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PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Cette partie est ouverte aux écrivains de toute École, sans aucune distinction, et chacun d'eux conserve la responsabilité exclusive de ses idées. Feuilles Maçonniques L'ORIGINE DES HAUTS GRADES PAR LE FR.\ JOHN YARKER Il est hors de doute que la Maçonnerie Écossaise ait pris naissance en Angleterre à une période très re culée, mais qu'après la Réforme religieuse sa direction fut très relâchée.
On attribue généralement ceci à l'in corporation des Maîtres par charte royale ; dès le seizième siècle, on trouve en Écosse nombre de vieux registres qui tous prouvent invariablement que deux degrés étaient pratiqués : l'Apprenti et le Com pagnon.
Les constitutions établies par le Conserva teur général Schaw (1598-99) nous apprennent qu'il fallait un postulat dey ans avant de recevoir le pre mier degré, et un second de 7 ans, soumis à un vote de la loge, avant de recevoir le second degré. Un Maître était Président de la loge. Il y eut cependant une Loge Écossaise des frontières de Northumberland,qui semble avoir prévu, i5 ans avant, lesdesseins 7
98 l'initiation [Août de la grande Loge. Nous y reviendrons tout à l'heure. Ses registres comportent plus d'indications que ceux des autres loges, et montrent que, de 1702 à 1763, elle se réunit à Haughfoot, Galashiels, et Selkirck.
Elle fut composée d'un certain nombre de seigneurs, désignés chacun par le nom de sa propriété, de leurs serviteurs, et d'une foule d'hommes de loi, de doc teurs, de maçons, etc. Elle n'avait pas de règlement, ne se réunissait qu'une fois par an, le 27 décembre, et nommait « une commission de Cinq », pour recevoir les postulants. La loge n'avait d'autre but que l'encouragement du bon compagnonnage et l'assistance des membres pauvres.
Tout d'abord, elle conférait les deux degrés ensemble,mais en 17o7 l'assemblée établit une loi par laquelle, excepté dans les cas spéciaux, il devait y avoir une année d'intervalle entre les deux degrés. Partout où existaient des fraternités de maîtres, ou Harodim. Ordinairement dans les villes épiscopales, un rituel parfait n'était pas nécessaire.
Car le caté chisme était plus estimé, pour la préparation de la plupart des membres au premier degré, qui traitait dela construction du second temple. Après que la Loge se fût tenue quelquefois à Selkirck, elle adopta une coutume des Loges Écossaises actives, qui ad mettaient les apprentis et leur adjoignaient deux ins tructeurs.
Le siège de Durham renfermait au moins 7 loges, qui se réunirent longtemps après l'établisse ment dela grande loge, d'après un ancien privilège, à Alnwick, Newcastle, Hexham, Gateshead, Sv/aiwell, Sunderland et Durham, et toutes, sauf la der
J9o3J l'origine des hauts grades 99 nière,avaient une base opérative. La Loge de Sunderland signale les Harodim, de 1756 à 1809, et parle du «passage du pont».
La fraternité de l'Arche, à York, fut sans doute, jusquWi74o, composée des anciens Harodim ; ce qui semble le prouver, c'est le témoignage que l'on trouve dans le volume publié en 1743, par d'Assigny, qu'un maçon qui déclarait avoir été admis à l'Arche Royale, à York, fut traité d'imposteur, et qu'un autre, qui avait été reçu à Londres, fut très honoré.
Nous sa vons que le rituel de la Durham venait de la maçon nerie d'York et il est probable,par conséquent, que les Harodim de ce comté formaient la fraternité de maîtres d'York, et devaient avoir été introduits par les deuxTrollops d'York ; la charte d'évêché de Gateshead de 1671 était une fantaisie de bibliothécaires. Je donne cette idée pour ce qu'elle vaut.
On vient Jus tement de trouver à York, dans les fondations du vieux théâtre, à côté d'une vieille monnaie de 1727, une médaille maçonnique qui porte d'un côté les ins truments maçonniques, et de l'autre l'arche d'alliance juive.
Ce fut aussi pendant la période de non-activité dela maçonnerie d'York, 1740-1760, que le grade d'Harodim fut conféré librement dans le comté de Durham.. et nous savons qu'après 1761 la maçonne rie d'York forma l'Arche Royale et l'ordre du Tem ple. Ce dernier prétendait à une origine préchré tienne.
Les aperçus que j'ai donnés, tendant à nous mon trer les Harodim comme la source originelle des hauts grades ne sont pas de moi, mais de l'ordre franc-ma
ioo l'initiation çonnique lui-même : tout ce que je peux déclarer n'est que des commentaires sur ses développements historiques. Quant à sa fondation par les moines de Culdée, il y en a bien des confirmations.
Ces vieux Anglais chrétiens possédaient les degrés secrets de l'Église d'Alexandrie, grâce auxquels, d'après Origène, ils avaient le pouvoir de communiquer le Logos (en op position avec le récit historique) ; mais ils furent con sidérés comme hérétiques par les papes de Rome.
Une tradition, datant de 16o ans, et qui nous vient des Harodim de Londres, raconte que le grade de che valier fut établi par Bruce, après la bataille de Bannockburn, pour les templiers qui avaient combattu dans ses rangs. Cette tradition est erronée.
Un érudit, Godfroy Higgins, appuyé par beaucoup d'auteurs ita liens et français, soutient que les Templiers euxmêmes étaient Culdéens, ou Gnostiques, de la Disci pline secrète, et la légende du Graal a là un fonde ment. Une chose certaine c'est que le grade de cheva lier des maîtres Harods ne pouvait appartenir qu'à un chef, un président, ou aux « vieux maîtres des maîtres ».
Maintenant même, si quelques-unes de nos corporations sont nommées « très vénérables », ce qui correspond au grade de chevalier, la plupart sont nommés « vénérables », ce qui indique le rang « d'esquire ». Un examen, dans ce but spécial, des vieux registres écossais prouverait, sans doute, la participation ac tive de l'armée à la franc-maçonnerie. Le quartiermaître général Moray est bien connu pour avoir été
l'origine des hauts grades ioi initié par l'armée en 1641, à Newcastle, par une com mission de la chapelle de Marie, à Edinburg. John Kennedie, comte de Cassilis, était vénérable de la loge de Kilwinning, et il combattit avec Charles Ier, en 1644. Ramsay dit à un nommé G. D... (est-ce le Georges dont parle l'acte de Mundi ?) que le général Monck s'est servi de loges maçonniques pour décider le retour de Charles II en 166o.
Au momentde la révolution, en 1688, les registresde Kilwin ning (53 S C) relatent la visite de la Loge, par le lieutenant Joe Levingstone, ainsi que l'initiation de deux dragons des troupes de John Strackane.
Plusieurs personnes qui avaient pris part aux soulèvements de 171 5 et 1743, et avaient fui en France, sont connues pour avoir été maçons, et John Drummond, qui fut fait comte de Melfort par les Stuarts, laissa après lui une boîte à tabac sur laquelle étaient gravés les em blèmes maçonniques, ses armes, et une date J. 177o, date à laquelle un grand maître nommé Kilmarnock fut décapité, ainsi que Derwantwater, grand maître pour la France. L. F...
W. Logan, dans son histoire de la Loge deGranby(n" 124), qui se soumit à la Grande Loge en 1 763 , nous montre qu'elle se trouva dès 1 738 dans le même cas que la Loge d'Haughfoot et, qu'en 1746 elle eut la visite de quatre officiers du régiment suisse alors en garnison dans la ville de Durham ; en février de la même année, elle en initia d'autres, ainsi qu'un frère servant, qui avait seulement le grade d'apprenti. En 1747, la grande Loge d'Écosse émit une charte de confirmation au 12° régiment d'infanterie, sur
102 l'initiation une réclamation qu'ils avaient tenu une loge maçon nique depuis i685. J'ai donné, dans un précédent ar ticle, bien d'autres exemples de la propagation de la franc-maçonnerie par l'armée. Ce degré de l'Arche Royale fut bientôt poussé plus loin que « le passage du pont » : sa forme primitive semble faire allusion au récit historique de la décou verte d'un caveau, au temps de Titus Vespasien.
A ce récit étaient jointes quelques parties du Rituel des « anciens maçons » ; sauf ces grades spéciaux, la Croix Rouge de Babylone lui était analogue, et le « chevalier de 1 epée » était l'adaptation à l'armée. Un grade important, basé en 1 76o sur la cérémonie du passage du pont, s'est conservé jusqu'à nos jours.
On a gardé un vieux registre de 175o qui comporte deux colonnes pour les dates de réception aux deuxième et troisième degrés, et c'est après ceux-ci que commencent ceux nommés Rose-Croix et Croix Rouge. Dans tous les registres de Durham qui font mention des Harodim et des degrés de l'Arche, cette dernière est de date plus moderne et ne vient qu'après les Harodim.
Dans un ouvrage sans autorité, le Par/ait Maçon, de 1744» qui semble avoir été fait à l'aide d'un rituel authentique dont les lacunes furent comblées par l'imagination de l'auteur, on pose cette question : « Quel est le nom d'un maître maçon? » Et l'on répond : « Harodim ouMenatzchim. » A cette question ; « Êtes-vous maître écossais? » la réponse est : « J'ai été délivré de la captivité de Babylone. » L'histoire combine le règne de Cyrus et celui de Darius. Vingt ans plus tard, nous avons Les plus
l'origine des hauts grades io3 secrets des hauts grades, Jérusalem, 1766, qui ajoute deux degrés d'Architectes ou Maîtres orateurs. Une gravure représente un pont à trois arches sur les quelles on voit les lettres L. D. P., interprétées « Liberté de passer », ainsi que le bijou des Rose-Croix (l'aigle et le pélican). La préface du sixième degré dit ! « Ce grade est nommé chevalier de l'épée et surnommé chevalier de l'Est et Rose-Croix, parce que la formule de réception est en même temps militaire. » Ce degré se rapporte uniquement au rêve de Cyrus et à son règne ; c'était le commencement de la séparation d'un degré pour en former un nouveau en développant ses significations. Ainsi donc, outre la partie ayant trait à Darius, furent fondés le chevalier de l'Est et le prince de Jérusalem, tous trois provenant du second degré des Harodim; et quoique le rituel sus-mentionné indique ces degrés, de même que la Rose-Croix d'Heredom, ils n'ont pas laissé de trace. Quand lord Berkeley octroya, en faveur du prince Charles-Edouard Stuart, un chapitre métropolitain à ArraS, en 1747, il déclara que le degré était autrefois connu sous le nom de « chevalier de l'aigle et du pélican » et depuis * nos malheurs » sous celui de Rose-Croix. L'étendard de son père, quand il envahit l'Angleterre en 171 5, est ainsi décrit : « Soie verte avec franges couleur chamois * et comme devise, Un pélican nourrissant ses petits» avec cette inscription : Tanlum valet amor regis et patria*. La formation des trois degrés « Elus » est analogue à la division dont nous venons de parler. Il se pro duisit un incident dramatique chez les « anciens
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l'origine des hauts grades io5 maçons » à l'occasion de trois épreuves qui ne furent pas admises par les « maçons modernes ». Mais ce rituel étant observé par la Grande Loge anglaise depuis 1725, les Jacobites l'acceptèrent et formèrent les « Elus », en se basant sur les trois épreuves des an ciens. Ceux qu'intéressent ces hauts grades maçonniques peuvent s'adresser pour de plus amples informations à M. Théodore Reuss, Berlin S.-W., 47.
On s'occupe de ces hauts grades en Allemagne. Je puis ajouter également que l'arrangement spécial du rite de Mitzraïm est dû à des causes particulières ; composé des divers rites alors dominants, son his toire nous montre qu'en 1778, un cabbaliste égyp tien du nom d'Ananias visita le chef du rite à Cavaillon et qu'il lui conféra son propre système. PSNSÉ.E. La Voie qui est une voie n'est pas la Voie. {Tao.)
Origine des Rose=CroiX «Quand vers la fin du règne d'Henri IV, le monde profane entendit parler pour la première fois d'une as sociation très occulte de théosophes thaumaturges, les Rose-Croix dataient de plus d'un siècle.
Us tiraient leur nom d'un emblème pantaculaire de tradition chez eux, le même que Valentin Andréa (ou plutôt An dréas), le grand maître d'alors, portait gravé sur le chaton de sa bague : une croix de Saint-Jean, dont l'austère nudité s'égayait au sourire des quatre roses épanouies à ses angles. « L'on a beaucoup dit que l'ordre ne remontait pas au delà de ce Valentin Andréas. Erreur manifeste.
Si nous invoquions, pour la combattre, cet article des statuts qui ordonnait de dissimuler durant cent vingt ans l'existence dela mystique fraternité, l'on pourrait estimer la preuve insuffisante. Mieux valent d'autres arguments. Bien avant Tannée 1 6 1 3 , où parut le ma nifeste des Rose-Croix, et même avant 16o4, où le monde se prit à soupçonner leur existence, nous rele vons, çà et là, des vestiges non équivoques de leur
ORIGINE DES ROSE-CROIX IO7 association : ils abondent, pour qui sait lire, dans les écrits des adeptes du temps. «Veut-on des exemples? —Tous les arcanes rosicruciens sont figurés en l'un des pantacles dé l'Amphitheatrum sapientice œternce (i), où Khunrath a des siné un Christ* les bras en croix, dans une rose de lumière. Or le livre de Khunrath porte une approba tion impériale en date de i598.
Mais c'est surtout à Paracelse, mort eh 1541, qu'il faut demander les preuves décisives d'une Rose-Croix latente au seizième siècle. On peut lire en son traité De Mineralibus (tome II, p. 34i-35o) de l'édition de Genève (2), l'an nonce formelle du miraculeux avènement qui devait confondre le prochain siècle : « Rien de caché dit- « il qui ne doive être découvert.
C'est ainsi qu'après « moi paraîtra un être prodigieux qui révélera bien « des choses». (De Mineralibus.) « Quelques pages plus loin, Paracelse précise sa pen sée, par l'annonce de certaine découverte « qui doit rester cachée jusqu'à l'avènement d'EuE-ARTiSTE. (De Mineralibus, 8.) « Elias Artista ! Génie recteur des Rose-Croix, personnificatiohsymbolique de l'Ordre, ambassadeur du saint Paraclet !
Paracelse le Grand prédit ta venue, ô souffle collectif des généreuses revendications, Esprit de liberté, de science et d'amour, qui dois régénérer le monde ! « Ailleurs, Paracelse est plus formel encore. Ou vrons sa stupéfiante Pronostication, recueil de (1) HanoviK, 16o9, in-folio Gg. (a) Genève, 1658, 3 vol. in folio.
io8 l'initiation prophéties dont l'unique édition porte la date de 1 536. Qu'y voyons-nous, figure XXVI ? Une rose épanouie dans une couronne, et le mystique digamma (F) em blème de la double croix, greffé sur cette rose. Or, voici la légende qu'on lit au bas : « La Sibylle a « prophétisé du digamma éolique. Aussi est-ce à bon « droit, ô croix double, que tu fus entée sur la rose : « tu es un produit du temps, venu à maturité précoce.
« Tout ce qu'a prédit de toi la Sibylle s'accomplira « infailliblement en toi, devant même que l'été ait « produit ses roses. Triste époque, en vérité, que la « nôtre, où tout se fait sens dessus dessous.
Ce dé- <c sordre est bien le plus évident symbole de l'huma it nité inconstante. — Mais Toi ! constamment d'ac- « cord avec toi-même, toutes tes affaires seront stables ; « car tu as bâti sur la bonne pierre ; telle la montagne « de Sion, rien ne pourra t'ébranler jamais ; toutes « choses favorables t'arriveront comme à souhait, si « bien que les hommes confondus crieront au miracle.
« Mais le temps et l'Age propice apporteront ces choses « avec eux ; quand sonnera l'heure, il faudra bien « qu'elles s'accomplissent, et c'est pour cela qu'il « vient (i). » (Version textuelle.) « Qui donc doit venir ? Lui, l'Esprit radiant de l'en seignement intégral de Rose-Croix : Elie-Artiste !
« Nous n'aurions nul embarras à produire, si besoin était, d'autres textes non moins formels, à l'encontre (i) Il vient... dans le texte latin, le mot venil pourrait se rapporter à tempus et à œtas. En refusant ce sujet au verbe venit nous nous guidons sur une tradition rosicrucienne rela tive à Elie-Artiste, dont les frères sous-entendent fréquemment le nom.
ORIGINE DES ROSE-CROIX IOÇ de l'opinion assez répandue qu'Andréas fut l'inven teur des Rose-Croix. « Les légendes rosicruciennes ne nous arrêteront pas.
Ce n'est point le lieu de disputer si l'histoire du fondateur Chrétien Rosenkreutz est purement légen daire ou si un gentilhomme de chair et d'os, né en Allemagne vers 1378, parvint, après un long périple aux contrées d'Orient, à se faire ouvrir le sanctuaire de la Kabbale par les sages de Damcar (probablement Damas) ; et si, de retour en Allemagne, ayant trans mis à quelques fidèles le dépôt des arcanes, il devint l'ermite du mystère et coula une longue vieillesse au fond d'une caverne où la mort l'oublia jusqu'en 1484.
« Pendant plus de trois siècles, la controverse sur ce point n'a jamais abouti; nous n'avons nulle vo cation pour entasser de nouvelles pages futiles sur le monceau des anciennes...
Que cette grotte, sépulcre de Rosenkreutz, n'ait été découverte qu'en 16o4, cent vingt ans après le décès du mage, conformément à l'étrange prophétie qu'on a pu lire, gravée sur la pa roi du roc : « Après six vingt ans, ie seray descouvert (1 ). » « Aucunérudit, dit le docteur Franz Hartmann, le promoteur de la Société Théosophique en Allemagne, pendant ces vingt dernières années, n'a trouvé de preu ves certaines que Paracelse appartint à la R.
C. ou que cette fraternité existât à cette époque. Cependant, de ce fait que Paracelse devait être à Constantinople en 1 52 1 (2), et qu'il y reçut la pierre de Salomon Trismo- (1) S. de Guaita, passim. (2) Van Helmont, Tartari historia.
I 1o l'initiation sinus ou Pfeiffer, un compatriote, qui possédait la panacée universelle, et qu'un voyageur français vit encore à la fin du dix-septième siècle ( i ), nous serions assez disposé à inférer que le célèbre spagyriste con nut l'ordre de la Rose-Croix, sans en faire partie, alors que cet ordre était encore dans le sommeil.
