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L Initiation Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DI PAPTJS 61 VOLUME. — 17m° ANNEE SOMMAIRE DU N° 3 (Décembre 1903) PARTIE EXOTÉRIQUE Les Sciences divinatoires. Comment on lit dans la main (p. i 93 et i 94) G. Phaneg. PARTIE PHILOSOPHIQUE Feuilles maçonniques (p. îgb) John Yarker. Les pratiques religieuses ont-elles une raison d'être scientifiques (p. 196 à 2o4) Docteur L. L.
L'allégoristc Soixet (p. 2o"5 à 216) , Tidianeuq. Le Culte du Réel (p. 217 à 2 2 5) Spero. Réponse à M. Spalikowski (p. 226 et 227) . . . Elisée Berton. Le Feu sacré (suite) (p. 228 à 23 5) G. de Lautrec. Une nouvelle découverte. Le Radium (p. 236 à 243) L. de Meurville. Les Martinistes de Touraine (p. 244 et 245) Balzac. Une Evocation de Cagliostro. (p. 246 à 252) George Sand. PARTIE INITIATIQUE Cosmologie des Rose-Croix {p. 253 à 269) Sédir.
Nouvelle réponse à M. le professeur Grasset , (p. 27o à 278) Papus. Ecole hermétique. — Conférences spiritualistes. — Un secret par mois. — Bibliographie. — Revue des Revues. — Le fluide des Magnétiseurs. Tout ce qui concerne la Rédaction et les Échanges doit être adressé 5, rue de Savoie, à Paris-Vr .
Téléphone — 260-90 ADMINISTRATION - ABONNEMENTS ANNONCES LIBRAIRIE CHACORNAC l'A lll s — Il Quai Sainl-Michel, Il l'AHIS Le Numéro : UN FRANC. — Un An : DIX FRANCS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l'essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n'ont abouti qu'à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eu* dans le domaine des forces purement spirituelles par l'hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres experiences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L'Initiation est l'organe principal de cette renaissance spiritualiste dont les efforts tendent : Dans la Soience, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d'un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans Une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l'Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, VInitiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l'arbitraire, aujourd'hui en vigueur, et qui luttent contre les deui grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l'Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l'Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l'Inde. L'Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n'appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 6o rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie (Exotérique) expose aux lectrices ces ques tions d'une manière qu'elles savent toujours apprécier. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s'adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte.
L'Initiation parait régulièrement du 1 5 au 2o de chaque mois et compte déjà quatorze années d'existence. — Abonnement. 1o francs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
PARTIE EXOTÉRIQUE LES SCIENCES DIVINATOIRES Comment on lit dans la Main LA MERCURIENNE OU LIGNE HÉPATIQUE Mercure, c'est le côté pratique de l'idéal. La ligne mercurienne se trouve dans la main rarement com plète. Elle part de la rascette ou du bas de la ligne de vie et se rend au mont de mercure, base du petit doigt. C'est la ligne de Vintuition. Si elle est séparée de la ligne de vie, c'est un signe de vie longue ; mais bien que les chiromanciens l'aient nommée ligne hépa tique, c'est une erreur de croire qu'elle représente les maladies de foie. Si elle forme avec la ligne de tête et la saturnienne un triangle bien tracé, c'est apti tude aux sciences occultes. Mince et rouge au milieu, elle indique fièvre, palpitations. Une île se formant au commencement de la mercurienne, c'est seconde vie (Desbarolles). Le mont de mercure, d'après les anciens chiromanciens, indique, s'il est très développé, un grand esprit. Les mains où mercure domine sont le plus souvent maigres, aux doigts longs. Les prin cipaux signes à lire sur le petit doigt sont les suivants : Une seule ligne partant de la racine du doigt et s'élevant jusqu'à la première phalange, c'est réussite dans les sciences. Sur la troisième phalange, des lignes 13
194 l'initiation semblables à des cicatrices confuses, c'est penchant au vol. Une étoile sur la troisième phalange, c'est esprit, éloquence. Nous avons organisation débile, si sur le bout du doigt nous remarquons des lignes semblables à des crevasses. Mais retenons que la mercurienne se rapporte plus au moral qu'au physique; c'est beaucoup plus l'intui tion, l'agilité d'esprit que tout autre chose. G. Phaneg. I
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Cette partie est ouverte aux écrivains de toute École, sans aucune distinction, et chacun d'eux conserve la responsabilité exclusive de ses idées FEUILLES MAÇONNIQUES Tout en remerciant M. Feder, voulez-vous me per mettre de corriger une faute d'impression (p. ioi)qui lui a fait faire erreur sur mes opinions actuelles. Il faut lire, au lieu de la date 177o, la date 167o.
En ce moment existe en Angleterre une vieille brasserie-tabac ornée des plus vieux emblèmes maçonniques, les armes de Drummond avec un vieil haume de chevalier et J. 167o D. Dans ma copie originale cette date n'a au cun rapport avec la mort d'aucun des « Leaders » Jacobites. Je pense que D'Harnouester est probablement une mauvaise appellation (a wofull mispilling) de Derwentwater, que ses contemporains prononçaient Darrenwatter.
Beaucoup de faits de Ramsay ont été colligés en 1761 par Von-Geusan, qui rapporte que Ramsay lui dit qu'alors il avait 4o ans. Le Journal de Geusan n'a pas été imprimé. M. Feder peut-il nous donner quel ques faits plus anciens concernant le Kadosh de Clermont. Lambert de Lintot conférait son rite à sept degrés à Londres au milieu du dix-huitième siècle. Ce système possédait les grades: Ecossais de l'Est, Rose-Croix et Templier. John Yarker.
Les Pratiques Religieuses ont-elles une raison d'être scientifiques ? Maître des dieux et des hommes, le Destin fut toujours l'unique régulateur de l'univers, mais, telles les religions formant leur Dieu à l'image de l'homme, les penseurs désirant scruter les mystères de l'organi sation du monde s'imaginaient ce Destin tel que leur esprit pouvait le concevoir; lui, l'immuable, dut ainsi évoluer à la suite des transformations de l'idéal humain.
Les premiers en date dans l'histoire de la pensée, connaissant mal les causes et peu les lois, avaient, pour expliquer l'infinie variété des phénomènes dont ils ne savaient raisonner .la succession souvent con tradictoire etl'apparente diversité, imaginé les dieux, personnifications symboliques des lois naturelles et dont les caprices plus souvent que la raison dirigeaient le monde.
Ils les décrivaient pourtant maintenus dans la norme par un pouvoir plus haut, auquel tous devaient obéir, ce Destin puissant, inexplicable et dont l'on sentait les immuables décrets s'accomplir fatalement, malgré la lutte des désirs et des forces opposées.
LES PRATIQUES RELIGIEUSES IQ7 On ne le priait point, le sachant inflexible; mais comme il ne gouvernait le monde que par l'intermé diaire des dieux de détail, pourrait-on dire, on implo rait ceux-ci mieux compris et plus accessibles.
La science a changé tout cela, les dieux sont morts et le règne de leurs caprices est fini ; où les anciens ne voyaient que variété fantasque, des observations mé thodiques ont montré des relations rigoureuses des causes aux effets, et si nous sommes bien loin encore de connaître toutes causes ou les lois, nous en savons assez pour en déduire que tout effet procède logique ment d'une cause suivant une loi précise, non sui vant les fantaisies d'un caprice mal déterminé.
Pourtant les phénomènes anormaux ou d'apparence contradictoire expliqués autrement que par les luttes ou les divisions de déités aux passions trop humaines, l'homme ni la nature n'en deviennent pour cela pas plus libres, nous n'avons fait que changer de maî tres et notre dépendance est plus étroite que jamais: « Les Divinités que l'imagination de l'homme avait créées étaient souvent vindicatives et cruelles, mais au moins elles étaient accessibles à la pitié, aux oflrandes et savaient écouter les supplications des mortels; le déterminisme nous enlève même cette consolation; quelles prières pourraient fléchir l'inexo rable destin qui mène les choses; troubler le cours des astres serait plus facile que de changer ses lois (1). » Cette constatation navrante d'un déterministe con- (1) Gustave Lebon, L'homme et les sociétés ( 1" partie, p. 76).
198 l'initiation vaincu est-elle de tous points exacte?
Est-il néces saire que par ce que la science nous a montré la pué rilité des conceptions anthropomorphes d'autrefois, par ce que même elle nous a fait voir dans le mono théisme actuel le produit nécessaire de l'évolution de ces idées primitives, les dieux devenant moins nom breux, plus puissants à mesure que s'élargissait l'ho rizon de l'idéal humain; est-il vrai que toutes les prières, tous les rites aient été, eux également, choses puériles et inutiles, sans action sur la marche des choses et les forces morales que met en jeu la prière, ne peuvent-elles plus modifier le cours des événe ments comme le croyaient les anciens et le croient encore les fervents des cultes actuels ?
Remarquons tout d'abord que pour une même race les conceptions religieuses ont fort peu varié depuis des milliers d'années et que, si le nom des religions pratiquées a pu changer, on peut dire que chaque peuple a transformé à son image la religion qui lui fut révélée, bien loin que chaque religion fut respon sable de la tournure d'esprit du peuple qui la pra tique.
Le catholicisme n'est pas responsable de l'in quisition, mais bien le sombre caractère espagnol, et les plus farouches adversaires des moines en France savent bien se montrer intolérants comme eux, parce que l'intolérance est défaut français dont celui-ci revêt la religion pratiquée par lui, qu'elle se nomme socialiste ou tout autrement.
En Italie, le contrebandier insulte la Madone qui n'a pas su faire réussir son expédition, ou bien encore deux villages se prendront de querelle pour la supé
LES PRATIQUES RELIGIEUSES IQO, riorité de leurs madones respectives; est-ce là du mo nothéisme ?
Et ne voyons-nous pas qu'à côté du haut idéal religieux des grands esprits de chaque religion, le peuple n'a pas abandonné ses anciens dieux anthro pomorphes, plus près de lui ; ne reconnaît-on pas Mer cure, ce dieu des petites besognes véreuses et des financiers inquiets dans ce saint Antoine que les abonnés du Pèlerin chargent de la réussite de tant d'affaires louches et qu'ils n'oseraient avouer trop haut.
On le traite d'ailleurs comme un factotum avec lequel on ne se gêne pas trop, puisqu'on le paye, témoin cette annonce choisie entre mille semblables : « J'ai déjà envoyé cinq francs pour la réussite d'une affaire et n'ai rien obtenu, ci-joint deux francs pour presser un peu le saint. » Et ce culte répond si bien à l'esprit populaire que presque partout il supplante celui du Dieu chrétien lui-même, et que les pieux directeurs des feuilles catholiques ne craignent pas d'insérer de telles cor respondances qu'aurait pu signer un païen de l'époque la plus honnie par eux.
La croyance à l'intervention puissante des dieux inférieurs existe donc toujours et, suivant son esprit, l'un croira au pouvoir mystique de la prière, pendant que chez presque tous les autres la demande d'inter vention revêtira presque toujours le caractère d'un marchandage; les uns, honnêtes et pieux, tentant de mériter des grâces par leurs bonnes œuvres, la plupart s'imaginant pouvoir les acquérir par des dons en argent ou en nature, agréés des saints auxquels ils prêtent les désirs et les passions humaines.
2oo l'initiation L'Église, s'adaptantà ces croyances, cherche seule ment à les canaliser, promettant des indulgences tantôt pour des prières, tantôt pour des oflrandes. Ces croyances et ces pratiques, si anciennes, si universelles, ne seraient-elles donc qu'illusion ou fétichisme d'un côté, duperie de l'autre ?
Non, croyons-nous devoir répondre, émettant hau tement l'avis que l'existence réelle des forces psychi ques mises en action par les pratiques religieuses sont tout aussi indépendantes de la qualité, de l'existence même du Dieu auquel s'adressent les prières que l'existence réelle d'une force résultante d'un travail musculaire est indépendante du résultat à attendre; le visiteur d'un atelier peut étudier une machine et se rendre compte de son fonctionnement sans savoir à qui serviront les produits manufacturés ni qui recueil lera les bénéfices de l'usine; on peut être mécanicien sans être économiste, nous pouvons faire la psycho logie de la prière sans être théologien.
Quel est le but d'une prière ? c'est, presque toujours un événement étant proche, que l'on redoute ou souhaite, d'objectiver en paroles suppliantes le désir intense de le voir ne pas s'accomplir, ou l'inverse ; l'expérience journalière nous donne-t-elle la preuve que de telles prières puissent être exaucées, c'est-àdire que la venue de l'événement redouté ou désiré puisse être modifiée par le désir de l'intéressé ainsi objectivé suivant certains rites ?
Nous ne pouvons en douter, et l'observation positiviste, trop souvent dédai gneuse des faits qui pourraient contredire ses théories actuelles, ne nous donne comme preuve du con
LES PRATIQUES RELIGIEUSES 2o1 traire que la non existence de la Divinité implorée. Desobservations impartiales, des statistiques misesen regard des calculs de probabilités seraient nécessaires pour en faire la preuve absolue; contentons-nous de la croyance universelle et voyons comment la réalité de tels phénomènes pourrait s'expliquer : Les forces matérielles et contrôlées par nos instru ments sont-elles les seules existantes ?
La suggestion, répondrons-nous, n'est pas mesurable, et pourtant n'est-elle pas, sous forme de persuasion entre per sonnes peu nombreuses, sous forme d'emballement dans les foules, l'un des plus puissants leviers pour la mise en action des forces psychiques, dont le pas sage en acte ne se fait souvent pas attendre.
Et qu'est donc la suggestion, sinon le fait d'étager sur une foi invincible, en la rendant indiscutable, un désir, une volonté parfois conformes, souvent diffé rents de la volonté du sujet.
Désir, volonté, foi en la réussite des événements désirés ou voulus, tel est le trépied sur lequel s'appuie la puissance de l'esprit humain ; le désir indique à l'esprit le but à atteindre, la volonté lui en fournit les moyens, mais l'un comme l'autre resteront stériles si la foi en la réussite ne vient les féconder, les dynamiser en quelque sorte.
Mais la foi ne peut exister sans des appuis maté riels : pour prendre une comparaison, rappelonsnous que le liseur de pensées genre Pickmann ne nous demande pas seulement, pour trouver un objet, de penser à l'endroit où se trouve cet objet, mais nous prie de penser à la direction à prendre, aux mou vements, aux gestes qu'il faudra faire pour l'atteindre
2o2 L'INITIATION et le saisir ; c'est ainsi que la foi en la réussite d'un événement ne devra pas seulement, pour arriver au but, être une foi globale, mais que, la volonté nous indiquant les moyens nécessaires pour atteindre ce but, il nous faudra la confiance dans l'efficacité de chacun de ces moyens.
L'homme puissant sera donc surtout celui qui se sentira sûr de lui, et souvent il pourra dominer les événements, mais à côté de lui d'autres sentant mieux l'influence des forces extérieures intelligentes qui tantôt viennent aider, tantôt briser les meilleures volontés les personnalisent et les prient pour se les rendre favorables.
Ne pouvons-nous supposer que ces forces, dont l'ambiance autour de chacun fait sa chance ou sa malchance, ne sont que la résultante des forces psy chiques mystérieuses, sympathie ou antipathie qu'on fait naître autour de nous: dans l'esprit de nos sem blables comme dans les esprits moins évoqués des animaux ou des êtres inférieurs de la nature, notre manière d'agir vis-à-vis d'eux.
Dans ces conditions tout acte Je notre part modifie cette ambiance en bien ou en mal, et particulièrement la confiance en nous-même, nettement formulée, aimante en quelque sorte les influences favorables qui nous mènent au succès.
Peu importe en somme sur quoi cette confiance se trouve étayée pourvu qu'elle existe, et la prière est un moyen détourné de l'obtenir ; tel élève se présen tera à quelque examen avec la certitude du succès, basée sur de sérieuses connaissances ; tel autre, après
LES PRATIQUES RELIGIEUSES 2o3 une prière à saint Joseph de Cupenino, se sentira la même foi dans un heureux résultat. Nous ne vou drions pas conseiller le second moyen au détriment du premier, mais n'est-il pas évident que l'un comme l'autre des candidats éviteront le trouble, le trac qui ne manquera pas de saisir un malheureux timide non confiant.
La prière ne pourra-t-elle être suivie d'un résultat qui n'aurait pas eu lieu si elle n'avait pas été pro noncée, n"aura-t-elle pas été exaucée? Et point n'est besoin souvent que le candidat lui-même ait prié ; sa mère n'a-t-elle pu le faire pour lui et lui faire partager sa conviction. Est-il besoin, comme nous le disions plus haut, en général, que saint Joseph de Cupertino s'en mêle, ou que même il ait existé ?
Non certes, pourvu que la prière ait été prononcée avec une foi suffisante pour déterminer la conviction de la réus site.
L'Église, les Églises, en recommandant aux hommes la prière fervente, en leur apprenant à demander au Dieu qu'ils implorent les grâces qu'ils désirent, en leur inculquant surtout ce conseil sublime : « Aidetoi, le ciel t'aidera», contribuent à leur donner la foi dans le succès, dans la vie heureuse et à chasser ainsi la désespérance, qui ne peut manquer d'étreindre celui qui doute.
Il faut avoir la foi dans le succès final, et aussi dans les moyens de l'obtenir; celui qui sait, raison nant l'efficacité de son effort mental, le ménageant pour ne l'employer qu'à propos, dynamisant sa vo lonté au moment de la projeter soit selon les rites
2o4 l'initiation prescrits, soit au moyen d'actesinventés par lui-même, ?e mettra, par la certitude de l'action énergique des moyensemployés pour jeter danslaluttedes forces ma tériellesun dynamismepuissant, semettra, dis-je, dans les meilleures conditions de succès.
