The text
L'Initiation Revue philosophiqu des Hautes Études PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DB 63m.
VOLUME. — 17— ANNEE SOMMAIRE DU N° 8 (Mai 1904) »* PARTIE ESOTÉRIQUE fin secret par mois (p. 97) Les sciences divinatoires (p. 98 à 99) PARTIE PHILOSOPHIQUE Les épreuves et les nations (p. ioo à 104) Batailles (p. io5 à 1 3jj) Le Feu sacré (suite) ( 1 3 5 à 1 56) Commentaire de Marsile Ficin (suite et Jin) (p. 1 56 à 1 70) PARTIE INITIATIQUE La kabbale pratique (suite) (p. 171 à 179) Eckarthausen. Au pays des esprits (p. 1 80 à 1 83) Papus.
Ordre martiniste. — Conférences spiritualistes. — Revue des Revues. Une prédiction russe. Tout ce qui concerne la Rédaction et les Échanges doit être adressé 5, me de Savoie, à Paris-Vr. Téléphone — 818-50 ADMINISTRATION — ABONNEMENTS - ANNONCES LIBRAIRIE INITIATIQUE t'A III S — •1:,, Hue Saint-Mari, -1* — PARIS Phaneg. Phaneg. Papus. X... 6. de Lautrec. Dr Saïr.
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l'essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n'out abouti qu'à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l'hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L'Initiation est l'organe principal de cette renaissance spiritualiste dont les efforts tendent : Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d'un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l'Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, Ylnitiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l'arbitraire, aujourd'hui en vigueur, et qui luttent contre les deus grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l'Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l'Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l'Inde. L'Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n'appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie (Exotérique) expose aux lectrices ces ques tions d'une manière qu'elles savent toujours apprécier. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s'adresse i tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte.
L'Initiation paraît régulièrement du 1 5 au 20 de chaque mois et compte déjà quatorze années d'existence. — Abonnement : 10 francs par an. > (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
PARTIE EXOTERIQUE UN SECRET PAR MOIS On ne possède pas toujours un diamant pour couper le verre; voici un moyen facile de le couper avec un peu de fil. Faire un mélange de soufre et d'huile et y mettre à tremper quelques instants un bout de fil blanc, de la lon gueur du verre à couper. Placer le fil à l'endroit ou on veut opérer la coupure, et mettre le feu à une de ses extrémités. Faire cela plusieurs fois.
Puis, tout de suite après placer sur l'endroit ainsi chauffé un fil trempé dans l'eau froide, le verre se rompra comme avec un diamant. Pour amollir un morceau de verre et le rendre comme de la cire le faire bouillir dans du sang de bouc. Aussitôt qu'on lui aura donné la forme désirée le plonger dans l'eau froide, il reprendra sa première nature.
Les Sciences Divinatoires LA PASSION Nous avons déjà synthétiquement étudié la volonté et l'intuition; je me propose aujourd'hui de rechercher à quels signes extérieurs on peut reconnaître les gens pas sionnés c'est-à-dire soumis à l'action de leurs sens, au bouillonnement intérieur s'extériorisant plus ou moins qu'on appelle la Passion, Le Passionné aura une écriture facile à reconnaître du premier coup d'œil.
Elle sera en effet, fine, rapide, très penchée, ce qui indique la sensibilité nerveuse; les lettres seront hautes, étroites, minces et anguleuses. Ce qui indi que l'intellectualité. Car le Passionné est le plus souvent un intellectuel. Les barres des T seront très minces et manqueront assez souvent, puisque la Volonté n'existe que pour la satisfaction des sens, et est rarement assez forte pour lutter contre leur entraînement.
Si, par exception, la passion était plus grossière, appartenait à un plan infé rieur, l'écriture serait alors appuyée, inégale et laisserait transparaître les instincts les plus matériels (cupidité, luxure, etc). Une telle écriture donne une main ferme et sèche des doigts pointus, des lignes en général rouges (Excès de fluide). Le Mont de Vénus sera développé (la matière) et
LES SCIENCES DIVINATOIRES 99 portera des grilles. La ligne du cœur sera naturellement belle bien tracée; mais si la passion est dans un plan très matériel, la ligne de cœur sera large et pâle. Le passionné pourra être aussi reconnu extérieurement à son teint qui sera un mélange de jaune et de rouge ; plus jaune que rouge dans la grande majorité des cas; plus rouge que jaune si la passion est très matérielle.
A noter que dans ce cas, la cause de la passion sera plus instinc tive; sera, pour ainsi dire, le rappel du plan inférieur dans le plan moyen. Les gestes seront assez forts, tremblants, enthousiastes; la marche sera composée de pas courts et précipités. Tels sont les principaux signes extérieurs qui permet tent de reconnaître le passionné. G. Phaneu.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Cette partie est ouverte aux écrivains de toute t.cole. sans aucune distinction, et chacun d'eux conserve la responsabilité exclusive de ses idées. Les ÉPREUVES & les NATIONS (A PROPOS DS Là GUERRE RUSSO- JAPON AISE) L'être humain est placé sur Terre pour développer certaines facultés qui lui seront nécessaires lors de son évolution ultérieure et pour en redresser d'autres, dont le développement fut imparlait.
Aussi l'homme est il poussé dans sa route sans fai blesse, mais aussi sans cruauté. Sans faiblesse parce que l'intérêt qui semble immé diat peut être sacrifié froidement à l'intérêt futur, le seul vital. Sans cruauté parce que la somme des efforts à ac complir en une épreuve est toujours proportionnée à la résistance de l'éprouvé.
L'être humain est un Esprit actif noyé, dans une enveloppe de matière mortelle et inactive, La vie a pour but justement de plonger cette matière dans un courant d'activité favorable à son évolution. La vie physique avec ses échanges physiologiques est pour la matière du corps l'excitant évolutif repré senté par les épreuves morales spirituelles ou senti mentales pour l'Esprit. Mais le point de vue de l'Invisible qui conduit l'homme vers un but déterminé étant différent du
LES ÉPREUVES ET LES NATIONS 10 1 point de vue personnel de l'homme, il s'ensuit une lutte de tous les instants entre l'immédiat et le futur, origine de bien des désespoirs et de beaucoup d'affollements. Il arrive un moment où l'homme ne comprend plus cette nécessité de l'angoisse évolutive et il mau dit ses guides, soit mentalement, en professant l'in crédulité ou l'athéisme, soit physiquement en détrui sant plus ou moins vite son corps physique.
Tout esprit doit connaître les affres du désespoir. Toute intelligence est appelée à traverser les apparte ments glacés du doute et elle est alors près de crier la terrible phrase : Mon père pourquoi m'as tu aban donné ? Cette situation est souvent le partage de ceux qui se sont crus avancés dans la voie de la vie réelle.
Ils ont vu leurs prières exaucées ; à leur demande, les malades ont guéri, les catastrophes de la vie maté rielle se sontéloignées des malheureux pour lesquels ils intercédaient. Tout à coup, tout s'arrête, le ciel semble se fermer et la voix ne trouve plus d'écho dans ses prières. C'est alors une épreuve qui commence et qui de vient fort dure à supporter si l'orgueil n'a point été arraché de l'âme humaine.
Et il n'est jamais complè tement arraché ! Après ce jugement d'impuissance spirituelle, ar rive le jugement des ignorants, nos frères. Celui qui avait cru savoir quelque chose tombe de la hauteur où il était perché et la chute est d'autant plus sensi ble qu'il avait cru monter plus haut.
1 02 l'initiation On tourne en dérision ses actes, on calomnie ses intentions les plus pures et les pouvoirs sont confiés pour un temps aux pédants et aux orgueilleux. C'est alors que le désespoir entre en maître dans le cœur du ferme croyant d'hier, c'est alors que le cœur se fond à la chaleur des épreuves sanctifiantes, c'est alors même que le Seigneur est proche.
Il faut s'hu milier pour passer par la porte des petits entants, il faut se souvenir des jugements qu'on a portés sur les autres quand on les accusait de ne pas suivre la bonne voie (on ne la connaissait pas davantage que la mau vaise) et il faut crier au Père l'appel des noyés et des angoissés dans le feu de l'Esprit, Dieu s'est fait homme afin que le désespoir humain puisse entrer jusqu'au fond du ciel pour demander assistance.
Mais si l'on passe à travers la crise, si l'on prend une conscience nette de son ignorance, si l'on recon- , naît qu'on voulait commander à la maladie sans sa voir ce qu'elle est en son principe, qu'on voulait com mander aux forces de la nature sans avoir jamais pénétré leur appartement originel, alors on sort bap tisé, car on a connu la mitraille et l'on bénit le ciel une fois de plus. » « Or le peuple suit, en collectif, les mêmes lois que l'individu subit dans son unité.
Pour le peuple comme pour l'individu il existe des épreuves purificatrices et des humiliations évolutives. Si un peuple doit durer peu et a accompli de vagues
LES ÉPREUVES ET LES NATIONS Io3 prouesses, on le laisse devenir vaniteux et se croire le peuple le plus élevé de la terre, l'orgueil l'envahit et sa disparition brusque vient terminer la comédie. Ce fut le cas d'Atlantis et de bien d'autres nations, dont Carthage.
Par contre, tout peuple appelé à de hautes destinées passe par de cruelles épreuves et chaque fois que le mortel orgueil l'envahit, il est ramené malgré lui à la juste compréhension des vérités éternelles.
Le Visible n'étant rien et l'Invisible étant tout, une puissante nation, à laquelle le ciel veut donner une leçon utile, peut-être humiliée par une nation en ap parence plus faible.- Lorsque nous avons annoncé dans l'Initiation que la puissante Russie éprouverait deux échecs sur terre avant de voir luire pour elle l'aurore des victoires, tous les esprits bien informés se sont amusés à nos dépens. Cela semblait inconcevable.
Or, un de ces échecs est arrivé, à l'heureoù nous écri vons (10 mai) et la victoire certainesemble reculer en arrière pour nos amis les Russes. Si, nous-mêmes, Français, nous avions dù faire une campagne au Siam lorsque ce petit peuple s'est vigou reusement préparé en silence, nous aurions pu aussi avoir dès le début de grands échecs à redouter. Nous n'avons pas à croire que nous eussions été mieux pré parés que les Russes.
Il fallait montrer à la Russie la nécessité de réformer du tout au tout son administration maritime ainsi que son intendance militaire; le Japon a été l'instrument de cette démonstration.
104 l'initiation Si la Russie avait été victorieuse dès le premier jour elle était perdue. Le système de l'obscurité adminis trative et des gabegies aurait continué de plus belle et le Colosse aurait vu l'argile envahir toute sa base. Mais les faits se sont chargés de rabaisser l'orgueil aveuglant et de montrer que Dieu seul est le Principe de toute puissance. La Russie sortira de cette crise, baptisée par les épreuves et préparée aux suivantes.
Son armée, agguerrie par la lutte avec un adversaire digne d'elle, sera renforcée dans ses points faibles et sa flotte sera trans formée en quelques années. L'occupation de la Corée et dé Yéso terminera peutêtre une campagne au sujet de laquelle bien des amis auront désespéré et les généraux russes apprendront plus tard à être moins présomptueux et à attendre davantage de la Providence que de leur propre témé rité.
Sachons être aussi patients que ceux qui ne considèrentle présentque comme une quantité quelque peu négligeable et attendons l'avenir avec confiance. Papus.
B2VTHILLES Dans les rues de Paris, tout est en ébullition ; c'est le vote d'une loi contre les congrégations. Je suis assis au bord de la Seine, en face de la Morgue, l'eau coule à mes pieds. Je revois toute ma vie de luttes et de souffrances. Rien ne se fait sans argent ; le seul idéal ici-bas est maintenant l'argent.
Mieux vaut en finir avec la vie ; j'avais un ami, Marius, il m'a quitté pour suivre une femme, un ange de beauté, mais un démon pour la vertu. Avant de me jeter à l'eau, je pense à ma famille de petits chats, de qui je ne pourrai plus m'occuper. Je rentre chez moi, puis prenant ces pauvres petites bètcs, je les lance dans la rue. « De cette manière, pensai-je, elles n'auront plusàsouffrir».
Tout à coup le Ciel s'ouvre devant moi, j'aperçois un plan lumineuxet leChristassis surun trône entouré de douze personnages placés sur des trônes un peu plus bas ; tout était lumineux et de grandeur surnatu relle. En même temps, j'entendis une voix qui me disait : « Regarde ». Deux hommes prononçaient un serment sur un autel, puis descendaient ensuite sur (i) Nous pourrions ajouter en sous-titre «'Les Dangers de la Pratique ».
Nos lecteurs nous demandent souvent des récits de faits vécus. Pour les détourner des expériences fu nestes et leur indiquer les dangers à éviter dans les études occultes, nous publions dans sa forme fruste le récit d'un étudiant sincère et loyal qui ne ment pas et ne cache aucun de ses déboires, ni aucune de ses épreuves. N.D.L.R.
ioô l'initiation terre apportant avec eux un rayon d'éblouissante lumière qui filtrait dans ma chambre y formait un triangle magnifique. Dans ces deux, hommes, je reconnus mon ami Marius et moi.
Ensuite on me fit voir notre retour; nous étions vêtus de manteaux semblables à celui que j'avais vu une fois à P... dans une loge d'hermétisme et la même voix me di sait : « Vous avez été de bons et fidèles serviteurs, je suis content de vous. » Je remarquai qu'au dessous de nous se trouvait un autre plan moins lumineux; les êtres qui l'habitaient avaient des ailes, ce devait être des anges.
Puis au-dessous un autre plan éclairé d'une lumière spé ciale et que j'avais déjà vu. Là habitaient des hommes. « Vois et crois », me fût-il dit ; « Marius reviendra ; c'est une épreuve ». Il m'est impossible de vous dire ce que j'ai souffert pendant l'absence de mon ami ; on m'arrachait du cœur je ne sais quoi, comme un lien qui nous unissait. Est-il possible d'être lié à un autre être d'une façon aussi réelle ?
Une nuit, je vis Marius aux halles en mauvaise compagnie ; il m'appelait parce qu'on voulait le tuer; je le défendais et parais les coups. Lorsque je me réveillai j'avais été tellement frappé de la scène d'as sassinat que je me levai et allai voir si mon ami était à l'hôtel où il habitait. Je le trouvai dans un triste état; un mauvais esprit était en lui.
On me dit: « Emmenez-le chez vous par la force ; on a voulu le tuer cette nuit et si vous souffrez, il souffre encore plus que vous. » Je fis ce qui m'avait été recommandé et le soir même
BATAILLES IO7 mon ami vint me trouver, apportant une mandoline prise dans la bagarre, Il se mit tout à coup à jouer la romance de l'Étoile de Wagner d'une façon merveil leuse, puis le Choral de Luther. Lui, catholique, se mettre à jouer brusquement un hymne protestant, ce n'était pas banal, mais je fus encore plus surpris de voir qu'il était endormi.
Une voix me dit alors : « Je suis Luther, chef dela religion protestante ; vous avez subi bien des souffrances, mais ces souffrances vous étaient nécessaires à tous deux pour vous faire com prendre la vie. Laissez dire les gens ; c'est à votre âge que la voie qu'on doit suivre se dessine et à quarantedeux ans seulement j'ai pu voir Dieu qui m'a donné ma mission.
Vous croyez à la réincarnation, eh bien ! moi aussi j'ai dû me réincarner plusieurs fois. Allez en Espagne ; là on vous dira ce que j'étais, et vous verrez des choses qu'on ne peut pas vous faire voir ici, Paris est le cerveau du monde, beaucoup des hommes qui meurent ici ne se réincarnent pas, car ce sont des missionnés. Mais vous y trouverez aussi les aides du diable qui sont aussi puissants que les aides de Dieu.
C'est ici où doit se livrer la grande bataille. « On a voulu aussi vous apprendre à faire la pierre philosophale, mais on n'a pas continué parce que vous n'avez pas compris la grandeur de votre mis sion.
Vous pensiez : le premier lingot d'or que j'ob tiendrai, j'en disposerai pour moi ; je ferai une opé ration commerciale qui me rapportera beaucoup plus •encore et vous étiez dans l'erreur car l'or de la pierre .philosophale ne peut servir à l'égoïsme, autrement il devient du plomb.
108 l'initiation Et voyez-vous les ennuis que vous vous seriez atti rés chez le fondeur qui vous aurait acheté cet or, sans compter les ennemis occultes contre lesquels vous auriez eu à lutter et dont vous ignorez les lois. Je me suis réincarné 12 fois avant de pouvoir com prendre le but de ma vie ; toujours le sexe faible, qui est bien plutôt le sexe fort, m'a détourné de ma voie.
Dans ma dernière réincarnation, étant moine, j'aimais une femme, la plus belle mais aussi la plus vicieuse dés femmes : je me demandais parfois si elle n'était pas le diable en personne. Dieu a voulu m'en débarrasser. Je pris ensuite une autre femme, légitime et qui m'apporta des relations et non de l'argent, comme l'ont dit mes détracteurs, car lorsque je suis venu avec le Christ sur la terre, nous savions faire de l'or.
Du reste, il est dit dans la Bible : « Quand il a fallu passer sur un pont et payer le passage, c'est le pois son qui a fourni la pièce d'or. » Et ce poisson est celui des occultistes. Vous n'ignorez pas que la Bible a des clés ; si on donnait ces clés aux hommes mé chants, ils s'en serviraient pour le mal. Lorsque vous serez en Espagne, il vous sera donné de comprendre la Bible.
C'est un long travail exigeant beaucoup de patience, mais Dieu vous soutiendra. Je vous l'ai dit déjà, on m'a laissé me souvenir de mon existence antérieure où j'avais trouvé la pierre philosophale ; je faisais de l'or qui me servait à payer mes disciples et à répandre la Bible parmi les hommes, mais je n'ai pas pu accomplir ma mission, car je n'avais pas la chose la plus importante qui est la communion.
BATAILLES IOg Entrez dans une église un samedi ; allez vous con fesser et le dimanche suivant au matin, allez commu nier dans une église catholique ; vous pourrez avoir l'extase ainsi que l'a eue sainte Thérèse. Marius et moi décidâmes de partir pour l'Espagne. Nous nous arrêtons à Veuve où Marius a été élevé ; nous y trouvons le bon abbé Suchet, qui est un saint et qui reconnaît mon ami malgré dix années d'ab sence.
Il lui donne son numéro de communiant que ce bon abbé a conservé en regard de chaque nom sur la liste de ses anciens élèves avec une remarque per sonnelle indiquée sur chacun. Nous causons jusqu'à l'heure du déjeuner, puis l'abbé nous prie d'aller chercher à manger pour nous.
Il a un œuf pour lui et un autre pour sa ser vante avec un peu de pain, car il mange très peu, trop pauvre pour s'accorder une bonne table; mais en notre honneur il envoie sa domestique chercher un litre de vin chez un propriétaire de la localité qui lui en fait don lorsqu'il a des convives.
