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PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Cette partie est ouverte aux écrivains de toute École, sans aucune distinction, et chacun d'eux conserve la responsabilité exclusive de ses idées. M. J. Maxwell, docteur en médecine, avocat géné ral près la Cour d'appel de Bordeaux, vient de publier chez Alcan un volume extrêmement bien fait sur les Phénomènes psychiques.
Nous ne saurions trop recom mander à nos lecteurs ce volume établi avec la plus grande méthode et résultat d'observations sérieuses et approfondies. Nous ne doutons pas que l'ouvrage de Maxwell n'exerce une action considérable sur les recherches futures concernant les faits psychiques. Aussi, pour en faire apprécier toute la valeur, sommesnous heureux d'en citer quelques pages et de les livrer à la méditation de nos lecteurs. Papus.
Dangers de la confiance aux personnifications Le peu d'influence que les critiques des savants les plus respectables ont eue sur la pensée contemporaine, dont elles n'ont pas arrêté les recherches sur le domaine des sciences psychiques, tient justement à l'absence d'informations exactes de ces savants. Us ont toujours raisonné à côté de la question : n'ana1
2 l'initiation [Octobre lysant que très imparfaitement les faits, n'admettant que ceux qu'ils peuvent aisément expliquer et rejetant les autres comme frauduleux, ou douteux. Pour ceux qui les ont étudiés personnellement, ces faits ne sont ni douteux, ni frauduleux, et les dénégations obstinées de certains savants n'ont qu'un effet : ôter à l'expres sion de la pensée de ceux-ci toute valeur et toute influence sérieuse.
C'est lâcheux pour ces savants d'abord et pour le public ensuite, qui, mal éclairé, de vient la proie des charlatansou la victime d'illuminés.
En résumé, une observation attentive des faits montre que, dans les phénomènes psychiques, on constate l'émergence de personnifications qui peuvent être des personnalités secondes, mais qui, dans les cas véritablement nets, présentent des caractères par ticuliers et semblent avoir des informations inacces sibles à la personnalité normale.
Elles peuvent coexister avec celle-ci sans qu'aucun trouble ne se manifeste dans les sphères sensitive ou motrice; dans d'autres cas, elles empiètent sur la personnalité nor male, qui peut soit ne perdre que l'usage et la sensa tion d'un membre, soit être dépossédée de plusieurs. Enfin, la personnification peut envahir tout l'orga nisme et aboutir à l'incarnation, qui est un phéno mène d'apparente possession.
Quand elle atteint ce développement maximum, la personnification mani feste une autonomie remarquable et parait beaucoup moins suggestible que dans les stades intermédiaires de son évolution. Que sont exactement ces personnifications ? Je n'en sais rien. Le problème qu'elles soulèvent dans certains
IQ03j DANGERS DE LA CONFIANCE, ETC. 3 cas est extrêmement difficile à résoudre. Elles ne me paraissent pas être ce qu'elles se prétendent être. Est-ce une conscience collective? Est-ce une illusion ? Est-ce un esprit ? Tout est possible, rien n'est certain pour moi, sauf cependant une chose : c'est qu'il ne faut pas s'y fier. Je dis ceci pour les spirites qui ont une tendance à croire aveuglément tout ce que disent certains de leurs bons esprits.
Ils peuvent se tromper s'ils ne nous trompent pas. Il ne faut jamais s'abandonner à leur direction : il faut toujours ne se laisser guider que par la raison et le jugement critique. Il ne faut pas être trop crédule. Je dois à l'obligeance deM. Braunschweig une histoire bien instructive à cet égard.
Les phéno mènes dont se porte garant l'auteur de ce récit, homme connu, cultivé, intelligent, rompu aux affaires, n'ont pas été observés par moi ; mais les conséquences funestes de sa trop grande confiance dans « l'esprit » comportent une leçon si sérieuse et si utile qu'il me paraît bon de la faire connaître.
Je ne la donne que dans ce but, car je ne saurais attester personnelle ment les faits extraordinaires dont on va lire l'inté ressant récit Que M. Braunschweig et M. Vergniat, dans la famille desquels les faits se sont passés, et qui m'autorisent à les publier, reçoivent ici mes remercîments. Je donne ce récit in extenso, sans y rien changer, pour n'en pas altérer la physionomie.
Ces notes, écrites à la hâte, en quelque sorte au courant de la plume, n'ont d'autre prétention que de rapporter des faits étranges, tout en laissant à chacun le soin de les apprécier.
4 l'initiation Un instant, une préoccupation m'a dominé. J'hési tais, en présence de l'incrédulité qui repousse systé matiquement tout ce qui n'est ni chiffre, ni matière, à dévoiler des phénomènes que les de Mirville, les G. Lamotte, les Alex.
Bellemare et tant d'autres ont déjà constatés ; mais le devoir de préserver mes enfants des épreuves que j'ai subies l'emporte, et je dirai la vérité sans crainte qu'eux du moins soupçonnent leur père d'avoir menti.
UN MYSTÈRE Canius Junitu en mar chant au supplice dit â ses amis : ce Vous me deman dez si l'âme est immortelle, je vais le savoir et, si je le puis, je reviendrai vous le dire. » En écrivant ces lignes j'obéis à la pensée que le témoin de faits mystérieux doit, dans l'intérêt de l'humanité ou de la science, une narration scrupu leusement exacte de ce qu'il a vu.
Et il la doit double ment lorsque ses révélations peuvent préserver l'inex périence des embûches d'un pouvoir occulte dont il serait aussi insensé de nier l'existence, que de douter de sa puissance à faire le mal ou le bien suivant sa volonté. J'accomplis donc ce que je crois un devoir. Cette conviction suffit pour braver l'esprit fort toujours disposé à nier ce qu'il ne peut expliquer.
La crainte d'être accusé de rechercher des sympa thies, en racontant des faits dont je fus victime, pou vait aussi m'arrêter ; mais la perte de quelques biens
DANGERS DE LA CONFIANTE, ETC. 5 ici-bas estamplementcompensée dans mon esprit, dans monâme, parla certitude d'une vie future qui résulta des faits dont le Maître a bien voulu merendre témoin. C'était en 1867. Attiré par les sons d'une trompette je traversais la place Saint- André pour m 'engager dans la rue sombre et étroite qui longeait alors la cathédrale, et où s'étalaient les vieilles défroques des marchandes à la toilette.
Une foule nombreuse sta tionnait au coin de la rue des Phalanques, où le commissaire-priseur procédait à la vente d'un fonds de mouleur statuaire. J'allais passer outre, lorsque fut mise en vente une statuette dont les contours et la pose gracieuse fixèrent mon attention. Etait-ce une Vierge? Une « Mater dolorosa »? Je ne sais.
Mais je vois encore ce beau visage tout em preint de douleur, les yeux levés vers le ciel, laissant échapper deux grosses larmes, qui semblaient me supplier d'arrêter la profanation. La tête, légèrement inclinée et recouverte d'un voile délicieusement drapé, révélait un objet d'art. Je l'achetai, cédant au désir de posséder un travail artistique, et non pour satisfaire un sentiment reli gieux qui, je l'avoue, n'existait pas.
J'achetai aussi une console pour supporter la sta tuette, et quelques instants après le tout était installé dans ma chambre, rue du Palais-Gallien, 147. Mme Vergniat était en Périgord. A son retour elle fut surprise de voir dans l'endroit le plus apparent de ma chambre un sujet religieux dont j'avais fait moi-même l'acquisition.
Sa surprise était légitime, car des idées bien arrêtées laissaient peu de place dans mon esprit aux préoccu pations religieuses.
Rien d'étrange ne se produisit dans cette maison, bien que nous l'ayons habitée longtemps après l'achat de la statuette ; seulement j'éprouvais un plaisir si grand à admirer ma Vierge, que je me suis souvent demandé si cette attraction, mal définie, n'était pas le prélude et en quelque sorte une première influence des laits mystérieux qui devaient se produire.
A ce moment nous quittâmes notre domicile de la rue du Palais-Gallien pour habiter une maison dont je venais de faire l'acquisition rue Malbec, 1 16. Cette maison, isolée au milieu d'un jardin, compre nait seulement deux chambres à coucher, un salon et un vestibule servant de salle à manger. Quelques détails sur l'ameublement et les disposi tions intérieures sont indispensables, pour la bonne intelligence de ce qui va suivre.
Une table de nuit séparait mon lit de la cheminée. Au-dessus du meuble était un bénitier: au-dessus du bénitier, un tableau à l'huile représentant la Vierge ; enfin, près du plafond, la statuette sur son support. A gauche de la table de nuit, sur l'épaisseur formée par la cheminée, était une panoplie composée de sabres et d'épées. Notre installation terminée, Mme V... fit un nou veau voyage en Périgord.
C'est pendant son absence que devait se produire la première manifestation, à laquelle, du reste, je n'attachai pas grande impor tance.
DANGERS DE LA CONFIANCE, ETC. 7 Voici dans quelles circonstances ce phénomène eut lieu. Je fus réveillé la nuit par un violent coup de mar teau. J'allumai promptement ma bougie ; la pendule marquait une heure. Cette visite n'avait rien de rassurant ; car, pour frapper à la porte de la maison, il fallait avant tout avoir franchi la grille qui en défendait les approches.
J'attendis avant d'ouvrir qu'on frappât une seconde fois; mais ce fut inutilement. La nuit suivante, un coup aussi violent que celui de la veille vint encore me réveiller, et la pendule marquait également une heure. La bonne, couchée près desenfants, dans unechambre voisine, ayant entendu frapper, s'épouvantait. Je crus la rassurer en disant : Demain je chargerai mon fusil pour recevoir celui qui se plaît à nous donner des alertes.
Je souligne ces mots que nous aurons l'occasion de voir rapportés plus tard d'une façon surprenante. Quelques mois après, et sans incidents nouveaux, notre bonne fut congédiée et remplacée par une grosse fille des Landes.
La visite nocturne était donc oubliée depuis long temps, lorsque le 23 janvier 1868, Mme V... et sa bonne, occupées dans ma chambre, entendirent comme un frôlement courir sur les vitres et virent la statuette s'incliner par deux fois sur son piédestal, comme pour les saluer. Elles crurent d'abord à un tremblement de terre, et ce fut sur les tons les plus effarés qu'à mon arrivée le fait fut raconté.
8 l'initiation La statuette n'était plus dans son axe ; mais était-ce suffisant pour me convaincre? Non. Je riai du récit, persuadé que Mme V... et sa bonne étaient victimes d'une illusion. Cependant, le lendemain, à la même heure, c'est-àdire vers 1 1 heures du matin, les mêmes phénomènes s'étant produits, ainsi que les jours suivants, je résolus de rester chez moi pour constater de visu ce fait merveilleux.
Je fus servi à souhait : la statuette a tourné ce jour-là tantôt à droite, tantôt à gauche, 12 à 14 fois. Parfois elle avançait et se mettait en équilibre sur le bord extrême du piédestal. L'évolution était si prompte et si inattendue que l'œil pouvait à peine la saisir. Je ne fus pas longtemps à constater que, pour exé cuter ces mouvements, le pouvoir mystérieux attendait le moment où l'attention, fatiguée, ne surveillait plus.
Alors un coup sec, semblable à l'étincelle électrique qui se dégage, annonçait que l'évolution était accom plie. Le tableau placé au-dessous de la statuette perdait alors son aplomb ; la coquille du bénitier se renver sait, en même temps que les sabres et les épées s'agi taient comme autant de balanciers de pendules.
J'avais remarqué que la présence de Mme V... et surtout de la bonne aidaient beaucoup à ces manifes tations ; et, même, que l'apparition de l'une ou de l'autre sur le seuil de l'appartement suffisait pour les provoquer. Je faisais des efforts pour dissimuler la préoccupa
DANGERS DE LA CONFIANCE, ETC. 9 tion que me causaient ces phénomènes et j'affectais de n'y attacher aucune importance, afin de réagir mieux contre l'exaltation et la peur qui s'emparaient de l'esprit de Mme V..., de sa bonne et des deux ouvrières témoins constants de ce désordre. Mais au lieu de seconder mes efforts, la Vierge ne se contentait plus des évolutions sur place.
Elle se laissait tomber sur l'édredon de mon lit et y restait enfouie jusqu'au moment où un coup sec avertissait qu'elle revenait sur son socle. Bientôt les coups devinrent plus fréquents et n'indi quèrent pas toujours des déplacements. On les enten dait sur les portes, dans les armoires, etc., voire même au milieu du jardin.
C'est ainsi qu'un jour, entrant chez moi, un coup retentit, si formidable, que les voisins, se mettant aux fenêtres, dirent : « J'espère M. V... qu'on vous salue. » A ces faits, déjà extraordinaires, devaient en suc céder deplus étranges encore.
L'horloger qui, chaque quinzaine, montait nos pendules (M. Ouvrard), s'étant jadis occupé de som nambulisme, crut reconnaître dans notre bonne un sujet accessible aux influences magnétiques et lui pro posa de l'endormir. Quelques minutes suffirent pour obtenir cet état de prostration et d'insensibilité qui caractérise le som meil magnétique.
Si cette première fois les réponses de Marie furent inintelligibles, elle ne tarda pas après quelques séances à s'exprimer très clairement et même avec volubilité.
io l'initiation En l'état où nous tenaient les évolutions de la sta tuette, on comprendra aisément que la première question posée à la somnambule devait être celle-ci : « Voyez-vous qui fait remuer la Vierge ? » «Je le vois, répondit- elle, il est près de moi, à genoux, en prières. — C'est un homme vêtu d'une redingote marron, tenant à la main un livre recouvert d'une étoffe noire. Je ne vois pas sa figure.
J'aperçois seulement un peu ses favoris ; car il me tourne le dos. » Pendant plusieurs jours, les réponses sur ce sujet restaient les mêmes. Mais ayant insisté pour con naître le nom de l'homme en prières, la somnam bule répondit : « Je suis le père de Madame. » Cependant cette assertion fut contredite bientôt par une déclaration plus explicite.
Obtenir le sommeil magnétique, chez Marie, était si facile, que m'ayant demandé de l'endormir, j'y par vins sans autres notions que d'avoir assisté aux séances précédentes, mais il me fut impossible de la réveiller et je dus envoyer à la recherche de l'horlo ger, espérant qu'il me sortirait d'embarras. Il arriva ; mais ses efforts furent inutiles. La somnambule se moquait de nous et plaisantait sur l'embonpoint de l'horloger.
Ce fait est déjà à remarquer, en ce sens, qu'il con tredit l'opinion trop accréditée que le sujet subit la volonté du magnétiseur ; mais ce qui va suivre révèle un phénomène bien autrement intéressant. Marie ne parla plus alors de sa propre autorité. Un esprit, s'étant substitué à sa volonté, déclara que tous
DANGERS DE LA CONFIANCE, ETC. 1 1 nos efforts pour réveiller la somnambule seraient inutiles. « Je suis bien ici, disait l'esprit, et il me plaît d'y rester. Seulement, à quatre heures, j'ai besoin d'être ailleurs ; alors la somnambule se réveillera d'ellemême. Ayez la patience d'attendre. » En effet, à l'heure indiquée, au moment même où la pendule disait quatre heures, la somnambule se frottait les yeux et revenait à l'état normal.
A dater de ce jour, la somnambule resta constam ment sous l'influence des esprits qui s'emparaient d'elle pendant son sommeil. C'est ainsi qu'aussitôt endormie l'esprit disait : « Je n'ai que quelques ins tants à rester, s» Et, le délai passé, Marie se réveillait sans aucune intervention. Durant ces conversations, plus ou moins longues, l'esprit affectait de m'appeler son fils.
Ses avis, ses conseils étaient empreints d'une grande bienveillance et surtout profondément religieux. Il était incontes table que, par un phénomène inexplicable, les facul tés de Marie étaient remplacées, pendant ces com munications, par un esprit dont il était impossible de méconnaître la supériorité, que révélaient et le niveau de la discussion, et le choix des expressions.
Le pressant un jour de s'expliquer, je lui deman dais résolument : « Mais qui ètes-vous donc ? » « Je suis celui que tu voulais recevoir à coups de fu sil , lorsque je frappais à ta porte à une heure du matin ! » Notons que la somnambule ignorait absolument ce fait, puisqu'elle n'était pas à notre service à l'épo que où se produisit l'étrange visite.
1 2 l'initiation De son côté, la Vierge ne chômait pas et continuait à tourner cinq ou six fois par jour. Les bons avis de l'esprit, la pureté de ses principes m'intéressaient certainement ; mais, je l'avoue, la sta tuette m'occupait davantage.
N'étais-je pas en face d'un fait tangible, indéniable, et, aussi rebelle que voulait se montrer ma raison, je frappais du pied en répétant : « Et pourtant elle tourne ! » Toujours en garde, même contre l'évidence, je me donnai la satisfaction d'emprisonner la Vierge, mais de façon à pouvoir constater ses évolutions.
Je fis construire, rue Bouquière, une niche en fil de fer enveloppée d'une gaze très transparente et, la scellant au mur, je cloîtrai solidement la statuette. Mon travail terminé, je quitte la chambre. Aussi tôt un coup formidable retentit. — J'accours ; tout a disparu, seul le piédestal est à sa place. La Vierge, projetée sur mon lit, est retrouvée enveloppée dans l'édredon, tandis que l'armature gît dans la ruelle.
Mes précautions ayant déplu, je me gardai bien de les renouveler. Consultée sur ce fait, la somnambule, ou plutôt l'esprit agissant en elle, dit: « de ne jamais toucher à la Vierge et de la laisser là où elle serait transportée » ; ajoutant « que celui qui l'enlevait de de son piédestal saurait bien l'y replacer ». La recommandation fut suivie ; mais un jour advint que la statuette disparut.
Mme V..., revenue de ses frayeurs premières, se mit activement à sa recherche et, après avoir bouleversé la maison, la retrouva dans un placard, derrière le lit des enfants. Ce pla card, dissimulé par la tapisserie, n'avait jamais été
DANGERS DE LA CONFIANCE, ETC. l3 utilisé, et nous n'en soupçonnions pas l'existence. Comment la Vierge s'y était-elle introduite? Les déplacements devenaient de plus en plus fré quents. Ainsi.la statuette s'avisait de changer d'appar tement et le salon était son lieu de prédilection ; mais elle ne passait jamais une journée entière sans repa raître sur son piédestal.
