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L'Initiation Revue philosophique des Hautes Étude: PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DIS PAPTJS 63"" VOLUME. — 17" ANNEE SOMMAIRE DU N° 9 (Juin 1904) PARTIE ESOTÉRIQUE Les sciences divinatoires (p. i93 et 194) Pbaneg. PARTIE PHILOSOPHIQUE Religion et sorcellerie à Madagascar (p, 1 95 à 204) Maurice Bransiet. Batailles (suite et fin) (p, 2o5 à 237)1 X... Feuilles maçonniques. Petites questions d'His toire (p. 228 à 246) Teder.
Le feu sacré {suite et fin) (p. 247 à 266) G. de L autre c. Extériorisation de la motricité (p. 267 à 272). . . Siffar PARTIE INITIATIQUE Les sociétés secrètes d'Extrême-Orient et la guerre russo-japonaise (p. 273 à 276) Papus. Un secret par mois. — Un manuscrit de Willermoz. — Revue des Revues. — Compte rendu des livres Tout ce qui concerne la Rédaction et les Échanges doit être adresse 5, rue de Savoie, à Paris-VI".
Téléphone — 818-50 ADMINISTRATION — ABONNEMENTS - \NNONCES LIBRAIRIE INITIATIQUE PARIS — 23, Hue Saint-Merri, ÏA — t'A II IS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l'essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n'ont abouti qu'à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eu* dans le domaine des forces purement spirituelles par l'hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L'Initiation est l'organe principal de cette renaissance spiritua lite dont les efforts tendent : Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d'un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l'Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l'Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l'arbitraire, aujourd'hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin {'Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l'Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déja connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l'Inde. L'Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n'appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie (Exotérique) expose aux lectrices ces ques tions d'une manière qu'elles savent toujours apprécier. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s'adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte.
L'Initiation parait régulièrement du 1 5 au 20 de chaque mois et compte déjà quatorze années d'existence. — Abonnement : 10 francs par an. (Les collections des deux premières années sont.absolument épuisées.)
BATAILLES 209 homme ne pouvait nous aider pécunièrement, car lui et sa femme ne gagnaient à eux deux que 12 francs par semaine. Le lundi, comme je devais porter la forte somme au commissaire, je vendis tous les meubles et on me donna 25 francs. Après avoir versé cette somme, nous voilà partis à la gare, mais on avait eu soin de nous faire accompagner par tous les municipaux de Mataro.
Une fois dans le train, je regardais toute cette force armée et je pensais : « Voilà la consécration officielle que l'occulte existe ; pour avoir dit aux gens ce qui était écrit dans leurs mains, pour avoir guéri sans médicaments, sans prendre de l'argent, on nous chasse comme des malfaiteurs.
Nous nous arrêtâmes dans un autre district, car Marius était tombé malade ; toutes les sorcières réu nies de Mataro s'étaient entendues pour le faire mourir et il fut tout à coup couvert de clous depuis la cein ture jusqu'au bout des pieds. Il souffrait terriblement. Luther me dit : « Donnez beaucoup de vin à boire à ce pauvre Marius ; s'il se grise, cela ne fait rien.
La partie du corps de l'homme de la ceinture en haut est à Dieu, de la ceinture en bas, au diable. Il faut qu'il boive du vin, qui est divin, car nous pourrons nous y mêler et le guérir. » Devant toutes ces épreuves, j'étais un peu guéri de l'occultisme et n'écoutais tout ce qu'on pouvait me dire que d'une oreille distraite. Enfin, nous remon tons la côte peu à peu et nous arrivons à Saint-Felieude-Guichots, où nous restons un mois. C'est une ville très honnête où on nous laissa travailler à raison de 14
210 l'initiation io centimes par jour, et où aucun commissaire ne vint nous obliger à partager avec lui. C'était à l'époque de Pâques ; j'allai prier dans une église et demandai à Dieu si je devais rentrer en France ou rester encore ici, lorsqu'au-dessus du MaîtreAutel on me fit voir le coin de la rue de la Répu blique qui débouche sur le vieux pont.
Luther m'avait dit : « Vous croyez, vous, protes tants, que le Christ se repose pendant les fêtes de Pâques ; c'est une erreur. On fait là-haut les mêmes cérémonies que dans les églises catholiques ; on cru cifie le Christ, et si tous les chrétiens savaient tout ce qu'il souffre encore pour l'humanité pendant ces jours-là, ils feraient comme l'église russe, qui est celle qui a le mieux compris la Résurrection.
Le baiser de paix qui se donne en Russie est d'origine divine. Vous pouvez remarquer qu'ici, dans ce pays de soleil, ces jours sont nuageux, c'est bizarre : et bien cela vient de la Pâque qui est célébrée dans le Ciel, puis ces jours d'angoisse passés, le soleil redevient radieux. J'ai constaté cette chose qui est très vraie ; du reste les Espagnols l'enseignent et la font voir comme un signe certain de ce qu'ils avancent.
Pour moi, j'avais cru jusqu'alors que cela était faux. Lorsque nous eûmes l'argent nécessaire à payer notre passage pourMarseille, nous nous embarquâmes, c'était une question de quelques heures, douze, je crois, mais nous avions compté sur un temps calme, car au moment où nous partîmes le soleil était beau et le temps très clair, mais il faisait du vent qui aug menta dans de telles proportions qu'une tempête
BATAILLES 211 épouvantable s'éleva. Nous suivions la côte, il est vrai, mais nous avions un spectacle assez rare, celui de voir une tempête se déchaîner par un soleil radieux ; c'était merveilleux et imposant.
Les vagues, hautes comme des montagnes, formaient ensuite des vallées profondes, notre bateau dansait, et comme nous sui vions une route très fréquentée, nous étions entourés d'autres bateaux de tous calibres qui dansaient comme de véritables coquilles de noix. Nous nous aperçûmes que trois navires avaient disparu, engloutis complètement sans qu'il fût pos sible de leur porter secours, tant la mer était dé montée.
J'étais, moi, sujet au mal de mer et je souffrais horri blement. Je maugréais contre ma curiosité d'avoir voulu connaître la science occulte et je me disais : « Quelle est ma récompense ? j'étais heureux à Paris, et pour avoir voulu guérir des gens, je n'ai recueilli que de l'ingratitude et des déboires de toutes sortes et Marius est en ce moment sous le coup d'un envoûte ment qui peut le tuer.
Je voyais notre dernière heure arriver ; eh bien ! dis-le enfin, mourir en mer ou ailleurs, je saurai la vérité puisque je serai dans l'au-delà, content presque de finir ma vie de misères. Je faisais ces réflexions accroupi sur le pont du navire, quand je me sentis toucher à l'épaule droite. Me retournant, je vis à mon côté Jésus-Christ qui me regardait de ce regard divin, si doux et si pénétrant qu'aucun peintre n'a pu rendre cette expression. En même temps, il me dit : « Dimanche soir, vous serez
2 1 2 L'INITIATION à Marseille : apprends à commander aux éléments, ils t'obéiront ». — Mais je ne sais rien, Seigneur, comment veux-tu qu'on m'obéisse ? — L'occulte ne donne rien sans travail ! Sur ces paroles, le Christ disparut. J'ai voulu répéter mot à mot ce que le Christ m'avait dit; je ne l'ai pas pu, car tout ce que j'avais entendu avait été compté.
Au même instant, il se fit une dé tente dans l'air, et, dans tout le rayon visuel où sa voix avait porté, la mer se calma. Cela était très visible, la mer très unie sur un certain rayon autour de notre navire, et après ce rayon la tempête continuant à se déchaîner.
Je n'ai jamais entendu une voix humaine aussi harmonieuse ; puis j'eus l'intuition qu'avec les clefs de la Bible, et en prononçant les paroles appropriées à la circonstance on peut, ainsi que l'a dit le Christ, soulever la plus haute montagne. « Savants qui croyez connaître toute la science, vous ne savez encore rien. » Enfin, j'étais guéri du mal de mer ; je me retirai dans un coin du bateau et ordonnai à la mer de se calmer.
Au troisième com mandement, elle se calma. Si j'avais eu plus de foi, peut-être se serait-elle calmée au premier commande ment, mais elle était si furieuse qu'elle coula des navires dans le port même de Marseille. C'était le 27 avril 1903, je crois, et notre voyage avait duré plus de quarante-huit heures au lieu de douze heures qu'il faut habituellement. Dès mon arrivée à Marseille, je me rendis à l'église
BATAILLES 2l3 qui se trouve rue de la République, près du vieux port. Au-dessus du Maître-Autel, je voyais une raie rouge qui allait jusqu'à Paris, et sur laquelle étaient écrites des lettres de feu.
Un jour que Guatzegua m'énumérait les richesses enfouies à Mexico, pour les soustraire aux Espagnols, je lui répondis : « Eh bien, si nous devons être si riches là-bas, faites-nous l'avance des frais nécessaires au voyage ? » En sortant de l'église, je pensais : ce qui est écrit là n'est pas pour toi et si cela est, il faut, mon Dieu, me faire obtenir de quoi retourner à Paris.
Le lendemain, nous étions à Nice, puis petit à petit nous passâmes à Aubagne, où nous étions très heureux et serions restés plus longtemps si le commissaire de police ne nous avait pas donné l'ordre d'aller plus loin ; la Ciotat, La Seyne, Toulon, Hyères, Saint-Tropez, Cannes, Grasse, Nice, Draguignan,et, partout où nous croyions pouvoir rester quelque temps, une chose ou une autre nous obligeait à aller plus loin, et c'est ainsi que nous prenions occultement, mais bien lon guement, le chemin de Paris.
Quand nous nous trouvâmes à 440 kilomètres de la capitale, juste à moitié chemin entre Paris et Mar seille, sans argent, mais seulement des marchandises à vendre dans un pays froid où les gens sont plutôt pauvres et ne se servent pas de montres, j'eus un moment de découragement, mais Marius, qui avait roulé un peu partout sans argent, alla demander à coucher dans les fermes et ramassait le long du che min des pommes de terre qui servaient à nous nourrir.
214 l'initiation Nous n'avions pas d'argent; mais nous n'avons pas eu faim. Le premier jour où nous nous sommes trouvés sans argent était un dimanche, et par curiosité je voulais voir si Zola avait dit vrai, en laissant mourir de faim son principal personnage dans le roman la Terre.
A onze heures, après une pluie battante, nous arri vâmes dans une petite maison où nous trouvâmes un homme qui s'était couché pour ne plus faire de feu et économiser son bois. Il avait entendu quelques ins tants avant notre arrivée une voix qui lui avait dit de se lever et d'allumer son poêle. Le feu était allumé lorsque nous vînmes lui demander l'hospitalité.
Il nous reçut très bien, assura me reconnaître; je me souvenais aussi avoir vu cet homme, bien que ce fut la première fois que nous nous rencontrions sur cette terre ; il nous offrit à manger. Nous acceptâmes avec joie, et il alla chercher la seule bouteille de vin qui lui restait. Notez que nous étions sur une haute montagne, dans la Nièvre, et que cet homme était obligé d'aller chercher son pain très loin.
« Je suis pauvre, nous dit-il, mais je sais que ce que je fais pour vous me sera rendu. » Cet homme n'était pas fou; il ne divaguait pas. Frappé de sa confiance en Dieu, je fus honteux d'avoir douté. Si la mer est favorable aux apparitions divines, le haut d'une montagne jouit des mêmes propriétés, l'air y étant très pur.
Je pris du pain, le rompis et j'invoquai Jésus, le suppliant de venir me donner une preuve que la communion des protestants vaut celle des catholiques.
BATAILLES 21 5 Jésus vint rayonnant de lumière ; entre nous il y avait un voile et je vis une grande hostie noire qui lui couvrait le cœur ; lorsque je bus ensuite le vin, sa figure s'illumina un peu et ce fut tout. Luther m'avait donc dit vrai ; il faut la partie occulte de la religion pour que Jésus-Christ puisse nous aider à prendre la communion de son corps.
Le temps s'étant mis au beau, nous nous mîmes en route, mais en nous dirigeant cette fois sur Paris. Nous fîmes la rencontre, à quatre heures de marche de la capitale, d'un Suisse, horloger, qui voyageait comme nous. Il nous mena chez un marchand de vins et nous paya du pain et du vin.
Le soir, dans la ferme où nous couchâmes, nous trouvâmes une Pa risienne, la fille de la maison, qui était venue passer ses vacances et qui, heureuse de voir des Parisiens, nous invita à dîner avec sa famille. Le lendemain, au premier village où nous nous arrêtâmes, une bonne femme vint nous dire d'aller réparer sa pendule ; on lui avait dit qu'il allait passer deux horlogers.
Pendant qu'on lui faisait son travail, elle alla chercher d'autres personnes qui avaient des réparations à faire. Elle nous donna à boire et à manger, et nous remit de plus 3 francs. Notez que nous n'avions pas demandé de l'ouvrage à cette femme, mais qu'elle nous attendait sur la route. A ceux qui douteraient de ces faits, je leur dirai que je prends Dieu à témoin de leur véracité.
Ensuite, dans une autre ferme, nous avons trouvé un étudiant en médecine de Paris, qui nous fit avoir du travail et trouva à nous faire vendre de nos mar
2l6 l'initiation chandises, si bien que le lendemain, en quittant cette ferme, nous nous trouvions de nouveau en possession des 20 francs occultes. Mais il fallait pour cela obéir et se mettre en route pour Paris. En continuant d'aller coucher dans les fermes et de manger le long des routes, nous avons été très heureux ; nous avons mangé bien plus que lorsque nous mangions auparavant au restaurant avec notre argent.
Nous fîmes un jour la rencontre d'un paysan qui nous lisait Athalie et nous disait que son rêve serait de l'entendre à la Comédie-Française. Il était très instruit et n'était cependant jamais sorti de son vil lage. Cet homme-là mériterait d'avoir sa place au Paradis, il ne s'y trouverait pas dépaysé.
Luther a raison ; le Français est bien l'homme le plus évolué du monde ; le matin, avant que nous par tions, on nous donnait de la soupe et du lait chaud avec du pain. On ne nous demandait pas d'argent et on nous disait encore au moment du départ : « Que Dieu vous bénisse dans votre voyage. » La seule ombre à cela, c'est l'administration.
Pour pouvoir loger ainsi, il faut avoir ses papiers que le paysan garde pour le cas où passeraient les gendarmes ; sans cela on lui dresse procès-verbal ; c'est une honte pour un pays civilisé.
En Espagne, pays arriéré, personne ne nous deman dait de papiers, mais ici, même en voyageant à pied, si vous rencontrez les gendarmes, ils vous demandent quels sont vos moyens d'existence et exigent de vous les papiers établissant votre identité ; vous devez
BATAILLES 2 IJ même leur faire voir le CDntenu de votre bourse, chose encore plus ignoble. Et on appelle cela de la civilisa tion. Nous avons rencontré de pauvres diables qui devaient coucher dehors, les paysans n'osant les rece voir parce qu'ils n'avaient pas de papiers en règle. Enfin, nous arrivons à Fontainebleau par une pluie épouvantable qui avait duré toute la journée ; aussi vous pouvez vous figurer ce que nous étions mouillés.
Puisque j'avais réussi à calmer la mer, j'ordonnai à la pluie de cesser deux heures, le temps de nous sécher, afin de traverser Fontainebleau un peu décemment; cela me fut accordé. Le soleil vint nous sécher ; mais après les deux heures de répit accordé, toutes les cata ractes du ciel furent ouvertes à nouveau.
Enfin, nous sommes à Paris depuis trois semaines, où toutes les nuits je suis réveillé, entre minuit et trois heures du matin, car on me souffle d'abord sur les yeux, puis le diable vient me dire que si je n'aban donne pas mon idée d'aller trouver les occultistes, il me fera encore souffrir pendant trois semaines.
Ha bitué à tout, je le laissai faire et, au bout des trois autres semaines, lorsqu'il revint, je lui dis : — « Dieu a fait l'homme libre ; la preuve, c'est vous qui luttez contre lui, il vous laisse faire le mal et je ne comprends pas que du moment où Dieu vous laisse votre liberté, vous ne la laissiez pas aux autres.
De plus, quand j'en sentirai le besoin, j'écrirai et publierai mes impressions ; puis une preuve encore que je me moque de vous, c'est que tel jour qu'il nous plaira, nous irons, Marius et moi, chez Papus, et nous continuerons à suivre les cours d'occultisme. »
218 l'initiation Alors, le diable se mit dans une colère noire et me dit : « Réfléchissez-bien ; n'allez pas chez Papus, restez tranquilles, et tout ira bien pour vous, sinon après-demain on viendra arrêter Marius comme in soumis. » Je l'envoyai promener, mais le surlende main, en effet,Mariusétait arrêté !
Le premier dimanche j'allai le visiter à la prison militaire, et en atten dant l'heure à laquelle je pourrais le voir, j'entrai dans l'église Sainte-Clotilde, où je priai quelques instants. En sortant' de l'église, le diable s'incarna dans le bedeau qui voulait m'étrangler : je rentrai dans l'église et me défendis contre le bedeau, qui, en se sauvant enfin, finit par renverser le curé qui allait dire la messe.
Habitué à voir bien d'autres choses, je ne me laissai pas émotionner; je sortis tranquillement de l'église et allai voir Marius. Quelque temps après, je racontai tout ce qui se passait à Papus, qui me fit un dessin occulte, et, depuis, le diable me laisse dormir en paix. Vous voyez, pro testants, que les signes occultes font partir le diable. Le jour que les protestants ont choisi pour célébrer la fête de Luther, j'étais au temple Saint-Paul.
Par un hasard extraordinaire, je me trouvais placé au mi lieu du temple, sous la coupole; moi qui toujours me cache plutôt dans le coin le plus reculé, afin d'être plus tranquille pour me recueillir, je commençais à m'étonner de me voir au premier rang, lorsque, tout à coup, j'eus comme une extase. Il me semblait qu'on m'enlevait de ma chaise et je craignais qu'une extase semblable à celle de Sainte-Thérèse ne me prît en plein temple. Puis je vis Luther dans le chœur. Le
BATAILLES 210, pasteur se mit, en arrivant, à raconter la vie de Luther comme on nous l'a souvent fait connaître, disant que cet apôtre avait su révolutionner le monde avec une petite Bible ; que lorsqu'il se présenta devant Charles-Quint, celui-ci, voyant arriver ce petit homme impétueux, lui avait dit : « Ce n'est pas encore toi qui me fera hérétique; » qu'aujourd'hui, c'est un pro testant qui ceint la couronne de Charles-Quint ; voilà et voyez ce qu'a fait Luther ; voyez, avec si peu de chose, l'œuvre qu'il a entreprise, puisqu'il a réformé l'église catholique.
Et bien, si j'avais eu le droit de te répondre, pas teur protestant, je t'aurais dit : «Crois-tu que si chaque jour et à chaque instant du jour, Dieu n'était venu aider Luther à traduire la Bible ; si Luther n'avait pas fait occultement tout ce que Dieu lui avait commandé, afin que Dieu qui est la bonté même puisse se com muniquer aux hommes, et cela selon les lois de la nature, crois-tu que Luther aurait pu accomplir son œuvre.
Dieu a donné la liberté à tous les mondes, à tous les êtres visibles et invisibles, et si Luther ne lui eut pas aidé à venir, la Bible ne serait pas traduite : « Aidetoi, le Ciel t'aidera ! » et, en occulte plus qu'ailleurs cette chose est nécessaire. Luther l'a cependant ensei gnée à ses disciples, mais ils ne l'ont pas cru.
De l'œuvre de Luther, il n'est resté que la Bible, qui ne suffit pas pour être agréable à Dieu, car, en cela, qu'avez-vous fait du Verbe, c'est-à-dire du Fils ? Après la mort de Luther, vous vous êtes divisés en deux camps: les calvinistes et les luthériens; puis, après
220 L'INITIATION encore, il est survenu une quantité de petites chapelles, qui,sous des dehors d'humilité, cachaientun immense orgueil. Dieu, qui est la bonté même, n'est pas orgueil leux ; donc ce n'est pas à lui que vous vous adressiez et tout cela est l'œuvre du diable. « Croyez-vous que dans l'armée du Diable comme dans celle de Dieu, il n'y ait pas toute une hiérarchie ; il y a des soldats, des caporaux, des lieutenants et le reste.
