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L'Initiation Revue philosophique des Hautes Éludes PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DK JP AI» XTS 62" VOLUME. — 17"" ANNEE SOMMAIRE DU N° 6 (Mars 1904) PARTIE EXOTÉRIQUE LesSciences divinatoireset FHumanitéfuture (p. i à S). J. Lucent. PARTIE PHILOSOPHIQUE M) stères des destinées, suggestions occulles(p. g à 2i). J . A. L. Feuilles maçonniques. Petites questions d'histoire(p.î3 à 37) Teder. Le Feu sacré (p. 38 à 63) G. de Lautrec.
La Race rouge dans le bassin de la Méditerranée et les nouvelles découvertes de l'Archéologie égyptienne (p. 64 à 67) X. PARTIE INITIATIQUE Le Conflit russo-japonais et les Sombres magnétiques (p. G8 à 85) Papus. Un secret par mois. — Les Sciences divinatoires. La Volonté. — Bibliographie. — Revue des Revues. Tout ce qui concerne la Rédaction et les Échanges doit être adressé 5, rue de Savoie, à Paris-VIe.
Téléphone — 260-90 ADMINISTRATION - ABONNEMENTS — ANNONCES LIBRAIRIE CHACORNAC P.UllS — Il Qucn Suint-Michel, '1 • - PAIUS t.e Numéro : UN FRANC. — Un An :
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l'essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n'ont abouti qu'à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eu* dans le domaine des forces purement spirituelles par l'hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres experiences, les Matérialistes en a -rivent à les nier. L'Initiation est l'organe principal de cette renaissance spiritualiste dont les efforts tendent : Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d'un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l'Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l'Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l'arbitraire, aujourd'hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin Ylnitiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l'Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l'Inde. L'Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n'appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie (Exotérique) expose aux lectrices ces ques tions d'une manière qu'elles savent toujours apprécier. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s'adresse a tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte.
L'Initiation parait régulièrement du 1 3 au 20 de chaque mois et çOnrpfe,déjàquatorie années d'existence.— Abonnement: 10 francs par an. (Les collections "des deux premières années sont absolument épuisées.)
PARTIE EXOTÉRIQUE Les Sciences Divinatoires et l'Humanité future Si les sciences divinatoires, et en particulier l'astro logie, furent jadis en grand honneur, il faut avouer que depuis plusieurs siècles elles sont tombées dans le domaine du charlatanisme ; aussi sont-elles de nos jours traitées de douces rêveries, d'agréables passetemps.
Deux causes principales ont provoqué cette chute : i° Les progrès du matérialisme; 2° L'absence de méthode scientifique dans l'étude de ces sciences. La science est une. Peu importe que nous abordions l'étude des faits futurs à l'aide des organes humains ou à l'aide des instruments scientifiques. Les diffé rentes méthodes employées pour la recherche de la Vérité doivent donner les mêmes résultats.
Si nous considérons l'instrument humain d'inves tigation, nous savons que c'est le corps astral. Son existence et la possibilité de son extériorisation ne sont plus à démontrer. De Rochas a prouvé les deux par ses remarquables travaux ; Blondlot et Charpen i3
194 l'initiation [mars tier sont en train de découvrir sa polarisation. Ce n'est donc pas un mythe, et sa dénomination importe peu. Comment se sert-on de cet outil délicat ? Par son extériorisation consciente ou inconsciente; le Mage et le médium en sont les deux éléments. Cette extériorisation met l'instrument en relation avec la Vie universelle, avec les Forces cosmiques, avec les êtres vivants des courants astraux.
Nous savons que les événements sont régis par la loi des réactions égales et de sens contraire. Tout acte crée dans l'invisible un cliché, un groupement de forces dont l'aimantation varie avec le mobile qui a dicté l'acte.
Ces groupements de forces aimantées dans un sens spécial, venant en contact avec des états psychiques spéciaux, déterminent la réalisation des actes qu'ils représentent par les personnes ou les êtres qui sont sensibles à leur influx. Les expériences récentes de Blondlot et Charpentier viennent confirmer la théorie occulte qui soutient que les idées sont vivantes, sont des Forces.
Ces savants ont en effet montré, ainsi d'ailleurs que l'a fait depuis plusieurs années le docteur Baraduc, que l'éclosion d'une pensée coïncide avec une émission lumineuse de fluide nerveux.
Nous croyons cependant que les idées que nous émettons ne sont point nôtres : à notre avis, elles sont flottantes dans l'ambiance et, selon que notre système nerveux est plus ou moins déve loppé, selon que le mode vibratoire, si l'on veut, de nos cellules cérébrales est plus ou moins élevé, nous sommes aptes à subir, à éprouver telles ou telles idées.
1904] LES SCIENCES DIVINATOIRES 10,5 Nous ne créons rien ; et la meilleure preuve en est que nous n'avons encore rien découvert qui ne fût connu des Anciens. Le cerveau humain est un athanor qui évolue les cellules très subtiles de la matière céré brale; il en libère la Vie individuelle, sous une in fluence extérieure sympathique, mais c'est tout.
La fusion, si l'on peut s'exprimer ainsi, des deux modes vibratoires, système nerveux et idée flottante, aurait pour résultat une augmentation de la luminosité des conducteurs nerveux, de même que l'augmentation d'intensité du courant qui parcourt un fil en aug mente le pouvoir calorifique ou lumineux. Les éggrégores sont constitués par les groupements d'idées de même aimantation émises par un peuple.
Il est bien évident que la destruction, le massacre du peuple sud-africain, par exemple, a dû provoquer la création d'un de ces monstres par les souffrances, les idées de vengeance des victimes. — Et qui sait si ce monstre n'est point entré en contact harmonique avec l'âme japonaise ? Le Mage se met consciemment en état de voir ces entités invisibles, le médium les subit.
Or, les états vibratoires des cellules humaines sont liés intimement aux états magnétiques des fluides dans lesquels elles sont plongées. Ce magnétisme de l'ambiance est, d'autre part, intimement lié aux aspects célestes. Les procédés scientifiques de recherche des possibi lités futures s'adressent donc aux configurations cé lestes. Ce sera l'Astrologie qui les représentera. Le Mage est le surhomme des temps passés et fu
i gb l'initiation turs; il est assez rare de nos jours, et voilà pourquoi nous avons dit, en commençant, que le matérialisme avait hâté la disparition des sciences divinatoires. En effet, un matérialiste se résoudra difficilement à mener une vie réglée, sobre, sévère même, et surtout ne se résoudra point à développer ses qualités morales, désintéressement, amour, au détriment des jouissances éphémères qui lui sont chères.
Mais, comme la réalisation de ces conditions est in dispensable à l'évolution psychique, au développe ment des sens internes, que, d'autre part, le matéria liste est foule, il est évident que l'adepte est considéré comme un détraqué physique et ne saurait être écouté de la masse.
Pour nous, cet être supérieur est en possession d'un instrument de haute précision, dont les résultats nous satisfont au même titre que ceux obtenus par la voie scientifique ordinaire. Cependant, le matérialiste malgré tout ne peut nier qu'une tuile qui lui tombe sur la tête obéit aux lois de la pesanteur.
Il ne pourra pas mieux nier qu'une mort ou un accident d'une nature quelconque, prévus à l'avance pour une période déterminée, n'obéissent à des lois susceptibles d'être connues de l'humanité; il ne saurait, en effet, invoquer à chaque fois le hasard ou la coïncidence.
Cette prévision est possible; il suffit de ne pas vou loir trop préciser tant que l'on n'a pas une expérience très grande des lois : c'est là l'écueil inévitable et qui a vite fait de jeter le discrédit sur une science qui se réveille.
LES SCIENCES DIVINATOIRES I 97 Les travaux absolument scientifiques de Flambait, de Selva et d'autres, démontrent l'existence de ces lois naturelles : tous les initiés le savent. Le macrocosme est un organisme vivant, dont les variations du potentiel vital influent sur les poten tiels vitaux des composantes.
Lorsque nous sommes atteints d'une pleurésie, d'une maladie du foie ou de toute autre affection, non seulement les cellules de l'organe, mais celles de l'or ganisme entier subissent des modifications qui per mettent de diagnostiquer rapidement par induction.
Nous connaissons tous le teint bilieux, nous savons tous que la jaunisse est la traduction extérieure d'une atteinte du foie, comme la couleur des paupières, l'in flammation de l'œil, des pommettes, indiquent des lésions des appareils thoraciques ou abdominaux correspondants. En examinant une cellule de l'Univers vivant, un homme, je dois donc pouvoir en déduire l'état non pas pathologique, mais magnétique du moment qui a vu naître cette cellule.
Or, cela est possible. Si je dis, état magnétique et non pathologique, c'est que la vie de l'Univers est la Lumière; et une certaine quan tité de magnétisme est la résultante pour chaque lieu pour chaque point de l'organisme cosmique, de la quantité de lurrlière qu'il reçoit. Ceci n'a plus besoin d'être démontré. L'état magnétique caractérise donc l'énergie vitale au moment de la naissance.
De nombreuses observations montrent en outre que l'état magnétique céleste caractérise les aptitudes psychiques de l'individu.
198 l'initiation Or le magnétisme sidéral se trouve lié aux positions planétaires, puisque ce sont les planètes et étoiles qui nous envoient la lumière. On voit donc que les organisations humaines sont liées aux positions astrales et qu'elles sont infinies. L'expérience montre, d'autre part, que le ciel qui voit naître un enfant a des relations magnétiques avec celui qui a présidé à la naissance des parents.
Nous avons ainsi un nouvel élément pour l'étude de l'hérédité. Mais, problème plus élevé, nous pouvons aussi suivre la marche de la mentalité d'un peuple. L'observation prouve encore que les esprits supé rieurs naissent sous des configurations astronomiques particulières.
Or, si la théorie occulte des réincarnalions est vraie, on peut en conclure que, le jour où l'humanité sera réellement évoluée, les naissances ne se produiront que sous certaines constellations; bien mieux, l'homme choisira l'époque de la conception. L'harmonie générale sera réalisée, le mal n'existera plus; il y aura forcément alors une modification dans le jeu des forces cosmiques.
Il semble résulter de ce que nous venons de dire que l'Astrologie et le Mage doivent s'accorder dans les prédictions des événements. L'un voit les clichés, l'autre prévoit le moment de leur réalisation. Mais il faut à l'Astrologie une intuition élevée pour tirer des déductions justes de la lecture des hiéro glyphes astraux. Le Mage astrologue est donc seul apte à prédire avec quelque certitude la nature et l'heure des événements. Une longue série d'observa
LES SCIENCES DIVINATOIRES I99 tions sérieusement contrôlées permettra à l'Astrologie dans l'avenir de prédire le moment où des événements auront le plus de chances de se produire ; quant à leur nature même, il sera bien difficile de pouvoir la pré ciser. Dans tous les cas, l'étude de cette science ne peut qu'être profitable à ceux qui ont le légitime désir de contrôler par la voie scientifique les affirmations de la millénaire tradition.
Le macrocosme est analogue à l'homme, l'univers est un tout vivant ; la Fatalité coexiste avec, la Liberté; c'est le nombre deux en ac tion, mais sa tonalisation se fait par le trois, la Vo lonté, donc développons cette dernière. Ces aperçus peuvent paraître exagérés; cependant, il suffit d'un peu de bonne foi pour être convaincu.
Que ceux qui doutent se donnent la peine de prendre une plume, de faire quelques calculs très simples : en tout trois ou quatre heures de travail, ils en seront récompensés par la joie ineffable qui s'empare du cœur à la constatation de l'existence de lois naturelles qui permettent à l'homme de se rapprocher de son Créateur. Oui, l'étude des sciences divinatoires, et en parti culier de l'Astrologie, s'impose aux hommes de bonne volonté.
Cette dernière science permettra de faire exécuter un pas de géant à la cause spiritualiste, elle s'appuie sur des faits naturels dont les lois, bien que formulées d'une façon imprécise encore, se dégagent peu à peu. Elle aidera à faire disparaître les inégalités morales, elle facilitera la recherche de la paternité, elle permettra aux hommes de bonne volonté de voir
200 l'initiation de plus près les pulsations du cœur de la nature, orga nisme formidable vibrant en modes infinis sous le souffle vivifiant du Verbe.
Elle apprendra aux puissants du jour que l'or n'est rien, elle montrera aux orgueilleux qu'ils ne sont rien et doivent faire amende honorable, les riches viendront spontané ment en aide aux malheureux; nous ne tirerons point vanité de notre intelligence ou de notre fortune, car nous comprendrons mieux que notre mérite est bien mince.
Nous tendrons fraternellement les bras à ceux qui seront moins bien partagés, afin d'aider à leur évolution et à la nôtre, car la Réintégration totale ne peut se faire si des cellules ne sont point encore suffi samment évoluées; le sort du Tout est lié à celui des parties. Ce sera le Règne bienheureux de la vraie Fra ternité. Saluons les premières teintes de son Aurore.
Rendons hommage aux pionniers hardis qui explorent à nouveau les champs délaissés de la Nature et consacrent leur savoir à ces études ingrates; car celles-ci ne rapportent souvent à leurs adeptes que déboires et amertumes : le spiritualisme inscrit leurs noms en lettres d'or en son martyrologe. J. LlCENT.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Cette partie est ouverte aux écrivains de toute r.cole. sans aucune distinction, et cha:un d'eux conserve la respnnstbilité exclusive ses idées.
Mystères des destinées, suggestions occultes (Effets remarquables des prières el pèlerinages d'un végétarien sur la marche des événements.) Les prières qu'on m'avait apprises dans ma jeu nesse et qu'on me faisait réciter le matin et le soir, — et aux offices, — au lieu de m'édifier, m'inspiraient surtout des idées de révolte contre la servitude qu'elles m'imposaient.
Comme ma tournure d'esprit me pous sait, dès l'âge le plus tendre, à observer les choses dans leurs moindres détails et à les analyser plutôt en sceptique, je m'avisai maintes fois d'expérimenter l'efficacité de mes prières liturgiques.
Je lisais, par exemple, un psaume et un évangile dans l'intention d'obtenir un jouet convoité, ou d'échapper à une punition déjà promise, ou d'ap prendre mes leçons sans m'en donner la peine, et comme mes vœux ne se réalisaient pas, j'en con cluais que les prières n'avaient aucune efficacité. Cette idée pénétra profondément dans mon esprit, et
202 L'INITIATION jusqu'à l'âge de vingt ans, je restai persuadé que prières et cérémonies religieuses étaient d'inutiles momeries enfantées par les primitives superstitions. Un concours de circonstances assez surprenantes me jeta, vers cette époque, dans les pratiques du spi ritisme.
J'eus, à diverses reprises, l'occasion de con stater certains effets de la prière « jaculatoire » (i), que je conçois comme une courte improvisation pro noncée à haute voix ou simplement pensée, mais de tout cœur et avec une grande fixité d'attention. Il m'arriva ainsi, plusieurs lois, d'obtenir la cessation de coups frappésau pied de mon lit ou ailleurs, bruits d'autant plus obsédants qu'ils étaient rythmés.
Je re vins ainsi de mes préventions de jeunesse contre les prières en général, tout en faisant mes réserves sur leur efficacité en ce qui concerne nos destinées. En effet, dans ce temps-là, mon sort était fort peu enviable, et il m'arriva fréquemment d'en demander à la Providence l'amélioration. Mais le Ciel parais sait indifférent à mes supplications, et j'en avais conclu qu'il n'intervenait pas pour modifier l'ordre préalable des destinées.
J'étais alors grand mangeur de viandes et j'attribue l'insuccès de mes prières, en partie, à ce fait. (Le carnivorisme est une aberration des instincts naturels, dont le reflet sur le mental coupe les com munications avec les deux inférieurs, les seuls que l'humanité puisse comprendre et atteindre.) (i) Ce mot baroque et prétentieux ne signifie pas une prière « à jet continue », comme pourrait le faire croire l'étymologie.
Mais ce sont les prières liturgiques qui, le plus souvent, sont des fontaines jaculatoires à oraisons, débitées inconsciem ment.
MYSTÈRES DES DESTINÉES 203 Un peu plus tard, je rejetai le Spiritisme, inventé par d'ingénieux rêveurs (i), et je devins panthéiste. Mes opinions successives prouvent au moins que je n'ai pas la prétention de m'assimiler du premier coup la Vérité absolue et l'Omniscience ; que, si je tâtonne, je marche, tandis que d'autres se cramponnent à la première idée qui leur plaît.
Donc, pour revenir à mon sujet, j'eus bientôt, et à matrès grande surprise, l'occasion de constater qu'une prière, dite d'une certaine façon, peut faire dévier la destinée dans une direction demandée. Me trouvant un jour dans une grande ville, dénué de toutes ressources, sans travail et sans moyens de m'en procurer, j'entrai, pour me reposer et m'abriter d'un soleil accablant, dans une église consacrée au culte catholique.
Je m'assis près d'une chapelle où étaient suspendus en ex-voto ces petits navires que les marins consacrent, dans les ports de mer, à NotreDame de Bon Secours.
Comme je lisais les inscriptions gravées sur le mur, je m'étonnais d'un si grand nombre d'actions de grâce, et je pris de suite la détermination de prier (i) J'aurais bien des critiques à formuler sur cette théo gonie et surtout sur l'interprétation de phénomènes indénia bles sans doute, mais combien mal observés; je préfère m'abstenir.
D'ailleurs, cette question a été traitée par des écri vains plus aptes que moi à remettre le spiritisme à sa vraie place. Je ne dirai qu'un mot. Les prétendues révélations des esprits sont contradictoires en tout et partout. Les spirites en font un triage consciencieux et ne retiennent que celles qui abondent dans leur sens. Avec le même procédé, on pourrai: révéler un spiritisme diamétralement opposé. Conclusion: Ces communications n'ont aucune valeur.
204 l'initiation comme naufragé. En somme, je sombrais, moi aussi, dans une espèce d'abîme. Mais par conviction, je ne pouvais m'adresser à l'idole de pierre placée sur l'au tel ; je me renfermai en moi-même, et j'adressai ma prière à ces sociétés d'anges que le christianisme ap pelle Dominations, Trônes, Principautés, etc., et qui sont des puissances, des nations de l'autre Monde.
« Il est possible, pensais-je, qu'une Domination soit sous les ordres d'une sainte Vierge et qu'elle ait quel que influence contre le mauvais sort. » Comme je terminais mon oraison, il me vint à l 'esprit, je ne sais pourquoi, de prouver à la puissance divine la confiance que j'avais en elle, en brûlant, comme on dit, mes vaisseaux. Il me restait quelques louis, les derniers...
Je résolus de les envoyer à ma femmequi, dans une autre ville, attendait avec anxiété que j'eusse trouvé une situation nouvelle. Je lui écrirais en même temps une lettre réconfor tante. Je sortis donc de l'église pour rentrer chez moi. En route, j'aperçus l'enseigne d'un industriel dont je connaissais le nom, mais aussi la réputation de tyran neau.
