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L'Initiation Revue philosophique des Hautes Etudes PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DK PAPTJS . 63m VOLUME. — \7m" ANNÉE SOMMAIRE DU N° 7 (Avril 1904); — ^ ~*— A nos lecteurs (p. i) N. D. L. R. PARTIE EXOTÉRIQUE Un Secret par mois (p. 2) J. Phaneg. Les sciences divinatoires. L'intuition (p. 3 à 4)... J. Phaneg. PARTIE PHILOSOPHIQUE Un phénomène de matérialisation (p. 5 à 8) Cap1"5 Volpi.
Clef symbolique des Saintes Ecritures (p. 9 à 38) Ch. Byse. Livre des secrets de la nature ou de la quintessence (traduit de l'arabe) (suitc)'(p. 3t) à 49) Ange Bossard. L'art occulte (suite) (p. 5o à 61) Tidianeuq. Commentaire de Marsile Ficin (suite) (p. 62 à 7Z) Dr Saïr. PARTIE INITIATIQUE La kabbale pratique (suite) (p. 74 à 84) Eckarthausen. PARTIE LITTÉRAIRE Les nuages (p. 85 à 86) . MahotDutreb.
Pour la mort de l'amiral Makha'-of (p. 87) 0. de Bézobrazow. Ordre martinisie. — Conférences spiritualistes. — Revue des Revues — Bibliographie. — Nécrologie Tout ce qni concerne la Rédaction et les Échanges doit être adressé 5, rue de Savoie, à Paris- VIo. Téléphone — 818-50 ADMINISTRATION - ABONNEMENTS - ANNONCES LIBRAIRIE INITIATIQUE t'A MIS — -ili. Hue Suinl-Mrrri, ~ï<t - l'Ait IS
PROGRAMME I es Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l'essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n'ont abouti qu'à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eu* dans le domaine des torces purement spirituelles par l'hypnotisme et la suggestion à disrance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L' Initiation est l'organe principal de cette renaissance spiritua lité dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la lécouverte d'un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement nhvsiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l'Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l' Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent Yarbitrage contre l'arbitraire, aujourd'hui en vigueur, et qui luttent contre les deux jnmds rléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère. < Knfin l' Initiation étudie impartialement tous les phénomènes Ju Spiritisme, de l'Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déja 3onnus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l'Inde.
L'Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n'appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses lio rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche Je ces curieuses études. La première partie (Exotérique) expose aux lectrices ces ques tions d'une manière qu'elles savent toujours apprécier. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s'adresse à tous les gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. L'Initiation parait régulièrement du 1 3 au 20 de chaque mois et compte déjà quatorze années d'existence. — Abonnement : iofrancs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
A NOS LECTEURS CRÉATION DE LA LIBRAIRIE INITIATIQUE II est utile qu'une revue technique paraissant depuis de longues années puisse offrir à ses lecteurs et abonnés des avantages spéciaux, résultat d'une longue expérience. Aussi nous sommes-nous décidés à demander à un des anciens amis de notre cause, le Professeur Durville, de prendre la direction de la librairie initia tique, que nous sommes heureux de voir naître dès aujourd'hui : 2l, rue Saint-Merri, Paris. Grâce à r activité bien connue de Durville, la librairie initia tique ajoutera ses efforts à ceux de la librairie du Magnétisme, pour le plus grand profit de tous nos lecteurs. « L'Initiation » apporte à la nouvelle librairie l'appoint de ses publications déjà nombreuses et de ses tirages spéciaux si appréciés par sa clientèle particulière. Nous dirons prochainement à nos lecteurs les primes remarquables el les réductions de librairie dont la nouvelle combinaison leur permettra de profiter. Nous tenons, en terminant, à remercier notre ami Chacornac de son excellente gestion, et nous nous adresserons toujours à lui pour les recherches biblio graphiques des anciens ouvrages. La Direction.
PARTIE EXOTÉRIQUE UN SECRET PAR MOIS Voici un secret qui pourra être utile à ceux de nos lec teurs qui ont la bonne habitude do se promener dans les bois. Prendre une assez grande quantité de feuilles de frêne, en exiraire le suc et le mélanger avec du bon vin blanc dans la proportion d'un derm-verre de suc pour un litre. Conserver les feuilles. Dans le cas d'une morsure de serpent, comprimer la plaie le plus possible, la laver soigneusement, tremper quelques feuilles de frêne dans le vin préparé comme il est dit ci-dessus et en couvrir la plaie. Bander fortement et boire un verre du vin blanc préparé. Ce remède a été expérimenté.
Les Sciences Divinatoires L'INTUITION L'intuition est une faculté précieuse qui voit souvent plus juste et a plus de portée que le raisonnement le plus fort. Il y aurait des milliers d'exemples à citer pour prouver notre dire. Nous considérons l'intuition comme un reste des facultés supérieures de l'homme avant sa chute.
Cette faculté, beaucoup plus développée chez la femme, a été sinon détruite, du moins bien diminuée chez l'homme par son éducation. Néanmoins, bien que nous admirions cette qualité, il ne faut pas oublier que si le raisonnement à outrance conduit au sophisme, l'intuition exagérée con duit au paradoxe.
L'être le mieux armé sera donc celui en qui nous découvrirons un équilibre entre les deux mani festations de l'âme Voyons maintenant à quels signes extérieurs nous pour rons reconnaître cette faculté : Dans l'écriture, l'intuitif semble vouloir, par des mouve ments sautillants de sa plume, imiter les impressions rapides qui se succèdent dans son cerveau : il séparera donc les lettres les unes des autres, complètement s'il y a exagération de la faculté, et moyennement si elle est au contraire équilibrée.
L'intuition ira souvent de pair avec l'irnpressionnabilité nerveuse, quoiqu'elle puisse se trouver aussi dans l'écriture droite qui indique l'insensibilité. Dans
4 l'initiation la main qui a tracé une telle écriture nous trouverons sûrement des doigts longs et lisses avec quelques nœuds ; s'il y à équilibre entre l'intuition et le raisonnement, la ligne d'intuition sera colorée, longue et bien tracée, souvent aussi le mont de Vénus (sensibilité, affectivité) et le mont d'Apollon (l'art) seront développés.
Les gestes de l'intuitif seront le plus souvent assez développés mais tremblants, son teint sera transparent et rosé, sa voix vibrante, aiguë, grave parfois dans les finales ; sa démarche sera composée de pas courts et précipités. — On le reconnaîtra aussi à son style imagé, à sa tendance à raconter ses actes, à ses goûts révolutionnaires.
Enfin les intuitifs aimeront surtout les couleurs vertes, rouges, mais pas trop violentes, plutôt un peu effacées (Polti et Gary). Ce sera en somme surtout parmi les nerveux et les sanguins qu'on les trouvera, bien qu'il puisse naturellement y avoir des intuitifs dans les deux autres tempéraments. J. Phaneg.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Cette partie est ouverte aux écrivains de toute École, sans aucune distinction, et chacun d'eux conserve la responsabilité exclusive de ses idées.
Phénomènes de matérialisation dans une séance avec PoIItl à Rome L'ATTESTATION DU PROFESSEUR MILESI Dans l'appartement de M. Pierre Cartoni, situé dans son hôtel de la place d'Ara-Cœli, 22, à Rome, se trouvèrent réunies, le soir du 10 février dernier, les personnes suivantes : professeur G.-B. Milési, de l'Université de Rome ; M. et Mme Franklin Simmons.
Américains, demeurant rue Agostino Deprétis, 86, maison Tamagno ; M. Joseph Squanquarillo, pro priétaire d'un magasin dans la place Saint Ignazio, 144, M. et Mme Cartoni. Politi servait de médium. L'on obtint en cette circonstance des phénomènes absolument merveilleux, et d'autant plus remar quables, que deux des assistants (M. et Mme Sim mons), n'avaient encore jamais assisté à des séances médianiques.
Mme Franklin Simmons était assise à côté du médium ; à sa gauche se trouvait le professeur Milési ; venaient ensuite Mme Cartoni, M. Squanquarillo, M. Simmons, M. Cartoni, assis à la droite du mé dium.
6 l'initiation Politi ne tarda pas à donner des signes de somno lence ; alors il demanda l'obscurité complète et il se retira dans le cabinet médianique, formé par un drap ordinaire, tombant jusqu'à terre; à l'intérieur se trou vait une chaise sur laquelle prit place le médium. La séance commença par l'apparition de quelques étincelles qui partaient du cabinet médianique.
Mme Simmons se sentit ensuite touchée en plu sieurs parties du corps, pendant que des coups très forts se faisaient entendre sur la surface de la table autour de laquelle étaient assis les expérimentateurs. La deuxième série de phénomènes peut s'appeler musicale.
Les assistants furent d'avis qu'ils se pro duisirent par l'intervention de la sœur trépassée du professeur Milési, Sœur Marie, dont Politi avait annoncé la venue quelques instants auparavant. L'on entendit sur le piano, vertical, assez éloigné des assistants, des gammes fort bien jouées. Il est à remarquer qu'aucun des assistants ne savait jouer du piano, tandis que la sœur du professeur Milési était une très bonne pianiste.
Le deuxième phénomène musical se produisit lorsque, une mandoline, placée sur le couvercle du piano, commença à jouer, tout en se balançant dans l'air, jusqu'à ce qu'elle vînt tomber toute seule entre les mains des expérimentateurs formant la chaîne ; elle tomba à côté des mains de Mme Simmons, sans cesser de jouer. Sur le couvercle du piano se trouvait aussi un tambour de basque qui, après avoir fait entendre quelques notes, tomba par terre.
PHÉNOMÈNES DE MATERIALISATION 7 Plus tard, par intervalles, le piano se souleva à son tour, en retombant avec beaucoup de bruit. Il faut remarquer que pour soulever ce piano, même d'un seul de ses côtés, deux hommes suffisent à peine. Après la séance, l'on constata que le piano avait été déplacé d'un demi-mètre.
Ce qu'il y eut de plus merveilleux dans cette séance, ce furent pourtant les apparitions, qui étaient de nature lumineuse, quoiqu'elles se soient produites dans le demi-jour; elles furent au nombre de neuf; tous les assistants purent les voir. Elles se produisaient à une distance d'un demimètre à peu près du drap du cabinet, dans la direction des assistants ; leur durée était de trois secondes envi ron.
Les trois premières apparitions furent celles repro duisant les traits de la sœur du professeur Milési, morte il y a 3 ans, à Crémone, dans le couvent des Filles du Sacré-Cœur, à l'âge de 32 ans. Elle apparut souriante de son exquis sourire, qui lui était habituel.
Sa tête était couverte, jusqu'à la moitié du front, d'une cornette blanche ; sa robe, dont on n'apercevait que la partie supérieure, jusqu'à la taille, était d'une couleur jaunâtre claire, entre coupée de couleurs rougeâtres. De la même manière M. Squanquarillo vit une apparition dans laquelle il reconnut sa mère ; ce fut la quatrième apparition. Les cinq autres reprodui saient les traits des deux fils de M. Pierre Cartoni. M. Cartoni affirme avoir été embrassé par ses en fants, leur avoir causé à plusieurs reprises, en avoir
8 l'initiation reçu des réponses, des serrements de mains: il les sentit même s'asseoir sur ses genoux. Mme Simmons dit avoir été embrassée par la sœur du prof. Milési.
Elle sentit aussi une main mignonne qui se posait sur la sienne — probablement celle de la religieuse; cet attouchement contrastait singulière ment avec celui que lui fit sur le dos la main du géant « John », auquel Mme Simmons adressa la parole en anglais, que l'on suppose être sa langue.
Les différentes entités spirituelles qui étaient inter venues se trouvèrent, en dernier lieu, toutes présentes ; elles se retirèrent, alors, et la séance prit fin. Sœur Marie fut la première à se retirer; elle prit congé en bénissant les assistants. L'ombre de toute sa personne apparaissait distinctement sur le drap du cabinet ; tout le monde put l'apercevoir.
Elle s'était d'abord présentée en tournant le dos aux assistants comme devant un autel ; ensuite elle se retourna vers eux, en les bénissant plusieurs fois. — Ses mou vements souples et gracieux n'échappèrent à per sonne; le professeur Milési les reconnut parfaitement. Ensuite se retirèrent les enfants de M. Cartoni, en répétant, de temps en temps : Adieu, papa ; tous les assistants entendirent un bruit de baiser. Rome, le u février 1904. J.-B.
Milési. — M. Cartom. — Mme Cartoni. - M. Franklin Simmons. — MM. Franklin Sim mons. — Joseph Squanquarillo. (Revue des Etudes psychiques, d'ap. // Versillo Spiritista.)
I Clef symbolique des Saintes=Ecritures( 0 Messieurs et chers collègues, Le résultat le plus net de l'évolution théologique du dix neuvième siècle, dans les églises protestantes, me paraît être le rejet de l'inspiration des saintes Écri tures. M. H.
Vuilleumier s'est expliqué là-dessus avec une noble franchise, il y a une dizaine d'an nées (2), et les aveux du professeur de l'Université ont été confirmés récemment, dans une de nos séances (3), par le secrétaire de la Commission des études de l'Église libre vaudoise. *. Il faut, a dit en substance M. Henri Chavannes, nier toute inspira tion spéciale, même restreinte, de nos livres sacrés.
Il faut combattre le dogme de l'inspiration et renon cer à ce mot, qui est synonyme d'infaillibilité. » Après avoir entendu ce travail, M. Paul Chapuis s'est (1) M. le Pasteur Th.
Byse a consacré à Swedenborg et :'i ses doctrines un important volume : Le Prophète du Nord, que nous engageons tous nos lecteurs à se procurer s'ils ne le possèdent déjà (il est en vente chez Fichsbacher). l.'étude suivante est une nouvelle contribution à l'Œuvre de Swe denborg. (N.D.L. D.) (2) Voir Théologie et Philosophie, 1 89 3, p. 408, et suiv. (3) Le 24 novembre 1902. Voir même Revue, iox)3 p. 34.
io l'initiation félicité « d'avoir assisté à l'enterrement du dogme de l'inspiration ». Faut-il en croire absolument nos docteurs ? Leur verdict est-il sans appel ? Serait-ce un progrès de trai ter la Bible comme un recueil de livres ordinaires? Devons-nous renoncer à toute inspiration divine, en tendue dans un sens réel? Avec une théorie particu lière de l'inspiration, celle de Gaussen par exemple, faut-il condamner l'inspiration elle-même ?
S'il en est ainsi, la situation me semble grave, pour les trois raisons suivantes : i° C'est une rupture avec la Réformation et toute la tradition protestante. Il serait injuste de déprécier aujourd'hui le principe formel des réformateurs au profit du principe matériel.
Ces deux colonnes leur étaient nécessaires pour la construction du nouvel édifice, et certes sans leur foi en la Bible nos pères n'auraient pu secouer le joug du pape et des con ciles ; 2° Actuellement encore, les différentes Églises qui se rattachent à la Réforme, y compris l'anglicanisme, tiennent en générai l'Écriture pour inspirée.
Cette croyance s'est conservée surtout dans les milieux les plus vivants, les plus zélés pour les missions, les plus riches en bonnes œuvres; et, si elle ne s'exprime pas par une formule satisfaisante, elle n'en est pas moins vivace, car elle repose sur l'expérience de la plupart de ceux qui ont été mis, dès leurs jeunes années, en contact avec la Bible.
Certaines parties de celle-ci, notamment les Évangiles, les ont atteints dans leur conscience et touchés dans le centre de leur personna
CLEF SYMBOLIQUE DES SAINTES ÉCRITURES I I lité comme aucun autre livre ne l'a fait. Des écrits qui produisent dans leur âme de pareils résultats doivent être inspirés ! Ils en ont la preuve intérieure, et cela leur suffit ; 3° Le christianisme positif, c'est-à-dire l'Église chrétienne dans toutes ses branches, a toujours reposé sur une Bible inspirée.
On peut donc se demander avec inquiétude jusqu'à quel point la foi spécifique en Jésus-Christ pourrait se maintenir, lorsqu'on au rait cessé d'admettre la divine inspiration des Évan giles.
L'historicité réelle de ces quatre livres une fois renversée, n'en arriverait-on pas logiquement à nier l'incarnation du Verbe, la parfaite sainteté du Christ, sa résurrection et son ascension, son retour par le Saint-Esprit, son unité avec Dieu le Père et son titre de Rédempteur, ou du moins à prendre toutes ces doctrines dans un sens vague et rationaliste, qui les priverait de leur vertu ? Cette perspective n'est que trop vraisemblable.
Ainsi la critique sacrée, qui mérite souvent l'épithète de « négative », est loin d'avoir remporté la victoire sur toute la ligne. Le point de vue de la piété entre fréquemment en conflit avec le point de vue de la science. Le malaise est grand alors au sein des troupeaux. Quelquefois les pasteurs, loin de rassurer les laïques, sont les premiers à s'épouvanter.
Cet antagonisme, que nous avons plus d'une fois constaté dans nos entretiens, constitue un des caractères et l'une des plus graves maladies du protestantisme contemporain. Il n'y a là, direz-vous peut-être, qu'un phénomène
12 l'initiation tout naturel. C'est l'opposition des deux tendances qu'en politique on nomme la droite et la gauche, ten dances dont l'une est tournée vers le passé et dont l'autre regarde l'avenir. Sans doute; mais, quand l'esprit de progrès et de réforme entre en lutte trop véhémente avec l'esprit de conservation, l'existence de la société se trouve compromise.
La guerre sourde que nous pouvons tous remarquer entre le parti de la piété fervente et le parti de la science finira par un éclat et une déchirure, s'il ne se fait un rapproche ment, une conciliation. En effet, on ne peut pas s'attendre au triomphe pur et simple de l'un ou de l'autre.
La science, repré sentée par les professeurs de théologie et de philoso phie, ne saurait renoncer à ses conquêtes, dont un bon nombre au moins paraissent certainement défi nitives. D'autre part, la piété vive et pratique ne semble nullement disposée à cesser de croire à l'ins piration toute spéciale des Écritures.