Le croyant implorant son Dieu pourra, par sa fer veur, mettre en jeu des forces analogues, dans les deux cas les événements redoutés pourront être évités, ceux désirés se produire, de nouveaux destins pren dre naissance.
Peu importe à celui qui prie qu'il ait fléchi un Dieu courroucé ou que, par sa prière agis sant comme l'expression d'un désir intense, il ait fait pencher du côté voulu la balance des forces natu relles, le but est atteint, et cela suffit. Les plus à plaindre sont les demi-savants chez qui la certitude absolue de la science n'a pas encore rem placé la foi des illusions mortes.
Tant que la science reste négative, se bornant à détruire, tût-ce même des erreurs et des préjugés, elle n'est pas encore la science vraie dont l'essence est d'être positive et d'af firmer les causes et les lois.
La première est à celle-ci ce que la critique est à l'art, ne pouvant donner à ses adeptes ces croyances qui élèvent l'âme et qu'il vau drait mieux, pour ceux qui ne savent les trouver dans la science vraie, chercher encore dans la foi naïve qu'ils ont détruite en eux-mêmes sans pouvoir la remplacer et sans se douter qu'elle aussi était une force réelle qui leur fait défaut maintenant. Docteur L. L.
J'ai publié, dans le numéro de mars 19oo, la copie de lettres inédites de Fabre d'Olivet trouvées à la bibliothèque de Laon et adressées à un M. Noizet de Soissons. Je faisais suivre les lettres de notes diverses. Une entre autres demandait ce que pouvait bien être ce M. Noizet, qui s'intitulait lui-même, comme le dit Fabre d'Olivet, d'allégoriste.
Les années se passèrent et malgré quelques recher ches (les familles Noizet sont nombreuses dans l'Aisne), je désespérais de trouver la moindre solution à la question, lorsque le dieu appelé — hasard — par certains a-Providence, par d'autres, en partie un jour me tira de mon embarras. On parle beaucoup, en ce moment, de phénomènes d'apport, de transport, de soulèvement.
C'est en effet captivant comme étude, mais il se passe aussi parfois des faits étranges, d'allure plus modeste, qui méritent aussi d'être approfondis. Tels sont les phénomènes de la brusque découverte d'objets ou ceux ayant trait à l'action de retrouver les choses que l'on considère comme irrévocablement perdues. On peut y rattacher
2oÔ l'initiation le curieux cas qui consiste à voir juste à propos, la solution depuis longtemps cherchée à une question, à l'endroit et au moment où on s'y attend le moins. Ou entendre un mot vous venir inopinément à l'oreille ; motquivous donne la clef nécessaire pour comprendre une énigme. Puis c'est le souvenir brusque d'une an cienne et vague personne de connaissance, ou d'un ami oublié.
Les relations reprises, leur concours est cause de la réussite d'une cause désespérée. Un analyste sec vous démontrera que tout cela est de la pure logique. Je le crois aussi, tout dans ce bas monde étant logique et rationnel malgré parfois des apparences trompeuses.
Il vous prouvera que si vous trouvez un objet, une solution, un mot, une issue heureuse, c'est que votre esprit, préoccupé de la chose, découvre facilement, en raison de la tension dans laquelle il se trouve, ce qui est indifférent pour un autre.
Que, si un nom utile vous revient, c'est que votre cerveau a tellement sondé la question, qu'à votre insu, il a jeté les rameaux de ses investigations partout où le moindre espoir de réussite pouvait se trouver, etc., etc. Cela s'applique au quatre-vingt-dix-neuf pour cent des faits, même en y faisant entrer ceux qualifiés de miraculeux par les dévots, tels que les découvertes attribuées à l'intercession du grand saint Antoine de Padoue, qui en son temps fut un homme de bien, mais ne crut jamais avoir le don de faire retrouver la moindre chose; il sauva ses concitoyens de la famine en trouvant quantités d'aumônes, et c'est déjà beau coup I
l'allégoriste noizet 2o7 En, dehors de ces faits logiques prennent place des cas moins simples. Les spirites entraînés y sont sujets. Souvent à leur oreille bourdonne la voix d'un esprit — ou ils le croient — qui leur indique des réponses, des solutions justes et reconnues telles après vérification. On sait à quoi s'en tenir dans la majeure partie des cas sur ces prétendus esprits.
C'est simple ment une partie prolongée de nous-même ou d'un médium qui, à notre insu, peut travailler intelligem ment et nous découvre ce que nous ne saurions perce voir à l'état de veille. Il y a aussi la coïncidence, le dieu hasard cité au début, en admettant qu'il y soit pour quelque chose, ce qui est peu probable. Vous cherchez un nom, depuis un temps fort long, mais il fuit toujours.
Vos affaires vous obligent à monter en fiacre ; le cheval s'emballe, casse le véhicule et assez éclopé vous vous relevez juste devant une maison, portant une magni fique enseigne, sur laquelle est inscrit le nom tant cherché. Ça sent un peu le roman feuilleton, mais enfin ça arrive. Est-ce hasard ? Est-ce Providence, tout dépend de l'école à laquelle on appartient.
Par notre temps de psychologie à outrance, je suis certain qu'un enregistrement suivi, loyal, contrôlé des faits pareils à ceux cités et émanant de personnes dignes de foi serait une étude utile et pleine d'inconnu. Vous discutez sur un sujet, mais fautes d'arguments — écrits et formels — ne parvenez pas à convaincre votre adversaire. Rentré chez vous, au hasard, vous prenez un livre sur le rayon de votre bibliothèque, il
208 l'initiation semble s'ouvrir de lui-même et, vous crevant les yeux, vous apercevez la foudroyante réponse à faire. * Vainement vous bouleversez voire maison, pour retrouver un objet perdu; de la cave au grenier tout a été remué, vous en avez fait votre deuil et tâchez d'oublier.
Quelque temps après spontanément vous êtes entraîné vers un réduit, c'est une force diri geante qui vous pousse, vous fouillez à peine l'endroit, et l'objet se retrouve. C'est peut-être un phénomène très naturel, mais cependant il est plus complexe que celui de jeter une pierre dans la Seine. C'est par centaines que j'ai observé pareils faits et, si je le dis, c'est pour que d'autres les remarquent.
On pourrait donc en conclure que notre moi est parfois soumis à des sollicitations extérieures intelli gentes, conscientes. De quelle essence sont-elles ? Peut-être d'essences diverses, et peuvent émaner soit d'être doués de la vie terrestre; soit de forces vitales indécises; soit d'entités purement spirituelles d'ordre divers ; soit, comme disent les occultistes, d'êtres, nom més élémentaux.
Aussi en raison de la complexité des causes initiales, en résulte-t-il une difficulté grande dans l'observation des faits. Mais revenons à ce doux Noizet. J'avais appris qu'il avait appartenu à l'Université et avait enseigné à Soissons, et c'était tout. Tout chercheur aime à bouquiner, tout bibliophile adore, lorsqu'il vient dans la capitale, chercher dans la longue Mie de boîtes étalées sur les quais, en plein cœur de Paris. On assure qu'on n'y trouve plus rien
l'allégoriste noizet 2o9 d'intéressant. Les vieux amateurs vous narrent tou jours leurs bonnes fortunes d'antant, ces livres archirares achetés à quatre sous; ces documents inestima bles égarés et retrouvés dans les papiers à brûler que la Bibliothèque nationale leur envie. Récits que tout cela. Les collectionneurs de pièces hors ligne ne trou vent plus rien et n'ont jamais rien trouvé.
Les livres à reliure de 5oo francs ne se trouvent pas au coin du quai 1 Mais les chercheurs, les travailleurs pourront encore longtemps glaner et s'instruire.
Passant un soir, un vieux marchand du quai, qui ne tient que des gravures, et c'est même l'intéressan t de la question, me dit : «< Tenez, prenez cette petite brochure de vingt centimes, égarée dans mes cartons à dessins, elle me paraît de quelque intérêt pour vous. » Étant pressé, de confiance, sans m'arrèter, je mis la plaquette dans ma poche, et ce ne fut que fort tard, à la lumière, que je me mis à l'examiner.
Sur la couverture en grossier papier gris, quel ne fut pas mon étonnement de lire, écrit d'une vieille écriture : OFFERT A M. AUGER, Secrétaire perpétuel de l'Académie française. « Cette brochure est publiée par un philosophe qui vit de bien peu à Soissons, puisqu'il ne dispose que huit ou dix sols par jour. C'est un des plus zélés disciples de Court de Gibelin. II mérite bien tout l'intérêt de M. Auger. » Par M. Noizet, Soissonnais. 14
2io l'initiation Ainsi le dieu Hasard m'avait servi. Seulement, re marquez cette corrélation de faits : Je trouve sans chercher; je trouve chez un marchand qui ne tient pas ce genre de marchandise ; je trouve un jour de rapide passage à Paris. Le marchand s'adresse spon tanément à moi, ne sait guère au juste ce qu'il m'offre et je prends à l'aveuglette.
Il n'y avait peut-être dans tout Paris que moi intéressé à trouver cette plaquette qui me donnait une solution cherchée et les deux termes offre et demande se rencontrent. La dernière page dela brochure ponait la mention : Par A.-N. Noizet (de Paris), ancien élève de l'Uni versité. Soissons, imprimerie Barbier, rue des Rats. Ainsi nous voici fixés.
Noizet, né à Paris, habitait Soissons, ses goûts de rêveur ne l'avaient pas conduit à la for tune, il végétait; mais sa douce manie pour l'allé gorie lui faisait supporter son infortune. Une idée vous vient; comment ce pauvre idéaliste, réduit à la portion congrue, parvient-il à se faire imprimer. De nos jours bien des déshérités de la fortune, pos sédant du talent, voire du génie, doivent s'apercevoir que le prix de l'impression a bien augmenté.
Fabre d'Olivet, dans la lettre qu'il lui écrivait, lui disait : « Vos connaissances acquises sont médiocres et « vous manquez encore de la sagacité indispen- « sable pour faire valoir celles que vous avez ; vous « aurez beau lire et relire Court de Gibelin, le prési- « dent Desbrolles, Bailly, Rabaud, Saint-Etienne, « moi-même et une foule d'autres, vous ne serez
l'allégoriste NOIZET 211 « pas plus avancé pour cela, vous n'aurez même pas « la gloire d'enfanter un paradoxe absurde et frappant « comme Dupuis, et cela parce que vous ne savez « pas coordonner vos idées. » A une autre personne il dit de Noizet : « C'est un homme qui ne manque pas d'une cer- « taine instruction, mais qui est travaillé d'une idée « fixe. Il veut tout plier à l'allégorie et se donne « lui-même le nom â'allégoriste.
Il est assurément « fort loin de la vérité ; mais ses idées, tant exagérées « qu'elles sont, prouvent que c'est un homme plein « de vertus dont les connaissances ne sont pas entiè- « rement à dédaigner, » En effet, sa brochure de trente pages, d'un texte serré, dénote un esprit bien particulier. Il explique tout par l'allégorie : tableaux, statues, vases, urnes, médailles, inscriptions, en un mot toute l'antiquité.
De là, il passe aux œuvres d'imagination : Orphée, Homère, Virgile ne trouvent pas plus grâce devant lui que le Dante, Rabelais ou La Fontaine. Les principes sur lesquels il base son système, sont bien développés et paraissent justes, mais lors qu'il veut s'en servir pour expliquer une œuvre et tirer des conclusions, c'est sa pure imagination qui marche.
Les fondements sur lesquels il étayait son raisonnement, et qui paraissaient roc, sont à peine sable. Pour faire saisir le procédé je prends un seul exemple. Il décrit la pl. 76 du tome II de Montfaucon. « Le Dieu-Chat des Egyptiens » :
212 l'initiation LE DIEU CHAT Un très grand disque de la lune changeante renfer me en lui-même un serpent tortueux qui produit d'a bord une grosse tête de chat entouré de festons en guirlandés.
Cette tête demeure fixe et immobile entre les deux épaules, couvertes chacune d'un collet rempli de fes tons piquans, dont l'une allonge le bras droit et la main vide et renversée po sée sur la cuisse droite et l'autre allonge le bras gau che et maintient fermement une anse accompagnée d'une croix posée sur la cuisse gauche. Ce dieu est assis dans un siège, dont le fond en pente l'expose à tomber dange reusement.
LE FAUX COMMENCEMENT Une très grande présomp tion de notre changement de conduite, renferme en elle-même une illusion sé duisante qui produit d'a bord un brillant commen cement d'exécution, plein de charmes.
Mais ce com mencement reste tout à coup arrêté entre deux in certitudes pénibles, l'une si nous abandonnons d'agréa bles plaisirs, dont l'abandon doit produiredes suites heu reuses ; l'autre si nous re prenons de funestes plaisirs, dans la reprise doit pro duire des suites malheu reuses. Cette âme est dans une situation très malheureuse, qui l'expose à tomber dans des fautes très graves.
Avant d'aller plus loin, je remplace cette descrip tion, bien fantaisiste, du dieu chat, par une plus exacte de la même planche de Montfaucon qui se trouve dans le Dictionnaire de la Fable de Noël : « Don Bernard des Montfaucon donne une figure curieuse d'une déesse chatte.
Elle a la tête d'une chatte, et le reste du corps d'une femme; elle porte une espèce de camail, qui lui couvre les épaules, et une partie des bras et qui laisse voir deux grosses mamelles; sa tunique rayée et bigarrée, lui descend jusqu'au-dessous de la cheville; elle tient sur sa poi
l'allégoriste noizet 2l3 trine une tête d'homme qui a sous le menton un grand demi-cercle rayé ; du même bras elle soutient l'autre d'un petit seau, que l'on voit souvent entre les mains des dieux égyptiens. » Assurément que ce texte est moins fantaisiste que celui de Noizet, qui n'a pas l'air d'un égyptologue bien érudit. L'étude du symbolisme est une des branches impor tances de l'occultisme.
Le symbole est un signe secret, caché, à plusieurs interprétations; mais son étude demande de la méthode. Or toute figuration a un sens naturel, généralement qui saute aux yeux, et qui se comprend par l'interpré tation judicieuse des diflérentes parties qui la cons titue. C'est ce qu'aurait dû faire Noizet en étudiant sa statue.
Il aurait dû connaître ce qu'il décrivait et de suite en aurait déduit qu'il n'avait pas devant lui un dieu chat (Aelurus) mais bien une figuration d'Isis mêlée de Phtah (la Diane égyptienne). Les fortes mamelles indiquent cette mère nourri cière qui a tant produit; elle porte une tête de chat parce qu'elle se cacha sous les traits de cet animal lorsqu'elle se sauva en Égypte pour échapper à Ty phon.
Les guirlandes représentent les pleurs de la terre, le serpent était le signe de la vie (serpent astral). La croix, c'est le signe de la génération universelle (Clef solaire). La tête d'homme, c'est Osiris (Soleil). Le croissant lunaire est le si^ne de la Sagesse. Elle porte un vase d'oifrande, qui aussi peut être corne
a 14 l'initiation d'abondance ou vase d'eau lustrale, qui purifie ou vivifie tout (actions analogues suivant ses plans). Un sacrifice attire les bienfaits de la divinité. — L'eau lustrale agit magiquement en plan astral, la corne d'abondance répand les biens terrestres. La longue tunique était le voile d'Isis,qui envelop pait tout, avait toutes les couleurs et restait néan moins transparent.
Donc il faut comprendre le symbolisme de la sta tue, en étudier les diverses parties et ensuite chercher si cette même figuration ne peut se prêter à diverses significations. Or la méthode employée par les occultistes est sou veraine, elle place l'objet dans les trois plans; c'est ce qu'a fait l'antiquité (surtout l'Egypte) lorsqu'elle concevait des productions artistiques et religieuses.
Le premier travail terminé restait la méthode de l'analogie, c'est-à-dire la recherche de l'adaptation de ces figures dans un tout autre ordre d'idées, sur tout dans le domaine des idées morales. Dans la description de ce dieu chat, je ne vois guère où peut conduire l'analogie. Cependant Noizet brode là-dessus de belles périodes, qu'il intitule « Le faux commencement ». Si de notre dieu chat nous faisons une Isis, l'ana logie ne manquera pas.
D'un côté, nous pouvons mettre Diane-Isis-Chat, de l'autre Chasteté-Fécon dité-Finesse — ou And rogyne- Lune et Sphinx-Chat. — Voilà des rapprochements qui peuvent se faire, ils sont logiques. Les symboles ne sont pas le résultat du hasard,
l'allégoriste NOIZET 2 I S mais de l'observation. Une des raisons, par exemple, pourquoi on met une Lune = Chat, c'est que cet ani mal a la prunelle de l'œil qui disparaît dans la vive lumière pour redevenir ronde en pleine nuit, et cela en passant par toutes les courbes du Croissant. Pernety avec ses« Fables égyptiennes et grecques» aurait pu lui enseigner encore l'analogie d'Isis dans le domaine de l'hermétisme.
Je termine ce travail n'ayant eu qu'un but: celui de faire connaître le personnage auquel s'intéressait Fabre d'Olivet. Noizet était un honnête homme, épris de l'anti quité, voyant le plus souvent faux, mais enfin essayant de s'approcher de la lumière, sacrifiant son bien-être au seul désir de découvrir la vérité.
Or renoncer de gaieté de cœur aux douceurs de l'existence pour la seule satisfaction d'atteindre à l'idéal, c'est vivre en sage, c'est être philosophe. Vivre avec moins de deux cents francs par an, c'est souïrir, et souffrir c'est s'élever en perfection, et ça mérite éloge. Noizet fut un spiritualiste ; ami des maîtres dont s'honore l'occultisme, il en fut le rénovateur, il mérite donc bien quelques fleurs posthumes, car sa tombe en fut vierge.
