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Tmitiacioi Revue philosophiqie des Hautes Etudes PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DI 62"' VOLUME. — 17'" ANNEE SOMMAIRE DU N° 4 (Janvier 1904) PARTIE EXOTÉRIQUE La Science divinatoire et les Plantes(p. i à 3) G. Phaneg. PARTIE PHILOSOPHIQUE La Sépulture de Myritkis (avec lïg.) (p. 4 à 25) Al. Gayet. Le Chiffre de la Bcte (p. 26 à 4 1 ) Hapi. De C Affliction (p. 42 à 47) Boehm (trad.
Debeo Esprit et Pensée — Force et Matière(p. 48 à 60) Franlac. I.j Kabbale pratique(p. 61 à 65) Eckarthausen. PARTIE INITIATIQUE Sur r emploi de l'opium (p. 6ft à 76) Sédir. PARTIE LITTÉRAIRE Rêverie {p. 77) 0. de Bezobrazow. t.e Cimetière (p. 78) Mahot Hutrèb.
Ordre Marlinisie. — Ecole Hermétique. — Les Rayons N. — Un mer veilleux cas de télépathie. — L'abus des manchettes occultistes dans la presse. — Les Fakirs à Paris. — Le philosophe Kant et le voyant Swedenborg. — Un secret par mois. — Bibliographie. — Revue des Revues. Tont ce qui concerne la Rédaction et les Échanges doit être adressé 5. rue de Savoie, à Paris-VIe.
Téléphone — 260-90 ADMINISTRATION - ABONNEMENTS — ANNONCES LIBRAIRIE CHACORNAC f\Itl.S - Il (juin Sutni- Michel, Il - l'Ai:ILe NnmAro : UN FRANC. — Un An : DIX FRAt
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l'essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n'o i abouti qu'à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l'hypnotisme et, la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en a;rivent à les nier. L'Initiation est l'organe principal de cette renaissance spiritualiste dont les efforts tendent : Dans la Soience, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d'un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l'Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l'Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l'arbitraire, aujourd'hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l'Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l'Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l'Inde. L'Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n'appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie (Exotérique) expose aux lectrices ces ques tions d'une manière qu'elles savent toujours apprécier. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s'adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte.
L'Initiation parait régulièrement du 1 3 au 20 de chaque mois et compte déjà quatorze années d'existence. — Abonnement: 10 francs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
17e AN>'ÉE HARVARD UNiVgRSlTY] . 0 LIÛRARY L'Initiation A ses Collaborateurs, à ses Lecteurs 1S04 Que cette année, aux terribles clichés, soit douce à nos lecteurs. PARTIE EXOTERIQUE La Science divinatoire & les Plantes Le principe qui domine toutes les sciences divina toires, avons-nous dit, a été énoncé de la façon sui vante : Tout signe visible est la manifestation de quelque chose d'invisible.
Cela est vrai pour l'homme et doit être vrai également pour la Nature. Je vou drais faire voir aujourd'hui, le plus clairement pos sible, comment on peut vérifier ce principe dans les plantes.
2 l'initiation [Janvier Un botaniste, après avoir classé un grand nombre de végétaux, de fleurs, s'est-il jamais demandé pour quoi telle ou telle plante était rouge, blanche ou jaune ? Je ne le pense pas ; cependant tout a sa raison d'être dans l'univers, et peut-être ces couleurs vontelles nous aider à retrouver les propriétés intérieures de ce beau tournesol ou de cette splendide rose qui brillent là-bas sous les rayons du soleil.
On sait que les astres sont des centres intelligents d'émission de force astrale çt que leur influence est très nettement délimitée.
On a observé, par exemple, que la couleur dominante de Saturne était le noir livide, plombin ; que celle de Jupiter était la couleur blanche tirant sur le rouge, etc. On connaît pour chaque planète la forme, la saveur qu'elle donne aux plantes influencées par elle, la partie du corps humain qu'elle domine et son action générale physiologique.
Avec un peu d'habitude, il sera donc facile, en voyant une plante, de reconnaître quelle influence elle subit et par conséquent quelles sont ses propriétés secrètes. Voici quelques renseignements qui permettront cette étude. Il en emprunte une partie aux « Plantes magiques » de Sédir.
Saturne est surtout concentrant ; sa couleur est noirlivide, il donne aux plantes des formes grandes et tristes, des fruits âcres et vénéneux ; il influe sur l'œil gauche, les dents, la rate, la vessie, la main gauche, les jambes. Exemple : l'ellébore, dont le suc guérit les douleurs de jambes et de vessie.
1 904] LA SCIENCE DIVINATOIRE ET LES PLANTES .3 Jupiter est surtout rayonnant, est majestueux. Sa couleur est bleue ou blanche, tirant parfois sur le rouge. Les formes qu'il donne aux plantes sont des formes touffues. Les fruits sont sucrés et acidulés. Souvent les fleurs sont sans odeur. Il infiuesurles pou mons, le foie, les humeurs. Exemple: la jusquiame^ dont la racine est excellente pour les ulcères, pour la goutte.
Son suc mêlé au miel est souverain pour les douleurs de foie. Mars est fort, épineux, violent. Sa couleur est de rouge ardent. Il donne aux plantes qu'il influence des formes petites, épineuses, des fleurs rouges, d'une odeur piquante, des fruitschauds et poivrés. Il domine les reins, les parties génératrices, lesintestins. Exemple: l'euphorbe, dont on se sert pour les maux des par ties génératrices et pour la dysenterie, etc. G. Phaneg. (A suivre.)
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Cette partie est ouverte aux écrivains de toute École, sans aucune distinction, et chacun d'eux conserve la responsabilité exclusive de ses idées. Notre confrère La Revue, ancienne Revue des Revues, a bien voulu mettre à notre disposition les planches de la remarquable étude suivante et nous autoriser à la reproduire. Nous l'en remercions au nom de nos lecteurs.
LA SÉPULTURE DE MYRITHIS ET LES ORIQINES DE LA MAGIE GRÉCO-ROMAIN E J'ai consacré diverses études à cette Myrithis, exhu mée l'hiver dernier, à Antinoë, au cours de mes fouilles. Il demeure établi, aujourd'hui, qu'elle fut magicienne, et que les objets retrouvés autour d'elle appartiennent à la sorcellerie des premiers siècles de notre ère; son miroir, principalement.
J'ai raconté des expériences faites par nos plus éminents occul tistes ; les visions des voyants, qui remontent à tra vers les siècles, et y assistent aux événements dont
LA SÉPULTURE DE MYRITHIS 5 un objet fut témoin, scène après scène. C'est de ces pratiques magiques d'alors, si étranges, que je vou drais démêler les origines, pouf ensuite rechercher leur trace dans les traditions qui se répercutèrent jus qu'à nous. » * L'occultisme évident du miroir de Myrithis suffirait, à lui seul, à faire classer la tombe de celle-ci comme celle d'une magicienne.
Ce miroir consiste en une lentille de verre convexe étamée, enchâssée sur une sorte de tonnelet d'ivoire, percé à sa circonférence de trous, obturés par des chevilles, et monté sur un long manche, de manière à pouvoir être facilement manié. Une autre pièce semble se rattacher au même ordre de choses.
C'est un large anneau d'ivoire, du diamètre d'un bracelet, circulaire à l'extérieur ; mais à l'inté rieur duquel on a, intentionnellement, évidé une large ellipse. Le reste n'appartenait point à l'occul tisme aussi directement. C'est un parchemin, dont tout le haut est occupé par des figures et des signes cabalistiques.
Un personnage, dessiné de façon sché matique, et qui, pour tête, a un soleil (i), tient en mains une bannière, ressouvenir de celle qui, dans l'Égypte antique, est appelée « bannière du double ». Derrière lui, sont figurés des corps célestes, entre lesquels s'intercale la formule qu'on retrouve en tête des textes hébraïques de l'Ancien Testament.
Enfin, un groupe hiéroglyphique donne une phrase peu (1) Un personnage mystique de l'Hadès égyptien a pour tête un disque solaire.
6 l'initiation Hsible, au milieu de laquelle je crois pouvoir recon naître le mot Per, — commencement, ouverture.
Le bas est rempli par trois lignes d'un texte grec, coupé de lacunes, qui rendent difficile la traduction. * * * Un tambourin, en peau de gazelle; des coupes, Tune basse, montée sur pied, l'autre pareille à un haut gobelet ; des figurines d'Anubis, sous sa forme de chacal, gardien dela région infernale; une sta tuette d'Hermès; des lampes, décorées de figures d'Eros; une autre lampe à sept mèches; une sorte d'autel, en forme de pyramide quadrangulaire tron quée, renversée et percée de cinq trous peu profonds, donnent autant d'indices de pratiques d'un rite mys tique, sans toutefois démontrer aussi clairement leur rôle occulte que le miroir.
C'est seulement par l'étude de ces différentes pièces que leur importance se dégage et s'établit. Dans l'Egypte antique, le rituel des dieux relevait directement de la magie. Une révélation semble avoir înitré les premiers pontifes au mystère ; ils sont déten teurs des secrets de l'invisible, que notre science moderne a tant de peine à dégager.
La personnalité psychique, — l'astral, — qu'ils nomment le Kha, — le Double, — leur est tellement connue, qu'ils entrent en communication avec elle. Ils affirment que l'être humain n'est qu'un support, qui reçoit d'elle l'inSuence. Dans les tableaux, cette personnalité est
LA SÉPULTURE DE MYRITHIS f figurée derrière l'individu. Elle procède à des passes, qui mettent à sa nuque « toute force, toute vie ; l'in fluence magique, — c'est le mot des textes, est tout entière derrière lui ». Seul l'acte lui est dévolu. Bas-relief relatif à la naissance d'Aménophis III. En haut, la reine enfante, entourée des Hathor-Sat (les filles d'Hathor;. Le Double portant la bannière sur la tête, s'envole au ciel.
Au-dessouJ : Au centre, deux personnages portant sur la tête une flamme qui s'élève en se recourbant, décrivent le geste magnifique du Kha, en levant les bras. A droite et i gauche, des personnages mythiques élèvent d'une main la vie et de l'autre l'abaL-sent vers la terre. Aa dernier registre : Figures de Bés et dcToucrisqui président aux naissances du soleil et, par assimilation, à celle du pharaon, le soleil incarné.
A la mort les éléments réunis en ce support se séparaient, mais, de tous, le corps seul cessait de vivre. L'âme, le Ba, représentée par l'hirondelle à tète humaine, partait vers les régions bienheureuses. Le principe vital, le Khou, la flamme émanée du SDleil, retournait à son foyer ; le Double, le Kha quit tait la région mystérieuse du ciel qui lui servait de
LA SÉPULTURE DE MYRITH1S g résidence : le royaume d'Hathor, — l'étoile polaire, — pour venir habiter le tombeau et s'unir de nouveau à son ancien support, afin de lui infuser une exis tence nouvelle, celle du défunt dans l'Amenti, cette région de la montagne d'Occident, où Osiris s'était enfoncé. Les cérémonies des funérailles et du culte des morts sont là, qui nous prouvent ces relations du Double avec la momie, se prolongeant indéfiniment grâce à un rituel mystique. L'Égyptien savait déjà que, malgré la fin apparente de l'existence, la matière continue à vivre. 11 ne s'agissait que de parvenir à conserver le cadavre et de posséder le secret de le mettre en relations avec son Double pour lui assurer l'immortalité. Le problème fut résolu. On embauma les corps, on les conserva au fond des syringes ; et cette Egypte indestructible put défier les siècles, avec une population indéfiniment accrue, chaque mort lui fournissant un nouvel habitant. « Tu es affermi pour l'éternité », disent les litanies ; et cette phrase, qu'on a considérée comme une métaphore, est accostée des bras du Double, levés vers le ciel. Et ce geste, toujours d'après les litanies, « fait monter et des cendre la flamme », c'est-à-dire élève vers le ciel les atomes des existences dissoutes et les ramène ani mer, sous une forme nouvelle, l'être dont ils s'étaient séparés. On pourrait développer ce sujet à l'infini; chaque phrase des hymnes, chaque tableau des sanctuaires ou des tombes donne la démonstration de cette con naissance parfaite de l'occultisme, qui était l'essence
Bas-relief relatif à la naissance d'Aménophis III. L'enfant et son Double allaités par les Hathor-Sat et la vache d'IIathor.
1 2 l'initiation même de la civilisation égyptienne. Il suffira d'avoir établi la chose en principe ; car entrer dans la démons tration demanderait des volumes, pour se borner à rechercher la filière de quelques-unes des pièces retrou vées dans la sépulture de Myrithis. Le tambourin, principalement, se rattachait aux cérémonies rituelliques du culte isiaque.
Pour l'Égypte antique, le principe du mal se trouvait personnifié par les ténèbres, l'ombre dissolvante, que les textes nomment les sebahs. Pour pallier à leur action, les peintures nous montrent l'emploi du son des instru ments de musique.
Les prêtres, les prêtresses agitent des sistres ou des tambourins aux processions de la statue d'Isis, la mère d'Horus, fils posthume d'Osiris, dont la tradition sacrée faisait le vainqueur du meur trier de son père, le dieu du mal et de la nuit, Set, dont le symbole était l'hippopotame des marais. La croyance du pays taisait du pharaon le fils de Dieu, « l'enfant de Ra », réincarnation terrestre d'Osi ris, dispensateur de l'existence.
C'était lui, considéré comme l'intermédiaire direct entre son père et l'hom me, qui distribuait la vie à l'Égypte ; et, dans la célé bration des mystères, sa famille s'assimile à la triade divine ; la reine à Isis et leur fils à Horus.
Aussi, dans les tableaux relatifs à la naissance d'Aménophis III, Isis en personne apparaît secouant ses sistres devant la reine Maut-m-Oua, afin d'écarter d'elle le mal, à la scène de la conception du nouvel Horus, qui, de même que celui de la légende divine, renou vellera son père et affermira l'équilibre de l'existence dans le pays.
LA SÉPULTURE DE MYRITHIS l3 Les frises qui se déroulent aux murs des chapelles funéraires, y retracent les rites relatifs à cette rénova tion de l'être humain, appelé à la vie du Double. Nombre de scènes ont trait aux incantations accom plies par l'eau et le feu. C'est dans les cantons du mystère que s'opèrent les renaissances.
Là, dans le «iiifii I I l * 7N V\ Les trois bassins du domaine de Khéper. domaine de Kheper, le dieu symbolisé sous la forme du scarabée, se trouvent trois bassins : celui de Sokar, le défunt, ce qui a été les atomes de la vie dissoute ; celui de Haquet, la déesse dont la forme animale est la grenouille, ce qui devient l'état embryonnaire, les atomes en voie de formation ; le bassin du Sca rabée, ce qui s'est transformé, les atomes rénovés. Des autels, en forme de chandeliers, se dressent audevant de chaque piscine, éclairant ces métamor
14 l'initiation phoses de la lumière fermée au monde terrestre. Ail leurs, des cassolettes sont figurées, d'où la flamme s'élève en se recourbant, faisant, disent les légendes écrites en marge du tableau, « monter et descendre la vie», élevant vers le ciel les atomes des vies dis soutes, pour être réincarnés dans le mystère ; puis,, les ramenant à leur ancien support.
Dans la magie gréco-romaine, le vase divinatoire, dont le miroir n'est qu'une variante, occupait tout na turellement la première place ; auprès de lui figuraient les lampes. Quel était le principe de cette magie? L'évocation du Double, désigné alors sous le nom d'esprit. La sorcière appelait les fantômes. Cela faisait partie inhérente de son métier. A qui s'adressait-elle pourcela ?
AAnubis, assimilé par les Grecs à Hermès, le guide et le protecteur des morts, dans la région de l'Au-delà ; le Her-Shéta, — le maître des secrets — du monde invisible, que les inscriptions des syringes thébaines du dix-huitième siècle avant notre ère ap pellent encore le grand Shaï, — le Destin.
C'est par lambeaux que nous reconstituons les pra tiques de cette magie hellénique, grâce aux satiriques et aux historiens, car l'objectif s'était modifié ; la science occulte n'était plus le principe même de la civilisation du pays, la force vive de son exis tence. Le secret était perdu, la source était tarie ; ce n'était plus que sortilèges, où la composition des philtres et les sabbats occupaient le premier rang. C'est dans Pline, Plutarque, Horapollon, Dio
LA SÉPULTURE DE MYRITHIS l5 dore. Apulée, qu'il faut en rechercher la trace ; et, cela fait, démêler, à travers leurs récits, le rituel des opérations. Bas-relief du temple d'Aménophis III. Les génies de l'est et de l'ouest (Horus et Set) faisant l'acte Khou, cest-à-dire élevant et abaissant les principes de l'existence.
La coupe divinatoire avait été employée en Egypte, au temps des Ptolémées sans doute, témoin ce passage de Pline : Tingit et JEgyptus argentum ut in vasis Anubidem suum spectet. Aussi, Anubis était-il alors identifié à Kronos par les initiés et à ladivinité Panthée parles Gnostiques. Sa forme symbolique, de chacal gardien de la région infernale, était la seule employée au cours de ces
f6 l'initiation opérations. Juvénal fait remarquer que Oppida tota canem venerentur, ce qui fait s'écrier le poète chré tien Prudence : quœ caniformem Latrar.temque throno cœli praponat Anubem. L'empereur Commode n'en portait pas moins l'image de cet Anubis aux fêtes d'Isis ; et, vers la même date, les Gnostiques l'associaient au Dieu bi blique.
C'est qu'aussi l'hérédité voulait qu'étant Je maître des secrets du ciel et de l'enfer, il demeurât le révélateur par excellence pour les Alexandrins. Plutarque en donne la définition en ces termes : « Le dieu qui fait connaître les rapports des substances célestes avec les substances de la région funéraire est appelé tantôt Anubis, tantôt Hermanubis.
Le pre mier de ces noms désigne les relations des substances supérieures; le second, celles des substances infé rieures. » Cette déformation du culte de vie en un dogme nouveau séduisit le monde gréco-latin.