Pour qu'une scission soit conjurée au sein du protestantisme et qu'un traité de paix soit signé entre les deux camps, il faut donc que de part et d'autre on s'élève à une synthèse des éléments vraiment chrétiens contenus dans les points de vue qui se heurtent sous nos yeux. Cette solution est-elle possible?
Y a-t-il une notion de l'inspiration biblique qui, tout en satisfaisant les âmes pieuses, respecte pleinement les recherches de la critique et les affirmations de la science ? J'en ai l'espoir, et c'est ce sentiment qui inspire le travail que j'ai l'honneur de vous présenter. Il y a de par le monde une notion nouvelle de
CLEF SYMBOLIQUE DES SAINTES ÉCRITURES l3 l'inspiration. Cette notion singulière s'est fait accepter par plusieurs esprits distingués, et de nombreuses Églises réunissant i5.ooo membres la professent avec enthousiasme. Emmanuel Swedenborg (f 1772) a innové sur tous les points de la dogmatique; mais sur aucun peutêtre sa réforme n'a été aussi profonde et aussi surpre nante qu'au sujet des saintes Ecritures.
C'est cette théorie que je désire vous faire connaître. Je vous l'exposerai exactement, mais en abrégé, vu le peu de temps dont je dispose. Je vous dirai ensuite par quels avantages elle me paraît se recommander. Vos obser vations, Messieurs, pourront soit me confirmer, soit m'ébranler dans mon admiration pour un point de vue dont je me fais provisoirement l'avocat.
L'Écriture Sainte est réellement, d'après Sweden borg, la parole de Dieu; car le Seigneur l'a inspirée aux prophètes, non pas directement il est vrai, mais par l'intermédiaire d'esprits et d'anges remplis de sa présence ou de son « aspect ».
Dans certains cas, les prophètes ont été « en esprit » ou ont eu des visions, c'est-à-dire ont été mis en état d'extase, qui leur per mettait de voir et d'entendre les choses et les habitants du monde spirituel. Dans d'autres cas, ils percevaient de la bouche des messagers célestes les paroles de la révélation.
Mais toujours c'étaient des extatiques, des visionnaires, des hommes élevés au-dessus de leur état physiologique habituel, et rendus capables de communiquer d'une façon plus directe avec le ciel et avec Dieu. Ils racontent souvent eux-mêmes les phé nomènes surprenants auxquels ils doivent leur glo
14 l'initiation rieuse vocation, leur supériorité sur leurs contempo rains, la puissance de leur parole et de k-urs écrits.
Sans doute, ces phénomènes psychologiques sont taxés aujourd'hui d'hallucinations et il est de mode de leur dénier toute réalité objective; mais d'autre part, depuis une cinquantaine d'années, ils sont étu diés avec un intérêt croissant, et ces recherches vrai ment scientifiques ont guéri du matérialisme et du rationalisme beaucoup de gens intelligents.
Je veux parler du grand courant spirite, occultiste et théosophique, qui prête, je l'avoue, à de sérieuses objections, mais qui a le mérite de réagir fortement contre l'in crédulité savante et de fournir à des milliers de per sonnes de nouvelles raisons de croire au monde invisible.
Un certain mysticisme s'est répandu dans tous les pays christianisés à travers les diverses classes de la société; aussi étonnerons-nous moins que nous ne l'aurions fait il y a une ou deux générations, en disant que l'extase paraît avoir été le mode primitif de per ception pour les choses de l'esprit, que l'homme avant la chute a joui de sens spirituels qui le met taient en relation avec les anges, que par conséquent les prophètes, les évangélistes et surtout Jésus luimême, en étant favorisés de visions et d'extases, loin de donner les preuves d'une perturbation maladive de leur cerveau, nous font voir plus ou moins exac tement ce que serait l'humanité normale dans ses rapports avec le royaume des cieux.
Ainsi affranchis dans une certaine mesure des liens de la chair et du sang, ces organes de la Divinité ont perçu par les sens
CLEF SYMBOLIQUE DES SAINTES ÉCRITURES l5 de leur corps spirituel des scènes de l'univers invi sible, des réalités supérieures que l'homme ordinaire ne peut contempler qu'après la mort et la résurrection.
Les prophètes ne nous apportent pas simplement le résultat de leur propre sagesse; ils nous transmettent avec fidélité, parfois sans les comprendre (i), les pensées de l'Éternel représenté par des esprits ou des anges, qui se confondent momentanément avec lui jusqu'au point de perdre le sentiment de leur indivi dualité (2). Nous avons donc dans leurs écrits la Parole du Seigneur, le divin vrai même ou la révéla tion qui nous était nécessaire.
Cependant Dieu ne pense ni ne parle exactement comme les hommes. Pour se rendre accessible à ses créatures, il doit s'accommoder à leur ignorance et à leur bassesse.
Sa révélation se modifiera donc suivant les capacités individuelles de ses instruments; elle se moulera en quelque sorte sur leur état mental, res pectant ainsi de la façon la plus scrupuleuse leur individualité sans rien sacrifier de la vérité divine qu'elle fait briller à nos yeux, comme cela ressort des quatre Évangiles considérés dans leurs divergences et dans leur unité.
D'autre part, malgré la sublimité de son contenu, elle devra descendre à notre niveau, revêtir une forme intelligible, simple, populaire, vrai ment humaine, si du moins elle est destinée à toutes les familles de notre race. Comment faire ? Il y avait là pour la sagesse divine un problème singulièrement difficile. Voyons comment elle l'a résolu. (1) 1 Pierre I, io, 11. (2) Le Prophète du Nord, p. 2 3 9, 240.
i6 l'initiation D'après Swedenborg, il y a dans la Parole un sens interne ou spirituel ignoré jusqu'à maintenant. Ce sens spirituel est dans le sens naturel comme l'âme dans le corps, la pensée dans le langage et la volonté dans l'action, ou encore comme le cerveau entier au-dedans de ses méninges, les branches d'un arbre à l'intérieur de leurs écorces, et tout ce qui concerne la génération du poulet dans la coque de l'œuf.
« Lorsque le sens interne n'est pas connu, dit le voyant suédois, on ne saurait juger de la divine sainteté de la Parole que comme d'une pierre précieuse d'après la matrice qui l'enveloppe et qui parfois res semble à une pierre ordinaire, ou comme d'une cassette faite de jaspe, de lapis lazuli, d'amiante, de talc ou d'agate, dans laquelle sont placés en ordre des diamants, des rubis, des sardoines, des topazes d'Orient, etc. Tant qu'on ignore ce que contient la cassette, il n'est pas étonnant qu'elle ne soit estimée que selon le prix de la matière qui se présente à l'œil.
Il en est de même de la Parole quant au sens de la lettre. » C'est dans le sens interne que l'Écriture contient les « arcanes du ciel », c'est-à-dire les vérités reli gieuses dont nous avons besoin; c'est par ce sens longtemps caché qu'elle sert de lien entre les cieux et la terre, qu'elle produit en nous ses effets les plus bienfaisants, qu'elle est l'esprit vivifiant la lettre et qu'elle mérite le nom de « Parole de Dieu ».
Le sens spirituel paraît souvent très éloigné du sens littéral; il s'y rattache néanmoins de la façon la plus directe par la loi des correspondances, qui est une
CLEF SYMBOLIQUE DES SAINTES ÉCRITURES 17 des plus profondes conceptions de notre auteur. Selon cette parole de Platon : « Toutes choses sont symbo liques », l'univers matériel, avec tout ce qu'il ren ferme, est le reflet, l'image, la représentation concrète de l'univers invisible. C'est cette exacte correspon dance qui détermine la signification hermétique des termes employés par nos auteurs sacrés.
Swedenborg n'a pas été le premier à croire à cette grande loi. Connue des hommes primitifs qui la re gardaient comme « la science des sciences », cette haute conception se répandit dans un grand nombre des royaumes de l'Asie et parvint jusqu'en Grèce ; mais partout elle dégénéra en mythologie, en idolâtrie ou en magie; aussi tomba-t-elle peu à peu dans l'oubli par un effet de la Providence divine.
Les Juifs euxmêmes la perdirent complètement de vue, malgré le symbolisme d'un culte dont le sens spirituel leur échappait. Si la loi des correspondances n'a pas été dévoilée plus tôt, c'est que les premiers chrétiens étaient d'une trop grande simplicité pour en faire usage. Dès lors, diverses hérésies et les décrets des conciles couvrirent la chrétienté de ténèbres, qui empêchèrent de recon naître le sens caché des Écritures.
La Réformation confirma le dogme trinitaire et rattacha la justification à la foi séparée de la charité, faisant tout dépendre de cette foi falsifiée. Dans de telles circonstances, si le sens spirituel eût été découvert, les hommes l'au raient profané et se seraient par là fermé le ciel. Quand Swedenborg retrouva et divulgua la science des correspondances, ces inconvénients n'existaient
r8 Initiation plus, car il enseignait en même temps une dogma tique nouvelle, la seule qui concorde avec le sens interne de la Bible. Quelle que soit l'importance que notre réformateur attachait au sens mystique, je vous prierai de remar quer qu'il ne dédaignait pas pour cela le sens littéral ; il en relevait, au contraire, la valeur considérable ou, pour mieux dire, l'absolue nécessité.
Il illustrait cette idée par les comparaisons suivantes: Privée du sens externe, la Parole serait semblable à un palais sans fondement, à un temple sans toit et sans murs pour protéger les choses saintes, au tabernacle israélite sans ses couvertures, ses voiles et ses colonnes, au cœur et au poumon sans la plèvre et les côtes, au cer veau sans les téguments qui le renferment et le pro tègent, savoir la dure-mère, la pie-mère et le crâne.
D'autre part, l'Écriture dans son sens externe est signifiée par la muraille de jaspe de la Nouvelle Jérusalem, par ses fondements, qui sont des pierres précieuses, et par ses portes, qui sontdes perles. Ainsi le sens littéral ou dernier de la Parole est la base, le contenant et l'affermissement du sens interne. Mais Swedenborg va plus loin encore.
Selon lui, c'est dans le sens de la lettre que la Parole manifeste sa pléni tude, sa sainteté et sa puissance; c'est également de ce sens que doit être tirée la doctrine chrétienne et par ce sens qu'il faut la démontrer. Les Écritures Saintes servent de trait d'union entre la terre et le ciel. Voici comment : Lorsque nous les lisons et que nous les comprenons dans le sens de la lettre, les anges ies comprennent dans le sens de
CLEF SYMBOLIQUE DES SAINTES ÉCRITURES I<) l'esprit. Elles nous unissent avec le Seigneur luîmême, car il est personnellement « la Parole», c'està-dire le divin vrai et le divin bien qui la constituent. Il affirme, en effet, à plusieurs reprises, avoir accom pli les Écritures et tout consommé.
Dans ces divers passages il est certainement entendu qu'il a réalisé toutes les parties de l'Ancien Testament (types, sym boles, prophéties), et non pas simplement les préceptes du Décalogue.
Dans le résumé que je viens de faire de la doctrine de Swedenborg sur l'Écriture Sainte, j'ai laissé de côté non seulement plusieurs points secondaires, mais encore un point essentiel, savoir la revision du canon, telle qu'elle ressort de l'admission d'un sens spirituel qui fait défaut à certains livres de nos deux Testaments.
Voici les raisons de mon silence : i" La nouvelle conception du canon biblique n'étant que le corollaire de la croyance au sens interne de la Parole, il serait prématuré de la présenter à des per sonnes qui s'en tiennent au sens externe: aussi Swe denborg ne la développe-t-il pas dans ses deux traités sur l'Écriture. 2° La justification de ce canon exige rait un travail spécial.
3° Si j'abordais cette question brûlante, votre attention s'y porterait certainement plutôt que sur l'inspiration elle-même, et la discus sion, manquant de base, ne saurait aboutir. Je réserve donc à une autre fois l'examen des change ments que le prophète du Nord a fait subir à notre canon. Quelque succinct qu'ait Jû être l'exposé que vous venez d'entendre, je ne relèverai pour aujourd'hui
20 l.'lMTIATION que l'idée fondamentale qui caractérise la doctrine de notre auteur et en forme le centre. Cette idée centrale et féconde, c'est qu'il y a dans tous les passages de la Parole un sens interne et divin, qui en fait une révélation positive.
Ce sens interne, caché dans le sens externe ou littéral comme l'âme dans le corps, se dédouble lui-même en sens spirituel et en sens céleste; mais, comme ce dernier est rarement à notre portée, Swedenborg emploie ordinairement les adjec tifs interne et spirituel comme synonymes. Ainsi, selon que nous serons plus ou moins exacts, nous pourrons dire que l'Écriture a deux ou trois sens.
Swedenborg n'a pas été le premier à prétendre que la Parole a une signification multiple. Cette théorie remonte très haut. Elle existait du temps de Jéi>us, se retrouve chez les gnostiques, comme dans la Kab bale; Origène l'accepta et donna trois sens à l'Écri ture (i) (littéral, moral el spirituel).
Sous l'influence de Jérôme et d'Augustin, l'Église adopta ce point de vue, qui fut celui de tout le moyen âge, sauf que, dès le sixième siècle, Euchère de Lyon rendit populaire l'idée d'un quatrième sens. Les écoles d'Antioche et d'Edesse en Orient, en Occident celle de Pélage, qui s'opposaient à la méthode allégorique, furent con damnées et dissoutes. Cette méthode régnait donc sans conteste quand parurent les réformateurs.
Ils furent d'accord pour répudier résolument le sens multiple (allégorique, (i) Lichtenberger, Encyclopédie, art. Hérméneutique, p. 21 1.
CLEF SYMBOLIQUE DES SAINTES ÉCRITURES 21 anagogique, tropologique) et pour proclamer que l'Écriture n'a qu'un sens, qui doit être déterminé par la grammaire. Ce principe nouveau, développé par Bengel, Ernesti. Schleiermacher, etc., a certainement affranchi l'exégèse de beaucoup d'explications arbi traires; aussi a-t-il été reçu par les diverses fractions du protestantisme et même par l'Église catholique (i). D'après Aug.
Sabatier, l'un des plus brillants re présentants de la théologie moderne, l'interprétation doit être grammaticale, historique, logique et psycho logique, pour rendre aussi complètement que possible le sens réel des textes sacrés (2). Ainsi, je l'avoue, une expérience de plusieurs siècles a fait rejeter la méthode allégorique. La tentative de Swedenborg semble donc, au premier abord, absolu ment désespérée.
Cependant, en y regardant de plus près, on se rend compte que la victoire du sens unique n'a pas été aussi générale qu'on le pensait. Œhler parle « des exégètes comme Stier et d'autres, qui trouvent dans l'Ancien Testament un second, un troisième et même un quatrième sens à côté du sens historique et grammatical (3) ».
Or, si dans le pro testantisme même la science ne se contente pas du sens unique, l'éloquence et la piété s'en accommodent encore moins. Il est notoire, en effet, que, dans les (1) Dans l'Église catholique romaine, la théorie du sens multiple, sans être officiellement reniée, disparut peu à peu de la pratique. Lichten berger, Encyclopédie, art. Herméneu tique, par A. Sabatier, p. 21 3. (2) Art. cité, p. 216 sq. (3) Théologie de l'Ancien Testament, p. 60, note.
34 l'initiation cercles et les Églises où la vie religieuse est ardente, les traités d'édification et les sermons interprètent aUégoriquement les récits bibliques, tels que la sortie d'Egypte, le voyage dans le désert, le passage du Jourdain, la conquête du pays de Canaan et la des truction des peuplades qui l'occupaient.
Que dis-je ? les prédicateurs libéraux eux-mêmes sont amenés, païf la nature des choses, à donner plus d'importance à ces applications, spirituelles qu'aux faits matériels dont ils les tirent. Mais ce que je tiens surtout à vous faire observer, c'est que le symbolisme du voyant de Stockholm est très différent de l'ancienne allégorisation que les réformateurs ont répudiée.
Je vais essayer de définir deux caractères qui l'en distinguent. i° La méthode en question repose sur une pkilosophie de la nature, sur un système complet, aussi re marquable par l'intime liaison de ses parties que par son originalité.
La théorie des trois sens — un externe et deux internes — découle d'une doctrine plus, géné rale, celle des degrés, qui me paraît avoir une imporance considérable, et qui, négligée jusqu'ici par la théologie officielle, commence à frapper les savants. Un livre tout récent (i ) nous apprend, en effet, qu'elle est admise par un membre de l'Institut et du Bureau des longitudes, M. H. Poincaré, professeur à la Sorbonne.
La doctrine des degrés est trop profonde et (i) Documents pour une biographie complète de J.-B.-André Bodin, p. 106, 1903.
CLEF SYMBOLIQUE DES SAINTES ÉCRITURES %i trop complexe pour être vraiment comprise sans una étude sérieuse et prolongée. Je veux cependant vous en présenter un aperçu, qui, malgré son insuffisances vous fera voir, au moins de quoi il s'agit.
Lesdegrés continus ou degrés de largeur, que nous connaissons tous, indiquent des différences dans la qualité d'un être ou d'un objet, marquent des variations, du plus ou du moins quant à. la chaleur, au poids, aux dimensions, à la densité* etc. Mais, à côté des degrés continus, Swedenborg éta blit les degrés discrets, c'est-à-dire distincts ou sépa rés, ou degrés de hauteur, qui indiquent des plans d'existence totalement différents.
On peut les compa-r rer à des étages ou aux marches d'une échelle. M n'y en, a que trois, qui sont l'un à l'égard de l'autre comme la fin, la cause et l'effet. La. fi,n, ou le but, est. un sentiment, une intention, une volition ; la cause est une pensée ; l'effet est un acte,, une manifes tation quelconque.
Ces trois degrés, se retrouvent partout, dans les plus petites choses comme dans les plus grandes ; seulement, tandis qu'ils sont finis che? l'homme et dans la création, ils doivent être infinis en Dieu. A la lumière de cette théorie, la Sainte-Trinité cesse d'être un scandale pour notre intelligQnce et s'ex plique rationnellement.