La brave femme qui sert le curé depuis trente ans sans gages prend tous les matins la communion ; c'est une âme de sainte dans un corps des plus débiles. — Si vous voulez me faire voir votre main, lui dit Marius, ou m'apporter un jeu de cartes, je vous dirai des choses qui pourront vous surprendre.
La bonne femme accepta et à la lecture des lignes de la main, Ma rius découvrit qu'elle était une enfant volée à une fa mille noble des environs de Paris ; il lui dépeint le châ teau habité par ses parents, les armes et blason de sa famille, chaque salle du château avec les meubles,
I io l'initiation les tableaux, etc. Cette femme apprit ainsi qu'elle avait été abandonnée sur une route par un intendant qui convoitait la fortune de ses parents. Ayant ras semblé ses souvenirs, elle reconnut que tout cela était exact. — Vous ne rentrerez pas en possession de votre fortune, ajouta Marius. L'abbé Suchet était émerveillé de constater chez l'un de ses élèves le don de la seconde vue et nous causâmes longuement d'occuitisme.
Il était très versé dans cette science, mais n'admettait pas la réincarna tion. Nous nous séparâmes bons amis. Ensuite nous visitâmes Tours et ses environs ; Férigueux d'où nous dûmes aller à pied jusqu'à Agen.
La première journée nous fîmes 42 kilomètres ; j'étais très fatigué n'ayant pas l'habitude des longues mar ches et je priai un paysan qui passait dans une voi ture de vouloir bien me laisser prendre place auprès de lui jusqu'au plus prochain village. Il me répondit d'abord très grossièrement, puis descendit de sa voiture et se mit à me frapper; enfin il me serra dans ses bras avec une telle force que je crus être étouffé.
Marius vint à mon secours et à nous deux nous vînmes à bout de ce forcené. Je racontai cet incident à l'abbé Suchet en lui écrivant et lui deman dant: « Supposons que cet homme meure dans un semblable moment ! que deviendra-t-il ? Nous nous rendîmes ensuite à Toulouse où nous sommes restés un mois. Là nous eûmes un jour la visite du double de M. Phaneg qui était accompa gné d'un élémental ayant une tête ronde et très grande
BATAILLES I 1 1 se terminant en pointe; cet élémental était très lumi neux. Nous partîmes pour Carcassonne, Béziers, où j'eus un commencement de cécité, je restai complètement aveugle pendant au moins deux heures; Perpignan, Port-Vendres, où commença la bataille. Luther nous suivait toujours au bord de cette belle et immense mer bleue (car c'est vraiment à partir de cet endroit que la mer est de ce bleu spécial si merveilleux).
La ba taille devint, là, terrible et nous voici à Cerbère où nous retrouvons nos bagages envoyés à l'avance. En attendant le départ du chemin de fer pour l'Espagne, nous fîmes l'ascension d'une des plus hautes monta gnes des Pyrénées d'où l'on apercevait déjà l'Espagne ; le cap des Roses se voyait à nos pieds.
A ce moment, j'éprouvai un malaise bizarre ; il me semblait qu'on voulait m'arracher le cœur, puis j'en tendis une voix qui disait : « Mais malheureux, que vas-tu foire dans ce pays où pullulent les voleurs et les assassins. Sais-tu ce que tu y vas chercher, après y avoir perdu quinze années de travail opiniâtre? La prison, sans doute ? Partons, dis-je à Marius.
En arrivant à la gare on nous pria de passer chez le commissaire de police qui nous garda assez longtemps pour lui fournir une foule de renseignements demandés à notre sujet. Puis, comme rien ne nous empêchait maintenant d'entrer en Espagne, nous partîmes. Après avoir passé le premier tunnel, je vis tout à coup le ciel s'entr'ouvrir. Devant moi, du côté de l'Espagne, était un diable énorme aussi haut que les
112 l'initiation Pyrénées ; il avait une couronne de plumes noires et blanches. Devant lui était un homme plus petit, noir et blanc, mais celui-là avait une grande épée. Autour d'eux, des milliers de diablotins plus affreux les uns que les autres, se battaient contre des anges de lu mière qui se trouvaient du côté de la France. Au mi lieu de tout cela, se trouvait le grand personnage que j'avais déjà vu une fois dans ma chambre, à Paris.
Celui-là ne portait pas de couronne sur la tête, mais il avait une belle figure à barbe blanche ; sa personne était lumineuse. Devant lui était Jesus-Christ, vêtu de blanc, mais la lumière qui entourait le Christ sur passait la lumière du grand personnage.
Ce sont des couleurs qui ne sont pas de ce monde, et lorsqu'on a vu une seule fois ces choses-là, on ne peut l'oublier, ni douter de l'existence de l'au-delà ; celui qui cher che les forces inconnues y sera toujours aidé.
Autour d'eux, des milliers de personnages beaux et pleins de lumière faisaient reculer l'Enfer, car c'était bien cela que j'avais sous les yeux : la bataille entre l'enfer d'un côté et le ciel ou Paradis de l'autre côté de ce ta bleau. Tout à coup un orage se déchaîna dans l'air et ce pendant il faisait un clair de lune superbe, mais avec un vent de tous les diables, comme disent les bonnes gens ; j'étais extasié devant ce spectacle.
Mais au fur et à mesure que nous avancions en Es pagne, l'enfer se retirait. Nous nous arrêtons à Gérona où on nous insulta parce que nous étions Français; puis nous partons pour Barcelone. Je suis obligé, à mon grand regret, d'aller trouver la société suisse de
BATAILLES Il3 bienfaisance dont j'avais fait partie il y a bien long temps et je me présente non comme un malheureux, mais comme un ancien sociétaire,de passage.
D'abord on me nie avoir appartenu à cette société, puis on me demande des pièces pouvant établir des preuves à sa participation; enfin on me demande en alle mand : « Etes-vous Berner Deutsche ou Berner Welche ?» — Je suis Bernois français. — Voyez, si vous aviez fréquenté les Suisses alle mands et non les Suisses français, vous auriez trouvé plus d'appui.
Puis on me demanda si j'étais franc-maçon, car sans cela, paraît-il, on ne peut aller nulle part ; mais ayant pu faire reconnaître mes droits et fait voir que j'étais décidé à les réclamer, on me remit 10 francs. Si je relate cet incident, c'est pour montrer la beauté des sectes.
Nous continuons notre route à pied pour Badalonne, petite ville très industrielle, que M. Amusa protégée et à qui, par reconnaissance, les habitants ont élevé une statue.
Pour les batailles qui allaient se livrer autour de nous, le bon abbé Suchet devait dire une messe chaque jour afin de donner un point d'appui à la pro tection de Jésus-Christ et lui permettre de prendre contact avec nous, car le diable et ses aides se brûlent contre cette force. Les initiés comprendront ce que je veux dire.
Puis, nous quittons Badalonne et nous montons la côte de la Méditerranée qui est ce que j'ai vu de plus beau dans tous mes voyages. En artistes, nous nous 8
ii4 l'initiation arrêtions souvent, émerveillés, devant cette admirable nature ; aussi, à ce moment, ne faisions-nous pas beau coup de chemin. Marius allait dans les casinos jouer de la mandoline afin de gagner notre gîte et notre nourriture. Le len demain nous étions à Mataro, ville encore plus indus trielle que Badalonne et où j'avais eu autrefois bien des amis qui m'avaient connu très heureux.
Nous nous installâmes sur la place publique et au bout d'un ins tant on nous apporta une réparation d'horlogerie à effectuer, ce qui nous fit gagner trois francs. C'était pour nous un bon début et Mataro devait nous donner l'hospitalité.
Marius se mit ensuite à parcourir les cafés avec sa mandoline pendant que je l'attendais au coin d'une rue, quand une bonne femme, en passant devant moi, me mit de l'argent dans la main. — Que Dieu te bénisse de ta charité et te le rende au centuple, murmurai-je ! Enfin, au bout dela journée, nous avions les vingt francs occultistes qui, depuis, ne nous ont jamais manqué.
Nous logeâmes chez une femme qui ne nous inspi rait aucune confiance, mais plutôt de la répulsion, Luther nous avait dit : — Vous trouverez ici une famille qui vous attend, car il doit en être ainsi. Ces gens seront entièrement à votre disposition et s'ils peuvent accomplir leur de voir, ils auront fait un pas énorme dans leur évolution . Un soir que nous étions allés nous promener avec notre mandoline, pour nous égayer un peu, nous
BATAILLES I I 5 aperçûmes une grande ombre qui prit tout à coup Marius et le lança d'une si grande force dans un fossé que notre mandoline en fut brisée. Je vis alors Marius évanoui, puis le diable qui s'en allait en ricanant. Je portai comme je pus mon pauvre ami dans une ta verne où je le frictionnai et lui donnai à boire ; il re vint à lui mais se trouvait très mal.
Enfin nous pûmes rentrer très tard chez notre hôtesse, croyant y trouver à manger, mais cette femme nous chassa, dans la suite vous verrez pourquoi. Nous voilà donc en quête d'un autre domicile et grâce à Dieu, comme disent les Espagnols, nous trou vâmes de braves gens qui nous offrirent l'hospitalité.
Nous pensions avoir trouvé la famille annoncée par Luther, mais ce n'était pas là où nous devions rester, car nous quittâmes ces gens quelques jours après. Un matin, au marché de la localité, un homme que nous ne connaissions pas nous offrit de nous mener dans une famille qui attendait deux personnes annon cées. On convint du prix à payer et nous voilà ins tallés.
Nous pouvions faire notre cuisine et il y avait même un cheval et une voiture à notre disposition ; enfin tout était au mieux. Nous avions changé trois fois, chiffre occulte, et nous nous demandions ce que nous allions apprendre parmi ces gens.
Le soir on nous fit connaître que dans la famille chez qui nous nous trouvions, lafemme avait été anciennement ma fille qui dans l'Inde s'était mariée avec un chef de tribu possédant dix mille roupies, somme énorme pour l'époque. En l'absence de son mari, j'avais volé leur trésor et je devais dans
u6 l'initiation cette existence, venir pauvre, leur demander l'hospi talité. Cet homme avait été aussi le trop célèbre Torquemada et devait nous servir pour expier son fanatisme. Il avait le visage comme coupé en deux, et avait dû être fou; cela se voyait dans ses yeux dont l'un bril lait très intelligent, et l'autre était tout hébété.
Il était « très cruel pour les animaux et semblait éprouver une grande jouissance à les torturer ; le chat qu'il possé dait l'attestait d'une façon certaine, car la pauvre bête a'avait plus de queue ni d'oreilles. La femme, au contraire, était belle, très douce et toujours contente.
Enfin, nous pûmes constater que ce qu'avait an noncé Luther venait de se réaliser, et que nous étions installés maintenant pour longtemps; pour toujours peut-être, qui sait ? Il nous avait enseigné aussi qu'il faut vivre sur tous les plans et arriver dans l'au-delà avec des batailles gagnées, mais non avec la peur d'en avoir livré.
Cal vin, nous avait-il dit, que je connaissais très bien avait une mauvaise habitude ; dans sa jeunesse, à Paris, il ne buvait que de l'eau, pour éviter de sacrifier au culte de Vénus. Celà lui a été funeste car dans sa vieillesse sa conduite n'a pas précisément été fort édi fiante ; par son intransigeance, il a été, sans le savoir, le meilleur disciple de Satan.
Lorsque les Papes, par leur faute, ont perdu le secret de communiquer avec Dieu, il m'envoya sur la terre où j'ai dû me réincarner douze fois avant de pouvoir remplir ma mission. Je me suis toujours laissé
BATAILLES 1 17 entraîner par les femmes. Quand enfin, j'ai pu com muniquer avec Dieu, il m'a été donné de pouvoir tra duire la Bible. Nous étions ensemble à certaines heures du jour pendant lesquelles nous n'avions pas de bataille à livrer et qui, par suite sont plus propices au recueillement. Puis, comme je vous l'ai dit, je faisais de l'or avec lequel je payais les pasteurs : en un mot, l'Église fonctionnait.
Tout ce que je faisais était avec l'aide de Dieu car seul, je n'aurais jamais osé entreprendre une telle œuvre. J'étais aussi en correspondance avec Calvin sur lequel je comptais beaucoup, mais qui m'a bien trompé. C'est votre mission, avait-il été dit à Luther ; dites aux protestants et aux catholiques de revenir à une seule et même église, de chercher un pape retrouvant le secret perdu de parler avec Dieu. Racontez-leur votre vie.
Voyez que dans la cité de Calvin les hommes ne sont pas meilleurs qu'autre part, mais surtout ne formez jamais de secte, car une idée pareille ne peut être suggérée que par le Diable. Vous vous ferez connaître à la femme chez qui vous êtes ; vous lui direz ce que vous cherchez, elle vous conduira dans des centres spirites et vous amènera des gens à guérir.
Ayant délibéré sur les jours et heures favorables aux guérisons, car tous les jours ne sont pas bons, je fis tout ce qui me fut recommandé et j'attendis les événements. Le lendemain, je racontais à la femme de Vicente,
I 1 8 l'initiation car ils s'appelaient ainsi, qui nous étions; mais, elle n'en fut pas étonnée, car sa mère était médium et leur avait dit souvent : « Un jour, vous verrez arriver deux Français, ce sont de grands Esprits, soignez-les bien; c'est là votre mission ». Ils nous menèrent dans un centre spirite, le plus fréquenté de l'endroit.
Nous y trouvâmes une réunion de cinquante personnes formée presque totalement de femmes entourant une autre femme endormie, qui se disait la Vierge Marie et faisait en catalan un long sermon. Puis elle commanda à un autre esprit supé rieur de prendre le corps de quelqu'un de l'assistance, ce qui se produisit; ensuite ce fût le tour d'un autre assistant et ainsi de suite.
Tout cela nous semblait faux et écœurant, nous par tions de la salle lorsqu'à la porte, je vis un esprit lumineux qui se battait avec des esprits mauvais. Le premier me fit comprendre de rester dans ce lieu. Nous rentrâmes dans la salle et Marius ayant demandé du papier et un crayon se mit à écrire une communication qui lui fût dictée en Espagnol.
On demandait à l'assemblée de bien vouloir nous admettre dans son sein, disant que nous donnerions aux assis tants des enseignements sur l'occultisme qui est la suite du spiritisme; cette communication était signée : Stanislas de Guaïta.
Ensuite Marius regarda la main de chacune des personnes présentes, leur dit leur passé, leur présent et leur avenir ; il leur fit connaître les maladies qu'elles pouvaient avoir, enfin tout ce qui eût le don de les intéresser. Jamais je n'avais vu mon ami ainsi.
BATAILLES 1 1 9 Nous retournâmes à cette réunion le dimanche sui vant et cette visite ne fut pas perdue car là, on nous envoya une charmante dame, veuve depuis peu, qui était malade ainsi que toute sa famille et celà depuis de nombreuses années. Luther nous avait dit: « La première personne qui viendra vous trouver pour être guérie, vous aidera plus tard à guérir les autres». Cette chose s'est complètement réalisée.
L'Espagnole est très vindicative et il faut peu, sou vent pour s'attirer sa haine. Malheur à vous si en dansant ou en flirtant avec une jeune fille, il lui vient l'idée de vous désirer en mariage ; malheur à vous, surtout si vous dédaignez de répondre à son amour, car c'en est fait de vous. Elle ira trouver une sorcière qui vous fera aimer malgré vous: c'est l'en voûtement. Comment s'y prend-elle?
Je ne puis pas le raconter, mais je vais vous dire comment nous guérissons l'en voûtement. Une jeune dame qui s'appelait Rosita, nous mena chez un de ses parents dont l'enfant se mourait ; les médecins n'avaient pu se prononcer, ne connaissant pas le mal et l'enfant abandonné par eux avait même reçu l'extrême-onction.
En montant l'escalier de la maison nous eûmes à soutenir une lutte terrible avec la mort qui ne voulait pas nous laisser passer ; elle me donnait avec sa faulx des coups sur la pomme d'adam, coups occasionnant une intolérable souf france. Ayant pu arriver cependant auprès du pauvre enfant, il fut guéri au simple contact de Marius. Puis
120 l'initiation on nous mena dans un autre appartement où se trou vait une femme d'environ soixante ans, cassée, com plètement usée par le travail et la maladie. Marius jugea d'abord qu'il serait difficile de la guérir, mais sa fille pleurait et suppliait tant pour qu'on lui rendît sa mère, que je décidai mon ami à faire tout ce qu'il pourrait pour cela.
Ce ne fut pas sans peine, paraît-il, mais trois jours plus tard, la vieille mère était assise au soleil dans le jardin. Il est impossible de rendre les cris de joie de cette famille d'ouvriers ; aussi com bien de remerciements nous adressâmes à celui qui nous avait permis de rendre des êtres chéris à ceux qui les aimaient.
Le père de l'enfant était un bel homme qui occu pait une position sociale assez enviée pour une petite ville ouvrière ; il était secrétaire d'un cercle socialiste. Une femme l'avait désiré pour époux, mais il s'est marié avec une autre et on a voulu l'envoûter. Lui cependant n'a pas subi l'envoûtement, mais leur pre mier né a porté tout le poids de ce crime et a eu à en souffrir cruellement.
L'Espagne est le pays des contrastes ; j'y ai trouvé des protestants d'un rigorisme à faire rendre gorge à Calvin, des socialistes comme Marx n'aurait pas espéré en rencontrer. Nous avions un bel exemple de la grande commu nauté prcchée par Marx dans la famille où nous nous trouvions, car la famille en question était l'agglo mération de trois familles différentes qui avaient loué une grande maison avec un jardin. La cuisine, la salle à manger et le jardin étaient communs.
BATAILLES I 2 I Celà était grand, spacieux, les repas s'y prenaient éga lement en commun, les enfants de l'un mêlés aux enfants de l'autre, el le samedi, lorsque chacun des ouvriers avait touché le prix de son travail, il réglait sa quote-part de dépenses. La femme de l'un fait la cuisine pendant que la femme d'un autre s'occupe de la lessive et ainsi de suite.
Nous avons trouvé ainsi, dans certaines villes, des groupes formés de plus de quarante personnes et nous y étions toujours bien reçus ; avec joie, ils nous forçaient à augmenter encore le nombre de leurs con vives. Ouvrier parisien, va un peu voir là-bas. Tu y trou veras des familles ayant jusqu'à douze enfants tous élevés par leur mère sans avoir recours à des nour rices.
Ces gens nous annonçèrent au centre socialiste et le dimanche dans l'après-midi, c'était à qui nous ap porterait du travail pour la semaine. Voilà la bonne solidarité .ouvrière et vous voyez qu'un bienfait en résulte toujours. Quelques jours plus tard, nous rencontrâmes un corbillard. — Vois-tu, me dit Marius, l'être qu'on enterre est une sorcière qui avait envoûté un enfant.