L'Église sur la terre doit être la reproduction de l'église du Ciel. » « Un maître, nous n'en voulons plus, disaient les protestants à toutes les avances des catholiques. » Protestants, les temps viendront terribles pour vous ; on vous empêchera d'aller à la seule chose qui vous reste, le prêche : vous qui avez supprimé les saints comme trop encombrants, vous vous tournerez vers les catholiques ; vous comprendrez que si au Ciel l'union est nécessaire pour gagner des batailles, elle est encore plus nécessaire sur la terre, car les sectes sont en abomination devant l'éternel, qui a fait des hommes une seule grande famille.
Vous, chrétiens, vous êtes les plus favorisés, et lors que la réunion des deux Églises divisées sera faite, alors seulement il y aura un Chef spirituel, un Pape, comme disent les catholiques, qui aura retrouvé le moyen de communiquer avec Dieu. « Ne trouvez-vous pas cela magnifique ! nous som mes dans un siècle de paix aux hommes de bonne volonté.
Je m'adresse non aux grands Pontifes qui n'aiment pas qu'on trouble leur douce quiétude ; faites comme moi, étudiez les religions diverses de
BATAILLES 221 l'Univers et vous verrez que toutes ont l'occulte en vénération. L'Église qui possédait cette science l'a perdue par ignorance. « La fin du monde n'est pas encore là, mais nous allons voir seulement la fin d'un monde ignorant. Nous sommes au commencement d'un nouveau monde; aidez-vous les uns les autres et, comme moi, pauvre pêcheur, vous verrez et vous croirez.
« On ne m'a pas donné le don d'écrire, on m'a donné le don du commerce pour que partout je puisse gagner mon pain quotidien ; j'aurais mieux aimé le premier, mais on en a disposé ainsi ; que la Volonté de Dieu soit faite. » Le sermon terminé, l'extase que j'avais eue me quitta. J'avais promis d'écrire mes batailles et de les publier ; rentré chez moi, je me mis à écrire ; mais une bataille si terrible s'engagea que je dus abandon ner mon projet.
Je ne croyais plus un mot de tout ce que j'avais vu, puis on me serrait le front de telle fa çon que je crus devenir fou. Enfin je devins dans un tel état qu'il me fut impossible de songer à reprendre le projet abandonné, lorsqu'un matin Jésus-Christ m'apparut. Il était entouré d'une auréole de sang et tout était rouge autour de lui, comme s'il se fût trouvé dans une atmosphère de batailles.
Il m'ordonna d'aller entendre la conférence de Frédéric Passy à l'hôtel des sociétés savantes. Je m'y rendis et vis l'apôtre de la Paix qui me ra conta ses luttes, ses déboires, ses souffrances, pour avoir voulu prêcher la paix. — Quarante ans, me disait-il, pour obtenir un
222 L'INITIATION résultat, et quel résultat ?
Je ne me suis pas adressé aux grands de la terre, et pourtant c'est à moi àqui le tsar remit la première circulaire pour l'entreprise de la Paix Universelle. » Ace moment je vis à nouveau le Christ merveil leux de lumière,qui se trouvait à l'entrée de la salle de conférences: il était très content et se trouvait entouré de Louis XI, de Henri IV et d'autres grands hommes qui avaient travaillé pour la paix.
Sur un plan audessus, je vis Napoléon Ier habillé comme César, et qui n'avait pas l'air content de ce que l'on disait là. Un autre dimanche, je vis le Christ à l'église SaintPaul; il était vêtu d'un manteau sombre et portait sa couronne d'épines sur la tête, et des larmes de sang lui coulaient des yeux. Je ressentis une douleur im mense de voir ses souffrances.
Il resta visible ainsi pendant près de vingt minutes, et je compris ce qu'il voulait dire, car il faisait savoir que Son sacrifice pour nous, protestants, n'allait pas jusqu'à la croix. Puis il me fit un signe occulte et disparut, laissant une traînée de lumière radieuse. L'obsession que j'avais eue d'écrire me reprit; lut tant contre cette idée, je tombai malade, mais dès que je fus rétabli, l'obsession recommença.
J'écrivis alors une lettre à Papus, dans laquelle je le suppliais, lui qui m'avait rendu le sommeil en me donnant un signe occulte.de me faire devenir un homme comme les autres. Je portai moi-même cette lettre chez Papus, mais il n'était pas là et je fus étonné, car je me trou vai guéri pour avoir fait simplement cette démarche chez lui et, rentrant chez moi, je pus me mettre à
BATAILLES 223 écrire. Ceci vous prouve que l'évolution des hommes est comme l'évolution des peuples. Ainsi, le grand Inquisiteur, chez qui nous étions à Mataro brûlait les hérétiques à Séville ; il était aussi sincère que Calvin et ne croyait pas faire mal.
Nous avions à ce moment un ami qui ne pouvait pas venir chez nous, car il lui semblait qu'on le brûlait à la tête, et lorsque l'ancien grand Inquisiteur vendait des mouchoirs à côté de nous, j'ai entendu souvent des gens qui disaient en s'en allant : « On dirait que cet homme me brûle la tête. » Protestants, vous allez me dire : « Mais nous seuls avons la Vérité, car nous possédons la Bible. » J'ai assisté il y a quelques années à une grande réunion à l'église Saint-Sulpice, pour voir quels pourraient être les moyens d'union entre les deux Eglises ; il a été proposé la prière et la lecture de la Bible.
Eh bien moi, à qui ma mission n'était pas dévoilée à cette époque, je vous dis aujourd'hui : « c'est l'occulte. » Vous allez voir pourquoi : J'ai lu tous les auteurs modernes qui traitent de la pierre philosophale, Papus et d'autres; ils ne m'ont pas convaincu.
J'ai lu ensuite Berthelot, qui nie la pierre philosophale, mais son travail est tellement clair dans sa réfutation que j'ai compris les points qui étaient restés obscurs chez les autres, et j'ai cru en la pierre philosophale. Quant à M. Berthelot, il est resté devant le voile de l'inconnu qu'il faut soulever pour connaître l'invisible. Et maintenant je vous dis : Chrétiens qui désirez, parce que vous êtes pauvres, avoir des richesses pour
224 l'initiation [juin faire beaucoup d'aumônes, gens honnêtes qui avez une idée qui ferait faire un pas à l'humanité vers le bien et qui manquez de fortune, étudiez la pierre philosophale. Si vous arrivez à la comprendre et si vous jurez de l'employer au service de l'Humanité, le secret vous en sera dévoilé.
Vous ouvrirez la Bible, Evangile selon saint Jean, chapitre VI; la multiplication des pains et des pois sons est la pierre philosophale que faisait Jésus-Christ pour nourrir ses apôtres et leurs familles, et, en priant dans votre chambre, si Dieu vous en trouve digne, il vous donnera le mot magique contenu dans ce cha pitre et je vous le répète, ce sera Dieu lui-même, en personne, qui vous le donnera.
Vous voyez que, comme l'ont dit des visionnaires qu'on a appelés fous, l'âge d'or est en marche. Appli quez-vous à devenir bons et plus vous le serez, plus il y aura de richesses sur la terre. Luther a dit à ses disciples : « Dieu m'a donné le secret de la pierre philosophale, parce qu'il m'en a trouvé digne ; il vous le donnera à votre tour si vous le méritez.
Dieu ne donne pas de l'or pour fabriquer des canons ni pour gagner des batailles sur terre, pour tuer ses créatures, mais pour en gagner dans le Ciel pour le bien ; la preuve, c'est que depuis que Marius porte l'habit militaire, toute communication lui est coupée avec le plan divin. » Protestants, vous avez fait les guerres de religion pour la Bible et vous n'en avez lu que la couverture, car l'Humanité n'est pas encore assez bonne pour en avoir les clés. Demandez aux savants occultistes
PARTIE EXOTÉRIQUE Les Sciences Divinatoires L'Imagination est, au point de vue profane, ou la faculté de produire des images, ou une sorte de désé quilibre intellectuel qui fait voir les choses autrement qu'elles ne sont. Au point de vue occulte, l'imagina tion est non pas la faculté de produire des images, mais le miroir plus ou moins net, plus ou moins pur qui reflète les formes plus ou moins incomplètes ou parfaites qui passent devant lui.
L'imagination a une portée infiniment plus grande que ne le croient les matérialistes. Lorsque dans un être l'orgueil com mence a être remplacé par l'humilité et la simplicité, son imagination peut alors refléter et porter jusqu'à sa conscience des images appartenant à des plans très-élevés de la nature. Voici quels sont les signes extérieurs qui peuvent faire reconnaître cette belle faculté.
Je laisse bien entendu de côté ce que l'abbé Michon nomme « lafolle du logis », qui estseulement un désordre intellectuel et peut aller depuis l'exal tation jusqu'à l'extravagance la plus grande. L'imagination se reconnaîtra, dans l'écriture, à la grande séparation des lettres donnant l'intuition, aux lettres mal formées, à peine tracées, comme si la main i3
194 l'initiation ne pouvait suffire à traduire les images rapides qui frappent le miroir interne, aux grandes barres minces des T, aux traits souvent inutiles mais toujours har monieux. L'écriture des Imaginatifs sera en outre petite, sautillante, très souvent penchée (la sensibi lité). Elle ne comportera pas beaucoup de massues et des barres des T manqueront parfois. La main sera osseuse et chaude (tempérament ner veux et sanguin).
Il y aura beaucoup de lignes fines et rouges (excès de fluide.) Les monts d'Apollon (l'art) et de la lune, (l'imagination) seront développés. La ligne de cœur sera naturellement belle et bien tracée ; la ligne d'in tuition (l'hépatique) sera aussi très-nette. Enfin la ligne de tête viendra assez bas dans le mont de la lune.
S'il y avait une étoile sur le mont de la lune, alors l'imagination serait cause d'un malheur ; on trouvera aussi fréquemment dans la main des imaginatifs un croissant sur le mont de la lune. Leur teint sera jaune rouge, souventplus jaune que rouge : le nez sera terminé par une convexité et por tera une petite concavité à la partie moyenne. Les pas seront précipités et courts, les gestes enthousiastes, le style imagé. Le cœur prédominera en eux.
Ils seront presque toujours idéalistes, poètes ou artistes d'une* façon quelconque. Le sens pratique et la volonté leur manqueront souvent. G. Phaneg.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Cette partie est ouverte aux écrivains de toute t^cole, sans aucune distinction, et chacun d'eux conserve ta responsabilité exclusive de ses idées. Religion & sorcellerie à Madagascar Au spirite Louis Desvignes.
Si la religion et la sorcellerie sont, en Europe, choses bien différentes, il n'en est pas de même par tout, et j'ai cru devoir les réunir ici sous le même titre, au risque de blesser certaines croyances. J'es père qu'on voudra bien m'en excuser en songeant qu'à Madagascar — comme dans tous les pays pri mitifs — religion et sorcellerie ne font qu'un.
La magie noire, avec toutes ses pratiques : sorti lèges, envoûtements, incantations, divination de l'Avenir par des moyens barbares, est en grand hon neur sur la terre des Ranavalos et se pratique dans toutes les régions de la grande île où les professions de « mpamosavy » (sorcier) et de « mpisikidy » (de vin) sont encore, malgré la poussée européenne, les plus considérées dans le commun du peuple et les plus lucratives.
On pourrait écrire des volumes et des volumes d'anecdotes, de légendes et d'histoires gaies ou tra giques sur ce chapitre ; je n'en citerai que quelquesunes, choisies parmi les plus typiques.
196 l'initiation [juin Et, d'abord, c'est un peu à la sorcellerie que la dynastie des Radamas dut de régner sur Madagascar.
A la fin du dix-huitième siècle, Andrianampoinimérina, leur ancêtre, ne possédait pour tout royaume que la ville — depuis sainte — d'Ambohimanga, lorsque s'étant avisé d'offrir à ses voisins, les rois de Tananariveet d'Ambohidratrimo.des bœufs — comme présent pour une fête de famille — il se les vit ren voyer sous prétexte qu'ils étaient ensorcelés !
Pour venger cet affront, Andrianampoinimérina déclara la guerre à ces princes trop méfiants, les vainquit et conquit leurs territoires. Ce fut l'origine de l'unité hova, prélude indispensable de l'unité malgache.
Les malgaches ont un dieu unique, mais vague et d'une essence très indéfinie, Andriamanitra ou Zonahary, copie imparfaite du Dieu des chrétiens, auquel on rend aucun culte: on se contente seule ment de prononcer son nom avec respect et de le prendre à témoin de la véracité de ce qu'on avance.
Mais, avant l'introduction du christianisme, les Malgaches adoraient un certain nombre d'idoles dont les plus renommées étaient Manjahatsiroa, dieu lare du Rova de Tananarive, protecteur de la monarchie hova; Fantaka, qui guérissait les blessures et pouvait prolonger la vie — fontaine de Jouvence personna lisée — ; Rakelimalaza, dont le nom signifie « petite et célèbre », introduite en Emyrne par une femme de race antaimoro, Kalobé, qui en fit don au roi hova Ralambo, en lui disant qu'elle était le palladium de son village et qu'elle avait la propriété d'assurer con
I904J RELIGION ET SORCELLERIE A MADAGASCAR 197 tinuellement la victoire aux guerriers qui l'adoraient, et, en même temps, de les protéger contre le feu, les caïmans, les animaux venimeux et les méfaits des sorciers ; Ramahavaly,la seconde des divinités natio nales, qui avait le pouvoir de repousser les attaques des ennemis du roi et dont les prêtres ne se mon traient qu'avec un serpent vivant enroulé autour du bras — procédé employé simplement pour effayer les badauds — ; Rapeto, le géant mythologique — probablement quelque héros divinisé dans le genre de l'Hercule grec — qui périt dans un combat corps à corps avec la lune ; et, enfin, Ranakandriana, qui rendait des oracles au fond d'une grotte, au grand profit de ses prêtres qui les faisaient payer très cher, jusqu'au jour où le roi Radama Ier, libre-penseur en son genre, détruisit son prestige (i).
D'innombrables légendes proclamaient les hauts faits de ces diverses idoles ; en voici quelques-unes : Un jour, Rakélimalaza, la plus grande de toutes les déesses, s'arrêta sur les bords du lac Nossi-Bé. Elle était seule et voulait baigner dans l'eau pure son corps blanc comme la chair des noix de coco et plus beau que l'aurore dans les montagnes.
Elle regardait autour d'elle, craignant sans doute que quelque indiscret ne la vit enlever son beau lamba de soie à franges d'or, et, ne voyant personne, elle se mettait (1) Radama I"r, se plaçant à l'entrée de la grotte, questionna respectueusement l'oracle, comme un simple fidèle. Une voix caverneuse lui répondit dans l'ombre, et le roi tendit un pré sent qu'une main, sortant d'une anfractuosité de rocher, vou lut prendre. Radama tira fortement la main ; elle fut suivie d'un homme qui fut bâtonné, et l'idole perdit son prestige.
198 l'initiation nue et s'apprêtait à entrer dans le lac, lorsqu'un rire sardonique fusa dans les roseaux. La déesse se re tourna furieuse, et vit, devant elle, la hideuse sor cière Mohao qui la dévisageait avec des yeux rail leurs en mumurant des imprécations diaboliques. Devant ce sacrilège, Rakélimalaza s'emporta et jeta la sorcière dans l'onde, en lui criant : « Ce lac sera désormais ta demeure.
Tu y resteras jusqu'au jour où la Terre sera anéantie ! » Il en aurait dû être ainsi ; mais Mohao était la plus habile sorcière de Madagascar. Elle appela à son aide son grand ami, le démon Rambolo, qui s'em pressa de venir demandér sa grâce à la déesse irritée. « Jamais ! » répondit Rakélimalaza.
« Eh bien ! — dit alors Rambolo, en brandissant une sagaie de feu — puisque tu ne veux rien m'accorder, je vais détruire ta ville sainte d'Ambohimanga ! » A cette menace, la déesse pâlit, et, comme elle ne voulait pas qu'il arrivât le moindre mal à ses fidèles adorateurs, force lui fut de s'arranger à l'amiable avec le malencontreux démon.
Et il fut décidé que Mohao ne resterait sous l'eau — où elle dormirait tranquillement — que jusqu'au jour où une parole prononcée par des hommes traversant le lac romprait le charme et la réveillerait. Alors la sorcière sau terait dans la pirogue, jetterait à l'eau les rameurs et regagnerait la rive où elle recommencerait ses exploits maléfiques.
Rambolo espérait sans doute que, par cette combinaison, son amie serait bientôt délivrée; mais le grand Dupeur fut, cette fois, bien dupé : sa déception dure encore, car les indigènes qui traver
RELIGION ET SORCELLERIE A MADAGASCAR 199 sent le lac se gardent bien d'ouvrir la bouche et se contentent d'embrasser silencieusement leurs amu lettes... Cette même Rakélimalaza, malgré son peu de puis sance sur les démons, rendit de grands services au royaume hova naissant. Une tribu sakalave ayant attaqué le village fron tière d'Ambohipéno, elle inspira au roi Ralambo de jeter sur ses adversaires un œuf pourri qui les fou droya tous.
Une autre fois, elle conseilla à ce même Ralambo, assiégé dans Ambohibaoladina, de tirer un seul coup de fusil en l'air ; le bruit de cette arme, absolument inconnue des assiégeants, les jeta dans une telle frayeur qu'ils s'enfuirent au hasard et se noyèrent tous dans les marais.
Plus tard encore, Rakélimalaza délivra Ambohimanambola, en détruisant par la grêle ses agresseurs et aida Ralambo à un tel point qu'il devint un des conquérants les plus renommés de cette période de début de la suprématie hova. Ramahavaly était également une idole nationale très réputée.
Au temps d'Andrianampoinimérina, les Hovas étant en guerre avec les Sihanakas, la lutte se résolut par un combat de prodiges entre les grandsprêtres des deux peuples, le hova Rasoalahatra et le Sihanaka Tohana. C'étaient deux redoutables magi ciens, mais le hova fut le plus fort.
Tohana ayant en vain fait tomber la foudre aux pieds de son rival, ce dernier répondit en lui jetant à la figure les serpents de Ramahavaly qui l'étreignirent dans leurs anneaux et l'immobilisèrent. Et les Sihanakas, convaincus de
200 l'initiation la supériorité du dieu des Hovas sur le leur, se sou mirent. Ranavalo Ire, grande persécutrice des chrétiens et ennemie acharnée des Européens, encouragea le culte de cette idole toute patriotique qu'on traînait à la suite des armées et qui passait pour guérir les blessés, après la bataille.
Au commencement de l'année 1829, le résident anglais Robert Lyall, désigné à la popu lace comme s'étant moqué publiquement de l'idole, fut assailli dans sa maison par une bande de fana tiques surexcités et traîné de force à Ambohipéno, où on l'obligea, au milieu de scènes sauvages, à deman der pardon à la statue de la déesse outragée. Robert Lyall en revint complètement fou et mourut peu après.
Madagascar a aussi ses farfadets dans la personne des Kotokély, petits hommes barbus qui errent tran quillement dans les bois, protégés par la terreur res pectueuse des indigènes (1), et des nains Kanaloro ; et ses revenants, dans la personne des Kinoly et des Matoatoa, fantômes qui se matérialisent pour pou voir manger nos aliments terrestres, et qui sont, comme nous — revers naturel de la médaille — sujets à des besoins sur lesquels je n'insiste pas.
Enfin, la superstition la plus étrange, la plus fan tastique, c'est la croyance, répandue dans presque toute l'île, aux unions charnelles entre caïmans mâles (1) Un Européen, doué de tout son bon sens, m'a affirmé s'être trouvé.en plein jour, face à face avec un Kotokély, en chas sant dans la grande forêt de l'est 1 Hallucination... ou, alors, quoi ?