Elle devient le Dieu tri-un, consistant en trois facultés ou essentiels : i° le divin amour (catégorie de la fin); 2,0 la divin© sagesse, ou le Verbe qui revêt l'humain en Jésus-Christ (catégorie de la cause); 3° la divine énergie ou la divine opéra tion, qui procède des deux premiers essentiels réu
24 l'initiation nis (i). Voilà, sous d'autres noms et sans les erreurs de la théologie orthodoxe, le Père, le Fils et le SaintEsprit. Ce trine, qui nous permet de comprendre un peu plus profondément ce qu'est Dieu, est en parfaite ana logie avec ce que nous savons de nous-mêmes.
Nous distinguons, en effet, dans l'homme l'âme, le corps et l'énergie procédant de l'union du corps avec l'âme ; et cette sorte de trinité n'empêche en rien l'unité de la personne humaine. Ainsi, dans tous les domaines et chez tous les êtres les trois degrés discrets sont présents, le but se réalisant dans l'effet par l'intermédiaire de la cause.
« Qu'il n'y ait rien de parfait qui ne soit trine, c'est ce qu'enseigne la géométrie, affirme notre penseur ; car la ligne n'est rien s'il ne se fait une surface et la surface n'est rien s'il ne se fait un corps. Il faut donc que l'on aboutisse à l'autre, afin de coexister, et il y a coexistence dans le troisième.
Il en est ainsi de toutes les choses créées : elles ne sont réalisées et finies que dans le troisième degré. » L'univers dans son ensemble se répartit en trois régions : le royaume céleste, le royaume spirituel et le royaume naturel. Le monde angélique se divise lui-même en trois cieux : le troisième ciel est ha bité par les anges célestes, le second par les anges spirituels, le premier par les anges restés plus ou moins naturels. L'homme, à son tour, a dans son (i) On peut dire aussi : le divin même, le divin humain et le divin procédant.
CLEF SYMBOLIQUE DES SAINTES ÉCRITURES 25 mental les trois degrés de hauteur, qui peuvent s'ou vrir successivement et par lesquels il communique avec les trois cieux, le plus souvent sans le savoir. Le premier de ces degrés fait l'homme naturel, supé rieur à la bête; le second, qui s'ouvre par la conver sion, fait l'homme spirituel ; le troisième, dont l'ou verture a lieu rarement de nos jours, fait l'homme céleste.
Ajoutons que les degrés discrets, ou plans de vie, se subdivisent à l'infini en degrés continus. Les trois sens de la Parole correspondent aux trois cieux, d'où ils émanent, etaux trois régions du mental, auxquelles ils s'adressent.
Le sens céleste concerne sur tout l'amour pour le Seigneur ou le bien suprême ; le sens spirituel est plutôt relatif à la charité ; le sens naturel s'applique aux usages terrestres ou aux œuvres dans lesquelles l'amour et la foi doivent se réaliser; Ces trois sens sont produits par la loi des correspon dances, indispensable corollaire de celle des degrés.
En effet, une des plus belles conceptions de Sweden borg, c'est que l'univers visible correspond exacte ment à un univers invisible, auquel nous apparte nons déjà par notre esprit. Et non seulement les choses naturelles correspondent aux spirituelles, mais encore comme elles en procèdent, elles les re présentent et les signifient.
Tout ce qui nous entoure est symbolique et la création peut être appelée le «théâtre représentatif» du royaume duSeigneur et de sa gloire céleste. Vous le voyez, Messieurs, la doctrine du sens in terne des Ecritures, loin d'être une hypothèse en l'air, repose sur une philosophie sérieuse et bien liée,
20 L'iNITrATION d'autant plus difficile à battre en brèche que nous n'avons aucun autre système à lui opposer, vu le dé sarroi philosophique dont le protestantisme donne présentement le spectacle. z° Le symbolisme dont Je me suis fait le champion se distingue, en outre, par le fait qu'il émane non d'un professeur de théologie ou de philosophie, mais d'un savant illustre et de plus en plus admiré; d'un homme qui, jusqu'à l'âge de cinquante-sept ans, a exploré avec une rare sagacité et un succès croissant jesdifférents règnes de la nature; d'une intelligence encyclopédique et puissante qui a embrassé sans effort toute la science du dix-huitième siècle et pres senti celle du nôtre.
Il y a là quelque chose de nou veau et peut-être d'unique dans les annales de l'Eglise. La science proprement dite manque presque toujours aux grands docteurs du christianisme. Quelles étaient les connaissances positives d'un Origène, d'un Jérôme et d'un Augustin, de nos réforma teurs, des exégètes et des dogmaticiens qui leur ont succédé, d'un Schleiermacher, d'un Toluck, d'un Hofmann, d'un Rothe, d'un Beck?
Eh y réfléchissant quelque peu, vous comprendrez, je l'espère, quelle immense supériorité Swedenborg possédait sur tous ces théologiens par le fait qu'avant de se mêler de théologie il avait approfondi toutes les sciences naturelles, enrichissant, aiguisant et disciplinant jus qu'à la limite du possible, son esprit d'ailleurs si mer veilleusement doué.
Rien d'étonnant à ce que cette préparation vraiment exceptionnelle, jointe à une spiritualité peu commune, même dans le corps en
CLEF SYMBOLIQUE DES SAINTES ÉCRITURES 27 seignant des Eglises protestantes;, l'ait amené à com prendre le livre des livres plus profondément que ses prédécesseurs ! Son exégèse échappe à l'arbitrage, parce qu'elle s'appuie à chaque pas sur la nature rigou reusement observée.
D'autre part, elle évite tout conflit avec les savants ; car elle fait usage d'une méthode qu'ils ne connaissent pas, qui se meut dans un do maine plus élevé que le leur, qui par conséquent ne saurait ébranler ce qu'ils ont réellement établi. Le sens interne des Ecritures, devenu l'unique objet de ses investigations, n'a rien à faire avec leur science, qui ne dépasse point le monde naturel.
Mais de ces arguments trop généraux passons aux détails et aux exemples, sans lesquels il est impos sible que vous vous rendiez bien compte de l'hermé neutique de Swedenborg, En conséquence du point de vue philosophique dont je vous ai donné l'esquisse, les auteurs sacrés se classent non d'après la fantaisie de l'exégète, mais d'après les divisions que lui fournit la science.
Cha que catégorie d'êtres et d'objets naturels correspond à une catégorie de choses spirituelles et célestes. Ainsi notre soleil, qui, selon plusieurs prophéties, doit « s'obscurcir » et « se changer en ténèbres, » est l'image du soleil divin, dont la lumière est sagesse et la chaleur amour.
Le Seigneur lui-même est représencé par ce soleil spirituel, immédiate émanation de son, essence, et source intarissable de vie pour toutes les provinces de l'univerr. Aussi, lors de la transfigu ration, «. son visage devint-il resplendissant comme le soleil ». (Comp. Apoc. I, 16.) La venue du Sau
28 l'initiation veur est annoncée sous la figure d'un lever de soleil, de la lumière d'un matin sans nuage. (2 Sam. XXIII, 3, 4.) « Sur vous qui craignez mon nom se lèvera le soleil de la justice, et la guérison sera sous ses ailes. » (Mal., IV, 2.) C'est grâce à cette correspondance que certains peuples ont adoré le soleil matériel.
Si cet astre enflammé, source de toute chaleur et de toute vie dans la sphère dont il est le centre, symbolise le divin amour, la lune, avec sa pâle et froide lueur, simple reflet de la splendeur solaire, symbo lisera la divine sagesse, ou la foi et la vérité.
« Ton soleil ne se couchera plus, et la lune ne s'obscurcira plus (1) ; car Jéhova sera ta lumière à toujours et les jours de ton deuil seront passés. » (Isaïe, LX, 20.) Le prophète décrit ici l'économie glorieuse où le divin amour du Seigneur et sa divine vérité régneront sans partage dans l'humanité rachetée.
Comparez Isaïe, XXX, 26 : « La lumière de la lune sera comme la lumière du soleil, et la lumière du1 soleil sera sept fois plus grande, comme la lumière de sept jours. » Les étoiles, qui éclairent notre globe, bien faible ment sans douie, pendant la nuit, sont les connais sances du vrai et du bien, qui brillent çà et là dans les ténèbres de notre ignorance.
L'étoile qui conduisit au berceau de Jésus les mages d'Orient représentait la connaissance venant du ciel, en particulier l'antique espérance de l'avènement d'un Sauveur. Quand le Seigneur apparut à Jean, « il avait dans sa main (1) Dans le verset précédent, le soleil représente l'amour pu rement naiurél, et la lune l'intelligence qui en provient.
CLEF SYMBOLIQUE DES SAINTES ECRITURES 29 droite sept étoiles, » donnant à entendre par là qu'il possède toutes les connaissances religieuses et mo rales: il les communique à son Eglise et plus direc tement aux anges qui sont associés avec elle.
« Les sept étoiles sont les anges des sept Eglises. » Nous pouvons comprendre maintenant les prédictions telles que celle-ci, touchant le retour du Seigneur : « Le soleil s'obscurcira, la lune ne répandra pas sa clarté, les étoiles tomberont du ciel et les puissances des cieux seront ébranlées. » (Mat. XXIV, 29 ; comp.
Joël, II, 10; XIII, i5;Apoc, VI, 12, i3.) Il ne s'agit pas ici d'une catastrophe cosmique, dont la descrip tion serait bien peu conforme à notre science actuelle, mais d'un état des esprits, d'une période où les hommes n'auront plus d'amour pour Dieu, ni l'intel ligence spirituelle, où même les rares connaissances du bien et du vrai qui peuvent subsister en dehors de la révélation auront disparu.
La chaleur, qui nous vient du soleil de notre sys tème astral, représente l'amour qui procède du soleil spirituel considéré comme un feu. Son contraire, le froid, représentera donc l'absence d'affection, l'indif férence, l'égoïsme, j'allais dire la froideur. Car ici, comme dans plusieurs autres cas, le symbole est si naturel qu'il est compris de tout le monde, et que le terme matériel est employé couramment pour dési gner une chose spirituelle.
L'amour le plus pur était représenté dans le culte israéhte par le feu de l'autel, feu qui consumait les sacrifices et que parfois on voyait tomber du ciel. C'est le moment de faire une observation de grande
30 L'iNITIATIOiN importance pour la compréhension du point de vue de Swedenborg. La plupart des expressions bibliques, outre leur sens spirituel direct, ont encore un sens opposé. Le soleil et la chaleur, qui s'entendent ordi nairement des bonnes affections, peuvent s'entendre aussi des mauvaises.
La lune, la lumière et tous les mots qui désignent la foi, l'intelligence, la vérité, s'ap pliquent parfois à la fausseté, à la stupidité et au mensonge. Ainsi Yarc signifie d'abord la doctrine du vrai, et cela en raison des traits, Jlèches ou javelots, c'est-à-dire les doctrinaux avec lesquels combattent les hommes spirituels, qui, à cause de cela, furent appelés tireurs a"arc.
Les arcs appartiennent à Jéhova, il a tendu son arc; dans l'Apocalypse, le personnage qui monte un cheval blanc, et auquel on donne une couronne, tient un arc dans sa main. Mais, dans quelques passages, l'arc et les flèches sont entendus des doctrines fausses. « Ils tendent leur langue, leur arc pour le mensonge et non pour la vérité. » (Jér.
IX, 3.) « Les impies tendent l'arc, ils ajustent leurs flèches sur la corde pour les lancer dans les ténèbres contre ceux qui ont le cœur droit. » (Ps. XI, 2.) « Jéhova brise l'arc, il coupe la lance, il brûle les chariots au feu. » (Ps.
XLVI, 10.) En général, il n'est pas difficile de choisir entre le sens direct et le sens opposé d'une expression ; il n'y a pour cela qu'à jeter un coup d'ceil sur la série à laquelle elle appartient, c'est-à-dire sur l'ensemble du passage. En rapport avec la chaleur et la lumière (1), les (1) Le développement qui commence ici, et qui se termine à la fin de la page 2 3, a dû être omis à la lecture.
CLEF SYMBOLIQUE DES SAINTES ÉCRITURES 3.1 quatre régions du ciel ou les points cardinaux ont également un sens mystique. L'orient et l'occident sont relatifs aux affections ou à la volonté, le midi et le nord le sont aux pensées ou à l'intelligence. Ainsi tous les degrés du vrai et du bien, tous les mélanges dela foi et de l'amour, sont symbolisés par la situa tion et l'orientation d'une société ou d'un individu.
Le haut et le bas sont plus aisés à comprendre dans le sens spirituel. Le premier de ces mots désigne les choses célestes et bonnes, le second les choses ter restres et mauvaises. Haut est d'ailleurs synonyme d'interne et bas synonyme d'externe. Les nombres — qui jouent un si grand rôle dans la philosophie de Pythagore et dans la structure de l'univers — représentent les qualités des êtres.
Deux rappellel'union des deux facultés divines et humaines, l'intelligence et la volonté. C'est le chiffre des grands commandements, des tables de la loi, etc. Trois sug gère l'idée du Dieu tri-un, des degrés discrets, des trois cieux, des trois atmosphères ; par conséquent de quelque chose de complet.
De là les trois fêtes juives, les trois parties du tabernacle et du temple, les trois jours et trois nuits passés par Jonas dans le monstre marin et par Jésus dans le sépulcre, Pierre reniant trois fois son Maître et trois fois lui expri mant son amour. Quatre, cinq, sept, douze, mille et leurs multiples sont également expliqués d'une ma nière ingénieuse et plausible.
Il est évident, en effet, que, dans beaucoup de passages, les chiffres n'oat d'intérêt sérieux, ou même ne correspondent^ une réalité que grâce à l'interprétation symbolique.
32 l'initiation Le roc est d'abord l'emblème du fait solide, iné branlable, qui sert de fondement, puis de la vérité révélée sur laquelle nous devons élever l'édifice de notre salut. Jéhova est fréquemment nommé le ro cher, mon rocher, le rocher de mon refuge, le rocher d'Israël. « 11 n'y a point d'autre rocher que notre Dieu. » Dans le désert, les Israélites « buvaient du rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher était Christ. » (i Cof.
X, 4.) Le disciple qui le premier confessa Jésus comme « le Christ, le fils du Dieu vivant, » fut en récompense appelé Céphas ou Pierre, et son Maître lui dit : « Tu es Pierre (ou de pierre), et sur cette pierre (ou ce roc) je bâtirai' mon Eglise. » Ce roc est la vérité fondamentale de la divine huma nité du Sauveur.
Sans doute, le premier des apôtres n'était pas personnellement le rocher, « la principale pierre de l'angle, » mais il personnifiait la foi chré tienne, positive et solide, et fut choisi pour représen ter cet élément dans l'Eglise. Par les pierres ordinaires, opaques et sans beauté, on entendait parfois les réalités inférieures, les faits de l'ordre naturel et scientifique.
Les pierres précieu ses, qui reflètent si brillamment et par des feux si va riés les rayons du soleil, signifiaient « les divins vrais dans les derniers de l'ordre. » c'est-à-dire les vérités révélées telles qu'elles transparaissent dans la lettre de la Parole. Les douze pierres resplendissantes que le grand prêtre juif portait sur sa poitrine, en mémoire des douze tribus, n'intéressent plus aujourd'hui que par leur symbolisme. J'en dirai autant de celles qui, dans l'Apocalypse, ornent les fondements de la
CLEF SYMBOLIQUE DES SAINTES ECRITURES 33 Nouvelle Jérusalem. La signification de chacune d'elles est déterminée par sa couleur. Le rubis, la to paze et l'escarboucle se rapportent à l'amour céleste du bien ; la chrysoprase (i), le saphir et le diamant à l'amour céleste du vrai ; le lapis-lazuli, l'agate et l'a méthyste à l'amour spirituel du bien ; enfin la chrysolithe, l'onyx et le jaspe à l'amour spirituel du vrai.
Lescow/ewrs, en effet, provenant des modifications ou des variations de la lumière et de l'ombre, déno tent l'état ou la qualité des êtres au point de vue de la sagesse et de l'intelligence.
Elles manifestent aux yeux la mentalité des hommes, des esprits, des anges, dessatans et des diables dans son infinie diversité et son incessante fluctuation ; par leur richesse et leur magnificence, elles reflètent même les attributs du Seigneur ou de l'homme parfait. Je n'entrerai pas dans ce sujet, que le savant suédois a traité avec une grande profondeur et auquel le baron Frédéric Portai a consacré un volume remarquable (2).
Les métaux sont des minéraux, mais ils se distin guent des pierres par la faculté qu'ils ont d'être fon dus, coulés, moulés, de manière à prendre aisément les formes les plus diverses.
Les quatre métaux com posant l'immense statue que Nabuchodonosor vit en songe correspondent aux états successifs que l'Eglise traversa depuis le commencement du monde jusqu'à (1) Variété d'agate d'un vert blanchâtre, d'après Liitré. (2) Des couleurs symboliques dans l'antiquité, le moyen âge et les temps modernes Paris, Treutte! et Wiirtz, 1837. 3
34 l'initiation la venue du Christ. L'âge d'or et lape d'argent sont les deux périodes préhistoriques où les hommes fu rent d'abord célestes, puis spirituels, pour employer le vocabulaire de Swedenborg. L'or, où le soleil sem ble avoir déposé une étincelle de son feu et dont nous ne risquons pas de méconnaître la suprématie, l'or correspond au bien le plus élevé, l'amour de Dieu.
L'argent, qui fait penser à la blême lueur de la lune, correspond à la vérité ou à la foi qui se rat tache à l'amour du prochain. Le cuivre et lefer sont des métaux moins nobles. Aussi le cuivre (ou Vairain) représente-t-il le bien naturel ou externe, et le fer le vrai naturel, le principe légal, la dure nécessité. Il est parlé de « gouverner les nations avec une verge de fer » de « les écraser avec un sceptre de fer ».
