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_ a» sa 0 L4 1 n 1 t1 a t1 0 n Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÉE MENSUELLEMENT sous LA DIRECTION DE PAPUS I. i) 0. >X< Docteur en médecine — Docteur en kabbale >9 56"" VOLUME. — 15’" ANNÉE SOMMAIRE DU No 12 (Septembre 1902) __.._ PARTIE EXOTÉRIQUE Les mystères d’unefeuille de papier (p. 193 à 198) . . . . . . . . . . . . . . . . . Papus.
PARTIE PHILOSOPHIQUE Quelques motsà propos de la moulagne Pelée (p. 199 à2o4) . . . . . . . . . . . . . Z. L'angoisse de l'isolement (p. 205 à 210). . . Spero. Notes sur la grammaire de Pânini (suite) (p.211 à222) . . . . . . . . . . . . . X. Au Pays des Esprits (suite) (p. 223 à 234) . X. PARTIE INITIATIQUE La mort du Christ (p. 235 à 272) . . . . . . Papus.
La propagande occuliste en 1903.— Eruption et ascension. — Bibliographie. -— Vérité des faits psychiques. — Revues et journaux. — Livres reçus. Tout ce qui concerne la Rédaction et les Échanges doit être adressé 87, boulevard Montmorency, à Paris.
Téléphone —— 690-50 ADMINISTRATION —— ABONNEMENTS —y- ANNIII\tII;S LIBRAIRIE PAUL OLLENDORFF varus fi 50, (1/zaussée—d’Anlin, 50 — PAR/5 Le Numéro 1 UN FRANC. — Un An : DIX FRANCS ., r ’., -' ' .û:.l ' m-‘hh. h
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l'hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les ‘ Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiaiion est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Rehgion,à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta— physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’0cculte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’Initiarion adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l‘arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cle’ricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiarion expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie (Exotérique) expose aux lectrices ces ques tions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte.
L’Iniriarian parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà quatorze années d’existence.— Abonnement: lofrancs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
L’Inih’alion du 15 Septembre 1902 ’RINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l'1m’h’afi0n [0 PARTIE INITIATIQUE SAINT-YVES D’ALVEYDRE —- AMO — F. CH. BARLET, S.'. I.'.ä, — GUYMIOT. — MARC HAVEN, S.'. I.'.;à -— JOLLIVET-CASTELOT. — JULIEN LEIAY, S.'. 1.-. ,Q —-— ÉMILE MICHELET, 5.-. I.'. (C. G. E.) —- LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.'. (D. S. E.) MOGD, S.-. I.'. — PAPUS, S.*. I.'. — D' ROZIER. —— SÊDIR, S.'. I.'. ',1.. — SELVA, S.'. I.'. (C. G. E.) a.
PARTIEÿPI—IILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABIL-MARDUK. — AMELINEAU. — ALEPH. — AMARAVELLA. — D" BARADUC. — SERGE BASSET. — Le F.'. BERTRAND 30‘ — BLITZ. — BOJANOV. —— ERNEST Bosc. — J. BRICAUD. — JACQUES BRIEU. - CAMILLE CHAIGNEAU. — CHIMUA DU LAFAY. — ALFRED LE DAIN. — G. DELANNE. — ALBAN DUBET. -— A. ERNY. — FABRE nss ESSARTS. —- L. ESQUIEU. — DELÉZINIER. — JULES GIRAUD. — l)*‘ FERRAN. — L. GOURMAND. — L. HUTCHINSON. — E. LEFÉBURE. — L.
LE LEU. —— L. LEMERLE. -— LECOMTE. — NAPOLÉON NEY. — G" C. NOEL. —- HORACE PELLETIER —— PHANEG. -— G. POIREL. — QUESTOR VITŒ. -— RAYMOND. — SABRUS. — L. SATURNINUS. — D“ SOURBECK. — THOMASSIN. — TIDIANEUQ. —-— G.Vnoux.— YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG.— JEAN DELVILLE. -— ESTRELLA. — E. GOU DEAU. — MA‘NOËL DE GRANDEORD. — L.
HENNIQUE. — GABRIEL DE LAUTREC. — JULES LERMINA. — JULES DE MARTHOLD. — CA TULLE MENDÈS. — GEORGE MONTIERE. —LEON RIOTOR. — SAINT FARGEAU. — R. SAINTE-MARIE. —— ROBERT SCHEFFER. — ÉMILE SI COGNE. — CH. DE SIVRY. 40 POÉSIE G. ARMELIN. -— CII. DUBOURG. — RODOLPHE DARZENS. —JEAN DELVILLE. -—- YVAN DIETSCHINE. —- E. GIGLEUX. —— CH. GROLLEAU. — MAURICE LARGERIS. — PAUL MARROT. — EDMOND PILON. — DE TALLENAY. — ROBERT DE LA VILLIHE‘RVÊ.
L’Initiaiion du 15 Septembre 1902 L’INITIATION f””Ëi‘ä%”””’) DIRECTION ADMINISTRATION 87, boulevard Montmorency, ABONNEMENTS TÊLÙ""““ - “0'50 PUBLICITÉ: VENTE AU NUMÉRO PARIS-A UTEUIL DIRECTEUR : PAPUS DIRECTEUR An:ourr : Paul 8 ÉD IR Librairie Paul OLLENDOBFF 50, 0haussée-d‘AntM, 50 Rédacteur en chef: F.—Ch. BARLE’I‘ Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un 311l0 Il" J. LEJAY — SABRUS ÉTRANGER, — 12 fr.
RÉDACTION. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la Direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. Prière d’adresser tous les échanges: 87, boul. Montmorency, Paris MANUSCRITS. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d’avis spécial.
Un numéro de la Revue est tou;ours conf osé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au p us tôt que le mois suivant. L’Initiaiz’on est, en France, le seul organe officiel des centres suivants : Groupe Indépendant d’Ëtudes Ésotériques. 1.600 Mem bres, 104 Branches et Correspondants. Ordre Martiniste. Ordre Kabbalistique de la Rose + Croix. École Supérieure libre des Sciences Hermétiques.
Société Alchimique de France (avec la Revue l’Hyper chimie). Union Idéaliste Universelle. P. T. L. (section française). Rite Swedenborgien (Loge INRI).
V " .V637 QÜIÜLÊÊÉÊLOÆÆLäOÆÆÜE1sxx2 * PARTIE EXOTÉRIQUE Les mystères d’une feuille de papier UNE DÉCOUVERTE INTÉRESSANTE Nous sommes heureux de présenter à nos lecteurs une découverte très originale et que nous croyons appelée à soulever de nombreuses et importantes po lémiques.
Voici ce dont il s’agit: M. le comte de Tromelin, 3:, rue du Théâtre— Françaz‘s, à Marseille, étudie depuis de longues années les figures et les dessins qu’on peut apercevoir avec un peu d’habitude en regardant une feuille quel conque de papier non glacé et non satiné de manière àvoir par tranparence les ombres et les blancs que présente la pâte à papier même dans les papiers les plus grossiers. .
Le comte de Tromelin a, bien entendu, des théo ries personnelles et très curieuses pour expliquer ces faits ;, mais nous voulons rendre nos lecteurs juges 13
194 l. INITIATION [SEPTEMBRE des faits et non des théories, et nous allons exposer, au moyen d’extraits de lettres de l‘auteur, ces faits étranges autant que nouveaux. « Cette découverte est tout à fait stupéfiante, et elle va empoigner un certain nombre de vos lecteurs, qui vont devenir des adeptes très fervents de ma nouvelle mè» Ihode.
Ce que l‘on voit sortir du papier est tellement étonnant qu’on ne peut plus quitter cette occupation, lorsqu'on a trouvé la bonne méthode et qu’on commence à VOIR... Je suis convaincu, docteur, que, si vous vous y mettez, vous serez empoigné comme les autres l’ont été. Mais je recon nais que, pour faire de jolies choses, il faut (“me un,peu artiste.
En effet il sort une foule de figures et de personnages, et c’est à vous de choisir ceux qui vous conviennent le mieux... Cette phrase soulignée a une grande importance, car elle indique la partpersonnelle de chacun. Il est certain que la même planche, traitée par deux per sonnes différentes, pourrait représenter des sujets abso— lument différents, selon leur état d’âme: voilà le côté psychologique de ces nouveaux phénomènes.
En effet je vous adresse pour le prouver une grande planche qui n'a pas encore été traitée, et en quelques mi— nutes je vous calque, absolument au hasard, et sans mé— thode, lespremières figures que j’aperçois. Naturellement vous en verrez bien d’autres en regardant avec attention et assez longtemps. Vous devez comprendre qu’avec ma grande habitude je vois de suite ce qu’un non—initié ne voit pas.
Mais j’avoue ne pas distinguer encore les sujets des planches à pre mière vue, car c‘est trop complexe et trop compliqué l Première méthode facile pour obtenir des dessins. a) Au début on regarde avec attention et on calque ce
Igoz] LES MYSTÈRES D’UNE FEUILLE DE PAPIER 195 qui paraît le mieux marqué, le plus clair, le plus visible. Trop de jour ne vaut rien. On a vite choisi le jour qui convient en se tournant comme il faut, et, quand les dessins du papier deviennent assez sombres, on a le jour voulu. b) Si on veut simplement confirmer ma loi, on dessine ainsi au hasard.
Mais, pour obtenir un sujet, on ne choisit que les têtes de même grosseur. — Car toutes les têtes se décomposent en plus petites, et ainsi de suite. c) Pour obtenir les détails, on se sert d’un gros crayon conté noir assez mou, appelé sauce, de ce diamètre. d) On ne le taille pas; au contraire, on lelaisse bienplat et c’est par cette surface plate, ce plan parfait, que l’on épouse les saillies du papier, les creux restant blancs. e) On peut avec ce crayon sans calquer, noircir le papier au hasard, en tournant ce crayon comme si on faisait la barbe au papier.
Les figures sortent en masse; on 3 soin d’arrêter leurs contours, autrement tout resterait noir, et on ne verrait rien. f) Avec de la mie de pain, on enlève le trop de noir, et on accentue où il faut. On peut aussi prendre du conté à dessin carré n° 4.0u 5, ou un crayon mou.
On se sert tantôt d’un crayon tantôt de l’autre. g) Quant on a noirci une surface avec la sauce, on se sert d‘un brunissoir en os ou en ivoire de la forme d’un manche de brosse à dents (pointu).
