes Entretiens idéalistes, 13, rue Méchain, Paris. Mémoire sur la Vie de l'Abbé de Faria, par le docteur Dalgado. Henri Jouve, éditeur, 13, rue Racine. De la Cause du Sommeil lucide, par l'Abbé de l-'aria, par le docteur Dai.gado. Henri Jouve, éditeur, 15 rue Racine. ■* • La Sanlé par la Respiration, suivi d'un manuel théra peutique respiratoire. Bibliothèque universelle, Beauuelot, 3ô, rue du Bac, Paris. D'un Nouveau Mode de Su/fraye Universel, avec Gra phique descriptif par Georges Pinçon. Librairie Lahurc, 9, rue de Fleurus, Pari9. Le Gérant : Encaisse. Pari-s. — Imp. F.. A.RK.AUI.T et Cie, «, rue N. D.-de-l.orctte.
A 50 centimes H. Durville. — Le Massage et le Magnétisme sous l'empire dela loi du 30 novembre 1892 sur l'exercice de la médecine. Joanny Bricaud. — Dutoit- Mem brini (un disciple de Saint-Martin), d'après des docu ments inédits. Pelletier. — L'Hypnotiseur pratique. Saint- Yves d'Alvevdre. — Notes sur la tradilion cabalistique. Docteur Tripier. — Médecine et Médecins. Un coin de la crise ouvrière au dix-neuviéme siècle.
Zhora. — Eludes tentatives, ou Essai sur les Mystères de l'âme humaine et de la Prière, avec Lettre-Préface de Papus. ■ A 30 centimes Albert (d'Angers). — Le Magnétisme curalif devant l'Eglise. Chesnais. — Le Trésor du foyer.
Contenant une foule de recottes d'une application journalière, clos Conseils pour éviter et guérir un grand nombre de maladies, etc. Deboissouze. — Guérison immédiate de la peste, de toutes les maladies infectieuses et autres maladies aiguës et chroniques, 2• Edition. H. Durviixe. — Le Magnétisme considéré comme agent lumineux, avec 13 Figures. — Le Magnétisme des animaux. Zoothérapie. Polarité. Lucie Grange. — Manuel de Spiritisme.
Graphologie pour Tous. — Exposé des principaux signes permettant, très facilement de connaître les Qualités ou les Défauts des autres par l'examen de leur Ecriture, etc., avec figures. LF.nEl. — Essai d'Initiation a la Vie spirituelle. Mouroux. — Le Magnétisme et la justice française devant les Droits de l'homme. Mon Procès. Van Oiibercen. — Petit catéchisme de Réforme alimentaire.
Psychologie expérimentale. — Manifeste adressé au Congrès spiritualiste de Londres, par le Syndicat de la Presse spiritualiste de France. A 20 centimes D' IL Boens. — Art de vivre. Petit Traité d'Hygiène. Daniaud. — I. L'Art médical. — II. .Vole sur l'Enseignement et la pratique de In médecine en Chine, par un Lettré chinois. — III. Extrait de lu Correspondance (Con gres du libre exercice de la médecine). — IV.
Articles de journaux sur le même sujet. IL Durville. — Rapport an Congrès sur les travaux de la Ligue. Appréciation de la presse, arguments en faveur du Libre exercice de la médecine. Elyuss. — Tout te monde magnétiseur et hypnotiseur, ou l'art de produire le magné tisme, l'hypnotisme et le somnambulisme sans étude ni travail.
F. i>f Champville.— La Science psychique, d'après l'œuvre de M. Simonin, avec 1 Fig. Fanau. — Cours abrégé de Spiritisme. Jounet. — Principes généraux de Science psychique. — La Doctrine catholique et le Corps psychique. Papus. — L'Occultisme. — Le Spiritisme. Rouxel.— La Libtrlé de la médecine, Pratique médicale chez les Anciens. Traité sur l'obsession.