En essayant d'empêcher ce maléfice, j'y suis allé un peu brusque ment et j'ai tué la sorcière. Ces faits d'envoûtement sont des coutumes cou rantes dans ce pays-là. Un ouvrier ayant eu à se plaindre de son patron qui lui retenait son salaire injustement, s'en fût trouver un curé dont je ne dirai
122 L'INITIATION pas le nom, curé très respectable cependant de l'église paroissiale de Mataro. 11 lui offrit 3 francs pour faire dire une messe noire à l'effet de tuer son patron. Le curé prit l'argent, alla trouver le patron et lui dit : « On m'a donné 3 francs pour faire ceci et cela ; com bien me donnez-vous pour que je ne le fasse pas et que ce même mal tombe sur celui qui le désire pour vous?
Le patron remit une somme d'argent plus forte et ce fut l'ouvrier qui porta tout le poids du mal. Il fut presque foudroyé. 11 voulait, se sentant pris d'un malaise inexprimable, venir nous trouver chez nous, mais il mourut en route.
Les autorités savent ces choses mais ne peuvent les empêcher pour la raison suivante, c'est que l'Acadé mie de Barcelone ne les enseigne pas et l'élément officiel ne croit pas leur existence possible ; mais revenons à notre première malade Rosita. Sa famille avait occupé une position commerciale élevée, et un de leurs concurrents pour se débarrasser d'eux alla trouver une sorcière qui envoûta le chef de la famille.
A partir de ce moment, tout alla de mal en pis ; on leur vendit tout ce qu'ils possédaient et ils durent se retirer dans une autre maison plus pauvre, où, le malheur les poursuivant, ils rencon trèrent le double d'une personne qui toute sa vie n'avait eu d'autre idée que de toujours vivre dans cette maison. Elle y mourut et elle revint en effet dans sa maison après sa mort.
Le mari de Rosita était jeune et quand il avait mangé, cet être invisible prenait possession du corps de ce malheureux et s'ap propriait sa nourriture jusqu'à ce que se trouvant
BATAILLES 123 sans force, il mourût miné par un mal indéfinissable. Il en fut de même du frère aîné, qui, lui, nous avait très bien dépeint son mal. Aucun médecin n'avait pu le guérir. La première fois que nous sommes allés dans cette maison, nous y avons rencontré tant de mauvais esprits que, dans la rue, j'ai failli me battre avec Marius même.
Enfin, après sept mois de luttes terribles, nous avons pu rendre la santé et la paix à ceux qui restaient de cette famille si cruellement éprouvée. C'est d'ailleurs la maladie la plus tenace que nous ayons eue à guérir. Luther m'avait bien recommandé de ne jamais laisser aller Marius seul nulle part et surtout en che min de fer, mais de lui conseiller plutôt de voyager à cheval, parce qu'un bon esprit se mettrait toujours dans le cheval.
En chemin de fer avait-il dit, Satan peut faire bien des choses pour le tuer. Mais, malgré les précautions prises, un jour que Marius était allé, à pied cependant, dans les environs, il revint dans un état bien piteux, me disant : « Je suis anéanti et vais me coucher ».
Au même instant, Luther me dit : « Voyez, on vous a recommadé de ne laisser aller Marius seul quelque part que ce fût, le diable l'a pris ce matin et a voulu le lancer sous un train en marche. Voyez il est à moitié mort et a un poumon complète ment perdu, si dans trois jours, à midi, il ne va pas mieux, vous l'enterrerez à Mataro.
Le corps qu'il occupe n'est pas le sien, il l'a pris à l'âge de sept ans à un enfant qui devait mourir sur l'échafaud. Donc, astralement il avait contracté une dette envers la na
124 l'initiation ture. Ensuite, vous rentrerez à Paris et vous y atten drez les événements ; dans le cas où vous perdriez votre ami, ici, vous retrouverez un autre Marius là-bas, plus aimant même que celui-ci, car nous nous ar rangerons d'une autre façon. Vous ne perdrez rien au change ; mais tout celà ne peut se faire qu'à Paris et non ailleurs ; je vous dirai pourquoi plus tard.
Bien que cette nouvelle vous cause une grande peine, ne vous en effrayez pas. Allez prier à l'église pendant ces trois jours, aussi souvent que vous le pourrez ; nous verrons si Dieu peut décider de vous conserver votre ami. J'aimais mieux un fou connu que deux sages à connaître et je me mis à prier de tout mon cœur, de toute mon âme et de toute ma pensée, pour qu'il me rende Marius.
Pendant la nuit du deuxième jour, Luther me dit : « Votre ami a craché son poumon ; cette nuit un ange lui en -remettra un autre, et si demain matin il ne vient pas travailler avec vous il sera mort à midi. Le lendemain à dix heures, Marius était sur la place, guéri et nous étions prêts à recommencer les batailles pour la guérison du genre humain. Quel poids j'avais de moins sur le cœur !
Et quels remercîments et actions de grâce j'adressai au Tout Puissant dans la grande et belle église de Mataro. A quelque temps de là, un très riche cultivateur avait son fils malade d'une maladie étrange. Toutes les nuits de minuit à trois heures du matin, il était comme fou et se sentait planter dans la tête et au cœur des pointes d'acier. Dans l'étable une grande et belle
BATAILLES I 2 5 mule avait péri et une autre était en train de péiir, toute couverte d'ulcères. Sur l'avis de tout le monde il vint nous trouver et dès qu'il fût dans notre chambre, le charme fût brisé. Plus tard, la chambre que nous habitions était telle ment sanctifiée que le seul fait d'y entrer guérissait ceux qui voulaient venir, complètement et sans aucun remède.
Le fils du cultivateur ne croyait pas à ces choses, car on n'enseigne celà dans aucune école, disait-il ? C'est vrai ! et c'est un tort ! Voilà pourquoi je l'écris. Sa mère put l'amener tous les jours pendant six mois et ce qu'il nous coûta de batailles et de prières n'est rien à dire; mais le plus étrange, c'est que la mule fut guérie .la première. Maintenant cet homme est un croyant.
Il existe àMataro des fabriques de teinturerie fran çaises, anglaises qui se servent de couleurs dont l'usage est défendu dans leur pays. On prend des jeunes gens pour manipuler ces couleurs. Ceux qui peuvent ré sister à cette manipulution très dangereuse deviennent d'excellents ouvriers, mais ils ne vivent pas, le plus souvent, au-delà de quarante-cinq ans. Leur salaire est cependant bien minime.
Un de ces ouvriers vint se présenter chez nous; il n'avait que vingt-deux ans, mais était courbé d'une telle façon que sa tête touchait presque ses genoux. Il avait eu le malheur d'être beau garçon et se maria selon son goût ; mais le soir même de ses noces il fut courbé comme je vous l'ai dit plus haut, empoisonné par les couleurs et subissant de plus un envoûtement
I2Ô l'initiation de la part d'une femme qui le désirait et voulait se venger. Dès qu'il fut chez nous sa taille se redressa et devint aussi droite que celle d'un autre homme, mais dès qu'il se trouvait dans la rue il se courbait comme auparavant. Chose étrange aussi, c'est que lorsqu'on entreprend la guérison de ces sortes de malades, les premiers jours sont très durs à supporter car ils souf frent davantage, puis celà diminue insensiblement.
Quand nous quittâmes Mataro la guérison était achevée. Je dois ajouter que c'est le seul malade nous ayant témoigné de la reconnaissance, je vous dirai, plus tard, pourquoi. Enfin, pour moi, j'étais content, heureux, car je constatais tous les jours et de plus en plus l'existence de la science occulte ; j'en avais des preuves incontestables, Marius allait se marier.
On m'avait dit de partir de chez Vicente, de louer une maison, d'acheter des meubles — on m'avait affirmé que la mère de la jeune fille allait venir demander Marius en mariage. Elle était riche et jamais Marius n'aurait osé la demander. — Nous pouvions ainsi être sans crainte pour l'ar gent ; il était bien acquis, et que d'ailleurs c'était une restitution. J'ai dit au commencement que je devais recevoir en Espagne la clef de la Bible.
Dieu a tenu parole. Il m'a envoyé pendant six semaines Stanislas de Guaïta qui m'a fait jurer, avant toute chose, de ne jamais révéler ce secret. Car les hommes sont encore trop méchants pour avoir entre Iesmains une arme pareille. Il manque dix chapitres à la Bible, telle qu'elle a été
BATAILLES 1 27 donnée à Luther. A ce sujet, je dois dire qu'il me serait impossible de répondre aux personnes qui m'écriraient là-dessus. Aux personnes qui savent lire les nombres et aux contradicteurs dela Bible, je dirai seulement de compter les mots et les nombres qui sont en marge, et qu'en prenant un certain nombre de versets, cela fait un mot.
C'est très facile, seule ment... il fallait avoir souffert tout ce que j'ai souffert pour avoir cette révélation, ce que vous venez de lire, un plus puissant que moi l'a écrit, et la bataille a été forte ; mais, maintenant, c'est fait ; je vous continue, étudiants en philosophie, pasteurs ou curés et vous tous qui vous êtes usé le tempérament pour savoir si la Bible est à clef ou non, vous allez dire que, quand ) ai commencé, j'étais content et orgueilleux.
Eh bien non ; je n'ai pas cru, et chaque fois que nous tradui sions la Bible avec Stanislas de Guaïta, le Diable me disait : « Mais ce n'est pas vrai, tout cela ». Et c'étaient des luttes et des souffrances qui me torturaient, et je ne sais comment je ne suis pas devenu fou. Stanislas de Guaïta m'a quitté plus tard et j'étais plus calme, et, quand j'aurai écrit mes Batailles, nous repren drons le travail interrompu.
J'auraisbiendésiréassister à un cours des Occultistes de Paris. De Mataro à Paris, c'est un peu loin. Je réalisai néanmoins le tour de force suivant. Je m'en veloppai dans une couverture et je m'assis sur une chaise. Je partis pour Paris et j'y fus transporté en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Je me trouvai dans une grande salle qui devait porter un numéro impair de la rue, car il y avait deux fenêtres
128 l'initiation [mai au soleil couchant. Entre ces deux fenêtres, une table qui devait servir de bureau. A ma gauche se trouvait une table plus petite ou des personnes discutaient. Je vis M. Sédir, M. Phaneg, toujours accompagné de l'élémental à la tète si étrange et si lumineuse, que j'avais déjà vu à Toulouse. Dans la salle, il y avait beaucoup de monde; Mme de K. était la plus lumi neuse d'entre les femmes, M. B. le plus lumineux des hommes.
M. A. lui, avait les yeux et les sourcils lumineux et tout le haut de la tête complètement noir. Tout le bas du visage très lumineux. A un moment, P. se met au bureau et parle. A côté de lui, est un ange très lumineux qui a une épée flam boyante. Il flotte en l'air et on dirait qu'il souffle au conférencier les paroles qu'il doit dire. Je vois un fil de lumière qui relie toute cette scène à l'Invisible.
Je vois aussi les paroles de P. sortir en rayons et aller atteindre les auditeurs, dans la proportion où chacun d'eux peut comprendre. Je n'entends aucune voix ni aucun bruit; mais avec un peu d'exercice, j'aurais pu prendre note de la scène ou Marius aurait pu l'écrire sous ma dictée pour re mettre à 1' « Initiation ».
La dame Rosita qui nous aidait à guérir avait aban donné l'Eglise catholique, car on lui avait dit que le spiritisme était une nouvelle religion, la vraie. Nous lui fimas voir qu'Allan Kardec n'avait rien inventé, qu'il avait simplement retrouvé une chose perdue; que les Indiens, les Chinois, les Mahométans n'avaient pas perdu le spiritisme, et que faire tourner une table n'avait rien de commun avec la religion splendide du
I9O4] BATAILLES 1 29 Christ qui avait plus de vingt siècles d'existence. Nous lui dîmes de chercher aussi s'il n'y aurait pas à Mataro, un culte de sainte Philomène, Elle chercha et l'ayant trouvé, nous la menâmes à la chapelle de la sainte qui se fit voir à elle. Plus tard, Rosita devint voyante sans dormir.
Elle qui voyait tous les jours avec nous la puissance du diable sur cette terre comprit facilement qu'à Dieu et à Jésus-Christ, son fils, pour pouvoir se manifester aux hommes, il faut l'Eglise, et que dans cette église, il faut le lieu saint avec les habits du prêtre, même si le curé est un mauvais homme, Dieu n'y regarde pas de si près : il voit en lui ceux qui l'appellent et l'habit qui contient le point d'appui lui sert à arri ver jusqu'à nous.
Toutes les fois que Luther venait pour m'instruire, il empruntait le corps de Marius ; n'enten dant pas la voix qui lui répondait, je demandais à Luther à qui appartenait cette voix s'adressant à Marius. « Pour venir ici, me disait-il, moi qui suis du plan divin, il me faut être accompagné d'un gardien qui me protège; ce gardien est l'archange saint Michel, le même qui a sa statue sur la place de ce nom à Paris.
Au même instant, Marius allait retrouver son double sur le plan divin. Luther continua : « Quand j'ai fini avec vous, j'ap puie sur un fil qui me relie au plan d'où je viens et on vient me chercher pour retourner là-haut, car à l'aller comme au retour, il y a des luttes à soutenir. Je vous ai promis que je vous expliquerais pourquoi si 9
1 3o l'initiation Marius était mort, il aurait dû retourner prendre un corps à Paris. «Le monde est un organisme dont le cœur est àJérusalem et le cerveau à Paris, toute la terre est divisée en appartements, car Jésus n"a-t-il pas dit : «II y a plusieurs appartements et je vais vous en préparer le che min. » Les Indes ont eu le Christ ; le culte des Indiens est le même que le culte catholique.
Jésus a eu ses apô tres, il leur a donné l'Eglise telle qu'elle est avec sa pompe, son encens, ses rieurs, car pour attirer les bons Esprits, il faut cela comme disent les Indiens. C'est vrai, aide-toi et le Ciel t'aidera. Calvin s'est trompé en disant : « Une table et des chaises cela suffit à Dieu; voyez les difficultés que nous avons pour arriver jusqu'à vous et les obs tacles qu'il faut vaincre pour retourner d'où nous venons.
Lorsque j'ai été réincarné avec Calvin pour ve nir réformer l'Eglise, Dieu nous laissa toute liberté d'aller dans l'endroit qui nous plairait pourvu que nous accomplissions notre mission. Calvin a choisi Paris et moi l'Allemagne. Eh bien j'ai eu tort, car si j'étais allé à Paris, j'aurais réussi mon œuvre.
La France est le pays du vin qui est une liqueur divine ; elle fait des artistes et l'art fait pardonner beaucoup de choses; à Paris, on aurait compris qu'une religion sans art ne pouvait pas être, alors j'aurais vraiment fait mon œuvre: l'église catholique aurait été réfor mée et c'est tout le contraire qui a eu lieu. L'Eglise protestante sera obligée de prendre toute la partie occulte de la religion dont elle s'est toujours ri..
BATAILLES 1 3 I — Mais, dis-je à Luther, et la Bible, qu'en pensezvous ? — Cela n'est pas mon œuvre : c'est Dieu qui me l'a dictée, je n'ai donc été qu' un simple traducteur de ses paroles. — Pourtant, on enseigne dans les églises qu'après la mort ceux qui ont fait la volonté divine sont por tés tout droit dans le sein de Jésus. — Moi, Pierre, chef incontestable de l'église catho lique apostolique et romaine, je dis que tous les pro testants qui nient cela sont dans l'erreur.
Jésus-Christ m'a remis le secret de parler avec Dieu, car tous les chefs des religions de la terre ont connu ce se cret : tenez, le sultan, tant critiqué, peut causer avec Mahomet qui est l'apôtre saint Thomas et qui fut envoyé aux mahométans avant le Christ. Dieu, après le Christ, leur a encore envoyé saint Jacques qui n'était pas du tout un imposteur.
On a puni les maho métans d'avoir mis à mort ces deux envoyés, car ils ne peuvent plus causer directement avec Dieu, mais seulement par l'intermédiaire d'un archange. « Lorsque je fus mort, j'assistai au triomphe de la Bible, mais en revanche, je vis l'effondrement de toute mon œuvre.
Mes meilleurs disciples et tous ceux que je croyais sincères, furent les premiers à chasser Jésus-Christ de mes temples, et cela parce que Calvin n'avait pas voulu l'occulte, bien que mes disciples savaient par l'expérience que cette chose était nécessaire pour la réussite de mon œuvre. Puis j'eus des enfants dont je dus suivre l'éducation morale. Il m'en reste un seul qui n'a pas fini son évolution.
l32 l'initiation Après 400 ans, il est seulement Français, voilà pourquoi Marius devait retourner prendre un corps à Paris. Pour moi, je ne suis pas né à Paris; pour vous c'est autre chose, vous pouviez y naître, mais vous avez préféré la Suisse par rapport à ses hautes montagnes et son air pur. C'est le seul endroit du monde où il y ait dix pour cent d'âmes qui ne reviennent pas sur la terre.
Sur le plan divin, on cause le français le plus pur, la poésie y domine et nous y travaillons beaucoup plus que sur la terre. Ainsi lorsqu'on peut vous en voyer une idée devant servir au bien de l'humanité, nous le faisons; mais ce n'est pas sans travail.
C'est pour cela que Christ dit : « Celui qui n'est pas avec nous est contre nous. » Les indifférents sont punis, car ils sont plus coupables que les méchants ; sur ces derniers, du moins, on sait à quoi s'en tenir, et on les évite ou on les emploie sans qu'ils s'en doutent. Tenez, votre père a été un brave homme, bon père de famille et très religieux ; il a été assassiné sur une route par un homme qu'il ne connaissait même pas.
On lui a fait des funérailles splendides; il a été pleuré, regretté, c'était un martyr pour vous tous, lih bien non, l'homme qui a assassiné votre père a été assas siné par votre père au cours d'une précédente exis tence. Ils ne s'étaient jamais vus dans leur existence actuelle et mis en présence l'un de l'autre, l'assassin a accompli son acte comme malgré lui. Tout le rêve de votre père se bornait à être bon père de famille ; il ne connaissait rien de l'au-delà, ne
BATAILLES 1 33 savait pas que la vie continue. II était donc parmi les indifférents; aussi on les laisse tranquilles dans l'Héreb. Du reste, comme vous avez vu et dépeint le Rio de la Plata, d'où a été retiré le corps suicidé de votre frère, nous vous ferons assister au réveil de votre père et vous pourrez voir sa réincarnation sur terre.
Le premier enfant qu'aura Mariusct que vous ferez sau ter sur vos genoux sera la réincarnation de l'âme de votre père. Vous allez voir que tout ne nous est pas facile comme on le croit. Vous avez décidé tous les deux d'aller sur la terre pour apporter aux hommes l'occulte et les moyens faciles decommuniquer avec nous. Marius part le premier, il vient comme fils de M. Arnus, lui apporte la chance car il a toujours été mascote.