RELIGION ET SORCELLERIE A MADAGASCAR 201 et sorcières ou entre sorciers et caïmans femelles ! « On trouve parfois, disent les indigènes — pour expliquer leur crédulité à cet endroit — des caïmans portant à leurs griffes des bagues données par leurs amants humains ! » Le culte des antiques idoles est aujourd'hui à peu près abandonné, mais bien des croyances bizarres ont survécu à la mort des dieux.
Par exemple, les superstitions concernant les animaux et les objets « fady » (sacrés).
Parmi les animaux « fady » il faut citer d'abord le caïman vivant — car, mort, il n'est plus qu'une vul gaire charogne sans valeur — que les Malgaches appellent très respectueusement : Ravoay — monsieur crocodile — tant qu'il a encore un soufle de vie, pour le couvrir des plus ignobles injures dès qu'il a rendu le dernier soupir, son caractère sacré s'en allant avec l'existence.
Le caïman fournit aussi le gri-gri le plus précieux à Madagascar, l'amulette par excellence : une dent arrachée à un mâle qu'on remet ensuite en liberté, non sans périls. Un autre reptile moins dangereux, le « menera », est également très vénéré des peuplades de la côte orientale. Le menera est un serpent bleuâtre, long d'un mètre et demi environ, qui n'est pas venimeux et qui vit de rats, de souris et de mulots.
Il rend ainsi beaucoup de services dans ces contrées où les rongeurs de tout genre pullulent. Est-ce pour cela qu'on l'a divinisé ? Je l'ignore; cependant sa destruction est considérée com me un meurtre plus grave
202 L'INITIATION même qu'un parricide, le crime le plus hideux que nous connaissions. Mieux encore, le menera est doué par ses adorateurs d'une âme intelligente. Il est l'esprit protecteur du village qu'il habite et la réincarnation d'un ancêtre glorieux chargé de défendre ses descendants vivants contre les forces obscures du mal.
Celui qui le tue volontairement commet donc un crime épouvantable, doublé d'un sacrilège, qui lui attire un châtiment immédiat. Châtiment céleste ? Peut-être; mais, lorsque la vengeance divine se fait attendre, châtiment tout humain, car le Malgache se croit toujours obligé de se substituer à son idole quand cette dernière ne manifeste pas sa puis sance.
Un exemple : un prospecteur — français, je crois — établi à Androango, près de Tamatave, il y a sept ou huit ans, tua un jour un serpent bleu. C'était le me nera protecteur du village, dont le prospecteur, nou veau venu à Madagascar, ignorait le caractère sa cré. Le Tout-Androango fut consterné, et les sorciers prédirent au meurtrier une vengeance prochaine de l'âme ancestrale, de nouveau désincarnée.
Le malheureux blanc ne voulant pas s'attirer la haine publique — car, en cette occurrence, il avait beaucoup plus peur des vivants que du mort — fit libations sur libations près de la tombe du menera et s'excusa publiquement de sa faute, en demandant pardon à la dépouille sainte du reptile. Cependant, quelques jours après, il attrapait un
RELIGION ET SORCELLERIE A MADAGASCAR 203 violent accès de fièvre qui l'obligea à gagner Tamatave. Rétabli, il eut la malencontreuse idée d'aller revoir le « lieu du crime ». Que se passa-t-il alors ? nul ne le sait; mais, une semaine ne s'était pas écoulée, que des indigènes ramenaient à Tamatave le cadavre du prospecteur, mort « victime d'une vengeance d'outretombe ».
Il n'y a pas que des animaux sacrés à Madagascar, il y a aussi des pierres fady. Certaines ont même donné leur nom aux villages sur le territoire desquels elles sont érigées. Tels : Ambatondrama, la pierre de Radoma; Ambatondrazaka, la pierre de Razaka; Ambatolampy, la pierre noire, etc..
Ces morceaux de rocher, longs et étroits, dressés vers le ciel comme des menhirs druidiques, que les indigènes appellent communément des « vatolava » {pierres longues) sont consacrés à la mémoire des ancêtres morts dans les guerres locales. Les renver ser ou les souiller constitue un sacrilège toujours vengé par le mort offensé ou, par défaut, par ses des cendants vivants.
Il en est de même des « vatabazimba », pierres consacrées à la mémoire des Vazimbas, ces peuplades nègres autochtones de la grande île, que les conquérants arabes et hovas exter minèrent, tout en respectant leurs tombeaux, et dont les fantômes reviennent parfois tourmenter les ar rière petits-fils de leurs massacreurs. Pour apaiser le courroux de ces revenants éternels, les femmes prient et déposent des offrandes devant leurs monu ments.
204 l'initiation Et malheur aussi à ceux qui ne les respectent pas : une fin tragique les attend ! Ce fut le cas d'un An glais qui avait criblé de coups de fusil une de ces pierres, après boire. Les indigènes s'étaient enfuis» épouvantés devant l'horreur du sacrilège, en prédi sant à l'enfant d'Albion une terrible vengeance di vine, mais l'enfant d'Albion avait haussé les épaules et était rentré tranquillement chez lui.
C'est là que la Fatalité l'attendait. Vers le milieu de la nuit, la lampe à pétrole qui éclairait sa chambre se renversa tout à coup, commu niquant le feu à la moustiquaire de tulle et au lit qui flamba comme une botte de paille et le malheureux, surpris dans son premier sommeil, fut brûlé vif.
L'accident avait-il été surnaturel, comme les Mal gaches le prétendirent, ou était-il simplement l'œuvre d'un individu chargé de venger l'offense faite au mort ? C'est ce quel'enquête ouverte sur cet événement ne découvrit jamais... Maurice Bransiet. (A suivre.)
BATAILLES (Suite et fin) Voyez ce que cela nous coûte pour arriver à notre but. Nous ne nous reposons pasdu tout dans le sein de Jésus ; on le croit à tort, mais abordons autre chose.
Marius va se marier, voiis ferez dans la maison une chambre sainte où vous donnerez des concerts et gué rirez les malades; cette chambre sera sanctifiée jus qu'à ce que les malades soient guéris en y entrant, Puis vous pourrez aller à Paris, que vous aimez beau coup, vous irez trouver les occultistes français, vous y raconterez ce que vous avez vu, vous continuerez d'étudier et écrirez tout ce que je vous ai dit afin de le faire publier.
Mais l'homme propose et Dieu dispose ; quand nous avons commencé à travailler sur la place publique de Mataro, on nous prêtait une caisse à bouteilles qui servait de siège à l'un de nous pendant que l'autre s'asseyait sur une pierre. Quand nous eûmes gagné (i) Nous pourrions ajouter en sous-titre « Les Dangers de la Pratique ». Nos lecteurs nous demandent souvent des récits de faits vécus.
Pour les détourner des expériences fu nestes et leur indiquer les dangers à éviter dans les études occultes, nous publions dans sa forme fruste le récit d'un étudiant sincère et loyal qui ne ment pas et ne cache aucun de ses déboires, ni aucune de ses épreuves. N.D.L.R.
206 l'initiation dix francs de notre métier d'horloger, le commissaire du gouvernement espagnol de Mataro nous envoya un agent pour avoir à lui remettre cinq francs pour lui. Croyant à une erreur, je me rendis chez le com missaire; c'était très sérieux, car l'emploi que ce fonc tionnaire occupe, il l'a payé à Madrid et il a le droit de le faire produire ; si nous n'avions pas remis les cinq francs demandés, nous devions nous en aller.
Notez que nous avions déjà payé à la municipalité un franc de place par jour; étonnez-vous alors qu'à Mexico il y ait un monument élevé à ceux qui ont pu chasser les bannières deCastille, après trois cent troisans de honte et de servitude pour les Mexicains. Un jour que nous n'avions rien gagné, les agents menaçaient de nous mener en prison, si nous ne payions pas la redevance.
Un passant nous donna du travail, et, lorsqu'il reprit le travaildonné, il nousremit 2 francs que les agents confisquèrent à l'instant. Mais notre protecteur leur dit : « Pourquoi venir chicaner ces pauvres diables ; laissez-les tranquilles ; voici ma carte que vous remettrez au commissaire ». Depuis ce moment, nous ne fûmes plus inquiétés ; et deplus la municipalité nous fit payer i franc par semaine au lieu de i franc par jour.
Nous n'avions jamais pu nous habiller convenable ment, nos moyens ne nous le permettaient pas. Marius avait dit, en examinant la main d'une des malades que nous avions guéries, qu'elle allait faire un héritage et qu'un changement grave dans sa vie était sur le point de se réaliser. Puis, avec un jeu de cartes, il lui prédit de faire attention, qu'un de ces
BATAILLES 20J jours un commissionnaire viendrait la chercher. Il lui recommanda de ne pas perdre une minute pour aller avec lui, et que de pauvre qu'elle était elle deviendrait riche. Je ne sais rien de vos aflaires particulières, mais faites comme je vous dis, avait-il ajouté.
Quelques semaines plus tard, cette personne revint nous voir, nous apportant 10 francs, somme énorme dans la situation où nous nous trouvions et nous remercia du conseil que lui avait donné Marius, car elle était à présent très riche. Son mari, qui avait une grande fortune, s'était épris sur ses vieux jours d'une jeune fille et avait abandonné sa femme et ses enfants. Comme le divorce n'existe pas en Espagne, il n'avait pas pu se remarier.
Se sentant près de mourir, il eut des remords, et comme il ne pouvait écrire à sa femme de peur que sa maîtresse n'interceptât la lettre, il lui envoya un commissionnaire; c'était ce que Marius avait vu. Cette femme assista ainsi aux derniers moments de son mari qui put lui laisser encore une grande partie de sa fortune, car la maîtresse en femme prévoyante avait fait disparaître tout ce qu'elle avait pu.
Le don de divination de Marius fit du bruit ; à partir de ce moment nous reçûmes la visite de gens qui tous voulaient savoir s'ils ne devaient pas faire aussi un héritage ; mais on ne nous permit que de guérir les malades, avec condition de ne faire payer qu'un franc par personne. Tout cela devait cependant mal finir, car de nous voir guérir sans remèdes, les médecins et les pharma ciens s'entendirent et remirent 35o francs au commis
208 l'initiation saire du gouvernement, qui flanqué de toute une escouade de municipaux vint à notre logis pour nous conduire en prison ; mais comme toutes ces sortes de choses s'arrangent avec de l'argent, je promis que le lundi suivant nous apporterions la grosse somme et on nous laissa tranquilles.
Comme c'était un samedi, jour occulte, Luther m'apparut et me fit savoir que nous avions six mois de prison inscrits dans notre astral, et qu'il nous fal lait quitter Mataro. Je me mis à pleurer toutes les larmes de mon corps ; je ne pouvais pas croire qu'à Dieu tout le monde dût obéir au doigt et à l'œil.
Luther me disait : « Voyez, nous avions tout prévu, excepté le commissaire qui paraissait bon enfant, et qui est un des meilleurs amis du diable; mais mon pauvre ami, Jésus-Christ viendrait à Paris refaire ce qu'il a fait à Jérusalem, malgré vingt siècles, on lui demanderait des diplômes, et toutes les académies de Paris le feraient mettre en prison.
Puis, après, on s'en débarrasserait comme ses concitoyens l'ont fait à l'époque où il vivait « Voyons, vous n'avez pas perdu votre temps ; aucune leçon à Paris ne vous aurait appris ce que vous savez ; puis jamais vous n'auriez vu ce que vous avez pu voir ; il faut se faire une raison. » Le lendemain était grand jour de marché, nous comptions un peu que les personnes riches et puis santes viendraient à notre secours d'une manière ou d'une autre.
Seul l'ouvrier teinturier que nous avions guéri si miraculeusement prit notre défense, disant que c'était une honte de nous chasser ; mais le pauvre
I904] BATAILLES 225 ce que signifie pain et poissons en occulte. Ce à quoi se reconnaissaient les premiers chrétiens, c'était en dessinant un poisson. Allez à Toulouse, vous verrez toute l'histoire de cette ville dessinée sur ses anciennes maisons.
Au temps de Calvin, Paris était ainsi, et si Calvin avait voulu écouter les occultistes de son époque, il aurait pu accomplir sa mission, mais il était un peu orgueil leux et croyait si bien au Saint-Esprit qui lui soufflait, disait-il, de brûler ceux qui ne croyaient pas comme lui, qu'une fois dans l'au-delà il a reconnu son erreur.
Il a vu que Jésus-Christ, qui est amour et charité, n'a pas besoin d'épée, mais que son épée à lui sont les pa roles magiques qui sontles clés de la nature: aussi cha que fois que j'ai voulu les répéter, j'en ai été empêché, En face du Christ se trouve le Christ du diable, qui est l'Ante-Christ et qui, lui, a une épée ; c'était lui qui se faisait passer auprès de Calvin pour être le SaintEsprit, lui disant qu'il ne fallait pas d'occulte, mais qu'une table et des chaises suffisaient.
Lorsque Calvin est revenu sur la terre comme pape des catholiques, protestants, vous vous êtes moqués de lui. Ayant à ce moment apparu à diflérents spirites d'Amérique, il leur avait recommandé d'étudier l'oc culte, parce que là était la vérité.
Après Calvin pape, tous les autres papes vous di ront de retourner à l'église cathojique; aussi, je vous dis d'accepter et de poser vos conditions, car le che min du ciel est ouvert depuis 1903 ; quand il sera fermé, il sera trop tard. Lorsque, à Mataro, il a fallu sanctifier la chambre i5
226 l'initiation où nous allions guérir, on nous a dit : « Vous achè terez un oiseau que vous mettrez dans une cage, des fleurs avec leurs plantes et vous pendrez au mur la mandoline, car il y aura bataille. » La bataille eut lieu et l'oiseau est mort. Pour le récompenser d'être mort pour soulager l'humanité, Dieu lui a donné une parcelle d'être humain etdans mille ans il sera homme.
Quand Marius a été malade, et que le troisième jour il ne guérissait pas, on est allé acheter une guitare et le son de cette guitare l'a guéri. Dès qu'il a pu se le ver, il a pendu la guitare à côté de la mandoline.
Savants de ce monde, qui n'allez pas croire ce que je vous dis, demandez cela aux savants occultistes de l'Inde, ils vous diront que l'oiseau est l'être tombé le dernier du Paradis au moment de la chute ; que les fleurs sont les dernièras plantes tombées du Paradis et que la musique est divine, car elle est venue des Cieux en passant par l'Italie.
Marius et moi n'avons fait aucune étude, nous ne possédons aucun certificat et nous avions pu sancti fier notre chambre de telle façon que les malades en sortaient guéris. Un jour, la maison était si pleine de monde que j'étais anxieux, me demandant si nous aurions la force nécessaire à guérir tant de malades. Tout à coup l'Invisible se révéla et je vis l'œil de Dieu qui nous re gardait à travers untriangleresplendissant delumière.
Combien nous voilà loin du Dieu vengeur et ba tailleur des Israélites ; un oiseau, des fleurs et une mandoline pour armes, cela montre suffisamment qu'il est la bonté même.
BATAILLES 227 Chaque fois que Luther venait, il prenait la man doline et jouait merveilleusement son célèbre choral. 11 nous disait : « C'est un rude voyage que j'ai fait et j'adresse un Te Deum au Dieu de bonté. A l'église, il allait se prosterner majestueusement au pied de l'autel reconnaissant que c'est Dieu le meilleur des maîtres, et était vu de son rival, le diable, à qui toutes les méchancetés sont bonnes pour arriver à ses fins.
D'autres occultistes vous ont dépeint les signes occultes que contient la façade de la cathédrale de Notre-Dame de Paris. Ils vous ont dit où se trouvait l'endroit où les occultistes ont toujours su se trouver à travers les siècles. Ce n'est pas dans un temple protestant que ma mission m'a été en partie dévoilée, c'est dans le petit coin des occultistes que je ne connaissais pas.
A ceux qui pourraient croire que je suis un exalté ou que je cherche à fonder une secte, je répondrai : «Je ne suis ni l'un ni l'autre; je suis un protestant intransigeant comme vous m'avez fait, et j'ajouterai : comme la rupture du protestantisme avec le catholi cisme s'est fait bruyante, la réunion des deux églises se fera plus bruyante encore, non partiellement, mais d'une façon complète au milieu deschants d'allégresse.
Les temps sont à la paix; si je ne réussis pas dans ma mission, j'aurai toujours montré aux hommes de bonne volonté que l'Invisible n'est pas l'Inconnu, es pérant que Jésus-Christ me prendra par la main pour me mener au Père qui me dira : « Entre dans la joie de ton Seigneur. » Ainsi soit-il. Amen.
FEUILLES MAÇONNIQUES PETITES QUESTIONS D'HISTOIRE A l'occasion de deux petites erreurs que j'ai relevées dans un travail historique de l'ill .-. fr.-. John Yarker, me voici engagé dans toute une affaire dont personne ne saurait entrevoir la fin, si, lui et moi, nous ne finissions pas par nous décider à mettre un terme à une discussion ayant déjà beaucoup trop dévié du point de départ. Depuis mon précédent article, le fr.-.
John Yarker a écrit à notre directeur ; or, me trouvant à Paris le mois dernier, j'ai demandé communication de la lettre du savant auteur maçonnique, afin d'être mis à même de pouvoir y répondre en même temps que publica tion en serait faite. Cette lettre est divisée en trois points que nous allons examiner : « Ma calligraphie, dit le fr.-. Yarker, semble me créer beaucoup d'embarras à l'étranger. « Je ne puis pas penser avoir écrit Geusan au lieu de Geusau ou avoir dit que Ramsay avait quarante ans au
FEUILLES MAÇONNIQUES 229 lieu de soixante en 1741, puisqu'il est né vers 1 681 , et non pas en 1686, comme on le croit généralement. « Gould rapporte que Herr von Geusau était précepteur du fils du prince de Hesse, tandis'que Ramsay était précep teur du prince de Turenne, et qu'ils ont fait connaissance à Paris en 174t.
Geusau consacre 5o pagesdu volume III de son Journal aux conversations qu'il eut avec Ramsay, lequel, dit-il, l'informa (1741) qu'il avait 60 ans d'âge.
« Charles Purton Cooper, avocat anglais, écrivait, il y a environ trente ans, que Ramsay informa Geusau que le général Monck avait employé les Loges maçonniques en vue de la restauration de Charles II, et je demanderai ici quel but tant de militaires poursuivaient en recherchant, ainsi qu'on en a la preuve dans les vieux registres de mi nutes écossais, l'initiation maçonnique durant le dix-sep tième siècle... » Je m'explique difficilement l'argumentation de l'ill.-. fr.-.
John Yarker qui, tournant autour de la question soulevée, trouve très commode de ne parler que d'autre chose. En vérité, le débat a si bien dévié, que me voici avec feu M. de Geusau sur les bras. Or, j'ai eu sous les yeux la première note envoyée au docteur Papus par le fr.-.
Yarker, et j'y ai remarqué le passage sui vant : « Beaucoup de faits relatifs à Ramsay ont été recueillis en 1741 par Von Geusan, qui rapporte que Ramsay lui dit alors avoir 40 ans. Le journal de Geusan n'a pas été imprimé. » Si la note dont il s'agit n'a pas été détruite, on pourra aisément acquérir l'absolue conviction que j'ai bien lu et que je n'ai pas abusé mes lecteurs : le fr.-. Yarker a bien écrit Geusan et donné 40 ans d'âge, au lieu de 60, à Ramsay, en 1741.
2 3o l'initiation Cependant j'ai besoin moi-même de tant d'indul gence pour les erreurs nées sous ma plume, que j'au rais bien mauvaise grâce, en présence de la rectifica tion du fr.-. John Yarker, à lui refuser de passer l'éponge sur son nouveau lapsus calami. Mais en voici bien d'une autre : pour pouvoir s'ex pliquer et nous expliquer les fameux 60 ans de Ramsayen 1741,1e fr.-.
