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PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Cette partie est ouverte aux écrivains de toute École, sans aucune distinction, et cha:un d'eux conserve la responsabilité exclusive de ses idées. Momie, Physiologie et Psychologie des Nombres Ce qui caractérise la théosophie chrétienne, c'està-dire la seule véritable tradition intégrale actuelle, c'est l'application des nombres.
Nous voyons cette application se caractériser dès le Sépher Jésirah et devenir, par la suite, la marque spécifique de tout livre kabbalistique. Lesenseignementsqui ne sont pas établis, dès leur principe, sur le roc de la numéra tion, se perdent vite dans la nébuleuse métaphysique et y égarent leurs adeptes.
C'est alors que nous voyons détourner les termes de leur sens exact, trahir les révélations, sous prétexte de les traduire, et donner comme ésotérisme des élucubrations mentales qui n'ont ni poids, ni nombre, ni mesure.
Il n'y a pas d'ésotérisme possible sans connaissance des nombres, et parler du septenaire, énumérermême des kyrielles de septenaires embrochés les uns à la suite des autres, sans montrer comment un septe naire est constitué et comment il passe d'un plan à un autre, c'est égarer le chercheur dans un labyrinthe d'où il sera bien longtemps avant de pouvoir s'enfuir.
ANATOMIE DES NOMBRES 1 97 Mais il faut éviter encore un piège du mental, même dans l'étude si précise des nombres et de leur prodi gieux mystère. Le nombre est un être d'un plan spécial, ayant son anatomie, sa physiologie et sa psychologie.
L'anatomie du nombre nous montre comment il est bâti, quels sont ses organes constitutif; et quelle estsa place danssasérie, car à l'anatomie personnelle vient s'ajouter l'anatomie comparée, qui détermine sa famille et sa race. Ainsi, le nombre Trois est constitué d'un organe pair et féminin (2) et d'un organe impair et créateur direct (1).
Si donc nous nous en tenons à cette considération, nous serons persuadés de révéler des mystères en é:rivant des pages et des pages sur chaque nombre 1 , 2. 3, 4, 5, etc., et nous ferons seulement une sèche énumération de cadavres. C'est de la statistique numirale que nous ferons alors, et il n'y aura rien de vivant dans un tel travail, facile à établir avec Agrippa et les encyclopédistes de l'occulte.
Nul n'a mieux étudié cette question qu'EIiphas Lévi. Mais si nous en arrivons à étudier l'action des organes constituant un nombre entre eux, puis cette action sur les autres nombres et sur les organes con stituant ces autres nombres, alors, nous montons d'un cran, nous fuyons l'énumération pour entrer dans la vie, nous posons les bases de la physiologie numérale.
C'est alors que nous aurons à savoir le rôle exact des organes pairs et des organes impairs dans la constitution d'un nombre. C'est alors que nous aurons
i98 [."initiation à étudier chaque nombre, non seulement dans sa représentation chiffrée, mais en même temps dans sa représentation géométrique ou figurative. Car cette représentation seule peut nous donner la clef des « champs de forces » mis en action et de leur système d'équilibre pour chaque nombre. Ainsi, voici le nombre Trois qui a comme repré sentation chiffrée 3 et comme représentation géomé trique le triangle.
Or, le chiffre est toujours semblable à lui-même et 3 ne diffère en rien de 3, tandis que le triangle peut être équilatéral ou rectangle et nous montrer ainsi, du premier coup d'œil, des fonctions différentes dans les lignes de forces générées par le même nombre.
Le second aspect da la physiologie des nombres, c'est l'action d'un Être-Ncmbre sur un autre ÊtreNombre; action renfermée dans le calcul à tous les degrés et surtout dans les quatre grandes opérations : sortie de l'unité vers la multiplicité en ligne ou addi tion, sortie en carré (de Pythagore) ou multiplication simple, sortie en cube ou multiplication cubique; c'est par cette voie que l'Ètre-Nombre passe d'un plan à un autre.
3 appartient au plan des Esprits ; 3 X 3 ou 3* ap partient au plan des Forces astrales, 3 X 3 X 3 ou 33 appartient au plan de la Matière. Car le premier travaille sur la ligne, le second (3!) sur le plan et le troisième (33) sur les solides. La rentrée de la Multiplicité en l'unité se fait : par la soustraction, la division et par la racine carrée ou cubique, selon les plans.
ANATOMIE DES NOMBRES 1 99 Voilà donc la représentation positive et vivante de cette fameuse évolution et de cette mystérieuse involution qui semblent si obscures quand on ne les éclaire pas aux lumières de la révélation chrétienne.
C'est encore là que nous trouverons place pour les nombres égoïstes ou pour les nombres possédant leur âme sœur, pour les nombres triangulaires, carrés ou circulaires et pour tous les genres de rapports entre les Êtres-Nombres que nous aurons à voir plus tard.
La psychologie des Nombres nous révèle leur action dans l'Univers, le caractère et l'origine de cette action ; connaissance qui peut conduire son possesseur au maniement effectif de la Puissance peu connue renfermée dans les nombres. C'est là l'essence de Shemamphoras et de la clef vraiement pratique de la kabbale, c'est le point qui doit rester à jamais fermé aux profanes et aux profanateurs.
On peut, si l'on connaît le nombre de chaque faculté humaine, agir sur cette faculté à mesure qu'on agit sur l'Être-Nombre correspondant. Le Tarot et le Thème astrologique sont des applications réelles de ces connaissances.
Les véritables théosophes chrétiens, comme Jacob Bcehme et Claude de Saint-Martin, ont pratiqué cette voie et c'est pour en montrer l'accès au véritable chercheur qu'un ami de la Sagesse nous a demandé de publier les pages suivantes d'Eckarthausen. Tout livre véritablement initiatique est écrit en mode crucial, d'après la table de Pythagore, et les idées remplacent surtout chacun des Êtres-Nombres qui leur correspond. Or, les livres d'Eckarthausen sont remplis de mystères pratiques et nous conseillons
2oo l'initiation leur méditation à tout chercheur digne de ce nom. Aussi, sommes-nous heureux de donner aux lecteurs de l'Initiation la primeur de ces pages, dont ils sauront apprécier toute l'importance, nous en sommes persuadé. Parus.
LA KABBALE PRATIQUE D'après la Théosophie chrétienne Traduction de la « Magie numérale » d'Eckarthausen LA PRATIQUE SUR LES CHEMINS DE LA LUMIÈRE Le vide infini que nous sentons dans chaque jouis sance sensuelle nous persuade que l'homme s'abaisse toujours davantage et s'éloigne du but de sa desti nation sans chercher la vraie jouissance de l'homme.
L'homme ne pourra avoir la paix avec lui-même et toute la nature, ni ne l'aura avant d'avoir surmonté tout ce qui est contraire à sa nature et d'avoir vaincu ainsi tous ses ennemis. Cette victoire, l'homme l'aura par la voie de l'ap proximation ; car la loi de son existence y est con tenue.
LA KABBALE PRATIQUE 2o1 Il faut qu'il agisse d'après les lois de la lumière, d'après le modèle de Dieu et de ses anges ; cela est le commencement de sa régénération ou renaissance. C'est pourquoi il faut qu'il se déshabitue peu à peu du sensuel, et que, semblable au touriste qui a fait l'ascension de beaucoup de montagnes, il continue toujours de grimper en haut, jusqu'à ce qu'il atteigne le but, qui se perd dans les nuages.
Il lui faut surmonter les obstacles du temps, l'un après l'autre, il lui faut atténuer tous les interstices entre lui-même et le soleil éternel, afin que les rayons de la lumière puissent enfin arriver à lui sans réfrac tion. Tous les exercices pratiques du chemin de la lu mière ont pour but de recouvrer la lumière perdue ; c'est l'objet de la grande œuvre de la rédemption et de la transfiguration.
Ainsi, mon ami, avant tout, il vous faut parvenir à la connaissance du sentiment fort et vivant de votre germe intellectuel, il faut qu'en la vivifiant et l'élargissant vous vous rendiez susceptible des privi lèges d'un esprit libre ; pour y arriver l'essentiel est d'avoir la volonté dirigée et mise en activité vers le juste but, car tout dépend de la volonté; parla volonté seule l'homme dériva et tomba et par celle-ci seule il pourra être rétabli.
En dehors de ces exigences, dures il est vrai, qui sont nécessaires à la vie nouvelle et spirituelle, il y a pour l'homme assez de moyens qui lui facilitent sa réconciliation et rendent sa perfection possible. D'après l'amour et l'unité qui régnent entre les na
2o2 L'INITIATION tures divine et humaine et qui surpassent toute imagi nation, Dieu a offert tout ce qui peut le ramener de l'état de délaissement à la jouissance de la vie, à la liberté et lui rendre les droits d'enfant de Dieu ; aussi l'homme lui-même a encore autant de forces, pour faire de ces cadeaux un usage plus élevé, pourvu qu'il ait assez de volonté et de courage d'en devenir sus ceptibleTout dans cette pratique dépend d'une réaction venue d'en haut, dont l'homme a besoin dans son état actuel.
Plus la volonté est pure, plus la réaction du divin est forte.
Les différents moyens de s'élever et de s'approcher, Dieu les donne à l'homme de différentes manières, en partie par l'enseignement et la direction d'hommes extraordinairement élus, en partie par des agents spirituels et célestes, en partie et avant tout par le sauveur commun et le lieutenant de l'être de tous les êtres, Jésus-Christ, que vous, mon ami, apprendrez à connaître dans la suite.
C'étaient des agents venus d'en haut, que Dieu ne cessait d'éveiller, pour ramener l'homme du faux chemin, pour lui faire connaître son vrai service, sa vraie destination. L'homme a besoin d'une foule innombrable d'ac tions, de signes, de symboles et de médiums, pour revenir à l'unité et sentir la perte qu'il éprouvait en s'éloignant de l'unité.
C'est pourquoi Dieu donna de différentes forces qui se distinguent par la sublimité de leurscaractères ou par la profondeur et l'élévation de la connaissance
LA KABBALE PRATIQUE 2o3 «t qui étaient, dans un sens général ou spécial, les élus de Dieu, dont nous devons prendre la vie, les actions et les écrits pour modèle de la culture de notre âme.
En dehors de cela Dieu a aussi envoyé de tous temps des agents célestes aux hommes, et ceux-ci sont encore maintenant prêts à servir les hommes; parce qu'ils s'intéressent tendrement à son sort, c'est par eux que l'homme est toujours à même de se rajeu nir et de se tenir en rapports avec la vie de l'infini.
Ici-bas déjà il peut parvenir à l'intuition de ces êtres ; nous avons la Sainte Ecriture, des exemples historiques et de propres expériences pour être sûr de cette maxime ; mais, mon ami, il faut être purifié et suivre sincèrement les voies de la divinité, afin qu'on ne tombe pas dans cette classe des hommes, qui portent la signature du corrupteur.
Vu les sentiments de leurs cœurs Dieu n'ouvre pas leur intérieur, parce que dans leurs cœurs corrompus la vérité serait profanée. Tant que la volonté ne se tourne pas vers Dieu, l'âme reste toujours dans les ténèbres.
Cela est la cause, mon ami, pour laquelle tant d'hommes ne pourront être ni convertis, ni réfutés ; cela est la cause pour laquelle la plus grande partie des hommes ne sont pas susceptibles de comprendre les vérités les plus sublimes. Tous les fiers savants veulent être convaincus €t avoir des preuves, au lieu de soumettre avec la sim plicité du cœur leur esprit à une foi qui puisse les mener peu à peu à l'intuition.
ao4 l'initiation Ayant l'intention, mon ami, de vous enseigner la plus élevée des sciences, sachez que la substance de toutes les sciences et de toutes les connaissances ne se trouve que dans l'unité avec Dieu. Plus vous vous approchez de cette unité, plus votre intérieur s'ouvre et plus grande sera votre intuition des choses.
Ne croyez pas, mon ami, que je vous conduise à une vaine rêverie ; il y a des choses dans la nature auxquelles notre philosophie est loin de songer, et qui sont pourtant réellement présentes. Excepté Dieu, mon ami, toute l'humanité est morte, quoiqu'elle ait l'apparence de vivre. Dieu seul a la vie, c'est lui seul qui peut nous la donner.
Le désaveu de la propre intelligence, à supposer qu'elle s'élève à l'activité par impertinence, curiosité, fierté de nature, amour-propre, c'est, pour faire place à la lumière, la première de toutes les leçons. Repos, recueillement, tranquillité, sang-froid, mé pris de soi-même, c'est le premier enseignement pour parvenir à la sagesse.
Ne croyez pas, mon ami, qu'il y ait un autre che min à la connaissance suprême de choses naturelles, quoique ce chemin ne soit reconnu que par très peu d'hommes. ' En général on se moque de ceux qui suivent ce chemin comme de mystiques, et ceux qui se moquent d'eux ne savent pourtant pas ce que c'est que la doc trine de la mystique. Platonicisme, théosophie et mysticisme sont très différents. Ne croyez pas, mon ami, que la doctrine
LA KABBALE PRATIQUE 2û5 que je porterai à votre connaissance soit une compi lation des maximes des Gnostiques, Kabbalistes, Théosophes, Esséens et Thérapeutes, non ! c'est la doctrine de la divinité, qui est essentiellement le rap prochement du divin à l'humain, la doctrine de la sagesse, dont parlent l'Écriture, les Prophètes et le Christ, une doctrine dont se doutaient les sages de l'antiquité, quoique leur indépendance les conduisît maintes fois sur les chemins de l'erreur.
Ne croyez pas, mon ami, que je veuille vous faire connaître ces bagatelles mystiques, que les Gnostiques de l'Orient, ou les Néoplatoniciens de l'Egypte, en encadrant dans un système les rêveries de différentes nations sous le nom d'une philosophie éclectique, ont cru être la vérité, non ! Vous entendrez des choses sublimes, qui ne sont pas nées de l'erreur, mais qui sont les enfants de la lumière.
Vous verrez des choses, mon ami, qui sont à l'épreuve même de l'esprit le plus fort, cherchant la vérité, pourvu que sa volonté soit pure et bonne; des choses, qui ne consistent pas à éveiller le désir de savoir des hommes, qui n'ont pas besoin de mollesse et d'une virilité affaiblie ou d'un système nerveux dérangé, mais des choses qui se présentent avec di gnité aux yeux de celui qui cherche la vérité, parce qu'elles sont les effets de la vérité même.
Peut-être bientôt une scène s'ouvrira à vos yeux, par laquelle vous regarderez les œuvres d'un auteur , Swedenborg, dont beaucoup se moquent comme d'u n exalté, sous une tout autre lumière et laquelle d oit vous convaincre, que le grand Fénelon et la Guion,
2o6 l'initiation qui était toute plongée en Dieu, ont atteint un degré d'approximation qui sera éternellement inconcevable à nos philosophes, jusqu'à ce qu'ils se soient démis des enveloppes de leur indépendance, pour vivre complètement dans l'être de tous les êtres. Mais, mon ami, il faut suivre les chemins de la lumière avec prudence, et un esprit: modeste et humble.
11 faut que journellement nous apprenions à nous éteindre nous-mêmes, pour vivre tout en Dieu,, afin que nous ne soyons pas dirigés par cette fierté, qui nous est attachée, sur des chemins de l'erreur, qui sont si proches de cette science.
Le penchant vers le miraculeux, mon ami, est fondé dans la nature, comme tout ce qui est physique, pour nous rendre attentifs, afin que l'homme doive se douter des choses qui lui sont cachées, pour lui montrer que des choses plus grandes que l'intelli gence n'en découvre sont encore, cachées à l'intel ligence, pour le conduire en haut chez le Créateur, y témoigner sa soumission et l'adorer avec humilité.
Vous connaissant comme un homme, mon ami, qui, dès sa tendre jeunesse, a cherché la vérité, ce n'est plus nécessaire que je vous fasse connaître les premiers principes, qui sont indispensables pour les choses plus élevées. Ce sont la foi en Dieu, à l'im mortalité de l'âme, et l'estime des vérités religieuses.
Je vous considère déjà comme un bon chrétien, qui cherche avec k sincérité de l'âme, pour avoir des connaissances plus élevées, et comme à un tel je vous ouvre maintenant de grandes vérités, qui ne sont pas
LA KABBALE PRATIQUE 20J pour les enfants de la sensualité, parce que leur indé pendance en userait pour les perdre, eux-mêmes et d'autres. La première maxime et la plus importante des chercheurs de la vérité est la suivante : Cherchez avant tout le royaume de Dieu, et tout le reste vous appartiendra. Notre devoir, par conséquent, est de faire de nous des hommes bons et de laisser le reste au Père de l'amour.
Ce n'est pas un crime de chercher des découvertes, si la curiosité est contenue, d'étudier les rapports de la nature, pour apprendre à connaître davantage la grandeur de la divinité ; et de remplir toujours plus exactement les lois de l'amour et de l'ordre, cela est louable et devient un devoir; mais à chaque pas, à toute découverte, il faut que l'homme considère avec soumission envers Dieu chaque progrès de sa raison, chaque regard qui pénètre plus profondément dans l'intérieur comme un don de son amour, qui n'est pas l'œuvre de l'homme, mais un don de Dieu, dont on n'ose pas abuser et qu'on n'ose non plus profaner.
Rien n'est à nous, mon ami! Tout appartient à l'être de tous les êtres, tout au père de tous les hommes. Si le soleil se reflète dans nôtre âme, la splendeur de notre intérieur est une lumière donnée comme cadeau, qui recule de nous avec l'éloignement du soleil.
11 faudra donc que notre travail soit de mériter l'amour de Dieu, de conserver en nous la toute-présence de sa lumière, de réjouir autrui par cette lumière et d'ac complir la grande loi de l'ordre. Mais vous me direz, mon ami, tout cela est très
2o8 l'initiation bien dit, mais serait-ce un crime, si ma faible raison exigeait encore une conviction plus approfondie.
Non, mon ami ! la raison humaine aussi peut se convaincre des grandes vérités, pourvu que la volonté soit une fois travaillée ; vous pourrez voir dans sa lumière le soleil, qu'un nuage couvre à vos yeux; mais il vous faut changer de place; car la place où communément l'homme sensuel se trouve n'y est pas propre; alors, vous ferez connaissance avec les vérités de l'éternité.
Comme vous êtes d'un cœur sincère, je veux vous parler du miraculeux sans réserves, et vous prouver combien tout soutient la pierre de touche. Les grandes vérités de la mystique consistent dans le précepte suivant : Il existe une liaison exacte entre l'être primitif de tous les êtres, entre ce qui est créé et ce qui n'est pas créé.