J'entrai pour faire mes offres de services et l'on m'agréa sur le champ, bien que le personnel fût au complet. Depuis cette aventure, j'eus recours maintes fois, dans des circonstances pénibles, à l'intervention d'EnHaut, et je me tirai d'embarras par des issues qui s'ouvraient spontanément pour ainsi dire au beau milieu des obstacles. J'en citerais bien quelques
MYSTÈRES DES OBSTINÉES 205 exemples, mais je prolongerais trop cet article, et j'ai hâte d'arriver au fait principal. Le voici : Ma conviction était arrêtée, depuis des années, à l'égard de la prière « jaculatoire », au moins en ce qui me concernait personnellement; ces prières me réussissaient...
Mais, un jour, je m'avisai de les em ployer au profit d'un camarade qui m'intéressait doublement, parce que c'était au fond un excellent homme et, en même temps, une victime de l'adver sité.
Atteint d'une nécrose costale qui le forçait en toute saison à se lever une heure plus tôt pour pratiquer un pansement, affligé d'une femme infirme à la suite d'une hémiplégie, rebuté par les patrons parce qu'il n'avait plus la force de continuer son métier de typo graphe, Gustave X*** était devenu, comme tant d'autres, un comptable d'occasion, un copiste, un tierceur, tout ce qu'on voulait, pourvu qu'il restât assis.
Tombé dans la misère, il avait, pour s'étourdir, pris l'habitude de boire et était devenu absinthomane, comme d'autres deviennent morphinomanes par in toxication. Pourtant il se désespérait de se sentir dominé par cette funeste passion, — l'obsession impérieuse du sang empoisonné.
Quant à sa femme, subissant les effets de cette ivrognerie du mari, elle traînait péni blement sa jambe paralysée qui la rendait, avec un tremblement des mains, incapable même de faire son pauvre ménage. Quel intérieur! La détresse de ces gens-là me faisait mal. A tout hasard, j'exposai un jour à ce pauvre homme ma théorie sur l'influence
20Ô l'initiation des prières. Il commença par sourire, croyant de ma part à quelque lourde plaisanterie. Mais quand il vit que je parlais sérieusement, il m'écouta, tout en ha chant la tête. Il ne croyait pas à grand'chose, le vieux Gustave X***, cependant il croyait vaguement en Dieu.
Il voulut bien me tenir compagnie à titre de simple spectateur, curieux au fond de me voir opérer quelque sortilège, car j'avais parlé d'une excursion dans les cimetières de Paris. Je crois qu'une prome nade préalable dans un cimetière n'est pas sans quelque influence sur le destin des vivants. Des cou rants s'établissent entre le solliciteur et les effluves de certains défunts bienveillants (dont la personnalité au surplus n'est point là).
Par suite la communica tion se trouve facilitée avec des sociétés (Dominations) bienfaisantes de l'autre monde. Les cimetières ressembleraient un peu, à ce point de vue, aux établissements téléphoniques, ou, ce qui me semble plus exact, à des centres télépathiques dont les vibrations auraient leur retentissement dans d'autres mondes. Quoi qu'il en soit, j'ai pris cette habitude d'errer d'abord dans les nécropoles et elle me réussit.
Gustave X"" me suivit donc dans mon pèlerinage, mais il resta neutre; il me regarda prier pour lui et pour sa femme, sans encouragements comme sans railleries. Au retour, je lui fis un peu de morale, il m'écouta docilement, promit de ne plus boire que trois absinthes par jour, — au son de l'angélus, disaitil gaiement,. .. et nous nous quittâmes. Le lendemain, au bureau où il travaillait à côté de
MYSTÈRES DES DESTINEES %OJ moi, nous parlâmes un peu de notre promenade, et ce fut tout. Mais, quelques jours après, il me dit spontanément: « Eh bien, ça y est. — Quoi? — Le changement de destinée ! — ?... — Ma femme va en trer à l'hôpital N"\ Hier, en allant à la boucherie, elle a rencontré le docteur Z'" (qui l'avait soignée, trois ans auparavant, dans une clinique). Il la reconnut, il s'étonna de la trouver encore en vie.
Jamais il n'au rait cru qu'on pût vivre trois ans avec la lésion qu'il lui connaissait. Il lui déclara tout l'intérêt qu'il por tait à son cas, pour l'étudier avec ses élèves; il lui proposa de l'installer dans la meilleure chambre de l'hôpital N*** (à Paris).
Non seulement, lui dit-il, le traitement ne vous coûtera rien, mais j'espère même vous guérir ou au moins vous rendre la vie suppor table. » Bien entendu, la femme de Gustave avait accepté cette proposition avec empressement. La malade entra donc à l'hôpital quelques jours après; elle y fut l'objet des soins les plus attentifs. Jamais elle n'avait été si bien traitée et tout semblait marcher à souhait.
Mais le pauvre Gustave, succom bant à la tentation, commit une faute désastreuse. Un soir, il se grisa à en devenir fou et sortit de chez lui en laissant toutes les portes ouvertes et une lampe sur le lit. Sa malheureuse femme apprit cette escapade : inquiète de savoir son mari sans surveillance, elle sortit de l'hôpital pour rentrer à son logis. Elle se portait déjà mieux, mais la maladie la reprit.
D'un autre côté, Gustave, complètement dévoyé, dominé par l'absinthe, perdit son emploi, tomba très malade à son tour et mourut dans l'année.
208 l'initiation Voilà comment ma prière, qui avait été réellement exaucée, fut néanmoins annulée dans ses effets par l'imprudence de la femme et le manque d'énergie du mari. L'une aurait dû rester quand même à l'hôpital, l'autre lutter jusqu'à la fin contre une passion déplo rable. Je citerai encore une expérience toute récente. Les intéressés, au besoin, apporteront leur témoignage.
Une dame veuve, que je désignerai simplement par son initiale, Mme S*", me racontait, l'année dernière, que sa mère souffrait depuis très longtemps d'une plaie variqueuse à la jambe droite.
Cette plaie, large comme le creux de la main, en avait même engendré encore deux nouvelles ; les os étaient à nu et les douleurs devenaient intolérables : d'heure en heure la malade changeait son bandage antiseptique, sans éprouver d'ailleurs aucun soulagement. Des médecins consultés étaient restés impuissants à enrayer ce mal.
Mme S*** se désespérait de voir sa mère dans une si triste situation: la vie, quand on souffre sans espoir, devient un véritable supplice. Je proposai à la famille mon pèlerinage, après avoir expliqué très sommaire ment mes convictions. Mme S"', fort sceptique, acquiesça, estimant que « ça ne ferait pas de mal, si ça ne faisait pas de bien ».
Quant à la malade, c'est une catholique fervente, et j'avais la perspective qu'elle m'aiderait de son côté. Je lui fis dire qu'elle n'aurait d'ailleurs qu'à prier selon sa religion, que le traitement était absolument gratuit quant à mes démarches, et que je commen cerais avant la Noël.
MYSTÈRES DES DESTINEES 20g J'entrepris mon excursion avec un ami, qui m'accompagna en simple curieux. Je visitai ce jour-là un cimetière, puis trois églises catholiques; — car j'ai dit que la malade appartient au catholicisme, et j'avais à tenir compte de ce fait important que sa pensée, comme celle de ses coreligionnaires, hante virtuellement les temples de ce culte.
Les pensées des fidèles, comme leurs corps, rayonnent, et ces rayonnements laissent sur les pierres des édifices, où l'on fréquente, des traces durables. Les effets de mon pèlerinage furent des plus curieux (i). Voyant approcher la guerre du Japon avec la Russie, je faisais par passe-temps — comme cela m'arrive souvent — des expériences à l'acier chauffé et au plomb écroui.
Ces métaux traités ainsi provoquent chez moi des visions de signes et d'images symboliques, qui sur gissent devant mes yeux au moment où je me trouve entre la veille et le sommeil (2).
Donc j'obtins successivement (à un jour d'inter valle) : i° Une forêt d'hiver (arbres sans feuilles, neige sur les branches, etc.), une espèce de chat ou de léopard fuyant sous bois dans une allée ; ( 1) Je m'attendais, comme dans le cas cité plus haut, à la rencontre de Mme S**' avec un médecin ou un personnage quelconque qui aurait indiqué le bon remède.
On va voir que mes suppositions étaient trop simples. (2) Les récentes découvertes sur les fluides lumineux con tenus dans les métaux intéressent ces pratiques, qui pour moi sont inolïensives. 4
210 l'initiation 2° Une pluie de foulards de soie avec dessins écos sais de toutes nuances ; 3° Un évêque ou un archimandrite, mitre en tête. Ici un phénomène bizarre se produisit. Des ser pents et des caïmans se formaient derrière la tête et la mitre, à petite distance. — D'où je conclus que la guerre était proche et qu'un arbitre s'interposait (peut-être un évêque ou même le pape).
Comme je fixais mon attention pour reconnaître à quelque signe la religion de ce personnage, un doigt de femme vint s'interposer et détruisit le tableau. Ce doigt portait une bague, d'une forme particulière, qui me frappa ; de plus, cette bague n'était poussée qu'à la moitié du doigt.
Je me fis cette réflexion : « Ce doigt probablement n'a aucun rapport avec les visions d'ordre généra) qui se sont présentées : il y a eu interposition télépathique d'une autre individualité à ce moment. » Telle une personne qui passe dans les rayons d'une lanterne à projection et place sa main devant l'objec tif.
Je dis à Mme S***, quand je la revis le lendemain : « Est-ce que dans votre famille quelqu'un porte une bague à la moitié du doigt ? (Comme je m'occupais de la guérison de sa mère, je supposais que cette dernière avait essayé de se manifester pendant son sommeil.) — Non, me répondit Mme S''*; mais voilà qui est étrange ; hier soir, ma sœur, à qui l'on avait fait pré sent d'une bague, l'avait passée un moment ainsi à la moitié de son doigt.
MYSTÈRES DES DESTINÉES 2 I I Alors je fis la description de cette bague, et c était exact. Quel rapport, dira-t-on, peut-il y avoir entre ces images, cette bague et la guérison de votre malade ? — Je n'en soupçonnais guère non plus à ce moment. Mais la suite va tout expliquer. Le surlendemain, un incident encore plus étrange, qui devait me guider plus tard, vint intriguer ma femme. C'était le jour même que j'avais choisi pour mon excursion.
Je me trouvais à cette heure-là dans le cimetière du Montparnasse ou bien près d'y entrer. Ma femme, restée à notre domicile, se hâtait dans sa chambre, faisant je ne sais quel rangement avant de sortir elle-même. Soudain elle entend miauler. Cer taine d'avoir fait sortir la chatte dans la cour, elle inspecte cependant notre appartement et n'aperçoit aucun animal. Mais les miaulements continuent tou jours dans la chambre.
Sous les lits, sous les meubles le balai passe ; il n'y a rien. Toutes les portes étaient fermées et la chatte de la maison fut aperçue, un moment après, dans la cour, au loin ; elle circulait lentement. Elle était donc bien dehors. Au premier, les miaulements continuaient par reprises, sans qu'il fût possible d'en expliquer l'origine. En rentrant chez moi, on me raconta cet incident.
Je l'expliquai alors de deux manières : « Il y a eu, dis-je, audition interne, illusion d'acoustique, provo quée dans les réseaux nerveux de l'oreille, j'ignore par quelle cause ; ou bien une chouette est venue chanter sur la cheminée. » Je m'attachai à cette idée, je l'examinai, je la reconnus improbable et finale
212 L'INITIATION ment je pensai qu'en plein jour, il s'agissait plutôt d'un épervier, car il y en a beaucoup dans les bois voisins. En tous cas, je retins pour mémoire la coïncidence de ces cris d'animaux avec mon passage au cime tière. Comme on va le voir, cela s'y rattachait parfaite ment.
En effet, dans les derniers jours de décembre, on me communiqua le sommaire d'une publication pério dique qui devait paraître le i" janvier 1904, et à la rédaction de laquelle je suis complètement étranger. Tout de suite, je fus frappé du rapport qui existait entre les titres des articles et les incidents qui avaient frappé mon esprit en ces derniers temps.
Ma vision deforêt l'hiver correspondait à un article sur les pays froids ; et dans l'ordre, se succédaient : un article sur les soieries correspondant à mes fou lards de soie, et puis enfin un article sur l'épervier. Je m'écriai, subitement éclairé... « Le remède pour la mère de Mme J''* doit être dans cette revue. » On l'acheta dès qu'elle parut, aux premiers jours de janvier 1904.
Au commencement et à la fin de la brochure, il y avait des annonces diverses. Une, vers la fin, nous frappa d'abord ; on y préconisait un remède pour les varices. Nous résolûmes d'écrire à ce spécialiste. Mais aux premières pages de l'opuscule, une autre réclame nous attira également. On pro mettait la guérison des cas désespérés, sans autre désignation ni indice cependant. Si la branche de salut était ici et non là? Nous restions perplexes. Enfin on décida qu'il fallait écrire
MYSTÈRES DES DESTINEES 2 1 3 aux deux maisons. Le ciel nous renseignerait peutêtre... on verrait. Or il advint que la maison annon çant un remède pour les varices garda notre timbre et ne répondit pas ; et la maison qui s'occupait des cas désespérés — sans autres détails — répondit en envoyant un prospectus pour la guérisondes varices. La chose me parut si originale que je soupçonnai d'abord les deux maisons d'avoir un seul et même directeur.
Mais, informations prises, il n'en est rien ; d'ailleurs l'une se trouve dans le sud-est (i) de la France, l'autre dans le sud-ouest et elles n'auraient pas eu le temps de correspondre par lettre. Quant au télégraphe pour cette affaire, c'est inadmissible ; il n'y aurait aucun bénéfice pour les marchands.
Je vis dans cette remarquable sélection du hasard — c'est une façon de parler, car je n'admets pas du tout l'existence du hasard, et à présent moins que jamais, — je vis donc dans cette sélection providen tielle un nouvel indice : .le remède était là... On l'acheta. Il a réussi au delà de toute espérance.
Au jourd'hui, c'est-à-dire environ un mois après le com mencement du traitement, et deux mois après le pèlerinage, la malade est guérie, les plaies sont fermées, il ne reste qu'une cicatrice.
Donc les prières efficaces, c'est-à-dire celles qu'on improvise, qu'on pense et non qu'on récite machina lement, changent, dans la mesure du possible, les événements en faveur de ceux qui implorent. (i) On comprendra que je ne puis ni ne veux donner les noms de ces pharmaciens spécialistes. On croirait que j'ai un intérêt quelconque à vanter leurs produits.
214 l'initiation Je suis panthéiste, mais je crois que l'ensemble des créatures forme un tout immense, dont le centre est comme le cœur. Et là, dans ce centre céleste, dans ce sensorium commune où règne la plus grande somme d'expérience, de sagesse et d'amour, il existe, par conséquent, un accord tributaire (i) tout puissant qui, pour nous autres grains de sable, est Dieu. Tel est le Dieu Triun de ma foi, l'Ancien des Jours. J. A.
L. ( i ) L'accord trinaire est représenté par le Temps qui est unique et se compose de trois phases : le passé, le présent et l'avenir. Au passé divin correspond l'Expérience des siècles, au présent l'activité créatrice, au futur la prescience, prévi sions, désirs et volonté. Ceci est une simple comparaison. Qui pourrait expliquer le divin ?
Feuilles ^açorçrçïques PETITES QUESTIONS D'HISTOIRE J'ai lu la rectification du fr.-. John Yarker et je confesse très franchement qu'elle me paraît un peu obscure. Faisons donc un peu de lumière autour d'elle.
Dans le n° 1 1 de YInitiation, août igo3, p. 101, ce savant auteur maçonnique, dont je suis tout le pre mier à reconnaître le mérite, s'exprimait ainsi : « Plusieurs personnes qui avaient pris part aux soulèvements de 171 5 à 1743 et avaient fui en France, sont connues pour avoir été maçons, et John Drummond, quifutfait comte de Melfort par les Stuarts, laissa après lui une botte à tabac sur laquelle étaient gravés les emblèmes maçonniques, ses armes et une date, J.
1770, date à laquelle un grand maître nommé Kilmarnock fut décapité ainsi que Derwentwater, grand maître pour la France. » Il s'agit bien là — on ne peut s'y méprendre — de la période jacobite; d'ailleurs, qu'on veuille bien se reporter à la suite de l'article du fr.-. John Yarker, et l'on verra davantage que je ne m'abuse point.
Or, tout est correct dans le passage que j'ai relevé, à l'exception du titre de John Drummond, qui fut fait duc et non pas comte par les Stuarts, et de la date
2l6 l'initiation 1770, donnée à la mort de Kilmarnock et de Derwentwater, décapités vingt-cinq ans auparavant. Ne s'étant peut-être pas relu, le fr.-. John Yarker se contente, dans le n° 3 de décembre dernier, p. 195, de rectifier de la manière suivante : « Il fautlire, au lieu de 1770, la date 1670.
Il existe en Angleterre une vieille tabatière en cuivre, sur la quelle sont gravés les plus vieux emblèmes maçon niques, les armes de Drummond avec un ancien casque de chevalier, et J. 1670, D... Dans ma copie originale, cette date n'avait aucun rapport avec la mort d'aucun des leaders jacobites. » J'accepte l'erreur typographique de date. Mais de quel John Drummond peut-il s'agir maintenant?
Dans le n° 11 d'août igo3, il s'agit évidemment du John Drummond qui prit part aux événements de 171 5 à 1745, et qui, pendant que son frère était créé duc de Penh par le prétendant Jacques III, était lui-même créé duc de Melfort par le même Stuart.
Il faut donc que les typographes aient beaucoup altéré le travail original; d'où nous devons conclure que, pour plus de clarté, le passage en question de vrait être tout à fait refondu par son auteur, car la rectification qu'il a faite demeure incomplète. Au sujet d'Harnouester, deuxième grand maître de la maçonnerie française, le fr.-. John Yarker pense que ce nom est probablement une méchante épellation (woful misspelling) de Derwentwater.
Le malheur est que cette « probabilité » n'est qu'une supposition toute gratuite déjà faite en 1884 par le fr.-. J.-G. Gould dans sa fameuse History of Freemasonry, vol. III, p. i3q.
FEUILLES MAÇONNIQUES 21 J Le fr.-. Gould, lui aussi, s'est demandé ce qu'était d'Harnouester; mais sa supposition d'une mauvaise orthographe de nom ne pouvait rien éclaircir et n'a rien élucidé.
Je veux bien que, prononcé par des Anglais, Darrénouateu, le nom de Derwentwater ait, pour des oreilles françaises très complaisantes, quelque ressem blance d'intonation avec Of Harnousteu, prononcia tion anglaise du nom d'Harnouester, mais cette trou vaille ne saurait résoudre la question désormais posée en France. Le fr.-.