On frotte les lignes à accentuer, et, comme ce manche ne marque pas, il rectifie les faux traits. h) Bref, par cette méthode on arrive très vite à faire des dessins merveilleux. li) Au début, il faut un peu tricher, soit aider le dessin, parce qu‘on n’est pas assez fort ; mais, je le répète, seule ment au début des essais; car, au bout de très peu de temps, vous reconnaissez vous—même que le trait que vous cherchiez est tout tracé, et bien,mieux, bien plus pur que Vous ne le feriez vous-même en trichant. l) Pour les yeux, on frotte dessus en tournant; ils se
I 96 L’INITIATION forment tout seuls, et on voit la prunelle se marquer d'un point bien noir ; on frotte à peu près où on pense qu‘ils doivent se trouver s’ils ne sortent pas tout seuls. m) Enfin, vous arrivez à faire des dessins très sincères; et partez de ces principes qu’il n‘y a aucun trait inutile, et que chaque trait a un but marqué, et puis, que tout n'est que têtes, figures et personnages de toutes tailles. n) Pour composer un sujet, on élimine tout ce qui gêne et enœmbre le dessin.
On a le droit de supprimer, mais non celui de rien ajouter. 0) On observe la règle de ne prendre que les personnages de même grandeur. P.-S. — Remarquez dans la planche que je vous adresse cette scène d‘imposition des mains sur la tête d’un per sonnage.
Ce doit être une scène dela messe noire, je crois. p) Mais on peut marquer les plus petits qui apparaissent, mais à titre d’agrément, de fioriture seulement. q) Exemple : Une chevelure n‘est composée que de figures. Les personnages dans les cheveux, les couronnes, dia— dèmes, etc., peuvent ne pas nuire à l'effet général, alors on peut les marquer comme ils sortent. r) Sur un personnage un peu gros, toute son histoire est marquée en petit dessin.
8) Pour la lecture, je donnerai mon avis prochainement; mais au début c’est dur à lire.
Les mots vierges, j’ai juré de garder le secret, cabale, sabbat, etc., sont très visibles en général. t) Les principaux personnages tiennent presque tou jours à la main des bâtons de folie ou hochets très va riés. u) Les grands maîtres dela cabale, les rois, mages, reines portent toujours leurs attributs à la main, ou dans leurs coumnnes, diadèmes, vêtements, etc. Les mains mêmes, étant formées de têtes, sont difficiles à saisir. v) Les personnages ont plusieurs bras accomplissant di verses actions. Ce sont des dessins parlant.
LES MYSTÈRES D'UNE FEUILLE DE PAPIER 197 x) Les contours des personnages indiquent en carac tères sibyllaires ce qu’ils représentent. On sait que les caractères sibyllaires et composites sont formés par des visages appropriés, etc. Je voue expédie à part un morceau de papier où j'ai tracé à part tout ce qui m’a paru leplus aisible. Je vous ai complété à part une tête de femme avec début de buste et le bras droit allongé.
Remarquez quels jolis efi“ets vigoureux on obtient sans aucune peine et sans des siner, puisque je ne suis pas dessinateur —-—et le tout sans retouche. J’ai fait cela en deux minutes. Pour faire une aussi jolie coifi’urefort originale un miniaturiste, opérant avec un crayon fin et pointu, mettrait une heure, mon trez-la à un dessinateur ou graveur artiste et attirez son attention sur le genre de dessin.
Il sera étonné, car il n’y a aucun trait, ce qu’on peut voir à la loupe, et il ne verra jamais comment j‘ai pu faire ce petit dessin en deux minutes, montre en main. Quand je veux soigner un dessin après son exécution, j'accentue les blancs à la mie de pain et j’enlève les bavures des contours; ces bavures sont produites par mon gros crayon sauce qui a I5 millimètres de diamètre.
Comme vous pouvez le voir, tout est mélangé comme si on avait gravé vingt planches l’une par—dessus l’autre sans guère se soucier des contours. — Toutefois, quand on examine de près la chose, on voit que tout est ordonné merveilleu sement et que tous lesdessins sont agencés et se com plètent mutuellement. La même tête a plusieurs corps, et le même corps a plusieurs bras accomplissant des actes variés par le même personnage.
Il est certain que beaucoup de vos lecteurs vont se livrer à cette étude captivante et vous allez recevoir des choses extraordinaires, dont je serais bien heureux d'être tenu au courant! Que dire aussi de la lecture des phrases révélées par ce papier ? Je vous enverrai ce que j‘ai lu sur Dieu, le Christ, la Vierge; c’est très élevé au point de Vue philosophique.
198 L‘INITIATION Que direz-vous de ce genre de révélation cabalistique ? J’attendrai votre réponse à ces révélations avec impatience. Les prêtres auraient fort à faire d’y répondre, car les ar guments sont sans réplique possible et absolument nou veaux. Le nouveau est si rare en pareille matière, où nombre de savants et de théologiens ont discuté ces questions avec âpreté.
Là ceci est simple, mais me semble parfait. a ou Nous serons très heureux soit de recevoir, soit de voir envoyer à l’auteur les réflexions que suggérerait à nos lecteurs cette découverte. Nous comptons en effet aborder d’ici quelque temps la discussion théo rique de ces faits curieux. PAPES. 2.29’
.._ ... = .. ._..._ ’PARTIE PHILOSOËÔUE ET SCIENTIFIIJIJE ' Cette partie est ouverte aux écrivains de toute École sans aucune distisctton, et chacun d'eux conserve la responsabilité exclusive .de ses 1 ces. Quelques mots à propos de la Montagne Pelée Les deux articles de notre distingué confrère Tidia neuq, sur la Martinique, m’ont suggéré quelques re— marques que je demande la permission d’exposer.
J’ai vécu plusieurs années à la Martinique :j’en parle donc en connaissance de cause. Tout d’abord, la montagne Pelée n’a jamais été appelée mont Pelé. Cette dénomination inexacte pro— vient de la traduction du mount Pelé des journalistes américains qui télégraphiêrent les premiers la nou velle de la catastrophe du 8 mai 1902.
Bien que les rares auteurs qui en aient parlé ne disent rien à ce sujet, il me semble hors de discusSion qu’elle doive tout simplement tirer son nom de son aspect même, dont le sommet n’était couvert que de broussailles et parfois même, aux abords des solfatares, entièrement dénudé, les pentes seules étant recouvertes de la mer— veilleuse végétation des tropiques (Garaud, Trois ans à la Martinique. Bib. nat. LkI2, 1451). Le pre mier auteur qui en parle, à ma connaissance, est le
200 L'INITIATION P. du Tertre (Histoire générale des Antilles habitées par les Français, 3 vol. in-4°, Paris, 1667, Bib. nat. L12k12), qui la cite une seule fois incidemment (t. I, p. 502), et la mentionne sur sa carte avec le lac des Palmistes (p. 22).
Il lui donne évidemment le nom sous lequel la baptisèrent les premiers colons et ne lui attribue, comme d'ailleurs à aucune autre localité des Antilles un nom indigène, bien que quel ques-uns aient survécu comme le Macouba, le Carbet, l’ajoupa Bouillon, le Matouba (Guadeloupe), le Ma bouya (Marie-Galante). Rochefort (Histoirenaz‘urefle des îles Antilles, Lyon, 1667, Bib. nat.
Inventaire S, 33830) ne la cite même pas, tandis qu'il parle de la Soulphriêre de la Guadeloupe, par exemple, non plus que le P. Labat (Nouveau voyage aux isles de l’Amé— rique, 2 vol. in—4°, la Haye, 1724., Bib. mat. L12kl 3A). Or, les Français avaient débarqué pour la première fois, à la Martinique, le 25 iuin 1635, avec M. de I’Olive et d’Enambuc, capitaine du Roy sur les mers.
Du Ponant, y fonda, un mois après, nos premiers établissements, sur l’emplacement de Saint-Pierre, au nom de la Compagnie générale des isles de l’Amé rique. Ils entrèrent aussitôt en relations avec les Caraïbes qui ne semblent pas leur avoir jamais parlé d’une façon particulière du plus haut sommet de l’île, sans doute inactif depuis longtemps, et auquel ils ne devaient prêter aucune attention spéciale.
Depuis cette époque.jusqu’au 28 mai 1851, époque à laquelle la montagne rejeta quelques cendres, phénomène dont le docteur Rufz nous a laissé un intéressant compte rendu, la montagne Pelée était restée Com
QUELQUES MOTS A PROPOS DE LA MONTAGNE PELÊE 20! plètement inactive, comme elle le resta de 1851 à 1902. D’ailleurs, le lac du Palmiste, sommet de l’an cien cratère éruptif, était un but de promenade domi— nicale très goûtée, et les Martiniquais d’aujourd’hui, pas plus que les Caraïbes d’autrefois, n’en avaient aucune appréhension. .
Quant aux quimboz‘seurs, sorciers (oh ! si peul) ou guérisseurs, jamais ils ne se seraient risqués à menacer leurs fidèles d’une éruption ou même d’un tremble ment de terre, phénomène pourtant si fréquent. Le nègre le plus arriéré leur aurait ri au nez. Le P. Labat (op. cît., t.
I, 1" partie, chap. xxr), parlant des sor— ciers caraïbes en 1694, ne mentionne point leurs prétentions à agir sur le volcan, non plus que Thi bault de Chanvalon (op. cit), qui leur consacre de longues pages. Pour ce qui est des superstitions d’origine caraïbe, on n’en retrouve aucune dans toutes les Antilles, alors que celles d’origine africaine sont aussi nom breuses que vivaces dans quelques îles (1).
Quelques mots seulement ont survécu à la disparition dela race rouge jaux Antilles, et encore ne proviennent-ils pas (point important à noter) de la langue des femmes, c’est-à-dire des autochtones lgnéris, mais bien de celle des hommes, des Galibis ou Caraïbes, venus du continent, [qui anéàntirent les représentants mâles de cette race.
Rochefort (op. cit.) nous a laissé un pré cieux lexique caraïbe, d’où je tire les mots suivants de (1)1e me‘ permets de renvoyer le lecteur à mes Notes sur le Vaudoux, publiées en 1895 dans l’Initx‘ation. .-- c. -
202 L‘INITIATION la langue des hommes qui ont conservé le même sens qu’autrefois : corossol(anona muricata) qui viendrait de Corasol, nom indigène de Curaçao; maby, boisson rafraîchissante; pirogue (qu’il écrit pyraugue); ma nioc ; mabouya, lézard, le diable des Caraïbes ; cucuyo, qui subsiste en espagnol : en caraïbe, coyouyou ; coui, callebasse; ouragan _: ajoupa, hutte; hamac; canari, vase en terre cuite; chique (pulex penetrans; cf. Lucien Adam : Du parler des hommes et duparler des femmes dans la langue caraïbe, Paris 1879); canot; tayo, variété de chou caraïbe; cirz'que, crabe; anoli, lézard; mouchasse (amidon de manioc); cassure; mansfenz‘ ou mansphanix (en Haïti, malfinz‘), oiseau de proie; pian; roucou (bixa orellana); le mot carbet seul, qui signifie chaumière, proviendrait de la langue des femmes.
Le P. du Tertre (op. cit., t. II, p. 365), d’accord avec Rochefort et le P. Raymond Breton (Grammaire caraïbe composée par le R. P., etc., Auxerre, Gilles Bouquet, x667. Bib. nat.8°, X, 643. Bibl. linguistique américaine, t. III), cite comme unique divinité caraïbe Ichéz'ri ou Ignérz‘, le dieu bon (peut—être un souvenir des ancêtres des femmes qui avaient été exterminés), ou Tamou-caila (Raymond Breton).
