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JL/lnitiatior. ■-—n*i_ ^evue philosophï(H. e des Hautes Études .jp''' >^ PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DK 60m. VOLUME. — 16"" ANNEE SOMMAIRE DU N° 1 0 (Juillet 1903) PARTIE EXOTÉRIQUE Chiromancie. La Rascette (p. i à 3) X. PARTIE PHILOSOPHIQUE Les Enveloppesfluidiques de F homme (p. 4 à S) Capitaine Franlac. Elude de Symbolisme (Suite) (p. 9 à 22) Tidianeuq. L'Origine du mal (p. a3 à 27) N.-P. Nielsen.
Les vibrâtions de la Vie universelle^. 28 à 34). Capitaine Franlac. La prédiction du régicide de Belgrade. Le récit de Stead et l'enquête du « Light * (p. 35 à 41) X. Soles sur la Grammaire de Pànini(p. 42 à 5o). Jaga. PARTIE LITTÉRAIRE Le Feu sacré (p. 5i à 67) Gabriel de Lautrec. Les Catacombes (p. 68 à 73) A. Busquet. Vision d'un vaincu (p. 74 à 77) Lucent.
Le < Vitaliseur » d'Edison. - Les Confréries musulmanes.— Journaux . et Revues. — Bibliothèque idéaliste lyonnaise. Tont ce qui concerne la Rédaction et les Échanges doit être adressé 5, rue de Savoie, à Paris- VI». Téléphone — 260-90 ADMINISTRATION — ABONNEMENTS ANNONCES LIBRAIRIE CH ACO^N AC / 1/.-/.S — ti, '/''r'i Sainl-Michcl, Il — l'Ai: I s lue Numéro : UN FRANC. — Un An : DIX FRANC*
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l'essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n'ont abouti qu'à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eu* dans le domaine des forces purement spirituelles par l'hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expe'iences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L1 Initiation est l'organe principal de cette renaissance spiritualiste dont les efforts tendent : Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d'un même isotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l'Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l'Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l'arbitraire, aujourd'hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin \' Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l'Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l'Inde. L'Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n'appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 6o rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie (Exotérique) expose aux lectrices ces ques tions d'une manière qu'elles savent toujours apprécier. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) i'adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie de la Revue {Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte.
L'Initiation paraît régulièrement du 1 3 au 2o de chaque mois ei compte déjà quatorze années d'existence. — Abonnement : 1ô francs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées. ï
PARTI LIBRAR.Y h*3 CHIROMANCIE La Rascette La Rascette est le nom collectif des lignes du poi gnet. Ces lignes se rapportent astrologiquement à la maison du Lion. La première ligne s'appelle la Rascette, les sui vantes se nomment les Restreintes, nom qui leur a été donné probablement parce qu'elles sont situées dans la partie la plus étroite de la main. Elles indiquent, tout d'abord, la durée de la vie : chaque ligne représente vingt-cinq années d'existence. « Trois belles lignes bien tracées, dit Desbarolles, forment ce qu'on appelait dans la chiromancie an tique le Bracelet magique, c'est-à-dire santé et ri chesse. » D'après cette même tradition, les héritages sont indiqués par des croix au milieu de la Rascette; autant d'héritages que de croix. Une ligne partant de la Rascette sans la toucher absolument, et qui, en traversant toute la main, s'élève sur le mont du Soleil, annonce une réussite 1
2 l'initiation [Juillet des plus brillantes, soit en honneurs, soit en fortune, quelquefois même en honneurs et en fortune. Lorsqu'un angle se forme vers la partie supérieure regardant le pouce, c'est le signe certain d'une insépa
igo3] CHIROMANCIE 3 rabilité entre deux époux ayant l'un pour l'autre peu d'amour. Enfin, une croix au mont de la Lune, dirigée vers le bras, à l'opposé du pouce, indique une mort par naufrage.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Cette partie est ouverte aux écrivains de toute École, sans aucune distinction, et chacun d'eux conserve la responsabilité exclusive de us idées. Les enveloppes Inlps le l'homme Nous savons que l'homme, par sa pensée, est un créateur à la fois sur les trois plans, physique, astral, spirituel, et que chaque homme « microcosme » est une cellule du cerveau de la Terre d'abord, puis de l'Humanité ensuite.
La pensée de l'homme ou mental crée des forces négatives, l'invisible possède des forces positives. L'étincelle de vie ne peut être obtenue que par suite du choc produit lors de la rencontre de ces deux forces.
Ces deux courants de forces contraires étant en vibrations constantes produisent entre eux des frotte ments incessants, qui entretiennent et perpétuent la vie sur tous les plans de la nature ; car, pour qu'il y ait reproduction, soit dans le domaine de la vie, soit dans le domaine de la forme, il faut qu'il y ait union entre les éléments positifs et les éléments négatifs qui doivent contribuer à cette reproduction.
La pensée de l'homme crée des fluides plus ou moins lourds, lesquels forment une espèce d'enveloppe fluide dans laquelle l'incarné s'enferme après la mort pour retourner dans les courants fluidiques de l'astral.
LES ENVELOPPES FLUIDIQUES DE L'HOMME 5 Cette enveloppe idéale, que les spirites nomment périsprit et que les occultistes nomment partie supé rieure du corps astral « 4° et 5" principes des sept principes de l'homme »,est tout à la fois : 1° un miroir qui garde l'empreinte des idées, des pensées, des pa roles, des actions de la vie passée de l'homme ; 2° une force qui le pousse irrésistiblement vers le point de l'espace où circulent les fluides de même nature que les siens ; 3° enfin une lumière plus ou moins pure à travers laquelle il perçoit ce qui l'entoure.
Si, sur le plan physique, la vie ne peut agir sans la forme, puisque la forme lui est indispensable pour pouvoir se manifester et se mettre en rapport avec le monde extérieur, il n'en est pas de même sur les plans invisibles « astral et spirituel »,car sur ceux-ci la vie est indépendante de la forme.
Aussi, lorsque l'Esprit nou vellement désincarné a recueilli toutes les leçons que lui fournit son enveloppe en lui présentant le tableau fidèle de ses erreurs passées, il abandonne peu à peu cette enveloppe dont il brûle les écorces et la laisse se désagréger pour qu'elle retourne aux éléments fluides qui l'attirent.
Mais cette séparation n'est pas absolue, car, par le fait des liens subtils qui existent entre l'Esprit de l'homme créateur et les fluides qu'il a, au cours de ses vies successives, tirés de la ma tière au moyen de sa pensée,il lui est possible de les réu nir à nouveau et de réintégrer momentanément celle desesenveloppesfluidiques qui peut lui être nécessaire.
C'est ce que symbolise « la Résurrection des morts pour le jugement dernier » dont parlent les Écritures. L'enveloppe fluide du désincarné sert donc à le clas
6 l'initiation ser plus ou moins bien dans un lieu particulier des plans invisibles suivant le plus ou moins de mérite de ses existences passées, et cela jusqu'à une nouvelle incarnation. En revenant s'incarner sur un des mondes phy siques de l'espace, l'Esprit emprunte au plan qu'il quitte une certaine quantité d'essence vitale ou fluides inférieurs dans lesquels il se taille une enveloppe que l'on nomme périsprit ou corps astral.
Ces fluides constituent la nature inférieure de l'homme, c'est-à-dire YInfera ou le 7Vnta/eur,toujours en con flit avec la nature supérieure, laquelle est formée par les groupements de parcelles fluidiques plus ou moins nombreuses qui composent le foyer de l'âme spiri tuelle et de l'Esprit « 6" et 7e principes ». Les fluides composant la nature inférieure de l'homme pro viennent de l'évolution des parcelles fluidiques du règne animal.
En effet, c'est la vie la plus élémentaire qui anime les formes rudimentaires du minéral et du végétal, et c'est une vie moins élémentaire qui anime les formes rudimentaires de l'animal et du corps physique hu main « 1" et 2" principes ».
Au point actuel de l'évolution terrestre, peu de par celles provenant de l'involution primitive de la matière sont restées attardées dans, les formes rigides du règne minéral ou dans les moules imparfaits du règne végétal : ce sont actuellement les fluides lourds que la pensée humaine a extraits de la matière au cours des âges, qui occupent ces formes et les animent de leur vie à peine ébauchée.
LES ENVELOPPES FLUIDIQUES DE L'HOMME 7 Après un long stage dans les règnes secondaires, ces fluides lourds deviennent capables de former la .grossière enveloppe fluidique des petits groupements de parcelles du règne animal. L'évolution se pour suit ensuite à travers les différentes familles du règne animal, des plus inférieures aux plus déve loppées, jusqu'à ce que ces parcelles soient devenues un corps astral complet « 3", 4e et 5" principes ». C'est alors que l'Esprit venant s'incarner sur Terre, par exemple, prend dans le plan astral qu'il quitte un de ces corps astraux complètement évolués, lequel lui servira à agir sur le plan physique qu'il va momenta nément habiter et lequel devient ainsi le lien entre la matière et l'Esprit. Avant de s'incarner, l'Esprit « 7e principe » est luimême enveloppé de ' parcelles fluidiques épurées -« 6e principe » provenant des plans supérieurs. Ces deux principes réunis forment la nature supérieure de l'homme. Cette nature supérieure s'efforce d'épurer les fluides lourds constituant la nature inférieure de l'homme -« corps astral 3*, 4' et 5e principes », de les rendre -clairs et transparents, afin que leur opacité ne les empêche pas de recevoir la lumière, le secours, l'ap pui des plans supérieurs. Pour rappeler à l'ordre ces forces astrales tentatrices si souvent en révolte, la conscience ou nature supé rieure jette des cris d'alarme, toujours suffisants pour maintenir l'homme de bonne volonté sur le chemin du devoir, lorsqu'ils sont entendus et écoutés. C'est donc par un travail incessant de la nature
8 l'initiation supérieure de l'homme que la matière se transforme, que les fluides s'épurent, que les forces grandissent.se développent et nous poussent toujours plus vite sur la route de l'Infini 1 Capitaine Franlac. Juin 19o3.
Étude de Symbolisme EXAMEN D'UNE MOSAÏQUE DE POMPÉ I (Suite.) Dans une thèse présentée à la Faculté des lettres de Paris, en 1877, par M. Maxime Collignon, nous trou vons cette question étudiée à fond et avec le plus grand soin, suivie d'un catalogue méthodique des monuments figurés au nombre d'au moins deux cents, et ayant trait au mythe de Psyché (1).
Les artistes et les poètes se plaisent à jouer sur le mot Wujp] (Psyché), signifiant tantôt l'âme, tantôt cette espèce de papillon qu'attire, pendant les nuits d'été, l'éclat de la lumière et qui souvent se brûle les ailes à la flamme. Cette équivoque paraît avoir été en grande faveur ; l'esprit grec la mêle souvent aux idées les plus graves. Il n'est pas rare de voir, sur les monu ments funéraires, l'âme figurée par un papillon.
Ainsi un cippe du musée de Naples représente un squelette de la bouche duquel s'envole un papillon (2). C'est presque le pendant de notre mosaïque. (1) Maxime Collignon.
Essai sur les monuments grecs et romains relatifs au mythe de Psyché, 1877. (a) Décrit par Gesrart Panofca, Napels antike Dildwerkeio l'initiation « Il semble qu'on n'ait pas dû atteindre du premier « coup ce degré de mesure, où l'allégorie (on peut -k dire le jeu de mots) qui assimile l'âme au papillon, « fût exprimée avec précision et avec goût sans que « la forme humaine soit altérée par des accessoires « symboliques.
« Je ne range pas parmi les représentations de « Psyché les pierres gravées où figure le papillon «c associé à différents emblèmes bien que, dans diffé- « rents recueils, elles soient désignées sous ce titre ( i). » Exemple : une gemme représentant une couronne, une lyre, un vase, des tenailles, une tête de mort, un papillon. Ficoroni y voit l'idée de la mort et de l'im mortalité de l'âme (2).
En somme, qui est cause dela continuité de la vie de l'Espèce sur terre ? L'amour. «c Lorsque donc le désir amoureux pénètre les « formes, elles deviennent désireuses, car l'enfant « amoureux réside en toutes choses (3). » Donc amour, vie, âme sont les trois termes d'une même chose. Si sur le plan terrestre l'amour char nel existe, l'âme se purifie par la charité, l'amour du prochain et acquiert ainsi l'immortalité.
Donc le mythe de Psyché et l'âme humaine, tout en étant deux choses distinctes, ont bien des points de contact. L'idée que le corps est une prison pour l'âme appa raît clairement. Elle suppose l'idée de chute et explique (l) COLLIgnOn, loC. Cit. (a) Ficoroni, Gemmée antiquœ liiteratce. Gemmœ rariores. <3) Bœhme, De Signatura Rerum.
ÉTUDE DE SYMBOLISME I I la purification que l'âme doit subir après un long contact avec le corps mortel.
« Elle passe, avant d'arriver à la vie nouvelle, par « plusieurs phases : i° la chute; 2° l'expiation dans -* un corps humain ; 3° la purification ; 4° la réunion «c avec Eros. » « On est fondé de croire que le papillon représente « le principe de vie et Psyché le principe d'intelligence « et de passion ; l'âme spirituelle seule appelée à une -« autre existence, c'est le papillon qu'Eros (le désir) « torture, c'est à Psyché qu'il s'unit (1). » Pour Dante comme pour les Grecs aux jours floris sants de l'hellénisme, l'âme ailée est le papillon divin enfermé dans une enveloppe mortelle jusqu'à l'heure de la délivrance.
Non v'accorgete voi che noi Siam Vermi, Nati a formar l'angelica parfalla ? (2) Les chrétiens empruntèrent aux païens et prirent les représentations qui n'offraient pas d'images con traires aux enseignements et à la religion du Christ, entre autres : le Berger, les scènes dionysiaques, le mythe d'Orphée, d'Ulysse, le mythe de Psyché. Ils se contentèrent d'en transformer le sens.
« Le -« mythe de Psyché paraît avoir été un des symboles -« grâce auxquels les idées sur l'âme ont pu s'accomo- -« der au goût de la foule ; c'est comme le vêtement «c populaire d'une grande idée philosophique. L'âme -« personnifiée dans une figure ailée, subissant des (l) COLLIGNON, l0C Cit. {2) Purgatoire, ch. X.
1 2 l'initiation « épreuves matérielles, était une allégorie vivante, « accessible à tous, où les intelligences les moins cul- « tivées pouvaient trouver un aliment à leur espé- « rance (i). » Ce mythe fut surtout en faveur à Rome vers les deuxième et troisième siècles de l'ère chrétienne. Cette mosaïque est antérieure, c'est un signe précurseur. Sa présence sur les marbres grecs-romains n'a rien qui doive surprendre.
Les sarcophages romains pré sentent une sorte d'enseignement moral, souvent en veloppé et confus, parfois très net, comme dans ce cas.
La Grèce n'a pas inventé l'immortalité de l'âme, cela remonte bien plus haut, l'origine en est inconnue, et Amélineau a pu dire avec justesse dans Vidée de l'âme dans l'ancienne Egypte : « Que les anciens Egyptiens avaient inscrit sur les monuments funèbres et sur les papyrus placés près des cadavres : Et maintenant son corps est dans la terre, son âme est au ciel.
Et il conclut : «Je ne dirais pas que l'Egypte a inventé la première ces idées (croyance à l'immor talité), parce que je ne sais pas si une autre nation ne les a pas eues concurremment avec l'Egypte et anté rieurement à elle; mais je dis que l'idée d'âme a eu, en Egypte, l'origine et l'évolution que je viens de faire connaître et j'ajoute qu'il est plus vraisemblable, qu'il est même moralement certain que la Grèce n'a fait qu'emprunter à l'Egypte les idées qui avaient cours dans la vallée du Nil (2). » (1) COLLIGnOn, lOC. Cit. (2) Initiation, juin 19o2.
ÉTUDE DE SYMBOLISME l3 C'est en Egypte que les sages de la Grèce étaient venu recevoir l'Initiation. Le passage suivant indique bien le travail progressif que firent les mythes orien taux dans les contrées civilisées de l'Europe.
« Tandis que la Grèce, moins troublée, assistant à un travail paisible de fusion entre les mythes an ciens et une philosophie plus raisonnable, trouvait le calme dans les souvenirs toujours vivants de ses légendes, l'esprit romain aspirait à des doctrines plus précises et demandait aux croyances les plus diverses des émotions religieuses et parfois une direction mo rale.
Si les uns s'adressaient aux rites bouffons ou sanguinaires de l'Orient, les autres se faisaient jour dans le courant des mythes païens. L'indécision même des croyances antiques servait cette sorte de rénovation du paganisme.
Le mythe de Psyché, les mystères de Bacchus apportaient des idées d'immor talité étrangères à l'ancienne religion ; le besoin de croire donnait à ces symboles un accent et une portée qui équivalaient à une véritable renaissance. « On ne doit point s'étonner de voir parfois, mêlées et confondues, les croyances du mythe et celles des mystères dionysiaques.
« Les monuments figurés montrent souvent Psyché associée aux scènes joyeuses que traduisent, pour les croyants des mystères, les promesses de rénovation et de vie future. Aux yeux de la foule, les nuances délicates de la morale du mythe pouvaient bien se confondre avec les doctrines plus grossières et plus sensuelles du culte de Bacchus ; mais cette confusion est pour nous un enseignement précieux, elle témoi
14 l'initiation gne que le mythe de Psyché doit prendre place auprès d'une des croyances qui furent les plus chères aux derniers païens du paganisme. « Un des caractères les plus originaux du mythe de Psyché, c'est qu'il a pu fournir au christianisme des symboles destinés à déguiser, aux yeux des païens, les dogmes de la foi nouvelle.
Il n'y a pas d'exemple qui fasse mieux comprendre combien la limite est mal définie, à l'origine, entre le christia nisme et le paganisme (i). » Ce qu'il faut penser de ce dessin au point de vue : i° Chrétien ; 2° Gnostique ; 3° Cabbalistique (Tarot) ; 4° Franc-maçonnique. i° Chrétien. L'Initiation de juillet 19o2 renferme l'idée chré tienne donnée par M. Cari Michelsen à cette mo saïque.
Il l'interprète comme un vrai texte écrit en écriture figurative. Au cours de cet article, comme dans ce qui suivra, j'ai fait voir que je n'étais pas de cet avis. Les yeux et les oreilles jouent un rôle capital dans sa manière de voir. Or je n'ai pu découvrir d'yeux au ci âne, et les oreilles même sont bien problématiques. J'indiquerais que les vases à offrande à Priape étaient des vases munis d'oreilles humaines.