A vingt ans il meurt, sa mission finie. Il avait laissé au cœur de M. Arnus l'assurance d'une autre vie. Pour en perpétuer le souvenir, M. Arnus fonde un asile, avec chapelle où on doit dire une messe tous les jours en l'honneur de son cher fils. Sans ce moyen, nous n'aurions pas pu venir ici, ni vous faire comprendre ce que vous devez faire.
Marius va vous retrouver pour vous remettre sur la bonne voie et vous dire d'étudier l'occultisme ; vous ne l'avez pas voulu même écouter. Cependant vous allez à Barcelone ; on vous mène chez M. Arnus qui, la première fois qu'il vous a vu, vous donne toute sa fortune. Mais si une porte vous était ouverte, la bonne vous était fermée. M. Arnus avait déshérité son fils parce qu'il n'était pas assez intelligent. « C'est Dieu qui l'avait voulu comme cela, lui disait Mathieu,
1 34 ' l'initiation homme missionné. et nous ne pouvons comprendre ses desseins. » On ne déshérite pas son enfant et M. Arnus a compris l'énormité de sa faute lorsqu'il vit son fils obligé de suivre Marius de café en café, chantant et jouant dela mandoline pour pouvoir ga gner sa vie et aller à Barcelone. Un jour il vint me trouver et s'est heurté à un homme tout féru de Bible et bouffi de prétention cal viniste. Si vous aviez pu voir la bataille qui se livrait au-dessus de votre tête à la sortie du théâtre. Eh bien, là encore nous avons perdu. Vous êtes rentré tour menté d'avoir fait une vilaine action, c'est pour cela que nous vous avons ruiné et une fois pauvre on a fait de vous ce qu'on a voulu. [A suivre.)
LE FEU SACRÉ (suite) Il crut percevoir soudain un mouvement dans cette autre chambre. Les vitres opposées s'ouvrirent, et une forme humaine apparut. C'était une femme vê tue de blanc. Elle avait la tête nue, et ses cheveux noirs tombaient défaits sur ses épaules. Les plis de sa robe descendaient harmonieusement jusqu'au plan cher, serrés à la taille souple par une ceinture étroite. Cette femme devait être belle, mais le charme de la figure s'évanouissait. On ne pouvait lire sur ses traits qu'une expression de légère angoisse et de solen nelle résolution. Ses lèvres remuèrent comme pour prononcer à voix basse quelque mystérieuse formule. Elle se dressa debout sur la façade, les yeux levés et perdus, les pieds au niveau de la fenêtre. Puis elle ouvrit les bras en croix, et, d'une courbe régulière, penchée en avant, se laissa tomber. Le voyant eut un geste d'épouvante, et se repro chant sa nonchalante stupeur, courut vers la porte et l'escalier. Jamais des marches ne lui parurent plus nombreuses. Il eut l'impression de passer une infinité
1 36 l'initiation d'étages. Il fut enfin sur les dalles du rez-de-chaussée, mais ne put sortir. Dans le corridor se pressaient tous les habitants de la maison, déjà descendus, et le seuil était obstrué par une foule de curieux, ayant le même visage extatique et sombre. On entendait à l'entour des exclamations et des soupirs orgueilleux. De loin venait le son des cloches qui tintaient, ce qui pouvait être aussi bien un carillon de fête qu'un glas.
Il était permis de conjecturer, d'après les conversations, qu'un acte noble et rituel venait de s'accomplir. Le témoin de cette scène étrange réussit enfin à se frayer un passage à travers les groupes. Et quand la fouie se fut un peu dispersée, la rue laissa voir des formes à l'attitude pieuse qui se dirigeaient dans le même sens.
Elles paraissaient aller à la suite d'un cor tège dont on entendait encore les prières apportées à rafales par le vent, et dont les flambeaux sinuaient làbas dans l'obscurité. A quelques pas, des femmes voi lées, arrachant leurs voiles, recueillaient, avec des gestes respectueux, le sang dont la flaque large rou gissait le sol. On eût dit que des fidèles venaient au nom d'une religion bizarre, vénérer quelque martyr mort pour cette religion.
Et Jean Derêve, enfin, s'éveilla tout à fait, boule versé par les images qui s'étaient posées devant ses yeux. Il essayait de trouver un lien logique entre les deux scènes apparues. La deuxième ne fut-elle pas, en mystérieuse inversion, leprélude et lacause de l'autre? Cette femme avait adoré le vertige, et, sans doute, elle avait rejoint déjà la théorie lugubre du monde infé
LE FEU SACRÉ 1 37 rieur. Elle marchait, en son ombre, vers le centre sans pesanteur. Et l'idée vint à lui d'un culte futur, aux cérémonies simples et terribles. La science des jours antiques a revêtu d'abord les formes sacrées. On adore Zeus, comme Athénè, avant de savoir qu'il était la foudre, avantde savoir qu'elle était l'éclair. La science a suivi la religion. Pourquoi ne pas supposer, au contraire, une religion née de la science?
La théorie de l'attrac tion universelle, la plus admirable des temps mo dernes, n'avait-elle pas assez de beauté pour être divi nisée, en attendant qu'un nouveau progrès de la pensée humaine renverse cette théorie, et trouve une autre formule de l'univers. Ne pouvait-elle pas, ce pendant, compter, elle aussi, ses martyrs et ses fous ?
Et, sans doute, on verrait un jour des femmes parées pour le sacrifice, précipitées par les mains du prêtre, du haut du temple et de la tour, vers le Moloch sou verain. Cette pensée le fit sourire, mais il songea que tous les cultes ont des origines pareilles, inspirées par la peur ou l'étonnement. Et il découvrait dans celui-ci, en se jouant avec ses visions, un sens profond et har monieux.
La mort n'est-elle pas divine, et n'est-elle pas la seule route pour aller vers Dieu ? C'est d'elle que naît la vie, en un perpétuel échange. Le sang ruisselle et la flamme est dans un mouvement inlas sable. La puissance créatrice détruit les formes et les renouvelle. Elle sépare, pour réunir. Il faut s'éloigner sans cesse du cœur du monde pour y retourner. Le soleil entrait dans la chambre, dispersant les
1 38 l'initiation craintes nocturnes. Jean Derêve demeurait étendu, la tête appuyée à l'oreiller. Un rayon tomba sur une tenture de pourpre en face du lit, et fit reluire la cou leur. Il se souvint du feu sacré, et de la flaque de sang au bas de la maison mortuaire. El il sut que la vie est rouge. V LA CONVERSATION MAGIQUE Jean Derève accueillait ses amis ce soir-là.
Il lui plaisait d'échanger avec eux les impressions suggérées par de récentes expériences. La vie trop longtemps morne et sans but commençait à lui paraître diffé rente. Le sens des cérémonies auxquelles il avait assisté se dégageait peu à peu. Quel que soit le pro cédé, quelle que soit la marche suivie, il n'est pas de joie plus intense et plus sûre que celle de la connais sance.
Soupçonner le mot de la vie, examiner toutes choses, sans effort, à la clarté d'une idée maîtresse. Saisir les rapports et les lois, et réaliser en soi-même l'accord et la vérité de la loi. Dès que l'on entrevoit la route, on sourit avec confiance au but que l'on devine proche désormais. Lucia présidait la réunion. Un repas était le pré texte. A la droite de la jeune femme était assis SaintMaur. A sa gauche Mathias Corbus, Jean Derêve
LE FEU SACRÉ I 3g fermait le carré. Suivant le précepte de l'antiquité, ils étaient plus que les Grâces et moins que les Muses. Le nombre quatre paraît le meilleur pour une conver sation qui veut rester générale. Il peut se diviser élé gamment en dualité. Mais le dialogue amenant parfois la monotonie, il convient qu'un autre interlocuteur se mêle à l'échange des propos.
Ainsi le dernier des assistants, tel ou tel, à tour de rôle, peut demeurer silencieux. Si la philosophie d'Edgar Poë sur l'ameublement n'est pas vaine, on devait louer l'intérieur. Les sièges avaient une forme réunissant le style et le confor table. Le premier s'accompagne toujours un peu du second.
La salle était éclairée par des bougies sur la table, sortant de flambeaux à lignes légères un peu tourmentées, avec des violettes à leur pied, comme, vers la lumière un hommage de fleurs ; Jean Derêve pensait qu'il existe un épicurisme délicat. Le banquet de Platon lui paraissait supérieur à une querelle de savants poudreux, au fond d'une bibliothèque.
Les idées, même sérieuses, gagnent à être exprimées en présence d'un sourire féminin, et devant des lèvres charmantes, même qui ne répondent pas. Les lèvres charmantes ne parlent jamais. Elles ne doivent connaître que l'idiome des dieux. Un jour le seul verbe sera le baiser! L'amphitryon venait de dire les Grâces. Il venait de remercier ses amis d'être venus. « Je regrette, hasarda Saint-Maur, que nous ne soyons pas sept ou neuf. Je n'ai rien à reprocher de sérieux au nombre quatre. Je le trouve trop carré et
140 l'initiation par cela même trop matériel. Tous les nombres, je l'accorde, sont sacrés. Mais sept ou neuf ont plus de valeur. Ils désignent des réalités supérieures. Le pentagramme, de son côté, ne manque pas demérite. Il y a beaucoup de choses excellentes qui sont cinq. » Mathias Corbus répliqua : « Vous devez considérer que nous devons être comptés comme non pas quatre, mais trois et un. Je m'exprime un peu lourdement.
C'est le style pour démonstrations. Ainsi nous formons une trinité sou mise à l'unité de Lucia. Je développerais cette image, si j'en avais le loisir ». «C'est un madrigal métaphysique», expliqua SaintMaur. « Et c'est aussi, dit Corbus, une vérité. Je suis étonné que nul poète n'ait songé à célébrer en termes lyriques la beauté des nombres et leur vertu. On doit certes se lamenter.
Pythagore, sans aucun doute, avait écrit ce poème, car il était autre chose qu'un calculateur. Je sais qu'il adorait les nombres, ces mystérieuses divi nités sans lesquelles il n'est permis de supposer l'exis tence de quoi que ce soit. Mais ses œuvres se sont perdues. Et nous n'avons pas, aujourd'hui, de génie métaphysique. Les hommes qui savent écrire ne savent plus philosopher.
Je vois ce sage, debout, par une claire nuit d'Italie, au bord de la mer. Derrière lui et le rideau d'arbres apparaissent confusément les blanches colonnes de son institut. L'air est d'une limpidité bleue, et Pytha gore contemple les étoiles immobiles. Il cherche à lire le nombre ou la phrase qu'elles tracent au firma
LE FEU SACRÉ 141 ment. Le silence dela nuit a son éloquence profonde. Les dieux se révèlent incessamment. Combien j'aurais voulu pénétrer dans le sanctuaire de Crotone ! Sans doute, les murs extérieurs étaient revêtus d'images reproduisant les formes multiples de la vie mortelle. On y voyait des combats aux portes des villes, et des guerriers à cuirasse étincelante parmi le cabrement des chevaux. A côté se dessinait une idylle.
Des bergers faisaient envoler des colombes dans un bocage. Ce pendant sur la paroi ombragée par le portique, plus près de l'entrée, se déroulait une théorie de musiciennesen robes longues. Elles chantaient, par leur at titude muette mais continuelle, un hymne à la gloire du nombre que leur geste réalisait. Entrons. La voûte du temple rappelle, naturellement, celle du ciel.
Sur les colonnes intérieures, de somptueuses lettres d'étoffe noire, à hauteur d'homme, portent en lignes d'argent les symboles de l'immortalité. Mais au fond du chœur se dressent les images des dieux. Elles sont simples et terribles. C'est le triangle et le pentagramme. C'est la décade mère des nombres.
Le fond du temple n'est, d'ailleurs, qu'une tenture de couleur sombre, voilant pour le profane comme pour le prêtre, la forme su prême, l'inexprimable par une forme, l'unité. Au milieu de la nef, sur un autel à trois faces, brûle nuit et jour le feu sacré. Il s'élève en triangle rouge. Sa base est une dualité vers la rencontre divine du haut. Saint-Maur versait lentement le contenu d'un flacon poudreux. Des clartés luisaient à travers le vin pour pre et transparent.
142 l'initiation « Je lève ma coupe, proposa-t-il, en l'honneur de Pythagore. Et je suis le dévot des nombres. Je n'ignore pas qu'ils ont un pouvoir magique et créateur. Peutêtre sont-ils la réalité. Je devrais dire, une des réalités. Je leur attribue un pouvoir magique parce qu'ils nous représentent des harmonies et des lois.
Nous sommes certains qu'ils sont vrais de l'inconnu comme du connu, et depuis l'éternité. » « 11 faut, répondit Mathias, en être persuadé. Et ne pas s'étonner de l'importance que les chercheurs de l'occulte donnèrent aux nombres dans tous les temps. Ils sont encore les idées les plus simples à représenter. Leur langue est universelle. Elle se comprend dans toutes les autres. Chacun des mots qui la composent peut avoir un sens infini.
Les nombres sont la clef des sciences, et la science. Veuillez ne pas trouver étrange qu'ils président aux recherches de la magie. C'est un champ d'études vaste. Mais la connaissance des nombres est indispensable pour y pénétrer. Que personne, dit le philosophe, n'entre, s'il ne sait la géométrie. » « Chacun de nous, dit Jean Derêve, a son idée et sa tendance. Vous voyez partout la magie. » « Où ne serait-elle pas, si l'on s'entend sur le mot ?
Car il ne s'agit que de s'accorder. Peut-être ce que j'appelle magie passe chez vous, sous un autre nom, pour le principe de l'univers. Cherchez vous dans les ouvrages magiques des histoires de sorciers ? Croyezvous les livres sacrés un recueil de formules incom préhensibles pour nouer l'aiguillette ou jeter des sorts ? Je me soucie de cette science comme d'un vieux sou
LE FEU SACRÉ 143 du temps de César. Mais la magie est la science des relations et de la logique, imparfaitement connue, qui est dans tout ce qui est. Il y a une loi dont parfois nous déchiffrons un mot isolé. Le sage est celui qui parvient à lire une phrase entière. Dieu, s'il existe, lit le livre tout entier, et sait toutes les harmonies qui s'expriment peut-être d'un verbe unique. Tout se tient.
Quand les astrologues vous disent que chaque existence est soumise à l'influence d'une planète, ils ne font qu'appliquer au particulier le principe uni versel. En retour, le plus simple de nos gestes influe sur la marche de l'univers.
Renan s'est trompé quand il a, dans un sourire, énoncé le mépris de nos vaines agitations: « Qu'est-ce que cela peut faire à Sirius ? » Je sais que la marche d'une fourmi, dans un coin perdu de la terre, est dans un rapport d'influence avec les révolutions de Sirius. Chaque pas que nous faisons déplace le globe sous nos pieds. Il s'éloigne ou se rapproche, alternativement, de nous, dans la mesure et la relation de sa masse avec la nôtre.
Sans doute ce mouvement se perd dans l'infinité des autres, mais il y entre comme élément. Tout est au centre de tout. Rien n'est isolé. Chaque atome est pris dans le réseau formidable de l'immensité. Et nous devons, plus que les peuples antiques, redouter, en levant la tête, de briser la voûte du cristal céleste qui nous enveloppe de toute part. Mais ce n'est pas seulement les lois matérielles qu'il importe de concevoir.
11 est des rapports plus impor tants. L'ondulation de notre geste se perpétuant à l'infini, chacun de nous peut, à la minute précise, créer
144 l'initiation le monde à nouveau. Un acte de volonté, comme un geste, dure toujours. Le don redoutable de la création est dans toute pensée créée. Connaître ces liens occultes, cette fraternité des êtres dans l'harmonie universelle, c'est le but de la magie. Et ce n'est pas vainement que les occultistes prennent pour symbole et sceau l'étoile à cinq branches, le pentagramme.
L'étoile rayonne dans tous les sens, et les lignes de chaque triangle vont à l'infini. » « Ce sont, objecta Jean Derêve, d'heureuses spé culations. Je veux admettre que la magiesoit la science universelle dans laquelle se perdent les autres comme les fleuves dans la mer. Mais une science suppose des livres et des moyens d'investigation. Nous n'aurons pas toujours, comme en ce moment, des prophètes parmi nous ».
« Si vous lisez les ouvrages, dit Saint-Maur, vous serez probablement rebuté. Ils sont incompréhensibles ou puérils. On n'a pas réalisé le moindre progrès de puis les almanachs du Grand Albert. Mais la magie doit-elle être prétexte à vulgarisation ? Je doute qu'il soit des auteurs que l'on puisse lire sans étude préa lable, je doute même qu'il soit nécessaire de lire un quelconque auteur .
C'est de toutes les sciences la plus personnelle à réaliser. Si vous demandez conseil, ce ne doit être qu'à vous-même. Nul n'est apte à vous diriger. Eliphas Lévi vous annonce à toutes les pages qu'un mystère va se révéler, puis s'arrête, craignant sans doute d'en avoir trop dit. Sa lecture m'a produit l'effet d'une promenade en fiacre, où l'on a, chaque minute, l'illusion qu'on va partir au galop. »
LE FEU SACRÉ 14! « La comparaison, dit Lucia, n'est pas flatteuse pour ce mage. Mais j'ai parcouru ses livres. C'est un prêtre défroqué et sournois. Il a, en outre, l'air trop désolé de ne plus courir le risque, à notre époque, d'être brûlé. » Mathias Corbus secoua la tête : « Il ne faut rien exagérer. La vanité des théoriciens est toujours évi dente. Mais on trouve chez celui-ci quelques notes intéressantes.
Louons-le encore de n'avoir pas trop sacrifié à l'amour des oripeaux. Tout le cérémonial des évocations magiques se trouve indiqué longue ment aux pages de son rituel. Mais il faut des céré monies. L'épée flamboyante, la coupe, le trident ont une utilité qui n'est pas telle que vous pouvez croire. La valeur des talismans, valeur représentative, ne doit pas plus se nier que celle de l'or.
II faut se garder, cependant, de tomber dans un excès ridicule, et de multiplier les images sans nécessité. « J'en dis autant des formules et de la littérature propre à ces fêtes du dieu inconnu. Les invocations qui s'adressent aux puissances mystérieuses ont un sens qui ne peut nous échapper. Gardons-nous encore d'un autre excès, mais ne refusons pas de reconnaître l'influence du rythme sur la pensée.