John Yarker n'ignore pas que les mots dough et doe, prononcés dau par les Anglais, ne si gnifient pas une seule et même chose, mais sont par faitement deux affaires différentes; eh bien, nous allons voir que ce cas doit s'appliquer aux noms de Derwentwater et d'Harnouester, prononcés de n'im porte quelle façon.
J'ouvre \'Annuaire du Grand-Orient de France de igo3, et j'y lis, dans la liste chronologique des grands maîtres et des présidents de l'ordre en France : GRANDS MAITRES 1725. — Lord Derwentwater. 1736. — Lord Harnouester. 1738. — Duc d'Antin (1). 1743. — Louis de Bourbon, comte de Clermont, prince du sang (2). Etc., etc.. (1) Le fr.-.
Louis de Pardaillan de Gondrin, duc d'Epernon et d'Antin, arrière-petit-fils de la Montespan. (2) Et aussi abbé de Saint-Germain-des-Prés.
21$ l'initiation Si j'ouvre les annuaires ou calendriers antérieurs, c'est la même chose — à ceci près qu'à certaine époque, en 1867, par exemple, Derwentwater est épelé Derwent-Waters, et que le lord Harnouester est dénommé lord comte d'Harnouester.
Il ne me paraît pas possible qu'au Grand-Orient, où l'on a des archives et où l'on dispose d'écrivains érudits et polyglottes, on ait pu inventer deux grands maîtres (Derwentwater et d'Harnouester) là où il n'y aurait eu qu'un seul et même individu; cela, même en admettant que du temps de Ramsay, comme en Angleterre en 1720, des « frères scrupuleux» aient, en France, fait disparaître des documents historiques trop révélateurs.
Je laisse de côté le petit travail du fr.-. Lalande sur la Franche-Maçonnerie et je passe au Précis histo rique de l'Ordre de la Franc-Maçonnerie, etc., publié en 1829. Son auteur, l'ill.-. fr.-. Bésuchet, 33* officier du Grand-Orient, nous dit ceci : « 1736... Lord Derwent-Waters fut, à juste titre, consi déré comme le premier grand maître de l'ordre maçon nique en France...
Cet illustre frère, rappelé à Londres par des intérêts politiques qui lui furent si funestes (1), laissa la Grande-Maîtrise vacante... Les quatre loges de Paris se réunirent et... et elles désignèrent pour successeur de lord Derwent-Waters, un de ses compatriotes, lord comte d'Harnouester, qui habitait la capitale.
Le docteur Ramsay, célèbre maçon écossais... remplissait, lors de l'élection du nouveau Grand-Maître, les fonctions d'ora teur (2) »... (1) La guerre venait d'être déclarée entre l'Angleterre et l'Espagne. (2) T. 1, p. 28-29.
FEUILLES MAÇONNIQUES 2IO. Plus loin, dans les articles biographiques, l'ill.-. fr.-.
Bésuchet ajoute : « Dervent-Waters (lord), le premier des deux Gi•andsMaîtres étrangers de la maçonnerie en France, avant que le duc d'Antin, troisième Grand-Maître et premier GrandVlaître français, n'eût été élevé à ce poste éminent par les maçons de notre patrie, etc.. (i). » Puis : « Harnouester (lord comte d') succéda en 1736 à lord Derwent-Waters en qualité de Grand-Maître de tordre franc-maçonnique en France.
Son élection fut faite par les quatre seules loges qui existassent à Paris (2). Le docteur Ramsay remplissait les fonctions d'orateur. Sur la fin de i7?7, lord d'Harnouester, étant au moment de retourner dans sa patrie, convoqua les loges en une Assemblée géné rale pour l'élection-de son successeur (3)... » Tout cela est très clair.
Le lord Derwentwater quitte la Grande- Maîtrise en 1736 pour des raisons qui ne sont pas inconnues aujourd'hui à tout le monde; on procède à l'élection d'un second Grand-Maître, et l'on élit, pour remplacer le haut dignitaire sortant, un de ses compatriotes habitant Paris, le « lord comte d'Harnouester ».
Aucune objection ne peut être sou levée à cet égard : l'Assemblée des Loges a parfaite ment eu lieu, l'élection d'un second Grand-Maître a (1) T. II, p. 86. (2) Il en existait six, dont l'une portait le nom même d'un ambassadeur à Londres. (3) Son successeur, le fr.-. Louis de Pardaillan de Gondrin, duc d'Epernon, puis duc d'Antin (né le 9 novembre 1707, mort le 9 décembre 1743), fut installé Grand-Maître le 24 juin 1738, et ce fut le fr.-. Ramsav qui prononça le discours d'installation, t. II, p. 1 38. •
220 l'initiation bien pris place, et Ramsay remplissait les fonctions d'orateur dans cette solennelle circonstance. Dans son Manuel du Franc-Maçon et Guide des officiers de Loge, un autre savant maçon, également officier du Grand-Orient, l'ill.-. fr.-. Bazot, R.-. +.-. du Rite moderne et G.-. J.-. G.-.
33" du Rite Ecossais, s'exprime de la façon suivante sur le même sujet : « La loge-mère et les autres loges voulurent acquérir quelque consistance; elles se réunirent, et... elles nom mèrent à la Grande-Maîtrise, en 1736, lord d'Harnouester, successeur de lord Derwent-Waters (i). En 1844, l'ill.-. fr.-. Clavel écrit à son tour dans son Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie, p. ..8: « Six loges existaient à Paris en 17 3 5 ...
On doit con sidérer Ûervent-Waters comme le premier Grand-Maître de la Maçonnerie en France... En cette année, ce seigneur retourna en Angleterre, où il devait périr si malheureu sement. Les loges de Paris s'assemblèrent en 1 7 36 et élurent en sa place lord d'Harnouester. Le chevalier Ramsay, par ticulièrement fameux par ses innovations maçonniques, remplissait dans cette Assemblée les fonctions d'orateur.
Vers la fin de l'année suivante, lord d'Harnouester devant quitter la France, convoqua une nouvelle Assemblée géné rale, afin qu'il fût pourvu au choix de son successeur... L'Assemblée annoncée eut lieu sans obstacle le 24 juin 1738; le duc d'Antin fut nommé Grand-Maître »... En passant, je désire faire une observation. L'ill.-. fr.-. Bésuchet nous dit (t. I, p. 28) que Derwentwater ( 1 ) Née d'une scission de 4 Loges de Londres avec la grande Loge d'York.
FEUILLES MAÇONNIQUES 22 i était parti, rappelé à Londres par des «t intérêts poli tiques » ; l'ill .-. fr .-. Clavel, lui, page 119, nous assure qu'il s'y était simplement rendu avec une députation des Loges de Paris, à l'effet de demander à la Grande Loge d'Angleterre (1), en laveur des Loges parisiennes, l'autorisation de se former en Grande Loge provinciale. Je crois fermement que l'ill .-. fr .-. Bésuchet et l'ill .-. fr . -.
Clavel ont été trompés par quelques appa rences. Sans doute ils n'ont pas su, malgré leurs con naissances en histoire, qu'il était absolument interdit au lord Derwentwater de se rendre en Angleterre ; en effet, il y avait été condamnéà mort le 18 mai 1716, à la suite de la prise d'armes de 171 5 et il s'était en fui de la prison de Newgatele 1 1 décembre suivant (2).
Comment, dans de pareilles conditions, oser se ren dre à Londres pour « intérêts politiques », ou à la tête d'une députation maçonnique parisienne ?
C'eût été jouer un bien gros jeu ; et le lord Derwentwater, dont la tête était mise à prix depuis sa fuite, était trop intelligent et trop prudent pour ne pas se faire rem placer simplement par les émissaires déguisés qui, sous les ordres du lord Sempill et du lord Semple, agents secrets de Jacques II auprès de Louis XV, fai saient continuellement la navette entre les deux contrées.
Je n'insiste pas sur les motifs de la retraite du pre mier Grand-Maître étranger qui, à certain moment, (0 Son frère, le comte François, avait été exécuté. Voir à ce sujet les HowelVt state Trials, vol. 18, p. 4.3o. (3) T. I, p. 68-69.
2 2 2 l'initiation se trouva être un officier français combattant les An glais sur le continent. Ce qui m'intéresse le plus, c'est que l'ill .-. fr .-. Clavel nous dit, lui aussi, que Derwentwater ayant quitté la Grande-Maîtrise, il y fut remplacé par le lord d'Harnouester, dont l'élection et l'installation eurent solennellement lieu. L'ill .-. fr .-. A.-J. Jouausk, 33% dans son Histoire du Grand Orient de France, et le fr .-. E.
Rebold, dans son Histoire générale de la Franc-Maçonnerie, ne diffèrent pas d'opinion sur le même sujet. Une foule d'autres auteurs français, parmi lesquels l'ill .-. lr.-. Ragon, 33e, nous donnent pour vrai lefaitduremplacement de Derwentwater par un lord d'Harnoues ter. En Angleterre et en Allemagne, encore même chose racontée par de savants maçons ; le fr .-.
Gould, par exemple, dans son History of Freemasonry, ne conteste pas qu'il y ait eu deux Grands-Maîtres avant la Grande-Maîtrise du duc d'Antin ; le fr .-. G. Kloss, dans son Geschichte der Freimaurerei in Frankreich et le fr .-. G. -F. Findel, dans son Geschichte der Frei maurerei, 1878, mentionnent parfaitement Derwent water comme premier Grand-Maître en France, et le lord Harnouester comme deuxième Grand-Maître. En Amérique, l'ill.-. fr.-.
Albert G. Mackey, secrétaire général du seep .-. Cons .-. de 33e pour la Juridiction du sud des Etats-Unis, écrit ce qui suit dans son Lexicon of Freemasonry (édit. 1 855, p. 172-173): « En 1735, il y avait six Loges dans Paris et plusieurs autres dans différentes villes de province. Le comte de Derwentwater, le célèbre Jacobite, qui plus tard fut déca
FEUILLES MAÇONNIQUES 223 pité à Londres pour son attachement à la cause de Stuart, exerçait les fonctions de Grand-Maître... L'année suivante, lord Harnouster {sic) fut élu Grand-Maître par les Loges parisiennes, etc....
Aucune illusion possible : les meilleurs écrivains maçonniques, aussi bien à l'étranger qu'en France, ceux là mêmes qui passent pour classiques, s'accor dent avec le Grand-Orient français pour placer deux Grands-Maîtres avant le duc d'Antin : Derwentwater, le premier, de 1726 à 1736; le « lord comte d'Harnouester », le second, de 1736 au 24 juin 1738.
On voudra bien m'accorder que tous ces écrivains, y compris les rédacteurs annuels des Annuaires ou des Calendriers du Grand-Orient, ont dû se baser sur des documents authentiques pour donner deux Grands-Maîtres à l'Ordre maçonnique français avant la Grande-Maîtrise du duc d'Antin. A présent, sur quoi l'ill .-. fr .-.
John Yarker se base-t-il pour confondre ces deux premiers Grands Maîtres en une seule personnalité, et pour biffer d'un trait de plume la certitude absolue du départ de Der wentwater de la Grande-Maîtrise en 1736, de l'élec tion solennelle d'un second Grand-Maître à sa place et de l'installation officielle de ce second Grand-Maî tre, le « lord comte d'Harnouester », par l'ill .-. fr .-. Ramsay, grand orateur ?
La supposition d'une er reur d'orthographe dans les noms de Radeliffe-Derwentwater et d'Harnouester, supposition émise en 1884 par l'ill .-. fr .-. Gould, n'est vraiment pas une base assez solide pour qu'on s'y arrête, et, en fait, le Grand-Orient a dû trouver que le fr .-. Gould faisait
224 l'initiation |MARS erreur, puisque, depuis 1884, on a maintenu dans les Annuaires deux Grands-Maîtres et les noms de Derwentwater et d'Harnouester avant la Grande-Maî trise du duc d'Antin. Mais, en admettant un moment que le fr .-.
John Yarker eût raison, c'est-à-dire en admettant que Derwentwater et d'Harnouester n'eussent été qu'une seule et même personnalité. — ce qu'il faudrait prouver autrement que par la supposition d'une mauvaise épellation de noms — il resterait à savoir pourquoi le Grand-Orient aurait fait de cette seule personnalité deux individus distincts et pourquoi, en 1736, il y au rait eu élection d'un faux second Grand-Maître ?
Moi, je crois parfaitement ce que les Calendriers et Annuaires du Grand-Orient, corroborés par les écrivains classiques de la maçonnerie, nous racontent au sujet des deux premiers Grands-Maîtres.
Car, en vérité, comment ne pas croire des professeurs qui, après nous avoir parlé avec certitude des Egyptiens, des Hébreux, des Hindous, des Grecs, des Romains, des Gaulois, etc., en épelant correctement les noms les plus barbares, arrivent à nous causer, à propos des deux premiers Grands-Maîtres, de faits ne re montant pas au delà de 168 et 178 ans?
Je répète que je crois ces professeurs ; mais, à ce Grand-Orient de France qui, sûr de ses documents comme de luimême, n'a attaché et n'attache aucune importance à l'idée émise par l'ill .-. fr .-. Gould, je viens dire ceci : — Votre second Grand-Maître, que vous nommer lord comte d'Hamoutster dans vos Calendriers et lord
I904J FEUILLES MAÇONNIQUES 225 Harnouester dans vos Annuaires est un conte à dormir debout. Le titre de lord dHarnouester , de comte dHarnouester, et le nom même d Harnouester ; sont inconnus en Angleterre, en Ecosse, en Irlande, et n'y ont jamais existé, soitparmi les titres éteints, les titres dormants, les titres encore vivants, ou même la géo graphie des pluspetits hameaux.
Donc le nom que vous persiste^ à donner sur vos Annuaires ou Calendriers à votre second Grand Maître n'est qu'un pseudonyme ou une anagramme. De toute manière, c'est un faux nom ; pourquoi ce faux nom et quelle personnalité... historique recouvre-t-il ? J'ai déjà posé cette question et je la pose à nou veau.
Dans l'intérêt de l'histoire, qui ne doit pas toujours rester secrète, même pour des maçons, et de la vérité, si chère à tous les philosophes, cette question doit être résolue ; et elle le sera, car j'ai l'absolue certitude que des curieux moins obscurs que moi sauront parler, après avoir découvert à leur tour la clef de ce petit mystère. Sur un autre sujet, fr.-.
John Yarker s'ex prime ainsi : « Beaucoup de faits relatifs à Ramsay ont été recueillis en 174 1 par von Geusan, qui rapporte que Ramsay lui dit alors avoir 40 ans.
Le journal de Geusan n'a pas été imprimé. » Ce simple passage me rend perplexe à l'égard de la valeur de ce manuscrit : car comment s'expliquer que Ramsay, en 1741, aurait pu dire à von Geusan qu'il avait alors 40 ans, puisqu'à cette date précise il en avait bel et bien cinquante-cinq ans tout sonnés. En effet, il était né le 9 janvier 1686 — et il mourut à l'âge de b7 ans, le 16 mai 1743, à Saint-Germain-en-Laye, dans cemêmecol i5
226 l'initiation lège de Clermont où, quarante-deux ans auparavant, s'était éteint l'ïli. fr.\ Jacques II, Grand Maître héréditaire de l'Ordre royal d'Ecosse, Hérodom de Kilwinning et RoseCroix. Le fr.\ John Yarker ajoute : « M . Teder peut-il nous donner quelques faits plus anciens concernant le Kadosh de Clermont. Lambert de Lintot conférait son rite à sept degrés à Londres au milieu du dix-huitième siècle.
Ce système possédait les grades : Ecossais de l'Est, Rose-Croix et Templier. » Sûrement, je pourrais donner quelques in formations relatives au Kadosh de Clermont. Mais il me faudrait savoir d'abord sur quoi l'on désire qu'elles portent.
Si le fr.\ John Yarker sait que ce rite était conféré à Londres au milieu du dix-huitième siècle — ce qui nous reporte vers 1752 — il me semble évident que je n'ai rien à lui apprendre sur le nombre, les sym boles, la nature et le caractère des degrés qu'il indique lui-même.
Cependant, que le Kadosh du chapitre de Clermont ait été conféré à Londres vers 1750, cela n'a rien qui doive étonner beaucoup, puisque le système de ce chapitre était, dans ce temps-là, introduit ailleurs — en Allemagne, par exemple.
Pour ceux qui se contentent d'une histoire toute faite et ne se donnent jamais la peine de faire des recherches personnelles en remontant aux sources, il est entendu que le chapitre de Clermont a été institué en 1754 par le chev.-. de Bonneville. Mais j'ai de bons motifs pour croire que ce chapitre a parfaitement
FEUILLES MAÇONNIQUES 237 existé avant la Grande-Maîtrise du comte deClermont, survenue en 1743, à un moment où il était à l'armée et où il faisait campagne, non en sa qualité d'abbé, mais avec une dispense du pape et un brevet de gé néral (1). Nous savons que le fr.-.
Ramsay, soigneusement initié par Fénelon, et obéissant à des influences templières qui n'étaient pas un rêve, puisque Jacques III les dirigeait, se mit, dès 1728, après un voyage à Rome auprès du prétendant anglais, à vouloir pro pager, même à Londres, un rite à sept degrés rempla çant les anciens degrés irlandais et renfermant les grades d'Ecossais, de novice et de chevalier du Temple ; nous savons aussi que ce système eut un succès prodigieux à Paris et donna naissance, en 1743, au Kadosh Templier, pour devenir en 1754 le régime du chapitre de Clermont à grades multipliés (2).
Mais je répète que je crois fermement que la naissance de ce chapitre est bien antérieure à 1754. Voyons un peu si je saurais démontrer cela. Le 1 5 février 1 747, en instituant le chapitre d'Arras, l'ill.-. fr.-. prince Charles-Edouard, régent de son père Jacques III, se donnait pour substitut du GrandMaîtredu Suprême Conseil d'Hérodom.
Donc, en 1747, il existait un Suprême Conseil d'Hérodom, agrémenté d'un Grand-Maître ; disons tout de suite que ce Grand- (1) Le comte de Clermont fut élu Grand-Maître en dé cembre 1743. Or, il était à l'armée et il faisait campagne depuis le 28 Juin 174.3 ; durant les années 1744, >745, 1746, et 1747, il resta encore à l'armée. Voir la Vie privée de Louis XV, par Moufle d'Angerville. (2) Clavel, p. 166-67; Bésochet, t. I, p. 36.
228 l'initiation Maître n'était autre, par droit héréditaire, que le pré tendant Jacques III, fils et successeur de Jacques II, mort au collège de Clermont (mont des clercs, mont du clergé, comme dit l'ill.-. fr.-. Ragon, 33«).
Or, il se trouve que ce collège fameux, d'où sont sortis les « premiers statuts maçonniques templiers (i)», avait, un peu avant la mort de Jacques II, Grand-Maître de YOrdre Royal d'Ecosse, Hérodom de Kilwinning et Rose-Croix, pris le nom de mont d'Hérodom (2). Si ce n'est là qu'une coïncidence, elle est vraiment étrange — on en conviendra volontiers.