Il y au rait peut-être des rapprochements à faire. Dans les conclusions, je donnerai la part qui peut être faite aux idées chrétiennes. 2° Gnostique. (l) COLLIGnOn, toc. Cl/.
ÉTUDE DE SYMBOLISME « Il faut également se garder de voir dans la gnose « un produit spécifiquement chrétien ; ses fils con- « duisent.au contraire, bien loin en arrière dans l'an- « tiquité jusqu'aux cultes des mystères égyptiens, ba- « byloniens, persans et helléniques (i). » Nous ne sommes néanmoins pas devant une repré sentation gnostique, quoique beaucoup d'amulettes anciennes, aussi bien antérieures que postérieures au Christianisme, renferment les figurations du soleil, de l'équerre, du compas, etc. Un des exemples les plus classiques est le fameux Coffre d'Essarois, provenant de Templiers, disait-on, et qui porte outre Sophia, l'équerre, le soleil, la tête de mort, la chaîne des Eons avec une crosse pareille à celle du bâton de notre mosaïque.
Les Manichéens prétendaient que l'âme échappée du corps, après s'être purifiée dans la lune, allait au soleil, où elle était admise au commerce intime avec le Rédemp teur, qui réside dans le soleil. Notre papillon, qui s'élance vers la Roue-Soleil, est une figuration qui a bien de l'analogie avec cette croyance gnostique. 3° Cabbalistique (le Tarot).
Il ne saurait être parlé ni de Cabbale, ni de Tarot à cette époque, quoique ces choses aient existé alors sous d'autres formes. Le Tarot vient d'Egypte, même de plus loin, son symbolisme se perd dans la nuit des temps. Or, pour faire voir, ne serait-ce qu'à titre de (i) Docteur H. Fret, La Gnose [Initiation, novembre igoa).
i6 l'initiation simple curiosité, que si on le veut, dans une figura tion symbolique, on peut tout découvrir, et cela pour la raison très simple que les symboles actuels sont en nombre limité, mais que chacun d'eux renferme plusieurs sens, souvent très variés, je vais tacher de trouver dans cette mosaïque les signes essentiels des vingt-deux arcanes majeurs du Tarot. i° Le bateleur (Le maje du tarot égyptien).
Le bateleur c'est l'homme, le mage égyptien agis sant au moyen de la vie universelle (astral). Or du crâne vers le soleil s'élance l'âme. Vraie migration de ce qui subsiste. Le papillon est la vie astrale allant de l'homme au soleil (foyer, source) pour retourner à l'homme (création). 2° La Papesse. — Junon. — Le Sanctuaire. T. E. («) Figuré dans le tarot égyptien par deux colonnes surmontées du croissant lunaire.
Notre mosaïque a la forme d'un vrai édifice surmonté d'un fronton. Le papillon forme une croix solaire. 3° L'Impératrice. — La Nature. T. E. Ligne de la génération, symbolisme : une femme ailée. Ici c'est le papillon, il s'éloigne, mais lorsqu'il pénétra la matière, il l'anima, lui donna la vie. Du reste il figure aussi l'amour, l'Enfant amoureux qui réside en toutes choses (Passivité). La matière subit. 4° L'Empereur. C'est le principe actif du papillon. Le mâle féconde et meurt. (i) T. E. Tarot égyptien.
ÉTUDE DE SYMBOLISME 17 5° Le Pape. — Jupiter. L'Hiérophante est assis entre les deux colonnes du temple : nous avons déjà parlé de la figuration de ce temple. L'Hiérophante tient la croix antée. Dans le niveau le fil et la traverse forment croix. 6° L'Amoureux. C'est le papillon volage, amoureux de toutes les fleurs. C'est Cupidon ailé. 7° Le Chariot. La roue, c'est la partie pour le tout. Le char du soleil se figurait par une simple roue.
8° La Justice. Niveau. Emblème de la justice. 9° L'Ermite. Le bâton, le manteau déchiré, la besace. io° La Roue. La roue avec le niveau, équilibrant les deux tro phées placés de chaque côté, u» La Force. La lance symbole du pouvoir. Première arme assu rant la puissance. 12° Le Pendu. Le fil à plomb entre les deux colonnes. Le crâne au besoin lui faisant suite. i3° La Mort. Le crâne. 14° La Tempérance. Echange des fluides. Passage de l'âme sur terre (crâne) au soleil (roue). 1 5° Le Diable. Servir le mal, c'est servir la mort. 2
18 l'initiation Idée de flèche, d'arme quelconque, lance, fait le mal, tue. Destin, la fatalité qui fait toujours diriger le fil à plomb suivant la perpendiculaire signifie la mort. Attraction vers le centre, concentration, par opposition à la vie, l'extention. Du reste le rôle du diable est de nous conduire à la mort spirituelle en nous plongeant dans les fausses joies matérielles. 1 6° Le feu du Ciel. C'est la lance de la matérialisation .
Or nous l'avons déjà dit, la forme de notre mosaïque est celle d'une construction. La lance plantée en terre signifie feu. 17° Les Etoiles. L'idée de soleil, lune, évoque celle de monde, astre. La phallène qui vole, le fait par les belles nuits étoilées. Les taches de ses ailes scintillent comme des étoiles. 18° La lune. Au bâton, la fourche du croissant. C'est le bâton gnostique, la chaîne des Eons, le vrai bâton des vicaires byzantins.
19° Le Soleil. La roue solaire. 20° Le Jugement. Le niveau sur la tête de mort. 2i° Le Monde. La roue prise dans sa plus large acception. Le macrocosme. 22° Le fou. Le bâton, la besace, indice de l'homme simple. Non seulement les arcanes peuvent être symbolisés, mais les couleurs sont indiquées (arcanes mineurs).
ÉTUDE DE SYMBOLISME IQ Au centre un groupe qui signifie l'univers (le Monde) dans ses trois plans. Crâne = monde matériel. Papillon = monde astral. Le papillon s elance vers le monde céleste. Les accessoires forment quatre groupes : Epée = lance-flèche. Bâton = bâton. Denier — soleil (rond couleur d'or). Coupe = niveau. Le fil vertical indique l'équilibre horizontal d'un liquide (niveau d'eau).
Assurément qu'il n'est jamais venu aux mosaïstes, auteurs de ce travail, la moindre idée de faire un resumé synthétique du tarot, mais j'ai tenu à indi quer qu'il est très facile d'interpréter, dans un sens ou dans un autre, la moindre œuvre d'art renfermant plusieurs emblèmes, et cela pour la bonne raison que les symboles ont de multiples significations, et que depuis les temps éloignés, où on commença à les employer, elles varièrent avec des transformations progressives appropriées aux idées du temps.
4° Franc-maçonnique. C'est entendu, la franc-maçonnerie date de 1717. Ce qui a existé avant elle n'était pas de la franc-ma çonnerie. Mais elle prit des symboles, or ils existaient avant qu'elle se soit constituée : l'équerre, le maillet, les points, etc., tout cela était d'un usage courant en langage symbolique, depuis plusieurs milliers d'an nées.
Depuis un temps aussi long, des groupes d'in dividus, qui avaient des idées de progrès et de liberté, et étaient en désaccord avec le reste de leurs conci
2o l'initiation toyens, avaient constitué des sociétés plus ou moins secrètes, avec signes de reconnaissance, en sorte que, tout en brisant toute attache antérieure, on ne peut s'affranchir de la filière, de la chaîne. Si elle n'a pas été matérielle elle a été morale. Quels sont les groupes d'hommes qui sont à notre époque les propagateurs des idées avancées, du socialisme, du collectivisme ?
Je ne parle pas des chefs, mais des soldats, de la masse.
Ce sont surtout les corps d'état qui sont à la tête du mouvement vital de la nation : les ouvriers en fer, mécaniciens, électriciens, métallurgistes, mineurs; tout ceux qui aspirent au progrès, que la routine gêne, qui veulent le grand combat pacifique, qui veulent s'attaquer à la matière, « le progrès étant en raison directe de l'action de l'homme sur la matière, et en raison inverse de l'action de l'homme sur l'homme ».
Or, avant le règne du fer, a existé celui de la pierre, je ne parle pas de la préhistoire, mais veux dire qu'avant ce grand règne des constructions de fer, nécessitant le savoir de l'ingénieur, les constructions de pierre avaient été le summum du grand savoir de l'architecte. Voyons donc ce que furent ces sociétés de construc teurs dans l'antiquité, et surtout à Rome sous les Césars.
Dans les ouvrages spéciaux de Clavel, Ragon, etc., ces questions sont étudiées à fond et surtout d'une manière contradictoire. La science architectonique antique reposait sur les sciences, sur l'astronomie. Chaque partie, même la plus infime, d'un édifice avait une signification, figurait un symbole; aussi,
ÉTUDE DE SYMBOLISME 21 dire que les chefs n'étaient pas des Initiés, c'est ne pas savoir ce qu'est un Initié.
« Tous les hommes instruits prenaient dans l'anti quité le titre d'initiés, et les titres de fils de la Femme, fils de la Terre, fils des dieux, fils de Dieu désignaient leur élévation hiérarchique dans l'ordre des connais sances humaines (i). » Une double force attire tour à tour l'homme vers l'esprit et vers la matière, vers la vertu et vers le vice...!
Lecompasqui occupe le haut du tableau et l'équerre qui se voit au bas présentent la même pensée sous des emblèmes différents. Le compas est le ciel, où l'initié doit tendre constamment ; l'équerre, la terre, où ses pensées le retiennent. On dit que le vrai ma çon se trouve entre l'équerre et le compas pour expri mer cette idée : qu'il est détaché des affections maté rielles et qu'il est en voie de retour vers sa céleste origine.
Voilà résumée, sur le rôle du maçon, l'opinion d'un auteur qui a fort écrit sur le sujet (2). Notre mosaïque n'a-t-elle pas des dispositions ana logues. Le crâne (homme initié) a au-dessus de lui le niveau (équerre), mais sa partie de céleste origine s'élance vers la roue (évolution complète du compas). Toutes les initiations antiques et modernes sont basées sur les révolutions des corps célestes et la purification de l'âme.
Presque toutes reposent sur un édifice (fictif) que l'on construit (Hiram, Le Temple (1) Saint-Yves d'Alveydre. Mission des Juijs. (2) Clavel, Hist. pit. de la Franc-Maç.
22 L'INITIATION de Salomon) ; de même chez les Scandinaves, lesGrecs, Apollon (soleil) travaille comme maçon au mur de Troie, et Cadmus (soleil) bâtit Thèbes. Diodore de Sicile avait dit que le Soleil était l'Ar chitecte de la Nature, ce qui se changera en grand Architecte de la Franc-maçonnerie. En Egypte, la caste qui bâtit, sous la direction des prêtres, ne renferme pas seulement des initiés aux petits mystères, mais également aux grands. La Grèce a ses architectes sacrés. Ce sont les ou vriers dionysiens (Initiés aux mystères de Bacchus). Ils passent en Syrie, en Perse, aux Indes, à Pergame. Us forment une vraie franc-maçonnerie avec rites, initiation, signes, pratiques, etc. Dans les cérémonies secrètes les frères se servaient symboliquement des. outils de leur profession . Tidianeuq. (A suivre.)
L'ORIGINE DU MAL Il existe bien des opinions diverses sur l'origine du mal. Kardec, esprit supérieur choisi par Dieu pour donner au monde terrestre les œuvres fondamentales du spiritisme, dit que le mal provient de l'Homme, non de Dieu. Cette appréciation est logique et appropriée à l'é poque où elle fut émise. Mais aujourd'hui, grâce aux progrès incontestables de la doctrine spirite parmi les peuples civilisés, le moment est arrivé, je crois, de donner à cette définition toute sa portée véritable, sans crainte de malentendus. D'abord on peut dire que le mal comme on le com prend sur la Terre n'existe pas. Les habitants de cette planète ne comprennent pas ce qu'est le mal . Le mal n'est pas une chose inutile destinée à empêcher tout progrès moral; c'est, au contraire, le moyen dont Dieu se sert pour faire progresser ses créatures. C'est, si l'on veut, un remède pour l'âme qui la fait avancer vers le bonheur éternel.
24 l'initiation Ce n'est qu'un point de vue, une apparence em ployés par les grands esprits comme un médecin se sert d'un remède. Ils ne font pas le mal mais le laissent s'accomplir selon la volonté de Dieu, quand il peut en résulter un bien. Néanmoins, dire que les hommes ont créé le mal équivaudrait à nier Dieu, puisque Dieu a tout créé. L'homme ne peut que développer et éla borer ce qui n'est qu'à l'état primitif, en principe.
C'est cequi alieupourlemal. Il existe depuis la créa tion, mais sans développement. La doctrine nous en seignant que l'homme a été créé avec autant d'apti tudes pour le mal que pour le bien, on peut en déduire que le mal, selon la volonté de Dieu, peut servir à l'homme autant que la pratique du bien.
Les spirites comprendront que si en effetle malprocède de l'homme en second lieu, puisqu'il le développe, c'est cependantDieu quil'acréé en principe commetputes choses. On peut ne pas admettre que le mal n'est pas un attribut de l'élément spirituel, mais il en est certaine ment un état ou une phase.
Cependant le mal est toujours le mal, car de même que lorsqu'un homme sain prend un remède il en souffre, de même le mal est mauvais là où il ne doit pas avoir lieu. Quelques personnes croient que l'esprit arrivé à un certain degré d'évolution ne peut plus reculer. Il n'en est pas ainsi. En effet, les progrès qu'il peut faire dé pendent de sa libre volonté ; et il peut se faire qu'il lui reste encore certaines imperfections. Alors, dans l'accomplissement même de ses épreuves, il peut pé cher et contracter de nouvelles dettes qu'il lui faudra
l'origine DU MAL 25 payer. Cela peut retarder son évolution, sans qu'il puisse perdre ses connaissances acquises. C'est en cela que le mal est très préjudiciable. Com prenons donc que nous devons nous abstenir du mal autant que possible, car de même qu'on ne se sert pas d'un remède pour alimenter le corps, de même le mal ne peut être la nourriture de l'âme, mais le bien seul qui est éternel.
Le mal n'est qu'un moyen tem porel pour arriver au bien. Les esprits disent : « Si les montagnes n'existaient pas, l'homme ne pourrait comprendre qu'on peut des cendre et monter. S'il n'y avaitpasde rochers, il n'au rait pas notion des corps durs.
L'esprit doit acquérir l'expérience et pour cela connaître le bien et le mal. » {Livre des Esprits, livre III, chap. I-V, p. 634.) Kardec est un peu obscur dans les explications qu'il donne sur l'origine du bien et du mal. (La Ge nèse selon le spiritisme, chap. III.) Copions littéralement (paragr.
1") : « Dieu étant le principe de toutes choses , de toute sagesse, de toute bonté, de toute justice, ce qui procède de lui doit participer de ses attributs ; ce qui est infiniment sage, juste, bon ne peut rien produire d'absurde, de mau vais, ou d'injuste. » Le mal ne peut donc venir de Dieu. Plus loin, para graphe 4, il dit : «L'homme dont les facultés sont li mitées ne peut pénétrer la totalité des vues du Créa teur.
II juge les choses au point de vue de sa person nalité, des intérêts de convention qu'il s'est créés et qui rigoureusement ne sont pas dans l'ordre de la nature. C'est pour cela qu'il trouve souvent mauvais
26 l'initiation et injuste ce qui lui paraîtrait admirable et très sage s'il connaissait les causes, le but et les résultats défi nitifs.
En cherchant la raison d'être et l'utilité de chaque chose, l'homme reconnaîtra que tout porte le sceau de la sagesse infinie, que tout se passe comme il faut, et il s'inclinera devant la bonté et la sagesse infinies même en ce qu'il ne comprend pas. » Ce dernier paragraphe est à la fois une contradic tion et une explication du premier.
Dieu n'a rien créé de mauvais, d'injuste ou d'absurde, puisque ce qui paraît tel à la vue limitée de l'homme lui semble rait, au contraire, bon, juste et compréhensible s'il connaissait les causes, le but et les résultats. Ne voyons-nous pas ici la preuve de ce que je disais plus haut, à savoir que le mal n'est qu'un moyen très sage dont Dieu se sert pour faire progresser ses créatures ?
Et Kardec aussi affirme, même paragraphe, que la douleur est l'aiguillon qui oblige l'homme à marcher dans la voie du progrès. Les grands cataclysmes, commela destruction de la Martinique, perdent tout leur côté horrible si nous pensons que ceux qui sont morts si tragiquement ont fait mourir d'autres hommes de la même façon anté rieurement, et que, pour se purifier de cette faute, il faut qu'ils passent par la même souffrance.
Là donc, nous ne voyons le mal que comme moyen. Un homme tue un autre homme. Il commet un crime; c'est évident. Mais pour la victime, le mal se change en bien, parce qu'elle a payé une dette et fait un pas en avant dans la voie du progrès. Le mal fait
l'origine du mal 27s'est changé en bien. Nous pourrions citer bien d'au tres exemples analogues. Cependant comme toute dette doit être payée, Dieu seul peut se servir du mal comme moyen ; souve nons-nous toujours que tout est utile dans l'Uni vers, que rien ne se perd, que Dieu a tout créé, et l'homme rien. Sachons aussi que tout ce qui existe est, pour Lui, infiniment sage, juste et bon. Mais pour nous, il y a toujours le bien et il y a tou jours le mal. Nous devons donc aspirer au premier et fuir le second. N.-P. Nielsen
Les vibrations de la Vie universelle La matière provient d'une source unique, c'està-dire du grand réservoir de l'Ether fluide universel. Elle s'offre à nous sous les deux conceptions : pon dérable et impondérable. On est convenu d'appeler impondérable toute subs tance qui ne produit aucun effet sensible sur la ba lance la plus délicate, comme le calorique, la lumière, le fluide électrique, le fluide magnétique, etc. ; mais la limite entre le pondérable et l'impondérable n'existe qu'à cause de l'imperfection de nos instruments dits de précision, ou mieux encore, à cause de l'imperfec tion de nos organes eux-mêmes. La matière à l'état solide, liquide, gazeux est pon dérable, puisqu'elle peut être pesée dans ces trois états. La matière dans ses autres états plus subtils (état ra diant, fluides divers) peut nous être rendue sensible à l'aide d'instruments particuliers ou à l'aide de su
LES VIBRATIONS DE LA VIE UNIVERSELLE 20, jets sensitifs ou voyants spécialement /Joués, qui en perçoivent les vibrations. Les éléments de la matière pondérable composent les formes diverses dans lesquelles la vie s'enferme passagèrement pour évoluer sur le plan physique.