Ici- bas déjà l'homme peut prendre connaissance d'une partie de cette liaison, s'il suit les lois de l'ordre, qui conduisent à cette connaissance.
Il ne faut pas oublier, mon ami, que le monde dans lequel nous vivons est le monde des phéno mènes, que ce que nous appelons des réalités n'est proportionné qu'à la susceptibilité de nos sens et que les hommes prennent pour réalité positive ce qui est reçu et représenté par la plus grande partie des hommes de l'une ou de l'autre manière par les sens, en quoi consiste la cause de tant d'erreurs. Vous voyez donc, mon ami, que toute notre réalité est proportionnée à notre organisa tion et à notre sus
LA KABBALE PRATIQUE 2o0, ceptibilité, et qu'avec des organisations changées, un monde tout nouveau de phénomènes naîtra nécessai rement. Dans cette maxime si importante la compréhensibilité du miraculeux est contenue.
Avant que je con tinue de vous diriger, il est nécessaire que vous pénétriez plus profondément dans le monde spirituel, et que vous lisiez avec prudence et d'un cœur sincère les écrits qui traitent ce sujet, que je veux appeler les regards approfondis dans le monde spirituel et corpo rel ce qui était pour moi un don superbe d'un sage.
Il est très dur, mon ami, d'introduire un débutant dans le sanctuaire des secrets de la nature, parce que notre langue n'est plus telle qu'elle devrait être.
Très facilement l'homme obtient les vérités les plus justes des notions non authentiques, parce qu'aux mots, qui ont souvent un tout autre sens, il joint les notions non authentiques de son éducation et de ses passions, c'est pourquoi la lumière venue d'en haut, séparation de son indépendance, à une aspiration : l'abandon sincère à la vérité, s'imposent.
Si vous avez cela, soyez assuré que l'esprit de la Divinité vous diri gera, de sorte que vous ne comprendrez pas la chose d'une fausse manière. Si vous me demandez : En quoi consiste cette science si élevée et de quels secrets prendrai-je fonnaissance ? Je vous réponds : i° De l'intérieur de la nature ; 2° De la liaison du monde corporel avec le spirituel ; 3° Des forces de l'âme, qui sont inconnues à tant d'hommes ; 14
2IO l'initiation 4° la liaison de l'homme avec des êtres supé rieurs ; 5° D'influencer la nature avec les forces, qui sont dans l'homme. De tout cela vous aurez les connaissances les plus exactes par des pressentiments et des visions. De l'état de séparation de l'âme des corps encore vivants. Du rapport des vivants avec les morts.
Par un mot, vous aurez des explications, avec les quelles vous serez à même d'expliquer tous les miracles de la nature. Mais, mon ami, je vous prie encore une fois de chercher la vérité d'un cœur sincère, de la chercher et d'adorer Dieu, pour accomplir d'autant mieux les lois de l'ordre et de l'amour.
Avez-vous une autre intention, fermez le livre, car il vous conduira à votre perte ; la Divinité vous sous traira l'étincelle de la lumière, vous lirez des lettres et de l'écriture, mais l'intérieur de votre âme restera fermé. Les secrets de la nature sont sacrés, leurs voies sont inaccessibles au mal, et l'impie oserait-il épier ses secrets, la lumière deviendrait un feu dévorant dans l'intérieur de son âme et il cessera d'exister.
Que le ciel bénisse votre âme, afin qu'elle s'élève a /ec pureté au Dieu de l'amour ; qu'il éclaire votre e prit, que vous compreniez l'intériear des mots, qu'il vous «lève à l'adoration.
LA KABBALE PRATIQUE LES REGARDS PLUS APPROFONDIS DANS LE MONDE SPIRITUEL ET CORPOREL Il est difficile de parler à des hommes des choses, pour lesquelles notre langue n'a pas de mots et dû plutôt notre langue est outillée pour le contraire ; où les impressions des sens nous assurent dès notre jeunesse du contraire et en quoi nos idées abstraites, l'intelligence, la logique et la raison sont fondées, où tout notre système de réflexions, même la conscience de notre intérieur, est ébranlé à fond, où toutes nos sensations, pensées, jugements, sciences, nos pre miers principes doivent paraître comme douteux, comme des illusions, où il paraît être une manie de maintenir tout le contraire contre tout un mondé, contre ses sentiments intérieurs et extérieurs.
Pour tant nous voulons oser développer nos pensées et vous présenter avec une langue humaine des choses dont nous ne nous doutons, par notre raison la plus haute, que de loin, mais qui dans cette forme ne pourront jamais être complètement et clairement dé veloppées.
Nous voulons voir qui dans ce travail sera assez fort pour sortir de cette illusion générale, se détacher quelque temps du corps et des sens, se transfi gurer et se déplacer avec ses pensées dans un autre monde. Il n'y a pas un homme qui ait des idées nées avec lui. Toutes nos idées, nous les avons par les sens
2 1 2 L'INITIATION selon que ces derniers sont meilleurs ou plus mau vais, plus ou moins nombreux. Celles-ci ne sont d'abord que des sensations. Les idées générales et abstraites naissent seulement de sensations répétées des ressemblances ; elles ne peuvent donc pas être imaginées sans sensations préalables et par consé quent sans usage préalable des sens.
Toute notre intelligence et notre raison sont bâties sur cela comme sur leur unique fondement. Où est-ce qu'un homme aveugle ou sourd dès sa naissance avait de l'intelli gence, de la raison ? C'est d'après ces sens que s'orientent nos idées actuelles du monde et de ses parties. Avec d'autres sens nos sensations, nos idées changeraient.
Si la construction de notre œil était microscopique, nous verrions un nouveau, tout autre monde, nous aurions une autre langue et une autre philosophie.
Si nous n'avons pas une seule idée née avec nous et si nous n'avons toutes nos idées qu'au moyen des sens et que ces sens soient capables d'un abaisse ment et d'un rehaussement, d'une diminution et d'une augmentation, si l'expérience montre encore, qu'avec tout changement et toute modification des sens le monde avec toutes ses parties nous paraît être un autre et que par conséquent avec d'autres sens nous devions avoir du monde et de toutes ses parties, de tout autres idées et comme avec le chan gement des sensations aussi toutes les idées abstraites, tout, qui est fondé en cela, doit forcément changer après le changement de la cause : nous sommes en droit de prétendre, avec la plus grande assurance,
LA KABBALE PRATIQUE 213 que la terre, de même que toutes les autres parties du monde, ne sont pas par elles-mêmes ce qu'elles nous paraissent, mais qu'avec tout cela toute notre science se fonde sur ces suppositions chancelantes, que toutes ces idées et abstractions, bâties sur ce fonde' ment, ne conduisent pas dans l'intérieur de la chose même, que c'est de là que vient l'indissoluble des questions, qui s'y rapportent ; qu'il y a autant de philosophies de toute sorte qu'il y a dé différents êtres organisés arrivant à la réalité ; que les cinq sens connus de nous sont regardés sans aucune rai son comme les derniers et les seuls par lesquels on peut se représenter le monde.
Si ces hypothèses sont justes, chacun est forcé de reconnaître comme vraies et indubitables les conclu sions suivantes, quand même tout son sentiment intérieur se révolterait ; car elles ne sont que des suites immédiates et des conclusions de ce qui précède et le sentiment qui se révolte prouve plutôt que la ma nière précitée de penser est trop liée, pour ainsi dire, à notre nature, pour que l'on puisse croire que le traité présent puisse trouver beaucoup de partisans et de disciples. (A suivre.) Eckarthausen.
Étude de Symbolisme EXAMEN O'DNB MOSAÏQUE DE POMPÉ! (Suite et fin.) En Judée, en Phénicie, les choses se passent de même. Les constructions sont symboliquement basées sur la reproduction du système du monde. Les Esséniens sont constructeurs (portent tablier, dnt des signes de reconnaissance). En 714 avant Jésus-Christ, Numa institua à Rome des collèges d'artisans (collegia arlificum) au nombre de 1 3 1 .
En tête était le collège d'architecte {collegia fabrorum). Ses membres étaient exempts de con tributions (maçons libres francs). Ils se divisaient en apprentis, compagnons, maîtres. Ils avaient des diplômes, des assemblées, des magistri (maîtres), des emplois divers, des outils symbo liques, des sceaux, des officiers.
« Successivement, les collèges devinrent le théâtre « de toutes les initiations étrangères, s'ouvrirent à « toutes les doctrines secrètes ; et il faut croire que « c'est par cette voie que nous ont été transmis les « mystères hébraïques, que professent encore aujour- « d'hui les F.-. M.'.. En effet on voit dès le règne de « Jules César, les Juifs autorisés à tenir leur syna
ÉTUDE DE SYMBOLISME 21 5 « gogue à Rome et dans plusieurs villes de l'Empire, « et, au temps d'Auguste, beaucoup de chevaliers « romains judaïser et observer publiquement le sab- « bat.
Dans la suite, le christianisme fit pareillement « invasion dans les collèges après avoir vainement « tenté d'obtenir pour ses sectateurs nominalement « les droits (i ) et les privilèges de corporation. » Même à la suite des légions étaient attachées de petites corporations architectoniques.
Aussi toutes ces associations civiles ou militaires, composées d'artistes habiles et savants, contribuèrent à répandre les mœurs, la littérature et les arts romains partout où cette nation porta ses armes victorieuses. 4° Destination probable du monument. — Etait-ce une mosaïque sur laquelle on marchait ou une mosaïque de revêtement ? Je l'ignore. Elle provient de la maison dite du tanneur ; mais ces appellations sont assez arbitraires.
Cette œuvre d'art, empreinte d'un très grand sym bolisme, devait se trouver dans la chambre où un homme à l'esprit philosophe devait aimer à se retirer. C'était un disciple de la survivance de l'âme, un initié, non un chrétien, mais une recrue facile pour les nouvelles idées qui se répandaient si rapidement sur l'empire romain. Cette mosaïque se trouvait peut-être dans le Lararium d'une maison.
La forme est bien celle d'un JEikula, petit cabinet fait de bois sur le modèle d'un temple, où les images des ancêtres, les lares et les (i) Clavel {/oc. /;c).
2i6 l'initiation divinités tutélaires étaient conservées et placées dans de grandes cases autour de l'atrium. Les images étaient des Cera (peinture à la cire). A l'extérieur des maisons se trouvait parfois l'Ara, autel appuyé contre le mur et surmonté d'une peinture des Lares Viales, que dominait un fronton en triangle. Dans le lararium on plaçait les objets de famille, de souvenir (i).
Le sol et les murs étaient remplis de mosaïques, de peintures, de fresques dans le goût symbolique et inspirées par les croyances des propriétaires de l'immeuble. S° Conclusions diverses. —Je suis peut-être entré trop longuement dans les détails du symbolisme qui pourrait être attribué à cette mosaïque, mais aussi j'ai essayé de convaincre le lecteur que les interpré tations à lui donner pouvaient être très variées.
Or, il ne faut pas trop demander aux représentations de ce genre, ni leur faire dire plus qu'elles ne compor tent. Elles expriment souvent une ou plusieurs idées générales, mais non une vraie phrase notée en carac tères idéographiques.
L'examen des nombreux vases antiques de la série rouge ou noire, celui des innombrables sarcophages et des stèles trouvés un peu partout, sembleraient dé montrer que les sujets principaux sont souvent accompagnés d'attributs secondaires, ajoutés surtout pour l'agrément de l'œil et non pour l'éclaircissement de la scène figurée. (i) Dans Quo Vadit, Lygie donne une petite croix à Vinicius, qui la place dans son lararium.
ÉTUDE DE SYMBOLISME 217 Je ne vois aucun signe essentiellement chrétien dans ce travail, mais, par contre, plusieurs de ceux qui furent admis dès les premiers temps par le chris tianisme naissant. Donc, ainsi que je l'ai dit au début, nous sommes bien en présence d'une manifestation spiritualiste ancienne.
C'est bien travail ou objet ayant appartenu à un Initié, à un disciple de la survivance de l'âme, qui est distincte du corps (crâne et papillon). C'est sinon le mythe de Psyché, au moins une figuration qui s'y rapporte, qui en découle. Le papillon est près du crâne, pénètre-t-il la matière ou s'en éloigne-t-il ? Les arts antiques ont figuré ces deux états. Tantôt c'est Athéné qui pose un papillon sur une statue faite par Prométhée.
Elle lui communique la vie sous la forme symbolique d'un papillon. C'est la vie qui entre. Dans les exemples qui suivent, c'est la vie qui sort. Au-dessous d'un crâne, sculpté sur un antique sar cophage, vole un papillon (phallène), c'est l'âme qui se sépare du corps et s'envole au loin.
Monfaucon nous décrit un monument funéraire sur lequel l'idée de l'âme détachée du corps et entrant dans la vie future, est exprimée clairement par un papillon qui vole au-dessus d'un squelette, un autre est frappé par un oiseau. On remarque la différence avec notre papillon qui vole vers la roue solaire; il se dirige vers l'immorta lité, tandis que l'idée d'être englouti par un oiseau
ai8 l'initiation indiquerait plutôt la croyance à une destruction complète. Enfin, sur beaucoup de monuments, les Grecs et les Romains peignirent des squelettes et des papillons s'échappant de personnes mortes. Notre papillon s'envole du crâne, d'autant plus qu'il a la tête tournée vers la roue, il s'échappe du mort. 11 vole vers la roue dont nous avons suffisamment indiqué le symbolisme.
C'est la roue solaire, le soleil et en même temps la roue du temps, la succession dis choses. On naît, on vit, on meurt. L'âme est venue du soleil ; elle y retourne. Les ouvrages du Soldi sur la Cosmoglyphie ré sument fort judicieusement cette antique doctrine des germes solaires, allant de l'astre à la créature et y retournant ensuite. Le niveau avec fil à plomb nous donne l'idée de justice, d'égalité.
Avec le temps, l'âme s'échappera de sa prison pour retourner d'où elle était venue, elle sera récompensée suivant son mérite. Ce ni veau est l'égal de la balance qui servait à peser les âmes. L'examen des trophées indique clairement que c'est un symbolisme d'Initiés. De plus, c'est par ex ception que le niveau a été employé dans l'antiquité.
On ne le trouve que sur les monuments funèbres d'ar chitectes, de constructeurs, ou sur les rares docu ments qui concernent les confréries d'artisans cons tructeurs et dont j'ai longuement parlé.
ÉTUDE DE SYMBOLISME 219 Il n'est donc pas impossible que cette mosaïque renfermât les deux idées réunies. D'un côté, idées spiritualistes avancées, de l'autre affiliation à un groupe de maçons francs, ayant des rites, des symboles. Les emblèmes, du reste, restent toujours les mêmes.
L'an tiquité employa la tête de mort comme les maçons actuels qui s'en servent pour orner le drap sur lequel on recevra le maître, ou la lanterne à forme de crâne qui éclairera la scène de réception.
Dans un baptême maç : le parrain, sur le cœur de l'enfant tient le fil à plomb, alors que le premier sur veillant prononce : «Que la loi d'attraction qui fait tendre ce fil vers le centre de la terre gouverne tes actions 1 » Le deuxième assistant tient un niveau du côté droit et le parrain, sur la tête, place une équerre. Voici, à bien des siècles de distance, une scène vé cue et une scène figurée qui se resssemblent beau coup.
Et cela parce que la chaîne de tous les groupes ini tiatiques est unique, quoi qu'en puissent dire les dif férents auteurs qui s'en sont occupés. C'est même ce qui rend ce monument si intéressant pour nous. Ce qui vient confirmer cette manière de voir, c'est l'examen des trophées latéraux.
Ils donnent à l'en semble un aspect de temple à deux colonnes latérales surmontées d'un fronton qui les réunirait et qui por terait une croix (fil aplomb ettraverse),lacroix de vie ancienne (croix solaire). Dans les pages précédentes, j'ai indiqué toutes les
22o L'INITIATION figurations symboliques que comportaient les com positions latérales. A gauche, la lance renversée, plantée en terre, c'est le Sans égyptien. « L'arme n'est pas seulement l'outil terrestre de la mort, c'est l'instrument divin de la vie et de la ré surrection (i). » Cette lance renversée en hiéroglyphe égyptien si gnifie : Sépulture, image, enceinte, autel, trône.
Planter une lance en terre indiquait l'idée de prendre possession du sol. La lance lancée par le soleil (rayons) a des qualités divines. Elle est susceptible de transformation et de vie. Dans le langage hiéroglyphique des Initiés, les épées et les poignards se prennent pour les rayons des Astres. Le Sans se complétait toujours, lorsqu'on l'em ployait comme motif de décoration, par des enroule ments (liens, fleurs de lotus, etc.).
Ici nous avons des banderolles qui existent aussi dans le motif de gauche, et représentent les bandelettes des Initiés toujours présentes sur toutes les figurations antiques. On les y trouve à chaque instant. Dans le motif de gauche, avec le bâton, nous sommes encore en plein symbole d'initiation. « Le vieillard s'avance appuyé sur son bâton, sym bole de la force acquise par l'expérience (2). » (1) Soldi, La langue sacrée, t. IV. (a) Le tarot égyptien.
ÉTUDE DE SYMBOLISME 221 J'ai déjà indiqué les multiples emplois du bâton droit, recourbé, en forme de fourche, avec croissant. Le sorcier porte bâton comme l'évêque s'appuie sur sa crosse ; l'origine est la même. Baguette magique, bâton du Yogi, bâton du pèlerin, sceptre des rois, main de justice, tout cela n'est qu'un ! un même sym bole : le geste, la main avec sa puissance pro longée.
Donc, d'un côté, nous avons la puissance créatrice, la force, de l'autre la puissance intellectuelle, la vo lonté. Beaucoup de figurations antiques, ayant trait aux mystères de Bacchus, comportent des vases avec guirlandes de feuillage sur lesquels viennent s'appuyer de pareils bâtons fourchus. Si la besace est signe de pauvreté, de mendicité, par contre elle devient sacoche, sac à trésor, corne d'abondance, signe du savoir.
Donc, de même qu'on a placé une équerre-niveau sur ce monument, on l'a accompagné d'autres figu rations symboliques indiquant clairement qu'il a été composé par des Initiés aux différents mystères. C'est même une synthèse des différentes idées spiri tualistes de l'époque. L'inflexible justice (niveau, fil à plomb, attraction) délivre l'àme de sa prison (crâne, papillon), avec le temps (roue). Elle s'élance vers le Soleil.
Puissance et pauvreté ont même sort devant le Destin (niveau). La justice s'appuie sur la force et la volonté (Régénération de l'âme). Tidianeuq.