Quoi qu'il en soit, c'est de ce collège de Clermont (mont des clercs, mont du clergé, mont d'Hérodom) qu'est sorti un grand chapitre de Clermont qui, avant 1 743 , c'est-à-dire bien avant 1 754, conférait les degrés de Chevalier de FAigle ou Maître élu, Chevalier illustre ou Templier, Chevalier sublime.
Sur ce sujet, les manuscrits du prince de Hesse, qui ont été en possession du fr.\ Morrisson Greenfield et du comte Le Couteulx de Canteleu, renfer ment de précieuses indications qui, selon moi, sont d'un utile enseignement, surtout quand il est question de la substitution du chevalier d'Orient (Knight of the East) et du Rose-Croix.
C'est d'ailleurs vers cette époque, en 1741 et 1742, que le baron ou comte Marshall (Georges Keith), le baron de Hundt, Ramsay, Derwentwater, lord Clif- (1) Ordre chapitrai, Nouveau grade de Rose-Croix et ana lyse des quatorze degrés qui le précèdent, etc., par le (r.-. J.-M. Ragon, p. 21 . (2) Manuscrits du prince de Hesse.
FEUILLES MAÇONNIQUES 22g ford, Kilmarnock, Louis de Bourbon-Conti, duc d'Antin, etc., se trouvèrent réunis à Paris, durant les assemblées d'un grand chapitre de Clermont tenu sous des influences templières qui, à partir de ce moment, devinrent plus actives et plus puissantes dans les Loges maçonniques.
Le but politique de ces assemblées est connu, tout aussi bien que celui qui, plustard, après l'expulsion de Charles-Edouard Stuart et aussi après l'abolition des jésuites (i), a été poursuivi par les ministres du sys tème templier introduit partout.
C'est contre lui que Martines de Pasqually s'est élevé avec raison, et ce sont les grades de ce système, à commencer par le Kadosh de Clermont, qui ont toujours été réprouvés par lesmartinistes, préférant, comme l'enseigne encore aujourd'hui leur Grand-Maître, la prière à la ven geance politique, et, à la haine, l'oubli et le pardon. Teder. (i) L'ill.-. fr.-. prince Charles-Édouard, fils de l'ill.-. fr.-.
Jac ques III, pensionné à Rome, fut expulsé de France en avril 1748, en vertu d'un arrêté pris par le Gouvernement français.
LE FEU SACRÉ! (suite) eAOeHBMAK « C'est l'hallucination rare. Il en est d'autres que je ne puis raconter. Le récit n'aurait de sens que pour les initiés. On doit encore se garder du poison aux heures pénibles, car il amplifie toutes les scènes et les états d'âme différents. Mais allez, après l'avoir absorbé, assister à un concert ou contemplez un tableau. Promenez-vous dans un parc bien ordonné ou dans une forêt imprévue.
Ayez autour de vous des lumières, surtout des lumières, des sourires, de beaux gestes, des vêtements soyeux et clairs. Le haschich est un amoureux de luxe, comme un diabolique semeur d'eflroi. Des formes infernales, si vous n'y prenez garde, hanteront vos nuits. Vous croirez être mûré pour l'éternité dans un sépulcre, avec des phos phorescences grimaçant dans le noir autour de vous.
Mais plus souvent vous vous trouverez dans une suite de salles rouges avec des tentures et des candé labres. Vous êtes arrivé pour une fête et vous savez que, tout à l'heure, une cérémonie étrange s'accom plira. Les figures autour de vous sont majestueuses
FEU SACRÉ 23 I et les allures d'une élégance surannée. Mais les dé tails, mêmes ridicules, ont une souveraine valeur. Vous entendez venir des salles voisines la musique, par bouffées, du plus génial opéra où l'angoisse et la joie humaines soient résumées. Cependant vous n'êtes pas sans inquiétude. Un mystère plane. Vous regardez furtivement le bas des robes à pli watteau, avec l'appréhension d'apercevoir un pied fourchu.
« C'est un démon vraiment qui vous hante, mais quel merveilleux démon ! Vous vous rendez compte que nulle initiation n'est plus profonde. L'âme, estce une illusion, s'ouvre à des sensations de vie intense, et par sa faculté d'imagination presque infiniment accrue, voit les choses sous un jour nouveau. Elle évolue à travers le monde, avec l'intuition de rapports insoupçonnés. Et la curiosité s'éveille, qui conseille d'aller vers cet inconnu.
Le manque d'énergie n'estil pas souvent, et même toujours, la suite du peu d'intérêt que l'on trouve à l'existence et à ses mani festations. On peut, avec l'aide occulte des dieux bizarres, prendre l'habitude de l'activité. L'extase de certaines heures découvre à notre pensée des vérités soudaines et magiques dans le sens réel de ce mot. Mais il suffit. Vous m'avez interrogé. Ce fut une conférence nocturne.
Voici le matin qui dissipera les nuages où notre causerie s'est égarée. » Ils sortirent de la salle qui s'enfumait et devenait livide par contraste avec la clarté franche du dehors. Sur le trottoir les saisit un exquis étourdissement. Us contournèrent les collines de légumes et de roses.
232 l'initiation Quelques groupes de noctambules, au milieu dela rue, achetaient des rieurs. Des loqueteux, d'un sourire bas, attendaient les sous égarés. La yie du jour s'éveillait au vacarme des chariots. Et c'était l'impression d'aller parmi les parfums, sous les regards obliques du soleil levant, avec la fatigue élastique d'une heureuse nuit d'insomnie, vers la fraîcheur du repos.
L'idée seule d'un poison produit souvent les mêmes effets que ce poison même. C'est une des puissances de l'idée et l'indication d'une de ses relations avec la matière. L'expérience a vulgarisé cette doctrine, et la suggestion, dont l'étude est entrée dans le domaine scientifique, en donne tous les jours des preuves. Les théories exposées par Corbus hantèrent de longues heures la pensée de son interlocuteur.
Vainement, incapable de travailler, il essaya de dormir pour calmer une étrange surexcitation. La journée lente s'écoula. Des nuages lourds passèrent au-dessus de la rue étroite, l'obscurcissant par intervalles. Et les fe nêtres que Jean Dorève, de la sienne, voyait en face, furent plus mystérieuses que jamais.
Il connaissaiti indéfinissable attrait des fenêtres, ces "jours énigmatiques ouverts sur l'existence des milliers de fantômes qui respirent autour de nous.
Quelle han tise de songer à toutes ces formes animées qui évo luent jusqu'à l'horizon, derrière les portes, les murs, les rues, avec des cris et des gestes qui se croisent, s'appellent, se répondent, et qui font à la vaste terre un manteau souple d'humanité I Et chacune de ces formes a sa vie intérieure et son intimité, pareille à
LE FEU SACRÉ 233 la nôtre, et en différant aussi. Une curiosité presque coupable fait se porter les yeux de l'observateur vers le détail des intérieurs voisins aperçus. La vie autre se marque par des arrangements divers. Le coin d un meuble, un tableau sur le mur, une lampe sur la table, ont des histoires à conter. L'âme vague des objets garde le souvenir des présences et des frôlements.
Une silhouette passe dans la baie de la fenêtre ou derrière les rideaux de la vitre close. De menus soins et des préoccupations se révèlent, tantôt ridicules, tantôt suggérant l'émoi, tantôt avouant cette résignation profonde et cette indifférence qui est l'âme des ob jets, des animaux et de la plupart des hommes. Les unscommelesautres demeurent, avecquelques oscilla tions, à la même place, et ne s'étonnent jamais.
La succession des minutes est pour eux un jeu normal. Les intérieurs devinés, et que les rideaux ou les vitres cachent au regard de l'observateur, sont plus heureux pour le rêve. On peut les conjecturer et donner carrière à la fantaisie, certain que l'on est d'ailleurs que nulle création de notre pensée ne manque d'être réalisée, par avance, quelque part.
Le monde, celui des idées, comme le monde des corps, est illimité, dans tous les sens, et dans tous les sens de ces sens. Le regard de Jean Derève, en vagabondage, traver sait la rue et montait jusqu'au balcon des étages su périeurs. Il se cramponnait, par l'imagination, à la marge étroite des balustres, avec la peur de tomber, la sensation réelle de ses efforts, puis de ses doigts
^34 l'initiation quittant la pierre, et de son corps abîmé sur le trot toir impitoyable. Puis, soudain, respirant profondé ment, il se retrouvait assis dans la salle basse, au ni veau du sol, avec la terre plate sous ses pieds. Tous les objets familiers, contemporains et témoins de sa vie bizarre, semblaient le féliciter d'avoiréchappé au danger.
C'était une sensation analogue à celle que l'on éprouve dans un rêve, quand on croit faire une chute de haut. Mais, dans le rêve, on se réveille toujours avant de toucher le sol, car si l'illusion allait jusquelà, le choc cérébral serait tel que l'on mourrait sûre ment. Beaucoup de morts subites pendant le som meil, inexpliquées, viennent sans doute d'un rêve mortel qui ne s'est pas interrompu.
Enfant, Jean Derève avait supposé que cette terre uniforme ne s'étend pas sans limites, et qu'on arrive au bout du monde quelque part. La conception d'un globe immense dont le centre était en bas et toute la circonférence en haut n'entrait pas plus dans son es prit que dans celui de tous les êtres naïfs par l'âge ou le défaut de culture. Il existe encore des cosmogonies correspondant à cet état d'âme.
L"homme sauvage croit que ce monde est une vaste surface arrondie portée sur un océan circulaire ou sur le vide. C'est la science d'Homère. Pourquoi pas ? Nous sourions de ces conceptions primitives. Mais, ou bien le progrès n'est qu'un vain mot, et lequel de nos savants accepteraitcette hypothèse,ou bienilsdoiventadmettrequ'un jour leur explication de l'univers, tel qu'ils le voient
FEU SACRÉ 235 aujourd'hui, paraîtra aussi ingénue et fausse que celles de Ptolémée ou des Indous. Il faut que les vérités dé couvertes se transforment en erreurs, pour enfanter d'autres vérités. Toutes les formes disparaissent à leur tour. Mais c'est la forme actuelle. Dans l'espace, il n'y a ni haut ni bas. Sans cela, qu'elle chute au bord de la terre ! Nous serions pareils au Satan de Victor Hugo tombant du ciel pendant l'éternité.
Au contraire, pour celui qui connaît les lois de l'attraction, n'est-il pas amusant de concevoir, fait indéniable, que l'ap proche d'un astre plus volumineux, surgissant des profondeurs de l'abîme à notre zénith, renverserait la loi naturelle, et ferait apparaître sur nos têtes le sol où nous devons tomber, la terre, sans avoir bougé, se trouvant tout à coup en haut, avec ses maisons bouleversées et ses toits pendants 1 Avant les inquiétudes morales, de semblables ques tions troublaient son âme.
Dès les premiers jours de l'enfance, il avait été pris par le mystère, spirituel ou matériel. Il y a des hommes qu'à leur naissance une fée, peut-être méchante, mais dont le sourire est per suasif, emporte pour les enfermer dans le palais des -enchantements. Quelle rose mortelle que la pensée 1 Et quelle souflrance chez ceux que son parfum grise 1 Leur sentimentalité comme leur réflexion s'exaspère à des chocs trop nombreux et trop différents.
Cet étonnement de la vie, comme d'un vin nouveau, dure parfois de longues années. Et leur intelligence n'est qu'une lueur abritée du vent au creux de la main,
236 l'initiation qui ne les défend de se heurter, tous les trois pas, à quelque mur. Car il n'y a point de route durable. Toute idée que l'on suit jusqu'au bout arrive à l'absurde et au néant. Heureux les philosophes qui supposent les problèmes résolus par cette déclaration qu'il n'existe pas de pro blèmes !
Plus heureux ceux qui, d'un cœur léger, ac ceptent gaillardement les antinomies et se réjouissent que l'on puisse affirmer le contraire de tout, ce qui prouve que les vérités sont nombreuses, et travaillent sans défaillance à construire le temple de leur igno rance, soutenu par des colonnes alternativement blanches et noires, tirant grand espoir, pour la soli dité de l'édifice, de cette diversité de couleur 1 Plus heureux, enfin, ceux qui, sans s'affubler d'un vain titre, renoncent à inventer des systèmes, et s'accom modent pour vivre de quelques apparences de vérité que la foule se passe de main en main, comme de fausses pièces de monnaie dont le cours serait forcé.
Assurément, le mieux est de croire qu'elles sont faites d'or éprouvé, et de s'en contenter pour l'achat des petites joies qui nous distrairont suffisamment de l'aube à la nuit. On bâtit sa maison de planches ou de pierres ramassées. Une sculpture fortuite orne sa façade çà et là. Quelques ruines de temple seront la masure pour le bonheur. Il faut accepter la vie sans l'interroger, et s'écarter de la pensée avec un soin ja loux.
D'ailleurs, qui prouve que la pensée n'est pas une maladie de la matière, comme la perle, malgré sa beauté ? C'est donc le devoir du législateur de proscrire sé
FEU SACRÉ 237 vèrement toute tentative dans l'ordre de la connais sance. Reconnaissons, à la louange de ce personnage de raison, qu'il s'en est toujours acquitté. On tolère les métaphysiciens, vieillards un peu fous, qui de meurent en de minables greniers, tissant des étoffes qu'ils croient solides avec les fils d'araignée enchevê trés autour de leur misérable taudis. Ils ne sont point dangereux.
En même temps que leurs conceptions s'écartent de celles communément reçues, elles s'écar tent aussi de la forme vivante par laquelle elles pour raient séduire. Ils se contentent de leur rêve. Ils ne trouvent pas un homme qui consente à le réaliser sous la forme palpable du livre, et ainsi, il y a un ordre admirable. On n'imprime que les choses con ventionnelles. Il n'est pas à craindre que les idées neuves circulent. Voilà donc un péril évité.
Si des hommes, au contraire, plus jeunes et plus ardents, s'avisent de croire à la réalité de leurs idées, d'expliquer la vie par des formules pas encore pro noncées, et s'ils ont l'audace d'aller sur les places pu bliques, pour annoncer ce qu'ils croient être la bonne parole, aussitôt ils deviennent des malfaiteurs, car ils bouleversent l'ordre fragile des choses reçues.
Toutes les sectes se lèvent de leur chaire d'ignorance et dogmatisent contre eux. On les accuse d'avoir pré tendu que César n'était pas César et que les prêtres du moment étaient les prêtres de l'erreur. Les hommes usuels n'ont jamais éprouvé le besoin de se demander si la terre tourne. Ils s'insurgent comme contre une insulte personnelle, si quelqu'un se préo.cupe de la terre et du mouvement. Chaque étincelle de sagesse
238 l'initiation allume un bûcher. Chaque prophète qui parle de la montagne voit se dresser une croix près de lui sur la hauteur. La vie ne peut subsister que grâce à l'insouciance. C'est une sorte de conspiration. En naissant, nous apercevons auprès de notre berceau des figures d'hommes attristés, et qui mettent le doigt sur la bouche pour nous enseigner la loi du silence.
La race humaine est pareille à un voyageur qui marche le long d'un gouffre où il lui est interdit de jeter les yeux, à peine d'être attiré par la profondeur. Il ne peut non plus lever les regards vers le ciel qui s'étoile sur sa tête, car le moindre faux pas serait fatal. Et, ainsi, nous allons, attentifs à la bande étroite du sen tier.
Les liens mystérieux entre le physique et le moral, entre ce que nous appelons notre corps et ce que nous appelons notre âme, font que cette image n'est pas seulement une image, mais l'expression double d'une vérité. C'est la crainte et l'amour de l'abîme qui suscita les grands inquiets.
Le réel Pascal, dissimulé par le pamphlétaire attitré de Port-Royal,, a vécu dans cette terreur, également angoissé au bord d'un pont sur la Seine comme au bord de l'infini mathématique. Le corps partage les appréhensions de l'âme, sous une forme plus saisissante. Les pen sées, comme les gestes, refusent de se pencher du haut de la tour. Cet émoi se manifestait chez notre personnage, sans qu'il en eût compris le sens.
Mais nul n'était plus sou mis que luiau vertige. C'est une des impressions que tous les hommes sont susceptibles d'éprouver, à un
FEU SACRÉ 23(> moment donné, comme la peur, mais avec une bien différente intensité. Certains ne peuvent considérer le sol, d'une distance de quelques mètres, sans en souf frir. D'autres gravissent des échafaudages, ou vont poser un drapeau à la flèche d'une cathédrale, avec une parfaite tranquillité. La seule imagination d'un pareil haut fait le terrorisait.
Longtemps il avait con jecturé, avec une modestielouable, que cette infirmité n'était que le signe de l'inaptitude aux idées sublimes. Mais il réfléchit un jour que le couvreur, qui construit le clocher du temple et se joue sur une planche fra gile, peut avoir des pensées basses. Un tel raisonne ment le rasséréna. Pour lui, c'était un supplice immé rité de s'accouder aux fenêtres.
Comme on éprouve le désir impérieux de mettre à vif une plaie irritante, il se penchait, haletant, cramponné aux barres d'appui, défiant l'appel formidable, sans pourtant qu'il se souvint d'avoir une fois oublié, au balcon d'un ap partement quelconque, de vérifier machinalement la solidité de l'appui.
Un ami qui l'accueillait dans ses promenades noc turnes, à l'autre bout de la ville, et qui demeurait au cinquième étage, souriait de le voir, à chaque hospi talité, avant de se livrer au sommeil, prendre de ridicules et tragiques précautions. Il plaçait devant la fenêtres de la chambre tous les meubles possibles à remuer. On eût dit qu'il se barricadait contre l'espace.
C'était sa hantise de se réveiller, après un accès im probable pourtant de somnambulisme, étendu sur le pavé de la rue, la tète fracassée, respirant juste assez pour se sentir perdu.
240 l'initiation Et comme il arrive chez ceux qui vivent surtout par l'imagination, devant ses yeux se déroulaient toutes les scènes suivantes de désolation. Il se voyait transporter chez lui, au milieu des curieux émus. Il assistait à ses funérailles. Il s'apitoyait sur sa mort. Il songeait aux impressions diverses de ceux qui le connaissaient, et à la tristesse fugace de ses amis.
Chose curieuse, dans les rêves (mais qui trouvera la loi des rêves ?), jamais une inquiétude semblable ne le poursuivait. L'association des idées s'y fait mécani quement, sans le contrôle de la raison. La mentalité de l'homme, dans ces moments, pourrait être re gardée comme pareille à celle des animaux supérieurs éveillés. L'absence de conscience et de réflexion pro duit un effet différent sur les joies et les douleurs.
Les premières paraissent plus profondes, n'étant pas gâ tées par l'analyse dans leur spontanéité. Les peines, au contraire, sont moins vives et sans portée. On ef fleure les impressions en un changement perpétuel. Ce vagabondage explique pourquoi les préoccupations du jour ne reviennent pas la nuit forcément. L'esprit en est fatigué et n'insiste pas.