Mais à côté de ces données, toutes biographiques, vient se placer un fait moral beaucoup plus grave. La fin du dix huitième siècle et le commencement du quatorzième furent des époques où naquirent quan tités de systèmes philosophiques. Fabre d'Olivet pré dit à Noizet qu'il ne serait jamais chef d'école, mais combien d'autres plus heureux que lui, et dont les
2i6 l'initiation systèmes ne valaient guère mieux, parvinrent à faire de nombreux adeptes, ne serait-ce que Dupuis, qui avec son Soleil-Dieu-Zodiaque révolutionna bien des cervelles et continue à trôner dans les sociétés qui aiment à se tourner vers l'Orient : si une bonne idée est une « force » produisant le bon grain, toute idée fausse empoisonne longtemps le terrain d'herbes vénéneuses, difficiles à extirper. Tidianeuq.
LE CULTE DU RÉEL L'immense majorité des hommes, même la plupart de ceux qu'on appelle éminents, célèbres, illustres, ne voient, n'imaginent, n'espèrent, n'admettent rien au delà du plan physique, de l'univers manifesté. Ignorant son composé et se confinant dans le cercle étroit des contingences immédiates, l'homme n'attri bue du crédit qu'au témoignage de ses sens limités et rejette aveuglément tout ce qu'ils ne perçoivent pas. On croirait qu'arrivé à l'état conscient, il conserve à cet égard de l'animalité d'où il est sorti, l'âme con fuse qui pendant de longues périodes fut la sienne, et qui, en dépit du développement de son intelligence et de ses connaissances dans le domaine de la science courante, persistera pendant une nouvelle série d'exis tences, et lui voilera le principe divin qui l'anime. L'atavisme physiologique serait ainsi la pierre d'achoppement, le veto qui l'empêche de naître à la vie psychique, et même d'en concevoir la notion. Expression la plus haute du monde manifesté, l'homme pourra, brillant météore, éblouir ses contem porains, devenir pour eux un sujet d'admiration,
218 l'initiation mais il continuera d'ignorer sa divine origine. Bien plus, il mettra son orgueil à nier cette origine et à proclamer qu'il n'est qu'un composé chimique appelé à se dissocier, et dont les divers éléments doivent ren trer dans le grand alambic de la nature. Tu portes en toi un ami sublime que tu ne connais pas, a dit Krishna. Ces belles paroles, qui révèlent une si haute vérité, sont applicables à l'humanité tout entière.
L'homme se complaît dans ses ténèbres qu'il prend pour la lumière, et traite de fous ou d'im posteurs ceux qui tentent de le faire sortir de son erreur.
Vivant dans le monde de l'illusion, il n'ad met pas d'autre réalité que cette illusion, et loin d'em ployer sa science au service de la Vérité, il n'en use, quand il ne se contente pas d'une froide et orgueil leuse négation, que pour opposer les arguments les moins plausibles et parfois puérils aux raisonne ments les plus logiques, même quand ils sont basés sur des preuves convaincantes.
La science officielle, en effet, tout en niant, très souvent à priori, les phé nomènes psychiques les plus avérés, est absolument impuissante à rendre compte, à expliquer le pourquoi de la vie, des facultés intellectuelles, de la conscience, de l'entendement, etc. Exception faite des initiés, des spiritualistes et spirites, il n'existe donc d'autre état d'âme que le scepticisme plus ou moins absolu et la foi aveugle qui, d'ailleurs, peut être un bienfait lors qu'elle est sincère, indépendante de toute spéculation étrangère, et qu'elle ne dégénère pas en fanatisme. Cette situation est dangereuse pour l'harmonie so ciale parce qu'elle engendre un antagonisme perma
LE CULTE DU RÉEL 210/ nent entre les esprits déjà divisés sur tant de ques tions. Si l'on recherche la cause de cette mentalité désorganisatrice, on peut, à mon sens, la trouver dans ce fait, que les progrès réalisés dans le plan physique n'ont pas été accompagnés du progrès parallèle de l'évolution psychique, en réalité à peine ébauchée dans notre humanité.
De là le désarroi des consciences auxquelles manque la lumière spirituelle, seule ca pable de ramener dans les âmes l'équilibre et la paix, et de mettre un terme aux divisions créées par l'igno rance du monde supra-sensible. Cette ignorance a un autre et grave inconvénient, c'est d'entretenir l'or gueil et 1 egoïsme dans l'humanité et, par suite, de rendre stérile toute tentative d'union entre les hommes.
Si la connaissance, au lieu d'être le privi lège de l'infime minorité, éclairait toutes les âmes, l'ère de la fraternité et de l'harmonie cesserait d'être une utopie. Ces seules et grandes vérités : la survie, la réincarnation et le karma obligeraient l'homme à envisager à un tout autre point de vue l'existence ter restre et les devoirs qu'elle impose.
La certitude^de la justice distributive ou causalité, loi inéluctable à laquelle sont soumis tous les êtres conscients — « à chacun selon ses œuvres » — , serait un frein bien autrement efficace que les vaines pénalités de nos codes.
Sachant que sa vie ici-bas n'est qu'une étape dans sa vie totale, qu'il ne peut échapper aui consé quences de ses actes répréhensibles, et que la satisfac tion éphémère qu'il en tire ne fait qu'accroître sa res ponsabilité, l'homme comprendrait que c'est là un
22o L'INITIATION mauvais calcul, et que son véritable intérêt, son bonheur réel, comme sa mission, consistent à faire le bien, à remplir ses devoirs vis-à-vis de lui-même et de ses frères.
11 ne chercherait plus à adoucir son sort que par des moyens honnêtes, approuvés par sa conscience éclairée, et en même temps il contribue rait, dans la mesure de son pouvoir, à assurer le bonheur de ses semblables, auxquels il saurait qu'une étroite solidarité le rattache.
Pour que cet état d'âme si désirable pût se pro duire de façon définitive chez l'homme, il faudrait surtout qu'il acquît la notion du Réel, qu'il reconnût que tout ce qu'il a pris jusque-là pour la réalité n'en est que l'apparence, l'illusion ou le voile, et que le témoignage de ses sens bornés n'a lui-même qu'une valeur relative ; qu'indispensable dans le domaine de la science positive, il doit être récusé le plus souvent dès qu'il s'agit de l'étude du monde hyperphysique.
Mais hélas! quand l'intellect humain, si réfractaire à l'idée spiritualiste, admettra-t-il que le monde invi sible, inaudible, intangible, qui pour lui n'existe pas, constitue l'unique source de vie et de lumière ? Sur cefécueil sont venus échouer tous les efforts des grands initiateurs de l'humanité. Ici se présente la grave question de l'évolution psy chique, condition nécessaire de la connaissance.
Quand on sème une graine, elle ne peut germer que si le terrain qui la reçoit est approprié à cet effet ; s'il ne l'est pas, la graine reste stérile. Il en est de même pour l'accession au plan spirituel ; si l'esprit n'est pas suffisamment évolué, il est inapte à s'assimiler la
LE CULTE DU RÉEL 221 notion psychique, et demeure rebelle à toute tenta tive faite dans ce sens. 11 semble donc que la prépa ration logique à la connaissance consiste à recher cher, au préalable, les obstacles qui s'opposent au développement de l'évolution psychique et les moyens propres à les aplanir.
A mon avis, le plus redoutable de ces obstacles n'est autre que l'absorption totale de l'activité et des énergies de l'homme par son intellect limité au plan physique. C'est là ce qui peut expliquer de la part des hommes les plus remarquables dans toutes les bran ches du savoir humain, le parti pris absolu de nier a priori, ou de ne prêter qu'une attention superfi cielle et hostile à tout ce qui ne tombe pas sous leur entendement.
Le moi phénoménal est en eux le seul maître, le seul juge, par la raison simple que le moi nouménal n'y existe pas encore, « car on ne juge des choses spirituelles qu'avec le sens spirituel », dit saint Paul. L'absencedu moi nouménal implique l'ex clusion de la connaissance et, partant, de toute notion du réel.
C'est donc à faire naître ce « nouveau moi », c'est-à-dire l'être spirituel dans l'homme, qui sera alors le nouveau-né dont parle le Christ, que les ini tiés doivent consacrer tous leurs efforts. La tâche, certes, est ardue, car l'élimination de toute idée spiritualiste semble être la grande préoc cupation, la caractéristique de la mentalité mo derne.
On s'imagine que le dogme néantiste, au toritaire et agressif, aura la vertu nécessaire pour enrayer l'envahissement du cléricalisme. Profonde et grave erreur dont bénéficie la puissance cléri
222 l'i.N'ITIATION cale. Si les vieux dogmes romains, si ridicules, si exclusifs et intolérants, ont rejeté dans l'excès con traire le plus grand nombre des esprits, l'intolérance du dogme matérialiste, cette sorte de fanatisme à re bours opposé au fanatisme religieux est bien plutôt propre à soutenir celui-ci, à accroître le nombre de ses prosélytes, qu'à provoquer des défections dans ses rangs.
D'ailleurs, in medio stat veritas, et le jour viendra où, selon la parole du Christ, Dieu sera adoré tn esprit et en vérité. Ce jour-là, le spiritualisme in tégral, synthèse de tous les hauts enseignements dont l'Inde et l'Égypte furent le berceau, sera la religion universelle, acceptée de tous, sans pompes fastueuses ni hiérarchies sacerdotales.
L'homme alors n'aura pas besoin d'intermédiaire intéressé auprès de la divinité, il sera à la fois l'apôtre et le prêtre de cette religion toute de bonté et d'amour. Le commandement su prême « Aimez-vous les uns les autres » sera observé par tous parce que tous y trouveront le vrai bonheur ; la haine disparaîtra du cœur de l'homme, etc., l'hos tile n'y trouvant plus que tendresse et dévouement, sera vaincu, car « Dieu est amour ».
« L'idée spiritualiste » ainsi comprise, et d'ailleurs adéquate à « l'idée chrétienne » dans sa pureté ori ginelle, serait donc le salut de l'humanité rendue à la paix et à l'harmonie après de longs siècles de dissen sions religieuses et de fanatisme aboutissant trop sou vent aux persécutions et aux hécatombes humaines ad majorem Dei gloriam.
A ce titre, il est profondé ment regrettable que « l'idée spiritualiste » soit pros crite par notre démocratie moderne. C'est sans doute
LE CULTE DU RÉEL 223 la conséquence de l'ignorance absolue en matière psy chologique, mais c'est, de plus, le résultat de la plus déplorable erreur : nul ne se rend compte, en effet, que le spiritualisme intégral, seul, est capable d'affran chir notre société de la prédominance cléricale en démontrant péremptoirement, au besoin par l'expé rience, l'inanité et la sottise de dogmes dont certains sont, un outrage à Dieu lui-même, l'enfer éternel, par exemple.
C'est grâce à l'influence salutaire du Spiritualisme que l'homme arrivera à la notion psychique et à la compréhension du Réel en lui et hors de lui. C'est le spiritualisme intégral qui, lui donnant la connais sance, le mettra à mêmede pratiquer le culte du Réel, s'il persiste à négliger le monde objectif, ou du moins à lui accorder seulement ce qu'exigent les strictes con venances sociales, pour concentrer toute son attention sur l'interne.
Quelle est donc la caractéristique de l'homme évo lué, qui a le culte du Réel ? Il n'est pas ambitieux, en ce sens qu'il ne recherche ni les honneurs, ni la fortune, ni ce qu'on est convenu d'appeler la gloire dans notre monde sublunaire. Pourquoi ? Parce qu'il ne poursuit qu'un but : l'annihilation en lui du moi, c'est-à-dire de l'orgueil et de l'égoïsme.
Tout en ap partenant au monde manifesté, dont il remplit tous les devoirs, il vit surtout dans le plan spirituel. Par venu à la maîtrise plus ou moins complète de l'âme animale, il se montre doux, patient, bienveillant, to lérant à l'égard de ses frères en humanité ; il sait qu'il est un avec eux et qu'il doit les aimer comme
224 l'initiation [Décembre d'autres lui-même.
Ayant la notion claire des divers éléments qui constituent son composé et la certitude que, parmi ces éléments, un seul est stable, impéris sable, tandis que tous les autres ne sont que les véhi cules, les supports plus ou moins transitoires de ce principe stable, par conséquent destinés à se modilier et à disparaître tôt ou tard, l'homme évolué qui a le culte du Réel s'efforce constamment de se rappro cher le plus possible de ce principe, objet de son culte, et qu'il sait être d'essence divine.
Le culte du Réel est le culte de Dieu lui-même en nous, dont nous pouvons devenir les collaborateurs. Celui qui en est le fidèle observateur doit se faire tout à tous et posséder la Charité, dont parle saint Paul, celle « qui ne s'offense de rien, supporte tout », et n'est autre chose, en somme, que la pratique de la grande loi d'amour promulguée par le Christ et sanctionnée par son holocauste.
Le culte du Réel impliquant la bonté éclairée, effective pour tous, j'es time que cette science du cœur orienté vers l'amour, dont le divin magnétisme exerce son influence salu taire sur les cœurs les plus fermés, est peut-être la voie la meilleure et la plus sûre pour faciliter l'évolu tion psychique de nos frères réfractaires à l'idée spiritualiste. — Lorsqu'après un long sommeil, le cœur s'éveillera et vibrera au souffle de l'Amour, il devien dra le coopérateur et le modérateur de l'Intellect.
Moins orgueilleux de sa science dans le plan phy sique, l'homme se montrera plus apte à percevoir le plan subjectif et physique, jusque-là éliminé par lui. C'est le cœur qui illuminera le mental, car c'est dans
[i9o3 225 LE CULTE DU RÉEL le cœur que réside « l'ami sublime que l'homme ne connaît pas ». Il pourra alors, en persévérant dans la voie qui lui sera ouverte, arriver à la compréhension du Réel, en même temps qu'à la notion de sa cons cience spirituelle.
Emergeant des ténèbres, il pourra entrevoir le monde de la lumière, et plus tard, affran chi de toute influence extérieure, initié au culte du Réel, ayant, lui aussi, accompli son holocauste, c'està-dire immolé le moi pour ne plus obéir qu'au soi, d'essence divine, unique principe stable et immortel qu'il aura découvert en lui, après une longue et dou loureuse gestation, il pourra, privilégié dans son humble obscurité, possédant la paix du cœur et la sé rénité de l'âme, ne se faisant remarquer que par sa grande douceur et sa bonté inaltérable pour tous ceux qui l'approchent, percevoir, avant même que son âme n'ait quitté son enveloppe matérielle, le monde radieux de la vraie vie, de l'Unité et de l'Amour. Spero. 15
Réponse à M. SPALIKOWSKI Oh ! Monsieur, se peut-il que, documenté comme vous assurez l'être, ayant parcouru, feuilleté les ou vrages techniques et les recueils spéciaux traitant à fond des « sciences transcendantales », vous vous soyez à ce point mépris sur leur valeur, sur leur but et leur portée ! Hé quoi ! vous accusez la philosophie spirite de chercher à augmenter d'une unité le nombre des religions existant sur notre terre!...
Vous suggérez et vous soutenez que l'arbre sacré de la magie, recons titué de l'antique Égypte, ne possède point les pou voirs occultes soigneusement dissimulés à tout être insuffisamment évolué, à tout adepte non encore parvenu à la plénitude de raison et de jugement, de perfection morale et d'affinité intellectuelle, qui dis tinguent 1' « être complet », l'entité supérieure de l'élémental, de l'élémentaire (i) en voie d'évolution dans les plans physiques et astraux inférieurs !...
Non, le spiritisme et l'occultisme ne viennent point constituer des religions nouvelles. Mais ils apportent 1' « explication rationnelle » des mystères, des figures et des symboles, qui étaient autant de roches grani- (0 Les « âmes d'animaur » sont appelées « élémentales » ; elles n'ont ni conscience ni volonté déterminée. On nomme « élémentaire » l'âme humaine, jusqu'au jour où, évoluée, elle pénètre dans les plans supérieurs de l'astral.
RÉPONSE A M. SPALIKOWSKI 227 tiques où venait se heurter — et où se brisait quel quefois — l'esprit de progrès, -l'être épris d'idéal. Fulmi-coton employé par 1' « intelligence », le spi ritisme est venu réduire en poussière ces masses déjà branlantes qui obscurcissaient notre vue et nous dé robaient le « soleil ».
Quelle religion, quelle doctrine, quel système, si ce n'est le spiritisme, peut expliquer la diversité des aptitudes, les facultés en germe, les connaissances innées, l'intuition?... Large et généreux, il repousse la mesquine sen tence : « Hors de chez nous, pas de salut. » Révélant la grande loi d'amour, il démontre l'ina nité de la doctrine des « peines éternelles ».
Il vient faire cesser l'incrédulité et le matérialisme par les « communications d'outre-tombe » (i). Oui, nous « faisons nôtre » les découvertes et les perfectionnements qu'au fur et à mesure de l'évolu tion terrestre, des « esprits, descendant de terres supérieures, nous ont apportés.
Et cet accaparement devient admissible, puisque le spiritisme et l'occul tisme (2), émanant des plus hautes puissances astrales, sont les deux philosophies de l'avenir. Elisée Berton.
Marseille, 2 5 novembre. (1) Ces deux fragments sont extraits de mon Apothéose du Spiritisme, dont une partie a été insérée dans la Revue Spirite de janvier 1 899. (a) Une chose qui prouve l'élévation de ces sciences est la canonisation par l'Église du rénovateur de l'occultisme, saint Hermès, dont le nom est appliqué à l'une des formes que revêt sa sublime philosophie.
LE FEU SACRÉ {Suite.) Les deux compagnons avaient échoué dans un res taurant près des Halles, et tout en causant, regar daient, à travers la fumée des cigarettes, les figures de noctambules éparses dans l'air autour d'eux. C'étaient les filles en quête d'amour et qui se contentent d'un souper. Des hommes aux vêtements cassés buvaient avec elles. Certains demandaient, avec un air las, une boisson compliquée.