John Yarker s'assure à luimême et nous assure que le dit Rarasay serait né vers 1681 et non en 1686. Toutefois, mon honorable contradicteur, qui dément tous les écrivains ayant fait naître Ramsay en 1680, oublie de nous faire observer qu'il a trouvé cette bonne plaisanterie dans Gould, lequel, sans autre raison qu'un très visible esprit de coterie, a l'air de croire M. de Geusau (vol. III, p. 80).
Pour moi, sur ce sujet, je m'en rapporte encore moins au fr.-. Gould ou aux classiques dictionnaires de Biographie universelle dans le genre de celui du docteur Hoeffer, qu'au chevalier Michel-André de Ramsay lui même.
En effet, ce dernier a publié à la Haye, en 1723, une Histoire de la vie et des ouvrages de Fénelon, où, dans une sorte d'auto-biographie inti tulée Préface, il se donne comme étant né à Ayr le 9 janvier 1686, en ajoutant qu'il avait a3 ans quand, en 1709, arrivant de Hollande, où il avait reçu les leçons mystiques du célèbre Poiret, il alla voir pour la première fois Fénelon à Cambrai (1). (1) Ramsay, qui était apparenté aux barons de Kingston, bien connus en maçonnerie, n'était pas ignoré de Fénelon. Il était bel et bien le descendant direct d'un Ramsay qui, en i582,
FEUILLES MAÇONNIQUES 23 1 L'observation que j'ai faite à propos du dire de Geusau reste donc aussi solide aujourd'hui qu'elle l'était dans mon article du 6 mars, car, en 1741, se trouvant avoir 53 ans d'âge, Ramsay n'a pas pu s'en donner 40 ou 60, en présence d'un homme qui avait certainement lu son livre de 1723. Gould ne rapporte pas que « Herr von Geusau était précepteur du fils du prince de Hesse » : ceci est encore un lapsus calami du fiv.
Yarker. Gould (vol III, p. 80) rapporte que Geusau fut le précepteur du prince-souverain de Reuss — ce qui est un peu différent. Mais que M. de Geusau ait été précepteur du prince de Reuss et que Ramsay ait été celui du prince de Turenne, cela est bien connu et ne diminue en rien la valeur de la petite opération d'arithmétique tou chant son âge en 1 741 .
L'exactitude de cette opéra tion ne changerait même pas si, pour paraître bien informé, j'ajoutais que Ramsay, au sortir des écoles (1706), fut d'abord précepteur d'un futur comte de Wemyss qu'on vit grand-maître de la maçonnerie de connivence avec l'archevêque de Glascow, un ambassadeur espagnol et un Salignac de La Mothe-Fénelon, ancêtre direct de Mgr de Cambrai et ambassadeur de France en Ecosse, avait conspiré dans le but de délivrer Marie Stuart, alors en prison.
Ramsay resta cinq ans avec Fénelon qui, après l'avoir converti au catholicisme, lui suggéra sans doute les mêmes con victions que celles du Père Bonani sur l'authenticité de la fameuse charte de Larminius. Quoi qu'il tn soit, il fut initié, t'il ne l'était déjà, par ce fameux prélat, et comme l'a fort justement dit Hapus dans l'un de ses livres, il fut < chargé d'assurer la revanche en même temps que de satisfaire la vengeance desTempliers ». Ici, on sait ce que Templiers veut dire.
232 l'initiation écossaise en 1743; puis qu'il fut précepteur du duc de Château-Thierry au temps des prouesses de l'Écossais Law de Lauriston ; ensuite qu'il devint, entre 1724 et 1725, précepteur du prince Charles-Edouard, âgé de quatre ans et qui vivait à Rome chez son père, pensionné du pape ; et qu'enfin c'est en 1730, en reve nant de dresser des plans politiques chez l'ill.-. fr.-. duc d'Argyll, qu'il devint intendant du prince de Turenne — autrement dit de ce futur duc de Bouillon qu'on a vu, en 1774, grand-maître des trois Directoires écossais de la Réforme de Dresde établis à Lyon, Bordeaux et Strasbourg (1).
D'autre part, l'allégation de Ch. Purton Cooper, relative à Monck, n'était pas chose nouvelle il y a trente ans. Tous les écrivains qui ont pris la peine d'étudier lesdessousde cequ'on appelle la Révolution et la Res tauration d'Angleterre, ont dû se convaincre bientôt d'une double action, souvent artificielle, dela maçon nerie britanniquedivisée par un schismecorrespondant au détraquement religieux (2). Le fr.-.
Plesser, dans (1) C'est chez cet ill.". fr.-. duc de Bouillon, qui fut plus tard l'ami des Jacobins français, que l'ill.-. fr.-. CharlesEdouard se trouvaitquand, après l'expédition manquéede 1744, il fut appelé à prendre la direction de la descente de 1 745 . Lefr.'. duc de Bouillon habitait Navarre. Plusieurs ouvrages du temps mentionnent ce fait, qui est aussi rapporté dans l'Histoire maritime de France, 1844, vol, II. p. 246.
Ce der nier livre a été écrit par Léon Guérin, qui fut admis à con sulter les archives du ministère de la Marine. (a) Cette double action maçonnique se retrouve continuée dans la rébellion des Anglais d'Amérique contre la métropole, rébellion à la téte de laquelle il fut question de placer l'ill.-. fr.-. Charles-Edouard, et aussi dans les événements qui ont précédé, accompagné »>t suivi ce qu'on appelle la Révolutionfrançaise.
FEUILLES MAÇONNIQUES 233 ses inoubliables travaux, le frv. prince.de Hesse, dans ses manuscrits, le frv.
Robison,dans les Proofs of Conspiracy, qu'on ne doit lire qu'avec une prudence extrême, et une foule d'autres nations maçonniques dont il est inutile de donner la liste ici, ont parfaite ment fait connaître et défini, quand ils ne se sont pas contentés de l'avoir indiquée, l'action du général Monck, à laquelle le comte Le Couteulx de Canteleu n'a pas manqué, il y a quarante-cinq ans, de faire allusion, en s'en référant à des histoires ou documents maçonniques dont le fond devait servir plus tard au frv.
Gould pour dire la même chose. Tous ceux qui, d'ailleurs, parmi les profanes un peu curieux, s'amusent à rechercher ce que recouvrait le symbole de la maîtrise du temps d'Ashmole, ne tar dent jamais à pressentir le fin mot qui a été retrouvé le 29 mai 1660, et à se voir d'accord, sur ce sujet, avec beaucoup d'écrivains classiques de la maçonnerie et avec le Rosicrucian and Masonic Record de 1877-78.
Je ne vois pas bien pourquoi, à propos de M. de Geusau, qui vivait du temps de Ramsay et de Derwentwater, le frv. John Yarker nous ramène à un siècle auparavant, c'est-à-dire au temps du frv. Charles II qui, après avoir été baptisé surle conti nent par le cardinal de Kety, fut initié en i65o quand il se rendit à Aberdeen, siège secret des Templiers de ce temps-là.
Nous savons l'histoire complète de ce roi dont le nom vient pour la première fois et sans raison dans ce débat ; nous savons toutes les causes de son réta blissement, effectué le 29 mai 1660 et qui valut au
234 l'initiation fr.-. Monck le titre de connétable; nous savons aussi pourquoi le fr.-.
Jacques II a été détrôné en 1688 ; nous savons que la maçonnerie étrangère n'a pas été intro duite en France en 172 1, ni en 1725, mais bien avant la venue de l'Ecossais Law lui-même, et nous n'igno rons pas que la maçonnerie de Désaguliers, composée de maçons séparés d'York et née après l'échec du fr.-. prétendant Jacques III, a été le fondement d'une autre secret maçonnique, facile à pénétrer, même pour nu profane.
Nous savons également que notre célèbre historien Henri Martin, qui écrivit que « les francsmaçons d'autrefois ont construit l'Eglise exclusive du moyen-âge, » ne s'est pas plus trompé que les fr.-. Bagot, Bésuchet, Clavel, Kloss, Kauffmann et Cherpin, Gould, etc., quand il nous a dit dans quel but fut introduit et propagée par les Stuarts et leurs partisans la maçonnerie britanniqueen France (1). Nous n'igno rons pas davantage que le fr. -.
Findel, un des écri vains maçonniques les plus instruits, assure le fr.-. Gould lui-même, a écrit : « De son discours ^dis cours de Ramsay, en 1738) et de ses conférences avec M . de Geusau, il est aisé d'apercevoir que Ramsay avait en vue une récolte d'argent en faveur du Pré tendant (2) ... Nous savons tout cela, mais rien de tout cela n'a (1) Voir Histoire de France, Henri Martin, vol. XV, 1 7 1 5 — 1763, pp. 399 et 400. — Bésuchet, t.
I, p. 210. — Œuvres du fr.-. N. de Bonneville. — Clavel, p. 107. — Robison, chap. I'r. — Kloss. — Kauffmann et Cherpin. — Gould, Hittoirc de la magie, par Christian, etc. (a) Geschicte der Freimxurerei, 1878, p. ao6. Voir aussi Gould, qui relate également ce passage de Findel.
FEUILLES MAÇONNIQUES 235 rapport avec les erreurs que j'ai relevées dans l'article du fr.-. J. Yarker et qui devraient seules faire l'objet da la discussion pendante.
Que, du temps de Cromwell, de Monck, du futur Charles II, du futur Jacques II, et aussi après comme avant, des militaires aient recherché l'initiation maçon nique, ou, ce qui serait plus exact, que les initiateurs aient pratiqué l'embauchage des militaires, ceci a été prouvé depuis longtemps, est incontestable et n'a jamais été contesté par moi ; je ne vois donc pas pourquoi cette question est soulevée par le fr.-. Yar ker.
Je n'insiste pas et je passe au deuxième point de la lettre que j'analyse : « D'Habnouf.ster. — Les nombreux auteurs men tionnés par M. Teder sont de petite valeur dans cette question, parce que ces écrivains se sont simplement copiés les uns les autres. Le point essentiel est de rechercher, en France, l'autorité sur laquelle le premier écrivain s'est reposé pour alléguer l'existence de cet ima ginaire comte d'Harnouester.
« J'ignorais que Gould eut exprimé la même idée que celle que j'ai suggérée, mais il est un précieux appui pour ma supposition. « Derwentwater n'a pas été décapité avant 1740, et il n'y a pas de raison actuelle pour qu'il n'ait pas été grandmaître jusqu'en 1738. « Je pense que les écrivains français sont tous dans l'erreur sur cette question, et Gould semble fournir le flambeau qui éclaire le sujet.
Dans le volume III, p. 1 39, il mentionne une publication de Francfort, de 1744, qui dit qu' « à la fin de 1736, il y avait six loges en France et plus de 60 maçons (111) qui, à cette date (1736) élirent le comte Derwentwater pour succéder à James Hector Maclean, lequel avait servi quelques années auparavant ». « Quoique nous n'ayons aucune information en Angle
236 l'initiation terre au sujet de ce dernier nommé, c'est là probablement la vérité de la question (!ll), d'autant plus qu'il y a aussi quelque témoignage suédois qui tend à prouver la même chose : — le baron Scheffer fut initié dans la maçonnerie en 1737, et, dit-on, il reçut deux degrés écossais, c'est-àdire deux des trois degrés de Ramsay, ou l'Harodim. ainsi que cela est évident pour quiconque connaît l'his toire de ce rite, aujourd'hui désigné sous le nom d'ordre royal d'Ecosse, Heroiom et Rose-Croix ; on ajoute que Scheffer, le a5 novembre 1737, reçut de Derwentwater (non pas d'Harnouester, ceci est à noter) une patente à l'effet d'établir des Loges en Suède... » Vraiment, tout ceci est bien peu probant.
Si mes auteurs, que la maçonnerie nous présente comme classiques et parmi lesquels il y a des étran gers, se sont simplement copiés les uns les autres, — ce qu'il faudrait démontrer autrement que par une assertion, — la même chose pourrait être dite plus sûrement des auteurs que cite le fr .-. John Yarker. Car en vérité, le fr .-.
Gould, dont l'énorme ouvrage n'est qu'une immense compilation, ne fait que copier, et il le déclare lui-même, une assertion contenue dans une vieille publication de Francfort, publication dont il n'a pas eu l'original sous les yeux, mais qu'il a trouvée reproduite dans les travaux du fr .-. Dr. G. Kloss (1). Et cette assertion qui ne repose sur rien, cette asser tion dont on ne connaît pas Pauteur,sulfit au fr.-.
John Yarker, lequel avoue ne pas connaître davantage Maclean, pour que la « supposition » relative à d'Harnouester, supposition qui n'était qu'une fausse 0) Geschichte des Freimaurerei in Frankreich, Kloss, 1852-53.
FEUILLES MAÇONNIQUES ïZ"] idée de Gould en 1884, soit « probablement» la vérité de la question ! Depuis que j'ai vu, dans les auteurs classiques de la maçonnerie, quelle quantité considérable de docu ments maçonniques sont considérés par eux comme faux, je suis devenu beaucoup plus difficile que cela. Gould, dit le fr.-. J. Yarker, a mentionné une publication de Francfort, datant de 1744.
Et, d'abord, était-elle bien de Francfort, cette publication ? Je vois, moi, vol. III, p. 1 3g, que Gould a mentionné, en pre mier lieu une publication de Francfort de 1738, inti tulée Grundlichen Nachrichten, et c'est précisément cette publication de 1738 qui renferme l'assertion rela tive au pseudo-Maclean ; la publication de 1744, inti tulée Der sich selbst vertheidigende Freimaurer, ne fait que copier celle de 1738, et le fr .-.
Kloss, cité par le fr .-. Gould, copie simplement les deux publi cations de 1738 et 1744, sans y attacher la moindre importance. Or, les deux publications en question sont men tionnées aussi dans l'ouvrage de Findel et il est parti culièrement curieux de voir ce dernier, initiant le fr.-. Kloss, citer d'une manière positive le pseudo-lord Harnouester comme ayant remplacé le lord Derwentwater en 1736 (1 ).
Ce qui est également remarquable, c'est de voir le fr .-. Gould, aujourd'hui invoqué par le fr.-. Yarker, rire lui-même du soi-disant Maclean et publier (vol. III, p. 1 52) un tableau synoptique de la Franc-Maçonnerie française, dans lequel sont indi- (1) Findel, p. 201 .
238 l'initiation qués le lord Derwentwater et le lord Harnouester comme premier et second grands-maîtres en France. I) y a mieux encore.
On sait que, pour donner le change au gouvernement de Georges II, Louis XV, qui, en ce temps-là, savait être aussi intelligent que le pape Clément XII, l'un des pensionnaires du fr.-. prétendant Jacques III, menaçait beaucoup la francmaçonnerie introduite en France par les Stuarts (i) ; le roi français, qui était leur ami et politiquait avec eux contre l'Angleterre, ou plutôt contre la nouvelle dynastie de ce pays, manifesta sa fausse colère en donnant l'ordre formel de fermer les Loges... qui restèrent ouvertes.
Eh bien, à ce sujet le fr.-. Findei — que le fr.-.
Gould ne manque pas de citer — dit expressément ceci : « La royale prohibition ne produisit pas un très grand effet, car nous trouvons annoncé dans un journal du 12 février 1738, que les francs-maçons donneront le 24 juin un grand festival à Lunéville, où Harnouester se démit de ses fonctions de grand-maître et où le duc dAntin fut choisi à sa place (2)... » L'histoire de James Hector Maclean, qu'on ne con naît pas et qui aurait été le premier grand-maître remplacé en 1736 par le comte Charles Radcliffe de Derwentwater, est un trop gros canard pour que je puisse le digérer.
Je suis comme Kloss, comme Findel, comme tous les classiques de la maçonnerie cités dans (1) Le fr.-. Jacques III était non seulement pensionné par le pape, mais aussi par les gouvernements d'Espagne et de France. (2) Findel, p. 202.
FEUILLES MAÇONNIQUES 23g mon dernier article, comme tous les auteurs des ca lendriers maçonniques français qui connaissent les travaux de Kloss et de Gould : j'ai l'estomac trop étroit.
Je sais fort bien — ce que ne paraît pas avoir su le fr.\ Gould — qu'un baronnet du nom d'Hector Maclean a existé, qui fut arrêté avec son domestique en 1745, à Edimbourg, sous prétexte qu'il embauchait des hommes pour le service de la France et du préten dant; je sais fort bien qu'il fut condamné à deux ans de prison, qu'il obtint sa grâce, qu'il était apparenté aux Macdonald, et qu'il mourut en 1750, à Rome, dans le voisinage du fr.-.
Jacques III. Mais je défie qui que ce soit d'établir une corrélation quelconque entre cet obscur personnage et le Maclean qui aurait été le premier grand-maître de la maçonnerie mo derne française. L'explication au moyen d'un Maclean que le fr. • .
Gould n'arrive pas à connaître et dont il rit lui-même, est une charade destinée à remplacer un rébus ; et cela me suffit, comme cela a suffi à Gould, pour rejeter purement et simplement l'assertion anonyme contenue dans la vague publication de Francfort men tionnée par cet auteur, lequel ne l'a lue que dans Kloss. Le fr.-. Yarker a tort de dire que le fr.-.
Gould est un « précieux appui » pour lui et qu'il « fournit le flambeau pour éclairer le sujet ». Gould n'éclaire rien du tout, et bien loin d'être un appui pour le fr.-. Yarker, il n'ajoute au contraire aucune foi au Maclean de la publication de Francfort; il dit même
240 l'initiation que « la question est insoluble dans l'état actuel de nos connaissances » — qui sont ses connaissances à lui.
Je me doute bien que, lorsqu'on a inventé Maclean et lorsqu'on a prétendu que d'Harnouester aurait pu être une mauvaise épellation de Derwentwater, on a voulu donner à supposer que Maclean aurait été un premier faux nom de Derwentwater, puis que d'Har nouester, à partir de 1736, aurait été un autre faux nom du même Derwentwater. Il n'y a qu'un malheur à cela : c'est que le fr .-. Charles Radcliffe de Der wentwater, petit-fils du fr .-.
Charles II à la mode de Bretagne, et délégué anglais pour la fondation de Loges en France, a ouvert ces Loges sous son propre nom, dès 1725, et en fut le chef jusqu'en 1736, date de l'élection de son successeur, élection qui ne peut être mise en doute un seul instant (1). Et puis, pour quelle raison Derwentwater aurait-il caché son nom ?
Délégué anglais, son nom était évidemment connu des maçons de Londres et rien n'empêchait qu'il ne fût répandu parmi les maçons de France (2). Il vivait sous son nom et en famille à Vincennes, où il était parfaitement- connu des profanes ; pourquoi aurait-il (1) La mère de Ch.
Radcliffe Derwentwater, premier grandmaître de la maçonnerie française, s'appelait Mary Tudor et elle était née des amours de Mary Davis et de Charles II (Voir Debrctt's Peerage, vol. II, 1814, p. 73 1 — et Howell State Trials, vol. XVIII, au procès de Derwentwater). (2) Le fr.-. Gould, qui n'est pas un historien impartial, con teste que Derwentwater ait été maçon.
Cependant les Loge fondées par Derwentwater l'ont été au nom de la Grande Loge d'Angleterre, laquelle, en 1743, accorda que le corps administratif de la maçonnerie française prît le titre de Grande Loge anglaise de France.
FEUILLES MAÇONNIQUES 24 1 cherché à s'affubler d'un faux nez devant les initiés ? Que le baron Scheffer, qui devait devenir grandmaître de la maçonnerie de Suède en 1763, ait été initié en 1737 et qu'il ait reçu de Derwentwater une patente à l'effet d'établir des Loges dans le royaume suédois, cela ne démontre en aucune façon que ce soit en qualité de grand-maître pour la France que le fr .-. Derwentwater ait donné cette patente.
Comme l'observe très bien le fr.-. John Yarker, Derwentwater n'était pas mort en 1737.