La vie, elle, se compose des éléments de la matière impondérable, c'est-à-dire que nous la percevons ac tuellement sous les différents modes vibratoires que l'on nomme, par ordre croissant de vibrations: acous tique, électricité, chaleur, lumière et couleurs, fluides inférieurs, fluide éthéré. La vie inférieure ou inorganique répond aux seules vibrations de la chaleur et de la lumière.
La vie or ganique répond aux vibrations du son, des odeurs, des saveurs, de l'électricité, de la chaleur, de la lu mière, des couleurs et des fluides de l'ambiance. La vie supérieure répond, en plus, aux vibrations du fluide éthéré. La vie est en somme tout ce qui, dans la nature, vibre en réponse à des vibrations correspondantes.
Les éléments de la vie prisonnière en l'homme se sont créés, et se créent encore les sens et les organes qui leur sont nécessaires pour répondre aux vibra tions, c'est-à-dire aux appels des forces extérieures correspondantes. Les cinq portes de nos connaissances : la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût et le toucher, ne nous donnent ce pendant encore que peu d'accès sur le monde exté rieur, surtout les trois dernières. L'oreille ne nous transmet que les vibrations moyennes de la série la plus basse de l'acoustique, car
3o l'initiation il existe des vibrations lentes imperceptibles à notre ouïe, comme il existe des vibrations accélérées, har moniques, que seuls les sujets en état d'hypnose ou d'extériorisation peuvent saisir. L'œil va plus loin, mais en fait c'est presque la lu mière seule, qui met notre esprit en communication avec l'univers.
Or, bien que les vibrations de la lu mière soient un mode de vibration de l'éther déjà excessivement rapide, on sait qu'il existe, en deçà comme au delà, d'autres vibrations de l'éther non per ceptibles pour nos yeux, comme il existe, en deçà et au delà des facultés de notre ouïe, des vibrations non perceptibles pour nos oreilles.
Ce sont des régions in connues sur lesquelles nous ne savons absolument rien et dans lesquelles on trouve vraisemblablement les rayons Rôntgen, par exemple, en attendant que l'on y découvre d'autres vibrations jouant un rôle important dans l'économie générale de l'univers, comme les vibrations génératrices des formes par exemple.
Il doit exister certainement une continuité des phé nomènes vibratoires de l'univers, car les lacunes que nous croyons rencontrer dans l'immense spirale des vibrations universelles ne nous paraissent exister qu'à cause de notre organisation terrestre peu déve loppée et en accord, du reste, avec l'infériorité de la planète que nous habitons.
Cependant on perçoit qu'il y a, dans la vie terrestre même, certaines facultés inexpliquées pour la majo rité des hommes, certains sens ignorés, et on prévoit que les habitants des autres mondes de l'espace doi
LES VIBRATIONS DE LA VIE UNIVERSELLE 3l vent être doués de sens tout différents des nôtres, sui vant le degré d'avancement de ces mondes. Les vibrations sonores, lumineuses, électriques et fluidiques ont développé, par un travail incessant, chez l'homme terrestre, les appareils par lesquels il communique avec le monde visible et en reçoit les impressions.
Il lui reste maintenant à développer les sens et les organes plus subtils, qui lui permettront d'abord de combler les lacunes paraissant exister dans la spirale des vibrations universelles, puis ensuite lui permet tront de répondre aux vibrations du fluide éthéré et de correspondre d'une façon consciente avec le monde invisible.
Ce fluide éthéré qui est divin, puisqu'il provient de l'Infini, rompra les entraves de la vie étroite et bornée de l'homme, et fera de lui un être libre et immortel.
Il est bien évident qu'il n'est pas facile à l'homme terrestre actuel d'arriver à un pareil résultat ; c'est toute une science de l'âme à apprendre, et il faudra encore bien des générations avant que la presque tota lité des hommes arrive à s'assimiler les connaissances et facultés psychiques qui ne sont pour le présent que l'apanage de quelques hommes particulièrement bien doués fluidiquement et surtout spirituellement.
Ce sont ces facultés que l'on nomme : télépathie ou sensation à distance, transmission de pensée ou télé graphie et téléphonie sans instruments entre person nages, psychométrie ou vues en astral, double vue, clairvoyance, clairaudiance, extériorisation consciente, dédoublement, lecture des clichés astraux, intuition,
32 l'initiation [Juillet prescience ou prémonition des événements, prévision de l'avenir, avertissement, pressentiment, rêves pro phétiques, etc. Ces facultés proviennent en somme de la capacité que possèdent les sujets à percevoir des vibrations particulières qui échappent au commun des mortels, puisqu'il n'y a là que des phénomènes vibratoires absolument naturels.
Il n'y a du reste rien de surnaturel, tout est dans la nature, l'inconnu comme le connu. Tout est dans tout ! C'est ainsi que le microcosme « homme » est ana logue au macrocosme « nature ». Or, cet homme est aussi un créateur sans qu'il sans doute, car il est sans cesse occupé à transformer la matière, à la purifier, à la fluidifier. Ce travail s'opère dans son cerveau.
La vie prend naissance dans les fluides lourds que le travail du mental extrait de la matière grise conte nue dans le cerveau. C'est donc le cerveau qui est le producteur de la vie terrestre, puisque c'est lui qui fait passer la ma tière de l'état inerte à l'état vibratoire.
On sait, du reste, que chacune des millions de cel lules matérielles composant l'homme évolue à travers le corps physique de celui-ci jusqu'à ce qu'elle arrive au cerveau, sommet de son évolution. Là, son degré d'affinement lui permet de constituer la matière grise. Or, c'est dans cette matière grise que l'homme vient puiser lorsqu'il s'agit d'exprimer sa pensée.
Chaque pensée exprimée fait passer une ou plusieurs cellules d'un degré inférieur à un degré supérieur, de l'état inerte à l'état vibratoire. La cellule meurt ainsi à la vie matérielle pour renaître à la vie fluidique. La
1 9°3J LES VIBRATIONS DE LA VIE UNIVERSELLE 33 pensée de l'homme sert à l'évolution de la matière et fait faire un grand pas à cette évolution. L'ensemble des cellules composant l'homme se trouve ainsi renouvelé complètement dans un nombre de sept années environ, au moyen de la pensée qui perçoit les vibrations de l'Ether et y répond.
Ce travail de transformation de la matière, que l'homme a fait jusqu'ici d'une façon machinale et in consciente, il pourra un jour, grâce aux lumières d'un fluide éthéré, l'accomplir d'une façon consciente et réfléchie, ce qui lui permettra d'exercer un pouvoir absolu sur les forces et les formes inférieures en diri geant les vibrations génératrices des formes.
Mais pour acquérir cette faculté, comme pour ac quérir les facultés déjà mentionnées ci-avant, il faut que la Pensée s'appuie sur une ferme Volonté et sur un ardent Désir.
La pensée de l'homme étant créatrice d'étincelles de vie, par suite du choc produit lors de la rencontre du mental individuel avec l'astral entourant notre monde, il se produit pour l'ensemble des hommes des courants vitaux formés par les pensées, les désirs, les passions humaines ; courants offrant par consé quent une immense variété et qui constituent l'essence vitale inhérente à chaque plan, à chaque monde, à chaque lieu ; or, chaque individu en chaque lieu vibre à l'unisson du courant dominant : Il y a les courants mauvais et terribles créés par la haine, la méchanceté, la jalousie, l'immoralité et toutes les passions basses et grossières. Il y a les courants de fluides lourds et opaques for 3
34 l'initiation més par l'égoïsme, l'intolérance, le mépris de ses sem blables, le désir immodéré des biens et des jouissances.
Il y a les courants de fluides plus légers, mais en core obstrués par l'ignorance, la superstition, les con ceptions religieuses erronées, la faussetéde l'idéal, etc. Tous ces courants sont bien loin de répondre aux vibrations du courant engendré par le puissant Es prit surhumain marchant libre et conscient vers le foyer de !a lumière et de l'amour !
Les courants qui vibrent à l'unisson de ce dernier sont les courants intellectuels spiritualisés par le sa voir, la bonté, la tolérance, l'abnégation, le dévoue ment, en un mot par toutes les vertus enseignées par le Divin Maître et qui seules peuvent conduire les hu manités à la gloire et au bonheur. Hélas 1 ces courants se produisent rarement sur notre mesquine Terre ! Mai 1903. Capitaine Franlac.
LA PRÉDICTION DU REGICIDE DE BELGRADE Le récit de Stead et l'enquête du « Light ».
Aussitôt après le double régicide de Belgrade, l'on a pu lire dans tous les journaux qu'un rédacteur de la Pal Mail Galette s'étant rendu chez le ministre de -Serbie à Londres, M. Miyatovitch, pour l'interviewer, eu reçut, entre autres, cette curieuse déclaration : que trois mois auparavant, se trouvant à une séance donnée par une « voyante », il lui avait fait remettre une enveloppe cachetée, contenant la signature du roi Alexandre.
La voyante ne tarda pas à entrer dans une grande agitation et, d'une voix étouffée, elle déclara voir que l'on assassinait le roi dans son palais : la reine était présente ; mais M. Miyatovitch croyait se souvenir qu'elle avait échappé à la mort. Cette vision avait tellement impressionné le diplomate serbe, qu'il avoua à son interviewer avoir alors écrit au Roi, en le suppliant de bien se garder de ses ennemis à l'inté rieur du palais.
Aussitôt M. Stead, l'apôtre de la paix, directeur de la Review of Reviews et ancien directeur du journal psychiste The Borderland, confirma les paroles de
36 l'initiation M. Miyatovitch. Plus tard il publia dans le Figaro un récit complet du fait en question. Voici la plus grande partie de cet impressionnant récit : « Un de mes amis qui s'occupe d'occultisme depuis longtemps introduisit à un de nos at home, le ven dredi 2o mars i9o3, une dame du Yorkshire, Mrs Burchell, qui, m'assura-t-il, possédait des dons remar quables en fait de psychisme et de clairvoyance.
Je ne l'avais jamais vue auparavant ; je savais seulement qu'elle pratiquait comme médecin à Bradford. Quand elle arriva je vis tout simplement en elle une brave femme du Nord ayant, en vingt-cinq ans de mariage, donné dix enfants à son mari. D'aspect simple et pro vincial, elle ne montrait aucune prétention à une culture supérieure. Elle avait passé l'âge mûr quand le hasard d'une conversation la mit sur la voie de l'occultisme.
Quelques expériences élémentaires la convainquirent bientôt qu'elle avait le don de «clair voyance », qu'elle avait le don d'interprétation psy chique d'objets tels que lettres, bagues, boucles de cheveux, à un degré qui frappait de surprise leurs possesseurs, et que, capable de sommeil hypnotique, elle passait en séance sous le contrôle d'intelligences autres que la sienne.
« Nous préparâmes un certain nombre d'objets rap pelant des souvenirs intéressants. Ils devaient être soumis à Mrs. Burchell et il était convenu qu'elle essayerait de décrire la personne, ou la scène, associée à l'objet qui lui était soumis, sans autre secours que celui de ses pouvoirs occultes.
PRÉDICTION DU RÉGICIDE DE BELGRADE « Mes salons étaient combles quand les expériences commencèrent. « Je ne sais si ce fut la faute de la trop grande foule, ou celle du scepticisme ambiant, ou toute autre cause que j'ignore, mais je fus consterné par une série d'échecs complets. Je n'ai jamais de ma vie été témoin d'un fiasco plus ridicule. Le malheureux médium semblait incapable d'entrer en contact sympathique avec rien ni avec personne.
« J'étais très désolé pour la pauvre femme qui avait échoué en faisant de son mieux, et, pour essayer de la consoler, elle et ses amis, j'invitai une douzaine des assistants à dîner avec moi dans un restaurant voisin (je pourrais au besoin donner leurs noms et citer le restaurant).
Nous ne pensions guère alors que, comme suite au fiasco de l'après-midi, nous allions être témoins d'une des plus merveilleuses démonstra tions de clairvoyance qu'on ait jamais enregistrées. Nous prîmes place à table vers huit heures, autant qu'il m'en souvient. Un peu après neuf heures le dîner était achevé, et j'exprimai l'opinion qu'il ne serait que justice de donner à Mrs. Burchell une autre chance de montrer ses dons de vision clairvoyante.
Nous nous assîmes de façon à former avec nos sièges un cercle, ou plutôt un ovale, Mrs. Burchell prenant place à l'un des bouts. « En une suite de phrases sans lien ni ordre, elle dé crivait ce qu'elle voyait ou entendait. Ces descriptions n'offraient rien de très remarquable et il semblait que la soirée pût s'écouler sans qu'aucun incident vint nous faire oublier notre désillusion.
38 ^INITIATION « Il était dix heures passées lorsqu'un gentleman serbe qui se trouvait parmi mes invités me mit une enveloppe dans les mains en me disant : « — Faites une épreuve avec ceci. « Je pris l'enveloppe sans savoir ce qu'elle conte nait et j'attendis que la bonne dame eût achevé sa description d'une personne du groupe. Mrs. Burchell prit l'enveloppe dans ses deux mains et resta immo bile un instant.
Elle tourna et retourna l'enveloppe à deux ou trois reprises, la porta à son front, puis dit à haute et claire voix : « — Une personne considérable, — un roi ! « Cette déclaration nous rendit attentifs et nous écoutâmes avec avidité ce qui allait suivre.
Je ne puis pas répondre de rapporter textuellement les paroles exactes du médium qui parlait avec une rapidité ex trême et une grande agitation, mais j'ai comparé mes souvenirs avec ceux des autres personnes présentes et je puis dire avec confiance que le récit ci-après repro duit exactement la substance de ses remarques.
Elle parla exactement comme si elle voyait l'intérieur d'une maison par la fenêtre ouverte et décrivait ce qu'elle voyait aux personnes assises près d'elle. A côté d'elle étaient assises deux autres clairvoyantes, Mrs. Brenchley et Mrs. Manks. « Comme je l'ai dit, Mrs. Burchell commença ainsi : « — Une personne considérable, — un Roi ! Il est debout dans une chambre de son palais... Il est brun, de petite taille, le cou long... Avec lui est une dame... la Reine, et là (montrant un coin de la chambre) je vois un enfant ! ! »
PRÉDICTION DU RÉGICIDE DE BELGRADE 39 « Puis, devenant très excité, le médium s'écria : « Terrible! terrible!... Il y a tant de sang que je ne puis en supporter la vue... Ah ! c'est effrayant ! !... Je ne puis supporter cela ! Je vois un homme très brun qui se précipite dans la chambre. .. Il essaye de tuer le Roi... La dame les implore d'épargner le Roi... Oh!!... >, Et, avec un cri de foLle, Mrs.
Burchell nous fit peur en se jetant à genoux d'un mouvement soudain, et de façon telle que je crus qu'elle allait tomber, et j'étendis la main pour la retenir. Elle ne tomba point cependant, mais, les mains jointes, elle continua d'une voix de supplication désespérée : « — Ils le tuent!... Oh! sauvez-le! sauvez-le!... La Reine tombe à genoux, elle les supplie d'épargner la vie du Roi. . . Oh 1 ils ne veulent pas l'écouter. . .
Oh ! quel tumulte ! que de sang !... quel horreur ! Ils ]e tuent... Elle plaide en vain... Maintenant ils la repoussent et la percent avec un poignard ... et, oh ! oh!... « Alors Mrs. Burchell, épuisée d'émotion, s'affaisait sur le sol, quand je la relevai et l'assis sur sa chaise. « J'aurais dû dire que lorsque Mrs. Burchell tomba à genoux, Mrs. Brenchley, une autre voyante, se leva en disant : « — Oui ! oui ! je le vois dans l'air !
On le tue, je le vois ! « — Et moi aussi ! — dit Mrs. Manks joignant également les mains, — et toutes-deux faisant écho aux cris et aux exclamations de Mrs. Burchell et criant :
4o l'initiation — Oui ! oui ! nous le voyons 1 Elle a bien raison ! « Mrs. Burchell, dans son agitation, avait laissé tomber l'enveloppe. Mrs. Brenchley la ramassa et la tenant à la main elle continua à décrire la scène du carnage. Avec une émotion presque aussi intense, elle s'écria : « — Oh ! le sang ! quelle effroyable chose !...
Voyez, comme tout devient noir... voyez, les soldats arrivent sur nous... ils fusillent tous ceux qu'ils ren contrent... « — Comment sont-ils? — demanda quelqu'un. « — Il me semble voir comme des uniformes russes; mais il fait noir et je ne vois pas clair. « (Je dois faire remarquer que Mrs.
Brenchley a visité la Russie l'an dernier et que l'uniforme serbe ressemble de très près au russe.) « — Maintenant le Roi est mort ! cria-t-elle, mais quelle confusion et que de sang versé ! « J'interrogeai du regard l'ami qui m'avait donné l'enveloppe et je la lui rendis. Nous étions tous sous l'impression de la force dramatique extraordinaire avec laquelle le médium avait décrit la scène de mort et reproduit le plaidoyer désespéré de la Reine.
Mais aucun de nous ne savait dans quelle Cour cette tra gédie avait eu ou devait avoir lieu. « — Qu'y a-t-il dans cette enveloppe ? demandai-je. « — Regardez, dit mon ami en ouvrant l'enveloppe,. « Il en tira une feuille de papier à lettres sur la quelle avait été collée une signature : « Alexandre ». « — C'est le Roi, dit-il.
PRÉDICTION DU REGICIDE DE BELGRADE 41 « — Mais, dis-je, cette description est-elle exacte ? « — Absolument ! répliqua-t-il. Le palais, le Roi, la Reine, la description est exacte. « A ce moment, le médium qui était resté muet dit à mon ami : « — Soyez-en certain, tout arrivera comme je l'ai vu, si rien n'est fait pour l'empêcher. Et cela avant longtemps. » Nous croyons utile d'ajouter qu'un collaborateur du Light, de Londres, a fait une sorte d'enquête au sujet de cette fameuse séance et qu'il publia les témoignages de plusieurs personnes qui y avaient assisté. Ces témoignages concordent entre eux et avec le récit de M. Stead, hormis qu'en certains détails de très peu d'importance.