« Pendant que les guerres de religion ensanglan taient le monde, les sociétés secrètes de l'illuminisme, qui n'étaient que des écoles de théurgie et de haute magie, prenaient de la consistance en Allemagne. La plus ancienne de ces sociétés paraft avoir été celle des Rose-Croix, dont les symboles remontent au temps des Guelfes et des Gibelins, comme nous le voyons par les allégories du poème de Dante, et par les figures du Roman de la Rose.
« La rose, qui a été de tout temps l'emblème de la beauté, de la vie, de l'amour et du plaisir, exprimait mystiquement la pensée secrète de toutes les protesta tions manifestées à la renaissance.
C'était la chair révoltée contre l'oppression de l'esprit ; c'était la na ture se déclarant fille de Dieu, comme la grâce; c'était l'amour qui ne voulait pas être étouffé par le célibat ; c'était la vie qui ne voûtait plus être stérile; c'était l'humanité aspirant à une religion naturelle, toute de raison et d'amour, fondée sur la révélation des har monies de l'être, dont la rose était pour les initiés le symbole vivant et fleuri.
« La rose, en effet, est un pantacle, elle est de forme circulaire, les feuilles de la corolle sont taillées en (i) A ureum Vellus. Rorsbacb, i5q8.
ORIGINE DES ROSE-CROIX I I I cœur, et s'appuient harmonieusement les unes sur les autres ; sa couleur présente les nuances les plus douces des couleurs primitives, son calice est de pourpre et d'or. Nous avons vu que Flamel, ou plutôt le livre du Juif Abraham en faisait le signe hiéroglyphique de l'accomplissement du grand œuvre. Telle est la clef du roman de Clopine! et de Guillaume de Lorris.
La conquête de la rose était le problème posé par l'ini tiation à la science pendant que la religion travaillait à préparer et à établir le triomphe universel, exclusif et définitif de la croix. « Réunir la rose à la croix, tel était le problème posé par la haute initiation, et en effet, la philosophie occulte étant la synthèse universelle, doit tenir compte de tous les phénomènes de l'Être.
La reli gion, considérée uniquement comme un fait physio logique, est la révélation et la satisfaction d'un besoin des âmes. Son existence est un fait scientifique : la nier, ce serait nier l'humanité elle-même.
Personne ne l'a inventée, elle s'est formée comme les lois, comme les civilisations, par les nécessités de la vie morale ; et considérée seulement à ce point de vue philosophique et restreint, la religion doit être regardée comme fatale si l'on explique tout par la fatalité, et comme divine si l'on admet une intelli gence suprême à la source des lois naturelles.
Il suit de là que le caractère de toute religion proprement dite étant de relever directement de la divinité par une révélation surnaturelte, nul autre mode de trans mission ne donnant au dogme une sanction suffi sante, il faut en conclure que la vraie religion natu
I 12 l'initiation relie c'est la religion révélée, c'est-à-dire qu'il est na turel de n'adopter une religion qu'en la croyant ré vélée, toute vraie religion exigeant des sacrifices, et l'homme n'ayant jamais ni le pouvoir, ni le droit d'en imposer à ses semblables, en dehors et sur tout au-dessus des conditions ordinaires de l'hu manité. «.
C'est en partan t de ce principe rigoureusement ra tionnel que les Rose-Croix arrivaient au respect de la religion dominante, hiérarchique et révélée.
Ils ne pouvaient par conséquent pas plus être les ennemis de la papauté que de la monarchie légitime, et s'ils conspiraient contre des papes et contre des rois, c'est qu'ils les considéraient personnellement comme des apostats du devoir et des fauteurs suprêmes de l'anarchie (i). » Les considérations philosophiques qu'on vient de lire représentent les opinions générales qu'on peut avoir sur le sujet.
Les contemporains des Rose-Croix étaient plus incertains sur l'origine de ces mystérieux thaumaturges. Libavius reproduit l'avis commun que la R-f-C est un fruit paracelsique ; la théorie du paradis sur terre, ajoute-t-il, est anabaptiste ; comme il est dit que l'Antéchrist doit apporter la magnificence sur notre planète, il est probable que cette fraternité est antéchristique (2).
Il se peut aussi que ce que dit la Fama au sujet de la réforme du monde et de leur collège (1) Eliphas Levi, Hist. de la magit. (2) Cf. Lud. Malvendus, Von der sonderbaren Geheimnissen des Antichrists, trad. en allemand par .-Egidius Albertinus; Munich, 16o4.
ORIGINE DES ROSE-CROIX I I 3 soit symbolique; ils estiment la Bible, tout en dési rant qu'on ne la vulgarise pas ; ils ne reconnaissent, comme les anciens gnostiques, que deux sacrements : le baptême et la cène ; comme avec cela ils condam naient le Pape avec Mahomet, la plupart des libelles publiés à leur sujet n'ont fait que discuter s'ils étaient pour ou contre la confession d'Augsbourg; bien que la plupart d'entre les frères fussent nés dans le pro testantisme, aucun d'eux cependant n'a daigné donner son avis là-dessus ; ils étudient dans l'homme les propriétés de Gabalis, l'homme sidérique de Crollius ; ils affirment cependant que Paracelse n'était pas de leur société, mais qu'il a cependant dû lire le Liber Mundi.
L'une croit la R -\- C société séditieuse ; l'autre la croitréformatrice religieuse; un troisième, alchimique; un quatrième, magique; un cinquième, paracelsique ; un sixième, une folie. En présence de ce chaos, Théophile Philarète s'abstient de la juger; c'est un parti que prennent bien peu de gens. La grande majo rité l'attaque comme athée et anarchiste.
Ainsi font Libavius, Gabriel Naudé et Kircher, qui, plus tard, dans son Mundus subterraneus (298, col. 2) s'exprime ainsi : Impium genus hominum, et diabolico commercio tumidum cujus modi fuerent. C. Agrappa quem a dœmone tantum suffocation Sendivogius, Fludd, Marchus de Villena... quorum dogma licitum esse a diabolo discere nonnihil, omnipotentes in res naturàles sed hoc pacto ut (en médecine) unum semper ex decem occiderent ! s
H4 l'initiation Michel Maïer, in Symbola auteœ mensce, p. 290, raconte une autre histoire : Voyageant en Angleterre, il apprit qu'il s'était élevé entre Fez et Maroc un pro phète nommé Mullée on Ahmet ben Abdallah. L'em pereur Mulley Sidan, ayant marché contre lui, fut battu par la poignée de fidèles qui l'entouraient. Or certains prétendent que les R.
C, originaires de Bar barie, entrés par l'Espagne, auraient pris naissance de ce prophète thaumaturge. Enfin, Adam Haselmeyer, secrétaire de l'archiduc Maximilien, vôlt déja des jésuites en eux. Michel Potier, in De Philosophia pura, en parle ; ii promet le secret de la pierre contre récompense. Combach leur dédie son livre sur la métaphysique, et Schweighardt le sien, intitulé Spéculum Sophisticum Âhadostauroticum.
Goclenius a réfuté : Clypeus veritatis, Spéculum constaMia:, Fortalitium scientieé. Le P. Gaultier S. J., dans sa Chronologie, et Robert, également jésuite, estiment que ce sônt des ana baptistes plutôt que des magiciens. Le P. Garasse est a peu près de la même opinion. Naudé croit qu'ils tiennent leur doctrine de Trithème et de Picatrix (i256). Le P. Robert S. J. in Ooclenius tteautontimoroumenos, sect.
17, et Libavlus in DePhilosophia harmo nica magica fratrum de Rosea Cfuce, ont remarqué une quantité d'erreurs et de contradictions dans leurs écrits.
ORIGINE DES ROSE-CROIX Christian Rosencreutz Après avoir consulté l'opinion, consultons lés principaux acteurs euX-tnêtttes, Voici ce que dit en substance la Fama, publiée à Francfort-sur-leMéinen 1617 : Vers lé commencement du quatorzième sièclë, naquit éti Allemagne, d'urie famille noble, Christian Rosencreutz, qui devint dè bonne heure orphëlin ; il fut élevé dans ufi couvént, qu'il quitta dès l'âge de 16 ans pôûf aller voyager en Asie, en Arabié, en Egypte et ail Maroc 11 apprit, dâfts Ces voyages, dans lés conseils des sages qu'il fréquenta* une science universelle harmonique dont se moquèrent les savants européens, auxquels il voulut la communiquer.
Il pui sait cette Science dans le Liber Mundi (livré du monde) qu'a connu aussi Un certain Théophraste. Il Conçut un plah de réforme universelle : politique, religieuse, scientifique et artistique, pour l'exécution duquel il s'associa les frères G. V., I. A. et t. Ov, auxquel il adjoignit le Fr. B. peintre, les fr. G. G. et P. D. Il leur communiqua sa langue magique, leur demanda le vœu de chasteté et leur donna leur nom de RoseCroix.
Ils se soumirent à six obligations que voici : 1. Pas d'autre profession que de guérir ; 2. Pas d'uniforme 3. Se réuriif chaque ànrtée au jour de C. au Temple du Saint-Esprit ; 4. Se choisir un disciple ; 5. Garder le sceâu R. C. ; 6. Demeurer cachés 1oo ans.
I 1 6 l'initiation Ce père garda un an les fr. B. et D. ; puis ce fut le tour de son cousin et du fr. I. O. Fr. I. O. mourut le premier en Angleterre ; il était très fort en cabale. Leurs tombes sont inconnues. Après cette mort, C. R. rassemble les Fr. et s'oc cupe de son tombeau. Fr. D. fut le dernier de la pre mière souche; son successeur fut A.
Parmi les livres de leur Bibliothèque philosophique Axtomata est le plus important, Rotœ Mundi le plus ingénieux, Protheus le plus utile. Après la mort de A. à Narbonne, le Fr. NN prêta le fidei et silentii Juramentum -; A. lui avait confié la prochaine ouverture de la Société ; il était architecte. En ouvrant le tombeau du père, il trouva l'inscription : Post CXX annos patebo. Ce tombeau hypothétique a été décrit par Thomas Vaughan en i652.
Il occupait le centre du Temple du Saint-Esprit. Le sépulcre est à sept côtés ; chaque côté est large de 5 pieds et haut de 8. En haut était suspendu un soleil artificiel, qui avait emprunté au soleil physique le secret de l'éclairage. Au milieu un autel rond, avec les lettres : " A. C. R. C. Hoc universi compendium uniusmihi sepulchrum feci. En exergue : Jesus mihi omnia.
Au milieu, quatre figures inscrites dans des cercles, portant chacune l'une des devises suivantes : Nequaquam vacuum. Legis Jugum. Libertas Evangelii. Dei gloria intacta.
ORIGINE DES ROSE-CROIX 1 17 Le plafond est divisé en triangles, remplis de figures secrètes ; chaque côté en dix carrés avec des sentences et des figures qui sont celles du livre Concentratum. La momie tient dans ses mains le livre T., celui qui remplace tous les autres ; à ses côtés sont sa Bible, son Vocabulaire, son Itinéraire et sa Vie.
Une dernière inscription relate les travaux du Père et porte les signatures de cinq frères du premier cer cle et de trois du deuxième. 1" Fr. I. A. Fr. G. V. M. P. G. Fr. R. C. junior, haeres S. Spiritus. Fr. G. G. M. P. I.,cabaliste. Fr. F. B. M. P. A., peintre et architecte, a' Fr. P. A., successeur de I. 0., mathématicien. Fr. A., successeur de P. D. Fr. R., successeur de Ch. R. Le tout est terminé par la triple devise : Ex Deo nascimur.
In Jesu moriemur. Per Spiritum Sanctum reviviscimus. Libavius donne ainsi l'épitaphe de Rosencreutz : Vir sui seculi divinis revelationibus subtilissimis imaginibus in defessis laboribus ad cœlestia, atque humana mysteria arcanave admissus. On n'a aucune indication sur ce que devint le corps de Christian Rosencreutz.
La tradition enseigne qu'il fut enlevé au Ciel, comme cela arrive pour une cer taine classe d'adeptes, tels Hénoch, Elie, Moïse; cer tains ajoutent à ces noms vénérables celui de Francis Schlatter, l'humble thaumaturge alsacien.
I 1 8 l'initiation On a proposé plusieurs hypothèses pour expliquer eette dénomination de Rose-Croix. La première le lait venir du nom du fondateur de la fraternité, Chris tian Rosencreutz; mais les recherches des érudlts ont prouvé, comme on l'a vu dans le cours de ce volume, que ce personnage était très probablement légendaire.
La seconde hypothèse fait venir le mot du latin Ros, rosée, et Crux, croix • elle est due à Mosheimius, ainsi que nous l'apprend Waite, et on la retrouve dans YEncyclopédie de Ree et dans d'autres publications.
« Parmi tous les corps de la Nature, la rosée était ce lui qui possédait le plus grand pouvoir dissolvant sur ror;|la croix, en langage alchimique, représentait la lumière, Lux, parce que toutes les lettres de ce mot peuvent se retrouver dans la figure d'une croix. Or la lumière est appelée la semence ou le menstrue du dra gon rouge, lumière grossière et matérielle qui , digérée et transformée, produit l'or.
SI l'on admet tout ceci, un philosophe rosicrucien sera celui qui cherche, par le moyen de la rosée, la lumière ou pierre philoso phai (i). » Cette opinion est déduite de Gassendi (2), qui lui-même la puisa dans un article des Conféren ces publiques de Renaudot.
L'auteur dudlt article admet que la rosée n'est autre chose que de la lumière coagulée ; soumise à une coction et à une digestion convenable on en tire la vraie matière des philosophes ; pour se distinguer dans la suite des temps par la per pétuation de leur secret, les adeptes se désignèrent sous le nom de « Frères de la Rosée Cuite ». Cette opi- (1) Mosheimius, liv. IV, scct. I. (2) Examen Philosophiœ Fhiddanœ, sect. i5, III, p. 261.
ORIGINE DÇS R0RE-CROIX Ug nion ne doit recueillir que peu de créance, car la géné ralité des auteurs alchimiques n'entend par rosée qu'une vapeur métallique qui se produit sous les signes des et de la sSb du zodiaque chimique qui dif fère du zodiaque astronomique(i), La troisième hypothèse explique cette dénomina tion par la rose et la croix; c'est celle qui a conquis Je plu§ de partisans et qui fournit le plus grand contin gent d'explications symboliques.
« La rose, dit Eliphas Levj, qui a été de tout temps l'emblème dç la beauté, de la vie? de l'amour et do plaisir, exprimait mystiquement toutes les protesta tions manifestées à la Renaissance... Réunir la rose à la çrojx, tel était le problème posé par la haute Ini tiation. » La rose blanche, plus particulièrement consacrée à la Vierge Mane, à Holda, à Freia, à Vénus-Uranie, était le symbole du silence et de la prière (»).
M. Arthur Edward Waite nous apprend qoe la rose était déjà employée dans le symbolisme des légendes brahmaniques. Dans l'un des paradis indous il y a une rose d'argent qui contient l'image de deux fem mes, brillantes comme des perles. Elles apparaissaient unies ou séparées, suivant qu'on les regardait du ciel ou de la terre.
Au point de vue céleste, on l'appelle la déesse de la bouche ; au point de vue terrestre, la déesse ou l'esprit de la langue (3). Dieu réside au (1) Voir Pernety, Dictionnaire mytho -hermétique. (2) Hilderic Friend, Flowers and Flower Lore. (3) On se souvient du texte du Psautier de l'Église latine : Sapientia quœ ex ore Altissimi prodiit.
1 2o l'initiation centre de cette rose. Indra et Buddha ont été crucifiés sur une rose, qui est probablement la même que celle de Saron, d'Iswara. Selon Michel Maïer, l'explication des deux lettres R. C. se trouverait dans les symboles de la sixième page de la Table d'or. Le R représenterait Pegase, et le C, si l'on en néglige le son. représenterait le lis.
« Que la connaissance de l'Arcane soit la clé! s'écrie Maïer ; je te donne le secret d. wmml. ziL v. sgqqhka. x. ouvres si tu le peux... N'est-ce pas le sang du Lion rouge ou les gouttes de la fontaine d'Hippocrène (i) ? » On sait que la rose rouge germa du sang d'Adonis, que Pégase naquit du sang de Mé duse, et que la fontaine d'Hippocrène jaillit d'un ro cher frappé par le sabot de Pégase.
L'auteur du Summum Bonum que l'on suppose être Robert Fludd, dit que les lettres F. R. C. signifient Foi, Religion, Charité, et que le symbole de la RoseCroix représente le bois du Calvaire vivifié par le sang du Christ (2). (1) Themis aurea, 1618. (2) Renaupot, Conférences publiques, p. 5og, et Waite, p. 1o.
Grammaire de Pânini Corrections et annotations des Notes sur la grammaire de Pânini parues dans les numéros de /'Initiation d'août, septembre et octobre. Nous avons à regretter profondément un malen tendu qui a réduit à peu de chose le « sérieux », la valeur de la portion parue des « Notes sur la gram maire de Pânini ».
Lorsque nous les écrivîmes, nous ne savions trop, à cause de l'étrangeté et du caractère très technique du sujet, quelle allure de rédaction employer : soit celle convenable pour une publication mystique seule, soit un mode dépouillé de toute autre chose que de la confrontation de la grammaire de Pânini avec les sé ries des corps simples et composés de la chimie, et susceptible ainsi d'être présenté avec chance de lec ture à un savant de bon esprit — à trouver.
Nous fîmes donc un simple brouillon dans le pre mier mode, ayant des lacunes et des notes provisoires, et nous l'adressâmes à l'honorable directeur de l'Ini tiation. Nous ne savons pas par quelle erreur ce brouil
122 L INITIATION Ion ne nous fut pas retourné et fut publié dans son malheureux inachèvement.
L'incorrection typographique concourut de plus à réduire ledit brouillon en un magma peu intelligible, et aujourd'hui, rien que pour la partie parue en août, septembre et octobre, nous sommes obligés de faire une longue rectification, Pour rendre cette rectification intéressante, ne pas ennuyer le lecteur, nous y avons introduit plus de matières que nous n'avions projeté d'en mettre dans les «Notes sur Pânini» et nous nous servons, pour la démonstration, des équivalents d'éther libre (phlogistique) de plusieurs corps.