Ces passages n'annoncent rien autre chose que la répres sion des maux provenant de l'enfer, et leur destruc tion par la puissance de la vérité contenue dans la lettre de la Parole et par l'application des lois. Plus élevés que les minéraux sur l'échelle de la création, les végétaux servent encore mieux à illustrer les choses de l'esprit.
Les arbres en général symbolisent les perceptions de l'homme céleste etlesconnaissances de l'homme spirituel; les arbres fruitiers ont rap port à la connaissance indispensable pour pratiquer le bien. L'arbre des vies et l'arbre de la connaissance du bien et du mal sont l'emblème de deux états sé parés par la chute comme par un abîme.
Dans le pre mier de ces arbres notre théologien voit la divine miséricorde, dont procèdent tout amour et toute vé rité, par conséquent toute vie ; dans le second, la foi
CLEF SYMBOLIQUE DES SAINTES ECRITURES 35 provenant du sensuel ou de la science. Dès lors, manger du fruit de ce dernier arbre, c'est vouloir pénétrer les mystères de la religion par le moyen des sensuels et des scientifiques. Cette recherche aboutit au doute et à l'incrédulité.
En effet, les vérités spiri tuelles et célestes ne peuvent être découvertes par l'homme livré à ses seules ressources ; mais une fois qu'elles lui ont été révélées, il trouve dans sa raison et dans la science, c'est-à-dire en lui-même et dans le monde, de nombreux arguments pour les confirmer. L'olivier, la vigne et le figuier, souvent mention nés dans l'Ecriture, se rapportent aux trois degrés du mental.
Par l'olivier sont signifiés le bien ou la per ception de l'amour céleste, l'Eglise céleste et le troi sième ciel ; par la vigne, le vrai provenant du bien, l'Eglise spirituelle que caractérisent la foi et la charité, le deuxième ciel ; par le figuier, le bien naturel ou le bien de l'homme externe, l'Eglise externe(par exemple le judaïsme) et le premier ciel.
Une forêt désigne l'ensemble des connaissances purement naturelles, tandis qu'un jardin et un pa radis indiquent l'intelligence et la sagesse des mem bres de l'Eglise ou des vrais croyants. Les diverses parties du végétal ont également un sens allégorique. Les graines ou semences sont les vé rités naturelles ou spirituelles, qui, reçues par le mental bien disposé comme par un terrain fertile, se multiplient à l'infini.
Les racines sont les affections ; le tronc est la vérité scientifique et rationnelle ; les branches sont les connaissances qui s'y rattachent ; les feuilles symbolisent les croyances et toutes les choses
36 l'initiation du domaine de l'entendement ; les fruits enfin sont les biens de la charité ou les usages généralement ap pelés bonnes œuvres. En passant de l'empire inorganique (minéraux et plantes) à l'empire organique, nous quittons le do maine de la pensée pour entrer dans celui du senti ment. Les animaux, en effet, figurent d'une manière frappante les passions nobles ou coupables des diver ses catégories d'hommes, leur caractère dominant.
C'est ce qui ressort du Rheinecke Fuchs, illustré par Kaulbach, comme des fables de La Fontaine, pour ne pas remonter plus haut. Nous voyons dans les bêtes de la terre ou des champs les instincts de l'homme naturel. La distinction entre animaux purs et ani maux impurs s'explique d'elle-même.
Ceux qu"on devait choisir pour les sacrifices symbolisaient les bonnes affections que nous devons apporter au Sei gneur, en reconnaissant qu'elles nous viennent de lui et en le priant de les employer à sa gloire. Pour le dire en passant, Swedenborg résout ici d'une façon inattendue un des problèmes les plus embarras sants que l'Ancien Testament pose à la théologie contemporaine, celui de la valeur des sacrifices.
Les moutons, les chèvres et les bœufs correspondent aux trois degrés de notre amour pour Dieu et pour nos semblables, en d'autres termes à ce double amour d'abord céleste, puis spirituel, enfin naturel. L'agneau représente l'innocence, c'est-à-dire l'état le plus pur et le plus élevé, celui des habitants du troisième ciel. Le seigneur est nommé l'Agneau de Dieu ou simple ment l'Agneau, parce qu'il est l'innocence même et
CLEF SYMBOLIQUE DES SAINTES ÉCRITURES 3j que toute sainteté provient de lui seul. Les brebis, dont parle Jésus et dont il se déclare le berger, sont les gens vraiment religieux, les bons de toute catégo rie. Les boucs, qu'un passage bien connu leur oppose, ne sont pas tous les méchants indistinctement, mais les hommes qui ont la foi sans la charité, ceux dont la religion tout intellectuelle ne produit pas d'œuvres intérieurement bonnes.
Il y aurait encore des choses fort intéressantes à dire sur le cheval et l'âne, sur le lion, le léopard, le porc, le serpent, etc.; sur les oiseaux et les poissons. Mais il est temps dem'arrèter. Un mot encore avant de quitter ce sujet. Notre corps, dans sa forme générale et dans cha cune de ses parties, correspond à notre mental, en même temps qu'au ciel et au Seigneur.
Le cœur représente la faculté d'aimer et de vouloir; le sang, qui en procède, est la vérité divine ou le principe de la charité. Les poumons représentent l'intelligence, la faculté de penser et de comprendre; dès lors la respiration, le souffle, l'esprit, ont rapport à la foi et à la vérité. La tête, le tronc, les jambes, sont les trois degrés de hauteur. L'épaule, le bras, la main, la droite surtout, indiquent la puissance.
Les pieds rappellent les principes inférieurs, les sentiments de l'homme naturel, d'où la coutume symbolique du lavement des pieds. Cet exposé du sens interne, tel que l'entend Swe denborg, vous a paru long, je le crains; il est néan moins trop court et trop sec pour vous faire sentir toute la richesse et toute la profondeur de cette nou
38 l'initiation velle exégèse. Il suffira pourtant, je l'espère, pour vous convaincre que la méthode inaugurée par notre philosophe, loin de favoriser l'arbitraire comme l'allégorisation d'Origène et des mystiques, repose d'aplomb sur les lois et les phénomènes de la nature scientifiquement observés et se distingue de toute autre par la logique la plus rigoureuse. Ch. Byse.
Hermétisme LIVRE DES SECRETS DE LA NATURE OU DE LA QUINTESSENCE Indiquant son extraction et ses applications au corps humain pour réaliser des œuvres admirables et presque divines . (Suite.) DEUXIÈME PARTIE CHAPITRE PREMIER Façon d'extraire la quintessence des plantes et d'abord dn vin. Ne prends point pour des mensonges ce que nous venons de dire sur la quintessence, car tu sais ce qu'au cun des modernes ne sait. Donc, au nom de N.-S. J.-C., prends du vin rouge
40 l'initiation ou blanc, le meilleur que tu pourras trouver, surtout qu'il ne soit ni acide, ni aigre si peu que ce soit. Distille l'eau ardente comme à l'ordinaire au moyen des«cannas brachiales» d'airain, rectifieensuitequatre fois au plus, mais il suffit de rectifier trois fois et de bien clore pour que l'esprit ne s'évapore pas. Ce sera pour toi un signe infaillible, quand tu verras que le sucre dépose, brûle à la flamme.
Quand tu auras cette eau ainsi préparée, tu possé deras la matière d'où la quintessence rentrait en acte, et c'est là le principal sujet de notre livre. Prends donc cette eau et place-là dans un vase de circulation ou dans un pélican dit aussi vase d'Hermès. Ferme fortement avec du mastic mou ou de la chaux vive mélangée de blanc d'œuf et place ce vase dans du fumier très chaud naturellement et auquel ne parvienne aucune chaleur artificielle.
Les vases doivent rester soumis à une chaleur con tinue, car si la chaleur venait à manquer, la circulation de l'eau ne se ferait plus et le but ne serait pas atteint. La quintessence se sépare en couleur de ciel et monte à la partie supérieure, tandis que le dépôt de couleur trouble reste à la partie inférieure du vase. Cette quintessence est rie nature presque incorrup tible et immuable. CHAPITRE II Façon de reconnaître la quintessence. Après avoir fait circuler sans interruption pendant un grand nombre de jours, dans un vase de circula
LIVRE DES SECRETS DE LA NATURE 41 tion ou dans un vase d'Hermès, tu déboucheras.
S'il se dégage alors une odeur si admirable que rien au monde ne puisse lui être comparé ; Si ce vase placé à l'angle d'une maison attire par un miracle invisible tous ceux qui entrent ; Si, posé au haut d'une tour, ce vase attire les oiseaux et les fait rentrer dans son voisinage, alors tu as obtenu notre quintessence ou mercure végétal, que tu pourras appliquer au magistère de la transmuta tion des métaux.
Si tu ne constates pas cette influence d'attraction, referme le vase comme il est indiqué plus haut, replace-le dans le fumier et laisse-le jusqu'à ce que se produisent les signes prédits. Mais la quintessence, après circulation et rectifica tion, n'aura l'odeur indiquée que si on y a distillé un corps: elle devra avoir à la bouche une ardeur semblable à celle de l'eau ardente.
Cette eau est pour les philosophes la clef de tout art philosophique, sa forme est noble, sa matière sub tile et, soit seule, -soit avec les étoiles terrestres dont nous avons déjà parlé, l'opérateur peut faire des miracles sur terre. CHAPITRE III Façon d'obtenir la quintessence sans grands frais pour les personnes qui sont pauvres . Le Très-Haut a mis la quintessence non seulement
42 l'initiation dans l'eau ardente, mais encore dans toute espèce de plante, pierre, ou métal. Ouvre ton intelligence et comprends cette vérité : « que toute chose générée et corruptible est détruite lorqu'etle est soumise à la force de corruption des éléments ». C'est pourquoi on ne peut plus tirer du vin tourné en vinaigre, d'eau ardente et, par conséquent, de quintessence.
Prends un vase à long col, emplis-le aux deux tiers d'eau ardente, bouche avec de la cire et enfouis-le dans le fumier de cheval. Tu l'y laisseras séjourner jusqu'à ce que tu constates le signe prédit, cequi sera facile en débouchant le col de l'ampoule. Débouche avec précaution, car le dépôt se mêlerait à la quintessence si tu n'enlevais pas très doucement le liquide du lieu de circulation. Les vases doivent avoir les formes déjà indiquées.
Ils doivent être remplis d'eau ardente au delà du rostre et avoir en hauteur largement la mesure d'une palme. Ils seront, en outre, bien faits et solides. CHAPITRE IV Manière d'extraire la quintessence de toutes les plantes, fruits, racines, œufs et sang. C'est encore un autre secret de la nature que celui qui consiste à extraire la quintessence des matières cidessus.
LIVRE DES SECRETS DE LA NATURE 43 Prends une quantité quelconque de l'une de ces matières, pile fortement dans un mortier, mets à putré fier dans un vase pendant quarante jours, puis extrais et distille l'eau dans un alambic trois ou quatre fois, tu as fait ainsi une eau ardente. Tu la mets ensuite à circuler dans un vase de cir culation, jusqu'à ce que tu aies obtenu l'odeur distinctivedéjà indiquée.
Toutes ces quintessences ont mille fois plus d'effet que la médecine elle-même avant sa préparation par notre méthode, à tel point que toutes les fois qu'on les emploie on croit au miracle. En somme, nous n'ajoutons rien à toutes ces quin tessences, nous enlevons seulement d'unefaçon artifi cielle tout ce qu'elles ont de superflu. CHAPITRE V Manière d'extraire les quatre éléments de toute chose, plantes, minéraux ou métaux.
Pour les plantes, c'est une règle générale de les broyer et, après trituration, de les mettre dans un vase de verre à se putréfier dans le fumier de cheval pen dant un mois et demi. Ce délai passé, tu recouvres le vase de sa tète et tu distilles l'eau au bain-marie, jusqu'à ce qu'elle ne veuille plus distiller au bain-marie, puis tu retires sa cucurbite du bain. Reverse ensuite l'eau que tu as distillée sur le dépôt, ferme avec un sceau et mets à putréfier pendant dix
44 l'initiation jours, retire du fumier, mets la tête d'alambic et dis tille au bain de cendres jusqu'à ce qu'il ne distille plus rien par ce moyen.
Sache alors que tu as extrait deux éléments qui son t l'airet l'eau ; pour les diviser, agis dela façon suivante : Prends l'eau obtenue par la seconde distillation, mets-la dans une cucurbite de distillation, remets la tête de l'alambic, distille au bain et ce que tu auras distillé n'est autre chose que l'eau, parce qu'à ce degré de chaleur rien autre ne sort.
Le feu du bain s'appelle aussi feu du ier degré; le feu de cendres, feu du 2e degré ; le feu ardent est le feu du 3" degré. Cette science des degrésdu feu est utile à connaître, surtout pour les métaux. L'air reste alors au fond du vase, car il ne peut sor tir à la chaleur du 2e degré. Mets-le à part, et reverse l'eau que tu as séparée de l'air sur le dépôt et opère comme il est dit plus haut.
Mets à putréfier dans le fumier pendant autant de temps que tu as fait pour l'air. Puis remets à distiller au feu du 3" degré et donne du feu jusqu'à ce que tout soit distillé. Après cela tu remettras à distiller dans le bain, l'eau sortira et le feu restera au fond du vase, car il ne s'exhale pas à cette chaleur; mets-le à part. Ce que nous disons pour les végétaux doit se com prendre pour ceux dont le suc est abondant.
Pour les métaux, la méthode est la même, mais il faut d'abord les faire dissoudre par notre menstrue sous du fumier pendant une semaine.
LIVRE DES SECRETS DE LA NATURE ^5 Quand les métaux sont dissous, mets-les à distiller au feu du 1" degré: lemenstrue monte à la surface et la chaux du métal reste au fond. Reverse ensuite sur le dépôt du métal de nouveau menstrue en poids égal au métal, remets à putréfier pendant un mois et demi, ensuite distille, comme tu as fait pour les végétaux, en ajoutant à volonté du menstrue sur le dépôt.
Beaucoup de philosophes dissolvaient les corps des métaux dans de l'eau-forte commune, faite de vitriol et de sel de nitre, la chaux des métaux restait au fond du vase ; ils lavaient cette chaux avec de l'eau douce ordinaire, qu'ils éliminaient ensuite par évaporation. Puis ils dissolvaient cette chaux dans le menstrue pour réaliser leur œuvre. Mais ils n'obtenaient pas ainsi le résultat désiré.
La raison en est que la dissolution faite à l'eauforte n'est pas celle que la nature demande, et que ces philosophes qui opéraient ainsi ignoraient les acides végétaux de notre menstrue, comme ils ignoraient l'eau de merum vulgaire révélée au roi Robert dans le testament et codicille de Raymond Lulle, qui traite de la composition des perles.
Ce chapitre révèle des calcinations, dans lesquelles aucun métal ne change d'espèce (ou d'apparence) et que le menstrue résout en peu de temps. Voici quel est ce secret : Tu prendras de l'or ou de l'argent en lames minces. Prends aussi un peu de vifargent vulgaire, et mets-le sur un feu lent ; quand il fumera, ajoutes-y les lames de métal, et remue avec un bois.
46 l'initiation Mets le tout dans un récipient et plonge-le, dans de l'eau froide, la pâte devra prendre une consis tance telle, qu'elle se brise si on retourne le récipient. Tu soumets de nouveau à l'évaporation plus de vifargent et remets ensuite dans l'eau ; quand la pâte arrive à la dureté indiquée, tu la mets dans un récipient avec un quart de sel commun, broie fortement jusqu'à ce que le tout ait l'aspect d'un sel noir.
Prends ce sel et mets-le dans un sublimateur, si tu veux conserver le vif-argent ; sinon, mets-le dans un récipient qui supporte le feu, et chauffe jusqu'à ce que le mercure soit tout évaporé ou sublimé. Cela fait, mets ton sel dans un autre récipient, couvre-le d'eau bouillante et mélange avec un bois ; le sel fond et forme une eau noir, que tu laisses repo ser, et que tu décantes ensuite. La chaux reste au fond.
Tu remets de nouveau de l'eau bouillante, tu décantes, et tu recommenceras ainsi, jusqu'à ce que l'eau sorte aussi claire que tu l'as mise. Tu fais alors sécher ta chaux au soleil et tu la réduis en poudre impalpable pour l'usage de l'artiste. Les autres métaux se calcinent de différentes façons. Saturne et Jupiter se calcinent aussi avec du sel com mun, en agitant avec un morceau de bois. On lave ensuite à l'eau bouillante, comme ilestditplushaut, et on fait sécher au soleil.
LIVRE DES SECRETS DE LA NATURE 47 CHAPITRE VI Façon d'extraire la quintessence de toute chose pour l'appliquer aux besoins du corps humain La quintessence peut s'extraire de tout: bois, fruit, fleur, feuille, pierre, métal, chair, semence. Le secret de la nature est le suivant : Quand tu auras la quintessence de vin séparée du dépôt, tu pourras extraire une quintessence quel conque en moins de trois heures, ce qui t'évitera un grand travail.
Prends donc la chose dont tu veux extraire la quin tessence, mets-la dans notre quintessence de vin et place-la exposée à un fort soleil de printemps, ou à un feu doux. En moins de trois heures tu auras la quintessence de la chose mêlée à la quintessence de vin, qui sera elle-même couverte en la nature de la chose qui y aura été mise, chaude, froide, humide, sèche, la nature ou de toute autre condition et odeur.