Bien plus, Thibault de Chanvalon (Voyageà la Marti— nique, r763, 1 vol. in—4°. Bib. mat. L12k. 100), créole de la Martinique, qui parle longuement des Caraïbes, ne leur connaît aucune divinité précise. Nulle part on ne trouve trace d’une divinité Pelé ou Pelée, ni chez les auteurs précédemment cités, ni chez d’Orbigny (l’I-Iomme américain, Paris, 1839, 2 vol. Bib. nat. P.
QUELQUES MOTS A PROPOS DE LA MONTAGNE PELÉE 203 Ang. 1165—1166), ni chez Lucien Adam (Matériaux pour une grammaire caraïbe. Bib. nat. 8° X 643. Bib. linguistique américaine, t. XVII). On voit donc, bien que les sources soient très rares, qu'il est difficile de retrouver une origine lémurienne ou simplement hawa‘ienne dans le nom de la mon tagne Pelée et qu’il est bien risqué de baser sur un seul mot une origine ethnographique.
Il serait étrange que ce volcan, actif seulement à de si longs inter valles, depuis une date bien antérieure à 1635 jus qu’en 1851, fût le seul à porter le nom d’une divinité redoutée et que ce nom même eût survécu à tant de vicissitudes: anéantissement des autochtones par les Caraïbes, disparition des envahisseurs, importation africaine des noirs, tandis qu’à la Guadeloupe, où la Soufrière a toujours été en activité, à Saint-Vincent, dont le volcan offre tant de rapprochement avec celui de la Martinique, à Sainte-Lucie, Montserrat, Saint Christophe, Saba, ces sommets portent des noms banals, provenant d’une façon évidente de leur aspect, ou de leurs particularités, comme le piton Gelé, ainsi nommé à cause de la température très fraîche du som met, le morne d’0range, Où le sieur d’0range possé dait, dans les premiers temps de l‘occupation, une vaste propriété, le rocher Pain-de-Sucre, le morne Vert, le Gros-Morne, la montagne Sans-Toucher (Guadeloupe), ou même le Grand—Brûlé, à la Réu nion.
En effet, vue du large, souvent enveloppée de brouillards, la montagne Pelée avait bien l'air d’un sommet pelé, dénudé, bien que cet aspect ne fût pas
204 L'INITIATION toutà fait conforme à la réalité. Thibault de Chan valon (op. cit.), dit, en 175 I , d’une façon plus précise encore, que « la montagne Pelée porte tous les carac— tères d'un ancien volcan ; c‘est aussi le sentiment des anciens habitans ». Et rien de plus (I ). C’est simplement ce que j'aurai voulu démontrer. L'origine du nom de montagne Pelée est très banale, il n’y a aucune hésitation à avoir là-dessus.
Cela ne retire rien de leur valeur aux savants articles de notre confrère Tidianeuq, dont je suis le premier à recon— naître toute la valeur. J’ajouterai un dernier mot. J’ai recherché dans les nombreuses prophéties ou prédictions citées par ' l’Écho du Merveilleux s’il y en avait une qui se rap portât à la catastrophe de la Martinique. Aucune ne l’annonce.
J’ai cru remarquer, en revanche, que, parmi les plus claires, celles qui ne laissent aucun doute d’interprétation, le nombre des erreurs est con sidérable, pour ne pas dire que la plupart sont fausses. Il y aurait là-dessus un travail intéressantàfaire pour un de nos collaborateurs. Z:': (I) Je note en passant qu'il est tout à fait inexact que le P soit difficile à prononcer pour les créoles et qu’ils le rempla— cent par H“.
La seule lettre qu’ils défigurént en l'adoucissant est l‘R. Quant au lamentin (manatus americanus), il est inu tile de lui donner une origine fabuleuse. Rochefort parle du manati ou lamantin (du caraïbe manati, mamelles) et en donne la figure, et le P. Labat rapporte qu'il en vit pêcher un, en I695, à la Martinique, où ils sont inconnus aujourd'hui.
h..Mjææ.‘;y ., L’angoisse de l’isolement Alors qu‘afl‘ranchis de la terreur de l’enfer catho lique, nous nous proclamionslibres penseurs, — quand nous étions tout au plus matérialistes plus ou moins sincères, néantistes plus ou moins convaincus, durant cette phase transitoire par laquelle beaucoup d’entre nous ont passé, non sans quelque jactance apparente et quelque mélancolie dissimulée, qui de nous, à la suite de désillusions, de déceptions dans ses espé— rances ou ses affections, de la disparition soudaine, aussi cruelle qu’imprévue, de ceux qu’il chérissait le plus, n'a été étreint, au moins une fois dans sa vie, par l’angoisse de l’isolement, de cette sorte d’enlize ment dans la nuit, dans le néant, où l’être désemparé, n’ayant plus aucun point d’appui, ni rien qui le rat tache à cette existence éphémère, la seule qu’il com prenne, a la sensation nette de sa dissolution ?
Combien d’hommes, non des moins intelligents, et parfois des plus éminents, ont, à la stupéfaction de leurs contemporains, quitté la vie qu‘ils avaient prise en profond dégoût. Or, ce dégoût, n'est-ce pas cet état d'âme où l'homme, en dépit de son intellectualité, de son talent ou de son savoir, commettant cette funeste
206 L’INITIATION erreur de prendre le monde objectif pour le monde réel, en a éprouvé les mécomptes et reconnu l’inanité ? Et s’il n’aime plus rien dans ce monde décevant que son esprit s'est créé, ne s’est-il pas, par là même, condamné à l’angoisse de l’isolement?
C’est à cette angoisse que se voue surtout, incons ciemment et fatalement, la multitude des égoïstes qui font profession de néantisme, et, dans leur aveugle superbe, ne perdent aucune occasion de décrier toute incursion dans le domaine de l’Au-delà. Si privilégiés qu’ils soient dans leur santé, et si constante que leur soit la fortune, le désenchantement viendra les sur prendre au milieu même de leurs fausses joies.
Leur vieillesse fût-elle exempte d’infirmités, et l’adversité, qui frappe les meilleurs, leur fût-elle épargnée, leur bonheur illusoire ne s’en évanouira pas moins à mesure qu’approchera le terme d’une existence mal employée, inutile aux autres, stérile pour eux-mêmes. Insensiblement, il leur faudra renoncer àtoutes les satisfactions que leur permettait une santé robuste.
Alors l’angoisse de l’impuissance et de l‘isolement les envahira, parce qu’ils ne possèdent ni la bonté effec tive, ni le sentiment d’humanité, et n’ont eu d’autre désir, d’autre but que l’assouvissement de leurs appé— tits matériels.
N’ayant aucune notion des joies intimes, morales et spirituelles, qui constituent la vraie vie, à l’heure de la décadence, cette angoisse de l’isolement et du néant les étreindra d’autant plus cruellement qu’ils n’auront jamais aimé qu’eux-mêmes; elle sera aggravée par le regret cuisant de perdre tous ces biens, tout ce bonheur factice, dont l’effondrement laissera
L’ANGOISSE DE L’ISOLEMENT 207 leur âme dans le vide et la désespérance. Plaignons ces pauvres frères, car ils n’auront pas connu le vrai bonheur, qui est d’aimer et de s’oublier pour les autres. - Je me hâte d’ajouter qu’un grand nombre de maté rialistes, ou se prétendant tels, -— car ce sont, en réalité, des croyants inconscients, — possèdent cette bontéeffective, ce sentimentd’humanité, qui devraient être l’apanage de tous ceux qui savent.
Ces singuliers incroyants qui, chaque jour, dans leurs actes rendent hommage à Dieu, l’Amour même, qu’ils prétendent nier, seront exempts de l'appréhension et de l’angoisse de la mort physique, parce qu’ils aiment, c’est-à—dire qu’ils portent en eux le divin.
Si cette angoisse est épargnée à l’homme de bonté même incroyant, combien ne sera-t-elle pas atténuée chez celui qui, parvenu à soulever le voile de l’illusion, aura mis ses actes en accord avec la connaissance qu’il possède et qui aura surtout observé la loi d’amour, qui en est la sanction et le couronnement.
Soulever le voile de l’illusion qui nous enveloppe, c’est là, en effet, pour tous ceux —-et c’est le plus grand nombre — qui n’ont pas la « foi du charbon nier », —— celle qui transporte les montagnes, — le point de départ, la condition et la base solide de l’évolution psychique.
Monde physique ou objectif, monde manifesté, monde des formes, c’est tout un, et c’est ce qui constitue le monde de l’illusion dans lequel nous vivons, où nous savons pourtant que Dieu est présent et œuvrant en tout, mais mani— festation matérielle qui n’est que le voile, l'aspect
208 L'INITIATION inférieur du monde réel ou divin. Cette région divine du Réel, nous n’y pouvons pénétrer qu‘en nous spiritualisant, c’est—à-dire en arrivant par la connais sance, et à la suite d’efforts incessants sur nous-mêmes à maîtriser complètement notre âme animale — dont presque tous nous sommes plus ou moins les esclaves — pour rendre au principe supérieur qui nous anime la suprématie définitive dans la direction de notre être.
Alors, vivant selon l’esprit, comme le recom mande le grand initié saint Paul, et non plus selon la chair, aflranchis de la matière, nous pourrons per cevoir, connaître le Réel et vivre de la Vraie Vie, qui est douceur, bonté, humilité, amour, harmonie.
Or, c’est précisément parce l’humanité ignorante est courbée sous le joug de l'âme animale, qu’un si petit nombre de privilégiés parviennentà la notion du Réel, région radieuse dont l’accès sera interdit à l‘im mense multitude tant qu’elle persistera dans son ignorance et qu’elle portera ce joug qu’elle chérit, loin de chercher à le secouer ; en d'autres termes, tant qu’elle sera dominée par ses mauvaises passions, son orgueil et son égoïsme.
Cet état d’âme de la masse humaine peu évoluée a donné naissance à la conception fausse de la Sépa ratirite’, enfermant l‘homme dans un personnalisme étroit, et a créé l’antagonisme qui n'a cessé de régner à travers les âges, à peine atténué en dépit des eflorts généreux des penseurs, des philosophes et des grands initiateurs religieux.
Toutefois, si nous nous plaçons au point de vue exclusif du progrès humain, sur le plan physique, et du développement des facultés in Il
L'ANGOISSE DE L‘ISOLEMENT 209 dividuelles, nous ne saurions méconnaître l’utilité et même la nécessité transitoire de l’idée de séparaii» vile’.
Mais dès que nous nous élevons à la conception du plan hyperphysique ou psychique du monde moral et de l’harmonie universelle, qui implique la loi d’amour ou de solidarité et de fraternité, nous cons tatons combien néfaste dans ses conséquences serait la persistance indéfinie de la croyance à la séparati— vité, car elle créerait un obstacle insurmontable à l’accomplissement des destinées de l’être. .