La théorie du phlogistique, des équivalents d'éther libre, pourrait sans explication préalable embarrasser beauçoup le lecteur. Cependant, elle est très simple, et une seule image bien frappée suffira pour la lui faire comprendre.
Les atomes de la matière physique ont, enseignent les voyants (Swedenborg, Annie Pesant), la forme d'up conoïde spécial dépriméau plateau, adouci a la pointe, la forme duo cœur sur lequel des serpentins, panant du centre du plateau et terminés à la pointe, seraient taillés- Les atomes sont, exactement, des feuilles de révolution (ayant pour pétioles, rameau* et tronc l'énergie électrique et lumineuse de l'univers^ Si l'on prend une feuille cordiforme et dentelée, celle par exemple du tilleul, qu'on la fasse tournerautour de sa nervure centrale et qu'on conçoive que, sur le co noïde ainsi produit, les dentelures sont l'aspect en coupe de serpents partant du fond de la dépression du
GRAMMAIRE DE PANIN1 123 plateau et terminés è la pointe, on a une image très exacte de l'atome ultime de la matière physique. Dans l'antiquité — comme aujourd'hui encore dans l'Inde — les arhres sacrés, tels le chêne des Druides et des Grecs, le sycomore des.
Egyptiens, ou leur sapin pro ducteur des cônes qu'ils portaient dans les proces sions religieuses — leur tamaris, leur palmier, leur vigne —- l'Yggdrasil (frêne), perpétuellement vert et frais des Scandinaves, le ficv$ redgiosa des boud dhistes, symbolisaient tous, comme le cyprès noir des Mexicains, des collections atomiques divines ou ma tériellesLes atomes ultimes coniques de la matière physique ne sont par eux-mêmes qu'un corps mort ( i ), et en réalité ce ne sont pas sur eux que portent nos calcula, mais exclusivement sur les atomes astraux (2,) du phlogistique, dont une partie se manifestent sur la balance du chimiste par le poids du corps mort des atomes physiques coniques qui les doublent.de la même façon que l'âme impondérable d'une unité hu- ( i ) Vpici |a théorie nôtre par laquelle nous nous expliquons les nombres sacrés et phénomènes.
Si quelqu'un decompétent voulait qu'elle soit plus ou moins erronée, il ne nous étonnerait pas. Les. atomes, coniques correspondant au pondérable sont, en effet, revêtus de çoques moléculaires; cesont, peut-être, ces coques qui sont pondérables et non les atomes ooniques.
Quoi qu'il çn sqit, l'esprit de notre explication reste entière ment debout, sa justification du phlogistique inaltérée, puisque, si ce sont les coques moléculaires qqi sont pesantes, on n'a qji'à les substituer, dans cette explication, aux atomes maté riels et faire prendre âux atomes coniques le rôle attribué aux atomes astraux. (a) Formés de fluide astral, selon l'expression des occul tistes, c'est à-dire de la lumière de l'éther en pranava plus ou moins condensé.
1 24 l'initiation maine se manifeste quand elle place le corps qu'elle gouverne sur une bascule. Il est triste de voir combien, par suite de l'archifolie de l'époque, des hommes d'une capacité intellec tuelle aussi remarquable que nos chimistes de l'Insti tut, le sens devient obtus sitôt que la parole sort de quelque écrit ayant précédé la civilisation actuelle.
La disqualification qu'ils ont perpétrée de Stahl et de la théorie du phlogistique est à vous en faire tomber mains et bras de stupeur. Il est maintenu ici que la théorie de Stahl est parfaitement exacte: que tout corps combustible est une combinaison du phlogis tique avec le produit de la combustion, mais que le fait, pour être compris, doit être inséparablement asso cié à l'idée que le chimiste actuel se fait de la combus tion.
Lavoisier était loin d'être un aigle comme on se l'imagine. Reprenons son expérience. Lorsqu'un voyant psychique examine une per sonne, il la voit entourée d'un fluide lumineux, d'une aura dont les éléments existent aussi dans le corps physique de la personne. Supposez, pour la facilité de la démonstration, que cette aura soit, dehors + dedans, toute l'âme de la personne.
Cette aura constitue donc la personne réelle, la personneforce, et dans tous les calculs que nous devrons faire de l'action de cette personne parmi l'humanité, nous n'aurons jamais à envisager que cette personne-force, nous n'aurons jamais à considérer son corps : telle était la partie maîtresse de l'idée de Stahl sur la com bustion.
GRAMMAIRE DE PANINI 125 Nous ignorons la forme des alomes de matière astrale qui se manifestent comme calories dans le calorimètre de M. Berthelot. Que le lecteur, afin de se figurer leur opération, les imagine de forme en tout semblable à celle des atomes ultimes coniques du champ physique. Ils forment dans chaque corps deux chapitres nettement tranchés.
En eflet, la partie la meilleure n'a pas d'atomes physiques correspondants et, comme la partie exté rieure de l'aura de la personne-force, ne peut se ma nifester sur la balance. Approchez votre index à un centimètre d'une balance extrêmement sensible, elle ne sera aucunement influencée, bien que l'aura vitale de votre doigt la touche.
La seconde partie des atomes de matière astrale (concevez-les comme formes, bien que lumière, tels sur les cheveux, les franges de la vibration lumi neuse interplanétaire directe ou réflexe, que le cône du sapin parmi les fines aiguilles de ses rameaux) est toute semblable, d'un certain aspect, des conoïdes, invisibles à la vue physique et impondérables pour la balance, tourbillonnant avec vélocité.
D'un autre aspect, elle est toute différente : elle est doublée d'un corps physique de même forme, comme la portion interne de la personne-force est doublée du corps physique, elle est incarnée ; et c'est son corps, les atomes physiques, qui est pondérable. Les deux parties des atomes de matière astrale, de la« Calorie », si vous voulez, concourent toutes deux à la production des phénomènes thermiques, lumi neux ou électriques des combinaisons. Cependant,
ta6 L'iNiTiAtibN dans lés conditions de l'expérience moderne, l'aura de feu né se dépensé pas ou se dépense très peu ; et si des corps à aura de féUj cOtnme le fluor et le chlore, se combinent avec des corps à aura rtégâtive, l'hy drogène par exemple* c'est au dépens de cc9 derniers que s'effectue presque entièrement la combinaison.
Lorsque le charbon est élevé dàhs l'oxygène à Une température suffisante pOUf qué son ignitlon commehce, il se pâsse Urt phénomène; là, très vulgaire, sur léquel le sâvânt modérrtê tt'â pas même un mot d'éxplicatiort. L'explicatiôrt absente, s'il âvait com pris l'idée du phlogistiquè, le savant moderne l'eût âiâément trouvéei (A suivre.) Iaga.
Les mystiques éprouvés conseillent d'être en garde contre les sensations douces intérieures , et surtout contre celles qui produisent leur effet sur les sens extérieurs; ils conseillent d'éprouver les esprits, afin de voir s'ils viennent véritablement de Dieu. (Lapoukine.)
Traduction littérale de la Genèse (Manuscrit inédit.) Mot à mot de la lettré pour servir fi établit1 la traduction de la lettre. CHAPlThE II V.
I. — Ët lâ puissance potentielle assimilant l'ëpanchement en convertissement — dfe la vie en durée relative multipliant toutes les puissances po tentielles — et de la vie de la puissance qui par son mouvement arrivé à une forme — et elle assimila l'ëpanchement — de la force déterminée par la créa tion de toutes les puissances.
V.2.— Et puissances potentielles assimilant l'épanchement — Aelohim — de la création de la puissance potentielle lumière multipliante — de la vie en durée relative créant lâ puissance potentielle matérialisant les puissances potentielles — multipliant l'ëpanche ment de la puissance assimilaht la réciprocité de la lumière — puissance én durée relative de mouvement — matière en durée relative de vie — et puissance potentielle endurée relative créant la réciprocité — de la création des puissances] potentielles de lumière multipliante — la vie en durée relative créant les
128 l'initiation [Août puissances potentielles matérialisant les puissances potentielles — multipliant l'assimilation de l'épanchement — multipliant l'épanchement de la puissance assimilant la réciprocité de la lumière — puissance en durée relative de mouvement — matière en durée re lative de vie. V.
3. — Et puissance potentielle créant le mouve ment d'assimilation — Aelohim — de la puissance réciproque — de la puissance potentielle de lumière de lumière multipliante — de la vie en durée relative créant les puissances potentielles — Et puissances potentielles comprimant la division en durée relative — de la puissance réciproque de lumière — assimi lant la puissance potentielle — créant la lumière — en durée relative créant la réciprocité — multipliant l'as similation de l'épanchement — multipliant l'épan chement de la puissance assimilant la réciprocité de lumière — puissance en durée relative de mouvement — créa le mouvement de puissance — Aelohim — de l'épanchement matériel en durée relative de lumière réciproque.
V.
4. — Puissance répandant la vie — en récipro cité de lumière — épanchant la division de la lumière réciproque — de la vie en durée relative multipliant toutes les puissances potentielles — et de la vie de la puissance qui par son mouvement arrive à une forme — créant la vie — créant le mouvement de toutes les puissances — créant la puissance potentielle de toutes les lumières — de la matière en durée relative de lumière réciproque — puissance potentielle vie lu mière vie — puissance qui répand la vie par une puis
1 9^3] TRADliCTIOS LITTERALE DE LA GENÈSK 1 2<_) sance potentielle sur la multiplicité des choses — puissance mouvement à un but — et en durée relative multiplia toutes les puissances potentielles. V.
5. — Et assimilant l'épanchement — en durée relative de la puissance potentielle existence élémen taire — l'existence élémentaire en durée relative divisa la vie protégeant le mouvement multipliant — de la puissance potentielle de la vie de la puissance potentielle de la vie — créant la puissance qui par son mouvement arrive à une forme — et assi milant l'épanchement — de la matière en durée rela tive créant — la vie en durée relative divisant la vie — protégeant le mouvement multipliant tous — la puissance potentielle terminant le multipliant de l'existence élémentaire — assimilant la puissance po tentielle — répandant la puissance — en la vie mul tipliant la protection de la puissance potentielle en mouvement — puissance potentielle vie lumière exis tant ensemble — puissance répandant la vie par une puissance potentielle multipliante — la matière en épanchement — vie de la puissance qui par son mou vement arrive à un but — et la puissance divisante et multipliante — puissance de la puissance potentielle individualisée — répandant la matière créant la divi sion — puissance réciproque de la vie de la puissance qui par sa division multiplie la vie.
V. 6. — Et la puissance divisante — de la puissance potentielle de la matière répandant la vie — multi. pliant l'individualité — de la vie de la puissance qui par son mouvement arrive à une forme — et la vie en durée relative comprimant la vie — de la puissance S
1 3o l'initiation réciproque — assimilant l'épanchenient — du faisant paraître l'individualité de la puissance potentielle — de la vie de la puissance qui par sa division multiplie la vie. V.
7. — Et la puissance potentielle de la puissance potentielle arrivées à un terme de mouvement — puis sance potentielle vie lumière existant ensemble — par une puissance épanchant la vie par une puissance po tentielle multipliante — de la puissance réciproque — de la vie de la puissance qui par la division multiplie — la matière prête à paraître en mouvement — mul tipliant l'existence individuelle — de la vie de la puissance qui par sa division multiplie la vie. — Et la puissance potentielle multipliant la vie — créa la puissance faisant paraître la puissance potentielle con vertie — individualisa en durée relative multipliant la réciprocité — de l'existence élémentaire de la puis sance de toutes les puissances potentielles de la puis sance potentielle multipliante — et puissance poten tielle vie puissance potentielle — de vie de la puis sance qui par la division multiplie — l'épanchement individualisé faisant paraître en durée relative — l'existence élémentaire de la puissance potentielle de la vie.
V. 8. — Et la puissance potentielle protégeant la matière — puissance potentielle vie lumière existant ensemble — par une puissance qui répand la vie de toutes lés puissances potentielles — organisa l'indi vidualité — créa la matière divisant l'individualité de l'absolue division — multipliant la résistance la com pression de toutes les divisions de l'absolue division.
TRADUCTION LITTÉRALE LE LA GENÈSE I 3 1 — Et la puissance potentielle en durée relative multi pliante — en durée relative multipliante — puissance réciproque — de la vie de la puissance qui par son absolue division multiplie — la puissance en durée relative du mouvement — de la puissance potentielle terminée en mouvement. V.
9. — Et la puissance potentielle déterminée en une forme multipliant l'existence élémentaire — puis sance potentielle vie lumière existant ensemble avec une puissance répandant la vie de toutes les puis sances potentielles — multipliant l'individualité — de la vie de la puissance qui par sa division multiplie la vie — assimila l'épanchement — de la matière déter. minée à une forme — individualisa l'existence élé mentaire multipliant la division — répandant le mul tipliant du mouvement de la puissance de la vie. — Et protégeant la lumière créée — répandant le multi pliant de la puissance assimilant l'épanchement. — Et matière tendant à une forme — créant la réciprocité de la lumière assimilée — de la vie organique indivi duelle. — Et matière terminée arrivant à une forme — de la vie de la division matérielle en réciprocité — protégeant la lumière créée — et mouvement matériel.
V. 1o. — Et l'individualité de la vie en mouvement — de la puissance potientielle terminée en puissance — multipliant la matière absolue divisée divisant l'in dividualité.— répandant la vie en durée relative com primant la lumière en réciprocité — puissance réci proque — de la vie organique individualisée — et multipliant la durée relative multipliante — puissance potentielle faisant paraître le mouvement de division
1 32 l'initiation — et vie puissance potentielle de vie — répand la puissance du mouvement de création en la matière vivante — en mouvement de puissance en durée re lative de puissance potentielle toutes multipliantes.
V. n. — La durée relative mulliplant — la vie de la puissance de l'existence élémentaire divisée — fai sant paraître la puissance potentielle en durée relative de lumière individualisée — la vie convertie en puis sance — de vie renfermant comme en un cercle les créations — de la puissance réciproque — assimilant l'épanchement — de la puissance qui par son mou vement arrive à une forme — de la vie de l'existence élémentaire convertie en puissance potentielle épan chant la vie — puissance en durée relative de mou vement — en durée relative multipliante — de la vie unissant ou réfractant la vie de la création.
V. 12. — (Verset que l'on croit intercalé). Et le lien ou la refraction dela vie créée — viede'la puissance qui par son mouvement arrive à une forme — né de la vie qui convertit la puissance — protégeant la lumière créée — en durée relative multipliante — vie créée par la division de l'épanchement de l'existence élémen taire — et puissance créant l'individualité — de la vie en durée relative de toutes les vies.
V. i3. — Et la durée relative multipliant — la vie de l'individualité de la vie en mouvement — vie en durée relative de l'individualité de la puissance po tentielle — organisa la puissance potentielle de l'exis tence élémentaire de la lumière individuelle — vie convertissant la puissance — de la vie dans un mou vement circulaire toutes les créations — puissance
TRADUCTION LITTÉRALE DE LA GENÈSE 1 33 réciproque — assimilant l'épanchement — de la puis sance qui par son mouvement arrive à une forme — assimilant le convertissement en durée relative. V.
14. — Et la conversion en durée relative multi pliant la vie — de l'individualité de la vie en mouve ment — de la vie en durée relative épanchant la puis sance potentielle en durée relative de la puissance potentielle. — Vie division comprimant l'épanchement — de la vie convertie en puissance — vie de la vie de l'épanchement assimilé — comprimant la division du multipliant réciproque — de la puissance en durée relative du convertissement en mouvement. — Et vie individualité de la vie en mouvement — de vie en mouvement créant la puissance potentielle ma térialisée puissance potentielle — de la vie de conver tissement de la puissance — faisant paraître le mou vement de réciprocité.
V. i5. — Et la puissance potentielle comprimant l'existence élémentaire — puissance potentielle vie lu mière existant ensemble — avec une puissance qui répand, la vie par une puissance potentielle multi pliante — puissance réciproque — la vie de la puis sance qui par sa division multiplie — et la puissance potentielle individualisée en existence élémentaire — vie convertissante — créant l'organisation individuelle — matière divisant l'individualité — épanchant la matière crée la division de la vie. — Et répandant la durée relative le multipliant du mouvement de la vie. V. 16. — Et puissance potentielle terminée dans son convertissement — puissance potentielle vie lu
1 34 l'initiation mière existant ensemble avec une puissance qui ré pand la vie par une puissance potentielle multipliante — la matière épanchée — de la vie de la puissance qui par son mouvement multiplie — l'épanchement de la puissance multipliant le mouvement — multi pliant l'assimilation de l'épanchement — matière ter minée — de la vie organique individuelle — puis sance assimilant l'épanchement — de la réciprocité de la puissance assimilant l'épanchement.
V.
17. — Et multipliant la matière déterminée en sa forme — vie de l'abondance divisionnelle de la matière en réciprocité — protégea le convertissement de la création — et mouvent la matière — épanchant la puissance — en réciprocité de la puissance qu'assi mile l'épanchement — multiplia le multipliant de l'individualité convertie — assimila la puissance po tentielle — créa la puissance potentielle lumière (toutes) — de la puissance qui assimile l'épanchement assimilé — multipliant le multipliant de l'individua lité convertie — multipliant la lumière réciproque — de la réciprocité du multipliant de la lumière réciproque.
V.
18. — Et puissance potentielle de la puissance multipliant le mouvement — puissance potentielle vie lumière existant ensemble — avec une puissance qui répand la vie par une puissance potentielle mul tipliante — épancha la puissance — protégea la lu mière créée — de la vie la puissance potentielle de lu mière réciproque — vie de la puissance qui par sa di vision multiplie — épancha la création de l'abon dance divisionnelleen lumière — puissance matérielle en durée relative de vie — épanchant la lumière —
TRADUCTION LITTÉRALE DE LA GENÈSE 1 35 de la matière lien en (réfractant) le mouvement — créant l'individualité organique de l'abondance divisionnelle de la matière. V.