Tous les annon ceurs d'oracles furent, à l'origine, poètes aussi. Les vers dorés de Pythagore, qu'on lui attribue d'ailleurs faussement, ne nous seraient point parvenus, s'ils n'eussent pas été des vers. Rien ne s'oppose, rigou reusement, à ce que la magie, comme l'histoire romaine, soit toute mise en madrigaux. » « Je connais des vers magiques, soupira Saint-Maur. 10
146 l'initiation Ils sont fort mauvais. Stanislas de Guaita, pour ne parler que des morts, est un pitoyable poète. Il a des disciples qui font preuve d'une grande originalité, en adressant des prières à Sathan, avec un h. C'est la queue du diable et de la magie. Je comprends que l'on se rebute, si l'on commence des études avec des ouvrages ridicules, dénués de science, de bon goût, de bonne foi.
Il ne faudrait lire que les vieux clas siques, malheureusement difficiles à se procurer, sans compter les obscurités qu'ils renferment pour même des lecteurs instruits. » « Je vous accorde, répondit Corbus, toutes ces diffi cultés. Nous n'avons pas de guide commode pour les bonnes volontés et les débutants. Il existe quelques résumés qui se résument les uns les autres. « Résumezvous les uns les autres », a dit le Seigneur.
C'est le moyen d'avoir des idées. Cependant, si l'éclosion littéraire correspond à une préoccupation présente, nulle époque, plus que la nôtre, ne fut curieuse de l'inconnu. Nos religions sont réduites à l'appareil extérieur et sont mortes. Le manteau rigide, comme une lourde chape d'or, brodée d'images, soutient seul le cadavre debout. Nous sortons des bois sacrés d'hier.
Dans la plaine qui nous conduit au prochain bosquet d'arbres bénis, le fleuve occulte coule invisible. Les marbres abandonnés se couvrent de mousse derrière nous. L'oubli tombe sur les dieux passés. La figure des dieux futurs demeure encore inconnue. Qu'im porte, puisqu'ils ne sont, les uns comme les autres, que des images. Mais le mystère nous suit d'une halte à la prochaine, tel un porteur de flambeau.
LE FEU SACRÉ 147 Voulez-vous l'interroger, j'ai bien peur qu'il ne vous réponde que le mot décevant : « Cherchez. » Il n'y a pas d'autre formule. Les hommes timides se découraqent et songent que le grand inconnu aurait mieux fait, pour la justice, de nous révéler en paroles claires la suprême vérité.
D'autres se contentent des affirma tions conventionnelles et dogmatiques que présen tent les systèmes élaborés de toutes pièces par des esprits ingénieux. « Ceux-ci comme ceux-là ignorent la solution du problème qui est non pas en dehors, mais en nous. Il s'agit de savoir si la pensée inhérente au monde est à son origine ou dans l'avenir, si la création fut un acte unique ou se réalise chaque jour.
Peut-être que la vérité se trouve dans l'accord des deux vérités, dans l'idée de la chute et du retour. L'homme, descendu de Dieu, serait lui-même le dieu futur. Et le progrès n'existerait que par le dés'eloppement de la conscience vers la connaissance de soi-même considérée comme but. C'est en votre âme et votre cœur que s'élève le seul autel, et que doit se célébrer le sacrifice. Les livres, même les plus savants, sont vains.
La science n'est pas extérieure. Chacun doit être à soi-même son propre initiateur. Si nous disons que la magie, telle que nous la définissons, résume les autres études, vous voyez qu'il est inutile de rechercher des ouvrages, où l'on ne peut tout au plus que trouver des indications. Méfiez-vous de ceux qui prétendent vous enseigner la science occulte, comme l'anglais, en vingt leçons. Vous ne découvrirez pas le mot qui transmute les métaux en or. Le « Sésame » d'Ali-Baba n'est qu'un
148 l'initiation symbole, ayant d'ailleurs, comme tout symbole, une valeur de sens caché. Il n'existe pas non plus de phrase qui, prononcée, évoque le diable, outre que le diable n'existe pas. Mais il y a des lois secrètes par quoi l'on peut diriger sa pensée et sa volonté.
En nous mettant en harmonie consciente avec les lois de la vie, nous pourrons vraiment changer les métaux en or, car nous connaîtrons les réalités dont ces formes sont les apparences et nous ferons jouer sous les yeux les apparences à notre gré. Nous sortirons aussi vain queurs de la lutte contre le diable ou plutôt contre le désordre que ce vocable représente. Et tout sera pour le mieux.
Nous serons des mages, sans qu'il soit nécessaire de revêtir la robe rouge et le chapeau cons tellé des magiciens. Les préceptes de science occulte sont moins des préceptes que des conseils. Ils sup posent moins une connaissance particulière et frag mentaire que la conquête d'un état d'âme. Ouvrons les yeux non pas sur les livres, mais sur le mystère de la vie. Ecoutons non pas les formules mortes, mais les murmures et les harmonies.
Sans doute, toute science suppose un guide et des éléments. Mais il n'est pas nécessaire, pour être un sage, de parler hébreu. Les auteurs des traités occultes sont tombés dans la même erreur que les dialecticiens du moyen âge, qui rédui saient l'art de raisonner à la connaissance du syllo gisme et de ses soixante-quatre formes.
Leur scolastiqueenscigne l'art de déraisonner de façons multiples Ils ont jeté le manteau des phrases sur la nudité de la pensée. « Je pense donc que celui qui ferait un exposé, en.
LE FEU SACRÉ I49 débarrassant les préceptes de tout l'attirail enfantin, réaliserait l'œuvre utile, celle qui pourrait porter, dans ses flancs féconds, le grand œuvre. Le progrès n'est pas encore accompli. Après les ouvrages arides, nous avons eu les variations de littérature et d'art. Tous ceux écrivant sur la magie se croiraient perdus d'hon neur s'ils ne donnaient pas à leur tour une descrip tion du Sabbat. Ils sont restés aux images.
On frissonne en voyant le boucdeMendès, cornes en tête, mamelles aux flancs, pensivement assis sur un trône autour duquel circule échevelés la ronde des sorcières et des nécromans. Comme il serait plus simple d'exprimer l'idée que ce tableau symbolique représente! Il est vrai que ces jeunes écrivains perdraient un succès d'horreur d'avance escompté par eux, dont ils se soucient davantage que de la découverte de la vérité.
C'est le morceau classique des prix de Rome. Et celui-là passe aux yeux des lecteurs pour le mage le plus profond, qui dans sa description les fit le mieux frissonner. C'est que la magie, comme toutes les sciences, suit une loi d'évolution. Elle est encore à la période romantique. Nul doute qu'elle fasse place à une science plus réelle, qu'elle prépare, comme l'alchimie avait annoncé la chimie.
Je crains d'ailleurs que cette com paraison soit inexacte, car la chimie et l'alchimie, incomplètes toutes les deux, s'uniront dans une syn thèse future. Je comprends, pour y revenir, qu'à l'époque actuelle vous soyez las de retrouver sans lassitude les identiques puérilités. Même l'interpré tation des figures nobles et des symboles ne devrait pas être toujours la même servilement. Un symbole
1 5o l'initiation n'a de valeur que celle que nous lui donnons. Vous disserterez sur les nombres, et vous trouverez des sens cachés, différents de ceux que tel autre, Pythagore par exemple, a trouvés. Serez-vous, pour ce, dans l'erreur ? L'erreur serait de croire que Pythagore, en nous exprimant les formules, nous transmit à jamais le sens.
Si nous résumons sous le même signe d'autres vérités que lui, nous aurons fait œuvre magique mieux qu'en essayant de retrouver les principes que pour lui ce signe a représentés. Les formules sont une algèbre pour résoudre les problèmes de la vie. On nous transmet la formule. Nous devons lui donner le sens.
Vous pouvez argumenter pour savoir si l'étoile du pentagramme figure ou non l'homme théorique, avec la tète, les deux bras et les jambes, et si le même signe, renversé, les cornes en haut, montre le visage du bouc. Vous ne serez pas plus mage qu'un gram mairien inintelligent et crudit. Mais tel autre sait que toutes choses ont besoin d'une image pour s'exprimer. 11 enfermera sa volonté dans une formule, quelle qu'elle soit.
Et s'il regarde ce signe, riche du sens qu'il rappelle et résume, comme le chrétien regarde la croix, il aura chaque fois présenté toute l'énergie de sa volonté. Le signe est comme un foyer qui réunit les rayons. Croyez-vous que le drapeau, autour duquel se groupent les hommes armés, ait par lui-même une valeur? Mais il concentre dans ses plis l'audace et le courage de tous.
Nous avons des yeux pour voir, et les conceptions mystérieuses doivent apparaître à nos yeux. Notre pensée et notre activité morale s'appuient sur une forme matérielle comme Antée prenait de
LE FEU SACRÉ I 5 I nouvelles forces chaque fois qu'il touchait le sol. Et le poète, sans le savoir, fait œuvre de magie, quand pour écrire à sa louange des vers qui soient dignes d'elle, il évoque la figure absente de l'aimée. Toutes les pensées éparses, et les visions hanteuses de son cerveau, accourraient-elles fidèlement à son impatient rendez-vous ?
Les verbes sonores s'uniraient-ils en belle chaîne, comme une suite d'anneaux d'or, si quelque formule magique, le nom d'elle, par exemple, ne jouait pas le rôle deréunisseur ? C'est la valeur de tous les fétiches, morceau de bois et de métal où l'on enferme un trésor caché. Nous accomplirons des miracles, en prononçant un appel sacré, quand cet appel ne sera sacré que pour avoir résumé une fois pour toutes nos énergies et notre vouloir.
Il vous faut arriver à croire que vous vaincrez par ce signe. Toutes les fois que, dès lors, vous aurez le signe en présence, vous serez sûr de triompher. Pour qui sait le pouvoir illimité de la confiance absolue, il semblera bien extraordinaire que vous ne soyez pas, en effet, vain queur. Je ne parle même pas des rencontres où le succès est uniquement dans l'idée, et qui sont plus nombreuses qu'on croit. « Mais voilà toute la magie active.
Cette théorie paraît le développement d'un banal proverbe. Il ne s'agit que de prendre l'axiome usé « vouloir, c'est pouvoir » dans un sens plus réel et plus profond. Une parole prononcée avec certitude va à l'infini. Et comme rien n'est isolé, suivant un autre important précepte, elle enchaîne et rend esclaves, plus sûrement que la lampe ou l'anneau des contes arabes, les in
i52 l'initiation nombrables pouvoirs occultes qui circulent autour de nous. » Un applaudissement discret salua les paroles de l'orateur. Les convives parurent dès lors en vraie communion magique. Lucia se leva, d'un geste char mant cueillit sur la table quelques fleurs et, les tres sant en couronne malhabile, vint les poser sur le front de celui maintenant silencieux.
Tous admirèrent la grâce du mouvement, et Jean Derève fit l'éloge des mains légères, en les comparant à des colombes qui viennent à travers les airs portant des palmes. « Pour enlacer de paroles futiles ces graves révéla tions, je dirai ce que je pense des mains, qui sont les ailes du corps. Est-ce à cause de leur évidente spiritua lité que les peintres ont tant de peine à les figurer sur leurs tableaux ?
Mais je sais que les plus habiles se désespèrent. Leur attitude est impossible à fixer. Elles semblent toujours trop lourdes ou trop apparentes. Et je pense que les bons artistes sauvent la difficulté en les dessinant plus petites qu'elle sont en réalité. C'est que dans la réalité, elles échappent au regard par leur perpétuel mouvement.
Il faut donc, aussitôt que l'on veut les présenter immobiles (et c'est le défaut de la peinture), imiter leur fuite en les affinant. Ainsi l'impression qu'elles produisent, malgré l'arrêt mo mentané, se rapproche de celle à quoi nous sommes accoutumés. » Toutes les mains s'agitèrent en signe d'assentiment. Celles de Lucia furent d'une transparence rose à la clarté des flambeaux. Les coupes circulèrent au milieu d'une conversation générale et d'un joyeux abandon.
LE FEU SACRÉ 1 53 Puis, de nouveau, sérieuse, s'éleva la voix de Corbus : «Ce que nous avons dit sur les talismans se vérifie d'une façon remarquable. Depuis que j'ai reçu la cou ronne, j'ai vraiment l'inspiration. Et l'on pourrait, en ce moment, par l'effet de cette imposition divine, ou peut être des vins généreux que nous verse notre amphytrionne, croire à la pythie prophétique. Le siège où je suis assis devient un soudain trépied.
Et j'éprou verais une douleur si l'on me condamnait au silence ou si l'on refusait d'accorder à mes paroles cette valeur que je suis sûr qu'elles ont. » «. Nous sommes très disposés, répliqua Jean Derève, à vous écouter. Il faut, dans toutes les cérémonies, choisir un maître de chœur. Votre science vous a désigné. La présence d'une forme charmante, qui vous inspira, nous rendrait patients d'ailleurs à en tendre les plus étranges théories.
Celles de ce soir sont raisonnables. Je n'en dirai pas de mal. Et je trouve juste de prendre, comme départ de problème, l'axiome que vous émites sur la puissance dela volonté. Savonsnous ce dont l'homme est capable, ce qu'il peut con naître et réaliser dès qu'il connaît les lois de la vie ? Mais je m'attaquerai au fond même de cette passion nante question. Le pouvoir magique est-il une illu sion ou une réalité?
Si la science que vous prônez est celle des relations encore inconnues, qui résoud les apparences, nous est-il donné de modifier, par notre influence, seulement les apparences ou bien les chose» en soi ? On a vu de tout temps des hommes, merveil leusement doués, accomplissant des prodiges aux
154 l'initiation yeux de la foule stupéfaite. Mais qu'y a-t-il là pour les yeux ? En d'autres termes, le miracle existe-t-il objectivement? » « Je crois pouvoir dire, fit Saint-Maur, que vous posez mal la question. Votre distinction est vaine entre les choses en soi et ce qu'elles sont pour nous. Rien n'existe que pour nous. N'essayez même pas de définir la matière par exemple en dehors de ses rela tions avec nos sens.
Qu'est-ce que la matière, qu'estce que l'esprit ? Il serait indispensable de répondre, et vous ne répondrez jamais, avant de vous demander si le mage est maître de la matière ou de l'esprit. » Toutes les difficultés de l'ancienne philosophie viennent de cette distinction arbitraire. Il n'y a pas deux essences, mais deux modes.
L'étendue et la pensée ne sont que des manifestations diverses, à peine oserai-je dire différentes, encore moins, si je ne veux être absurde, opposées, d'une même activité. Mais l'esprit est cette force à son maximum de con densation. De telle sorte que l'on pourrait, en allant jusqu'au paradoxe, affirmer que ce qu'on appelle esprit est infiniment matériel. Admettez, pour expli quer toutes sortes d'apparences, tous les degrés que vous voudrez.
Les solitaires de l'Inde réalisent des prodiges que les esprits faibles nient commodément. En concen trant leur attention sur une graine plantée en terre, ils font, au bout de quelque temps, germer la plante qui s'élève, à vue d'œil, sous leur regard. Mais que font-ils autre chose que de disperser, en l'apparence matérielle, une force vitale enfermée en eux? Leur
LE KEU SACRÉ I 55 esprit se change en matière, les deux n'étant que la même force, autrement manifestée. Vous avez assisté sans doute à des expériences de spiritisme. Vous avez vu, ou l'on vous a dit avoir vu, des fleurs apportées dans une chambre et qui venaient du dehors. Si vous croyez à la distinction scolastique entre la matière et l'esprit, ces faits sont de tout point absurdes. Des fleurs ne traversent pas un mur.
Et comment s'expliquer d'autres phéno mènes, ceux qui sont regardés comme usuels par tous les évocateurs. Des apparitions de fantômes ont eu lieu dans tous les temps. Il n'est pas nécessaire de remonter à la Pythonisse d'Endor. Ce que l'on désigne sous le nom de matérialisation est un fait habituel de la magie. Supposez-vous que les formes fluidiques se décomposent et se subtilisent pour se réunir de l'autre côté, en présence des assistants.
Admettez-vous que les empreintes laissées sur la cire, par exemple, et qui sont celles d'une main, furent produites par des corps plus inconsistants que cette cire ? C'est aller à rencontre des plus saintes lois. Je raisonne d'après des faits qui ne sont pas toujours prouvés. 11 y a bien du charlatanisme dans la magie. Mais il suffit que certains soient vrais.
J'irai plus loin et je dirai que l'on peut argumenter d'après le possible, même jamais effectué. Il ne s'agit que de considérer toutes les substances, celles que l'on regarde comme spirituelles ou matérielles, sous un point de vue unique, et de partir de l'expérience pour conjec turer. (A suivre.) Gabriel de Lautrec.
COMMENTAIRE DE Marsile Picin le Florentin SUR LE Neuvième livre de la seconde Ennéade de Plotin le Platonicien CONTRE LES GNOSTIQUES ET Contre ceux qui pensent que le Mal est l'auteur du Monde et que le Monde est mauvais (Suite et fin.) N'oubliez pas non plus, qu'alors même que Plotin s'emporte le plus violemment contre les hérétiques, il ne touche jamais la véritable race chrétienne, pas plus que la personne du Christ.
C'est que les erreurs des gnostiques ne sont pas moins odieuses aux platoniciens qu'aux chrétiens. Et assurément, si Porphyre, qui prit cause contre les chrétiens, jugea par la confirmation des oracles que le Christ était sage, pieux et bienheureux, à plus forte raison Plotin, qui ne combattit jamais que certains hérétiques, jugea-t-il que le Christ ne pouvait être au nombre des êtres mauvais.
Et c'est à bon droit qu'il attaqua ceux qui prétendaient que le monde est mau vais par nature et œuvre du mal, que nos âmes sont meilleures que l'âme du monde, qu'elles deviennent
19°4J COMMENTAIRE DE MARSILE FICIN l5j meilleures que les anges; et cela sans aucune peine, sans besoin de purification, mais par la seule confes sion de l'hérésie et grâce à certains rites, à la récita tion de certaines formules; et que nul ne pouvait de venir bon par un autre moyen. Enfin, à les en croire, Dieu n'avait souci que de la race humaine, et sa pro vidence ne s'exerçait en rien sur l'ensemble du monde et des choses cosmiques.
Tout cela n'est pas en moindre opposition à la loi chrétienne qu'aux règles des Platoniciens. Écoutez, en effet, Paul parlant aux Romains : « Vous direz que Dieu n'est pas celui d'une nation déterminée mais de toutes les nations. » Lisez l'Évangile, vous verrez que la Providence s'étend de l'Univers aux plus petites des choses.
C'est ce que confirme encore cette parole du Prophète : « Vous pouvez tous vous dire des dieux et les Fils du Très-Haut. » Et avec le Prophète aussi vous devez considérer les anges comme supérieurs aux hommes. Vous devez surtout éviter l'orgueil de cette secte. C'est en esprit seul et en vérité que Dieu doit être adoré.