« Depuis qu'Apollon a établi, à Delphes, un bureau de pro phètes, — dit Lucien — ; qu'Esculapetientà Pergame une boutique de médecine ; que la Thrace a élevé un Bendidéon, l'Egypte, un Anubidéon, et Éphèse, un Artémiséon, tout le monde court à ces dieux nou veaux. » Si le principe qui présidait ainsi à l'évocation de meure obscur, le formulaire de celle-ci nous est parenu par les papyrus d'époque romaine. .Les textes
LA SÉPULTURE DE MYRITHIS 17 sont innombrables, mais malheureusement, le plus souvent, incomplets. Le principal, connu sous le nom de Livre des Incantations du nome cTOxyrinque, est, de tous, le mieux conservé ; seul le commencement fait détaut. Les premiers rites demeurent donc incertains ; le texte débute par les recommandations à faire à un enfant, qui sert à l'opérateur d'intermédiaire.
« Tu diras à l'enfant : « Ouvre l'œil !» — Il ouvre l'œil et voit la lumière. — Tu lui feras crier : « Gran dis, grandis, lumière; sors, sors, lumière ; élève-toi, élève-toi. lumière; surgis, surgis, lumière ; toi qui es en dehors, viens en dedans. » — S'il ouvre l'œil et qu'il ne voie pas la lumière, tu lui feras fermer l'œil et tu crieras sur lui, à plusieurs reprises : « Ténèbres, enlevez-vous devant la lumière du grand Shaï ! » — Tu lui feras ouvrir l'œil, afin que la belle lumière vienne, et tu lui feras dire ces paroles: «Oh !
Anubis! viens, toi l'élevé, le fort, le Her-Shéta, des choses du Douaout (l'étoile polaire), le roi des mystères de l'Occi dent ; l'ensevelisseur d'Osiris; le fort, dont la face brille parmi les dieux! Tu resplendis dans l'abîme du Douaout. Tu protèges les âmes d'Abydos, car elles viennent par toi du Douaout et de Toser (la tombe). — Viens sur terre! Apparais que je fasse mon incantation aujourd'hui.
Viens à l'ouverture de mon vase ? dis-moi des paroles vraies, pour toutes les choses sur lesquelles je t'interroge, car c'est moi, Isis, qui parle de ma propre bouche ! » « Tu diras ces paroles sept fois : « Tu diras à l'enfant : « Viens amener les dieux à
ï8 l'initiation L'intérieur. » — Il ira les chercher, pour les amener à l'intérieur. Tu interrogeras l'enfant en disant : « Les dieux viennent-ils à l'intérieur? » Il dira: « Oui, ils sortent. Vois-les I » — Tu diras alors ces paroles : « Réveille-toi, dieu Shaï ! — Entre au cœur ! » Mais ces dieux, où l'enfant allait-il les chercher ? Dans la clarté des lampes. Formule pour la conjuration de la lampe.
« Tu prends une lampe ; tu la frottes avec de l'eau de gomme, la mèche est de ûn lin. Remplis-la d'une mesure d'huile et dispose-la au levant. Place juste en lice d'elle un enfant pur. Tu couvres son œil avec ta main, tu allumes la lampe et tu prononces l'évocation sur la tête de l'enfant. Tu répètes cette évocation sept fois.
Tu lui fais ouvrir l'œil et tu l'adjures en disant : * Ah 1 vois-tu les dieux? » — Il répond: « Je vois les dieux dans la clarté de la lampe. » — Si les dieux kû disent de cesser, tu énonces ton souhait, étant entièrement seul. Tu frottes ton œil de l'onguent cidessous ; tu te tiens devant la lampe allumée. Pro nonce l'évocation sur elle, l'œil fermé.
Tu t'arrêtes, tu ouvres l'œil ; et quand tu vois les dieux derrière loi, parle-leur au sujet de ce que tu désires. Tu feras cela dans un lieu ténébreux. » Suit la formule de l'onguent. « Cela fait, tu places la lampe sur un support de cuivre. Tu fais tenir l'enfant debout, en face d'elle, avec la face voilée. Tu récites l'évocation en langue grecque, sur sa tète , tu l'arrêtes, tu lui découvres la face. Jusqu'à ce que les dieux parlent, ne l'arrête pas. » «c Tu feras alors la conjuration selon l'objet que tu
LA SÉPULTURE DE MYRITHIS 19 désires. Si tu désires que les dieux te parlent, bouche à bouche, ta réciteras : « Jdho, Iph, Eoê, Kinthalhour^ Niphàr Aphàï. » Quand ils te parleront, cesse dé prononcer les paroles d'invocation.
Mais s'ils ne parlent pas, ne t'arrête point ; mais récite cet autre no*n : « Tomthix, Mantoun-Oboï, Kôkhirrhodor, DondfOma, Lycopher, Kephaersopher. » Tu réciterascette formule jusqu'à ce qu'ils répondent à la conju ration. » * * * Maintes particularités sont à noter dans ce formu laire qui procède de l'enseignement antique.
Celles destinées à invoquer les mânes mentionne que l'opé ration a lieu «en produisant la même flamme qu'Isi* ris, évocatriced'Osiris ». Une autre relate le fait sui vant : « Lorsque tu as apporté un vase, tu étends une image d'Anubis sur lui. » Ce qui ressemble singulière ment à l'emploi des miroirs constellés du moyen âge, ayant au fond une image du diable.
Enfin, les mèches des lampes portaient, tracée avec du sang (i), une figure de chacal, et ailleurs il fait mention de chiens de cire, qui, à un moment donné, semblaient s'animer.
Dans ce formulaire, la coupe obtient une place pré pondérante ; son emploi s'explique, par le principe qui, de tout temps, a présidé aux opérations magi ques: la fixation par le regard, d'un objet à éclat plus ou moins brillant ou plus ou moins sombre ; l'obs- (1) Les expériences modernes ont démontré que du sang frais se dégage une force vitale, dont les effluves sont susceptibles d'impressionner les plaques photographiques.
20 l'initiation curité et la lumière demeurant les deux grands agents de l'occultisme, de même que dans la religion des pharaons. Le miroir n'est qu'une variante de la coupe, et peut-être faut-il classer comme miroirs beaucoup de prétendues patères. Pline, parlant de cérémonies ma giques, s'exprime en ces termes : « Ut narravis Osthanis species ejus plures suni.
Namque et aqua et sphœris et aere et stellis et mullis aliis modis divir.a promissit. » On connaît les propriétés que les auteurs byzantins attribuaient aux miroirs d'Alexandrie : « Ils faisaient voir de loin les ennemis. » A Sicca Veneria, vers la même époque d'autres miroirs ser vaient à apprécier la chasteté des femmes, s'il faut en croire l'historien Békri. D'autres exemples de l'emploi du miroir nous sont fournis par les auteurs classiques.
Spartien rapporte « qu'on interrogea au miroir un enfant sur le combat que Tullius Crispinnius devait livrer à Sévère.
« Ea quœ ad spéculum dicunt fieri, in guo pueri prœligatis oculis incantato vertice, respicere, dicuntur, Julianus fecit. » D'autre part, Apulée parle d'un autre enfant, interrogé à Tralles, au moyen de l'eau et d'une figure de Mercure, sur la guerre de Mithridate : «Puerum in aqua simulacrem Mercurii contemplantem ; quœ futura erant centum sexaginta versibus cecinisse. » Et ce même Apulée n'était-il pas luimême accusé d'avoir « ensorcelé » un enfant par im position des mains sur la tête devant un autel portant une lampe ? « Caput contingere... secreto hco, arula et lucernas. »
LA SÉPULTURE UE MYRITHIS 2 1 La tradition de ces pratiques se perpétue au moyen âge, et les spéculant mentionnés par les auteurs sont réservésaux mêmes usages qu'à l'époque antique. François Ier et Catherine de Médicis y avaient re cours. Un enfant servait pareillement d'intermédiaire. Cagliostro employait de jeunes garçons ou de jeunes filles, qu'il appelait des colombes et qu'il faisait re garder les miroirs.
Ce furent de même encore des en fants qui interrogèrent le verre du Régent, de Louvois et de la comtesse de Soissons.
« Ne consulte-t-on pas, tous les jours, les oracles antiques, s'écriait l'abbé de Villars, dans des verres d'eau ou des bas sins et jusque sur la main des vierges ! » Et dans un conte, où il parle d'un amant qui voit dans un mi roir sa maîtresse, le poète Bertrand décrit, en ces termes, un autre miroir constellé : Et ses angles directes estoient tenus exempts Du défaut que l'on dit confondre les figures Par où l'œil d'un enfant voictles choses futures.
Enfin Ronsard parle d'images évoquées : Ou dedans lesmiroueres ou les anneaux charmés. Les rites de ces pratiques ont fait place aux pré ceptes rigoureusement scientifiques, établis par la science moderne. Tandis que le miroir d'encre reste encore en usage chez les Orientaux, on admet au jourd'hui que la fixation du regard sur certains ob jets a pour conséquence des hallucinations optiques pour peu que la nervosité de l'individu y prête. Les images ainsi perçues dans le cristal prennent une
22 l'initiai ion acuité, une netteté, une indépendance absolues; elles s'animent, se meuvent, disparaissent, réapparaissent, et certains sujets vont jusqu'à entendre les conversa tions des personnages évoqués.
En Angleterre sur tout, les seers qui pratiquent le crystal gasing em ploient à cet effet une boule de cristal exposée dans un demi-jour, qu'ils regardent en tournant le dos à la lumière, après avoir pris soin de la garantir des reflets au moyen d'un voile noir. * Revenons à Myrithis et à la magie gréco-byzantine.
Celle-ci découlait en ligne droite de l'occultisme de l'Egypte, des cérémonies basées aux dogmes de vie, qui assuraient à l'homme l'existence du Double ; la vie d'outre-tombe, où la momie servait encore de sup port à sa personnalité. Mais le secret était perdu alors, des passes maintenant la permanence de cette personnalité ; les rites avaient dégénéré en sortilèges.
Toutes les pièces réservées aux mystères restaient cependant les mêmes, leur mode d'emploi seul était oublié. Le tambour continuait, comme par le passé, à dissiper les puissances destructives; les formulaires magiques servaient même deguideset de talismans au défunt; la lampe et la coupe gardaient le symbolisme des élé ments de chaleur et d'humidité, inhérents à toute existence. Grâce à eux, la personnalité psychique sub sistait.
Et cette personnalité, c'était par le miroir qu'elle était évoquée. L'ensemble de ces objets étai nécessaire aux pratiques magiques et aux scènes d'initiation.
LA SÉPULTURE DE MYHITHIS ti Une particularité spéciale est fournie dans la tombe Myrithis par les plantes qui recouvraient son corps, l'ensevelissant en quelque sorte. Les botanistes ont reconnu en cette litière funèbre le feuillage d'un per sea. Les pétales de roses, des graines de thapsia, des tiges de marjolaine, des lichens s'y mêlent en quan tité relativement très minime.
A la tête dela morte, enfin, un réseau de fibres de palmier, comme déployé en auréole, se trouvait placé. Existe-t-il une corréla tion entre l'usage de ces plantes aux temps anciens et les pratiques de la magie? Cela nesauraitfairel'ombre d'un doute. Pour le persea et le palmier la chose s'établit sans la moindre difficulté. * Le persea avait été, de toute antiquité, l'arbre sacré de l'Egypte pharaonique, l'arbre de vie.
Il ombra geait le mystère céleste, et c'est, dissimulée dans sa frondaison, qu'Isis versait sur l'âme désincarnée — l'hirondelle à tête humaine — la libation kemp, le sang du taureau osiriaque, qui lui assurait la vie et lui donnait accès au séjour des élus. Les peintures nous montrent le torse de la déesse émergeant seul des feuillages.
Une main tendue vers l'oiseau mysti que, dans un geste d'imposition, l'autre inclinant vers lui le vase, d'où le sang s'échappe à flots. Quand les dieux rendent un décret en faveur du pharaon, leur fils, c'est encore sous les feuilles du persea que Thot, l'historiographe divin, enregistre la décision prise ; et c'est sous leur ombre encore qu'apparaissent les dieux vivificateurs.
l'initiation Le rôle du palmier n'est pas moins important. C'est l'arbre de l'Egypte par excellence. Dans le rituel, il symbolise la renaissance et est consacré à la déesse Tar, qui préside au renouvellement. Un spectre, fait d'une tige de palmier, est placé souvent entre les mains des dieux, lorsqu'ils procèdent aux passes, ayant pour objet de répandre la vie aux quatre points cardinaux, Les autels chandeliers éclairant le mystère. Les flammes s'élèvent en se recourbant. sur le monde. Les signes de panégyries, de rénovation, y sont alors suspendus, unis à celui de l'éternité. Les autres plantes, lichens, thapsia, marjolaine, sont moins intimement mêlées aux cérémonies des mystères antiques. Les deux premières sont étran gères à l'Egypte et ne s'y acclimatent même point. On retrouve cependant des lichens, venus des îles de la Grèce, dans les tombes royales de Thèbes, dix-sept siècles avant notre ère. Le thapsia, importé de Cyrénalque, jouissait de propriétés pharmaceutiques, qui
LA SÉPULTURE DE MYRITHIS 2 5 expliquent peut-être son emploi en magie, particu lièrement de distiller une sorte de gomme, qui pour rait fort bien être celle dont on frottait les lampes, pour l'invocation des dieux dans leur clarté... La marjolaine enfin croissait dans le pays; elle est citée par les odes amoureuses de la XVIIIe dynastie. Elle ne s'associe alors qu'à des idées de joie et de volupté. On pourrait peut-être trouver un indice de rapproche ment en ce fait que les lampes de Myrithis sont or nées de figures d'Eros. Al. Gayet.
LE CHIFFRE DE LA BÊTE  Daniel, 12-9. « Et il dit : Va, Daniel, car ces paroles sont ca chées et scellées jusqu'aux temps de la fin ! » L'Apocalypse a une signification double. Premiè rement, ce livreoffre une œuvre qui, en poursuivant des buts tout à fait indépendants, se trouve, à ce point de vue, étroitement liée avec les autres livres du Nou veau Testament.
Deuxièmement, il sert de clé à l'ex plication de quelques passages des prophètes de l'Ancien Testament, parmi lesquels il faut placer, en premier lieu, sous ce rapport, le prophète Daniel. Le vrai sens de l'Apocalypse étant, en général, inaccessible à l'humanité moderne, ce livre n'est, il Cette œuvre, qui représente mes premiers pas dans le domaine de l'occultisme, est respectueuse ment dédiée à Mlle01gadeMoussiNE-PovcHKiNE»
LE Clill-TKZ DE LA LL1E 2J me semble, explicable qu'autant qu'il s'agit du sens véritable des prophétiés de l'Ancien Testament. Je n'ai pas l'intention d'épuiser en entier la ques tion compliquée des relations de l'Apocalypse au livre du prophète Daniel, et je m'efforcerai seulement d'expliquer le sens du nombre cabalistique 666, pour la solution de certains passages problématiques du dit prophète.
Comme base de mes remarques à ce sujet, je rapporte ici quelques lignes très significatives de l'œuvre de Knorr von Rosenroth, « l'Adumbratia Cabbale e Christianœ, et se trouvant dans sa Cabbala denudata. Le nombre « de la Bête » a fait et fait encore se creuser la tête à nombre de théologiens. Il s'est formé tout un crux inlerpretum.
De même qu'au moyen âge, une grande quantité de forces et de temps fut perdue dans le but de déchiffrer cette énigme. Et pourtant, elle est très simplement résolue. Saint Jean l'Evangéliste, en parlant du nombre 666, donne la clé des nombres chronologiques de Daniel, lesquels, sans ce nombre, resteraient absolument incompréhen sibles.
666 représente le nombre même qu'il faut ajouter aux nombres, pris chez Daniel, afin de pou voir déterminer, par le moyen d'une simple addition arithmétique, la date précise du commencement des événements universels, dont parle Daniel.
Si l'on emploie le nombre 666 dans quelques passages du livre du prophète Daniel, on pourra déterminer, pre mièrement l'époque du « règne de la Bête » (au sens figuré); deuxièmement on pourra indiquer l'année dans laquelle commencera le millenium ; troisième
28 l'initiation ment, on pourra indiquer la période intermédiaire entre la fin du règne de la Bête (au sens figuré) et le commencement du millenium ; quatrièmement, on pourra indiquer l'année précise de l'action définitive de ce dernier. J'appelle l'attention sur la vision que Daniel eut des quatre bêtes. On voit généralement, dans la quatrième Bête, l'Empire romain.
Je considère Rome comme la troisième Bête, et cela, parce que c'est le futur qui est employé dans le livre VII, verset 17 du livre de Daniel. « Ces quatre grandes Bêtes s'élève ront de la terre. » Par suite de ce fait, il ne peut être question du royaume de Babylone, qui existait à l'époque où écrivait le prophète.
Déplus, après Baby lone, il ne se forma consécutivement que trois grands empires : l'empire Persan, l'empire macédonien et l'empire romain. Qu'est-ce donc que la quatrième Bête ? C'est le règne de l'Antéchrist (au figuré), car ce mot a deux significations. Au propre, c'est un person nage nettement défini, dont parle l'apôtre Paul dans sa deuxième épître aux Thessaloniens, chapitre II, versets 3-4.
« Que personne ne vous séduise en aucune manière car ce jour-là (second avènement du Christ) ne viendra point que la révolte ne soit arrivée aupara vant ; et qu'on n'ait vu paraître l'homme de péché, le fils deperdition ; qui s'oppose et qui s'élève au-dessus de tout ce qu'on appelle Dieu, ou qu'on adore, jus qu'à s'asseoir comme un Dieu, dans le temple de Dieu voulant passer pour un Dieu. » Tandis qu'au sens figuré, le mot « antéchrist » signifie : la tendance
LE CHIFFRE DE LA BÊTE 2 g de schisme qui se faisait remarquer déjà dans l'Eglise chrétienne au commencement du premier siècle, (« car le mystère d'iniquité se forme déjà »), mais qui ne devait avoir sa force que lorsque la troi sième Bête aurait disparu, c'est-à-dire, après la chute de l'Empire Romain d'Occident (476 ap. J.-Ch.).