19. — Et la puissance potentielle déterminant le but (la forme) du mouvement — de la puissance po tentielle de la vie de la lumière existant ensemble — en la puissance épanchant la vie par une puissance potentielle multipliante — multiplia l'individualité — de la vie de la puissance qui par son abondance divisionnelle multiplie la vie — assimila l'épanchement — de l'existence élémentaire puissance potentielle réciproque — vie en durée relative en l'abondance divisionnelle de vie — et puissance réciproque — as simila l'épanchement — de la matière de lumière prêle à paraître — fit vivre la durée relative multi pliant toutes les puissances potentielles et puissance potentielle créant la puissance — puissance de l'épan chement — de la vie de la puissance abondances divisionnelles toutes — épancha le mouvement en la puissance de lumière réciproque multiplia la vie — en la puissance potentielle, comprimant le mouvement de la puissance — épancha la lumière — et assimila l'épanchement — de la puissance en durée relative du mouvement — en la puissance potentielle compri mant le mouvement de la puissance — épancha la lumière — de la vie de la puissance abondance divi sionnelle toutes — individualisa en le faisant paraître en durée relative — de l'existence élémentaire de la puissance potentielle de vie — existence élémentaire convertie en puissance — en durée relative multipliant la puissance.
1 36 l'initiation V.
2o. — Et la puissance potentielle comprima le mouvement en la puissance — de la vie de la puis sance qui par son abondance divisionnelle multiplie (de toutes les absolues divisions) — la durée relative multipliant la lumière réciproque — épanchant l'assi milation de l'épanchement — fit vivre la création de la vie multipliant la vie. — Et épanchant la matière lumière prête à paraître — fit vivre la durée relative multipliant toutes les puissances potentielles.
'— Et épanchant l'assimilation de l'épanchement — de la vie de la puissance potentielle en réciprocité — fit vivre la durée relative en abondance divisionnelle de la vie. — Et épanchant — la puissance de toutes les abon dances divisionnelles — épanchant la puissance — multipliant le but la forme de la puissance — maté rielle liée au mouvement — assimilant l'individualité organique de l'abondance divisionnelle de lumière. V.
21. — Et la puissance potentielle faisant paraître l'épanchement — de la puissance potentielle de la vie de la lumière existant ensemble — avec unepuissance qui répand la vie par une puissance potentielle mul tipliante — établit en réciprocité le mouvement de l'abondance divisionnelle multipliant la vie — maté rielle de l'épanchement — de la vie de la puissance qui par son abondance divisionnelle multiplie. — Et puissance potentielle de la puissance potentielle de la durée relative individuelle. — Et puissance potentielle comprimant l'existence élémentaire — puissance de l'existence élémentaire en réciprocité — multipliant la forme de l'épanchement matière en réciprocité de puissance potentielle de lumière — et puissance
TRADUCTION LITTÉRALE DE LA GENÈSE 1 37 potentielle mouvement circulaire organisant le mou vement — créant la durée relative du mouvement — réciproquant l'existence élémentaire en réciprocité individuelle de vie.
Vi 22. — Et la puissance potentielle créant l'indi vidualité — de la puissance potentielle de la vie de la lumière existant ensemble — avec une puissance qui répand la vie par une puissance potentielle multi pliante — (établit) la puissance réciproque — la vie du but (de la forme) de l'épanchement matériel — puissance en durée relative de mouvement — épan chant le comprimant (l'agglomération) de l'existence élémentaire —multipliant l'individualité — de la vie de la puissance de toutes les abondances divisionnelles. — Epancha la puissance en durée relative de vie. — Et puissance potentielle créant la puissance de la vie — puissance de l'épanchement — fit vivre la puissance de toutes les abondances divisionnelles.
V.
23. — Et puissance potentielle puissance multi pliant le mouvement — de la vie de la puissance de toutes les abondances divisionnelles — l'individualité en puissance réciproque — de la vie faisant paraître la matière multipliante — matérialisa toutes les for mes — multiplia la matière déterminée à une forme multipliant la puissance potentielle — et créant la durée relative du mouvement — multiplia la création en durée relative de mouvement en la puissance po tentielle. — Epancha le lien de la puissance réciproque — puissance potentielle comprimant le mouvement en puissance — de la puissance en durée relative de vie — assimilant la puissance potentielle — multiplia la
1 38 l'initiation puissance de la puissance potentielle en durée relative — épancha l'agglomération en existence élémentaire de vie — liée à la puissance réciproque. V.
24. — La matière épanchée — assimilant l'indi vidualité — puissance potentielle matérialisée par le lien de la création — de la puissance de la puissance potentielle en durée relative — puissance réciproque — de la puissance créant la puissance potentielle de lumière — et puissance réciproque — de la puissance multipliant la lumière — et abondance divisionnelle créant l'agglomération (la compression) — créa la puissance en durée relative de réciprocité de lumière — Et vie puissance potentielle convertie en un convertissement — épancha la création en durée relative du mouvement — puissance élémentaire d'abondance divisionnelle.
V.
25. — Et puissance potentielle vie puissance potentielle en convertissement — en durée relative individualité de la puissance potentielle de vie multipliante — matérialisa le mouvement en conver tissement multiplianttoutes les puissances potentielles — fit vivre la puissance qui par son abondance divi sionnelle multiplie — Et la puissance la durée relative en réciprocité de lumière — Et épancha la puissance en la puissance potentielle réciproque de la création en durée relative de convertissement. SÉPHER. — Chapitre Premier TITRE Consommation, ( Désordre véhément, commencement et fin. { Nouvelle direction.
TRADUCTION LITTÉRALE DE LA GENESE I 3 9 Emanation potentielle, J Princ:De actif mouvement inné. j pnnc,Pe actlfEssence reciproque des J En puissance. choses. VERSET I . Emanation potentielle, j p - . .f mouvement inne. \ I'muKtilt"' Essence réciproque des ) Emanationspotentielles, choses. \ mouvement inné. MZtlll^ée,\ fnT Existence particulière, progression. / tion. \ r Vie universalisée, ) puissance vitale de J Rapport, lien mutuel, l'univers.
1 Ame potentielle. | Fécondation élémentaire, | et principe actif, | Rapport, lien mutuel. | Exis tence évidente. | Mouvement de vibration. VERSET 2.
Et | Existence évidente. | Mouvement. / manifesta- \ La vibra- \ t'on ^e f ^a'son influente et symtion " ! tre aDSo'u' ( pathique des choses / aflections ) creant la vie. { pénibles. / Raison influente et sympathique des choses. | Puissance et être j f' T^orXnï" I Envelopet puissance d'être, j ^fulentS"'' j Pement La matière pre- ] ( Man;festant mière avec son ( se présente à la \ et énergie vue, apparaître. elementaire. ) [
14o L INITIATION Raison influente et sympathie des choses. Rayonnant comme ' l'eau. j Existence particulière. Consentement, assentiment, conformité. Emission de lumière, manifestation. Vie universalisée. Puissance vitale de l'uni vers. F.t Elévation. Protéger, couvrir. S'étendre, enva hir l'espace. La matière pre mière avec son énergie élémentaire. Vie universalisée, puissance vitale de l'univers. présente à la vue, apparaître.
Diffusion, sortie, mise en liberté. Manifeste sa jeunesse et sa beauté. Manifestation universelle. verset 3. là Les facultés potentielles des choses. Elévation Envahir l'espace. Existence J Puissance vitale de particulière. ( l'univers. La vie absolue manifestée, être j Manifestant éternellement vivant. j l'être absolu. Appéta, passion comi Lumière en mouvepréhensible. ( ment.
Et la vie absolue manifestant l'être l Manifestant éternellement vivant. | l'être absolu. Appétence, passion con- ( Lumière en moucupiscente. ( vement. Et VERSET 4. | les facultés potentielles des choses. rayon
TRADUCTION LITTERALE L>E LA GENESE 141 Elévation. I Existence particulière. I Puissance vitaie de l'univers. I Lien mutuel ou substance même I n' I nx I Existence évidente démontrée. I Lumière et mouNn I vement. Manifestation d'une force assimilante et ni 13 rayonnante. I Ce qui arrête; opposé de la résistance. I I io I Production sympathique, émanation. I Et I les for ai I i I Existence particulière, séparée. I Exhaustion, enlèvement.
I Elévation. I I «n. I Sa ! Existenee particulière. I Puissante vitalede l'univers. .>n I ai Désir de voir paraître. I Être individuel, manifesta- '3 I tion particulière. I Existence évidente démontrée. I tt I xn I ces premières des choses. Et désir de voir paraî1 12 Lumière en mouvement, ni tre. I Être individuel, manifestation particulière . I 3' I Existence évidente. I Existence élémentaire, ardeur n I n interne ou feu latent. | Enveloppement, retour sur soi-même.
I42 l'initiation SÉPHER. — Chapitre premier. Consommation de la nouvelle direction de l'éma nation potentielle, établie en principe actif dans l'es sence réciproque des choses en puissance.
Verset i. — L'émanation potentielle établie en principe actif dans l'essence des choses, augmenta son mouvement inné dans une proportion graduée, s'éleva en existence particulière, puissance vitale de L'univers, établit un rapport mutuel entre le principe actif, l'âme potentielle et la fécondation élémentaire, et établit un rapport mutuel entre l'existence évi dente et son mouvement de vibration.
Verset 2. — Et l'existence évidente agitée par son mouvement de vibration — manifesta son être absolu en sympathisant ses éléments. — Et par ce sympathisme s'établit en puissance d'être — et s'ouvrant comme un abîme par la force de la puissance d'être — et s'agitant dans un mouvement violent pour s'en velopper — se matérialisant par la force de son éner gie élémentaire pour apparaître en manifestant sa jeunesse et sa beauté. — Elle sympathisa ses éléments pour les établir en conformité. — Et, rayonnant comme l'eau, elle s'émit en lumière — s'éleva en existence particulière au milieu de la puissance vitale de l'univers — envahit l'espace pour protéger sa diffu sion — (et) matière première (développée) par son énergie élémentaire, elle apparut manifestant sa jeu nesse et sa beauté, (et) puissance vitale de l'univers, se manifesta universellement.
TRADUCTION LITTÉRALE DE LA GENÈSE Verset 3. — Et les facultés potentielles, envahissant l'espace — s'élevèrent en existence particulière, au milieu de la puissance vitale de l'univers — manifes tant leur être absolu, ils manifestèrent leur être absolu pour appéter (attirer à soi) la lumière en mouvement — et êtres éternellement vivants ils manifestèrent leur être absolu en appétant (en attirant à soi) cette nourriture première. Fabre d'Olivet.
Après avoir lu tout ce qui a été écrit, après avoir pensé tout ce qui a été pensé sur les sujets : Dieu et Ame, l'homme à qui il reste quelque bon sens se trouve enface de cette conclusion : que, sur ce sujet, la plus profonde pensée est celle qui ressemble le mieux au sentiment le plus superficiel. (Edgar Poe.)
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PARTIE INITIATIQUE Cette partie tst réservée d l'exposé des idées de la Direction, des Membres du Comité de Rédaction et d la reproduction des classiques anciens.) De la Vie supersensuelle La Petite collection d'auteurs mystiques vient de s'enrichir d'un nouveau chef-d'œuvre dont nous vou drions parler aujourd'hui à nos lecteurs.
On sait que l'œuvre touffue de Bœhme le cordonnier se divise en trois parties : dans l'une sont les grands traités théo riques ; dans la seconde, six traités exclusivement pratiques ; dans la troisième, les polémiques et les apologies.
Les traités pratiques, réunis par les disci ples du maître sous le titre de Chemin pour aller à Christ, ont été traduits à Berlin, en 1722, d'une façon scrupuleuse et archaïque, qui n'est pas sans charme et sans utilité pour la compréhension de l'auteur. C'est cette traduction dont un des fragments vient d'être réédité.
Cet opuscule est très simple ; ce n'est pas la simplesse charmante de l'Imitation, ce n'est pas non plus la simplicité énivrée d'extase d'un Ruysbroeck: c'est une pensée étrangère, qui habite un pays plus mysté rieux que celle des hommes, mais qui conserve dans la bonhomie de son langage le reflet, invisible mais certain, des sentiments de sa patrie. C'est pourquoi
DE LA VIE SUPERSENSUELLE 1^5 Bœhme est à la fois très facile et très difficile à com prendre : il faut trouver le joint. La Vie supersensuelle est un dialogue entre le dis ciple et le maître. Le disciple cherche Dieu ; or Dieu est en nous, il est plus près de nous que n'importe quoi au monde ; c'est donc nous qui sommes loin de lui : si nous pouvions annuler pendant une heure notre .volonté et ^nos sens, nous reconnaîtrions cela.
Donc il faut se vouer à Lui, détruire la volonté propre et porter la Croix ; cela équivaut à quitter le monde et la vie. Ici prend place une des plus vigoureuses dé monstrations de la vanité de la domination extérieure.
Dès qu'on s'essaye à cette totale renonciation, s'en remettre à Jésus-Christ, appui toujours vivant, porte non seulement ouverte mais auxiliatrice;ainsi ce corps est dans le monde, la raison est sous la croix purifi catrice, et la volonté dansj le ciel, où habite le SaintEsprit. Une repentance continuelle est nécessaire pour cela: abandonne ce qui t aime et aime ce qui te hait.
Il ne faut haïr personne, dit Bœhme, et volon tiers il ajouterait, comme le mystique des bords du Gange : laisse seulement tomber la vie comme un vêtement trop lourd . Toute la psychologie de Boehme se réduit à deux sentiments : l'amour et la haine, et elle est très forte de cette simplicité.
Voyez comme il cultive le cœur, ce moteur central de l'homme ; ainsi que tous les or ganes, les matériels que tout le monde connaît et les spirituels que nous appelons des facultés, il se déve loppe à l'entraînement: la période seule diffère. Les muscles, qui durent peu, peuvent être développés assez 10
146 l'initiation vite; les forces magnétiques qui subsistent assez long temps, demandent déjà plus de soins et de temps; les forces mentales, encore bien plus ; quant aux forces cardiaques, il leur faut des siècles, à moins que la vo lonté de l'être soit tellement exaltée, que d'un coup il ne parvienne à mettre son cœur au delà de l'Illusion.
Bœhme donc recommande de s'enfoncer une fois par heure dans la bonté de Dieu et dans les souffrances du Sauveur, au-dessus de toute raison ; si on pouvait rompre avec toutes les créatures, pendant une heure, ajoute-t-il, la volonté serait dans le ciel, le corps mourrait aux œuvres et aux passions, et recevrait un sens nouveau. Ainsi, le point capital du système pratique de Bœhme est la conception et la culture d'un sentiment subjectif : l'amour.
De la force plus ou moins grande de l'amour doivent découler les œuvres ; c'est le sys tème opposé à celui des Jésuites qui dit|: faites les actes de la foi et la foi viendra. Comment faire alors pour acquérir l'amour? Quand on est dans l'angoisse, le désir de l'âme vers la lumière calme et rafraîchissante de l'amour ne fait qu'augmenter l'angoisse: ainsi Bœhme dit de ne pas chercher l'amour, parce qu'il fuit.
On le cherche là oû il n'est pas, dans une chose quelconque: or il habite le Rien, c'est-à-dire l'âme morte à sa propre volonté; dans le Néant on le trouve: en d'autres termes il faut supposer le problème résolu. Tandis que l'exercice de la volonté propre est le lieu où opère la colère divine, les ténèbres et l'Enfer. Ici le disciple, enthousiasmé, se décide à travailler activement, puisque nous avons en nous, à notre
DE LA VIE SUPERSENSUELLE 147 choix, le Ciel ou l'Enfer ; la morf ne fait que lever un voile et rendre plus libre dans l'âme la manifestation de ces deux états.
Tout cela est très vrai : le paradis et l'enfer des théologiens sont yne illusion; ijs ne constituent pas un lieu; ils peuvent être partout; mais ils ne sont éternels qu'en eux-mêmes- Je veux dire que la damnation éternelle n'existe pas : il n'y a pas de créature condamnée pour toujours; mais là ol\ il y a une création, il faut un enfer et un paradis.
De même le paradis du théologien n'est qu'un pa radis temporaire ; il n'est pas le royaume des Cieux : il est sur la terre et ailleurs, partout où il y a des gens heureux. Mais la véritable base de toutes ces idées est la réincarnation ; Bpehme ne la connaissait pas, ou du moins n'en parle nulle part ; il est donc très logique qu'il enseigne la doctrine commune :'à la mort, l'âme est irrémédiablement sauvée ou perdue.
Le jugement dernier, d'après lui, n'est que la réédition du jugement individuel, et l'élu y reçoit son ancien corps, mais guéri, transmué, spiFjtualisé. C'était aussi la doctrine des mystiques du dix-huitième siècle.
Je penserais plutôt qu'un jugement n'est jamais dernier; il y a des jugements pour les individus, pour les na tions, pour les continents, pour les planètes, pour les systèmes solaires, pour l'Univers entier: celui-ci seul peut être appelé jugement dernier. Il a lieu quand une création se résorbe, c'est-à-dire à des intervalles de temps immensément éloignés. Mais tout ceci est secondaire.
L'important pour l'homme, c'est de chercher la charité et l'humilité ; tout désir d'avancement personnel vers la gloire, la
148 l'initiation richesse, ou même la science, sort du diable. C'est de la sorte que le combat de la vie est semblable à la combustion d'une torche allumée, dont la lumière ne resplendit que grâce à la mort de la résine : aussi quand la volonté propre meurt avec lutte etsouiïrance, la volonté de l'amour croît et se développe dans la Lumière de l'Unité. Telles sont les idées principales contenues dans ce magnifique dialogue.
Il se termine par une formule analogue à celle qui ouvre beaucoup d'œuvres rosicruciennes postérieures à l'année où il a été écrit (1622), mais antérieures à la première édition complète de Bœhme. C'est un tercet qui exprime le rôle du Père comme dispensateur de la vie, du Fils comme sancti ficateur et donneur de grâces, et de l'Esprit comme agent de la régénération.
Quelles que soient donc l'obs curité apparente de ces enseignements, ou la difficulté des premiers pas, ne nous arrêtons pas à ces obstacles illusoires, puisque nous savons par expérience que celui qui demande du fond du cœur reçoit certaine ment. Sédir.
LE FEU SACRÉ I LE TEMPLE Il le déposa sur une table légère et haute, et l'ou vrit. Les lettres étaient noires, de forme ogivale. Le papier jaune se teintait de nuances où l'on reconnais sait les apparences de la fumée et de la flamme. Le lecteur psalmodia : «Je te salue, Ignis, Agni, l'agneau de feu, Ormuz, Osiris, Mithra, qui te manifestes par Yama, la foudre, et par Athéné, l'éclair. Père de Phoiboset d'Héphaistos!