Dans le fond de la salle trois musiciens, autour d'un piano, demeuraient un moment silencieux. Puis leurs mains prenaient les violons avec une décision soudaine. Les airs de valse partaient en fureur, puis s'alanguissaient, et l'on entendait à travers les appels d'ivresse ou les disputes, des lambeaux de mélodie. Parfois, deux femmes s'enlaçaient et dansaient à la musique, puis retour, naient à leur place.
La cérémonie continuait par le passage d'une soucoupe à la main, où tintaient des monnaies solliciteuses devant les assistants peu char més. Il y avait un repos, et le même rite se célébrait avec les mêmes détails.
LE FEU SACRÉ 22g Le jour timide transparaissait comme à travers un brouillard. Les vitres de la devanture devenaient pâles d'une clarté diffuse. On voyait passer les ombres sur le trottoir. « La deuxième période, continua Mathias Corbus, s'annonce par une accalmie dans les rires et les jeux. La conversation est plus discrète. Des pensées pro fondes ou que Ton croit telles, supplantent les puériles fantaisies.
C'est le moment où l'on s'amuse à cons truire les systèmes philosophiques et les cosmogonies. Tout paraît aisé. Le cerveau joue avec les idées, ou les idées se jouent de lui. Rien ne trouble la sérénité. C'est une assemblée de dieux autour du nectar et de l'ambroisie, laissant tomber d'une voix lente et riche des paroles empreintes de solennité. Et chacun des assistants, en effet, se croit un dieu.
On éprouve une pitié dédaigneuse pour les vains soucis usuels. Cette extase, chez quelques-uns, revêt une forme contem plative. Ils suivent ur?e image intérieure, dont les couleurs et les lignes n'ont rien d'égal dans la vie réelle. Ou bien, prennent comme thème la sensation actuelle, son, décor, parfum. J'ai des souvenirs.
Une soirée passée dans un bon concert classique, où j'en tendis une marche triomphale, si majestueuse, si émouvante, que mon cœur en fut oppressé, et que, pour ne pas crier d'allégresse, ou m'évanouir de bonheur, je dus sortir respirer l'air apaisant de la nuit.
Une autre fois, dans un salon dont l'ameuble ment était de pur Louis XV (c'est le style du haschich) je tins une conversation avec une femme dont les vêtements, l'allure et le sourire étaient miraculeuse
î3o l'initiation ment harmonieux. Il n'en faut pas davantage. Ce sont des impressions d'art absolu. « Mais également on s'abandonne, quand on a l'heur de rencontrer des amis initiés, à la causerie sur de beaux sujets. On se rend compte que jamais on n'eut pareille imagination, un plus riche trésor de verbes, une aisance telle à évoluer parmi les raison nements et les images. Des choses dites me parurent admirables, même le charme disparu.
Il arrive bien, comme dans les rêves, que l'on suit des pensées bril lantes, ravi de les avoir conçues, et qu'on les voit peu à peu s'éteindre et perdre leur lustre, à mesure que l'on s'éveille, pour se réduire, au grand jour de la conscience, à quelque phrase absurde ou puérilement grotesque. Cela est rare. L'intérêt demeure souvent, et ce d'une façon indécente et grossière.
C'est la ten dance du haschich de donner un corps aux concep tions les plus étranges. J'étais si pris, ce jour-là, par l'effet matériel du poison, que je n'eus pas la force d'ouvrir un tiroir pour des feuilles de papier, et que je notai la pantomime sur des enveloppes de lettres qui se trouvaient sous ma main.
Quand je la relus, il y avait une vingtaine de feuillets écrits, avec des longueurs et des répétitions enlantines, des bouts de vers, des refrains, tout un fatras que je dus éli miner pour réduire l'œuvre à cinq ou six pages, folles, mais amusantes. Vous trouverez le morceau dans un volume de poème en prose que j'ai publié, et dont presque toutes les pages furent écrites sous la même inspiration. Au début, on est encore trop troublé pour faire un usage raisonné. Mais au bout de quelques
LE FEU SACRÉ temps, les manifestations diffèrent. La crise classique n'existant plus, on dirige l'excitation dans le sens qu'on veut. Si vous avez un jour l'habitude (je ne vous conseille pas de la prendre) et que vous vouliez fournir, à certain moment, un considérable effort, absorbez, vers le soir, une pilule. Vous renouvellerez la dose deux ou trois heures plus tard, si l'effet n'est pas suffisant.
Faites un repas léger, une demiheure àprès environ, et mettez- vous au travail. Vous serez heureux de garder, trois ou quatre heures durant, une tendance allègre, une facilité d'élabora tion, une aisance dans la pensée et la phrase que vous n'auriez jamais connue. Tout ce que vous ferez sera pour vous d'un extraordinaire intérêt. Si c'est un ouvrage de sciences, les recherches les plus arides auront de la saveur.
Qu'il s'agisse de poésie, les images neuves, source de joie, se presseront devant vos yeux. Il importe, je l'ai indiqué, de relire plus tard ce que vous avez écrit. Vous y trouverez telles incohérences qui vous avaient enthousiasmé et qui vous feront sourire. Mais il restera des passages que vous n'auriez pas composés sans des métaphores et des visions dont la couleur survivra. « Vous m'objecterez le danger.
A prendre le pli d'écrire et de composer, car ce que j'ai dit est aussi pour la musique, sous une influence, on s'expose à l'impuissance dans l'état normal. Cette règle n'est pas absolue, car l'élan donné persiste, même en dehors du moment. Puis les habitués vous répondront qu'il importe peu, s'ils trouvent de meilleures inspirations. Reste le péril physique, et l'ébranlement à craindre
232 l'initiation du cœur ou du cerveau. Mais c'est la rançon. N'écou tez pas les ânes qui ne veulent aucune ivresse, même de génie. Ils reprochent à Musset son intempérance, sans se demander si elle ne fut pas l'exagération et la conséquence fatale d'une disposition utile à son œuvre. La postérité ne saura pas que le poète fut un buveur. Il eut la peine de sa passion. Elle en aura le mérite. A la rigueur, il fut un martyr, si l'on veut.
Et si l'on a la conscience que le poison développe en nous, peut-être, une vertu ignorée, et qui ne se fût pas révélée, quel artiste vrai n'accepterait de voir abréger sa vie, s'il avait l'assurance, par cette offrande, qu'il créera la belle forme et réalisera son idéal ? «L'objection serait la même, et plus forte, à l'emploi désintéressé.
Celui qui ne cherche que son plaisir éprouvera plus que l'autre, puisqu'il s'abandonne à ses impressions, au lieu de les diriger, les effets né fastes du haschich. Il est impossible qu'un bonheur de cette nature ne soit jamais expié. La prudence peut atténuer les suites mauvaises. Mais il est rare qu'un jour ou l'autre, de par une dose exagérée, ou une disposition défavorable, on ne les éprouve pas.
J'ai connu un malheureux qui pour sa première expé rience souffrit durant plusieurs semaines de palpita tions de cœur. Tels ces soldats de l'amour qui à la première bataille sont blessés mortellement. Il y a des malchanceux. Moi-même, plus d'une fois, ai subi les pires tortures. Je suis sorti, un soir, d'une maison, pour rentrer chez moi, dans un état d'aflolement qui ne me laissait pas la force de héler un fiacre pour m'emporter. A chaque voiture qui passait, je me
LE FEU SACRÉ 233 représentais par avance l'effort intense que j'aurais à faire pour appeler le cocher, ouvrir la portière, d on ne mon adresse, le tout avec assez de calme pour que cet homme ne me crût pas insensé. Il ne fallait pas y songer. Tout ce que je pouvais était de marcher comme un somnambule droit devant moi, sur une route qui se déroulait comme un véritable chemin de croix. Oh I la torture de sentir ses pensées vagabonder et s'enfuir.
Il n'est pas de pire supplice pour un homme maître de soi et qui ne veut pas s'abandonner. A mesure que je marchais, il me paraissait que d'une minute à l'autre, mon cœur allait cesser de battre, car la douleur physique se mêle à l'appréhension morale, ou que j'allais être écrasé par un malheur qui me sui vait. J'étais comme ces infortunés qui se disent : « Encore un effort, encore un pas !
Si j'arrive jusquelà, je suis sauvé... » Et l'angoisse renouvelée, avec des alternatives de mieux et de pire, car il y a un rythme dans le haschich, et l'épouvante vient par flots suc cessifs, après des moments d'accalmie. Je me deman dais, sans oser répondre, à quelle station bénie ma torture prendrait fin. Mais souvent, rentré chez moi, je ne trouvais pas le repos.
J'ai passé des nuits effroya bles, à supplier le sommeil, sentant mon cerveau congestionné, et terrifié par mon cœur. Tantôt il bat tait à se rompre. Tantôt, avec des sueurs froides, je le perdais sous la main. Ma poitrine était immobile autant que celle d'un mort. Et comme il faut que le bizarre, même dans le tragique, ne perde jamais ses droits, j'étais désolé par cette idée qu'il me serait impossible, malgré les plus louables contorsions, de
234 l'initiation meure l'oreille sur ma poitrine pour m'ausculter. « On peut cependant atténuer ces tortures qui vien nent d'une sorte de vertige de l'estomac. Il faut prendre des astringents. J'ai vu des gens éprouver de bons effets en mangeant un citron. L'eau froide est aussi un bon remède. Mais le mieux est de se rassurer par la pensée que ce malaise n'a, au fond, rien de dangereux, et passera bientôt.
Le traitement le plus radical serait sans doute de ne prendre jamais de haschich. « Que faire? Il est inutile de vouloir des sensations étranges, si l'on n'est disposé à les expier. Tout homme qui se préoccupe de vivre une vie intense, commet, si l'on suppose encore ce raisonnement, un péché qui doit être puni. Quelle joie ne se rachète par une dou leur? La loi souveraine de l'équilibre ne se trouve jamais en défaut.
Qui sait s'il n'y a pas dans la crainte même un appel mystérieux ? Le danger est séduisant parce qu'il est redoutable. Ii serait trop beau vrai ment que l'on pût jouer avec les armes et les phil tres sans risquer la mort. Encore doit-on se féliciter des épreuves dont la frayeur dissuadera les âmes vul gaires. Mais les tortures du haschich, comme celles de l'opium, sont peu de chose pour celui qui en eut les joies. « Je parle des joies profondes.
Parmi tous ceux qui les cherchèrent, un petit nombre les a connues. 11 faut pour, avec un tempérament, certaines conditions sauvegardées. Mais il est possible, à des heures, d'en trer dans le pays défendu. Un de mes beaux souve nirs est celui d'une promenade en voiture, par les
LE FEU SACRÉ 235 rues désertes, car tous mes paysages sont de ville, avec des femmes oubliées, un soir de mai. Elles chantaient doucement, et leur voix, fort banale, de vint tout à coup divine. Nous passions alors sur un pont. J'eus la vision soudaine, absolue, d'une chute de flocons de neige autour de moi. La tristesse de cette neige irréelle dans la chaude nuit, la musique des chansons, le décor silencieux des maisons, tout cela m'emporta fort loin. Je n'ai jamais eu dans ma vie de minute plus parfaite. On eût dit que nous allions, murmurant sous des tombées d'ailes blan ches, à l'enterrement d'un pierrot mort d'amour, pour mettre, en couronnes, sur le char funèbre, des tambours de basque et des éventails. (A suivre.) G. de Lautbec.
UNE NOUVELLE DÉCOUVERTE Le Radium Par M. Louis de Meurville. Avant-hier, après le dîner des amis d'Alexandre Dumas fils, M. d'Arsonval, comme nous l'avons dit, a montré aux convives, à titre de surprises, un peu du fameux radium qui, avec les rayons Rœntgen, a bouleversé la science et renversé toutes les théories connues. Un corps opaque, on sait ce que c'est. C'est un corps qui ne laisse pas passer les rayons de la lumière, et voilà qu'on photographie avec les rayons X à tra vers une planche, qu'on prend le squelette d'un homme à travers sa peau et sa chair, qu'on y décou vre une balle perdue, et qu'à l'octroi on aperçoit un lièvre caché sous des jupes de laine ! Et le radium en fait autant ! Mais enfin les rayons Rœntgen sont une manière d'électricité dans le vide; c'est de la lumière, tandis
UNE NOUVELLE DÉCOUVERTE que le radium n'est qu'un corps solide, en métal, et il éclaire sans avoir besoin d'aucune lumière; il est de la lumière solide, un morceau de soleil, et il ne se consume pas, il ne s'use pas, et c'est un foyer perma nent de lumière et de chaleur. Comprenne qui voudra ! Tout ce qui donne dela chaleur et de la lumière se consume.
Notre corps dégage de la chaleur, mais cette chaleur il faut l'entretenir par la nourriture et la décomposition intérieure de cette nourriture. Le radium n'a besoin de rien : il est de la lumière et de la chaleur. Pour savoir à quoi s'en tenir, le mieux était d'aller le demander à M. d'Arsonval, et c'est ce que nous avons fait hier.
M. d'Arsonval est un de nos plus grands savants, membre de l'Académie des sciences et de l'Académie de médecine, — car on dit le docteur d'Arsonval ; — il est professeur de physique biologique à la Sorbonne, et il occupe, rue Claude-Bernard, la maison et le laboratoire qui appartiennent à la Sorbonne, et qui furent construits pour M. Brown-Séquard.
M. d'Arsonval est encore jeune ; il a le regard pro fond et doux des grands savants, et l'accueil bienveil lant du savant modeste. Il n'est pas l'inventeur du radium, on le sait, et il nous raconte lui-même l'histoire de cette découverte avant de nous en faire voir les applications qu'il
238 l'initiation étudie tout spécialement au point de vue biologique, c'est-à-dire de son action sur la vie. En 1896, M. Henri Becquerel, de l'Institut, pro fesseur de physique au Museum, troisième d'une génération de savants, découvrit un beau jour que l'uranium, qui était alors un des derniers métaux découverts, avait à peu près les mêmes propriétés que les rayons X sur une plaque photographique isolée et enfermée.
L'uranium émettait des rayons obscurs I Et M. d'Arsonval nous fait voir de petits morceaux d'uranium dans un flacon. Cela ressemble à un minerai quelconque, gris noir, avec des reflets vio lacés. Il en prend un morceau, le passe sur une lime de fer, et il en jaillit non pas des étincelles, mais des traînées de lumière blanche éblouissantes.
C'est de l'électricité à n'en pas douter, mais comment se dégage-t-elle en telle quantité d'un si petit morceau qui ne pèse guère plus d'un gramme et qu'on frotte à peine sur le fer? Le flacon est refermé; M. d'Arsonval l'agite et des étincelles apparaissent. « Voilà donc, dit M. d'Arsonval, une matière radiante.
A l'état de repos, ses rayons sont invisibles, mais ils existent, puisqu'ils impressionnent une plaque photographique à travers une planche. — Serait-ce la lumière noire? — Ces rayons ont les mêmes propriétés que les rayons X. Ils ne se réfléchissent pas dans une glace, ils ne se réfractent pas dans l'eau, ils ne se polarisent
UNE NOUVELLE DÉCOUVERTE 239 pas à travers le prisme. Ils vont toujours tout droit, à travers tous les obstacles, jusqu'où ?... On ne sait pas. M. Becquerel avait modestement appelé ces rayons « les rayons uraniques » ; la science a fait acte de justice en les appelant « les rayons Becquerel », comme on appelle les rayons X ou catodiques « les rayons Rœntgen ».
« L'uranium, demandons-nous à M. d'Arsonval, est-il aussi rare que le radium ? — Il s'en faut de beaucoup, nous dit-il; l'uranium est devenu un objet de commerce.
On s'en sert notamment pour les manchons Auer, et on l'obtient assez facilement, grâce au four électrique de M. Moissan. » M. Moissan est, on le sait, ce jeune savant qui a imaginé le four électrique et y a fabriqué du diamant et du rubis, à un prix, hélas, trop élevé pour y trouver une fortune. « Maintenant, nous dit M. d'Arsonval, nous arri vons au radium.
« M. Curie, professeur à l'Ecole de physique et de chimie de la ville de Paris, rue Lhomond, est marié à une femme des plus intelligentes, qui est aussi savante en chimie que son mari l'est en physique. C est elle qui a isolé le radium. — Comment, c'est une femme qui a fait cette découverte ?
24o l'initiation — Elle y a une grande part, comme vous allez le voir. * L'uranium est extrait d'une terre qu'on ne trouve qu'en Bohême, à Joachimstal, et qu'on appelle la pechblende. M. Curie en avait fait venir, pour en extraire de l'uranium, en 1898, et il s'aperçut qu'après en avoir retiré ce métal, certains déchets avaient les mêmes propriétés, mais bien plus fortes.
Ce tut Mme Curie qui, par une série d'opérations chimiques sur ces déchets, arriva à isoler le radium en très petite quantité. — Dans quelle proportion ? — Oh 1 il faut dix tonnes de « pechblende » pour extraire environ deux ou trois décigrammes de radium. — Et cela revient, parait-il, à un prix fabuleux. — Environ i5o.ooo francs le gramme. — C'est-à-dire cent cinquante millions le kilo gramme ! — Ne faisons pas de pareils calculs.
Ce n'est pas un prix fait. Il n'en existe pas actuellement plu sieurs grammes. M. Curie n'en a pas tout à fait deux. — Vous en avez ? — Je n'en ai pas de pur. Ce que j'ai montré, le voici, c'est du chlorure et du bromure de radium. On l'a plus facilement à l'état de sels, mais la puis sance est moindre. « Le radium a un million de fois environ l'activité des rayons de l'uranium découverts par M. Becquerel. Ce que je vous montre peut être évalué comme
UNE NOUVELLE DÉCOUVERTE 24 1 sept mille à un million, par rapport au radium. » Ce que nous montrait M. d'Arsonval était deux petits tubes de verre soudés aux extrémités et gros comme une plume d'oie. On y voyait une matière blanchâtre, comme du sable. « Ces petits tubes, dit-il, suffiraient à vous brûler la peau. — Comme ils sont là? — Parfaitement.