On peut déduire ceci des paroles suivantes : « Il faut seulement que celui qui lui fait obstacle présen tement soit détruit. » Par les paroles : « Celui qui lui fait obstacle présentement » l'apôtre Paul indique la troisième Bête, car il savait, d'après le livre du pro phète Daniel, que la quatrième Bête (mystère d'ini quité) suit la troisième et ne peut apparaître, tant que la troisième Bête règne.
Le nombre 666 donne la clé de la recherche du moment où commence le règne de la quatrième Bête, ou Antéchrist (au sens figuré). « Les bêtes » furent créées le cinquième jour de la création. Un jour de Dieu, comme nous le verrons plus loin, équivaut à mille ans. Donc, durant le cinquième millier, ou, ce qui est la même chose, dans la première période de mille ans, après Jésus-Christ, devait apparaître ce règne de la Bête.
L'année à laquelle il faut rattacher ce dernier, est justement l'an 666 après Jésus-Christ. La raison est que, puisque 666 est le nombre de l'homme, les premiers mille ans après Jésus-Christ doivent aussi être partagés analogiquement à la divi sion du corps humain, c'est-à-dire en trois parties.
Ensuite, il faut prendre, comme point de départ pour les calculs, non le tiers, mais les deux tiers de mille, c'est-à-dire 666 deux tiers ; en rejetant la frac
3o l'initiai ION tion, il restera 666. Le calcul suivant doit nous prouver que ce sont bien les deux tiers de mille, et non un tiers qu'il faut prendre. 6+6-}- 6= 18. Cet arcane indique la plus haute involution, et le règne de la Bète apparaît justement, comme le point culminant de l'involution.
La durée de la séparation est définie par Daniel, par les paroles: « Un temps, des temps et moitié d'un temps (chapitre VII, verset 25.) Il prononcera des paroles contre le souverain et pensera à changer les temps et la loi ; et les saints seront livrés en sa main,, pendant un temps des temps et la moitié d'un temps (chap. XII).
« Et j'entendis l'homme vêtu de lin, qui étaitau-dessus des eaux du fleuve ; il leva sa main droite et sa main gauche vers les cieux, et il jura par celui qui vit éternellement que ce sera pour un temps, des temps et la moitié d'un temps, et que quand il aura achevé de briser la force du peuple saint, toutes ces choses seront accomplies. » « Le temps » égale la plus grande année, c'està-dire l'année dans 36o années terrestres ordinaires.
« Les temps » s'emploient comme nombres doubles. Par conséquent, il faut sous-entendre 720 années terrestres. « La moitié du temps » égale la moitié d'une grande année, 180 ans. 36o +820+ 180= 1260. . La durée du règne de l'Antéchrist (au figuré) est de 1.25o ans. Le commencement de cette époque a été fixé par nous à partir de 666après Jésus-Christ : 666 + 1.260 = 1.926 ; 1+9 + 24-6=18. Donc la fin de la
LE CHIFFRE DE LA BÊTE 3l période tombe sur Tannée 1926 après Jésus-Christ. Maintenant, essayons de fixer l'année à partir de laquelle s'établira définitivement le règne de milleans sur la terre.
Pour cela il est indispensable de citer le passage suivant du livre de Daniel, chapitre XII, ver sets 11-12: « Et depuis le temps où cessera le sacri fice continuel, et où l'on mettra l'abomination de la désolation, il yauram///e deux cent quatre-vingt-dix Jours ; heureux celui qui attendrait qui atteindra jusqu'à mille trois cent trente-cinq jours. » 1 33 5 jours indiquent une période de 1 335 ans, qui sera suivie par le règne de félicité, qui n'est autre chose que le millenium.
A quel moment faut-il commencer à compter ces i335 ans ? A quel moment commencera cette pé riode ? Daniel dit que ce compte des années de la période indiquée, doit commencer dès le moment de l'inter ruption du sacrifice continuel, et dès le moment de l'apparition « de l'abomination de la désolation ». A la question quand le sacrifice continuel cessera, et quand apparaîtra « l'abomination et la désolation », le prophète ne donne pas de réponse.
Le sens caché de la prophétie n'est dévoilé que par le chiffre 666. On peut dire que « l'abomination de la désolation » apparaît parmi les peuples chrétiens, par le fait même qu'un grand nombre de chrétiens de nom, ne le sont plus par l'esprit. Je rapporte cette scission (awiataaU), comme je L'ai déjà dit, à l'an 666 après Jésus-Christ. Cette année commence la période de la Bête (au sens figuré). « L'abomination de la désolation » n'est qu'un terme pour indiquer la même idée. Les racines
32 l'initiation [Janvier du règne de la Bête (apostasis) commencent à se déve lopper graduellement et petit à petit. Comme tous les grands courants dans l'histoire de l'humanité, les signes précurseurs (racines, premiers éléments) du règne de la Bête, se développent petit à petit et par degré, et se font déjà sentir du temps de l'apôtre Paul, qui en fait mention.
Mais, comme je l'ai déjà dit plus haut, le moment décisif de cette époque doit être l'année 666 après Jésus-Christ. Et c'est à cette année que je rapporte l'apparition de « l'abomination de la désolation » (au sens figuré).
Donc, se basant sur les versets 11 et 12 du chapitre XII de Daniel, il faut prendre, comme point de départ pour la période de 1 335 ans, l'année de l'apparition de « l'abomination de la désolation », que j'ai rapportée à l'année 666. Par suite le compte des années de la période de i335 années doit être commencé depuis l'an 666.
Quant à l'interruption du sacrifice continuel, c'est un événe ment qui eut lieu plus tôt, notamment en l'an 70 après Jésus-Christ, lors de la destruction du deuxième Temple de Jérusalem par Titus.
De là il résulte que c'est « l'abomination de la désolation » qui a une signification décisive comme point de départ du calcul de la période de i335 ans, et non l'époque de la destruction du Temple de Jéru salem, c'est-à-dire l'année 666 (après Jésus-Christ), et non l'année 70 (après Jésus-Christ), comme année par laquelle elle est précédée dans l'ordre chronolo gique. Il reste maintenant à additionner 666 et 1 335 pour obtenir l'année de l'affermissement des mille ans du
I9O4] LE CHIFFRE DE LA BÊTE 33 Christ sur la terre: 669 41 335 = 2001. Comme ré sultat nous avons donc 2oo1 (après Jésus-Christ). Cettedéduction s'affirme par la considération impor tante que, à partir de l'an 2oo1 , commence le 7e millier d'années de l'ère de Moïse, c'est-à-dire le Grand Sabbat de Dieu et des hommes, en d'autres termes les mille ans durant lesquels le Christ régnera sur la terre.
Ici nous devons faire un certain écart de notre dé monstration, afin de prouver que le jour de Dieu égale justement 1000 ans et que le commencement du calcul des années de Moïse doit être rapporté à 4000 ans avant Jésus-Christ. (Dans la démonstra tion suivante, nous appelerons notre chronologie du terme de « calcul de Dyonisus ».) Ad. 1. Les six jours de la création avec le jour de repos forment sept jours de Dieu.
Qu'est-ce donc « qu'un jour de Dieu » ou « le jour de Dieu » ? A ceci, nous trouverons une réponse dans le pas sage suivant (deuxième épître de saint Pierre, chap.III, vers. 8) : « Mais vous, mes bien-aimés, vous n'igno rez pas une chose : c'est qu'à l'égard du seigneur, un jour est comme mille ans, et que mille ans sont comme un jour. » David dit la même chose (Psaume 90, vers.
4) : « Car mille ans à tes yeux sont comme un jour d'hier, quand il est passé, et comme une veille, dans la nuit. » Les Pères de l'Église disent la même chose. Irénée, par exemple, dans le livre V de son Traité contre les hérésies (chap. XXVIII, vers. 3), dit : « La durée de l'univers sera d'autant de milliers d'années qu'il fut employé de jours pour sa création... 3
34 l'initiation « ...car le jour du Seigneur est comme mille ans, et comme l'acte de la création fut terminé en six jours, il est évident qu'il finira en 6.0oo ans. » Il est évident que, dans ces paroles d'Irénée, il ne s'agit pas, à la lettre, de la création du monde, mais du commence ment de 1ère de Moïse.
Il est intéressant de noter que, parmi nos théolo giens, quelques-uns sont enclins à donner une expli cation allégorique à la semaine de la création.
Il suf fira de citer, sous ce rapport, Filarètc, qui considère chacun des jours de la création comme une période dans l'histoire de l'Église de l'Ancien Testament et du Nouveau. (Voyez ses remarques sur la Genèse, p. 3o.) Généralement, dans tous les manuels d'étude de l'histoire sainte, le commencement de l'ère de Moïse est rapporté à l'an 55o8 avant le calcul de Dyonisus. Et pourtant, cela est absolument faux.
Le fait est que l'on perd de vue la manière d'agir des Septantes. Ces traducteurs tâchèrent de ramener le compte de années à la chronologie des dynasties égyptiennes, et comme la chronologie des dynasties égyptiennes, s'avance bien plus avant dans les siècles que celle de Moïse, on fut forcé d'ajouter des années. Les Sep tantes ont agi de cette manière, et c'est ainsi qu'ap parurent les 1.5oo années déplus.
Il fermèrent par là aux profanes, hermétiquement, et peut-être avec in tention, le sens de bien des choses dans la Bible, et en même temps ils ont, extérieurement, satisfait la tendance politique des Lagides, de faire accorder les livres sacrés des juifs avec les données chronolo
LE CHIFFRE DE LA BETE 35 giques de la sagesse égyptienne. Ainsi, pour obtenir un point de départ sûr pour les calculs, il faut s'en rapporter au calcul hébreux des années bibliques, fondé sur les données de l'original hébreux de la Bible et non pas sur la version des Septantes.
D'après ce calcul hébreux, depuis le commencement de l'ère de Moïse jusqu'au commencement de l'ère des calculs de Dyonisus il s'est écoulé une période de 3943 ans. (Voyez composition classique de Joh Alberti, Bengalii Ordo Temporum (ttddS ]y, page 1). Pour les calculs approximatifs on peut compter la différence, équiva lant à 1.5oo ans, entre les données chronologiques des Septantes et les dates chronologiques vraies de la Bible hébraïque.
M'appuyant sur ces considérations, je rapporte le commencement de l'ère de Moïse à 4.000 ans avant Jésus-Christ, et les temps d'Abraham à 2.0oo ans avant Jésus-Christ. En additionnant 4.000 ans avec les 1902 années qui se sont actuellement écoulées du commencement de l'ère chrétienne, d'après les calculs de Dyonisus, nous obtiendrons 5.902 années.
De cette manière, nous vivons en ce moment dans la soirée du Grand Vendredi, et jusqu'au début du Gand Sabbat il reste encore environ cent ans. La déduction qui vient d'être faite, correspond, d'une manière frappante, avec la déduction faite, sans aucun rapport à ces considéra tions, beaucoup plus tôt au sujet du nombre 666, et cette coïncidence sert, en même temps, de preuve à ce fait, que les deux méthodes sont absolument justes. Après cette excursion dans la région de la chrono logie biblique, retournons à mon explication du livre
36 l'initiation de Daniel, fondée sur le nombre 666. Nous avons déterminé le moment de l'affermissement du millenium. Maintenant, il nous reste à répondre à une autre question : A quand faut-il rapporter son com mencement ? De même que les autres grandes époques de la vie de l'humanité, le règne de mille ans ne peut survenir sans une période préalable de préparation. Quand cette dernière commencera-t-elle ?
A cette question, Daniel répond aussi dans le verset n du chapitre XII, que j'ai cité plus haut, et dans lequel il est dit que, du moment où le sacrifice ininterrompu serait aboli, et jusqu'à l'apparition de « l'abomination de la désolation », il devra s'écouler i .290 jours.
En me servant dela méthode que j'ai fixée, c'est-à-dire èn comptant 1.290 jours pour 1.290 ans, et en fixant leur commencement à l'apparition de 1' «abomination de la désolation » (au figuré) c'est-à-dire l'an 666 (ap. J.-Ch.), il nous reste à additionner 666 et 1290 pour obtenir la date des premiers commencements du règne de mille ans.
666 + 1290 = ig56; 1 -f 9 -f 5 -f 6 = XXI Dans le résultat des calculs précédents, nous aurons trois années : 1926, ig56 et 2oo1. En 1926 se ter mine le pouvoir de la Bête (au sens figuré), et en ig56 nous voyons le début du règne du Christ ? Qu'est-ce donc que l'espace de 3o ans qui sépare ces deux périodes ? Knorr von Rosenroth dit (cabb. Christ, p. 69) que ces années (19 16- 1956) représentent la période des « guerres ». Je pense que ces guerres sont celles
LE CHIFFRE DE LA BÊTE 3j dont les prophètes Hézékiel et Daniel eurent des visions. Ce sera la grande lutte entre le bien et le mal qui se répète par cycles dans l'histoire de chaque humanité, dans chaque univers, précédant les pé riodes lumineuses de son histoire. C'est la période d'interrègne entre le règne de l'Antéchrist (au sens figuré) et celui du Christ sur la terre. Le dessin sché matique suivant éclaircira ce fait : (A) (D)n n(B) (Q A.
La première lettre de IEVE, i (iod). Cette période commence immédiatement après la première venue du Sauveur. Pendant cette période, furent posées les bases de l'Eglise du Christ sur la terre. Vers la fin de la période, vers 476 après Jésus-Christ, tomba l'Empire romain d'Occident, c'est-à-dire que la troisième Bête de Daniel finit son règne.
L'apôtre Paul parla oralement de ceci aux Saloniciens, dans son épître, ne désirant pas être compris et attirer une persécution inutile de la part du gouvernement ro main ; il leur rappela ses paroles en des termes plus ou moins voilés pour les profanes. Dans sa deuxième épître aux Thessaloniciens (chap. II, vers. 2 5, 7) .
38 l'initiation « Ne vous souvient-il pas que je vous disais ces choses, lorsque j'étais avec vous ? Et vous savez ce qui le retient présentement, afin qu'il ne soit mani festé que dans son temps. Car le mystère d'iniquité se forme déjà ; il faut seulement que celui qui lui fait obstacle présentement soit détruit. » B. La deuxième lettre de IEVE, n (hé). « Mystère d'iniquité » commence à régner dans toute sa force.
Quoique le christianisme soit nominalement au pouvoir, son esprit n'a pas pénétré dans l'intelligence et les cours des nouveaux initiés aux vérités évangéliques. C'est dans ce sens que l'apôtre parle de arooraui;, c'est-à-dire de l'apostasie générale (6661926 apr. J.-Ch.). C. La troisième lettre de IEVE, 1 (vau) (19261956 ap. J.-Ch.). Pendant ces 3o années a lieu la grande lutte entre le bien et le mal, finissant par le triomphe du premier. D.
La quatrième lettre de IEVE, n (hé) C'est la période du millenium. En ig56 se posent les pre miers fondements de ce royaume. En 2oo1 il est tout à fait affermi. Telles sont les quatre périodes universelles en lesquelles se subdivisent les deux milliers d'années après la naissance de Jésus-Christ. Pour conclure, j'indiquerai le XXXIe tableau des « Prognostications » de Paracelse.
Ce tableau repré sente quatre petits garçons qui dansent, pleins de joie. C'est une représentation allégorique du mille nium. Dans le texte explicatif se trouvant au-dessous du tableau, Paracelse dit : «c Atque brevi tametsi
LE CHIFFRE DE LA BÊTE 39 « illud quadragesimum multis seculum sanum ves- « sit. » Paracelse compte ici le siècle à partir d'Abra ham, voulant, peut-être, de cette manière mieux cacher jusqu'au temps voulu les paroles de sa pro phétie. En rapportant le temps d'Abraham, d'après le calcul hébreux, à 2000 ans avant Jésus-Christ, nous aurons vingt siècles écoulés à partir de cette époque jusqu'au commencement de notre calcul de Dyonisus.
Donc, le quarantième siècle mentionné par Para celse est justement le vingtième siècle après JésusChrist, pendant lequel, d'après les calculs précédents, doivent être posés les fondements du règne de 1000 ans. Ainsi, déjà en 1 5 3 5 (année où fut imprimé * Pro- « gnosticatio eximii Doctoris Paracelsi »), le divin Paracelse voit dans l'avenir le millenium et l'avène ment du Christ sur la terre.
Il nous reste encore à parler de l'Antéchrist (au sens propre). C'est un personnage particulier devant servir d'incarnation matérielle à l'esprit d'apostasie, qui règne pendant la période de 666 à 1926, c'est-à-dire d'incarnation matérielle à cette « quatrième Bête » de Daniel, que les Saintes Écritures désignent sous le nom de « Bête » et de « abomination de la désola tion (au sens figuré).
J'appelle l'attention sur le ving tième tableau des « Prognostications » de Paracelse. Il représente un homme avec une croix renversée. C'est l'Antéchrist comme personnalité incarnée. Je n'entrerai pas dans les détails de cette question, car elle se rapporte directement à la révélation de l'Apocalyse, auquel je ne désire pas toucher.
40 l'initiation Pourtant, jusqu'à un certain point, cette question peut être élucidée par les prophètes de l'Ancien testa ment, mais c'est un problème compliqué, qui peut fournir le sujet à des recherches spéciales.
Ici je me contenterai donc de remarquer qu'en s'appuyant sur les « Prognostications » de Paracelse (tableau XXXI), l'Antéchrist doit être un être humain, qui déversera tant de mal sur la terre qu'il en restera des traces encore dans la période lumineuse du millenium, qui viendra après lui. Il est vrai que ces traces seront mi nimes.
« .... fieri enim non potest, ut omnia mala, qua « effendit in orbem universum leo rugiens, ut oculi « et momento exterminentur, paulatim decrescunt : « ita tamen ut pauca quidem suberunt priscae ves- « tigia fraudis ». Par « leo rugiens », Paracelse sousentend justement l'Antéchrist comme personnalité.