Tu auras donc ainsi une quintessence semblable à ce que tu y auras introduit comme odeur, saveur, complexion et vertu. CHAPITRE VII Des choses chaudes au Ier degré donnant une quintes sence de même nature applicable au corps humain. Ce sont entre antres les suivantes : Absinthe, semence de coriandre, châtaigne, camo
48 l'initiation mille, noix, semence de chou, noisettes sèches, se mence de trèfle, feuilles de laurier. CHAPITRE VIII Choses chaudes an 2e degré. Pour une maladie provenant d'un froid tel que les médecines du 1" degré ne peuvent la guérir, on ap pliquera les médecines du second degré, qui sont : Petite centaurée, rhubarbe, bois d'aloès, écorce de citron, asperge, graines d'ortie, oignons, semence d'anis, feuilles de citron, noix de muscade, urine, ambre, raisin mûr. Ne te sers pas d'une médecine sans savoir de quel degré est la médecine simple, sans quoi tu ne sauras ce que tu fais ni ce que tu donnes au malade, et cherche à voir pourquoi les médecines du Ier degré sont insuffisantes. CHAPITRE IX Choses chaudes au 3edegré. Thym, cyprès, hysope, saxifrage, dictame, serpen taire assa fœtida, castorieum, poix liquide, rue do mestique, centaurée, poivre long, feuilles d'olive, gentiane.
LIVRE DES SECRETS DE LA NATURE 49 CHAPITRE X Choses chaudes an 4* degré Rue sylvestre, soufre, sel ammoniaque, fleur d'ai rain, nitre, pétrole, graine de moutarde, euphorbe, scamonée, pyrèthre, coloquinte, poivre noir. Après les médecines contenant les quatre degrés du feu, examinons celles de la nature de l'air, la sphère de l'air étant retirée après celle du feu. CHAPITRE XI Choses humides du 1er degré. Fleur de fève, fleur de lupin, canne à sucre, langue d'oiseau, gomme arabique, poisson frais. (A suivre,) Ange Bossard.
L'ART oeeuLTE B. — En supposant que des élémentaux, c'est-àdire des êtres très petits à têtes humaines ou animales, aient laissé leurs traces, les contours en seraient for més de lignes nettes, disposées suivant un plan. (La section d'une feuille de papier.) Il n'en est rien.
C'est même l'originalité des produits du comte de Tromelin, car chaque tète se subdivise en têtes plus petites et finalement tous les éléments de ces figures sont ou des lettres ou des fragments de lettre; l'ensemble de ces Dessins écrits ou décritures en dessins, comme il les appelle, se compose de signes appartenant à des écritures connues ou à des écritures secrètes, formant des mots, des phrases, et même plusieurs phrases suivant le sens dans lequel on les lit.
C. — Si la préexistence des dessins était réelle, dans l'ensemble d'une main de papier non satiné, prove nant d'une même cuve, on devrait trouver des dessins fort peu différents. Il n'en est rien. D'une feuille à l'autre il y a variation, ce qui prouve bien que c'est
l'apt occulte 51 fonction de la vision momentanée du sujet. Aujour d'hui il produira tel groupe; demain, du papier sem blable engendrera une œuvre fort différente. Le pa pier n'est que le support de la vision, il contribue à l'excitation de celle-ci, mais n'est qu'un modeste facteur dans le résultat.
D. — Des papiers fort divers (à condition qu'ils ne soient pas satinés) peuvent donner de bons résultats; cependant, suivant le genre employé, les productions graphiques s'en ressentiront : « Chaque papier de mande à être traité d'une façon un peu différente.
La preuve en est que, quand on passe d'un papier à un autre, on a toujours au début quelques difficultés; tel papier qui paraissait pauvre est reconnue riche en suite (i). » La contexture du papier joue un rôle important, c'est un des facteurs indispensables de la combi naison, comme nous le verrons dans la suite, et si toutes les manifestations de dessins médianimiques, qui se sont produites jusqu'ici, étaient assez indiffé rentes au choix du papier; dans notre cas il n'en est plus de même.
Une réflexion se place ici : avec les climats varient les races humaines, les animaux, les plantes, même les microbes. N'en est-il pas de même des élémentaux. Le doute n'est guère possible, car les sensitifs Indous, Chinois, Mexicains ont chacun donné aux êtres im matériels qu'ils entrevoyaient et représentaient des cachets particuliers. (i) Le comte de Tromelin, 2 mars 1903.
52 l'initiation Il en résulterait, en admettant la théorie des traces laissées par les élémentaux, qu'un beau papier de riz chinois, japonnais tonkinois, qu'un papier indigène fabriqué aux Indes ou aux antipodes devrait donner lieu à la produetion, sous un énergique frotti, de monstres plus ou moins exotiques. Rien de semblable se passe.
Avec du papier français un Chinois vous fera sortir une scène d'enfer bouddhique et par contre un occidental mettra au jour quelque scène très pari sienne, — une messe noire, — sur une feuille de papier bien soigneusement préparée à Hanoï ! Ë. — En ce qui concerne les Génies (i) qui au raient inscrit ces dessins, depuis des siècles, sur les châssis des machines à papier, c'est une idée à rejeter à un simple examen.
Depuis longtemps les vieilles formes sont usées et les cylindres gravés auraient eu le temps de redevenir bien lisses. A quel travail gigan tesque se seraient livrés ces Rapins de l'Invisible? Tout cela dans le but problématique que quelqu'un dévoilât un jour leurs mystérieux travaux.
Comment auraient-ils pu écrire en un français épuré, qui n'exis tait pas encore, quoique on puisse admettre, à la rigueur, que l'avenir n'ait pas de secret pour un Esprit? On pourrait encore accumuler d'autres arguments. Mais il faut être indulgent.
Lorsqu'une personne, assez brusquement, se trouve être sous l'influence d'impulsions difficiles à définir et que viennent s'y ajouter des faits matériels, si pour éclaircir son état elle absorbe trop de livres de magie il peut en résulter (i) Voir les opinions formulées à ce sujet par l'auteur des dessins. Initiation, fin 1902.
l'art occulte 53 une brouille légère dans ses idées et des déductions qui paraissent étranges en résulter. Le vulgaire en son langage expressif dit : « On ne sait plus à quel saint se vouer. » F. — J'aurai à revenir sur l'idée des clichés astraux. Mais dans ce cas comme pour les élémentaux, je ne puis admettre qu'ils aient laissé des traces à une date antérieure.
Si le cliché retrouvé était quelconque, bien, mais souvent le cliché, soit-disant imprimé dans le papier, répond à une question posée par l'opérateur et de deux choses l'une, ou il n'y a pas de cliché astral antérieur, ou il se précipite à l'instant, ce qui nous conduit à tout autre chose, j'y reviendrai.
Première conclusion — De ce premier examen il faut donc conclure que dans le papier, sauf tous les détails de reliefs provenant de la fabrication, comme traces occultes préexistantes, il n'y a absolument rien. DE LA CONTEXTURE DU PAPIER Le papier satiné ne donne rien. II n'a ni aspérités, ni reliefs, ni différence d'épaisseur.
Pas de brindilles de bois, de paille, pas de débris de chiflons ou de poils, mais tout cela se trouve dans les papiers dits d'emballage, le papier buvard, etc. Prenez une feuille de papier non encollé, examinezla par transparence, vous verrez par suite des diffé rences de teintes, dues à la non homogénéité des matières employées, se révéler des figures isolées ou
54 l'initiation groupées, semblables aux taches de moisissures sur les vieux murs. Continuez vos investigations à la loupe, vous distinguerez de légères saillies (grains de sable, de baryte, grumeaux), qui seront un arrêt pour votre crayon ; lorsque vous frotterez, elles le feront dévier, et ce sont autant de repères pour les dessins futurs. Les poils, fils, ont des formes droites au début, qui se courbent ensuite et même deviennent spirales.
C'est l'origine des nez, doigts, langues, organes phalliques. On remarque donc dans ce papier des figures que tout le monde peut voir et interpréter suivant sa vue et son tempérament. Il est à remarquer qu'en raison du courant de l'eau qui s'écoule de la cuve, les débris de poils, paille, sont parfois orientés vers un sens ; c'est ce qui explique que dans les dessins, souvent, une grande suite de figures fait face d'un même côté.
Une feuille de papier est en somme formée comme une feuille de plante, d'une sorte de parenchyme (feutrage) rempli de cellulose dans ses interstices. Il en résulte de légères différences à la pression de la pointe d'un crayon, ce qui est cependant suffisant pour former des signes.
Deuxième conclusion. — Rien d'occulte et de voulu n'existe dans le papier, mais simplement des éléments de figures, de signes, purement accidentels, que tout le monde peut voir et à son gré interpréter. Ce sont des formes aussi fugitives que les nuages moutonnés dans le ciel. J'ajoute que ce que tout le monde peut obtenir n'est
l'art occulte 55 nullement comparable aux œuvres du comte de Tromelin. Pour les faire venir au jour, il faut être médium d'un genre spécial. Ceci nous conduit à l'exa men de la question sous un troisième aspect, et je pose d'avance en principe, pour les discuter ensuite, que lorsqu'il opère les faits suivants se passent : I. — L'opérateur prend une feuille de papier.
Par suite d'un entraînement progressif et qui s'est fait en partie à son insu, cette feuille produit une sorte d'ac tion magnétique, hypnotique sur son cerveau. Oû vous ne verrez rien, ou bien peu de chose avec de la bonne volonté, il distingue des figures, des groupes, une scène tout entière (action fascinatrice) ; l'indécis du début se précise, il voit.
II. — Comme il me l'a avoué par écrit, à ce mo ment il se sent comme envahi par uneforeequi l'oblige à dessiner presque malgré lui (automatisme presque inconscient). III. — Un phénomène composé et compliqué se produit alors.
Les dessins dus aux accidents naturels déjà signalés, et de si peu d'importance pour tout le monde, deviennent pour le médium, plongé dans son demi-sommeil, une source inouïe de combinaisons et de fantastiques groupements, c'est presque analogue à ce qui se produit dans le cerveau des fumeurs d'exci tants (haschich, opium, etc.,) et pour lesquels un bouton, un flambeau, un simple objet entrevu devient la source, le point de départ de la création, en imagi nation, d'une scène compliquée, merveilleuse, féérique parfois. La comparaison est d'autant plus juste, que l'effet
56 l'initiation est progressif dans les deux cas. Au début un seul objet, puis il grossit, se déforme, d'autres ensuite l'en tourent, la scène enfin s'élargit, se complique, tourne au monstrueux. Pendant que l'œil voit — ou plutôt le cerveau, — la main, par un mouvement semi-conscient, marche et fixe le rêve en se servant des fameux repères (rugo sités, filaments) du papier. Un dessin composé appa raît.
Je dis composé, car il est le résultat de la volonté partielle de l'opérateur et de ce qu'on nomme son inconscient, qui a travaillé par automatisme. , Je vais sur ces différents points entrer dans quel ques détails et, après, aborder la fameuse question dont j'ai à peine parlé, c'est-à-dire la trame même de ces figurations, qui n'est que lettres et signes plus ou moins mystérieusement entrelacés.
A. — Production des figures. — A l'article miroirs dans la Magie pratique de Papus, est cité un fait connu depuis l'antiquité (1). «. On peut aussi noircir plus ou moins complètement avec du charbon ou mieux avec fusain, un carré de papier à grain (papier à dessin), pour obtenir un excellent miroir magique, susceptible d'impressionner des sujets quelque peu nerveux ». Or, c'est un peu ce qui se produit pour notre cas.
Lorsque l'opérateur passe son large crayon noir, il noircit sa feuille. A mesure qu'elle se teinte, les images peu nombreuses et à peine entrevues se précisent pour devenir légion. Ce n'est pas le moment de chercher à fond pour quoi ces images fugitives se produisent. Il nous suffira (i) Voir à ce sujet l'art, du Dr Rozier dans YInitiation.
l'art occulte 57 de constater que le lacis noir et blanc formé sur le papier détermine sur certains cerveaux une suite de vibrations qui donnent lieu à la formation d'images compliquées et successives. C'est comme le mot qui vous frappe l'oreille et vous fait jaillir une suite d'idées et de souvenirs (associations d'idées), ou une phrase musicale qui vous remet en mémoire une partition.
Seulement, dans ces derniers cas, tout se passe d'une manière consciente et les sensations antérieurement accumulées (mémoire), comme sous l'impulsion d'un ressort, sortent du cerveau, dans un ordre logique, avec des proportions rationnelles.
Chez le voyant qui se trouve sous l'influence d'un état hypnotique plus ou moins accentué ( 1), la volonté est plus ou moins annihilée et les images qu'il perçoit se forment un peu comme dans le demi-sommeil, le rêve léger. Elles sont peu coordonnées, indécises, par fois même désordonnées; mais la conscience n'est pas complètement abolie.
C'est un peu pareil aux images hypnogogiques (2), c'est-à-dire les objets ou personnes que beaucoup croient voir lorsqu'ils sont sur le point de s'endormir (demi-sommeil), et qu'il ne faut pas confondre avec l'hallucination ni les images rétiniennes qui se produisent à l'état de veille, quand on ferme les yeux après avoir fixé un objet.
Comme l'affirme le comte de Tromelin, lorsqu'il prend une feuille de papier, il n'a aucune idée fixe, préexistante; il ne sait pas ce qu'il va produire, il (1) État plus ou moins lucide. '1} Voir compte rendu Acad. des Sciences, 23 mars 1903.
58 l'initiation ignore si son papier est riche en figures ou en écrits. C'est après l'inspection du papier, suivie des pre miers coups de crayon qui accentuent les reliefs, que le débordement des images se produit, mais pas d'un seul coup comme sur un cliché qui se révèle, mais peu à peu.
Le tableau final est la résultante de ce que j'appel lerai pour le moment, le Hasard (fatalité des inéga lités du papier), et la Volonté de l'opérateur (habileté manuelle). Je reparlerai du troisième élément, non examiné, ensuite.
B. —L automatisme de l'opérateur . — Lecréateur de l'Art occulte se sent envahi, après l'examen du papier, par une force qui l'oblige à dessiner : « Moi, je dis ne ressentir aucune inspiration consciente ou non, il n'y en.a pas pour moi.
Mais, je suis attiré, par une force invincible, vers cette œuvre de dessin, je dessine mal gré moi, comme poussé par une volonté supérieure, implacable, qui me commande et me fait marcher contre ma volonté (i). » Et le comte de terminer en disant qu'il ne dessine pas sans savoir ce qu'il fait, comme beaucoup de médiums, mais qu'il voit ce qu'il dessine, et dans une autre lettre ajoute : « Les formes qui sortent sont très précises, tellement qu'hélas 1 mon manque de savoir m'empêche de rendre la centième partie de ce que je vois (2). » Ces aveux du comte de Tromelin nous aideront beaucoup dans nos conclusions ; plus de doute, nous (1) Lettre, 27 mars i9o3. (2) Lettre, 2 février 1903.
l'art occulte 59 sommes en présence d'un médium dessinateur d'un genre nouveau, donc intéressant à étudier. On a beaucoup écrit sur les médiums-écrivains, mais moins sur les médiums-dessinateurs, car ils sont plus rares. Les deux modèles du genre furent Victorien Sardou, Je grand auteur dramatique, et le peintre-graveur Fernand Desmoulins.
Les dessins du premier (Palais des Singes, demeure de Mozart) se rapprocheraient assez de ceux de l'Art occulte. En raison de leurs notes, croches, enroulements, ils ont quelque ressemblance avec les écritures embrouillées du genre qui nous occupe.
Beaucoup d'érudits ont écrit sur les dessins médianimiques de Sardou, mais l'auteur, plus sceptique ou plus croyant, n'a pas voulu se prononcer et s'est contenté de sourire à ceux qui prétendaient conclure sur ce que lui-même ignorait ou plutôt connaissait plus à fond que les savants. Avec le peintre Desmoulins nous entrons dans le vrai domaine de l'art. Les dessins sont presque tous d'une facture impeccable.
Il les obtient la feuille étant couchée, renversée, peu importe, et même en pleine nuit. Il emploie aussi des pastels multicolores (1). La caractéristique de sa manière d'opérer, c'est que le crayon ne quitte pas la feuille de papier, que la main se meut avec une vitesse vertigineuse, c'est comme si un fil unique se repliait sans cesse sur lui-même.
Quoique ce genre de dessins ne soit pas dans celui habituel au maître, on pourrait admettre, sans toute fois l'expliquer, une sorte de dédoublement de la per- (1) Un autre peintre médium produit en pleine nuit des tableaux à l'huile parfaits comme coloris.
6o l'initiation sonnalité travaillant automatiquement. Un cerveau d'artiste renferme à l'état lalent assez d'éléments artistiques, pour alimenter un bras qui tient crayon ou pinceau chargé de fixer l'idée. Cependant il se sentait — lui aussi — entraîné à dessiner par une volonté supérieure qui signait l'Instituteur et que remplaça plus tard Ton vieux maître. Dans YArt occulte nous voyons Puget, del Sarte, Casque de Fer, etc., signer les dessins.
La Revue de l'Hypnotisme d'avril igo3 renferme un article du docteur Raymond sur « l'Ecriture auto matique non hystérique. » J'extrais du cas cité (i) : « Cet homme a 45 ans; il était, il y a quelques mois, gardien de cimetière. En faisant son service, il a sou vent rencontré une certaine dame en gris et, trois fois de suite, il a dû la chasser pour infractions à la police des cimetières.
« Peu de temps après il perd sa place, et sa femme vient à mourir. lien est bouleversé; il se demande ce qu'il va devenir et cherche à savoir de quelle ma ladie elle est morte. Il se met alors à écrire involon tairement et, dans les caractères que trace sa main, il reconnaît l'écriture de la défunte.
Une fois même il lit : « Tu te remarieras avec Mme Marie M... qui de- « meure 28, avenue P... » Il va trouver cette femme : c'est précisément celle qu'il a été obligé de chasser du cimetière. Mme Marie M... est une tireuse de cartes; elle découvre à cet homme une étonnante faculté pour interroger les esprits et elle lui demande de res- (1) Présentation de malades de la Salpêtrière.
l'art occulte 61 ter avec elle. Il devient donc médium et, à partir de ce moment-là, tout se transforme en lui : « Il sent « une incarnation nouvelle; la tireuse de cartes est « entrée en lui. » « Pendant son sommeil, des esprits, tantôt bons, tantôt mauvais, lui apparaissent, il voit aussi des élé phants, des rats; il se sent embrassé par des crocodiles. La Vierge Marie et l'Enfant Jésus sont aussi venus le voir plusieurs fois.