En effet, le dernier terme de l’évolution psychique est l’accession ou plutôt le retour à l’unité d’où nous sommes issus, Dieu étant l'unité suprême.
Tous les hommes sont un, en réalité, mais leur unité est à ce point enlizée sous la diversité, c’est-à-dire sous l’in cohérence actuelle de notre composé matériel (com prenant toute la hiérarchie des véhicules du principe divin qui nous anime) qu’à part quelques rares privi légiés, l’homme vit dans l’ignorance complète de cette unité et même est incapable d’en concevoir la notion.
L'évolution consisteà nous affranchir de plus en plus de la diversité, qui n’est autre chose que la tyrannie des véhicules matériels dont l’âme animale est la plus haute expression, en vue d’atteindre à l’Unilé divine, dont nous sommes d’infimes émanations.
Jésus a dit : « Mon Père, faites qu’ils soient un comme nous sommes un » et « Faites qu‘ils soient consommés dans l’Unité. » Bien avant le Christ, Krz‘shna avait dit : « Pour parvenir à la perfection, il faut conquérir la Science de l’Unité, qui est au-dessus de la Sagesse. » Mais Jésus adit encore : « Aimez-vous 14
210 L’INITIATION les uns les autres», et, avec l’Amour, il apporta le Pardon. et sanctionna la loi de la souffrance et du sacrifice en nous donnant le divin exemple de son immolalion pour l'humanité. Il enseigna, avec l’amour, l’unité et la fraternité de tous les hommes. Unité, amour universel, harmonie. sont une seule et même chose.
Celui qui se sait et se sent un avec tout ce qui vit, avec tous les êtres de toutes les huma nités, passées, présentes et futures, qui forment l’hu— manité intégrale dans l‘éternel présent, celui—là n’a plus à redouter l’angoisse de l’isolement, parce qu’il sait qu’il n‘est qu‘un membre de cette innombrable famille qui peuplé les régions spirituelles et les mondes matériels gravitant dans l’espace infini, parce qu’il sait qu’il doit aimer ses frères de la grande famille, comme il aime et comme il a aimé la petite famille, humanité embryonnaire dans laquelle il est né, il a vécu, dont il a partagé les joies et les souffrances; parce qu’il sait enfin, de science certaine, que l’Um‘z‘é, dest la Réalité, la Vérité, et que la Séparaz‘ivité, c’est l’illusion, illusion transitoire comme le monde manifesté, qui n’est lui-même qu’un voile transpa rent, au travers duquel nous pouvons entrevoirce monde éblouissant de l'Unilé et du Réel, de la Lu mière et de la Vie divine, que nous sommes appelésà réintégrer un jour. SPERO. ./ ', .
. .__,_._.. , rufll .e....— NOTES SUR LA Grammaire de Pânini (Suite) Posons que le fluor est fonction hydrogénique, le chlore fonction oxygénique, le brome fonction azo tique, l’iode fonction carbonique -—— ce qui résulte du calcul de leurs équivalents d'éther, l’anabhihite dit Pânini au premier axiomedu chapitre 111du livre Il, le très impondérable et bien plus malicieux encore « phlogistique »; nous voyons ainsi que le 19 de l’équivalent pondérable du fluor correspond au 18 des atomes pondérables del’hydrogène.
Ces deux fonctions 19 et 18 sont homogènes, selon le sanscrit sont toutes deux valeurs de la lettre u dans quatre degrés. Nous montrerons bientôt, en examinant les proportions de la colonne ionique donnée par Vitruve, lequel Initié expose d’abord l’art ionique, que cette doctrine était de l’art grec, art alchimique, qui fixe que des deux fonctions 19 est la sùpérieure. Revenons à la preuve de la valeur de l’a dans le système pâninien.
2 I 2 L’INITIATION Sûtra 21, 1. Il, ch. Il —- « trtîyâprabhrtînyanya— tarasyâm ».
« Upapadas finissant avec l’affixe du troisième cas (trtiyâ) et les suivants (prabhrtîni) sont optionnelle ment (anyatarasyâm) composés avec indéclinables formés par l’affixe am, et le composé est tatpurusha. » La forme propre « a » vient dans ce sûtra par anuvrtti du sûtra prééédent: « amævâvyayena », « un upapada n’est composé qu'avec ces indéclinables (avyayena) qui finissent avec l’affixe am (amâ) ; le composé est tatpurusha ».
La forme propre paraît être « am », mais en met— tant l’m sous la d’anusvâra qu’il assume dans le sûtra « sv rûpâ çabdasyâçabdasjñâ », elle se réduit à « a ». L’anusvâra est un zéro et n’a que valeur optionnelle. 21° sûtra, chapitre 38 articles. L’a vaudrait donc M ou 21 plus un multiple de 38. L’expérience prouve qu’il vaut 21.
Cherchons maintenantles valeurs des affixes s et m des nominatifet accusatif singuliers, lesquels entrent dansbeaucoup d'expressions pâniniennes et fontpartie de leur « forme propre ». Le sûtra 32 du chapitre I du 1‘" livre nous dit: « vibhâshâ jasi. » «Option (vibhâshâ) devant as (jasi). » L’anuvrtti de l’afli'xe as du nominatif pluriel, dont parle ce sûtra, va jusqu’au sûtra 36, ou peut-être même, optionnellement, jusqu‘au 33 seulement, par .
NOTES SUR LA GRAMMAIRE DE PAN1NI 213 suite de laconjonction ca de ce sûtra. Un coup d’œil montre que la valeur d’as, s’il constitue la base numé rique du sûtra, peut être 183. c’est-à-dire que le sa, ainsi que dans le virâma le ra et le ma, n’aurait pas de quatrième degré, que la valeur du va serait celle qu’indique sa forme.
Essayons ailleurs les valeurs qui résulteraient pour les inconnues, savoir : 63 pour sa, 15 pour va, 15 pour ra, 8 pour ma. Sûtra 35, 1.1, ch.r —«svamajñâtidhanâkhyâyâm. » « Sva «personnel » est optionnellement sarvanâma devant l’affixe du nominatif plureil, as — sauf quand il signifie parent (jnâti) ou richesse (dhana). » La forme qu’emploie Pânini est « svam ».
On aurait donc : sa, 63 + va, 15 + ma, 7 + virâma, 100 (m, 15+i, 42+ra, 14 +a, 21+ma, 7:99): 185. Chapitre 75 articles, 185 égale multiple de 75 plus le numéro 35 du sûtra et pourrait donc être la valeur réelle de «, svam ». S’il l’était, l’affixe m vaudrait 107, l'afiixe s, 162 ; c'est ce que l’expérience vérifie. Le virâma, qui, joint à une lettre, vaut 100, signifie « fin ».
Avec l’atfixe 7 de l’â long il atteint la valeur 107 de « Mâyâ » «illusion »: ma,8+a, 21+ya,57+a, 212107. Le virâma semble illusoirement diminuer la valeur qu’il termine -— en réalité il l’augmente. Il a la même valeur que « kusuma » « fleur » dans les deuxième et troisième degrés conjoints : ka,22+u,5+sa, 61-}—u,5+ma,ô=gg.
2 14 L'INITIATION La vieille légende, souvent occulte, s’est emparée de ce sens de fleur du virâma; aussi voit-on dans Richard Wagner, dont l'épopée est bâtie sur la lé gende, cent enfants qui jettent des fleurs clore l’un des actes du drame grandiose la Mort des Dieux. L’acquisition des valeurs des affixes s et m entrant dans les formes propres rend la détermination des nombres du reste de l‘alphabet plus que simple.
Choi sissons—en quelques-uns pour la démonstration chi mique. Sûtra 22, l. 1, ch. 1 —- taraptamapæ gha: « Les affixes tara et tama sont appelés gha. » Forme propre de deux mots : tara, tama. Ra 14, ma 7 = 21. Remarquons que l’upsilonn majuscule est formé de deux signes qui, changés de position, forment le tau hébreu, que l’upsilonn mi nuscule a la forme de l’élément caractéristique du ta sanscrit. Upsilonn et tau 400.
Supposons tara -|— tama au moins 800 + 21. Chapitre 75 articles, sûtra 22. Il manque 26 à 821 pour avoir un multiple de 75 plus 22. Le ta sanscrit aurait donc pour valeur 413 : c’est ce qui se vérifie.
La lettre ta, tan, la lettre de la croix, se trouve dans le Thebah solaire (vaisseau, germe (prajana), spermatozoïde), le beurre masculin (lécithine) (I) (t) La remarque que nous ne cesserons défaire et de refaire: on n‘est certain d'avoir trouvé le système numérique sanscrit que quand on peut toujours, jusqu‘au plus infime détail, trou! ver la fonction chimique, ou l’onde vibratoire. Et la gram maire atomique du sanscrit est prodigieusement compliquée.
NOTES SUR LA GRAMMAIRE DE PANINI 215 H9009A2PhC’4, qui offre au microscope polarisant le phénomène optique de la croix : 90 +145 +14,5+ 31,5 + 132 :413 145 équivalent en poids 144 de l’oxygène plus 1 d’affixe ; 14,5 et 31,5 équivalents en poids del’azqte et du phosphore plusles affixes 132 équivalent en poids de la racine décimale (12 égale kabbalistiquement 1 + 2 du carbone). Sûtra 44, l. I, ch. I — na veti vibhâshâ.
« Na (ne pas) vâ (ou) signifie option. » « Na vâ » sert de forme propre. Ce sûtra montre que na vaut 908. 908 +vâ (15 + 21): 944: mult. de75 +44. Na, négatif: beurre féminin, cuprique. Stéarine H“°O"C57 plus 3 H"O d’éther critique . égale poids sans affixes : (110+96=684)+54=944 Sûtra 8, 1 I, ch.
1, — Mukhanâsikâvaèano+nu nâsika : « Ce qui se prononce à la fois par la bouche et le nez est appelé anunâsika. » Sûtra du huit, du huitième rayon prakrtique ou ahakâra, hiérarchie cuprique caractérisée par l’affixe de forme propre s « je » : fonction forme propre « anunâsikas ». On tire de ce sûtra que (sa vaut, isolé, 44 (2183 = mult. de 75 + 8). La lettre ka, numéro du sûtra « na vâ... » caracté— rise avec na, va’ et s le rayon cuprique (l:u : mauvais, urée).
2 16 L’INITIATION Ka est le poids de l’alcool H°OC’ retranché 2 à la dernière molécule de carbone (comparer avec le nombre 888, expliqué plus loin, de Jésus). Sûtra 70, l. I, ch. 1. — Taparastatkâlasya.