J'ajouterai même que, lorsqu'il ne se battait pas, sous son vrai nom, contre les Anglais guerroyant sur le continent, il voyageait beaucoup, souvent à Rome, parfois en Ecosse ou autre part, et, en voyageant, il avait peutêtre le droit de faire des initiations libres et de déli vrer des patentes, non plus en qualité de grandmaître, mais en celle de délégué d'un pouvoir quel conque.
La même chose s'est vue avec l'ill.-. fr.-. comte de Kilmarnock qui, n'étant plus grand -maître en Ecosse et voyageant en France, conféra une patente au baron de Hundt, patente qu'il signa simplement Georges, sa signature adoptive pour ce genre d'af faires (1).
En ce temps-là on n'était pas très à cheval sur les Constitutions de l'Ordre, et, enfin, il faudrait nous montrer l'original de la patente délivrée à Scheffer, car, comme il y avait des maçons modernes en Suède avant 1737, ce Scheffer n'avait aucun motif de (') Robison, Proofs of conspirary, 1798, 3". édit., p. 67. 16
242 l'initiation s'adresser en France pour être initié et être autorisé à fonder des Loges dans son pays. En effet, le 4 mai 173 1 , le comte Axel Ericson de Wrede Sparre avait été initié à Paris, et, après un voyage à Rome et à Florence, il était allé en Suède pour y fonder la première Loge en 1735, première Loge bien entendu du système moderne.
Derwentwater, dit le fr.\ Yarker, n'a pas été décapité avant 1746 et il n'y a pas de raison actuelle pour qu'il n'ait pas été grand-maître jusqu'en 1738. Pour pousser ce genre de logique jusqu'au bout, le fr.-. John Yarker devrait ajouter qu'il n'y a pas davantage de raison pour que Derwentwater n'ait pas été grand-maître jusqu'à sa mort.
Mais si, il y a eu une raison pour ne plus voir Derwentwater à la grande-maîtrise dans le courant de 1736 : c'est qu'il quitta alors la capitale pour entrer d'une manière active dans la « grande affaire » pro posée au Prétendant par le lord Lovat, le comte de Traquair, sir James Campbell d'Auchinbreck, Cameron de Lochiel jeune, John Struart (frère du comte de Traquair), le lord Perth et le lord John Drummond ; et c'est justement à cause de ce départ, en quelque sorte forcé, qu'une convocation des Loges eut lieu en vue de procéder à l'élection d'un autre grand-maître (1). (1) Il faut observer que cette « grande aflaire » a coïncidé avec le schisme qui, vers cette époque, prit naissance dans la Grande Loge d'Angleterre, où l'on vit apparaître une Grande Loge des Anciens maçons et une Grande Loge des maçons modernes.
11 s'agissait, dans ce schisme, du grade Royale arche, La lutte entre ces partis, et entre la Grande Loge d'Angleterre etl&Grande Loge d'York, dura jusqu'en i8i3.
FEUILLES MAÇONNIQUES A ce sujet, je me permettrai de donner un conseil à mes lecteurs. Quand ils voudront connaître la vérité dans une question de ce genre, il ne devra pas leur suffire de lire tel ou tel auteur maçonnique, ils devront s'attacher à reconstituer avec patience toute la vie publique ou privée de l'individu en cause, et comparer avec attention ses actes politiques ou privés aux événements maçonniques accomplisde son temps.
C'est ce que j'ai toujours fait en matière historique et je me suis bien trouvé de ce système, un peu long sans doute, mais sûr et profitable.
De cette manière, il m'est arrivé de connaître, entre beaucoup de vérités, celle au sujet de Charles Radclifte de Derwentwater, et j'ai acquis la conviction qu'ayant été obligé d'entrer dans la politique militante, il a été remplacé en 1736 par quelqu'un auquel on a donné le pseudonyme de lord Harnouester, sinon pour tromper les maçons, au moins pour dissimuler la vérité aux profanes commençant alors à s'occuper de la maçonnerie. Le fr.-.
Findel a cité un journal du 12 février 1738 annonçant la cérémonie où le pseudo-Harnouester se démit de ses fonctions de grand-maître : voilà une source — indépendamment des documents certains qui ont dû servir au fr.-. de Lalande pour écrire, en 1773, son Mémoire sur l'Histoire de la Franchemaçonnerie, où se trouve relaté le remplacement, en 1736, du lord Derwentwater par le pseudo-lord Harnouester.
Fondateur de la Loge des Sciences en 1769, et un jour Vénérable de la Logedes Neuf Sœurs, où il reçut son grand ami Voltaire en 1778, le célèbre académi
244 l'initiation cien Lalande avait été initié en 1750, par conséquent un peu plus de trois ans après la mort de Derwentwater, et il n'était pas le premier venu — bien que, plus tard, en i8i5, ses transformations politiques lui aient valu une bonne place dans le profane Diction naire des Girouettes.
Son témoignage a d'autant plus de valeur à mes yeux, qu'il avait été certainement en relations avec des maçons contemporains de Derwentwater et de Ramsay, lequel du reste avait été très lié avec Vol taire, lui-même grand ami des Stuarts qu'il défendit toujours.
Je sais, par ouï-dire, que le Grand-Orient n'a que bien peu de documents sérieux à donner à étudier aux maçons désireux de ne pas demeurer aveugles à la lumière de leur initiation ; mais on voudra bien admettre qu'un homme comme Lalande, en parlant de la grande-maîtrise de Derwentwater suivie de celle du pseudo-Harnouester, a dû avoir des pièces probantes sous la main et disposer d'informations de toute première source ; surtout qu'au temps où il écrivit, l'ill .-. fr.-.
Charles-Edouard n'était pas mort et que les manuscrits de Ramsay, de Derwentwater et autres maçons jacobites, n'avaient pas encore eu le temps de disparaître sous le manteau de frères scru puleux (1). Quoi qu'il en soit, c'est aux illustres savants du (1) On a des raisons de croire que le Ir.-. Ramsay a laissé une histoire, restée manuscrite, de la Franc-Maçonnerie. Où sont aussi passés les documents et manuscrits qui ont été en a possession de l'ill fr. .. Thory, mort en 1827 ?
FEUILLES MAÇONNIQUES 245 Grand-OrientdeFranceque,surcettematière,jemesuis adressé etm'adresse. Jeleur ai dit et je leur dis encore : « Vous raconte^ officiellement que deux grandsmai 1res nommés Derwentwater et dHarnouester ont existé avant le duc d'Antin ; en maintenant dans vos Calendriers ou Annuaires le nom d' Harnouester, vous persiste^ conséquemment, depuis 1884, à rejeter comme fausse l'idée de mauvaise épellation de nom émise par Gould.
Or, je vous ai prouvé que d'Har nouester est un faux nom ; donc on cache encore le vrai nom du second grand-maitre de la maçonnerie française ». Et j'ajoute : « En maintenant dans vos Calendriers et Annuaires le nom d'Harnouester, vous établisse^ par cela même que vous considère^ la publication de Francfort de 1738, relative au pseudo-Maclean, comme une simple farce.
C'est très bien, mais ilfaut nous donner, sinon dans l'intérêt des maçons qui cherchent la lumière, au moins dans celui de l'histoire qui la met souvent sous le boisseau, le vrai nom du faux Harnouester. »... Certes, le fr. • . John Yarker a le droit, au sujet des deux premiers grands-maîtres de la maçonnerie française, de supposer beaucoup, mais quelle valeur peuvent avoir de simples suppositions en matière historique ?
J'arrive à la troisième partie de sa lettre : « Clermont. — Le point, dit-il, que je désire voirprouver de la bonne manière, est la corrélation entre le système de Clermont et le Royale-Arche, le degré Templier et le Kadosch anglais, sans entrer trop minutieusement dans les divergences rituelles.
246 L INITIATION « Avant 1791 , l'Angleterre avait le degré Arche (comme équivalent du chevalier de l'Orient et de l'Epée), le Rosecroix, le Templier de Saint-Jean, le Kadosch Templier. « i° — Quel était donc ledegré d'Illustre chevalier Tem plier de Clermont ? Professait-il la cérémonie sans date d'un chevalier du Temple, comme en Angleterre ? « 2° — Ou bien était-il le Kadosch de 1 3 14, comme en Angleterre ?
« 3" — Quel était l'Illustre chevalier sublime? Etait-il le Kadosch de 1 314 ou le Prince de Royal secret 32 ? « Personnellement, j'ai l'idée que le chevalier Templier de Clermont était similaire à notre propre chevalier Tem plier, que le Kadosch était la perfection de 1814 et le commandeur de ce dernier, et que le prince de Royal secret a été une addition faite vers 1758.
« Avez-vous quelques documents en France pour résoudre cela avec certitude ? » Le point que le fr.-. Yarker désire voir prouver au sujet du chapitre de Clermont est une question qui, à ma connaissance, a déjà été résolue plusieurs fois ; cependant il ne me paraît pas possible, étant donné qu'il faut entrer dans trop de détails, de m'en occuper en quelques lignes.
Je me promets donc de faire du problème posé l'objet d'une étude spécialeque j'enverrai à Flnitiation. Pour finir, je prie I'ill.-. fr.-. John Yarker de ne voir, dans mes critiques, que la sincère expression de mon amour pour la vérité ; étant un indépendant dans toute la plénitude de ce mot, je n'ai obéi à aucune considération.
Au demeurant, j'ai toujours été un admirateur des travaux de mon savant adversaire d'une heure, et mon article d'aujourd'hui n'altère en aucune façon mes sentiments d'hier. Teder.
t LE FEU SACRÉ (Suite et fin) Considérez donc les divers milieux, solides ou fluides. Vous trouvez naturel qu'une balle de plomb se crée un passage à travers une nappe d'eau, sans effort et sans la briser. Or tout est pareil. Vous pou vez concevoir une substance assez lâche pour qu'une bulle d'air y fasse la même trouée violente qu'un boulet de canon courant dans l'air.
Echafaudez les comparaisons et les raisonnements, en utilisant des milieuxde plus en plus denses, l'eau , la terre, les métaux. L'homme est la mesure de tout. La densité est chose relative. Vous pouvez, sans contradiction, croire qu'il existe une matière dans le même rapport de condensa tion avec le diamant, que le diamant avec l'eau.
Un corps de cette matière traversera aussi aisément un mur de diamant ou d'acier qu'une bille d'acier tra verse l'eau. C'est ainsi que les apparitions ou les fan tômes circulent sans effort et passent les murs. Nulle porte ne saurait les arrêter. Ce n'est pas leur vanité mais au contraire leur extrême réalité matérielle qui leur donne ce pouvoir.
Et si vous vous étonnez qu'ils échappent au toucher de nos sens, je vous répondrai que nos sens sont incapables de saisir ce qui s'éloigne
248 l'initiation trop de leur mesure, en deçà comme au delà, le trop subtil, comme le trop dur. Et peut-être que nous appelons fluide ce qui n'est pas assez fluide pour nous. Qu'un corps passe à travers le nôtre, sans le diviser, vu la grande différence de densité, ou que nous passions à travers ce corps, c'est le même résultat. » « Saint-Maur, dit Mathias Corbus, vient d'énoncer plusieurs vérités.
Cette idée de la relativité universelle est la plus importante de toutes. Il faut cesser de croire, avec les Hellènes, que le Péloponèse soit au milieu de la terre; avec toute l'antiquité, que la terre soit au centre de l'univers. Et surtout il faut nous garder d'appliquer au reste du monde nos conceptions per sonnelles et notre manière de voir. Que d'exemples enfantins on pourrait donner de cette cause d'erreurs.
Les astronomes, parlant de la température qui règne dans les espaces interstellaires, supposent qu'elle est, jecrois,de quatre-vingts degrés centigrades. Jedemande le droit qu'ils ont de faire cette supposition.
Peut-être veulent-ils dire : la température la plus basse que des hommes aient constatée, se marque par l'abaissement, dans un tube de verre terrestre, d'une goutte d'un liquide connu de nous, ou d'un métal, peu importe, jusqu'à un certain niveau.
Mais de même que nous ne connaissons, dans l'échelle des grandeurs, que les quelques échelons correspondants à nous, (les étoiles d'une part, les infusoires de l'autre, bornent pour les sens l'horizon) de même les degrés de température sont sûrement infinis, dans l'ordre de ce que nous appelons froid ou chaleur. Des savants, plus raison nables, admettent au bord de la terre, un tel abaisse
LE FEU SACRÉ 249 ment déjà de température, que l'air, à sa couche extérieure, serait congelé et solide ; leur théorie, séduisante et poétique, ressusciterait la voûte de cris tal imaginée par les anciens. Cela prouve qu'on hésite même à propos des régions les plus voisines. A peine peut-on discuter sur les choses qui sont près de nous.
J'admets fort bien, puisque le monde et la série des nombres sont illimités, un espace interstel laire où le milliard de nos degrés au-dessus ou audessous soit considéré comme zéro. » Ne soyons jamais trop affirmatifs en ce qui con cerne les apparences, car elles importent peu.
Mais en vous plaçant au point de vue de ce qui dans les apparences est le plus réel, vous demandez si la sub stance des choses, telle qu'elle nous apparaît dans les phénomènes, peut être modifiée. Disons d'abord que la distinction entre ce qui est et ce qui parait n'a qu'une valeur de mot, comme il me semble que je viens de vous le prouver. La véritable création est celle qui se manifeste.
Métamorphoser le plomb en or, ou nous faire prendre le plomb, demeuré tel, pour de l'or, c'est le même œuvre, exactement. Si le mage nous donne l'illusion, sans que rien soit autre en soi, il agit sur notre pensée. C'est une magie plus grande que celle des transmutations, et le vrai miracle de Cana.
Mais nous ne serions pas d'accord avec nos prin cipes et surtout avec le plus essentiel, je veux dire celui de l'unité de la matière et des forces, si nous n'admettions pas quelque chose de plus. L'eau peutelle se changer en vin, d'une manière absolue et non
25o l'initiation pas seulement pour les yeux et le goût des assistants ? C'est à dire, puisque tout n'est qu'apparences, l'homme supérieur pourra-t-il faire que cette eau désormais soit du vin, non seulement pour les gens qui sont actuellement sous l'empire de sa volonté, mais aussi pour tous ceux qui plus tard, hors de sa présence, n'importe où, seront en présence de cette eau ?
Quand un sage familier avec les cas de lévitation, nous paraît s'élever du sol, et demeurer suspendu dans l'air, frappe-t-il nos yeux pour nous faire croire, ou s'élève-t-il réellement? Vous accordez que se mani feste d'un côté comme de l'autre le même pouvoir magique. Mais encore faut-il vous répondre. Il s'élève réellement. L'eau de la coupe est réellement changée en vin.
Les apparences peuvent être non pas seule ment pour une heure et pour un cercle, mais définiti vement bouleversées. Vous ne devez pas, cependant, admettre de pareilles contradictions avec les lois apparentes sans un con trôle sérieux. Les enfantillages sont à redouter et nombreuses sont les légendes.
Quand Philostrate nous raconte l'histoire d'Apollonius se trouvant avec ses disciples dans une plaine dont se souleva le sol pour leur donner des sièges commodes, je ne vois pas la nécessité de croire à ce naïf récit. Egalement tiendrezvous pour suspecte toute aventure dont vous sera suspecte la bonne foi. J'ai toujours eu dans mes prin cipes de n'accorder aucune valeur aux expériences par exemple faites par des gens payés. Ils s'engagent, pour de l'argent, à vous montrer des prestiges. La fraude leur coûtera peu, pour les produire coûte que
LE FEU SACRÉ 25 1 coûte, puisqu'ils vous les ont promis. Celui qui pos sède le don des miracles ne prodigue pas ce don sacré. Toute puissance doit être discrète. Vous rappelezvous que le Christ refusa de manifester sa force, lors que devant Anne ou Caïphe il en fut sollicité ? Du moment que vous consentez à distraire des oisifs, vous vous amusez vous-même à des choses sans intérêt. Vous perdez votre dignité.
En outre vous gaspillez une énergie dont vous sentirez la perte. Irezvous chercher la prêtresse de Delphes ou celle de Cumes pour leur faire exécuter un tour de passe-passe dans un salon ? Elles ne pourraient venir sans des cendre de leur piédestal. Mais la rareté des faits étranges, loin d'être une cause de doute, est un motif pour y croire.
Des hommes privilégiés ont en eux cette volonté confiante et cette maîtrise suprême qui leur permet de commander aux forces matérielles et aux éléments. La foi soulève les montagnes, parce que la foi est d'un autre ordre. Il ne me serait pas nécessaire de croire à la divinité de Jésus pour être persuadé qu'il a marché sur les eaux. Si vous avez la foi, vous marcherez.
Elancez-vous du haut de votre maison, avec la persuasion absolue que vous des cendrez mollement sur le sol sans vous briser. Je n'oserais pas l'affirmer, mais j'incline à conjecturer que vous n'éprouverez aucun mal. Le difficile, je parle sérieusement, est d'avoir cette conviction. Saint Pierre allant rejoindre le Christ sur les eaux de Tibériade pensa se noyer à mi-chemin. C'est qu'il douta de sa volonté. Et l'ennemi de l'apôtre, le magicien
252 l'initiation Simon, ne réussit-il pas, lui aussi, à s'élever dans les airs ? Et les prières du disciple qui le firent tomber et s'écraser, dans sa chute, contre la terre, furent-elles autre chose que l'expression d'une volonté plus forte qui l'a vaincu ? Car ici, comme dans les contes des nuits arabes, chaque magicien doit craindre les for mules d'un plus puissant. On ne doit donc pas se désarmer, par jeu et hors de propos.
Supposez, si vous voulez, une condensation d'être, un fluide créé par notre effort interne et dont l'influence est projetée sur le monde extérieur. Nous ne le manifestons pas impunément au dehors. Le sage doit être avare de cet or mystérieux. Car c'est une richesse plus lente à réunir qu'à disperser.
Ce qui importe n'est pas de produire un effet magique, à tel ou tel moment donné, mais de posséder le pouvoir. » « Toutes ces idées, fit Jean Derève, me paraissent accessibles, non seulement à l'élite des penseurs, mais à la foule. Elles se ramèneraient à quelques formules simples.
Ne pourrait-on pas les vulgariser, les pré senter usuellement, faire en quelque sorte, pour employer une expression plus claire, de la magie une religion ? » « Ce serait grand dommage » dit Lucia.
Saint-Maur eut un geste d'acquiescement: « Je ne verrai pas sans peine, pour ma part, dispa raître les bosquets sacrés, que les dieux adorés sous leurs ombrages se nomment Zeusou Bouddha, et que les guirlandes enlacent le marbre d'Aphrodite nue ou celui de la Vierge au manteau bleu. La philosophie ou la science, pour obtenir des suffrages populaires,
LE FEU SACRÉ 253 manquent de la croyance en un ciel. Et le tort de la magie, à ce point de vue du reste inférieur, sera tou jours d'expliquer le surnaturel comme un naturel encore inconnu. On ne prend les hommes qu'avec des images et l'espoir égoïste d'un bonheur naïf. Chaque conscience passagère veut être sûre de l'éter- .nité.
Cette erreur, envers qui je ne laisse pas d'avoir une certaine indulgence quand elle crée de belles formes divines, nous fait expliquer par des légendes d'où vient l'homme et où il va, et met, dans l'azur des vieillards à barbe blanche, les nuages munis d'un éclair.
Vainement direz- vous avec tous les philosophes raisonnables, que les dieux, s'ils existent, nous sont impossibles à connaître, puisque l'homme est la forme la plus parfaite accessible à nos pensées. Nous sommes enfermés dans un monde et ne pouvons en sortir sinon par le rêve et la pure supposition.
L'in secte lumineux emprisonné dans un bloc d'ambre transparent, aurait-il, s'il vivait encore, une autre vision de l'univers que celle d'un milieu transparent et solide à l'infini ? Les théogonies les plus hautes se ramènent toutes à l'histoire du lion donnant à ses dieux la figure du lion. Des milliers d'hommes supé rieurs par l'intelligence continuent à accepter sereinement cette puérilité.