Cette déduction s'impose d'elle-même à l'esprit, si l'on prend en considération qu'elle s'accorde avec le passage suivant de la deuxième épître aux Thessaloniciens, où il est dit que le second avènement du Christ doit être précédé justement par l'action des tructive de l'Antéchrist (verset 8, chap. II) : « Et alors paraîtra ce méchant, que le Seigneur détruira par le souffle de sa bouche, et qu'il abolira par l'éclat de son avènement. » Après l'achèvement du règne du millenium, qui commencera après la chute de l'Antéchrist, aura lieu ce « grand incendie» dont parle Knorr von Rosenroth tout à fait à la fin de son traité, et qu'il rapporte au huitième millier d'années, d'après le compte juif,
LE CHIFFRE DE LA BÊTE 41 c'est-à-dire au quatrième millier d'années après JésusChrist ». Paracelse touche à cet événement dans son expli cation du tableau XXXI 1 et dit, en parlant du millenium, que le mal a de nouveau augmenté sur terre, et parle du « finis mundi ». Ce « grand incendie » de Knorr von Rosenroth et ce « finis mundi » de Paracelse sont la fin d'une grande période universelle et le commencement d'une autre, renouvelée.
Une nouvelle race humaine, plus parfaite, doit apparaître après ce déluge de feu, qui commencera un nouveau cycle d'années. Igne Natura Renovatur Integra. Hapi.
De L'ftFFLieTION Chère âme, si tu veux devenir l'enfant de Dieu, soumets-toi patiemment à la tentation et à l'affliction. Il n'est point facile et doux de pénétrer dans la vie des enfants de Dieu, car la raison est prisonnière dans le royaume terrestre.
Il faut que cette raison soit brisée; la volonté doit sortir et se détacher de la raison et se semer elle-même dans le royaume de Dieu, dans l'humble obéissance, tout comme l'on sème le grain dans les champs. Elle doit mourir à la raison ets'abandonner à Dieu ; alors le fruit nouveau mûrit dans le royaume de Dieu.
L'homme se trouve donc dans une triple vie, où tout appartient à Dieu : Les Essences ignées intérieures du premier Principe sont incorpo rées dans le nouveau corps en le Christ, de sorte qu'elles bouillonnent, par l'action de la volonté de Dieu, dans la chair et le sang du Christ; leur feu est alors le feu de Dieu, où brûlent l'amour, la douceur et l'humilité, d'où procède le Saint-Esprit qui les assiste dans leur combat contre la raison terrestre et la vo lonté de la chair corrompue et du diable.
Le joug de sa volonté terrestre est allégé ainsi ; cependant, dans ce monde, il doit combattre sans cesse. Car la vie ter restre a besoin d'aliments ; l'homme doit donc sub venir à ce besoin, et pourtant il ne doit pas s'y atta cher et en faire dépendre sa volonté et son cœur, mais il doit se confier à Dieu ; sa raison terrestre doute sans cesse et craint la misère ; elle veut contempler Dieu et ne le peut cependant ; car Dieu ne demeure
de l'affliction 43 point dans le royaume terrestre, mais en lui-même. II faut dont contraindre la raison, qui ne peut con templer Dieu, à entrer dans l'espérance ; alors le doute s'acharne contre l'espérance et cherche à détruire la foi.
C'est là que la volonté sévère doit lutter avec l'image véritable contre la raison terrestre; c'est là la souffrance et souvent la tristesse, quand la raison ob serve le cours de ce monde et reconnaît que l'esprit de sa volonté est insensé quand elle le compare au cours de ce monde. Dèslors il faut s'abstenir, veiller, jeûner et prier, afin d'assoupir la raison terrestre et de l'anéan tir pour que l'esprit de Dieu puisse se reposer en vous.
S'il apparaît, il soumet bientôt la raison terrestre et regarde la volonté dans l'angoisse, avec amour et douceur, et ainsi un rameau pousse de l'arbre de foi ; de cette manière, toute affliction et tentation est un grand bien pour les enfants de Dieu. Car, chaque fois qu2 Dieu ordonne l'angoisse et l'affliction à ses en fants, une nouvelle branche s'élève de l'arbre de foi.
Quand l'esprit de Dieu réapparaît, il produit chaque fois une nouvelle croissance à la grande joie de la noble image. Il s'agit seulement de susciter i'orage qui doit abattre l'arbre terrestre et de semer le grain précieux dans le champ de Dieu, afin que Thomme apprenne à connaître l'homme terrestre ; car, dès que la volonté reçoit la lumière de Dieu, le miroir s'aper çoit en lui-même, et les Essences se voient l'une l'autre dans la lumière.
L'homme entier se découvre ainsi en lui-même et reconnaît ce qu'il est, car il ne peut pas l'apprendre par la raison terrestre. Personne ne doit donc s'imaginer que l'on peut apercevoir ou
44 l'initiation connaître l'arbre de la foi chrétienne en ce monde ; la raison extérieure ne le connaît point. Et même quand l'arbre précieux grandit déjà dans l'homme intérieur, la raison terrestre doute encore, car l'esprit de Dieu est une folie pour elle parce qu'elle ne peut point le saisir.
Et même quand il arrive que le Saint-Esprit se découvre dans le miroir extérieur, de sorte que la vie extérieure tressaille de joie et pense qu'ayant reçu le noble convive elle pourrait persévé rer dans la foi ; même ainsi, dis-je, il n'y a point de véritable constance en elle, car l'esprit de Dieu ne reste pas continuellement dans les qualités terrestres. Il veut demeurer dans un vase pur.
Et, dès qu'il se retire dans son Principe, ou dans l'image véritable, la vie extérieure retombe dans la crainte et le décou ragement ; c'est pourquoi l'image noble doit combat tre sans cesse la vie extérieure ; et plus elle combat, plus le bel arbre grandit, car elle coopère avec Dieu.
De même que l'arbre terrestre croît dans le vent, la pluie, la chaleur et le froid, de même l'arbre de l'image de Dieu grandit dans la souffrance et l'afflic tion, dans l'angoisse et la peine, dans la raillerie et le mépris ; il verdit dans le royaume de Dieu et produit patiemment ses fruits (III Incarn., VIII, 4-7).
Nous ne devons donc pas craindre dans l'affliction et dans l'angoisse, et nous imaginer que le monde entier est contre nous ; car l'armée angélique et l'es prit de Dieu sont toujours avec nous. Nous ressem blons souvent à la femme cananéenne et ne pouvons pas contempler la face de Dieu, mais nous devons persévérer, car il faut subir l'épreuve. Plus on affine
de l'affliction 45 l'or, plus il brille. Il en est ainsi de l'âme. Si elle passe fréquemment par la Proba, elle embellit et se purifie davantage.
Dieu veut que ses enfants bien aimés deviennent parfaits, qu'ils acquièrent la science . et apprennent à reconnaître le diable. [Triple Vie, XIV, 39.) ...Et quand le mariage de l'agneau fut accompli, l'âme rayonna de joie ; elle commença à opérer en vertu de cette puissance et glorifia les miracles de Dieu, elle s'imagina qu'elle demeurerait dorénavant dans cette puissance et dans cette joie.
Mais la raille rie et l'outrage du monde commencèrent à l'accabler de l'extérieur, et une grande tentation s'éleva à l'in térieur, elle douta qu'elle n'eut reçu ce fondement de Dieu et obtenu véritablement la grâce de Dieu. Puis le blasphémateur s'en approcha et voulut briser sa voie et l'induire en doute. Il lui dit : Cela n'a pas eu lieu en Dieu, mais est un effet de ton imagination.
De plus, la lumière divine se retira d'elle et couva seulement dans le fondement intérieur comme un feu de tourbe, de sorte que la raison demeura comme folle et se vit abandonnée et complètement déroutée, ne sachant plus si vraiment elle avait goûté la lumière divine; cependant elle ne pouvait plus renoncer à cette lu mière.
Car l'amour enflammé de Dieu avait été semé en elle, et une grande faim et une grande soif de dou ceur divine s'élevèrent en elle ; elle commença donc à prier avec plus d'ardeur encore ; elle soumit son mauvaispenchant à l'examen et le rejeta. Alors la volontéde la raison fut brisée et le mauvais penchant inné fut accablé de plus en plus ; la nature du corps s'émut
46 l'initiation douloureusement et tomba dans une faiblesse pareille à une maladie, qui toutefois n'était pas une maladie naturelle, mais une mélancolie de la nature terrestre du corps, car sa fausse envie lui fut brisée.
Et quand la raison terrestre se vit abandonnée ainsi, quand la pauvre âme fut exposée à la risée du monde, parce qu'elle se détourna de sa voie impie, et quand le blasphémateur l'attaqua à l'intérieur, la railla, lui vanta sans cesse la richesse, la beauté et la gloire du monde et la traita de folle, elle pensa : O Dieu éter nel, que ferai-je maintenant pour arriver à la paix !
Dans cette méditation l'âme illuminée la rencontra de nouveau et lui dit : Pourquoi, mon frère, es-tu si triste ? L'âme dit : J'ai suivi ton conseil et j'ai obtenu ainsi la contemplation de la douceur divine. Mais elle s'est retirée de moi, et me voici abandonnée et exposée aux tentations : extérieurement par le monde, car mes amis m'abandonnent et me raillent. Et, intérieurement l'angoisse et le doute m'oppressent.
L'âme illuminée répondit : Tu me plais ainsi ; car maintenant notre Seigneur le Christ accomplit avec toi et en toi son pèlerinage sur cette terre ; et, comme toi, il fut outragé et n'eut rien en propre. Maintenant tu portes son sceau ; ne t'étonne point, car il doit en être ainsi afin que tu sois purifiée et confirmée.
Car dans cette affliction tu auras l'occasion de prier fré quemment et d'aspirer à la délivrance ; et dans cette faim tu attireras en toi la grâce de l'extérieur et de l'intérieur. Car il faut croître dans l'image de Dieu par en haut et par en bas ; ainsi un jeune arbre est secoué par le vent et exposé à la chaleur et au froid ;
DE L'AFFLICTION 47 il attire dans ce mouvement de la force d'en bas et d'en haut, et croît au milieu de grands dangers avant de devenir un arbre et de porter des fruits. Car dans ce mouvement la puissance du soleil devient mobile dans l'arbre, de sorte que les qualités violentes de l'arbre sont pénétrées et teintes par la puissance du soleil, qui les fait croître ainsi.
Mais maintenant achève ton vaillant combat et coopère dans l'esprit du Christ, car le père éternel engendre maintenant son fils par sa puissance ignée en toi-même, et le fils transmue le feu enflamme d'amour, de sorte que du feu et de la lumière naît un seul être, un véritable temple de Dieu.
Maintenant tu croîtras dans les vignes du Christ au cep du Christ ; tu porteras des fruits par ton enseignement et ton exemple, et tu prouveras ton amour par la fertilité, comme un bon arbre ; ainsi le paradis végétera et s'extériorisera en toi à travers la colère de Dieu et changera en ciel l'en fer en toi. Ne te laisse donc point éblouir par la ten tation du diable, car il combat en toi pour conquérir son royaume perdu.
S'il est vaincu maintenant, il sera obligé de se retirer entièrement de toi. Quand il te comble de raillerie extérieurement, c'est pour que sa honte soit ignorée et que tu restes inconnue au monde. Car, par ta régénération tu es dans le ciel, dans l'Harmonie Divine ; patiente donc et attends le Seigneur.
Et, si la souffrance t'oppresse, pense que c'est le Seigneur qui te l'envoie pour te purifier. (Colloquium viatorum, 73-87.) Boeiim (Traduit par Debeo.)
ESPRIT & PENSÉE FORCE & MATIÈRE Dieu existait ! Dans son ardent amour Dieu a émané de Lui les trois mondes « Divin-Spirituel-Astral ». Le monde Divin est spécial à Dieu et à ses Minis tres. Le monde Spirituel devait être le royaume de l'Homme Universel, l'Adam-Kadmon, l'Adam-Eve, l'Adam-Céleste de la Kabbale, notre premier père après Dieu.
Le Monde Astral ou monde de la matière fluide ren fermait entre autres à l'état fluide tout ce qui existe actuellement à l'état de corps condensés sur les mondes physiques « minéraux, végétaux, animaux ».
D'Adam-Kadmon, l'Homme Universel, créé par Dieu, à l'image de Dieu, pour habiter le Monde Spi rituel était un ensemble de myriades de cellules spi rituelles individualisées, autonomes, mais réunies plus ou moins harmoniquementdans l'Amour,comme le corps physique de l'homme actuel est un ensemble
ESPRIT ET PENSÉE —. FORCE ET MATIÈRE 49 de myriades de cellules matérielles, individuelles, au tonomes, mais réunies plus ou moins harmoniquement dans l'Egoïsme du corps. L'Adam-Kadmon avait reçu de Dieu non seule ment la possession du Monde Spirituel, mais encore la souveraineté absolue sur le Monde Astral et sur tous les êtres fluides qui l'habitaient.
Au lieu de se montrer reconnaissant envers son Créateur pour tous les bienfaits qu'il en avait reçus, Adam se laissa entraîner par l'Orgueil et l'Egoïsme, et il en vint à jalouser Dieu, à désirer le suprême pouvoir. Il en fut puni, c'est-à-dire chassé du Monde Spiri tuel et relégué dans le Monde Astral. Là, il devint l'Adam Protoplastes, ou l'Adam du plasma formatif de la vie conçue avec comme sup port la matière fluide.
Là, il restait encore Un, l'Homme-Universel, mais comme sa Pensée vibrait de moins en moins à l'unis son de la Pensée Divine, il subit la tentation de l'Egoïsme du corps, lequel lui fit désirer ardemment les jouissances de la matière fluide.
Il devint alors l'Adam Belial, c'est-à-dire que, s'enlisant de plus en plus dans la matière, les cellules qui le composaient s'individualisèrent de plus en plus dans l'Egoïsme, s'éloignèrent de plus en plus les unes des autres, et se recouvrant de plus en plus d'écorces matérielles ne se reconnurent plus; de telle sorte que finalement l'Adam se trouva disséminé dans l'Espace et le Temps. Les myriades de cellules spiri tuelles qui le composaient dansl'f/n furent particula 4
5o l'initiation risées en un nombre indéfini d'individualités ; indivi dualités que nous sommes en définitive, nous esprits incarnés ou désincarnés ! C'est de cet éparpillement en personnalités mul tiples que date la vie telle que nous la vivons, car dès ce moment eut lieu la création ou plutôt la matériali sation des mondes et des êtres physiques au sein du Monde Astral fluide.
Chacun des mondes physiques dçvait être une pri son à régime spécial, un théâtre à représentations dif férentes, où nos Esprits étaient attirés par affinité après s'être particularisés dans le Monde Astral.
Une partie des êtres qui existaient à l'état fluide dans le Monde Astral furent matérialisés sur les mondes physiques, soit pour aider à y entretenir la vie physique, soit pour y aider les Esprits incarnés, soit enfin pour forcer ces Esprits à la lutte, au travail, à la souffrance régénératrice. Sur les mondes physiques, les minéraux se formè rent d'abord, puis les végétaux, puis les animaux.
Ce n'est que lorsque l'évolution fut complète du proto plasma à l'homme naturel que les Esprits vinrent du Monde Astral s'incarner dans les corps d'animaux hommes, comme ils le font constamment à la nais sance d'un enfant de la Terre.
Sa création en matérialisation des mondes physi ques de l'Espace et de tout ce qu'ils comportent n'est donc que la conséquence des fautes et la matérialisa tion d'Adam : ce n'est qu'un état momentané qu'il ne tient qu'à nous, Esprits, de rendre plus ou moins vite à son état primitif fluide dans le Monde Astral.
ESPRIT ET PENSÉE — FORCE ET MATIÈRE 5l Mais pour cela il faut d'abord que les cellules spi rituelles d'Adam, punies pourleurOrgueil, leur Ingra titude envers Dieu, se fassent pardonner par leur Amour, leur Humilité envers Dieu.
Mais pour cela il faut ensuite que nos Esprits, cel lules d'Adam, séparées, individualisées par leur Egoïsme, par l'attrait de la matière se réunissent de nouveau peu à peu dans la Solidarité, la Fraternité, l'Amour, le Désintéressement de l'un au profit de tous et de tous au profit de l'un. Combien de nos siècles faudra-t-il encore avant la réalisation de cet idéal ! En attendant, tout est soumis à la Force que nos Esprits déchus ont déchaînée.
Cette Force est un attribut de Dieu, on pourrait dire de sa Colère ! Maiscette Force s'exerce directement sur la matière fluide ou condensée du Monde Astral et du Monde physique: elle enserre, étreint, compresse la matière fluide pour la rendre lourde, condensée, matérialisée; elle oblige cette matière à être en continuel mouve ment, en travail incessant, en agitation constante.
Notre Esprit ne supporte les conséquences de cette Force que parce qu'ayant trop désiré la matière, il se trouve étroitement enfermé, emprisonné dans cette dernière, il supportera de moins en moins ces consé quences au fur et à mesure qu'il saura se détacher des bras de cette trompeuse maîtresse, laquelle ne lui offre du reste que des illusions constantes. L'esprit peut donc se libérer des étreintes de la ma tière et du joug de la Force, mais il faut qu'il en ait
52 l'initiation la Pensée, le Désir et la Volonté. Si à cela l'Esprit ajoute le Désir de rentrer en grâce auprès de Dieu, il peut non seulement se libérer des étreintes de la ma tière, mais encore diriger lui-même la Force qui subjugue la matière. La Force n'exerce pas au hasard sa puissance sur la matière !
Pour ce qui concerne la Vie Universelle, elle est dirigée par l'Intelligence providentielle; pour ce qui concerne la vie terrestre, par exemple, elle est dirigée par l'intelligence de l'Esprit-homme, et cela sans que ce dernier s'en doute généralement.
Avant la faute c'était la Pensée et YIntelligence d'Adam qui gouvernaient entièrement lemonde astral, mais sa Pensée était en harmonie avec la Pensée di vine pour la direction, à la fois, du monde spirituel et du monde astral. Après la chute, l'Homme Universel étant frac tionné, le pouvoir directeur qu'il possédait fut par tagé entre les cellules qui le composaient.
Chacune n'eut par suite qu'un très faible pouvoir ; or ce pouvoir ne peut s'augmenter que par l'union des cellules en tre elles dans TAmour, et le Pouvoir entier ne s'ob tiendra que lorsque toutes les cellules réunies auront reconstitué l'Adam primitif.