Le système de Jacob Mme i L'Universalité. — Dieu. — Satan Le sein de ce que nous nommons Dieu comprend l'Universalité des manifestations surnaturelles, natu relles, et contraires à la Nature.
H est impossible, et par conséquent il n'est pas permis de savoir ce qu'est Dieu en dehors de la Nature ; mais la Nature de Dieu n'est pas ce que nous avons l'habitude d'appeler Nature : la Nature de Dieu n'est pas le Visible; nous parlons de l'Invisible, de l'impalpable, et enfin de tout ce qui est au-dessus et en dehors des sentiments et des sens humains.
Dieu, comme Universalité, comprend les ténèbres et la lumière, les souffrances et le bonheur, les pro fondeurs et les hauteurs; or, comme il s'est manifesté tout entier dans l'homme, et comme l'homme com munique avec tous les éléments d'action divine, il
LE SYSTÈME I>E JACOB BdEHME 223 peut, en se scrutant lui-même jusqu'au fond, péné trer dans les abîmes de souffrances que l'on appelle l'Enfer, et s'élever vers les hauteurs que l'on appelle les Cieux et rentrer dans le milieu, dans le centre le plus intime de son existence qui s'appelle véritable» ment Dieu. L'Esprit existant seul sans qu'il existe rien qui soit en dehors de lui, ou qui soit autre que lui, est un esprit en dehors de la Création.
L'Esprit se con centre : cette concentration de lui-même l'opprime, l'enferme, pèse sur lui-même et excite en lui le désir de sortir de cette pesanteur, de ce cercle qu'il s'attire vers lui-même et qui devient ténèbres ; l'Esprit en se concentrant s'obscurcit, commence à souffrir, à s'ai grir : il se produit, dans le sein de cette incubation de l'Esprit qui s'incube lui-même, une tendance à sortir de l'état de pression, un mouvement que Boehme appelle une rotation jusqu'à ce que l'aiguillon inté rieur de l'Esprit, qui a une tendance extérieure et qui s'attire vers lui-même, éclate en rayons de flamme et de lumière.
Cette flamme est la manifestation exté rieure de l'Esprit; cette flamme est la fin, le but, l'extrême extrémité de la Nature (n'oublions pas que l'on parle ici de l'Esprit d'avant la création physique et manifeste) ; de cette flamme et de ce rayon naît une lumière, une douceur, une joie, une jouissance, enfin naît ce que nous appelons réellement Dieu.
11 y a donc en Dieu d'abord l'obscurité infinie, et le choc chaotique de l'infinité d'éléments qui produisent par leur concentration et pression une flamme ; il y a secondement cette flamme qui est le terme extrême
224 l'initiation [Septembre de ce qu'on appelle la Nature de Dieu, et enfin la lumière qui est le véritable Dieu. Boehme compare toujours cet ensemble divin à une lumière terrestre quelconque, dans laquelle on voit un fond obscur, une matière inflammable qui sort d'un fond égale ment obscur de la Nature, qui devient ensuite une flamme ou un brasier, c'est-à-dire une flamme natu relle et qui s'entoure d'une auréole de lumière.
Dans chaque lumière, il y a donc un fond ténébreux, froid, aspirant vers la lumière, désirant et par conséquent malheureux ; puis une flamme qui manifeste cet élan, ce désir brûlant ; et enfin une lumière qui porte par tout le sentiment de la joie et du bonheur et qui se nourrit pourtant de ténèbres et de choc d'éléments, lesquels ne trouvent leur unité que dans la lumière.
11 a existé de toute éternité en Dieu, et il existe et il existera toujours un fond ténébreux, ce que l'on appelle le Chaos, la Nuit de temps, la Colère de Dieu, d'où sort, comme des sources ténébreuses de la terre, une fontaine claire de la Vie, de l'Esprit ; il existe aussi en Dieu et il a toujours existé ce choc d'élé ments qui sortent des ténèbres vers la lumière; il existe aussi et il existera toujours la manifestation vraie, la vie intime de tous ces éléments comme lumière, comme bonheur, enfin ce que nous appelons Ciel.
Mais en Dieu tout cela existe comme une par faite harmonie ; il n'existe en Dieu aucun sentiment de ténèbres ou de souffrance, commeun homme bien portant n'a aucun sentiment de l'amertume, de ce suc bilieux qui existe en lui, ni de l'aigreur de la bile, ni enfin d'aucune de ces actions inférieures et physiques .
I()o3] LE SYSTÈME DE JACOB BOEHME 2ï5 qui pourtant constituent sa vie, qui le nourrissent intérieurement et dont le travail ténébreux produit ces rayons, cette chaleur douce qui anime son cœur et qui resplendit dans ses regards.
Il n'y avait donc en Dieu aucune souffrance, quoiqu'il y eût un centre ténébreux, plein de souffrance et souffrant continuel lement, mais qui n'avait point pour ainsi dire la conscience de ses souffrances et qui rentrait dans l'harmonie universelle du bonheur divin.
Donc Dieu, tirant de ces profondeurs infinies et obscures des forces naturelles une flamme de vie, tirant de l'Enfer la Nature visible, tirant, comme on le pourrait dire, de cette bile universelle et infinie et de la rate mysté rieuse et du choc des sucs intérieurs, une flamme organisatrice et une lumière consciente de son exis tence, Dieu existait dans une individualité incom préhensible, semblable à une individualité humaine; cette existence consistait en créations, productions et jouissances, ce dont une individualité humaine nor male nous donne quelque idée : c'est l'histoire de l'état divin avant la création du monde et même avant la chute de Lucifer, d'après Boehme.
Dans cet état divin, dans chaque moment, dans chaque parcelle infime d'un moment, il sortait de la ténébreuse infinité une infinité de tendances aux quelles l'Esprit central donnait une réalité: il sortait de ce Vésuve chaotique une infinité de sources de gaz, qui s'allumaient et devenaient rayons ; il sortait de l'Infini des qualités spéciales, qui devenaient des existences, des individualités ; il sortait enfin de cette 15
22Ô L'INITIATION Universalité une création angélique, continuelle et innombrable, qui s'appelle réellement Dieu. Car, comme on n'appelle pas l'Homme les intestins de l'homme ; de même la souffrance, et le désir, et la colère qui existent dans l'Universalité ne constituent pas Dieu et ne s'appellent pas Dieu.
L'Homme, c'est l'extrait, la flamme, la lumière qui sort de son fond ténébreux et de son extérieur matériel ; Dieu, c'est cette existence qui constitue le foyer vers lequel tendent toutes les forces ténébreuses de l'Universalité de la Nature.
Cette opération, dont parle Boehme, n'est pas successive : elle est instantanée et conti nuelle ; les qualités et les forces qui se dégagent de la Nature ténébreuse deviennent continuellement et à chaque moment étincelles et rayons ; mais tout ceci se passe dans les rayons si on peut le dire ainsi, en dehors de la Nature matérielle et visible.
Boehme, dans ses intuitions, suppose que l'une de ces étincelles sortant de ténèbres éternelles et s'élevant par une tendance facile et naturelle à l'état de flamme, cette flamme formait déjà une individualité forte, une individualité d'ange ou d'archange (car tout ce que Boehme appelle force, flamme, lumière, trône, etc., sont des individualités distinctes, divines, des citoyens du royaume).
Or une de ces individualités, faisant partie intégrante de la Divinité, ayant par conséquent une volonté libre, arrivée à l'état de flamme et par conséquent à l'apogée de sa force, n'a pas voulu s'élever à la douce lumière ; une telle indi vidualité, pour la première fois, fit acte de volonté
LE SYSTÈME DE JACOIi BOEHJWE 227 contraire à l'Universalité de la Création ; elle voulut élever son centre ténébreux et devenir elle-même le centre de la Création. C'est ce que Boehmeappelle la chute de l'Archange et le commencement de la Créa tion matérielle et visible.
Car, d'après lui, tous les esprits, toutes ces étincelles et tous ces rayons sortant des ténèbres, de ce que les anciens payens, comme Hésiode, appelaient les semences de la Création, entraient dans l'harmonie générale, se confondaient avec la lumière éternelle ; et il y eut un Esprit, et des plus puissants, qui dans l'état de sa force ne voulut qu'exercer cette force même, que devenir la force par excellence, que devenir l'ardeur, k brasier, sans se donner la peine de monter vers la lumière ; c'est cet Esprit, le premier qui eut la conscience de la force, comme le Prométhée d'Eschyle, sans soumettre cette force aux besoins de l'Universalité, qui devint ainsi Satan, un ennemi de l'Universalité.
Pour se constituer comme une individualité, il a jeté de tous les côtés des rayons sombres et allumé toutes les forces de la nature ténébreuse.
Pour faire comprendre ces idées non pas obscures, mais élevées, on pourrait compa rer ce Satan invisible et immatériel, se révoltant contre l'Universalité, à un homme qui briserait une loi établie et véritable, en faisant appel pour en triom pher à ses forces inférieures, c'est-à-dire à sa bîle et à son sang.
De ce moment, dit Boehme, l'harmonie de la Nature divine est brisée: les forces, qui sortirent du centre de cet esprit satanique, bouleversèrent ce qu'il avait appelé plus haut !a Nature divine, c'est-à-dire
228 l'initiation cette obscure Universalité des forces des semences de Création. Satan les a appelées à l'existence avant le temps fixé par l'éternelle Sagesse ; il a appelé ainsi à l'action des esprits incomplets et souffrants ; il a accé léré la génération véritable, il a fait avorter pour ainsi dire la Nature divine.
Chacune de ces forces, de ces intelligences appelées à l'action, de ces anges enfin, pour se constituer individuellement, se concentrait en dehors de l'action universelle, en dehors de la chaleur et de la lumière divines.
Ainsi les essences, tout d'un coup appelées des ténèbres incréées, devenant des individualités distinctes sans être attachées à l'Unité, entraient dans des mouvements de rotation indivi duelle et se séparèrent les unes des autres en prenant des formes distinctes et en produisant ainsi ce que nous appelons le monde visible.
Ce monde donc, d'après Boehme, est le résultat d'une action anormale, d'une révolte; ayant aussi une tendance continuelle au retour vers l'Unité, ce monde est une existence passagère et qui n'est entretenue que par les efforts continuels de l'Esprit contraire à l'Universalité, c'està-dire par le Satan.
Ce qui dans le sein de l'Universa lité était une tendance vers la concentration, et qui sous les rayons de l'Unité divine devenait la cons tance et produisait des anges de trônes, après des bouleversements universels, devint rochers et pierres : le mouvement qui du centre de la Nature ténébreuse poussait à l'action, et qui devait produire des anges chérubins, ce mouvement-là produisit dans la nature gâtée les poisons et les influences délétères, actions corrompues ; les forces de la Nature éclatant dans le
LE SYSTEME DE JACOB BOEHME 229 mouvement du ton, du son, de l'harmonie, devinrent des éclairs et des tonnerres ; ainsi de suite tous les effluves de la Nature divine, créatrice des individua lités paradisiaques, étaient à l'avenir condamnés à animer des êtres que nous appelons malfaisants, meur triers et enfin le Diable, le fils de Satan.
Dieu, comme lumière, n'en a aucunement souf fert ; l'Esprit qui n'a pas voulu monter vers lui et qui s'obstina à dominer la lumière par le feu et la cha leur, c'est-à-dire à dominer l'amour par la force, cet esprit rétrograde est rentré dans les abîmes de ces ténèbres, de ces semences de la Création, où il con tinue d'agir sans affecter la nature lumineuse de Dieu ; il est rentré dans la fournaise qui produit la flamme et la lumière universelles, avec cette diffé rence d'avec les forces primitives que ces forces-là, tout en sortant des ténèbres et des pressions doulou reuses, n'en avaient pas le sentiment, s'acheminant régulièrement vers la lumière, tandis que l'esprit rétrograde de Satan, retombé dans l'état primitif par S3 propre volonté, souffre de se voir dans une situa tion d'où il aurait pu et dû sortir.
Donc, d'après le système de Boehme, la Nature visible, palpable, c'est-à-dire sensible, n'existe que par un fait anormal de révolte des Esprits ou, pour mieux dire, de l'un des Esprits. La région où cette révolte s'est accomplie, el dont nous raconterons plus tard les suites, comprend notre système plané taire, lequel par conséquent est régi par d'autres lois que tous les autres systèmes de l'Universalité.
23o L INITIATION II LA GENÈSE Nous sommes déjà descendus au moment où com mencent l'espace et le temps, la lutte dont le théâtre sera la Matière : nous touchons aux temps de la Genèse sur laquelle Moïse a énoncé des vérités in complètes.
Il nous faudra revenir encore aux événe ments constitutifs de la Création ; il nous faudra encore expliquer les mouvements qui séparèrent défi nitivement le monde Satanique, le monde de la Ré volte, de l'Universalité divine. Dans ce moment que Boehme appelle la première et la plus grande des tempêtes qui aient bouleversé la Création, le Satan ayant appelé à l'existence des germes incomplets, l'Esprit central de Dieu réagit contre lui.
C'est par le feu, par l'ardeur, que Satan suscitait et faisait surgir du fond de la Nature divine des êtres qu'il inspirait Sataniquement ; son influence allait devenir universelle ; mais Dieufit partir de soncentre un éclair deforce,un éclair dela Colère plus puissantque celui de Satan : Dieu le Père, en sa quai ité de Père de tout et par conséquent de Père de la Colère, jeta son éclair de colère dans les profondeurs de la Nature, au delà du cercle où le Satan pouvait agir.
Il alluma un brasier supérieur en force à celui que Satan avait allumé ; la colère de Dieu appela à l'existence des germes qui n'étaient pas encore atteints par l'influence du Satan.
LE SYSTÈME DE JACCC BOEHME 23 1 Dans ce moment de la lutte, les forces divines qui réagissaient contre les efforts de Satan sont appelées Archanges et Séraphins, Michel et Gabriel.
Par l'in fluence de ces forces, un monde nouveau surgissait : des germes en dehors de l'influence Satanique com mençaient à vivre, à se sentir, à s'élever, mais privés déjà de la puissance de se constituer en individus distincts, privés de ce degré de la puissance complète qui constitue un individu divin.
Cette nouvelle créa tion est appelée par Boehme le Grand-Monde, et son centrel'Espritdu Grand-Monde,c'est-à-diredu monde matériel, spiritus mundi majoris. Nous disons son centre ; car Dieu constitua alors un centre nouveau : -c'est le centre de la Nature visible, du monde actuel. Dieu le Père appela les germes de la création nou velle à une existence régulière qui avait son centre gouvernemental.
Car avant la grande révolte et la grande tempête, Dieu ne créait que des Esprits et ces Esprits avaient un centre dans la force créatrice du Père et dans la Lumière (du Fils).
11 a donc existe deux centres : celui par lequel la Nature divine, c'est-à-dire l'Immensité, le Chaos, l'Incompréhen sible, l'Insaisissable arrivait à l'existence, et un autre centre vers lequel tout ce Chaos, tout le résultat du choc des Esprits Chaotiques arrivait à une existence supérieure, à la Lumière ; ce second centre lumineux, amoureux et tout puissant s'appelait proprement Dieu.
Maintenant après la tempête et la révolte, Dieu le Père fait éclater un troisième centre dans lequel agissent les deux natures divines : celle de la Colère
232 l'initiation et celle de la Lumière ; le centre de cette troisième existence, de ces reflets de deux existences supérieures est ce que nous appelons le soleil. Dieu, ayant évoqué en dehors de l'influence du Satan des existences nou velles très inférieures à celles qui avaient surgi dans les temps des créations divines, leur donna un centre d'influence et d'action, leur créa le Soleil.
Dès que ces créations nouvelles arrivèrent au sentiment d'existence, il y eut ce que la Genèse appelle la sépa ration dela Lumière et des Ténèbres.
Dans l'harmo nie de l'Etre Universel, les Ténèbres entretenaient la Lumière, faisaient le fond de la Lumière, le troid faisait le fond du chaud, l'aigreur constituait l'élé ment du doux ; mais, après l'abus de l'Esprit du Mal, il a fallu, pour lui ôter la force créatrice et par conséquent universelle, séparer ces deux centres.
Ainsi tous les Esprits, qui arrivaient à l'existence après la révolte du Satan, se trouvèrent déjà séparés en deux, incapables de produire des créations Uni taires.
L'Esprit, par exemple, l'Esprit du Feu se trou vait de suite arrêté dans son action désordonnée par sa moitié séparée de lui, c'est-à-dire par l'Esprit de l'Eau ; l'Esprit du mouvement, d'aigreur, ou comme Boehme le dit, l'Esprit d'acide ou de Mer cure, trouvait son contrepoids dans l'Esprit de la Pesanteur, etc. Enfin, les Esprits appelés à la vie après la grande révolte n'avaient plus l'intégrité, l'Unité et par conséquent la puissance semblable à celle du Dieu de l'Unité. Cette évocation des existences toutes nouvelles et qui avaient un centre à elles arrêta la propagation de
LE SYSTÈME DE JACOB BOEHME 233 l'Esprit Satanique. Cette immense Existence que nous appelons la Nature (Matérielle), dans le sein de laquelle nous vivons, a été donc, avant la Création de l'homme, créée pour arrêter le progrès du Mal.
Ce qui dans la Nature divine constituait l'action, la ré sistance, le mouvement, devint, comme nous l'avons déjà dit plus haut, l'éclair, la pierre de la création in férieure, matérielle, et par conséquent inaccessible à l'action spirituelle de l'Esprit Satanique.
Pour expliquer en termes vulgaires ces grandes conceptions d'un Esprit mystique, nous nous représenterions par exemple la révolte d'un grand Chef (et Boehme appelle toujours Satan le Grand-Duc) contre le pouvoir cen tral, faisant appel pour lui résister aux existences in férieures, à la populace des Esprits, et donnant à cette populace un chef, un centre d'action qui relève non plus de ses magistrats déchus, mais de la force cen trale.
Satan ainsi se trouve enfermé entre la force cen trale qu'il a désavouée etla force nouvelle qui prend ses inspirations non pas de lui, mais du pouvoir central. Les germes nouveaux appelés à l'existence trouvè rent leur centre matériel dans le Soleil.
Les forces divines se manifestèrent dans cette Création infé rieure, comme Unité dans le Soleil, comme concen tration dans Saturne, comme force de mouvement dans Mercure, etc. Ces existences, éloignées de l'Unité par l'effet de la révolte de l'Esprit qui aurait dû leur servir de lien avec l'Unité, tendaient pour tant et nécessairement à s'unir la force de concentra tion, désiraient s'unir à la force d'expansion. L'ex pansion spirituelle se manifestait dans la région
--23/. l'imuaticn matérielle, comme Feu, la concentration comme pesanteur, le mouvement comme éclair et acide, la douceur comme eau, etc. De cette séparation est venu le désir de se réunir de nouveau pour former une Unité ; et c'est là que gît le principe des deux sexes, les tendances des deux sexes n'étant autre chose que le désir de rentrer à l'Unité.