NOTES SUR LA Grammaire de Pânini {Suite.) Le premier volume de la deuxième édition de Se cret Doctrine ayant 74o pages, la 664e page du se cond volume a pour rang dans le tout 74o -f- 664 = 14o4. 74o est le nombre de la Croix, le Mahàyayna, « Grand-Sacrifice », au nominatif. Quatre degrés: ma 8 -(-ha 126 -(-a 21 -|-ya 57 -}-ja 92-}- lia 273 -(-s 162 = 739 (la lettre fia peut être augmentée, sur la foi de Pânini, d'un ou de deux). La chaussée du Triple Logos, de la grande Croix du temple d'Àngkor Vat, la merveille la plus gran diose qu'on connaisse sur terre aujourd'hui, a quelque chose comme 738 pieds Blavatsky, puisque le voya geur anglais, Frank Vincent lui attribue 725 pieds. Quant au complément 664, c'est à peu près le nombre (nominatif, degrés deux et trois) du nom sanscrit plus connu de la Croix : Svastika. sa 63 -jva 1 2 -f- sa 62 -j- ta 4o 1 -(- 1 6 -+- ka 2 1 -h s io3 = 668. Dans les degrés deux et trois, soma vaut 78 (62 + 1o + 6). C'est le poids du sélénium. Si bien nom mé ! Par qui ?
NOTES SUR LA GRAMMAIRE DE PANINI 43 La base pondérable du sélénium est donc 14o4 atomes (78 + 18). Examinons maintenant i35j -H 48.
La terminaison 48 est le nombre des atomes d"éther de l'hydrogène (48 + poids 18 = 66), élément sur lequelon ne saurait trop revenir, sur lequel nous reviendrons souvent, qui est le six crucial, une forme du Christ, Yoga, rapport des raies de l'hydrogène avec celles de l'aluminium et du thallium, etc., etc., et dont les treize raies du spectre correspondent aux treize pages du premier chapitre dela Bhagavadgîtâ et, très probable, aux treize colonnes du chœur de NotreDame-de-Paris, les piliers carrés retranchés.
La largeur de cette église est 48 mètres (Deva, Roméo, le cœur de l'homme). i357 est le second et le troisième degrés du fameux « âtman » sanscrit, 1 '« Esprit universel ». a 3 -f- a 3 -f- ta 4o2 -f- ma 6 -l- na 9o 1 + viràma 92 = 1357; à peu près le nombre, sur le cycle de dix, des pages des chants dela Bhagavadgîtâ ( 1 36 X 1o = i36o). Sûtrà 24 liv. I, ch. I — shnàntâ shat.
« Les noms de nombre finissant par sha et na fpacân, cinq : forme primitive : pacàn ; shash, six ; saptan, sept : forme primitive: saptan ; ashtan, huit: forme primitive : ashtan ; navan, neuf; forme primi tive: navan ; daçan, dix: forme primitive daçan) sont appelées shat. » Fonction deforme propre: sh. n. Remarquant que la lettre essentielle de varna, couleur, est na, que le mot varna est élément dans les sûtras 9o des premiers
44 l'initiation chapitres, des deux premiers chapitres des deux pre miers livres, on en conclut que, si la valeur de na est 69, sha peut avoir celle de 55. sha, 55 4- virâma ioo4-na,69+viràma,ioo = 324 soit un multiple de 76, nombre des sûtras dans le chapitre, plus 24. L'expérience affirme. Le numéro du sûtra, 24, est le nombre de Mâyâ, lumière, illusion, dans les degrés deux et trois (7+3 +11+ 3).
C'est le nombredes atomes d'éther de l'oxygène, le lumineux Vishnu, aujourd'hui le grand Dieu des Hindous, mais une force secondaire dans le Véda. Le Varnakavi (chantre de la couleur 87) de lettres essentielles sha et ya, Vishnu est l'espace (et le Temps à la fois) insistent les Purâna, c'est-à-dire la Mère, Mâyâ.
L'oxygène, mahârûpe, « l'espace (e) macrocosmique (mahârûpa), » est la tonique de la force (ou temps), le rayon vert d'alcool, et par suite la Bhagavadgîtâ débute par ses nombres : (crî-) Ganeçaya (Dieu des armées). Ganeçâya est au datif, le cas du rayon vert : (Quatre degrés) ga, 54 4- na, 68 4- e, i3 4- ça, 75 4- â, 21 + yai 57 = 288, soit la base pondérable de l'oxygène (16 X 18 = 288). Mahârûpe, 4degrés : mahâ, 1 55 4 rûpa, 1 32 = 287.
Mahârûpe = 287 4~ e> '3 = 3oo, ce qui, sur le cycle de 1o correspond aux 3oo.ooo kilomètres de la vitesse de la lumière ; l'à long et l'e (optionellement) jouissant chacun d'un affixe de 7, la valeur passe à 314: éther 24, base poids 288, affixe poids 2. L'éther, 24, est divisible en quatre xetra (champs)
NOTES SUR LA GRAMMAIRE DE PANINI 45 égaux de 6 atomes. Six constitue en quelque sorte l'exposant éthérique de l'oxygène et nous voyons le prélude de la Bhagavadgîtâ consister de 296 éléments, mots isolés ou en sahitâ (contact).
Ce prélude forme 42 lignes, le revers de 24 ; il consiste aussi de 42 stances (ou de 9, et même 1o, indiquant les 9 splendides lumières que le Logos, selon la Kabalah, fit apparaître, quand il prit la forme de la couronne) : Lechant de la Bhagavadgîtâ s'étend sur] 1229 lignes [1229 = Râma-Tchandras, la Lune de guerre (1) ] ; soit, par le cycle de 18, sur la lettre na, « couleur » |iî|2 _ 68,277V le poids du gallium (68,2.
Blavatsky), métal blanc bleuâtre offrant le même phé nomène de surfusion qu'on observe dans le beurre. Le beurre, ou plus exactement, la stéarine, a pour équivalent total, sans les affixes, 1229. La lettre sha se voit dans le manganèse (poids 54,8.
Blavatsky), dont une des modifications, le manganate de potassium (0*K.*Mn), dont la dissolution qui passe aisément du vert foncé au violet, puis au rouge, repasse par l'action des alcalis très concentrés du rouge au vert, et a par suite été nommée caméléon minéral, doit être prise comme un des symboles chimiques de Vishnu. Vishnu, 4 degrés : va, 1 5 + >> 42 + snai 55 + nai 68 + u, 18 = 198.
Le poids du manganate de potassium est.: 4 X 16 + 2 X 39 + 54,8 = 196,8 (1) Ra, i5 + a, 21 + ma, 7 = 43 — ça, 82 + na, 9o8 + da, 2 1 -)- ra, 14 = 1025.43 + 1o24 + nominatif s, 162 = 122g.
46 l'initiation Avec les affixes, on doit approcher de très près, si l'on ne dépasse, l'équivalent atomique octodécimal 198. En 7 degrés Vishnu a pour valeur le nombre 29o des atomes pondérables de l'oxygène. Deux degrés: va, i3 -ji, 6 -f- sha, 42 -f- na, 21 -f u, 5 = 87. Trois degrés : 87 + une unité par lettre = 92. Sept degrés: 92 -4- 198 = 29o.
Vishnu, le pénétrant, est encore le nom de l'anhy dride hypochloreux (G'O, poids 87) et de l'acide sulfurique normal, dont l'humide constitue les quatre mois du varsha (saison des pluies) pendant lequel le dieu dort sur les eaux. M. Troost, le savant chimiste, nous dit que « d'après [de Marignac, l'acide qui bout à 338° n'est pas réellement l'acide S04H2, il contient environ 1/12 H20 en plus ».
Il faut que le savant tienne que ce n'est pas «d'après de Marignac », mais d'après la Nature et le Véda que l'acide sulfurique bouillant à 338° contient 1/12 H!0 en plus et pas «environ». Exactement. Oh! cette précision, madame!. ..Sa formuleest 12 SO^rP-j-hT'O, soit 87 molécules. — Vishnu, degrés 2 et 3, de poids 1194.
Vishnu sur les eaux est dit jalaçaya : qui git (çaya) sur les eaux (jala). (Quatre degrés) ja, 92 -f- la, 1 5 -fça, j5 -f- ya, 5j = 23g. Selon la disposition du io" sûtra du premier cha pitre de Pânini, la lettre ja jouit d'un augment de
NOTES SUR LA GRAMMAIRE DE PANINI 47 6o qui porte la valeur du nom de Vishnu, « ja », dans quatre degrés de numération, a juste le double de sa valeur, 76, dans le troisième degré : 239 -(- °o = 299 Ceci représente un mois du varsha. Quatre valent quatre fois plus, 1196.
Observant que ça, dejalaçaya, lettre double, peut être diminuée de deux unités, que telle diminution peut porter seulement sur la der nière des quatre fonctions « jalaçaya », on obtient exactement 11 94, le poids chimique de l'esprit de vi triol romain (Albert le Grand).
Comme les romanciers du pays de Dosimétrie en seignent avec conviction que ce n'est que depuis Lavoisier (qui pourfendit le phlogistique et l'extermina), qu'on connaît la composition de l'esprit de vitriol ro main, on voit, sans télescope, que l'histoire, dans ce pays, n'est pas encoreexacte.
Cequi est drôle, c'estque le «d'après de Marignac... environ...» montre, d'autre part, sans microscope, que c'est le savant de Dosimétrie 19oo qui n'en est pas sûr, de la formule du vitriol. Râjan, roi, avec l'affixe 6o du ja vaut 1 194 : ;Quatre degrés) ra, 1 5 -|- a, 21 -j- ja, 91 na, 907 -fviràma 1oo = 1134.
1 1 34 + 9o = 1 194 L'acide sulfurique n'est pas, à beaucoup près, le . plus puissant — en soi (le fluor a 66 fois plus d ether que l'oxygène et un éther peut-être beaucoup plus po sitif; — des acides. Néanmoins, puissant en appa rence, il est, de toutes dashtrà (dent), la plus employée dans les arts, grâce au bas prix auquel on l'obtient. Il est le roi !... ou le pape !... Indiscrète ironie de la
48 l'initiation Nature, aux poires à pâtisseries montées, mais pas tout sucre !... au Renard Fin Vatican Fin, à mobilier de bois blanc !... Toutes grenouilles voulant roi, l'ont pour rien... mais restons à la poire... Un auteur sacré dit : « Les poires sans sucre ne se conservent pas.
Heureuses les poires en sucre de Vé nus, car elles posséderont la terre. » La poire, fruit froid, correspond comme tel au Soleil et par transposition de Yoga à Vénus. L'arc d'alcool (1) (aussi de rayons X ; les rayons X dérivés sont des flèches) est appelé, dans la Bhagavadgîtâ : cîtoshnasukhadu : kha (cita, froid, soleil ; ushna, chaud, mercure ; sukha, plaisir, froid, Vénus ; du : kha, douleur, chaud, terre).
La poire répond au mcntaltiare de dieux égyptiens ; les lamas à bonnet jaune l'ont adoptée pour symbole et l'offrent en pré sent. On peut tirer aisément la valeur du ya du sûtra 1 16, liv. IV, ch. IV : « agrâdyat, » à l'aide du sens général du ta. « L'affixe yat, » dit ce sûtra, « après agra. » Un coup d'ceil sur les chapitres précédents fait supposer 58 pour valeur du ya. Le ya, Akàça, est double et deux.
Dans le septé naire visible, il est d'abord la « litera Pithagoraî », c'est-à-dire la lettre de la hiérarchie du beau Leviathan, Vénus, et duel, lesGémeaux, représente les deux voies de la vertu et du vice.
Ainsi le numéro du sûtra, 1 16, (1) L'alcool est rigoureusement proscrit par l'Occultisme (voir Huddha, Tsong-K.ala, etc.) parce qu'il dissout et retient le mauvais magnétisme, et non point, comme les viandes, parce qu'il est un aliment illégitime.
NOTES SUR LA GRAMMAIRE DE PANINI 49 serait le double de la valeur de sa forme propre ya (-t) : l'expérience confirme. Le premier mot de la Bhagavadgîlâ : crîganecâya, vaut 116 dans les degrés deux et trois conjoints.
Le symbole du ya de droite est probablement vu dans le cobalt, équivalent 58,6 (Blavatsky), blanc d'argent, remarquablement malléable et surtout tenace, dont l'oxyde dissous dans le borax forme un verre d'un beau bleu, dont les sels donnent par la potasse un précipité bleu, enfin qui ne se combine pas comme le nickel avec l'oxyde de carbone.
Le nickel, plus dur que le cobalt, mais moins malléable, plus d'un quart moins tenace, blanc bistre, dont l'oxyde donne dans le borax une teinte jaune ou rouge orange, qui pro duit avec l'oxyde de carbone le composé 04C4Ni, liquide incolore très remarquable numériquement, enfin dont l'équivalent n'est que 58, serait le symbole de la mauvaise voie, du ya de gauche.
Prenons le livre II, de Vénus, pour trouver la valeur du xa, modification duka-ya optionel, et pointlinga. Au nombre octodécimal de l'alcool pondérable : Sûtra 47, chapitre I — « xepe ». « En virâma (fleurs, jet, mépris)». Forme propre : xepa. Le chapitre ayant 72 articles, on en conclut que xa peut valoir 672 : l'expérience le prouve. On trouve ailleurs deux d'option en plus, comme dans le ça, le nâ, le ga, etc. Ainsi 672 à 674.
Les exemples que nous venons de donner sont suf fisants pour montrer au lecteur (et à nos lectrices qui sont des savantes). La science et le génie ne sont pas *
5o l'initiation des corps masculins, comme des cerveaux étroits le pensent, bien que la femme, en notre temps, ait en général de fichues idées ! Elles sont des âmes. Le plus grand génie del'Europe, depuis Paracelse, a peut-être été Blavatsky !... A moins que Shakespeare ?. .. Qui sait jamais avec ces nègres d'occultistes !...
Nostradamus qui prédit la guerre de Crimée, son résul tat, puis la disparition du Turc, a dit : « Et les jaunes vengeront les noirs; » (il n'a pas dit que les blancs blanchiraient les noirs), qui voudra fouiller Pânini, la méthode pour trouver les nombres fonda mentaux du sanscrit.
Quand ils sont acquis et qu'on étudie persévéramment le Véda des modes (sanscrit, grec, hébreu, etc.), on y jouit d'un coup d'œil de suprême beauté, indépendamment du spectacle de la sublime bonté que l'intuitif Michelet voyait d'une im mensité grandiose dans la mer des Écritures hindoues.
La science antique, toute bonté et toute beauté — les deux sont une sous l'illusion qui les sépare — est fort différente de celle des fabricants d'autos et des vivisecteurs, même pastoriens. Jaga.
PARTIE LITTÉRAIRE LE FEU SACRÉ I LE TEMPLE « Il y a une marche », dit Lucia. Elle se tenait debout sur le seuil, avec un flam beau dans la main. La porte était au bas d'une pente sur le côté de la villa. Toute la maison, sauf ce retrait, paraissait plongée dans le silence et l'obscurité. Au cune barre d'argent aux fentes des persiennes pour divulguer la vie intérieure.
Un treillage brodé de lierre surmontait le mur triangulaire vers la porte du souterrain, et la lune, aidée par la brise nocturne, faisait trembler l'ombre nette et rêveuse des feuilles sur la façade blanche. Le flambeau de Lucia tremblait lui-même et pâlissait dans l'air pâle. La jeune fille, vêtue d'une longue robe noire, évoquait l'image d'une accueillante à l'entrée des catacombes.
Saint-Maur la salua d'un sourire sur quoi son doigt érigé mettait une croix de complicité. Puis, faisant à son compagnon le même signe de se taire, il l'entraîna vers l'intérieur. C'étaient des caves anciennes, hautes sous le pavil- "
52 l'initiation Ion. Du dehors on ne pouvait ensoupçonnerl'existence, car le soubassement de l'édifice ne laissait voir aucune ouverture. Sans doute l'aération de cette partie du logis se faisait par de secrets passages, et des lampes continuelles devaient y brûler. On trouve ainsi, dans les alentours des grandes villes, des solitudes fermées, qui servent d'habitation aux mystères. Chaque cité humaine est ceinte de maisons pour les fantômes.
Avec une divination de ce voisinage, on envoie les morts, aussi, dans les fraternelles banlieues. Ils furent sous la voûte sombre, et derrière eux, aussitôt, la porte se repoussa d'elle-même, comme si des mains invisibles eussent attendu le signal. Les deux jeunes gens, au choc subit, tressaillirent, mais Lucia eut le geste pour être suivie.
Leurs silhouettes dansèrent au flambeau sur leurs pas dans le corridor, tantôt les suivant avec le noir de leurs mouvements grotesques, tantôt s'allongeant sur la voûte, coupées ou tordues par la fuite d'une corniche. On dépassa plusieurs portes closes, à barreaux de fer, et deux ou trois baies gardées par des grilles derrière quoi s'en fonçaient des escaliers dans le sombre.
Au tournant des marches, là-bas, une veilleuse éventaillait les parois d'une clarté douteuse. Puis, le chemin fit un coude, et Jean Derève aperçut l'entrée d'une salle voûtée, où leur guide les introduisit. Elle leur dési gna des sièges auprès d'une table surmontée de can délabres et disparut. Les jeunes gens, une fois seuls, du regard se consultèrent, échangeant de muettes impressions. L'étrange était d'abord la façon dont on les avait
LE FEU SACRÉ 53 amenés. Une voiture les attendait au sortir de chez Saint-Maur, avec un compagnon qu'ils reconnurent à des paroles convenues d'avance. On leur avait de mandé de se laisser bander les yeux. C'était le céré monial obligé de ces sortes de parties.
Puis ils se rap pelaient la voiture allant à travers les rues du soir, par des chemins détournés égarant toute conjecture, et roulant enfin sur une routequi leurparuthors de la ville, sans qu'ils pussent déterminer de quel côté ils se dirigeaient. Une impression fugitive, quand ils descendirent devant la maison et qu'on dénoua le bandeau, leur fit supposer qu'ils se trouvaient au bord de quelque avenue déserte, à proximité d'un bois.