En attendant, avec le faible pouvoir qu'il détient, notre Espritdéchu et la matière cupide tentatrice sont enchaînés étroitement l'un à l'autre, soumisà la Force, en continuel antagonisme, en état constant d'action et de réaction ; l'Esprit jouissant de sa Pensée, de son Libre Arbitre et de sa Volonté, la matière toujours tentatrice de l'Esprit.
ESPRIT ET PENSÉE — FORCE ET MATIÈRE 53 L'Esprit a l'Intuition du pouvoir et du bonheur per dus ; s'il sait écouter cette Intuition, il aspire à retrou ver le chemin du monde spirituel. La matière subju guée, condensée, tend à retourner à l'état fluide du monde astral. Mais l'Esprit est retenu par la matière et la matière est retenue par la Force. La Force est la punition Divine, elle est régie par l'Intelligence Di vine.
Mais l'Intelligence Divine ne fait que remplacer mo mentanément l'intelligence générale d'Adam, dissé minée maintenant dans les multitudes d'Esprits. Au fur et à mesure que les Esprits se regrouperont dans l'amour, Dieu leur abandonnera la direction de la Force agissant sur la matière.
Ceci se vérifie positivement dans les expériences de psychisme et de spiritisme, où les faits obtenus par les sujets et les médiums sont considérablement ren forcés à cause de la présence de spectateurs réunis harmoniquement. La Force agissant sur la matière est donc pour le présent en grande partie intelligentée par la Provi dence et en très petite partie intelligentée par nos Es prits.
Lors de la formation des mondes physiques de l'Es pace, la Force Divine qu'a dû subir la matière fluide, s'est exercée plus spécialement sur un certain nombre des atomes fluides du monde astral. Chacun de ces atomes a d'abord essayé de résister à la Force, lui a opposé l'inertie, puis a tressailli, a vibré et, finale ment, s'est mis en mouvement dans l'Espace et le Temps. Pendant son mouvement, l'atome a rencon
54 l'initiation tré d'autres atomes, soumis eux aussi à la Force : il y a eu choc, accélération des vibrations, production de chaleur. La Force, continuant d'agir, a comprimé les atomes autour d'un centre, d'où naissance de laforme nébuleuse. Puis les nébuleuses en mouvement de rota tion et de translation sont devenues successivement gazeuses, liquides et solides, incandescentes, soleils, planètes, mondes habitables.
Ces mondes ont reçu la Vie par la Force agissant sur la matière et produisant les vibrations, le mou vement, la chaleur, etc., et comme tout ce qui a la Vie ils devront mourir ou plutôt se transformer.
Lorsque la Vie-Force-sera pour eux à son déclin, les planètes seront plus fortement attirées vers leur soleil, les so leils seront eux-mêmes attirés plus fortement vers d'autres soleils : il y aura finalement choc, incendie, puis tout ce qui est matière condensée repassera par les phases inverses de la Création pour retourner à l'état primitif de matière fluide au sein du monde astral.
Les mondes physiques étant nés, la Force qui les a formés continue de s'exercer, non seulement sur les atomes concentrés, mais encore sur les atomes restés à l'état fluide dans le monde astral et sur les mondes physiques. Cette Force crée dans l'astral la Vie sans la forme. Celte vie se propage d'un atome à l'autre sous la forme de courants de force, « magnétisme, électricité, etc.».
Cette Force-Vie entre positivement dans tous les atomes, dans tous les corps et en sort négativement, polarisant ainsi tous les minéraux, tous les végétaux, tous les êtres, tous les hommes, tous les mondes.
ESPRIT ET PENSÉE — FORCE ET MATIERE 55 La Force agissant sur la matière occasionne donc les vibrations, lesquelles ne sont que les réponses, les réactions de la matière. La matière répond à la Force par des vibrations plus ou moins fortes, plus ou moins accélérées suivant son degré de condensation, vibra tions que l'on retrouve dans l'immense spirale des Vibrations Universelles.
De plus, les vibrations qu'éprouvent les atomes matériels se transmettent aux autres atomes voisins, lesquels vibrent à l'unis son.
En définitive, l'action de la Force agissant sur la matière est dans l'Univers la cause de VAction, de l'Équilibre, delà Réaction, des Vibrations, du Mouve ment « lequel est fonction de l'Espace et du Temps-», de la Vie, de la Chaleur, de la Forme, du Magnétisme, de la Polarité, de la composition des différents corps.
La matière répond donc à l'action de la Force en produisant des vibrations, des transmissions de vi- . brations, qui amènent des transformations de cette Force.
Ainsi chez l'homme, son corps physique qui est un ensemble individualisé de mollécules et de cellules, reçoit de la Force par les aliments, « le sang y porte dans l'organisme la force « respiration » et la matière sous forme d'albumine », le corps physique y répond en produisant des vibrations à l'unisson de la force vitale, qu'on nomme chaleur, force nerveuse, force volitive.
Le corps physique de l'homme est en somme une véritable pile électrique. Le Corps astral de l'homme est le médiateur plas tique; il forme les différentes âmes de l'homme et il
56 l'initiation n'est en somme qu'un ensemble individualisé de forces diverses. La Force qu'il exerce produit les phénomènes vitaux indépendants de la volonté de l'homme en actionnant le grand sympathique, la moelle et le cervelet; le Corps astral répond en pro duisant de la force vitale, de la force astrale, de la force sensitive, de la force psychique. Le Corps physique en fonctions, en travail, use de la force nerveuse, de la force volitive.
Le Corps astral en fondons use à la fois de la force volitive et de la force sensitive, mais il use surtout beaucoup de la force psychique qu'il met à la disposition de l'Esprit de l'homme, afin que celui-ci puisse exprimer sa Pensée. Nous quittons là le domaine exclusif de la Matière et de la Force pour rentrer dans celui de l'Esprit, cellule d'Adam.
Nous avons vu que chaque Esprit, cellule du grand Homme Universel, possédait une partie du pouvoir d'agir sur la Matière : pouvoir que possédait entière ment l'Adam Radmon et que celui-ci affirmait par sa Pensée, sa Volonté, son Intelligence. Le peu du pouvoir que possède l'Esprit cellule s'af firme également par la pensée, la volonté, l'intelli gence de cet Esprit.
Toute pensée de l'homme est donc un attribut de l'Esprit : c'est une force directrice, organisatrice, transformatrice de la Matière. La pensée s'exerce par le cerveau, lequel est l'instrument et non la cause, les vibrations qu'elle provoque peuvent être à l'unis son de chacun des mondes : Spirituel ou Intellectuel,
ESPRIT ET PENSÉE — FORCE ET MATIÈRE 5j Astral ou Sentimental, Physique ou Matériel ; elles sont assez rarement l'unisson du monde Divin pour les habitants de notre Terre. Nous savons que les cellules matérielles composant le corps physique de l'homme évoluent à travers ce corps jusqu'à leur arrivée dans la substance grise du cerveau , terme de leur évolution matérielle.
Là, chaque pensée force exprimée par l'Esprit rend à l'état vibra toire fluide une ou plusieurs cellules. C'est ainsi que par la pensée se transforme la Matière et se renouvellent en sept années environ les cellules de l'homme. La pensée de l'homme forme ainsi un être réel qui a non seulement la vie mais encore une forme fluidique.
C'est un aérorome, un élémental, qui a pour corps fluide le corps de la cellule matérielle rendue à la vie fluidique, qui a pour âme vitale le centre de force auquel le soumet la pensée qui l'a formé, qui a enfin une intelligence directrice, laquelle n'est autre que la pensée qui le dirige : car, une fois l'élémental formé, c'est son âme qui le meut, mais c'est la pensée de l'homme qui le dirige.
Ces êtres ont différentes formes, différentes fonc tions suivant la pensée de l'Esprit qui les a formés. Ils subissent aussi les attractions correspondant à leurs vibrations personnelles. Les pensées de la vie matérielle utile forment des êtres qui se répandent à la surface de la terre en quête de corps matériels, dans lesquels ils pourront recommencer une évolution : ils deviennent l'âme des minéraux; ils évoluent, ils vont accroître la vie dans
58 l'initiation les végétaux, ils deviennent sève ; ils ont dormi dans la pierre, ils germent dans le végétal ; enfin ils se réveillent dans l'animal: ils deviennent sang; et la ronde recommence, tout en s'élevant en spirale vers les sommets de l'évolution.
Les pensées d'égoïsme féroce, de haine, de méchan ceté, d'intolérance, de jalousie, de mépris de ses sem blables, de désir immodéré des biens et des jouis sances, forment des êtres visqueux, hideux, qui se collent au corps astral de l'homme, ayant exprimé ces pensées, rendant ce corps astral lourd, épais, matériel et l'accompagnant comme Livre du Juge ment lors de la désincarnation de l'Esprit, c'est-à-dire lors du retour de l'Esprit dans le monde astral après le rôle qu'il a plus ou moins bien joué sur terre.
Les pensées d'immoralité, de luxure, de jouis sances basses et grossières forment des êtres qui sont projetés avec plus ou moins d'intensité vers les pen sées des autres humains qu'elles visent et qu'elles cherchent à influencer : tels sont les incubes et les succubes par exemple.
D'autres pensées forment d'autres êtres qui, réunis, occasionnent différents courants vibratoires, lesquels peuvent non seulemsn t influencer les idées des col lectivités, des nations , mais encore amener des pertur bations atmosphériques. En résumé, les êtres ainsi formés par la Pensée, restent unis par un lien fluidique à leurs mentais reproducteurs.
Plus sont vils et matériels les éléments dont ils sont issus, plus le lien qui les unit à eux est terne, lourd et épais. Mais plus l'Esprit homme
ESPRIT ET PENSÉE — FORCE ET MATIÈRE 59 s'élève moralement, plus aussi deviennent élastiques et lumineux les liens qui l'unissent aux productions de sa mentalité. Actuellement, sur notre mesquine terre ces pro ductions sont loin d'être excellentes. Aussi la lutte entre les saines croyances et les vieux errements pro voque dans l'Astral des troubles rluidiques profonds.
Ces troubles auront une répercussion de plus en plus sensible sur le plan terrestre et y occasionneront des ébranlements pénibles et funestes. Dérangement dans la succession des saisons, cataclysmes, tremblements de terre, inondations, maladies infectieuses, morts subites et imprévues, guerres civiles, luttes religieuses, guerres étrangères, répandront parmi nous le deuil, la douleur et l'effroi.
Tout ceci existe en clichés dans l'astral, où nos voyants peuvent les lire 1 L'antagonisme des idées ébranlera le monde mo ral jusque dans ses fondements, et le vieil édifice construit sur les anciennes bases religieuses s'écrou lera avec fracas, pour faire place au temple nouveau de la Logique, de la Raison, de la Science et de l'Amour.
Les pensées produites par la méchanceté ou l'immo ralité forment et entretiennent de la vie mauvaise, les pensées vaines et futiles entretiennent de la vie inutile. La vie mauvaise conduit à l'expiation cer taine, la vie inutile doit racheter le temps qu'elle a perdu ou fait perdre à ce qui a subi son influence.
Lorsque le plus grand nombre des humains travail leront sérieusement à détruire leurs passions et s'ap pliqueront à élever le niveau habituel de leurs pensées,
6o l'initiation la vie inutile et la vie mauvaise ne se reproduisant plus, les plans de l'Astral voisins de la terre se transformeront et s'harmoniseront. Au lieu d'être la géhenne où gémissent et souffrent les âmes empêtrées dans les fluides noirs et lourds de la vie inférieure, ils deviendront le champs de course où les Êtres s'entraîneront à marcher toujours plus vite vers les régions lumineuses qui confinent au monde divin.
Alors ces Êtres pourront puissamment aider l'hu manité ! Après les grandes crises annoncées comme prochaines, le calme pourra renaître promptement à la suite du triomphe définitif des forces du bien. Le mal terrassé disparaîtra comme le brouillard se fond aux rayons du soleil levant. La fraternité universelle pourra se compléter sur la terre régénérée et aider à supporter plus facilement le régime assez dur de cette prison.
Tous, incarnés sur ce globe, ou désincarnés y ayant habité, unis désormais dans une même con ception de l'idéal, une même application du bien, une même entente du vrai, marcheront plus libres et plus conscients vers le but final : la reconstitution, par l'Amour, de l'Homme universel dans le Monde spirituel ! Capitaine Franlac. Décembre 1903.
LA KABBALE PRATIQUE D'après la Théosophie chrétienne Traduction de la «.Magie numérale» d'Eckarthausen (Suite ) 15. Que sous cette matière, la composition d'autres objets indépendants doit être cachée. 16. Qu'ils sont la raison de toute activité, des phé nomènes., de la matière et de la composition. 17. Qu'ils sont les forces cachées qui produisent en nous ces phénomènes. 18. Que, par conséquent, toute composition est un phénomène. 19.
Que si l'on change la forme, figure, composi tion d'un objet, aussi ses forces intérieures sont changées. 20. Que nous sommes à même de produire ce changement des forces, si nous employons les mêmes causes sous lesquelles le même changement de la forme et de la figure s'est produit. a1. Que, par conséquent, les causes semblables produisent aussi des effets semblables et vice versa.
62 L INITIATION 22. Que dans moi il y a quelque chose de restant, qui se modifie continuellement. 23. Que mon corps est un composé et n'est pas le restant. 24. Que par conséquent mon moi est différent du corps. 35.
Toutes ces vérités restent et sont par leur cause originaire sensuelles; mais elles s'approchent encore davantage des objets tels qu'ils sont par euxmêmes, parce qu'ils sont confirmés par plusieurs organisations ou parce que de telles thèses sont les suites immédiates éloignées.
Ces vérités ontologiques sont capables d'une recti fication et d'une confirmation, à mesure que par la connaissance de nouvelles organisations nous sommes mis en état d'apprendre si elles sont confirmées par ces nouvelles organisations et si par cela de nouveaux rapports et règles sont découverts.
Elles ne sont, à proprement parler, que pour les hommes ou les êtres qui sont à même d'apprendre de nouvelles organisa tions, de comparer et de conclure plus loin de ces comparaisons. Avec chaque nouveau sens, avec chaque expérience d'une nouvelle organisation, le règne des vérités s'élargit; ainsi que la sphère de la connaissance chez un homme avec cinq sens doit être d'autant plus haute, que s'il n'en avait qu'un seul.
Déjà dans l'homme seul on peut en trouver plu sieurs de ces organisations. Toute diflérente doit être la connaissance, et la philosophie d'un homme doit être presque nulle, si le sentiment c'était son unique sens, de nouveau autrement, où :
LA KABBALE PRATIQUE 63 Sentiment et goût, — et odeur, — et l'ouïe, — et vue sont seuls.
Chacun d'eux a une propre manière différente de nous de s'imaginer les objets hors de nous, est plus ou moins à même de comparer, d'abstraire; il en est autrement avec l'homme, qui a seulement : Sentiment, odeur, goût, — — ouïe, — — vue, — goût, — ouïe, et autrement chez l'homme, qui n'a que quatre sens: Sentiment, odeur, goût, ouïe, — — — vue, — goût, vue, ouïe, — odeur, — — La plus complète, elle est chez ceux qui ont tous les cinq sens en même temps et ont en outre les moyens de les rehausser artificiellement.
Chaque homme avec le nombre de sens que nous venons d'indiquer, a par rapport aux autres une propre organisation, et il vaut la peine d'étudier, de déterminer la philoso phie, la sphère d'idées chez chacun de ces hommes : si toutefois des hommes sont assez en état de ré soudre leurs idées, de savoir quoi et combien tout sens apporte à chaque idée, et de résoudre de cette manière le composé de nos idées en ses parties; ce
64 l'initiation [Janvier n'est que dans ce cas qu'on pouvait constater, avec sû reté, de quelle éducation, religion, morale, législa tion, perfectivité chacune de ces organisations serait capable; alors le relatif et la naissance de nos idées apparaîtraient dans leur pleine certitude et force.
Mais si grandes et si sublimes que soient ces vérités ontologiques, à quelque degré que la faculté d'en re cueillir et de les imaginer témoigne de la dignité su périeure de notre nature, nous restons pourtant si incapables d'avoir connaissance de l'intérieur de l'objet, de la vérité absolue. 37.
La vérité absolue est ce qui est par soimême, ce qui existe dans l'objet même, elle est cette force invisible qui ne nous apparaît que par ses effets, qui agit sur nous, êtres organisés différemment, d'une manière différente, elle n'est pas pour cette forme sensuelle, pour ces hommes.
Elle ne peut jamais chan ger; cette force reste force, agit toujours, agit sur différents sujets de manière différente, ainsi qu'ils le tolèrent selon leur réceptivité, et devient justement par cela la cause et la source de notre vérité relative. C'est tout ce que nous savons d'elle. 38. La vérité absolue existe toute seule devant Dieu et pour Dieu.
Dieu reconnaît les forces et l'essence des objets; les créatures jugent d'après l'effet de ces forces, d'après la manière elles apparaissent et se révèlent à eux ; les créatures en concluent sur la cause et la qualité de la force cachée, sur sa réalité.
>9°4] 65 LA KABBALE PRATIQUE Mon ami ! Soyez assuré que l'homme ne peut être heureux, que s'il réussit à surmonter tout ce qui lutte contre son essence; ce n'est qu'alors qu'il aura la paix avec lui-même et la paix avec toute la nature.
Mais tant que l'homme, soit par négligence, soit qu'il est fatigué de la lutte, ne laisse couver en lui qu'une petite étincelle de ce feu étranger, qui est con traire à son essence, il souffre jusqu'à ce que cette petite étincelle se soit éteinte complètement. Il y a deux principes ou commencements origi naires du spirituel : le commencement originaire du bien et le principe du mal.
Dans le premier l'homme trouve la paix, le repos et le salut ; dans l'autre la souffrance et le supplice. Mais qu'on ne me com prenne pas faussement: ce n'est que parla dérivation du bien que le mal prit naissance. ECKARTHAVSEN . (.4 suivre.)