Le Ciel donc et la Terre, c'est-à-dire la Lumière et les Ténèbres produits déjà ostensiblement et maté riellement commencèrent les manifestationsdu monde extérieur. Plus tard vinrent les manifestations de la vie individualisée comme plantes, poissons et ani maux, 'créations toutes dépendantes du troisième prin cipe dans lequel se reflétaient et la colère du Dieu le Père et la Lumière, c'est-à-dire le Vrai Dieu.
Ces créations qui enveloppaient de tous côtés le Satan formaient pour ainsi dire les murailles de sa prison. Alors Dieu anima l'image de l'Homme.
Cette image a de toute éternité existé devant Dieu comme Idée ; car toutes les créations successives jusqu'à la fin des temps existent devant Dieu comme Idées. (Ici Boehme est parfaitement d'accord avec Platon, c'està-dire avec Socrate.) Cependant ces images devant Dieu n'ont aucune existence réelle : ce sont comme des reflets d'une figure qu'on aperçoit dans un mi roir ; nous y voyons tous nos traits parfaitement rendus, qui n'ont cependant aucune existence vraie.
Dieu, c'est-à-dire l'Universalité de toutes les exis tences, de toutes les formes, a vu dès le commence ment, et voit et verra à jamais les reflets de toutes ses existences possibles ; mais ces reflets, ces images
LE SYSTÈME DE JACOB BOEHME 2?5 n'entrent dans la vie que par un mouvement de Celui qui se fait réfléchir en elles, de la force centrale de Dieu. Le temps donc était venu pour que l'idée de l'homme conçu de toute éternité entrât en existence réelle. Une telle existence, commençant la vie, con centrait en elle toutes les forces divines ; elle deve nait le fils de Dieu, elle devenait Dieu pour ainsi dire pour les créations intérieures.
Un mouvement de la force centrale divine créa alors l'Homme.
Il devint le dépositaire de toutes les forces divines, il est repré sentant de Dieu, il devint Dieu lui-même, Maître Sou verain de la Création, plus puissant que n'a été Satan lui-même ; car il puisait sa force de l'Esprit du Père; il avait la lumière de Dieu ; connu comme Lumière, comme Fils ; et en même temps il était maître sou verain de la troisième création nouvelle, de la créa tion matérielle : son corps était tiré de ce que Boehme -appelle l'élément unique, l'élément primordial, l'élé ment pur.
Cet élément-là n'était pas encore corrompu par l'influence du Satan ; mais le corps de l'homme primitif, formé de cet élément, n'était pas du tout matériel. Le premier Homme était, d'après Boehme, parfaitement angélique comme sentiment et intelli gence et plus fort que les anges par la puissance qu'il -exerçait sur le monde inférieur.
III l'homme primitif L'homme primitif, d'après Boehme, tout spirituel et doué d'un corps immatériel et invisible, n'avait que
236 l'initiation des organes propres à la vie spirituelle; il tirait ses forces de la nature primitive, de la source de la puis sance ; il communiquait ainsi au centre de la Colère de Dieu ; il était aussi puissant et plus puissant que Satan.
Quant à sa vie divine, il la suçait à la source de la Lumière et de la grâce de Dieu; il n'avait d'organes que ceux qui communiquent avec la vie supérieure, il n'avait besoin de rien de ce qui corres pond aux besoins matériels et physiques. Il n'appa raissait par conséquent dans l'Idée que comme un Être qui ressemble beaucoup à des créations des peintres chrétiens qui représentent des intelligences célestes.
Cet être nouveau, ce fils de Dieu, son Vicaire dans la Création, possédait, à ce que Boehme suppose, mais n'affirme pas trop expressément, le pouvoir de se continuer, de produire de son centre même, de suite, des créations nouvelles : cet être, c'était l'Androgyne des antiques traditions conservées par Platon. Mais la force créatrice de l'homme dépendait de son union constante avec le centre de l'Unité, avec Dieu.
Il a fallu que l'homme fît des efforts pour se soutenir dans ce centre de l'Unité, pour qu'il n'en sortît pas et ne retombât pas dans le mal. Adam Mickiewicz. (A suivre.)
LE FEU SACRÉ {Suite.) Leur surprise fut d'abord de constater qu'aucun des ouvrages qui composaient la bibliothèque n'avait jamais été lu. On pouvait s'en assurer par divers signes, en particulier par l'épaisseur de poussière et les toiles d'araignée. Us en tirèrent des conclusions subites pour la sagesse du feu roi. Et s'enfoncèrent, comme dans une forêt vierge, dans la profondeur des rayons obscurs. Au bout de dix ans, l'abrégé fut ter miné.
Il comprenait, en volumes, la charge de cent chameaux. Le monarque, désolé, leur demanda un résumé de ce résumé. Ils revinrent, dix ans plus tard. Le prince les reçut avec froideur. La vieillesse qui s'approchait lui avait enlevé ses illusions. Quant aux savants, la plupart, morts, avaient été remplacés. Il ne restait que le chef de troupe qui, par fortune, était un jeune homme au début. Le nouveau précis faisait encore la charge de dix chameaux. On renvoie les savants et vous savez comme, après des étapes suc cessives, et d'autres années évanouies, le dernier de
238 L INITIATION ces hommes doctes, cassé par l'âge et presque expi rant, arrive devant le roi couché sur son lit de mort. Il était bien temps. Mais le résumé tenait dans un mince volume. — Je n'ai plus même le loisir de le lire, dit le roï avec un soupir. Puis, à quoi bon, maintenant? J'au rais éprouvé cependant une joie dernière, à connaître, avant de mourir, la science de la vie. — Sire, chevrota le vieillard, nous avons été des fous.
Tout ce qu'il importé de savoir peut s'exprimer d'un seul mot. Nous l'aurions trouvé dès longtemps, si nous l'avions cherché hors des livres. Le roi se dressa haletant, pour entendre le verbe suprême. Le savant moribond ouvrit la bouche, mais ce fut pour expirer. — En vérité, sourit Jean Derève, nous voilà bien avancés. Saint-Maur secoua la tête : « Rappelez-vous les con seils du prêtre du feu.
Une formule n'a de valeur que par ce qu'elle signifie. Le mot suprême n'existe que dès que vous le comprenez. Ayez la bonne volonté. Faites-vous une âme d'enfant et prêtez l'oreille. » Ils demeurèrent silencieux. Soudain, une chose étrange se produisit. Jean Derève, un peu pâle, se tourna vers son compagnon. Il venait d'entendre, comme frappés à la porte de la salle, trois coups successifs, séparés par un intervalle de quelques secondes.
On eût dit que quelqu'un, du dehors, heurtait pour être introduit ou pour appeler. « Ne vous effrayez pas, dit Saint-Maur, et voyez. IL n'y a personne, j'en suis sût. »
LE FEU SACRÉ 23g. Il ouvrit la porte toute grande. On ne vit que le vestibule vaste et seul. « Mais peut-être, continua-t-il, cet appel mystérieux est-il, quand même, un appel. On a fait des expé riences de télégraphie sans fil. Un mage, de temps en temps, laisse échapper quelques principes de science occulte. Un industriel ignorant, mais habile, en fait aussitôt une application matérielle. L'exotérisme ne vit que des aumônes de l'ésotérisme.
La belle affaire, vraiment, de communiquer à distance ! Il y a plus de fils conducteurs dans la nature que l'homme n'en construira jamais. Les morts ne reviennent pas, mais les vivants peuvent envoyer à d'autres vivants leur image ou leur pensée. Croyez-vous que la volonté d'un ami lointain, pensant à vous, ne puisse pas se manifester par tel phénomène ou tel autre, faire entendre par exemple, un heurta la porte de l'appar tement?
Vous me direz qu'à la rigueur on peut sup poser le transport à distance d'un son, d'un phéno mène matériel, mais qu'il n'y a pas de corrélation entre une pensée et un son, entre un fait spirituel et l'autre corporel. Je vous demanderai alors, ingénu ment, ce que c'est que la matière et ce que c'est que l'esprit. Et vous ne me donnerez pas la réponse, car elle n'existe pas.
Allez au fond de toutes les explica tions des philosophes, de ceux qui ont su ce qu'ils voulaient dire et qui se sont compris eux-mêmes. L'esprit, pour tous, est une matière moins dense, ou ce n'est qu'un mot. « Vous avez suivi dans les revues les articles de notre ami Mathias Corbus. Je l'ai rencontre souvent chez
24o l'initiation vous. Mais je ne sais s'il vous a autorisé à lui rendre visite dans sa mansarde, aux environs de l'église Notre-Dame. Bien peu de ses familiers y ont pénétré. Il est assis auprès de sa fenêtre, d'où l'on voit les tours et les contreforts de pierre grise. 11 peut s'amu ser à suivre le vol des hirondelles, ou à deviner les pensées des sculptures grimaçantes qui sortent leur tète de la pierre, comme des rires du monument.
Ou sa barbe grise se penche sur quelque livre d'hébreu. Il fume la pipe. Il y a de la poussière partout. Les meubles sont bizarres. Des livres s'entassent sur un orgue d'appartement. Il n'y a cependant pas de cro codile au plafond, ni de chouette sur le mur. « Ce romantisme importe peu. Il n'est qu'un amuse ment légitime et sans danger.
Je me plais bien davan tage aux idées de cet homme instruit, et je lui suis reconnaissant de m'avoir laissé pénétrer les éléments de sa science. Nous sommes tombés, pourtant, dans l'erreur ordinaire, à propos des communications, en nous imaginant d'abord que l'appareil matériel était nécessaire. C'est ainsi que je fis construire un miroir magique pour cette correspondance. Nous consa crâmes l'objet suivant les rites.
Les cérémonies de cette nature ont, du moins, l'utilité de fixer l'atten tion et la volonté. Même avec cet encombrement, nous avons obtenu d'excellents résultats. Deux miroirs semblables nous permirent de nous mettre en relation. Il nous suffît de quelques soirées de patience pour projeter à dis tance des figures géométriques simples, que l'autre miroir accueillait. Je ne dirai point jusqu'où nous
LE FEU SACRÉ 24! avons poussé les expériences, car cela m'est défendu. Contentez-vous de savoir que nous avons progressi vement diminué, puis supprimé les aides matériels, comme un nageur s'exerce d'abord avec des appareils qui le soutiennent, puis apprend à s'en passer peu à peu, pour aller tout seul. Vous savez qu'à ce moment il a plus de liberté avec autant de sécurité.
« Dans l'état actuel des choses, peut-être, par cet appel, désire-i-il prendre part à notre conversation. » Il y eut un nouveau silence, puis on entendit encore trois coups. Saint-Maur se recueillit quelques ins tants et parut écouter. «c Je ne me trompais pas, s'écria-t-il, mais ce n'est pas à moi que l'appel s'adresse. Corbus m'informe qu'il se promène dans le Bois, tout près d'ici, et qu'il vient vous voir. Il se dirige de ce côté.
Je vous quitte, peut-être serais-je indiscret. A votre place, je profite rais du beau temps pour aller au devant de lui. » Il prit congé. Son compagnon sortit aussitôt et se dirigea vers le Bois, un peu anxieux. C'était un plaisant jour d'avril. Les arbres avaient cette teinte de vert riche, qui fait, à certaines heures, le paysage ressembler à une aquarelle bien lavée. Un calme discret était l'atmosphère de l'après-midi.
Le sous-bois tremblait là-bas dans une buée heureuse. On voyait, au bord des trottoirs, mainte voiture presque arrêtée, suivant, à petites pauses, les vieillards riches, essayant, à l'inverse des enfants, de faire leurs der niers pas, au bras d'un valet impersonnel et bien rasé. Les dames avaient des toilettes où le demi-deuil de l'hiver à peine expiré se nuançait de printemps. 16
242 l'initiation Dans la poussière ténue et déjà dorée, des cycles couraient, araignées onduleuses. Parfois, un fracas de trompe annonçait une automobile. Une ombre vaste de nuage passait à intervalles sur le sol, posant un morceau de terre grise entre deux sites ensoleillés. Puis le nuage glissait sur la pente bleue et ronde, vers les autres allongés à l'horizon. Quel décor pour la fantaisie, triste ou tendre, que le bois !
Même moderne, la forêt est toujours la confi dente. On va s'y pendre ou s'aimer. Les romanciers supposent aisément des rencontres sur les pelouses, et les conversations au bord des eaux plates où les cygnes vont lentement. Il faut fuir les allées officielles qu'annonce le roulement des voitures. On découvre des endroits silencieux. Certains, derrière les feuilles, ont vu remuer des biches.
Il y a des champignons au pied des grands arbres, et des ruisseaux que l'on passe sur trois rochers à fleur d'eau. Ici, des huttes sauvages, ensevelies dans le sol, ne se révèlent que par la fumée d'herbes sèches qui sort de la cheminée. Là-bas, au milieu de la clairière, un abri circulaire en chaume, sur des colonnes de bois, attend les cavaliers égarés au cœur de la forêt par la pluie.
Ce sentier vague conduit sûrement au carrefour où la chasse enten dra sonner le retour. Le promeneur était entré dans le bois par Neuilly. Plus que tous les autres il aimait le site de ce côté. La route, depuis la porte, laisse à gauche un mélanco lique étang, puis vient traverser une forêt de pins en miniature. Son âme, désireuse de calme, accueil lait la ligne de ces arbres un peu sévères, mais dont
LE FEU SACRÉ la tige s'élève, d'un jet, à une hauteur majestueuse. L'odeur saine des brindilles tombées, et faisant sur le soi une couche élastique, lui rappelait en outre les paysages méditerranéens. Une vision lui revenait avec le parfum. Si tous les sens ont une mémoire, ceHe des parfums est la plus suggestive et fait revivre les plus intimes émotions. Un autre tableau surgissait, annoncé par les cycles avant-coureurs.
On traversait une de ces routes à eux réservées, où le sol uni comme celui des pistes permet de rouler sans imprévu. Le paysage se transforme suivant le goût du public. Les stands se multiplient sur les pelouses. A mesure que le caprice ou )a mode se dirigent vers tel horizon, on y voit naître les cafés, comme des fleurs, à quelques pas des clairières où Puvis de Chavannes trouvait les arbres de son bois sacré.
La promenade est pareille à la courtisane qui change de robe pour plaire à divers. Jean Derève s'était engagé, au sortir des passages fréquentés, dans une allée qu'il affectionnait pour le dôme de feuillage. Il s'y trouva seul. Puis il aperçut, venant du fond de l'allée, un couple de promeneurs qui se dirigeaient vers lui. Quand ib furent plus près, il reconnut, avec une certaine surprise malgré son attente, Mathias Corbus.
Une dame l'accompagnait. 11 lui parut qu'il l'avait rencontrée déjà, sans qu'il pût se rappeler dans quelles circonstances et dans quel endroit. « C'est Lucia », dit Corbus. Et aussitôt, le jeune homme eut à nouveau devant les yeuK le soir et le temple du feu. Comme s'en244 l'initiation .chaînent les conjectures, la voix de Corbus lui sembla singulièrement résonner, comme celle du grand prêtre. Il fit part de ses soupçons.
« Quelle supposition ! répondit Corbus. D'ailleurs, on ne doit parler des choses qui sont nocturnes, excepté la nuit. Nous sommes là pour goûter le charme d'un après-midi de printemps. Laissez-nous imaginer que vous allez à l'aventure vers quelque aventure d'amour. » Jean Derève soupira : « Vous parlez de ce sentiment comme d'une chose si simple que je vous envie. Pour ma part, la joie d'amour est comme toutes les autres.
Je la cherche et ne l'ai pas encore trouvée. Ou plutôt, j'ai connu des joies que mon inquiétude empêcha toujours d'être franches. » Ils firent quelques pas sous le feuillage. Le jeune homme entraîna avec lui ses compagnons. Le visage de Lucia fut dans l'ombre des branches coupée de soleil. Jean Derève la vit mieux que la nuit du temple. Elle parut plus humaine et charmante.
Avec une hésitation dans les premières paroles, il continua : « J'écrivis un jour un traité que je vous donnerai à lire, si je le possède encore, car il n'était qu'en ma nuscrit, dans la manière et le style des dialogues érasmiens. Cela s'appelait, je crois : « Eutrope, ou de l'impuissance d'aimer. » Certains hommes ont la maladie étrange de ne pouvoir s'attacher qu'à ce qui les fuit.
Nul n'est plus sincère que moi quand j'ex prime des sentiments. Pourtant, aussitôt que l'on s'humanise, je m'étonne d'avoir souflert. Je ne puis
LE FEU SACRÉ 245 chérir que celles qui me témoignent de l'indifférence. Le charme est en proportion avec l'idée de navrance et d'impossibilité. Ainsi, je ne puis jamais goûter la joie amoureuse, car, l'amour venu, la joie s'en va. Il faut d'ailleurs que je me lamente pour vivre, et je n'ai la conscience de moi que par le ressouvenir aigu d'une blessure toute récente. Cette amertume est comme le sel qui conserve et fortifie.
Je retrouve dans mon passé deux états d'âme bien différents, qui se succèdent toujours. Tantôt, je suis hanté par le fan tôme d'une forme désirable, et qui paraît impossible à conquérir. Je souffre, je voudrais anéantir la cause de mes tourments. Je songe que le néant seul donne le calme, jet j'appelle à grands cris l'oubli de mon mal. Mais ce sont de faux appels.
Tantôt entre deux combats, je me repose comme un guerrier qui vit disparaître l'ennemi d'hier, en attendant qu'avec l'aube prochaine d'autres armes redoutables surgis sent à l'horizon. Mais cette inaction et ce repos de viennent pires que la mort. Et je ne vis plus tout le temps que je n'ai pas de torture pour amuser mon étrange cœur. L'amour et la gaieté sont pour moi deux voyageurs au visage hostile.
Quand l'un passe mon seuil, l'autre dit adieu. Il ne sert de rien qu'à certaines heures j'aie pu réaliser le rêve si ardemment souhaité. Je n'aime plus l'amour quand il m'aime, et je suis étonné de l'avoir aimé. Ainsi je ne connais de lui que l'appréhension et l'angoisse. Il disparaît dès qu'il est présent.
L'Eros de marbre qui se dresse au milieu de ma maison se blesse de ses propres flèches et cache ses ailes blanches sous un éternel manteau de deuil.