« Les bons esprits, dit-il, sont en chair et en os comme nous; les mauvais ont la peau morte, ceux-ci lui jouent de mauvais tours; ils l'empêchent de tra vailler, lui enlèvent sa virilité et l'obligent à écrire. Quelquefois sa main ne trace que des hiéroglyphes, mais les bons esprits viennent lui en révéler le sens.. Tidianeuq. (A suivre.)
COMMENTAIRE DE Marsile Ficin le Florentin ■ SUR LE Neuvième livre de la seconde Ennéade de Plotin le Planoticien CONTRE LES 6N0STIQUES ET Contre ceux qui pensent que le Mal est l'auteur du Monde et que le Monde est mauvais {Suite.} Quand on parle « d'obliger les âmes », on touche cette opinion qu'a effleurée Origène que tous les Esprits furent égaux en principe, mais que, par suite de diffé rents mouvements de la volonté, ils tendirent plus ou moins vers Dieu ou s'en éloignèrent davantage; d'où il suit que les Esprits acquirent des degrés différents, que les corps composant le monde se constituèrent en divers degrés, et qu'enfin, à des Esprits différents correspondirent des corps différents.
« On se convaincra facilement de la fausseté de cette opinion, en remarquant que la disposition totalederUnivers consiste précisément dans cette différenciation des degrés et que, par conséquent, ce qui est au plus haut point formel, final et bon dans l'Univers est forcé ment premier dans l'intention de l'agent primordial. »
COMMENTAIRE DE MARCILE FICIN 63 La disposition de l'Univers n'est donc pas le résul tat de la diversité des mérites, étant donné surtout que, si les natures raisonnables étaient toutes égales en principe, aucune ne pourrait dépendre d'une autre. Dans ce cas, du hasard seul dépendrait la diffé renciation des volontés ; seul le hasard réglerait l'ordre dans les esprits et, par conséquent, dans le monde.
De même, puisque dans les choses inférieures les différences spécifiques et les espèces sont naturelles et essentielles, n'est-il pas absurde de dire qu'elles sont accidentelles dans les choses supérieures; or, elles seraient accidentelles, si elles n'existaient pas dès le principe et étaient contingentes et consécutives au mouvement de la volonté.
« Il est aussi extrêmement difficile d'expliquer pourquoi des esprits si semblables se sont différenciés de si étrange façon, puisque tous ces esprits, si nom breux qu'ils fussent, avant le mouvement de volonté qui les différencia ne se distinguaient par aucune mesure de quantité, et n'étaient désunis par aucune cause accidentelle, puisqu'il n'en existait pas encore. » Ils devaient donc différer entre eux par certaines propriétés formelles et essentielles; c'est-à-dire que certain devait posséder ce qu'un autre ne possédait pas.
Or, une telle distinction ne peut exister en de hors de la diversité des degrés, puisqu'elle se ramène à la privation et à la forme. Avant donc toute diversité de mouvement existait la diversité de nature. Nous traiterons d'ailleurs de cela en temps et lieu.
64 l'initiation CHAPITRE VI L'Artisan du monde est l'Intellect premier agissant par l'intermédiaire de l'âme. — Il y a trois principes : le Bien, l'Intellect, l'Ame. — L'intellect premier et le premier intelligible ne font qu'un.
« C'était une opinion antique que les formes dans la matière sont la résultante de quelque impression produite par les formes divines, tandis que la matière ne fait que réfléter à la façon d'un miroir l'idée qui l'a impressionnée. » De la sorte, au lieu d'idées véri tables, elle ne fait qu'en reproduire, rendre, ou simuler les images.
Aussi trompe-t-elle les âmes déjà descen dues du monde supérieur, jusqu'au moment où ayant accompli leur punition elles quittent cette sorte de région d'exil pour retourner à leur partie. Usurpant cette antique sentence les hérétiques décoraient, d'une façon par trop absurde, du nom de substances, les passions dont l'âme était atteinte par suite de cette erreur.
Vous observerez ensuite que les premiers chrétiens des hérétiques admettaient, avec les anciens, la réin carnation des âmes. Mais j'estime qu'ils n'y voyaient qu'un passage d'homme à homme terrestre ou aérien et qu'ils ne pensaient pas que l'âme humaine put passer dans les bêtes. On dit que les docteurs hébreux ont aussi admis cette tradition.
«c Plotin estime encore qu'ils ont dénaturés les pa roles se rapportant à l'œuvre cosmique quand ils prennent pour trois substances les trois noms du
COMMENTAIRE DE MARCILE F1CIN 65 Timée, qui pour PJotin ne désignent que trois pro priétés de la même substance. C'est-à-dire qu'un même Dieu artisan du monde a conçu, décidé, et par sa décision effectué dans le monde autant d'espèces de choses, que son propre intellect, vivant en luimême, a, dans son essence vivante, contemplé d'idées.
Or, les hérétiques affirmaient que l'être vivant en soi est l'être premier intelligible en soi, supérieur à tout intellect; que celui qui contemple les idées en lui-même est le premier intellect formé; que celui qui a conçu l'exécution est l'âme première et qu'il effectua sa pensée suivant un plan mauvais, c'est-à-dire après s'être séparé des choses supérieures.
Mais Plotin prou vera de la façon suivante que le premier intelligible et le premier intellect sont une seule et même chose. Puisque l'intellect premier comprend un mode par fait, il possède intimement tout l'intelligible; il se comprend donc lui-même, comme étant lui-même l'intelligible, de même qu'il est l'intellect.
Inverse ment, s'il est le premier et parfait intelligible, il doit être compris en mode parfait ; or, il est compris de façon parfaite si c'est lui-même qui se comprend. Si donc vous considérez l'intellect, l'intelligible vous apparaît aussitôt comme lui étant intimement lié, et si c'est l'intelligence sur qui s'arrête votre pen sée, de suite l'intellect se montre comme son indisso luble allié.
Et il n'en peut être autrement, car le rap port entre l'intelligible et l'intellect est certes infini ment plus intime que le rapport entre le visible et la vue. C'est que l'intellect pénètre la chose même qu'il comprend, la divise et la définit. 5
66 l'initiation CHAPITRE VII L'âme du monde lie à elle-même son propre corps, et par lui, en quelque sorte, tontes les âmes. — Comment l'âme particulière donne la vie au corps. Il réprouve encore ce qu'ils disent de l'âme créatrice du monde, savoir que dans cette création elle est comme la nôtre, soumise au labeur et distraite de son rôle contemplatif.
« Comme l'œuvre entière, dit-il, est soumise à l'âme du monde, rien ne lui résiste, rien de ce qui lui est propre ne peut s'échapper, rien d'étranger ne la peut atteindre.
De plus, les corps dans leur totalité sont reliés entre eux, reliés à l'âme universelle et complè tement soumis à elle, grâce à la vie qu'elle leur in fuse. » Notre âme, au contraire, va vers un corps qui est déjà, en quelque sorte, un membre du monde, qui vit déjà, par conséquent, comme dans le sein de l'âme du Tout, et qui lui est relié comme dans le sein mater nel le fœtus est relié à sa mère.
Aussi, cette âme qui vient extérieurement se joindre à un animal déjà formé pour ainsi dire, ne le peut jamais dominer complètement, tandis que l'âme cosmique qui génère plutôt l'animal pour elle-même, qui se le relie, bien plus qu'elle ne se lie à lui, ne peut en aucune façon ni jamais partager les passions de l'animal.
Ce qui, en effet, est en connexité avec ce qui lui est supérieur souffre ordinairement quand ce dernier pâtit, sans que pour cela la réciproque soit vraie.
COMMENTAIRE DE MARCILE FICIN 67 Mais n'oubliez pas que si notre àme prend posses sion d'un corps déjà vivant, rien ne s'oppose néan moins à ce qu'elle ajoute de la vie à ce corps comme de la lumière à la lumière déjà existante. Ici-bas, en effet, la vie primordiale se laisse facilement entraîner vers l'acte el la propriété de la vie secondaire.
« C'est que cette dernière est plus puissante dans un corps particulier, et si on la compare à l'autre, elle semble se comporter comme quelque chose de substantiel, par rapport à quelque chose d'accidentel. » Il conclut enfin que l'Univers est bien disposé par tout, c'est-à-dire que partout il tend vers le bien géné ral.
Et si quelque mal se produit dans certaines parties cela ne peut tenir qu'à leur propre infirmité, soit qu'el les ne puissent suivre régulièrement l'ordre du tout, soit qu'elles n'en puissent soutenir ou éviter le choc.
Or, vous remarquerez, en étudiant Plotin, que l'âme intellectuelle peut, tant éviter l'ordre fatal puisqu'elle dépend du principe supérieur, que seconder volontai rement et efficacement cet ordre, et enfin conformer le corps qui lui est confié de telle sorte qu'elle lui fasse éviter tout ce qui peut lui nuire.
CHAPITRE VIII Ce n'est pas par suite d'un changement dans son Etat mais grâce à l'abondance naturelle de sa puissance que l'artisan du monde a effectué un monde comme une image de Dieu. Lorsqu'on interroge les hérétiques sur la cause qui a conduit l'artisan du monde à construire ce monde,
68 l'initiation ils répondent que c'est parce qu'il est tombé de la sphère de contemplation en qui par ambition il a voulu agir et commander.
Ne serait-il pas mieux d'attribuer cette cause plutôt à la fécondité naturelle qu'à la perversité de volonté et de répondre ainsi : De même que la chaleur échauffe naturellement parce qu'elle est chaleur, que naturelle ment la lumière éclaire parce qu'elle est lumière, et que la vie vivifie, de même cet agent tout-puissant effectue grâce à la présence de sa puissance naturelle.
« Il est absolument contraire à la religion comme à la philosophie de dire avec ces hérétiques que l'artisan a formellement changé avant d'effectuer le monde et que sa faculté d'effectuation qui est éter nelle, bien plus, qui en lui est l'éternité même, n'a commencé, accidentellement, que par suite d'une chute qui faisait perdre à cet artisan son extrême su périorité et le rendait plus faible.
C'est contraire à la religion, car Moïse, dans la ge nèse, affirme que l'auteur du monde a tout effectué bon dans le monde, le particulier comme le tout.
C'est ce que veut dire cette parole : « Les cieux ra content la gloire de Dieu et le firmament révèle l'œuvre de ses mains. » De la sorte donc, la grandeur, la puissance et le mouvement de l'Univers nous montrent la puissance admirable de la divinité, son ordre magnifique, la sagesse de cette divinité, surtout, quand on considère comment cet ordre est conservé dans l'immense variété des choses. La destination enfin de ces choses qui est le bien suprême, nous prouve la bonté de leur auteur. Et, par puissance,
COMMENTAIRE DE MARCILE FICIN 69 sagesse, bonté, j'entends non seulement celles qui existent dans l'auteur, mais celles encore qui sont communiquées à l'œuvre; car nous ne pourrions attribuer ces qualités à l'auteur si nous ne le décou vrions dans l'Œuvre.
Aussi est-il préférable d'honorer, comme le veut Platon, l'Univers entier comme l'image de Dieu, et ce qu'il y a de meilleur en cet Univers comme les reproductions les plus sûres des idées, que de le mé priser à la façon des héritiques. Les Platoniciens, en effet, estiment impie de mépriser et même de dépré cier ces images vivantes, œuvres de Dieu lui-même, et placées par lui dans le temple du monde pour dé montrer à tous le culte qui lui est dû.
N'est-ce pas d'ailleurs ce que veut dire cette parole : « Du soleil il a fait son tabernacle. » Et ce n'est point une image différant de l'esprit divin à la façon dont l'entendent les hérétiques, que nous donne le monde, mais une image d'une exactitude complète; car par image différente il faut entendre image comparée par mode d'opposition, de la façon suivante.
De même que ceci est immatériel, indivisible, im mobile, cela est, au contraire, matériel, divisible et mobile. Donc, de même que ceci est bon, cela est mauvais. Mais, en dehors de ces similitudes, il est encore dans le monde une autre image de l'esprit divin, qui lui fait reproduire l'essence, la vie, l'intelligence, bien plus l'unité et la bonté elles-mêmes. Donc le monde est bon, puisqu'il reproduit le bien. Or, Plotin estime que ce monde émane du bien, grâce à l'exubérance
70 l'initiation naturelle de ce dernier, mais que jamais il ne peut égaler sa cause. Il ajoute ensuite que la terre est pleine d'êtres im mortels ainsi que l'espace jusqu'au ciel, et à plus forte raison le ciel lui-même.
Sont immortelles sur terre, en outre de l'âme même de la Terre, les substances des âmes, tout au moins de nos âmes unies même ici-bas à leurs corps célestes; et je passe sous silence que les orphiques y placent aussi des démons terrestres. Dans l'air et dans l'éther pareillement sont immor tels les démons, du moins quant à ce qui touche leurs corps célestes.
De même dans toutes les sphères des cieux sont des êtres immortels et divins, qui sont les étoiles. Certains aussi placent dans les sphères planétaires, en dehors des planètes, et particuliers à chaque sphère, des démons qui, comme des étoiles, sont soumis aux planètes de cette sphère, de la même façon que dans le firmament les plus petites étoiles sont soumises aux plus grandes.
J'estime en outre que partout existent les idées que l'on nomme communément êtres intelligibles. Enfin, nous avons montré dans notre théologie, et nous montrerons ailleurs, que partout peut pareillement exister la substance intellectuelle.
Et si quelqu'un avait la conviction que les âmes des hommes et celles des dieux peuvent parfois dé poser leur véhicule céleste, d'où il résulterait qu'un être de cette sorte ne serait pas immortel, nous dirions, d'abord, que l'on ne peut admettre cela facilement;
COMMENTAIRE DE MARCILE FIC1N 71 puis, l'admettrait-on, que la perte de ce corps ne peut proprement être considérée comme une mort, car el'e n'est produite ni par un cours fatal ou naturel, ni par accidentelle violence intrinsèque ou extrinsèque, mais elle est comme le dépouillement volontaire et facile d'un vêtement.
Enfin, s'ils disaient que des êtres terrestres seuls et non des êtres célestes peuvent vivre, qu'ils écoutent ces paroles de Théophraste : « Il n'est pas un philo sophe, celui qui nie la vie des êtres célestes. » Et s'ils privent de raison les êtres célestes dont la marche est réglée sur la plus parfaite raison, qu'ils examinent bien s'ils ne sont pas eux-mêmes privés d'yeux et de raison.
S'ils nient que le monde procède du bien, qu'ils entendent cette protestation du monde luimême : Puisque perpétuellement mon ordre vous rappelle la sagesse et la vie divine, comment ne procéderais-je pas de la divinité? CHAPITRE IX-X-XI Les erreurs des gnostiques ne trouvent pas de moindres adversaires dans les platoniciens que dans les chré tiens.
Dans ces chapitres, tout en réfutant les ineptes accusations portées par les hérétiques contre le monde, Plotin constate, remarquez-le, dans le monde trois degrés principaux. Dans le premier sont placés les recteurs des sphères et des étoiles. Dans le second les sphères. Dans le troi sième tous les composés infra-lunaires. Et sans cette
72 l'initiation distinction dans les degrés, le inonde ne pourrait pos séder la beauté. Il existe également trois degrés dans la vie humaine. Il y a, en effet, des hommes divins ; il y en a d'hu mains simplement ; il y en a qui sont en quelque sorte des brutes. De la même façon encore, la diversité se montre dans un état régulièrement constitué.
N'oubliez pas que c'est dans une distinction et un ordre de cette sorte que réside la beauté tant de la vie que de L'État. Vous noterez en même temps que les dieux célestes sont en toutes choses la providence des êtres inférieurs et que les démons infra-lunaires sont bons pour la plupart et meilleurs que les hommes. Il admet néan moins que certains d'entre eux sont mauvais.
Il montre ensuite jusqu'où allait le stupide orgueil des hérétiques gnostiques, qui prétendaient que nul ne possédait aucune espèce de vertu en dehors de ceux qui pratiquaient leur propre hérésie. Tous les démons et les anges étaient aussi mauvais les uns que les autres: mauvais les recteurs des sphères; mauvaise la vie même du monde entier.
Enfin aucune divinité ne pouvait être honorée et invoquée d'aucune façon ; on ne pouvait prier que l'être premier sans aucun inter médiaire. Et, pour parvenir jusqu'à lui, la seule pro fession de leur hérésie, certaines paroles, certains rites suffisaient. La pureté de la vie et des mœurs n'étaient dans tout cela d'aucune utilité. Enfin le plus perverti des sectateurs de l'hérésie était considéré comme meilleur que l'Univers entier. Aussi n'est-il pas éton
COMMENTAIRE DE MARCILE FICIN 73 nant que Plotin se soit élevé contre eux de toutes ses forces et avec la plus vive indignation. Vous remarquerez, enfin, que plus les productions solaires, c'est-à-dire les luminaires existant partout, seront nombreux, et plus la puissance du soleil nous paraîtra immense. Plus, pour la même raison, res plendira la merveilleuse puissance de Dieu, si de son unité émanent et dérivent des dieux nombreux.
« Il ajoute que ces dieux inspirent aux hommes tout ce qui plaît tant au Dieu supérieur qu'à euxmêmes. Par ces dieux comprenez tant les âmes des étoiles que les bons démons. Ce sont, en effet, les âmes des étoiles qui transmettent aux démons les dé crets de l'intelligence de l'âme du monde et de l'in telligence divine. Ce sont les démons qui nous les inspirent. * Dr Saïr. (A suivre.)
La reproduction ticN Hi-ticles inédit» nantiés p»r l'Initiation est formellement Interdite, à moins d'antorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE Cette partie tsl réservée à l'exposé des idées de la Direction, des Membres du Comité de Rédaction et à la reproduction des classtques anciens.) LA KABBALE PRATIQUE D'après la Théosophie chrétienne Traduction de la « Magie numérale » d'Eckarthausen (Suite.) .
Le baptême a été institué pour un signe, que l'homme appartient à l'Eglise, et pour un souvenir, qu'il lui faut être régénéré ; car l'ablution n'est en rien d'autre que l'ablution spirituelle, le symbole de la régénération.