Selon le pandit moderne, ce sens uniquement, dans la technique supppsée des Rshi grammairiens : « La lettre suivie ou précédée du ta réfère, outre à sa propre forme, à ces lettres homogènes qui sont de même mâtra ou temps. » En réalité, il n’y a point le milliardième d’une once technique, chez les Rshi, et le sûtra signifie universellement... dans l’hébreu, le grec, le sanscrit, la chimie, etc., etc... (tout ce qu’on voudra) : « Ce qui est suivi ou précédé du ta de septuple addition lumineuse (I + 7 + 7’2 + 73 = 400, troisième degré de la) signifie ce qui est du temps du pôle opposé de l’ellipse prakrtique, que ce pôle soit énoncé ou sous entendu. » « taparas », « ce qui a ta. avant ou après soi », sert de forme propre.
On tire de là que pa vaut isolé 83 (671 = mult. de 75 +71; l‘anuvrtti court jusqu'au sûtra suivant, le 71). , Le reste du sûtra est « tat kalasya », en séparant les mots en composition. tat="4i3+“4i2 +vi ràma 100: 925, kâlasya=ka 44+a,21+la15+ sa 63 + ya 57 = 200. tatkalasya égale le virâma no_n élidé (le virâma, signe cuprique, optionnel très proba blement) 925 + 200 = 1125, soit un multiple de 75. Ainsi tout le sûtra « taparas tat kâlasya » égale un multiple de 75 + 71.
NOTES SUR LA GRAMMAIRE DE PANINI 217 Et quand on songe que plusieurs systèmes de com binaisons enchevêtrés tels que celui-ci — qui sait combienl... nous en connaissons trois et même quatre —— sur quatre degrés de numération —- qui sait combien il y en a... de degrés l... peut-être bien plus de cent!— sont nécessaires pour analyser les sûtra du Grammairien Divin, quand on songe que les degrés d’une seule lettre, la lettre Xa, lettre d’al cool en donnant les longueurs d‘ondes des raies fon damentales du spectre solaire montrent dans une seule lettre une immense mathématique, alors on sait !. .. que toute la science moderne ne pourrait pas analyser même un seul des sûtra si courts de Pânini !
SUR LE SENS CHIMIQUE DU SANSCRIT, DU GREC, DU LATIN ET DE L’HÉBREU Les Écritures mythologies et légendes occultes anciennes, si elles sont parfois infiniment poétiques dans l’expression, ou sublimes, sont de plus les pre mières « exactes », avant toutes les autres... au moins souvent. On ne peut les comprendre pleinement que muni du viatique d’un savoir « exact».
Ce devait être l’opinion de la grande intelligence (plus grande que l’immense majorité des savants modernes) Eli phas Lévi, pour les Écritures hébraïque et grecque. Ce devrait être la conviction de tous pour Toutes. La langue des Mystères est « Une ». Aussi peut-on — ou plutôt doit-on — compter avec la numération
2 18 L’INITIATION sanscrite, le grec, le latin et l‘hébreu. Il est très pro— bable qu’avec cette numération on peut dénombrer dans la généralité des autres langues. Le sanscrit correspond au rayon solaire, l’égyp— tiaque probablement au rayon mercurien, le grec au rayon cyprique, l‘hébreu au rayon terrestre.
Le lumi neux senzar thibétain est super—solaire, c’est le brillant rayon jaune du triple Agni parabrahmique; il est, parmi les langues, la robe de la « chèvre jaune », comme disent d‘eux—mêmes les lamas de l’agnus gelukpa, ceinté de l’écharpe rouge.
Quand on t’a bien comprise, doctrine antique, toute distinction autre que celle de fonction entre le métaphysique et le physique, l’Esprit et la matière, est disparue... sans que l’esprit ait cessé d’être une réalité -— et la Suprême!
De même que l’hydrogène bien refroidi, l'aile si farouche, apparaît un inerte liquide, de même que sous ces deux figures si diffé rentes il est une seule chose, de même tout, depuis l’Esprit Sublime du Roi des Archanges jusqu'au métal le plus grossier, le plus pesant, n’est que forme, rôle de l‘actrice impérissable —— la lumière.
Sang et chair du Sacrifice, de la cime culminante de la Pensée Di vine elle rayonne, effulgence ineffable, sur elle-même, dans l’Abîme où tout flot roule des océans d’étoiles, sur l’onde de joie immense que des yeux de lotus, ayant pour cellules des mondes, couvrent de leur
NOTES SUR LA GRAMMAIRE DE PANINI 219 opulent peplum. Elle est le corps de Dieu, elle est Dieu même.
La substance spirituelle infinie, Couronne Divine sept fois auguste, aile sept fois, sept fois lucide et sept fois sept fois éthérée, Nirvâna, l’Akâça-Christ, Para brahman, plénitude subtile que notre âme aux faibles yeux perçoit comme vacuité parfaite ; cette substance, l’orient de pompe sept foisinimaginable, pour notre âme impénétrable obscurité, l’hymne de ravissement de flamme sept fois inconcevable, pour notre âme silence éternel, l’encens et le vin d’extase sept fois incompréhensibles pour le désir à la volupté la plus délicate de ses narines et de son palais, pour notre âme l'ineffiuence et l’insipidité complètes ; cette subs tance, l’impalpabilité totale pour notre âme, pourtant ' le toucher de suavité sept fois inexprimable au—delà de ceux des acuités suprêmes des délices de nos rêves, des touchers sur les ailes aux duvets merveil leux, neige, azur et rose des cygnes des nues de leurs paradis, dans les mers de la nacre de leurs encensoirs lunaires, les ouragans glorieux des écumes en fieurées de lumière de leurs soleils... consiste de différences qui sont les archétypes de tous les modes de notre monde matériel.
Dans l’émanation, la condensation des ‘mondes, elle devient des prototypes intermé— diaires dont la mathématique alchimique est le mi roir infailli de celle des modes archétypes de cette Couronne. Le dernier prototype émane à son tour, et ses condensations sont notre univers visible, tous ses degrés de force, tous ses caractères de numération alchimique, reflet parfait de ceux de la source pre—
2 2 0 L'INITIATION mière. Dans le sein du lotus-mère, espace infini, le lotus en miniature d’ultime densité le voici mainte nent engendré 1 S’il en est ainsi, étudions donc les nombres de la Déité d’en haut par ceux de la Matière d'en bas.
L’affixe s du nominatif singulier du masculin et du féminin, qui exprime l’agent du verbe, l'actif« je suis », la volonté. cet affixe premier des « vibhakti » ou affixes de déclinaison, le principal de tous comme sens, est numériquement aussi d’un intérêt excep tionnel. De tout xétra « champ », il représente le Brahma, c’est-à-dire la force créatrice et le suprême intellect.
De toute création, depuis la plus grande jusqu’à la plus petite, il symbolise l’Ego-Unité.
Il cèle, enfin, le mystère des Krshna, ou Christs, et par suite, en chimie, n’est pas moins que ce corps mystérieux, l’indigo, que Mme Blavatsky, qui était initiée, et dans les ouvrages de laquelle nous avons trouvé l’affirmation nue, qu’évidemment il ne lui a , pas plu de prouver, du système occulte du sanscrit, l donnait à ses disciples comme le symbole de l’Ego humain.
Il est plus que l’emblème de l’Ego humain; il est l’emblème à la fois de l’Ego humain et de l'Ego cosmique, chose très difficile à comprendre sans les nombres, extrêmement aisée avec eux. L’indigo bleu a pour formule H50AZC8. La molé cule de carbone a pour équivalent en poids 12, mais sept est le nombre des « Grands Mystères », — dit la _ , _ J
NOTES SUR LA GRAMMAIRE DE PANIN! 221 Kabalah — et le 12 du carbone est, dans ses hiérar chies atomiques, nettement divisible en 7 + 5. comme le troisième degré du ra sanscrit. L’équivalent en poids de l’indigo bleu, en arrêtant au sept du carbone, est : 5+16+14+‘7+8=91, soit la valeur de Krshna « Christ » ; dans les second et troisième degrés : k, 22+r, 6+sh,42+21=91. L’orientaliste sait que, parmi ses acceptions, « Krshna » a celle d’indigo.
Pourquoi, très souvent, n’analyseriohs-nous les termes occultes que dans ces deux degrés —- délais sant le premier ? Observez l’axiome de la bouche de Cri—Krshna, dans un de ces livres consternants pour l’imagination humaine, où rien peut-être, le plus nul signe de ponc tuation, le plus insignifiant dessin du cadre, ne relève de la fantaisie: Bhagauad Gîtâ. I. IV. — « atra çûrâ maheshvâsâ « bhîmâriunasamâ yudhi...
Héros (çûrâ) sont ceux-ci « (atra), puissants archers (maheshvâsâ) tels (samâ), « dans la bataille (yudhi), que Bhîma et Arjuna... ». Il y a quatre guerriers vraiment Divins, correspon— dant aux quatre principes supérieurs de l’âme humaine ; et, bien que leur ordre de valeur soit: I. Yudhishthira, Il. Bhîma, IlI. Arjuna, lV. Sahadéva, cependant les deux intermédiaires sont seuls pris comme termes de comparaison.
222 L'INITIATION Pourquoi P Parce que dans toutes choses la tonique mesure la va leur. Elle est l’âme l...plus importante, comme cons cience, que l'Esprit au-dessus et que la chair en bas, parce qu’elle est la conscience acquise. Ce qui fait l’homme,c’est l’âme. L’Esprit est seulement ce qui sera plus tard l’âme de_l’homme. Homère ne fait com battre Achille (Yudhishthira) qu‘à la fin du siège de Troie. La loi tient bon dans la chimie.
Quand on classe les éléments dans leur ordre musi— cal, l’oxygène devient la tonique, le rayon vert, le Fa, l’alcool, puisque l’ozone,avons-nous dit, est le rayon bleu, et bien qu’il ne soit pas — et à beaucoup près — le mieux pourvu de force, d'éther, des producteurs d’acides, le chimiste et le biologiste savent qu’il est le plus important. La loi doit tenir bon, nous supposons, dans toutes les langues. (A suivre.) .,au-W
Au Pays des Esprits (Suite) CHAPITRE XXII L’ENCHANTER‘ESSE L’époque où j’avais résolu de changer ma vie et la sphère de mes actions approchait rapidement. Huit ans s’étaient écoulés depuis mon départ d’Angle terre; j’étais las du métier des armes, sous le soleil brûlant de l’Inde, et je désirais vivement retourner dans mon pays natal, afin d’y vivre d’une façon plus conforme à mon éducation primitive.
Les Hindous, ' que je connaissais, comptaient énormément sur la continuation de mon séjour parmi eux pour augmen ter leurs pouvoirs psychiques; aussi, je me gardai bien de leur parler de mes projets. Mon retour en Europe rencontrait également une forte opposition auprès de mes parents.
Mais, ce qui me préoccupait beaucoup plus que la gloire ou les richesses, c’était ' l’espoir de terminer bientôt mes épreuves initiatiques, dans une société extrêmement antique, à laquelle j’aspirai passionnément. —— Peu importe à mes lecteurs l’endroit où cette Société se trouve et en quoi consistent ses rites et exercices.