Bibliothèque i>u Magnétisme et des Sciences occultes (Bibliothèque roulante.) Prêt à domicile. Catalogue des ouvrages de langue française. Secrets de la Cuisine américaine. A 15 centimes Léon Denis. — Pourquoi la vie ? Duncan. — La Chimiedes Aliments. Van Obbergen. — A'oles sur le Nettoyage. Le Fruit comme moyen de Tempérance. POKTHAIT8 Photographies et Phototypies à 1 franc Cahagnet, Colavida, C.
Flammarion, Lucie Grange, Van Hhi.mdnt, le Zouave Jacoe, Lafontai.ne, Luys, Papus, de Plvségor, Ricard, Kootan, Salv-erte. Le Professeur il. Durville dans son cabinet de travail. Le Tombeau d'Ali.an Kardec. — Divers Portraits rares. En Photogravure à 50 centimes Agrippa, Ai.i.an Kardec, Afollonius de Thyane. Bertrand, JJraid, Bue, Cagliostro, Cahaonet, René Caillié, Charcot. Charpignon, W.
Crooees, Delanne, Dej.euze, I.éos 'Denis, Durand (de Gros), Durville en 1901. Durville en 181'). 1x87, 1901, 1903. Eliphas Levi, G. Kaihus. de Champyille. Greatraees, St. de Guaita, Van Hblmont, Kircher, l'abbé Julio. Lafontaine, Lavatbr. Liébeault, Luys, Mes mer. Mouroux. Dr Moutin. Prentice Mui.FOrD. Papus, Par-acelsb. Petrtin. du Potbt, le marquis de Puysegur, Ricard, De Rochas, Roger Bacon, Saint-Yves d'Alveydre, Surville, Swedenborg, Teste.
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Durville et les docteurs Encausse (Pai-uS)vMoutin et Ridet, 23. rue Saint-Merri, Paris, IV: L'Ecole forme des masseurs et dos magnétiseurs expérimentés dignes en tous points de la confiance des malades et des médecins et met la pratique du Massage et du- Magné tisme à la portée des gens du monde. Les cours ont lieu du ?5 oclobre au f" juillet de chaque année.
Pour favoriser son développement, l'Ecole est devenue un Etablissement de la Société magnétique de France, fondée par M. H. Durville, en 1887. (Demander les statuts qui sont envoyés contre 0 fr. 00.) Bibliothèque du Magnétisme et des Sciences occultes, 23. rite Saint- Jferri, Pa ris, !V'. fîiljfi&I/iéque roulante, prêt a domicile.
Cette Bibliothèque se compose d'environ 7.000 volumes sur le Magnétisme et l'Hvpnotisme, l'Occultisme, le Spiritisme et les diverses branches du savoir humain qui s'y rat tachent. Demander le catalogue qui est envoyé contre 0 fr. 20 Le Journal du Magnétisme, du Massage et de la Psychologie, fondé par le l.aron du Potet en 1815, paraît tous les trois mois en un fascicule de 61 pages grand in-S», imprimé sur deux colonnes, sous la direction de H..
Durville, 23, rue SaintMerri. Ab. k francs par an pour toute l'Union Postale. I.e service est fait a titre de Prime \ tous les abonnés de !7ni(iafion qui en font la demande, 1 la condition de s'abonner directement â la Librairie initiatique. La Revue graphologique parait tnus les mois sous la direction de A. de Rochetai. Ab. : France, 6 francs par an.: étranger, 8 francs: le numéro, 0 fr. 50, 23, rue SaintMerri, Paris.
Mme Berthe, Somnambule lucide. 13, nie Saint-Merri, Paris. Reçoit le jeudi et le di manche de 10 heures A midi ; les autres jours, do 1 à l heures. Ces annonces sont reçues à l'administration de l'Initiation, 23, rue Saint-Merri, au prix de 1 franc la ligne. PaH«- — Imr>- L-*»"-"l,T " f> a ru« NQtrg-t>»m»-rie-ljirette.