Le premier pas à une telle régénération, c'est la repentance ; cela signifie reconnaître le mal, en voir chez soi, s'en déclarer coupable, accuser et demander pardon d'un cœur humble, de s'en désister et mener une nouvelle vie selon les commandements de l'amour et de la foi. La repentance de la bouche seule n'est pas une repentance ; celle de la vie en est une.
Continuer dans cet amendement, arranger sa manière de penser, ses actions d'après le sens de l'ordre, se démettre du vieil homme et prendre le spirituel, c'est la perfec tion de la régénération, par quoi l'homme acquiert peu à peu toujours de plus en plus des qualités célestes et se réunit à la sagesse suprême. Cette réu nion est indiquée dans plusieurs écrits mystiques,
LA KABBALE PRATIQUE j5 mais était mal comprise de beaucoup depuis des siècles. Elle est la liaison avec la fiancée, de laquelle la Sainte Écriture parle dans le Cantique et par laquelle ces hommes, qui ne pensaient que par le naturel et non pas le spirituel, furent séduits à faire diffé rentes interprétations.
En épousant cette sagesse suprême, l'homme rentre dans cette dignité perdue du premier homme, en obtenant de nouveau l'emploi de prophète, de prêtre et l'emploi royal du régénéré. Cela est la grande destination, à laquelle tout chrétien est appelé, cela est le grand but, que chacun peut atteindre, si fidèle à la doctrine du christianisme il y tourne tous ses efforts à être régénéré dans le Seigneur.
Cela est la seule divine et vraie magie ou sagesse, car il ne faut pas nommer le mot magie sous le nom proscrit de sorcellerie ; cela est le vrai art royal, dont parlent tant de mystiques, mais qui a été faussement interprété par le cœur corrompu de la plus grande partie.
Garder les privilèges du premier homme, les privilèges de la réunion avec Dieu et l'armonie éternelle de toute la création, c'est la grande récom pense de la lutte de soi-même et de ces efforts, la récompense du chrétien, dont on connaît mal la dignité, parce que la plupart des hommes cherchent la vérité là où il n'y a que de l'erreur.
Nos philosophes actuels veulent tout expliquer par la nature, et n'y pensent pas, que l'intelligence de l'homme n'y parvienne pas; ils n'y pensent pas que, comme l'homme naturel ne peut reconnaître que des
76 l'initiation choses naturelles, l'homme spirituel ne peut de même reconnaître que des choses spirituelles. C'est là que la raison doit se soumettre à la révélation. Avec une hère confiance notre siècle nie toute influence spirituelle et la réunion de l'homme avec l'éternité. Des miracles et des phénomènes passent pour des jouets de la fantaisie et sont renvoyés dans la sphère des imaginations.
Mais il y a des grands secrets de l'éternité et il n'est permis de lire dans le grand livre des secrets qu'à celui qui peut ouvrir les sept sceaux, et ce pri vilège n'a que celui qui est régénéré en Jésus-Christ. Chez le régénéré tout le jeu de fantaisie cesse ; il s'approche du royaume de la vérité et voit avec les yeux de son âme les grands secrets de l'Eternité, que l'homme naturel ne peut jamais voir de la lumière de sa raison naturelle.
Cela est l'unique et ce chemin nécessaire, qu'il vous faut aller, si vous voulez avoir des éclaircis sements sur des choses, dont la plus grande partie des hommes n'a pas d'idées ; il vous faut activement travailler à la grande œuvre de notre régénération.
Si vous jetez un coup d'œil sur les siècles passés, vous pourrez vous en convaincre, dans quel basfond de désordre et de troubles l'intelligence humaine a plongé les savants du monde ; une foule de vérités fut tout à fait faussement comprise dans l'homme sensuel, parce qu'il y a des vérités, que ne conçoit que celui qui savait combattre la sensualité. La source la plus pure devient impure, si elle est puisée dans un vase qui est malpropre. Il y a même des hommes
LA KABBALE PRATIQUE 77 à qui l'intérieur est entièrement fermé ; c'est pour quoi on ne peut exiger des aveugles qu'ils doivent voir les objets comme ceux qui ont des yeux. Le chemin le plus sûr à la vérité est le suivant, mon ami : Vous vous instruirez d'abord sur la di gnité de la destination humaine et sur l'abaissement, auquel l'homme est descendu par sa chute.
Par cela vous reconnaîtrez que l'homme a autour de lui et en lui des forces supérieures de son origine, et que ces forces célestes se présentent visiblement au monde, pour le rappeler à sa destination. Vous reconnaîtrez la nécessité d'une religion et d'un culte et les grandes vérités du christianisme.
Si vous vous élevez donc de vérité en vérité, vous vous approcherez enfin de la lumière de toutes les lumières, vous accueillerez par la nouvelle régénération cette sainte lumière dans votre âme, et vous verrez que l'homme peut trouver le déchiffrement de tous les hiéroglyphes, la clef de toutes les religions et l'explication de tous les secrets dans son âme, s'il suit la doctrine de la vie et la lu mière qui luit dans les ténèbres. * « Par les explications et communications, mon ami, que je vous ai données comme ami, vous aurez sans doute fait des progrès plus avancés vers la lumière, si vous suiviez toutefois fidèlement le conseil que je vous donnai et qui y consistait de ne lire pas seule ment ce que je vous dévoilai, mais aussi de le digérer et de vous approprier ces principes entièrement à votre âme.
78 l'initiation Si vous ne l'avez pas fait, vous ne tirerez de tout ce que je vous communiquai, aucun profit, ni vous ne vous convaincrez jamais des grandes vérités qui re posent dans le système de la création. Ce n'est qu'alors que la nature procure au corps de la nourriture que si elle est digérée, et s'animalise avec nos humeurs.
Dans cette économie de la nature, un grand avertissement, un grand secret de l'art mé dical y reposent ; des humeurs plus pures améliorent les gâtées, et nous mettent dans un nouvel état de la vie. Si l'homme est malade, il a du dégoût même pour les mets les plus délicieux ; il n'a pas le goût de ce qui est profitable au bien portant, car les humeurs impures gâtent tout organe.
Un médecin habile nettoie d'abord les premiers chemins; sans ces nettoiements les meilleurs remèdes ne serviront à rien ; ce n'est que quand le corps est nettoyé qu'il donnera des boissons réconfortantes et qui purifient le sang; le malade se rétablira et devient un tout autre homme.
Il en est ainsi, mon ami, avec les maladies de l'es prit; l'état corrompu de notre nature, l'endroit que nous habitons, la manière de vivre vulgaire que nous cultivons, l'exemple des hommes ordinaires aggra vent nos forces naturelles, et nous ne nous rétablis sons pas, si nous n'employons pas soigneusement les moyens que le sage nous propose.
A quoi sert-il, si le malade a tous les remèdes de vant lui, si les manuscrits et les livres les plus excel lents qui ont été écrits depuis des siècles sur la santé
LA KABBALE PRATIQUE 79 humaine, sont dans son armoire, s'il n'en use pas, s'il ne les emploie pas ; il en est de même avec le grand art de l'épuration de l'esprit. La patience, l'infatigabilité dans le travail de notre volonté, l'usage inces sant des moyens prescrits à nous nous y mènent, où nous devons arriver.
Du premier manuscrit, si vous y avez toutefois réflé chi sérieusement, vous en aurez trouvé de grands pres sentiments de vérités, qui sont encore cachées dans le sein de la nature.
Si par ces pressentiments cette étincelle, qui repo sait dans votre âme, a été allumée, d'aspirer à des connaissances supérieures, vous vous serez désiré un guide, qui doit vous montrer cette voie, que l'on suit si rarement, qui conduit dans le temple des grands secrets.
Si votre volonté était pure, votre intention sincère, vous trouverez, dans le deuxième manuscrit que je vous envoyai, marqué le premier chemin sur lequel vous pouvez arriver à la vérité. Si vous négligez ce chemin ou si vous voulez aller un autre, vous n'at teindrez jamais le point où vous pourrez embrasser du regard des choses, desquelles la philosophie du monde ne se doute pas ; aussi moi, je ne peux et je n'ose alors vous conduire plus loin.
Représentez-vous une source d'eau ; pure elle sort du rocher, mais si un bassin impur reçoit cette source pure, elle se gâtera et on ne connaîtra plus qu'elle sortait du rocher, dont l'eau était si pure. Si vous versez de ce bassin impur l'eau puisée dans des vases de plus en plus impurs, la boisson sera si gâtée, comme si vous l'aviez
80 l'initiation puisée d'un cloaque, et personne ne trouvera plus une ressemblance avec la boisson de la source pure, qui jaillissait du rocher. Il en est de même, mon ami, avec les secrets d'une sagesse supérieure ; ils ne sont pas pour celui qui ne voit pas avec des yeux purs, ne sent pas avec un cœur pur, car il ne les comprend pas, ou il en abuse.
A quoi sert-il, si je conduis un homme, qui a une écaille devant l'œil, dans une contrée ma gnifique ; en vain je lui parle des beautés de la nature, il ne les voit pas et ne peut les voir jusqu'à ce que son œil soit guéri. Mon ami ! avec les sciences supérieures, il en est de même. Il y avait une période où des yeux non bénits pénétraient dans le sanctuaire, et alors la vérité fut altérée.
Dans des vases impurs ils passèrent en tro quant la source aux autres. Cette source, qu'ils avaient puisée du rocher de la vérité, et la vie devint la mort, et le baume le poison.
Une foule extraordinaire d'impertinents monte à l'assaut du temple des saints secrets ; ils voulaient voir avec des yeux non préparés et travailler avec des mains impures ; au lieu de rechercher avec un esprit humble les dons de la sagesse du distributeur de toutes les grâces, ils ont l'impertinence de vouloir con quérir avec leurs propres forces ce qui ne peut être qu'un don pour le bon.
Négligents et paresseux, ils se fiaient à des chefs aussi paresseux et corrompus, et finissaient par médire du Saint, parce qu'ils n'obte naient pas ce que désirait leur cupidité sans bornes. Ils décriaient la vérité comme mensonge, l'Esprit de Dieu comme rêverie, et persécutaient même encore
LA KABBALE PRATIQUE 8l ceux qui leur montraient de bon cœur les chemins de la vérité. C'est pourquoi la prudence couvrait, pour mettre en sûreté ce qui est sage, tes hauts secrets d'un voile ; c'est pourquoi un profond silence règne dans ses halles ; c'est pourquoi il n'y a que celui dont les pas modestes s'avancent doucement qui s'approche de la porte du Sanctuaire, où la main de la Divinité re pousse chaque impie hardi.
Dégoûté du travail de soi-même, l'impertinent re tournait et tombait dans l'erreur ; il se moquait des forces du ciel et recherchait les forces des enfers pour satisfaire sa curiosité. Ainsi naquit le vice de la sorcel lerie. Qui une fois, mon ami, avait l'infortune, de tomber soi-même si bas ou d'être conduit dans l'erreur, celui a besoin de forces doubles pour se relever.
Puissam ment le mal agit en lui et le conduit d'erreur en erreur, car la témérité etl'imprudence jeta l'imprudent dans les chaînes d'êtres plus méchants, qui se réjouis sent de son erreur, pour l'éloigner toujours de plus en plus du vrai et du bon.
Le plus effroyable est que par certaines cérémonies et libations naisse une espèce d'approchement et de liaison entre l'homme et un être méchant, que maint insensé ne comprend pas et qui est ainsi conduit à sa perte. Plus l'homme est tombé bas, plus il doit monter haut; plus il errait, plus le chemin de son retour sera long.
Cela est une loi essentielle, qui est fondée dans la nature, et par laquelle il est très dur à celui qui est tombé de s'élever en haut, s'il ne retourne pas en 6
82 l'initiation travaillant sa volonté à l'origine de tout le bien. Par cette raison, mon ami, il est très dangereux de nourrir le penchant pour des sciences secrètes, si une volonté pure et bonne n'est pas la part de notre âme.
Facilement on abuse des forces de la nature pour le mal; au lieu de reconnaître le Créateur, de l'aimer, de suivre son ordre, d'établir cette harmonie divine, d'après laquelle travaillent toutes les forces du ciel, naîtrait plutôt ce désordre que nous montre la Sainte Écriture, en décrivant la construction de la tour de Babel, et que nous montre la tradition par le siège du ciel par les géants.
Il y a des choses qu'un voile doit couvrir pour la plus grande partie des hommes; l'homme méchant avec la connaissance de forces supérieures en devien drait encore plus méchant; le diable ne se distingue de l'homme méchant que par le surplus de connais sances. Dans l'amour et le non- amour est la caractéris tique des esprits; les connaissances, réunies à l'amour, font les anges ; les connaissances sans amour font le Satan.
Le roi Ezéchias fut puni de ce qu'il montra les tré sors du temple aux Babyloniens; que celui qui tient à la Babylone du monde ne se hasarde point au sanc tuaire. Avant que la lumière de l'âme commence à fiambler à l'intérieur, l'homme ne peut voir, sentir cer taines choses et par conséquent il n'en peut avoir des idées.
LA KABBALE PRATIQUE 83 C'est pourquoi beaucoup de philosophes, qui ne tiennent qu'à l'enveloppe, se moquent des choses qui sont hors de leur sphère, et ce qui est le cadeau le plus estimable pour celui qui aspire d'un cœur sincère à la vérité, ne mérite pas d'être livré aux railleries et aux visées.
Les premiers chemins de la vérité sont très simples et faciles; ils ne demandent rien que de commencer à se mettre en harmonie avec l'amour le plus pur. L'enseignement, que je reçus d'un homme plein de sagesse et de bonté, qui s'éleva jusqu'à l'intuition, et duquel vous apprendrez des choses qui vous entraî neront puissamment à admirer et à adorer la divinité, consistait en peu de mots dans le suivant : 1.
Après avoir suivi exactement tout ce qui est con tenu dans l'écrit que je vous commuquai, pensez journellement, surtout le matin en vous éveillant, à Dieu et cherchez à vous faire des idées pures du Créa teur de tous les êtres. 2. Priez souvent dans votre âme la prière de l'es prit, une prière à laquelle on ne s'élève que peu à peu à moins qu'on commence à penser plus purement sur Dieu et la prière. 3.
Cherchez à arranger vos actions entièrement d'après l'harmonie la plus pure de son amour uni versel. 4. Soyez charitable; plein d'amour dans vos actions. Combattez vos passions et cherchez active ment à corriger votre volonté. 5. Cherchez chaque jour à exercer d'un amour pur certaine vertu, que le christianisme vous recom
84 I- INITIATION mande, et arrangez votre conduite d'après l'exemple de votre Sauveur. 6. Du reste soyez gai confiant à la Providence, plein d'amour et de prévenances dans la société ; aimez la vie sociale, soyez pieux, et si vous avez mené plu sieurs semaines cette manière de vivre, alors expli quez-moi ce qui se passa dans l'intérieur de votre âme, et vous recevrez d'autres explications et éclair cissements.
Fils de la vérité ! toi, qui remplissait jusque-là fidèement et sincèrement les enseignements que je te donnai, viens dans mes bras et reçois le baiser de l'amour Si ton âme est maintenant convaincue, qu'il n'y a pas de sagesse hors de Dieu; si tu sens dans ta poitrine la dignité de la religion, la sainteté de la révélation, si ton sang bouillait plus joyeuse ment en y pensant, que tu es chrétien, dont la dignité et la destination est si peu connue, jette-toi avec moi aux pieds de l'Infini, et prie au Père universel des hommes. ECKARTHAUSEN. (.4 suivre.)
PARTIE LITTÉRAIRE LES NUAGES Phébée, astre d'amour, paraît au fond des cieux; En des pâleurs de spectre, en des grisailles d'ombre, Les nuages mystérieux Défilent lentement, dans la nuit triste et sombre. Tantôt, dans leurs formes vagues, calmes et lourds Ainsi que de fantastiques oiseaux funèbres, Tantôt altiers, tels des vautours, Ou des cygnes glissant sur un lac de ténèbres! Tantôt, quand le vent souffle en lugubres accords, Leur course échevelée au ciel se précipite Telle sous le dard du remords L'âme du criminel, fugitive et maudite! Tous de même, maigre leurs aspects différents, Ils passent, projetant sur la terre leurs ombres, Toujours tristes, toujours errants, Voguant vers l'Infini, toujours gris, toujours sombres. Mais si l'un d'eux vient, dans sa course, à traverser L'auréole de feu de la lune amoureuse, S'il reçoit le tendre baiser Des nocturnes rayons, lueur mystérieuse,
86 l'initiatîon II s'irrise soudain, d'innombrables reflets Qui Lui versent la vie ea des flots de Lumière, Flots- ErieuSy roses et violets,. Qui l'affolent d'espoir... décevante chimère! 11 s'anime, admirable et métamorphosé!... Puis, malgré lui, fuyant l'astre blanc qui rayonne Il passe, et reste, ayant passé, Comme avant, pour toujours, gris, morne, monotone!... Tel est bien du mortel l'implacable destin! Errant dans l'Incompris et dans la nuit du Doute Il va, triste, vers l'Incertain Et parfois un rayon illumine sa route I Bénissant ce rayon de bonheur ou d'amour Il s'y fie, énivré, d'une âme confiante... Le charme ne dure qu'un jour... Puis sa course reprend plus sombre et plus errante! Mahot Dutbèb.
POUR LA MORT DE L'AMIRAL MAKHAROFF 87 Pour la mort de l'Amiral Makharoff Il sombra dans le gouffre au gouffre qui se fond, Le deuil est infini, la douleur est sans fond, Sort assassin d'en haut reflétant le mystère! Mystère que Dieu mène, écoute la prière Que toute la Russie entend sortir du sort : — L'honneur, de son œil fixe, attirait ce grand mort, Les tourbillons de braise ont lancé cette étoile !
Peut-être, que demain, la gloire ouvrant sa voile Sur son aile apportant la chance avec amour Reviendra !