C'est à toi seul, sous des noms divers, que les hommes rendent hommage, à toi seul, au dieu soleil ! » Un répons courut l'auditoire religieusement at tentif : « Soli deo, deo soli 1 « Je te salue, toi qui nais et meurs au solstice, et sors du sépulcre le troisième jour, Adonis, Adonaï, Jésus, dieu du bûcher et de la croix. Dieu miséricor dieux et cruel, Moloch réclamant des victimes, Tau
1 50 L'inITIAtlON reall de bfortie aux lianes ardents, œil qui luii ail centre du triângle et de la flamme qu'il résume, Ange apparu dans le buisson. Je tournerai les regards Vers l'Orient où tu triomphas sans cesse, et d'où tu montes vers le zénith, pour succomber à l'Occident. De ta chûte, la mer glorieuse s'illumine jusque dans ses profondeurs. Les peuples glauques et sombres que récèlent ses abfmes ont, Chaque soir, ta révélation.
Sur tes traces étincelantes vont les peuples et l'humanité. « Je tournerais les yeux vers l'Occident où tu fuis pour aller porter la vie au delà. Les veilleurs guettent ton approche, et les montagnes sont couronnées des temples qu'on te consacre, ô Hélios, saint Hélie! Soleil levant, qu'entoure urt cortège des heures fcn robe rose, versant de leurs mains des fleurs de joie.
Flamme du foyer sur la terre, éclair, astre dans le ciel, feu qui consumes les offrandes et feu divin qui les reçois, ombre de la cause ineffable, ombre aveu glante pour les yeux mortels. Toi qui naquis de deux mères, et qui as pour tombe ton berceau. C'est à toi seul que nous devons croire et que nous voulons sa crifier. A toi seul, au dieu soleil ! » La voix du récitant s'imprégna de ferveur. Il demeura ensuite silencieux.
Les parfums versés sur les coupes d'airain et les charbons rouges surgirent lentement en épaisses tor sades blanches de fumée, vers la voûte, comme les colonnes d'un temple irréel. Une voix différente continua : « Et je salue aussi, parmi les hommes, le trouveur de feu, Prométhée!
LE FEU SACRÉ I 5 I « Quel iHjuste oubli déroula son suaire sur toi, le père et le créateur? * Ce fut un crime de vouloir posséder le dieu. Avaitil vraiment fait l'homme dans une heure de colère, qu'il se soit irrité de ton vol ? Mais incline-toi devant sa fureur jalouse, car il t'a permis de garder le lanu beau de manteau, pourpre et or, que tu dérobas. Tout ce qu'il veut est juste et bon. Il ne t'a pas en chaîné sur ton rocher pour l'éternité.
Le choc du glaive fait jaillir du rocher une étincelle, et tu re montes vers le dieu perpétuer ton souvenir par les lampes qui veillent devant les différents autels. Adam véritable, tu retrouvas le feu sacré par le premier Adam perdu. C'est ton histoire que content tous les livres sybillins. « O Prométhée 1 «Nous avons été les esclaves desnuages et durent. Rappelle-toi la vie humaine avant l'invention du feu.
Mais c'est lui qui vint assouplir les formes courbes du fer pour les armes et la charrue. La terre donna le blé. Autour du foyer voici la famille qui s'accrou-1 pit et se crée. La flamme Creuse les arbres, et le pre mier navire est à flot. Qu'il emporte l'humanité! Elle a conquis la face de la nuit.
Quand le Dieu dis* paraît dans la pourpre décroissante de l'horizon rede venu bleu, au lieu d'invoquer la pâle lune, ou les déesses obscures par des incantations, nous suscitons, pour lui rendre hommage, les ombres luisantes du soleil. « Lampe! « Flambeau vacillant du mineur qui s'enfonce, par
I 52 L INITIATION les souterrains en pente, dans le pays de l'air lourd. « Lampe du travailleur courbé, la nuit, sur le feuillet blanc ou sur la page du livre. La lumière est dans son âme, comme elle est autour de lui. « Lampe de l'amour que Psyché, peureuse, approche de l'Inconnu I « Etincelle venuede là-haut, quel poète aux ouvrages dans la nuit fabuleuse évanouis, a dit l'émoi haie tant, à la première ondulation de ta flamme bleue?
« Lueurs de l'été cachées au creux des vieux arbres, et que nous en faisons surgir, comme les bergers antiques, en frappant deux caillous blancs, faisaient apparaître, rieuse, hors du chêne centenaire, une nymphe aux cheveux dorés... « Prenez les hommages dans vos mains, comme des guirlandes en roses rouges, et remontez vers le dieu soleil. » Cependant le silence régna de nouveau. Mais il fut troublé. Des bruits indistincts vinrent de la porte.
On entendit des gémissements et des sanglots. Tous dirigèrent les regards vers... « L'adoration du feu », dit une voix. Les parfums des coupes fleurèrent la myrrhe et l'aloès. Une fumée odorante embrumait la salle et pressait les cœurs. Les flambeaux luisaient sous un voile.
Un étourdissement religieux suffoqua presque les assistants, et dans l'atmosphère, où s'enlaçaient des lueurs rouges et passagères, les yeux fatigués furent prêts à voir les formes les plus étranges, par la fantaisie de l'évocation. Cependant les sanglots continuaient de l'autre côté
LE FEU SACRÉ I 53 du mur. Ils étaient mêlés de plaintes d'extase. Une pitié nouvelle semblait supplier pour être reçue. Le grand prêtre se dirigea vers l'entrée et le visiteur. Et la porte s'ouvrit et un homme parut. Vieillard aux membres tors, à la figure grimaçante, sillonnée de rides profondes, il évoquait les suprêmes limites de l'âge. Ses allures étaient soudaines et bizarres.
Une robe noire, à manches larges, ceinte d'une corde, habillait mal un corps nabot, en disproportion avec la tète énorme, couverte de cheveux gris. On eût dit, à voir encore le regard de ses yeux verts, d'un véri table gnome sorti du royaume fantastique. Il est cer tain que des envoyés du monde voisin vivent au mi lieu de nous. Toute la personne du vieillard inspirait l'effroi.
On le vit descendre les marches avec des heurts, sautant gauchement de l'une à l'autre. Il ne pouvait s'aider aux murs. Ses mains étaient cachées sur sa poitrine dans un pli de sa robe. A gestes rampants, tournés de côté et d'autre, il vint jusqu'au milieu de la salle. Chacun de ses mouvements s'accompagnait des mêmes sanglots, marques de folie ou d'émotion.
Mais, tout à coup, parvenu au centre de la ligne courbe formée par les initiés, comme au point réel d'un foyer, il se redressa et fut presque auguste. Son bras se dégagea des plis de la robe, et, dans ses deux mains levées et jointes, les jeunes gens aperçurent un objet menu qui luisait. Au milieu des sursauts éperdus et des acclamations, Jean Derève, aidé par un sourire de son compagnon, sentait les impressions actuelles s'identifier avec un
1 54 l'initiation souvenir disparu. Il connaissait le talisman que tenaient haut lès doigts crispés. C'était la pierre de feu. Curieux de choses occultes, il s'était amusé du récit comme d'une poétique légende. Mais on devait y croire maintenant. Nul joyau n'approche pour la beauté d'un morceau dé braise ardente. Le rouge est la couleur du sang et de la vie. Mais les pierres précieuses sont pareilles à de belles mortes.
Si le feu ne pâlissait pas et ne tom bait pàs en cendres, mats s'il pouvait demeurer tel qU'll est au sein du foyer, ce serait le plus éclatant ru bis. AUcun rajah de l'Inde fabuleuse n'en posséderait de semblable dans ses trésors. La tradition voulait qu'on acceptât l'existence d'un de ces impossibles joyaux.
Un minéral dont la nature n'avait pu être exacte ment déterminée servait de prétexte à tout ce culte, et d'ailleurs sa réalité mystérieuse n'était pas en con tradiction avec les suppositions nouvelles que la science stupéfaite voit chaque jour se vérifier. Les pro priétés des corps diffèrent. Cela veut dire que chacun recèle et dévoile une forme de l'énergie. Il en est qui sont lumineux.
D'autres pourraient, avec l'éclat, pro duire une constante chaleur. Au milieu des adorations et des précautions rituelles, on gardait la pierre de feu découverte par un bohémien, dont l'imagination poétique aurait pu faire un messager du soleil. Car, de l'éclat du plus beau rubis, elle était encore un per pétuel charbon ardent.
Elle brûlait sans se consumer, et son rouge qui passait du vif au sombre, pour la joie diverse des yeux, n'était pas un symbole menson.
LE FEU SACRÉ l55 ger. Feu visible, à son approche toutes les mains, et celles du plus pieux, devenaient profanes. On ne pouvait pas plus la saisir qu'un tison dans le brasier. Elle était intangible comme la flamme, comme la foudre et le mystère. C'est la qualité religieuse, pour notre personne de chair.
Et certes, avec l'amour de l'extraordinaire, qui est de l'homme, un pareil objet, mieux que les fétiches de bois ou de pierre devait sus citer l'étonnement. Il n'en a pas toujours fallu autant aux peuples pour faire un dieu. On pouvait lafrâpprocher de la pierre philosophai^ ou du Charbon posé par un ange sur les lèvres de Moïse.
Le talisman, suivant la légende, avait été con servé dans un sanctuaire des Indes, sous l'abri d'une châsse de granit creux, taillée en forme triangulaire pour signifier le feu pur que représente la pyramide, puis, à 1b suite de quels voyages, transporté en Europe.
Un fidèle, un des derniers descendants sans doute des adorateurs asiatiques, gardien de l'occulte tradition, jaloux de l'exposer aux regards de ses frères, et d'en faire l'occasion de cérémonies, avait entrepris de sertir le joyau dans un chaton de métal. Il convient que toute idole puisse être présenté par le prêtre, au-dessus de la foule prosternée, pour recevoir les prières et les vœux.
La découverte du métal capable de retenir la pierre sans être altérée par le contact avait demandé la patience et les jours de toute une vie. Maintenant, celui-là même qui s'était consacré à ce soin pieux, élevait dans ses mains un ostensoir léger, du milieu duquel elle jetait ses feux durables alentour. Mais à captiver le talisman dans
1 56 l'initiation son cercle de métal, par les heures de peine religieuse, les mains de l'ouvrier, brûlées d'uneglorieuse brûlure, avaient été déformées et mutilées. On disait qu'il ne pouvait pluss'en servir pour un autre usage quede tenir l'ostensoir en un serrement définitif. Noires et tor dues, elles gardaient les marques indestructibles des blessures faites par le dieu.
Cependant, aux gémissements ininterrompus du vieillard, s'unissaient les invocations de tous les assis tants. Les uns, debout par la salle, en pose extatique, semblaient défier l'idole. D'autres, écroulés sur leurs genoux, la tête ensevelie sous le manteau, sanglotaient éperdument.
Des appels se croisaient dans toutes les langues, car, sans doute, en la ville moderne, s'étaient retrouvés des initiés venus des régions les plus di verses, unis par une même foi. La scène devenait tragique. Les fumées rouges ondulaient, faisant appa raître, au hasard des volutes, des corps en des atti tudes étranges, pareils aux formes que l'on rêve pour un enfer souterrain.
Le grand-prêtre, assis dans sa chaire, au milieu de cette houle humaine, demeurait immobile, les yeux sur la pierre et le vieillard. Il représentait, en vision fugitive, le maître morne du sabbat que l'on voit dans les anciennes estampes, le menton sur la main, le coude au genou. Les jeunes gens, interdits, et comprenant que ces hommes igno raient désormais la présence des étrangers, redou tèrent quelque événement imprévu.
Comme ils s'étaient refugiés près de la porte, ils la virent s'entr'ouvrir, et la silhouette de Lucia]fit une ombre. Elle es appela d'un signe au dehors.
LE FEU SACRÉ 1 57 Quand ils furent dans le vestibule, elle referma derrière eux la porte, à travers laquelle montaient maintenant des clameurs. On traversa de nouveau les passages étroits et tournants. Jean Derève et SaintMaur parvinrent en la salle où ils déposèrent leurs manteaux rouges. Puis Lucia les conduisit, dans l'écho diminué des voix lointaines, vers le seuil et l'extérieur. Elle les salua d'un sourire et du même geste de silence.
Ils eurent Pélourdissement d'un subit contraste. Des arbres de tous les verts, après la fumée des parfums, s'agitaient sous la brise. Le soleil naissait dans la fraîcheur, et ce fut une joie légère de respirer, tandis que, du paysage, la brume montait pour s'évanouir impalpable comme un autre encens, vers le disque rouge à l'horizon. II CONSEIL L'appartement qu'habitait Jean Derève était dans une rue paisible.
Il était meublé de livres, de flam beaux et de sièges commodes plus propres à la rêverie qu'au travail. Des tapisseries claires couvraient les murs, où l'on ne voyait aucun tableau. Peut-être que des images précises, placées éternellement sous les yeux, arrêtent de façon redoutable prisonnière la fantaisie. Ceux que les lignes oppriment évitent la
1 58 l'initiation [Août vision continuelle du même dessin. Toute forme trop présente les envahit et les tyrannise. Du moins, si l'on doit se résigner à vivre entouré par la sugges tion, faut-il qu'elle soit exquise. A défaut de liberté, on accepte un esclavage doré. Tel se laisserait in fluencer, d'après l'état d'âme, par Boucher, Goya ou Léonard de Vinci.
Mais la médiocrité de l'existence contemporaine permet ce luxe à seulement quelques rares privilégiés, que d'autres soucis nécessaires em pêchent de s'en réjouir. Et si les tableaux sont une ombre du réel, les reproductions ou copies sont l'ombre d'une ombre ; le charme ne va pas si loin. Il ne faut point parler de choses vulgaires.
On peut accepter en face de soi, pour les minutes de repos, la domination, sur le mur, d'une vierge au chaste regard, ou, sur un fût de colonne, la hantise d'une bacchante au beau corps. Il est triste de lever des yeux soumis vers une caricature ou vers un contour inharmonieux. Le seul décor pour l'artiste modeste doit se super poser au panneau vide, qu'il peuple de figures peu reuses ou de paysages, à son gré.
Deux ou trois mi roirs comme ornement introduisent aussi l'au-delà. Les cadres dorés sont les mêmes. Les miroirs ouvrent, il est vrai, une porte bizarre sur l'inconnu- On n'ose pas trop s'y regarder, quand on est seul, de peur de s'apercevoir qu'on n'est plus seul. Les larves astrales se réfugient de l'autre côté du mur, darçs l'apparte ment irréel qui reproduit, avec une exactitude un peu satanique, puisqu'à rebours, tous les détails de celuici. Quelle appréhension d'apercevoir, en. la çjarté penchée des bougies, une autre figure que 1» nôtre !
igo3] LE FEU SACRÉ I 5q Comme il faut être attentif à prendre les nécessaires précautions I L'invisible nous envahit par toutes les fenêtres ouvertes. On peut utiliser les miroirs ma giques pour communiquer à distance. Mais les glaces claires sont hantées. Il vaut mieux supposer que l'or du cadre est le même que celui des tableaux, et faire passer dans l'appartement une silhouette heureuse de femmevivante.
Chaque miroirdevant lequel évolue sa grâce, devient, en la recevant au passage, Je chefd'œuvre fugitif d'un peintre inconnu. Saint-Maur et Jean Derève étaient assis à côté d'up feu de braise, dont la matinée un peu fraîche se réchauffait. Les ombres de la flamme dansaient au plafond, comme des danseuses noires sans pesanteur.
Et tous les deux, aux intervalles d'une conversation lente, fixaient les yeux sur le foyer, où les charbons entassés et rouges dressaient de bizarres architectures. D'autres fois ils dessinaient des figures d'un seul trait, une lutte de gnomes épars et grimaçants, changés en de nouveaux soudain par l'écroulement des braises. Il n'est pas étonnant que la divination par le feu soit une pratique usuelle.
Tout homme observa les choses merveilleuses qu'on y découvre. Mieux que sur le plâtre des vieux murs, avec en plus la couleur intense et le relief, on peut créer dans la flamme les formes qu'on veut. « Ne songez-vous pas, dit Saint-Maur, à devenir un des prophètes qui prônent le culte du feu ? Quel souvenir avez-vous gardé, et quelle impression, de votre visite au sanctuaire ? Vous regardez vers la cheminée avec un air d'initiateur, *
i6o l'initiation Son ami secoua la tête. « Il faudrait, pour m'aviser de persuader les autres, que je fusse moi-même persuadé. Mais je ferais un pauvre hiérophante, balbutiant les paroles sacrées, d'une bouche timide et d'un cœur peu sûr. Puis, chacun doit être à soi-même son propre initiateur. Les plus savants ne peuvent que nous avertir de prêter l'oreille à la voix qui parle en nous.
Cepen dant, je vous remercie de m'avoir fait pénétrer dans un cercle mystérieux. On n'est pas obligé de croire pour admirer la foi des autres, et je pense qu'il est nécessaire de multiplier les expériences pour trouver un jour la vérité. Mais je suis un chercheur sceptique, et' comme l'Hermotimos de l'admirable Lucien, j'ai bien peur de ne pouvoir parvenir au sommet de la montagne. C'est grand dommage.
Il me plairait de savoir quel temple s'y dresse, et quel dieu définitif y manie la foudre. A ce défaut, ma nonchalance arrê terait volontiers sa marche au seuil de quelque sanc tuaire à mi-hauteur, avec des joueuses de flûte et l'ombre des arbres près d'une source. Mais les épi curiens sont de pauvres gens. Ce sont des vaincus volontaires enlaçant leurs chaînes de fleurs. La joie facile me paraît difficile à accepter.
Homme préten tieux, je veux le bonheur. La vie usuelle et calme, dépourvue d'inquiétude, ne suffit pas à me contenter. Dites-moi, vous que je suppose un maître dans l'art méritoire de régler ses opinions et sa vie, à quoi fautil croire pour être heureux ? — A rien et à tout ? — Admirable réponse dont je soupçonne, sans en
LE FEU SACRÉ I 6 I être sûr, le sens profond ! Peut-être, demeurant dans le domaine du raisonnement, voulez-vous dire que tout est vrai, et que les théories différentes ne sont que des points de vue divers. Est-ce au contraire un conseil pratique ? S'agit-il d'arriver à cet état bizarre où l'âme, comprenant de plus en plus, perd l'étonnement et la faculté de s'émouvoir? Admettons que ce soit le but.
J'ai l'appréhension d'une vérité déso lante, que l'expérience m'a confirmée. Tout ce qu est désirable n'est beau qu'avant d'être possédé. Ce n'est pas une idée neuve, mais nous ne faisons pas autre chose, entre la naissance et la mort, qu'accepter d'abord les proverbes, et percevoir ensuite, au cours de l'expérience, leur soudaine exactitude et leur sens réel.