C'est seulement par la pureté de la vie que la Béatitude peut être acquise ; et c'est le plus opiniâtre des labeurs qui seul peut nous la mériter. CHAPITRE XII Qui est une confirmation des précédents. Vous verrez plus clairement dans ce douzième cha pitre que ce n'est pas la Loi chrétienne, dans aucune
l58 L INITIATION [MAI de ses parties, qui est attaquée, mais seul la très orgueilleuse hérésie des gnostiques, qui, s'appuyant sur des livres faussement attribués à Zoroastre, se targuaient de posséder la suprême philosophie et se considéraient avec la plus extrême fatuité comme bien supérieurs en sagesse à Platon.
Un grand nombre de philosophes, des disciples même de Plotin, furent séduits par eux, avant de suivre assidûment les leçons de ce maître. Que dirais-je de plus ? Il se moque des hérétiques quand ils nomment très follement l'auteur du Monde: sagesse et âme : sagesse, parce qu'il existe avant l'intel lect ; âme : parce qu'il a été entraîné à produire son œuvre.
Or ils nous laissent dans le doute sur celle de ses forces qui l'a d'abord entraîné à produire son œuvre. Ils ajoutent que les autres âmes sont alors et par conséquent descendues vers les corps, parce que liées à la première par une loi fatale ; puis qu'en même temps sesontjointsau corpsles membres de la sagesse, c'est-à-dire les Démons.
L'auteur du Monde aurait alors infusé à la matière quelque chose d'imaginaire, et de cette matérialité imaginaire serait résultée quelque chose de plus ima ginaire et de plus vain encore, comme étant plus éloi gnée de la substance, puis, peut-être, encore autre chose, et cette dernière chose-là, ce serait le monde : tout cela tendant à prouver que tout est absolument vain.
COMMENTAIRE DE MARSILE FIC1N I 5g CHAPITRE XIII La Vie corporelle vient de l'âme, et comme acte de l'âme elle est immortelle. Vous observerez dans le chapitre treizième que la vie irraisonnable, qui vient de la substance raison nable et en est comme l'image et l'acte, n'est en aucune façon soutenue par la matière.
Elle ne devient jamais non plus qualité intégrante d'un sujet quelconque ; elle n'existe que par l'àme et en émane, pour ainsi dire, comme le rayon visuel de l'œil d'un animal voyant dans la nuit, qui, s'il n'a pas la liberté de l'éteindre, a néanmoins celle de l'émettre ou non, quand ce rayon n'est produit que par l'œil seul.
CHAPITRE XIV Dans l'intention de la Nature, le tout est antérieur à ses parties ; mais dans son effectuation, l'œuvre est simul tanée. Dans le quatorzième chapitre, vous noterez que, puisque la Nature agit par la forme et agit par la puissance entière de la forme tout entière, pour la manifester complètement et dans son intégrité, il faut que tout d'abord, dans l'intention de l'agent natu rel, soit la forme du Tout et sa forme intégrale.
Par conséquent, par la puissance intime active, le Tout doit en quelque sorte être complètement effectué, en même temps que les parties qui le composent. C'est de cette façon que sont effectuées les espèces
i6o l'initiation des plantes et des animaux ; c'est de cette façon que le Monde entier émane de la cause divine. CHAPITRE XV Le Ciel est source de chaleur et réchauffe. Il ne brûle, ni ne nuit jamais. N'oubliez pas ce qui est dit dans le quinzième cha pitre. Le Ciel estsource de chaleur et réchauffe, mais il ne brûle pas, ce qu'ajoutaient les hérétiques.
Si dans tout corps vivant la chaleur naît en même temps que la vie, le premier corps vivant doit assu rément être la première source de chaleur et, en les réchauffant, vivifier toutes choses. Etcommeil féconde tout et fait tout croître, il ne brûle rien.
11 est évident que c'est par nature et non par son mouvement qu'il réchauffe, puisqu'il peut réchauf fer, grâce à ses rayons diffusés, sans mouvement à tra vers tout ; et la concentration sur eux-mêmes d'un nombre considérable de ses rayons, même s'ils viennent à s'entrechoquer, ne peut suffire seule à le faire réchauffer plus énergiquement.
Sa nature n'est donc pas de brûler, car si cela était, sa grandeur immense et la rapidité de son mouve ment suffiraient à tout consumer.
Si des feux s'allu ment dans la partie la plus élevée de l'atmosphère, cela ne tient pas à l'ardeur du ciel, mais cela provient peut-être du resserrement de l'air, en qui la chaleur douce, produite d'abord par la chaleur et le mouve ment du ciel, devient graduellement plus vive sous l'influence du resserrement de l'espace. Puis, comme
COMMENTAIRE DE MARSILE FICIN l6l à cette chaleur vient s'adjoindre une vapeur subtile, sèche et sulfureuse, l'ardeur devient incomparable ment plus puissante dans cette vapeur; et cette ardeur s'accroît encore du choc de la vapeur mise en mouve ment. Cependant, même en ce point la lumière l'emporte sur la chaleur; la cause qui produit la foudre dans la partie inférieure de l'atmosphère est encore plus vio lente.
Vous noterez ensuite que si la nature céleste engen dre tout, vivifie tout et naturellement conserve tout, elle est bonne. Par conséquent, tout ce qui est consi déré comme mauvais est présagé par elle mais n'est pas son œuvre. Enfin, si toutes les choses qui chez nous proviennent de l'influx général du ciel se diffé rencient entre elles, c'est grâce aux espèces différentes et aux fortunes diverses contingentes à chacune d'elles.
La différence n'est donc pas lefait de Pacte céleste, ?nais résulte de ce que l'influx céleste, généralement donné à tout, est diversement reçu par chaque chose particulière. Quant aux degrés des biens qui vont du plus grand au plus petit grâce à l'expansion même du bien, il serait injuste de les mépriser comme étant des maux et d'en accuser la nature même de l'Univers.
Il est également ridicule, du fait que dans l'ordre progressif des choses ait put se glisser quelque peu de mal, d'in férer que le principe est mauvais; comme si la cause des maux n'était pas une cause déficiente plutôt qu'ef ficiente, ou comme si les maux étaient le résultat d'une intention bien déterminée plutôt que celui du hasard. 1 1
IÔ2 l'initiation « Certes, puisque dans le plan de la nature qui pro cède du principe même des choses, seules des formes déterminées sont générées, seuls des biens, par consé quent, peuvent en résulter; mais comme toutes les autres formes sont inférieures à la première, cela a fait croire à l'existence du mal. » Donc, comme c'est d'un seul et même mouvement que dérive ce qui est, et bien en soi et mal par acci dent, personne n'a le droit, considérant la différence qui existe entre les biens et les maux, de supposer deux principes contraires; en face d'un bon principe d'établir un principe mauvais, et encore moins de placer le mal dans la nature première et dans l'essence.
S'il en était ainsi iessence et l'être seraient mauvais; or, on va à l'être comme vers le bien et on repousse comme mal tout ce qui lui est opposé. De plus, le principe effectue ses conséquences en tant qu'efficace et en acte, et c'est par la forme qu'il agit; or, tout cela est bon. Il n'est donc pas le mal même et ne fait rien de mauvais en soi; ce qu'il fait est semblable à lui, c'est-à-dire formel et bon par conséquent.
Le mal, au contraire, est le résultat de la privation de forme, privation qui est accidentelle et non le ré sultat d'une intention déterminée. Par toutes ces considérations se trouve réfutée l'erreur des gnostiques et des manichéens.
COMMENTAIRE DE MARSILE FICIN l63 CHAPITRE XVI La prière ne modifie pas le Dieu qu'on adore; c'est la divinité qui modifie l'adorateur.
Dans le seizième chapitre, il raille les hérétiques qui croient que des paroles et des actes humains sont susceptibles de modifier l'état des corps et des âmes célestes, même des êtres divins supérieurs au ciel ; de même que toute la puissauce de la prière consiste dans des modulations de voix, des parfums et des carac tères. Il se rie d'eux encore, quand ils veulent que toutes les maladies ne soient rien autre chose que des démons.
Or, la doctrine évangélique ordonne d'adorer Dieu en esprit et en vérité, enseigne que ce n'est pas Dieu mais l'adorateur qui se modifie et nous montre une foule de malades guéris qui n'étaient pas des possé dés. CHAPITRE XVII Ce n'est pas l'adoration mais la vertu qui nous obtient de Dieu ses dons divers. Le don de la Providence éclate dans la merveilleuse disposition de l'Univers, et dans l'excellence de la nature de l'auteur du monde.
Les hérétiques détrui saient tout cela en accusant le maître et l'auteur pro videntiel de ce monde de l'avoir disposé de très blâ mable façon.
164 l'initiation Pour que l'on fût bien convaincu qu'il n'y avait rien de bon dans l'Univers, ils affirmaient qu'aucune loi naturelle ou humaine n'était bonne et que ce qu'on nomme vertu n'existait pas. Ils ne parlaient donc ja mais des vertus, et n'attachaient aucune valeur à la purification des âmes. Ils prêchaient qu'il suffisait de penser à Dieu et de l'invoquer en des termes prescrits par eux pour tout obtenir.
Point n'était besoin de se débarrasser des troubles des sens, ce qui est certes absolument con traire à la doctrine évangélique où il est dit : « Ce n'est pas celui qui dit Seigneur, Seigneur, etc.. » N'oubliez pas ce que Plotin nous enseigne: « C'est la vertu absolue qui nous fait voir Dieu.
De même, en effet, que la chaleur ignée que nous percevons, quand elle est considérée dans la matière la plus raréfiée, devient immédiatement lumière et reconstitue le feu, de même l'initiation de Dieu par la vertu arrive à diviniser l'âme et à la confondre avec Dieu. » « Parvenue à ce point, l'âme qui se contemple voit Dieu. » CHAPITRE XVIII Les Platoniciens admettent plus volontiers les dogmes des chrétiens qne ceux des gnostiques. Continuons.
Romanus Egidius rapporte que Plo tin apprit des chrétiens grecs, de Jean Damascène par ticulièrement, qu'un ordre d'anges très inférieurs se séparèrent de Dieu et furent à la suite inclus dans des corps formés d'air plus condensé. Il admet cela,
COMMENTAIRE DE MARSILE FICIN 1 65 l'adopte complètement comme doctrine platonicienne, et ne s'écarte pas en cela de la loi chrétienne. Mais il ne peut s'empêcher de s'élever violemment quand il entend dire que l'Univers a été formé extrê mement mauvais par l'ange le plus mauvais de tous.
Il s'emporte de même quand les hérétiques affirment qu'ils sont les égaux absolus des divinités supérieures au ciel même, tout en exécrant cependant les direc teurs du monde qui dépendent des premières et leur sont en tous points semblables, tout en exécrant comme mauvais le monde disposé dans un ordre absolumentdivin,et en affirmant que Dieu n'a d'autre souci que celui de la race humaine.
Quant au monde entier dans lequel se trouve l'homme et dont l'ordre est en connexion avec tout ce qui est humain, Dieu ne s'en occupe nullement. Tout cela est tellement ridicule que son absurdité même constitue la meilleure des réfutations. CHAPITRE XIX (i) Du monde animique ; des démons ; de la beauté. La beauté procède de la bonté et en est le signe.
Séparez, si vous le pouvez, dans le monde la dimen sion et la matière, conservez le reste et vous aurez la sphère intelligible, c'est-à-dire animique et multiple. Dans cette sphère l'âme première qui embrasse par (i) Ce chapitre serait à souligner tout entier, je me con tente donc de le signaler tout particulièrement à l'attention du lecteur.
i66 l'initiation sa vertu l'Univers entier occupera l'orbe le plus vaste. Successivement les autres âmes intellectuelles occuperont selon leur ordre et leur puissance des orbes de plus en plus petits ; chacune de ces puis sances en embrassant une autre pour ainsi dire, de même que dans le monde visible un orbe en em brasse un autre.
Mais comme dans le monde intelligible il n'existe aucune dimension susceptible de produire de sépara tion, le tout se retrouve dans chacune des parties quelle qu'elle soit. On y trouve bien le mouvement et la révolution propre à l'âme intellectuelle, mais la dimension ne s'y voit point en acte, elle n'y est qu'en puissance extrêmement rapprochée de l'acte.
C'est de la vertu de l'âme, en effet, que doit pro céder immédiatementl'espèce corporelle, qui demande de la part de cette âme une certaine introduction dans la matière de quantité et de figure ; et plus s'étend la puissance animique processorielle, plus la quan tité tend à s'accroître dans les corps.
Assurément, si l'on pouvait contempler le mouve ment intime de l'âme, on y verrait la diversité for melle ; et par le fait de son mouvement temporel, on y percevrait un intervalle séparant un acte du sui vant.
Cette diversité, cet intervalle dans la révolu tion animique permettrait donc de soupçonner déjà la dimension du corps futur et de son orbe de la même façon qu'une étincelle s'allumant et s'éteignant à intervalles rapprochés fait soupçonner l'orbe en tier qu'elle parcourt.
COMMENTAIRE DE MABSILE FICIN 167 Du fait de ses facultés intellectuelles qui sont comme son axe et ses pôles, la sphère universelle des âmes est stable, par ses puissances subséquentes elle est mobile. Les vertus combinées de sa stabilité et de sa motilité effectuent le monde corporel à la fois stable et mobile.
De la visible et merveilleuse beauté de ce dernier on peut conclure à sa naturelle et intime bonté, et de celle des deux mondes à la beauté et à la bonté de l'âme qui les gouverne. Quand ensuite il dit qu'on peut percevoir les dé mons, comprenez qu'on les peut percevoir dela façon dont j'ai parlé dans le livre De la Beauté.
Les plus élevés et les plus beaux de tous sont ceux que Magnus Basilius nomme les bons Anges, et qui possèdent des corps semi-ignés, semi-aériens, absolument lumi neux et de la plus parfaite beauté.
C'est ce qu'exprimait David disant : « Les anges, ministres de Dieu, sont esprits et flammes. » C'est pour cela que Basilius pense que les anges peuvent avec la plus grande facilité se déplacer, se reposer, accomplir leur rôle et se manifester sans illusion aux sens. Psellus affirme que l'apôtre Paul était du même avis.
Pour cette raison, les bons démons, les anges si vous le préférez, sont pour les corps des divinités bienfaisantes dignes d'hommage et de culte, et c'est l'opinion des platoniciens aussi bien que des chrétiens, contrairement aux idées des gnostiques. Ces derniers, en eflet, en supprimant du monde les divinités bien faisantes, pervertissent l'ordre universel et se privent
i68 l'initiation des intermédiaires grâce auxquels on peut le plus faci lement se concilier les êtres les plus élevés. En un mot, tout ce qui est beau extérieurement est intimement et naturellement bon, puisque la beauté extérieure n'est que le résultat de la perfection de la forme intime et de la victoire remportée sur la ma tière par la raison germinative.
Et si l'espèce intime vient à lui faire défaut, la chose est appauvrie dans ce qu'elle a de meilleur, c'est-à-dire dans son intimité et elle est privée de ce qu'il y a de meilleur, c'est-àdire de ses degrés les plus élevés. Elle ne peut donc en ce cas posséder une beauté parfaite, mais seule ment une beauté atténuée.
C'est ce qui fait dire à Porphyre que les démons dont les âmes sont mauvaises possèdent aussi des corps difformes, mais que ceux dont les âmes sont bonnes sont doués en outre de la corporelle beauté. De même Ori^ène conclut de la luminosité et de l'ordre des corps célestes que leurs esprits sont extrê mement rapprochés de Dieu et en union avec l'intel ligence complète.
D'accord avec l'apôtre Paul, il admet que les esprits qui sont trop éloignés de Dieu sont en fermés dans des corps formés d'air condenséet épaissi. Assurément, si le corps est une dépendance de l'âme, il n'est pas étrange qu'à telle tendan.e de l'âme corresponde telle disposition du corps, que cette tendance animique, d'ai. leurs, soit naturelle, acquise par l'habitude ou conçue par un désir ou une pro pension trop violente. Cela est d'autant plus vrai que les dispositions corporelles ne font que croître con formément à leurs débuts.
COMMENTAIRE DE MARSILE FICIN 169 Un beau corps est donc le signe d'une belle âme, c'est-à-dire entièrement harmonique et lumineuse, complètement équilibrée en tout ce qui touche tant sa raison et son imagination que ses inclinations et sa nature germinative. Un corps diflorme au contraire est le signe d'une âme mal équilibrée et allant déjà vers un état et des désirs discordants.
Or, comme le monde possède une beauté parfaite, la même perfection de beauté et de bonté doit exister dans son âme et pareillement dans celles de toutes les sphères et de tous les astres. Il pourrait néanmoins se faire que parmi nous, par hasard, mais rarement existât dans un corps doué de beauté une âme qui actuellement ne possédât pas la beauté ; c'est alors que l'âme qui était belle lors de la conception a dû ensuite se déformer peu à peu.
Mais soyez assurés qu'elle possédait jadis la parfaite beauté, quand elle entreprit sous les auspices d'un bel astre et d'un beau démonde former un beau corps.
De plus, il peut se faire que parfois une belle âme existe dans un corps non doué de beauté, soit que cette âme qui jadis n'était pas belle le soit devenu depuis, soit que cette âme belle lorsqu'elle entreprit de former un beau corps ait été entravée ou empêchée dans son œuvre par les circonstances ou les influences du moment.
Quant à l'âme du monde, elle ne peut rien recevoir ni rien perdre, elle n'est soumise à aucune entrave, par conséquent nul des accidents que nous venons de signaler dans le corps humain ne peut se produire dans l'Univers.
170 l'initiation CHAPITRE XX Notre âme étant sœur de l'âme de l'Univers peut vaincre la fatalité et parvenir à la même béatitude que l'âme du monde. Quand il dit que notre âme est sœur de l'âme du monde et des âmes des corps célestes, n'oubliez pas que l'âme intellectuelle n'est partie ni produit de l'âme cosmique ou des âmes des corps célestes.
Sa chez aussi qu'elle peut parvenir à la même béatitude que toutes ces âmes, et devenir en quelque sorte leur collègue dans la direction de l'Univers. Elle peut aussi, quand elle se replie en elle-même, diminuer parfois et éviter les coups de la fatalité. Enfin, il ne lui est jamais permis de rompre par la vio lence ces liens qui la rattachent à son poste cosmique et encore moins d'en accuser les sphères et les âmes célestes. Dr Saïr.
La reproduction des articles Inédita publiés pur l'Initiation est formellement interdite, a moins d'antorisation spéciale.
PARTIE INITIATIQUE Cette partie tst réservée à l'exposé des idées de la Direction, des Membres du Comité de Rédaction et a la reproduction des classiques anciens.) LA KABBALE PRATIQUE D'après la Théosophie chrétienne Traduction de la «Magie numérale » d'Eckarthausen (Suite.) Ce n'est que toi, source de la vérité, qui est grand et excellent dans la nature, Dieu du temps et de l'éter nité 1 Toi, tu es la source de toutes les vérités, de tout l'amour, la source de tout ce qui est utile et bon, au ciel et sur la terre ; une source qui ne se salit jamais, qui ne tarit jamais.