Les portes s'ouvraient ou se fermaient devant elle ' avec le même bruit qui suivait chaque évolution. Tout cela avec tant de rapidité qu'on était surpris plutôt qu'incommodé. Sous l'influence de ces phénomènes, le sommeil ordinaire de la somnambule devint plus lourd. On l'entendait, la nuit, parler tout haut.
Elle s'éveillait difficilement et, après avoir secoué sa torpeur, elle ne pouvait encore ouvrir les yeux. — « Je les sens col lés », disait-elle. Mais, plaçant les doigts sur les pau pières, Mme V... faisait une prière, et la difficulté disparaissait aussitôt.
Dans le sommeil ordinaire, la conversation n'avait rien de sérieux ;c'étaient le plus souvent des banalités, des plaisanteries, quelquefois même de mauvais goût, tandis que dans le sommeil provoqué on retrouvait constamment un esprit sérieux, professant les maxi mes les plus pures et donnant des avis empreints de la plus profonde charité.
Je demandai à cet esprit mystérieux s'il était vrai qu'il fût le père de Madame, ainsi qu'il l'avait dé claré une première fois. Voici sa réponse, que je crois reproduire mot à mot :
14 l'initiai ION « Mon fils, je lis dans ta pensée (car tu ne peux me la cacher) que, n'ayant pas assez de foi pour reporter à Dieu le bonheur de la visite qup tu re;ois dans ta maison, tu en cherches l'explication dans je ne sais quelles suppositions absurdes. Ne crois pas au spiritisme, mon fils !
« Dieu, qui est essentiellement bon, ne saurait permettre qu'après avoir subi toutes les épreuves terrestres vos esprits fussent encore condamnes à assister à toutes les turpitudes, à toutes les souffran ces de ceux qui leur ont été chers. C'est un supplice que Dieu n'a pas voulu vous reserver. « Oui, un esprit existe; mais il est seul, unique, et cet esprit est le mien.
C'est lui qui donne le souf fle, qui anime tout ; enfin, qui te fait agir, marcher ou t'arrêter lorsque tu crois que ta volonté est toute-puis sante. « Cet esprit, je le répète, est unique. C'est celui du Maître. » Disons que cette opinion est celle du P. Malebranche qui. prétend, lui aussi, que Dieu est l'auteur immé diat de l'accord que nous admirons entre l'âme et le corps.
« Je le vois bien, tu doutes de mes paroles, ajouta l'esprit (car je te l'ai dit déjà tu ne peux me cacher ni les pensées, ni tes actions), » et te tu dis à toi-même : Quelle prétention de supposer que j'aie pu mériter semblable visite et que l'esprit divin est venu frapper à ma porte ! «Tu préfères donc, mon fils, douter de mes pa roles et t'éloigner ainsi de la vérité. Soit, mais ne l'ou
DANGERS DE LA CONFIANCE, ETC. l5 blie pas, quelle que soit ton appréciation sur moi et le but de ma visite, reste persuadé que je ne puis être chez toi qu'en vertu d'une volonté suprême et que tous tes efforts pour me chasser et même mon désir de m'en aller avant l'accomplissement de ma mis sion seraient également inutiles. « Accueille-moi donc comme un bon père qui vient aider son fils à parcourir le chemin si pénible de la vie.
« Je ne t'ai pas quitté depuis que tu es au monde. Nous avons traversé ensemble beaucoup d'ennuis, supporté beaucoup de chagrins; mais des temps meil leurs sont proches et je puis te révéler, mon enfant, que du moment où il m'est possible de te faire en tendre ma voix, cette bénédiction du maître va t'assurer désormais le repos du corps, de l'âme et de l'es prit. « Pour toi, plus de soucis : ton père te les évitera tous.
Mais en échange du bien que j'ai mission de te faire, je te demande d'élever souvent tes pensées vers le Créateur et de le remercier de l'immense faveur qu'il t'a accordée. Car, sache-le bien, personne jus qu'à ce jour n'avait reçu dans sa maison semblable visite. « Je désire que tu assistes régulièrement aux offices et que tu fasses la communion.
« Je veux aussi que tu donnes aux pauvres dont je t'indiquerai l'adresse et les besoins; mais comme je suis un protecteur, si je t'impose des charges, je te procurerai les moyens d'y pourvoir. » On peut juger déjà de l'influence que ces faits mys
i6 l'initiation térieux exerçaient sur mon esprit, car je promis tout, et, en enfant soumis, je communiai avec ferveur à Talence. Dès ce jour, la bienveillance de l'inconnu s'étendit à tout, aux personnes de la maison, comme aux be soins du service. Sa sollicitude, pour la somnambule surtout, le poussait parfois à m'imposer des missions délicates dont je vais citer un exemple.
Je venais d'endormir Marie; aussitôt l'esprit se ma nifeste en disant : « J'ai à t'entretenir de faits personnels à la som nambule et pour lesquels je te prierai de suivre mes indications. « Cette fille espère se marier avec un ouvrier me nuisier du nom de Toussaint,' qui la poursuit depuis longtemps. Mais les parents de Marie, qui sont d'hon nêtes gens, ne consentiront jamais à ce mariage.
D'abord parce que T... est un mauvais sujet et, en second lieu, parce que le frère de T... vient d'être con damné hier, dans son pays, à une peine infamante pour faits immoraux. « Il faut donc que Marie cesse de parler à ce jeune homme, dont le caractère jaloux et violent serait bien tôt un danger pour elle. « Marie ignore tous ces détails, même la condam nation, qui n'est pas encore connue de tous...
« Ainsi donc, lorsque Marie sera éveillée, tu auras soin de ne rien dire de notre conversation; mais de main, en venant de Bordeaux, tu la lui rapporteras comme un renseignement recueilli en ville. « Marie niera d'abord ; elle prétendra même ne pas
DANGERS DE LA CONFIANCE, ETC. 17 connaître l'individu ; mais tu insisteras sévèrement, et elle avouera tout. » C'est en effet ce qui arriva. Puis, continuant, l'esprit ajouta : « Cet ouvrier s'est fait récemment une blessure à la main qui l'empêche de travailler ; aussi est-il tou jours à rôder autour de la maison, et il convient de s'en méfier. » Souvent le soir, à la veillée, Marie me demandait de l'endormir.
Alors, chose étrange, elle nous disait combien de fois son prétendu passerait le lendemain devant la porte et à quelle heure. Ces renseignements étaient d'une exactitude par faite. Cependant un jour notre homme ne paraissait pas à l'heure fixe — il était en retard de deux minutes. Marie était endormie dans le salon et j'allais alterna tivement de la terrasse à elle. Je commençais à perdre patience.
Il arrive, dit-elle, tu auras à peine le temps nécessaire pour aller à la terrasse. En effet, aussitôt à mon poste d'observation, le menuisier pénétrait dans la rue Malbec par le chemin de Bègles. Quelques jours après, l'esprit, que la somnambule appelait son « bon papa », nous prévint que Marie courait un grand danger.
Son prétendu, se voyant éconduit à cause de la flétrissure qui frappait sa famille et dont il avait eu confirmation par lettre, avait résolu de se venger. Animé des plus mauvais desseins, il avait coupé sa barbe pour se rendre méconnaissable et, après avoir caché un long couteau sous sa blouse, il avait pris le 3
iS l'initiation chemin de la maison, avec l'intention bien arrêtée, disait l'esprit, de frapper Marie. En nous donnant ces avis, par la voix même de la somnambule, l'ami mystérieux ajoutait: « Ne laissez pas sortir cette fille de la journée.
Je vous débarrasse rai bientôt de cet homme dangereux en faisant naître dans son esprit le désir d'un voyage d'où il ne revien dra pas. » Deux ou trois jours après, Marie apprenait que l'in dividu était parti pour l'Algérie. Nous avons vu une première fois par la substitu tion de l'esprit aux facultés de la somnambule com bien notre libre arbitre est subordonné aux influences occultes.
Et si on objectait que, dans ce cas, les in fluences magnétiques ont facilité cette substitution , il nous resterait l'exemple autrement décisif du me nuisier dont le libre arbitre a été absolument subjugué avec préméditation, ainsi qu'il résulte de la déclara tion de l'esprit qui fait naître le désir d'un voyage d'où l'individu ne reviendra pas.
Au fur et à mesure que tous ces faits étranges se succédaient, notre esprit à tous subissait de plus en plus une influence à laquelle il était impossible de se soustraire, je dirai même à laquelle on était heureux d'oséir. Comment repousser des avis, des conseils toujours profondément honnêtes et auxquels le nom de Dieu était constamment associé ?
Après la somnambule, Mme V... était celle qui, de nous tous, ressentait le plus fortement les effets de cette atmosphère mystique.
DANGERS DE LA CONFIANCE, ETC. 10. Pour ma part, je m'étais borné d'abord à observer les phénomènes et à ne les accepter que comme étude ; mais de surprises en surprises j'arrivai, plein d'admiration, à une soumission aveugle. Et cependant nous n'étions qu'au début de ces mamifestations féeriques. Si, pendant le repas, nous désirions un objet quel conque du service, la bonne (Marie) nous l'apportait avant même de le demander.
Une voix qu'elle croyait tantôt la mienne, tantôt celle de Madame, lui avait déjà transmis notre désir avant qu'il fût exprimé. C'était une communication parfaite de la pensée, sans l'intervention de la parole. Si le travail de la bonne (de la somnambule) lais sait à désirer, celui qui surveillait assidûment la mai son, l'en punissait immédiatement en lui enlevant avec une dextérité incroyable le foulard qui la coif fait.
Et s'il arrivait à cette fille de s'écarter vis-à-vis de nous des règles de la plus stricte politesse, elle était immédiatement rappelée à l'ordre de la même ma nière et sans tenir compte du milieu où elle se trou vait. J'ai vu souvent son foulard jeté à terre, pour lui rappeler qu'elle devait nous laisser monter avant elle en voiture ou en omnibus.
J'ai eu aussi l'occasion de voir une manifestation bien surprenante par la facilité de déplacer un meuble d'un poids relativement considérable. Souvent, après être couchée, la somnambule sentait son lit rouler tout doucement au milieu de l'appar
2o l'initiation tement et puis revenir tout aussi doucement à sa place. Ce va-et-vient, qui se renouvelait quelquefois trois à quatre fois dans la soirée, se produisant lente ment, on pouvait voir à l'aise cette masse s'agiter sous l'impulsion d'une force invisible. La somnambule, je l'ai dit au début, était une grosse fille venue des Pyrénées ou des Landes.
Elle ne savait ni lire, ni écrire, et la vue de toutes ces choses surnaturelles la laissait ou ébaubie ou effrayée. J'avais remarqué même qu'elle perdait souvent le souvenir de ce qu'elle avait vu la veille — cela bien entendu à l'état normal.
Ce qu'elle comprenait bien, c'est que « bon papa » n'était pas satisfait d'elle lorsqu'il lui envoyait à la tête, on ne sait d'où, une croûte de pain ou de fro mage, signe certain que quelque chose clochait dans le ménage.
Un petit lustre Louis XV, suspendu dans le vesti bule nous servant de salle à manger, s'agitait dès que nous nous mettions à table, et le mouvement,que précédait toujours un frôlement sur les chaînes mé talliques, était lent ou accéléré, selon que Mme V... en témoignait mentalement ou à haute voix le désir. Si nous avions un invité, tout restait dans le calme, et rien ne faisait soupçonner les étrangetés qui se produisaient habituellement.
On eût dit que ces manifestations étaient réservées aux gens de la mai son et aux quelques voisins privilégiés, dont le bruit devait forcément attirer l'attention. Deux demoiselles, l'une du Périgord, Anna..., l'autre de Bordeaux, Mathilde..., qui travaillaient
DANGERS DE LA CONFIANCE, ETC. 21 presque constamment à la maison, assistèrent à toutes ces surprises, et « bon papa » leur témoignait même beaucoup d'affection. J'ai dit, en commençant, que, lorsque la statuette tournait sur son socle, sabres et épées s'agitaient en sens inverse.
L'une de ces épées fut décrochée et déposée dans l'angle de la muraille, mais presque aussitôt, en présence de M. V..., une force invisible la remit lentement à sa place. Les oscillations du lustre, le mouvement des épées, les déplacements du lit sont les seuls phénomènes dont l'œil ak pu suivre les mouvements ; tous les autres étaient si prompts qu'ils échappaient à l'atten tion, même la plus soutenue.
Notre présence dans la maison n'était point néces saire pour y produire du bruit ou d'autres phéno mènes. Et le fait que je vais citer contredit cette opi nion, émise par quelques spirites, que les esprits empruntent aux médiums ou aux personnes présentes la force indispensable pour produire des déplace ments. Étant allés à la campagne, la bonne nous suivit, et la maison resta abandonnée toute la journée.
Le soir, à notre arrivée, les voisins vinrent au-devant de nous pour annoncer que toute notre vaisselle, au moins, devait être brisée ; car depuis notre départ un bruit formidable n'avait cessé dans la maison. Nous pénétrâmes dans les appartements, où tout était parfaitement à sa place, et aucun dégât ne fut constaté. Où donc l'esprit avait-il pris, dans cette maison
22 L'INITIATION inhabitée, la force auxiliaire qu'on assure lui être nécessaire ? J'étais à l'égard de ces faits d'une très grande réserve, ne voulant pas les ébruiter, afin d'éviter des controverses qui certainement n'eussent pas manqué de se produire. Ce qui m'engageait encore au silence, c'est que, m'étant confié à un membre 4'uae famille réputée profondément religieuse, la Vierge refusa toute évo lution devant ce visiteur.
A peine l'incrédule avait-il franchi la porte que la statuette était déplacée. Le soir même j'endormis Marie et j'essuyais de l'es prit les plus vifs reproches. « Ce qui se passe ici est pour toi, me dit-il, et ne doit pas être donné en spectacle. » Cependant cette déclaration en apparence si sévère fut bientôt enfreinte par lui-même.
Voici dans quelles circonstances : M. Bossuet, coiffeur, rue Bouffard, à Bordeaux, était occupé dans le salon à coiffer Mme V..., lorsque un coup sec vint avertir que la Vierge se déplaçait. Mme V... se lève et sans rien dire se dirige vers la pièce à côté, où M. Bossuet la suit instinctivement. La Vierge était en équilibre sur le bord de la con sole.
M. Bossuet, comprenant bien vite ce qui venait de se passer, s'écria, plein d'admiration : « Mon Dieul je me sens heureux d'être témoin d'un pareil fait. » M. Bossuet est mort. Qui pourrait nous dire s'il a trouvé ailleurs la solution du problème qui nous occupe ? Je saisis, comme une revanche, cette occasion de
DANGERS DE LA CONFIANCE, ETC. 23 demander pourquoi la Vierge avait remué pendant la visite de M. Bossuet, puisqu'il est dit que cette faveur est réservée exclusivement aux gens de la maison. « Je choisis mon monde, répondit l'esprit, et j'avais à récompenser M. Bossuetd'avoirpatiemment avec des cheveux reproduit les traits du Christ. » J'ignore s'il est vrai, comme on me l'a affirmé depuis, que M. Bossuet soit l'auteur d un pareil tra vail.
Je me suis borné, en narrateur fidèle, à rapporter la réponse qui me fut faite. Notre habitation avait l'inconvénient, très désa gréable en hiver, d'obliger la bonne à traverser le jar din pour ouvrir la grille au laitier, qui carillonnait à la porte avant le jour. Nous cherchions une combinaison pour éviter ce dérangement, lorsque notre bienvaillant protecteur nous vint en aide.
Ce fait est un des plus curieux de cette longue série d'aventures surprenantes. A dater de ce jour, lorsque la charrette du laitier s'arrêtait devant notre porte et avant qu'il eût sonné, une puissance mystérieuse avait fait jouer le pêne de la serrure. Alors le portail s'ouvrait, et le laitier dépo sait sur la fenêtre le pot que la bonne prenait plus tard.
Peut-être le laitier supposait-il qu'un mécanisme particulier nous permettait d'ouvrir ainsi notre porte. Quoi qu'il en soit, son imagination était préoccupée ; car on l'entendait faire tout haut cette réflexion en montant dans son véhicule : « C'est égal, cette mai son est bien singulière. »
24 l'initiation Il nous arrivait parfois, après avoir assisté aux vêpres soit à Sainte-Croix, soit aux Vieillards, d'entre prendre une longue promenade. Nous rentrions très fatigués et impatients de nous asseoir. Pour nous éviter d'attendre, une main invisible sonnait avant notre arrivée au portail. Ce fait ne pouvait se cacher, et notre bonne voisine, Mme Pradeau, bien placée pour s'en apercevoir, riait des prévenances dont nous étions l'objet.
Alors eut lieu une substitution bien étrange et qui devait rendre désormais inutile l'intervention de la somnambule. Nous venions, Mme V... et moi, de faire une visite à Talence. Chemin faisant, ma femme se retourne vivement en disant : On vient de m'appeler ; par deux fois j'ai entendu : Héloïse ! Héloïse ! Dès ce jour, Mme V... posa mentalement des questions, et une voix étrangère lui donna les réponses.
Bientôt la voix prit elle-même l'initiative des con versations et absorbant les facultés de Mme V... parla par sa bouche. On ne pouvait s'y tromper et il était aisé de recon naître la présence du même esprit bienvaillant, qui, en quelque sorte, n'avait changé que son domicile.
La première recommandation, faite par la bouche de MmeV..., fut de ne plus endormir Marie : «Tu ne pourrais le faire dorénavant sans encourir des désa gréments. » Mon désir de tout voir, de tout observer était si grand qu'il l'emporta sur les conseils donnés, et j'en dormis la somnambule comme d'habitude. Mal m'en
DANGERS DE LA CONFIANCE, ETC. 25 prit. Aux exordes charitables et bienveillants avait succédé un langage échevelé auquel je crus pouvoir mettre fin en réveillant la somnambule ; mais il me fut impossible d'y parvenir. Elle se promenait les yeux fermés dans l'apparte ment en criant : « Je me réveillerai lorsque cela me « fera plaisir.