Et peut-être tous les circuits ne les avaient-ils pas menés fort loin. La ville se cachait tout proche, derrière deux ou trois rideaux d'arbres. Ils savaient d'ailleurs qu'après leur introduction, et le serment prêté de si lence, on leur laisserait toute liberté de retrouver le chemin. Ce mystère, peu durable, les troublait peu. Pour le moment, ils étaient sollicités par l'aspect du lieu.
Ils virent une sorte de cellule étroite, qui de vait être faite pour l'attente, meublée seulement de sièges en bois sombre et de la table. Les murs, comme ceux du corridor, étaient de pierres séparées par des lignes de ciment. C'est ledécor'des murs d'églises et de cloîtres. Cette disposition géométrique était la seule ornementation.
On eût pu croire que l'on se trouvait dans ces hypogées d'Egypte, habitées par un peuple de momies silencieuses, dorées pour l'immortalité, qu dans une de ces chambres situées à l'intérieur des py ramides, reliées entre elles par de longs couloirs obs
54 l'initiation curs,surlesquelspèsela masse énorme de granit trian gulaire. Au dehors, c'est le vent du désert qui chasse les sables en fumée, le soleil, les cris des oiseaux. 11 est des mystères qui demandent les clairières lugubres dans la forêt, avec le bruissement des feuilles et la face pâle d'Hécate à travers les branches noires, effroi hurleur des chiens de berger. D'autres se célèbrent sous la terre et fuient le regard du ciel bleu.
On in voque l'intermédiaire des gnomes ou des sylphes vagabonds. Aucune rumeur ne venait des salles que l'on devi nait voisines, mais séparées les unes des autres par des murs de fondation. Quelques minutes s'écoulèrent. Jean Derève se décourageait. Il n'avait accepté qu'à grand peine les premières précautions. Un désir in quiet l'avait lait, au sortir d'expériences successive ment vaines, se confier àSaint-Maur.
Il était, comme beaucoup d'autres, à la recherche d'une formule pour la vie. Mais son désir devenait une impatience. Pour quoi toujours disposer à l'entrée du sanctuaire ces retards et ces voiles de cérémonie ? La vérité ne gagne rait-elle pas à se montrer soudain toute nue ? A son esprit revenait le souvenir d'autres initiations où les préparations extérieures n'étaient qu'une jonglerie ro mantique et sans but.
Il ne songeait pas que le mystère appartient également aux rites de la sagesse et de l'erreur. Il convient que les choses différentes aient des apparences pareilles, pour que l'on puisse faire des raisonnements. « Nous devons nous résigner, dit Saint-Maur, à trouver partout des voiles. Isis est toujours sous le
LE FEU SACRÉ 55 manteau. Vous vous plaignez d'une obscurité dont le contraste seul fait la lumière. Le grand-prêtre de Jéru salem n'entrait qu'une fois par an dans le Saint des Saints. Ce n'eût pas été le Saint des Saints, si la foule, chaque jour, eût eu le loisir d'y pénétrer. Représentezvous la caverne des contes arabes, où les pierreries et les sacs d'or sont entassés, et dont la porte ne s'ouvre qu'à ceux qui savent le mot magique.
Vous pensez que trop souvent des formes mensongères nous ont dupés de leurs apparences. Le beau che valier d'aventures, vraiment, que celui qui s'étonne de rencontrer, dans la forêt des enchantements, les monstres et les mirages, et qui voudrait, sans errer, voir aussitôt apparaître, au premier détour de feuil lage, le seuil hospitalier du château.
Vous savez que la châtelaine ne doit sourire, que les pages ne doivent marcher, vêtus d'or et de dentelles, que les trom pettes d'airain ne doivent sonner, sinon pour l'accueil du visiteur las et triste, au manteau déchiré par tous les buissons. Mais quand même les murailles ri tuelles que l'on dresse devant vous n'auraient qu'une valeur de symbole, elles seraient à accepter.
Le triom phateur des jeux antiques pénétrait, au retour, dans sa ville natale par une brèche faite au mur. L'honneur était signifié par l'effort. Pythagore passa trente ans dans le silence et dans l'étude, avant d'être initié aux mystères égyptiens. Toutes choses différentes, on peut approuver du moins les cérémonies qui nous rap pellent les difficultés. D'ailleurs j'entends des voix dans l'épaisseur des murs. » Une baie invisible s'ouvrit auprès d'eux, et Lucia
56 l'initiation fut de retour. Elle tenait sur son bras deux manteaux rouges. Les deux compagnons s'en vêtirent et la sui virent par le corridor. D'autres détours, habilement ménagés dans l'espace restreint des sous-sols, for maient un véritable labyrinthe dont l'extrémité, pour la portée de la voix et de la lumière, se trouvait fort éloignée de l'extérieur.
Un angle franchi leur montra, en un recul carré du mur, une statue qu'ils recon nurent pour celle d'Harpocrate, dieu du silence. Lucia se glissait devant eux, sa robe noire aux plis mou vants mettait autour d'elle des ombres de chauvesouris. Un passage coudé fut si étroit, qu'ils durent passer un par un de profil.
C'était le souvenir des époques où la recherche des choses obscures était re gardée comme un crime, et où les amis de l'occulte devaient défendre leur demeure. Ce sont des images qui représentent une nécessité disparue. Les événe ments disparaissent et les formes durent. Beaucoup de rites actuels ont cette signification. Mais Lucia frappait à une porte soudainement aperçue, et qui eut une résonance de bois lourd.
Elle roula sans bruit, pourtant, sur ses gonds huilés. Une lueur-vaste vint au visage, en même temps que les parfums et le bruit des voix, et les visiteurs eurent devant eux le sanctuaire. C'était un vaste souterrain en forme d'hémicycle, et beaucoup plus haut de plafond que les corridors. Deux ou trois degrés conduisaient au sol en contre bas. L'entrée sur le seuil de laquelle se tenaient les jeunes gens, occupait la gauche du diamètre. Ils virent une salle nue avec le même dessin régulier de pierres.
LE FEU SACRÉ 5j Une fumée odorante estompait tous les détails. Sur chacun des cinq murs cintrés, mais aux arêtes appa rentes, qui formaient le demi-cercle, une applique de fer forgé portait trois bougies jaunes. On voyait une autre lueur, centrale, venir du long mur opposé. Saint-Maur et Derève, sur la même ligne que lui, supposèrent un foyer reculé dans la profondeur.
Dans le bas milieu de la salle, les volutes grises du parfum se nuançaient d'un rouge léger. Elles montaient, comme une aspiration, vers le plafond. Celui-ci, posé sur les murs nus, était peint d'un bleu pâle sur lesquels des figures d'or éteint, lignes, orbites ou sphères, montraient les divers systèmes du monde, avec les planètes et les comètes, d'après Copernic, Ptolémée et les primitifs.
Autour du souterrain, des hommes se tenaient debout, vêtus de manteaux semblables à celui des visiteurs, qui demeuraient sur le seuil, un peu interdits, en l'attente d'un appel. Un des assistants se détacha du demi-cercle, con féra un instant à voix basse avec quelqu'un qu'on ne voyait pas, caché par une saillie de la paroi en haut de l'escalier, puis se dirigea vers les jeunes gens.
Son visage, comme celui de tous les autres, se dissimulait presque entièrement sous un vaste capuce que n'avaient pas les deux nouveaux venus. Il n'est pas d'impression plus angoissante que celle de se trouver, à figure découverte, dans une réunion d'hommes inconnus et dissimulés. L'accueillant, une fois parvenu à la plus haute marche, parla ainsi : « Vous ne nous connaissez pas, mais nous savons
58 l'initiation qui vous êtes. Avant qu'il vous soit permis d'assister à nos séances, jurez de garder le silence sur tout ce que vous pourrez entendre, sur tout ce que vous pourrez voir. Nous vous laisserons à votre guise re venir au milieu de nous, ou vous éloigner pour ja mais. Chacun se juge. Mais, si vous partez, vous oublierez et ne prendrez jamais avec un profane le chemin qui conduit ici.
Prêtez le serment. — Par quoi faut-il jurer, dit Saint-Maur. — Par la déesse. » Ils attestèrent la «déesse» qu'ils observeraient le secret. Alors l'introducteur les prit par la main et leur fit descendre les degrés. Il les conduisit ainsi jusqu'au centre de l'assemblée. Un homme, le dos tourné au foyer, était devant eux et dans l'ombre. Mais la lu mière était derrière lui, et ainsi il symbolisa le con ducteur obscur vers elle.
« Que demandez-vous ? » fit-il. Sa voix était claire et bien timbrée. Elle faisait sup poser un homme jeune. Son accent était plein de sécurité. Saint-Maur, instruit d'avance, parla le premier : « Nous demandons la lumière. » L'interrogateur ajouta : « Que savez-vous ? — Notre ignorance, dit Saint-Maur. — Vous serez toujours ignorants, puisque vous êtes des hommes, et que, pour l'homme, comprendre, c'est ramener à l'humanité. Vous verrez toujours avec vos yeux, vous entendrez avec vos oreilles. Nul ne
LE FEU SACRÉ 59 peut même conjecturer ce que sont les choses en soi. Pour les connaître dans leur essence, il faudrait être au centre de tout et encore de chaque chose en parti culier. Avez-vous seulement pénétré la nature de votre âme et sa place dans l'infini ? Mais il n'y a pas de centre réel. Le vrai monde n'existe que dans la vision -d'une intelligence ; faites que votre pensée devienne un centre.
Vous aurez trouvé l'absolu, quand vous saurezque tout est relatif, et que vous connaîtrez plus de relations. Les formes se tiennent et s'appellent par un lien mystérieux. L'univers est comme une étoffe somptueuse. Dès qu'on la saisit, elle se déploie en entier, brodée de signes d'or et de pourpre. Vous ne soulèverez jamais, aux heures même d'extase, le voile sacré d'Isis.
Mais vous pourrez surprendre à toutes les heures un mouvement différent de la déesse, et la trouver présente partout. Le nom sous lequel vous adorerez la loi universelle importe peu. Elle n'a pas de nom, pas de visage. La pensée suprême qui se manifeste n'existera jamais pour vous que dans ses manifestations. Le seul but de la science est d'atteindre l'unité. La valeur du mot est purement celle d'un symbole.
Signe de l'identique inconnu que nous per cevons dans chaque chose, il la marque au front d'un emblème qui nous rappelle cette identité. Cherchez à savoir les lois, au lieu de vous demander puérilement si celui qui les créa existe, et sous quelle forme imitée de la forme humaine, et se nomme Zeus ou Jéhovah.
Les astronomes pensent bien quelesétoilesnese nom ment q ue pour nous Aldébaran, Cassiopée, Sirius I « C'est pourquoi, gardez-vous de prendre la formule
6o l'initiation de notre recherche pour une réalité. Si l'on vous dit que nous adorons le feu, croyez-le, tout en ne le croyant pas. Vous êtes dans le sanctuaire de la plus ancienne religion. C'est d'elle que toutes les autres sont venues. Elles ont conservé certains de ses rites, mêlés à de grossières et nouvelles superstitions. Mais toutes les flammes et tous les cierges sont allumés du même autel.
Nous avons choisi le symbole qui nous a paru le plus vénérable et le meilleur. Il faut bien pour parler aux hommes user du langage humain. Cepen dant toutes les choses sont des signes, et les signes d'autres signes. Vous pourrez uniquement, après avoir vu, conjecturer. » Celui qui parla parut le grand-prêtre ou du moins l'initiateur.
Puis il se tut, et tous les assistants s'assirent sur des chaires dont le haut dossier portait des figures gravées dans le bois. Elles étaient rangées contre le mur. L'assemblée formait ainsi le demicercle magique. Le grand-prêtre occupait le milieu. On pouvait maintenant voir le foyer devant lequel il se trouvait, vaste abri creusé dans le mur, dallé en briques, de forme ogivale, avec un appel d'air au-des sus.
La flamme de bois presque en braise luisait vio lemment. La pellicule de poussière grise, image des astres refroidissants, n'avait pas le temps de se former sur l'ardeur des charbons rouges. Un souffle de vent perpétuel les avivait. De chaque côté du foyer, sur la paroi de la salle, deux fontaines à tête de chimère, en bronze vert, étaient pour verser l'eau dans deux bas sins de pierre, à la vasque arrondie sur le sol. Tout paraissait fait pour interpréter.
LE FEU SACRÉ 61 Les assistants, réunis, ne formaient pas le cercle -parfait. C'est une figure qui représente l'absolu et l'image la plus heureuse par laquelle nous exprimions notre impuissance à l'exprimer. Pourtant, comme toutes les définitions du monde ou de Dieu, c'est une formule stérile. On ne peut enfermer dans une ligne close l'être, en d'autres termes, le devenir. La cir conférence indique le repos et l'achèvement.
La vie est le mouvement de l'échange perpétuel. Mais le demi -cercle sauve la possibilité de l'au-delà. Il se continue par deux lignes parallèles qui vont au loin et dont l'appel se prolonge aux limites de l'espace supposé. Et si nous sommes, dans notre nature infé rieure, le reflet d'une réalité plus haute, comme le voulait Platon, le demi-cercle aspire à se compléter par un autre, actuel ou créé par nous, mais situé dans l'infini.
Le foyer placé dans son axe n'est aussi que le reflet d'un autre foyer. Ces pensées, confusément, naissaient dans l'esprit des visiteurs. Ils avaient l'impression de vivre, pour un moment, dans un milieu hanté de symboles. Mais le symbole est toute la littérature, tout l'art, toute la religion. C'est la réduction des choses à l'unité, la découverte du même rythme dans la diversité des plans.
Le Christ ne parlait que par paraboles, et tout est pareil. Les secrets de la science et de la magie antique se sont enveloppés de légendes comme de voiles transparents. Les grands poètes sont ceux qui rencontrent des images imprévues et justes, c'està-dire des rapports nouveaux. Le décor différait ici de l'usuelle banalité ou plutôt
62 l'initiation il avait cette banalité parfaite qui est une harmonie. Les manteaux rouges, dont la couleur était une con cession naturelle dans le sanctuaire du feu, mettaient seuls une note romantique dans ce concert discret. Jean Derève évoquait d'autres séances.
Il revoyait les divers intérieurs initiatiques traversés jadis, où le culte d'Isis, aussi bien que celui du grand Architecte, s'adornait d'oripeaux fanés et de figures cabalistiques en carton doré. Que de temples où le culte avait pour seul but de permettre au prêtre de vivre par la cré dulité des fervents !
Il se souvenait des épées nues croisées sur la tête des audacieux, et des paroles hé braïques prononcées au seuil de sanctuaires équi voques par tels ignorants qui les prononçaient uni quement parce qu'elles étaient pour eux de l'hébreu. Mais peut-être se disait-il avec une mélancolie que c'était au fond la même chose et qu'il faut toujours des images pour amuser l'homme enfant.
Les plus délicats demandent plus d'art dans la ligne et dans la couleur. Cependant le grand-prêtre continuait : « Ne formez pas de jugement sur ce que vous aurez vu, avant d'avoir médité. 'Toutes les formes ne peuvent que suggérer, sans les représenter, les dieux inconnus. Les mages de tous les temps ont cherché le principe unique. Certains ont cru l'avoir trouvé, et le résultat fut le même.
Car la vérité se ré vèle, sous l'une ou l'autre de ses apparences, à ceux qui l'invoquent d'un cœur pieux. Il n'y a pas de prière inutile, et les erreurs sincères sont errantes sur ja route de l'absolu. L'acte de foi à la divinité véri
LE FEU SACRÉ 65 table se compose des invocations multiples à toutes les idoles étranges, et le nom de l'Être suprême comprend les nombreuses syllabes qui nommèrent les nombreux faux dieux. C'est pourquoi, et pour apai ser les démons secondaires ainsi que les puissances transitoires, nous avons accepté comme départ le rite des quatre éléments. Le quaternaire est sacré.
Qu'im porte que nous adressions nos hommages prélimi naires, avec Thalès à l'eau mobile, avec Anaximène à l'air subtil, ou à la terre, mère des hommes, puisque tout se résout en feu. Adorez avec nous les quatre éléments. » Et aussitôt les fidèles se levèrent et se mirent à marcher autour de la salle, et s'arrêtèrent au troisième tour.
Un d'entre eux alla chercher, dans une chambre voisine, une colonnje légère dont la tablette supérieure était large et couverte d'un voile noir. Les plis du voile, irréguliers, cachaient les objets du culte. « Ce voile noir, dit le grand-prêtre, sera pour vous le chaos sombre où tous les éléments sont ensevelis.
Quelle main puissante n'a-t-il pas fallu pour les faire sortir du premier chaos ! » Il souleva l'étoffe, et parurent une coupe pleine d'eau, qui était l'eau, un vase plein de sel, qui était la terre, une rose, pour signifier les parfums de l'air. Alors tous gardèrent le silence. Le grand-prêtre avait jeté le voile au foyer. Les éléments étaient créés» L'objet sombre s'envola dans la cheminée comme un drapeau de pourpre.
Quelques minutes d'angoisse lé gère furent. Puis, lentement, dans l'air calme, une voix monta qui paraissait venir des profondeurs de
64 l'initiation [Juillet la terre. Ensuite s'éveilla l'accompagnement d'un orgue aussi fort lointain.
Et, psalmodiant les paroles sur les notes en mineur, la voix souterraine dit l'orai son desondins: < Maîtres de l'Océan et de tous les rivages Qui tenez en pouvoir le sol mouvant des Ilots, Rois des cavernes, de la pluie et des nuages Que le printemps appelle aux portes des enclos, Vous qui venez ouvrir la source des fontaines, Et fécondez l'arbuste et le chône puissant, En faisant circuler dans le réseau des veines L'eau limpide changée en leur sève et leur sang, Nous voici saluant votre pouvoir magique, Et votre voix nous parle au bruit des grandes eaux, Mais nous vous entendrons aussi dans la musique De la source d'été qui berce les oiseaux.
Hauteur qui reflétez l'immensité profonde, Profondeur qui vous exhalez dans la hauteur, Donnez-nous le vrai sens de la vie et du monde Où l'échange éternel est le seul créateur. Versez dans notre cœur l'amour du sacrifice, Afin que, devenus plus savants et meilleurs, Pour le rachat divin des erreurs et du vice, Nous puissions vous offrir l'eau, le sang et les pleurs. » La voix se tut.