L» reproduction deH articles inédit* publiés par l7nt(ia(ion est formellement interdite, à moins d'autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE Cette partie tst réservée à l'exposé des idées de la Direction, des Membres du Comité de Rédaction et a la reproduction des classiques anciens.) Sur l'emploi de l'opium On a déjà écrit un assez grand nombre de choses pour et contre l'usage des excitants orientaux.
Je ne veux pas en faire ici une bibliographie, tout le monde en connaît les principaux numéros. Des ar tistes célèbres se sont occupés de la question et, sauf Thomas de Quincey, la plupart des autres, comme Balzac et Baudelaire, se sont prononcés contre l'em ploi de ces drogues. On a pu voir, dans cette revue même, de copieuses études dont la plus autorisée est celle de Matgioi ; il faut tout connaître !
C'est pour quoi maintenant que nos lecteurs ont écouté ce taoïste, le philosophequisigne Pandorac, et le très impeccable littérateur qu'est Gabriel de Lautrec, sonner la cloche optimiste, je voudrais, et de mon mieux, leur faire entendre le glas de la cloche pessimiste. Il y a deux sortes de fumeurs d'opium : les amateurs de sensations rares, et les amateurs de science secrète.
Notre Occident ne connaît que les premiers; les se conds ne se trouvent qu'aux Indes, en Indo-Chine, dans le Céleste Empire etdans la Malaisie. On a assez fait de morale aux premiers ; Baudelaire, Théophile
sur l'emploi de l'opium 67 Gautier, les médecins, les ministres de la marine soucieux de l'énergie des officiers, se sont chargés de cette tâche selon de modes divers.
Je voudrais, à mon tour, dire ce que je n'ai vu écrit nulle part; on pourra prendre ces pages pour de la pure imagination ou de La réalité : c'est le principe et le droit du lecteur d'exa miner, de peser et de juger. ■ Et d'abord d'où vient l'opium ou plutôt la plante qui le fournit ?
On sait que l'homme est le roi de l'Univers; les créatures inférieures sont faites pour lui ; parmi elles, il en est qui ont été créées en dehors de lui, il en est d'autres qui doivent leur existence à certaines réactions causées par des manières d'être, des habitudes générales, collectives, de ce monarque détrôné.
Ainsi, un peuple cruel détermine l'attraction invisible et la matérialisation progressive de la cruauté : cela produit au bout de quelques centaines de siècles des races de bêtes féroces ; un peuple sale appelle la vermine, et il la subit un jour, indestruc tible, dans ses arrière-petits-enfants.
Il y a quelques millions d'années, un fragment d'une planète voisine est venu se souder à notre terre, avec sa flore, sa faune et son humanité ; l'adap tation de tous ces êtres à nos conditions biologiques s'est faite lentement, mais sans que leurs caractères internes aient été changés.
Ces humains en ont con servé une sorte d'égoïsme subtil, qui les éloigne de la vie pratique, les portent vers le rêve, et leur ôtetout scrupule sur le choix des moyens capables de les dé
68 l'initiation livrer de l'action.
Ils ont cherché, et comme le désir est une force active, que tout ce que l'homme veut arrive, ils ont fini pasconcréter peu à peu leur idéal, par le faire sortir du domaine de l'esprit, le rappro chant progressivement de la terre et en raison des liens mystérieux qui unissent les facultés spirituelles de l'homme et le règne végétal, cet être nouveau a pris contact avec la vie d'ici-bas, sous la forme d'une plante.
Telle est la légende que j'ai entendu raconter à propos de l'opium, et elle exprime bien en tous cas le plaisir que cherchent tous les fumeurs: oublier la vie, l'effort, la pluie, le froid, la boue, les soucis, l'ignorance, oublier le désir d'aller plus loin, se trou ver bien comme on est: destructrice de l'effort, néga trice du progrès, Léthé de tout ce qui n'est pas notre propre quiétude, telle est la pilule brune.
Il ne faut passe le dissimuler: les jeunes gens qui prennent du haschich ne le font que pour « épater le bourgeois », j'entends le bourgeois caché au fond de chacun de nous ; tous et surtout les nerveux, ils ont une peur affreuse du moment de vacuité qui pré cède les rêveries; ou bien ils ne se servent de la drogue qu'à une dose trop faible pour procurer quelqu'effet que ce soit : comme si on fumait du tabac bouilli.
Quand l'expérience réussit, tous s'accordent à déclarer que le haschich ne crée rien, mais, qu'exal tant l'individualité, il développe jusqu'à sa dernière limite la disposition actuelle de l'individu, en prenant prétexte d'une sensation quelconque. — L'hallucina tion qu'il procure peut d'ailleurs devenir cauchemar ;
sur l'emploi de l'opi'-m 69 si l'habitude s'en mêle, l'accoutumance physiologique conduit à un véritable empoisonnement ; enfin l'éner gie, même physique, devient tout à fait nulle. Tout ceci se résume en un mot : perte de la volonté. Nous essaierons de montrer tout à l'heure par quel sophisme certains font de ce zéro l'absolu de la science.
Mais laissons-là ces dilettantes; je veux m'occuper d'une certaine catégorie d'expérimentateurs, que je crains plus nombreux qu'on ne le croit généralement: supposez un chercheur sincère qui a entendu dire que dans l'astral se trouve la clé de beaucoup de notions, que l'opium peut aider àsortir en astral, ce qui entraîne résolument les essais dans ce sens in anima vili.
Je le répète, je n'ai pas le droit d'influer sur la liberté de personne ; je veux simplement montrer ce que j'appelle le revers de cette médaille, exposer les défenses promulguées par la Loi et leurs sanctions, c'est-à-dire les inconvénients qui résultent de ces pra tiques. Il est évident que l'ivresse des « paradis artificiels » orientaux est recherchée par l'homme que la plati tude ou l'effort quotidiens fatiguent ou découragent.
Cherchant ainsi à éviter l'ennui, quel qu'il soit, comme le soldat à la caserne cherche à « couper aux corvées », il oublie deux choses, à moins qu'il ne les ignore : La première c'est que c'est nous-mêmes qui, dans l'antériorité, avons déterminé ou choisi notre destinée actuelle, soit que nos fautes nécessitent tels travaux comme redressement d'erreurs, soit que notre
70 l'injtiation âme ait accepté librement un avenir riche de mérites qui est le présent difrïcultueux sur lequel on rechigne aujourd'hui. Un tel refus d'avancer n'est donc pas raisonnable.
La seconde maxime dont il faut se souvenir, et elle est la suite logique des remarques précédentes, c'est que nous devons commencer par faire à fond, de toutes nos forces, le mieux possible, notre devoir quotidien, les actes que la vie de tous les jours et de tout le monde, sollicite sans cesse de nous.
Faire cela demande un travail et une surveillance conti nuels, une telle succession ininterrompue d'efforts sur soi-même peut très bien être plus dure qu'un acte d'héroïsme isolé. Maurice Maeterlinck montre cela très bien dans son Trésor des Humbles ; la plupart des hommes pensent qu'une œuvre ou une action d'éclat pèsent plus devant la Justice éternelle qu'une vie obscure et sans gloire : ils se trompent en cela.
D'ailleurs, au point de vue moral, intellectuel, spiri tuel, on a mis en chacun de nous, tout ce dont iLa besoin ; chercher plus loin est peut-être faire preuve de gourmandise et s'attirer des responsabilités pour plus tard ; même si nous désirons la science, le ciel nous la donnera dès que nous commencerons de tout notre cœur à lui obéir quant au reste.
" Mais si nous ne faisons pas tous nos efforts pour vivre bien selon la loi morale, nous ajoutons un autre manquement à celui-ci, en essayant d'acquérir des lumières ou des pouvoirs que nous n'avons pas mérités. Tous les chemins doivent être suivis : les difficiles, les obscurs, les pénibles comme les larges et les com
sur l'emploi de l'opium 71 modes : donc il n'y a pas de raison d'envier ceux de nos frères qui ont de grandes qualités, pour qui la vie est facile, ou la gloire accueillante. De même que, si un homme nous est antipathique à première vue, il faut se forcer et lui faire bon accueil comme à notre ami, de même il faut sourire aux ennuis, aux épreuves, aux difficultés, aux fatigues.
Nous devons arriver à avoir de la sympathie pour toutes choses. * Tout ceci, ce sont desargumentsdestinesà tous ceux qui ne cherchent dans l'opium que le soulagement, l'oubli ou un plaisir rare. — Mais il est d'autres fu meurs, surtout en Orient, qui demandent autre chose à la pipe de bambou ou d'écaillé.
Leur idéal est le Tao, le Nirvana, Paramatura, c'est-à-dire la sérénité, l'immutabilité, l'impassibilité; avant d'en arriver là, leur route passe par beaucoup de royaumes invisibles, enchanteurs ou infernaux, aux charmes ou aux pièges desquels il faut échapper : ces travaux-là développent certaines facultés spirituelles, la boulette est le ferment qui en fait germer le terreau. Première et capitale erreur. Tout se paie dans la Nature.
Quand un homme veut se rendre fort, il s'astreint pendant des années à un travail incessant sur le plan visible, et des conditions appropriées sur un des plans invisibles qui lui correspondent lui sont nécessaires pour réussir ; à bien plus forte raison, quand on veut acquérir des lumières ou des pouvoirs, faut-il beaucoup de travail pour développer les dis positions acquises. Supposez qu'un ouvrier veuille
72 l'initiation entrer à la Bourse dans la corbeille ; il faudra d'abord qu'il devienne agent de change, et auparavant qu'il ait gagné beaucoup d'argent pour acheter une charge ; de même quand quelqu'un veut acquérir un pouvoir réel ou une science inconnue, il doit non seulement travailler, mais encore payer.
Cela est ainsi non pas parce que quelque mali cieux et puissant génie nous tiendrait la dragée haute, comme des enfants qu'on taquine, mais parce qu'une science vivante ou un pouvoir réel sont des forces actives, mille fois plus actives qu'un grain de radium ou quelques grammes de dynamite.
La moindre notion intellectuelle implique toute une encyclopédie de notions préalables, nécessaires à sa compréhen sion : qui expliquera jamais la pesanteur ? ou n'im porte lequel des phénomènes que leur fréquence a dépouillé à nos yeux déraisonnables de tout intérêt? qui montrera clairement le modus operandi de la plus simple des cures magnétiques ?
Pour qu'elle ait lieu, combien de milliers de petits êtres ont dû se mettre en mouvement : chez le malade, pour qu'il se sente confiance, qu'il soit sensible, que les cou rants nerveux changent, que les fluides physiques accélèrent ou retardent leur arrivée, que la chair ellemême change parfois sa forme ; chez l'opérateur : pour qu'il ait perçu les symptômes, établi son dia gnostic, remué ses bras, mis ses forces en mouvement, pour les amener en contact avec celles du malade, pour agir dans ce plan, triturer, manipuler la mala die, l'éloigner, l'amoindrir, la tuer ou la transformer, pour que tous ces actes, effectués autre part que dans
sur l'emploi de l'opium 73 la matière soient connus, pesés et analysés par le cejveau, et perçus dans leurs effets par l'appareil ner veux. Et tout ceci n'indique que les grandes lignes, les gestes principaux de la cure ; et cependant ils se pro duisent et se développent toujours, tous, même dans la simple et courte imposition des mains.
Ainsi les développements psychiques sont comme des plantes : il leur faut être semés dans un terrain propice, ils demandent un temps pour la croissance, un temps pour porter des fleurs, un temps pour por ter des fruits; si on veut hâter leur croissance, il faut, comme pour les plantes de serre, dépenser beaucoup d'art et de soin, et encore n'obtient-on qu'un produit délicat, morbide, que le premier vent fera étioler et faner; si les facultés acquises par suite d'entraîne ments magiques, volontaires ou mentaux sont ainsi sujettes à périr dès que la serre qui les abrite aura disparu, je veux dire dès que ce corps matériel sera livré à la mort ; — à plus forte raison les facultés crues dans l'exaltation d'un excitant tel que l'opium, ne dure pas plus d'une existence.
A quoi bon dès lors perdre son temps à des pratiques aussi minutieuses et de si peu de profit? Examinons la position du fumeur d'opium initié. Par ce dernier mot j'entends un homme préoccupé de son avancement intellectuel, d'une volonté forte, d'un jugemeut sain, habitué à l'examen mental, ca pable d'une attention profonde et constante. Il est évident que, puisqu'il se sert d'un excitant, il entre dans une région jusqu'alors inconnue à lui; comment
74 l'initiation va-t-il discerner les lois qui y régnent, les dangers probables qui l'y attendent, les fruits sains et les vé néneux ? Par déduction ? Mais qui dit que ce pays in connu ressemble à celui qu'il quitte? Par intuition ? Mais est-il certain que le miroir clair de son intime ne sera pas terni, chargé d'images trompeuses par les habitants de cette région étrangère, par l'atmosphère même où il espère se baigner ?
Sa volonté sera-t-elle encore toute puissante ? En principe, subjectivement, oui ; pratiquement, peut-être pas. Son cerveau resterat-il lucide? Il ne peut l'affirmer ; ses sens resteront-ils calmes? Il peut y avoir ailleurs des tentations plus subtiles encore que celles d'ici-bas. Et puis, quand même tous ces dangers seraient con jurés, il y a d'autres chaînes que l'homme mortel ne peut pas rompre. Voici ce que je veux dire.
Suppo sons un jeune garçon placé dans une école d'arts et métiers, on le met dans un atelier élémentaire; là il peut y apprendre plus ou moins bien ; il peut même inventer de petites combinaisons pour faire son tra vail avec moins de fatigue ; l'opium est une de ces in ventions ; mais, s'il veut devenir ingénieur (passer dans un plan plus élevé), quitter la classe ouvrière, il faudra qu'il retourne s'asseoir sur les bancs de l'école; ainsi chacun de nous, de par les conséquences lo giques attachées à son passé invisible, appartient à une tribu spirituelle, si l'on me permet ce terme; dans cette tribu, il peut devenir le premier, mais pour qu'il lui soit permis de passer dans une autre' plus élevée, c'est une purification radicale qui lui sera nécessaire; en d'autres termes, il faudra qu'il arrive à supprimer
sur l'emploi de l'opium 75 les causes qui l'ont amené dans la première tribu, en épuisant les conséquences. Ce paiement-là ne pourra pas se faire ni avec le mental, le magnétisme, l'astral ou le magique; c'est le cœur spirituel quidevra l'effec tuer, au moyen de la purification morale. Cette purification seule donne à l'âme la lumière qui lui reste acquise par delà le torrent des généra tions.
Si vous voulez aller de Paris à Brest, disent les Orientaux, il est bien plus simple de prendre le che min de fer, que de faire la route à pied : oui, à condi tion qu'on ait de quoi payer sa place. Et puis, bien plus encore, pourquoi aller ailleurs : Là où le ciel nous a fait naître, là est notre devoir ; tout le reste est puérilité vaine et infructueuse.
Nous avons en nous des muscles, des facultés phy siques, des passions, des opinions préconçues; ce n'est pas en éteignant ces pouvoirs que nous nous amélio rons, c'est en combattant les mauvais et en cultivant les bons.
Or, l'opium annule toute activité physique, toute passionnalité, tout désir de science même, il con duit à l'apathie ces milliers d'énergies invisibles dont nous sommes les conducteurs, ces armées de cellules qui, passant chacune à leur tour dans le cerveau, y incrustent l'attitude de somnolence, en attendant que, transportées dans l'Invisible, elles y, bâtissent le palais morne et mort, que les cérébraux appellent le temple de la délivrance.
Je ne veux pas cependant donner à entendre qu'à ceux qui se sentent attirés vers les mystères, le ciel interdise de telles recherches ; mais qu'il ne faut pas
76 l'initiation les entreprendre avec des moyens illicites. L'Invisible est assez intimement mêlé à notre vie quotidienne, il nous donne à chaque minute assez de preuves de son assistance, pour que nous ne manquions pas de sujet d'étude.
Pour ne prendre que la plus vulgaire de ses mani festations, les rêves, quels thèmes de réflexions, d'ana logies, de comparaisons, d'enseignements même, ne nous fournissent-ils pas chaque jour ; cependant, il faut garder les réflexions qu'ils provoquent pour soi et ne pas les généraliser ; il en est ainsi de tout ce que l'Univers nous offre naturellement, simplement, spon tanément: nous ne nous engageons dans de mau vaises routes que quand nous voulons en faire à notre tête.
C'est une triste remarque que l'on peut vérifier chaque jour. Mais il est temps de clore ce trop long sermon : les artistes pourront aisément en sourire tant à cause des défauts de la forme que du désordre des idées.
J'ac cepte d'avance toutes leurs critiques pourvu qu'ils veuillent bien souscrire à ma conclusion et la rete nir : que l'orgueil est la perdition de l'homme, et qu'il est bien inutile de lui donner des aliments artificiels quand notre moi lui en fournit déjà tant de naturels.
Nous ne pouvons arriver à rien de stable les uns sans les autres ; il vaut donc mieux que nous n'avancions que d'un pas avec toute l'humanité, que de faire un kilomètre dans la forêt vierge où notre trace est bien vite effacée, rédnisantà néant notre courage et nos ef forts présomptueux. Sédib.
PARTIE LITTÉRAIRE RÊVERIE O pleurs, où allez-vous ? Vers la pure lumière, Vers l'urne aux larges bords des secrètes amours Qu'un ange, bénissant la terrestre poussière, Lève comme une fleur sur le tombeau des jours. L'urne suprême où vibre une caresse de larmes Devant l'Infini porte un rayon de beauté. Yeux flétris, yeux navrés, yeux d'ombre et de charmes, Votre rêve banni qui mourut insulté. Oui, dans l'immensité sa quête n'est pas vaine ; Car, par degré, s'emplit de larmes jusqu'au bord L'urne qui débordera les pleurs de vie humaine. Pleurs coulant pour l'azur sans attendre 1; son. Le temps qui les amasse accomplit son passage, Mais ailleurs achevant l'œuvre des Univers De ces fleurs il arrose un jour sans fin de l'âge Où l'idéal fleurit en fleurs des jardins clairs. O. de Bezobbazow.