Le misérable qui envie les riches ignore que, s'il parvient à la fortune, il la verra non plus avec les yeux d'un pauvre hère, mais avec ceux de l'homme opulent qu'il sera, dès lors, devenu. Il faudrait, absur dité, posséder les choses avec l'âme d'un qui ne pos sède pas. Les saints ont réalisé cette antinomie, mais c'est dans un autre sens.
Notre joie ne dépend plus, au regard mélancolique ainsi qu'à l'heureux, de ce dont nous sommes devenus les maîtres. Posséder, c'est dominer, c'est être au delà du désir. Et la féli cité que je cherche, ne sera plus, trouvée, la féli cité. — Il n'est pas démontré, dit Saint-Maur, que le but de la vie soit le bonheur, ou, du moins, qu'il n'y ait qu'un seul bonheur.
Vous supposez chez tous les hommes, pour simplifier, les mêmes aspirations que chez vous, et la même impuissance à réaliser une n
IÔ2 L'INITIATION forme d'existence convenable. Mais, d'abord, la dis position dont vous vous plaignez n'est qu'exception nelle. Et, en outre, on doit savoir en tirer parti. Il y a diverses demeures dans le temple de la sagesse. La marche des individus est aussi personnelle que leur démarche. Certains, dès l'adolescence, ont pris, lentement et sûrement, les gestes définitifs.
Ceux-là s'accoutument, après chaque étape, aux changements nécessaires, llssont pareils à des voyageurs assis dans l'auberge, sous l'ombre d'un arbre, et qui se disent qu'ils viennent d'ailleurs et vont ailleurs. Le temps du relai suffit grandement. On changera les chevaux, et le postillon va boire. Nos voyageurs connaissent les haltes futures.
Ils savent qu'à tel âge, ils auront telle parole, telle attitude, telle assurance vaine dans les discussions. Nul d'eux ne ressent l'inquiétude, aux approches de la maturité, d'évoquer les cheveux blancs d'un jour à venir ou de comparer les impres sions actuelles avec celles que son enfance éprouva jadis, dans un étonnement et l'angoisse de ce qui a disparu.
C'est le troupeau paisible et banal, marchant à la suite de l'heure comme derrière un berger con nu. Successivement ils acceptent de revêtir les divers costumes et de paraître dans le suivant acte, rôle su, masque approprié. Ainsi, dans les pièces antiques, le comédien, aux dernières scènes, prend une figure de vieillard. «Mais pour d'autres, quelle différence! Leurs jours se succèdent trop vite.
A peine avaient-ils vu se lever l'aube, qu'ils ont déjà peur de la nuit. Contraste étrange, leur enfance dure plus longtemps. Ils nais
LE FEU SACRÉ sent toujours aux mêmes surprises, et la répétition quotidienne du spectacle n'émousse jamais leurs sens. Leur âme, au contraire, sort de chacune de ces rencontrescommed'un bain de fraîcheur, qui les rend plus capables de frisson. Ils ne pensent pas qu'un mystère incompréhensible, pour sé renouveler à chaque battement de cœur de la vie, soit moins In compréhensible. Ce sont des enfants éternels.
Les autres, si promptement habitués et raisonnables, na quirent vieux. Et malgré, vraiment, l'universelle amertume, ne vaut-Il pas mieux voir l'existence comme un tableau toujours imprévu? Le seul bon heur auquel atteindre ne serait-il pas d'avoir des yeux pour qui chaque forme serait neuve, des lèvres à qui tout baiser serait le premier ? «Je ne parle que de ceux-là.
Ils ont, au plus haut degré, la faculté de réaliser une vision plus désirable, s'ils veulent ainsi. Car le seul art est l'art de vivre. Vous vous plaignez de la possession, et l'attente vous semble meilleure. L'effort vous paraît inutile car le résultat vous désenchante, parce que vous nesavez pas que la joie est dans l'effort. N'avez-vous jamais eu l'orgueil d'entreprendre et celui de réussir ?
Le développement de l'activité porte en lui-même sa ré compense. Il faut marcher au but pour l'atteindre, mais surtout pour se rendre compte qu'on peut mar cher. Le reste n'est qu'une récompense légère, comme les couronnes de feuillage. L'essentiel est d'avoir ma nifesté. Ceux qui créent des rêves pour les exprimer par la musique, la parole ou la couleur, ne font que projeter au dehors leurs impressions intérieures. Ils
164 l'initiation ont des pensées pareilles à des fantômes issus de leurs corps, et s'en allant errer comme le double égyptien à travers le vaste monde. Elles sont exposées à des ren contres parfois exquises que leur créateur ignore pres que toujours. Il vit cependant en elles et, d'ordinaire, se soucie peu de l'artdans sa propre vie. Mais le vision naire vrai ne songe pas à écrire des poèmes ou à tra cer des lignes dans la couleur.
Devant ses yeux se déroule un spectacle inusité. Une pièce tour à tour pantomime, drame, opéra-comique ou légende, se joue pour lui. Il est comme un prince de Bavière as sis, morne et seul, dans la salledu théâtre peu éclairé. Il ne peut confier sa peine, après une scène tragique, ou sa joie, quand l'amoureux chanta merveilleuse ment, qu'aux fantômes chuchotant derrière les fau teuils vides, ou s'accoudant avec un rire aux loges béantes.
Au revers des portes et dans les couloirs s'impatiente la valetaille, et les courtisans, qui s'ho norent d'une clef brodée dans le dos, mettent l'oreille pour entendre un lambeau de pièce, ou l'œil pour voir furtivement leur prince bien-aimé. Ils n'en tendent rien des paroles non plus que de la musique, et le prince reste seul.
«Mais jechoisirais bien d'être,aulieu de ce pur con templateur, un qui saurait créer lui-même le spec tacle qui l'amusât. Le rêveur est à la merci de la sen sibilité, s'il ne sait la diriger. Qu'il soit philosophe volontaire, car la valeur de l'homme se mesure à celle de sa volonté. C'est le seul dieu, le dieu mobile. Quand elle n'est pas la force brute d'un conquérant ou d'un coureur, mais s'accompagne d'intelligence,
LE FEU SACRÉ i65 l'homme devient capabh de guider ses propres vœux. Il est le maître de l'existence et compose, avec ses actes, ses émotions et ses attitudes, un poème ayant l'étrange supériorité d'être vivant. Que de gens vous connûtes, avec des dons rares, se plaignant de n'avoir jamais connu le bonheur ou la certitude. C'est qu'ils ont attendu le bonheur sous l'orme, au lieu de marcher au devant de lui et de le créer en marchant.
On s'en aperçoit souvent trop tard, nous ne recevons en naissant que la matière de notre exis tence. A nous de lui donner la forme, apprentis de vant qui l'on pose un bloc de cire égal pour tous. Mais les uns émiettent le bloc de cire, ou l'abandon nent avec paresse. D'autres le modèlent patiemment, et sous leurs doigts charmés voient éclore un vase aux lignes légères ou la statue de la beauté.
C'est nous qui faisons notre vie et nous pouvons faire un chefd'œuvre, si nous voulons. Mais combien, par la non chalance, d'heures divines irréalisées ! On n'a pas à [se décourager, cependant. Tous les hommes ne prennent pas à la même heure pleine possession d'eux-mêmes. Il en est qui savent avec certitude, et dès le premier jour, ce qu'ils veulent. Chez d'autres, la personnalité est plus lente à se dégager. Ils se con naissent plus tard.
Je croirais volontiers que la loi du progrès est semblable partout. Celui qui n'arrive à être soi qu'après de longues années peut conjecturer que sa vie sera plus longue. Le milieu de l'existence n'est pas au même moment- pour tous. Une jeunesse tardive s'accorde mal avec la vieillesse prématurée. Il en est de nous comme des plantes. Un chêne est
i66 l'initiation encore naissant et frêle qu'un arbuste a fini ses jours. Aussi ne vous plaignez pas d'arriver maintenant à l'heure de la connaissance et de l'inquiétude. Vous vivrez très vieux. Mais il ne faut plus perdre le temps. — La volonté, dit Jean Derève, n'est peut-être pas égale chez tous. Je trouve juste que les actifs possè dent seuls le royaume, à l'encontre de celui de Dieu, qu n'appartient qu'aux patients.
L'homme intelli gent n'est jamais complètement paresseux, je l'ac corde aussi. Mais certains sont mieux partagés. La flamme qui brûle dans les âmes a-t-elle toujours la même ardeur ? — Je pourrais vous répondre, répondit SaintMaur, que votre différence importe peu. Il suffirait que chacun réalisât sa puissance. Vous ne demandez pas au passereau de voler aussi haut que l'aigle.
L'abeille, sa ruche construite, a le droit d'être aussi fière que l'architecte qui bâtit le temple d'Ephèse. Çhaçun fait pour le mieux s'il atteint son idéal. Cette réponse ne me satisferait point. Il s'agit d'être analo gues, pouvant prétendre au bonheur égal, et ne dif férant que par l'énergie. Le mot puissance a deux sens. Il désigne l'ensemble des facultés, et ensuite, plus spécialement, l'art de les développer.
Or, songez que la volonté, de toutes les facultés, est la plus ca pable d'éducation. Il n'est pas d'initiation qui ne re pose sur ce principe. Faible, on peut la fortifier, et, fausse, la redresser. On a le choix de vouloir, ou de s'abandonner aux jours qui passent, comme un fétu de paille au courant d'un fleuve. Ne raisonnons
LE FEU SACRÉ 167 pas d'après les fétus. Il existe, pour assurer la person nalité hésitante et lui permettre de savoir dans quel sens elle doit aller, des moyens fort différents. Les routes sont nombreuses. Mais retenez que le principal du voyage est de se décider au voyage, et de savoir qu'il faut partir. Le reste est l'affaire des indicateurs. Notez que je suis platonicien. Connaître le bien et se résoudre à l'accomplir ne sont qu'un.
C'est déjà beaucoup de se complaire à l'exercice de la volonté, et de la prendre comme un jeu. Soyez sûr, que par l'intérêt évident et bien entendu, nous dirigerons ce jeu de la façon la plus favorable. On s'aperçoit vite, une fois l'attention, des ressources insoupçonnées que l'on possédait.
Le plaisir de cette reconnaissance est infini ; nous sommes tous, plus ou moins, comme des magiciens enfants, qui s'amusent de la baguette, ou l'abandonnent oisivement, tant qu'ils n'ont pas découvert sa charmeuse vertu. «Ceux dont l'énergie est insuffisante font appel aux adjuvants. Enumérez les drogues et les poisons. Les effets sont différents, mais l'impulsion donnée est la même.
Nous sentons décroître en nous, suivant les heures, la force vitale indispensable au développement de notre moi. Ou, le cas se présente, nous sommes nés avec une atonie qui rabaisse toutes nos manifes tations. Notre marche ordinaire exige les soirs parti culiers aux coureurs. Alors intervient le rôle de l'ar tificiel. Il est délicat à déterminer. Des proportions dépendent les résultats déplorables ou bienfaisants. Voltaire prenait soixante-quatorze tasses de café par jour. Cette excitation fut nécessaire mais exagérée. Il
i68 l'initiation est permis d'expliquer par elle sa fureur froide, et son talent peu naturel. « Une bonne pharmacopée seraitun livre utile, qu'on n'écrira pas. L'auteur, en tout cas, ne saurait être un médecin. Car les médecins ont le souci de faire durer la vie humaine et nullement celui de l'utiliser.
A peine soupçonne-t-on les secrètes harmonies entre la nature et l'homme, et ce qu'il peut emprunter de fluide au monde inférieur pour s'élever à celui d'en haut. Les végétaux nourrissent le corps de chair ; leurs essences, le corps astral. A discuter sérieusement de semblables théories, il est évident que l'on se ferait passer pour fou. C'est dans l'ordre. Il en fut toujours ainsi.
Et ce pendant je dois croire, qu'à l'absorption des elixirs ou des extraits, c'est l'âme des plantes qui passe en nous et nous étonne parfois. Le sang spirituel se forme par la même alchimie que le corporel. L'étude exacte de ces phénomènes et de leurs lois fait partie intégrante de la magie, qui n'est, elle-même, en son tout, que la science de la volonté. — Ne croyez-vous pas, objecta Jean Derève, qu'il y ait d'autres méthodes pour agir ?
Je loue ceux qui se font un jeu de développer leur volonté. Je com prends, sans les approuver, ceux qui demandent l'ins piration nécessaire à des breuvages maudits. Il est pourtant des philtres plus nobles, l'ambition, l'amour, le dévouement. Une idée, quelle puissance n'a pas une idée ! Les grands volontaires furent ceux qui marchaientà la suite de leur rêve, dans la joie absolue et la confiance qu'ils marchaient vers la vérité. Une route n'existe pas sans un but. J'ai toujours regretté
LE FEU SACRÉ I 69 pour ma part, de n'avoir pas une croyance, quelle qu'elle fût, et j'ai fait tous mes efforts pour accepter le pari que les jansénistes ont inspiré à Pascal. Vains efforts I Que m'importe qu'une doctrine soit avanta geuse à suivre. La seule chose que je demande, c'est qu'elle soit vraie. Avec ardeur, convaincu, je me se rais dévoué. Mais les jours sont uniformes et dénués de prétexte à l'héroïsme.
Le temps est venu, cepen dant, où je devrais commencer à vivre, si je ne veux pas mourir sans avoir vécu. J'ai l'âge terrible de l'homme. Celui de la femme est tous les jours. Voici qu'on est un homme jeune, mais qu'on n'est plus un jeune homme. En attendant que l'on devienne un homme encore jeune, ce qui est la fin de tout.
« Si je me retourne vers les heures actuellement écou lées, non seulement je n'ai rien fait, ce qui serait peu de chose, bien que mon faible effort perdu importe à l'humanité, mais je n'ai pas su être heureux, et cela seul est important. Je me suis laissé bercer par l'acci dent, comme par une vague changeante. Que de joies à côté desquelles j'ai passé sans le savoir ! Joies pure ment sensuelles, pour la plupart.
Ce sont celles que je regrette le plus. Des visages souriants me torturent dans le passé. Et je revois mon existence comme une pantomime falote jouée en de successifs décors. « Les villes ! « La première est une vieille cité sarrasine, close de remparts. On s'y massacra jadis, au nom des patries et des religions. Mais, aujourd'hui, les chemins de ronde sont plantés de beaux platanes oisifs. Les rues étroites et tordues serpentent vers la vieille cathédrale.
17o . l'initiation Des statues noires et des chapelles grillées dans le mur sont au croisement des rues. La maison était au fond de la cour. J'y ai vécu mes premières heures, une éternité. Quelle image pour les visions futures, que la première maison ! L'escalier large était à rampe de fer. Et ma mémoire qui monte s'arrête, au milieu de cet escalier. Un grand arbre sur la façade à côté d'un banc de pierre.
L'arbre a été abattu avant que je sois parti. Sur l'autre face de la maison, le jardin, étroit et triste. Une porte aux lourdes barres s'ouvrait sur la rue transversale. C'est là que j'ai construit le cadre pour tous mes rêves à venir, et que j'ai connu des émois dont le souvenir m'épouvante encore aujour d'hui.
J'entends, quand je me recueille, le son des cloches dans l'après-midi, et je vois les gens du di manche, leur livre doré en main, se diriger pour les vêpres vers le portail. « L'autre ville était au bord d'un grand fleuve, d'où le brouillard montait tout l'hiver, laissant à peine deviner le halo jaune des réverbères voisins. Sur le boulevard, dans l'ouate, roule une voiture. Ah ! voici le marchand d'images. La devanture est fermée.
Un balcon et ses fers forgés rappellent sans cause à la mé moire telle matinée de mars. « Une main de grande personne tient la mienne en haut. Les magasins ternes des rues plus étroites an noncent le quai. Il y a là des poulies au-dessus de larges baies dans le mur. Le sol est glissant et noir. Puis, le fleuve, avec ses berges vivantes. Du soleil tra verse la brume. Les matelots venus de loin fument de courtes pipes sculptées. Les vergues des navires se balancent horizontalement. Le pied se heurte à de
LE FEU SACRÉ I 7 1 lourds anneaux scellés dans les dalles. Je songe déjà aux voyages que je ne lerai jamais, aux pays lointains et calmes où je n'aborderai pas. « Et la dernière est une cité populeuse au bord de la mer, avec des couleurs et de la joie que j'ignore. J'ai grandi. Je suis à l'âge odieux ou divin de l'adolescence, odieux pour moi.
L'âme spontanée et charmante qui fut la mienne est morte par une mauvaise éducation, Des hommes vulgaires m'ont enseigné la vie avec des formules qu'eux-mêmes ne comprenaient pas. Je ne connais pas la route pour aller vers le bonheur et je suis dans une angoisse qui fait pitié. Mais je sortirai du tombeau. «Des impressions visuelles méritèrent de survivre.
H y avait la mer et la plage, où je sais bien que je revien* drai quand je serai las des choses. Tout cela fuit comme une vision lointaine que je me rappelle pour tant avoir été si présente. L'existence est un jeu fou. «'Maintenant, et depuis longtemps, je suis arrivé dans la ville au beau fleuve bordé de remparts. Je soupçonne des réalités dont l'ignorance avait fait tout mon malheur.
Et je cherche éperdument, voulant vivre, tandis qu'il est temps encore, la formule de la vie. » « Saint-Maur sourit. Vous la trouverez. Il est utile d'avoir vécu pour savoir. Ce n'est que par l'ex périence multiple que l'on arrive à l'unité. Vous comprendrez que les choses n'ont, par elles-mêmes, aucune valeur, qui mérite qu'on s'en émeuve, et que la vision est tout. Il n'y a rien d'absolu, mais seule ment des rapports. Le milieu actuel vous paraît sans
172 l'initiation doute le plus favorable à créer votre harmonie, j'y consens. Mais tout dépend de cette harmonie. Votre âme seule est réelle, et le reste ne doit exister que selon votre volonté. Ne croyez pas que le monde soit par lui-même tel qu'il se révèle et le soit néces sairement. « Il faudrait si peu de chose pour bouleverser un ensemble qui nous paraît usuel.