246 l'initiation 1 — C'est que, sans doute, dit Mathias, vous ne savez pas aimer avec l'égoïsme qui convient. Je veux bien admettre avec vous que la passion qui vous intéresse soit la seule source de volupté.
Mais je ne saurais vous suivre quand vous affirmez, en contradiction d'ailleurs avec vous-même, que telle forme seule, à un seul moment, est capable de la donner, et que tout est perdu quand une apparence, parmi toutes les autres possibles, vient à s'effacer de l'horizon. Vous vous abandonnez sans défense à ce plaisir d'être esclave ; c'est un plaisir triste et pervers. Rien de ce qui n'est pas nous-mème ne vaut la peine de pleurer.
Comme on regrette, d'autres jours venus, de s'être torturé le cœur pour un sentiment qui devait mou rir l Rappelez vos expériences et dites-vous, puisque heureusement vous en fîtes la preuve, que nul émoi n'est éternel. Ne soyez pas triste à l'appréhension que nul émoi n'est éternel. Ne soyez pas triste à l'appré hension que tel désir ne se réalisera pas. Ne soyez pas désabusé quand il s'est réalisé. Ne rêvez pas votre vie.
IJ faut cueillir les fleurs, en sachant que ce ne sont que des fleurs, et ne pas mettre son âme dans le parfum d'une seule d'elles, de peur d'éprouver trop de regret, quand le parfum, sitôt respiré, s'est évanoui. Il y a des femmes qui passent et dont certaines sont meilleures à développer votre sensibilité. Vous trou vez que l'amour est triste, parce que vous cherchez plus et moins aussi que l'amour. Surtout renoncez à la détestable mélancolie.
Je crois impossibles, désor mais, les poètes que leur génie, vrai ou faux, consola mal de n'avoir pas été aimés, ou qui furent aimés et
LE FEU SACRÉ 247 se tourmentèrent dans la crainte de paraître satis faits. C'est un stade qu'on a dépassé. L'humanité eut vingt ans, l'âge des sombres élégies. Résignons-nous maintenant à notre félicité. La joie est à la portée de tous. Elle dépend de vous et non d'une apparence que le hasard vous aura fait rencontrer.
Ne symbo lisez pas le voyageur qui s'est épris d'un paysage et veut mourir de l'avoir quitté, ni celui qui n'est pas plus tôt arrivé dans le paysage qu'il en veut partir. Des paysages différents sont à chaque nouvel horizon. On s'étonnera plus tard de la pensée bizarre qu'on eut de vouloir planter sa tente éternellement. C'est une faiblesse fâcheuse de prétendre soumettre son âme à des sourires étrangers.
Mais donnez-vous l'amusement de visions sans cesse nouvelles. Ainsi vous goûterez l'amour sans ridicule et sans trahison. Et que les plus beaux visages ne soient qu'un prétexte au jeu supérieur de votre divine volonté. Vous n'aimez pas, comme vous ne croyez pas, parce que vous êtes incapable de prendre une décision.
Mais si vous n'en preniez pas d'autre que de sourire et de vous satisfaire avec ce sourire, ce serait déjà un beau progrès. — Il faut que l'on m'y aide, fit Jean Derève. Et Saint-Maur m'a parlé de vous. Je ne refuse ni de croire ni d'agir. Mais je pense que la volonté est sus ceptible d'éducation, et que vous pouvez jouer ce rôle d'éducateur. S'il existe des moyens artificiels, dites-moi si je dois les employer.
Si, au contraire, il suffit de vouloir, vouloir pour pouvoir, je suis à la vérité, par le désir, dans les meilleures dispositions.
248 l'initiation Je vous demande, à vous aussi : Que faut-il faire pour être heureux ? Savez-vous les incantations qui transmueront l'âme en magicien ? » Les promeneurs étaient arrivés à l'entrée du Ranelagh. C'est une des retraites ombreuses les plus intimes de Paris. Un kiosque à musique forme le centre d'une pelouse semée de constructions légères et de jeux d'enfants.
On y joue parfois l'après-midi, comme dans une ville de province, et, d'ailleurs, ce morceau de bois, avec sa physionomie particulière, évoque bien certains cours ou mails de vieilles cités françaises. Les habitués viennent des rues voisines fumer la pipe, suivant l'âge, ou conduire des cer ceaux. Un pré, le long de la Muette, est envahi, les jours de fête, par les dîneurs en plein air.
Il n'est pas jusqu'au tumulte du chemin de fer de ceinture qui ne s'atténue à travers le rideau d'arbres, comme un appel plus discret ici qu'ailleurs de la vie bruyante. Mathias Corbus sourit : « Saint-Maur vous a parlé des poisons qui exaltent ou dépriment la volonté. C'est un tentateur. Mais voici que nous nous sommes fort écartés. Laissez que je reconduise Lucia chez elle.
Si vous désirez que je vous retrouve, nous continuerons ce soir cette impor tante conversation. Vous pourrez m'accompagner vers d'autres parages. Et, la nuit, mère des pensées obscures, favorisera nos discours. »
LE FEU SACRÉ 249 III LE DIEU VERT Mathias Corbus fut au rendez-vous, à l'orée du bois. C'était l'heure où s'allument les réverbères et où commence l'autre vie de la cité. Au bout de quelques minutes, il vit arriver Jean Derève, et tous deux, après s'être consultés, descendirent vers le fleuve, par des voies à pente rapide, à travers les constructions neuves qui surgissent dans ces parages.
S'il faut croire les historiens, l'exode des peuples a toujours eu lieu de l'est à l'ouest, dans la direction du soleil. Il semble que l'humanité, produit naturel de la chaleur versée par l'astre, marche sans cesse avec lui pour demeurer le plus longtemps possible sous son influence vivifiante.
Nos souvenirs les plus anciens nous présentent les nations, encore assem blées en familles, descendues des plateaux de la haute Asie, quand le sol devint insuffisant pour le nombre accru des hommes. Les invasions de bar bares ont couvert l'Europe successivement, et le flot des hordes, comme un flux, a déferlé sur les plaines du continent, pour venir mourir, en définitive, aux plages de Bretagne et d'Espagne, contre l'autre flot de l'océan.
Mais après des siècles de repos apparent, le mouvement recommence, et les navigateurs hardis, partant pour l'or ou la gloire, à la découverte de nou veaux pays, ne sont que des précurseurs.
a5o l'initiation Comme les peuples, les villes, dans leur marche, suivent le cours du soleil. Paris se développe dans ce sens et aussi dans celui du fleuve, les deux, par fortune, étant parallèles sur la route du progrès. Il est naturel qu'on descende plus facilement qu'on remonte un courant d'eau. C'est une influence. La première, pourtant, est plus forte. Quand elles s'unis sent, leur accord donne un résultat parfait.
Tout, dans la ville, va de l'est à l'ouest. La foudre ellemême obéit à cet étrange commandement. Les orages accompagnent la Seine. C'est vers Auteuil et Passy que se construisent d'autres maisons. Le centre de la ville, que jadis marquait la place Royale, se meut chaque jour vers l'occident. La vie, sur les boulevards, abandonne graduellement une extrémité pour l'autre.
Il faudrait voir en des faits semblables non la manifestation d'un pur hasard, mais l'appli cation de lois aussi inhérentes à l'humanité que sa propre existence. Comme il serait facile, si l'on voulait, de multi plier ces relations, et d'établir des correspondances mystérieuses qui, peut-être, deviendraient claires par comparaison ! Ce n'est pas un jeu d'enfant, mais un effort vers l'unité.
Il ne sert à rien d'être observa teur, si l'on se contente de recueillir d'innombrables observations, sans en chercher le lien. Celui, au contraire, qui commence à s'apercevoir que tout est semblable, marche sur la route de la vérité. Sa pen sée, à chaque pas, pénètre un des secrets de la nature. Elle entrevoit le grand secret, la simplicité, l'harmo nie. Les puérilités des anciens ont parfois le même
LE FEU SACRÉ 25 I sens profond que les visions modernes. Empédocle compare la terre à un vaste animal dont les forêts sont les cheveux, et la mer divine, la sueur. Evidem ment, des comparaisons semblables pèchent en ceci, qu'elles prennent comme réalité un des objets de comparaison et veulent que l'autre lui soit identifié, au lieu de supposer que les deux sont les projections différentes d'une même loi.
Mais il faut admettre aussi, dans ces phrases, plus qu'un jeu de phrases. Nous faisons de Paris le cœur du monde, sans exprimer autre chose par ce vocable qu'une frap pante analogie. Qui nous dit qu'il n'y ait pas un rapprochement plus rigoureux ? On doit regarder les plans de Paris qui se trouvent, par exemple, dans les wagons du chemin de fer de ceinture, comme de petites images tournant autour de leur objet.
La ligne rouge de limite donne la forme étrange d'un cœur, avec une dépression régulière et la pointe correspon dante, tournée d'ailleurs vers le couchant, comme attirée par le soleil. Un assimilateur puéril pourrait poursuivre la comparaison, qui ne fuirait pas bien loin. Les montagnes et les bois, et le fleuve, grande artère, prêteraient à des raisonnements ingénieux.
L'idée, en suivant sa route, tomberait dans le para doxe, mais n'est-ce pas assez pour l'étonnement qu'on puisse trouver de pareils prétextes à ce jeu qui paraît plausible. On ne sait rien. Le monde est infini. Mais les mêmes formes doivent apparaître à toutes les hauteurs de l'infini. Nous devons être pour les uns ce que les autres sont pour nous. Les animalcules qui vivent à
252 l'initiation la surface de notre corps ont sans doute, ont sûrement des civilisations glorieuses, et des guerres inexpiables pour la possession de l'espace compris entre deux pores de notre peau. Des réflexions de cette natu re font mépriser le cerveau enfantin d'un Napoléon.
Les terres surgies du soleil, comme des globes de feu, se refroidissent lentement, et les cristallisations qui se produisent à leur surface sont les demeures des hommes, les temples, les palais, avec leur vie soyeuse et émue. Les mêmes phénomènes apparaissent sur les étincelles jaillies de notre foyer, pendant le bref mo ment, relatif à leur grandeur, avant qu'elles soient devenues les grains de cendre froide, comme la lune morte dans le ciel.
Nous ne connaissons que les êtres qui sont à l'échelle de nos yeux. Les animal cules ne soupçonnent pas la réalité personnelle de notre corps. Nous ne pouvons pas dire non plus ce qu'est le corps immense à la surface duquel nous nous agitons puérilement. Toutes les hypothèses res tent vraisemblables et se perdent, l'une après l'autre, dans le néant de notre pensée.
Mais il serait étrange que notre corps fût seul doué de la conscience et que les autres assemblages d'éléments matériels, en fus sent tous, et pour le jeu de notre orgueil, dépourvus. Jean Derève et Mathias Corbus avaient dépassé les Invalides, salué en route le pont aux arches d'alliance lancé en l'honneur des barbares emprunteurs du nord et pris à la Concorde le boulevard Saint-GeFmain. Paris s'animait dans l'atmosphère spéciale du soir. On approchait des rues chaudes où, jusqu'avant dans la nuit, la jeunesse exaspère aux lumières son
LE FEU SACRÉ 253 désir de vivre et de s'étourdir. Ils croisèrent des groupes d'étudiants et d'artistes, accompagnés de jeunes femmes dont quelques-unes étaient jolies. Les jolies filles lancées chaque jour dans la circulation voluptueuse se dirigent en petit nombre vers ce quar tier.
C'est qu'il forme une cité dans la grande, moins parisienne que provinciale, avec sa population flot tante, et ses vendeuses d'illusion dont se contentent des appétits de vingt ans. Les futurs avocats ou mé decins, un peu tristes d'avoir vu disparaître les an ciennes brasseries, jouent au ménage et à la manille avec des femmes souvent aussi originaires des pro vinces et qui peuplent cette Babel où règne la fâcheuse confusion des langues.
Les observateurs qui repa raissent, goût un peu pervers, dans ces milieux où ils passèrent jadis, notent un soir par hasard une figure de fille charmante, qu'ils ne trouvent plus le lendemain, enlevée rapidement. Les demeurantes, en vieillissant, prennent un aspect redoutable. On rencontre, dans les ateliers de peintres, des formes plus intéressantes.
Mais encore, les bons modèles présentent plus souvent des parties de corps irréprochables que la figure. Mieux vaut, alors, con templer un marbre, car le corps n'a sa fleur d'expres sion que dans le sourire et le regard. Tous les beaux corps sont pareils. Ce sont les yeux qui les changent, et les lèvres laissent transparaître l'âme diverse qui est en eux.
Il est difficile qu'un homme meure du regret d'une belle forme, s'il ne fut pas séduit à l'abord par le charme spécial du visage, et par ce jeu de physionomie qui fait une femme être elle-même
254 l'initiation et non pas telle autre au hasard. En dépit des philo sophes et de Platon, ce qui nous attache à l'aimée, c'est non pas la beauté, mais sa beauté. Cela est si vrai que chacun cherche éternellement les mêmes traits. Celui qu'on abandonna se retourne quand,sur son passage, il aperçoit, fût-elle laide, une qui lui rappelle le geste perdu. Il peut demeurer indifférent à la grâce la plus réelle, mais qui n'est pas celle de jadis.
Et combien peu de têtes ont réellement une expres sion ! On ne devrait pas, il est vrai, raisonner d'après les marchandes de plaisir. Il est trop aisé, en prenant des exemples illusoires, de démontrer que l'amour est une illusion. Entrevues le soir, aux lumières, elles semblent, du moins quelques-unes, avoir une per sonnalité.
Les cheveux et le chapeau, l'usage différent du fard, ou les paroles, séparent telle de telle autre, et peuvent, quelques minutes, susciter dans la bête humaine de spéciales curiosités.
Mais quelle stupeur de constater, après la nuit bonne ou mauvaise, au réveil, que, profitant de l'obscurité, un démon expert aux plaisanteries faciles est venu mettre sur les épaules de la dame occasionnelle, en échange de sa "figure d'hier, la même tête délavée et banale. Elles sont toutes la même. le matin venu.
C'est une cons tatation faite par les jeunes gens que la rigueur du sort condamna, comme aussi leur paresse sentimen tale, à de semblables amours. Mais ils s'aperçoivent par la suite, que ces femmes ne sont pas la femme, heureusement. Les deux promeneurs s'étaient assis, fatigués d'un
LE FEU SACRÉ 253" vrai voyage, à la terrasse d'un café bruyant. Les clar tés de l'intérieur s'épandaient violemment sur le trot toir. Des filles circulaient entre les tables. On enten dait par lambeaux, des groupes voisins, les spirituelles conversations. Mathias Corbus et Jean Derève se reposaient, l'âme abandonnée comme le corps dans le nonchaloir d'un bain public. Ils appelèrent un garçon qui leur apporta du café et de la bière.
« Vous m'avez parlé de Saint-Maur, dit Mathias, et vous attendez que je vous révèle, plus explicitement que lui, quel secret de songe est inclus dans l'usage des poisons. Vous désirez qu'ils vous transportent dans le pays idéal où l'existence soit heureuse et devienne facile le jeu de la personnalité. Je désap prouve ces procédés. Trop nombreux sont ceux qui demandent à des substances maudites un embellisse ment, combien illusoire, de la vie.
Pourtant l'essai peut être profitable, si l'on sait ne pas trop le prolon ger. Certains hommes sont paresseux ou n'osent pas développer leur puissance. Un jour de hasard, sous une influence nouvelle, ils se sentent vivre autrement. Ce n'est pas seulement, croyez-le, pour goûter un plaisir douteux et dont on n'est, d'ailleurs, jamais sûr, que l'on fait des tentatives. Il arrive qu'une secousse insolite montre à quelqu'un soudain son âme.
La morphine et l'opium font surgir des profondeurs une inconnue sensibilité. Quelle tentation pour celui à qui ces émotions neuves se révélèrent ! Quel désir de s'élever, sinon sans danger, du moins sans effort, au-dessus de la vie maussade ! « Il faut être ivre, » a
256 l'initiation [Septembre dit Baudelaire, « ivre de vin, d'opium ou de poésie ». Mais celui qui est ivre cesse d'être lui-même, au bon comme au mauvais sens. Le rêve serait évidemment de concilier l'enthousiasme et la clarté, de garder la direction de son être et de s'abandonner en même temps aux influences charmantes. Accord bien diffi cile, je le crains.
Et peut-être ceux-là seuls ont raison qui ne se soucient nullement d'obtenir par les poi sons un accroissement de leur énergie, mais qui cherchent seulement l'enchantement et l'oubli. A des heures trop fréquentes, la vie est un mauvais songe. Et l'on doit être indulgent pour les malades qui réclament à grands cris l'opium libérateur. L'exis tence est aisément sinistre quand on a quelque sensi bilité.
Celui que ne soulève pas l'ardeurd'une passion profonde se traîne lamentablement. Heureux les mar tyrs et les saints! Heureux le cénobite qui prie dans la solitude froide et le silence de la cellule, et qui san glote vers Dieu ! Nous tous qui nous agitons puérile ment, nous ne réussissons pas même dans cette entre prise misérable, nous amuser. Pour ma part, je m'in téresse à certaines choses, et je passe mes jours con venablement.
Je me regarde comme satisfait, car je ne suis pas ambitieux. Et je n'ai pas trouvé inutile, pour me donner par intervalles une vision différente, et saisir des aspects divers, l'usage de telles drogues dont ma curiosité d'ailleurs ne s'est jamais faite esclave. Mais il serait enfantin de se laisser maîtriser, et de vivre sous une influence. J'ai goûté toutes les ivresses, mais j'ai connu, par contre, à d'autres moments, le charme de l'ascétisme. Et je suis devenu
19o3] LE FEU SACRÉ 2 capable, cela seul est important, de me suggérera moi-même les états d'âme les plus divers, par le seul exercice de ma volonté. Je vous l'ai dit, les adjuvants ne sont profitables que pour apprendre à s'en passer. Ils sont nombreux, et leur choix varie suivant les pays et les gens. Les femmes prennent de la mor phine, et les médecins, par occasion. C'estle malheu reux remède pour les douleurs insupportables.
Mais le danger est qu'on en contracte une maladie mortelle, dont le cours ne s'interrompt pas. Une répulsion me vient aussi du procédé chirurgical. Je crois que l'opium fumé, avec ses rêves immobiles, convient mieux aux mondains oisifs. Il possède aussi les navi gateurs, venus des pays orientaux, et qui ont gardé, quand de retour, l'habitude prise là-bas. Mais les dif ficultés matérielles sont un obstacle à la diffusion.