Cela est si vrai qu'il suffit parfois, pour écarter du sommeil une image re doutable, d'y penser obstinément avant de s'endormir. Bien plus aisément se représentent à nous des im pressions insignifiantes, qui ont passé, durant le jour, devant les yeux de notre âme, et dont la trace fut si légère, que nous les avons, le soir, complètement ou bliées. Mais c'est un jalon que, sans le savoir, nous avons posé. Telle figure insignifiante, aperçue dans nos promenades, et que nous avons à peine vue, re
LE FEU SACRÉ 24 1 viendra hanter notre sommeil, et prendre un relief et une importance absurde et démesurée. On pourrait encore supposer que les sensations nocturnes sont complémentaires de celles du jour. Ainsi, quand on a considéré longtemps un disque rouge, c'est un cercle vert que l'on distingue, les yeux fermés. Les gens lourds rêvent qu'ils ont des ailes.
La fantaisie de Jean Derève, lasse de vertige, trouvait dans les ombres de la nuit la torture opposée. Ses cauchemars étaient de se croire emmuré vivant dans un tombeau. Il savait l'effort inutile pour soulever une pierre que les mains du fossoyeur ont posée solidement, et l'épou vante de concevoir le ciel bleu, l'air libre, le chant des oiseaux vers le soleil dont on est séparé pour l'éternité par la terre lourde et noire.
Ou encore, il avait l'illusion de s'éveiller dans un souterrain étroit et obscur, et d'apercevoir dans le lointain la clarté d'une ouverture mince, vers laquelle il essayait déses pérément de ramper, par un passage dont la largeur diminuait à chacun de ses mouvements. Il ne pouvait plus avancer, pris aux épaules, et ne voulait pas non plus s'en retourner vers le noir. Il étouffait et se réveill iit avec des cris affolés.
Mais l'espace ne tour mentait que ses heures de lucidité. Ses idées nouvelles se ressentaient de cette préoccu pation. On ne dit pas assez combien la vision spéciale de la vie influe sur les jugements et les actes. Telle crainte inavouable parfois à cause de son ridicule tourne l'existence vers une direction définitive. Chacun de nous a dans son caractère un de ces traits insignifiants, qui n'a d'importance que pour lui seul. 16
242 l'initiation Il y a des démons bizarres et tyranniques, dont l'in fluence est toujours présente. Bien qu'assez disposé à demeurer sans lassitude à la même place, Jean Derève ne détestait pas les voyages. Mais il fréquentait au bord de la mer.
Son idéal pour les vieux jours était une modeste maison sur le rivage d'une Médi terranée, avec du soleil et quelques ombres de pinsparasols, pour des rêveries calmes au bruit mono tone des vagues bleues.
Les montagnes l'écrasaient de leur masse, s'il devait vivre au pied, et, d'autre part, il eût évidemment redouté de gravir leur pente, avec son cortège de fantômes, même pour aller ins crire son nom, dans un émoi patriotique, au sommet de quelque Gaurisankar. Les chamois et les isards lui paraissaient, par leur aptitude, des animaux aussi fabuleux que la chimère.
Il aimait les chats, mais non pour la volupté un peu banale de plonger sa main dans une fourrure poussié reuse et grasse. Ce qu'il respectait en eux, c'était le don miraculeux de se promener sur les toits et le re bord des maisons, et de faire des chutes effroyables sans danger. Une chatte de ses amis, qui venait lui rendre visite, était tombée plusieurs fois de la man sarde qu'elle habitait sans aucun dommage.
Il en conçut pour elle une admiration. Le culte des Egyp tiens lui parut justifié. Mais il n'éprouvait aucun désir de fouler d'un pied triomphant le sommet des pyramides. Il ne s'aventurait même pas volontiers dans les ascenseurs. Outre que ces instruments lui paraissaient être encore construits sur un mode bar bare, et présenter par leur complication de perpé
LE FEU SACRÉ tuels danger, il ne pouvait se faire à cette impression de sentir le vide grandissant au-dessous de lui. Tous ses souvenirs héroïques étaient de montées dans des monuments, ou de promenades sur des routes sépa rées du précipice par un garde-fou. Jamais il ne se serait hasardé dans la nacelle d'un ballon. Quelle folie que de croire à la conquête pos sible de l'air !
Des choses sont réalisables, à priori, bien qu'encore irréalisées, et d'autres pas. L'homme est fait pour vivre sur la terre et garder le contact maternel qui lui donne la force, comme Antée. Il n'est pas beaucoup plus indépendant du sol natal que les végétaux. Après une course brève, il redescend audessous.
Mais, cependant, la conformation du corps, encore que l'on accorde quelque crédit à la loi de l'adaptation, ne peut se prêter au vol. Il est impossible de se soutenir dans l'air autrement que par accident et par des moyens artificiels. L'homme, conquérant de l'air, devra toujours craindre une chute. Il ne sera jamais l'égal des oiseaux, pas plus que le scaphan drier ou le plongeur momentané ne sont réellement des poissons.
Ceux-ci, d'ailleurs, ne peuvent pas aller au-delà de quelques mètres dans la profondeur des mers. Et l'homme ne peut s'élever que dans les couches infé rieures de l'atmosphère. Il ne connaîtra jamais les monstres qui glissent silencieusement sur le sable obscur des océans, non plus que les grands oiseaux, maîtres de l'espace, dont les ombres ne parviennent même pas jusqu'à nous. Les plans successifs de la matière ne peuvent pas se pénétrer.
244 l'initiation La littérature et l'art fournissaient un prétexte à de semblables opinions. La roche Tarpéienne et le gouffre où les Spartiates précipitaient les enfants difformes étaient célèbres dans sa mémoire. Il haletait suspendu avec l'archiprêtre au bord des tours NotreDame, et voyait, levisage convulsé, les ongles écorchant la pierre, le cadavre de tout à l'heure tiré en bas par les mains invisibles et implacables de la pesanteur.
N'est-il pas permis, cependant, et ce serait le plus grand mystère, de supposer qu'une chute de très haut ne doit pas avoir la tragique épouvante que l'on appréhende ? Tout ce qui s'exagère s'atténue ou se supprime, et la faculté de souffrir a des limites plus étroites qu'on n'a l'habitude de l'imaginer.
Il en est de toutes les choses mortelles comme de la mort, à qui les générations successives mettent un masque ridicule, et qui n'est qu'une ombre, et qui n'est rien. Une fois lancé dans l'abîme, on perd la notion du réel. Des voyageurs n'ont-ils pas conté, revenus par miracle d'un tel accident aux flancs des montagnes, qu'ils éprouvèrent une indéfinissable volupté à se sen tir flotter dans l'espace?
C'est l'illusion chèrement payée aussitôt, d'être affranchi pour une seconde des liens de la pesanteur. Le temps qui s'écoule, rapide, avant le heurt définitif, ne peut-il, par un éternel contraste, être débordant de joie physique ? D'autres exemples de la même compensation se présentent aux esprits obscènes qui préconisent la mort par la pen daison.
Il y a, sûrement, dans l'attirance qui est le propre du vertige, un appel mystérieux, explicable par quelque raison aussi ignorée qu'imprévue.
LE FEU SACRÉ Dans tous les cas, ce genre de trépas a quelque chose qui sollicite, à côté de l'horreur connue. Il est grandiose de s'élancer majestueusement dans l'éter nité. Quel empereur (n'est-ce pas Elagabal, prêtre du Soleil ?) avait fait construire une tour à la base pavée de pierres précieuses, pour un suicide pompeux ?
Cela supposait chez ce césar une conception de la vie et de la mort peu banale; il avait le sens du décor, et s'ap pliquait à rendre esclave l'insoucieux imprévu. On sait comment une soldatesque dénuée d'art l'empê cha de réaliser son rêve, en le massacrant dans l'igno minie. Cette promptitude fut fâcheuse. Elle nous priva d'un bel exemple.
Mais on imagine que les gemmes et les émaux, habilement entrelacés, devaient, en mosaïque, figurer d'avance les traces de sang véritable dont ils se fussent éclaboussés. C'est la mort la plus élégante, le retour prompt à la terre de quoi les hommes sont sortis. Il est étonnant que les modernes aient délaissé le geste ancien.
On n'en trouve pas de traces dans les pratiques même des clubs confortables qui réunissent, en Amérique ou ailleurs, les amateurs de suicide. Le revolver n'est pas infaillible, et paraît trop administratif. Il n'y a pas de chef de bureau qui n'en ait un dans son tiroir. Le poison, en général, fait souffrir. Le saut dans un fleuve semblerait se rapprocher de la forme qui nous occupe, mais c'est la noyade au lieu de la chute, que l'on cherche.
Les traditions s'en vont. Un pareil ou bli ne peut s'expliquer que par l'ignorance toujours accrue des convenances et lois naturelles. La bar barie organisée fait des progrès tous les jours. On ne
246 l'initiation sait même plus prendre congé. Les suicides du haut des tours déplaisent au peuple bas. A peine si, chaque année, quelque malheureux conservateur saute de l'Arc de triomphe. Mais la pureté de l'acte est toujours gâtée par une sorte de souvenir patriotique. Les no taires de province gravissent les marches intérieures de l'édifice en songeant à Napoléon, et saluent leur dernier soleil comme celui de Waterloo.
Tous les hommes dégoût éprouvent, à cette constatation, une gêne, le sentiment léger, mais pénible, d'un ridi cule. Car il ne faut point profaner les rites. La peur de l'abîme et le désir fatal d'y tomber ont sûrement une origine profonde. La loi de l'attraction gouverne tout le royaume de la matière. Elle a pour correspondance l'amour, dans le monde spirituel. C'est la plus mys térieuse et la plus universelle des lois.
On peut n'y voir qu'une forme de la tendance à l'unité. Parle même raisonnement apparaît juste la cou tume d'enterrer les défunts. Le bûcher n'est qu'un simulacre. Les fumées n'échappent pas à la pesanteur. Barbares sont les peuplades et dénuées de logique, chez qui l'on expose les cadavres aux branches des arbres ou près des nids de vautours.
Il est vrai que demain les branches se transformeront en humus, et que les vautours cherront, après leur mort, à la fosse. Mais l'ensevelissement respecte plus promptetnent le retour, et laisse mieux comprendre le peu d'importance qu'a l'individu. Les hommes reviennent à la terre, comme les vagues, un moment surgies, retombent à l'océan.
LE FEU SACRÉ 247 Après une journée de vagabondage par les sentiers métaphysiques, Jean Derève se reposa, décidé à suivre jusqu'à l'extrême les visions que la nuit précédente avait appelées dans son cerveau. Son état d'âme lui parut propre aux plus émouvantes suggestions. D'ailleurs, ce n'était que dans le sommeil qu'il se sentait en possession pleine de sa faculté imaginative.
Comme l'on serait heureux si l'on avait le pouvoir d'exprimer aussitôt ce que l'on éprouve à ces moments de spiritualité absolue, où l'espace et le temps sont transformés ! Durant le jour, les fatigues et la con trainte du corps empêchent le jeu de la pensée. Mais la nuit est favorable à l'apparition des formes astrales, à la venue des messagers envoyés par l'Au-delà.
Il n'y a plus d'absurdité dans l'enchaînement des théories qui parurent les plus étranges, vues à la clarté insuffi sante de la diurne raison. La nuit inspire les sybilles et les amoureux. Il favorisa lui-même l'éclosion des fleurs insolites. La magie est faite de précautions. Rien de son repos et des accessoires ne fut livré au hasard. Il consulta doctement Apollonius de Tyane.
Et certain de voir des choses intéressantes, il s'enveloppa le corps, et plus particulièrement la tête, dans l'étoffe de laine blanche qui provoque infailliblement les évocations. C'est une coutume ancienne, qui se perd et se retrouve. Le flamine de Jupiter portait un bonnet de laine, réduit plus tard à une aigrette de même sub stance, qui n'eut plus qu'un sens figuratif. Mais les hommes des images s'entourent la tête de leur man teau, pour se livrer' aux méditations. Le flamine de
248 l'initiation Jupiter conservait dans sa maison le feu sacré. Jean Derève savait que ce feu sacré se garde à l'abri d'un voile, et que la pensée, elle aussi, est une lueur fragile qu'on doit protéger et empêcher de se disperser à tous les vents.
D'ailleurs, les découvertes scientifiques les plus récentes permettent de voir dans le cerveau une source réelle d'énergie qui se manifeste au dehors dans certains cas, par des phénomènes de lumière et de chaleur. 11 eut un songe. A la suite de quelle chute, ou de quel départ de la vie, son âme et son corps se trouvèrent dans le pays inférieur. C'est les cavernes où le vulgaire suppose les gnomes, gardiens des trésors souterrains.
Il se peut que le ciel, ou du moins ce que nous appelons de ce nom, le but de nos aspirations, soit en réalité au-dessous de nous. Cette hypothèse favoriserait les adorateurs du feu, puisque le feu le plus proche, ce lui qui peut naturellement nous être un guide vers le plus lointain, se trouve situé par les géologues au centre de notre globe dont il est le cœur.
On pour rait alors considérer des humanités successives, vi vant au-dessus les unes des autres, d'autant plus par faites qu'elles occupent un cercle plus intérieur, à rencontre de l'enfer du Dante, sans que la diminu tion des sphères, jusqu'au néant matériel du foyer, fût un obstacle à leur existence. On admet bien que c'est au sommet, au point où s'évanouissent les lignes, que la pyramide, par exemple, a toute sa réalité. A quelle profondeur fût le pays où le dormeur se vit transporté ? Il ne pouvait s'en rendre compte,
LE KEU SACRÉ 249 «n'ayant eu la sensation ni du départ ni du voyage. Ou, peut-être, avait-il oublié ce passage de la vie ex térieure à celle-là. Mais déjà l'espace devint, en un sens, excessivement limité. Ce monde habitable était tout en largeur, pareil à ces galeries que les mineurs creusent dans la houille, dont la hauteur est mesurée à celle d'un homme. Une existence différente se dé roule sur un plan déterminé.
Mais des routes, par endroit, se dirigeaient vers de lointaines demeures, formant des carrefours écrasés. Aux parois, de place sn place, étaient fixées des lampes de métal, dont la lueur vague éclairait quelques mètres du chemin.
El des cavités noires dans le mur, que confusément on distinguait à leur tache plus sombre, s'échappaient des murmures de paroles, comme si le peuple de ce royaume fût caché dans les maisons, par crainte même d'un jour douteux. Ces maisons devaient être comme des tombes, et la vie qui s'y écoulait, grave et morne, comme est, sans doute, au-dessous de la terre ensoleillée, celle des morts ensevelis.
Du moins, le songeur éprouva-t il, dès ses premiers pas, une singulière impression de délivrance et de sécurité. Ses craintes diurnes étaient abolies, et l'émoi qu'il ressentait, venu de la situation insolite, n'avait rien de commun avec la hantise habituelle. Muré dans une catacombe plus vaste et plus définitive que les hypogées d'Egypte, il pouvait tout appréhender, mais il ne redoutait plus de tomber, ayant le sol audessus de lui.
Et la terre protectrice l'entourait soli dement. Parfois, seulement, à certains passages, le vant la tête, il fut surpris et troublé, comme dans un
25o l'initiation vertige à rebours. De grandes ouvertures béantes, comme taillées à coups de pic, ou produites par l'écla tement d'une mine, apparaissaient au plafond de la galerie. On eût dit, à leur forme irrégulière, en in verse, de carrières abandonnées. Elles s'enfonçaient vers le haut, de quelques mètres, dans le rocher noir, mais n'avaient aucune issue, et l'on sentait peser sur elles toute l'épaisseur du sol.
Un oiseau funèbre, en volé vers cette illusion d'espace, après trois coups d'aile fut retombé, ayant touché le fond du creux. C'était sans doute les restes et les marques de tenta tives puériles vers l'Au-delà, les monuments vides des Icares ayant voulu vainement s'enfuir. Le seul résul tat de ces efforts demeurait l'amoncellement des dé bris sur le sol à ces passages, obstruant la route inu tilement.
Mais cette route devenait, avec l'habitude, plus ai sée. Une pente insensible s'accentua. Et il comprit que le pays découvert devait, non s'étendre le long d'une circonférence régulière, mais suivre une spirale vers le foyer. La loi du progrès se vérifiait dans ce monde comme dans les autres.
Ceux descendus de l'extérieur éprouvaient à chaque pas une légèreté plus grande, la réalisation lente et continuelle de l'équi libre, et devaient marcher vers l'horizon surbaissé comme vers la délivrance de l'odieuse pesanteur. Ils tournaient, en s'en rapprochant toujours davantage, autour de leur idéal. Qu'importait si le chemin de venait, avec la distance, plus étroit, et s'ils devaient courber la tète pour franchir le seuil du mystère. Ils la redresseraient tout à l'heure, dans le pays irréel,
LE FEU SACRÉ en dehors du temps et de l'espace, avec la liberté conquise sur les lois pesantes d'ici-bas. Son attention fut attirée, tandis qu'il allait, par d'autres lueurs que celles des lampes, s'agitant au fond des obscurités. On eût dit de flambeaux portés en main. Les habitants de la région souterraine fuyaient, effrayés, à son approche, comme les hommes à l'aspect d'un monstre céleste descendu vers eux.
On n'entendait plus aucun bruit derrière les murs, sinon celui de respirations étouffées. L'audace de l'explora teur n'alla pas jusqu'au geste de pencher la tète ou de tendre la main par les ouvertures noires des fe nêtres. Il ne voulait pas savoir, avec un frisson mor tel, quelle main d'ombre, s agrippant, saisirait la sienne tendue.
Mais il allait, insensible à l'effroi d'une pareille aventure, ou plutôt, si profondément plongé dans un océan de peur, que tous ses sens étaient submergés. Il apercevait aux carrefours des autels creusés dans les parois, autour desquels brûlaient d'autres lampes. Sa curiosité fut sollicitée par la forme des idoles.
Mais les cavités étaient fermées de grillages serrés, et le fond de ces retraites paraissait trop éloigné pour qu'on pût distinguer quoi que ce fût. A peine si ses yeux furent caressés par un vague reflet d'or sur le pli d'un vêtement. Il ne sut pas, et ne sut jamais par la suite, qu'elle Hécate était adorée chez ces peuples infer naux. Sans doute il traversait une ville. D'autres images familières dénoncèrent la présence d'une humanitéCar toutes sont pareilles dans toutes les sphères et
252 l'initiation ont les mêmes mouvements connus. Des charbons mal éteints, contre une borne, révélèrent un foyer ré cent. Ailleurs, des couronnes de fleurs tristes, posées à des seuils silencieux, faisaient supposer une fête lu gubre, ou peut-être marquaient la porte de quelque tombeau dans ce tombeau. Et ce fut la sensation d'une marche plus rapide à chaque pas.