Comme mon âme se sent heu reuse de t'adorer, de te connaître, de t'admirer, toi, seule force, sur laquelle repose l'univers 1 Toi, seule force, qui prescris à toutes les évolutions leur loi ! Toi, seule lumière, qui m'éclaire et me conduit à la connaissance de mon essence; qui m'éclaires sur l'usage du bien et montres la cause des maux qui sont dans la vie humaine. Mon Dieu !
Toi, élément de toutes les forces pensantes ! éternel et saint, ce n'est que devant le trône de ta majesté immesurable que
1 72 l'initiation mon cœur sent la dignité humaine, c'est là que je reconnais avec une sainte exaltation le giron, d'où sortit mon âme, le centre de la vie, dans lequel se concentre tout, dans lequel il me faut chercher mon bonheur et mon repos, pour vivre éternellement.
Vers ce centre il me faut remonter, c'est vers ce but qu'est destiné le vol de mon âme, pour y vivre éter nellement, pour se perdre dans les bas-fonds les plus dignes d'adoration de ta splendeur, si les mondes cessent d'être. Je suis donc créé pour l'éternité, et ce n'est qu'en toi que je trouve la mesure de ma durée, la loi de ma substance.
C'est donc vrai et ce n'est pas un rêve ; je suis appelé à l'éternité, appelé à être éternellement, à vivre éter nellement comme toi.
Si tous les royaumes et tous les fonds tombent, si toute grande puissance humaine est mise en poussière, si toutes les passions sont détruites, si toutes les étoiles s'éloignent, si toute la nature rentre dans son néant et tous les changements du temps cessent, moi, j'existerai encore et pas de malheur s'approchera de moi, si je me range fidèlement du côté de ton être et me plonge dans ton unité. Quelle pensée sublime!
Il descendit de toi, de la source des richesses de ta bonté. Pénètre de lumière ta vérité, afin que je te connaisse, t'adore et t'aime de plus en plus. Donne-moi ta sagesse, qui entoure ton trône, et laisse-moi ouvrir les yeux aussi à ceux qui sont mes frères et qui ne cherchent hors de toi, mon Dieu, qu'une silhoutte de bonheur et de salut. Rends mon cœur attentif, afin que j'entende
LA KABBALE PRATIQUE 173 ta voix, afin que je comprenne tes paroles, goûte du bonheur et des douceurs, que ta bonté et ta miséri corde infinie cachaient dans les grands secrets de ta religion. Amen !
Sachez donc, mon ami ! et apprenez-le de moi, qu'il y a des hommes, qui, inconnus des yeux du monde, vivent leurs jours dans une manière de vivre tranquille et sainte; ils meurent non admirés souvent de notre siècle, sans monuments, sans pierre commémorative. L'histoire ne raconte rien d'eux, et pour tant ils sont les seuls qui sont grands aux yeux de la Divinité, et qui méritent la vénération et l'admiration des nations.
Les colonnes d'honneur des conquérants s'écroule ront et les monuments, qu'on posait aux victimes d'un vain honneur, tomberont en poussière, les trônes du monde et les royaumes dela terre cesseront d'être, et l'élu sera encore inébranlé. Viendra alors un temps dans lequel on n'estimera, on n'aimera rien que ce qui est estimable et aimable.
Le soleil de la vérité pénétrera de sa lumière toutes les pensées, toutes les entreprises, et chaque créature sera con vaincue que ni les richesses des villes et pays, ni la splendeur du trône et des royaumes, ni la gloire des grands et des savants, était un objet digne pour l'œil du créateur, qui ne se réjouissait qu'à l'âme innocente du juste.
Les noms de fils de la terre sont inscrits dans la poussière, les noms des enfants de Dieu dans les halles de l'éternité. A elles je veux vous conduire, mon ami ! et ce sont elles que je veux vous faire con
174 l'initiation naître; en suivant mon conseil vous entrerez dans la société des élus. Ces élus sont les initiés dans les mystères supé rieurs de la religion ; mais ne me comprenez pas faus sement, n'entendez pas par le mot initiés ces hommes qui font partie de différentes sociétés secrètes et pro fanent par des cérémonies le saint et s'appellent alors des initiés.
Ce n'est que l'esprit de Dieu qui initie les hommes à de vrais connaissances ; il doit éclairer le cœur des hommes, c'est à lui seul qu"appartient ce droit ; l'homme ne sait conduire à une adoration profonde de la Divinité que l'homme, il lui faut travailler son cœur lui-même, pour devenir ligne de la force de la communication divine. Du distributeur de toutes les grâces seul la sagesse se communique aux cherchants la vérité.
Le premier pas, mon ami ! à s'approcher de l'inté rieur du sanctuaire, y consiste, que vous vouliez, vouliez sérieusement ; dans ce moment, dans lequel votre volonté est pure et forte, vous vous élevez à la Divinité, dont la grâce vous conduira. La volonté est le lien qui relie l'homme à des forces supérieures ; elle est encore le reste de notre grandeur perdue, l'étin celle secrète qui couve en nous et peut devenir la lumière du soleil.
Dans le vouloir tout consiste ; chez des forces supérieures vous n'avez pas besoin de re commandations, de sollicitations, d'intrigues, comme chez les grands du monde. Elles courent à votre ren contre même, si vous vous approchez de ces forces par une volonté pure et incorrompue. Un vrai re
LA KABBALE PRATIQUE lj5 tour chez Dieu vous mettra du nombre des élus.
Soyez assuré, mon ami, si grande que soit la cor ruption du monde, si peu qu'il y ait, qui aient des idées pures de la sublimité de la religion, si peu qu'il y ait, qui sachent ce que c'est que la religion, il y en a pourtant encore quelques-uns qui, réunis, vivent dans l'esprit du Sauveur : ils ne sont pas du nombre de ceux qui aimentla fausse science, non pas de ceux qui ne connaissent que l'extérieur de la religion, non pas de ceux qui ne croient qu'avec la bouche, et se nomment confesseurs de la foi, mais le cœur desquels est de beaucoup éloigné de la Divinité ; non pas de ceux qui font de la religion une œuvre extérieure et mettent une fausse politique à la place de l'amour; non pas de ceux qui croient que le chrétien ait déjà tout accompli s'il prend part à l'extérieur; non pas de ceux qui sont des fantasques crédules, qui se lais sent entraîner par des exaltations et qui se convain quent et se persuadent sans peines des choses les plus étranges et les plus insensées.
Pendant que les matérialistes et les athées s'acquiè rent de nos temps beaucoup de disciples par le mot abusé de philosophie, ceux-ci bâtissent dans un silence profond et sous les influences douces d'une lumière supérieure le temple d'un esprit éternel qui durera plus d'un monde, et leur travail consiste dans la cul ture intérieure de leur âme en élevant leur cœur, d'après les principes de l'amour le plus pur du Sau veur, au-dessus de l'amour du monde et de soi-même. Tandis que d'autres de leurs contemporains, incapàbles de réfléchir vraiment et justement, préfèrent
176 l'initiation poursuivre chaque apparence et lueur faible, que se tourner vers des entreprises sérieuses, qui y consis tent, de sentir une envie et un appel pour les affaires suprêmes de l'homme, ceux-ci travaillent dans la plus secrète, la plus cachée des choses : c'est de recon naître dans Dieu son centre de repos, un centre de repos qui est le seul digne de l'âme immortelle de l'homme.
Pendant que beaucoup de savants de notre siècle font de l'esprit presque perdu de la Sainte-Écriture, la vis .la plus variable des banalités terrestres, afin qu'il ne paraisse pas, comme s'il y avait dans le sanctuaire du christianisme encore quelque chose de plus grand qui y soit caché, pour lequel ils n'ont pas de sens, ceux-ci pénètrent dans les lettres intérieures de la parole, que la Divinité écrivit pour des âmes immor telles, et lisent les grands caractères du type divin dans la création.
Tandis que l'erreur et la sensualité font, de ceux qui sont les plus proches du sanctuaire, des esclaves du monde et de leurs désirs, il s'ouvre aux amis de la vérité des points de vue plus saints, dans lesquels apparaît la vérité la plus sublime en pleine clarté et harmonie et, semblable à la rosée, réconforte la terre d'en-haut.
Comme les hommes vulgaires rendent même le saint vulgaire, abaissent le divin même et cherchent à amalgamer le divin de la religion avec leur bassesse, les vénérateurs de la vraie sagesse trouvent tous les trésors de la nature, toutes les richesses de l'esprit, de la sagesse, de la beauté et de la force dans le divin
LA KABBALE PRATIQUE I 77 même et apprennent à connaître une harmonie, par laquelle l'homme reconnaît les privilèges les plus oubliés de sa dignité, et les ressorts les plus inconnus de la nature humaine. Ils font connaître à leurs élèves la dignité, malheu reusement aujourd'hui presque entièrement méconnue du christianisme, de laquelle seulement une petite partie des hommes reconnaît la sublimité.
Les bienheureux élèves de la sagesse sont ceux qui réunissent les œuvres à la foi, qui se débarrassent du vieil homme, pour paraître dans le costume nuptial du nouvel homme. Grande est la dignité du chrétien, mon ami, à laquelle nous sommes appelés, si grande, si sublime, que rien ne l'égale en grandeur et en sublimité. Toute la grandeur du monde est à elle comme la splendeur d'un grain de sable à la lumière du so leil.
Etre chrétien signifie renfermer tout le grand et vénérable en soi-même et posséder quoi que ce soit au ciel et sur la terre. Il signifie : avoir le Christ en soi-même et son esprit par la foi et l'amour. Cette expression embrasse tout, et est si grande, qu'elle n'est sentie et comprise que par celui qui a approché ses lèvres de la coupe que remplissait la source de la sagesse.
Etre chrétien signifie: être un temple de la Trinité divine, à laquelle on rend ses hommages dans son cœur et qu'on adore dans l'esprit de la vérité. Etre chrétien signifie : être une nouvelle créa ture de la terre, qui ne vit pas pour elk-même, mais entièrement pour la divinité; l'esprit de celle-ci éclaire
1 78 l'initiation son cœur, le feu sacré de celle-ci pénètre de son feu toute sa substance. Quelle grandeur a le bienfait pour celui à qui il est échu et qui sait l'estimer convenablement. Ne soyez donc pas indifférent, mon ami, contre une dis tinction qui nous élève infiniment au-dessus de tout ce qui est nommé, parmi les hommes, grand, géné reux, excellent et glorieux.
Mettez votre unique honneur, le plus grand, toute votre valeur d'être un chrétien et un sauvé.
Bénissez le moment où vous êtes arrivé à la connaissance d'une religion, qui vous donne une idée beaucoup plus complète de votre substance et de vos qualités, que ne puisse vous en donner la raison la plus éclairée, d'une religion qui y vise entièrement à faci liter, à rehausser votre bonheur dans cette vie et à le conserver solidement malgré toutes les contrariétés.
Ce n'est que dans l'intérieur du christianisme que vous trouverez une certitude calmante de l'intention et de la destination de votre existence. Si vous suivez ses préceptes, vous serez assuré d'une durée éternelle d'une félicité inexprimable.
Dans son sanctuaire les moyens reposent de venir au secours de la faiblesse humaine avec une force surnaturelle, les moyens pour réparer les erreurs et les fautes et pour nouer le lien, ce qui nous a séparés de la source originaire de la vie. Vous êtes un héritier du royaume de l'Éternité : Qu'est-ce qui peut surpasser ce bonheur ? Qu'est-ce qui peut abaisser cette distinction à nous ? A moins que nous ne méconnaissions la majesté de votre âme.
LA KABBALE PRATIQUE 179 Tout ce que je viens de vous dire de la dignité du chrétien, ce sont les paroles de la divinité même; mais lequel des mortels peut prétendre, m'objecterez-vous, à cette grande dignité? Vous avez raison; personne par sa propre force, mais tous par la grâce, comme nous sommes tous les œuvres et les créatures de Dieu, lesquels son amour conduit à la perfection, pourvu qu'ils veuillent. Lui, le Sauveur, dont le saint nom et la force sont méconnus par la plupart des hommes, c'est lui, c'est le médiateur, qui verse de la lumière et une chaleur sacrée dans notre âme ; par lui s'accom plit la grande loi de l'amour universel, par lui l'em pire de Dieu germe dans notre cœur. ECKARTHAUSEN.
Pays des Esprits (I) PRÉFACE Nous donnons aujourd'hui au public français la traduction d'une œuvre qui a eu un profond retentis sement dans tous les centres voués à l'étude de l'oc cultisme, et cela parce qu'elle correspond à des des criptions strictement exactes de visions et d'expé riences. Et, chose étrange, les faits de dédoublement astral, les initiations et les maîtres d'Orient et jusqu'aux théories présentées actuellement comme « Esotériques » et issues d'un profond mystère, y sont analysés et décrits cinquante ans avant l'arrivée en Occident des doctrines bouddhiques et de leurs adaptations à l'occultisme. Mais en laissant de côté ces digressions toutes spéciales, le Pays des Esprits, dont nous donnons la première partie, nous présente le récit le mieux com biné et le plus captivant pour donner au public féminin une idée générale de ce qu'est la Science (i) t grand vol. in-8. Prix, 3 francs franco. Librairie Initia tique, 2 3, rue Saint-Mery, Paris.
AU PAYS DES ESPRITS 1 8 1 occulte, dégagée de tout le fatras qui lui est attribué bien à tort. Et qu'on ne pense pas que nous considérions la femme comme moins apte que l'homme à se rendre compte de la valeur véritable d'un système de philo sophie, de cosmosophie et de théosophie. La femme n'est pas inférieure à l'homme, elle ne lui est pas su périeure, elle est complémentaire.
Elle est donc apte à comprendre les mêmes vérités que l'homme, mais à la condition qu'on les lui expose d'une manière adé quate à son mode de sensibilité, autant qu'elle reste sur son plan personnel. Car il existe des cerveaux féminins qu'on a déformés en les masculinisant, et qui se plaisent aux douceurs de la résolution des équations du second degré et à la diflusion des paradoxes dits féministes et qui sont si peu féminins.
La femme a barbe et la femme boxeur ne sont plus, dans tous les plans, que des cerveaux raisonnant en mode masculin en des corps revêtus de jupons, mais ce ne sont pas de véritables manifestations de cette chose délicate et subtile de finesse et de grâce qu'est le Principe féminin dans toutes ses adaptations.
Voilà pourquoi le même ordre de vérités, qui devra être décrit sous mode mathématiquement logique à l'homme, devra s'orner des douceurs du récit mytho logique pour frapper l'esprit féminin. Ainsi, si 3 représente l'influence divine, 4 l'homme terrestre, et 5 le mal, on pourra dire à l'être masculin le carré de Mal a, comme mesure équilibrante sur Terre, l'Union des carrés de l'Homme et de l'influence divine. C'est la clef chinoise du problème du carré de
182 l'initiation l'Hypothénuse répandu en Occident par Pythagore et incompris des mathématiciens dans ses rapports phi losophiques. Mais la même vérité peut être enseignée à la jeune fille en lui décrivant l'histoire de la lutte de la belle princesse unie par la prière avec la bonne fée et triomphant des embûches de la méchante fée. Ou le si joli conte du Chaperon rouge qui roule sur le même thème.
Voilà pourquoi nous devons remercier spécialement l'auteur anonyme de ce voyage dans le pays merveil leux de nous avoir donné le moyen de faire compren dre aux êtres de sentiment l'importance de l'étude de l'invisible. Initié d'abord dans une société de pratique entièrement dévouée à la culture du Plan Mental, le héros de ces pages ne perçoit au début que le côté sombre et terrible du plan spirituel.
Le cerveau, en effet, tend, s'il n'est pas équilibré par le cœur, à fausser de ses conceptions dogmatiques la grandeur de la vie spirituelle. La vie est l'ennemie née de toutes ces conceptions métaphysiques, parcequ'ellea l'Amour pour racine et que l'amour est, comme toute manifes tation du Verbe divin, Sauveur sur tous les plans.
C'est l'amour qui sauve notre héros du désespoir comme, plus tard, c'est encore l'amour qui lui fait volontairement abandonner la vie de l'Invisible pour les illusions passagères du Visible. C'est ainsi que le héros sort progressivement de ce plan où la vanité de l'Homme prétend créer la sagesse de Dieu : la Théosophie. Il n'existe qu'une seule voie théosophique, c'est celle du Christ, Dieu venu en chair, et c'est elle
AU PAYS DES ESPRITS i83 que nous ont décrite Jacob Boehm, Claude de SaintMartin et tous les véritables fondateurs de la révéla tion de la Sagesse divine dans la prière et l'humilité. Ce sont les étapes de cette voie que les lecteurs trou veront exposées dans les chapitres suivants. Si nous avons l'occasion de faire une nouvelle édition de cette traduction, nous y ajouterons les cha pitres encore non publiés et dont la série va paraître régulièrement dans notre revue l'Initiation. Papus.
ORDRE MARTINISTE Le 3* numéro de l'Initiateur va paraître à la fin de mai et les autres suivront régulièrement. Nous insistons toujours auprès de nos délégués pour recevoir des com munications pour cet organe de l'ordre. La Loge le Sphinx de Paris a tenu ce mois une réunion ouverte pour la réception de nos délégués d'Angleterre de passage à Paris. Conférences Spiritualistes Salle comble. Comme presque à chaque séance du reste. Le docteur Papus a parlé, avec sa science et son éloquence habituelles, sur la naissance, sujet qui lui a donné l'oc casion de révéler quelques enseignements traditionnels peu connus. Voici le résumé de cette intéressante confé rence, qui peut être divisée en troisparties : i" la naissance au point de vue physiologique ; 20 au point de vue de la théorie de l'horoscope : réaction de l'univers sur le nou veau-né; 3° enfin, au point de vue des sensations de l'Esprit qui vient s'incarner sur notre terre. La venue d'un nouvel être au point de vue humain est simple à expliquer. Il y a cependant déjà une observation intéressante à faire, c'est que, si le mort s'en va entouré d'une enveloppe de bois, le nouveau-né arrive renfermé dans une enveloppe de chair. Dans les deux cas il y a un instrument de transition entre les deux plans. Ce point a
CONFÉRENCES SPIRITUALITES 185 été développé par Malfatti de Montereggio. Au point de vue physiologique, la constitution du corps humain révèle la loi de la Trinité. En effet, nous trouvons au début de la formation de ce corps un œuf et deux centres de vitalisation, l'homme et la femme. Notons que l'hommea, au point de vue spirituel, une action bien plus importante qu'on ne le croit généralement.
Donc, tout être humain est le résul tat de deux êtres. Dans l'œuf lui-même va aussi apparaître la loi de la Trinité. On sait qu'il donne naissance à trois enveloppes qui vont constituer les futurs organes de l'Etre humain à venir. Cette loi se retrouve encore dans la cons titution du bras; la main est formée d'abord, puis le bras et en dernier lieu l'avant-bras qui les unit.