"'"‘I“' 2 24 L’INITIATION [SEPTEMBRE Le xnx° siècle est peut-être le point culminant de la philosophie matérialiste, qui s'est lentement déve— loppée depuis cinq cents ans dans le monde civilisé. Aussi, les hommes de cette époque sont-ils les der niers à pouvoir apprécier une association dont le but principal est la destruction de tous les mythes théo logiques et l’inauguration du véritable royaume spi rituel.
Comment comprendraient-ils que la science occulte doit réunir un jour le passé et le présent, le monde spirituel et le monde naturel? Les rares élus qui, dans notre génération, sont prêts à l’affiliation dans cette société, seront appelés, comme je le fus moi-même, avant d’avoir même soupçonné son exis— tence. Le reste des humains la chercherait en vain.
J 'avais été appelé, dis—je, et j’étais même obligé de me joindre à ses membres; mais seulement, après une douloureuse série d’épreuves, je pouvais espérer obte nir tout ce que cette association était capable de me donner. Pour elle, j’avais travaillé, souffert, aban donné tout ce qui rend la vie heureuse. J’avais sa crifié mon corps etmon âme, afin d‘arriver àmon but, et j’étais maintenant sur le point de recevoir ma ré— compense.
A mesure qu’approchait le moment suprême, j’y pensais de plus en plus, et c’est avec peine que j’accomplissais ma tâche journalière. Je voulais être prêt pour l’oeuvre que je tenais à entre prendre et, en même temps, je désirais quitter l’lnde sans regrets. Tout allait bien selon mon secret des— sein; lorsque vint un jour, à jamais mémorable pour moi, car il précéda un épisode de ma vie que je ne
1902] AU PAYS DES ESPRITS 225 voyais pas encore bien nettement, mais dont j’éprou vais déjà le sombre, lugubre pressentiment. — Mon cher ami, me dit un jour Graham, il faut que je parte immédiatement pour Calcutta. Cette lettre me rappelle sans perdre un instant.
Je regrette bien vivement de vous quitter, vous etvotre délicieuse hospitalité. — Attendez la nuit, Graham, et je serai votre com pagnon de route, car, moi aussi, je suis obligé de me rendre à Calcutta aussitôt que possible. Cette conversation avait lieu au moment de dé— jeuner le lendemain de la visite dont j’ai parlé dans le 'précédent chapitre.
Outre l‘importante affaire qui m’appelait à Calcutta, j'avais encore un autre motif, car je venais de recevoir de mon ami John Dudley une lettre pressée qui aurait dû me parvenir beaucoup plus tôt. En parcourant cette missivej’appris que M. Dudley avait succédé au comte de D..., par suite du décès des héritiers directs.
Son élévation au titre de pair était complètement inattendue et parais— sait n’avoir changé en rien la cordialité de son carac— tère ni altéré les sentiments de, ses chères filles. Elles avaient éprouvé seulement quelque étonne ment en s’entendant appeler un beau matin lady Sophia, lady Edith et lady Blanche.
Sa lettre était pleine d’allusions à ses. expériences parmi les spiri- , tualistes américains et me rappelait la promesse que je lui avais faite de revenir au bout de dix ans. Il ajoutait que j’avais une bonne excuse pour retourner en Angleterre, ne serait-ce que dans le but d’escorter à son retour sa fille, lady Blanche, qui avait accom 15
226 _ L‘INITIATION pagné sa tante,lady Emily R., dans Mode. Il lui avait été impossible de refuser ce départ, les esprits eux mêmes s’étant mis de la partie. — « Maintenant, mon cher ami, écrivait-il en terminant, ne pensez pas que je veuille vous imposer aucune corvée. Je vous de mande seulement de voir mon petit Coucher de soleil et de rechercher si elle est heureuse. Louis, je vous donne carte blanche; agissez comme si elle était votre fille.
Si elle préfère encore la lune de son pays natal à l’astre flamboyant qui vous brûle dans l'lnde,ramenez-la vers son vieux père.
Embarquez la avec une légion d’ « ayahs » pour la servir et un régiment de cipayes pour la défendre, et vous pouvez être sûr de votre récompense, dussé-je engager mon comté. » Telle était en substance la lettre de mon vieil ami, et, bien que très ennuyéà la pensée qu’elle aurait dû m’être remise quelques mois plus tôt, j'espérai encore arriver assez à temps.
Je passai une heure à écrire à lord Dudleÿ et je fis mes préparatifs de départ, pendant le reste de la journée. Nous partîmes de nuit, Graham et moi, pour la ville des palais, où nous arrivâmes à l'heure voulue. Nous primes congé l’un de l’autre et nous. nous rendîmes à nos afiaires. Je passai le plus tôt possible chez le vicomte de R. et demandai sa femme et sa nièce.
On me répondit qu’elles étaient à la campagne et seraient de retour le lendemain. Je laissai des cartes pour elles. Le matin suivant je reçus du vicomte une cordiale, invitation à dîner en famille. Je me préparais à sortir lorsque le
AU P:’xYS DES ESPRITS 227 . . ...—-.,, -. -. ..—wm—.vJ'Fb‘""_‘ * capitaine Graham pénétra dans ma chambre avec sa franchise peu cérémonieuse, et me tendit un billet extrêmement parfumé et d'apparence originale. Il me supplia avec animation d’accepter l’invitation qui y était contenue, et de me rendre à la soirée donnée par Mme Hélène Laval, veuve d’un éminent nabab indien, et reine incontestée dans une certaine classe de la société de Calcutta.
Je ressentis d’abord un mouvement de colère, et, malgré la réelle affec tion qui nous unissait, je fus quelque peu froissé que Graham ait pu me croire capable de perdre mon temps dans des assemblées frivoles. Il savait que je tolérais à peine les cérémonies offi— cielles auxquelles j’étais forcé d’assister.
Comment .donc s’imaginait-il, lui demandais—je froidement, que j’irais augmenter la cour dorée qu’une vaine et ambi tieuse femme attirait autour d’elle. ‘ Le pauvre Graham supporta mes reproches très pa tiemment, mais ne céda pas. Il m’affirma que la belle Hélène était, comme moi, une mystique, une occul tiste ardente. Elle avait depuis longtemps entendu parler de moi, et désirait vivement me voir.
Quant à ceux qui venaient chez elle, c’étaient de profonds penseurs, de graves réformateurs et des métaphysb ciens. Évidemment, elle autorisait quelques mon dains, mais j’y trouverais en plus grand nombre des personnes que je connaîtrais pour les meilleurs de la ville. C’est surtout pour moi que je plaide, ajouta Graham avec ardeur.
Ily aura cette nuit chez Mme Laval QUELQU’UN que je vous supplie de voir, et à qui je serais très heureux que vous parliez, au
22 8 L’INITIATION moins pour obliger l’ami qui ne pourrait rien vous refuser. — Vous voulez que je voie votre charmeuse, Graham. Eh bien, dès que je pourrai m‘esquiver du dîner auquel je suis invité, je me rendrai chez Mme Laval.
A mon arrivée chez le vicomte R., je fus reçu par lui avec plus de cordialité qu‘il n’avait accordé autre fois au mystique allemand, et sa femme, {dans tout l’éclat de sa nouvelle dignité, vint à ma rencontre avec l'intérêt affectueux des anciens jours. A côté d’elle, se tenait la gracieuse lady Blanche Dudley. Ce n’était plus la petite Blanche, le petit Coucher de soleil.
Elle avait un peu grandi, mais était tou jours petite, fragile, presque éthérée, et remarqua blement belle. Les sylphes, les ondines et les fées légendaires auraient pâli devant la splendeur de cette merveilleuse, divine créature. Je la regardais, comme j‘aurais regardé le chef—d’œuvre d’un Apelle ou d’un Phidias. A cette époque elle était pour moi bien plus une déesse de marbre qu’une mortelle.
Une légère tristesse assombrissait ses beaux traits, et ses formes gracieuses avaient tant de dignité que je m’arrêtai devant elle en proie autant à la surprise qu’à l‘admi— ration, sans songer à la saluer.
Ses manières aussi n’étaient plus les mêmes, car, dans son empresse ment amical à m’accueillir, il y avait un certain mé— lange de réserve féminine, un air rêveur et absent, qui me fit oublier complètement la rieuse jeune fille que j’avais connue quelques années avant. Devant mes yeux passa la rapide vision de tous les
AU PAYS DES ESPRITS 229 cœurs qui soufl‘riraient pour elle, qui soupireraient en vain pour cette créature de lumière, cette ondine sans égale, dans ce climat brûlant qui décuple tous les désirs !
Ce fut tout, absolument tout ce que je pensai de lady Blanche Dudley;et cependant, pendant de longs mois, je l’accompagnai fidèlement dans ses pro menades; je l’aidai dans les réceptions officielles; j’écoutai sa voix charmante,plus douce que celles des syrènes, et je surveillai sans cesse la foule de ses adorateurs, souriant intérieurement lorsque je voyais les plus riches et les plus nobles se disputer un regard de ses beaux yeux violets.
Je la regardais, selon mes meilleurs camarades, comme un iceberg de l’océan Arlz‘que reflète les rayons du soleil, sans jamais fondre sous leur chaleur. Jamais Blanche ne changea pour un autre vêtement, la douce, blanche et flocon-— neuse étoffe de gaze qui voilait ses formes exquises ; jamais elle ne remplaça par des bijoux les fraîches fleurs qui constituaient sa seule parure.
Nul ne sau rait donc s’étonner de la voir le point de mire de tous les regards admiratifs, saufles miens. A cause de son père, et parce que je me souvenais combien tendre ment son cœur avait compati autrefois à mes étranges peines, je lui dévouais tout mon temps disponible. J’aimais à la conduire vers ces scènes d’art antique et de splendeur qui abondent dans l’Inde, appréciées seulement par une petite minorité.
Parfois je m’étonnais de l‘excessive beauté de ma compagne etj’élevais jusqu’à mes lèvres une boucle de ses cheveux d’or. Parfois, j’y plaçais des fleurs. Jamais elle ne levait les yeux sur moi, me parlait à
2 30 L’INITIATION peine, et cependant je savais qu‘il n’y avait de sa part aucune intention mauvaise. Le soir de ma première visite, j'informai mes amis que j’étais forcé de les quitter après le dîner. car j’avais résolu de me rendre au rendez-vous pris avec Graham.
Je ne fus libre qu’à minuit, et je me prépa rai à prendre congé, lorsque le vicomte me demanda si je voulais le remplacer etservirde guide à sa femme et à sa nièce, qui devaient aussi aller chez Mme Laval. — Vous connaissez donc cette dame, demandai—je à la vicomtesse. — Oui, répondit lady Émily. Hélène est la plus grande amie de Blanche. Elles sont inséparables.
Du reste, ajouta-t-elle à voix basse, c’est une mystique, un médium, et nous sommes enchantés de cultiver ses facultés par notre présence terriblement matérialiste. Elle lit dans les étoiles, prépare des philtres, etc. — Ma chère tante, interrompit Blanche, ne parlez pas si follement d’l—lc’lène.