M. Curie, en ayant porté dans la poche supérieure de son gilet, eut une plaie au côté et une escarre. Ces brûlures sont même assez dif ficiles à guérir. M. Curie en a eu aussi aux mains. — Mais je ne sens aucune chaleur à la main. — Pas plus que vous ne voyez la lumière. Ne vous y fiez pas. » Je rendis les tubes. « Or, voici les propriétés du radium : il agit comme l'uranium, comme les rayons X, mais avec une puissance extraordinaire.
Toutefois, il n'agit pas à l'intérieur du corps comme les rayons X ; il ne brûle que la peau. « Et il a un pouvoir éclairant tel, que, si on pou vait l'avoir en grande quantité, il illuminerait et, peut-être aussi, il brûlerait ceux qui l'approcheraient de trop près. » A ce moment, M. d'Arsonval ferma l'électricité qui éclairait son bureau et nous montra ses petits tubes dans l'obscurité : ils étaient phosphorescents.
On eut dit des vers luisants. Après avoir éclairé de nouveau son cabinet, M. d'Arsonval me donna un stéréoscope de forte 16
242 l'initiation taille sans verres. C'était une boîte noire qui s'appli quait sur les yeux avec de la laine, pour ne pas laisser filtrer la lumière. Le tond était fermé par une planche noire, enduite à l'intérieur de platino-cyanure de baryum. C'est ce qu'on appelle l'écran Rœnt gen.
« Vous ne voyez rien ? — Absolument rien. — Et maintenant ? » Je voyais passer derrière la planche noire les petits tubes que promenait M. d'Arsonval, et cela plus net tement encore que je ne les avais vus directement dans l'obscurité de la chambre. « Une autre propriété du radium , nous dit M. d'Arsonval, est de faire apparaître les corps phos phorescents.
Enfin, sa chaleur est égale, pour un gramme, à celle du corps humain ou à la lumière d'une bougie. Il peut fondre son volume de glace en une heure. « Ce n'est pas tout : il dégage constamment de l'électricité négative et absorbe constamment de l'électricité positive. En voulez-vous la preuve ? » Et M. d'Arsonval apporte un électroscope, une bouteille de Leyde où pendent deux feuilles d'or.
« Vous le voyez, dit-il, j'électrise d'une façon quelconque ces feuilles d'or et elles s'écartent l'une de l'autre. Elles resteront ainsi indéfiniment, parce qu'elles conservent l'électricité que j'y ai envoyée. Maintenant, je vais approcher un de mes tubes de radium, sans toucher la bouteille. » En un instant, les feuilles d'or se rapprochèrent.
UNE NOUVELLE DÉCOUVERTE « Il faut donc en conclure que ce radium a pris l'électricité des feuilles d'or. « Le radium est un voleur d'électricité. Il la prend dans l'air, dans tout ce qui l'entoure, à travers tous les obstacles. — Quelles conclusions tirez-vous de cette décou verte ? — Nous ne savons pas encore. C'est le renverse ment de tout. Nous étudions. C'est tout ce que nous pouvons dire. — Et en médecine ? — On étudie.
J 'étudie, moi aussi, sur les animaux, et je ne puis encore rien dire. On a parlé de guérison du cancer. Je ne puis pas conclure. On fait rétro grader les effets du mal ; je ne sais pas si on le sup prime. — Enfin, c'est la lumière de l'avenir. — N'allons pas si vite. En tout cas, ce n'est pas encore la lumière à bon marché. » Et sur ce mot de la fin, nous avons quitté M. d'Arsonval en le remerciant de son aimable accueil.
Ne dit-on pas qu'Edison achète tout ce qu'il peut trouver des matières dont on extrait le radium, qu'il en fait et qu'il prépare de nouvelles découvertes ? Attendons qu'il les ait faites. Louis de Meurville. (Extrait du journal Le Gaulois).
LES MARTINISTES DE TOORAINE Amie intime de la duchesse de Bourbon, Mme de Verneuil faisait partie d'une société sainte, dont l'âme était M. Saint-Martin, né en Touraine et surnommé le.Philosophe inconnu. Les disciples de ce philosophe pratiquaient les vertus conseillées par les hautes spéculations de l'illuminisme mystique. Cette doctrine donne la clef des mondes divins, explique l'existence par des transformations où l'homme s'achemine à de sublimes destinées, libère le devoir de sa dégradation légale, applique aux peines de la vie la douceur inal térable du quaker et ordonne le mépris de la souf france en inspirant je ne sais quoi de maternel pour l'ange que nous pqrtons au ciel. C'est le stoïcisme ayant un avenir. La prière active et l'amour pur sont les éléments de cette foi qui sort du catholicisme de l'Eglise romaine pour rentrer dans le christianisme de l'Église primitive. Mlle de Lenoncourt resta néan moins au sein de l'Église apostolique, à laquelle sa tante fut toujours également fidèle. Rudement éprouvée par les tourmentes révolutionnaires, la duchesse de Verneuil avait pris dans les derniers jours de sa vie
LES MARTINISTES DE TOUR AINE 245 une teinte de piété passionnée qui versa dans l'âme de son enfant chéri la lumière de Yamour céleste et l'huile de la joie intérieure, pour employer les expres sions mêmes de Saint-Martin. La comtesse reçut plusieurs fois cet homme de paix et de vertueux savoir à Clochegourde après la mort de sa tante chez laquelle il venait souvent. Saint-Martin surveilla de Clochegourde ses derniers livres imprimés à Tours chez Letourmy. (Balzac, le Lys dans la vallée.)
(ME ÉVOCATION DE CAGLIOSTRO « Peut-être ne serais-je pas plus brave que Mme de Kleist, dit la Porporina, et j'avoue que j'ai par devers moi un échantillon du pouvoir sinon de l'infailli bilité de Cagliostro.
Figurez-vous qu'après m'avoir promis de me faire voir la personne à laquelle je pensais, et dont il prétendait lire apparemment le nom dans mes yeux, il m'en montra une autre, et encore, en me la montrant vivante, il parut ignorer complètement qu'elle fût morte.
Mais malgré cette double erreur, il ressuscita devant mes yeux l'époux que j'ai perdu, ce qui sera à jamais pour moi une énigme douloureuse et terrible. — Il t'a montré un fantôme quelconque, et c'est ton imagination qui a fait tous les frais. — Mon imagination n'était nullement en jeu, je puis vous l'affirmer.
Je m'attendais à voir dans la glace ou derrière une gaze quelque portrait de maître Porpora, car j'avais parlé de lui plusieurs fois à souper, et, en déplorant tout haut son absence, j'avais remar qué que M. Cagliostro faisait beaucoup d'attention à mes paroles. Pour lui rendre sa tâche plus facile, je choisis dans ma pensée la figure du Porpora, pour
UNE ÉVOCATION DE CAGLIOSTBO 247 le sujet de l'apparition, et je l'attendis de pied ferme, ne prenant point jusque-là cette épreuve au sérieux. Enfin s'il est un seul moment dans ma vie où je n'aie point pensé à M. de Rudolstadt, c'est précisément celui-là. M. Cagliostro me demanda en entrant dans son laboratoire magique avec xnoi, si je voulais con sentir à me laisser bander les yeux et à le suivre en le tenant par la main.
Comme je le savais homme de bonne compagnie, je n'hésitai point à accepter son offre, et j'y mis seulement la condition qu'il ne me quitterait pas un instant... » Il me fit solennellement jurer que je ne ferais pas un geste, pas une exclamation, enfin que je resterais muette et impassible pendant Tapparition.
Ensuite, il mit son gant et après m'avoir couvert la tête d'un capuchon de velours qui me descendait jusqu'aux épaules, il me fit marcher pendant environ cinq mi nutes sans que j'entendisse ouvrir ou fermer aucune porte. Le capuchon m'empêchait de sentir aucun changement dans l'atmosphère ; ainsi je ne pus savoir si j'étais sortie du cabinet, tant il me fit faire de tours et de détours pour m'ôter l'appréciation de la direc tion que je suivais.
Enfin il s'arrêta, et d'une main m'enleva le capuchon si légèrement que je ne le sentis pas. Ma respiration devenue plus libre m'apprit seule ment que j'avais la liberté de regarder; mais je me trouvais dans de si épaisses ténèbres que je n'en étais pas plus avancée. Peu à peu cependant, je vis une étoile lumineuse, d'abord vacillante et faible et bientôt claire et brillante se dessiner devant moi. Elle sem
248 l'initiation blait d'abord très loin et lorsqu'elle fut entièrement éclairée elle me parut tout près. C'était l'effet, je pense, d'une lumière plus ou moins intense derrière un transparent. Cagliostro me fit approcher de l'étoile qui était percée dans le mur et je vis de l'autre côté de cette muraille une chambre décorée singulièrement et remplie de bougies placées dans un ordre systéma tique.
Cette pièce avait, dans ses ornements et dans sa disposition, tout le caractère d'un lieu destiné aux opcraiions magiques. Mais je n'eus pas le loisir d"examiner beaucoup ; mon attention était absorbée par un personnage assis devant une table. Il était seul et cachait sa figure dans ses mains, comme s'il eût été plongé dans une médi tation profonde.
Je ne pouvais donc voir ses traits, et sa taille était déguisée par un costume que je n'ai encore vu à personne. Autant que je pus le remarquer, c'était une robe ou un manteau de satin blanc doublé de pourpre et agrafé sur la poitrine par des bijoux hiéroglyphiques en or, ou je distinguai une rose, une croix, un triangle, une tête de mort et plusieurs riches cordons de diverses couleurs.
Tout ce que je pouvais comprendre, c'est que ce n'était point là le Porpora. Mais au bout d'une ou deux minutes, ce person nage mystérieux, que je commençais à prendre pour une statue, dérangea lentement ses mains et je vis distinctement le visage du comte Albert ; non pas tel que je l'avais vu la dernière fois, couvert des ombres de la mort, mais animé dans sa pâleur, et plein d'âme dans sa sérénité, tel enfin que je l'avais vu dans
UNE ÉVOCATION DE CAGLIOSTRO 249 ses plus belles heures de calme et de confiance. Je faillis laisseréchapperun cri et briser involontai rement la glace qui me séparait de lui. Mais une violentepression de la main de Cagliostro me rappelamon serment et m'imprima je ne sais quelle vague terreur.
D'ailleurs, au même instant, une porte s'ouvrit au fond de l'appartement où je voyais Albert et plusieurs personnages inconnus vêtus à peu près comme lui, entrèrent l'épée à la main. Après avoir fait divers gestes singuliers comme s'ils eussent joué une panto mime, ils lui adressèrent, chacun à son tour et d'un ton solennel, des paroles incompréhensibles.
Il se leva, marcha vers eux et leur répondit des paroles également obscures, et qui n'offraient aucun sens à mon esprit, quoique je sache aussi bien l'allemand aujourd'hui que ma langue maternelle. Ce dialogue ressemblait à ceux qu'on entend dans les rêves, et la bizarrerie de cette scène, le merveilleux de cette apparition tenaient effectivement du songe, à tel point que j'essayai de me remuer pour me con vaincre que je ne dormais pas.
Mais Cagliostro me forçait de rester immobile et je reconnaissais la voix d'Albert si parfaitement qu'il m'était impossible de douter de la réalité de ce que je voyais. Enfin, emportée par le désir de lui parler, j'allais oublier mon serment lorsque le capuchon noir retomba sur ma tête. Je l'arrachai violemment, mais l'étoile de cristal s'était effacée et tout était replongé dans les ténèbres. « Si vous'faites le moindre mouvement, murmura sourdement Cagliostro d'une voix tremblante, ni vous
25o l'initiation ni moi ne reverrons jamais la lumière. J'eus la force de le suivre et de marcher encore avec lui en zigzags dans un vide inconnu.
Enfin, lorsqu'il m'ôta défini tivement le capuchon, je me retrouvai dans son labo ratoire, éclairé faiblement comme il l'était au com mencement de cette aventure. » (George Sand, la Comtesse de Rudolstadt.) THÉORIES DE CAGLIOSTRO « J'avais été si frappée de retrouver Albert vivant, reprit la Porporina, que je ne m'étais pas demandée si c'était humainement possible.
J'avais même oublié que lu mort m'eût à jamais enlevé cet ami si précieux et si cher. L'émotion du magicien me rappela enfin que tout cela tenait du prodige et que je venais de voir un spectre.
Cependant ma raison repoussait l'impos sible et l'âcrcté des reproches de Cagliostro fit passer en moi une irritation maladive qui me sauva de la faiblesse : « Vous feignez de prendre au sérieux vos propres mensonges, lui dis-jeavec vivacité; mais vous jouez-là un jeu bien cruel.
Oh ! oui, vous jouez avec les choses les plus sacrées, avec la mort même. — Ame sans foi et sans force, me répondit-il avec emportement, mais avec une expression imposante, vous croyez à la mort comme le vulgaire, et vous avez cependant un grand maître, un maître qui vous a dit cent fois : « On ne meurt pas, rien ne meurt.' il n'y a pas de mort ! » Vous m'accusez de mensonge, et vous semblez ignorer que le seul mensonge qu'il y ait
UNE ÉVOCATION DE CAGUOSTRO 25 1 ici, c'est le mot même de mort dans votre bouche impie. » Je vous avoue que cette réponse étrange bouleversa toutes mes pensées et vainquit un instant toutes les résistances de mon esprit troublé. Comment cet homme pouvait-il si bien connaître mes relations avec Albert et jusqu'au secret de sa doctrine ? Parta geait-il sa foi ou s'en faisait-il une arme pour prendre de l'ascendant sur mon imagination ?
Je restai confuse et atterrée. Mais bientôt je me dis que cette manière grossière d'interpréter la croyance d'Albert ne pouvait pas être la mienne et qu'il ne dépendait que de Dieu, et non de l'imposteur Cagliostro, d'évoquer la mort ou de réveiller la vie.
Con vaincue, enfin, que j'étais la dupe d'une illusion inexplicable, mais dont je trouverais peut-être le mot quelque jour, je me levai en louant froidement le sorcier de son savoir faire et en lui demandant avec un peu d'ironie l'explication des discours bizares que tenaient ses ombres entre elles.
Là-dessus il me répondit qu'il lui était impossible de me satisfaire et que je devais me contenter d'avoir vu cette personne calme et utilement occupée. « Vous me demanderiez vainement, ajouta-t-il, quelles sont ses pensées et son action dans la vie. J'ignore d'elle jusqu'à son nom.
Lorsque vous avez songé à elle en me demandant à la voir, il s'est formé entre elle et vous une communication mystérieuse que mon pouvoir a pu rendre efficace jusqu'au point de l'amener devant vous. Ma science ne va pas au delà.
252 l'initiation — Voire science, lui dis-je ne va même pas jusquelà; car j'avais pensé à maître Porpora, et ce n'est pas maître Porpora que votre pouvoir a évoqué. — Je n'en sais rien, répondit-il avec un sérieux effrayant. Je n'ai rien |vu, ni dans votre pensée, ni dans le tableau magique. Ma raison ne supporterait pas de pareils spectacles et j'ai besoin de conserver toute ma lucidité pour exercer ma puissance.
Mais les lois de la science sont infaillibles et il faut bien, que, sans en avoir conscience peut-être, vous ayiez pensé à un autre qu'au Porpora puisque ce n'est pas lui que vous avez vu. » Cette apparition d'Albert vraie ou fausse me fit sentir plus vivement la douleur de l'avoir perdu à jamais et je fondis en larmes.
« Consuelo ! medit le magicien d'un ton solennel, en m'offrant la main pour sortir (et vous pensez bien que mon nom véritable inconnu ici à tout le monde fut une nouvelle surprise pour moi en pas sant par sa bouche) ; vous avez de grandes fautes à réparer et j'espère que vous ne négligerez rien pour reconquérir la paix de votre conscience ! » (George Sand, la Comlesse de Rudolstad).
La reproduction de» article» Inédits publié» pnr Vlniliation eut formellement Interdite, & inoliix d'autorisation spéciale.
"partie initiatique Cette partie tst réservée à l'exposé des idées de la Direcliot, des Membres du Comité de Rédaction et a la reproduction des classiques anciens.) Cosmologie des Rose=Croix Fludd enseigne qu'au commencement deux prin cipes existaient seuls procédant du Père : les Ténè bres et la Lumière, l'idée formelle et la matière plas tique. Selon l'opération diverse de la lumière, la ma tière devint quintuple.
Les mondes spirituel et temporel soumis à l'action du type originel, devin rent à la ressemblance de cette idée invisible, d'abord intelligibles, puis peu à peu manifestés par leur ac tion réciproque. Ainsi fut produit l'être, ou la pensée à qui fut attribuée la création. Ceci est proprement le Fils, la seconde personne de la Trinité, qu'il appelle aussi le Macrocosme.
Il est divisé en régions Empyrée, Ethérée et Elémentaire; elles sont habitées par des nations invisibles et innombrables ; la Lumière s'y répand et s'y éteint dans les cendres obscures qui constituent ce troisième monde. Il y a trois hiérar chies ascendantes d'anges : les Téraphim, les Séraphim et les Chérubim ; par contre trois hiérarchies
254 l'initiation sombres peuplées d'anges déchus. Le monde élémen taire est l'écorce, le résidu, la cendre, le sédiment du feu éthéré. L'homme est un microcosme. Tous les corps renferment, comme autant de prisons, une par celle d'esprit éthéré, un magnétisme intérieur, qui est leur vie. Ainsi tous les minéraux ont une certaine force végétative, toutes les plantes ont une sensibilité rudimentaire, les animaux un instinct presque rai sonnable.