Je suis bien ici et je veux y rester préci- « sèment parce que ma présence te contrarie. » Puis elle tenta de sortir pour se promener dans le jardin, et je dus fermer la porte à clef. Cette scène, qui dura plusieurs heures, m'enleva le désir de nouvelles expériences.
A dater de ce moment, Marie subissait pendant son sommeil ordinaire des influences mal définies ; s'exprimant tout haut, elle affectait tantôt un langage sérieux ; tantôt elle se montrait d'une gaîté folle. Tout ce qu'il y avait précédemment de profondeur et de bienveillance dans les avis avait disparu.
Au surplus, j'étais amplement dédommagé par la situation nouvelle, qui rendait inutile l'intervention de la somnambule, et je ne songeais pas à renouveler la scène désagréable dont j'ai parlé. Je puis dire même qu'ici finirent toutes les tentatives et les expériences de magnétisme. Il n'en fut plus question Parfois l'esprit consulté ne répondait pas.
Mme V... me disait alors : « Je lui parle et il ne me répond pas. » Mais l'attente n'était jamais longue. Souvent aussi il annonçait son départ. «Situas, « disait-il, quelque chose à me demander ou à me « dire, hâte-toi, car je vais m'absenter pour ne reve- * nir que demain à telle heure. »
20 ' l'initiation Jusqu'à l'heure indiquée, toute question était inu tile : on ne répondait pas. Cent fois j'avais eu l'occasion de contrôler l'exacti tude des renseignements fournis par Marie ; mais il me restait à savoir si ceux qui prenaient l'autre voie avaient la même valeur. Je n'attendis pas longtemps avant d'être fixé à cet égard. C'était un soir d'hiver, la nuit était noire, il pleu vait à verse.
En rentrant à la maison, la bonne vint m'annoncer qu'une toute petite chienne havanaise, qu'une voisine avait eu la gracieuseté de nous offrir, était égarée. Je l'ai dit, le temps était affreux, et il ne fallait pas songer à aller à la recherche de cette bête microscopique.
Mais, comme je manifestai quelque chagrin, Mme V..., qui n'avait encore rien dit, lève la tète et, s'adressant à moi sur un ton particulier qu} annonçait une communication officielle : « Tu tenais donc bien à cette petite bête ! Hé bien ! rassure-toi, tu vas la retrouver.
Je la vois, un ouvrier la tient sous sa blouse chez le coiffeur de la rue de Bègles (le petit bossu). » Le renseignement était précis ; donné par la som nambule, je n'aurais pas hésité: mais il me fallait maintenant d'autres preuves.
Mes recherches m'ayant conduit jusque chez le perruquier, je regardais timidement à travers les vitres lorsque le bossu m'aperçut : « Vous désirez quelque chose, Monsieur Vergniat ? — Si vous apprenez qu'on ait trouvé dans le quartier une toute petite chienne havanaise vous voudrez bien nous piévenir. »
DANGERS DE LA CONFIANCE. ETC. 27 Un ouvrier qui se trouvait dans Je magasin répon dit : « Il y a cinq minutes à peine je la tenais sous ma blouse, cherchant à la réchauffer. Jel'avais ramas sée toute mouillée au coin de la rue, où je l'ai déposée de nouveau. » En effet, quelques pasplusloin, j'apercevais un point blanc dans l'obscurité. C'était Fleurette, blottie sous une porte, à l'abri du mauvais temps.
Je rentrai triomphant, rapportant à la maison le bonheur des enfants et la confirmation de l'infailli bilité du protecteur. On comprendra aisément l'influence de ce pouvoir, qui se révélait sans bornes. Aussi, gagnant toujours du terrain par de nouvelles manifestations de plus en plus surnaturelles, sa volonté se substitua entièrement à la nôtre. Ce qu'il formulait au début comme un désir devint bientôt des ordres.
Il s'occupait des moindres détails. Il désignait les provisions nécessaires pour la journée et en fixait le prix. Si une acquisition plus importante était à faire, il indiquait le magasin, toujours en fixant d'avance le prix demandé. Ces faits donnaient lieu à des incidents curieux.
Ainsi, par exemple, lorsqu'une marchande demandait un prix exagéré, « Bon papa » toujours là soufflait à l'oreille de Mme V... : « Dis à cette femme que sa mar chandise ne lui coûte que tel prix. Tu lui offriras tant. C'est assez gagner. » La marchande restait ébahie ; elle ne pouvait nier, et le marché était conclu.
28 l'initiation Je révélerai, sans hésiter, tous les faits, persuadé que l'étude de manifestations si persistantes et .si variées peut aider à soulever le voile mystérieux qui nous environne. Au surplus, pourquoi hésiter ou me taire? N'ai-je donc pas vu? Plus les faits sont surnaturels, plus le devoir de les révéler est grand.
On m'accusera peut-être de faiblesse ou de trop de soumission pour ce pouvoir occulte, qui cependant ne se réclamait que de Dieu et n'invoquait que des sentiments honnêtes. A ceux-là je répondrai : subissez d'abord la même épreuve, et alors je vous reconnaîtrai le droit de prononcer.
Quant à la faiblesse, elle ne fut jamais un des dé fauts de mon caractère, si on en excepte pourtant celle que je tiens à conserver et qui me fait incliner devant le Maître. J'ai dit que nous assistions, ma femme et moi, régu lièrement aux offices, tantôt à Talence, tantôt à SainteCroix; mais le plus souvent aux« Vieillards ».
Il me souvient à ce propos que voyant passer ces déshérités que la charité publique soutient, notre hôte mystérieux nous fit cette confidence : « Sans ma vi site, mes pauvres enfants, ce sort-là vous était réservé. » J'ai dit en commençant que j'avais promis de com munier , je le fis avec ferveur, tant les faits mystérieux auxquels j'assistais m'avaient impressionné; je pous sai la soumission à ce point de renoncer au théâtre, à toutes les distractions, sur le désir manifesté par l'inconnu.
DANGERS DE LA CONFIANCE, ETC, 29 En revanche, je pouvais être de tous les pèleri nages. Un matin, au moment de partir pour me rendre à mon bureau, Mme V... me dicta d'un 'air inspiré l'ordre suivant: « Tu vas faire vendre ce matin à Paris par dépêche six mille francs de rente 3 p. 1o0 et acheter par contre dix mille de rente italienne. » Puis il ajouta : « Ne te l'ai-je pas dit?
Lorsqu'il me plaira de t'imposer l'obligation de donner, cela ne sera jamais à tes dépens. Or, j'ai besoin de quelques milliers de francs dont je t'indiquerai l'emploi le mo ment venu. » Malgré les choses étranges que j'avais déjà vues, je restai abasourdi. En effet, Mme V..., quoique la femme d'un agent de change, ne s'était jamais occupée d'affaires, et elle était absolument ignorante des com binaisons financières.
Les termes mêmes employés pour dicter l'arbitrage indiquaient que l'opération était conçue par un esprit habitué aux affaires de ce genre. Cette affaire n'étant pas dangereuse et ne pouvant, en cas de non-réussite, me mener bien loin, je télé graphiai à Paris sans hésiter. Le soir en rentrant j'avais déjà la réponse, que je voulus communiquer à mon mystérieux client.
« C'est inutile, me dit-il, je la connais. » Je profitai de cette circonstance pour causer affaires, avec l'arrière-pensée de savoir jusqu'où pouvaient aller les connaissances de l'esprit en matière de spé culation. « Savez-vous, lui dis-je, que votre arbitrage est à
3o l'initiation cheval sur deux liquidations. La rente italienne est en liquidation du i5, et le 3 p. 1oo est pour la fin du mois. » « Je l'ai fait exprès. L'italien sera liquidé le pre mier, car le bénéfice qui va en résulter a un emploi pressé. Celui que procurera la rente française pour la fin du mois est destiné à offrir un cadeau à ta fille.
Je te donnerai des instructions à ce sujet. » Je risquai cette question : « Vous croyez donc à la hausse sur l'italien et à la baisse sur la rente fran çaise? » « Ton père n'est pas celui qui doute, qui croit ou qui seulement espère, il est toujours sûr, parce qu'il est le maître. » Du jour où cette opération de bourse fut faite, les deux mouvements en sens inverse favorables à larbitrage ne se sont pas démentis.
Et, un fait important à noter, c'est que tous les matins l'inconnu prédisait avec une précision mathématique la cote que le télé graphe apporterait à 4 heures du soir. J'insiste, je le répète sur ce fait, parce qu'on semble contester aux esprits la possibilité de prévoir ou de dénoncer l'avenir.
Toujours préoccupé d'étudier les faits, j'ai demandé quelquefois la veille quels seraient les cours du len demain. — « Je ne pourrai te répondre que demain matin. La nuit m'est nécessaire pour me rensei gner. » Il m'arriva un jour de constater une différence de deux centimes et demi entre le cours prédit le matin et l'officiel arrivé à 4 heures. Comme j'en faisais la
DANGERS DE LA CONFIANCE, ETC. 3l remarque, « c'est, me dit l'inconnu, une mauvaise tête qui a pesé sur les cours au coup de cloche». On le voit, l'esprit possédait même l'argot de la corbeille. En présence de tant de pénétration, je demandai timidement s'il pourrait ou voudrait m'être utile dans mes affaires. Voici sa réponse : « Je ne suis pas venu pour cela ; ma visite a un autre but.
Cependant je crois pouvoir t'être utile, et à l'occasion je n'y manquerai pas. » Cette déclaration semble s'écarter un peu de la pre mière. Au début la bénédiction du Maître m'assurait le repos de l'âme et de l'esprit: « Pour toi, plus de soucis, ton père te les évitera tous! » Maintenant succède un vague qu'on ne peut s'empêcher de cons tater.
Revenons à cet esprit de pénétration : il était tel, que, consulté sur l'état de ma caisse, il m'en donnait le solde instantanément. Pour lui ce n'était qu'un jeu de dire à chacun de nous le contenu de son portemonnaie.
Durant l'arbitrage je lui demandai quelquefois : « Quel est le bénéfice que vous donne votre opération aux cours de ce soir ? » Il l'accusait aussitôt et sans omettre un centime, car il tenait compte des cour tages et du prix des dépêches. « Tes affaires, disait-il, ne doivent plus te préoccu per, elles sont les miennes. C'est moi qui m'en charge, tu n'as qu'à obéir et à me satisfaire pour être récompensé. « Tu peux te convaincre tous les jours que rien ne
32 l'initiation [Octobre me serait facile comme de te combler de richesses ; mais si je te fais attendre, c'est que toi aussi tu m'as fait attendre longtemps avant de pouvoir te ramener vers moi. » Voilà qui était plus net que la déclaration de tout à l'heure. Pendant que l'arbitrage marchait favorablement, la Vierge continuait ses évolutions, qui pourtant devaient bientôt cesser.
Une après-midi, la vierge fit des évolutions plus bruyantes que de coutume et, sortant de la maison, elle vint se placer sur des sarments dans le jardin. A ce moment une de nos anciennes domestiques, nommée Caroline T...., la même qui était à notre service lors de la visite nocturne dont il est question au début, étant venue à la maison, les ouvrières déci dèrent de replacer la statuette sur son piédestal.
A peine y était-elle qu'un coup violent retentit, et la Vierge tomba brisée sur le plancher. Grande fut la désolation de Mme V... en apprenant l'accident. J'avoue que pour mon compte j'étais très contrarié. Les débris réunis furent conservés longtemps avec vénération. Mais le piédestal était toujours vide.
Alors me vint la pensée de demander à notre protecteur s'il serait possible de trouver une statuette semblable à la pre mière. — « Je m'en occuperai cette nuit », me dit-il. Il arrivait en effet très souvent à l'esprit de se réser ver la nuit avant de répondre. C'était pendant la nuit, disait-il, qu'il obtenait les renseignements nécessaires.
i9o3J DANGERS DE LA CoKF1ANXE, ETC. 33 Le lendemain, fidèle à sa promesse, j'eus les rensei gnements suivants : « Il n'existe dans Bordeaux qu'une Vierge semblable à celle qui a été cassée. Tu la trouveras chez un mou leur, rue Bouquière (un petit magasin situé dans un enfoncement).
Il n'y a que ce spécimen, et le marchand n'a pas même le moule. » Vite je prends un des fragments et me dirige rue Bouquière. — En effet, je trouve le magasin indiqué, et le marchand me déclare qu'il a une Vierge sem blable à celle que je désire ; mais qu'il ne possède pas le moule. Je la chercherai et vous pourrez la prendre ce soir. En effet, le soir même je rentrai à Malbec avec la statuette qui devait faire cesser tous les regrets.
En me voyant arriver une communication officielle s'ensuivit : « Cette vierge, mon fils, sera déplacée. Je ne te dirais pas où je l'emporterais ; mais c'est elle qui révé lera la visite que tu as reçue. Or, comme elle ira très loin, tu vas mettre dans l'intérieur ton nom et ton adresse. » Ce qui fut fait. Placée sur le support, la nouvelle Vierge tourna trois fois le lendemain de son arrivée ; mais depuis elle resta complètement immobile.
Je ne sais si elleeffectuera un jour le voyage annoncé. Quoi qu'il en soit, ses préparatifs sont bien longs. Ici se terminent tous les incidents ayant trait à la statuette, que les circonstances de l'année terrible firent passer du reste en d'autres mains. 3
34 l'initiation Nous l'avons dit, l'arbitrage marchait de mieux en mieux. Et, avec sa facilité à prévoir l'avenir, l'inconnu liquida au plus haut cours l'italien, tandis qu'il atten dit quelques jours pour racheter plus favorablement son trois pour cent. C'était d'une précision renversante, et avec un pou voir pareil à son service, la fortune était sans limites. Le bénéfice résultant des deux opérations s'éleva à environ trois mille francs.
Sur les premiers fonds provenant de la liquidation du i5, j'eus mission de réserver mille francs pour un père de famille. Et le souvenir de cette bonne action, dont je ne fus en quelque sorte qu'intermédiaire, me réjouit encore. D'autres distributions moins importantes me furent ordonnées. Enfin, comme couronnement de l'édifice, il fallut illuminer notre jardin en l'honneur de la Vierge.
Vinrent ensuite les bénéfices de la liquidation de fin du mois, qui donnèrent lieu à un incident curieux.
Le jour des paiements, lorsque le bénéfice fut à la disposition de l'esprit mystérieux, il me pria de reve nir à Bordeaux pour acheter un piano qu'il offrait à ma fille. (C'est là le cadeau dont il a été question au début de l'opération.) « Va, me dit-il, chez M. Caudérès, allées de' Tourny, 5o, où tu achèteras un piano d'occasion dont on te demandera 65o francs. » Comme je faisais observer qu'il me fallait des indi cations précises afin d'éviter toute confusion :
DANGERS DE LA CONFIANCE, ETC. 35 « C'est inutile, je serai là pour veiller à ce qu'on ne t'offre que le piano que je désire. » « Tu n'auras même pas à marchander, car le prix est au-dessous de la valeur de l'instrument. Comment résister aux désirs d'un ami si bienveil lant et dont le pouvoir semblait n'avoir d'autres bornes que sa volonté ? Au surplus, avais-je à discuter l'emploi d'argent qui ne m'appartenait pas ?
J'arrive donc allées de Tourny. Mme C... était seule au magasin. Je suis mes instructions et on m'offre un piano d'occasion pour 6oo francs. C'était donc 5o francs au-dessous du prix fixé. J'hésitai à le prendre, mais me rappelant ses propres paroles, je serai là, je conclus le marché à la condition expresse que l'instrument me serait livré le soir même, selon la volonté du bienfaiteur.
J'arrivai bien vite à la maison, impatient d'avoir une explication au sujet des 5o francs. C'était la première fois que je constatais une irré gularité, et comme ma soumission n'était que le résul tat d'une infaillibilité qui ne s'était pas démentie, il fallait la continuation absolue et régulière des faits pour entretenir dans mon esprit cette confiance aveugle qui, déjà, portait une si grande atteinte à mon libre arbitre.
Ce fut presque d'un air triomphant que j'annon çais en entrant à la maison que le piano ne coûtait que 6oo francs. « Je le sais,répondit l'inconnu, mais Madame a fait une erreur. »
36 l'initiation Le lendemain, en allant régler le compte, le mar chand medit : « Vous avez fait hier une bonne affaire, ma femme s'est trompée en vous vendant pour 6oo francs un piano que j'avais fixé à 65o. » Tout entier aux préoccupations des incidents sur naturels je ne songeai pas à répondre, et ce fut tout pensif que je repris le chemin de Malbec, où je racon tais à l'être mystérieux ce qui venait de m'arriver cher, le marchand de pianos.
Si les préoccupations mystiques m'avaient lait oublier un instant mon devoir, il ne fut pas long temps à me le rappeler. « Je t'avais prévenu », dit-il. Je compris, et je rapportai 5o francs au marchand, ne voulant pas bénéficier d'une erreur.
A ce moment, les connaissances musicales de ma fillette se bornaient au Bon Roi Dagoberl et, cepen dant, lorsqu'elle se mit au piano, ses doigts, subissant une influence mystérieuse, se promenèrent involontai rement sur le clavier et jouèrent des airs inconnus dont les accompagnements étaient dans toutes les règles de l'harmonie. Convaincu que l'enfant exécutait des exercices de mémoire, l'accordeur la lélicitait sur ses dispositions musicales.
Ce phénomène ne s'est produit que trois ou quatre fois ; il est vrai que j'avais pris soin de faire quitter le piano à l'enfant dès que je soupçonnais l'approche de l'influence. L'arbitrage liquidé, d'autres affaires patronnées et conseillées par le protecteur réussirent aussi bien que
DANGERS DE LA CONFIANCE, ETC. 5j la première. Le but était toujours l'aumône. Ces opé rations n'étaient pas importantes; mais, malgré tout, leurs résultats permettaient d'augmenter chaque jour l'importance des secours. L'esprit s'était réservé (je crois l'avoir' dit en com mençant) de désigner les personnes à secourir. Quel quefois il indiquait le nom ; mais plus souvent il se bornait à la rue, au numéro et à l'étage.