De plus, l'initiation est assez lente. Ce dernier inconvé nient n'est pas spécial à l'opium. Il a sauvé bien des hésitants. Le peuple a le vin et l'alcool, dont il vaut mieux ne pas parler. Vous savez qu'en Irlande, l'éther se pro page rapidement, achevant d'annihiler, par des moyens nouveaux, les habitants vagues de cette con trée. Cette drogue a des effets surtout physiques. Elle donne une légèreté extraordinaire de corps et d'esprit.
Vous avez peut-être, à l'occasion, mangé des fraises à l'éther. Mais l'odeur insupportable et persistante ne permet guère à un homme correct de s'adonner à ce vice. Tout le monde s'aperçoit de sa manie. J'ai l'horreur des manifestations et des involontaires aveux. D'ailleurs, il me semble qu'il ne saurait être 17
î5\ l'initiation question de boire l'éther. Le goût, même dissimulé par des mélanges, est d'une intensité désagréable. Je crois qu'on obtient des impressions suffisantes en res pirant un flacon.
Le cerveau se prend très vite, et l'on arrive sans peine à cet état de demi-conscience heu reuse, où tout s'estompe autour de nous, où les sons, les visions se métamorphosent et s'atténuent, bien que nos sens, au lieu de perdre leur acuité, deviennent d'une étonnante et comme fragile sensibilité.
Si l'éther est au premier rang parmi les breuvages maudits, il paraii peu probable que l'opium, dont j'ai parlé cependant, puisse être connu dans ses effets réels par l'usage du laudanum. On ne s'expliquerait pas l'appareil compliqué des fumeurs, si quelques gouttes de liquide avaient la même vertu. Ce n'est plus cela, sans doute. Il faudrait fumer la résine à la façon des orientaux. Nos mœurs ne le permettent pas facilement.
Et j'en conclus, car tout a une cause, que l'usage de ce poison nécessite certaines habitudes que nous n'avons pas. 11 convient au tempérament des pays chauds, où l'âme suit volontiers sa pente d'en gourdissement. L'extrait liquide ne suscite guère que des impressions visuelles, ou plutôt une déformation amusante de la vision. Tous les stupéfiants d'ailleurs, par la dilatation de la pupille, agissent plus ou moins sur le regard.
Je crois, en outre, que celui qui use habituellement de l'une ou de l'autre de ces subs tances, n'éprouvera, s'il essaye, en passant, d'une nouvelle, pas d'effets très différents. La sensibilité exaspérée dans une certaine direction ga~de une ten dance aux mêmes éveils. Un mangeur de haschich
LE FEU SACRÉ 25ç prenant un jour, par nécessité, ou curiosité, de l'opium ou de l'éther, aura ce jour-là, comme à l'or dinaire, une ivresse de haschich. Je ne sais si cette observation a déjà été notée. Je ne le crois pas. On peut encore observer qu'il est dangereux de mélanger. C'est, accrue démesurément, l'impression fâcheuse qui résulte de l'absorption devins variés. Le plus déplorable de mes souvenirs est de cette nature.
J'avais goûté du chanvre indien avec un morphino mane que je ne connaissais pas comme tel. Bien entendu, les modifications de son moi, au point de vue pittoresque, furent celles de la morphine. Mais l'ébranlement nerveux fut décuplé. Il eut une crise effrayante. J'ai cru sérieusement qu'il allait mourir. Il m'a juré depuis que jamais il n'aurait la fantaisie de renouveler cette expérience. Elle suffisait.
Vous avez présents à l'esprit les récits de Baude laire et de Théophile Gautier. Ce sont d'excellentes études sur le culte du dieu vert. Il y a des pages curieuses chez Alexandre Dumas, le père, celui qui est amusant. Je le soupçonne d'avoir demandé au haschich amplificateur certaines de ses descriptions, et d'avoir vu sous cette influence, par exemple, la grotte de Monte-Cristo.
Je vous parlerai tout à l'heure de cette influence imaginative qui rend la substance chère et redoutable aux littérateurs et aux musiciens. Mais les notes qu'ils ont laissées, ou les ouvrages qu'ils écrivirent avec cette obscure collaboration ina vouée, sont, à tous points de vue des documents, bien .que pas techniques, plus précieux que les brochures
2Ô0 l'initiation des médecins sur ce sujet. C'est qu'il faut absolument, pour décrire de pareils effets, les avoir soi-même res sentis. Il n'existe en aucune langue un vrai poème d'amour ayant pour auteur un homme qui n'a pas aimé. Les médecins, gens pratiques, pourraient sim plement noter et utiliser une propriété bizarre de ce poison, la surexcitation prodigieuse dela sensation de la faim. (A suivre.) Gabriel de Lautrec.
La reproduction de» article* Inédits publiée pur i'Inilittion eut formellement interdite, à moini d'autorisation «pédale. PARTIE INITIATIQUE Cette partie Ltt réservée à l'exposé des idées de la Direction, des Membres du Comité de Rédaction et à la reproduction des classiques anciens.) LES AMIS DE DIEU Nous nous proposons de résumer succinctement l'histoire ou plutôt la doctrine des mystères de la vallée du Rhin au quatorzième siècle ; dans cette étude, qui n'aura rien d'original, nous ne ferons qu'analyser ou traduire les travaux consciencieux de Jundt, Histoire du panthéisme populaire en Alsace et les Amis de Dieu au quatorzième siècle ; Ch. Schmidt : Nicolas von Basel (Vienne, 1 866) et Johannes Tauler von Strassburg (Hambourg, 1841). Pour plus de clarté nous allons donner d'abord une liste des personnages connus comme ayant porté ce titre, et de ceux qui les ont approchés. Le dominicain Jean Tauler, né à Strasbourg en 129o, mort en 1 36 1 . On croit qu'il étudia au monas tère Saint-Jacques, à Paris; la scolastique ne le satisfit point ; mais plutôt Denys l'Aréopagite, saint Ber nard, saint Augustin et même Proclus. De retour à Strasbourg vers i32 2, il y rencontra sans doute maître Eckart, dignitaire de son ordre. Un autre dominicain, Nicolas de Strasbourg, prêchait alors à
2Ô2 l'initiation Strasbourg une doctrine ascétique moins spéculative que celle d'Eckart. Il y avait aussi dans la même ville Johann der Fucrer ou Fugrer (Jean le Marchand), mystique très avancé, qui apparaissait à Suso en vision. Suso lui-même, l'auteur de la Sagesse éternelle, né en 1 3oo, mort le 25 janvier 1 366, qui fut en relations avec tous les mystiques de son temps, notamment avec maître Eckart.
Christina Ebner, abbesse d'Engelthal, près Nûrnberg, célèbre par ses visions. Egenolph von -Ehenheim, Heinrich von Nôrdlingen. Dietrich von Colmar, éminent en sainteté. Johann von Dambach, tous dominicains, ce der nier prédicateur, professeur à Prague, écrivain.
Mais tous ceux-ci et bien d'autres encore ne sont que les élèves d'un personnage mystérieux dont l'his toire n'a conservé que des souvenirs, et dont toute la patience des érudits n'a pu démasquer l'incognito.
On a dit que le véritable Ami de Dieu était Nicolas de Bâle ; d'après Schmidt, sa résidence était dans la Hergottswalde.sur le Pilate ; d'après Hutolf, c'était au Slhumberg, près d'Entlibuch ; M. Jundt prétend que l'Ami de Dieu était Jean de Rutberg, né à Coire avant 1 3 12, puisque dans cette année maître Eckart parle de lui. En i3a3, ils fondent un couvent de francis caines à Wittichen, près Schiltach.
M. Jundt, dans son livre que nous ne saurions trop recommander, indique dans les années 1 345, 1347 et i352 desvisites faites entre différents Amis de Dieu de Stras
LES AMIS DE DIEU 2Ô3 bourg, de Bâle, de Cologne, de Bavière et un peu plus t.ird de Bohême. A cette époque, un banquier de Strasbourg, Rulman Merswin, né en lioy, venait de se convertir à Tauler ; il joua dans cette association spirituelle un rôle très important ; il a raconté luimême dans le Livre des neuf rochers toute l'histoire de son développement mystique.
On croyait volon^ tiers alors à la venue prochaine de l'Ante-Christ : en 1 346 et 4^ il y avait eu des tremblements de terre, de 1 347 à 49 la peste avait ravagé toute la contrée, en 1 356, Bâle fut détruite par un tremblement de terre, il y eut une seconde épidémie en 1 358 et une troi sième en 1 363 avec un autre tremblement de terre à Strasbourg ; de plus, l'hérésie des Libertins spirituels ou Frères du Libre-Esprit ravageait la chrétienté ; ces précurseurs du quiétisme, prétendant qu'ils n'avaient plus besoin de la grâce ni du Saint-Esprit, se livraient à tous les excès.
C'està cemoment(i352) qu'apparaît dans la vie de Merswin, l'Ami de Dieu de l'Obcrland. Une dizaine d'années auparavant, Tauler avait déjà été converti par un laïque que Schmidt déclare avoir été Nicolas de Bâle et qu'il considère comme le chef spirituel des Vaudois et des Beghards. A notre avis on ne peut rien savoir de certain là-dessus. Voici ce qu'en dit M. Jundt.
Cet homme habitait du côté de Fribourg ou d'Engelberg ; après avoir connu le monde, il fit une pénitence de cinq années, au sortir de laquelle, ayant été élevé en esprit jusqu'à ce qu'il appelle Vorigine, il se cache sous le voile de l'anonymat et fonde une société mystique; il visite
264 l'initiation Rome, Gênes, Milan, Metz, la Hongrie, Vérone, les Pays-Bas, il convertit un Musulman. En 1346, il initie un prédicateur à trente lieues de sa patrie ; c'est sans doute Tauler dont il s'agit ici ; c'est à ce dominicain célèbre qu'il adresse, en i35j, son épitre sur la chrétienté.
De 1 364 à 1 367 il passe par les mêmes maladies et les mêmes visions que Merswin ; c'est alors qu'il fonde dans rile-Verte,près Strasbourg, une maison de retraite dans laquelle on trouve, en 1371, les Johannites Henri de Wolfach tt Conrad de Brunsberg.
Ensuite il crée un second ermitage sur les terres du château de Rutberg, dins la paroisse de Gauterschwyl (canton deSaint-Gall), près de Wyl, sur la Thur ; on a découvert des actes de donations à un Jean de Jouschwyl ou Jean de Rutberg, ermite à cet endroit vers 1375. Deux ans plus tard, il y a là huit solitaires.
Poussé par un ordre d'En-Haut, l'Ami de Dieu se rend avec deux frères à Rome pour pré senter au pape Grégoire XI des remontrances sur la dissolution générale du clergé ; ils furent reçus avec beaucoup d'honneurs et après avoir intercédé auprès de Dieu pour l'Eglise, ils retournèrent à leur ermi tage. C'est là que, du 17 au 25 mars 1379, eut lieu une première diète de huit Amis de Dieu.
Une seconde diète les réunit au nombre de treize du jeudi saint au 22 mars i38o : elle se termina par l'apport d'une lettre tombée du ciel au milieu de leur assemblée, et ils se séparèrent définitivement, « captifs du Sei gneur», selon leur expression. L'Ami de Dieu vécut encore au moins trois ans ; il faut noter que Rulman Merswin vécut dans la soli
LES AMIS DE DIEU 265 tude depuis i38o et qu'il mourut le 18 juillet i382.
On voit qu'une grande obscurité planera toujours sur le protagoniste de cette belle association ; ce qu'il y a d'intéressant à constater, ainsi que vont le montrer les extraits suivants de leurs œuvres, c'est la perpé tuité du véritable mysticisme dont les représentants les plus autorisés n'appartiennent pas toujours à la hiérarchie ecclésiastique. * Les Amis de Dieu étaient catholiques, ils hono raient la Vierge et les saints, ainsi qu'on le voit dans les écrits du bienheureux Suso et de Henri de Nordlingen.
On dit que le célèbre extatique Jean Rusbrock les connut ; il a parlé d'eux dans le passage suivant, que nous nous ne pouvons résister au plaisir de citer: « Il y a une différence intérieure et inconnue entre les Amis secrets de Dieu et ses enfants mystérieux. Les uns et les autres se tiennent droits en sa présence. « Mais les Amis possèdent leurs vertus, même les plus intérieures, avec une certaine propriété imparfaite de sa nature.
Ils choisissent et embrassent leur mode d'adhésion à Dieu, comme l'objet le plus élevé de leur puissance et de leur désir : or, leur propriété est un mur qui les empêche de pénétrer dans la nudité sacrée, la nudité sans images. Ils sont couverts de portraits qui représentent leurs personnes et leurs actions, et ces tableaux se placent entre leur âme et Dieu.
Bien qu'ils sentent l'union divine dans l'effu sion de leur amour, ils ont néanmoins, au fond d'eux-mêmes, l'impression d'un obstacle et d'une dis
266 l'initiation tance. Ils n'oni ni la notion ni l'amour du transport simple : la nudité, ignorante de sa manière d'être, est une étrangère pour eux. Aussi leur vie intérieure, même à ses moments les plus hauts, est enchaînée par la raison et par la mesure humaine. Ils connaissent et distinguent fort bien les puissances intellectuelles, soit ; mais la contemplation simple, penchée sur la lumière divine, est un secret pour eux.
Ils se dressent vers Dieu dans l'ardeur de leur amour, mais cette propriété, imparfaite de sa nature,les empêche de brû ler dans le feu. Résolus à servir Dieu et à l'aimer toujours, ils n'ont pas encore le désir de la mort sublime, qui est la vie déiforme. Ils font peu de cas des actes extérieurs et de cette paix mystérieuse qui réside dans l'activité.
Ils gardent tout leur amour pour les consolations intérieures et pour d'imparfaites dou ceurs ; c'est pourquoi ils s'arrêtent en route, se repo sent avant la mort mystérieuse, et manquent la cou ronne que pose l'amour nu sur la tête du vainqueur. « Ils jouissent bien d'une certaine union divine, ils s'exercent, ils se cultivent, ils connaissent leur état distinctement, dans leurs voies intérieures, ils aiment les chemins qui montent.
« Mais ils ignorent l'ignorance sublime du transport qui ne se connaît plus et les magnificences de ce va gabondage enfermé dans l'amour superessentiel déli vré de commencement et de fin, et de mesure. « Ah ! la distance est grande entre l'ami secret et l'enfant mystérieux. Le premier fait des ascensions vives, amoureuses et mesurées. Mais le second s'en va mourir plus haut, dans la simplicité qui ne se con
LES AMIS DE DIEU 267 naît pas. Il est absolument nécessaire de garder l'amour intérieur et l'activité extérieure ; ainsi nous attendrons avec joie le jugement de Dieu et l'avène ment de Jésus-Christ.
Mais si, dans l'exercice même de notre activité, nous mourons à nous-mëme et à toute propriété, alors transportés au-dessus de tout, par le sublime excès de l'esprit vide et nu, nous sen tirons en nous avec certitude la perfection des enfants de Dieu, et l'esprit nous touchera sans intermédiaire, car nous serons dans la nudité. » (Traduction de Ernest Hello . ) Aux amateurs de rapprochements, nous rappelle rons que les livres sacrés du Taoïsme énoncent les mêmes enseignements dans des termes presque iden tiques.
Voici, à la mode de ce temps-là, les règles de con duite données par l'Ami de Dieu à Tauler : Apprenez à aimer Dieu et votre prochain. Bannissez tout regret du monde et de la vie selon la Nature. Commencez une vie nouvelle, pure, excellente, divine. Domptez votre nature afin qu'elle accepte en paix toutes les œuvres que Dieu accomplit. Évitez le mal et pratiquez le bien. Faites à Dieu l'abandon de votre volonté particu lière.
Gardez-vous de toute intempérance, quelle qu'elle soit. Habituez-vous à être toujours humble, tant dansvôtre vie extérieure que dans votre vie intérieure.
268 l'initiation Invoquez le secours de Notre-Dame afin qu'elle vous aide à apprendre cette leçon. K. Considérez toutes choses pour le mieux et faites-les tourner au bien. Les afflictions qui vous viennent de Dieu ou des créatures, supportez-les avec patience. Méditez continuellement de bonnes et pieuses pen sées. Ne convoitez rien, quoi que ce soit et sous quelle que forme que ce soit.
Observez en toutes choses une juste mesure et une modération parfaite. Pardonnez à ceux qui vous ont offensé. Quand le diable et la chair vous tentent, résistezleur avec courage et fermeté. Restez à l'égard de tous les hommes dans la voie de la fidélité et de la vérité. Soyez doux de cœur. Triomphez de la tiédeur religieuse. Veillez à la pureté de votre âme et de votre corps. X.
Christ, sa vie et sa doctrine vous soient un con tinuel sujet de méditation ; apprenez à conformer votre vie à celle du Seigneur. Y. Unissez-vous à Dieu par un lien durable et demeurez en lui avec la ferme intention de ne le plus quitter. Zélé vous serez et obéissant à Dieu dans l'accom plissement de toute œuvre divine (i). Voici les mêmes idées sous une autre forme : (i) D'après ia version de G. Jundt, op. cit., p. 124.
LES AMIS DE DIEU 269 « Tous ceux en qui l'amour de Dieu... inspire le désir de s'améliorer et de commencer une vie nou velle et divine trouveront grand avantage et profit à rentrer en eux-mêmes chaque matin dès leur lever, pour considérer ce qu'ils veulent entreprendre pen dant la journée.
S'ils trouvent en eux quelque mau vaise pensée, quelque intention contraire à la volonté divine, qu'ils y renoncent en l'honneur de Dieu, et qu'ils disent : « Seigneur, je veux m'abstenir, pour l'amour de toi, de cette mauvaise action.
Aide-moi dans ta miséricorde infinie à accomplir toutes mes œuvres conformément à ta volonté et en vue de ta plus grande gloire ! » Pareillement le soir, au mo ment de se coucher, ils devront se recueillir et consi dérer comment ils ont employé leur journée, quelles actions ils ont faites et dans quelle intention ils les ont accomplies.
S'ils trouvent qu'ils ont fait quelque bien, qu'ils en rendent grâces à Dieu et lui en donnent toute la gloire, et qu'ils se considèrent en toute humi lité comme des serviteurs inutiles et indignes.
S'ils trouvent qu'ils ont commis quelque péché, qu'ils s'en attribuent aussitôt la faute à eux-mêmes et à personne d'autre, et qu'ils disent à Dieu dans un profond sen timent de repentance : « Seigneur, sois gracieux et miséricordieux envers moi, pauvre et indigne pécheur, et pardonne-moi tous mes péchés de ce jour, car je m'en repens sérieusement et j'ai la ferme et entière volonté de les éviter dorénavant avec ton aide ( i ). » Tous ces conseils ne sont que d'ingénieuses adap- (1) Traité III, trad. A. Jundt.