L'alchimiste évolue donc les corps avec du feu matériel, le magicien opère par un feu invisible et l'adepte dissipe les erreurs au moyen du feu intellec tuel. Ces propositions, bien que claires, ne furent pas goûtées de tous les occultistes. Morin, in Astrologia gallica. 212, col. 6, dit du mal de Fludd et des Rose-Croix au sujet de leurs théo ries sur la lumière qu'il taxe de matérialistes.
Fludd enseigne que la lumière est l'agent de la vie universelle ; c'est la cause de toutes les énergies et le médiateur.ou mieux le ministre des volontés divines. Elle est au centre du monde, par conséquent derrière le soleil pour notre zodiaque ; elle est d'autant plus dynamique qu'elle est plus invisible.
Cette dernière idée semble empruntée au Dante, chez qui elle est la base de la constitution des neuf cercles de son Paradis et des neuf cercles de son Enfer. Nous verrons plus loin comment s'explique l'Enfer ; tous les Rose-Croix et Gutman en tête sont d'accord sur son existence ; mais, selon ce dernier, le Purga toire existe dans la conscience de chacun; c'est donc une manière d'être subjective dont l'intensité est pro
COSMOLOGIE DES ROSE-CROIX 255 portionnelle à la perfection selon laquelle nous obéis sons à notre conscience. L'existence de l'Enfer par contre, est objective, et ceux que le Christ a rebaptisés peuvent le voir ; il pro vient, dans le développement cosmogonique, du royaume des Ténèbres (Gutman). Il y a trois sortes de ténèbres : dans l'enfer, dans le ciel extérieur et sur la terre ; les deux premières sont les plus profondes.
En outre chaque créature contient des ténèbres, dont le degré constitue son opacité ou sa translucidité propre ; l'œil de l'homme lui-même estenténébréet l'obscurité qui le couvre ne se dissipe qu'au furet à mesure de la purification morale.
Il faut en outre mentionner les ténèbres thaumaturgiques qui se produisent en dehors du cours ordi naire des choses et qui sont les signes d'une volonté particulière de Dieu ; il en est de même des éclipses de planètes. Ainsi toute chose a ses ténèbres dans l'Univers; et leur mère unique est la ténèbre du puits de l'Abîme dont le grand Ange conserve la clé jusqu'au jour du jugement (i).
L'homme intérieur est dans l'obscurité; il passe dans la lumière quandil accomplit de bonnes actions, et le rayonnement de ces actes, quand il est assez fort, suffit à dissiper les ténèbres de l'homme corporel. Les pierres et les métaux peuvent aussi ma nifester leur lumière par l'opération de l'art ; c'est ce qu'enseigne l'alchimie. Il ne faut pas croire que la partie ténébreuse de (i) Gutman, Iiv. VIII.
2 56 l'initiation [Décembre l'Univers soit la création directe de Dieu, Dieu n'a ja mais voulu le mal ; mais c'est la mauvaise volonté du Diable qui a produit tout ce qu'il y a d'obscur et d'im parfait dans le monde. Ainsi l'homme n'est pas le maître des Ténèbres et s'il ne renaît d'eau et d'esprit, il ne peut y porter la Lumière, le gouverneur des Té nèbres est Lucifer, le prince de ce Monde aidé par ses légions innombrables d'anges révoltés.
L'essence des ténèbres est une chose déliée, insai sissable et incorporelle, beaucoup plus subtile que l'air et que l'eau; leur remède est donc une chose de même nature, spirituelle et pénétrant tout; c'est le rayonne ment de la sainteté ; c'est la purification intérieure, par laquelle l'homme forme en lui-même une image de plus en plus ressemblante de la source de toute Lumière.
Enfin le même Gutman va nous dire dans le pas sage suivant quel est au juste « le plan » des Ténè bres; rappelons que ces ténèbres peuvent exister dans la nuit, dans le royaume des morts, dans les ténèbres extérieures.
Entre les cieux et la terre on compte sept choses qui sont contraires l'une à l'autre et qui coexistent cependant : ce sont l'espace éthéré du firmament, l'air humide et l'air sec, la lumière, la chaleur, le froid et la terre ; la huitième sphère est la ténèbre, ainsi que l'enseigne aussi le Light of Egypt.
Ce dernier livre développe très bien l'étude des ténèbres dans l'âme humaine à propos du satellite sombre, surtout quant aux rapports qui relient la force d'individuali sation et la force d'obscuration.
I9o3 J COSMOLOGIE DES ROSE-CROIX 257 Les êtres des trois mondes pris dans leur ensemble forment une échelle philosophique, cabalistique et magique, la chaîne d'or qui retient l'oiseau hermé tique, l'arbre de la science du bien et du mal, qui se développe selon les lois des nombres 4, 5, et 7. A Fiat Vent igné Artiste céleste Nature Accedons Sperme Corps Pierre philosoph.
Teinture physique [EVE omnia ab uno Dieu le Père Vertu chaud Céleste Ame Adam Dieu le Fils Puissance froid Animal siderique Esprit Êve Dieu leS'-Esprit Arcane humide Végttition iUmtnUir» Sperme Sœur Dieu-Homme Mystère sec Minéral terrestre Corps Enfant Archanges Jupiter Étain Salmiac Trônes Soleil Or Soufre Puissances Lune Argent Salniter Chérubins Séraphins Principautés Mercure Vif argent Alun ou Tartre Vertus Vénus Cuivre Fer Vitriol Dominations Mars Sel Anges Saturne Plomb Antimoine Forma Natura Accedcns et reducatur 17
258 l'initiation L'ÊVE UNIVERSELLE C'est la Maha-Mariah, fécondée par dedans, et par suite toujours vierge : voici sa genèse. Dieu est un esprit éternel, incréé, infini, subsistant par soi-même; il est devenu dans la Nature et dans le temps, un homme visible, corporel et mortel. La Nature est un esprit créé, temporel, fini et cor porel; une image, une ombre de l'Etarnel.
L'œil de Dieu voit, crée et conserve toute chose; le regard de cet œil est la Lumière de la grâce qui est l'Ergon, l'Eve céleste, l'agent de la régénération ; la circonférence de cette lumière est la teinture céleste, le sacrement par excellence, la Rose-Croix. L'œil de la Nature voit et régit toute la terre ; sa lumière vit, meurt, opère, se corrompt et renaît à nouveau; elle est le Parergon, l'Eve terrestre, la naissance matérielle.
Sa circonférence est la Teinture physique, la sueur du soleil, le lait de cette vierge qui a six enfants et qui demeure cependant toujours vierge. C'est ici que doivent venir les philosophes. Mais pour voir toutes ces choses il faut les con templer par ce que Jean Dee appelle la monade hiéro glyphique.
C'est la vierge Sophia;'son visage res plendit comme le soleil de justice; dans sa poitrine brûle le feu divin de la Trinité, que figurent l'Urim et le Thummim. Par sa droite tous les êtres sortent de l'unité selon la loi de l'Ancien Testament ; par sa gauche les êtres rentrent dans l'unité selon la loi du Nouveau Testament. Son fils est le Verbe incarné, le
COSMOLOGIE DES ROSE-CROIX 25û. microcosme, au centre duquel habitent simultané ment le Temps et l'Éternité; c'est par lui que l'on arrive au collège du Saint-Esprit où l'on assiste à l'opération du Fiat de la Nature, tel qu'il va être décrit.
Il y a dans ce Fiat 4 sphères concentriques qui découlent l'une de l'autre : le sperme solaire, mas culin, le père du monde; la matière du monde, la femme qui conçoit des œuvres du Soleil ou de l'en fant de la Lune ; la source des quatre neuves para disiaques et enfin le chaos. Voici la composition de ces quatre sphères : 1 Sperme masculin du monde. 2 Première matière au centre et à la circonférence : air, vent, vapeur, fumée.
3 Porte philosophique. 4 Le réveil des morts, poussière et cendre. 5 L'or vert, philosophique, silex ou silence des sages. 6 Le sophiste et la théorie. 7 Pierre, teinture et élixir philosophique (silex). 8 Le mage et la pratique. 9 L argent philosophique. 1o Lccaput mortuun, Fiat Lux. 1 1 Hylé, clef philosophique. 1 2 Matière ultime, le squelette. 1. La matière mère. 2, 3. Le soufre philosophique, feu de sagesse.
26o l'initiation 4. Gluten de l'aigle blanc, chaux vive, soufre blanc, première solution. 5, 6. Sel ou azoth philosophique, le corrosif, l'arcane du tartre. 7. Le crocus philosophique, le lion qui sommeillait s'éveille. 8, 9. Rebis, désir du sage. 1o. Soufre incombustible, soufre rouge, aurore, or potable. 11, 12. Mercure philosophique, eau céleste. Le cristal pleut du ciel. 1 . Les quatres fleuves. 4. L'Archée, herbe verte et blanche. Ephephta.
7. Vitriol ou centre philosophique, quintessence. 1o. Tête de corbeau, solution féconde, éclipse de Soleil et Lune, soufre noir. Chaos des quatre éléments : ainsi évolue la gloire du monde dans sa création.
Voici ce qu'est le chaos, d'après Sendivogius : Dieu a créé, à l'usage de l'homme, une force secrète et magique appelée Nature, qui s'accomplit ou se réalise par le moyen des quatre éléments serviteurs le feu, l'eau, l'air et la terre; leur action est longue ment exprimée dans les douze traités chimiques de Strasbourg.
Ces quatre éléments jettent dans la terre une se mence, un sperme qui est le soleil dans la sphère sublunaire, à qui se rapporte la physiologie générale, origine de toute force et de tout bien. Ce sperme
COSMOLOGIE DES ROSE-CROIX 26 1 déverse ses effets sur trois principaux royaumes : le minéral, le végétal et l'animal et analogiquement sur le règne hominal. La création des eaux est le grand mystère de l'invi sible devenant visible : de celui-là procèdent tous les autres.
Toutes choses sont suspendues dans ces eaux comme la poussière dans l'air; l'humidité radicale est le médiateur universel ; bienheureux celui qui sait la reconnaître et l'utiliser. Il y a quatre sortes d'eaux : la première dans les cieux, la seconde dans le firma ment, la troisième au-dessous du firmament, la qua trième sur et dans la terre. Leur subtilité va en dé croissant de haut en bas.
La première est pénétrée de la gloire divine, dans la seconde se meuvent les anges ; ces deux eaux sont retenues dans l'espace et elles ne sont déliées que pour les déluges. La troisième eau est celle des nuages ; elle contient une médecine très efficace; elle est douce et parfumée, mais nous ne l'apprécions pas à cause de l'imperfection de nos sens. C'est la première eau qui est la source des trois autres.
Les eaux supérieures sont invisibles, mais Dieu les a enfermées dans une écorce transparente, afin que les créatures puissent les apercevoir. Elles sont les mères des trois autres éléments; l'eau douce a par conséquent un grand nombre de vertus puisqu'elle est la matrice et la nourrice des créatures. De même que l'eau spirituelle régénère l'âme, l'eau matérielle peut guérir toutes les maladies physiques (i). \ 11 Gl'tmam.
2Ô2 l'initiation QUATERNAIRE Voici encore un exposé donné au moyen des cor respondances du quaternaire : STATIQUE 2 3 4 Rouge Esprit divin Adam Éve Abcl Jaune Personne divine Fils S«-Esprit Homme-Christ Vert Verbe divin A + Eau £ Teinture terrestre Bleu Homme-Dieu In Prophètes L'Évangile Rose-Croix DYNAMIQUE Dieu descend Nature - Élimcnts Sperme des trois règnes Toi remonte à Dieu
COSMOLOGIE DES ROSE-CROIX 263 t" Mobile i i" Matière a 5" Essence 3 Pierre Ph.\ 4 FEU 2. w nVH 'qibzv £ Le Fiat Lux proféré par le Créateur créa le double soleil du firmament et de la terre, qui possèdent cha cun un arc-en-ciel de quatre couleurs élémentaires. Voici quelle est la distribution des feux dans l'Uni1. — La lumière ignée intérieure, divine, inconce vable. La Teinture divine. Le Feu sec. — Le Feu humide. Le Feu gris et vert. (Madathanus.) vers :
264 l'initiation 2. — Le Feu naturel de la vie extérieure. Le Feu lumineux. Le Feu obscur. Le Feu jaune et blanc. 3. — Le Feu extérieur du jugement dernier. Le Feu vivant. Le Feu mort. Le Feu pourpre et noir. 4. — Le Feu intérieur, éternel, infernal. Teinture naturelle. Le Feu chaud . Le Feu noir. Le Feu rouge et bleu. THÉORIE FIAT — FEU — DIEU T. i 1. Pire U.6 2. Fils T. i 3. Esprit U. 6 4. Médiateur I. 2 Dieu T. 5 Adam céleste I. a Parole T.
5 Personne N.3 Père S:! Fils N.3 Saint-Esprit C-4 VitTfi line C.4 Dieu est la Parole Le Verbe est devenu homme C.4 Le Verbe est Dieu N.3 Dieu et le Verbe sont an T. 5 Est 1 et 3 1.2 Est 1 et 3 T. 5 Est j et 3 1.2 Le Christ est 1 et 3 U.6 Eau T. 1 Eau U.6 Eau firraaT. 1 Eau R.7 éternelle angélique 7. R men taire terrestre PRATIQUE AMEN — EAU nATURE T. 1 1. + A U.6 a. ? Spiritus T. 1 3. Ô U.6 4. e I. a Chaos T.
5 I. a Matière première T. s Matière ultime N. 3 Soufre Si! Mercure N.3 Sel C.4 Corps C. 4 Feu Air C.4 Eau N.3 Terre T.? idem, image de 1. 2 Adam et Eve T. 5 Enfanta d'AdamI. 2 Homme terrestre Dieu, est 1 et 3 sont 1 et 3 E«e sont 1 et 3 temporel U. 6 Eau céleste T. 1 Eau U.6 Eau T. 1 Eau R.7 créaturelle animale R.7 végétale minérale (MadatAanus.)
COSMOLOGIE DES ROSE-CROIX 265 ÉTERNITÉ ET PREMIER MOBILE INCRÉÉS Père Fils Esprit Nature PREMIER MOBILE CRÉÉ ET PREMIÈRE MATIÈRE Feu Eau Air Terre Semence minérale Semence céleste Semence végétale Semence animale Pôle arctique Pére Minuit Azoth Pôle antarctique Fils Midi Astres Equinoxe Mère Matin Monde Equinoxe Vile Soir Sphères (Madathanus .) Cette loi générale du quaternaire a été révélée par les adeptes dans le 1 8* degré maç.\ dans les quatre chambres du grade et en particulier dans les quatre lettres de l'inscription clouée au haut de la Croix.
Voici, tfaprès les livres hermétiques, la significa tion de ces quatre lettres I. N. R. I. I. (Ioïti) symbolisait le principe créateur actif et la manilestation du principe divin qui féconde la subs tance. N. (Nain) symbolisait la substance passive, moule de toutes les formes. R. (Rasit) symbolisait l'union des deux principes et la perpétuelle transformation des choses créées.
266 l'initiation I. (Ioïti) symbolisait à nouveau le principe créateur divin, pour signifier que la forme créatrice qui en est émanée y remonte sans cesse pour en rejaillir toujours. « La rose-croix, formant ainsi un bijou précieux, était l'attribut des anciens mages, qui le portaient suspendu au cou par une chaîne d'or.
Mais pour ne pas laisser livré aux profanes le mot sacré i, n, r, i, ils remplaçaient ces quatre lettres par les quatre figures qui s'unissent dans le sphinx, la tête humaine, le tau reau, le lion et l'aigle (i) ». Notre ami Tabris a bien voulu nous communiquer le note suivante sur le symbolisme de ces quatre lettres. Nous sommes heureux d'en faire profiter nos lecteurs. I. N. R. I. Sens matériel. — Jésus Na^arei Rex Iudœorum.
Sens majeur. —Igne Natura Renovatur Integra. Sens supérieur. Ineffabile Nomen Rerum Initium. Ineffabile = 10, nombre de la perfection des Sephiroth. Nomen ^= 5, l'Univers constitué dans son essence. Rerum = 5, l'Univers constitué dans sa forme. Initium = 7, double conscience que l'être prend de la forme et de la substance. Lire aussi : Intra Nobis Regnum Dei. (t) Revue des Hautes Études, 1888, n" 5, p. i5o.
COSMOLOGIE DES .
OSE-CROIX 267 Les seize éléments de la nature (Madathanus) Jehovah Elohim ou le Verbe de Dieu agit et crée: FEU AIR EAU TERRE Fiat natura Chaos Esprit universel .Hylé Humide radical Rebis Sel r mobile Première matière Pierre philosophale Rouge Chaleur Essence Ame du monde Azoth Corps Sperme du monde Alchimie Chimie Jaune Sécheresse Esprit vif Vert Humidité Bleu Froid Cette dernière ligure montre le double mouvement in verse de la Nature; elle montre également que ce mouve ment a lieu dans tous les plans de la Nature : c'est dire ue le Grand œuvre minéral, le Grand œuvre magique et le Grand œuvre spirituel s'accomplissent par des procédés analogues.
Les concordances suivantes le feront voir aisément. On trouve dans VAureum vel'.us de Fictuld le tableau suivant que nous recopions à titre de document : C.O.MPARATIO LAPIDIS PHILOSOPHICl ET THEOLOGICI Primum Ens Dieu Chaos, hylé Verbe Catholica natura ou àme Esprit de Dieu flouant universelle du mondesur les eaux.