C’est une femme bien au— dessus de son entourage, chevalier, ajouta-t-elle en rougissant. -- Pourquoi ne m’appelez-vous plus Louis, comme vous en aviez l’habitude, demandai—je ? Voulez-vous donc que je vous nomme lady Blanche Dudley ? ——- Louis! dit—elle,si dramatiquement que le son de sa voix retentit encore à mes oreilles. —— Louis, main“ tenant et pour toujours ! Je ne dirai rien de la réception de Mme Laval, ni de la splendeur de ses salons. Il suffit au lecteur de savoir que, à peine entrée, Blanche courut au-devant
AU PAYS DES ESPRITS 231 de son amie bien-aimée, l‘embrassa et revint vers moi pour me la présenter, avec dans les yeux quelque chose de sa gaieté de jadis.
A mesure qu’elle appro chait de nous, je vis à ses côtés une femme brune, grande, gracieuse,aux grands yeux orientaux, et dont les cheveux d‘ébène resplendissaient de diamants. et je reconnus la personne dont j’avais perçu les traits avec tant d’émotion, lorsque j’avais psychométrisé le talisman de Graham! _ Cette dame, que ses amis avaient surnommée l’ « enchanteresse », me reçut avec une prédilection marquée.
Elle retint ma main dans les siennes plus _de temps qu’il n’était nécessaire, et me dit que je n’étais pas pour elle un étranger, bien qu’elle me fût une inconnue.
Elle me nomma différents endroits de ma vie publique où j’avais pu me trouver en présence de plusieurs personnes sans leur parler; me dit qu’elle avait suivi ma carrière avec le plus grand intérêt, et qu’elle était particulièrement enchantée de mes rela tions avec sa jeune amie; finalement elle abandonna ma main, mais non sans me l’avoir pressée d’une façon particulière et sans m’avoir donné les signes de reconnaissance d’une société à laquelle j’appartenais, mais qui n’avait jamais admis de femme.
Sans me donner le temps de me remettre du trouble quesa vue m’avait causé, ni de réfléchir à ses compliments, et aux marques extraordinaires d’entente qu’elle m’avait données, cette femme étrange me présenta son frère, un monsieur Paul Ferrault, un Français, grand et assez beau, qui ressemblait à sa sœur. Lorsque la main dégantée de cet homme toucha la mienne, je
2 3 2 L’INITIATION ressentis un frisson comparable à celui que j’aurais éprouvé en plongeant le bras dans un nid de rem pantes vipères. O clairvoyance, don fatal, malédiction de la vie mortelle, pouvoir terrible qui perce le voile tendu avec tant de sagesse devant le centre intérieur et secret des êtres! Au moment où cette femme fixa sur moi ses yeux perçants, je devins voyant. Le voile se leva.
Près d’elle brillait la robe blanche comme la neige de lady Dudley. Au-dessus de Mme Laval et de son frère, trois hideux élémentals grimaçaient, révélant nettement les tendances de ce couple mauvais, et pénétraient l’aura de la malheureuse enfant qui leur était offerte en sacrifice, la pure victime, comme dans quelque rite lugubre!
Non loin de ce groupe, j’aperçus Graham et je fus vivement froissé du regard anxieux qu’il jeta sur moi, au moment de la présentation. J’ai souvent constaté que l’exercice de la vie spirituelle est rarement ac compagné du pouvoir d‘en tirer profit. Le voyant est forcé de contempler ce qui est caché aux autres, et les liens gênants de la société viennent neutraliser la valeur de ses découvertes.
Si j’avais suivi les avis que me suggéraient à ce moment mes perceptions astrales, j'aurais dédaigneu sement repoussé le frère et la sœur, au lieu de m’in cliner devant eux et de leur permettre de toucher ma main frémissante. Je les aurais écartés de tout ce qui est bon et beau. Surtout, j’aurais conduit Blanche au tombeau, plutôt que de permettre à leur nuisible pré— sence de s’interposer, comme une flétrissure, entre .-h"'-l_-Ë nI"J "
AU PAYS DES ESPRITS 233 elle et la splendeur de sa jeune vie. Mais l’ombre de l’avenir m’enveloppa comme dans un suaire glacé, et, quand je surpris les yeux de Graham fixés sur moi, j’étais étourdi, malheureux, pris de vertiges,et il com prit que j’avais reconnu l’original de ma vision.
Lorsque l’hôte et sa femme me quittèrent pour recevoir d’autres visiteurs, Graham s’approcha de moi et me dit : ‘— Vous avez mon secret, chevalier, vous voyez devantvous mon enchanteresse. Vous ne vous éton nez plus, je suppose, de l’attraction que j’ai subie. Je ne m’émerveille pas nOn plus de celle à laquelle vous n’avez pu résister.
Il jeta en parlant un coup d’œildu côté de Blanche. —— Oh, dis—je, en tressaillant comme dans un rêve, personne ne m’attire ici, Graham. Tout ce qui s’y passe me déplaît, et l’atmosphère est si écrasante que je ne puis rester une minute de plus. Je prétextai une indisposition, que du reste je res sentais réellement, et je me hâtai de partir.
Cette nuit-là même. au momentoù les faibles rayons de l’aurore naissante commençaient à diminuer l‘obs curité, je m’éveillai avec uneindescriptible sensation d’oppression morale. Il me sembla que tout ce qui était bon et vrai m’avait abandonné et que je me trouvai dans une infecte prison.
Déterminé à chasser par l’exercice cette sorte de cauchemar, je me levai rapidement; mais, à ce moment, j‘aperçus, distincte ment entre moi et le ciel faiblement illuminé, qu’on pouvait voir, par la porte vitrée laissée ouverte, la forme de Mme Hélène Laval, gracieuse, splendidement belle et dans l’attitude royale d’une véritable Médée. _ _.a‘,Ç c.vy.;..
234 LÏNITIATION D’une main elle tenait une petite boucle de cheveux noirs, de l’autre une boîte carrée, dontje ne reconnus pas la nature. Profonde, douce et même sympa thique, sa voix murmura : « Ne cherche pas à me fuir; je t’aime et t’ai toujours aimé.
Réponds à ma tendresse ou je détruirai tout ce que tu aimes le mieux. » Elle leva la boîte et je vis qu’elle contenait une miniature d’ivoire reproduisant mes traits, que M. Dudley avait prise avant mon départ d’Angleterre. Je la croyais toujours dans sa famille. Sans trop savoir ce que je faisais, je bondis hors de mon lit et je saisisle fantôme par le bras. essayanten même temps de m’emparer du portrait.
Ce que je touchais me donnait l’impression d‘une substance ressemblant à de la gaze gommée ou à une mousse— line légère gonflée d’air. lnstantanément cette subs tance commença à céder sous la pression de mes doigts, la forme s’al’faissa, se retrécit et fondit complè tement.Je ne vis plus que deux longs yeux noirs taillés en amande, dont je voudrais pouvoir oublier l’expres sion.
J’avais souventtouché des « esprits atmosphériques», y compris le mien. Je connaissais cette sorte de résis tance, ressemblait à celle d’un corps quelconque plein d‘hydrogène, mais je ne m’étais jamais trouvé en présence d’une telle massed’essence vitale matérialisée. Le terrible spectre cependant s’évanouit; mais, depuis ce temps, il me hanta jour et nuit pendant de longs mors. (A suivre.)
La reproduction des artlcles inédits publiés par I'lnitiation est formellement Interdite. à moins d'autorisation spéciale.
PARTIE INITIATIQUE Cette partie est réservée à l’exposé des idées de la Direction,des Membres du Comité de Rédaction et à la reproduction des classiques anciens.) La Mort du Christ L’observateur qui s‘élève un peu au-dessus des préoccupations courantes pour s‘attacher à l’évolution des idées générales peut, en ce moment, remarquer un fait bien curieux : c’est l’importance qu’a subite— ment prise la question du Christ dans les revues de la religion israélite doctrinale (I).
De véritables polémiques ont pris naissance à ce propos, et il n’est pas inutile, pour nos lecteurs, d’ex— poser les phases diverses de ce débat. Pendant les premières années du xrxe siècle a com— mencé à se constituer cette science de la critique his torique, qui devait fournir de si admirables résultats.
De l’histoire des événements sociaux on passa vite à l’histoire des doctrines religieuses des divers peuples, à leurs évolutions, à leurs mélanges et à tous leurs divers rapports. Ne se rendant aucun compte de l’in— fluence du plan invisible sur la formation des reli gions, le critique en arriva facilement à tout considé rer comme le produit del’imagination ou dela rouerie (I)Br0ChuœdéM. Philipson. Univers israélite,du 1 1 av. 1902 Louis Lévy); L’Ami d’lsraël (de Bâle), avril et juillet 1902.
236 L'INITIATION d'hommes intelligents désirant accaparer le pouvoir soit temporel, soit spirituel. La religion chrétienne n'échappa pas à cette cri tique, bien au contraire, et l'on put voir la Genèse, divisée en traditions ælohite et jéhovite. sembler dé— noncer l’œuvre de facteurs aussi divers que nombreux.
De même, le rapprochement des Évangiles et de la Bhagavat—Ghita, de l'histoire de Jésus et de celle de Krishna, fournit aux détracteurs du christianisme des armes jugées excellentes par le positivisme. Le clergé, devenutropignorant des sciences contem poraines pour entrer réellement en lice. répondait par des injures ou des enfantillages aux solides attaques de la critique et laissait le champ libre à ses adversaires.
C’est ainsi qu'il se forma une sorte d’intellectualité nouvelle, dans laquelle toutes les révélations reli gieuses avaient la même valeur, et tous les révélateurs se trouvaient sur le même pied. Le cerveau humain d’Occident devenait ainsi, au point de vue religieux, une sorte de bazar où la Pagode voisinait avec la Syna gogue, le Temple et l’Église, et où la statuette du Bouddha côtoyait la croix du Sauveur et le fétiche du nègre.
Cette macédoine de textes et d’objets sacrés fut décorée du nom de « Sagesse Divine », émaillée de termes prétentieux généralement tirés du sanscrit et détournés deleur sens véritable,au grand scandale du sanscritiste, et cette exquise Logomachie devint une Théosophie. La lueur cérébrale dont la lumière est lunaire et froide, Boudd, étendit alors son empire sur le feu cardiaque dont la lumière est brûlante d’amour,
LA MORT nu CHRIST 237 Chrislos, et l’on ne vit partout qu’êtres collectifs et personnages légendaires. On raisonna, ou mieux on rêsonna, mais l’on ne perçut plus la lumière secrète de la créature. On éteignit les vibrations cardiaques pour faire l’apologie du plan mental. A(ce moment, qui nous reporte au milieu du xrx° siècle, entre 1850 et 1870, les gens de qualité con sidéraient Jésus comme un brave homme, un peu' excentrique et beau parleur.
Renan mesurait le G01— gotha avec son parapluie. Enhardis par ce premier succès, les exégètes allèrent plus loin. Ils nièrent froidement l’existence même de Jésus, en tant qu’être humain ayant vécu sur terre.