La pente s'était accrue et le sol fuyait, sans que pourtant il donnât une autre impression que d'être toujours également sûr. Le silence fut troublé. Le voyageur perçut comme un murmure issant d'une galerie éloignée. Il prêta l'oreille. Allait-il enfin entendre des voix et connaître la langue des morts ? Le bruit grandit graduellement. Un cri monta, qui devint plusieurs.
L'obscurité se colora d'une lueur diffuse, qui grandissait ou s'atté nuait, comme aux sinuosités d'une route. Mais chaque fois la clarté revenait plus large et les bruits plus in tenses. Et comme le chemin s'ouvrait sur un autre plus vaste, le voyageur eut à peine le temps, par un instinctif recul, de se réfugier dans un coin d'ombre. Une foule arriva sur lui, si proche qu'il eût pu tou cher les vêtements.
Aux clartés de cent flambeaux, poussant des gémissements et des hurlements, surgit une troupe en désordre, des hommes, des femmes lugubres, les habitants du pays noir. C'était tous ceux qu'un attrait fatal ou quelque désespoir insupportable avait précipités dans la mort. C'était tous ceux qui tombèrent des maisons, des tours, des grands arbres vers le baiser formidable de la terre, ou du haut des rochers dans la mer. Des
LE FEU SACRÉ 255 vieillards et des enfants, appuyés sur des béquilles, laissaient pendre leurs membres tordus. Des misé rables à la colonne vertébrale cassée, pliés en deux, semblaient défier le ciel, avec la tenue ridicule de pantins désarticulés. C'était tous ceux qui, par une nuit sans lune, errant à travers la campagne, ne vi rent pas le gouffre ouvert sous leurs pieds, et tâtèrent le vide soudain.
Les têtes étaient serrées en des linges d'où le sang suintait, à taches élargies, rouge et cré meux. Car c'est sur la tète que les malheureux chu rent, et l'homme que l'abîme appelle se retourne pour toucher la terre selon son centre de gravité. A me sure que se déroulait la funèbre théorie, on discernait des figures d'épouvante, dans le jeu des torches obs cures.
Parfois, deux lèvres minces et convulsées gar daient l'héroïsme de la suprême résolution. Des mères tristes passèrent, les cheveux épars, serrant contre leur cœur des lambeaux de chair meurtrie, les en fants avec lesquels elles sautèrent du haut des murs, le jour de la ville prise, après les avoir cachés, pour leur dérober la mort visible, dans un pli de leur man teau.
Et tous les fous, tous les inventeurs, tous les Icares à l'épaule fracassée, vains défieurs de vertige, allaient au long de la route sombre, vers le but où les avait lancés un premier élan prodigieux. Les plus dé solés traînaient derrière eux de longues ailes noires brisées. Et le cantique effrayant qui montait de cette foule était fait de chaque cri, hurlement de joie ou clameur de détresse unique, poussé par tel quand il tomba. Jean Derève poussa, lui aussi, un cri d'angoisse
254 l'initiation qui le réveilla, et dont il entendit le prolongement dans la nuit, même après être sorti des ombres tra giques du sommeil. La sensation vibrante se perpé tue.
Il eut ensuite un soupir ample et profond, pour le retour à l'existence paisible, et se reposa dans son lit, voyant encore se dessiner, parmi les rieurs vagues de la tapisserie, à la lueur de la veilleuse, des bras et des corps estropiés, des visages hallucinés, et des têtes entr'ou vertes, éclatées comme des grenades mûres. Puis sa fièvre fut enfin calmée. Une immense lassi tude l'envahit.
Et peu à peu, sans savoir, il retomba dans l'inconscience et le songe. Ce fut une autre vision. Il lui parut qu'il était assis au milieu d'une chambre vide, dont les murs étaient blanchis à la chaux. On ne voyait aucune trace d'autre meuble que la chaise qu'il occupait. Il était seul. Comme la lumière péné trait largement par l'ouverture du mur, en face de lui, il conjectura qu'il était au dernier étage.
Ce devait être une maison pareille à celles que l'on rencontre au sein des villes populeuses, avec une saillie de pierre courant le long de la façade, et les vitres pen chées des fenêtres sur la paroi qui montait, en man sarde, vers le toit. Mais la baie qui s'étendait transpa rente devant lui, aussi large que haute, était presque droite, avec de grandes croix minces de fer la divisant à vastes carreaux.
Et sûrement, les mois d'hiver étaient venus, car la clarté qui dessinait son reflet de rêve sur le plancher tombait de la lune froide. Mal gré le silence et la solitude, il savait qu'autour de lui d'autres existences étaient cachées, derrière les cloi
LE FEU SACRÉ 255 sons, comme des souffles muets épiant le sien, à l'ombre des mornes cheminées, près des balcons aux barres forgées. Depuis combien de temps était-il là, maintenant, et aussi pour quelle cause ? Il l'ignorait, comme on ignore, dans le songe, les choses les plus logiques, et ne se le demandait même pas. Peut-être depuis des années, et à la suite de circonstances dont le détail eût lassé vainement son souvenir.
Mais il avait le cœur oppressé, et son âme était tourmentée par une inquié tude indéfinissable. Les angles lointains de la chambre se perdaient dans l'obscurité. Tout l'intérêt tragique et futur de cette situation se concentrait au milieu, dans le carré de lumière terriblement calme où la chaise était posée.
Et de l'autre côté de la rue étroite, séparée de lui par l'abîme, il voyait, au sommet de la maison d'en face, une fenêtre qui semblait le double de celle placée devant lui. (A suivre.) Gabriel de Lautrec.
LA RACE ROUGE dans le bassin de la Méditerranée et les nouvelles découvertes de l'Archéologie égyptienne Selon la tradition, des débris de la race rouge, échap pés à l'engloutissement de l'Atlantide, se réfugièrent sur les côtes de la Méditerranée et plus particulière ment en Egypte, sur les côtes de l'Asie Mineure, en Grèce, en Étrurie, en Espagne, où ils colonisèrent.
L'Égypte « Oimit, la terre noire », occupée par des nègres de grande taille, avait été envahie par une race asiatique à caractère chamitique ou sémitique, qui devint plus tard le noyau du peuple de Misraïm.
Elle apportait une civilisation orientale, sur laquelle, à l'époque néolithique, devait se greffer, pour prédo miner ensuite, un élément blanc, « la new race » de Pétrie, venant par la frontière lybienne, soit de l'ouest, du sud-ouest ou du nord-ouest (on est loin d'être fixé sur cette origine).
La réunion de ces deux éléments, l'oriental et l'occidental, était appelée à constituer l'immense em pire égyptien dont les débuts nous restent ignorés, puisque nous le voyons déjà dans toute sa splendeur à l'époque du fameux Menés, le premier roi de la pre mière de ces trente dynasties successives qui devaient gouverner la plus brillante et la plus longue civilisa
LA RACE ROUGE 257 tion que la faiblesse de notre vue nous laisse deviner dans l'existence du monde.
Civilisation si belle qu'elle permit aux Égyptiens, sans qu'on puisse taxer leur prétention d'orgueilleuse, de s'intituler eux-mêmes « Romitou, les hommes», civilisation que nous devons aimer, nous qui en sommes les fils ; aussi, pour être justes, nous devrions ajouter au vers de Victor Hugo, « l'Italie est la mère et la Grèce est l'aïeule », cette proposition : 1' «Egypte est la bisaïeule. » C'est à ces époques reculées, avant et au temps des premières dynasties, à plus de cinq mille ans avant notre ère que remontent les plus anciennes traces connues, laissées en Egypte par une race que l'on peut vraisemblablement supposer venue de l'Atlantide.
Dans deux fouilles récentes, dirigées par M. Flinders Pétrie, sous les auspices de l'Egypt Exploration Fund, on découvrit à Abydos, l'antique capitale de la HauteEgypte, dans les lieux mêmes où M. Amelineau, fouil lant les tombes des premières dynasties, croyait trouver le tombeau d'Osiris, on découvrit, dis- je, une série de poteries d'un style absolument différent du sty'e égyptien et, chose curieuse, d'aspect singulière ment grec, égsen, disait avec M. Pétrie le professeur Furthwjngler,en contradiction cependantavec M. Ed.
Pottier, le savant conservateur des antiquités grecques du Louvre. Ces poteries sont couvertes de signes qui, comparés aux caractères alphabétiques de peuples de l'Asie Mineure, tels que les Lydiens» les Lyciens, les Phry '7
258 l'initiation [mars giens, les Cariens, offrent une telle similitude d'as pect que l'on a immédiatement la vision d'une origine identique. Si d'autre part l'on se souvient de la tra dition qui veut que l'Ombrie fut colonisée par un Lydien, l'Atyade Tyrsenos, dont le grand-père portait le nom suggestif de Manès, si l'on se souvient que l'histoire a maintes fois, de Séti Ier à Ramsès III, signalé la présence de Pélasges Tyrséniens à Imbros, à Lemnos, à Samothrace, en Espagne, et si de nouveau l'on comparé les écritures de tous ces peuples, on a la cer titude de l'existence d'une civilisation encore incon nue, dont on peut vraisemblablement attribuer la paternité aux Atlantes. Ces Rouges, leurs fils et leurs petits-fils, ayant perdu leur patrie, probablement repoussés par les riverains méfiants comme on devait l'être dans un temps où le rapt, le vol et le pillage étaient choses d'habitude, durent devenir d'habiles navigateurs. Sillonnant la Méditerranée en tous sens, traitant quand il ne pouvait être pirate, laissant ici un peu de marchandises, là un peu de civilisation, en Egypte où l'on était bienveil lant et pieux, beaucoup de religion, ce peuple dispa raît enfin, noyé par des croisements multiples dans toutes les races qu'il fréquentait, et lègue sa place de courtier ainsi que son nom de « Phœnikus, peuple rouge», aux Cananéens venus du golfe Persique, des bords du Tigre et de l'Euphrate, s'installer le long de l'étroite côte syrienne, entre le Liban et la mer. On ignore encore, nous dit M. Pétrie, si à cette époque reculée ils avaient une valeur idéographique,
1904] LA RACE ROUGE 25g syllabique ou alphabétique. Cette ignorance est la seule pierre qui reste de la croyance en l'origine phénicienne de l'alphabet.
m Lu reprodaotion des articles inédit» publiés pur l'Initiation est formellement interdite, à moin» d'autorisation spéciale. "partie initiatique Cette partie ist réservée à l'exposé des idées de la Direction, des Membres du Comité de Rédaction et a la reproduction des classiques anciens.) LE CONFLIT RUSSO-JAPONAIS ET LES NOMBRES MAGNÉTIQUES La famille poursuit sans secousses la douce vie quotidienne.
Le père songe avec joie aux réserves lentement accumulées pour les enfants qui gran dissent, la mère pense, dans les instants de liberté que lui laisse son ménage, à l'établissement, heureu sement lointain, de ses filles et aux chagrins que lui causeront plus tard ses monstres de fils. Les enfants eux-mêmes, gagnés par le bien-être ambiant, se figu rent la vie comme un jeu perpétuel, coupé de voyages et de promenades.
Telle est cette famille heureuse dans son égoïsme et ne pouvant se figurer qu'il existe des malheureux sur terre. Quand on vient à parler... des autres, des étrangers, de ceux qui n'économisent pas et font des dettes, de ceux qui peinent pour le voi sin malade ou pour la pauvre femme en couches, alors le père, tout à son égoïsme, a vite fait de parler'
LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE 2ÔI de la paresse, mère des vices, et de l'épargne, généra trice des vertus ! Or, ces enfants sont perdus, socialement, si ces sen timents égoïstes ne sont pas arrachés de leur esprit, si leurs facultés internes, encore en germe, ne sont pas développées dans le sens de la pitié et du pardon. Aussi, si le ciel veut vraiment évoluer de telles na tures, la voie des épreuves s'ouvrira pour elles.
La maladie terrassera pour des mois celui qui ne comp tait que sur lui pour établir ses enfants, sans penser aux souffrances des autres; des placements désastreux ou des catastrophes sociales imprévues émietteront l'épargne et, un jour, l'orgueilleux d'hier montrera par l'exemple à ses enfants, ce qu'est la peine, ce qu'est l'incertitude du lendemain et ce que nécessitent de privations et de luttes les dêttes accumulées lors de l'impuissance ou de la maladie.
Et les enfants sorti ront forts de cette crise. Au lieu d'une vie de dé bauches et d'oisiveté, consacrée à juger et à médire, ils sauront lutter contre les embûches et ils aimeront le travail et la lutte. Ce que les ignorants ont appelé un grand malheur, une affreuse calamité, a été la cause secrète de leur salut social.
De même, quand un peuple jeune, plein de force, appelé à de grandes missions, s'endort dans l'égoïsme et la paresse, fuyant les inquiétudes et laissant avec un doux phlegme diplomatique égorger les autres peuples; alors, s'il est aimé du ciel, ce jeune peuple voit tout à coup se précipiter sur lui les calamités qu'on espérait éloignées pour toujours et la guerre
2Ô2 L'INITIATION vient secouer d'un grand frisson de fièvre les peuples missionnés, comme la fièvre remet en santé les indi vidus trop adipeux. Ainsi les cambrioleurs étrangers, munis des car touches de dynamite fournies par les frères d'Occi dent, sont venus inopinément et la bataille se pré pare.
Demandons, non pas aux vaines formules astrales, faussées par l'Invisible lui-même depuis la venue du Verbe incarné, non plus qu'à la sainte pro phétie, indigne que nous sommes de l'aborder, mais bien aux évocations des nombres, la clef humaine de ce conflit. La Providence se réservant l'appel et la cassation, nous essaierons seulement de poser le jugement de la volonté humaine, en toute première instance.
La terre que nous habitons est un appartement composé de plusieurs pièces. Il y a la cuisine, réservée aux races vaincues ou faibles, la salle à manger, ré servée aux races pratiques et fortes, enfin le salon, réservé aux dominations orgueilleuses, sans parler de la chambre à coucher pour les paresseux et les rê veurs sans prétention, appelés peuples de second ordre.
La lutte est généralement circonscrite entre ceux de la salle à manger qui veulent, après le repas, devenir les maîtres au salon, et ceux de la cuisine, qui vou draient bien s'installer à leur tour dans la salle à manger. Les peuples de la chambre à coucher,* n'ayant pas d'histoire, » regardent les autres la fabriquer et comptent les coups. Souvent on les fait passer de la chambre à coucher à la cuisine et cela leur permet à
LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE 263 leur tour de commencer un chapitre, mais à contre cœur. De temps en temps, un incendie vient mettre tout le monde d'accord en détruisant l'appartement, et de nouveaux locataires viennent recommencer la petite Ainsi pourrait-on raconter aux petits enfants bien sages de Mars ou de Jupiter l'histoire de l'apparte ment terrestre. Donnons maintenant quelques chiffres et revenons aux conceptions plus modernes. La terre est habitée par quatre races principales, de couleur différente. Les blancs, les noirs, les rouges et les jaunes. LES RACES AYANT DOMINÉ SUR TERRE D'après la tradition ésotérique. I" PÉRIODE LÉMURIENNE (Océanie actuelle) (iî.5oo ans) LÉMURIENS (JAUNES) ATLANTES fête. ou BLANCS ROUGES (en formation) NOIRS (Naissant à la lutte.)
264 l'initiation 2° PÉRIODE ATLANTE (12.500 ans.) ATLANTES OU ROUGES ETHIOPIENS OU NOIRS ILÉMUBIENS (Disparus \ par cataclysme/ BLANCS (Période druidique.) D'après la tradition occulte, chacune de ces races a dominé la civilisation de la terre pendant un certain nombre d'années. Généralement pendant la durée d'une année plutonienne (i2.5oo ans terrestres). Ainsi quand, vers 10.0oo avant Jésus-Christ, com mença l'arrivée des blancs descendant du Nord (mer des Blancs) vers les forêts d'Europe, la civilisation était aux mains des Ethiopiens, qui, ainsi que le re marque si bien Saint-Yves, appelèrent les nouveaux venus des crachats « Pelasks ou Pélasges ». Le crachat est, en effet, le seul point commun comme couleur entre le noir et le visage du nouveau venu.
LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE 2Ô5 A cette époque donc, les noirs dominaient, après avoir écrasé les Atlantes ou rouges, dominateurs de 3" PÉRIODE ETIOPIENNE (12.500 ans.) NOIRS (Colonisation de l'Inde par les Noirs.) BLANCS (Grande Période\ d'invasion . ) Campagne de l'Inde. ( Ram . ) ATLANTES ou ROUGES (Dirparus par le\ Déluge ) en grande partie.
JAUNES (en sommeil.) 4° Période blanche ( 1 2.500 ans.) BLANCS (Retour de l'Inde vers l'Europe., JAUNES Reconstitués par Fo-Hi. essai d'un / nouveau cycle \ I qui sera arrêté | \^ par le cataclysmeJ NOIRS cosmique. ' ROUGES (en disparition.) a terre avant eux et dont une seule colonie s'était maintenue en Egypte (mer des Rouges). Les Atlantes
2Ô6 l'initiation eux-mêmes avaient jadis vaincu des jaunes ou Lé muriens, dont quelques restes subsistaient dans la partie très orientale de la terre, autour de la Mer des jaunes. A chaque changement de suprématie d'une race correspond un cataclysme cosmique qui transforme les continents terrestres.
Ainsi J'effondrement de la Lémurie (Océan Paci fique) avait vu naître au point opposé le continent des rouges (Amérique et Atlantique), mer des Atlandes. Tandis que plus tard l'effondrement de l'Atlantide fit sortir de la mer d'Europe les continents actuels. En écrivant l'état successif des dominateurs de la terre, on peut donc dire : Lémuriens, Atlantes, Ethiopiens Pélasges. Atlantes, Ethiopiens, Pélasges, Lémuriens.
Ethiopiens, Pélasges, Lémuriens, Atlantes. Blancs, Jaunes, Rouges, Noirs. Les blancs, après avoir été les faibles de la terre, ont consolidé leur puissance par l'écrasement défini tif du grand chef noir Daçarata à Ceylan (V. Ramayana et Mission des Juifs, de Saint- Yves). Vainqueurs après leur exode d'Occident en Orient, les blancs reviennent de l'Inde vers leur pays d'ori gine, initiés par la vieille science des noirs et des jaunes.
C'est ce courant Aryen de retour que les his toriens contemporains prennent pour un courant de première origine. Alors commence, pour la civilisation des blancs, la constitution des nationalités, chargées chacune d'évo luer une qualité spéciale de l'humanité, pour fondre
LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE 267 ensuite toutes ces qualités en un acquit définitif de la race blanche toute entière. Ce n'est plus en i2.5oo ans que se fait cette évolu tion secondaire, mais en 520 ans. Chaque 520 ans environ, la domination passe, chez les blancs, d'un peuple à l'autre, en suivant les lois de remplacement par lesquelles a passé la race toute entière.