270 l'initiation tations des paroles de l'Évangile, vers la compréhen sion desquelles elles constituent un acheminement. Si l'homme, en effet, était fort, ou plutôt vraiment faible, il n'aurait pas besoin d'intermédiaire entre son cœur et le cœur de Dieu ; les livres et les maîtres sont comme des écrans qui tamisent une lumière trop éclatante pour nos yeux, que l'orgueil et l'inquié tude rendent délicats.
« Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande », dit le Christ (Jean, XV, 14) ; ainsi l'amour divin commence dans celui-là seul qui regrette ses péchés et possède une entière volonté de n'en plus commettre (R. Merswin, Livre des deux .hommes, p. 85).
Il faut donc, d'une part, un désintéressement ab solu vis-à-vis des choses d'ici-bas, un isolement com plet du monde vis-à-vis duquel il faut se comporter comme un cadavre; de l'autre, une oraison intérieure constante, c'est-à-dire un acte pur de la substance de l'âme et de la substance divine, s'unissant l'une à l'autre au-dessus de toute pensée et de toute parole (Tauler).
C'est-à-dire que, pour employer le langage simple de l'Évangile, il faut porter sa croix et prier du fond du cœur, car il est évident que personne n'a jamais su ce que sont et la substance del ame et la substance divine.
« Je vous ai appelés amis, dit aussi le Christ, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j'ai appris de mon Père. » C'est pourquoi « les docteurs de Paris lisent de gros livres ; les amis de Dieu parcourent le livre vivant, le livre du ciel et de la terre, et y lisent les œuvres merveilleuses de Dieu ».
LES AMIS DE DIEU 27 1 (Tauler, deuxième sermon sur la consécration et imitation de la pauvre vie de J.-C.) Nous donnerons, à titre de curiosité, les points principaux d'un discours mystique prononcé par Tauler sur le texte de Mathieu, XXV, 6 : « Voici le fiancé arrivé, sortez à sa rencontre (i). » « Christ, dit Tauler, est le fiancé ; la fiancée est la nature humaine.
Le vrai chemin qui mène à la ren contre du fiancé consiste à fuir l'honneur et les joies terrestres, à être méprisé du monde comme le Sei gneur l'a été. C'est alors seulement que la fiancée commence à plaire au fiancé. Pour lui plaire davan tage encore, il faut qu'elle s'abandonne à lui en toute humilité.
Alors le fiancé dirige son regard vers sa fiancée ; il lui fait un cadeau de fiançailles : ce sont les tentations qu'il lui envoie et qui lui causent de telles souffrances quelle croit qu'elle va mourir. Le fiancé est mort pour sa fiancée après trente-trois ans de souffrance ; il est juste qu'elle marche un peu sur ses traces et s'expose à la mort pour lui être agréable.
D'ailleurs l'amour de son fiancé, s'il est parfait, ban nit en elle toute crainte. Le fiancé laisse sa fiancée dans ces épreuves douloureuses jusqu'à ce qu'ellesoit devenue vraiment belle et pure, affranchie de toutes les souillures du péché.
Alors il lui dit : « Lève-toi maintenant, ma belle fiancée aux vives couleurs ; tu «s devenue parfaitement pure. » Le père éternel du fiancé assiste au mariage ; il prend le fiancé et la fian- ( i ) Traité XIII de l'Am de Dieu ; trad. A. Jur»dt.
272 l'initiation cée par la main, les conduit à l'église et bénit leur union ; il les joint ensemble par un tel amour que rien ne peut plus les séparer ni dans le temps ni dans l'éternité.
« Mon père, dit alors le fiancé, qui doit remplir dans cette fête les fonctions d'échanson ? » « C'est l'affaire du Saint-Esprit, répond le père ; qu'il s'acquitte de son devoir ! » Alors le noble et auguste échanson présente à la fiancée la coupe divine; aussitôt elle perd toute connaissance d'ellemême et des créateurs terrestres ; enivrée d'amour et débordante de félicité ineffable, elle se perd et s'abîme dans les bras de son fiancé.
« Mais quand l'épouse sort de la chambre nuptiale, et que, reprenant connaissance d'elle-même, elle se retrouve au milieu de la misère de ce monde, elle s'écrie : «c Malheur à moi, je suis encore ici ! » Elle n'ose cependant par pudeur et par timidité désirer le retour de son époux ; lui, au contraire, ne peut s'em pêcher de la visiter de temps en temps, car il sait que lui seul peut la consoler.
Elle échange alors avec lui d'étranges et mystérieuses paroles que le monde igno rant attribue à l'ivresse ou à la folie ; elle lui tient un langage que nul ne peut comprendre s'il ne le connaît par expérience, et qui dans l'Écriture même n'est pas complètement intelligible.
« Dans les derniers temps où nous vivons, il est bien peu de gens qui s'avancent sur le vrai chemin à la rencontre du fiancé ; et cependant il serait bien nécessaire que chacun songeât au salut de son âme, car l'heure solennelle approche : elle est déjà là ! Hélas ! les hommes d'aujourd'hui ont des yeux pour
LES AMIS DE DIEU 2jZ ne point voir et des oreilles pour ne point entendre ! » Notre dominicain n'est pas le seul au quatorzième siècle à professer ces enseignements ; voici quelques maximes pénétrées du même esprit.
« Renoncer à soi et à toute propriété en se confiant aveuglément à Dieu; recevoir tout ce qui arrive comme venant du Créateur et non de la créature ; être patient et doux. » (Eckart à Suso, en vision.) « La plus grande douleur du juste et la plus méri toire est de se trouver abandonné de Dieu, de s'ou blier soi-même et de se faire violence au point de se résigner par amour à rester privé de Dieu, autant qu'il plaît à Dieu. » (Jean Fucrer, de Strasbourg, à Suso, en vision).
Il faut, pour imiter la passion du Christ : i° Se refuser tout plaisir des sens ; 2° Fuir toute curiosité des yeux et des oreilles ; 3° Faire ce qui nous répugne ; 4° Refuser tout adoucissement au corps ; 5" Ne trouver de plaisir qu'en Jésus-Christ ; 6° Supporter autrui avec douceur et humilité ; 7° Aimer le mépris ; 8° Combattre ses appétits ; 9° Détruire ses désirs. (Suso, La sagesse éternelle.) En outre, pour avancer dans la contemplation on doit: i° Se séparer des hommes ; 2° S'affranchir des images et des choses terrestres 16
274 l'initiation 3» Quitter ce qui peut jeter de l'inquiétude dans la nature ; 4» Contempler la sagesse ; 5" Diriger vers elle : jeûnes, mortifications et exer cices ; 6° Ne les pratiquer qu'autant qu'ils peuvent aider à la présence de Dieu. (Suso, La sagesse éternelle.) Mais le chemin est extraordinairement rude et la montagne très escarpie ; ainsi l'Ami de Dieu com mença par donner tout ce qu'il possédait aux pauvres, if s'adonna pendant plusieurs années aux jeûnes et aux pénitences physiques les plus cruelles ; alors il a des visions d'êtres qui lui apportent des objets maté riels : des fruits, un linge, un anneau.
C'est alors que te Seigneur lui ordonne de cesser ces tortures volon taires et lui rend ses biens ; c'est pourquoi il enseigne que les exercices auxquels l'on doit renoncer sont ceux que l'on s'est imposé soi-même et auxquels on trouve une satisfaction particulière : les flagellations sanglantes, le cilice, les jeûnes, les veilles, les contem plations sensibles (i).
Ces exercices sont bons et utiles en eux-mêmes, mais ils ne constituent pas la forme supérieure de la vie mystique, à cause du « plaisir propre » que l'homme y trouve dans « sa volonté particulière ». Le vrai chrétien doit anéantir t jute volonté propre, s'abstenir, se laisser entièrement diriger par Dieu, et recevoir tout de sa main avec une égale soumission. (i) Le Livre des deux hommes, pp. 222, 23g. Ch. Jundt, Les Amis de Dieu. Voir aussi Tauler.
LES AMIS DE DIEU C'est seulement alors que commencent les épreuves intérieures.
Pendant deux ans il souffrit du remords et de la crainte de l'enfer ; pendant un an, les démons le tentèrent ; les réflexions suivantes sont le fruit de ces douleurs : « Les tentations, dit-il, sont des grâces que Dieu accorde à ses amis pour les purifier et les avancer intérieurement, grâces dont on doit regretter l'absence et de l'arrivée desquelles on doit se réjouir. » (L'Ami de Dieu, Livre des cinq hommes.) « Ce n'est pas pour moi une peine, mais une jolé de supporter ces tortures au nom du Sauveur, aussi longtemps qu'il plaira à Dieu de me les infligef », dît Sainte-Catherine de Sienne.
« Si les méchants vendeurs (les tentations inté rieures et extérieures) rentrent dans ton temple, chasse-les aussitôt ; mais s'ils y demeurent quelque temps contre ta volonté, sache que cela ne t'est pas nuisible ; leur présence ne peut que te purifier et te préparer à recevoir le Seigneur et sa grâce. Plus ces tentations sont impures, malignes, inexprimables, plus l'homme est purifié par elles.
Si donc de mau vaises pensées vous assaillent, ayez bon courage et réjouissez-vous ; quelque malignes qu'elles soient, ne vous en inquiétez nullement.
Endurez joyeusement... et avec résignation toute cette souillure, par amour de la libre volonté de Dieu ; ne vous soulagez vousmêmes dans cette souffrance, ni par des paroles, ni par des actes, laissez Dieu seul vous consoler et vous délivrer quand il trouvera qu'il en est temps, etc. » {Tauler, Sermon 67, cité par Jundf.)
276 l'initiation L'épreuve du doute, et le désir de comprendre Diêu, utopies dangereuses qui peuvent mener à la folie, furent ensuite pendant quatre ans le partage de l'Ami de Dieu. Pour y résister il lui fallut prier jour et nuit, être en communication constante avec Dieu.
Il sortit de ce véritable enfer par la vision suivante : « Ce jour-là, raconte-t-il, je fus ravi à moi-même comme je l'avais été le premier jour de ma nouvelle existence, et ma prière fut exaucée. Je ne distinguai ni formes, ni images ; ce que je vis dépasse toute in telligence. » (L'Ami de dieu, Traité XII, cité par G.
Jundt.) Revenu à lui il entendit la même voix d'une douceur exquise qui lui dit : « Tu n'as point vécu pendant cette année comme tu l'aurais dû. Au lieu de t'abandonner complètement à la volonté divine, tu as suivi ton désir particulier, tu as demandé à revoir Dieu. Tu l'as vu comme un prisonnier perçoit au fond d'une sombre tour la clarté lointaine qui entre par la lucarne du toit.
Nul ne peut arriver au degré suprême de la vie spirituelle, à la stabilité en Dieu, qu'en mourant entièrement à soi par un renoncement absolu, plein d'amour et d'humilité, aux mouvements les plus cachés de sa volonté personnelle, par une attente passive des manifestations de la volonté di vine et par une obéissance patiente et constante à celles-ci...
« Sache bien, homme volontaire et insoumis, que si tu abrèges tes jours tu en seras sévèrement puni. Suspens donc tes exercices ascétiques, jusqu'au jour où il te sera permis de les reprendre. Dieu te con duira désormais lui-même par le vrai chemin, par le
LES AMIS DE DIEU 277 chemin que doit suivre toute âme noble et juste que l'amour divin remplit et qui veut arriver à la stabilité spirituelle en pratiquant la patience de Job et l'obéis sance d'Abraham ; il exercera tes forces par le moyen d'exercices intérieurs qui te causeront tant de souffran ces que tu oublieras les exercices extérieurs auxquelstu t'es livré jusqu'à présent d'après les inspirations de ta volonté personnelle, c'est-à-dire sur les conseils du diable (1). » La dernière année de ce calvaire fut la plus ter rible, c'est là qu'il acheva d'abandonner toute volonté particulière, qu'il apprit à conserver la même recon naissance, pleine d'amour, soit que le Seigneur lui donnât sa grâce ou soit qu'il la lui retirât (2) ; il dut enterrer en esprit tous les vices et toutes les tentations des habitants de cette terre : « Pendant ma dernière année d'épreuves, écrit-il, il me fallut endurer toutes les créatures bonnes et mau vaises, pures et impures, au milieu de souffrances et de tentations infinies.
Celles que je neconnaissais pas, j'appris à les connaître d'une manière bien doulou reuse ; il me fallut endurer l'un après l'autre tous les êtres qui ont jamais été créés, sans pouvoir commu niquer mes souffrances à personne, sans même trou ver de consolation auprès de Dieu; je fus ainsi marty risé par de grandes tentations qui vinrent m'assaillir sous forme de visions célestes. » [Traité XII (3).] (1) Traités XII et Xlll, d'après Ch. Jundt. Les Amis de Dieu, p. 8o. (a) R. Mirswin, Traité de la Bannière du Christ. (3) Autobiographie publiée par Ch. Schmidt.
278 l'initiation Une vision lui montra ensuite une multitude d'in dividus dont ses souffrances avaient allégé le fardeau et qui par là étaient ramenés vers la bonne voie. Nous retrouverons ici la théorie vulgarisée par Huysmans de la substitution mystique, d'une part, et de l'autre le rappel de certains états extatiques décrits dans le brahmanisme, comme Bhakti Yoga, et popularisés par le bouddhisme ; il n'y a rien de nouveau sous le soleil.
Mais aussi quelle gloire après tant de travaux ; on croirait à lire dans Tauler les prérogatives de l'il luminé, que certaines brochures rosicruciennesdu dixhuitième siècle n'ont fait, ne sont que la copie des Sermons du dominicain strasbourgeois .
C'est une coïncidence qui peut faire réfléchir surtout si l'on remarque que le légendaire Christian Rosenkreutz est mort à la même époque que l'Ami de Dieu, et que ses disciples, de même que les Rose-Croix, lisaient le livre du Monde et étaient instruits à l'école du SîintEsprit. Voici les privilèges que confère cette école : « Dieu illumine ses vrais amis ; il luit en eux avec puissance, pureté et vérité. » (Serm.
7.) « Un discernement merveilleux plus parfait qu'il n'est possible à l'homme d'en acquérir ici-bas d'une autre manière. » (Serm. i5.) « Les hommes divins jouissent d'un entendement éclairé; ils possèdent le don de discerner les esprits : rien qu'à regarder leur prochain, ils distinguent son état intérieur, reconnaissant s'il appartient à Dieu ou non, et entrevoient ce qui l'empêche d'avancer. *- (Serm. 48.)
LES AMI 279 « La rapide vision de la lumière éternelle a rendu leur âme si lumineuse qu'ils seraient capables d'ins truire tous les hommes si besoin en était. » (Serm. Si.) « Ils sont doués d'une connaissance parfaite de ce qu'ils doivent faire et laisser. » (Serm.
84, 56.) « Pour obtenir la paix et la joie dans le SaintEsprit, ils n'ont besoin d'aucun exercice particulier : il leur suffit d'observer avec zèle les commandements de Dieu et les articles de la foi chrétienne, de vivre dans l'humilité et de se soumettre en tout ce qui leur arri ve à la très chère volonté de Dieu. » (Serm.
52.) Tout ceci prouve une chose, c'est que la voie du ciel est ouverte à tous, aux ignorants et aux inconnus d'abord ; que l'homme a en lui-même le meilleur des guides, et que, selon la promesse du Christ, la lumière du Saint-Esprit descend sans arrêt sur la terre et s'y fixe de plus en plus.
ORDRE MARTINISTE Nous espérons créer, pour le mois d'octobre, le Bul letin de l'Ordre promis aux délégués. Ce bulletin sera d'abord trimestriel et deviendra mensuel par la suite. Etals-Unis. — Le suprême Conseil adresse ses plus vifs compliments et ses plus sincères félicitations à Mme Margaret B.
Peeke, inspectrice générale de l'Ordre aux Etats-Unis pour la façon remarquable dont elle a conduit la propagande de l'Ordre et l'instruction des membres. Aussi le Sup. :*: Cons. a-t-il autorisé l'inspectrice générale à délivrer le grade de Rose-Croix de l'ordre Martiniste aux S. I. :\: des Etats-Unis à dater du 1M décembre 1903. Que chaque F:]: s'efforce d'être un humble soldat du Christ.
Le Sup. :': Cons. :*: délivre de plus un diplômed'honneur spécial à M. News E. Wood, directeur du journal Star of Ihe Magi, de Chicago. La Civilisation byzantine en Egypte D'un très intéressant article de M. Al.
Gayet dans la Renaissance laline An 15 août t903, nous extrayons le curieux passage suivant : Pourtant, les objets réservés aux incantations sont là, qui nous disent leur rôle maléfique ; mais si discrète ment, qu'à première vue, on croirait les pièces éparses
LA CIVILISATION BYZANTINE EN EGYPTE 28 1 de quelque parure étrangère.
Voici un miroir, à verre étamé, enchâssé sur un minuscule tambour d'ivoire, percé, à son pourtour, de petits trous obturés par des chevilles et monté sur un long manche ; les figures d'Anubis Hermès, le « maître des secrets de l'Au-delà » ; les lampes de terre cuite, où s'estompent des amours joufflus, qu'on jurerait modelés de Clodion ; une lampe à sept mèches, beaucoup plus simple, mais dont les becs noircis conservent quelque chose d'inexplicable et de lugubre.
Voici des coupes de verre, qui gardent, elles aussi, dans le galbe de leurs contours, ce quelque chose inexplicable qui provoque le trouble et l'effroi. Voici enfin un tambourin de peau de gazelle qui, lui, rappelle bien plus les plaisirs d'une vie heureuse que les sortilèges ; un grimoire, tracé sur parchemin, à peu près indéchiffrable ; une gracieuse tète d'isis Vénus, semblable à celles dont s'entoura Leukyôné.
Rien de tout cela ne dirait la magie, les pratiques des sciences restées, dans toute l'antiquité, maudites. Et cette morte si troublante reposait, entourée de ces objets, dans une jonchée de feuilles de persea, la tête appuyée à un coussin de pétales de roses et de tiges de marjolaine ; le front nimbé d'une auréole de fibres de palmier.