7« l'ikitiàtion Le G±xrLe-t±êr*e Je rêve un cimetière aux étroits sentiers sombres Bordé partout de saules tortueux Dont le pâle feuillage ombragerait les tombes De ceux qui dormiraient sous eux ! Un cimetière aux obscurités monotones, Exempt de bustes et de monuments, Où l'on n'apporterait ni palmes ni couronnes Sur des tombes sans ornements; Où rien n'indiquerait la gloire ou la fortune Des disparus, devenus tous égaux ; Où rien n'éveillerait l'orgueil ou la rancune Devant tous ces mêmes tombeaux : Une croix de bois noir, sur chaque sépulture, Etendrait seule ses lugubres bras, Et sur la croix, le nom de chaque créature Qui dormirait dans le trépas. Et quand l'aile du Temps aurait rongé la trace D'un de ces noms, cher, illustre ou maudit,... Je voudrais, pour jamais, que nul ne le retrace, Et qu'il se perde dans l'oubli ! Mahot Hutbeb.
ORDRE MARTINISTE Nous remercions les nombreux amis qui ont envoyé leur souscription à l'Initiateur. Le second numéro est sous presse et sera envoyé sous peu. Nous prions tous les délégués de participer à la rédaction de ce bulletin en en voyant des questions à résoudre ou des textes variés à la rédaction, 6, rue de Savoie, Paris.
Nous prions aussi nos loges de souscrire à ce bulletin, pour lequel le Suprême Conseil s'impose des sacrifices pécuniaires. ÉCOLE HERMÉTIQUE Les cours de cette École se poursuivent avec un grand succès. Les nouveaux locaux sont situés i3, rue Séguier. Les cours ont lieu à 8 heures et demi du soir les lundis, mardis, mercredis et jeudis. L'inscription est de 2 francs par mois. On s'inscrit à l'École les soirs de cours.
Mme Irène Encausse, mère du docteur Gérard Encausse, est décédée le i3 janvier, dans sa 71" année. A cette occa sion, notre Directeur a reçu tant d'affectueuses preuves de sympathie, qu'il prie tous ses amis de recevoir l'expres sion de ses remerciements les plus reconnaissants. Les Rayons N La découverte de MM. Charpentier et Blondlot a déjà fait couler beaucoup d'encre. Nous empruntons à un excellent article de Gaston Mery
8o l'initiation (Echo du Merveilleux) les extraits, suivants qui précisent parfaitement la question. Nous reviendrons plus tard sur cet important sujet. En quoi donc, précisément, consiste la trouvaille de MM. Charpentier et Blondlot ? Les docteurs Blondlot et Charpentier vont nous le dire eux-mêmes.
Voici la conversation que le docteur Blondlot a eue avec un rédacteur du Figaro : « De janvier à mars 1903, j'étudiais les rayons X, lorsque, dans un tube de Crookes, je découvris des rayons qui différaient des rayons Rœntgen. Les rayons X ne se réfractent pas. et ceux que j'observais se réfractaient à l'aide d'un prisme de quartz.
« Le réactif de ces rayons est leur action sur une source lumineuse faible, telle une étincelle électrique ou une toute petite flamme de gaz, dont ils augmentent l'éclat.
« Les rayons N traversent des planches de chêne de 3 à 4 centimètres d'épaisseur, des plaques d'aluminium de 3 centimètres d'épaisseur, du papier noir, etc., etc. Ils sont arrêtés par l'eau, — une simple feuille de papier à ci garette mouillée, par exemple, — le plomb, le platine à froid. « Leurs sources sont nombreuses.
Outre les tubes de Crookes, dans lesquels les rayons N furent primitivement constatés, un bec Auer, ie soleil, une lampe Nernst, etc., émettent des rayons N. C'est par des méthodes analogues à celles qui servent à étudier la lumière que j'en ai pour suivi l'étude systématique. — Mais pourquoi, monsieur le professeur, n'avez-vous pas baptisé de votre nom ces nouveaux rayons ? . — Des rayons Blondlot?...
Non, repartit en souriant le savant physicien. Je les ai nommés rayons N en l'hon neur de Nancy où je les ai découverts. En les présentant, je me suis servi de la formule même de Rœntgen, où j'ai substitué la lettre N à la lettre X. « Les rayons N s'emmagasinent dans la plupart des corps exposés à une source, comme le soleil, par exemple Une brique, des cailloux ramassés dans la rue émettent des rayons N.
Les corps comprimés sont des sources de rayons : par exemple, le bois et le verre comprimés émet tent des rayons N pendant leur compression.
LES RAYONS N 8l « De là, j'ai été conduit à penser que les corps, en état de contrainte interne, devaient aussi omettre les mêmes rayons. J'ai vérifié le fait pour des larmes bataviques et pour l'acier trempé. Chose curieuse, l'émission des rayons N par l'acier trempé semble avoir une durée illi mitée. J'avais chez moi une marque à cuir, datant du dixhuitième siècle et qui provenait d'un de mes ancêtres, contrôleur à Saint-Dié.
Sans nul doute, elle n'avait point été retrempée depuis ce temps. Or, elle a émis des rayons N avec autant d'intensité que si la trempe en avait été récente. « Bien plus, au cours de fouilles effectuées naguère dans une ferme qui m'appartient, on avait découvert une sé pulture mérovingienne, contenant plusieurs objets, notam ment un couteau.
Ce couteau — et M. Blondlot nous le fait voir, ainsi que de précieuses urnes, des boucles, un passe-lacets, un verre à boire qui n'a pas même une e'cornure — ce couteau a émis des rayons N, et les expériences auxquelles il a donné lieu, ont permis de reconnaître la lame de la soie destinée à être fixée à la lime. » Une question se présente à mon esprit. Je veux parler de l'application des rayons N à la physiologie.
M. Blondlot me devine et dit : « Quant à moi, je suis resté dans le domaine de la physique pure. C'est M. le docteur Charpentier qui a dé couvert les relations des rayons N avec les phénomènes physiologiques. Cependant, à vrai dire, j'ai observé le pre mier phénomène physiologique, en découvrant que les rayons N agissent sur l'œil de façon à augmenter sa sensi bilité. Comment ? Je n'en sais rien. Mais le fait est aisé à constater.
J'ai indiqué plusieurs expériences. En voici une encore inédite : < Dans une chambre où règne une demi-obscurité, on place une pièce d'or, sur un fond noir mat quelconque, — dans un chapeau mou ça va très bien ; — puis on diminue le jour, en fermant les rideaux, jusqu'à ce que l'on n'aperçoive pour ainsi dire plus la pièce.
Il suffit alors d'approcher de l'œil, — ou de la pièce, — une lame de couteau pour que ta pièce d'or apparaisse nettement. c Mais, — et le savant insiste sur ces mots, — le phé nomène ne se produit et ne cesse que progressivement. 6
8a l'initiation Les variations d'éclat ne se produisent qu'au bout de quelques secondes. En outre, il ne faut faire aucun effort pour répéter les expériences : on doit regarder naturelle ment, sans contraction, sous peine de n'aboutir à aucun résultat. € Parmi les particularités des rayons N, poursuit le sa vant, j'ai remarqué que ceux-ci. interceptés par l'eau pure, traversent l'eau salée et peuvent être emmagasinés par elle.
Cette remarque est, peut-être, l'indice d'un rôle très important, joué par les rayons N dans la nature. « Les variations d'éclat d'une petite source lumineuse, sous l'action des rayons N, peuvent être enregistrées photographiquement, sans aucune difficulté. » Voici maintenant comment, de son côté, s'est exprimé le docteur Charpentier : — Je faisais des recherches sur les oscillations ner veuses, nous dit M. Charpentier.
M. Blondlot m'avait fait part de sa découverte; mais comme les expériences, au début, étaient particulièrement délicates, je fus assez longtemps, je l'avoue, avant de les saisir. A mon tour, je répétai les expériences de M. Blondlot.
Un peu par ha sard — le hasard est toujours un excellent auxiliaire — je constatai que, au voisinage d'un muscle, l'écran fluo rescent, que j'avais inventé pour mes recherches sur les oscillations nerveuses, brillait davantage. Je réitérai l'expé rience; le résultat fut également probant. Donc, les mus cles émettaient des rayons N. Le corps humain tout entier en émet aussi.
Mais l'émission est d'autant plus intense qu'il s'agit d'une partie plus nerveuse. On pour rait dire que la phosphorescence est le réactif du système nerveux. J'ai constaté, en effet, que les rayons N avaient autant d'influence sur les corps phosphorescents que sur les substances fluorescentes. — Est-il aisé, monsieur le professeur, de constater l'émission des rayons N par le corps humain ? — Rien n'est plussimple.
Un journal a raconté que, pour réussir l'expérience, il fallait rester pendant plus de deux heures dans l'obscurité. C'est une fantaisie. A ce comptelà, il ne serait guère facile de renouveler les expériences Jans les laboratoires. Voici comment on procède : on prend un morceau de papier noir, dont une partie est
LES RAYONS N 83 I recouverte de sulfure phosphorescent, et, dans une chambre obscure, on l'approche d'un muscle. On cons tate alors que la fluorescence est plus vive. L'intensité s'accroît d'autant plus qu'on approche le petit écran d'un centre nerveux ou musculaire. 11 convient cependant, pour mieux observer le phénomène, de ne pas regarder directement le sulfure, mais de porter ses regards à côté.
Joignant l'exemple à la parole, M. le docteur Charpen tier accomplit sous nos yeux une série d'expériences, approchant tour à tour l'écran fluorescent du bras, du biceps distendu ou contracté, du cœur, du diaphragme, du cerveau. Ces expériences, qui nous émerveillent, durent à peine quelques minutes. Nous sommes loin de compte avec les deux heures indiquées par notre con frère.
Nous voudrions savoir quels résultats prochains appor tera à la médecine la découverte du savant professeur. — Vous êtes un peu impatient, nous répond M. Char pentier. La découverte date d'hier à peine, et l'étude phy siologique des rayons N ne fait que commencer.
Au point de vue médical immédiat, elle peut cependant donner des résultats : reconnaître, par exemple, les limites du cœur et du foie, déterminer la position de certains muscles, fixer la position du diaphragme, etc. Une autre applica tion, et celle-là est très intéressante, c'est la rec lerche d'un centre nerveux. Tout centre nerveux qui fonctionne émet des rayons N. Vous savez ce qu'on appelle le centre du langage arti culé.
On peut le reconnaître au moyen de la fluorescence. Avec l'écran j'arrive à trouver sensiblement le même point que celui fixé par les médecins. Si l'on approche l'écran de ce point, il suffit de parler, même à voix basse, pour obtenir une plus grande production de rayons. — Et l'utilisation de cette méthode, monsieur le pro fesseur ? — Elle est délicate et demande des perfectionnements. Il faut que les médecins l'apprennent.
Lorsqu'on a décou vert les rayons Rœntgen, on n'imaginait pas qu'on pût en faire une si constante application médicale. Aujour d'hui l'utilisation des rayons X est une branche très importante dela médecine.
84 L INITIATION « Au point de vue des relations physiologiques, les rayons N ont une importance capitale. Ils nous permet tent d'établir les rapports qui existent entre les phéno mènes de la vie et les phénomènes physiques. Dans la machine humaine, de même que dans les corps inertes, les rayons N jouent un grand rôle. » Là se bornent les explications de M. le professeur Charpentier.
On sent que le savant ne veut rien livrer de ce qu'il prévoit, de ce qu'il pressent, avant d'en avoir démontré péremptoirement l'existence. 11 nous l'avait affirmé, d'ailleurs, en ces termes : « Sans doute, il est permis de faire des hypothèses. On peut supposer tout ce que l'on veut: mais l'hypothèse n'est admissible que jus qu'à la vérification.
On ne peut émettre que des faits absolument démontrés. > Ces déclarations de MM. Charpentier et Blondlot appel leraient de nombreux commentaires. Pour ne pas rendre cet article interminable, nous ferons seulement remarquer que, en ce qui concerne spéciale ment la constatation de l'existence des effluves humains, l'innovation des savants de Nancy consiste surtout dans l'emploi de l'écran de papier noir recouvert de sulfure phosphorescent.
Le commandant Darget enregistrait ces effluves sur la plaque photographique : mais cela ne permettait pas de dire, d'une façon irréfutable, que les images formées sur la plaque étaient dues aux effluves humains plutôt qu'à telle ou telle autre influence. La chaleur, la lumière du jour, je ne sais quelle combinaison chimique pouvait être, avec plus ou moins de vraisemblance, rendue res ponsable de la formation de ces images.
Donc la preuve absolue n'était pas faite de l'existence des effluves hu mains. Le docteur Baraduc, tout au moins au début de ses ex périences, prétendait enregistrer ces effluves non seule ment sur la plaque photographique, mais au moyen d'un instrument, le biomètre. Le biomètre est constitué par une aiguille non magné tique suspendue, à l'abri de toute influence extérieure, par un fil de soie. Quand on approche les mains, le front, une partie du corps de l'instrument, l'aiguille 'se déplace
UN MERVEILLEUX CAS DE TELEPATHIE 85 plus ou moins — et ce déplacement permet au docteur Baraducdemïsurei nos vibrations, la force des effluves humains? Mais là encore on pouvait faire des objections. Rien n'autorise à conclure d'une façon formelle que ce sont les effluves humains qui meuvent l'aiguille. Pourquoi ne serait-ce pas, tout simplement, l'air déplacé par la cha leur émanée du corps humain ?
Pour répondre à cette objection, le docteur Baraduc en tourait le globe de verre dans lequel était suspendue l'ai guille d'une barrière de glace. Mais l'expérience n'était pas plus concluante que la précédente. La glace n'inter cepte pas plus la chaleur qu'elle n'intercepte la lumière. On allume une mèche d'amadou aussi bien avec une len tille de glace qu'avec une lentille de verre.
La preuve absolue de l'existence des effluves humains n'était donc pas plus faite par le biomètre que par la plaque photographique. Mais cette preuve est faite maintenant par l'écran noirrecouvertde sulfure phosphorescent, du docteur Charpentier. On voit combien, ainsi précisée, la découverte des méde cins de Nancy apporte de force à notre système, à notre théorie du fluide humain.
Analogue à l'électricité, analogue à la lumière, avec un certain nombre de propriétés spéciales ! disons-nous, de ce fluide humain. En langage savant, MM. Charpentier et Blondlot ne disent pas autre chose... C'est une constatation que nous ne pouvions pas ne pas faire. Je demande pardon à nos lecteurs si, pour la faire, j'ai dû écrire un article aride et rebutant.
Le chemin de la vérité, comme celui du Paradis, est barré de ronces et semé de cailloux. Gaston Mery. UN MERVEILLEUX CAS DE TÉLÉPATHIE Le journal italien La Stampa, grand organe piémontais, numéro du vendredi i5 janvier 11:04, rend compte du fait suivant, qui lui a été signalé d'Aoste le i3 janvier :
86 l'initiation « Depuis quelque temps, le nommé Obert Vincenzo, de Saint-Vincent, veuf, âgé d'une cinquantaine d"années, don nait des signes évidents d'altération de ses facultés men tales. Ses concitoyens en attribuaient la cause à des diffi cultés financières et à la menaçante ruine de son patri moine. Ces jours-ci, Obert disparaissait de son habitation située dans le village Klapeja. Il fut recherché partout, mais inutilement.
« La nuit dernière, entre minuit et une heure, sa fille Francesca, âgée d'une vingtaine d'années, qui ne déses pérait pas de voir revenir son père, sentit que le lit sur lequel elle reposait paraissait s'agiter sensiblement, comme s'il fût remué par des mains délicatesappliquéesaux quatre côtés.
Francesca, croyant à un tremblement de terre, reportait sa pensée sur cet étrange phénomène, lorsque, dans la chambre même, vers la porte d'entrée, elle entendit une voix qui lui parut être celle de son père l'appelant par son nom dans le dialect: Cégé,Cégé,Cégé! « Francescal » Perplexe, entre la crainte et l'espérance de revoir le père, la jeune fille se redressa et demanda ce qu'il voulait: Toun pare s'in vat!
« Ton père s'en val » répondit la voix. « Se levant alors, la pauvre fille se dirigea vers la porte qui était fermée à clef et l'ouvrit; elle tendit l'oreille, fouilla du regard dans l'obscurité de la nuit, mais elle n'entendit aucune rumeur, n'aperçut aucune ombre. Rentrant alors épouvantée, elle se rendit auprès d'une t;mte qui dormait dans une chambre voisine et lui demanda si elle n'avait rien entendu.
La tante se souvint d'avoir entendu, comme dans un songe, une voix connue, mais qu'elle n'y prêta pas attention. Un indéfinissable pressentiment de malheur envahit les deux femmes. Elles s'agenouillèrent et se mirent à égrener le rosaire, priant avec ferveur. Après une heure de prières, et n'entendant plus la voix, elles se recouchèrent, balbu tiant un De Profu ndis.
« Dans la matinée du même, jour, un voisin de la maison vint en courant, tout essoufflé et terrifié, annoncer aux deux femmes la lugubre découverte par lui faite au pied d'une roche, du cadavre d'Obert. Elles se rendirent au lieu indi qué et constatèrent que le pauvre homme s'était étranglé avec un stoïcisme extraordinaire. Après avoir attaché les
LES FAKIRS A PARIS 87 extrémités d'un cordon de soie à deux éclats de bois et s'être enroulé le cordon autour du cou, il avait tordu ce cordon en agissant sur les deux morceaux de bois. La corde de soie entra peu à peu dans les chairs et provoqua la suf focation. * L'autopsie du cadavre établit que la mort du suicidé remontait approximativement à l'heure à laquelle la fille entendit la funeste annonce du départ du père pour l'autre monde.
Traduction par le capit.iiue Franlac. L'abus des manchettes occultistes dans la presse Depuis quelques mois les journaux quotidiens ont pris l'habitude de décorer les moindres faits divers de titres sensationnels autant qu'inattendus.
C'est ainsi que nous avons vu évoquer les messes noires à propos de réunions très laïques, et que nous voyons ap paraître l'envoûtement au sujet de la mort par rupture du cœur d'une vieille dame faisant un peu de spiritisme.