Une nation qui parcourt le cycle complet de ses destinées, d'après les recherches du capitaine Bruck, met 520 ans à atteindre sa période la plus haute d'élévation et 5 20 ans à redescendre progressive ment. Chaque période de 520 ans comprend 32 périodes de 16 ans, plus 2 périodes de 4 ans. Vérifions ces données au moyen de l'histoire.
En étudiant ce tableau de Bruck, on remarque d'abord que le centre de civilisation se déplace en suivant la marche du soleil par rapport à la terre, c'est-à-dire d'Orient vers l'Occident, ensuite que l'apo gée de la civilisation et de la puissance, pour un peuple, correspond à l'arrivée du pôle magnétique sur sa capitale.
En poursuivant ce tableau, établi sur la période de 520 ans, on voit que le prochain très grand change ment de capitale de civilisation arrivera vers l'an 2140 ou 2147, environ. Cela ne nous intéressera que comme réincarnés. Cherchons donc d'autres contrôles des dates. Nous avons vu que chaque période de 520 ans comprend 32 périodes de 16 ans, plus 2 périodes de
to 2 oc o r CAPITALES Babylone. Thcbes. Jérusalem. Athènes. Rome Metz. Rome. Paris. Paris. Babyloniens.... PEUPLES CHEFS I . ' 2 , 3. "- 5. 6. 78. 9Chefs politiques des apogées . Sémiramis. ésostris . Salomon. Périclés. Vespasien. Trajan . Clotaire H. Pascal II. Honorius II. LouisXIII(i). Richelieu. Louis XIV (»). Colbert. Dates réelles du centre des apogées. 2019 • '47" • 981 • "36 9i 6i3 iii5 1627 Moyennes. Durée de la période de la civilisation. Différence entre denx apogées successifs. 518 "93 5"5 529 520 5m Date correspondante périodique, quinquueeuUire du centre dn régne. 5ag 1600 16» •S» i6>8 16"1 16"5 i63l 1627 1663 1618 (1) La participation de la France à l'apogée européen ou l'apogée ga,icano européen. (3) L'apogée français pur. Date du passage] du pôle magnétique séculaire sur la capitale. 1598 i6i3 1611 162" 1631 16"6 1631 i«3i 1663
LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE 269 4 ans, une au commencement, l'autre à la fin du cycle. Ces périodes de 16 ans correspondent aussi à des changements dans la distribution des dominateurs de l'humanité blanche, et, par suite, à des peignées plus ou moins intensives des peuples entre eux. DATES REELUS DITES USIETIQUES Traité l526 1527 Id. I 542 1543 M. de Cateau-Cambrésis. I 559 1559 Id. I 626 1627 Id. 1 63 1 1631 Id. i635 i635 . Id. des Pyrénées i659 1659 Id. d'Aix-la-Chapelle. . . . 1668 1667 id: 1674 i675 Id. 1678 1679 Id. 1697 1695 Id. 1713 j Id. 1714 [ 1715 Id. 1715 Id. 1717 > Id. i738 ^ '739 Id. 1739 1764 i763 1783 1783 En poursuivant la liste de ces dates données par la période de 16 ans, nous obtenons : 1 783- 1 799- 18 15i83 1-1847- 1863- 1 879- 1 895-1 9 1 1. Chacune de ces périodes de 16 ans étant composée de quatre périodes de 4 ans, nous obtiendrons, en par tant de i863, les dates suivantes : 1863-1867-1871-1875.
270 l'initiation 1879-1883-1887-1891. 1895-1899-1903-1907. 191 1-1915-1919-1923. Les grands changements dans l'équilibre des hu manités composant la race blanche se produisent à l'une de ces époques. Nous pouvons tout de suite induire, des dates ac tuelles que le conflit russo-japonais n'est qu'un élé ment étranger dans l'évolution de la race et qu'il ne peut être que de faible durée.
C'est en 1 907 que quel que chose de plus grave peut arriver et surtout en 191 1 ; mais n'anticipons pas et revenons à notre sujet. Bruck établit la vie complète d'un peuple sur une période de deux fois 520 ans, ou mieux de quatre fois 260 ans.
Voyons ce que dit Bruck (Manijeste du magnétisme du globe) sur cette question : « La situation générale de l'humanité, la position relative des peuples qui la composent, les principes rationnels d'histoire, de religioso-philosophie et de politique, c'est-à-dire des règles positives de conduite pour ces peuples, résultent directement du dévelop pement et du dépérissement des peuples destinés à se succéder comme initiateurs, civilisateurs et domina teurs à la tête de l'humanité.
Le développement de ces peuples se fait en deux périodes quinquaséculaires, que j'appelle le premier terme ; leur dépérissement lent, mais incessant et continu, dure le même temps ; je l'ai appelé deuxième terme, et l'histoire lui adonné le nom de Bas-Em pire.
LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE 27 1 Rome a fait ses deux termes complets : le premier à Rome et le deuxième à Byzance. Les Teutons également ont fait leur deux termes complets : le premier, frank, à Metz, et le deuxième, allemand, à Nuremberg. La Rome catholique commence sa quatrième et dernière période. La France a commencé sa troisième période ou a débuté dans son deuxième terme en 1848.
L'Angleterre entre dans sa deuxième et principale période, celle de l'initiation et de la conduite de l'hu manité. La Prusse fait son entrée en première période ( 1 ). Telle est la situation générale de l'Europe aujour d'hui ( 1866). Elle précisela règle deconduitedechacun. La première période de la Rome païenne, de -750 (i83o) jusqu'à Zama en -202 (1862), fut celle de son développement préparatoire.
Sa deuxième période, depuis -202(1862) jusqu'en 330(1878), fut celle de son gouvernement universel. Dans sa troisième période (première comme empire d'Orient), l'empire gréco romain d'Orient lutta avec avantage contre la destruction par dissolution. Dans sa quatrième et dernière période, la destruc tion par dissolution de l'empire gréco-romain d'Orient marcha rapidement.
Dans chaque période séculaire-humanitaire, quatre peuples se trouvent donc en présence. Les numéros 1, 2, 3 et 4 en première, deuxième, troisième et qua- (1) On voit que Bruck a pu annoncer, dès 1866, les vic toires certaines de la Prusse.
272 l'initiation trième périodes. Ces peuples constituent le noyau ac tif de l'humanité durant la période. Tout ce qui se passe en dehors de ce noyau n'a qu'une importance secondaire. Le numéro 1, hardi et agressif, cherche le mouve ment et l'action, et ne rêve que bouleversements.
Le numéro 2, calme et fort, puissant et orgueil leux, égoïste et impérieux, rapporte tout à lui, ne voit que lui, domine et impose sa domination au loin par la force, si on lui résiste ; son rôle d'initiateur l'y oblige.
Le numéro 3, bien que plus calme, partage la do mination et la mission initiatrice avec le numéro 2, auquel il reste supérieur en beaucoup de points, surtout dans le développement des intérêts matériels, au moins pendant la première moitié ascendante de la période. La supériorité du numéro 2 ne se mani feste définitivement qu'à travers la grande phase hu manitaire et ne devient évidente qu'à l'apogée.
Le numéro 4, provocateur comme le numéro 1, ne rêvant que guerre et carnage, reçoit tous les coups et sort mutilé de toutes les bagarres de la période, à la fin de laquelle il disparaît. C'est le numéro 2 régnant qui tue le numéro 4. Il est secondé dans sa tâche par les numéros 1 et 3.
Un nouveau numéro 1 se prépare durant la pé riode, pour être prêta prendre la place du numéro 4, au moment de la sortie de ce dernier du mou vement politique universel. Les peuples 1 et 2, en premier terme, gagnent, et les
LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE 3 et 4, en deuxième terme, perdent forcément dans toutes les commotions politiques ou dans les luttes à main armée. Ces luttes développent et fortifient les peuples 1 et 2, en premier terme ; elles épuisent et dé truisent les peuples 3 et 4, en deuxième terme. Les peuples jeunes et vigoureux cherchent querelle aux vieux, par tempérament.
Ils ont le sentiment de leurs destinées; ce sentiment leur donne une grande confiance dans l'avenir. Ils semblent pressentir que les résultats définitifs leur seront favorables.
Modérer le besoin d'action du numéro 1 et l'or gueil du numéro 2 ; maintenir intactes le plus long temps possible les forces physiques et morales du numéro 3 ; adoucir la chute du numéro 4, en amor tissant les effets de cette chute : tels sont les principes essentiels de la politique rationnelle. La Grèce effaça les derniers vestiges égyptiens, Rome dispersa les derniers débris juifs.
Les Franks commencèrent la destruction de la Rome païenne hellénisée. La catholicité détruisit l'empire d'Orient. La France détruisit le deuxième terme teutonique allemand. L'Angleterre détruira la catholicité politique. Voilà les grands traits de l'histoire. La marche régulière de l'humanité exige l'accord des numéros 2 et 3, c'est-à-dire de ses principales for ces physiques et morales. L'univers entier ne peut rien contre le peuple 2. Il ne pourra donc rien, à plus forte raison, contre a et 3 ligués ensemble. 1 8
274 L INITIATION Lesquatres peuples qui ont successivement formé le noyau de l'humanité sont : Dans la ptrioit 1 2 3 4 Grecque. Rome. Grèce. Juifs. Egyptiens. Romaine. Francks. Rome. Grèce. Juifs. Franque. Catholiques. Franks. Rome. Grèce. Catholique. France. Catholiques. Allemands, ^^3;°$ ° Française. Angleterre. France. Catholiques.^'^™,*^* Anglaise. Prusse. Angleterre. France (1848) Catholiques. X_j£t Russie.
Quel est le peuple qui, lentement, s'éveille de la vie de sommeil vers la vie de grandes luttes politiques ? Quel est le peuple d'Europe qui n'a pas encore agi suffisamment sur les autres et qui malgré lui sera ap pelé à le faire : c'est le peuple russe, qui est en ce mo ment dans l'état où était le peuple prussien il y a un siècle.
Or, le peuple russe est appelé à entrer en ligne et à occuper dans le tableau des évolutions la place chif frée par le nombre 1 . Cet événement se produira quand la papauté sera sur le point de disparaître, quand l'Angleterre aura été vaincue par l'Allemagne, alliée soit à la France, soit plutôt à la Russie. L'écrasement de l'Angleterre marquera l'entrée de la Russie en pleine activité.
Il faut donc ajouter la ligne suivante au grand ta bleau précédent : Dans la période 12 3 4 Anglaisa Prusse Angleterre France Catholiques Prussienne Russie Prusse Angleterre France Russe Frun;o et Union latine Russie Prusse Angleterre (^D'après les prophéties, en effet, la France, unifice
LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE ' par l'Union latine, doit refaire encore un nouveau et très brillant cycle.) La situation de la Russie doit influer sur le courant magnétique terrestre qui la traverse, car nous trou verons dans presque toute son histoire une diflérence, presque toujours identique, entre les événements his toriques et les dates magnétiques. Cette différence est de deux ans en moyenne.
En commençant l'histoire de la Russie contempo raine au règne de Michel Romanow, nous trouvons 16 1 3, alors que la date magnétique seizennale est 1607 et la date quadriennale 161 1. De même, Pierre le Grand nous donne 1689 alors que la date magnétique est 1687. Paul Ier, 1796 (date magnétique, 1799). Alexandre Ier, 1801 (date magnétique, 1799). Nicolas Ier, 1825 (date magnétique quadriennale, 1823).
Alexandre II, i855 (Sébastopol) (date magnétique quadriennale exacte, 1855). Alexandre III, 1881 (date magnétique, 1879). Nicolas II, 1 894 (date magnétique, 1895). Si nous nous occupons des augmentations du terri toire de l'Empire depuis 1800, nous verrons les dates suivantes : Mingrélie (i8o3, date magnétique quaternaire). 1807. Fin de l'annexion du Caucase (administra tive). 181 3. (Traité de Gulistan avec la Perse) (date ma gnétique, i8i5).
276 l'initiation 181 5. Grand-duché de Varsovie érigé en royaume de Pologne. 1829. Paix d'Andrinople (date magnétique, i83i). i858-61. L'Amour (date magnétique, 1863). 1866. Turkestan (date magnétique, 1 863). 1868. Samarkand (date magnétique qujt., 1867). 1871. Conférence de Londres (ouverture de la mer Noire à la flotte russe). 1875. Échange du sud de l'île Sakhaline avec le Japon. 1877-78.
Guerre turco-russe (Kars et Batoum) (date magnétique, 1875). La date magnétique de la guerre actuelle de la Rus sie et du Japon est une date quaterne, 1903, dérivée de la date seizennale 1895. Cette date correspond avec celle de la guerre avec les Turcs en établissant les périodes quater naires suivantes : 1877- i88i-i885- 1889- 1893- 1897- 1901-1905.
Ces dates sont toutes différentes de deux ans des dates magnétiques qui se comptent par quatre ans à partir de 1879. De ces diverses considérations nous pouvons tirer les conclusions suivantes : 1 " La Russie étant en période de croissance et luttant contre un peuple artificiellement ressuscité, ne peut su bir que des échecs partiels destinés à lui faire recon naître ses points faibles. Elle est assurée de la victoire finale ; 2« La guerre actuelle ne durera pas plus d'un an et
LA GUERRE Rl'SSG-JAPONAISE 277 sera sans doute terminée au plus tard en igo5, car son analogue de 1877 a été terminée en 1878 ; 3° C'est en 191 1 que la Russie aura à soutenir un très grand effort, et, comme il y a une différence de deux ans, pour les grands événements de ce pays, on peut fixer à 1909 le début de cette crise où il faudra faire un immense effort couronné encore de succès ; 4° Enfin, ce qui établit encore l'analogie des an nées 1877 et 1904, c'est l'addition de leurs nombres constituants : 1877 = 23 = 5.
1904 =14=5. Mais il ne faut pas que la race blanche méprise le péril jaune. Il existe et la défaite du Japon, arrêtée par la diplomatie avant sa terminaison, n'aura servi qu'à précipiter les événements. Il est écrit que les jaunes envahiront l'Europe avant d'être définitivement broyés. Il ne fallait pas aller détruire à coups de canon l'œuvre de Fo-hi et de Confucius. Il ne fallait pas laisser non plus détruire les Répu bliques Boers.
On ne récolte que les graines que l'on a semées, avec de larges intérêts. Si l'on sème une mauvaise graine, il ne faut pas accuser le ciel quand la graine se multiplie dans les fruits et infecte le champ du bon grain. Nous avons voulu traiter pour nos lecteurs cette question de la crisé actuelle, et ils pourront mainte nant faire eux-mêmes d'autres calculs aussi et même plus intéressants. Papus.
UN SECRET PAR MOIS Voici un secret pour faire à peu de frais une belle encre d'or dont on pourra se servir pour écrire ou peindre. Prenez des écorces jaunes d'oranges. Nettoyez-les bien dans l'intérieur et broyez-les soigneusement dans un mortier. Mélangez avec à peu près la même quantité de soufre bien jaune. Battez bien de façon à en faire une poudre. On place cette poudre dans une fiole de verre qu'on laisse 8 à 10 jours dans un lieu humide.
Après quoi, on retire la fiole et on distille au bain-marie. LES SCIENCES DIVINATOIRES La Volonté. Ce qui différencie l'occultisme et ses enseignements de la science moderne, c'est surtout sa façon synthétique de voir les choses. Partout où la science physique ne verra que des détails, l'occultisme trouvera la loi synthétique qui les unit.
Ainsi, si la psychologie moderne définit assez bien la Volonté ; si la graphologie, qui commence à triom pher à peu près partout, a trouvé quelques signes qui la révèlent dans l'écriture, nous pouvons grâce aux méthodes de l'occultisme, établir une loi générale. Nous dirons que l'homme étant un tout, nous devons pouvoir par un seul signe déterminer tous les autres.
En examinant une écri ture, nous devons pouvoir décrire dans ses grandes lignes la main qui a tenu la plume. Connaissant cette main, elle doit nous suffire pour décrire le teint du visage, la forme du nez, la démarche, etc. En un mot, la même impulsion intérieure doit déterminer des manifestations extérieures analogues. D'après l'occultisme, toute loi établie a priori doit être vérifiée par des faits qu'il faut découvrir ensuite.
C'est ce qui se passe pour les sciences divinatoires. L'observa tion a fait voir que la loi ci-dessus énoncée se vérifie facilement. Notre intention est d'étudier les principales manifestations extérieures des impulsions, sentiments ou idées de l'homme intérieur.
UN SECRET PAR MOIS 279 Commençons aujourd'hui par la Volonté. La Volonté peut être considérée comme un frein chargé de modérer les mouvements des instincts, des passions ou des pen sées. Elle se manifeste très différemment d'après les tempé raments. Ainsi le lymphatique aura une volonté de support, calme, corporelle pour ainsi dire; le bilieux sera le volontaire pur, sa volonté sera très forte et réfléchie.
Le sanguin aura une volonté impulsive, toute d'action et sa volonté sera vive, mais moins soutenue ; le nerveux, enfin, aura une volonté toute intellectuelle, toute d'inten tion qui se réalisera difficilement. Les signes graphologiques de la Volonté sont les diverses barres ou traits horizontaux et la plus ou moins grande rigidité des lignes. La volonté de support se lira dans les t barrés en retour.
La volonté très forte se verra dans les / barrés en massues, la volonté d'action corporelle se tra duira par des barres fortes et ascendantes. Enfin la volonté d'action intellectuelle sera facile à reconnaître aux barres, très longues, fines et parfois descendantes. Notons que le tempérament lymphatique omettra souvent les barres du t.
Dans la main, la volonté sera révélée par une ligne de tête ferme et bien tracée et par la première phalange du pouce (phalange onglée) longue. La main sera dure et froide au toucher, les doigts légèrement noueux. Le teint du visage sera foncé, sombre, les yeux profonds et dominateurs, le menton saillant, le front large.
Mais ce n'est pas tout; la volonté se reconnaît encore à la démarche, qui sera composée de grands pas lents, ou de grands pas rapides d'après le tempérament bilieux ou sanguin ; on peut reconnaître encore cette faculté à la voix, à la diction qui sera brève, un peu sèche et emphatique, au style qui sera surtout un récit d'action, etc. On le voit, tout dans l'homme extérieur vient indiquer le sentiment intérieur qui l'anime et, comme tout se tient, on comprend qu'il suffit par exemple de voir la première phalange d'une main pour dire que les t seront barrés dans l'écri ture, que le nez sera convexe et la marche accentuée, etc. G. Phaneg.
280 l'initiation BIBLIOGRAPHIE Spiritualisme Théosophique, par V. Horion (Liège, Imp, J. Pierre). C'est un mélange d'idées spirites et d'enseignements empruntés au bouddhisme exotérique qu'on appelle, je ne sais pourquoi, Théosophie. Ce petit livre contient des idées très justes, des pensées vraiment d'un spiritualisme élevé, par exemple celles-ci : « C'est de l'oubli du moi que pro cèdent les anges de lumière.