2Ô8 l'initiation Les Trois Principes de Père, Fils, Saint-Esprit, toutes choses. Pri-Ma-Teria ou sujet de la pierre philosophale. Q et£, les deux grands luminaires qui engendrent tout et rendent tout mani feste. 4 Éléments, desquels le feu est le ->lus élevé et le plus spirituel. 1o sphères dont la plus haute contient toutes les autres. 12 signes du Zodiaque. 7 Planètes. 3 chefs d'œuvre compris dans l'Arcane. Bref, tout le Magistère de l'unique pierre philosophale est compris dans la Nature, la Matière et la Préparation. Jésus-Christ Dieu et nomme.£s. XXVIII, Matth. a i. La Bible, ou l'Ancien et le Nouveau Testament, qui contiennent tous les témoi gnages. 4 Évangélistes, desquels Jean (l'aigle) est le plus élevé. io Commandements de Dieu, dont le premier ren ferme tous les autres. i î articles de foi. 7 demandes dans l'orai son dominicale. 3 Vertus théologales. Un Dieu, une Foi, un Baptême (Ephés. IV.) Summa. Toutes choses sont comprises dans le Christ Jésus, sur la terre comme dans les cieux (Ephès i).
COSMOLOGIE DES ROSE-CROIX TRIPHOLIUM PHILOSOPHORUM Exivil ex materia in materiatum Fleuve d'or Fleuve d'argent IHS HYLÊ Dieu émane Dieu L'or engendre l'or Soleil de Justice, Fils de Dieu, Verbe incarné Soleil des Sages, Ombre du Soleil éternel, Sortie du Chaos Dans le Christ se trouve la Nature divine toute entière Dans l'or réside la nature terrestre tout entière Père, Fils, Esprit l'invisible Père, Fils, Esprit et Christ Feu, Air, Eau et Terre Dieu vivant Or vivant LE VISIBLE La majesté divine | Le ciel microcosmique In Hoc Signo Vinces Le ciel microcosmique L'Androgyne corporel, inconcevable, immortel. [Madathanus .) SÉDIR.
Nouvelle réponse à M. le professeur Grasset (grand sympathique et corps astral) C'est un vrai plaisir que d'avoir à discuter avec un savant aussi consciencieux que M. le professeur Grasset, et je suis toujours heureux quand une nou velle occasion se présente.
A la suite de l'article que j'avais consacré dans l'Initiation (i) au chapitre du professeur Grasset sur le spiritisme, un nouveau tirage de ce chapitre a paru en format in- 18, et cette nouvelle édition est suivie d'un « appendice » où le professeur répond très cour toisement aux critiques faites à sa théorie. Je voudrais, à mon tour, ajouter quelques remarques à cette réponse.
Ma prévision au sujet de la confusion des diverses écoles spiritualistes et des protestations fatales a été pleinement réalisée et je n'y reviendrai pas. Le professeur Grasset répond très justement aux critiques formulées à ce sujet et ce sont, en somme, des détails de peu d'importance. Il en est de même du Congrès de 19oo sur lequel il est inutile de s'attarder, du moins à notre point de vue. Passons aux sujets véritablement primordiaux. (1) Mars 1903.
NOUVELLE RÉPONSE AU PROFESSEUR GRASSET 27 1 * * * Je voudrais insister actuellement sur les questions d'anatômie et de physiologie en commençant par reconnaître, aussi loyalement que le fait le professeur Grasset, mes erreurs et mes torts. Ainsi le professeur Grasset s'est efforcé dans son travail sur le double psychisme de localiser anatomiquement les résultats déjà localisés physiologiquement par le professeur Pierre Janet.
Or j'ai cru qu'une critique de Wundt s'appliquait au polygone de Grasset alors qu'il n'était question dans cette critique que de la théorie du double psy chisme physiologique de Janet. Je me suis trompé et suis heureux de faire amende honorable. De son côté, le professeur Grasset reconnaît que les centres polygonaux ne sontpas tous anatomiquement localisés, et je l'en remercie.
Je vais maintenant me permettre de citer in extenso les passages sur lequel je voudrais appeler l'attention des occultistes. « Deux objections graves sont faites par Papus : i" l'indépendance des divers neurones et des divers actes réflexes ; 2° la destruction continue des neurones qui empêche la fixité des centres.
Pour l'indépendance des diverses neurones, je crois qu'aujourd'hui il est absolument démontré que cette indépendance n'existe pas au point de vue physiolo gique. Tous les neurones agissent les uns sur les autres, soit dans le même étage et dans le même
272 l'initiation système, soit d'un étage ou d'un système à l'autre. De même l'indépendance des divers réflexes n'existe plus toujours au point de vue physiologique, et l'action cérébrale peut se faire sentir sur les réflexes les plus éloignés, les médullaires inférieurs comme le réflexe du tendon d'Achille. Sur le second point, la destruction incessante et le renouvellement des éléments anatomiques n'empêche pas la fixité des centres.
Les neurones du centre de Broca se détruisent comme les autres, mais c'est un fait d'expérience absolument démontré depuis 5o ans, que les neurones nouveaux de cette même région continuent la même /onction. Quel que soit le renou vellement anatomique, ce sont toujours les neurones du pied de la troisième frontale gauche qui président physiologiquement au langage, la mobilité anato mique n'exclut en rien la fixité physiologique. (P.
353 et 354.) Pourquoi tenons-nous tant, nousautres occultistes, à bien affirmer que les neurones sont anatomiquement indépendants. Pourquoi, au Congrès de 19oo comme dans une réponse au professeur Grasset, ai-je tant insisté sur cette question ? C'est parce qu'elle est capitale pour les spiritualistes.
Si les neurones, si ces cellules nerveuses et leurs annexes forment des domaines anatomiques nette ment séparés les uns des autres, la théorie matérialiste voit s'écrouler une de ses principales affirmations : l'excitation des centres nerveux par vibrations trans
NOUVELLE RÉPONSE AU PROFESSEUR GRASSET 1~]?> mises de proche en proche par un seul et même con ducteur. Mais, si il y a un intervalle anatomique entre deux centres et que, malgré cela, les fonctions physiologiques s'exécutent comme s'il n'y avait pas d'intervalle anatomique, alors il faut faire appel aux théories de l'ondulation, del'action par influence, des émissions dont le télégraphe sans fil est un exemple pratique.
Et si l'on fait appel à ces théories, le maté rialisme déraille. Aussi je remercie bien sincèrement le professeur Grasset d'être venu appuyer notre affirmation de toute l'autorité de sa parole. Oui, l'indépendance des neu rones n'existe pas au point de vue physiologique, mais elle existe bien au point de vue anatomique, et c'est cette constatation qui, seule, a pour nous une grande valeur.
Ici nous touchons encore à une des affirmations ca pitales du matérialisme. « Le cerveau sécrète la pensée comme le rein sé crète l'urine. » Telle est la formule classique qui veut arriver à dé montrer que l'organe crée la fonction.
Or, nous prétendons au contraire que c'est la fonc tion qui crée l'organe et que la cellule matérielle n'est que le support passager d'un acte physiologique qui se continuera semblable à lui-même, malgré les trans formations et la mort même de la cellule. Nous ne pouvions espérer une plus nette confirma tion de nos théories que l'exposé même du professeur Grasset. « Les neurones du centre de Broca se détruisent 18
274 l'initiation « comme les autres; mais c'est un fait d'expérience « absolument démontré depuis cinquante ans que « les neurones nouveaux de cette même région conti- « nuenlla même fonction. Quelque soit le renouvel- « lement anatomique, ce sont toujours les neurones « du pied de la troisième frontale gauche qui prési- « dtsilphysiologiquement au langage.
La mobilitéana- « tomique n'exclut en rien la fixité physiologique. » Mais c'est absolument ce que nous soutenons, et puisque le professeur Grasset s'occupe de la partie ana tomique des deux psychismes, c'est à lui de revenir sur le terrain anatomique qu'il quitte et de nous répondre sur ce terrain et non sur le point de vue physiologique qui n'a rien à voir dans notre objection.
Car si la théorie du double psychisme est de Janet quant à la physiologie, tous les efforts de Grasset por tent sur la réalisation anatomique de cettethéorie phy siologique. Or c'est au seul point de vue anatomique que nous avons fait notre objection, car un élève de P.C.
N. lui-même ne pourrait songera porter la question sur le terrain physiologique depuis les tra vaux de Claude Bernard sur les fonctions des centres antérieurs et des centres postérieurs de la moelle. Notre objection porte sur l'anatomie et nous avons expliqué pourquoi. Nous pensons donc qu'elle reste en core debout et que l'argumentation du professeur Grasset a détourné la question de son véritable carac tère, mais ne l'a pas résolue. Passons à la seconde objection : Destruction certaine des neurones qui empêche la îixité des centres.
NOUVELLE RÉPONSE AU PROFESSEUR GRASSET 2"]5 Ce terme de « Corps Astral » qui nous vient de la grande école de Paracelse et qui a été repris par Claude de Saint-Martin et les Martinistes, peut, à juste titre, choquer une oreille de savant classique. Or, toute idée bizarre disparaît, si nous parlons un peu anatomie et un brin physiologie, pour expliquer la valeur exacte de ce terme.
Je n'étonnerai certes pas M. Grasset en lui faisant remarquer que l'anatomie du nerf grand sympathique est disséminée en une foule de chapitres dans les traités classiques, que la physiologie si capitale de ce centre de tous les vasomoteurs organiques n'existe qu'à peine et que, si nous parlions de Psychologie ou de la Pathologie du grand sympathique, clef de beaucoup de formes de l'hysté rie de pas mal de manifestations médianimiques et de certaines épilepsies, nous nous ferions moquer de nous parles hommes sérieux.
Cependant il existe peu d'organes nerveux plus étendus que le grand sympa thique, avec ses mystérieuses racines plongeant dans les centres gris de la moelle antérieure, avec ses plexus et ses ganglions commandant les poumons en partie, le cœur presque totalement, et gouvernant sans partage les viscères abdominaux.
Ajoutons à cela toute la circulation du sang, « contrôlée » par les vaso-constricteurs et les vaso-dilatateurs, la circu lation de la lymphe dans leschylifères, le canal thoracique et les vaisseaux lymphatiques proprement dits, quand ils font bande à part après le passage de la lymphe dans les capillaires artériels, et nous verrons que ce nerf est un immense département organique encore couvert de zones inexplorées. Demandons
276 l'initiation nous enfin quel est l'organe nerveux qui excite les glandes, qui nous défend par l'envoi des leucocytes, contre l'invasion étrangère et qui, enfin, répare tout seul et sans action « du centre O », les blessures épidermiques de l'imprudent ou les suites de l'interven tion du chirurgien, et nous répondrons : c'est presque toujours le grand sympathique.
Or, la théorie des deux consciences, illustrée par la magistrale exposition qu'en a faite Jamet, n'est pas nouvelle. Elle est connue des Egyptiens de la 18e dynastie qui délimitent parfaitement en psycho logie les actes de Ba et Bat agissant tous deux sur le Khou. M. Al. Gayet vient justement de publier dans la Revue (Ancienne Revue des Revues) un magistral exposé de cette distinction psychologique des deux genres de consciences.
Platon, cette géniale portière des Temples sacrés, reprend la théorie en détermi nant une conscience (centre O), et deux inconscients : un Polygonal, pour parler comme Grasset, et un souspolygonal et sympathique, dirions-nous. Les Alchi mistes, les Rose-Croix et toute l'école de Paracelse, connaissaient non seulement l'Hypnose, mais encore exposaient la théorie des Trois Consciences: la supé rieure et les deux inférieures.
Mais ils n'étaient pas des psychologues superficiels et ils avaient remarqué que les consciences inférieures (subliminales des modernes) existaient aussi dans les animaux et tiraient leur origine de la vie universelle, cause des mouvements des astres.
De là le nom de Fluide Astral, donné à la manifestation de cette force dans l'Homme, de corps astral, donné à la partie matéNOUVELLE RÉPONSE AU PROFESSEUR GRASSET 277 rielle de cette force, incarnée et manifestée par le grand*sympathique. M.
Grasset affirme que la notion du Corps astral ne peut détruire celle du Polygone, je veux bien, mais elle la complète de telle sorte que le polygone et le centre O deviennent de petites îles dans l'Océan de la nouvelle Psychologie. Pour s'en rendre compte, il suffit de comparer le shéma non plus polygonal, mais triplement circulaire, de Fabre d'Olivet (His toire Philosophique du genre humain, introduction), avec le Polygone de Grasset.
Nous ferons peut-être cette comparaison avec figures un de ces jours. Alors on verra que les occultistes ont un schéma psycholo gique plus clair et plus complet que le Polygone qui peut résoudre certaines questions de physiologie céré brale, mais qui restera muet pour résoudre les grands problèmes psychologiques de l'intelligence et de ses hautes manifestations.
Pour nous résumer, disons que dans l'Organisme humain, il y a trois principes doués de facultés psy chiques : il y a des centres psychiques corporels, liés aux fonctions purement physiques et ces centres-là sont localisés anatomiquement dans le grand sympa thique, ils ne sont pas figurés dans le Polygone.
11 y a des centres psychiques animiques, formant l'intel ligence des séries animales qui se retrouvent en nous après leur évolution jusqu'à notre organisme, et ces centres ont, comme localisation anatomique, les gan glions cérébraux, le plancher du quatrième ventri cule et, peut-être, certains centres médullaires.
Là nous retrouvons le Polygone et la conscience subli278 l'initiation minale, mais il faut étendre la sphère anatomique dudit polygone. Enfin nous arrivons aux centres psychiques supé rieurs ; la vraie conscience (centre O) à localisations corticales. Ce qu'il faut bien remarquer, c'est que la Psycholo gie des anatomo-physiologistes est enfantine, mais scientifique.
Elle ne résout que trois problèmes sur mille, mais elle les résout bien, et, enfin, qu'elle ne s'embarrasse pas de notions historiques et qu'elle découvre avec orgueil les deux consciences et la psy chologie de l'inconscient.... qu'on enseignait en Egypte 16oo ans avant Jésus, avec quelques détails encore inédits.
A ce compte, il faut compter encore deux cents ans, avant qu'on ne redécouvre scienti fiquement la vieille psychologie chinoise, encore plusdétaillée et tout aussi expérimentale que l'égyptienne. Pardon au professeur Grasset de tous ces détails, mais il nous ont semblé nécessaires pour justifier le corps astral, tout en donnant en partie raison au Polygone et à son créateur. Papus.
ÉCOLE HERMÉTIQUE L'École a rouvert ses portes dans son nouveau locaL, i3. rue Séguier. — Les cours ont lieu à 8 h. 3/4 du soir les Lundi (Phaneg), Mardi (Sédir), Mercredi (Dr Rozier), Jeudi (Papus). — S'adresser à cette adresse pour les ins criptions. Conférences Spiritualites La deuxième conférence de la Société a eu lieu le jeudi 27, devant un auditoire nombreux et sympathique.
Le docteur Papus avait pris comme sujet l'Influence de l'Ali mentation sur l'Être humain. En voici les idées princi pales. Nous ne sommes pas des ascètes, comme on le croit souvent. L'influence du matériel sur l'Homme est énorme, puisque son corps physique n'est, en réalité, qu'un animal prêté par la terre au moi réel. Ne faisons donc pas comme au moyen âge; on sait trop le mal qui est résulté de l'oubli dans lequel le corps était souvent laissé.
Cette influence néfaste se fait encore sentir de nos jours. Ainsi, on ne s'occupe pas assez de l'influence du régime alimentaire pour les médiums. Un être qui aura bu du Champagne ne produira pas du tout les mêmes phénomènes que celui qui a bu de la bière. S'il est une catégorie d'êtres humains pour lesquels l'influence du régime alimentaire se fasse sentir, c'est bien sur l'artiste.
Il y a deux catégories d'artistes : le timide, l'hésitant, qui ne parvient pas à travailler, et celui qui n'a peur de rien, mais qui ne produit jamais rien non plus, parce qu'il n'a pas le temps de s'occuper de la réa lisation. L'enfantement dans la douleur se fait sentir aussi bien pour une ceuvre que pour un enfant. L'artiste le sait parfaitement. Eh bien 1 il existe des moyens pour avoir beaucoup d'idées en largeur ou en profondeur.
Ces moyens se trouvent dans le régime. Notre organisme peut être considéré comme ayant deux pôles : le cerveau et l'estomac. Si nous portons la force nerveuse dans le cerveau par l'alcool, nous développerons beaucoup d'idées. Si au contraire, par des aliments lourds
28o l'initiation nous concentrons la même force dans l'estomac, nous n'aurons qu'une seule idée, mais nous pourrons la déve lopper. Ceci dit, le conférencier passe en revue les idées des anciens sur les tempéraments synthétisés pour eux dans le Sphinx et les théories de Pythagore qui avait trois buts principaux : purifier le corps physique par le végétarisme, le moral par le silence, l'intellect par l'obéissance.
11 étudie ensuite les Hermétistes qui savaient extraire de la viande les parties nuisibles (les tendons et les nerfs sur tout qui contiennent le plus d"astral de l'animal). Puis, il aborde le côté physiologique. L Homme, dit-il, peut être considéré comme un piano à trois touches: le cerveau, IVstomac avec le cœur comme pivot. Par cœur, il entend le système grand sympathique et la moelle.
Tout l'art des excitants résidera donc dans l'habileté à porter à volonté la force nerveuse, soit dans un centre, soit dans l'autre.
Pour développer l'inspiration, en laissant de côté le soir la prière, qui est sans contredit un moyen bien supérieur, on peut user des excitants et pendant la période de leur action prendre des notes rapi des, faire un croquis, etc. Puis, quand on voudra réaliser il faudra appuyer sur l'autre plateau de la balance, autre ment dit porter la force nerveuse dans l'estomac.
On pourra alors réaliser; on n'aura pas d'idée, mais on n'en aura pas besoin, puisqu'on aura noté une masse d'idée pendant la période d'excitation. Le conférencier étudie ensuite magistralement la force nerveuse et le sommeil. Je résumerai cette partie de la conférence en disant que le sommeil se produit lorsque la force nerveuse est dans le sympathique et le réveil lorsqu'elle revient dans le cerveau.