Cette loi est universelle et cette observation physiologique vient prouver que les enseignements traditionnels étaient basés, quoi qu'on dise, sur une science profonde. La science moderne est du reste sur une voie qui nous donnera bientôt raison.
Voyons maintenant les rapports de la naissance avec l'astronomie : La mère qui pendant neuf girations lunaires forme peu à peu le germe qui lui est donné est en rapport strictement analogique avec la terre. La femme est la gardienne de la puissance formatrice de l'a Nature.
Les anciens avaient bien observé cela : ils savaient que pendant les neufs révolutions lunaires les astres agissent sur l'Etre en formation ; ils connaissaient aussi les forces que les planètes représentent. Voici comment Albert le Grand, le maître de saint Thomas, avait résumé ces enseignements : r* période. — Saturne, planète froide, formel'essence des os. 2' — Jupiter vitalise le cœur et les organes nerveux. 3- — Mars forme le sang, la Vie.
4* ~ Le Soleil forme le cerveau. 5' - Vénus agit sur la construction des organes abdominaux. 6« — Mercure vient donner la nourriture nécessaire. r - La lune forme les liquides du corps. L'enfant à ce moment a 7 mois et à la rigueur il peut vivre.
i86 l'initiation Il lui manque la fixation, qui est produite par le retour de Saturne et de Jupiter. Ceci nous rattache à l'astrologie. Nous ne sommes pas isolés. Tout acte provoque une ré percussion. Nous sommes liés à l'univers. Pourquoi donc la mère ne le serait-elle pas ? Elle doit sûrement subir les influences de la nature.
Cependant il ne faut pas oublier que, quelle que soit l'exactitude de l'Onomantie, par exem ple, les astres inclinent mais ne nécessitent pas. Les Anciens étaient très forts sur ces connaissances. Ils disaient que, l'être qui nait est amené par les Dieux et que si on sait unir les influences de la nature à la mère on obtient des résultats remarquables.
Les Grecs, eux, plaçaient les femmes sur le point de devenir mère dans des centres où elles n'avaient sous les yeux que des représentations d'une beauté sublime. Les orientaux ont un système qui n'est pas tant une privation dela liberté pour les mères, qu'une façon d'échapper aux soucis de l'existence; que l'on com pare ces méthodes aux nôtres et on comprendra pourquoi les orientaux sont si calmes et nous si névrosés.
L'enfant, disions-nous, est donc soumis à des influences en entrant sur terre. Une théorie intéressante enseigne que les âmes entrent sur la terre par l'Equateur et en sortent par les pôles. Cette théorie montre bien le rôle de la terre. Une journée terrestre c'est la présentation successive d'un point quelconque de la terre, par exemple Paris, à divers points du ciel. C'est ce qu'on a symbolisé par les douze maisons ou portes du zodiaque.
Beaucoup d'êtres reviennent sur la terre sans l'avoir quittée; mais laissons ce mystère et voyons le cas où un Esprit vient sur terre de l'extérieur. Il passe par une des douze portes et, comme la terre tourne, neuf mois après on pourra tirer son horos cope, par l'état du ciel, à sa naissance.
Par exemple, une personne née sous le Bélier (2 1 mars au 20 avril) sera sujette aux accidents du cerveau ; celles nées en février aux maux de jambes, etc. 11 ne nous reste plus qu'à dire quelques mots au sujet de la naissance au point de vue spirituel. C'est plus difficile, parce que ce sont des conceptions pas encore démontrables que nous allons évoquer. A un moment donné, c'est sûr, nous irons vérifier si c'est vrai, mais, pour l'instant, ce n'est pas aisé à comprendre.
REVUE DES REVUES l87 Entre le plan physique et le plan spirituel il y a un ri deau. — Supposons pour un moment que nous sommes de l'autre côté de ce rideau. Dans l'état ou nous serions alors, notre esprit se croirait libre comme de ce côté-ci du reste. Nous sommes libres, c'est vrai, mais comme un voyageur est libre de s'asseoir ou de se lever dans un com partiment de chemin de fer, sans pouvoir changer la direc tion.
Dans le plan spirituel chacun de nos actes est créa teur, chacune de nos pensées est créatrice. Eh bien ! les esprits, dans le plan spirituel, créent sans cesse quelque chose qui leur semble très beau et qui n'est autre que le corps qui va bientôt les emprisonner, mais ils n'en ont pas plus conscience que, nous hommes, de créer, molécule à molécule, notre corps spirituel.
Si nous voulons essayer encore de comprendre l'état de l'Esprit qui va s'incarner, représentons-nous le sans organes du ventre, avec un cœur énorme, car il est d'une vie entièrement sentimen tale. U irradie de la lumière et cette lumière "sert à le classer. Il pense et sa pensée est devant lui et si elle est trouvée belle par un autre esprit, elle constitue une idée vivante que les hommes recueillent ici-bas.
Voilà la vie que l'esprit abandonne ; brusquement saisi par le corps qu'il s'est créé sans le savoir, il se sent environné de cer cles de feu et entraîné dans une chute terrible. Il ne se réveillera que lié à un corps mortel. Après quelques considérations sur le réveil progressif de l'esprit à la terre sur les souvenirs fluidiques de l'enfant, le conférencier termine brillamment la séance en répon dant à quelques objections. G. Phaneg.
REVUE DES REVUES L'Echo du merveilleux du i,r mai publie une prophé tie nouvelle ou plutôt un résumé de diverses prophéties très sagement jugé par G. Méry. On pourrait ajouter qu'au point de vue mystique pur. pour cent qui croient à
188 l'initiation la vérité des Evangiles, il y a dans Saint-Mathieu (xxiv, 36) un passage que devraient bien méditer les amateurs de prophétie (quant au jour et à l'heure de la fin du monde) : «Personne ne le sait, pas même les anges du Ciel; mon Père, seul, en a connaissance. > Cela veut bien dire qu'il est inutile d'essayer de fixer l'époque dela fin du monde, car les mots jour et heures ont ici une signification très étendue.
A reprocher aussi, à l'auteur dela fin du Monde pour cette année, le manque d'éclectisme qui lui fait choi sir ses textes dans la seule religion catholique. Il ne faut pas oublier que l'esprit souffle où il veut et qu'il y a d'excellentes prophéties musulmanes ou indoues. Dans le même numéro G. Malet constate que le Merveil leux et le Merveilleux chrétien a beaucoup tenté les artistes cette année.
Espérons que ce mouvement spiritualiste dans les arts continuera et que les artistes sauront sui vre la voie qui leur a été indiqué avec tant d'autorité par Barlet, il y a quelques années.
A lire aussi le compte rendu d'une séance de matérialisation obtenu avec le médium Politique l'Initiation d'avril a également repro duite et de nombreux faits psychiques intéressants La Vie Nouvelle du 20 mars donne un article remar quable du Dr F. de Courmelles sur le radium; les proprié tés physiques et physiologiques du nouveau métal sont très clairement étudiées; à citer aussi dans ce numéro un intéressant extrait de la science astrale sur les heures pla nétaires.
Le numéro du 1" mai continue les études sur la radioactivité par le D' de Courmelles. Le Dr Becour publie une analyse historique du magnétisme au temps de Mesmer à lire également un extrait de Prentice Mulfordemprunter à l'Initiation et un article d'H.
Constant, dans lequel l'auteur s'efforce de nous trouver des preuves que Jésus ne fut qu'un homme; peut-être un jour saura- t-il qu'il n'est pas besoin de tant de science pour prouver que le soleil existe. La Revue du Spiritisme de Delanne continue le travail de son Directeur sur l'extériorisation de la Pensée. C'est la force psychique qui est étudiée dans ce numéro. M. Delanne fait un résumé des meilleures expériences d'enregistrement
REVUE DES REVUES photographique de la force psychique et dit qu'on peut constater que les phénomènes dus aux grands médiums montrent nettement « la source de cette matière fluidique, dont les propriétés diffèrent si complètement de celles de la matière ordinaire », celte source est en grande partie le corps humain.
Dans un article sur la croyance aux anges et aux esprits dans l'antiquité, M. Lussœr prouve de bonnes connaissances historiques, mais qui auraient bien besoin d'être éclairées par la lumière de la science occulte.
S'il connaissait par exemple quelque chose de la nature des larges et de certains élémentals, il ne s'étonnerait pas que beaucoup d'ancien Pères de l'Église aient osé affirmer que les démons « venaient lécher le sang des victimes » et flairer l'odeur des chairs immolées.
Gabriel Séailles continue son travail intitulé«Pt>urquoi les Dogmes ne renaissent pas. » C'est très intéressant au point de vue profane; il y a parfois des idées justes ; j'en ai signalé quelques unes dans de précédentes revues ; mais c'est peu important au point de vue initiatique; un initié n'a rien ou presque rien à y glaner.
A propos des miracles par exemple je demande à l'auteur de ce travail de me permettre Je lui rappeler que le Christ a donné à ceux qui suivent Vraiment sa voie et qui sont Vraiment ses soldats le pouvoir de faire tout ce qu'il a fait, môme plus. Je puis aussi lui affirmer qu'il existe sur terre, de nos jours encore et à toutes les époques, plusieurs Etres qui peuvent faire ce que Jésus a fait, quand il était sur la terre.
A lire dans cette très bonne revue un certain nombre de faits spirites bien observés. Le Progrès Spirite, dirigé par L. de Faguet, donne un bon article sur les facultés psychiques d'Alfred de Musset et quelques conseils des Invisibles sur la vie astrale, où se trouvent de bonnes choses, mais rien de bien nouveau : on dirait que c'est dicté par un élève de première année èsscienec hermétique.
Les nouveaux horizons de la Science et de la Pensée continuent l'étude de M. Sage sur le spiritisme. Il y a de très bonnes idées dans ce travail et les spirites feraient
l'initiation bien de le méditer avec soin. M. Jollivet-Castelui donne un article sur les rayons N qui est un résumé des travaux de M. Blondlotet Charpentier. M. Delobel, dans un article très documenté sur les poids atomiques des différents corps, cherche à établir parties comparaisons de nombres une loi simple qui puisse rattacher les unes aux autres les lois immuables qui dirigent la plupart des phénomènes physiques.
A lire aussi la suite du discours de Sir William Crookes sur les recherches psychiques. Le Monde Occulte termine l'étude de J. Marestan sur les théories et procédés des guérisons miraculeuses. Je remarque dans cet article une phrase sur la thaumaturgie qui me fait plaisir, car elle prouve que l'évolution spiri tuelle de J.
Marestan va sans cesse en augmentant et je souhaite, avec lui, que les indications qu'il donne mettent « ceux qui savent aimer » à même de faire du bien à leurs frères. Souhaitons maintenant la bienvenue à notre nouveau confrère La Revue Hermétique dirigèepaiT A. Porte, du Traitédes Ages. A lire dans son premier numéro un article sur l'Ether et la force psychique et une bonne étude littéraire sur le Satanisme.
LaRevue, ancienne Revue des Revues, prouve une fois de plus sa largeur d'idée en publiant un excellent article du Dr Jules Regnault sur les rayons N et la magie; cet article rend justice aux précurseurs de la science, aux occultistes et spiritualistes si méprisés et dont les enseignements commencentà se réaliser aujourd'hui; tous les spiritualistes doivent un remerciement au D' Jules Régnault.
Dans le Mercure de France, M. Brieu donne un som maire des ouvrages sur l'ésotérisme et le spiritisme les plus nouveaux. 11 consacre quelques lignes à combattre les théories de M. L. Denis, dont il constate du reste la valeur. Il déclare qu'il n'est pas l'ennemi des spirites, mais pense qu'il est préférable de se tenir sur une prudente réserve. Certes il est bon d'être prudent, mais, si on ne cherche pas à savoir
UNE PRÉDICTION RUSSE IQI la science, viendra-t-elle? J'en doute et il vaut mieux encore, je crois, travailler comme Léon Denis que se réserver comme M. Brieu. Parmi les revues étrangères, le Light. on le sait, est la plus documentée. Dans son numéro du 3o avril,je remarque unarticle donnant le résuméde quelques expériences de spi ritisme intéressantes, mais qui peuvent être attribuées aussi bien à la clairvoyance qu'à l'intervention d'un esprit.
A noter aussi un bon article sur la mort de Mrs. Corner Florence Cook, le célèbre médium de Sir William Crookes; d'après le témoignage d'une amie intime, sa mort a été merveilleuse de calme et de résignation. G.
Phaneg UNE PRÉDICTION RUSSE A titre de curiosité et de symptôme, voici quelques lignes qui nous sont adressées par un publiciste russe et indiquent dans quelle atmosphère vivent, en ce moment, les classes moyennes du grand empire : On continue à parler beaucoup du départ de l'empereur pour le théâtre de la guerre.
On cite, à cet effet, une pré diction de saint Sérafim, de Sarof, dont le corps a été, l'année passée, solennellement transporté dans une église construite spécialement à cet effet. Ce personnage, mort il y a soixante-dix ans, vivait dans le désert de Sarof, au sud de Nijni-Novgorod, et était vénéré de son vivant comme prophète et thaumaturge.
Après sa mort, on s'aperçut que l'eau du puits près duquel il priait guérissait des maladies, et cet endroit devint le rendez-vous de nombreux pèlerinages populaires. Le Père Sérafim avait ainsi acquis une grande renommée et l'Église, ayant constaté la réalité des miracles qui se produisaient près
l'initiation de sa tombe, le canonisa. L'année dernière, lorsque la translation de ses cendres eut lieu, l'empereur et la famille impériale y assistèrent; et c'est le tsar lui-même, et trois grands-ducs, qui portèrent le précieux fardeau à l'église destinée à le recevoir.
L'impératrice Alexandra Féodorowna qui, depuis quelque temps, est devenue très pieuse, a, elle-même, dessiné les modèles des rideaux et décorations .qui recouvrent l'endroit où reposent les restes du saint. Parmi les prédictions de saint Sérafim, on trouve la suivante : « L'année qui suivra la translation de mes cen dres dans une église, une guerre terrible se déchaînera sur la Russie, qui causera beaucoup de mal.
Et le tsar ira à la guerre et moi j'irai avec lui et nous déchirerons le tablier de l'Anglaise. » Cette prédiction m'a été racontée en juillet l'année passée; je m'en suis souvenu, et l'empereur doit s'en sou venir aussi, et cela l'engagera à se rendre sur le théâtre de la guerre.
J'ai entendu aussi cette prédiction commentée dans certains milieux de la cour, où l'on attache une grande importance à la promesse du saint d'accompagner le tsar à la guerre. Quant « au tablier de l'Anglaise » qu'on dé chirera, cela ne doit pas nécessairement signifier une guerre avec l'Angleterre. Le € tablier de l'Anglaise » peut être très bien le Japon, dont l'Angleterre s'était couverte pour faire la guerre à la Russie.
En province, même parmi les classes élevées, on pré tend que le Père Sérafim ne serait autre que l'empereur Alexandre I" qui, pour se disculper de la part même involontaire qu'il eut dans l'assassinat de son père, Paul 1", serait entré dans les ordres et aurait passé sa vieillesse dans le désert de Sarof. C'est pour cela, dit-on, que l'empereur et la famille impériale ont assisté à la translation de ses restes. {Le Temps.) Le Gérant : Encausse. Paris. — Imp. E. ARRAULT et Cie, 9, rue N.-D.-de-Lorette.
cu 3 . I o o > 3 GO E <u 4) v> S .a c "a «51 .SE .® — s * o § o -2 . 3 w .2 3 &s 3 i" c Ba7 £ « 2 Si. _ S c c •S «3 -a fe . L 3 3 ? 5 ~ V iu 3 •2 .O .§ -á u -i « "w o ? 8 3 t ^ se %j CJ t) B « a .ü S e o "~ -53 B -a o ? S ° s >t ir. Cu o. a í !¡- .£ t- -a 3 «-.
3 ~ 3 S 3 5h o cu ce - s > -3 " 3 •8 s > -o a. cu Z 3 0> 5 1 J3 o. .3! c 3 3 .3 « 4g « - t £í sî "I "§ M ^» 3 « O Tz 'S O M >t S ^ s, C % > =: .« R -3 3 ti a, » ~3 .H 5 3 O 3 S ¿ C 3; .- — .J 5 y. ra ~ 00 §I - ce _ct¡ b. § O > 10 5j -S .3 s .O — iCT .2 a CD J5 ~ £ » — _S .^TII CD_ ra S Gm = a t 5 te c 10 ~ 7 -, ? o S 1 -J
l es Amateurs Photographes qui ont une lois employé LE PHYSIOGRAPHE ne s'en défont jamais, car c'est l'appareil le plus parfait, le seul reproduisant vraiment la Nature et les personnes à leur insu.
Demander le Catalogue et les con ditions de paiement spéciales pour les lecteurs de VInilialion : I, Avenue de la République, PARIS, Quand vous vous serez ennuyé à l'indigeste lecture des journaux ordinaires, LISEZ Le «IL BLSS (direction PÉRIVIER-OLI.ENDORF) et vous vous distrairez. II est toujours spirituel ! On ne peut faire un véritable Paysage panoramique qu'avec un Objectif tournant.
Le meilleur marché et le plus précis des Appa reils de ce genre est le KODAK Panoramique. EASTMAN KODAK 6, Avenue de rûpera,4, Place Vendôme, F AHIS P. Pontioux 33, Hue de l'Arcade PARIS Envoyer dix questions et un "lat de 3 francs pour recevoir ">nses psychiques, iih'oux reçoit de midi à La Machine a écrire : La DHCTYLE, 46, Boulevard Haussmann, Paris, coûte moitié moins cher et fait mieux tous les travaux que les autres machines.
Elle est plus légère et plus solide qu'aucune autre, ne demande pas de répara tions coûteuses et permet de chan ger de caractères. PRIX : 250 fr- et 300 fr. Photographes ! Essayez une fois les Pellicules françaises. EMULSION LUMIÈRE Elles reproduisent les Nuages, même avec les OBJECTIFS les plus communs. ELLES SONT SANS RIVALES! La VIE NOUVELLE 0.
COURRIER, à Beauvais est un journal hebdomadaire de propagande spiritualiste que nous recommandons tout spécialement à nos lecteurs. Demandez un numéro spécimen servi gratuitement. UNE OFFRE REMARQUABLE Un HOROSCOPE d'Essai pour 2 francs Afin de convaincre les sceptiques et les incrédules que l'Astrologie est une vraie science, nous offrons de rembourser l'ar gent si l'Horoscope ne donne pas entière satisfaction.
Pour recevoir cet horoscope/ sous pli cacheté, envoyez l'heure, la date et le lieu de votre naissance, avec un mandat ou bon de poste de a francs (en tinibi es-poste a fr. aaï à M. M1EVILLK. H. rue Saint-Simon. Paris.