Le hiérophante prit la coupe et versa quelques gouttes sur le sol, en libation. La coupe passa de main en main, jusqu'au dernier. Elle fut reposée vide sur la colonne sacrée. Cependant l'orgue grondait, et le sanctuaire était entouré d'un tumulte pareil à celui des grandes eaux. La voix s'éleva de nouveau. Mais elle paraissait
1 903] LE FEU SACRÉ 65 venir d'une plus profonde retraite. Ce fut les gnomes qu'elle invoqua : « 0 vous qui, sous nos pas, hantez la voûte humaine, Et la faites trembler sur ses gouffres profonds, Au nom des sept flambeaux de la nuit souveraine Conduisez-nous vers la clarté que nous rêvons.
Découvrez à nos yeux fixés sur le mystère Les talismans perdus de la sainte cité, Que vous gardez cachés dans le sein de la terre, Sous le sceau du silence et de l'obscurité. Maître des ouvriers nocturnes dont la tâche Est de réunir l'or des filons dispersés, Dès l'instant nous avons travaillé sans relâche Avec le sûr espoir d'être récompensés.
Agrandissez nos cœurs pour les œuvres futures, Vous qui nous inspirez l'occulte et son désir, Et qui portez, régnant sur les splendeurs obscures, Le ciel au doigt, comme une bague de saphir. » Comme il avait fait pour l'eau, le prêtre leva le vase, prit un grain de sel et le posa sur ses lèvres. Les assistants l'imitèrent, et la voix continua.
Les sylphes furent suppliés : « Toi dont le souffle crée et détruit toute forme, Esprit qui vas, porté sur les ailes du vent, Ta respiration peuple l'espace énorme, La vie est comme une ombre à ton regard mouvant. Tu conduis, alternés sous un pouvoir magique, Les corbeaux de la nuit et les ramiers du jour, Fais, avec la clarté de ton âme mystique Pénétrer jusqu'à nous le souffle de l'amour. Un jour, aux mouvements éternels de ce monde, Tous les errants seront par d'autres rencontrés, 5
6b l'initiation Et, les rêves mués en vérité profonde, Des roses pousseront aux branches des cyprès. Comme des naufragés battus par la tempête, Nous luttions dans l'horreur et dans l'erreur du soir. Mais nos cœurs ont connu le calme qui s'apprête, Et l'aube est odorante ainsi qu'un encensoir.
Soupir vaste qui fus le créateur antique, Bouche d'ombre aspirant le m y stère éternel, Par les parfums, par les couleurs, par la musique, Baplisc-nous dans l'air subtil et fraternel. » Chacun respira la rose.
On emporta les objets sa crés, l'assemblée reforma le cercle, et tous, prosternés, écoutèrent l'Oraison des Salamandres, démons du feu inférieur : « Eternel, incréé, Père de toutes choses, Dont le char triomphal roule sur l'univers, Feu réel de l'Eternité, Cause des causes, Inspire-nous les vœux qui doivent t'èlre offerts. Le trône où tu t'assieds domine l'étendue, Rien n'échappe au regard immense de tes yeux.
Toute parole prononcée est entendue, Exauce-nous, toi qui te caches sous les dieux ! Auprès de ta splendeur, l'étoile n'est que cendre Tu brilles haut du ciel autant que lui de nous, Vers notre obscurité daigne faire descendre Cette clarté dont les soleils seront jaloux. Règne sur nous par la chaleur et la lumière, L'ombre froide est la sœur mortelle du néant, Chaque rayon surgi de la source première Crée un monde nouveau dans l'abîme béant.
Nous savons que sont nés de ton pouvoir unique Les âmes, le désir, l'amour, flambeau doré. Sous la formule vaine et sous l'image antique, C'est toujours toi que les hommes ont adoré.
LE FEU SACRÉ 67 Tous les manteaux sacrés ne sont que des suaires D'où ressuscitera la forme et le seul Dieu, Et la lampe est au seuil des divers sanctuaires, Comme un témoin du culte vrai, celui du feu. » Car il convenait d'invoquer avec plus de solennité l'élément suprême. Et de le prier d'abord en ses ma nifestations les plus humbles.
Le feu terrestre et péris sable, à la surveillance duquel sont préposés les Sa lamandres, n'est que le dernier reflet, dans l'obscurité lointaine, du feu immortel et primitif. Celui-là res pire à l'infini. Sur la route qui mène vers lui, comme la plus haute image visible pour nous, est le Soleil. Et ce fut la prière au feu.
Le même servant se leva, alla prendre dans une armoire formée par un creux du mur un livre rouge, qu'il apporta pieusement au milieu de la salle. Gabriel de Lautrec. {A suivre.)
LES CATACOMBES « ... Tout se transforme. » Travaillant un jour dans le jardin d'une maison que j'habitais dans la toute petite ville de Lagrasse, l'une des pointes de ma houe rebondit sur une espèce de pavé sonore rencontré au fond de la tranchée, et je m'arrêtai, très intrigué par ce bruit de voûte.
Des treilles croissaient le long du mur, un figuier énorme s'élevait jusqu'au-dessus des toits, à la vue du soleil, et tout autour du jardin, des semis de rosiers incultes, tout bourdonnants d'abeilles. Je défonçais pour plan ter des salades et des choux d'hiver quand cet inci dent suspendit mon travail et provoqua dans mon esprit toutes sortes de réflexions : s'il y avait là un tré sor, pensai-je ?
Déjà ma pauvreté disparaissait comme par enchantement, et je me voyais sur le chemin de Paris, que j'avais toujours rêvé de voir. Je frappai enfin à plusieurs reprises ces pierres que j'avais dé couvertes sur un espace d'un mètre carré environ, et par le bruit profond et prolongé qu'elles rendirent je m'assurai que j'avais sous mes pieds un vide d'une
LES CATACOMBES 69 certaine étendue, et sur lequel reposait une partie de mon jardinet. , Percer la voûte, y passer une échelle et descendre dans cette cavité muni seulement d'une bougie fut l'affaire d'une heure environ.
Mais qu'on juge de ma stupeur, lorsqu'arrivant au fond de ce large puits j'en fonçai dans un amoncellement de tibias et de crânes, placés ou jetés là depuis un siècle — m'apprit-on plus tard — alors que les constructions environnantes étaient la propriété d'une confrérie de capucins que la Révolution dispersa.
De trésor point; mais je vis qu'une infinité de racines avaient pénétré par les parois de cette funèbre fosse, et entrelaçaient detelle sorte cet amas de débris humains qu'il eût été impossible d'en retirer la moindre parcelle qui ne fût retenue par elles.
Rongés, sucés par les mille tentacules souterraines que figuier, treilles et arbustes envoyaient dans cette décomposi tion pour y puiser la sève qui les rendait si vigou reux et si fertiles, ces restes du sépulcre diminuaient chaque jour en attendant la transformation défi nitive. Je n'avais que treize ans.
Pressé de fuir l'odeur concentrée des squelettes, je remontai de cette crypte et en refermai l'ouverture, ne gardant de cette étrange excursion qu'un sentiment de terreur et de dégoût. Plus tard, revenant au pays après plusieurs années d'absence, je vis mon vieux jardinet luxueusement aménagé par de riches locataires, et l'aspect de ses treilles, de ses arbustes etde son vieux figuier à végé tation toujours luxuriante me rappela mon ancienne
7o l'initiation visite aux capucins, et le fait de leurs racines dévo rant, aspirant lentement la vieille confrérie me sug géra une foule d'idées que je n'avais pas eues à treize ans. D'un côté était une tonnelle disparaissant dans une épaisse frondaison, et dans l'allée qu'on avait établie au milieu et d'un bout à l'autre du jardin, jouaient en se poursuivant deux exquises créatures, l'une seize ans et l'autre huit environ.
Et je pensai : lorsqu'à l'abri de ce feuillage et de ces rosiers, la belle et délicate jeune fille, vaguement troublée par la formidable éclosion des sèves, respire le parfum d'une rose qu'elle vient de cueillir et se pâme aux émanations énivrantes de ces prémices du printemps, songe-t-elle que le suc qui circulait tout à l'heure dans les tissus de sa belle fleur aimée, lui venait de ce réservoir ignoré de squelettes sur lequel repose sa tonnelle fleurie?
Sait-elle que ce bouquet de tardives violettes qui s'échappe de son corsage ne doit son velours sombre et son embaumement dis cret qu'à une affreuse décomposition de cadavres? L'œuvre du ver rongeant des carcasses humaines, ce sont ces ombrages et ces verdures, ces pelouses et ces frondaisons, ces massifs dans lesquels chante le rossignol, âme vivante.
Et c'est sous ces treilles et sous ces rosiers dont les racines se croisent dans cette mort, que la blonde enfant aime reposer et rêver, ne se doutant point que ces feuilles qui la couvrent et ces corolles fanées que la brise détache et pique dans ses cheveux, sont autant de gouttes de sang et de lambeaux de chairs pourries transformés par un mi
LES CATACOMBES 71 racle de la nature. Quelle épouvante, quel indicible dégoût s'emparerait de la divine fée de mon vieux jardinet, si elle n'ignorait pas que cette rose, si volup tueusement respirée et baisée, est peut-être l'étrange résultat d'une face horrible de vieillard baveux et édenté, dont un cancer rongea les lèvres avant qu'il vînt reposer là !
Oh ! l'œuvre du ver, si elle était comprise, quel changement dans nos usages et dans nos mœurs I Comme on les détruirait ces immenses charniers, ces imposantes nécropoles ! où s'entassent toutes les sco ries, tous les déchets humains recéleurs de germes de mort. Comme on n'irait plus dans ces enclos aux sug gestions d'épouvante!
Comme on ne voudrait plus exposer ses narines aux dégagements subtils, mais putrides, des dissolu tions souterraines, et comme on passerait loin de ces champs d'humains, dont les fatales semences ne pro duisent que miasmes et relents mortels!
Et qui sait si ces maladies nouvelles qui étreignent et déciment, ne sont pas l'ouvrage des ferments in destructibles enfermés jadis dans les tombes et rendus au jour par le double travail inconscient de l'homme et de la nature.
Sait-il, ce pauvre cultivateur, si ce champ qu'il défriche, ne fut pas autrefois le dernier asile d'une armée de pestiférés ! et cet orgueilleux millionnaire, qui bouleverse toute une cité pour aligner son bou levard et agrandir son jardin, sait-il si cette odeur étrange qui vient des terres profondément remuées,
72 l'initiation n'est pas la résurrection d'un mal qui l'emportera demain ? Oh ! que la nature est bonne et belle ! Admirez ces fleurs, goûtez à ces fruits, dégustez ces vins ! Mais, y songes-tu, incorrigible gourmand, lorsque béatement assis à ta table chargée de mets, et que les yeux déjà t'alimentent, songes-tu que tout cela, à quelque source que soient puisées les sèves, que tout est le produit de la putréfaction ?
Et toi, luxurieux rongé de fièvre, baiseur de lèvres et de chairs blanches, te dis-tu que la pâte de ton adorable phrynée a été lentement pétrie par les ouvriers tragiques du néant? O dégoût 1 hor reur indicible !
Chaque vivant, pour réaliser son moi, s'est nourri de l'essence de milliers d'ancêtres, et sa forme, appe lée divine, ce corps qui piétine si fièrement cette terre dans laquelle se fond, s'enlize, disparaît tout ce qui vit ou qui est, est l'amalgame inexplicable de toutes les érosions, de tous les dépérissements, de toutes les moisissures que la nature fait dans son œuvre éter nelle.
D'ailleurs, toute la terre n'est qu'un vaste cimetière, et ses plus belles cités ont leurs racines dans des cata combes. Rome, Naples, Paris ont leurs entrailles pleines de tibias et de têtes grimaçantes, et c'est ainsi que, du faubourg Saint-Germain à Chaillot, les habi tants de la ville-lumière éveillent sous leurs pas les sonorités lugubres du plus vaste ossuaire qui soit au monde. Mais se doute-t-on que ces tonnes d'apophyses et de crânes, qui constituent les funèbres mosaïques de
LES CATACOMBES ces demeures souterraines, deviendront un jour, sous les cités disparues, les riches mines d'engrais que nos descendants transformeront en fruits succulents et en vins généreux? « Rien ne meurt... » A. Bosquet. On sait le dévouement avec lequel M. Lafuma, de Voyron (Isère) s'est occupé de la traduction et de la publication en langue française du Zohar, ce livre fondamental de la Kabbale.
Or, cette publication est sur le point de paraître en 6 gros volumes (tous achevés en manuscrit) au prix de i5o fr. pour les souscripteurs. Les lecteurs que cette nouvelle inté resse sont priés de s'adresser directement à M. La fuma.
Vision d'un vaincu 1 . Sur un tertre isolé, le soir d'une défaite, Un chef vaillant priait le Dieu trois fois clément D'épargner les vaincus... Sa prière discrète Allait à l'Éternel portée magiquement Par un chœur de Héros. Ardente évocatrice, Et Verbe très puissant, la voix du chef blessé Synthétisant la Foi d'un peuple délaissé Priait, pour que l'Anglais n'étouffât la Justice Et n'imposât le joug à son Pays vaincu... 2.
La Mort avait glané dans ce lieu d'infortune, Et la blanche clarté que répandait la Lune Glissait sur les cadavres et s'effaçait soudain ; Et fantastique était ce cimetière humain Du sein duquel un homme, au regard éperdu, Surgissait: telle une âme essayant avec peine De briser les liens delà funeste chaîne Qui la retient sur Terre ; efforts bien superflus ; Ces anneaux formés dans la chair de ses vices Se rient de ses efforts ; ils veulent être rompus Par l'accomplissement de nouveaux sacrifices... (1) Essai magique sur les causes de la défaite des Boërs.
Le peuple transvaalicn est ln victime. Le peuple anglais est l'instrument inconscient du sacri fice. Que les forces occultes réclament pour équi'ibrer le mal qui fait des progrès trop grands, en particulier en France!'.!
vision d'un vaincu 753. Le chef priait... Son âme avait abandonné Son écorce terrestre, impuissante matière, Et voguait anxieuse emmi l'onde légère De l'Aour lumineux : C'est là qu'il fut donné, A cette âme assoiffée du désir de savoir, D'apercevoir enfin, dans les ombres du soir, Le Génie qui préside aux destins de la France... i.
Son corps était de neige et ses ailes d'azur, Son cœur était de Feu très subtil et très pur, Son Regard attristé semblait fait, de souffrance. 5. S'adressant aussitôt à l'âme du Guerrier : « Peuple infortuné ! dont les mœurs me sont chères^ Tu expies aujourd'hui les fautes de tes Frères !
En vain tu supplieras, rien ne sert de prier 1 L'implacable Destin, les clichés générés Par l'Orgueil, la Luxure et la soif des richesses Doivent enfin sur Terre et parmi tes détresses Prendre corps et bannir tes saintes Libertés! 6. Peuple choisi par Dieu pour cette expiation, Verse ton sang trop sain pour racheter les crimes Des peuples ignorants qui courent aux abîmes De l'Erreur et du Mal ; sois fier de ta mission !
Ton sang est assez pur pour agréer à Dieu ! J'ai bien souvent pleuré afin que ta Voix sainte Soit entendu du Ciel ; bien souvent cette enceinte A frisonné d'effroi à tes accents pieux !... Hélas ! la France aussi jadis si généreuse, Tirant son glaive d'or, espoir des opprimés, Pour protéger partout l'essor des Libertés, La France aussi parcourt celte voie malheureuse !
Ne comptez pas sur elle : terre d'Idéal, Elle étouffe aujourd'hui sous l'étreinte du Mal. Son sacrifice ici ne pourrait être utile ; La victime est impure, l'offrande inutile ;
76 l'initiation Sa fin viendra bientôt si vous ne consentez A souffrir pour elle : vous seuls en êtes dignes ! Adieu. Le chef connut alors, à certains signes, Que les décrets de Dieu seraient exécutés, Et que tous ses vaillants seraient toujours battus. 7. Abandonnant alors les flots de la Lumière, Violemment agités par les cris des vaincus, L'âme de ce guerrier revint sur cette Terre...
Le Ciel était couvert de nuages trop sombres, Pour qu'un étranger put voir parmi les ombres Cette Fille du Ciel, réintégrant son corps, Consoler en passant les Ames sœurs des Morts. 8. Le Boûr fit alors le geste Rédempteur Sur le tertre isolé ; les âmes errantes, Pleurant leur corps perdu, sourirent triomplantes, El parvinrent au seuil du ciel Réparateur ! 9. Le chef fléchit alors le genou jusqu'en terre Et dit : « Dieu soit béni !
Notre peuple est élu ! Heureux ceux qui mourront, leur sacrifice a plu ! » 10. Se relevant bientôt, de ce lieu solitaire Le guerrier s'en alla. ± + A Gloire à toi, victime expiatoire ! Beaux séraphins, chantez la victoire Que la Foi gagne sur le Destin ! France ! que ton tour vienne demain, Es-tu prête ù mourir ? Le fer de ton épée N'cst-il pas émoussé ? Ta jeunesse épuisée Peut-elle affronter les combats Où le fer ne pardonne pas ?
vision d'un vaincu 77 V Tes enfants fatigués n"ont-ils plus dans les veines Du sang de ces vaillants, qui prirent tant de peines A faire asseoir enfin, sur les trônes des Rois, La Justice attendue, la Liberté féconde ? Ne serais-tu donc plus la France d'Autrefois, L'ange des affligés, le clair flambeau du monde ? Un peuple pleure, hélas ! sa liberté perdue, Et tu n'as pas frémi ? Ton Idéal sans doute .Est une paix depuis trop longtemps attendue ; Tu veux jouir tranquille, aussi rien ne te coûte ! Crains le Réveil... Le ciel s'émeut, Et tous les éléments frémissent... Ressaisis-toi !... car tu le peux !... S'il faut que tes enfants périssent, Qu'ils meurent comme leurs aïeux : « Pour la Liberté, la Justice !... » Lucent.