C'est dans le cervelet que le sang se transforme en force nerveuse. Au fur et à mesure de sa fabrication, la force nerveuse charge les réserves de l'organisme. C'est pourquoi, lorsqu'un exci tant est jeté dans l'estomac, son rôle consiste à prendre une grande quantité de force et à la projeter dans le cer veau. Mais, les réserves ont été vidées et il faut que quelques heures de sommeil de plus viennent reconstituer la provision d'énergie. Après avoir expliqué les différentes actions du café, de
BIBLIOGRAPHIE 28l l'alcool, du thé, etc., le docteur Papus termine cette bril lante conférence en disant que pour les facultés anor males de l'homme, telles que la médiumnité, la clair voyance, les excitants sont à bannir. Le pain et les fruits sont néanmoins très bons, mais il ne faut pas s'en nourrir exclusivement, car alors de terribles réactions seraient à craindre.
Comme d'habitude, des questions furent posées et on se sépara, assez tard, après que le conférencier eut répondu à chacune d'elles. S. Phaneg. UN SECRET PAR MOIS Secret pour les boutons, les taches de petite vérole et les piqures d'insectes Prenez une certaine quantité de joubarbe, broyez-la avec de la farine d'orge et faites une pâte avec de la bonne huile d'olive.
Il faut ensuite oindre le visage ou la partie malade le soir, et le matin laver à l'eau chaude. La décoction de feuilles de tabac bouillie est aussi très bonne. Enfin, et plus spécialement pour les taches de petite vérole, prenez de la litharge, racine de cannes sèches, farine de maïs et farine de riz. Pilez et mêlez avec de l'huile d'amande douce et de la bonne graisse de mouton liquéfiée. Servez- vous en comme ci-dessus.
Pour se préserver de la piqûre des guêpes ou des abeilles, se frotter légèrement le visage et les mains aeec de la graine de guimauve pétrie en forme d'onguent. BIBLIOGRAPHIE Histoire mythique de Shatan, par Charles Lancelin, (Paris, Daragon). C'est l'histoire très bien faite de l'origine et de la trans formation de l'idée démoniaque à travers les âges. Ce n'est
282 l'initiation pas une étude sur les procès de sorcellerie ni sur l'état des croyances au démon localisées à une époque. C'est une œuvre qui n'avait jamais été faite historiquement et qui pouvait tenter à bon droit un lettré et un historien, tel que M. Charles Lancelin. L'ouvrage peut se diviser en deux parties, la naissance et la formation de Shatan et la for mation de l'Enfer.
Dans la première partie, l'auteur étudie, texte en main ; les origines du Mythe : dans le livre d'Enoch; dans la genèse et les opinions des principaux rabbins, et il con clut que dans ces documents il n'existe aucun texte précis positif, aucune réalité tangible. Il estime que tout ce qu'il a vu ne renferme que des légendes curieuses. Pour Sathan lui-même, plusieurs noms se dégagent peu à peu des Talmuds et des livres juifs.
Ces noms ont fini par s'appliquer à un seul être qui est devenu le Dieu du mal, par opposi tion à Dieu qui est la source du bien. Après quelques con sidérations sur la véritable traduction de la Genèse, due à Fabre d'Olivet, l'auteur nous fait voir Shatan prenant corps de plus en plus chez les juifs d'abord, puis dans l'Evangile et enfin au moyen âge et jusqu'à nos jours.
Mais si l'entité satanique se formait ainsi lentement à travers les âges, les croyances sur le repaire la demeure de Satan devaient suivre une marche analogue.
La première idée que l'on trouve chez les Juifs est celle d'un lieu d'un séjour souterrain qui sert de demeure à toutes les âmes indistinctement ; puis ce schéal simple se dédouble bien tôt et comporte le Tartare où sont punis les coupables ; et les Champs-Elysées où sont récompense's les bons. Il se nomme alors géhenne (Gi-Hennom).
Jésus dans sa prédi cation, se sert de l'idée de diable et d'enfer, répandue dans les croyances juives mais ne semble en rien l'ap prouver. Par plusieurs citations des Evangiles l'auteur prouve que l'idée des Juifs, à ce moment de la prédica tion de Jésus, ne différait pas de la croyance antique du Schéol.
Au sixième siècle seulement se dégage la doctrine de l'enfer éternel et par l'étude des différents érudits et des conciles de Constantinople, de Ferrare et surtout de Trente, on peut voir combien il y a eu de doutes, d'hé sitations dans l'établissement du dogme de l'enfer éternel. Mais si. dans les conciles de l'Eglise, la question de
REVUE DES REVUES 283 Shatan et de l'enfer était fortement agitée, elle passionnait aussi les âmes populaires. Tout le moyen âge et ses ter reurs. Le culte de Shatan remplaçant presque le culte de Dieu, défile alors sous nos yeux en des pages superbes. La messe noire, la messe sanglante et la messe stercoraire sont tour à tour étudiées.
L'histoire du satanisme est poursuivie jusqu'à nos jours, et l'auteur affirme qu'il se dit encore des messes noires à Paris et ailleurs et qu'il possède des preuves pour étayer son affirmation. L'ouvrage se termine par un très beau chapitre intitulé le « Devenir de Shatan », où sont étudiés, d'après Eliphas Lévy, Stanislas de Guaita et les idées personnelles de l'au teur, l'enfer et Shatan.
L'impossibilité de l'existence de Sathan et de l'enfer tels que l'entend l'Eglise romaine y est métaphysiquement prouvée. Le démon pour l'homme c'est l'homme lui-même, telle est la conclusion. « L'homme a eu la lâcheté de créer un « fantôme du mal et maintenant ce fantôme le terrorise !
« Il a cru trouver le bonheur loin de la responsabilité « morale et aujourd'hui il frissonne devant cette entité « mauvaise qui est son œuvre et qui l'étreint. » Quand à l'enfer c'est la théorie de la réincarnation et celte des écorces que l'auteur admet comme l'enfer auquel « vont ses croyances parce qu'il est juste sans barbarie, et « parce qu'il porte le sceau d'un Dieu que j'aime à me « figurer moral, droit et loyal avant tout >.
Tel est ce livre conçu et écrit dans une direction pytha goricienne et mentale où l'adepte de la voie cardiaque, trouverait certainement bai a oud à redire ipar exemple dans » interprétation de certaines paroles du Jhrist), mais sûrenu' it loyalement pensé et sincèrement écrit. Nous le recommandons vivement à nos lecteurs. G. PHA.NEG.
REVUE DES REVUES La Revue sciéntifique et morale du spiritisme est tout à fait à recommander aux spirites et aux occultistes. A lire.
284 l'initiation le beau travail de Delanne sur l'extériorisation de la pensée. A mon avis, les leaders du spiritisme devraient rechercher dans la science traditionnelle, dite occulte, la cause réelle des différents phénomènes, plutôt que dans la science officielle, mais il ne faut pas oublier qu'ils ser vent d'intermédiaire entre l'occultisme et la science maté rielle et qu'à ce point de vue leurs recherches scientifiques peuvent être utiles.
Les théories du docteur Grasset sur le fameux polygone sont clairement exposées dans un article très bien fait du docteur Gelay. Le directeur de l'Initiation a jugé ici même ces théories. Je n'ai pas à y revenir. Je me conten terai de dire que rien ne pouvait être plus agréable aux occultistes que de voir les savants s'engager dans cette voie qui les conduira infailliblement tôt ou tard à la conception du corps astral.
A citer encore les manifesta tions vraiment surprenantes racontées par Mme la géné rale Carmencita Noël. Au point de vue philosophique, lire aussi les conférences sur la morale chrétienne de G. Séailles, intéressantes, mais dans lesquelles l'auteur me semble confondre l'idée chrétienne pure avec l'idée catholique matérialisée.
Le Progrès spirite donne les conférences faites par M. le docteur Faget sur le nouveau livre de Léon Denis; un article intitulé contre les dogmes, où l'auteur déve loppe des théories qui, comme toujours, ont pour base une mauvaise interprétation de la Genèse. Comment l'idée ne vient-elle pas à tous ceux qui écrivent sur la Bible, que ces antiques documents ont pu être mal traduits.
C'est pourtant bien simple, lorsqu'on sait ce qu'était Moïse, grand prêtre d'Osiris, de se dire qu'il n'a pu écrire les sottises qu'on lui attribue. Tous ceux qui déclament contre < ce fou sanguinaire qu'on nomme Jeowah » et « la faute d'Adam et d'Eve », devraient faire cette simple réflexion et étudier Fabre d'Olivet avant d'écrire.
Le Messager de Liège donne de bons articles sur les manifestations des vivants, et certains phénomènes extrê mement curieux qui se sont passés en Amérique surtout : Apports d'objets divers et même d'éties animés. A remar quer aussi le récit de séances intéressantes avec John King. Dans le numéro du 1" novembre, lire un article
REVUE DES REVUES 285 sur les photographies spirites et le compte rendu d'une séance intéressante du groupe V. Tournier, de Tours. Reçu également deux numéros de la Vie Nouvelle de Beauvais. A lire les articles de Foveau de Courmelles, un résumé des idées théosophiques, par M. E. Bosc, et un article très sage et très logique du même auteur sur les Stigmates. Dans la Résurrection, Alb. Jounet continue son essai d'unification des Eglises.
C'est une noble tentative et qui valait d'être tentée, malgré le peu de chance de réussite. La voie qui mène l'âme vers le Ciel sans l'appui d'aucun Eggrégore et d'aucun rituel, pourrait seule unir tous ceux en qui la voix du Christ a parlé, mais ce chemin est dur et peu d'êtres sont appelés, pour 1 instant, à le suivre.
Rosa Alchemica continue à publier l'importante étude de Jollivet Castelot, les textes alchimiques, un très pro fond article signé R. Schwaeblé sur la pierre philosophale et la continuation du cours de l'Ecole hermétique. A lire aussi la suite du De signatura rerum de Boehme. Les Annales des sciences psychiques reproduisent les travaux du prof.
Grasset sur le spiritisme devant la science et donnent une bonne étude du docteur Joire sur l'extériorisation de la sensibilité. Retenons surtout cette phrase : « Nous ne nions en aucune façon qu'une émanation fluidique quelconque puisse servir d'intermédiaire entre l'objet qui impressionne et les nerfs sensitifs du sujet. » C'est un grand pas de fait en avant et j'en félicite le docteur Joire.
La revue donne aussi un compte rendu des travaux de la Société pour les recherches psychiques. En étudiant ce rapport, on est frappé de l'identité de plus en plus grande entre les théories psycho-physiologiques actuelles sur ce que les savants anglais appellent la plasticité sublimi nale et les théories de l'occultisme sur le corps astral.
Est-il possible par exemple, de mieux décrire ce dernier que dans la phrase suivante : « Si le docteur Bramwell a « réussi à guérir un ivrogne, c'est parce qu'il s'est arrangé * de manière à mettre en mouvement quelque faculté in- « telligente de l'organisme de l'Homme qui a un pouvoir < de guérir plus grand que la volonté consciente ? » L'Echo du Merveilleux critique certaines théories du
286 l'initiation professeur Grasset, dont décidément le nom se trouve partout! Il publie les prédictions de « old Moore » pour 19o4, qui me semblent assez banales et obscures, une prophétie réalisée et de nouvelles expériences du colonel de Rochas.
Nous avons reçu également deux revues allemandes : Die uebersinnliche Welt, qui publie d'intéressants arti cles sur le médium Sambor et divers sujets occultes, et Die Gnosis, où je signalerai surtout une excellente étude sur le Boudhisme. Le numéro de novembre du Psycho - Therapeutic Journal, qui s'occupe spécialement de la guérison des maladies par le magnétisme, l'hypnotisme et la suggestion, contient un remarquable article de MM. J.
Stannard sur Braid et le braidisme. L'auteur constate qu'au fur et à mesure que nous avançons dans la connaissance de ce que les états mentaux peuvent accomplir dans le bien et dans le mal, et à mesure que nous comprenons tout ce qui a été fait et ce qui reste encore à faire depuis Braid, nous acquérons la certitude que le temps effacera les différences d'opinion sur la loi des causes et des effets dans cette partie de nos études.
A signaler aussi une étude sur la préparation raisonnée des différents légumes verts utiles au végétarien. Out of the Silence est une revue publiée a Lon dres (1) et qui me paraît intelligemment comprise et fort bien faite. J'y remarque plusieurs très bonnes études occultes et symboliques. L'histoire d'une pique est un récit des impressions ressenties par un psychomètre qui me semble bien développé en clairaudience et en clair voyance.
Notons que les événements lui apparaissent en sens inverse, au contraire de ce qui a lieu, à ma con naissance, pour un grand nombre de psychomètres. On voit en général en premier lieu les événements les plus récents que l'objet expérimenté a pu enregistrer. Ce sensitif, au contraire, commence par les événements les plus reculés pour finir par décrire la pique dans le cabinet de travail où elle se trouvait.
Je citerai seulement des études fort intéressantes sur la philosophie de la vie, sur le sym- (1) 14 Arcadian Gardois V.'ood "jcm London N.)
REVUE DES REVUES 287 bole du Tau et de la circonférence, et sur la réincarna tion. Je voudrais m'arrêter ici un instant sur un travail intitulé : « la Vision par les fleurs », dont quelques extraits intéresseront, j'en suis sûr, les lecteurs de cette revue qui ne lisent pas l'anglais. La vision par les fleurs se fait d'une façon fort simple. La couleur des fleurs employées n'est pas négligeable, on se base sur la correspondance spirituelle.
Les couleurs dont on se sert sont le rouge, le doré, le vert, le blanc, le bleu et le violet. Si on est troublé et qu'on désire obtenir quelque encou ragement des aides invisibles mais réels, on emploiera le rouge, le blanc et quelques feuilles vertes, par exemple trois roses rouges, quelques muguets et un peu de feuil lage on placera le bouquet sur une petite table basse de façon que la lumière vienne éclairer le sommet des fleurs.
Le voyant fixera les yeux au centre des fleurs et il se tiendra dans un état d'esprit affirmatif, ce qui est encore mieux que la concentration. Un cercle lumineux ne doit pas tar der à apparaître et des mots entiers peuvent se tracer. S'il s'agit d'une affaire importante les fleurs doivent être bleues et un peu dorées. Au lieu d'un cercle de lumière, on verra un angle lumineux. Des lettres apparaîtront également.
Pour une question d'invention, de droits réser vés, etc., pren dre des fleurs allant d'un violet pâle au violet intense. Une spirale lumineuse paraîtra cette fois. Si on voit une sphère d'un violet riche avec une bordure cramoisi et rose et des éclairs bleus qui se jouent sur les fleurs, c'est bon signe, etc. Cette forme nouvelle de miroir m'a paru intéressante. Le Ligt est toujours d'une lecture très attrayante.
Le numéro du 14 novembre publie in extenso une conférence de Mme d'Espérance faite à la « London spiritualiste al liance », sur les phénomènes de matérialisations. Elle ra conte en quelques lignes ses débuts; les frayeurs que lui causa la première apparition tangible, les explications que donna « Stafford », un des guides, sur la façon dont un esprit peut se matérialiser.
Elle parle ensuite de la curieuse sensation de toile d'araignée que plusieurs expérimenta teurs ont ressentie, et de la déperdition de fluide vital des assistants. Elle ne peut accepter la théorie théosop nique d'après laquelle les matérialisations seraientcausées parl'ex
288 l'initiation tériorisation du corps éthériquedu médium animé par sa conscience sublimale. (Il est certain que si quelques cas peuvent s'expliquer ainsi, il en existe un certain nombre où la conscience d'un être mort ou vivant en dehors de celle du médium se manifeste clairement.) Au sujet de la façon dont les matérialisations se construisent, Mme d'Es pérance pense que le médium attire autour de la force qui émane de lui, les matériaux empruntés aux corps physi ques des assistants.
Cette matière lumineuse, d'une cou leur grisâtre ou d'une blancheur livide, se condense de plus en plus et au toucher, elle donne l'impression d'un léger duvet qui peu à peu semble tissé.
La conférencière rappelle ensuite plusieurs faits connus des lecteurs de « Shadow Land >, cite l'expérience cu rieuse où on photographia son double, parle des dangers que peuvent présenter ces séances et examine les condi tions les meilleures à observer pour obtenir de bonnes matérialisations.
En terminant cette analyse, je signalerai à nos lecteurs l'apparition de la nouvelle revue martiniste VInitiateur, destinée aux délégués et aux présidents de loges. Cette revue ne se vend pas au numéro. G.
Phaneg. • • Démonstration expérimentale du fluide des magné tiseurs (Acad. des Sciences, I4déc. iqo3). — Radiations du corps humain. — M. d'Arsonval ré"sume un travail de MM. Charpentier et Blondlot relatif à des radiations déga gées par le corps humain. Ces radiations produisent des effets analogues à ceux des radiations dites n de Blondlot.
L'appareil révélateur des radiations humaines se compose d'un écran au platino-cyanure de baryum éclairé au mi nimum à l'aide d'un fragment de sel de radium. Sous l'influence des rayons n, un tel écran acquiert un degré de luminosité plus grand. Or, si, au lieu de faire intervenir les radiations n, on approche l'écran d'un muscle, on cons tate une augmentation de luminosité. Cette augmentation est en rapport avec la contraction du muscle.
Le même effet seconstate pourles nerfs. La sensibilité de l'appareil est si grande que l'on peut au travers de la peau suivre le trajet d'un nerf. Ainsi que l'observe M. d'Arsonval, la physiolo gie se trouve en présence d'une voie nouvelle et l'extériori sation d'une manifestation de l'activité nerveuse est réalisée. Le Gérant : Encausse. Paris. — Imn. C. ARKAULT et Cic, 9, rue N.-D.-de-Lorctie.
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