L'espérance est là, couvant son jour, Dont on entend le bruit sur notre horizon sombre, Que la fatalité mystérieuse encombre J Car ce grand mort se lève, aux vivants dit : € Debouts, Muraille de l'Europe on vient battre sur vous, Le perfide renard veut se saisirde l'Aigle, La page de l'honneur sur le vôtre se règle, La page où s'écriront les combats du Destin, Qui t'appellent Russie, au sillon du matin 1 » Morts, au plus noir du gouffre, illuminant l'abîme Morts, vous êtes la sève, et vous êtes la cîme, — La sève qui fleurit, oh Patrie, en ton cœur La fleur de la vaillance au sillon de l'honneur, Et la cîme où l'Histoire écrivant ses poèmes Lumière deviendra touchant à vos fronts blêmes I Dieu regarde et ton deuil, ô Russie est vertu !
Chaque fois que ton sort fut en proie au désastre Tu disais «je suis l'Aigle et te levais l'Elu, Qui te courbes sous Dieu pour monter comme un astre. O. de Bézobrazow.
ORDRE MARTINISTE L'Ordre Martiniste a décerné les diplômes suivants : Charte d'honneur Dario Velloxp, 0. Thibault à Fall River; Ch. Dètré (proposé pour le grade de docteur en hermétisme); Miss Margaret B. Peeke, Docteur Chauvet, de Nantes, Franlac, Tidianeuq. Docteur en hermétisme : Miss Margaret B. Peeke. Ont reçu la charte de délégué : F;\: Dario Vello^o (Délégué General).
F:': Reginald Hodder pour Londres (Délégué Spécial) Conférences Spiritualistes La mort est un phénomène complexe qu'on considère rarement simplement. On se laisse en général guider par le sentiment et on a recours aux phénomènes psychiques pour tacher d'avoir une preuve de la survivance. Mais la mort ne l'oublions pas, est aussi un phénomène physio logique et nous espérons montrer qu'elle est étroitement liée à la marche de la machine humaine.
Pour les maté rialistes comme pour les spiritualistes le corps humain est une machine prêtée par la terre pour une existence. Le fonctionnement de cette machine constitue la vie. Au point de vue physiologique notre corps se compose d'or ganes créant des fonctions dont une seule nous intéresse pour le moment : la force nerveuse.
Qu'il nous suffise de savoir qu'il entre dans le corps des aliments et de l'air atmosphérique et qu'il en résulte une force qu'on appelle
CONFÉRENCES SPIRITUALITES 89 force nerveuse et qui servira de lien entre l'Esprit et le corps. Une des meilleures analogies que l'on puisse trou ver c'est celle de l'appareil télégraphique. Le télégraphiste c'est l'Esprit et le fluide électrique lui sert de lien avec l'appareil. Si l'appareil est mauvais le télégraphiste est bien toujours là mais il ne peut plus agir sur son appa reil. Dans le cas d'un idiot c'est souvent la même chose.
L'Esprit est toujours là mais comme son appareil son cerveau est en mauvais état, il ne peut se communiquer au monde extérieur. Ceci, entre parenthèse, peut répondre à l'objection des matérialistes : que devient l'âme dans l'évanouissement ou l'aneslhésie ? La réponse est bien simple. L'Ame est toujours là mais on lui a enlevé sa force nerveuse. Dans les maladies graves c'est la même chose.
Ainsi dans la typhoïde, la force nerveuse est tout entière dans l'intestin qui est menacé il n'y a donc pas souffrance. Eh bien 1 ce qui arrive en partie pour les maladies graves se passe en entier pour la mort. La mort est en effet la suppression du courant nerveux. Les organes cessent de fonctionner et il y a cessation de la cohésion cellulaire. Et maintenant qu'est-ce que la souffrance ?
La souffrance ne peut exister que lorsque le rapport entre le cerveau et l'organisme est complet, et elle est en général le résultat d'une exagération du courant nerveux. Les souffrances morales ont leur répercussion sur les organes physiques et obéissent à la même loi, tout au moins tant que nous avons un corps physique. Aussi à l'annonce subite d'un grand malheur Ou d'une grande joie, nous ressentons un choc physique au cœur.
La chloroformisation et les anesthésiques en projetant toute la force nerveuse au cerveau brisent le lien entre celui-ci et les organes, il n'y a plus alors de souffrance. Nous pouvons maintenant dire que la mort étant la ces sation du courant nerveux et la souffrance nécessitant absolument ce courant on ne souffre pas physiquement pour mourir. Il nous reste à voir pourquoi il y a des gens qui ne craignent pas du tout la mort. On parle beaucoup des Chi nois et des Japonais et on vante leur mépris absolu de la
90 l'initiation mort. Ce mépris provient de la certitude absolue, scienti fique que la mort dans le sens d'anéantissement n'existe pas. Le Chinois surtout est un philosophe. Ce n'est pas un mystique chez lui, il n'y a pas de dogmatisme. Il n'af firmera jamais un dogme religieux ; il n'en a pas. Pour lui toute vérité est intéressante à étudier ; le reste n'existe pas. Leurs recherches scientifiques ont porté toujours sur le monde de l'Au-delà.
Pendant que nous inventions des locomotives, des télégraphes et des téléphones, eux étudiaient l'âme et la destinée. Ce peuple fixé par l'Initié Fou-Hi sur le sol où il est encore maintenant, est arrivé à avoir un idéal. Il savait et il sut par des révélations cons tantes, que la mort est un passage aussi simple que le sommeil. 11 est sûr philosophiquement qu'il s'éveillera de l'autre côté. Il a aussi la certitude de ne pas souffrir.
En Europe c'est surtout la peur de la souffrance et aussi celle de l'inconnu qui nous font craindre la mort. C'est tellement vrai que plus on devient intellectuel \-lus on a peur des coups. Au fond des théories admirables des êtres très évolués qui ne veulent plus se battre il y a toujours une peur énorme de la souffrance et surtout de la souf france anonyme de la balle stupide qui peut leur enlever un membre.
Pour nous, pour ceux qui ne savent pas, il faut donc chercher quelque chose qui nous montre clairement ce qui se passe à la mort. C'est en observant le sommeil que nous trouverons cette analogie. En regardant une per sonne qui s'endort on assiste à toutes les phases de la mort sauf que la machine continue à fonctionner, tout le reste est exactement la même chose. Autre ressemblance : il ne manque pas de personnes qui ont peur de s'endor mir.
Si j'allais ne pas me réveiller disent souvent les per sonnes nerveuses; ce qui établit qu'on a peur du sommeil comme on a peur de la mort. Cherchons maintenant s'il nous est possible en dehors des expériences psychiques d'avoir une preuve que la mort n'est pas une souffrance physique. Cette preuve nous la demanderons aux personnes qui ont été sur le point d'être enterrées vivantes et celles qui ont été sauvées de l'asphyxie. Toutes déclarent qu'il n'y a aucune souf france physique. Pour la souffrance psychique c'est autre
REVUE DES REVUES 9l chose et elle existe plus ou moins. Les enseignements de la tradition sont formels à ce sujet. — L'angoisse n'a pas besoin que- nous ayons notre corps physique pour nous étreindre. — Les suicidés n'en font que trop la dou loureuse expérience. Pour terminer voyons les sensations de l'Etre qui meurt. — La plupart du temps, surtout quand il s'agit d'un matérialiste, l'Etre s'endort d'un sommeil sans rêves.
Pour ceux qui ont eu une affection, qui ont fait vague ment leur devoir, ils ont simplement la sensation de partir en chemin de fer ou en barque. Ils ne savent pas qu'ils sont morts. Il y a endormement d'Esprits qui ne savent pas qu'ils ont quitté la vie terrestre. Enfin il y a aussi des personnes qui se réveillent au bout de deux heures mais c'est rare. Comme conclusion, c'est la connaissance de l'Invisible qui détruit la peur dela mort.
Les blancs qui ont acquis la certitude de la vie Eternelle ne craignent pas plus la mort que les jaunes. La souffrance réelle est donc pour ceux qui restent parce que c'est une séparation violente de cellules physiques liées l'une à l'autre. Du reste, la simple séparation physique de deux êtres qui s'aiment les fait souffrir autant qu'une mort.
Des applaudissements nourris ont fait voir combien l'assistance a goûté cette belle conférence après laquelle le docteur Rozier et le docteur Papus ont répondu à de nombreuses questions. G. Phaneg. REVUE DES REVUES Les nouveaux horizons de la science et de la pensée, tel est le titre que vient de prendre « Rosa Alchemica».
Le n° 4 d'avril 1 904 : contient trois études; une de M. Sage sur le spiritisme et le psychisme, dans laquelle il manifeste son intention d'étudier avec impartialité le spi
92 l'initiation ritisme, toujours en partant de ce point de vue, que les faits psychiques doivent être étudiés à l'aide des sciences connues et officielles. C'est à mon sens la même erreur que de vouloir étudier l'alchimie par les mêmes moyens que la chimie (je ne parle pas de l'expérimentation bien entendu). Leurs philosophies sont pourtant par trop diffé rentes.
Le spiritisme, d'après moi, est un reste d'une antique science trop dédaignée aujourd'hui ; c'est une toute petite partie d'un tout majestueux qu'on ne peut étudier seul. Mais les procédés empruntés à la science moderne ne pourront donner la clef de phénomènes, si différents de ceux dont elle s'occupe d'habitude. Ils sont la résultante des lois encore inconnues. Ce sont ces lois qu'il faut con naître avant d'observer les faits.
La revue contient encore un bon article purement scientifique sur le radium par M. J. Castelot et la tin d'«inorganic évolution» de M. Lockyer. Dans la Revue des idées, à lire d'intéressantes notes sur les rayons N.
On a. découvert quatre nouveaux faits : i° les rayons N accompagnent les ondes sonores comme les radiations calorifiques et lumineuses; 2° ils constituent une série de radiations, différentes les unes des autres ; 3° ils diffèrent d'après les sources qui les produisent; 4° les végétaux émettent aussi des rayons N. Il y a beau temps que les occultistes savaient tout cela! A bientôt les nouvelles découvertes de la photographie de la pensée.
L'Écho du Merveilleux continue l'analyse que fait G. Méry sur le livre de M. Maxwell. Cette fois il étudie les raps. A lire dans ce numéro l'article de M. G. Malet sur le curé d'Ars. On y verra un bon exemple d'action d'Elementals puissants. Vanki a dressé l'horoscope de la guerre russo-japonaise, d'après lui la supériorité des Russes s'affirmera en juin, juillet, août. Personnellement, je pense que ce sera avant cette époque.
Plusieurs faits intéressants dans le numéro d'avril : G. Méry étudie les phénomènes spirites lumineux. A citer la reproduction d'un article du docteur Marc Haven, paru dans l'Initiation de novembre 1896. Les prophéties au sujet dela destruc tion de Paris et une prophétie réalisée à l'île Maurice, cataclysmes et peste.
RtVUE DES REVUES 93 La Vie Nouvelle publie un article de L. Desvignes sur quelques phénomènes occultes : clairvoyance par l'eau et apport de l'objet matériel (une bague), vu par clair voyance. M. Bosc termine quelques réflexions fort sages sur le phénomène en occultisme, en disant que le vrai moyen pour avoir la preuve du monde invisible, c'est le perfectionnement intellectuel et moral de notre être.
Cela est vrai, et on peut s'en convaincre en se souvenant que la perfection spirituelle est toujours accompagnée de pou voirs réels. A citer aussi un travail fort intéressant sur les arts divinatoires par M. Barlet. Le lecteur y retrouvera les qualités habituelles de Barlet.
Le numéro du 20 mars contient la reproduction d'une conférence du docteur Foveau de Courmelles sur le radium, un très bon travail sur les heures planétaires, tiré de la Science astrale qui donne une façon pratique de savoir par quelle planète est régie n'importe quelle heure de la journée. Cela peut être utile à ceux de nos lecteurs qu'intéressent la magie et l'astrologie.
Pour ceux qui sont entrés et marchent dans une voie tout autre où la volonté humaine se soumet sans cesse à la Providence et s'allie avec elle, il peut être inté ressant de savoir que l'Initié véritablement digne de ce nom n'a pas besoin de connaître ces choses, puisqu'il se compte lui-même pour rien et se détache de la consé quence de ses actes. Il sait que le ciel lui demande seule ment de travailler et non de réussir.
Le Spiritualisme moderne continue à être très bien rédigé, et nous engageons nos lecteurs à le répandre le plus possible. Ce sera une bonne propagande. Ce journal ainsi que la Vie Nouvelle est franchement entré dans la voie que les occultistes préconisent pour lesspirites, c'està-dire dans l'étude de la tradition occulte dont le spiri tisme est une partie.
Le numéro de mars 1904 publie un très bon article comme sait en écrire M, Romar sur le Bonheur. Puisse le ciel permette que ces pages écrites avec le cœur fassent éclore en beaucoup d'êtres la petite fleur mystique demeurée endormie jusque-là. M. L. Che vreuil termine son travail sur la matière où de toutes les philosophies humaines, on commence à sentir se dégager la loi vivante. Je félicite ici M. Chevreuil qui a su trouver
94 V1NITIATI0N savoie véritable. A lire aussi des récits de faits intéressants et de bonnes reproductions, de Revel, Papus, Prentice, Mulford, etc. La Reime du Spiritisme, dirigée par Gabriel Delanne, continue à tenir son premier rang parmi la presse spirite. Delanne dans le numéro de mars, étudie la force psy chique au point de vue historique et expérimental.
Son travail très documenté, donne d'intéressants renseigne ments sur les photographies fluidiques. Gabriel Séailles continue son étude impartiale sur la morale chrétienne. Il en signale plusieurs faiblesses et entre autres la tendance par trop personnelle que trahit la lecture de l'Initiation. J'avoue que mes préférences sont aussi pour une morale ou l'initié pense beaucoup moins à lui et plus à la collec tivité.
Quand à l'Évangile, il y a en lui immensément plus que n'a su y voir M. Séailles. Mais je sais trop peu de choses pour parler de ce livre immense. A noter encore dans cette excellente revue des récits de faits très bien choisis et de bons articles philosophiques. Parmi les journaux étrangers reçus, je citerai un nouvel organe de la société théosophique à Mexico. Notons une traduction de Qu'est-ce que l'occultisme par Papus.
Le Light publie dans son numéro du 2 avril, un article de N. Ghose sur la vie dans le monde inorganique où je remarque cette excellente définition : Tout ce qui est capable ou susceptible d'une action quelconque, chimique, mécanique, physiologique, psychique, spirituelle, possède la vie. A noter également un compte rendu de séance où la photographie d'un chien a permis au sensilif de le voir devant lui avec les apparences de la vie.
Je pense qu'il s'agit plutôt de ce que nous appelons une image astrale que du double fluidique réel du chien. Une intéressante séance avec Peters, quelques notes sur les esprits familiers sont aussi à lire dans ce numéro. Au dernier moment je reçois le Monde occulte qui confirme la bonne étude deJ. Marestan, sur les théories et procédés des guérisons miraculeuses. J'engage nos lec teurs à aider cette revue.
BIBLIOGRAPHIE g5 Les frontières de la science, par M. de Rochas. (Librai rie de.; sciences psychologiques, 42, rue Saint-Jacques). M. de Rochas, l'expérimentateur bien connu, a l'inten tion je crois, dans cette série, d'étudier toutes les sciences d'à côté, tout ce qui est constaté par beaucoup de savants mais n'est pas encore complètement scientifique.
Dans cette série, il étudie les localisations cérébrales, les actions psychiques des contacts et la lévitation du corps humain. La reproduction d'un assez grand nombre d'anciennes et curieuses gravures ajoute encore à l'intérêt de ce livre. Signalons encore en terminant et les recommandant vivement à nos lecteurs une série de brochures de propa gande à 1 franc que vient de publier la Librairie du Magné tisme, 2 3, rue Saint-Merri.
Les plus intéressantes sont : Le diagnostic des maladies par l'examen du centre nerveux, par Durville. Le Magné tisme et l'hypnotisme, par Berco. Notions générales de magnétisme curatif, par Durville. Théorie et pratique du spiritisme, par Rouxel. G. Phaneg.
BIBLIOGRAPHIE Il vient de paraître dans la collection de la Bibliothèque Orientale elzévirienne (LXX1X) un ouvrage, édité chez Ernest Leroux, 28, rue Bonaparte, appelé à un grand suc cès, et que nous ne saurions assez recommander à nos lecteurs. Je veux parler ici du Livre des Certitudes (Kitalbel-Ikan), un des livres sacrés du Béhaïsme, traduit du Persan par Hippolyte Dreyfus et Mirza Habib-Ullah-Chirazi.
Le Kitab-el-Ikan est une des premières ceuvres de BehaUllah. (Mirza-Hussein-Ali-Nuri). Il a acquis dans tout l'Islam une telle réputation qu'il mérite d'être connu de ceux qui, dans notre pays, s'intéressent au mouvement des idées en Orient.
g6 l'initiation NÉCROLOGIE Julien Lejay, l'un des plus jeunes parmi les fondateurs de l'Initiation, vient de mourir à 42 ans, enlevé en quel ques jours à l'affection des siens. Julien Lejay était un modeste et un timide dont tous ceux qui le connurent purent apprécier la bonté et la déli catesse. Nous lui devons de savantes recherches sur la sociologie et sur l'Art qu'un besoin de perfection toujours croissant l'avait empêché de publier complètement jusqu'ici. Julien Lejay étant un des membres les plus anciens du Suprême Conseil de l'Ordre Martiniste, nous demanderons l'établissement d'une séance annuelle consacrée à sa mé moire. Nous prions sa famille d'agréer l'expression de nos plus sincères sentiments de condoléance. Dans la vie civile, Lejay était greffier en chef de la Cour de Besançon, et c'est à ce poste délicat que la Mort est venue poursuivre son , évolution. Papus. Le Gérant : Encausse. Paris. — Imp. E. ARRAULT et Cir, 9, rue N.-D.-de-Loreuc.
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