Si les triangles des livres géométriques pouvaient parler et se réunir en concile, tous : le rectangle, l'isocèle, et la foule innombrable des scalènes, ils auraient vite con clu, en formules irréfutables, que Dieu, s'il existe, est évidemment le triangle en soi et parfait. Ce serait des guerres de religion, dans un monde assez
254 l'initiation fantastique, avec l'armée des figures courbes, con vaincues que Dieu ne peut être que la circonférence absolue. Le plus prodigieux effort pour éviter cette absurdité, a été, jusqu'à ce jour, la conception de l'homme-Dieu, théorie qui ne fait que poser, sans la résoudre, et sous une forme qui en démontre l'insolu bilité, la question, me direz-vous, avec les dogma tiques : Dieu s'est révélé.
Mais il s'est révélé tant de fois, sous des formes si différentes bien que toujours humaines, que cela prouve une seule chose, la puis sance de notre imagination variée. Puisque nous ne pouvons voir en Dieu que l'homme, ne vaudrait-il pas mieux partir du connu, et chercher dans l'homme le dieu ? Espérances vaines. L'enfant réclame ses images et pleure pour les voir. Assurément nous ne ferons pas de la magie une religion.
Et je me console avec les poètes, prêtres du mensonge et de la beauté, de la déconvenue que les philosophes éprouvent à cette constatation. » « Vous avez », dit Mathias Gorbus, « prononcé le mot de beauté. » Certains, avec ce mot seul, invente raient une religion. Je pense que la part de vérité que renferme chaque doctrine est dans le rapport de sa beauté, et dans la splendeur de l'image, même morte, qu'elle nous laisse après avoir disparu.
Faut-il vous désoler qu'aucune, même la plus charmeuse, ne dure, et que les formes se succèdent indéfiniment. Mais le progrès est éternel. Toutes les apparences qui persis tent sont mauvaises. La vérité qui se perpétue est transformée en erreur. Mais il faut y avoir cru pour en percevoir la fausseté. Sachons immoler nos dieux
LE FEU SACRÉ 255 anciens sur l'autel du dieu nouveau. Les spéculations les plus profondes et les plus apparemment réelles de nos philosophes seront un jour considérées comme des chimères d'enfant. Voyez comme nous jugeons les théories scientifiques de l'antiquité. Encore ce que nous appelons antiquité n'est que la borne très proche de nous où s'arrête la remontée de nos souvenirs.
Quelle différence si nous pouvions soupçonner ce que fut la vie de l'homme il y a deux cent mille ans. La fin de la civilisation égyptienne arrête notre vision. Nous n'avons que des légendes sur ce que fut son commencement. Mais cette époque est contem poraine. Dix mille ans sont une heure pour l'huma nité. Cependant nous tenons pour des fables les croyances de ce temps-là.
A mesure que disparaît une nation, ses dieux aussi disparaissent, ils meurent et sont transportés du temple dans le musée. N'en serat-ilpas de même des nôtres. Par quel privilège absurde une époque spéciale, celle où nous vivons, précisé ment par la seule raison que nous y vivons, échap perait-elle à la mort ? Cette victoire sur la mort et cette immobilité seraient elles-mêmes la mort. Il faut que tout change et se meuve.
C'est la loi et le progrès. Il faut qu'aujourd'hui contredise hier, en attendant que demain convainque d'erreur aujourd'hui. » Les vérités « a dit Pascal » « et cette parole est sa plus profonde » « vont se succédant du pour au contre, selon qu'on a plus de lumière». Il a dit cela dans un autre sens que celui par lequel je l'interprète, mais on peut l'appliquer au temps. « Si le progrès, dont nous parlons, existe, et c'est la
256 l'initiation [juin seule chose à laquelle il faille croire de toute son âme, nos dieux seront un jour pareils aux idoles que le sauvage creusa dans le tronc d'arbre primitif. Nos représentations deviendront enfantines et désuètes. Ou plutôt elles symboliseront, dans ces temps futurs, un rêve ancien et triste, comme celui que nous voyons passer dans les yeux des singes ! Les hommes ont été des animaux.
Les civilisations les plus reculées adorèrent des dieux à tête de taureaux ou de croco diles. C'était les idoles faites à l'image des hommes primitifs et dont le culte avait persisté. Nous mépri sons nos humbles ancêtres. Il est aussi lugubre de penser qu'un jour nos fils croiront être d'une autre race que nous. Ils souriront de nos mœurs sauvages, de notre vie complexe et sotte, de nos guerres, de nos bureaux, de notre méchanceté.
Peut-être mettront-ils en cage, pour s'en amuser, ceux qui resteront de nous. Pourquoi ne sommes-nous pas nés plus tard, aux époques dont les hommes seront supérieurs à nous, et paraîtront tous, même les plus humbles, pareils aux dieux d'aujourd'hui. « Mais ces humanités futures, pour qui nous serons un jour les singes, c'est l'avenir et c'est nous.
Chacun se tient debout sur la route, à sa place intermédiaire, pour recevoir des ancêtres, et remettre aux enfants le flambeau. Nous ne serons pas de la fête, mais le grand incendie final ne s'allumera que par nous. J'entrevois à l'horizon fabuleux un temple de splen deurs. Et les suppliant de savoir que je les ai vus venir, je tends les bras vers des peuples à naître dans cent mille ans. »
I9O4] LE FEU SACRÉ 2 « A moins que, suggéra Saint-Maur, un cataclysme se produise, et que l'humanité finisse, comme une bulle qui crève à la surface d'un lac. » « Cela me paraît improbable. Rien d'ailleurs ne serait perdu. Une autre race d'êtres partirait pour rejoindre les morts et continuer la marche en avant. Ce ne serait qu'un retard. Qui vous dit que cela ne s'est pas déjà produit. D'ailleurs il importe peu.
Nous sommes sur la terre pour accomplir une œuvre. Quand elle est faite, nous pouvons mourir. Ou plutôt rien ne meurt. Tout se transforme. La mort est une illusion. Le voyageur fatigué de l'étape croit que le soir n'aura pas de lendemain. Mais il est absurde de supposer une activité sans but. L'harmonie qui se révèle dans notre courte apparition ici-bas est une preuve de l'au-delà. Chaque minute de notre vie fait partie de l'heure.
Chaque heure fait partie d'un jour. Chaque jour est un fragment de notre existence ter restre. Et notre séjour ici-bas n'est lui-même que partie d'un tout. Il ne faut pas craindre la mort. Il ne faut pas nous attacher à notre demeure de chair.
Comment vivrai-je, me suis-je demandé jadis, à l'époque de mon ignorance, comment vivrai-je, quand je n'aurai plus mon cher corps ? quand je ne pourrai plus voir, toucher, respirer, baiser sur les lèvres d'autres corps ? existerai-je seulement? Je tiens une fleur dans la main, et je m'aperçois que ma main, mon bras, mes lèvres, ne sont pas plus moi que la fleur. Il y a quelqu'un d'intérieur qui fait mouvoir tout cela. Il y a une âme dans la maison. Au lieu de regretter le corps, nous serons un jour pareils à des 17
2 58 l'initiation convalescents, clos dans leur demeure trop longtemps et qui font voluptueusement leurs premiers pas au soleil. 11 faut marcher vers cette délivrance, avec espoir, et d'ailleurs sans hâte, car nous avons à faire une œuvre avant que soit permis le retour. Je ne partage point les illusions de ceux qui trouvent la vie mau vaise et voudraient la supprimer. La vie est une chose de joie, à cause de ce qu'elle annonce.
Elle est pour nous ce qu'est aux enfants la veille d'un jour de congé. Laissons les sectes nihilistes prêcher le renoncement et la mort volontaire. Ne nous leurrons point de cette chimère, et de ce rêve d'une humanité dont tous les membres disparaîtraient successivement, pour que ne demeure plus sur la terre, un jour futur, qu'un seul homme, l'Adam du retour. C'est une conception trop simple. Nous devons suivre notre voie.
Car notre effort importe et contribue au résultat définitif. Mais il ne peut y avoir, et cela déjà console, un départ absolu entre ce que nous appelons la vie ou la mort. Quelle erreur fut celle du christianisme, d'en tourer cet acte si naturel de cérémonies lugubres et de tentures de deuil ! Quelle contradiction avec les prin cipes mêmes de cette religion !
Je trouve bien supé rieures les mœurs des peuples anciens, qui sans même savoir le sens de la mort, et sans la regarder comme autre chose qu'un sommeil, avaient deviné cependant que ce sommeil était heureux. On vou drait, autour des corps, les parfums, les roses, les chants d'allégresse. Ou plutôt l'humanité devrait être assez sage pour prononcer, à cette heure solennelle,
LE FEU SACRÉ 2 5o. un jugement sur les morts. On glorifierait ceux qui ont accompli l'épreuve et qui ont mérité de partir pour une sphère meilleure. On plaindrait, sans les blâmer, ceux qui n'ont pas su profiter de leur exis tence pour progresser, et qui vont sans doute revenir sous une forme semblable, ou peut-être retomber plus bas. Car la terre, c'est l'enfer, ou l'un des cercles de l'enfer.
Et je ne veux pas que l'on prenne ce mot au sens figuré. C'est le véritable enfer des théologiens. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter les yeux au tour de soi. Asseyez-vous sur un banc des boulevards et regardez les figures qui passent. Combien de visages démoniaques. Celui-ci porte sur ses traits l'in famie de la luxure, cette autre de l'envie basse. Une bouche à lèvre épaisse promène sa goinfrerie.
Et c'est enfin le troupeau anonyme, innombrable de ceux qui commettent cent fois par jour le péché grave, le péché contre l'esprit, la foule des sots, les hommes impotants, vains et cruels, ceux qui ne comprennent pas. C'est une grande pitié de voir passer les hommes devant soi.
Etes-vous descendu dans les bouges où se donne rendez-vous la lie de la population 1 C'est un autre cercle de l'enfer, avec ses démons femelles ou mâles, et le décor lugubre. Vous êtes-vous arrêté, en des salons de faux luxe, autour des tables de jeu ? Avezvous contemplé le désespoir de ceux que torture une forme de l'amour? Toutes les passions ne sont que des instruments compliqués pour faire souffrir. Mais les damnés les plus lamentables sont encore ceux de
2Ôo l'initiation l'amour. Ils n'ont ni repos ni trêve. Chaque fantôme charmant est pour eux le bourreau futur. Ils cher chent désespérément la volupté qui les fuit. Du moins, s'ils sont lamentables, ils ne sont pas odieux. Et s'ils représentent plus effroyablement que les autres le tourment et l'inquiétude, leur inquiétude est cepen dant la marque de leur prédestination.
Car l'enfer n'est pas éternel, et même, à certaines heures, on peut entrevoir le paradis. L'enfer a pour symbole le diable qui est la séparation. Le diable tombe du ciel, s'éloigne puis redevient dieu. Toutes les choses, à l'origine, reposèrent dans le sein de la divine unité. Elles se sont dispersées, et c'est de cet éloignement que nous souffrons. Mais il y a un rythme dans l'univers. C'est le départ et le retour.
Ce n'est pas Adam à qui l'unité divine a dit : Croissez et multipliez, mais c'est par une loi fatale et triste qu'il en fut ainsi. Nous avons fait une chute et notre âme s'est perdue au sein de la ma tière multiforme. Il faut nous retrouver et nous réunir. Les sages de tous les temps ont compris ce grand pro blème.
La recherche de la pierre philosophale, qui transmute les métaux en or, n'est pas autre chose que le symbole de cette profonde vérité. Voyez comme cette croyance est vivace et comme elle explique la plupart de nos idées conventionnelles. De tout temps les hommes eurent un culte pour l'or. C'est en vain que des moralistes à courte vue se sont élevés contre un sentiment dont le sens leur échappait.
Si nous aimons l'or, c'est qu'il représente pour nous ce pou voir magique de transmutation. C'est qu'il est le vrai magicien. J'ai lu quelque part un conte dont Tinter
LE FEU SACRÉ 201 prétation est aisée, et qui montre que les prodiges sont plus simples que l'on croît. Un génie apparaît au héros de ce conte, sorte de Faust attristé par le pro blème de la vie. Il lui remet une bourse pleine de talismans qui sont "des rondelles d'or sur lesquelles sont représentées des têtes d'hommes entourées de caractères gravés.
« Tout ce que tu peux désirer, lui dit-il, tu l'auras, en envoyant comme messager l'un ou l'autre de ces talismans. Je parle des choses hu maines et qui se trouvent sur la terre, comme des objets précieux ou charmants dont la possession donne la joie. Veux-tu des rieurs? Donne un talisman. Tu n'attendras que le temps nécessaire pour qu'il parvienne à l'endroit où sont les fleurs. On te les apportera aussitôt.
Veux-tu voir se dresser devant toi le plus somptueux repas ? Donne la bourse où puiser l'or. Tu n'auras qu'à fermer les yeux, pour voir sur la table, en les rouvrant, les mets les plus savoureux, les vins les plus rares, tout ce qui peut satisfaire ton inférieure volupté. Veux-tu des tableaux, des statues? L'œuvre du génie est à vendre.
Et si même tu veux l'amour et qu'il résiste à tes pièces d'or, tu changeras aisément ce métal insuffisant contre des talismans plus impérieux, les perles et les émeraudes, les dia mants et les rubis. » Le génie avait raison. Quelle puissance plus magique et plus étonnante que l'or? L'or devient tout et tout devient or. C'est une figure de l'unité. Gardons-nous de le maudire, comme les gens qui ne considèrent que ses méfaits. La transmu tation que les philosophes cherchent s'opère depuis longtemps. Qui nous dit, en outre, que dans le sein
2Ô2 l'initiation de la terre, sous l'influence des forces cosmiques, les divers métaux ne se métamorphosent pas ? Et si le symbole du feu réunit tous les symboles, sans doute que son image le feu terrestre fond ensemble les mé taux rares. Il faut être dévot à l'or qui n'est que du feu refroidi. Il faut être dévot au feu, qui est le signe le plus visible pour nous du retour vers l'unité.
Et je crois que le moment est venu où ceux qui ne com prennent pas ces choses auront à subir les plus grands maux. Nous avons cessé de rendre aux vrais dieux l'hommage qui leur est dû. Ils se rappellent à nous et parfois de la plus terrible et de la plus cruelle façon. Il ne peut y avoir d'autre explication des cataclysmes qui viennent, par intervalle, désoler l'humanité.
Les tremblements de terre et les éruptions volcaniques sont des avertissements du dieu. Et les grands incen dies eux-mêmes sont des manifestations. Nous vivons à côté du feu. Nous vivons de lui. Il serait juste de ne pas toujours l'oublier. Il n'est pas le dieu réel, mais cependant il est son image. Et quels visages terribles cette puissance revêt. C'est Moloch ou Jehova, malgré les eflorts des hommes pour substituer Jésus ou Bouddha.
C'est le dieu qu'il faut apaiser par des sacri fices de sang et des holocaustes. Malheur à nous, quand nous délaissons les autels où monte la flamme, quand nous cessons de faire brûler des victimes et de l'encens. Le dieu gronde et sa colère anéantit les nations. Les prophètes de tous les temps n'ont-ils pas d'ail leurs annoncé que la terre où nous habitons doit
LE FEU SACRÉ 263 périr un jour par le feu ? Il suffit d'une rencontre avec un astre encore igné. Ces rencontres ne sont pas impossibles à priori. Sans doute dans l'éther immense gravitent des mondes divers. N'y a-t-il pas eu un déluge, inexplicable par la supposition des eaux ter restres répandues? J'inclinerais à croire qu'il fut causé par l'apparition dans notre voisinage d'un astre particulier, une planète d'eau.
Pourquoi n'y aurait-il pas des corps célestes composés d'une seule matière, ou plutôt d'éléments associés suivant une certaine forme? L'approche de cette sphère liquide, où la terre fut noyée quelques jours, a donné la nais sance aux traditions que nous retrouvons dans l'anti quité de tous les peuples. Et la terre est humide par suite de cela.
Les êtres qui vécurent ici-bas avant le déluge difïéraient des autels non pas seulement en forme, mais en nature. Une génération nouvelle à laquelle nous appartenons, une race humide, suivit l'apparition de l'eau. Pourquoi ne recontrerions-nous pas, dans le temps futur et l'espace, une planète de feu ? Ce serait la fin du monde actuel. Mais vous savez bien que la réalité n'est pas matérielle et que je ne parle ici que d'images.
Les apparences disparaîtraient au sein de l'ardent foyer. Il est une autre réunion et celle-ci n'est que le symbole. Le feu éternel est d'une essence supérieure. Il laissa subsister ce qu'il y a de meilleur et de durable en nous. Aucune crainte ne peut nous venir du soleil et des volcans, pourvu que, toutefois, nous les honorions comme le visage de Dieu. Dieu, c'est le feu invisible, celui de l'àme, l'amour.
264 l'initiation Et je reviens, comme sur un char lancé dans une courbe élégante, vers les idées que nous avons expri mées déjà. L'amour et la beauté vont ensemble. Une religion de l'amour serait celle de la beauté. Vous aviez raison tout à l'heure. Mais il faut comprendre l'amour dans le sens le plus large et le plus fécond. « Il serait étrange, dit Jean Derève, qu'à la fin d'un banquet philosophique, on ne parlât pas de l'amour.
Platon nous en aurait voulu. Et je vois, au contraire, aisément apparaître, au milieu des causeurs lassés, le jeune dieu vêtu de pourpre, avec ses ailes blanches et son carquois d'or. Puisse-t-il être toujours présent, et que jamais ne l'accompagne son frère Antéros, l'en fant nocturne aux ailes recourbées.
Je regrette qu'il n'y ait pas, en notre assemblée, un poète, qui célé brerait comme il convient l'Eros éternel et char mant. » La nuit s'était presque passée. A travers les rideaux fermés apparaissait vaguement la lueur douteuse du crépuscule. Les fleurs sur la table étaient fanées. Et les flambeaux pâlissaient.
Lucia se pencha vers Mathias Corbus : « Comment, dit-elle, marquerons-nous la dévotion qu'il faut avoir au feu céleste que vous révélez ? Com ment réaliserons-nous l'union et le retour ? » « Par la volonté, fit Corbus, qui est le désir de l'amour et le vrai feu intérieur. Développons notre puissance. Mettons-nous dans l'harmonie. Et la magie n'est que la science des formules qui peuvent aider notre effort etle résumer. Cet effort est en nous, puis hors de nous. A mesure que nous prendrons
LE FEU SACRÉ 2Ô5 davantage conscience de nous-mêmes, il nous sera plus aisé de connaître l'univers. On sort de l'enfer par la science. N'écoutez pas les mauvais dévots, qui condamnent au bûcher les ado rateurs du feu sacré. La science est une des clefs du paradis. Vous réunirez les forces éparses autour de vous, mais encore faut-il les connaître. La parole ma gique ne s'apprend pas en un jour.
La lyre fait mou voir les pierres, et s'élever les murailles de la cité. Elle convoque autour d'elle les lions et les tigres charmés, devenus pareils à des agneaux. Mais le pre mier au hasard ne sait pas jouer de la lyre. Pour en chaîner à sa suite les génies élémentaires, il faut avoir étudié les lois qui président à l'univers. Il faut pos séder pour dominer. On sort de l'enfer parla volonté.
Il n'y a pas de prison durable pour celui qui veut s'évader. La science réunit les forces et la volonté les dirige. Après avoir lu tous les livres et tous les manuscrits poudreux, on trouve un jour dans les hiéroglyphes le mot « fiat ». La vérité est non seulement de savoir, mais d'agir. Avant même d'avoir distingué le moindre visage de l'inconnu, mettons-nous en marche vers l'inconnu.