La vie des hommes est la même dans des siècles différents, parce que les différences ne sont rien. On mange, on dort, on aime, on se dispute les places, il y a des riches et des pauvres, des commerçants, des avocats, des entre metteuses, aujourd'hui exactement comme à 1 epoque de Ramsès ou de Néron.
Nous vivons suivant la cou tume et nous posons le pied dans les traces laissées par ceux qui nous précédèrent, comme les chars an tiques passaient dans les rues au fond des ornières de granit. Mais faites ce rêve d'une humanité différente de la nôtre par un détail essentiel. Vous verrez ce qui s'en suivra, et que tout sera changé. Supposez que l'on ait pris l'habitude, cela peut se supposer, de vivre la nuit au lieu du jour.
Rien, dans la civilisation, ne serait semblable à ce qu'il est. Des gens, il est vrai, réalisent en partie cette existence, et se couchent à l'heure où d'autres se lèvent. Mais ce n'est qu'une exception et que discrédite la pensée de l'anormal. Nous avons tous eu la notion, rentrant à l'aube, au sortir de quelque soirée, que notre passage à travers les bandes tristes de balayeurs et d'ouvriers hâtifs était furtif et honteux. Déjà, cependant, il parait per mis, à mesure que les lumières deviennent meilleures,
LE FEU SACRÉ lj3 de prolonger la soirée. Les penseurs aiment le silence que fait autour de leur veille la ville endormie. Et ce n'est pas uniquement pour le plaisir et la folie que les lampes sont allumées. Il y a un progrès sur les temps antiques où l'homme s'endormait avec le jour. On pourrait plausiblement soutenir ce paradoxe que les lumières intellectuelles deviennent plus vives à me sure que les autres.
Le nombre des lampes et leur clarté ne seraient pas indifférents dans le jugement que l'on doit porter sur la valeur mentale d'un peuple ; mais, encore, je ne veux pas suivre ce raison nement. «Non plus que celui possible à déduire du soleil vraiment disparu, car ce serait admettre la fin de tout. Nous gardons l'hypothèse pure d'une humanité vivant la nuit et se livrant au sommeil le jour, d'après des principes établis.
Je me tiendrais volontiers à quelque raison religieuse ; un peuple, dévot au soleil, regar derait comme sacrilège de l'affronter. Le crépuscule serait l'aube noire où la terre s'éveillerait, pris l'un pour l'autre les deux angelus. Les lueurs du matin seraient douces aux yeux du travailleur fatigué. Les heures seraient changées des peines et du plaisir, et l'on verrait des amoureux s'adresser des aubades au clair de soleil.
Ou ne considérez que l'importance pour tout ce qui est de la nuit. L'art d'éclairer de venu le premier de tous. Il ne faudrait pas, en effet, compter sur les étoiles ou sur la lune, à la merci des nuages et du mois. Quelquefois, seulement, trop peu souvent pour la joie populaire, une belle nuit claire ferait les promeneurs se répandre à travers la cam
174 l'initiation pagne. Mais je vois mieux des hommes silencieux, errant parmi les rues sombres aux carrefours étincelants. Des phares prodigieux versent sur les maisons lointaines leurs blanches ondes obliques. Peut-être les passants ont des vêtements noirs. Peut-être cher chent-ils à vaincre, par la splendeur des étoffes, l'obs curité d'alentour.
Mais certaines couleurs n'existent plus, et l'existence d'une couleur est parmi les choses essentielles. « Quelles Idylles neuves et tristes, au borddes sources couvertes ou dans le profond des bois ! Le laboureur, allant, aux falots, jeter le blé sur les sillons, aurait l'air d'accomplir un rite funèbre. La joie ne serait plus celle d'aujourd'hui. Car, n'en doutez pas, l'âme chan gerait. Attendez- vous à des vertus et à des péchés nouveaux.
On trouvera juste de lapider et demettre en croix un homme qui sera allé cueillir une rose en plein soleil. Aujourd'hui l'acte d'amour est un crime honteux. L'incohérence est la même et les deux idées se valent. La sottise aurait d'autres gestes et le nom bre des erreurs serait pareil. Peut-être aussi l'huma nité aurait fait un pas de géant sur la route du pro grès. Elle n'aurait pas approché du but. Le possible est illimité.
Mais nous verrions des choses étranges. Les conjectures sont amusantes et prouvent le rela tif. «Vous vivez donc au milieu'd'un monde qui n'a pas une forme nécessaire et qui pourrait être différent. C'est que son apparence dépend du hasard et de la rencontre, et qu'elle n'a rien d'essentiel. Vous pouvez déjà trouver le calme, en acceptant d'être lo dilettante
LE FEU SACRÉ lj5 qui sourit et passe et ne se laisse pas émouvoir. La constatation peut aussi vous conduire à des visions plus hautes, si vous imaginez que sous les apparences folles persistent des lois immuables qui se manifestent de toute façon. L'humanité dont je parlais tout à l'heure évoluerait dans un cadre étrangement autre, mais ses idées primitives n'auraient pas changé et ses passions seraient humaines.
Sous les formes les plus éloignées, l'existence est identique et n'est relative qu'à l'absolu, qui est dans notre pensée. Toutes les lois se ramènent à l'unique, bien ou mal interprétée. Vous pouvez construire votre vie d'après votre forme. Si vous connaissez la loi, vous serez semblables à des dieux, car vous créerez à volonté le monde où vous devez vivre.
Je suis sûr qu'il existe un mot magique, une formule de transmutation philosophale, une clef de la science obscure. Les sphinx que l'Œdipe immor tel rencontre aux étapes successives ont dans le regard le même sourire et taisent le même verbe. Quel est-il et quelles murailles tombent à le pronon cer au seuil du trésor?
Ceux qui le cherchent dans les livres ne le trouveront jamais, tandis que des enfants et des femmes Insoucieuses le prononcent et ne le reconnaissent point. Laissez que je vous rappelle une légende que vous avez lue déjà. Elle a plusieurs sens et plusieurs morales qui se touchent étroitement. Le symbole en est grandement accru. Supposez que je la conte pour le seul plaisir de la conter. «Le vieux roi venait de mourir.
Son règne avait été célébré dans toute l'Asie, car il gouvernait ses peuples avec1 prudence et autorité. Et il laissait, en mourant,
176 l'initiation une vaste bibliothèque, la plus vaste qu'on eût jamais vue, pareille, sans doute, à celle que le marin des mille nuits découvrit sous la montagne mystérieuse, et que, d'un bout de l'année à l'autre, illuminaient les flam beaux. Le prince héritier monta sur le trône et il fut épouvanté. Car il n'avait pas de plus vif désir que de posséder la science et conjecturait qu'elle devait être entière dans les volumes à lui laissés.
Nul doute que son père y eût puisé le secret de la sagesse et du bonheur. Il convenait donc de les lire tous, pour avoir une connaissance entière, mais les jours de dix centenaires n'eussent pas suffi. Comment, d'autre part, faire un choix ? 11 soupçonnait que, s'il laissait un ouvrage de côté, ce serait celui, précisément, con tenant les principes indispensables et les plus utiles vérités. Le premier ministre fut appelé à lui donner un conseil.
C'était un vieillard à barbe blanche. Il secoua la tête : « Sire, dit-il, quand Sa Majesté votre père m'in vestit, de sa confiance, j'étais un pauvre berger. Un jour que le roi s'était égaré, à la suite de la chasse, il me demanda son chemin, et je lui fis des réponses qui lui permirent de supposer que j'étais un homme de sens. 11 me nomma son premier ministre, comme vous avez ouï dire qu'il se passait autrefois.
Je n'ai guère trouvé, depuis, le temps de parfaire mon ins truction. Je sais gourmander un intendant qui vole le trésor public, et je donne l'ordre de couper la tête à ceux qui troublent le pays. C'est ma science. Je regarde comme louable, cependant, le désir que les autres ont de s'instruire. Mais il me semble que dans
LE FEU SACRÉ '77 tous ces livres, il doit y avoir bien du fatras. Faites convoquer votre académie. Elle est composée de gens remarquables et oisifs. Et commandez-leur de vous rédiger le plus bref résumé possible de ce que la bibliothèque enferme d'essentiel. Ainsi vous ne prendrez que la fleur, et vous aurez peu de temps de perdu. » Le roi trouva l'idée admirable, et passa incontinent au cou de son serviteur le seul grand cordon qu'il n'eut pas encore. Puis il fit venir les sages et leur confia son projet. Ceux-ci ne manifestèrent pas un enthousiasme excessif. Après avoir présenté, cepen dant, les objections nécessaires, ils se mirent au tra vail. [A suivre.) G. de Lautrec. Nous sommes des Dieux : si donc nous adorons des Dieux nous nous adorons aussi nous-mêmes : et le précipice se creuse à nos pieds. 12
COMBAT Savoir. Oser. Vouloir. Se taire. Dédié ù J. des Esseinles. Prenez garde, ô vous que l'Adversité Sur le chemin bleu de mes espérances Ainsi que des éperviers a postés : Je ne cède pas devant la souffrance. Je sais, quelle que soit votre valeur, Hommes ou Choses, comme on devient maître. D'un long combat voici qu'a sonné l'heure, Et pourtant je viens seulement de naître. Je veux : mot magique qui brisera L'une après l'autre toute résistance. Je veux : et chacun de vous tombera Comme un vain fantôme sans consistance. J'oserai vous braver, vieux Préjugés Et toi Foule brutale et grossière. Je vous ai pesés; vous êtes jugés : Je vous balaierai comme la poussière. Je me luirai, à l'excès dédaigneux De vos dires : vous êtes la Matière. Pour détruire vos projets haineux, Il me suffira d'un peu de Lumière. Marc d'OixuTTiï.
L'Amour d'après l'Occultisme Nous reproduisons ici, d'après le Spiritualisme mo derne, une très intéressante conférence de notre ami et collaboraleur Edgar Jégut : on y verra, non pas une érudition creuse de termes étranges, mais une belle phi losophique construite grâce à une science kabbalistique qui a le haut goût de se cacher. (N. D. L. B.) Le mot Amour pourrait être comparé à la fameuse langue d'Esope.
Il sert à dénommer, par corruption, c'est le cas de le dire, les plus grossières des passions et les émotions spirituelles et cardiaques les plus hautes. Il sied ici que nous en parlions en êtres humains, qui ne peuvent pas encore se débarrasser de tout lien char nel, mais qui essayent d'orienter leurs aspirations vers une conception toujours plus noble des possibilités de la vie.
Ce n'est donc ni de l'Amour plaisir, ni de l'Amourpassion que nous avons à dire, en tant du moins que l'Amour ne serait que passion et se tiendrait exclusive ment dans la région sensorielle, mais de l'Amoursentiment et de l'Amour-dcvoir. Si nous voulons définir notre objet, il nous apparaî tra que c'est l'apôtre Paul qui nous fournit la plus claire à la fois et la plus large définition. « L'homme, ditil, n'est que par la femme et la femme n'est que par
i8o l'initiation l'homme. Et l'un sans l'autre ne peut rien. » Une telle parole donne, en effet, toute l'ampleur qu'il faut à la compréhension que nous devons avoir de l'Amour. Ce n'est plus le passager plaisir, ce n'est môme plus la jolie bluette sentimentale, ou, du moins, c'est encore cela — car nous sommes sur la terre — mais avec quel que chose de plus haut, de plus grave et de plus total.
C'est toute [la vie de deux êtres qui savent que leur Amour les épure et les conforte et qu s'unissent pour les joies, mais aussi pour les épreuves et les reponsabilités. Nous nous en tiendrons donc à la définition de saint Paul, sans toutefois nous interdire de la commenter par d'autres, lorsqu'elles nous paraî tront vivantes, comme celles-ci que l'on trouve dans un grand poète, qui fut aussi un grand idéaliste, Victor Hugo.
« Les choses sont noires, dit-il, les créatures sont opaques : les aimer, c'est les rendre lumineuses. » — Peut-être que, si l'on fondait ensemble les paroles de l'Apôtre et celle du Poète, on aurait résumé toute la philosophie de l'Amour.
El ainsi nous nous ferions une idée complète du plus impérieux des sentiments, en disant que, tristes, faibles, hors d'état de progresser quand ils s'éloignent l'un de l'autre, la femme et l'homme se grandissent, se fortifient et s'illuminent par l'Amour, et que l'illumination et la force acquises sont d'autant plus grandes et génératrices de plus hautes conséquences pour l'ascension de notre personnalité supérieure dans l'immense périple des Vies Futures, que c'est surtout cette personnalité, ce qu'il y a en nous de plus pur, qui aime et est aimé !
Mais, dira-t on, peut-on espérer trouver souvent un tel degré de sublimité dans l'union de deux êtres hu mains. Ayons la résignation de ne pas trop l'espérer, mais ayons le courage résolu de tendre de toutes nos forces vers cette élévation. Croire l'avoir atteinte ne pourrait passer que pour un orgueil puéril, mais y renoncer ne serait que lâcheté.
Ici même surgit la question et surgit le problème le' plus souvent douloureux de notre inaptitude à aimer, à être nous, autant qu'au fond de nous-mêmes nous le désirons le plus sincèrement. Qui ne s'est reproché un
l'amour d'après l'occultisme I 8 I mot, un acte d'égoïsme, dont la conséquence fut fatale à deux personnes, parfois.
C'est dans ces retours sur soi, dans ces examens de conscience, où la pureté, la clarté de I'Ame, alors nue, ne fait que mieux ressortir les nuages qu'ont créés les mouvements inconsidérés de notre personnalité transitoire terrestre, que l'on juge avec le plus d'impartialité et les actes et les paroles, et que l'on conçoit vraiment combien tout ce qui constitue le moi d'aujourd'hui s'oppose à ce que se manifeste la bonté, pourtant réelle, qui végète plus ou moins obs cure, mais qui esf en chacun de nous.
L'Amour pris au sens strict de l'union de la femme et de l'homme dans le double but de fonder la famille ter restre et de développer des sentiments qui dépasseront la vie actuelle, et par de là le tombeau serreront plus encore les liens de la fraternité des âmes, l'Amour, di sons-nous, peut et doit être considéré comme la base, le fondement unique de la progression des êtres.
Quand un moment arrive où, de toute certitude, il emplit deux esprits et deux cœurs, ce moment est celui de l'envol de deux êtres vers la lumière, et s'il nous était donné d'en tendre les harmonies, d'apercevoir les clartés de ces âmes, c'est alors que les autres choses et les autres êtres nous paraîtraient sombres, et opaques, et discor dants.
Mais, puisque nous désirons de toutes nos forces, puisque nous voulons aimer, être bons, qui donc ou quelle, fatalité impose des entraves à notre élan et bride de ses ironies les désirs purs, les émotions ingénues. Hélas!
Ceux que la méditation, l'expérience et l'ensei gnement traditionnel ont instruits sur les graves préoc cupations qui nous assaillent, touchant la destinée hu maine, ne le savent que trop: cette fatalité sort de nousmêmes, ces ironies sont filles de notre orgueil.
Nous étouffons la bonté sentimentale sous les vêtements, sous les fausses parures de l'Egoïsme et de la Vanité, nous nous cachons les uns aux autres sous ce que les cabbalistes appellent les Ecorces. Il en résulte que nous ne pouvons nous connaître tels que nous sommes et par conséquent nous aimer. Car l'Amour est union, posses sion, fusion, c'est-à-dire connaissance de deux Ames.
l82 l'initiation Nous est-il donné de nous débarrasser de ces écorces ? Oui, mais par un long labeur, durant lequel il ne faut pas espérer ne point rencontrer de défaillance de nousmêmes, de ne pas aussi nous heurter aux passions de qui nous entoure. Après tout, ce n'est pas d'atteindre tout de suite le résultat qui importe, mais d'orienter constamment si nous le pouvons, le plus souvent pos sible à tout le moins, nos efforts vers le mieux.
Ainsi l'Amour, l'union d'Adam-Eve constituera le premier échelon de la grande réintégration.
Si nous interrogeons la plus haute philosophie de l'oc culte, c'est-à-dire la Cabbale, nous y trouverons l'ex plication de ces inaptitudes du cœur que nous déplo rons dans la vie présente, comme les plus efficientes de nos causes de souffrances; mais nous y trouverons aussi ce que l'on pourrait appeler la science du senti ment-Amour, et en quelque sorte la claire vue des rési gnations nécessaires et des efforts requis pour ce pre mier accomplissement de notre être.
On sait que dans sa magnifique unité la Cabbale rat tache à un seul point primordial le processus vital dans lequel nous avançons péniblement aujourd'hui. Ce point c'est la chute, c'est le péché adamique fauteur de l'éparpillement des existences, de la dislocation des frater nités, de la division. Sur ce point il y aurait beaucoup à dire.
Généralement la partie traditionnelle qui touche à l'Adam-Kadmon a été si mal comprise, môme par beaucoup de spiritualistes, qu'on a pu, dans certaines revues généralement mieux inspirées, lire qu'il est im bécile de croire que Dieu pouvait nous charger des fautas commises par le premier homme.
Cette jmanière d'exposer la grande synthèse cabbalistique prouve seu lement qu'il est préférable d'avoir assuré ces informa tions avant de se prononcer, et désirable d'avoir com pris avant de tenter d'expliquer. Pour le moment, il ne nous est pas loisible de nous étendre sur ce sujet, trop long et trop important et qui vaudrait d'être déve loppé à part.
Qu'il nous suffise, puisqu'enfin il est né cessaire de le dire, que l'Adam de la Cabbale n'est pas le bonhomme de l'Histoire sainte racontéeauxpetits en fants, et renlrons dans notre étude.
l'amour d'après l'occultisme i83 Le péché adamique, disions-nous, est la première cause de la vie matérielle. Adam-Kadmon ou Adam céleste est, dit la Cabbale, devenu Adam-Protoplastes ou l'Adam du plasma formatif de la vie, conçue avec comme support la matière.
Mais Adam-Protoplastes restait encore un, et il faut à nouveau le péché, c'est-àdire la continuation s'accélérant de la descente dans la matière, pour que dans cette unité se produise la scis sion et que la substance adamique s'essaime et se par ticularise en un nombre indéfini d'individualités, et, à proprement parler, des individualités que nous sommes.
C'est ee second péché, suite, corrélation du premier, que l'on connaît sous le nom de péché de l'Arbre de la Science. Encore ici il sortirait de notre sujet de tenter un commentaire explicatif des assertions ci-dessus pré sentées : nous devons accepter comme donnés ces points de départ, qui au reste ont reçu dans les ou vrages où chacun peut les trouver, les éclaircissements nécessaires.