Il me souvient qu'un dimanche, au moment même du déjeuner, j'eus mission d'aller immédiatement visiter une famille vivant dans une maisonnette der rière la rue François-de-Sourdis. La course était longue et, malgré les indications qui m'étaient don nées je parcourus inutilement toutes les rues à peine tracées dans les terrains values du quartier, et je revins sans avoir pu remplir ma mission.
«Il faut y revenir, m j dit l'inconnu, même avant de déjeuner, car si tu peux attendre, toi, il n'en est pas de même là-bas, où des enfants ontfaim!... » Tous les matins en sortant de chez moi pour me rendre au bureau, j'étais chargé d'une bonne œuvre.
« Dans telle rue, à tel numéro, à tel étage, la porte à droite, habite une veuve : tu lui remettras 5 francs ou 1o francs », etc. Au début, craignant de me fourvoyer, ces mis sions m'embarrassaient surtout lorsqu'il m'envoyait là où il n'y avait aucune apparence de misère ; mais il ne se trompait jamais.
Pour subvenir à ces distributions et exécuter certain projet religieux qu'il m'avouait, tel que la construction d'une chapelle sur le terrain de Malbec,
38 l'initiation afin d'y perpétuer le souvenir de sa visite, pour sub venir, dis-je, à tant de frais, il augmentait sensible ment le chiffre de ses opérations. Il est vrai qu'une affaire engagée par son ordre donnait le soir même un résultat favorable. Et il fallait qu'il en fût rigoureusement ainsi pour main tenir cette confiance aveugle que l'esprit tenait tant à conserver. C'est alors qu'il changea de tactique dans ses opé rations.
Au lieu de prendre ses bénéfices à chaque liquidation, il s'opposa désormais à toute réalisation. En présence d'un système aussi dangereux, je ris quai timidement ces réflexions : «.
Vous me guidez on ne peut mieux, et je serais déjà trop riche si, comme autrefois, vous profitiez de toutes les fluctuations au lieu de vous opposer à la réalisation des bénéfices. — C'est vrai, la marge est grande sur vos achats, mais notre prospérité n'est que factice, puisqu'elle n'est que le résultat de reports et non d'opérations liquidées.
C'est-à-dire que par ce système nous prêtons constamment le flanc aux événements. » Ce fut aussi sous cette inspiration mystérieuse que je pris alors l'engagement de désintéresser à bref délai mes commanditaires. Toujours sous la même direction, les affaires me créèrent rapidement une position opulente.
Le mouvement ascensionnel des fonds continuait, et s'il survenait parfois une légère réaction, elle ne pouvaitenleverqu'une faible parcelle desbénéficesdéjà acquis sur les positions continuellement reportées.
DANGERS DE LA CONFIANCE, ETC. 50 On le voit, le système dangereux des non-réalisa tions n'avait pas été abandonné. Je m'en plaignais souvent. C'est ainsi que le Ier janvier 187o (qui était, je crois, un dimanche), la coulisse ayant coté sur le boulevard 75 fr. o5, et ce cours nous assurant un bénéfice de 3o.ooo francs sur une seule affaire, je le suppliais de consentir à réaliser.
Il refusa énergiquement, disant : « Les tripotages au jour le jour ne me conviennent pas, je t'ai mis sur une position qui sera ta dernière affaire. » De plus, il affectait une aversion grande pour ma profession, qu'il désirait me voir quitter au plus tôt. Il arrivait parfois à l'esprit de laisser échapper quelques exclamations, comme des apartés, dont le plus fréquent était celui-ci : Quelle lutte !
Je n'y prenais point garde et ce n'est qu'après le dénoûment tragique de cette affaire, que le souvenir de ces exclamations, pourtant fréquentes, m'est re venu à la mémoire. Les circonstances qui vont suivre démontrent douloureusement que pendant deux ans et demi le but, si patiemment poursuivi, était de capter ma confiance à l'aide de révélations étranges et de tenir en échec mon libre arbitre.
Ce résultat acquis, il ne s'agissait plus que d'user d'influence pour me maintenir sur une position dont l'importance devait être fatale, en présence d'événe ments prochains et. que l'esprit de pénétration de l'inconnu lui permettait d'entrevoir.
4o l'initiation Ce fut au milieu de cette prospérité, en quelque sorte d'emprunt, puisqu'elle ne résultait que d'opéra tions non réalisées, que je pris possession de ma nouvelle habitation, rue d'Enghien, n° 1 1. Pendant plusieurs mois, quoique la rente fût im puissante à franchir le cours de y5 francs, fidèle à son système, l'inconnu refusait de liquider. Il fallait donc faire reporter.
Mais pouvais-je me plaindre si les fonds restaient stationnaires ? Est-ce que les bénéfices, entrés en caisse par la plus-value, ne semblaient pas une garan tie suffisante contre tout événement? De plus, il me semblait indigne de reprocher à qui je devais en quelque sorte une prospérité inespé rée, de ne pas me donner davantage. Ma quiétude était donc absolue lorsqu'éclatèrent les complications avec l'Allemagne.
Cependant, dès le premier jour je voulais tout liquider. « Voilà tés terreurs qui recommencent comme au moment de l'incident du Luxembourg. Eh bien ! je t'affirme que la guerre n'aura pas lieu.
Crois donc celui qui est le Maître et qui, depuis bientôt trois ans, ne t'a jamais trompé. » Malgré ces affirmations, deux jours après la guerre était décidée, et, en s'emparant des lignes télégra phiques, le ministre, au cœur léger, acheva ma ruine ; car il me mettait dans l'impossibilité de communiquer avec Paris et partant de limiter ma perte. Quel que soit le danger de la lutte, on succombe avec moins de regrets lorsqu'on a combattu à armes
DANGERS DE LA CONFIANCE, ETC. 41 égales, mais ici, sans parler des circonstances étranges, la suppression des communications télégraphiques me plaçait dans les conditions d'un homme préala blement garrotté, qu'on jette à la mer et auquel on ferait le reproche de ne pas nager. Dans ce moment critique l'inconnu était absolu ment muet. Il ne répondait à aucune des questions que je lui adressais.
Et pourtant la situation était des plus graves, car vingt années de travail disparais saient dans le gouffre et, de plus, à cette perle maté rielle s'ajoutait la douleur d'être contraint de me sé parer de ma fille très dangereusement malade. Une dernière explication eut lieu : « Voilà donc, dis-je, où vous vouliez en venir!
J'ignore qui vous êtes ; je sais seulement que vous avez fait appel aux sentiments honnêtes pour me faire votre victime et que vous n'avez pas craint de mêler le nom de Dieu à vos embûches. » J'étais trop irrité pour comprendre sa réponse; aussi je n'ai conservé d'autre souvenir que d'avoir en tendu balbutier le mot dépreuves. Ainsi se termina cette longue et douloureuse « his toire ». J'ai donné in extenso cette curieuse auto-observa tion.
La leçon qu'elle comporte se dégage d'ellemême. La personnification est sujette à des erreurs qui peuvent être dangereuses si l'on s'abandonne aveu glément à sa direction, comme trop de personnes sont tentées de le faire. Au surplus les faits extraordinaires dont la vie de
42 l'initiation Mme Vergniat a été remplie ne se sont pas bornés à ceux que je viens de raconter. Elle paraît avoir pos sédé des facultés supranormales jusqu'au dernier mo ment. Il serait d'un intérêt considérable que sa famille en donnât un récit détaillé. J. Maxwell (i). . (i) Les Phénomènes psychiques, i gros vol. in-8, chez Alcan. Prix, 5 francs, p. 23o à 255.
Le disciple demande encore au maître où s'en va l'âme lorsque le corps meurt, soit qu'elle soit bien heureuse ou damnée ? Le maître. — Elle ?i'a point besoin d'être trans portée, mais c'est cette vie extérieurement mor telle avec le corps, qui se sépare seulement de l'âme.
Elle a déjà auparavant le ciel ou l'enfer en soi, comme il est écrit: le règne de Dieu ne viendra point avec apparence; on ne dira point aussi : voici, il est ici, car le règne de Dieu est au dedans de vous : elle demeure dans ce qui sera manifeste en elle, ou dans le ciel ou dans l'enfer.
Le disciple. — N'est-elle donc pas transportée dans le ciel ou dans l'enfer de la même manière qu'on entre dans une maison, ou comme on passe par quelque trou dans un autre monde.
Le maître. — Nullement, il ne se passe aucun tel transportement, car le ciel et l'enfer sont présents partout; ce n'est qu'une introversion de la volonté, ou dans l'amour de Dieu ou datis la colère; et cela ar rive dans les jours de notre vit, ce qui fait dire à saint Paul : notre conversation est dans les cicux.
Christ dit aussi : mes brebis entendent ma voix, et je les connais, et elles me suivent et je leur donne la vie éternelle; nul aussi ne les ravira de ma main. (Jean, X, 27, 28.) J. Boehm.
LIVRE DES SECRETS DE LA NÂTORE OU DE LA QUINTESSENCE Indiquant son extraction et ses applications au corps humain pour réaliser des œuvres admirables et presque divines. « Ce livre conduit par la méthode philosophique à la connaissance complète de l'art de la médecine, art qui comprend aussi bien la façon de préserver notre corps de la corruption que la manière de transmuer et perfectionner les métaux imparfaits. » «Le désir de l'auteur est que ceux qui s'adonne ront à cet art, contemplant Dieu dans ses œuvres, arrivent à mieux le comprendre et à se rapprocher de lui en secourant les malades, les veuves et les orphe lins. »
44 l'initiation LIVRE PREMIER De la Quintessence. Avant tout il est nécessaire. de savoir qu'il existe trois principes dont la connaissance parfaite est la clef de toute science. Ces trois principes se retrouvent aussi bien dans la médecine humaine que dans l'alchimie métallique ou lapidaire. Ils se retrouvent aussi bien dans toutes les choses que nous pouvons comprendre que dans les choses cachées parla nature, à nos sens et à notre intelligence. Le premier principe est la matière même des choses, matière que l'artiste doit connaître, art et principe qui rend toute médecine, toute pierre, toute chose substantielle et palpable. Le second principe est simplement, vis-à-vis du premier, le moyen ou la façon dont le premier principe (la matière) se perfectionne. Le troisième principe est la quintessence, d'où dé pendent sept vertus. Le premier principe ou plutôt la matière de ce pre mier principe n'est autre que le mercure vulgaire avec tous les autres métaux altérables dans la « dealbation » comme il cstexpliqué au chapitre III de ce livre.
LIVRE DES SECRETS DE LA NATURE 45 Le second principe n'est autre que les lymphes subtiles de cette matière, lymphes dans lesquelles se résolvent les limons du premier principe en sub stance médiocre et imparfaite et en matière subtile dans laquelle sont contenues les vertus minérales.
Caria matière du troisième principe complètement essentielle par les vertus des astres, leurs aspects et leurs influences quotidiennes, se répand dans la ma tière appropriée par l'intermédiaire du deuxième principe et s'y fixe sous forme de vertu minérale aussi bien dans les plantes et les animaux que pour les métaux.
Le deuxième principe est donc la cause et le recep tacle du troisième et de toutes les vertus émanant du ciel, vertus qui (produisent et) sont la forme et la perfection de toute chose générée. Le produit matériel du premier principe, d'où sort la vertu minérale, quintessence élémentale ou matière simple, se perfectionne en recevant la forme par la quintessence céleste qui l'influence et dont elle s'im prègne.
La quintessence céleste, appuyée sur les vertus du premier principe, amène la matière à l'état parfait par la vertu médiatrice minérale, vertu commune aux métaux, aux pierres et aux plantes médicinales. La seule différence entre les minéraux et les végé taux provient dela façon dont est administrée et diri gée la formation des uns et des autres.
Cette formation est la seule chose qui manque à la vertu médiatrice pour la création, la génération des métaux et leur transmutation en élixir.
4b l'initiation C'est par la direction de la chaleur extérieure que l'on produit cette formation, parce qu'elle met en mouvement la vertu minérale formative. L'opérateur doit chercher cette mise en mouvement de façon différente suivant le but à atteindre. Ainsi : La transmutation de la matière des métaux en pierres précieuses ;se fait à l'aide d'une chaleur exté rieure plus lente.
La formation de la vertu qui manque pour la com position des médecines se fait avec une chaleur plus grande et un mouvement plus vif. L'opérateur doit savoir que la nature ne peut opé rer que successivement. Il doit savoir aussi que l'attraction des vertus simples ne peut se faire qu'entre des matières concor dantes et semblables par leur nature matérielle.
Le deuxième principe doit être considéré à un triple point de vue : i° Médecine humaine ; 2° Transmutation des métaux ; 3° Pierres précieuses. Dans le premier cas, on ne tient compte que des eaux et des airs ; dans les deux autres cas, des airs et des terres. Rappelons-nous, en effet, que les choses qui se fixent dans les terres sont d'une certaine nature et celles qui se fixent dans les airs d'une nature dif férente.
LIVRE DES SECRETS DE LA NATURE 47 Ce qui se trouve dans les terres possède une vertu fixative et coagulatrice.
Les eaux aériennes au contraire ont la propriété de pouvoir être durcies et coagulées, pour l'élixir comme pour les pierres précieuses, suivant la proportion de matière appliquée à cet élixir ou à ces pierres avec une ignition multipliée par les vertus célestes qui ont un pouvoir constrictif et excitent les propriétés de la matière et du lieu. C'est pourquoi on place et on enferme ces choses dans un endroit terrestre.
Avec notre élixir nous congelons le vif-argent vul gaire et le transformons ainsi en excellent argent. (Voir le livre des expériences de Raymond Lulle, qui est la clef de tout ce qu'il a écrit à ce sujet.) Parlons maintenant de Textraction de la quintes sence et d'abord dela quintessence devin, parce que c'est par sa vertu que se font toutes les opérations de ce livre.
C'est avec la quintessence de vin qu'ont travaillé tous ceux qui ont cherché la chose créée la plus apte à p'iserver le corps humain de la corruption et de la putréfaction. Los hommes sonimortels et il serait fantastique de chercher à rendre immortel le corps humain, mais il est permis de chercher dans les limites du terme na turel de notre vie ce qui peut préserver le corps de la putréfaction, guérir les maladies et réparer les pertes.
48 l'initiation La raison nous montre que le corps peut être pré servé de la corruption par une chose moins corrup tible que lui. Nulle chose périssable ne peut être conservée par une chose similaire, mais on doit chercher des choses ayant une inclination vers soi. Plus une chose a de tendance à exister, moins il y a en elle de principes de corruption.
Mais il est donné à bien peu de gens de connaître cette médecine qui possède une si grande perfection de principes d'être qu'elle a sur le corps humain des effets admirables et presque merveilleux. Nulle médecine au monde,sice n'est notre « menstrue, végétal, céleste, animal », n'a cette puissance. On l'appelle aussi quintessence.
Elle préserve les chairs de la corruption, fortifie, redonne la jeunesse, mûrit ce qui est cru, durcit ce qui est mou, ramollit ce qui est dur, engraisse ce qui est maigre, maigrit ce qui est trop gras, dessèche l'humide et humecte ce qui est sec. Une seule et même chose réalise donc des résultats contraires, comme le soleil, qui dessèche la glaise et liquéfie la cire.
Comme la forme universelle est attirée vers toute forme, de même la quintessence est attirée vers toute espèce de complexion. * La quintessence est composée des quatre éléments qui s'y trouvent renfermés avec toutes leurs vertus et propriétés.
LIVRE DES SECRETS DE LA NATURE 49 Tout cela est condensé dans la quintessence dans une matière et une forme simples et proches de la simplicité. Ceci s'applique non seulement à telle médecine particulière, mais, d'une façon générale, à toute quin tessence. Les philosophes appellent ciel la nature de cette quintessence, parce qu'elle nous donne ainsi que le ciel tantôt la chaleur, tantôt l'humidité. Cette nature contractée dans une chose s'appelle menstrue ; elle est inconnue des modernes. C'est dans ce ciel que nous mettrons nos étoiles fixes, qui sont les plantes, les pierres et les métaux. (A suivre.) Aryx Bossard. 4
5o C0MMKNTA1RE NOTE DU TRADUCTEUR Si nous avons offert à l'Initiation, qui d'ailleurs l'a accueilli avec sa bienveillance accoutumée, ce frag ment de l'œuvre de Ficin que nous traduisons en ce moment, c'est que la publication nous en a paru tout indiquée à l'heure actuelle. Une ancienne doctrine qui a entraîné et déçu bien des âmes venait, appuyée malheureusement par des hommes dont la valeur est incontestable. Rajeunie dans sa forme, modifiée dans ses termes, son fond n'en est pas moins resté le même et les arguments qu'apportaient jadis contre elle l'occultiste Ficin et Plotin, le grand Initie platonicien, n'ont aujourd'hui encore rien perdu de leur prix. Ces arguments sont en somme ceux de la Gnose Dorienne, de la Gnose des Ramides, des Alexamides, des temples de l'ancienne Egypte d'où sortirent Orphée, Moïse, Platon ensuite et plus tard Jésus luimême, opposée à la Gnose Ionienne, issue des centres féministes druidiques et modifiée par son passage à travers l'Assyrie, la Perse et la Phénicie. C'est la Gnose du Bélier contre la Gnose du Taureau.
COMMENTAIRE DE MARSILE FICIN LE FLORENTIN 5l Que le lecteur ne se laisse pas rebuter par la séche resse de la forme scolastique donnée par Ficin à son œuvre et que nous avons scrupuleusement tenu à conserver. C'est une forme voulue ; c'est le voile bien transparent quelquefois sous lequel l'occultiste du quinzième siècle cacha la vérité, qu'il ne pouvait offrir à tous les yeux ; et c'est grâce à ce voile peutêtre et à celui des idées reçues à son époque, que Ficin et son œuvre durent d'échapper aux foudres et aux bûchers de l'Inquisition. Nul doute d'ailleurs que sous ce voile particulière ment léger dans le livre que nous donnons ici, les lecteurs assidus de YInitiation ne voient en clair la doctrine secrète du Maître florentin. Enfin, il nous a plu de donner ce fragment sans note ni remarque aucune, les réservant pour la pu blication intégrale de l'œuvre. Nous nous sommes contenté de souligner les passages qui semblent mé riter le mieux de retenir et de fixer l'attention. Saïr.