Toutes les bonnes volontés se rencontreront au carre four, devant l'autel nocturne de la déesse. Mais les mieux accueillis seront ceux qui poseront sur l'autel la plus belle gerbe au retour. C'est la science et la volonté, qui ne sont rien sans l'amour. On sort de l'enfer par l'amour. C'est le véritable feu sacré. Il faut connaître. Il faut vouloir. Il faut
2Ô6 l'initiation aimer. Une couronne d'or, une couronne de fer, une couronne de feu. La volonté doit avoir son but hors de nous. Il faut tout aimer. La haine est le seul péché mortel, le péché des sots. Il faut recueillir toutes les mains, celles même qui ne sont jamais tendues, et chercher des lèvres, toutes les lèvres, inlassablement. On ne s'éloigne pas pour revenir.
La nation d'Hercule est un voyageur qui marche à travers l'immensité, vers la nébuleuse primitive. Il faut connaître le mul tiple pour découvrir l'unité. Les portes de la ville se sont ouvertes. La foule se tient timidement au bord de la vie. A peine vont-ils jusqu'au pré voisin cueillir une fleur, ils se hâtent pour revenir. Il faut s'écarter davantage. Les différences sont mauvaises mais nécessaires.
Le miroir est autre que la figure, mais il lui permet de se voir. D'autres voyagent au loin et reviennent chargés de trophées. On ouvre devant eux la porte triomphale, ou mieux, une brèche dans le mur. Heureux celui qui, sur des ailes, ramène une âme au foyer ! L'amour a toutes les formes. C'est la seule chose essentielle. Même et surtout quand on en souffre, il est le grand initiateur.
L'amour terrestre s'accom pagne de souffrance, parce que c'est un ciel dans l'enfer. L'amour est le feu vivant qui réunit les appa rences pour les détruire, qui consume les fantômes pour en former une belle flamme claire et montante. L'amour est la porte de l'enfer, ouverte sur la route du paradis. Gabriel de Lautrec.
Extériorisation de la motricité Rappelons, tout d'abord, les conditions dans les quelles nous avons abordé l'étude de l'occultisme.
Exerçant la profession d'Ingénieur, professant les idées positivistes et, appartenant, de plus, à la francmaçonnerie, nous avons voulu constamment nous tenir au courant des progrès des sciences, et nous avons toujours entretenu un laboratoire de physique et de chimie grâce auquel nous avons pu, dès 1 883 , apprendre les nouvelles mutes électriques, expéri menter les accumulations, etc., etc. Nous avons, en ces derniers temps, répété toutes les expériences sur les rayons N .
Nous avons pu reproduire très facilement toutes les expériences de M. le colonel de Rochas sur les états profonds de l'hypnose, notamment les phénomènes d'extériorisation de la sensibilité et nous avons eu la bonne fortune de rencontrer sous la main, sans re cherches spéciales, des sujets excellents et s'extériorisant très facilement.
Avec l'un de ces sujets, Mme A..., rien n'est plus facile que de répéter les expériences classiques sur l'extériorisation de la sensibilité; mais nous n'avons pu arriver avec elle à réaliser le moindre phénomène
268 l'initiation de motricité. Un dé de domino placé sur la pointe n'a jamais pu pivoter sur cette pointe, quelque loin qu'ait été poussé le sujet dans les états profonds de l'hypnose. Par contre, il suffit à cette dame de se mettre en prières dans notre oratoire, pour obtenir la vision d'un autre plan et la conversation avec di verses entités des plans supérieurs.
Elle affirme alors que c'est telle ou telle de ces entités qui lui emprunte les éléments nécessaires pour manifester, dans le plan physique, certains efletsde motricité, tels que la mise en actiond'un phonographe, le renversement oulaprojection d'ustensiles ou de bibelots accrochés aux murs. Nous préparons ordinairement un phonographe de façon qu'il n'y ait plus qu'à abattre le levier pour le mettre en marche.
A notre demande, notre sujet se met en prières et, sans être endormi, obtient, en quel ques 10 à i5 secondes, l'effet demandé, c'est-à-dire que la machine se met en mouvement toute seule, pla cée dans une salle à manger dont seul nous avons la clé.
Après avoir reproduit cette expérience un très grand nombre de fois, nous avons voulu essayer avec un fusil de chasse chargé, considérant que l'effort à faire pour déclancher la gâchette n'était guère supé rieur à celui nécessaire pour actionner le phono graphe, soit environ 25o à 3oo grammes pour les gâchettes de ce fusil.
A cet effet, nous avons préparé, le 19 mai 1904 au soir, 2 cartouches chargées de 3 grammes de poudre de chasse noire chacune et fermées au moyen de bourres grasses. Nous avons remis l'arme, — un
EXTÉRIORISATION DE LA MOTRICITE 269 idéal, calibre 12, - - à sa place dans un râtelier for mant panoplie dans notre salle à manger. Le 20 mai, à 7 heures du matin, arrive notre sujet que nous prions aussitôt et à l'improviste de faire le nécessaire pour tirer la gâchette du fusil placé dans la panoplie. Mme A... s'agenouille dans une chambre voisine de la salle à manger, tournant le dos à cette chambre et à 8 mètres de distance de la panoplie.
Elle se met en prières, puis semble faire un effort. La détonation attendue éclate alors dans la pièce voisine dont la clé était entre nos mains. Mme A..., qui tournait le dos à la porte, se retourne épouvantée et reste fort malade de l'émotion pendant plusieurs heures. Elle affirme que c'est notre propre mère, décédée il y a une année, qui a fait partir le fusil et, qu'à cet effet, elle lui a seu lement fourni la force nécessaire.
Le lendemain matin, à 7 heures, nous avons pu renouveler l'expérience dans les mêmes conditions, dans la même maison, qui est sise à la campagne, loin de toute canalisation électrique et placée dans des conditions parfaites au point de vue de toutes les précautions et vérifications indispensables et qui ont été faites aussi rigoureusement et aussi scientifique ment que possible.
Le même jour, à 8 heures du matin, nous arrive un de nos amis, M. S..., Ingénieur fort distingué et que nous avions à cœur d'amener, à quelques ré flexions età l'étude des mystères de l'au-delà. Aussitôt nous résolûmes de tenter l'expérience devant lui, mais sans le prévenir, de peur d'insuccès. Nous l'invitâmes
270 l'initiation poun 1 heures à déjeuner et, en l'attendant, nouspréparâmesdeux nouvelles cartouches neuves, chargées commeci-dessus,que nous introduisîmes dans leschambres du fusil. Nous plaçâmes celui-ci tout armé dans la panoplie, juste au-dessus de la tète de notre invité. Mme A..., prévenue, avait promis de tenter l'expé rience sans pouvoir dire, elle-même, si elle avait chance de réussir.
Le déjeuner se passa bien, nous mîmes notre invité sur le chapitre de l'au-delà, mais nous fûmes désa gréablement surpris de lui entendre faire cette décla ration : « Quand bien même je verrais le fait le plus éclatant, par exemple une maison qui s'écroulerait au commandement d'un théurge, je ne croirais rien. » Un instant après, Mme A... entr'ouvrit et referma la porte sans se montrer.
C'était le signal convenu pour nous faire connaître que l'expérience allait com mencer. Ace moment nous fûmes pris d'une certaine appréhension et nous nous sentîmes très émotionné. M. S... ressentit une pareille sensation. Je m'atten dais à entendre le fracas de la détonation au-dessus de la tète de M. S... et... rien ne se produisit.
Un quart d'heure après, convaincu de l'insuccès de notre expérience, nous quittâmes la table et allâmes aux informations.
Mme A... nous affirma : « qu'elle n'avait eu, cette fois, aucun effort à faire ; que le fusil était parti deux fois, que notre mère, elle-même, l'avait" fait partir, mais qu'elle s'était arrangée pour que la détonation ne pût être entendue de nous qui étions à table à côté de l'arme. » Ennuyé et incrédule, nous rentrâmes dans la salle
EXTÉRIORISATION DE LA MOTRICITE 27 1 à manger et allâmes droit à la panoplie. Quelle ne fut pas notre stupéfaction en voyant : i° les gâchettes du fusil idéal rentrées, c'est-à dire dans la position qui indique que le coup est parti. 20 En ouvrant le fusil, les capsules, au centre de la douille, fortement percutées et les douilles vides.
3° En faisant des recherches, nous trouvâmes les 2 bourres grasses sur le seuil extérieur de la porte de la salle à manger, du côté du jardin.
Observations sur ces expériences. — Tant que le fusil ne faisait que partir sous l'action de la volonté et de la mise en prières de Mme A... nous pouvions encore supposer que le phénomène était dû, en en tier, à cette dame, et bien qu'elle ne fût pas plongée dans le sommeil hypnotique, admettre, à la rigueur, qu'il n'y avait là qu'un simple phénomène d'extério risation de la motricité.
Nous devons ajouter, cependant, que nous pensions cette explication être insuffisante, car nous avons l'habitude de ce sujet, nous savions qu'il ne pouvait produire aucune action motrice sur les objets les plus légers et nous tenions un certain compte de ses dires, car toutes ses déclarations sur les choses qu'elle voit dans le plan astral sont toujours empreintes de la plus grande précision.
Mais, après l'expérience décrite en dernier lieu, nous nous voyons obligé d'admettre, sans plus de contestation, son dire, à savoir que c'est notre propre mère qui est intervenue avec l'autorisation de qui de droit, et qui, après avoir fait partir les 2 coups de l'arme, peut-être en utilisant nos forces ou celles de
272 l'initiation Mme A..., a pu nous empêcher d'entendre les détona tions et a pu de plus transporter les 2 bourres à travers les murs ou la porte jusqu'à l'extérieur. (Phénomène de transport de la matière à travers la matière.) Nous devons ajouter, en terminant, que nous aurions toutes les peines du monde à déterminer Mme A..., qui n'a jamais touché un fusil et qui craint les armes à feu, à presser les deux détentes de cette arme et à faire partir les 2 coups, successivement en dehors des conditions spéciales citées plus haut, no tamment en lui mettant l'arme qui est longue et lourde entre ses mains physiques.
Achevons, pour terminer, de présenter Mme A... : C'est une Israélite complètement illétrée, femme très simple et de grand cœur et qui nous déconcerte à chaque instant par ses réponses sur les problèmes les plus ardus de la science. Son extrême modestie ne lui fait d'ailleurs rien désirer, ni la science, ni la puissance. Son seul désir est de secourir les malheu reux.
Une région élevée du plan astral s'est ouverte pour elle, après quelques mois d'études et d'expé riences de psychométrie et d'hypnotisme. Elle a, dès à présent, sur bien des choses et sur l'univers des no tions bien plus exactes et des idées que l'on sent bien plus justes que celles qui ont cours dans le monde scientifique.
Elle est, en quelque sorte, devenue Martiniste et Swedenborgienne sans savoir ce qu'ont été Claude dé Saint-Martin et Swedenborg. Au physique, elle jouit d'une santé parfaite. T le 22 mai 1904. Siffar.
m*® :m o mi© Wiïb La reproduction des articles Inédits publié* par Vlnilintion est formellement interdite, à moins d'aatorisatlon spéciale.
PARTIE INITIATIQUE Cette partie tst réservée à l'exposé des idées de la Direction, des Membres du Comité de Rédaction et a la reproduction des classiques anciens.) Les Sociétés secrètes d'Extrême Orient et la guerre russo-japonaise La guerre russo-japonaise mérite certaines consi dérations au sujet de ses rapports avec les diverses so ciétés secrètes ayant leur centre d'action en Extrême Orient.
En Chine existent « les Triades », société essentielle ment conservatrice ayant pour but de rendre la Chine aux Chinois et de détruire la dynastie mandchoue des Tsings, actuellement régnante, pour la remplacer par la dynastie nationale des Mings, dont l'héritier est jalousement gardé à travers les générations diverses par les chefs des « Triades ».
La Russie, en occupant la Mandchourie et surtout Moukden, a rendu aux Triades un signalé service, car elle a montré à toute la Chine patriote la faiblesse réelle de ces Mandchoux conquérants qui oppriment depuis tant d'années la nation chinoise.
On peut donc dire que les Russes ont su mettre dans leur jeu toute la population vraiment chinoise du Grand Empire, mais que, par contre, ils se sont faits à la cour et auprès de tous les mandarins d'ori 18
274 l'initiation gine mandchoue, des ennemis vraiment irréconci liables. Depuis longtemps le Japon rêve de mobiliser la race jaune et de la jeter sur les Blancs. Mais le Japon s'est butté, dans sa propagande, à la savante organisation des « Triades »qui considèrent les Japo nais comme des « Progressistes », amis des Mandchoux, et, par suite, ennemis de la véritable nationa lité chinoise.
C'est alors que l'élite intellectuelle du Japon, qui raflble de sociétés secrètes et de complots, a créé une société occulte à forme maçonnique et a organisé, grâce à cette société répandue aussi bien en Chine qu'au Japon, une propagande énergique en faveur des Mandchoux. Aussi la cour et les mandarins mili taires sont-ils tout acquis aux Japonais.
Comme conséquence de leur propagande, les Ja ponais ont pris l'engagement de délivrer les territoires sacrés de la Mandchourie du joug des étrangers et, s'ils sont capables de mener leur effort au bout, ils devien nent les maîtres de tout le Mandarinat chinois.
Si, par contre, les Russes conservent la Mandchourie, c'en est fait à bref délai de la dynastie desTsings et de tous ses partisans, et c'estun descendant des «Mings» que la Russie victorieuse installera à Péking. Tels sont les dessous peu connus de la guerre actuelle et nous pouvons maintenant nous demander quelle en sera l'issue.
Le début des hostilités a révélé un fait : la longue préparation du Japon pour son hardi coup de main, et un autre fait aussi évident : la non-préparation des
LES SOCIÉTÉS SECRÈTES EN EXTRÊME-ORIENT 2j5 Russes. Le Japon possède un service de rensei gnements de premier ordre et il n'aurait jamais tenté l'aventure s'il n'avait pas pensé pouvoir frapper un coup décisif. Ses soldats sont aussi braves que les soldats russes, et il y a des deux côtés un égal mépris de la mort.
Toutefois, on se doute encore bien peu que le plan japonais a subi de telles modifications qu'on est très inquiet à Tokio en ce moment, et nous allons essayer d'en déterminer les raisons.
Le Japon avait basé son attaque et la certitude de sa victoire rapide sur deux faits : i° Destruction ou obstruction assez importante de la ligne du Transsi bérien; 2° Destruction rapide de la flotte de PortArthur et prise de la place dès les premiers jours de la campagne. Si ce plan avait réussi, la Russie était battue com plètement et rapidement avec peu d'espoir de pou voir se retourner en temps utile.
La brusque attaque de la flotte de Port-Arthur n'a pas permis d'avertir à temps les 200 officiers envoyés en secret pour détruire le chemin de fer. Beaucoup ont été pris et exécutés sans avoir pu accomplir leur mission, et le chemin de fer est intact encore quatre mois après la déclaration de guerre. Il a pu amener assez de troupes pour modifier bientôt la situation. D'autre part, la prise de Port-Arthur n'a pu s'effec tuer de suite et par mer.
Cela augmente d'un mil liard les frais de prise pour le Japon. A l'heure actuelle, le Japon a débarqué toutes ses disponibilités : soit 3oo.ooo hommes. Ce qui reste n'est pas encidré.
276 l'initiation S'il frappe un coup décisif, il peut étonner le monde par le mépris de ses généraux pour la vie humaine. Le Yalou a coûté 3.5oo hommes environ. Pour forcer l'entrée du LiaToung, quatre jours de bataille ont coûté près de 10.oo0 hommes. La diver sion du général baron Stakelberg représente trois jours de bataille et 2.000 hommes environ.
La peste et le typhus abattent i5o hommes par jour depuis deux mois, soit en gros 10.0oo hommes depuis le commencement de la campagne. Cela fait à peu près 25.0oo hommes déjà hors de combat. Jusqu'à présent les Russes ont toujours été 1 contre 4 ou 1 contre 6. 11 n'y a jamais eu de ren contre à forces égales et l'artillerie japonaise est tou jours supérieure à l'artillerie russe.
Si les Japonais sacrifient 3o.ooo hommes ou 5o.ooo hommes, peut-être ils peuvent s'emparer de Port-Arthur. A ce moment leur armée sera réduite à 200.000 hommes environ et ils auront sur les bras 3oo.ooo Russes. Autant les Japonais sont magnifiques dans l'offensive, autant ils auront de peine à se maintenir sur la défensive. Voilà pourquoi nous maintenons nos conclusions : La guerre sera terminée à l'avantage de la Russie en 1905 au plus tard. Attendons maintenant les événements. Papls.
UN SECRET PAR MOIS Voici une composition qui, d'après les anciens auteurs, est merveilleuse pour conserver ou même faire repousser les cheveux quand la racine n'est pas morte.
Prendre un certain nombre d'abeilles, les faire brûler et recueillir leur cendre, la quantité que l'on désire ; faire brûler aussi de la graine de lin ; après avoir mélangé et bien pilé les cendres, y verser de l'huile rosat et en faire une sorte d'onguent ; bien laver la tête le matin avec de l'eau de feuille de lierre et oindre la partie où les cheveux sont tombés.
Pour faire tomber le poil, au contraire, on recommande les larmes de lierre, la fiente de chat bien séchée, pilée et mêlée avec du fort vinaigre, enfin un mélange d'œufs de fourmis, de suc de ciguë et de sang de chauve-souris.
Un manuscrit de Willermoz Nous avons eu la bonne fortune de découvrir chez la famille Willermoz, de Lyon, un manuscrit entièrement écrit de la main du docteur Willermoz, le fondateur du Willermosisme ; le précurseur du Martinésisme et du Martinisme.
278 l'initiation Ce manuscrit a pour titre : « Journal des sommeils magnétiques de Demoiselle JDe « Gilberte- Rosalie RUe, née à Mont-Ferrand le 20 no- « vembre 1760. Demeurant à Chidrac. Arrivée à Lyon, « pour y être étudiée, le 6 novembre 1784. » Il relate donc, au jour le jour, des expériences de som nambulisme extra-lucide, exécutées sous la direction de Willermoz et de notables personnalités lyonnaises.
Nous n'en citerons que les quelques extraits qui peuvent nous éclairer plus particulièrement sur le rôle de Willer moz.
Comme continuation de la Vraie maçonnerie Willermoz dit : « J'avais reçu le mardi soir 5 avril 1785 un dépôt d'ins- « tructions étonnantes, confié à mes soins personnels pour « fonder à Lyon une nouvelle association ou Classe Ma- « çonnique distincte et particulière ; j'employai les 4 jours « suivants entiers 6, 7, 8 et 9 pour en prendre connois- « sance.
« Le 10 avril, je formai la première assemblée des 11 « frères désignés chez le frc chevalier de Sapanon ; la suite « de cette grande affaire m'occupa beaucoup les jours sui- « vants pour former et préparer une seconde assemblée « plus nombreuse, composée des Deux Bandes prescrites « qui devaient former la première assemblée générale de « cette association, et qui eut lieu en effet 4 jours de « suite, les 2 5, 26, 27 et 28 avril, ce qui me força pen- « dant ce mois et le suivant d'être moins assidu aux som- « meils de M"" Rllc. » « Dans une vision du jeudi 7 avril, M'Ie Rtto dit en par- « lant d'une jeune fille en traitement magnétique: « Elle « est bien malade et de toute manière.
Ellenecroit à rien.
« Il lui faudrait quelqu'un de votre petite société « des « 12 + » qui put la suivre : et un an ne suffirait pas. » « Dans une autre vision de fin mars 1785, elle dit « qu'elle fut délivrée des fausses images à cause de notre « société naissante et secrète qui se forme le 10 avril, et « qu'elle avait grand besoin de ce secours. » « Le vendredi 22 avril 1785, Dlle Rtto cesse d'habiter « chez le Doyen pour aller habiter la chambre de Viller- « moz aux Brotteaux en attendant l'appartement qu'on
REVUE DES REVUES 279 « lui avait arrêté rue S'-Côme. Dans la séance de ce jour- « là étaient présents : MM. le Doyen, Willermoz l'Aîné, « Willermoz le médecin, Willermoz le Jeune, Mme Pro- « vënsal ma sœur, et Mmo de Pisay mère ».