Ce qui nous intéresse et 'fixe notre objet, c'est que de cet éparpillement en personnalités multi ples date la vie telle que nous la vivons. L'unité frag mentée en myriades d'étincelles cherche à se reconsti tuer, et la première ébauche de reconstitution se for mera par l'Amour c'est-à-dire par l'union de deux étineelles de polarités, — dans la vie des sexualités, — différentes.
Au moment où l'Adam-Protoplastes s'égrène ainsi, la Cabbale l'appelle l'Adam-Belial. Ce moment est préci sément celui qui se rapporte au passage de la Bible où il est dit que Adam et Eve (Chawah) eurent honte de leur nudité et furent recouverts de peaux de bêtes. Or, ces peaux de bétes ne sont autre chose que ce que In Cabbale nomme les ëcorces.
Les écorces, ee sont les impuretés du péché qui viennent recouvrir, habiller, en quelque manière, chacune des étincelles dissidentes et la rendre méconnaissable à l'étincelle voisine, elle_ même recouverte et changée.
Comme le péché paraît bien être l'acte triomphant de l'égoïsme, du désir de s'individualiser, de se créer un champ d'action différent de celui de ses semblables, et naturellement un champ de jouissance exclusif, nous conservons le droit de dire
i84 l'initiation que c'est l'égoïsme qui tue l'Amour, puisque l'Amour est le contraire de la restriction et ne vibre qu'en force expansive.
Mais, si l'égoïsme apporte la loi, qui nous paraît maintenant naturelle, de créer des centres partout et par fractionnements indéfiniment multipliés, si chaque parcelle de vie tend à se faire centre, à s'individualiser, à être un noyau, il n'en est pas moins vrai qu'une force au moins égale à la force égoïste agit dans l'ensemble de l'Univers.
Nous l'avons appelée la force d'expansion, qui, résidant et travaillant dans tous les centres, les plus imperceptibles, les oriente vers la recherche de leurs semblables. La loi de rapprochement se mani feste d'autantplus visiblement que l'on remonte l'échelle des êtres, et elle paraît avoir son plein développement dans l'humanité.
Les fils et les filles d'Adam-Eve, les étincelles jadis unies, aujourd'hui dissociées, se recher chent avec une ardeur que rien ne lasse, même pas les tentatives infructueuses ni les essais décourageants. Une âme est liée à une autre âme. Ce sont les âmessœurs. Tout le problème d'une existence consiste à es sayer de retrouver cette autre moitié de soi-môme.
La recherche peut se poursuivre dans une série d'incarna tions successives, et voilà pourquoi nous voyons en réalité assez rarement de très belles et très pures amours. Que l'on comprenne en effet que deux âmes-sœurs peuvent ne pas être au même point de l'évolution, que l'une peut regresser par sa faute et devenir indigne du bonheur de recevoir la sœur tant désirée. Enfin les écorces nous cachent aux yeux les uns des autres.
Qui sait, monsieur, c'est peut-être cette prostituée, cette pauvre déchue à qui vous avez jeté un peu d'or, qui était votre âme-sœur. Et vous, madame, peut-être ce hère aviné, qui vous faisait peur ce soir dans la rue, vous retrouvera plus tard après l'effort accompli, 11 ne faudrait pas croire que nous exagérons.
Les deux exemples que nous avons donnés sont possibles, et si nous les avons pris extrêmes, c'était justement pour ne pas que le lecteur se créât trop d'illusions sur la faci lité des rencontres sororales parfaites.
l'amour d'après l'occultisme i85 On peut élever une objection et dire qu'il serait presque impossible de réaliser un nombre au moins encourageant d'unions bonnes sur terre, si notre théo rie cabbalistique était acceptée. Heureusement la réponse est facile. Et, d'abord, la sororité des âmes n'implique pas la perfection.
Il est donc possible que les deux âmes se rencontrent et s'unissent un nombre considérable de fois ; mais que, masquées par les écorces et frappées d'imperfections, elles^commencent d'abord par se donner mutuellement des souffrances qui agiront en mode de feu purificateur et les prépare ront aux unions plus conscientes et plus nobles.
Enfin la cabbale nous enseigne encore qu'à défaut de l'âmesœur, dont l'évolution ne s'actionne pas sur le même plan momentanément, nous rencontrons des âmes qui esseulées aussi, délaissées dans l'instant pour le même motif, s'unissent à nous et detelle sorte que le fardeau de la vie nous paraisse moins lourd. Ces âmes sont, cabbalistiquement de même racine, de même famille que la nôtre. Il n'y a pas de mariage de racine à racine différente.
Dans le premier cas — qui apparaîtrait plus fréquent qu'on ne le croit, si l'on savait regarder la vie — les deux âmes montent côte à côte la route de l'Idéal et, quels que soient les maux dont l'un et l'autres'accablent, elles goûtent, dans de trop rares moments, le charme suprême de l'Amour. Dans le second, c'est plutôt l'amitié familiale qui intervient. On pourrait appeler, en quelque sorte, cette union un mariage de raison aimable.
II se présentera sous la forme d'un amour à qui ne font défaut ni la satisfaction des sens, ni le confortable d'un bon petit sentiment raisonnable, mais qui, à vrai dire, n'emplit pas le cœur. II nous paraît d'ailleurs devoir, dans la succession des incarnations, être une sorte d'intermède seulement.
Le désir si puissant doit, le plus souvent, à quelque état qu'elles se trouvent, et pour peu que des points de contact leur soient un tant soit peu laissés, ramener les âmes-sœurs en face l'une de l'autre. Sous quel aspect? A quel moment de la vie ? Ceci reste un point qu'il ne
i86 l'initiation serait peut-être pas impossible de résoudre. Mais il nous entraînerait dans une analyse des possibilités de l'existence actuelle peut-être bien complexe et qu'il vaut sans doute mieux remettre à une autre étude. Edgar Jégut.
PETITE COLLECTION D'AUTEURS MYSTIQUES DE LA VIE SUPERSENSUELLE, par Jacob Baume I « Jacob Bœhme, écrit Sédir qui l'a profondément étu dié, ne mérite pas la double réputation qu'on lui a faite de folie incompréhensible ou de sublimité absolue.
Il est très clair, profond et lumineux quand on l'a com pris, mais, pas plus qu'aucun homme, il n'a la vérité unique, la science totale. » Néanmoins, il a vu des merveilles et a été plus loin que beaucoup dans les profondeurs de l'Infini. La lumière éblouissante de la Trinité Sainte l'a frappé.
Aussi, bien que ses théories offrent à mon point de vue des aspects que mon interne ne s'assimile pas, je suis persuadé que la Petite collec tion d'auteurs mystiques vient de donner au public spécial qui la lit un véritable joyau, et j'accepte avec plaisir de le lui présenter.
Cette Vie supersensuelle est, en somme, d'une lecture facile à tout étudiant en mystique et on n'y rencontre presque aucun des termes spéciaux qui sont souvent des obstacles invincibles pour beaucoup de cerveaux occi dentaux. On y retrouve les points principaux de la doctrine de Bœhme : la trinité dont l'activité est la na ture essence, la sagesse, sophia etc. La chute d'Adam causée par la Volonté propre, et la régénération s'ac
BIBLIOGRAPHIE l87 complissant par suite en immolant le moi, en abais sant consciemment sa Volonté, sa raison, devant l'Im mense puissance d'En-Haut, non pour les perdre, mais pour les retrouver éclairées, illuminées par la Lumière Divine.
Je vais maintenant essayer, comme je l'ai déjà fait pour d'autres ouvrages de cette collection, de développer, en quelques pages, les enseignements con tenus dans ce petit livre, ou du moins ceux que j'aurai pu y apercevoir. Le mystique est, à mon sens, et avant tout, expéri mental. L'action est indispensable dans une étude réellement vivante et les différents degrés de la voie mystique ne seront parcourus que par l'action.
La lu-? mière réelle n'est pas dans les livres, fussent-ils d'un vrai prophète (1). Elle est en nous, et nous ne pouvons la retrouver qu'en vivant. Aussi, plus notre cœur s'ouvre à l'amour universel, plus nous nous oublions pour les autres, plus nous comprenons l'inutilité des livres de la Science mentale et plus nous découvrons de sens dans les livres réelle ment écrits avec l'Amour et par l'Amour.
Le plus grand profit que nous puissions tirer du petit livre.de Bœhme sera donc d'essayer d'y découvrir quelques conseils pratiques, utiles pour la vie de chaque jour. II Prouvons d'abord ce que la mystique appelle l'aban don de la volonté propre.
Bœhme en fait aussi le fonde ment de sa doctrine, et il explique que si on ne désire rien on est libre de tout et qu'il faut rendre entière ment à Jésus « son vouloir et ses désirs » tellement qu'on ne veuille rien qu'en Lui.
Et c'est en effet peutêtre la chose la plus importante en mystique, car si on est arrivé à ne vouloir que se que veut celui qui nous a placé sur cette terre, tout, la foi, la confiance abso- (1) Les Évangiles eux-mêmes ne contiennent pas la Loi tout entière.
i88 l'initiation lue, le pardon, le calme, tout s'en suit naturellement. Rien ne peut plus atteindre celui dont le seul désir est de s'unir de plus en plus au centre afin que toujours plus de bonheur, de joie et de lumière divine passent par lui pour s'écouler sur ses frères malheureux. Pour arriver à cet état, que faut-il faire ? Hors de moi, vous ne pouvez rien. dit. Jésus (Jean, 14, 5).
Demandons-lui donc souvent qu'il nous aide à nous détacher peu à peu des choses où nous avons mis notre volonté. Que chaque jour de notre vie se brise un des liens nom» breux qui nous attachent à la terre. « Vous ne serez prêt pour le ciel, disait un jour un vrai maître, que lorsque tout vous sera égal. » La nature ne nous fait passer dans un appartement que lorsque nous ne le con naissons pas encore.
Quand une chose nous est indiffé rente, c'est que nous l'avons expérimentée. Réciproque ment, les choses nous seront égales dans la mesure où nous aurons soumis notre volonté. Notons ici une chose importante, c'est qu'il ne faut pas que cela se fasse par insouciance ou indolence : ce serait une vraie mort spirituelle.
Si par exemple quelqu'un nous insulte gravement et que cela ne nous émeuve pas, il faut bien nous examiner pour savoir qu'elle est la vraie raison de notre équanimité. Cela peut être par orgueil, par fai blesse de caractère ou par indolence. Dans ce cas, cette insulte se renouvellera jusqu'au moment où nous la supporterons par amour, par indulgence pour notre frère et par confiance envers Dieu.
Ainsi, soutenus par la prière, nous ferons chaque jour un peu de ces entraînements pratiques, nous apprendrons que notre volonté n'est quelque chose que lorsqu'elle est en harmonie avec la Volonté Divine. Du reste le résultat de cette lutte quo tidienne sera dès cette vie l'acquisition d'un trésor ines timable, cette paix du cœur incompréhensible pour ceux qui ne l'ont pas sentie en eux.
Un autre enseignement pratique que je suis heureux de rencontrer dans la Vie supersensuelle, c'est le suivant : « Comment pourrais-je trouver le chemin le plus court pour aller à Dieu ? » demande le disciple, et le maître répond : « Mar che là où le chemin est le plus rude, embrasse ce que le monde rejette, ne fais point ce qu'il fait. » J'ai entendu
BIBLIOGRAPHIE 189 exprimer la môme vérité sous une autre forme. Quand vous hésiterez entre deux choses, faites celle qui vous coûte le plus, vous êtes sûrs de ne pas vous tromper. En effet, ne pouvant, n'ayant pas assez de force en nous pour avoir de l'indulgence pour les autres et pour nous, ayons-en au moins pour nos frères, soyons sévères pour nous-mêmes, nous serons dans la voie.
Si une chose nous coûte, faisons-là, non comme l'entendent les catholiques, par mortification, mais parce que ce sera une occasion de diminuer notre volonté propre, notre ipséité, selon le terme de Bœhme On le voit, comme je le disais en commençant, tout se réduit à abandonner notre égoïsme, notre moi, et forcément alors l'amour augmentera en nous.
Avec lui la confiance et la foi en treront dansnosdemeures intérieures pour les préparer à la venue du roi de gloire. Le disciple de Bœhme s'inquiète aussi beaucoup et craint de passer pour fou aux yeux du monde, et il prend une conduite en tout opposée à celle du monde. Le maître lui apprend qu'il recevra en échange de cette souffrance un trésor si précieux que nulle bouche ne saurait le nommer.
A ce sujet je voudrais répéter un enseignement qui m'a été bien souvent donné à moimême : c'estla nécessité de la discrétion. Il est bien évi dent qu'il y a des cas où se taire serait une lâcheté et où l'on doit braver les moqueries et les sarcasmes s'il y a un devoir à accomplir. Mais, en règle générale, le mystique doit garder la plus grande réserve et ne laisser soupçonner à aucun profane le degré d'ascension spirituelle où il est par venu.
Ainsi la prière doit se faire dans la solitude et on doit prendre ses précautions pour ne pas être dé rangé. Prier, c'est faire le bien, et le bien doit se faire dans l'ombre. Souvenons-nous aussi que celui qui fixe le soleil à midi est aveuglé par l'excès de lumière. De même la part de vérité que nous pouvons connaître n'est pas bonne pour tous. Il y a bien des esprits pour qui elle paraîtrait l'erreur.
N'oublions pas combien il a fallu une marche lente, combien de précaution pour que notre propre esprit puisse supporter la paix de lumière à laquelle il est parvenu. Soyons donc prudent dans le
i9o l'initiation monde. Attendons pour donner ce qu'on nous a donné que nous nous trouvions devant une âme prête à rece voir un peu de lumière. Habituons-nous à ôtre discrets, peut-être à un moment serons-nous obligés de porter un secret que pas môme un mouvement, une expression de physionomie ne doivent laisser soupçonner.
J'ai dit en commençant que bien des côtés de l'ensei gnement du sublime cordonnier me semblaient peu fa ciles à- comprendre et même contraires à ce que j'ai pu connaître de vérité jusqu'à présent. Je ne veux ici parlef que d'un seul de ces points. Bœhmeemploie souvent l'expression colère de Dieu. Par ce mot il entend peutêtre sa justice. Mais il a pourtant été écrit que le Père n'a jamais jugé personne; Dieu est amour et rien qu'amour.
Le mot punition ne devrait pas ôtre employé. II n'y a que la conséquence stricto de nos fautes. Et encore ne payons-nous jamais toutes nos dettes. Un sourire du Christ, selon une belle expression de Papus, nous en enlève une grande partie d'un seul coup. Tous les vrais maîtres parlent de la pitié, de la Misé ricorde Divine et disent que là Bonté du Père est iné puisable et que nous ne pouvons môme pas nous en faire une idée.
Cette théorie de la colère me parait donc un point faible de la doctrine de Bœhme. En terminant ce trop court aperçu du nouveau petit livre, qui vient s'ajouter à ceux déjà parus dans la col lection des auteurs mystiques, je vais citer quelques pensées glanées au cours de ma lecture. Puissent-elles inspirera] beaucoup d'étudiants le désir de méditer le bon Bœhme.
Si tu peux garder pour une heure le silence dans ton vouloir et tes sens, tu entendras les paroles {inexpri mables de Dieu. * * Trois choses sont nécessaires pour parvenir dans le fond supersensucl : la première que tu adonnes ta vo lonté à Dieu; la deuxième que tu haïsses ta volonté; la troisième que tu te soumettes à la Croix.
BIBLIOGRAPHIE 1 9 1 Pour parvenir à la repentance, abandonné ce qui t'aime et aime ce qui te hait. * Ce qui te parait maintenant difficile, tu l'aimeras dans la suite le plus. * * * Après la mort, l'âme n'a pas besoin d'être transportée en enfer ou au ciel. Elle les a auparavant en soi.
Toute volonté propre sera livrée au règne des ténè bres au jour du j ugement. * Tout zèle qui, dans ce temps de combat, ne procède pas de l'esprit du Christ et qui ne cherche pas unique ment la chariti! mais son propre avantage, est destiné pour les ténèbres et sera séparé du Christ : car, dans le ciel, tout sert à Dieu, son créateur dans l'humilité. Phaneg. Mme Alexandre Moreau. — Lumière cl Vérité.
Excellent résumé de la doctrine spirite, prise dans son essence, c'est-à-dire de cette philosophie idéaliste, si profonde et si puissante, appuyée par des faits étranges, si pleins d'enseignement, mais qu'on a, hélas ! tant dénaturés. Depuis sa naissance, en effet, le spiri tisme a été modifié, dévié par les élucubrations de nombreux auteurs, trop « emballés ».
L'imagination qui a occupé une trop grande place chez les expérimenta teurs a remplacé la déduction, qui seule peut donner l'explication des manifestations nouvelles des forces de la nature, à l'étude desquelles l'homme s'est voué. Aussi les contradictions ifont-elles pas tardé à devenir choquantes, et la division est-elle rapidement née au sein de ces interprétateurs de mystères qui se sont dénommés eux-mêmes « spirites ».
l'initiation Mme Moreau n'apporte pas de nouveau système, elle ne dévoile pas de nouvelles découvertes ; elle se con tente d'insister sur celles déjà faites et commentées, en tâchant d'en faire comprendre la signification par de nombreuses adaptations. Elle nous montre un spiri tisme logique, une philosophie rattachée aux sciences naturelles, et en particulier à l'astronomie, que les Anciens considéraient comme la synthèse des sciences humaines.
Lumière et Vérité est un livre de science, auquel son auteur a su donner ce cachet de vie qui caractérise les œuvres féminines, rendant ainsi véritablement lumi neuses les vérités qu'elles contiennent: le but indiqus par le litre de l'ouvrage est donc atteint, ce dont noué félicitons vivement Mme Moreau. Jean Carrère. — Au pays de. l'or rouge. Flammarion, in-18.
L'élève enthousiaste de Frédéric Mistral qu'est Car rère a montré ses atavismes de Basque aventureux en allant étudier au Transvaal une tragédie sociale : son cœur, nourri de toutes les lumières morales et esthé tiques, nous a donné, dans un premier volume, un ta bleau pantelant, où héros et assaillants laissent voir à nu leurs grandeurs et leurs cupidités respectives.
Aujourd'hui, c'est le cerveau qui parleet qui expose les ressorts cachés, l'action secrète des diplomates, des politiciens et des financiers.
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