52 l'initiation eOMMENTaiRE DE Marsile Ficin le Florentin SUR LE Neuvième livre de la seconde Ennéade de Plotin le Planoticien CONTRE LES 6N0STIQUES ET Contre ceux qui pensent qne le Mal est l'auteur du Monde et que le Monde est mauvais CHAPITRE PREMIER L'Unité, le Bien et le Principe de tout sont une seule et même chose. Il y a trois principes : le Bien, l'Intellect, l'Ame. Nous pouvons estimer que l'esprit de Plotin ne fut jamais complètement éloigné de la loi chrétienne. Ce qui nous le prouve, c'est qu'il fut le disciple du chré tien Ammonius, et qu'il resta toujours lié d'amitié avec le très chrétien Origène.On raconte aussi qu'il fit le serment, conjointement avecOrigène et Hérennius, de ne jamais s'écarter des doctrines d'Ammonius, serment auquel il fut fidèle jusqu'à la mort. De plus,
COMMENTAIRE DE MARSILE FICIN LE FLORENTIN 53 son âme élevée méprisa toujours le culte des dieux païens; Porphyre, son disciple, en témoigna lui-même sur la demande que lui en fit Amélius. Enfin, quand il défendra son Platon contre ceux des hérétiques qui le falsifiaient et contre ceux qui le méprisaient, il le fera très longuement, sans jamais attaquer néanmoins la généralité des chrétiens.
Tous ses arguments s'appliqueront proprement aux hérétiques et cepen dant en ce moment et à cette occasion il pouvait impunément combattre tous les chrétiens. Quels furent les auteurs de cette hérésie, ce que sous le nom de Gnose enseignaient ces hérétiques semblables aux Manichéens, Porphyre nous le raconte dans la biographie qu'il nous a laissée de Plotin.
Il est certain que ces hérétiques, bien qu'ils honorassent le Christ, ne différaient pas moins, dans leurs opi nions, de la doctrine générale des chrétiens que de celle des platoniciens. Mais, pour en revenir à notre sujet, voici quelles étaient leurs principales erreurs : Au-dessus de l'Unité même et du Bien, ils imagi naient je ne sais quoi. Ils distinguaient, en outre, de très stupide façon, des intellects séparés.
Entre l'In tellect et l'Ame, ils admettaient un intermédiaire, lis pensaient qu'une âme dépravée avait créé le monde mauvais, avec le mal comme principe. Voici comment Plotin démontre que rien ne peut exister au-dessus du Bien et de la Bonté, rien non plus au-dessus de l'Un et de l'Unité. Il faut se souve nir tout d'abord que ce qui n'est pas primordial n'est pas simple, et, réciproquement, ce qui n'est pas simple n'est pas primordial. Si, en effet, une chose n'est pas
54 l'initiation de toutes la première, elle dépend forcément d'une autre; aussi, en trouvera-t-on, pour ainsi dire, deux en elle : d'abord ce qui est cause, puis la particularité qui la différencie de la cause. Donc n'étant pas primor diale, elle ne peut pour ce motif être simple.
Réciproquement, si une chose n'est pas simple, elle renfermera nécessairement la cause et la particularité ; cherchons donc si seule la dernière vient de la pre mière ; si elles viennent également l'une de l'autre ; enfin si toutes les deux dérivent d'une troisième.
Si vous dites que la particularité vient de la cause, celle-ci sera nécessairement primordiale, l'autre seconde et il sera impossible de dire que le composé qu'elles constituent est quelque chose de primordial. Il ne vous est pas non plus permis d'affirmer que ces deux choses dépendent mutuellement l'une de l'autre ; car alors l'une comparée à l'autre serait à la fois la cause et l'effet, l'antériorité et la postériorité.
Si vous dites, au contraire, que ces deux choses dépendent d'une troisième, c'est cette troisième, si elle n'est pas un composé, qui sera primordiale et Principe. De plus, il est irrationnel de poser au sommet de tout deux Principes ne dépendant ni de l'un ni de l'autre, ni d'un troisième, car il ne pourra jamais exister de cause ou de raison déterminée qui les force à se rejoindre et le hasard seul les pourra régir.
Mais le hasard aveugle ne peut être placé comme point de ' départ, car aucun ordre ne pourrait exister dans la suite. Aussi, tout comme nous avons dit que ce qui n'est pas primordial n'est pas simple, nous affirmons
COMMENTAIRE DE MARS1LE FJCIN LE FLORENTIN 55 que ce qui n'est pas simple n'est pas primordial; et plus nous approchons de la priorité, plus nous tou chons à la simplicité, et réciproquement. Or, comme en simplicité le summun est tenu par l'Unité et la Bonté, ces deux choses se confondent certainement et constituent la Priorité et le Principe de tout.
La bonté est assurément extrêmement simple, sans cela elle se composerait de plusieurs choses ; elle aurait donc besoin de parties et d'un composant et ne pourrait se suffire à elle-même. Il faut cependant que la Bonté soit non seulement extrêmement suffisante, mais qu'elle soit la suffisance même. Or on ne la recherche que comme se confondant avec le Bien ; le Bien est donc extrêmement suffisant et extrêmement simple aussi.
Le Bien est donc primordial. S'il ne l'était pas, ce qui lui serait supérieur serait meilleur que la Bonté ; or, qui est-ce qui peut être meilleur que la Bonté, par qui seule le meilleur peut être conçu comme tel. Il nous faut maintenant examiner si, oui ou non, le Bien peut rechercher quelque chose qui lui soit supérieur.
S'il ne cherche rien, cela est étrange, car l'effet cherche toujours la cause dont il tire sa perfec tion ; s'il cherche cette cause, il est non moins étrange que le Bien même désire quelque chose en dehors de Lui, Lui qui est la Fin de tous les désirs. Enquérons-nous encore si d'autres choses peuvent, oui ou non, rechercher en dehors des limites du Bien ce que l'on pourrait imaginer lui être supérieur. 11 est impossible, en effet, de supposer que tout ne cherche
56 l'initiation pas à atteindre son Principe primordial ; mais il est aussi impossible de supposer que l'on puisse chercher à atteindre quelque chose en dehors du Bien. De tout cela il résulte que le Bien est plus simple que tout ce qui existe et en est le Principe. Or personne ne peut douter que l'Unité ou l'Un en soi ne soit la simplicité extrême. Dans toute Essence, en effet, la composition ou le nombre peuvent être ou être conçus.
Dans l'Unité seule, cela est impossible, car autrement ce ne serait plus l'Unité, mais le Un et la Multiplicité. De plus, la division ne peut atteindre l'Unité. Essaye^ de la divise^, vous ny parviendrez pas ; vous ne fere^ que la reproduire.
Vous pouvez, certes, diviser un morceau de bois; vous aurez davantage de bois en morceaux plus pe tits, mais l'unité que vous conceviez dans ce bois, vous n'avez pu en faire des parties d'unité, car elles seraient plus petites que l'unité; vous n'avez fait que multiplier cette unité, ou plutôt vous l'avez propagée de telle sorte, que celle qui était un autrefois, est maintenant la même et tout entière en deux.
Comme donc l'unité est absolument simple et pri mordiale, elle se confond évidemment avec la bonté pour qu'il n'y ait pas deux principes primordiaux des choses, que ces principes ne concordent pas par l'effet du hasard, et que le binaire ne précède pas l'unité. Et, quand nous disons que la bonté et l'unité sont absolument simples, nous n'entendons pas une chose simple quelconque qui soit dans quelque autre chose ou serve à la composer. Si, en effet, elles étaient dans une autre, elles ne pourraient se suffire à elles-mêmes
COMMENTAIRE DE MARSILE FICIN LE FLORENTIN b"] et dépendraient forcément de cette autre. Si, encore, elles servent à en composer une autre, elles ne seront point parfaites, elles tendront vers un but supérieur et elles tomberont dans la forme et l'acte du com posé. Le bien en soi, l'un en soi se confondent donc absolument; ils sont ce qui est le plus simple et le plus primordial, ne résidant en rien.
On ne peut, non plus, les considérer comme étant primitivement quelque chose en soi, qui soit devenue le bien et l'unique. En ce cas ils dériveraient de cette chose, et la primordialité serait quelque chose d'imparfait, en qui existerait la composition. Nous devons donc faire de l'unité ou bonté la con ception la plus simple, la conception primordiale de notre esprit.
Nous ne pouvons la considérer comme quelque chose dérivant d'une autre chose, mais comme la simplicité conçue d'un seul coup dans la plénitude de notre esprit. Puis, comme Plotin traite ensuite des trois prin cipes du monde, qui sont le Bien, l'Intellect Premier, et l'Ame Première, nous ne devons pas oublier qu'en étudiant les principes généraux du monde, il nous faut examiner, tout d'abord, ceux qui dans le monde sont les plus universels.
Or. avant tous les autres et le plus général est l'unité et la tendance au bien, car son action s'étend même sur les choses non encore formées. Le second degré de généralité et d'origine est la forme et l'ordre formel. Le troisième degré, enfin, est le mouvement vital.
58 l'initiation Et comme la généralité d'une action est conséquence directe de la priorité de sa cause, assurément la cause première ne peut être autre que le bien lui-même, l'un lui-même, d'où et de qui dépendent l'unfté et la tendance au bien. La seconde cause pour la même raison est l'intellect premier, d'où dérive tout l'ordre formel. La troisième est l'âme, à qui, partout, se ra mène le mouvement vital.
« Quand donc nous considérons l'Univers, qui est ce qui existe de plus beau comme ordre des formes, de plus puissant comme mouvements vitaux, nous devons, à juste titre, estimer que dans sa gnéraIité il est régi par l'intellect et vitalisé par l'âme.
Puis, comme tout l'ordre formel sous l'influence du bien tend vers l'unité, comme le mouvement vital tend vers le bien, il est inadmissible que nous ne fassions pas dépendre de l'unité et du bien en soi, et l'intellect qui ordonne tout, et l'âme qui meut tout. « Ainsi donc, cet Univers corporel, mû par une influence étrangère à lui, se ramène d'abord à l'âme mobile par elle-même et mouvant tout par son propre mouvement.
Celle-ci se ramène à l'intellect stable par lui-même et réglant tout par sa propre stabilité. Puis tous deux : l'intellect et l'âme, se ramènent au bien, sous l'influence duquel se produisent et le mou vement stable de l'intellect et le mouvement mobile de l'âme; dans lequel aussi, l'intellect se repose et vers lequel tendent tous les mouvements de l'âme. « Que l'âme, en effet, meuve ou soit mue, elle est mue et meut vers le bien. Que l'intellect soit stable et fixe, c'est certainement dans le bien qu'il trouve sa
COMMENTAIRE DE MARSILE FICIN LE FLORENTIN 5ç stabilité et sa fixité. C'est de là que vientce don naturel àtouteschoses, detendre vers le bien et de s'y reposer. « Et, de même que le bien en soi est quelque chose de supérieur à tout ce qui tend vers lui, et de supérieur au mouvement, de même il est supérieur à ce qui se repose en lui, supérieur par conséquent à la stabilité.
S'il en était autrement, tout reposerait en soi-même de toute éternité. » Immédiatement après le bien vient l'intellect, que l'âme suit immédiatement. Comme, enefiet, l'acte de tout agent a le bien pour but, l'intellect qui, quand il agit, le fait vers le bien immédiatement, et dont l'acte toujours intime n'est qu'un mouvement vers le bien, peut être considéré comme ce qui est le plus rapproché du bien.
Quant à l'âme, dont l'essence est permanente, si elle s'extériorise dans son acte, elle se replie néanmoins en elle-même, son action accom plie ; elle est donc bien ce qui existe de plus près de l'intellect qui est, lui, complètement stable, et per pétuellement revenu en lui-même. Or, qui ne voit que l'âme en contact direct avec V intellect, est tou jours en possession de la véritable intelligence ?
Si dans le monde, donc, existent un mouvement et une action quelconques dont le but soit la vie, ils pro cèdent de l'âme. Si un mouvement de ce genre est ordonné, stable possède la faculté de revenir en luimême et reproduit des formes, il dérive de l'intellect. Mais comme nous discutons plus longuement des trois principes de tout dans nos Commentaires sur Platon et dans notre Théologie, il nous suffira ici d'avoir effleuré ce sujet.
6o l'initiation Plotin réfute ensuite ceux qui veulent faire des dis tinctions dans les choses divines, ou prétendent que certaines d'entre elles sont en puissance et les autres en acte. Rien en effet n'est en puissance dans les choses éternelles, comme cela se produirait s'il exis tait un intellect permanent et un intellect mobile ; or, c'est dans l'âme que se voit le mouvement premier, dans l'intellect n'existe aucun mouvement.
Cela pourrait être encore, si ce premier intellect pouvait concevoir quelque substance, la sienne propre ou une substance étrangère, quand le second ne pourrait que saisir l'action du premier, action qui serait inconcevable pour celui qui l'a produite.
Certes, dans la nature animique, aucune distinc tion de cette sorte ne vient diviser les substanees des âmes, puisque la même âme qui se conçoit ou con çoit autre chose, le plus souvent se conçoit concevoir. Donc il doit y avoir encore moins de distinction dans les substances intellectuelles et le même intel lect doit encore plus facilement accomplir cette double fonction.
Nous concédons volontiers, il est vrai, que la con ception simplement dite diffère en quelque façon de la conception qui fait que l'on se conçoit concevoir. Dans le premier cas, c'est l'essence qui est l'objet de la conception ; dans le second c'est l'action qui semble l'être. Et parfois, chez nous, celui qui connaît n'a pas la pleine perception de cette faculté de connais sance. «Cependant, tout esprit délivré des rapports cor porels conçoit avec une telle facilité, qu'il a, dès qu'il
COMMENTAIRE DE MARSILE FICIN LE FLORENTIN 6l conçoit quelque chose, la complète perception de sa faculté conceptive. Cela tient surtout à cette condi tion que, pour concevoir, l'intellect doit contempler son essence. Or, comme il possède l'intelligence par faite, l'intellect, trouvant en lui-même l'intelligible dans son absolue perfection, n'a à le chercher nulle part ailleurs.
Et cela doit se produire au suprême degré, puisque l'intellect n'a pour ohjet de sa contem plation que sa propre essence. En même temps donc qu'il contemple son essence, perpétuelle base de son être intellectuel et de son acte d'intelligence, il con çoit qu'il est l'essence intellectuelle perpétuellement intelligente.
Plus il se conçoit, plus il se conçoit concevoir, étant donné surtout que, comme pour la lumière être et éclairer'ne font qu'un, pour l'intellect, être et comprendre ne font qu'un aussi. » En même temps donc qu'il sait qu'il est, il a la par faite notion qu'il comprend.
C'estpourquoi tout intel lect pur, de même qu'il comprend toujours, sait tou jours qu'il comprend, surtout quand aucune occu pation extérieure ne le vient détourner de sa propre contemplation . Il faut toutefois remarquer que c'est par un acte unique d'intelligence qu'il comprend simplement quelque chose et comprend continuellement qu'il comprend.
Si vous voulez, en effet, y voir deux actes séparés, nous vous dirons, que vous serez dès lors for cés d'en concevoir un troisième, puis un quatrième, puis un nombre indéfini, puisque, indéfiniment, vous devrez concevoir un acte subséquent qui puisse comprendre le précédent. Or, tous les philosophes
62 l'initiation jugent inadmissible et superflue cette infinité d'actes, surtout si ces actes doivent produire une multiplicité infinie de substances.
« Vous noterez ici que Plotin donne aux intellects bienheureux la connaissance perpétuelle de leur essence et de leur action, et assure que par un acte unique s'accomplissent l'intelligence et la connais sance de l'intelligence et de l'essence. » Quand il dit que l'acte simple et primordial de l'intelligence est divisé par la connaissance de cet acte, comprenez que c'est lorsque cette connaissance diflère de l'intelligence et qu'elle s'accomplit par l'inter médiaire de l'imagination trop éloignée de l'intellect.
Il réfute ensuite l'opinion des gnostiques qui veu lent qu'entre l'intellect et lame existe quelque sub stance intermédiaire qu'ils nomment la raison intel lectuelle, et de laquelle l'âme tirerait sa raison.
S'il en était ainsi, aucune âme ne posséderait une intelli gence véritable et perpétuelle, la véritable et perpé tuelle intelligence, ne pouvant, en eflet, se rencontrer que dans l'intellect, ou ce qui le suit immédiatement et est en contact intime avec lui. Or, dans leur sys tème, l'âme ne recevant l'intelligence qu'en seconde main en posséderait l'image plutôt que la nature.
De cette façon elle ne pourrait ni se connaître ellemême, ce qui est le propre de la nature intellectuelle, ni concevoir une substance intellectuelle quelconque séparée des natures subséquentes, ni comprendre la raison formelle d'aucune chose, ou saisir une défini tion de la vérité : toutes choses, en effet qui revien nent en propre à l'intellect.
COMMENTAIRE DE MARSILE F1CIN LE FLORENTIN 63 CHAPITRE II Modalités de la Providence dans les trois Principes d'abord, pois dans les Étoiles, dans les Dénions et dans les Hommes. Dans le second chapitre Plotin rassemble les trois principes de tout, savoir : le bien même et son fils l'intellect, émanant du flambeau paternel à la façon d'une lumière, puis Pâme du monde, venant de l'intel lect divin et pénétrant tout comme un souffle spiri tuel.
Mais si cette dernière prévoit aux choses infé rieures, c'est à condition de ne jamais perdre, en aucune façon le contact des choses divines. Et plus elle s'unit avec la divinité, plus est grande sa puis sance génératrice des choses inférieures, comme si, fécondée par cette divinité, elle enfantait les choses subséquentes. Ces trois principes possèdent la Providence uni verselle par qui ils prévoient à tout et procurent tout.
Moins universelle est la Providence des âmes des sphères et des étoiles. Si chacune d'elles prévoit à tout elle ne peut tout procurer, car chacune ne peut trans mettre que ce qui lui est propre, si elle peut le transmettre à tous. La Providence est encore moindre chez les démons. La puissance de chacun d'eux ne s'étend que sur certaines espèces de choses auxquelles ils procurent certains dons particuliers.