On devient heureux par le fait même qu'on fait le bien, sans en attendre une récom pense ; on n'est vraiment libre que quand l'Esprit n'est plus affecté par aucune contingence, alors même qu'il en subit les lois par le milieu où il est incarné.
Il faut rede venir simple comme un enfant avec une volonté d'homme. » Ce sont là de véritables enseignements initiatiques et vivants qui démontrent de la part de l'auteur des intuitions remarquables du Plan de vie.
Espérons qu'il les conser vera, les augmentera même et que Celui qui est la Voie, la Vérité et la Vie, lui permettra de voir l'erreur pan théiste que révèlent des phrases telles que les suivantes i Chacun de nous et chaque chose est la divinité mani festée. L'individualité est la divinité elle-même manifestée sous la forme de chacun de nous.
Il y a aussi d'autres idées difficiles à admettre, entre autres celle que certains êtres à formes animales peuvent être en avance sur d'au tres êtres à forme humaine. Vivant en même temps qu'eux sur terre, c'est toujours la même erreur. On confond Vévoiufionducorpsphysique et l'involution de l'âme. L'homme, si bas qu'il soit, possède une âme immortelle, douée de la conscience et personnelle.
Si parfait qu'il soit, un animal n'a qu'une parcelle de l'âme collective de la race. Le Pan théisme est un des chemins que parcourt l'homme dans son évolution. Je souhaite que l'auteur de cette brochure soit bientôt sur le chemin, et voie se lever l'aurore qui dissipera les derniers voiles. * « Paradoxes philosophiques, par Mme Anna Wallenberg (Librairie de l'Art indépendant, Paris). Depuis longtemps je souhaitais pour les spitites un livre
BIBLIOGRAPHIE basé sur leurs doctrines, parlant leur langage mais leur montrant en même temps le chemin qui les ramènera à l'idée chrétienne dont un si grand nombre s'est écarté. Le plus grand défaut de la doctrine spirite, qui s'adresse très souvent à des personnes que l'enseignement matérialisé des prêtres chrétiens a détourné du Christ, est de confondre l'idée religieuse avec les hommes chargés de la représenter.
Beaucoup arrivent vite à ne prier que les Esprits. Je ne dis pas que c'est général, mais c'est très fréquent. Il était donc très utile de leur rappeler que le Christ et son enseignement peuvent être suivis sans l'intervention d'aucun clergé et que c'est la seule voie qui puisse ramener les spirites vers la connaissance réelle de l'invisible, de ses lois et de l'existence spirituelle après la mort physique.
Le premier chapitre passe en revue le monde tel qu'il est, constate que l'humanité, malgré sa prétendue science, n'a fait que des pas de tortue vers le progrès. Rien n'a été changé dans les misères humaines. Les religions, au lieu de se fondre en une seule religion d'amour, se disputent entre elles.
La maladie nous écrase et nous ne voyons pas que le meilleur remède serait souvent de s'oublier soimême, et surtout de reconnaître qu'il faudrait guérir les maladies de l'âme d'abord ; après quoi celles du corps dis paraîtraient. L'auteur constate ensuite que le socialisme est basé sur l'orgueil bien plus que sur le besoin réel, et qu'il faudrait changer les âmes, non les institutions. L'origine du mal est après cela étudié.
Il y a dans les théories de l'auteur un mélange de ce mysticisme un peu spécial, dont Nathanael nous donnait jadis quelques échan tillons, de spiritisme et quelques reflets des enseignements de Bœhme. Dans des pages pleines de foi radieuse, l'exis tence de Dieu, la Providence sont étudiées.
L'ouvrage se termine par quelques idées sur la réincarnation et des médi tations sur certains passages de l'évangile : la nécessité de l'obéissance, le péché considéré comme cause de toutes nos souffrances, la Rédemption, enfin la Foi et l'Amour.
Voici les dernières lignes de ce livre que tous les spiritualistes approuveront sûrement : « Soyez surs que toute la valeur de la Vie terrestre con siste dans la foi en l'existence éternelle en haut comme en
282 l'initiation bas, avant comme après. La conséquence en devient la certitude de la rémission finale des péchés et d'une Vie de félicité et d'éternité. » Les vibrations de la vitalité humaine, par le docteur H. Baraduc (Paris, J.-B. Baillière et fils). Dans ce livre, le docteur Baraduc donne les résultats sinon définitifs du moins très complets de ses travaux sur la biométrie humaine, qui durent depuis plusieurs années déjà.
Nos lecteurs savent qu'il a publié sur cette question d'importantes études telles que des communications sur la biométrie et la mensuration des vibrations de la vitalité humaine (1891). La Force vitale, notre corps fiuidique, sa formule biométrique (i893), enfin l'âme humaine (1896). Le livre que le docteur Baraduc présente aujourd'hui au public synthétise et complète tous ces travaux.
Au point de vue occulte, la double découverte de l'enregistrement photographique des radiations humaines et de la mensu ration des vibrations est très importante, car venant s'ajouter aux recherches de M. de Rochas sur l'extériorisation dela sensibilité, elle prouve d'une façon absolue la réalité des enseignements traditionnels sur le corps astral.
Le présent ouvrage commence par donner tous les renseignements nécessaires pour la pratique de la biomé trie. L'instrument physique appelé le biomètre est d'abord décrit, puis l'interprétation, la lecture des chiffres est enseignée. Enfin la méthode permettant de mensurer les mouvements de la vie, à l'aide des mouvements giratoires imprimés à l'aiguille de l'appareil, est clairement et minu tieusement donnée.
Il m'est impossible d'en faire ici même un résumé. Je ne puis qu'engager tous les sensitifs, les névrosés surtout, à lire et à étudier eux-mêmes, car c'est pour eux très important. Le chapitre III traite de l'orientation durant la prise des formules. Dans le chapitre suivant l'auteur étudie la pola risation du mouvement vital, la classification des formules dont le sens général donne le tempérament.
Nous abor dons ensuite la signification de la Vibration en général, les différences provenant de la longueur des arcs de cercles et l'application de toutes ces données au corps et au cer veau humain. Notons la curieuse expérience faite sur une
BIBLIOGRAPHIE 283 statue du musée Guimet; un brahme en vision astrale, rendant scientifiquement compte de la signification des positions des pieds, des mains et des forces cosmogoniques qu'elles représentent. Voici maintenant la partie la plus intéressante pour les occultistes. Le corps fluidique, sa forme, ses influences, ses vibrations sont parfaitement étudiées.
L'explication des facultés occultes de l'être humain est, pour ainsi dire, mathématiquement donnée. A noter ici une tendance de l'auteur vers la tradition orientale mitigée par ses idées chrétiennes. L'application des théories de décondensation électrofluidique, cérébrale et de chromothérapie aux maladies nerveuses est aussi très curieuse, très intéressante, et ces procédés devraient être au moins essayés partout médecin digne de ce nom.
L'ouvrage se termine par une étude très documentée sur les bonnes et mauvaises influences, les bons et mau vais fluides, qui n'estplus médicale, mais purement occulte. En résumé, ce livre d'une importance capitale, intéresse les malades, les médecins et les occultistes, dont il prouve expérimentalement les théories. Quelle que soit sa tour nure réellement scientifique, je doute fort qu'il puisse conquérir les savants officiels de nos jours.
Il contient encore trop de mysticisme, de théories occultes, pour qu'ils l'admettent. Mais il constituera une des premières bases sur lesquelles s'édifie lentement la science de l'avenir. G. Phaneg. REVUE DES REVUES Rosa alchemica, numéro de janvier, continue le travail de Hollivet Castelot sur la science alchimique.
Il étudie cette fois la médecine spagyrique et établit que son histoire est attachée à celle de la Philosophie hermé tique et de l'alchimie. A noter le scepticisme qui fait dire à l'auteur que le domaine de l'Astral, cet espace peuplé d'anges et d'êtres fantastiques, ne diffère pas beaucoup des naïves superstitions de nos ancêtres ! Il est vrai qu'il con sent, quelques lignes plus loin, à ce que la science future
284 l'initiation prouve par des faits certaines doctrines de l'enfance de l'homme. M. Jollivet saura certainement un jour que même pour la Science la plus rigoureusement précise, il y aura toujours quelque chose d'incompris, d'inconnais sable que, seule, l'intelligence du cœur pénétrera par sa supériorité sur ce que l'Homme appelle orgueilleusement sa raison.
La revue publie aussi une traduction du su perbe discours de Crookes, intitulé : «Les théories modernes sur la matière. > C'est un article qu'il faut lire. A étudier aussi un travail qui donne de bonnes recettes d'expéri mentation et quelques vieilles recettes alchimiques. Le Progrès spirite, numéro de février, donne une étude de L. de Faget sur la destinée humaine et l'action divine.
Félicitons l'auteur d'avoir compris que par la prière, c'està-dire l'union de la volonté humaine et de la Providence, l'homme peut triompher de l'aveugle destin. L'invisible qui a dicté les conseils sur la prière me permettra de ne pas être de son avis. Pour moi, la prière ne peut pas con sister « à concentrer fortement sa pensée et, une fois la pensée pour ainsi dire dans la main, à l'envoyer vers le but qu'on veut atteindre ».
La première chose à savoir, c'est que la prière, si elle est réelle, ne dépend pas de nous. Il faut des conditions bien trop difficiles àatteindre et il estnécessaireque cela nous soit donné. Ensuite notre volonté, bien loin d'être active, doit se soumettre à la volonté du Ciel, comme l'indique le Pa ter, qui met la phrase : Que ta volonté soit faite avant les demandes qui suivent.
Par contre, j'approuve le para graphe où il est dit que l'âme comme le corps a besoin de nourriture et qu'il ne faut pas attendre, pour prier, les grandes crises, les grands désespoirs. A blâmer aussi cependant la fin, qui semble conseiller de ne pas essayer la prière vraie, sous prétexte que Dieu est inaccessible. Il y a là un danger. A citer dans la revue un article sur les rayons N, et quelques faits intéressants.
La Vie nouvelle publie (numéro du 3 janvier) un travail sur la Phrénologie, que mon incompétence absolue m'empêche de discuter. Un articlesurle radium étudiésurtout au point de vue médical par le docteur Foveau de Courmelles. — A lire aussi la continuation des théories de Cari du Prel sur l'âme. Rappel d'une des pensées du corps astral : La
REVUE DES REVUES 285 souffrance que ressent un amputé dans le membre absent. E. Bosc résume certaines traditions curieuses sur les Es prits du vent. Un glossaire des termes de la Théosophie rendra des services aux étudiants qu'intéressent ces théo ries orientales. Il est continué dans le numéro du 7 février, qui publie aussi un roman dit ésotérique par M. A. B.
La Revue scientifique et morale du Spiritisme conti nue l'étude sur l'expérimentation de la Pensée. M. Delanne parle cette fois de la force psychique et du Périsprit. Le corps astral y est bien présenté comme conserva teur des formes. Les théories modernes sur la matière, la radio-activité, les radiations humaines sont bien résumées et leurs différences avec la force psychique clairement dé montrées.
Félicitons la revue d'avoir publié ces pages charmantes de Flammarion sur la Vie universelle et éter nelle, extraites d'un ouvrage intitulé l'Astronomie des Da mes.
On sent passer dans cet extrait le soufflede vraispiritualisme qui doit animer tout l'ouvrage et on est heureux de voir un savant affirmer que « des quintillons de kilo grammes de matériaux ne représentent ni la terre, ni au cun monde Ce qui constitue un astre complet, c'est la cité de la vie I > A lire encore dans cette très bonne revue un récit de phénomènes étranges observés en Australie dans d'excel lentes conditions de contrôle.
Des objets rares : oiseaux vivants, médailles de Ptolémée, anciennes monnaies égyp tiennes, etc., sont apportés, le médium ayant aux mains de gros gants de boxes et étant enfermé dans une cage 1 Si ces expériences avaient été signées en toutes lettres, elles auraient été vraiment parfaites en tous points. — M. Becker étudie les idées de M. l'abbé Loisy et s'étonne à juste titre de voir que l'abbé puisse juger le Christ avec sa raison humaine, et reconnaître en même temps sa Di vinité.
Je n'ai pas le droit de dire ma pensée sur un pareil sujet, qui fait hésiter les maîtres eux-mêmes; je dirai seu lement qu'à mon sens l'abbé Loisy doit avoir bien souf fert avant d'arriver à pouvoir écrire ce qu'il a écrit.
La Revue spirite. — M. Grimard y continue son travail sur les Dieux des Philosophes. — Quelques louanges qu'il fasse de Leibnitz, il conclut, avec raison selon moi, que pas plus que Descartes, Malebranche et Newton, il n'arrive
286 l'initiation à nous présenter une idée acceptable de Dieu, fiant, He gel, Fichte le laissent également dans l'embarras, et c'est encore ailleurs qu'il faut chercher Dieu. Senet continue à étudier l'évolution de l'idée religieuse.
Il fait un historique rapide des débuts du christianisme et appuie avec raison sur ce fait que, quelques critiques que puissent adresser les nationalistes aux évangiles, il ne reste pas moins établir un fait surprenant : c'est l'influence énorme des idées du Christ sur le monde influencé, pro pagée par des hommes d'humble extraction et sans ins truction. — La revue donne aussi l'inévitable article sur le radium qu'on trouve partout ; Vieilles Notes, par L.
Da vid ; quelques renseignements sur le médium anglais Peters, une critique bien faite de l'ouvrage du docteur Grassat, et une revue de la presse profane pour iqo3, sur les questions spirites. Dans l'Echo du merveilleux du 1er février, G.
Méry discute beaucoup le mérite de la Sorcière, le nouveau drame de Sardou, au point de vue historique et consacre quelques pages fort bien écrites à faire observer, à ceux qui s'emballent sur l'inquisition et les procès de sorcellerie, que les inquisiteurs n'étaient probablement pas au courant des découvertes scientifiques récentes et ne pouvaient avoir notre mentalité.
Dans ces conditions, il faut com mencer, quand on veut comprendre une époque, par se placer en esprit dans le milieu social de cette époque. Ce n'est certes pas facile, mais c'est indispensable pour éviter les faux jugements. Les voyantes consultées au sujet de la Vienne font le sujet d'un article de René Le Bon. On y verra des opinions contradictoires. J'ai confiance en celle de « Julia » qui, elle, voit tout perdu, navire et équi page.
A lui aussi un compte rendu d'un livre intitulé le Merveilleux au pays Gallo, par A. Orain, les prédictions de Mme de Thèbes, une lettre du docteur Baraduc récla mant la priorité sinon pour les plaques photographiques fluidiques, au moins pour la méthode radio-photogra phique humaine et la continuation de la correspondance de Naundorf. Parmi les revues étrangères reçues, citons une nouvelle revue espagnole intitulée Aima (l'Ame), qui a pour but de
REVUE DES REVUES 287 faire partager a ceux qui en voudront la part de vérité que peuvent posséder ses fondateurs.
Le Psycho-Therapeutic Journal, revue de langue an glaise consacrée à l'étude rationnelle du mesmérisme, de l'hypnotisme et de la « science mentale », publie plusieurs intéressantes études parmi lesquelles je remarque quelques indications physiologiques bonnes àobserver, pour respirer , respiration profonde et par le nez, tous les matins pendant quelques instants.
J'ajouterai que cela peut être fait à condition de n'avoir en vue aucun entraînement astral, auquel cas ce serait dangereux. Le Light de janvier présente comme toujours un grand intérêt. J'y remarque surtout un article sur le médium Rothe. L'auteur raconte la vie de cet excellent médium, qui dès l'enfance voyait les Etres de l'Au-delà. Des fleurs se matérialisaient près d'elle avant même qu'elleeûtentendu parler de la possibilité du fait.
C'est toujours ou au moins souvent la même chose : médiumnité excellente dans les débuts, et par la suite voulant produire des phénomènes envers et contre tout, le médium se laisse entraîner à * frauder. A citer également une analyse du livre de Myers. intitulé : Personnalité humaine.
J'y note avec plaisir que Myers était arrivé à expliquer les faits de télépathie, non plus par une action de cerveau à cerveau, mais par une véritable dissociation de l'Etre humain. Dans un article sur les matérialisations, un correspon dant du Light rappelle les inoubliables expériences de Mme d'Espérance et surtout les faits dus à Yolande. Un petit entrefilet attire aussi mon attention, parce que j'ai eu souvent cette pensée.
« Pourrais-je faire remarquer, dit un correspondant qui signe Pax, combien est grande la pro portion des spiritualistes qui ne se basent pas sur les principes du christianisme? » Si nous travaillons tous au nom du Verbe fait chair, nous pourrions sûrement avoir plus de succès et convaincre davantage les matérialistes. — Dans le numéro de février, à remarquer des extraits inté ressants sur les phénomènes extraordinaires du médium Bailey, en Australie.
On sait que les objets « apportés » sont très rares et que le médium serait sûrement dans l'impossibilité de se les procurer. — Excellent article à citer
288 l'initiation aussi sur la foi qui sauve et un compte rendu d'une séance donnée à Paris par Peters. Les faits ne sont pas des plus étonnants et ont été acceptés avec une certaine légèreté. Dans le même journal, numéro du 7 février, continuation de l'article sur les phénomènes d'apport obtenus en Australie, une étude très documentée sur le spiritualisme et la théosophie. Plusieurs bonnes expé riences psychométriques.
En dernière heure, je reçois le numéao de l'Echo du Merveilleux du i5 février. J'ai eu bien souvent l'occasion de louer ici le bon sens de G. Méry. Je ne pourrai pas en dire autant aujourd'hui. Son essai de réfutation des théories spirites me paraît plutôt faible, pour la bonne raison que les mauvais résultats des communications spirites viennent bien plus souvent de nous que des esprits.
C'est notre faiblesse, nos facultés peu développées et surtout les mauvais moyens employés, qui sont cause de l'impression d'erreur, de trouble constatée dans la plupart des expériences. Ce n'est pas une raison pour voir dans tous les esprits des démons. — Bon article de R. Le Bon qui a été consulter les voyantes sur la guerre russo-japonaise. En résumé, succès des Japonais pour commencer et victoire finale des Russes.
Intervention de la France et de l'Angleterre menaçante, mais pourra être évitée. La guerre durera de trois mois à un an. — A lire également une lettre intéressante sur le miracle de saint Janvier à Naples, un phénomène de lévitation moderne constaté chez un sorcier. Un article sur une pierre de La Salette qui, fendue en deux, laisse apercevoir une tête d'homme à longue barbe couverte d'une espèce de couronne.
Le monde occulte continue l'étude de Jallarestan dont j'ai déjà parlé. Les théories des magnétiseurs, des hypno tiseurs de l'Ecole de Nancy et de celle de la Salpêtrière sont bien étudiées. Félicitons surtout cette Revue de son index raisonné des revues de langue française ; c'est là une innovation heureuse. G. Phaneg. Le Gérant : Encausse. Paris. — Irop E. ARRAULT et Cie, 9, rue N.-D.-de-Lorctte.
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