LE 1 VITALISEUR" DEDISON Des expériences curieuses ont été faites en Amé rique, avec un appareil magnéto-électrique inventé par le fils du grand Edison. Cet appareil stimulerait le tra vail mental du cerveau; pour s'en rendre compte, on a fait l'expérience suivante : deux élèves d'une école, de môme degré, de capacités équivalentes et de valeur égale furent choisis. Les mêmes problèmes leur fu rent donnés à résoudre, mais l'un des élèves était sou mis à l'influence du « vitalismè », tandis que l'autre restait à l'état ordinaire. On aurait ainsi constaté chez le premier une plus grande rapidité dans l'exécu tion du travail, et ce dans toutes les expériences main tes fois répétées. C'est possible, mais n'y a-t-il pas simplement suggestion ? Les Confréries musulmanes M. Octave DEFONT a publié dans La Revue (ex-Revue des Revues), une étude très importante dont nous déta chons les passages suivants : I Ce qui caractérise l'Islamisme, c'est l'extrême rigueur du monothéisme et, comme conséquence im
LES CONFRÉRIES MUSULMANES 79 médiate, la tendance constante, l'attention exclusive, absolue, du croyant à combattre le dogme chrétien de la Trinité et de l'Incarnation : Dieu n'a pas de fils, Dieu n'a pas de Mère, Dieu est Un. Il n'est pas, en dehors de lui, aucun être, si parfait soit-il, auquel puisse s'adresser un culte, car nul ne peut aider ou nuire, nul n'a reçu le pouvoir de lier ou de délier sur la terre.
Une négation suivie d'une affirmation : « Il n'y a que Dieu que Dieu » et la mission prophétique de Moham med constituent, en réalité, avec le Coran, les inébran lables fondements de la religion.
Rigoureusement, en effet, le mahométisme ne com porte ni cérémonies, ni sacrements ; il n'y a pas de prêtres, pas d'établissements, rien qui soit la condition essentielle de l'exercice du culte : l'homme est luimême son propre intercesseur auprès de Dieu ; il sol licite, en personne, l'action de la grâce divine. Canoniquement, l'existence d'une société ecclésiastique, d'un pouvoir spirituel, est donc une innovation contraire au dogme.
Il n'y a pas moins que l'Islam, si foncièrement démo cratique à ses débuts, a vu se créer, sous forme de cas tes, non seulement une sorte de clergé, mais aussi des ordres religieux, dont nous allons examiner rapidement l'origine et l'évolution.
II Tant qu'il fut dominé par sa grandiose prétention de fonder une législation universelle, basée sur la lorca de ses armes et le prestige de sa foi ; tant que ses con quêtes, un siècle durant, des rives du Danube aux monts Himalaya, enflammaient les cœurs, le musulman n'éprouvait pas le besoin de stimuler sa ferveur. Mais en déposant son épée, il dut obligatoirement songer à raisonner son dogme, afin de le rendre applicable aux peuples conquis.
A force d'avoir voulu rapporter tout à Dieu, depuis la petite chose jusqu'à la plus grande, le Prophète avait dépassé le but. Il arrivait que, dans les cas les plus na turels et les plus simples, les préceptes du Coran ne
8o l'initiation pouvaient recevoir leur application : leur rigidité sans indulgence, leur principe immuable parce que divin, ne se pliaient pas à des nécessités que Mohammed n'avait pu prévoir. D'autre part, le théisme rigide et précis fait de Dieu le moteur unique du monde matériel et surnaturel, prive l'homme de son libre arbitre.
Il est l'abîme im mense, infranchissable, entre le créé et l'incréé : d'où l'impuissance du croyant, simpliste et ignorant, à trou ver seul la vérité, à se diriger dans ses aspirations se crètes vers cette divinité dont la nature lui révèle la mystérieuse existence. Il avait donc fallu, obligatoire ment, recourir à l'interprétation du « Livre » par des hommes autorisés qu'on appelait Eulama (savants, doctes, érudits).
En principe, cette fonction sacrée était dévolue aux Khalifes. Mais, quand le siège du pouvoir fut éloigné des villes saintes (La Mecque et Médinc, les succes seurs du Prophète n'étaient plus en mesure d'exercer effectivement la double autorité spirituelle et tempo relle du Khalifal. Ils n'avaient plus autour d'eux les compagnons du Prophète, qui, dans l'opinion, repré sentaient les véritables conservateurs et interprètes de la Loi.
A Damas, les khalifes n'étaient plus que les chefsd'une association politique cimentée par la reli gion. Peu à peu, ils avaient délégué leurs attributions sacerdotales et judiciaires aux Eulama, qui formaient un corps redoutable et s'affirmèrent, par la suite, en cette apparence de clergé hiérarchisé qu'ont prolongé les membres du clergé actuel : muphli, cadi, imam, etc. Telle est l'origine des Eulama.
Après avoir brillé du plus vif éclat dans les primes communautés musul manes, ils n'ont plus aujourd'hui qu'un rôle effacé; ils ne sont que des instruments entre les mains des chefs des Etats islamiques qui, en les subventionnant, leur font rendre les /alaoua (ordonnances sacrées ba sées sur le Coran) utiles à l'action gouvernementale. III La véritable force de la société islamique est en de
LES CONFRÉRIES MUSULMANES 81 hors des Eulama. Je n'ajoute pas et des kalifes, car, théologiquement, il n'y en a plus aucun. En effet, ceux qui pourraient, aujourd'hui, aspirer légitimement au titre de « prince des croyants » (c'est-à-dire les grand» Chérifs de la Mecque et les Cliérifs du Maroc), ne sont pas investis en conformité de la Loi, par l'élection de tous les musulmans.
Cette force a son centre d'action dans un monde mys térieux qui lire son incomparable prestige d'un pou voir autrement puissant que celui des « Interprètes de la Loi », puisqu'il émane, aux yeux des croyants, d'Al lah lui-même.
Ce monde est constitué par des confrères mystiques, véritables théocraties répandues partout où vivent des musulmans, et qui, comme autrefois, dans Israël, les prophètes envers la synagogue, sont les ennemis irré conciliables du clergé.
Nées avec l'Islamisme, leur évo lution s'opère parallèlement à la formation des quatre sectes hanafite, malekite, chafaïle et hanbalite, dites or thodoxes, et aussi au grand mouvement d'innovations, de controverses et d'impiété qui a caractérisé le déve loppement des sectes hérésiarques. La Perse, patrie du mysticisme, refusait de se laisser anéantir par ses envahisseurs musulmans.
Comme Rome l'avait fait envers les barbares de la Gaule, la Perse assimilait ses conquérants. Sous l'influence de son génie aryen, elle gardait, intact, le legs scientifi que du passé en opposition avec une religion immo bile de tous points, parce que révélée.
Car autant le Dieu de l'Islam est au-dessus et en de hors du monde matériel, autant il est volontaire, puis sant personnel ; autant.au contraire, dans les systèmes philosophiques indiens et grecs, tont comme dans la re ligion de Zoroastre, il est vague, inconstant et mul tiple. L'Orient, malgré son polythéisme illimité, a toujours été poussé vers l'idée panthéiste.
Le dualisme des Per ses lui-même n'est, au fond, qu'un panthéisme à deux parties : Ormuzd et Ahriman se rejoignent dans le Temps sans bornes, principe supérieur qui doit finir par les absorber. Cakya Mouni, fils de roi, quitte son palais ; 6
82 l'initiation époux, il abandonne sa femme vertueuse et belle, pour s'ensevelir loin de tout, dans la solitude d'où il ne sor tira que pour apprendre aux hommes à se guérir du mal de l'existence. Le remède qu'il propose, c'est l'ex tinction volontaire de toutes nos facultés, le repos dans l'inconscience et l'immobilité; c'est le nirvana.
Il n'y a qu'une béatitude dans la doctrine : Heureux ceux qui ne vivent pas, qui n'ont jamais vécu ou qui ont cessé de vivre, maxime que les musulmans ont traduite ainsi : « Il vaut mieux être assis que debout, couché qu'assis, mort que couché. » Entraîné dans le milieu persan qui (Hait la civilisation déjà raffinée, le conquérant s'était pris à penser, à exa miner les problèmes posés par le Coran : prédestina tion ou libre arbitre, création ou éternité de la ma tière, inspiration divine du Livre et par conséquent incréation et éternité du Coran, ou création en temps que signe sensible de la pensée.
Et c'est ainsi qu'au double contact du péripapétisme et des idées persanes, sont nées les sectes hérésiarques. IV En réalité, plusieurs de ces sectes n'ont été que des sociétés plus ou moins secrètes, dont les confréries mystiques actuelles ont parfois prolongé le curieux en seignement.
C'étaient les Alides ou Chiites; (partisans d'Ali), qui re poussaient la Sonna (manière d'être, d'agir et, par exten sion, recueil des traditions prophétiques qui forment, avec le Coran, les bases fondamentales de l'Islam or thodoxe), rejetaient, comme usurpateur du pouvoir, les trois premiers Khalifes et n'admettaient pas que la qua lité d'imam (pontife) put sortir de la famille d'Ali.
Ils affirmaient que le droit de naissance primait le droit, admis par l'Islam orthodoxe, de l'élection ou de la pro clamation du Khalife par le peuple. Ils érigèrent cette opinion en dogme. De plus, une croyance intransi geante et d'origine persane faisait d'Ali un mort im mortel : c'était lui qui passait dans l'orage, sur les
LES CONFRÉRIES MUSULMANES 83 :nuées. Son fouet se tordait dans l'éclair et, de sa race, devait naître le madhi (bien dirigé). D'autres Chiites assimilaient Ali à Dieu, et, par leur -curieuse conception de la transmission d'une parcelle de la divinité dans les imams, ils attaquaient la religion dans son essence. D'après l'opinion qui prévalut, le droit divin n'était transmissible qu'à douze imams alidcs; seulement, le dernier devait être le mahdi.
Onze d'entre eux parurent et périrent empoisonnés. Le douzième disparut, et sa mort mystérieuse laissa les Chiites dans cet état d'es prit que, pareil à certains héros de la légende, au roi de la Table Ronde ou à Frédéric Barberousse, il n'était pas mort, mais seulement caché (mekloum) dans quel que montagne inconnue. Une autre branche chiite n'admettait que sept imams.
Le septième après Adam, Noé, Abraham, Moïse, Jésus et Mohammed est encore à venir. Il doit mettre le sceau à la religion en substituant à l'interprétation littérale des Livres Saints la science du sens intérieur ou mys tique. C'était la doctrine des Ismailaïa. On l'enseignait aux adhérents dans une initiation à neuf degrés, faite de philosophie mélangée de gnosticisme.
On leur expliquait que la religion a deux sens : l'un apparent, l'autre secret. Ce dernier, les imams seuls le connaissaient, d'où il s'ensuivait que, pour acquérir la science religieuse, il fallait, comme le fera plus tard le Khouan (frère) à l'endroit de son cheikh (maître spiri tuel), s'abandonner corps et âme à l'imam du temps. On conçoit par suite quelle devait être la puissance de ces chefs de sectes.
Les disciples d'Abdallahben-Maïmoun font trembler les Khalifes sur leurs trônes et révolutionnent les esprits avec le thaumaturge Raschid-edDine, dont le dernier acte fut le meurtre, par ses fidaoui (sicaires), nouveaux zéloles, du marquis Conrad de Montferrat, qui avait osé offenser le grand maître des assassins.
Nombre d'autres sectes faisaient également travailler les esprits : il y avait, notamment, les Kharédjites, enne mis des chiites, les moalazélites, libéraux et rationalistes, les mordjiles, les djabrites qui, contrairement aux qada
84 l'initiation riles ou partisans du libre arbitre, faisaient de l'homme, entre les mains de Dieu, un instrument sans action ni pouvoir; les mochahbiilles ou assimilateurs, etc., etc. De telle sorte que, en face du dogmatisme intolérant du Coran, s'étaient dressés, du deuxième au cinquième siècle de l'hégire, le scepticisme le plus varié, le fana tisme le plus acharné, la superstition de l'initié, l'impiété, la hardiesse du libre penseur, le magisme, le sabéisme et, parfois, l'idolâtrie.
Cependant les imams (Abou Hanifa, Malek, Chafei et Ahmed Ibn Hanbal), fondateurs des rites orthodoxes, tonnaient violemment contre le rationalisme et s'atta chaient à affirmer cette déclaration placée dans la bouche du Prophète : « Attachez-vous à observer ma Sonna et celle des Khalifes directs et en ligne légitime après moi. Mordez-y de vos molaires.
Gardez-vous des innovateurs; toute innovation est excentricité; et toute excentricité est innovation. Tout acte ou fait que nous n'avons pas ordonné esl à rejeter. Avec la science théologique du Kalam, la lutte était devenue encore plus ardente.
Ceux qui ont pratiqué cette science, les Molakallimin, en établissant, contre les philosophes, la création de la matière, la nouveauté du monde et l'existence d'un Dieu libre, séparé du monde et seule cause, étouffaient les aspirations de l'in tellect et ramenèrent peu à peu, par une intransigeance outrée, le croyant à l'unité, c'est-à-dire à l'exclusion de toute complexité, complication ou nuance, germes obli gés de la pensée.
Le fanatisme religieux a tué la réaction persane et la philosophie arabe espagnole. Depuis Averroès, la guerre contre l'argumentation a porté tous ses fruits. Cependant, cette philosophie, dont l'Occident a été le refuge et qui a si vivement éclairé le moyen âge, devait imprégner l'Islam d'idées contraires à son génie.
Elle a notamment donné des ailes au soufisme qui a pris la place la plus importante dans la métaphysique aristotélique, commentée par les philosophes arabes, et est devenu, à partir du douzième siècle de notre ère le meilleur appui, le plus ferme soutien de la vie mahométane.
LES CONFRÉRIES MUSULMANES 85 V Au point de vue philosophique, le soufisme repré sente la lutte de la pensée contre un dogme dont le formalisme aboutit, en définitive, au fatalisme. Au point de vue mystique, c'est la recherche de la purification de l'âme en dehors de la matérialité du corps ; de l'anéantissement des passions par l'absten tion des satisfactions matérielles.
C'est encore l'action de s'adonner aux sciences conduisant à la Vérité, d'as pirer à entrer en communion avec Elle; en un mot d'arriver au fena (anéantissement de l'âme par l'abru tissement du corps), de voir Dieu face à face et sans voiles et de s'unir à lui.
La phase initiale de l'Ilm el baqa oua el fana (la science du rester ou du périr) apparaît tout d'abord dans les premiers cercles musulmans, sous la forme de certaines pratiques pénitentielles, d'ailleurs en opposi tion absolue avec le « Livre ». Le Prophète avait dit : La Rahbaniala fi el Islam : point de vie monacale dans l'Islam.
Malgré la parole divine, les premiers musulmans, sans parler du Prophète lui-même, n'en cherchaient pas moins, à l'exemple des moines ou des anachorètes chrétiens ou juifs, à réaliser leurs aspirations idéales dans l'ascétisme et la vie contemplative.
Un certain Bahlul ben Du'ejb est poussé par la conscience de ses péchés dans la montagne, près de Médine; il y vit loin de toute société humaine, se couvre de vêtements de poil, s'attache les mains sur le dos avec des liens de fer et s'écrie sans cesse : < Mon Dieu et mon Seigneur ! voici Bahul.lié et enchaîné, confessant ses péchés (1). » Dans son ascension mystique, la première stalion du soufi sera celle du faqir, c'est-à-dire la stalion de la pauvreté, puis, de degrés en degrés, caractérisés cha cun par une appellation particulière, il arrivera à la stalion sublime, où les cent soixante mille voiles qui i De l'ascétisme aux premiers temps de l'Islam. Igd. Goldziher. Ftev. de THisloire des Religions, 1898, p. 3i5.
86 l'initiation enveloppent les secrets divins s'écartent et laissent voir « l'Impénétrable >. Alors, l'idée de l'Unité parfaite se forme dans son esprit. Il la contemple en même temps que cette curieuse phalange mohammédienne d'oualis (saints), mystérieuse hiérarchie que dirige le qotb ou ghouts et qui renferme toute une série de per sonnages venus de la terre, où ils sont remplacés au fur et à mesure que Dieu les mande auprès de lui.
El Khadir est le maître de cette légion par laquelle Dieu éloigne les maux du peuple musulman. Génie doux et bienfaisant, El Khadir est le saint An toine de Padoue de ceux qui ont égaré des objets, le guide des voyageurs perdus dans les déserts, la Provi dence des marins.
Son prestige incroyable tient à son origine des plus curieuses : dans la croyance musulmane, deux êtres privilégiés ont été exemptés de la mort : Enoch, qui est entré vivant et par ruse dans le Paradis, et Elie, dont on fait deux personnages distincts: l'un Elias qui doit, par ordre divin, errer sur la terre jusqu'au jour du jugement dernier, l'autre, El Khadir (saint Georges pour les chrétiens d'Orient), qui vit habituellement au fond de la mer.
Quant au ghouts, Abdelaziz ben Debbagh, dans son livre El Ibriz (l'or pur), nous le représente assis, en de hors de la caverne du Djebel Hira.la Mecque derrière son épaule droite, Médine devant son genou gauche, quatre qolhs malékites à sa droite et trois autres qotbs appar tenant à chacune des trois autres sectes orthodoxes, à sa gauche. L'oukil (chargé d'affaires) ou cadhi ed diouan, est devant lui.
C'est dans cet abîme de la contemplation, dans cette extase immanente, que Dieu délègue à certains soufis une étincelle de sa puissance, la baraka, qui leur per mettra, une lois descendus des lumières dominatrices de diriger les croyants, de perfectionner les progrès de ceux d'entre eux qui s'avancent vers « Tau delà ». Ils deviennent ainsi des maîtres, des chioukhs et Tariqa (Directeurs de la voie spirituelle). Après s'être constitué une méthode, le cheikh (maître) confère à ses disciples YOuerd (initiation) qui dissipe 1»
LES CONFRÉRIES MUSULMANES 87 grossièreté originelle de l'esprit ; il leur indique le moyen infaillible d'arriver aux hauteurs célestes par la récitation du dikr (prière, oraison continue) qui lui a été révélé et qui emplit le cœur du nom de Dieu). VI Tel est le procédé extérieur, autrement dit la doctrine cxolériqae, plus ou moins accessible au vulgaire.
Quant à la voie ésotérique ou intérieure, les soufis, à l'instar des philosophes musulmans qui avaient également ces deux doctrines, ne la développent qu'à l'élite, aux savants.
A ceux-ci, le cheikh expliquera les sensations intimes de l'ascension spirituelle ; il s'efforcera de leur faire saisir ces fils subtils qui conduisent le croyant à la station suprême de Visligheraq (absorption en Dieu)» après avoir séjourné en ces mystérieux étals mystiques du douq (lumière spirituelle qui donne le pouvoir de discerner la vérité), des idjlima ou merveilleux entre tiens avec des saints, des talaqis, permettant de rece voir des communications divines, des sekers (ivresse spirituelle), des chouhoud, où l'on voit Dieu et, enfin, des medjema et baharin (confluent des deux mers), où l'homme est si près de Dieu que, pour se confondre avec lui, il ne manque que la longueur de deux arcs, etc. Ainsi la baraka, Voucrd et le dikr sont les pivots du soufisme.