Enfin cette puissance pro videntielle sur les choses inférieures se particularise encore davantage dans nos propres âmes. Elles ont
64 l'initiation [Octobre beaucoup plus de peine que les démons à effectuer leurs actes propres ; aussi est-il absurde de vouloir comparer puissance providentielle de l'âme hu maine à celle de l'âme du monde.
Comme, en effet, l'âme première est la plus puis sante de toutes, que sa puissance providentielle est universelle, et que rien ne peut se soustrâire à son action, ce n'est pas à tort que Plotin a dit : « L'action providentielle de cette âme ne lui cause aucun souci, et ne diminue en rien sa béatitude. » Quant à notre âme, elle a d'autant plus de peine à régir les corps, que parfois elle s'éloigne davantage des choses supé rieures.
On s'en éloigne, dis-je, d'abord par sa partie la plus basse, c'est-à-dire par son imagination, qui tend trop volontiers à l'entraîner vers les choses inférieures. Cette partie entraîne ensuite dans sa chute la partie moyenne de l'âme, dont la fonction propre est le rai sonnement.
« Mais quant à l'Intellect, qu'il désigne comme partie de l'âme, il affirme ici, comme il l'a fait maintes fois ailleurs, qu'il ne perd jamais contactavec l'intelligence divine. » - Cette opinion sur l'Intellect ne paraît pas particu lière à Plotin ; elle a aussi été professée par Ammonius d'Alexandrie, le maître que Plotin suivit en tout. Nous savons aussi qu'un certain nombre d'autres dis ciples d'Ammonius ont conservé cette même opinion.
De même Jamblique semble l'avoir classée au nombre des dogmes égyptiens. Je dois, enfin, vous faire remarquer que, « si notre
19o3) COMMENTAIRE DE MARS1LE FICIN LE FLORENTIN 65 âme est dite âme particulière parce qu'elle ne possède qu'une puissance providentielle particulière, e lie ne fait pourtant en aucune façon partie de l'âme du monde ».
De plus, si notre âme a beaucoup de peines et de soucis dans la direction du corps, c'est qu'elle ne possède pas le degré supérieur de l'âme qui appartient à l'âme du monde, c'est qu'elle ne reste pas tout entière en contact permanent avec ce qu'il y a de plus élevé et qu'elle n'a pas de puissance providentielle sur les choses inférieures.
Plotin estime que la condition des âmes particu lières consiste en ceci : Elles peuvent subir des modi fications sur tout ce qui touche à l'imagination ou à la raison, cela leur est impossible en ce qui a rapport à l'Intellect. Tout Intellect, en effet, est immuable ment constitué de toute éternité, de sorte que c'est dans la propriété subséquente de l'âme que se voient es premières manifestations du mouvement et du temps. (A suivre.) Dr Saû.
Le disciple. — Mon maître, je ne puis plus sup porter ce qui me relient dans l'égarement ; comment pourrais-je prendre le chemin le plus court pour trouver la voie de l'amour divin? Le maître. — Marche là où le chemin est le plus rude, embrasse ce que le monde rejette, ne fais point ce qu'il fait^ marche en toutes choses d'une manière opposée au monde, c'est le chemin le plus court pour parvenir à l'amour de Dieu. J. Boehm (Vie supersensuelle). 5
LiH reprodnotlon des artlolen Inédits publiés pnr l'Initiation «wt formellement Interdite, à moim d'autorisation spéciale. " PARTIE INITIATIQUE ~ (Cette partie tst réservée à l'exposé des idées de la Direction, des Membres du Comité de Rédaction et à la reproduction des classiques anciens.) LA KABBALE PRATIQUE D'après la Théosophie chrétienne Traduction de la *.
Magie numérale » d'Eckarthausen [Suite.) Il serait aussi ridicule, si les hommes voulaient parler et agir d'après cela, puisque; même les parti sans les plus ardents ne le trouvent pas nécessaire et que de telles doctrines ne sont que pour ceux qui se vouent aux sublimes réflexions sur la nature et son essence et qui remontent avec leurs pensées jusqu'aux limites de la raison humaine.
Ces réflexions ne doi vent servir qu'à humilier la fierté et l'impertinence des hommes, de les conduire à ce qui leur est proche et essentiel pour leur béatitude, de chasser l'esprit spéculatif et de les inviter à agir, de montrer qu'ils ne savent pas et n'apprendront jamais à découvrir l'in sensé des systèmes régnants jusque-là, de préserver les hommes des erreurs, d'expliquer le matérialisme et sa force réunie, de trouver de nouvelles raisons pour la continuation de notre « moi », si fortement discutée, et presque improuvable d'une autre manière.
LA KABBALE PRATIQUE 67 et de présenter une doctrine si pleine de consolation dont on se moque partout, sous un nouveau point de vue; de procurer à tous objets usés de nouveaux attraits et de mettre la splendeur de Dieu et de ses œuvres sous nos yeux d'une manière inattendue et réfutable ; de démontrer que l'homme, si enflé, si orgueilleux de sa raison, se moque de mainte chose qui lui est inconcevable sans cause, que peut-êtredes impossibilités sont possibles.
Si les principes précités sont justes, il s'ensuit inévitablement : i° Qu'il nous est impossible de pénétrer pour le moment dans l'essence des choses, de découvrir le mode de naissance de leurs parties fondamentales ; 2" Que chaque sensation chez l'un ou l'autre être organisé d'une manière égale ou différente n'est au fond autre chose que l'effet d'objets extérieurs sur des êtres organisés d'une telle et non d'une autre manière ; 3° Qu'avec tout changement de cette organisation, si imperceptible qu'il soit, un changement aussi vrai et proportionné à sa cause doit avoir lieu dans les idées de l'être ayant ces sensations ; 4° Que l'homme envertu de ses sens naturels ouartificiellement rehaussés ou affaiblis a toujours raison, qu'aucun avec toutes les différences, si grandes qu'elles soient, n'est trompé dans ses sensations, quand même il aura d'autres sensations que le reste ; car il voit les objets comme son organisation le per met, et d'autres ne les voient pas autrement ; 5° Qudnous n'accusons les. autres d'un manque et d'une erreur de sensations, que parce que leur manière de voir et d'avoir des sensations n'est .pas la
68 l'initiation nôtre, n'est pas la générale, comme aussi leur organi sation ne l'est pas ; 6° Qu'il y a hors de nous des êtres et des forces, mais qui ne se manifestent à nous que par leurs effets quoiqu'ils nous soient d'ailleurs inconnus, et qui, selon la différence de la susceptibilité du sujet rece vant les sensations, se révèlent d'une manière diffé rente ; que par conséquent les objets hors de nous n'existent pas seulement dans nos idées et que notre système est tout à fait différent de l'idéalisme des anciens et modernes ; 7° Mais que les corps, la matière, l'expansion, regardés comme tels, ne sont que des apparences, des phénomènes, sous lesquels ces forces inconnues nous deviennent sensibles, que selon ces principes on peut faire l'épreuve de la vérité de cette doctrine, qui regarde la matière comme morte, informe, comme l'origine du mal, mais qui regarde le corps comme le cachot de l'âme, qui est en embarras sur l'auteur de la matière ; 8° Que des causes apparentes produisent aussi des effets apparents, de même que l'illusion et la nullité reconnue de nous des couleurs n'empêche pas que des branches entières des sciences et des arts, comme la teinturerie, la peinture et la chimie ne s'occupent de produire des couleurs et de répartir et d'employer les couleurs fabriquées en bonne et due forme; 9° Que même notre corps ainsi que notre organisa tion, comme tels, ne sont aussi que des phénomènes, que ces mots et manières de parler ne signifient rien tfautre par soi-même que la susceptibilité inconnue
LA KABBALE PRATIQUE 69 à nous de notre imagination, de nous représenter les facultés de ces forces hors de nous, qui agissent sur nous de cette manière et non d'une autre ; io° Que nous nous représentons peut-être une foule énorme de ces forces, qui agissent sur nous, confusé ment et par cela sous une seule image de nos sens ; 1 i°Que le même objet, s'il agit sur mille différentes organisations, quoiqu'il me paraisse, à moi seul, sous une forme quelconque, doit pourtant pour lesautres se présenter sous des formes mille fois différentes, qu'il doit pour des êtres de caractère et de sens différents paraître comme quelque chose dont nous n'avons pour le moment aucune idée.
Que l'arbre n'est pas un arbre pour tous les êtres, que chaque objet a la faculté de se présenter sous une forme mille fois différente, de même que notre visage paraît dans un miroir plan convexe ou concave tantôt bon, tantôt long, tantôt large, tantôt grand, tantôt petit; ces différentes orga nisations sont dans le sens figuré ces miroirs plans, convexes ou concaves ; 12° Que ce qui se présente à tous ou à la plupart des hommes d'une manière continue et générale, quoiqu'il soit au fond un phénomène, est pour nous autant qu'une réalité ; mais que justement cette diffé rence des organisations connues de nous sert à trou ver la vérité ontologique, c'est-à-dire celle qui ne se confirme pas par une seule, mais par plusieurs orga nisations connues de nous ; i3° Que tout notre savoir et toute notre langue se fondent sur la supposition, que notre monde avec ses parties soit réellement par soi-même ce qu'il nous
70 l'initiation paraît, qu'avec cela la manière de s'exprimer n'a rien de décisif, que toute notre philosophie est une philo sophie des apparences, que cette doctrine serait néces sairement exposée aux méprises les plus horribles et ridicules, tant que la langue n'y est pas façonnée ; 14° Qu'il y a donc aussi pour tout être d'une orga nisation ou d'une susceptibilité toute différente une propre physique, philosophie, morale, législation, peut-être pour certains êtres rien de tout cela et au lieu de cela des sciences inconnues de nous et correspon dant à notre nouvelle organisation, si tant est que la science convient seulement à l'homme et d'aucune manière à de telles organisations : i5° Que toute organisation a donc sa vérité à elle propre, qui n'est pas fausse, parce qu'elle n'est pas confirmée de même dans les autres organisations, que toute notre commune vérité ne se fonde que sur ces prémisses tirées de nos sens, et qu'elle est vérité dans cette mesure.
Mais changez les organes, et les expériences et les prémisses sont changées, et alors rien de tout cela ? (ne sera changé?). Alors un autre système, une autre vérité, pour nous dans cette forme nullement imagi nable, serait compréhensible peut-être des impossibi lités possibles.
Peut-être rien de tout ce que nous savons mainte nant, ce que nous sommes maintenant, n'existerait, étant pour le moment incapables d'en faire des expé riences, à défaut de mots et de la langue ; ou de quel profit sont les mots, où les idées manquent, où les mots n'expriment que ce que nous sommes mainte
LA KABBALE PRATIQUE 71 nant et ce que nous apprenons maintenant, et où les mots ne pourront nullement être employés pour ce que nous apprendrons seulement sous d'autres formes. Ne dites pas à l'aveugle qu'il y ait un soleil, et alors il n'en a pas une idée, mais ouvrez-lui subi tement et pour la première fois les yeux : par quelle scène étonnante sera-t-il abasourdi ?
N'y a-t-il pas aussi chez nous une espèce semblable d'aveuglement, qui, quoique nous ne l'apercevions pas par manque de vues plus vastes, serait pourtant remarqué par d'autres êtres. La mort n'opérera-t-elle pas une fois notre cataracte, pour plonger nos regards dans un nouveau monde, inconnu à nous ? Ce qui nous parait être, dans cette forme, la décomposition du corps, n'est-il pas cette vue même?
Le corps mort pour nous et pâle n'est-il pas pour nous une vie supé rieure, quoique imperceptible? Donc avec tout organe nouveau le rideau est ôté, le voile jusque-là impénétrable est levé, en même temps un nouveau monde apparaît, pour ainsi dire, dans un seul monde et mille mondes pour des milliers et des milliers de spectateurs différents.
Un, et pour tant mille et mille, et dans chacun de ces milliers de mondes, dont chacun est presque infini, le nouveau, parfait ordre le plus grand, et la nouvelle, parfaite harmonie la plus grande.
Dieu dans une splendeur nouvelle, la nature dans une magnificence nouvelle, la diversité la plus étonnante dans l'unité la plus effrayante, donc : 17° Par eux-mêmes pas de soleil, de lune, d'étoiles, de terre, d'hommes, d'animaux, de feu, d'air, d'eau ;
72 l'initiation tout cela n'est que pour nous, et cela seulement tant que nous sommes organisés de cette manière : aussi toute vérité mathématique n'est certaine et ne dure qu'en tant que la grandeur et l'étendue sont des phé nomènes ; i8° Même toutes les difficultés jusque-là indisso lubles sur le temps et l'espace, sur le mouvement dans le vide, sur la divisibilité de la matière, sur la cohésion des corps, sur l'infinité de l'espace, sur le simple et le composé sont des discussions sur des phénomènes ; par soi-même rien n'est simple, rien n'est composé ; seulement sous cette forme et d'après notre logique actuellement fondée sur cela il n'y a pas de moyenne dans ces difficultés.
De même il en est avec la discussion sur l'éternité ou les origines, ainsi que sur l'étendue infinie des bornes du monde, le monde comme tel est un phénomène, a donc com mencé sous cette forme avec notre organisation, avec la susceptibilité de certains êtres. Mais ces forces ont existé infiniment longtemps avant d'avoir paru sous le phénomène, le monde.
Pour voir un soleil, des êtres avec des yeux ont dû avoir existé auparavant, et un être avec quelque chose de plus que des yeux voit dans ce que nous appelons un soleil, quelque chose que nous ne saurions dire, parce que nous n'avons pas de sens, pour sentir un tel. Bref, avec notre sus ceptibilité cette forme de la terre et du monde est née en même temps.
Peut-être la révélation pouvait être une connais sance armée de certaines vérités imaginables, qui ne sont compréhensibles que sous une autre forme, ainsi
LA KABBALE PRATIQUE j3 qu'à l'aveugle-né la nouvelle de la réalité d'un soleil est une révélation, pour rendre les hommes méfiants contre leurs connaissances actuelles, pour stimuler leur désir de rechercher, de comparer et de réunir le révélé avec ce qui est reconnu réellement, de com prendre l'impossibilité d'une union et de leur faire soupçonner par cette raison des vérités d'une espèce supérieure, pour fonder la relation entre ce nouveau monde futur et le présent, et le commencer déjà ici-bas, peut-être aussi pour les futures organisations des nouvelles révélations propres ; 2i° Quelle vue consolatrice pour la continuation de notre Moi !
Mourir signifie dans ce cas cesser de voir, d'avoir des connaissances, de voir des hommes, des animaux, des arbres de cette manière. Mais mourir ne signifie pas dans ce cas cesser complètement d'être, d'être sans imagination.
Il signifie plutôt obtenir une autre organisation, changer sa susceptibilité, voir ces mêmes objets d'une autre manière, de reconnaître, de détacher la peau de chenille, d'ôter le masque à qui e3t hors de nous, de pénétrer plus avant dans l'inté rieur des forces, quoique ce soit aussi alors très incomplet. Mourir c'est naître, cesser de paraître sous une autre forme, pour agir sous une autre.
Après la mort, il est vrai, l'homme ne pensera plus, car penser, ce n'est que pour le phénomène-homme. Mais mal gré cela il ne cessera pas. L'esprit, le Moi, aura une nouvelle modification supérieure, qui est liée à son nouvel état aussi essentiellementque l'était la réflexion et le raisonnement avec cette organisation. Cette modification ne sera pas de réflexion. Mais, faute de
74 l'initiation l'expérience et des mots, nous n'avons pas d'autre expression. Nous cesserons donc de nous représenter le monde de cette manière, mais nous ne cesserons pas d'agir d'une autre toute différente manière. La mort, c'est la transition d'une manière de voir les objets à une autre, l'avancement par degrés à l'intel ligence de l'intérieur des êtres. Cette mort, qui nous attend, ne sera peut-être pas l'unique, la seule.
22° Aussi les amis décédés, qui nous ont précédés, leur Moi si cher à nous, n'est pas perdu pour nous» aussi nous ne le sommes pas actuellement pour eux. Leur Moi reste toujours encore une partie de l'uni vers, qui est hors de nous, et agit sur nous, quoique ces sens ne le sentent pas. Nous ne nous présentons pas à eux de cette manière, mais de tout temps dans une forme, qui n'est propre qu'à leur propre organi sation.
Ils ne se souviennent pas de nous, car, se souvenir, ce n'est que pour les hommes.
Maisquoique nous ne sachions pas comme l'acte se manifeste et ce qu'est cet acte, par lequel se présentent les décédés, qui dans cette enveloppe sont nommés « hommes » par nous, êtres organisés, nous sommes pourtant de tout temps l'objet de leur imagination ; mille êtres organisés différemment me reconnaîtront, moi, qui ne parais qu'à tous, qui sont autour de moi, de cette manière et non autrement, sous une forme et une figure mille fois différente ; pourquoi y aurait-il exception à l'égard des décédés ?
23° Si dans le temps, après la métamorphose qui nous attend tous, où le monde actuel disparait, la nouvelle forme du monde, ce pays nouveau, inconnu,
LA KABBALE PRATIQUE j5 seulement supposé jusque-là, apparaît, nous rece vrons de même l'organisation propre à cette nouvelle forme du monde de nos amis qui nous ont précédés ; pourquoi ne les retrouverions-nous pas alors, nous qui n'étions même pas perdus pour eux dans cette période intermédiaire ?
24° Si ce que nous avons appris sous cette forme de l'être hors de nous, des. phénomènes du monde et de la terre, était malgré toutes les erreurs et expé riences déjà si excellent, si bon et si harmonique, était bon et harmonique dans la plus eflroyable diver sité, combien de raisons n;avons-nous pas de nous réjouir de la mort, de cette nouvelle, probablement encore plus parfaite intelligence de l'intérieur d'un monde qui est encore meilleur.
La mort ne devient-elle pas l'entrée dans une nou velle vie ? le triomphe de la nature ? De quelle gran deur sera cette scène ? Si à des esprits mêmes qui déjà ici-bas sont habitués à tant de perfection, d'ordre et de beauté, il devient presque impossible d'imagi ner quelque chose d'encore plus grand, de quelle grandeur infinie doit être celui qui a destiné à ses créatures un tel bonheur suprême infini ?