Et cependant, malgré tout, l'impression se faisait irrésistible, que cette douce image, ces objets élégants s'étaient trouvés associés à une existence in quiète ; qu'aux mains de cette enfant au lin visage, ce miroir avait servi à des cérémonies défendues, et s'était trouvé associé à des événements tragiques, dont sa glace, à l'étamage usé, avait conservé comme de glauques reflets. • Oui, tout cela, j'en avais eu de suite la sensation j'avais étudié et compilé des volumes entiers, pour déterminer le rôle de chaque pièce ; j'avais risqué l'ex plication et j'attendais les controverses, bien décidé, pour cette fois, à me mêler aux polémiques, et à dé fendre mes opinions, arguments en main. Un hasard vint, juste à point, me préciser cette vision lointaine, non plus fugitive, entrevue, mais avec une acuité
282 l'initiation ii;tcns; de mirage. Et c'est elle que je voudrais trans crire fidèlement, tant elle peint.de façon indélébile, ce monde des maléfices antiques, si peu connu, ou, pour mieux dire, si mal connu. Intrigué par le mode d'emploi des miroirs magiques, j'avais prié l'un des adeptes de l'occultisme de venir examiner celui deMyrithis et de me donner son avis. Des heures durant, nous avions procédé à diversesexpériences.
Mais, étant donné l'état actuel de la glace, aucune n'avait été concluante, et déjà je désespérais de pouvoir étayer une interprétation documentée, à cette source irrécusable, quand, en se retirant, mon interlo cuteur me dit ; — Je vous enverrai M. X..., c'est l'un de mes meilleurs collaborateurs. Nul ne l'égale en psychométrie, et vous n'aurez qu'à lui mettre en main chaque objet.
Sa sen sibilité nerveuse est telle qu'il voit tous les événements auxquels ceux ci ont été mêlés. J'attendis curieusement plusieurs jours la visite du mystérieux disciple. Enfin, un mot me parvint, me fixant un rendez-vous. A l'heure dite, je me trouvai en présence d'un homme au visage plein, la figure comme contractée par une tension fébrile.
Les yeux mobiles, d'un bleu clair, avaient surtout un éclat extraordinaire; et certains mouvements brusques dénotaient une su rexcitation qui faisait de lui une attachante person nalité. — Oui, me dit-il en m'abordant, c'est vrai que j'ai le don de voir et le pays et les faits qui s'y sont passés, à l'époque môme la plus lointaine qu'on puisse imaginer, pourvu que je touche un objet qui en provienne et qui y ait été associé.
Ma première vision est celle de la dernière étape parcourue ; puis, insensiblement, je remonte à l'origine. La matière vit; elle garde, adhé rents à sa surface, les atomes qui s'y sont fixés par suite de contacts successifs. Ces atomes conservent, eux aussi, leur vie propre. Une à une, chaque molécule se ranime. Voilà pour le principe de la vision. Comment se fait-il que chacun ne soit point doué pour la percevoir? Cela tient à une cause que vous connaissez sans doute. La cellule cérébrale vibre à raison de cinquante-quatre
LA CIVILISATION BYZANTINE EN EGYPTE 283 pulsations par seconde. A ce chiffre, la vision ne peut se ranimer. A des gens qui, comme moi, ont plus de cent pulsations cérébrales, il suffit d'appliquer un fragment quelconque sur le front, pour que la pensée s'identifie les atonies vivants sur la surface.
Voulezvous que nous commencions? * * « Je pris quelques feuilles du persea qui avait recou vert la morte; son miroir; son parchemin aux carac tères magiques; puis, m'installant à une table, en face de mon visiteur, j'attendis, mon carnet en main, prêt à noter chaque mot.
Cette attente ne fut pas longue, et après avoir soufflé sur l'une des feuilles, pour en chasser les poussières, l'avoir fixement regardée et se l'être appliquée sur le front, M. X... me dicta ainsi ses impressions, que je transcris, en leur gardant la forme exacte dans laquelle elles furent énoncées : « C'est très dur, en raison de contacts de plusieurs siècles avec le cadavre ... cette feuille en est tout impré gnée... il faudra un instant pour remonter au delà....
Ah 1 je vois un pays plat, avec un ciel bleu, d'une, clarté incomparable... Il ya des montagnes. ..Sur une colline, dominant la mer (i), une maison, à terrasse blanche, avec des fresques peintes tout autour et des colonnettes, formant une vorandah avancée. Il y a deux entrées: la principale à gauche, du côté des montagnes. Oh ! ces montagnes, elles sont roses et lilas ! En péné trant dans la maison, c'est pavé de mosaïques.
Pas de portes ; des rideaux séparent seuls les diverses pièces ; jaunes, avec des dessins polychromés. D'autres sont à rayures rouges sur les bords et constellés des signes du soleil. « Au milieu de l'une de ces pièces, voici un groupe de cinq personnes, accroupies sur une natte, autour d'un grand vase de terre brune, de forme très évasée- (i) A Antinoë, le Nil a 1 .20o mètres de large. Les Égyp tiens l'appelaient Pa Inià", — la Mer. — De même, les Arabes, el Bahr.
284 l'initiation Ces gens-là appartiennent à des races diverses : l'un est blanc, l'autre brun rouge, les pommettes saillantes. Ah ! Voici une femme blanche, les cheveux blonds, très bien arrangés et mêlés de perles... Sur la poitrine, elle porte un collier de saphirs oblongs. < Tout le monde est parti en face de la maison, sur la mer, glisse un bateau extrêmement élégant, avec des voiles brodées d'or, qui ont l'aspect d'ailes d'oiseau.
A l'arrière, est une sorte de velum rouge, supporté par des colonnettes sculptées. C'est une barque de plaisance, chargée de danseuses et de musiciennes. Je vois les harpes dorée6 ; le haut affecte la forme de têtes d'éperviers. Ah ! Le rivage est le théâtre d'incursions sauvages. Voici des hommes coiffés d'une sorte de bonnet phrygien rouge, armés d'arcs et de lances.
Dans les montagnes s'engagent des luttes terribles ; on se massacre à coups de massues rondes, hérissées de pointes de fer. Sur la colline, voici maintenant un groupe de prêtres en robes blan ches. Ils étendent les mains sur les combattants. L'un a un diadème en forme d'oiseau ; les autres portent des couronnes de branchages. Derrière eux, un autel surmonté d'une statue. Quelle tuerie !
Ah ! » Une fatigue, presque une souffrance, était visible sur les traits de M. X... Je repris de ses mains la feuille, qui ne me donnait point les secrets magiques. Après quelques minutes de silence, je lui tendis le miroir, et anxieusement attendis. La première sensation me rassura vite.
A peine avait-il pris ce miroir en main, que ses traits se con tractèrent ; un battement d'yeux convulsif trahit une émotion profonde et le regard éprouva, à se fixer sur la glace, une difficulté. « Il flotte sur cette glace des images d'invisible, c'est un objet occulte », me dit-il d'une voix grave.
Puis, comme pour s'en défendre, il posa son pouce sur l'étroite lentille ; mais un spasme violent lu lit tressaillir et le buste se courba dans un affaissement
LA CIVILISATION BYZANTINE EN EGYPTE 285 douloureux. Quelques secondes, il ferma les yeux ; puis, dans un effort, s'appliqua enfin la boite d'ivoire sur le front ; mais un halètement pénible soulevait sa poitrine. « C'est plus que de l'occultisme, c'est de la magie, reprit-il enfin. Je suis dans un caveau aux murs blancs, couvert de voûtes basses, sur lesquelles courent des inscriptions hiéroglyphiques.
Au milieu, un chaudron est posé à terre, sur un grand feu allumé. Tout autour, formant une ronde, voici cinq personnes. Une femme extrêmement jeune, les cheveux épars sur les épaules, est vôtue d'une robe bleue, avec broderies noires, ou je distingue des signes kabbalistiques. Tous les assistants tiennent un miroir semblable à celui-ci et regardent au centre fixement. Oh !... Il y a du sang répandu partout...
C'est un sacrifice ; non, c'est plus qu'un sacrifice, c'est de la sorcellerie. Le sang est mis dans le chaudron. Il y a partout des cœurs d'oiseaux, percés d'une longue aiguille. Mais, dans ce caveau, il n'y a ni portes ni fenêtres ! Par où donc arrivent tous ces gens maintenant î Ah ! Par une sorte de couloir très bas, qui chemine dans la montagne, et qui abou tit à un temple.
Je m'explique tout maintenant : c'est une scène d'initiation corrompue. Sur terre, des fidèles assistent à un rite permis. D'autres descendent par le souterrain, pour se livrer à des scènes de magie défen dues. Du sang ! Du sang répandu partout ! Oh ! C'est effrayant ! » Une fois encore j'interrompis la vision ; elle semblait devenir trop pénible.
J'étais fixé d'ailleurs sur le rôle du miroir, et savais qu'il avait été associé à des opérations magiques ; peu importait, pour l'instant, le détail des scènes dont il avait été témoin. Une dernière pièce capitale restait à expérimenter : le parchemin couvert de signes kabbalistiques.
J'y avais reconnu des figures solaires, la formule qu'on trouve en tète des textes hébraïques de la Bible : un groupe d'hiéroglyphes linéaires, où il m'avait semblé possible de lire le mot Per — ouverture, commencement. Sans mot dire, je le tendis à M. X..., qui un instant resta
l'initiation silencieux, en proie à un trouble nouveau, et qui enfin reprit : « Je vois un homme, couvert d'une cotte de mailles, passée par-dessus une tunique ronge, laissant voir les épaules (t), couvrir un parchemin, semblable à celui-ci, de signes mystiques. II y a des broderies autour de son manteau, au milieo desquelles je dis tingue des têtes d'oiseaux.
Près de lui, dans un coin, est une épée nue, avec une poignée de métal forgé en forme de croix. Une tête orne chacun des pommeaux. Ah! On entasse des tôtes humaines dans un coin de la chambre ! L'homme s'arrête d'écrire et se tient sur ses gardes. La pièce s'emplit de gens, appartenant à des races différentes, de même que tout à l'heure, dans le caveau !... Le désert, maintenant ! Des colonnes brisées... Me voici dans un temple souterrain. Ah !
Aux pieds d'une statue, un groupe de femmes encore ; des scènes de sacrifices ! Des hommes sont égorgés un à un, et leur sang est emporté dans le chaudron I... » Et la scène reprenait, pareille à celle de tout à l'heure : je mis fin à ces évocations terribles.
Quand, quelques jours plus tard, je revis l'occultiste, et lui dis combien j'avais été frappé de la précision inouïe des paysages décrits par M. X..., qui jamais n'a vu le désert d'Antinoê, dont il m'a dépeint les moindres si nuosités, il me répondit avec un sourire : « Et les scènes sont aussi lidèles, n'en doutez pas un seul instant ! » Les secrets des secrels, chez Bodin, 5, rue Christine, Paris. Prix : 3 francs.
Nous avons reçu ce mois-ci un curieux petit livre, Le» secrels des secrels qui, s'il n'intéresse que de loin les (1) Le manteau de pourpre des Byzantins est à longues manches, qu'on laissait pendre sur le dos.
BIBLIOGRAPHIE 287 gens des villes, à titre de document, rendra du moins de grands services aux habitants des campagnes s' occu pant tous plus ou moins d'élevage. Ces « Secrets » sont des recettes pour guérir les maladies de nos « frères inférieurs », voire même pour les empêcher d'y être sujets.
Mais ce qu'il y a de par ticulièrement intéressant dans cette brochure, c'est qu'elle est entièrement formée de matériaux empruntés à des auteurs divers du moyen âge ;et que les Secrets des Secrets ont conservé la saveur des expressions d'une science à qui sa rareté et son inaccessibilité don naient une atmosphère de superstition...
Le livre I, qui vient de paraître, ne fait que commencer une série, et ne s'occupe que des « bêtes à quatre pattes ». Nous souhaitons à ces secrets la plus grande divul gation. L. B. Les phénomènes psychiques ; recherches, observalions méthodes, par J. Maxwell, docteur en médecine, avocat général près la Cour d'appel de Bordeaux. Préface du professeur Ch.
Richet, 1 vol. in-8 de la Bibliothèque de Philosophie contemporaine, o francs. (Félix Alcan, éditeur.) Ce livre, dégagé de tout préjugé, est la première oeuvre synthétique et philosophique qui fasse une étude générale et exclusivement scientifique des phé nomènes improprement dits « occultes ».
Parmi les faits affirmés par les mystiques et les thaumaturges, un grand nombre, tels que les phéno mènes sonores, moteurs ou lumineux, paraissent se produire sans cause connue. L'auteur les a reproduits et il donne l'indication détaillée des procédés à em ployer pour obtenir les résultats qu'il a constatés.
Il énonce en outre certaines lois physiques paraissant régir tous les phénomènes dits psychiques ; c'est l'ap plication des formules scientifiques à des faits qui paraissent s'y montrer rebelles. Il se montre d'ailleurs très réservé sur l'explication probable de ces faits et ne se montre pas favorable à l'hypothèse spirite. Une seconde partie du livre est consacrée aux phé
288 l'initiation nomènes intellectuels, écriture automatique, vision dans le cristal,télépathie,trance ou extase.L'auteur les étudie au point de vue psychologique et analyse leurs rap ports avec la conscience personnelle des sujets ; c'est dans le système nerveux que, suivant lui, doit être re cherchée la cause de tous ces phénomènes; les sujets ne doivent pas être considérés comme des dégénérés, mais comme doués d'une délicatesse toute spéciale de leur système nerveux. (Nous ferons de ce livre un compte rendu spécial pro chainement.) Péladan. — Œdipe et le Sphinx, tragédie en trois actes, texte conforme à la représentation du Ie* août 1903, au thâtre antique d'Orange. — Br. in-18, au Mercure de France.
Cette petite brochure est la réduction adaptée aux exigences de la scène du volume in-4 qui parut autre fois, et qu'il faut lire si on veut connaître la pensée de l'auteur.
Ceux de nos lecteurs qui veulent pénétrer le sens caché de la légende d'OEdipe peuvent, en dehors de l'inévitable mythe solaire, le découvrir en utilisant soit les travaux de Pernety dans ses Fables égyptiennes et grecques dévoilées, soit les travaux étymologiques de d'Olivet, dont on trouve une esquisse dans le Discours sur Cessence et la forme de la poésie ; le premier de ces savants donne le sens alchimique, le second met sur la voie du sens cosmogonique ; quant à M. Péladan, son œuvre dévoilera le sens moral.
En dehors de ce mérite « initiatique », réservé à un petit nombre de lec teurs ou d'auditeurs, il y a celui, qui suffira aux yeux de la foule lettrée, à la gloire de l'autre, de nobles pensées exprimées dans une langue noble et ryth mique, et dont aucun mot trop savant ne coupe le mouvement : le simple est toujours une condition du beau, tel que notre culture latine le comprend. Le Gérant : Encausse. Paris. — Iuip. K. ARRAULT et Cic, 9, rue N.-D.-de-Lorette.
LA REVUE (Ancienne REVUE des REVUES) A NOS ABONNÉS ET LECTEURS .'Il «!•■ Le succès enhardit et encourage. L'augmentation inattendue du chiffre de nos abonnés en 1903 nous permet de faire un pas de plus dans la voie du perfectionnement.
L'annexion de la Contemporaine et de la Revue Blanche nous l'impose, du reste, comme un devoir visà-via de cette nouvelle catégorie de lecteurs restés fidèles à LA RE VUE Sans parler de nosefforls incessants pour mettre le texte de notre périodique à la hauteur de la situation exceptionnelle qu'il occupe actuellement, nous allons inaugurer avec le numéro du 1er octobre une nouvelle série, qui surprendra sans doute agréablement nos Amis et Abonnés.
LA REVUE sera non seulement agrandie, mais elle sera en ou tre imprimée sur papier de luxe vergé, ce qui lui donnera un as pect des plus élégants et des plus attrayants; chaque fascicule sera composé en caractères neufs, etc.. etc. Malgré les frais considérables de celle transformation, le prix de LA REVUE restera le même, sauf une petite augmentation de 4 fr. par an, destinée à couvrir, entre autres, les frais de poste et d'em ballage de nos fascicules volumineux de demain.
P. S. — Pourtant, tous nos abonnés, sans exception, qui renou velleront leur abonnement avant le 20' décembre de cette année, ne payeront que l'ancien prix et bénéficieront des anciennes conditions. Abonnements à LA REVUE -12, Avenue de l'Opéra, à Paris Encore an 1903 (jusqu'au 20 Dictmbre) Par aa Par semestre Paris et la France 20 fr. 12 fr. Kl ranger 24 » 15 » Prix du Numéro France, 1 fr. ; Etranger, 1 fr.
30 Tarif à partir du 20 Décembre 1903 Par an Par semestre Paris et la France M fr. H tr. Etranger. . , .. 28 » 16 » -Prix du Numéro France, lfr.25; Etranger, 1 fr. 50
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1 A Revue philosophiqu e des Hautes Etudes PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE \- -tri 61 m" VOLUME. — 17'"" ANNEE SOMMAIRE DU ,N° 1 (Octobre 1903) PARTIE PHILOSOPHIQUE Dangers de la confiance aux personnifications (p. i à 4?) J. Maxwell. Livre des Secrets de la Nature ou de la quin tessence (p. 43 à 49) Ange Bossard. Commentaire de Marsile Ficin le Florentin (p. 52 à 65) D' Sair.
PARTIE INITIATIQUE La Kabbale pratique (p. 66 à 80) Eckarthausen. PARTIE LITTÉRAIRE La Voix de Dieu (p. 81) Emile Artarit. Ordre Martiniste. — Société des Conférences spirilualistes. — Groupe d'études exotériques. — La grande crise prochaine. — Guérison d'un envoûtement en Corse. — Apparition d'un esprit. Tout ce qui concerne la Rédaction et les Échanges doit être adresse 5, rue de Savoie, à Paris-VIe.
Téléphone — 260-90 ADMINISTRATION - ABONNEMENTS ANNONCES LISBÂIRIE CHACORNAC /M ft/>' — // iOuiu Sfiinl-Mirhrl, Il PA\IIIS Le Numéro : UN FRANC. — Un An : DIX FRANCS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l'essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n'ont abouti qu'à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l'hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayes des résultats de leurs propres experiences, les Matérialistes en a/rivent à les nier. L'Initiation est l'organe principal de cette renaissance spiritualiste dont les efforts tendent : Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d'un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l'Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l'Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l'arbitraire, aujourd'hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l'Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l'Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l'Inde. L'Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n'appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 6o rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie (Exotérique) expose aux lectrices ces ques tions d'une manière qu'elles savent toujours apprécier. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s'adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie de la Revue {Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte.
L'Initiation parait régulièrement du 1 5 au 2o de chaque mois et compte déjà quatorze années d'existence. — Abonnement : l ofraocs par an. (Les;jc<»ll«attons des 4e»rT>remièri». années ;sontjabsolument épuisées.)