Il faut y ajouter la ouacia (recommandationmandement), document renfermant les principes fonda, mentaux de la Tariqa (voie) suivie par le précepteur des fidèles. VII La mystique musulmane comprend encore deux autres sujets : Youali et le chérif. Le premier arrive, sans s'en douter et d'un seul coup, à la sublimité du mysticisme. C'est le faible d'esprit. Il est medjdoub, c'est-à-dire altiré, contrairement au Soufî, sans efforts ni épreuves.
Élu de Dieu, avec qui il est en communion constante, Vouali est vénéré à l'égard du Souli. Égaré sur la terre, il semble y vivre dans une profonde nuit.
88 l'initiation Dans nos cités de l'Afrique du Nord, il est connu sous le nom de derouiche (aliéné). Le derouiche réunit complètement les conditions de la doctrine de Molinos, le patriarche des quiétistes modernes, sur la contemplai ion parfaite ou l'état d'une âme qui ne raisonne pas, qui ne réfléchit ni sur Dieu, ni sur elle-même, mais reçoit passivement l'impression de la lumière céleste sans exercer aucun acte d'amour ni d'adoration.
Il y a plus : Molinos excuse les extrava gances criminelles des mystiques, en état de contem plation parfaite, parce que, dit-il, leur corps n'est plus alors que l'instrument du démon, sans que l'âme, inti mement unie à Dieu, exprime la plus légère altération du désordre qui agite les sens.
De même, l'ouali qui danse ou commet des actes hors nature est considéré, corporellement, comme un possédé des djinns (démons) et spirituellement, comme uni à la Divinité, ce qui fait excuser ses écarts de conduite les plus scandaleux.
Enfin, comme toute la chaîne ésotérique des saints (kolb, abdal, naqib, etc.), que Dieu envoie sur la terre pour supporter les maux des autres, l'ouali participe à cette souffrance, et il est curieux de faire un dernier rapprochement de cette croyance musulmane avec la loi de la substitution dont, selon Huysmans, la mys tique chrétienne nous offre de si prodigieux exemples : sainte Thérèse obtint de prendre à sa charge les ten tations d'un prêtre qui ne pouvait les endurer sans flé chir.
La bienheureuse Lidwine accaparait toutes les maladies du corps ; Catherine Emmerich succédait aux impotentes, relayait, tout au moins, les plus malades. Certains ordres « tels que les Carmélites et les Clarisses, acceptent très bien qu'on leur transfère les tentations dont on souffre » (1). Un autre sujet mystique est le chéri f (descendant du Prophète par sa fille Fathma Zohora).
A ce litre de la plus haute noblesse religieuse, un sang divin coule dans ses veines, et il peut, seul, prétendre légitimement au Khalifal. Il constitue, par droit de naissance, un vase d'élection ayant le privilège de voir Dieu et le pou- (i) Huysmans, En Roule, Paris, i8g5.
LES CONFRÉRIES MUSULMANES 89 voir de faire des miracles. Dans l'Afrique septentrio nale, plus que partout ailleurs, son rôle, comme nous le dirons plus loin, a été primordial. Depuis le douzième siècle, l'œuvre de l'Islam est essentiellement une œuvre de prosélytisme, qui a été plus particulièrement marquée dans l'Afrique du Nord.
On sait comment se forma la confrérie puritaine des almorauides (El merabtine) — les marabouts — sous l'action entraînante de leur chef, le réformateur Abdallah ben Yacine.
Pendant que les hordes hilaliennes, parties de l'Égypte en 1048, dévastaient l'Afrique du Nord, dans un îlot du Haut-Niger, un ribal (lieu de retraite et de prière dont nous avons fait marabout) était cons truit pour recevoir les prosélytes disposés à subir, avec une expiation de leurs souillures passées, la règle sévère d'une société qui punissait par le fouet les man quements aux prescriptions admises.
C'est de cet îlot que partit le souffle puissant de l'in vasion almoravide, laquelle devait opposer une véri table barrière aux hilaliens, et, avec Yousef ben Tachefin, s'étendre sur le Maghreb et sur l'Espagne. Vinrent les almohades (El Mouahedoun, disciples de l'unité de Dieu) qui apportèrent sur le théâtre religieux de nouveaux ferments spirituels.
Tout en cherchant à ramener l'Islam à sa pureté primitive, leur chef, l'aus tère lbn Tommerl, donne un corps à l'idée messianique importée par les Fatimites d'Egypte.
Il se proclame mahdi et dénonce partout l'infidélité des almoravides, ces moulelhemin (voilés), disait-il, < ces exclus du para dis qui paraîtront à la fin du monde avec des queues comme des vaches, et dont les femmes seront ivres, nues, indécentes, et auront des bosses de chameau pour tètes ».
Mais voici une nouvelle levée d'apôtres, de convertis seurs, de prédicateurs : fakihs (lettrés) de l'Andalousie, disciples d'Averroès, d'Avicenne et autres lbn Tofaïl ou Elghazali ; chorfa (pt. de Cliérif) de Fas ou de Saguiet el Hamra, dans le Sous marocain d'Idris II, fondateur de Fas. Ils se répandent dans les tribus berbères, qui, épuisées par les luttes et les convulsions intérieures) fruits détestables des campagnes almoravides et al
90 l'initiation mohadcs, retournaient en arrière, sur la route de la barbarie. Peu à peu, le missionnaire transformait, métamor phosait, absorbait par aperception, comme on dit en psychologie, les traditions berbères et les fondait dansle creuset de l'Islam. Le ribal, qui deviendra plus tard la zaouîa, était, pour tous, le contre moral et intellectuel.
On y allait moins pour prier que pour voir et admirer le saint vivant dont les échos avaient dit la renommée prodigieuse r pour lui demander, les uns des guérisons corporelles, les autres, des récoltes abondantes, etc. Et dans un coin, sous des vêtements somptueux ou sous des loques, la femme elle-même, inquiète et ner veuse, avide de mystère, attend pieusement le moment où, à son tour, elle dira le secret intime qui brise son existence, demandera des philtres, des amulettes pour ou contre l'amour, suppliera le marabout de combler le vide de la tente on chassant loin d'elle l'infécondité.
Quand cet homme divin sort, c'est pour opérer des miracles : la où il s'assied pousse un arbre; à la mon tagne haute et inaccessible.il ordonne de s'entr'ouvrir; sous ses pieds jaillissent des sources d'eau bienfai sante; il vole, il marche sur les eaux et, s'il le veut, i] peut, autre Apollonius de Tyane, se montrer corporellement, à la môme heure, en différents endroits.
La vox populi a confirmé ces prodiges; et c'est ainsi qu'après l'Égypte.la Syrie, l'Arabie et la Perse, l'Afrique septentrionale s'est couverte d'oratoires et de sanc tuaires, bâtis le plus souvent sur les ruines des mzara ou autres points consacrés de toute antiquité. Pendant que les esprits allaient aux marabouts, les Soulis introduisaient parallèlement, dans les tribus, le surnaturel de leur méthode.
L'ardent désir de s'appro cher du Trône souverain, la curieuse conception de VilUsai (l'anéantissement en Dieu) s'infiltrait dans les masses dégénérées. VIII Étrange persistance des cultes anciens ! Au Maroc,
LES CONFRÉRIES MUSULMANES 91 les Psylles réapparaissent avec les Ouled Moussa; les mangeurs de choses immondes des armées des Bar bares qui assiégeaient Carthage, avec les Aïssaoua (disciples du Marocain Mohammed ben Aïssa (1324).
En Tripolitaine, des Soulamïa vomissent des flammes ; en Tunisie, des Boualïa se brûlent les chairs, cependant qu'en Algérie, sur les bords de la Seybouse, des Ammarïa arrivent plus simplement et plus facilement à l'extase en se livrant, comme le fidaoui du « Vieux de la Mon tagne », aux douceurs du kif pilé (sorte d'opium ana logue au Beng des Hindous).
En Égypte, l'ordre des Kheloualia (de Kheloua, re traite), importé de Perse où il est né au quatorzième siècle, se forme et se développe par des abstinences rigides et une vie érémitique rappelant celle des Thé rapeutes. Avec Scheraouardi (1235) le panthéisme persan avait repris des ailes, cependant que les Naqechebendia (1320) enseignaient à la haute société musulmane un mysti cisme contemplatif empreint d'hystérie eutatique.
L'Occident avait, de son côté, vu renaître et pénétrer dans la foule le soufisme épuré avec Abou Médiane, de Séville(1127): Djoneïdi et Abd el kaderet Djilani étaient ses appuis ; Tlemun, son foyer ; Abd esselam ben Machich et Hassin Chadeli (1196) fondateur des Chadelia bien connus, ses lumières.
Partout, les confréries poursuivaient le mémo but final « l'anéantissement de l'être dans l'essence de Dieu », Yexlase, où tout est libre et sans frein parce que tout y est sans universalité. C'est la sombre nuit dans les âmes. Pareil au Yoghi de l'Inde, le Khouan, par les procé dés extérieurs: dikr, musique, danse, etc., voyage dans les régions de l'enthousiasme.
Pareil au dwidja, du même pays de l'Inde, Vouali, ce mystique réintégré sans efforts, parcourt les espaces en ce corps astral cher à M. Peladan, à Stanislas de Guaïta et aux affiliés de la Rose-Croix. Les Swedenborgiens croient, et la science des arcanes enseigne, que, fréquemment, l'âme abandonne le corps vivant. Dans la ><carcasse «vacante peut entrer et habi
l'initiation ter la forme astrale d'un adepte sorcier ou d'un élé mentaire. La nouvelle école des Soufis allait plus loin : elle affirmait, le plus sérieusement du monde, que l'âme des oualis peut pénétrer dans les corps de certains ani maux. Abd cl aziz ben Debbagh, dans son livre El Ibriz déjà cité, nous dit, en effet, que l'âme, bien que sortie de son enveloppe matérielle, reste en communi cation avec le corps lui appartenant.
De même qu'un homme ayant laissé ses effets sur le bord inhospitalier d'une rivière ne cesse, en nageant, de regarder ses vêtements dans la crainte qu'on ne les lui dérobe, de même l'âme ne cesse de reporter vers le corps toute son attention. Mais, tandis que le baigneur ne fait que regarder, L'âme, par la subtilité de son essence, peut rentrer dans son enveloppe et en ressor tir lorsque cela est nécessaire pour exécuter les décrets divins.
L'auteur n'ajoute pas si, comme on le prête à certains faqirs de l'Inde, l'ouali peut activer la végétation, sous traire au végétal ou à l'animal ses eifluvcs magné tiques, diriger les élémentaux, etc., mais cela est cer tain, car l'ouali est l'instrument d'action de la Divinité sur la terre.
IX Je n'ai plus à montrer le rôle du cheikh d'une con frérie : tète de la hiérarchie, détenteur de la baraka, il ne reconnaît d'autre puissance que celle de Dieu. Les affiliés lui doivent cette soumission aveugle qui n'est ni plus ni moins que le perinde ac cadaaer des Jésuites. Le khalifa (lieutenant) du cheikh est une sorte de coadjuteur, de délégué investi des pouvoirs du maître.
Au troisième rang vient le moqaddem, l'âme, le res sort de la confrérie. Il confère Vouerd (l'initiation) et, quand il n'est pas lui-même missionnaire, il dirige le personnel subalterne de la propagande. Après, prend place le rekkab (émissaire), puis vien nent les khouans et les khoddam, sortes de serfs tribu taires du cheikh ou de sa descendance.
LES CONFRÉRIES MUSULMANES 93 Les confréries admettent aussi les femmes avec le titre de khoualal (sœurs). Touchant les intérêts temporels qui réclament leurs droits en tous temps et en tous lieux, ils sont assurés par la transmission de la baraka dans la descendance du chef spirituel.
Les caisses des confréries, indépendamment des ca deaux de toutes sortes, en argent ou en nature, que sous le nom de ziara perçoivent les chioukhs, sont ali mentées par les droits d'investiture et d'initiation, sans parler des dons largement offerts, lorsque le croyant va réclamer l'intervention du cheikh ou du moqaddem pour la satisfaction des besoins courants de la vie.
II y a aussi les louiza, ou corvées pour les labours ou pour les moissons des champs de l'homme divin, et cent autres obligations qui ont fait évaluer, dans la seule Algérie, à plus de 7 millions le total des rede vances perçues par ces petites théocraties, ces Etats dans l'Etat, que personnifient les associations secrètes. Jadis, le moqaddem revêtait encore le manteau de la pauvreté. Aujourd'hui, il prend des allures de grand seigneur.
Systématiquement, il dépouille ses ouailles. Son sacerdoce est une véritable profession libérale. Et le fellah courbe l'échine et... verse à ces fainéants l'ar gent qu'il gardait pour parer aux mauvais coups de l'infortune. Ainsi l'Islamisme, au cours de son grand développe ment, a, peu à peu, laissé dériver sur lui le flot des sources antiques.
Sous les focmes les plus diverses, dont le babisme, avec Mirza, Ali Mohammed, le Point (lieu de manifestation de l'essence divine dans le monde) a été la plus récente et la plus complète apparition, le mysticisme a submergé le monothéisme. Au lieu de rapprocher Dieu de sa créature, il l'a reculé dans l'in fini. Mais cette dégénérescence n'est pas pour effrayer le musulman. Elle accomplit simplement la parole pro phétique.
« Il y aura une décadence continue dans la vie de la communauté et de ses chefs ; mais vers la fin, Dieu fera lever un prince (mahdi) conduit par lui dans le chemin, qui mettra dans le monde autant de justice
94 l'initiation qu'il y existe d'injustice et terminera le drame ter restre avec Jésus-Christ comme vicaire. > JOURNAUX ET REVUES Dans l'Echo du merveilleux M. René Le Bon nous transcrit quelques renseignements que lui a donnés M. Gayet sur la sorcière d'Antinoé.
Ce sont d'intéres sants récits sur les pratiques magiques en usage chez les anciens adorateurs d'Isis, sujet qui vient de recevoir de nouvelles lumières à la suite des fouilles récentes pratiquées à Antinoû, d'où M. Gayet a rapporté maints documents de grande valeur. La Revue spirile reproduit une conférence de M. Léon Denis sur Jeanne d'Arc et la médiumnité à travers l'his toire.
Jeanne d'Arc, considérée comme « un grand médium », est étudiée à ce point de vue. Plus loin, un long compte rendu d'expériences de catalepsie et d'extases musicales, faites sur un même sujet pendant deux ans ; ce sujet a, paraît-il, donné de magnifiques résultats ; un supplément illustré reproduit quelques altitudes obtenues mécaniquement par l'influence des ondes harmoniques.
La Revue scientifique et morale du spiritisme publie la suite de l'article de M. Delanne sur l'extériorisation de la pensée, en étudiant la « réalité substantielle des images mentales ». La revue Anubis, de Londres, publie un intéressant supplément tiré à part : Oui of the Silence, lequel contient des études d'astrologie et de philosophie et des poésies.
Le Mercure de France consacre quelques pages à exposer tout au moins les données de ce problème psychologique si intéressant qu'est « la sensation du déjà vu ».
L'auteurne conclut pas, mais des discussions qu'il expose se dégage cette impression que les causes de cette sensation sont diverses, et que, de même que pour les rêves, à côtés de cas se rapportant à la pure physiologie, il en est d'autres où les théories purement occultes trouvent leur réalisation.
BIBLIOTHÈQUE IDEALISTE LYONNAISE 9 5 BIBLIOTHÈQUE IDÉALISTE LYONNAISE Une bibliothèque est créée à Lyon, sous le titre de Bibliothèque Idéaliste Lyonnaise, pour mettre à la dis position des chercheurs les principaux ouvrages écrits sur le psychisme expérimental, le magnétisme, le spiri tisme, la philosophie occulte, les sciences hermétiques, la théosophie, le gnosticisme, la mystique, les études d'ésotérisme et de religions comparées, etd'unemanière générale les différentes philosophies spiritualistes (platonicisme et néo-platonicisme, etc.).
Cette œuvre répond aux besoins créés par le double courant qui se dessine de plus en plus nettement au vingtième siècle: D'un côté la science, s'élevant au-dessus de l'étude de la matière pure et abordant celle des forces plus subtiles qui se manifestent dans l'Univers en général et dans l'être humain en particulier.
Ces dernières études, ultime développement de laphysio-psychologie, ont prisen cescinquantedernières années, sous le nom de sciences psychiques, un développement considérable.
D'un autre côté, la philosophie se dégageant des théories matérialistes auxquelles l'avaient conduite les premières applications de la méthode positiviste, sen tant de plus eu plus qu'au-dessus des deux éléments constitutifs du cosmos Force et Matière qu'elle connaît déjà, il en existe un troisième l'Intelligence, dont il reste à découvrir l'origine et l'évolution.
Ce double mouvement a provoqué l'éclosion ou la renaissance d'un grand nombre d'écoles spiritualistes diverses, allant de la pure expérimentation, comme le spiritisme, jusqu'aux confins de la mystique.
Les lumi neuses philosophies antiques, longtemps méprisées et méconnues sous le nom vague d'occultisme, ont été révélées à nouveau par des chercheurs courageux qui ont su soulever leurs triples voiles hermétiques et déchiffrer l'aridité de leur symbolisme. De tous côtés et sous cent formes différentes, on cherche unelumière fpa'on pressent proche et qui doit élargir la science,
96 l'initiation éclairer la foi et couronner l'évolution intellectuelle de l'humanité par une non moins vaste évolution morale. C'est à tous les idéalistes, hommes de science, socio logues, philosophes ou mystiques, quelle que soit leur doctrine particulière, que s'adresse la Bibliothèque.
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Effrayés des résultats de leurs propres experiences, les Matérialistes en a.-rivent à les nier. L'Initiation est l'organe principal de cette renaissance spirl tualiste dont les efforts tendent : Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d'un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l'Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l'Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l'arbitraire, aujourd'hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l'Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l'Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l'Inde. L'Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n'appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 6o rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
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L'Initiation parait régulièrement du 1 5 au 2o de chaque mois et compte déjà quatorze années d'existence. — Abonnement : I o francs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)