Ne croi rait-on pas que la providence a justement pour cela caché à l'homme son état futur, parce que la certi tude d'une telle splendeur nous attendant nous ren drait notre vie insupportable et hâterait la mort, pour prendre part d'autant plus tôt à cet état de béatitude? Et ne devrait-elle pas de cette manière (qui. le croi rait ?) être prouvée, cette doctrine si consolatrice de l'immortalité de notre Moi avec tous les droits, avec
76 l'initiation plus d'assurance dans les mystères, seulement pour des hommes exercés, éprouvés, qui ont de la mo rale ?
2 5° Si, comme nous en avons fait la preuve, dans ce monde des milliers et des milliers de mondes dif férents sont contenus, pour des milliers et des mil liers de spectateurs différents ; mais si seulement chacun de cesêtres était seul spectateurdu monde à lui assigné et non pas le même sujet par le changement de son organisation ne pouvait être spectateur d'un autre monde, monter à force de travail dans des sphères plus hautes, survivre à sa forme actuelle, ne pas voir d'une forme dans l'autre, être témoin de cette réunion de plusieurs formes qui naissent séparé ment et se fondent l'une dans l'autre, pour quel but serait alors cette effroyable provision et richesse de mondes ?
Pourquoi seulement sur cette terrre tant de parties, empires, pays, villes et villages, si chacun était destiné à ne pas quitter sa place, sa position ; si un village, une ville, un empire, une partie du monde était seul connu à ses habitants, mais inconnu à tout le reste ?
Que seraient les hommes, que serait la terre, si aucun n'avait la faculté de voyager dans ses différentes parties, de les embrasser du regard, de les comparer, de jouir du plaisir plus grand en ré sultant, dont au cas contraire on n'aurait pas joui, et de le sentir ?
Autrement le monde serait un grand et immense palais de mille différences avec les chambres les plus magnifiques, dont chacune n'a qu'un seul habitant, desquels aucun ne connaît les autres chambres, ni les habitants, ni ne s'en doute, et ne
LA KABBALE PRATIQUE 77 doit connaître encore moins la coordination des parties, l'art y appliqué, la symétrie et la décoration pendant toute sa durée ? Pour qui donc serait le plus grand de tous les plaisirs, le plaisir de connaître les rapports des parties ?
Si une connaissance partielle donne déjà un si grand plaisir, il manque à l'ordre, à cet univers sublime le plus grand, il lui manque un spectateur, un être, pour qui existe le tout, la relation.
Le plus grand objet de la connaissance est sans sujet qui doit le reconnaître, le plus grand plaisir existe, sans qu'on en jouisse, le plus grand chef-d'œuvre sans connaisseurs,qui l'admirent et en concluent à la grandeur de l'auteur ; le plus grand peintre a dessiné le tableau le plus plein d'art pour des aveugles éternels, les plus beaux, les plus délicieux fruits ne mûrissent pour aucun palais.
A quel but le plus beau jardin, dont personne ne jouit ? A quel but, la plus belle, la plus commode maison, sans habitants ? A quel but la plus grande harmonie, qui n'a pas d'oreilles ? A quel but tant de qualités splendides, pour lesquelles nous n avons pas de sens ? A quoi sert cette supposition de sens plus grands encore, de mondes plus magni fiques encore ?
Cela signifierait éveiller la soif, nous conduire à la source et ne pas se désaltérer : cela si gnifierait montrer le pays du repos de loin et le rendre impossible d'y parvenir ; cela signifierait avoir des pieds pour ne pas marcher et des yeux pour ne pas voir. A quoi servent les semences les plus riches, si personne n'ose les récolter ? Un changement, une perfection, qui n'est reconnu jamais de personne, et
78 l'initiation autant que s'il n'existait pas du tout, et pourtant, cet ordre, ce développement, cette relation se poursuit éternellement. Il serait insensé de croire qu'il y eût des millions d'œuvres les plus artificielles, que ces grands êtres fussent mis en mouvement, pour nous faire voir, à nous, être transitoires, la partie la plus petite seulement pour un jour, comme un rêve.
'Cela signifierait mouvoir l'océan, pour noyer une mouche, cela signifierait prescrire à l'étoile fixe une route de plusieurs milliers d'années, pour servir au voyageur deux temps de nuit de flambeau insuffisant. Où est là l'économie de la nature, cette loi si visible dans toute la création ?
Pourquoi s'élever dans cette forme à une telle hauteur spirituelle, pour n'être alors rien d'autre que l'ombre d'un corps, qui de nouveau ne servira qu'à mettre un autre autant éphé mère dans la lumière ? Pourquoi alors cette éternelle ascension et descension si pratique, si harmonique? cette germination et cette défleuraison? Rien donc, qui restera, n'existera-t-ii ?
Je pourrais devenir ce que je suis actuellement, je pourrais devenir ce que je n'étais pas, pourrait plus attendre, plus supposer que je ne suis, et maintenant non pas seulement Je silence suivrait, par le saut le plus effroyable, le plus impossible, l'eflroyable nuit éternelle ferait irruption, la Jumière deviendrait des ténèbres, et le midi le plus clair deviendrait Je minuit le plus sombre; nous aurions appris pour oublier.
Dieuet la nature auraient construit, comme des enfants, un château de cartes, pour détruire l'édifice le plus magnifique, sans but, selon leur caprice. Non ! cela ne peut pas être, tout
LA KABBALE PRATIQUE 70, nous crie clairement que notre moi durera encore, quoique sous d'autres formes ; que pour nous des mil liers et des milliers de grandes scènes sont préparées, à mesure que nous perdons cette figure, ces sens, cette manière y liée de voir le monde; mais que, malgré cela, nous netenons pas complètement, que nous com mençons de revoir sous une nouvelle forme avec des modifications nouvelles un nouveau monde, qui est lié au précédent ; que nous mourons pour ce monde pour naître pour un autre, qu'entre être et ne pas être il y a un intermédiaire, savoir d'être autrement, et cet « être autrement» prouve la variabilité de notre organisation et le changement y nécessairement lié du monde et de sa forme.
26° Si donc ces différentes formes du monde, con tenues l'une dans l'autre, ces différentes organisations de nous, qui se développent séparément l'une après l'autre, cette vie et mort y conduisant et à tour de rôle se suivant doivent être aussi liées entre ellesmêmes, parce que tout est lié, et reçoivent plutôt par cette tendance commune leur valeur, si cette tendance peut être connue, cette série de mondes peut être embrassée de nos regards : la grande destination de la progression ultérieure pourrait bien exister.
Il serait possible, même nécessaire, que, si après la fin de la vie les résultats de nos expériences et de nos observations sont assombris par l'impression plus forte de la nouvelle vie, ils s'endorment, mais cette série ayant été fermée par un nombre déterminé de mondes, qu'alors tous les ressorts et tous les réser voirs des expériences du monde recueillis éclatent
8o l'initiation subitement et se présentent à notre Moi méditant, ce voyage n'irait pas alors d'une étoile à l'autre, des animaux aux hommes, des hommes aux animaux, il serait plus étonnant et plus général, il irait d'un univers à l'autre, du précédent tout à fait différent, d'une organisation connue à une tout à fait différente, dont actuellement notre intelligence n'a pas une idée et notre langue pas une expression.
27° Justement, par cette impression plus fortede la nouvelle vie, il serait compréhensible pourquoi nous ne nous souvenons pas actuellement de notre état qui a précédé cette vie présente, quoique nous en ayons autant gagné, que nous concluons par l'usage de la raison, que nous avons de là, de la faculté, que nous avons aussi de là, de faire des conclusions analogiques avec une grande confiance à cet état précédent, quoique la manière et la forme ainsi que la condition naturellenous soient assombries par l'effet plus fort de la vie présente, jusqu'à ce qu'elles se réveillent à la fin de quelle manière que ce soit. EdCARTHAUSEN. (A suivre.)
La Voix de Dieu Ta voix, elle est passée aux champs de ma jeunesse, Au-dessus du murmure étonné des épis, Du silence anormal de mes sens assoupis... On eût dit une cloche au loin sonnant la messe. Je travaillais alors, le front toujours penché, Et je n'interrogeais au ciel que les nuages, Avide moissonneur tremblant que les orages Ne surviennent avant que le blé soit fauché.
J'avais choisi déjà la place où serait l'aire ; Agrandi, mon cerveau devenait un grenier... Mais qui donc serait là venu communier Sous l'espèce d'un pain donné comme un salaire? J'ai levé front et cœur, j'ai jeté mes outils, Du temple où tu m'attends je recherche la Voie, Et que l'homme ricane, ou que le chien aboie, J'opposerai l'air calme et doux des convertis.
Si tu veux que je sois labouré des épines, Je bénirai, Seigneur, aussi leurs aiguillons, Car, c'est au fond, je crois, de leurs sanglants sillons. Que peuvent mieux germer les paroles divines. Emile Artarit. 6
ORDRE MARTINISTE Avant le 15 novembre nous espérons que nos délé gués auront reçu le nouveau Bulletin de l'Ordre, qui pa raîtra ensuite régulièrement. Ce Bulletin ne se vendra pas au numéro et ne rece vra ni abonnements, ni échanges. Les conditions de souscription seront énumérées sur le premier numéro. Grâce à ce Bulletin les diverses formations de l'Ordre seront mises en entière communication.
Société des Conférences spiritualistes Les séances de cette Société vont reprendre sous peu et se tiendront comme par le passé, à l'Hôtel des So ciétés savantes. Le comité étudie une légère modification aux séances permettant de les commencer plus tôt et de les termi ner un peu plus tard pour étendre un peu le programme et permettre de le varier. La conférence aurait lieu de 9 heures à 10 heures un quart comme par le passé.
Groupes d'Études esotériques De nouveaux groupes sont en formation à Londres, grâce à l'autorité de notre éminent délégué en Angle terre, auquel nous adressons toutts nos félicitations.
LA GRANDE CRISE PROCHAINE 83 La grande Crise prochaine Le Directeur de YÉcho du Merveilleux a reçu l'intéressante lettre que voici : Monsieur Gaston Mkry, Vieux Sénonais et ayant connu toute votre famille, je m'intéresse à vos succès littéraires ; quand donc la Libre Parole donne un sommaire de YEciio du Merveil leux qui attire mon attention, je le fais venir. J'ai été particulièrement intéressé par le numéro du 15 août.
La lecture des articles : « Pie X et ignis ardens ; — Pie X et le chiffre!); — •Calculs sur la prophétie de Prémol », m'a décidé à prendre la plume. On a dit : « Du choc des idées naît la lumière », me permettezvous de vous apporter mon petit lumignon '. J'ai quelque expérience, mes épaules portant soixantequatorze printemps, j'ai beaucoup vu, encore plus lu et pas mal retenu.
Depuis longtemps, je médite sur les prophéties vrai ment sérieuses et les rapproche des commentaires autorisés de l'Apocalypse. Vieux philosophe chrétien, j'enregistre les laits, je les juge, et j'attends. Moi aussi, je me suis fait une petite opinion sur tout ce qui se passe, ou peut se passer bientôt, et c'est le résultat de mes méditations sur cet intéressant sujet que je vous livre.
Ignis ardens. — Les explications données pour justi fier celte devise me laissent froid. Pie X sera : Ignis ar dens par le zèle qu'il mettra à défendre la religion. Enfant du peuple, il a eu l'ame bien trempée, et il ne faillira pas à sa mission. Quant aux chiffres fatidiques, en général, il y a longtemps que j'en suis revenu. Dans les calculs de la prophétie de Prémol, je retiens
84 l'initiation seulement trois dates : 1903, 1906, 1912, les autres ne me disent rien. Je possède toutes les grandes prophéties, je les ai condensées. Elles s'accordent pour prédire une crise très grave, et des maux qui ne feront que s'accentuer jusqu'à la crise finale, qui sera terrible. En France, elle sera courte, mais on avance qu'il y périra plus de monde qu'en 93 ! Paris doit être détruit pendant cette tourmente.
Le signal de cette crise finale serait la mort subite d'un grand personnage, mort qui sera cachée plusieurs jours. Ce qui me console de ces fâcheux présages, c'est que toutes les prophéties s'accordent pour annoncer le relèvement complet de la France. J'ai beaucoup médité le secret de la Salette. Bien qu'il y ait une tendance marquée, surtout dans le clergé, pour le dénigrer, j'ai de fortes raisons pour l'ac cepter dans son entier.
Bien plus, les menaces qu'il contient, on les retrouve dans les révélations faites à la voyante de Francoules, Pauline Périer. Ses visions, pendant les années 1860, 1861, 1862, ont été publiées, en 1899, par l'abbé duquel, son confesseur, avec l'autori sation de l'évôque de Cahors.
Pour le moment, on parle beaucoup de Ignis ardens, il règne ; mais les lecteurs de saint Malachie n'ont-ils pas été frappés par la qualification, ou la devise de son successeur, Iîeligio depopulala ! Cette devise en dit bien long. Quant à moi, je pense que Religio depopulala régnera pendant la grande crise qui doit atteindre l'Eglise catholique. Le successeur de Religio depopulala sera : Fides inlrepida !
On suppose que Fides intrepida sera le grand pape tant annoncé. Enfin, on estime que Ignis ardens et Religio depopulala auront un règne très court ! Pour bien faire saisir toute la portée de mes conclu sions, il me faut maintenant dire quelques mots sur l'Apocalypse et la prophétie de Daniel. VApocalypse est la prophétie par excellence, mais elle a été longtemps incompréhensible.
Aujourd'hui, grâce aux faits enregistrés par l'histoire pendant dixneuf siècles, on en a trouvé la clef. Toutes les inter
LA GRANDE CRISE PROCHAINE 85 prétations, cependant, n'ont pas la même valeur. J'en possède six, mais une seule a su s'imposer à mon intel ligence et à ma raison, par sa logique et par l'applica tion absolument judicieuse des faits de l'histoire au texte de saint Jean. C'est l'ouvrage de M. de Hédouville, les Sept Ages de l'Eglise. Malheureusement cet ouvrage est introuvable, il n'a jamais été mis dans le commerce.
J'ai la bonne fortune de posséder les derniers feuillets restés dans la famille et dont la petite-fille de l'auteur m'a gracieusement fait cadeau. En 1900, un savant chrétien, M. Jules Sévèrin, a publié, avec l'imprimalur de l'archevêché de Paris, une brochure ayant pour titre : La Clef de l'Apo calypse. J'ai cette brochure.
Jules Séverin, dans son tra vail, suit pas à pas l'œuvre de M. de Hédouville, mais comme il écrit soixante-quinze ans après lui, il le com plète en tenant compte des faits survenus pendant le dix-neuvième siècle. Voici les divisions acceptées aujourd'hui pour les sept âges de l'Eglise. 1" âge : Des Apôtres à Constantin. 2* âge : De Constantin à l'invasion de Rome par les Barbares. 3e âge : De la destruction de la Rome païenne à Ma homet .
4e âge: De l'hégire de Mahomet (622) à Luther (1516). 5* âge : De Luther (1516) à la Révolution (1800). 6' âge : De l'an 1800 à la chute de l'Antéchrist. 7' âge : De la chute de l'Antéchrist à la fin des temps. Cette division est basée sur le rapprochement des textes avec tous les faits de l'histoire jusqu'en 1830.
Pour l'avenir, sur l'interprétation absolument logique des textes et sur des points de repère fournis par le texte même, mais dont il n'était pas possible de com prendre toute la valeur, avant 1804, M. de Hédouville, dans sa discussion, s'adresse surtout au bon sens et à la raison, et si la raison du lecteur est saine et droite, elle doit forcément s'incliner.
Voici les grandes lignes des 5', 6* et f âges, telles qu'elles ressortent du livre de M. de Hédouville. Le 5° âge part de Luther. Une étoile tombe du ciel,
86 l'initiation (lit le texte. Luther était prêtre et religieux. Luther est le père de toutes les hérésies modernes. Les hérésies engendrent le philosophisme, lequel engendre le maté rialisme. Pendant le 5* âge, les hérésies, le philosophisme, le matérialisme font leur chemin à travers le monde, et la révolution qui termine le dix-huitième siècle en est la conséquence. Le 6* âge fait l'application radicale des théories éla borées pendant le 5".
Les idées matérialistes et athées prennentcorps,ellesenvahissent les esprits, qui perdent la notion du bien et du mal. Cet âge, renouvelant le crime de Satan, déclare la guerre à Dieu et à son Christ. Non serviam ! Il prépare les voies à l'Antéchrist avec la chute duquel il finit. Voici le 7* âge. A l'ouverture du 7° sceau, il se fait dans le ciel un silence d'une demi-heure ! Epoque de paix l'ère des persécutions est close.
L'Eglise du Christ règne sans conteste. D'après les commentateurs, cet âge doit être court. D'aucuns môme, partant des données acceptées pour calculer la durée des temps, traduisent ce silence d'une demi-heure qui se fait dans le ciel par cinquante ans environ. Le 6' âge se termine avec la chute de l'Antéchrist ; à quelle époque peut-on fixer son apparition? C'est ici qu'il faut laisser la parole aux interprètes de de la prophétie de Daniel.
Les commentateurs fixent à 1290 ans la durée des temps énoncés dans cette prophétie ; on s'accorde aussi pour prendre l'année de l'hégire de Mahomet (622) pour le point de départ de ces 1290 ans. Calculons : 622 -f- 1290 = 1912. L'année 1912 verrait naître l'Antéchrist. 11 doit vivre 45 ans. On aura encore 1912 -f- 45 = 1957. L'an 1957 serait l'année de sa chute.
L'Antéchrist doit régner sur le monde entier et persé cuter l'Eglise pendant 3 ans et demi. La grande persé cution de l'Antéchrist devrait donc commencer dans le courant de 1953 pour se terminer dans le courant de 1957. Si ces calculs sont exacts, la génération qui com mence verra l'Antéchrist.
LA GRANDE CRISE PROCHAINE 87 Ces dates sont corroborées par plusieurs révélations et en première ligne : le Secret de la Salette. Il y est dit : l'Antéchrist naîtra dans les premières années du vingtième siècle. Catherine Emmerich, dans le récit de la Passion douloureuse de N. S. J.-C, dit qu'il lui fut révélé que Lucifer serait déchaîné 50 ou 60 ans avant l'an 2.000. La stygmatisée de Saint-Omer, Bertine Bouquilloux, parle dans le même sens.