Nous sommes persuadé que ces commérages de sou brette seront réduits à leur juste valeur sous peu et que la pauvre femme accusée d'une foule de délits imaginaires ser* vite reconnue innocente. &SS é SéSâi Un impressario a eu l'idée de faire venir des fakirs à Paris. Les Parisiens badauds, croyant voir des yopius, ont trouvé des bateleurs, de> frères.
Aussi nos lecteurs serontils heureux de lire la note suivante, écrite par l'un des plus spirituels de ces messieurs : Nocturne. — Minuit. L'immense arène de l'Hippodrome est plongée dans les ténèbres. Au centre, une estrade lumi
88 l'initiation neuse. Le silence, coupé de temps en temps par le rugis sement sourd des fauves endormis ou le cri strident des ouistitis. Une à une, des ombres pénètrent dans l'hémi cycle, muettes et tâtonnantes. Elles se rangent autour du praticable. Bientôt elles sont trois cents, étrangement frô lées par la lueur centrale. Et l'on pense aux réunions de chrétiens à Rome, dans les nuits de Saint-Pierre.
Mais les profils des ombres ne sont pas exclusivement chrétiens. Quels sont donc ces groupes mystérieux, et que viennentils comploter là ? Ces groupes mystérieux, c'est la Presse, convoquée par M. Bostock à une « séance sensationnelle >,où des « fakirs indiens » (tous les fakirs ne seraient-ils pas indiens?) se montreront dans « des exercices remontant à la plus haute antiquité et complètement inconnus jusqu'à ce jour en Europe ».
Et l'invitation de se signaler comme étant « rigoureusement personnelle, étant donné le caractère de la séance ». Cette restriction chatouille agréablement les imaginations. On pense au Kama-Soûtra, et l'on s'attend à des choses extraordinaires. Les fakirs apparaissent. Ils sont incontestablement indiens.
Ils montent sur l'estrade, tirent de petites loques pouilleuses d'un petit sac malpropre, soufflent dans une petite musette, secouent une petite poupée, et font de petits tours d'escamotage en disant* riquiqui ». Tels sont les exercices qui remontent à la plus haute antiquité. Les trois cents conjurés se regardent avec une stupeur indi cible.
Ils pensent au tarif de nuit qu'impose le régime des Petites Voitures; à leurs compagnes qui attendent la sug gestion du K.ama-Soûtra et qui vont réclamer leurs parts des exercices remontant à la plus haute antiquité; et ils éprouvent l'étrange impression de voir leurs crânes s'allon ger en poires.
Le barnum aperçoitee malaise:* Ne calletez pas, s'écriet-il,on va vous faire assister maintenant à la scène la plus horrible qui se puisse imaginer. » Tout le monde respire. Un troisième fakir, qui n'est, paraît-il, ni homme ni femme (j'en félicite chaleureusement les deux sexes!), se met alors à barboter au milieu de reptiles immondes, « sur lesquels » conseille le barnum « il ne faut se faire aucune illusion ». Tout à coup, ce porc, qui n'est pas une truie, happe un
LE PHILOSOPHE KANT ET LE VOYANT SWEDENBORG 89 des serpents, le croque et l'avale comme un sucre d'orge. Il a beau n'être ni femme ni homme, il n'en constitue pas moins un fameux saligaud.
Le philosophe Kant et le voyant Sweflentîorg Le grand philosophe Kant raconte, dans une lettre adres sée à Mlle de Knobloch, les faits suivants : « C'était en 1759 ; Swedenborg, le grand voyant, venant d'Angleterre, vers le mois de septembre, un samedi à 4 heures de l'après-midi, mit pied à terre à Gothem bourg. M. Castel l'invita chez lui, en même temps que i5 autres personnes.
A 6 heures du soir, Swedenborg sortit un ins tant et revint quelques moments après, la figure conster née, dans le salon, disant qu'il voyait en ce moment écla ter un terrible incendie à Stockholm, au Sudermalen (de Gothembourg à Stockholm, il y a 1 5o lieues), et que le l'eu s'étendait d'une façon effrayante.
Swedenborg fut très agité et sortit souvent : il disait alors que la maison d'un de ses amis, dont il donna le nom, était déjà réduite en cendres, et que sa propre maison se trouvait en danger. A 8 heures du soir, il sortit de nouveau et revint au salon, annonçant que le feu était heureusement éteint, à la troisième porte avant la sienne. « Cette nouvelle se répandit rapidement dans toute la ville et fit une énorme sensation.
Le soir même, le gouver neur en fut également avisé. Le lendemain, il fit venir Swedenborg chez lui, et celui-ci lui décrivit exactement l'incendie, son commencement et sa fin, ainsi que sa durée.
Le lundi soir, un valet, envoyé par le syndicat des com merçants de Stockholm, arriva à Gothembourg, confirmant les faits, et le mardi matin, le gouverneur reçut un cour rier royal, portant un rapport sur l'incendie, absolument conforme aux indications de Swedenborg. » L'ami qui m'écrit cela, ajoute Kant, a fait lui-même une enquête à Gothembourg, où la plupart des témoins vivaient encore, et tout cela s'est exactement confirmé...
90 l'initiation UN SECRET PAR MOIS POUR FAIRE UNE VEILLEUSE QUI DURERA LONGTEMPS Prendre une assez grande quantité de vers luisants, séparer la tête du corps, en prenant garde de ne se servir que de ce qui e*t luisant. Broyer le tout sur du marbre et après l'avoir mis dans une fiole de verre bien lutée l'enterrer pendant quinze jours dans du fumier de cheval.
11 faut que la fiole ne touche pas au fumier mais qu'elle soit sus pendue au-dessus d'un trou dont les parois soient très rapprochées du verre, sans le toucher. Au bout de quinze jours, mettez la riole au bain-marie, recueillez dans un plat la liqueur qui distillera et mettez-la dans une bou teille de verre fin ou mieux de cristal.
Dans l'obscurité elle produira une lumière assez forte pour voir l'heure ou même lire les gros caractères (Y. -Baptiste Foria). N. B. — Si un de nos abonnés de province tentait l'ex périence, il serait bien aimable de nous en donner les ré sultats. BIBLIOGRAPHIE Le Sommeil naturel et l'Hypnose, parM.
Sage ( i). — En lisant d'ailleurs ce livre clairement pensé et fort bien écrit, je ne puis m'empêcher de constater une fois de plus le mal que se donnent, pour expliquer les faits psychiques, les auteurs qui ignorent et veulent ignorer l'existenct d'une science occulte traditionnelle. M. Sage, par exemple, n'est évidemment pas matérialiste et met certainement beaucoup de bonne foi dans ses recherches.
Mais il me permettra de lui dire qu'il s'éviterait un mal inouï en étudiant sincère ment l'occultisme. Il y verrait que le corps astral est une réalité et reconnaîtrait une bien grande ressemblance entre lui et son Homme magique. Il se rendrait compte que les occultistes ont enseigné et prouvé depuis longtemps ceci : (i) Alcan, éditeur.
REVUE DES REVUES L'Homme dort parce que les relations de l'esprit et du corps perdent peu à peu de leur intensité par déperdition du fluide nerveux qui les reliait.
La vapeur manque et la voiture s'arrête ; non pas parce que le mécanicien le veut (théorie de M. Sage), mais parce qu'il n'a plus momentané ment de quoi agir sur les organes physiques de son véhi cule. — 11 faut qu'il refasse d'autre vapeur, qu'une nou velle quantité de force nerveuse soit produite.
C'est le rôle du corps astral pendant le sommeil. — En étudiant encore par exemple les organes du corps rl indique et leur fonctionnement, il aurait immédiatement la clef de tout les phénomènes psychiques et de l'état où sera notre moi après la mort, etc. Mais après tout, il y a une place à tenir entre les maté rialistes néantistes et les occultistes traditionnels, et il faut avouer que M. Sage la tient fort bien.
Les intentions de l'occulte et de sa morale vivante abondent du reste dans son livre et, pour les faits bien résumés qu'il contient, la lecture peut en être fructueuse. Que l'étudiant se tienne seulement en garde contre la tendance à tout obtenir par la volonté et à nier la force intrinsèque de la prière qui ne nécessite pas, comme le dit M. Sage, de la Crédulité mais bien de la Foi. G. Phaneg.
REVUE DES REVUES Le Light du 5 décembre publie, entre autres articles inté ressants, un cas de matérialisation bien observé et qui pré sente cette caractéristique curieuse que les trois formes donnèrent des noms exacts, mais aucune- preuve d'identité car ces trois esprits étaient morts en bas âge.
Cette expé rience semble prouver aussi que, dans certains cas, l'Es prit d'un enfant mort jeune peut évoluer pendant un cer tain temps avec le même corps astral, qui grandit comme aurait pu le faire le corps physique sur terre. Ce numéro contient aussi l'intéressant compte rendu de la conférence faite à la London Spiritualist Alliance par Sir Wyke Bayl'initiation liss, qui avait pris comme sujet : L'An contre le monde, la chair et le Diable.
Le Spiritualisme moderne, de mieux en mieux fait, con tient, outre un article de M. Chevreuil sur la science et le moderne spiritualisme, la fin de la substantielle étude de Sédir sur le Fakirisme, dans laquelle, en même temps que nous apprenons les théories si passionnantes de l'occul tisme oriental, noils sommes mis en gardecontre ses dan gers. Ce numéro renferme aussi un résumé de l'étude du plan astral par Papus et de nombreux faits.
Le numéro de novembre de la Revue d'Etudes psychi ques renferme une très bonne étude sur les conditions de milieu dans les séances. Les critiques adressées à certains savants allemands sont parfaitement justes. Bon nombre défaits intéressants, parmi lesquels j'ai remarqué les ex traordinaires expériences du groupe spirite de Fort Dodge (États-Unis) tirées du Progressive Thinker.
Ecriture di recte, apports d'objets de toute nature et même d'animaux vivants ; matérialisation en pleine lumière, etc., tout cela obtenu dans d'excellentes conditions. Dans la Résurrection A.
Jounet publie d'intéressants ar ticles sur des sujets un peu spéciaux ; c'est toujours cu rieux de voir un homme se disant catholique penser et écrire des doctrines tellement progressistes qu'elles sem blent devoir le faire rejeter du sein de l'Église romaine qui ne veut et, peut-être, ne peut changer en rien ses dogmes.
Cependant l'idée primordiale d'Union est tou jours belle, et toute idée est immortelle. Le Messager du i5 décembre donne un résumé de la conférence taite à Liège par M. J. Gaillard, avocat, sur le Matérialisme et le Spiritisme. Il donne un fait curieux tiré d'Animisme et Spiritisme, d'Aksakoff.
C'est un cas où un médium écrivain obtint deux ou trois mots suivis d'une signature exacte qui émanaient non d'un mort, mais d'une personne vivante, qui arriva quelque temps après. L'Echo du Merveilleux du i" décembre est à recomman der. Il contient une curieuse prophétie sur l'empereur
REVUE DES REVUES 93 d'Allemagne. G. Mery y réfute, avec son habileté ordinaire, les critiques du docteur Grasset parues dans la deuxième édition du livre de ce dernier : Le Spiritisme devant la Science. Comme actualités, un spécimen de l'écriture de H. Bassot, analysé par Traya ; quelques prédictions pour 1904 ; la continuation de la curieuse étude de l'abbé Hery sur l'histoire de Tilly et de Vintras en 1848.
Le numéro du 1 5 décembre renferme également des prédic tions en un article où G. Mery remet au point les ex| ériences du professeur liégeois sur Gabrielle Bompart, qui ne prouvent pas grand chose à son avis et qui peuvent être, ajouterons-nous, fort dangereuses pour le sujet. Les suggestionneurs et hypnotiseurs ne sauront jamais assez combien est grande leur responsabilité.
Je veux espérer pour eux qu'ils ne se doutent pas qu'ils déposent un véri table germe de mauvaise ou de criminelle action dans l'atmosphère fluidique de leur patient.
A signaler aussi une interview de Sardou sur son drame la Sorcière, par Mme de Thèbes et un fait de maison hantée où on peut reconnaître l'enseignement souvent donné par nos maîtres que « l'après-nous la lin du monde » du sceptique et de l'égoïste est bien loin d'être exact : un jeune avocat de Sydney, au moment de se marier, apprend qu'il existe une maison hantée dans la montagne et veut s'y rendre passer une nuit, prétendant avoir la solution du mystère.
11 tient parole, mais vers le matin des cris effroyables et surhu mains se font entendre, les fenêtres de la salle où se tenaient le jeune fiancé et trois de ses amis, s'ouvrent brusquement et les lumières s'éteignent. Lorsqu'au bout de quelques minutes les veilleurs revinrent à eux, ils s'aperçurent que l'avocat avait disparu. Ils le retrouvèrent au dehors, les deux yeux enlevés. Il mourut le lendemain.
Or, on apprit qu'il était l'arrière-petit-fils d'un mineur qui avait tué un de ses compagnons en lui crevant les deux yeux, et cela sur l'emplacement où s'éleva plus tard la maison maudite. Le cliché formé par le coupable venait de se réaliser physique ment. Dans les numéros de décembre du Progrès Spirite, continuation des mêmes études sur la Bible signée: Général Fix, j'ai déjà dit ce qu'un occultiste en peut penser.
94 l'initiation Tout le mal que se donnent les critiques et les exégètes provient de ce qu'ils ne savent pas ce qu'était Moïse, ce que c'était qu'un grand-prêtre d'Osiris. Ils ignorent que la Bible bien comprise renferme les traditions laissées par les civilisations antérieures. Pour la bien comprendre et ne plus perdre son temps en rêveries soi-disant scientifiques, voir Fabre d'Olivet, ce génie méconnu.
Quant au Nouveau Testament, c'est autre chose, et n'ayant pas le pouvoir de prouver qu'il est écrit dans le livre vivant de la Nature, je préfère n'en rien dire. Cependant, si M. le Généra! Fix veut avoir la preuve de l'existence et des actions de Jésus, qu'il consulte un livre écrit par ses ennemis et contemporains intitulé Sepher Toldas Jeichouah (livre de l'Imposteur).
Pour nos lecteurs qui connaissent la langue aulienne, signalons une très belle revue, intitulée La Nuova Parola qui est tout à fait moderne et très au courant de la néo philosophie spiritualiste. Je signalerai dans les numéros n-ia un article sur la voix et les formes que le son de la voix humaine peut donner dans un instrument appelé « Eidophone »: Le problème de l'âme dans vie moderne; c'est un extrait du nouveau livre de M. Maxwell.
L'Initiation l'a aussi publié ; Les vibrations génératrices des formes, par A. de Rochas, et enfin un article de fond sur la récente découverte d'un Italien nommé Olivero, qui prétend que la terre tourne autour... de l'Etoile Polaire. Pourquoi pas ? Nous avons reçu également les numéros 5 et 6 de la nouvelle revue Le Monde occulte. Elle contient le début d'un travail de J. Maristan sur les théories et les procédés des guérisons miraculeuses.
Je connais personnellement l'auteur de ces pages, et je crois que son but principal sera un essai d'union entre les différentes écoles ; qu'il me per mette de l'en féliciter. A lire également un extrait du nouveau livre de Maxwell. La Revue d'études psychiques en fait autant. Elle donne aussi une étude sur la Personnalité des manifestations de l'esprit d'un vivant. L'auteur ne repousse pas la théorie traditionnelle du corps astral ; bien au contraire, il déclare
REVUE DES REVUES 95 qu'elle est très admissible. C'est un progrès. A étudier une lettre de M. Magrun, dans laquelle il tend à établir que son sujet, Madeleine, présente différentes manifestations de conscience et qu'elle est une grande artiste, mais seule ment à un état Je conscience que Myers aurait appelé subliminal. A citer encore différents faits curieux et bien observés. La Revue spirite, numéro de décembre, publie une étude, signée E.
Grimard, sur les dieux des philosophes et le Dieu des spiritualistes. L'auteur me paraît croire que les Anciens prenaient Baal, Astarté, Odin, etc., pour des dieux. A mon point de vue, c'est une erreur, et je crois que, sauf peut-être la partie la plus grossière de la nation, tous savaient très bien que Odin, par exemple, était un sauveur, un être venu des plans supérieurs pour mani fester le Dieu unique, mais qu'il n'était pas Dieu lui-même.
En revanche, M. Grimard a très bien compris que les phi losophes, en tâchant d'élucider l'idée de Dieu, n'ont sou vent dit que des bêtises. A lire également la suite de l'histoire de la statue ensorcelée. Parmi les revues en langue anglaise, citons le Theosophist publié à Madras. Il contient la suite des conférences de M. Leadbeater sur la clairvoyance, plusieurs idées remarquables et beaucoup de lumineuses analogies.
Les plus nouvelles théories sur la matière sont magistralement étudiées par sir W. Crookes, et les théories du Boudhisme ésotérique sont fort bien développées par des lettrés natifs.
A la dernière minute, je reçois le numéro du Light, de Londres, du 1 9 décembre qui contient de nouvelles études sur la matérialisation et le compte rendu d'une confé rence faite à la London Spiritualist Alliance par M. Mead, dont le but était de prouver que le spiritualisme le plus élevé s'est trouvé chez les premiers chrétiens ; reçu aussi le Psycho-therapeulhic Journal, où j'ai remarqué une bonne étude de MmeStannard sur les guérisons obtenues par un sommeil prolongé. Les guérisons sont surtout obtenues, je crois, par les suggestions fréquentes faites dans le sommeil. G. Phaneg.
96 L INITIATION The Burlington Magasine de décembre igo3 contient une studesur trois jeux de tarots italiens, par lecomte Emiliano di Parravicino: on y trouve un bon résumé sur l'ori gine des jeux de carte; ceux dont il s'agit sont de 78 lames; ils appartiennent au duc F. M. Visconti, à Giovanni Brambilla et au cardinal Ascanio Storza ; 65 de ces lames sont reproduites très finement; le symbolisme est scrupuleuse ment observé. M. d'Alméras vient de faire paraître un volume sur Cagliostro : le livre ne contient rien d'autre que les anciennes relations et toute la légende calomnieuse; le portrait du héros a déjà été publié. Le Gérant : Encausse. Paris. — Imo. v.. AK.KAULT et Cie. 9, rue N.-D.-de-Lorette.
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