Le Journal s'arrête le 4 mai 1785 après la relation d'une séance dans laquelle D1'0 R"e, installée rue S'-Côme, as siste en Esprit à la tenue de l'assemblée du Haut Clergé du Dauphiné qui a lieu à ce moment à Vienne pour l'élec tion d'un député de second ordre de province du Dauph iné, à l'assemblée générale du clergé de France, assemblée qui devait avoir lieu courant mai à Paris.
Dlle R"° explique aux personnes présentes tout ce qui se passe à Vienne à ce moment précis et annonceau Doyen que c'est le comte de Castellas, grand vicaire du diocèse de Vienne, son frère qui vient d'être élu député. Tout ce qu'avait dit D"" R"° fut entièrement confirmé au retour de ce dernier à Lyon. Voici les principaux personnages mentionnés dans ce journal. Comte de Castellas, Doyen du chapitre de Lyon, chez qui habita d'abord DUe Rtte.
C'est lui qui la magnétisait après de longues prières. 11 était assisté du docteur Wil lermoz et d'un M. Dutrech. DUe RUe, avant qu'elle fût envoyée à Lyon sur la recom mandation de M. le commandeur de Monspey, se trouvait en traitement aux eaux du Mont-d'Or, où elle se lia avec un M. Sabot de Pi^ay. Ce dernier mourut le 1" août 1784 quelques jours après sa liaison avec D11o Rltc.
Ce fut lui qui, après sa mort, fut la cause première de toute les vues extra-lucides de sa protégée. Mai 1904. C. Franlac PEVUE DES REVUES L'Écho du Merveilleux du 1 5 mai reproduit une partie d'une conférence de M. Brunetière sur les difficultés de
280 l'initiation croire et G. Méry en tire la conclusion suivante : Puisque d'après les paroles mêmes du conférencier, pour lutter contre l'Incroyance, c'est toute une mentalité qu'il s'agit de refaire, et que notre but n'a jamais été autre, il nous est agréable de constater que ia direction de nos modestes efforts coïncide avec la direction de la propre pensée de M. Brunetière.
L'article sur la fin du monde que je si gnalais le mois dernier a, parait-il, soulevé beaucoup d'ob jections et fait beaucoup de bruit. L'auteur y répond ou croit y répondre aujourd'hui. Pour ma part je ne vois dans cet article qu'une grande subtilité théologique, une connaissance parfaite des textes prophétiques de la seule religion catholique, et des affirmations absolues dont la base est peu solide.
Celle par exemple que les centuries de Nostradamus sont à priori d'origine humaine ou dia bolique parce que le style est du « charabia, » et manque de dignité (sans commentaires) !
A lire encore une bonne étude sur les cataclysmes de Pile Maurice, un article sur le spiritisme où le profes seur Moutonnier raconte un fait certainement intéressant mais parfaitement explicable par la clairvoyance et l'ex tériorisation du double du médium — et une visite à Mme Gratien Clavel dont les prophéties me semblent ca drer avec d'autre dont je connais la source.
Dans la revue du docteur Dariex, Annales des sciences psychiques, M. Sage étudie un cas de ce qu'il appelle « Mentation subconsciente >.
Ces faits, bien connus des magnétiseurs, et des occultistes ne présentent pas grand chose de nouveau. — Si ce n'est peut-être la manifestation de ce que nous avons l'habitude d'appeler les « étages ». — Tout étudiant en occultisme sait bien qu'un esprit hu main est quelque chose de bien plus compliqué qu'on ne s'imagine; si nous admettons la théorie occulte que l'Esprit incarné, sitôt qu'on lui donne un peu de liberté, peut dans . certains cas se souvenir de ce qu'il a su ou de ce qu'il a été dans des vies antérieures, nous comprendrons facile ment le cas de « Malvina ».
Il faut seulement bien se rap peler qu'il n'y a là ni plusieurs personnalités, ni plusieurs consciences. — Ce sont des étages différents d'une cons cience unique. — Ajoutons pour faire plaisir à M. Sage,
REVUE DES REVUES 28l que les occultistes ont adopté le mot de clichés pour signi fier la vision d'un fait à venir, non parce qu'ils voient des plaques, mais parce que le mécanisme de la création et de la formation de l'image d'un tait qui tend à se réaliser physiquement est strictement analogue au mécanisme de la formation de l'image photographique ou cliché. A lire aussi dans cette revue, un travail du docteur G.
Le Bon sur l'énergie intra-atomique, et de M. Myers, la suite d'une Esquisse sur Iaforce psychique c'est toujours intéres sant, ne serait-ce que pour acquérir la certitude que nos enseignements traditionnels gagnent du terrain tous les jours, bien qu'il soit malaisé de les reconnaître, travestis comme ils le sont.
La Science astrale donne des éléments d'astronomie qui semblent en effet indispensables pour comprendre l'astrologie, à moins de faire tout bonnement de l'onomantique qui donne d'aussi bons résultats et ne demande pas tant de travail.
Exemple: Bien que connaissant imparfaitement la mé thode, j'ai pu en novembre ou décembre 1903 dans « le Spiritualisme moderne, indiquer plusieursévénements qui se sont réalisés depuis, entre autres les coups de Bourses extraordinaires et les nombreux faits d'espionnages aux quels devaient être mêlées des femmes (affaire Martin), etc. Cette revue donne aussi une méthode pour la construc tion du Zodiaque ou figure de Nativité.
La division en douze parties égales est absolument rejetée. Pour nous cette figure est absolument symbolique et représente bien plutôt une idée métaphysique, la sphère du Destin, que tout autre chose, et je ne vois aucun inconvénient à la construire carrée.
La Paix universelle de Bouvier, dans son numéro du 3i mai, donne plusieurs bonnes études ; entre autres, les expériences du colonel de Rochas sur la Télépathie avec fil qui consiste à se servir d'un conducteur pour obtenir à distance, sur un médium, des contractures ou les faire cesser. Il semble que l'éminent expérimentateur n'ait pas tout à fait écarté la suggestion possible et n'ait pas expé rimenté avec un grand nombre de sujets. Je crains aussi que cet appareil d'instruments et de procédés scientifi
282 l'initiation ques n'écarte M. de Rochas de la compréhension des lois véritables de ces phénomènes qui sont entièrement en de hors de l'espace et du temps.
Si en regardant les yeux de quelqu'un je lis sa pensée ce n'est sûrement pas parce que « les radiations oculaires « ont fait l'office de fils conducteurs entre nos deux cer- « veaux » mais parce que mes sens astraux ont été mo mentanément en harmonie avec les siens, et dans tout cela mon cerveau n'a agi que comme un miroir convexe qui a simplement reflété la même image que le cerveau dont j'ai lu la pensée.
Cela se serait aussi bien fait à 2.000 kilomè tres de dislance. La Revue du spiritisme donne la suite du long travail de Delanne sur l'extériorisation de la pensée.
Cette fois, les curieuses et célèbres expériences du commandant Darget sont étudiées et servent à démontrer que la pensée humaine est créatrice, non dans le plan matériel mais dans le plan fluidique, ces expériences conduisent M. Delanne à parler de la matière astrale proprement dite et de ses principales propriétés. Ce résumé est parfaitement bien fait et montre la grande expérience de Delanne dans ces études.
Dans le même numéro, on lira aussi avec intérêt la relation de nouvelles expériences de matérialisations et d'un apport. Comme tous les faits de ce genre, celui-là ne convaincra personne. 11 faut voir soi-même et surtout il faudrait bien connaître les vraies lois des phénomènes qui n'ont été encore que peu étudiées... relativement. M. G. Séailles termine son étude sur les dogmes.
Il semble s'imaginer que la foi n'était possible qu'aux époques où l'homme ne savait pas construire de locomotives, mais aujourd'hui nous sommes tellement forts qu'il n'y a plus moyen 1 Que M. G.
Séailles abandonne un peu les hau teurs où il plane pour jeter un instant les yeux sur l'im mensité de la souffrance humaine et il verra que les inven tions les plus extraordinaires ne pourront jamais mettre dans une âme douloureuse la plus petite partie de la lu mière et de l'espoir qu'un peu de Foi lui donnerait. Je ferai à peu près les mêmes reproches à M. Lussœr pour son étude sur les anges. De nombreux passages mon trent l'ignorance complète des idées antiques qui faitcom
REVUE DES REVUES 283 mettre à l'auteur des confusions fort étranges pour ne pas dire plus; il est juste d'ajouter que ces confusions sont à la charge des Savants Assyriologues dont les travaux ont inspiré M. Lussœr. Peut être saura-t-il un jour ce que si gnifiaient les taureaux assyriens et les sphynx de l'Egypte. Je préfère à ces articles phylosophiques, l'étude de Nichol sur la médiumnité d'Eglinton. C'est vraiment à lire.
Les nouveaux horizons de la Science et de la Pensée contiennent l'étude de M. Sage sur le spiritisme. Il parle aujourd'hui des commencements de l'Eglise et de la sor cellerie. Son opinion sur les sorciers est que leurs crimes étaient pour la plupart imaginaires.
Sans approuver l'épou vantable répression des tribunaux ecclésiastiques et sécu liers contre les sorciers et les sorcières; il est certain qu'un un grand nombre se rendait coupable de véritables assassi nats par envoûtement. Dans le même numéro, M. Jollivet-Castelot exécute une véritable charge à fond de train contre la tradition occulte. Il attaque particulièrement les œuvres de Papus.
Il ne m'appartient pas de répondre à ces critiques personnelles, mais j'ai bien le droit de signaler plusieurs faiblesses dans l'argumentation de Jollivet-Castelot. D'abord, croire que la tradition occulte a été fondée alors qu'on ne possédait « aucune notion précise sur le monde » est une erreur que ne devrait ras commettre l'auteur de Comment on devient alchimiste.
Notre science actuelle qui compte à peines deux siècles d'existence ne peut lutter avec la science profonde, héritage de deux civilisations remar quables (la rouge et la noire) synthétisées par Moïse. Etu dié à l'aide de la grammaire de Fabre d'Olivet, le Sepher Bereschit ne peut laisser aucun doute à ce sujet.
Il existe en effet dans Moïse des mots dont l'analyse prouve qu'il connaissait des forces que nos savants ne découvriront peut-être que dans une centaine d'années. Quant aux incantations, aux évocations et aux élémentals, il suffit de six mois d'étude sincère pour se convaincre de leur réa lité et de leur existence. II y a assez de faits pour prouver cela.
Je me contenterai d'ajouter que bien loin de suivre f. un mysticisme vague et imprécis », tout dans la tradi tion occulte est expérimental. Je puis personnellement
284 l'initiation affirmer que non seulement tout ce qui est écrit dans les œuvres de Papus m'a été prouvé par des expériences per sonnelles, mais que je n'aurais jamais cru possible, il y a dix ans, des mystères dont la répétition fréquente ne peut me laisser aucun doute aujourd'hui.
Puissent ces quelques lignes balancer auprès des étudiants sincères l'influence de l'article de M. Castelot I Parmi les revues étrangères, je signalerai dans le Théosophist du 8 mai un article de Leadbeater absolument re marquable sur l'évolution intérieure. Il n'y a absolument qu'à remplacer l'effort personnel par la prière, pour que cette étude soit parfaite. Dans le Light du 14 mai, à signaler une bonne étude sur le sens spirituel de la vie.
Un cas remarquable de clair voyance et des études astronomiques intéressantes. Nous avons reçu également les 6 premiers numéros d'un journal mexicain L'Ere nouvelle dont le but est d'un so cialisme spiritualiste très pur et très élevé. Remercions aussi pour la traduction suédoise de « Psy ché ». Au dernier moment je reçois la Vie Nouvelle qui con tient plusieurs articles intéressants. P. Phaneg.
Compte rendu des Livres Extraits de mon Elude sur les Grèves et le Socialisme. L'un des apports de la Civilisation et du Progrès de l'humanité sur la terre, a été cette faculté concédée à l'ou vrier de se grouper afin d'agrandir sa puissance au point d'égaler son maître et de lui imposer sa volonté...
COMPTE RENDU DES LIVRES 285 Du jour où le Socialisme, par l'étrange aberration de quelques esprits, se constituant en corps de doctrine s'est implanté sur notre terre, l'harmonie sociale et l'ordre de choses établi ont été troublés, les bases de la Civilisation mises en péril et le terrain préparé au désordre et à l'anar chie, seul idéal des âmes inférieures ...
Avant de rejeter une théorie erronée, il est bon pourtant de l'examiner sous toutes ses faces, afin d'en extraire les parcelles de vérité qui pourraient quelquefois s'y trouver mêlées.
Dans le Socialisme, il y a un fond de réalité, il peut être le lot d'un monde différent et supé rieur au nôtre, mais à coup sûr, il ne répond ni à l'état peu avancé de notre terre, ni à sa constitution avec laquelle il est en complète désharmonie et à laquelle il ne pourrait se substituer sans un bouleversement général et profond de la Société actuelle L'Etude sur la meilleure manière de concilier le socia lisme avec l'état présent des sociétés (édition sur beau papier, sous presse).
Pendant longtemps encore peut-être, le règne de la « matière » enserrera l'intelligence, l'ambition étouffera les sentiments du cœur, le despotisme des passions asséchera, paralysera, en l'amnésiant, la voix de vos consciences.
Pour vous élever d'un degré dans la hiérar chie des « mondes », pour évoluer efficacement vers le progrès éternel et atteindre le niveau supérieur nécessaire à la floraison complète, à l'entier épanouissement des « principes » de liberté, d'égalité et de fraternité humaine, il vous faut purifier vos esprits de toutes passions, rejeter loin de vous tout germe contaminateur ; vous appliquer, en un mot, à générer de nobles pensées, de hautes aspi rations. ...
Supportez avec stoïcisme les revers toujours pos sibles, les déboires, les humiliations, les sacrifices, dont la vie humaine est remplie sur notre terre inférieure et nullement civilisée, en dépit des apparences
a86 l'initiation Placez-les donc à même de devenir des < hommes » au lieu de les rejeter, « ombres souffrantes > demandant justice à Dieu, leur père. Ouvrez à leur esprit de nouveaux horizons, faites scin tiller à leur regard émerveillé les résultats obtenus par un incessant labeur. Par des conférences suivies, dessillez leurs yeux non encore tournés vers la véritable vie.
Et ces êtres transformés deviendront des artistes amou reux d'idéal, des écrivains épris de saines idées, des voya geurs audacieux décidés à enrichir leur esprit par la com paraison et par l'étude des mœurs des divers pays.
Vous les enverrez, ces découragés changes en éner giques travailleurs, ces démoralisés devenus, sous le souffle vivifiant de réconfortantes paroles, les pionniers de la civilisation, vous les enverrez, disons-nous, colo niser au loin vos possessions, et faire honorer, dans ces lointaines contrées, le nom et les sentiments français .
Nous ne pouvons plus dignement clôre cette modeste étude, qu'en jetant aux privilégiés de la fortune, aux humains plus évolués, portés de par leur naissance ou par venus par leur génie propre à des situations éminentes et élevées, ce cri, jaillissant des profondeurs de notre cons cience loyale et droite, et auquel adhère pleinement notre raison.
« Riches, « Le jour où, à votre porte, dans votre luxueux jardin, autour de vos élégantes pelousses, vos frères inférieurs, servis avec amour par d'aristocratiques mains, sentiront vraiment votre bonté en même temps qu'ils subiront votre puissance, ce jour, disons-nous, la fraternité sera réelle ment implantée, définitivement établie sur notre terre.
Les dissensions intestines seront résorbées, les âpres luttes de classes cesseront enfin, les amertumes et les gémissements du malheureux se fondront en une douce résignation ; la paix et l'union, scellées par l'amour sincère et pur, pren dront possession de la terre et civiliseront efficacement votre société, s'intitulant le seul centre civilisé de l'huma nité. » « Vous civilisés ? Allons donc ! »
COMPTE RENDU DES LIVRES 287 La vraie civilisation consiste dans l'amour entre sem blables, résultant de la connaissance des grands principes bases de toute société ; dans la fraternité des peuples, dans la cessation des luttes religieuses et des discussions de dogme résultant d'un profond respect de la liberté de conscience et de la connaissance de l'ésotérisme, de la vérité cachée jusqu'ici sous le voile des, religions, voile nécessaire, durant l'état d'enfance des humanités.
La vraie civilisation consiste dans l'émulation incessante, dans le désir intense de s'instruire et se perfectionner, dans la recherche ininterrompue du vrai et du beau, et dans la pratique ardente et sincère du bien.
En présence de notre commune petitesse, de la barbarie de notre civilisation, de l'insuffisance avérée de nos con ceptions religieuses, de la faiblesse de notre intelligence et de notre vue, et de la grandeur, la magnificence des « œuvres de la nature » attestant une puissance supérieure, ordonnatrice des mondes, présidant à l'évolution des terres sidérales, unissons-nous dans un harmonieux ensemble, pour offrir notre vibrant hommage au grand architecte de l'Univers.
Elisée Berton. L'étude sera adressée franco contre 2 francs à l'auteur, Elisée Berton, rue Dragon, 20, Marseille. L'Ouvrier, vade mecum à l'usage des adultes, par Albert Dupin, Secrétaire général du Comité international d'Études pédagogiques; librairie Ch. Delagrave, i5,rue Soufflot.
Laissant de côté les longs discours et les explications emphigouriques de la plupart de ses devanciers, l'auteur de ce Vade mecum, à l'usage des adultes, a enfin compris qu'on pouvait faire un ouvrage utile et rempli de clarté, d'à-propos, en un style net, concis et surtout compréhen sible pour tous.
L'ouvrier, tel que le définit M. Albert Dupin, est l'homme utile par excellence dans la société, quand il comprend ses devoirs, ses droits, et sait intelli gemment en user ou les faire valoir suivant les circons tances.
288 l'initiation Cet ouvrage peut, sous tous les rapports, rendre de grands services aux classes ouvrières.
Autant prêcher la haine ou la discorde peut causer de désordres dans la société, autant une étude sage et pon dérée des besoins de tous et de chacun, mise à la portée de tous, leur faisant comprendre leurs droits, la légitimité en leurs movens de défense sans outrepasser la légalité de leurs revendications, est non seulement utile mais néces saire en notre € idéaliste » dix-neuvième siècle.
L'hygiène, les moyens de l'obtenir, de la conserver; voilà, certes, un point bien important à étudier, qu'on néglige trop souvent, et dont les conséquences sont désas treuses, surtout parmi les agglomérations ouvrières. Que de cas de phtisie seraient évités, si, — comme le dit M. Albert Dupin, — la méthode d'absorption cutanée du docteur Encausse était plus généralement connue dans les centres ouv riers.
L'installation en est simple, peu coû teuse et combien de catastrophes elle évite! C'est à l'ouvrier lui-même d'en apprécier l'utilité. M. Albert Dupin aide, en cette sorte de Code ouvrier, « à aplanir bien des difficultés, à supprimer bien des malentendus », comme le dit si sagement dans sa spiri tuelle préface le sympathique secrétaire général de la Bourse de travail de Paris, M. Edmond Briat.
Le lire, c'est apprendre à comprendre l'élévation de ses idées, l'énergie de sa nature, la grandeur de son carac tère et la fraternité vraiment sympathique et touchante de l'auteur. « Labor improbus omnia vincit ! » semble être sa devise. Etre utile à tous en mettant le fruit de ses études, de ses réflexions eide ses remarques à la disposition de tous, et ce. en un langage facile àcomprendre et à apprécier, tel semble être son but humanitaire.
L'Initiation ne veut pas rester la dernière à le féliciter sincèrement. Eue Hardy. i °' juin 1904. Le Gérant : Encausse Pans. — Imp. E. AKRAULT et Cie, 9, rue N.-D.-de-Lorette.
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