Tous ces préliminaires bien posés, examinons les dates retenues plus haut d'après les calculs de la pro phétie de Prémol. 1903. — J'accepte cette date. Pas d'erreur possibld la crise est commencée. 1903 est un point de départ absolumeut certain. Les événements vont désormais marcher avec une terrible rapidité. 1900, 1910, 1912. L'abbé Combes, dans sa brochure du Grand coup, fixe la crise aiguë entre 1905 et 1910. La marge est grantie.
Personnellement, je me suis déterminé pour 1906; voici mes raisons, je les donne sous bénélice d'inven taire. Il est un fait constaté dans l'histoire de l'Eglise, fait qui n'est, en réalité, que la réalisation du verset 6 du chapitre XII de l'Apocalypse, c'est qu'aucune grande persécution contre l'Eglise n'a duré plus de 1260 jours !
Pendant les trois premiers siècles de notre ère, les persécutions n'ont pas manqué, mais l'histoire à la main, on constate que, au bout de 3 ans et demi, il survenait un événement imprévu arrêtant le bras des bourreaux. Pendant cette accalmie, l'Eglise retrempait ses forces. La persécution actuelle rappelle, en tous points celle de Julien l'Apostat, laquelle a duré 3 ans et 4 mois.
Raisonnant d'après ces données et le système de pro babilités, je dis : La crise a commencé en 1903; admet tant qu'elle dure 3 ans et demi, ça nous mène en 1906. Si je prends la Salette, j'arrive au même résultat. La Sainte Vierge a dit que Dieu enverraitdes raauv qui se succéderaient pendant plus de 35 ans ! Elle n'a pas dit 36 ans. L'année 1870 est le point de départ indiscutable
88 l'initiation des 35 ans. On a donc : 1870 -+- 35 = 1905, mais il faut lenir compte du mot plus, et on atteint encore 1906. Quant à l'année 1912, elle sera forcément célèbre, si elle voit la naissance de l'Antéchrist. Que sera l'Antechrist? Apparaîtra-t-il subitement? Voilà ce qu'il sera d'après les données de l'Apocalypse et les révélations le concernant : L'Antéchrist doit naître en Asie; il vivra ignoré pen dant ses premières années.
Un beau jour, comme Mahomet, dont il pourra très bien prendre le nom, il se fera connaître comme grand conquérant; il doit réunir sous sa domination quatre grands peuples de l'Asie. Son heure venue, il envahira l'Europe à la tête des hordes asiatiques, se proclamant le Vrai Christ. Voilà le véritable péril jaune comme déjà le pressen tent quelques esprits sérieux.
Et maintenant, comment concilier l'arrivée si proche de l'Antéchrist avec les vingt-cinq années de paix pro mises par la Sainte Vierge du haut de la montagne de la Salette?
Elle a dit : « Cette paix sera troublée par le monstre ! » (Secret de Maximin.) En reculant même jusqu'en -1910 le retour complet de la paix après l'anéantissement (les méchants, ces vingt-cinq ans de calme nous mèneraient jusqu'en 19-25, soit dix-huit ans à courir jusqu'en 1953. Mahomet, qui a étonné le monde par la rapidité de ges conquêtes, a mis dix ans pour accomplir sonœuvre.
Combien plus fort et plus puissant sera l'Antéchrist, puisque Lucifer lui-même guidera son bras et com battra avec lui.
Donc, et mon raisonnement n'a rien qui choque la raison, vers 1905 on pourra très bien entendre déjà parler des conquêtes de cet homme étrange ; plus que jamais on pressentira l'imminence du péril jaune, et l'Europe commencera à trembler pour son exis tence, mais les sociétés secrètes auront fait leur œuvre, si bien que le jour où l'homme du mal envahira l'Eu rope, en se proclamant le vrai Christ, il trouvera la très grande majorité des hommes prêts à le recevoir et à le reconnaître. Voilà, aussi brièvement que possible, comment je comprends la situation actuelle, je la juge avec un
GUERISON D'UN ENVOUTEMENT EN CORSE 89 complet désintéressement. A mon âge, on vit des jours de grâce, mais on n'a plus le droit d'escompter le len demain. On voit les choses de haut et on les juge sai nement. A. Champagne, 2, rue Bourgeoise, à Clamecy (Nièvre). (L'Echo du Merveilleux.) Guérîson d'un enVoûternen* en Corse L'autre jour, la mazzera est venue guérir mon petitneveu.
Elle a, dans une chambre hermétiquement lermée et dans laquelle il n'y avait qu'elle, ma tante et l'enfant, allumé un feu de myrtes qu'elle avait cueillis en plein midi, avant de venir; ensuite, elle a jeté de l'encens, des fruits de cyprès et une petite croix faite avec le bois d'un figuier qui avait poussé sur une tombe.
Pendant que le feu s'allumait, elle en a fait trois fois le tour en prononçant des prières magiques et en se prosternant plusieurs fois. Ensuite, elle a pris l'enfant déshabillé et l'a tenu au-dessus du feu qui dégageait une épaisse fumée (on ne les voyait plus, ni la mazzera ni l'enfant) ; puis, avec la cendre, elle lui a frotté les paupières, toujours en prononçant ses prières.
Elle avait vraiment l'air d'une sorcière en faisant cela et, malgré moi, j'en ai été impressionnée. Je lui ai demandé quelles étaient les prières qu'elles disaient, elle et ses pareilles... Il leur est, parait-il, défendu de les faire connaître aux simples mortels.
Pour les ap prendre, il faut, la nuit de la Saint-Jean (24 juin), se rendre au bord de la mer, du côté de l'endroit qu'on nomme les Sept-Chapelles, et là les mazzeri se réu nissent et apprennent les prières magiques...
9o L'INITIATION Ce qu'il y a de certain, c'est que mon petit-neveu s'est trouvé de suite rétabli... Extrait des Mémoires de la Société Bourguignonne de Géographie et d'Histoire (Tome XIX, année 19o3. — Dijon, Imprimerie Daranliére).
HISTOIRE De ce qui s'est passé au mois de Novembre 1674 En la Cure de Mailly-l'Église (près Auxonne) Touchant l'apparition d'un Esprit Dressé par moi Edite-Bernard SAIN Matlre d'école dudit lieu Par ordre du Révérend Père LEGBAND De la Compagnie de Jésus Le premier jour de novembre 1G74, jour de la féte de tous les saints, on sonna les matines audit lieu de Mailly, environ à 5 heures du matin, si bien que le second coup étant sonné, je m'en allay avec le marguillierà la cure, où je trouvai Messire Jean-Baptiste Guichard, curé dudit lieu, qui se levait, et après lui avoir donné le bon jour, il me dit qu'il croyoit qu'il revenoit des esprits en sa maison curiale, et qu'il avoit entendu du bruit pendant la nuit et au môme instant la clef de la porte, qui étoit pendue à un clou derrière icelle, fut prise et jetée au milieu de la chambre avec quelques morceaux de verre et quelques petites briques.
Ensuite, nous sortîmes de la maison pour aller dire les matines et le reste du jour se passa sans aucun bruit. Le 2 novembre, je fus trouver ledit sieur curé, entre 5 et 6 heures du matin, pour l'accompagner pour prier Dieu pour les trépassés ; je lui demandai ce qu'il avoit entendu pendant la nuit : il me dit qu'il n'avoit rien
APPARITION D'UN ESPRIT 91 entendu, mais que depuis un quart d'heure ledit Esprit avoit pris un fort gros charbon de feu, et l'avoit jette dans une autre chambre de ladite cure, qui fut écrasé par mon fils qui servoit ledit sieur curé, avec des morceaux de terre et de briques de carreaux qui furent jettés en grand nombre par toute la maison tant sur le lit dudit curé, sur la table, que 3 ou 4 qui tombèrent tant sur moi que sur le petit garçon.
Sur cela nous allâmes à l'église faire notre office. Mais le soir étant arrivé, ledit sieur curé soupa assez paisi blement, mais ayant soupé et voulant compter quelqu'argent, pour faire venir la provision pour le di manche, il lui fut jetté par quatre ou cinq fois un fer de cheval tout autour de luy et avec une très grande force.
Outre plus, il y avait un réchaud dans une autre chambre qui fut pris et jetté sous le lit dudit sieur curé avec les grils et généralement toute la vaisselle tant d'airain que autre.
Ledit sieur curé voyant qu'il ne pouvoit demeurer en sa maison parmi tant de bruit et de danger, fit prendre une lanterne à ce petit garçon et me vint trouver en ma maison, et m'ayant prié de vouloir aller à la cure pour lui tenir compagnie, et étant entré, nous relevâmes une partie de ce qui avait été jetté par la maison.
Mais étant dans l'une des chambres tout se renversoit dans l'autre, même 15 ou 16 sous de deniers qui étoient comptes sur la table, comme il est dit ci-dessus, qui furent tous jettés par la chambre. Mais comme je voulus m'opiniâtrer à les ramasser, il y avoit un flam beau d'étain qui se montoit à vis, lequel fut démonté, dont le chandelier me fut jetté entre les jambes, et le pied d'un autre côté.
Enfin ledit sieur curé, voyant tout ce désordre, se résolut à quitter sa maison pour aller coucher autre part, et pour cet effet, il serra ce qui lui plut, et entre autres choses, il y avoit dans un sac de toile blanche 8 à 9 francs de deniers qu'il posa sur laditte table, et cependant qu'il mettoit ordre à quelque chose, il me dit de fermer un cabinet avec un cadenas, et en le fermant il mit la main sur ledit sac,
92 l'initiation lequel fut tiré de dessous avec violence et iceluy jetté tout au travers de la chambre, mais l'ayant ramassé, je le mis dans ma poche, et après avoir regardé un peu de temps pendant lequel il fut jetté et renversé tous les ferrements servant au feu, comme les pelles, les tenailles, pincettes et autres choses.
Enfin étant sortis de la maison, nous allâmes chez un nommé Paul Pillot, hôte audit Mailley-l'Église, chès le quel il se trouva plusieurs personnes qui ayant appris l'affaire voulurent tourner le tout en raillerie et qu'ils iroient à la cure sans rien craindre, môme assuroient leurs dires avec jurements, notamment un nommé Claude Jovinet.
Si bien que ledit sieur curé pour les obliger à tenir leurs promesses, et leurs paroles, leur donna la clef du susdit cabinet où étoit son vin et leur dit que s'ils vouloient en aller tirer, il leur en donnoit tout ce qu'ils voudroient boire.
Et prenant pour cet effet deux lanternes et moi en leur compagnie, nous allâmes en la cure, dont ayant ouvert la porte j'y entrai le premier pour faire voir au dit Jovinet le désordre qui étoit en ladite maison ; icelluy pourtant demeure au bout de la table, où il ne fut pas sitôt arrêté, qu'il lui fut jetté une pierre sur la tête, qui pesoit au moins 8 à 9 livres, sans toutefois lui faire du mal, du moins fort peu.
Ce que voyant nous sortîmes tous de la maison où nous étions tant dans la chambre que dans la gallerie pour le moins 8 ou 9 personnes, sans tirer du vin comme ces gens-là l'avoient promis. Knfîn nous nous retirâmes et le curé coucha en la maison dudit Pillot, et laissa la maison en garde à l'esprit.
La nuit étant presque passée, ledit sieur curé pensant retourner chez lui avec ledit Jovinet, qui avait couché avec lui, fut bien surpris lorsque, voulant entrer, les pierres, les briques, les mottes de terre, les pots, les aiguières et généralement tout ce qui étoit dans la maison fut renversé, si bien que n'osant y entrer, ils me vinrent trouver de compagnie, et me dirent ce qui se passoit, et même ledit Jovinet me défia d'aller en ladite cure. Je lui fis réponse que pour gageure ni pour défi je n'y voudrais pas aller, mais que si ledit sieur
APPARITION D'UN ESPRIT 93 curé avail quelque chose à faire, j'étois prêt à y aller; lequel, pour m'obliger à y aller, me pria de lui aller quérir une chandelle et la clef de l'armoire où était le calice. Ayant donc pris sa clef, je m'en allai à la cure, où je ne fus pas plutôt entré que je reçus un coup de brique sur le dos ; je m'avance pour prendre ladite chandelle, et il m'en tomba une autre sur la tête.
Pre nant ladite clef, je reçus un autre coup sur l'épaule droite, et enfin voulant sortir de la maison, une autre me donna sur l'estomac et sur le genou.
De là étant retourné auprès du curé etdudit Jovinet, qui avoit encore reçu 2 ou 3 coups étant sur le cime tière, dont il se plaignoit assez, nous allâmes à l'église, où ledit sieur curé ayant pris le rituel, il lisoit les prières qui sont propres contre tels esprits ; je tenois la chandelle, ledit sieur curé lisoit, et ledit Jovinet étoit auprès de nous, sur le nez duquel il tomba une brique de pavement bien de la grosseur de 2 œufs.
De là nous retournâmes à la cure où il se trouva plus de 20 personnes du village qui virent jetter les pots, les plats et les aiguières d'une chambre à l'autre, si bien que c'était une horreur de voir tout cela, même un pot de terre fut cassé tout à mes pieds. M. le curé voyant sa vaisselle à la veille d'être toute gâtée, se résolut de Tôter et en effet nous la portâmes toute à l'église.
Tout cela se passa le jour de saint Hubert, 3e de novembre, que ledit sieur curé célébra la sainte messe, et de là prit la résolution d'aller en la ville d'Auxonne pour donner avis tant à M. l'Official dudit lieu, que pour prier les Révérents pères capucins de venir voir tout cela. En effet, il y fut le même jour : le reste de la journée on ne remarqua rien, sinon qu'on entendait toujours du bruit, et la cure demeura abandonnée.
Le curé n'y coucha pas, d'autant que passant autour d'icelle nous reçûmes toujours quelques coups en passant. Ayant donc passé la nuit, le dimanche matin, la messe fut dite à l'ordinaire et après icelle on dîna à la cure, où M. Berbis, seigneur dudit Mailley,dîna sans voir ni entendre aucune chose. Le soir comme on fut prêt à souper, que mondit
94 l'initiation seigneur de Mailly et M. son frère, ma jor dr-s ville et château d'Auxonne y étoienf, le R. P. Emmanuel et le frère Donat, capucins de ladite ville y entrèrent, et après s'être salués on se mita table où on soupa bien au repos.
Après souper on devisa de plusieurs choses, entre lesquelles le père Emmanuel raconta quelques histoires sur le retour des esprits et enlin dit : Dieu grâce, M. le curé, vous voyez bien que notre esprit est bien sage et qu'il ne nous dit rien. Tout aussitôt ledit esprit prit une branche d'une salière qui étoit rompue, et la jelta sur la table devant toute la compagnie.
J'étois lors assis sur le colïre dudit curé, et il me tomba en même temps une petite brique sur le genou. On vit encore un grand clou sur la table, et finalement ce Ier à cheval dont j'ai parlé ci-devant qu'on avoit caché sous ledit coffre fut pris et jetté sous ladite table et qui toucha le pied dudit frère Donat. Voilà ce qui se passa le soir.
Ces messieurs se reti rèrent et après avoir prié Dieu, nous finies bon feu et nous passâmes la nuit fort paisiblement sans voir ni entendre aucune chose.
Ces messieurs qui s'en allèrent avec M. le curé du moins M. de Mailley, reçut un coup sur le chapeau, et M. le curé aussi eu passant sur le cimetière, mais comme ils étoient impatiens de sçavoir comment ces bons religieux et moi avions passé la nuit, ils vinrent de grand matin nous demander ce que nous avons veu.mais ils furent bien réjouis, notamment M. le curé, lorsqu'ils sçurenl que nous avions passé la nuit aussi paisiblement qu'ils avoient pu le faire.
Enfin le P. Emmanuel célébra la sainte messe et ledit sieur curé aussi et ils s'en retournèrent tous audit Auxonne, où M. le curé laissa de l'argent pour Caire dire quantité de messes. il ne faut pas douter si nous étions bien en repos de voir que notre esprit nous avoit traité si doucement pendant "H heures.
Mais au retour de M. le curé, il nous fit bien voir qu'il nous avoit donné ce peu de re lâche pour en prendre lui-même, car le soir il jetta plus de briques qu'il n'avoit fait de tout le passé ; même il fut remarqué qu'il sortit 3 ou i fois des serviettes d'une armoire qui est auprès du feu et qui étoit fermée
APPARITION D'UN LSPRIT 95 «t les jettoit par la chambre môme, en présence de 7 à 8 personnes du village, qui étoient là par curiosité, et M. le curé ayant eu la bonté de tirer du vin pour le faire boire, il tomba plusieurs choses sur la table, sans casser aucune chose, et c'est une chose à remarquer qu'il tomba une brique sur un verre qui étoit plein de vin, fit bien épancher la moitié du vin sur la table.
M. de Maillcy et M. son frère sont encore témoins d'une partie de ce qui se passa ce soir-là, d'autant qu'ils y soupèrent encore : comme de môme il fut enlevé un tort gros charbon du feu qui fut jetté le même soir en présence de 6 ou 7 habitants dudit lieu, et qui passa par-dessus la table sans toutefois faire un grand mal; il jetta encore quelque chose, mais ce fut peu de chose ; on entendit quelque bruit, mais, petit à petit, cela s'est arrêté tout à fait.
M. le curé dit plusieurs messes, et donna encore pour en dire, si bien que je couchai encore 2 ou 3 fois avec lui, pendant lequel temps il ne tut veu ni entendu au cune chose. J'ai oublié une remarque qui est de ces deniers qui turent épanchés le vendredi au soir, nous ne pûmes tout retrouver, et nous n'avions laissé aucune chose sur la table, et néanmoins M. le curé le matin y trouva le reste desdits deniers.
Voilà tout ce dont je me suis souvenu, et que je pro teste être la vérité même pour avoir veu et entendu tout ce que dessus. En foy de quoi je me suis sous signé. A Portons, le 7 maiI 1695. Signé : E.-B. Sain. L'Ecole pralique de Massage cl de Magnétisme rouvrira ses cours le mercredi 6 novembre.
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