Le christianisme devenait alors l’œuvre d’un malin, excellent réalisateur du reste, saint Paul, et le petit sabbat intellectuel reprenait avec le récit dit « scien tifique » des luttes de saint Paul et de saint Pierre, des dissensions causées par les disciples de Jean, etc. Jésus n’existait plus que comme un principe méta— physique : Cnnesros, qui faisait de l’homme quel conque qui développait ce principe en lui un CHRIS T05.
On pouvait évoluer ce principe dans sa nature, à moins quel’on ne préférât évoluer d’autres facultés qui vous rendaient Yogui, ce qui était peut-être con sidéré'comme plus élevé, et, comme corollaire, on enseigna que nous étions tous des dieux et, comme tels, il était aussi ridicule qu’inutile de nous prier nous—mêmes Ceux qui enseignent aujourd’hui encore ces doctrines n’ont jamais vu les êtres humains comme on les aperçoit du plan invisible, car ils changeraient singulièrement leurs théories; mais passons.
2 3 8 L'INITIATION -‘_.15 . \ Les documents et les assertions des savants ter restres sembleraient-ils dix fois plus sérieux qu’ils se raient quand même réduits à néant, pour la bonne raison qu’ils ne correspondent pas à la réalité, seule génératrice des clichés permanents du plan astral.
Aussi, alors que l’athéisme semblait définitivement triompher, à l’heure même où les matérialistes de l’École de Bradlaugh trouvaient dans le Bouddhisme une conclusion logique de leurs aspirations, des do cuments nouveaux étaient mis à jour, qui démolisv saient l’édifice de négation.
Des livres rabbiniques écrits pour insulter Jésus, des passages encore inaperçus du Talmud et une foule d’autres documents de provenance certaine et non suspecte, puisque en dehors même du christianisme et de ses partisans, venaient prouver l’existence ter restre et historique de Jésus.
C’est alors qu’on revient à la théorie du « doux illuminé », chère à Renan, et qu’on commence âfaire appel aux découvertes m0 dernes de l’hypnose pour expliquer certains faits.
Toutefois les Israélites sentent parfaitement le dan ger croître pour leur propre tradition, qui nie toute filiation divine à Jésus et, comprenant avec leur ins— tinct si sûr les responsabilités sociales futures, ils s’efforcent de démontrer que les Juifs ne sont pour rien dans la mort de Jésus, si même il est démontré que cette mort ait pu se produire.
' Une série d’ouvrages de Rodriguez fort bien faits, Saint Pierre, Saint Paul, Le Roi des Juzfs, etc., sont écrits avec références évangéliques pour innocenter lsraël. D’autre part, le champ de la discussion histo _ . 1L.x_{_44.huh-— ""“' ‘
LA MORT ou CHRIST 239 rique se resserre autour d’un problème nouveau et actuellement en pleine discussion : LA mon DE JÉ sus. Obligés d’admettre sa vie, les critiques forment le bataillon sacré autour de sa mort, et, appelant à leur aide les savants, les physiologistes et les hypnotiseurs, ils s’efforcent de démontrer qu’il n’était pas mort sur la croix et que sa résurrection est le plus simple des phénomènes.
Nous sommes personnellement si certains de voir les critiques perdre encore leur effort dans ce sens et être bientôt obligés d’admettre la mort réelle, pour porter leur bataille autour de la question de la résur rection, que nous pouvions attendre l’évolution forcée d’un cycle connu d’avance. Mais il nous a été permis d‘écrire quelques éclair cissements à ce sujet.
Nous tenons à affirmer tout d’abord que ces éclaircissements ne nous viennent d’aucun être passif: sujet plus ou. moins lucide, ou médium,ou voyant quelconque endormi; que d’autre part ils ne sont pas le résultat de la mise en jeu de nos facultés personnelles, trop peu développées pour sor tir de l’ordinaire.
Nous pouvons, grâce à ces données, mettre en parallèle l’histoire de la Mort de Jésus, telle qu'elle est graphiée dans le livre-de vie que lit le Maître de la Terre et que peut énoncer l’Esprit le plus ancien vivant en ce moment sur Terre. Ces explica— tions suffiront, pensons-nous, pour ceux qui savent. Pourles autres, nous dirons seulement qu’ils peuvent considérer ce que nous allons dire comme ils le vous (iront: rêverie ou invention. Cela n’a aucune impor
240 ' L'INITIATION tance. L’important est qu’on sache que nous ne sommes rien et que nous ne savons rien personnelle ment. n -\t:p Avant d’aborder l’exposé de nos idées sur ce point, nous croyons indispensable de résumer clairement toutes les objections soulevées auprès des matéria— listes et des critiques par ce problème.
Aussi donnons— nous ci-dessous l'excellente étude publiée, il y a quelques mois, par le docteur Cabanès, dans la Re vue (ancienne Revue des Renues), qui est toujours au premier rang pour les questions d’actualité. LA mom‘ DE JÊSUS DEVANT LA sereuee (“JON’I‘EMPORi—HNE (l) I La mort de Jésus a été le thème de maintes contro (l) Le problème récemment soulevé du « suaire » de Jésus Christ a profondément troublé Paris et avec lui la France.
Laissant de côté cette découverte fantaisiste, tant de fois dis cutée et combattue, la Revue croit de son devoir de mettre ses lecteurs au courant des discussions importantes sur la ' mort de Jésus qui ont retenti et contnuent à retentir, au nom de la Science, dans les principaux foyers de la pensée con temporaine.
Ilserait inutile d‘ajouter que notre savant colla borateur, M. le docteur Cabanès, fidèle aux tendances de la Revue, s’est borné, dans son travail, au rôle de rapporteur impartial et scrupuleux des controverses, tout en restant pro fondément respectueux de toutes les susceptibilités de la Reli gion et de ses fidèles les plus pointilleux. (N. d. I. R.)
LA MORT DU CHRIST 241 verses. On n'a pas que glosé sur la date (1) de cet événement fameux qui, depuis vingt siècles, est la pensée constante de l’humanité (2). Des érudits se sont divertis: à déterminer la nature du bois qui cons— tituait la vraie croix; à rechercher àquelle espèce végé tale appartenaient les épines de la couronne dont on a ceint le front de Jésus; à dénombrer les clous qui ser— virent à la transfixion (3).
N’est-on pas allé jusqu’à compter les pas du Sau veur se rendant au lieu du supplice (4) ? Ce sont là questions oiseuses ou puériles, où ne peuvent s’attar der que les casuistes,et qui ne sauraient retenir notre curiosité, un instant éveillée, que par leur singula rité. Un problème d’une autre envergure s’impose à nos méditations et ce n’est qu’avec une prudence extrême que nous osons l’aborder. Loin de nous la pensée de (1) Cf.
Jésus de Naqareth, par P. de Régla, ch. 11. Les Evangiles eux—mêmes ne sont d’accord ni sur la date de naissance, ni sur la durée de la vie du Christ. D‘après la légende, Jésus serait mort à trente ans ; cependant Irénée dit qu' « il a passé par tous les âges, afin de servir d’exemple à tous comme enfant, homme fait et vieillard; la durée de sa vie a été au moins de cinquante ans ». (L. 11, ch. xxn, 3, 4 et 5).
Ce fait est attesté par l‘apôtre saint Paul en ces termes: ct Principatum tenait in omnibus » (Colos., L. xv1n), ainsi que dans l'évangile de saint Jean, par ce reproche des Juifsà Jésus : « Tu n’as pas encore cinquante ans et tu prétends avoir connu Abraham! » (VIII, 56, 57), mot qui serait incompréhensible si Jésus-Christ n’était pas supposé avoir eu alors près de cin quante ans (Malvert, Science et Religion). (2) Le Miracle, par le docteur Goix. (3) Hist. de la Passion de Jésus-Christ, par Peignot(r828); Voyage au Levant, par Peignot; De cruce Christi hypomne mata quatuor, etc., par Th. Bartholin, etc. (4) Voyage de la Terre-Sainte, par le P. Doubdan (Paris, 1666). 16
242 L’INITIATION blesser certaines croyances, d’attrister ceux qui ont le rare bonheur de puiser dans leur foi un motif de répandre le bien autour d'eux ou d’espérer en cet au delà où convergent toutes nos aspirations. Nous serions au désespoir de troubler la quiétude de ces âmes ras sérénées.
Il On estime généralement que Jésus naquit sous le règne d’Auguste, vers l’an 750 de Rome, probable ment quelques années avant l’an I de l’ère que tous les peuples civilisés font dater du jour où il naquit. C’est sous le règne de l‘empereur Tibère que Jésus commença sa vie publique. Nous passons sur la pre— mière phase de sa carrière et le. rejoignons en Judée, à: Jérusalem, où il vient d’arriver en l’an 32, pourla fête dite des Tabernacles.
Cette fête se célébrait au mois de septembre. C’est dès le mois de février ou le commencement de mars de l’année suivante que la mort de Jésus fut résolue.
On connaît les moindres détails de ce drame histo— rique : l’arrestation de celui qui se disait le Messie, Fils de Dieu ; sa comparution devant Ponce-Pilate ; sa condamnation accordée comme une concession par ce juge pusillanime à une populace qui étoufl’ait de ses clameurs la voix de la justice. C’était un conspirateur, un perturbateur de l’ordre public que l’on envoyait au supplice. Si c’eût été un blasphémateur, ce supplice aurait commencé par la
LA MORT DU CHRIST 243 lapidation. La croix était, comme on l’a justement dit, un supplice romain réservé pour les es claves. La flagellation précédait toujours le supplice de la , croix ou de la décapitation. Point n’était besoin de donner un ordre particulier pour que l’on appliq‘uât au condamné cette torture préalable.
Si,comme on l’a pré— tendu,Pilate rendit àcet égard une sentence spéciale, il paraît certain, ainsi que le ditl’Évangile, que le procu— rateur romain espérait apaiser la fureur des Juifs par «cette épreuve ignominieuse. La flagellation était un supplice usité chez les Ro mains, et surtout chez les Juifs.
Le Talmud le décrit ainsi : « Les deux mains étant liées à la colonne, le vête ment était ôté par le ministre public, et celui qui devait être frappé de verges était nu jusqu’à la cein ture. Alors on plaçait derrière le patient une pierre, sur laquelleétait debout le licteur, tenant en main un nerf de bœuf à plusieurs branches, avec lequel il frap pait le condamné, qui n’était ni debout ni assis, mais incliné (de manière‘à tendre le dos).
Or, le licteur frappait, d’une main, aussi fort qu’il pouvait, et en même temps le héraut criait:Si tu ne gardes et n’ob serves les paroles de la loi écrit en ce volume (le Deutéronomé, XXVIII, 58), si tu ne crains son nom glorieux et terrible, c’est-à-dire le Seigneur ton Dieu, le Seigneur augmentera les plaies et celles de ceux qui te suivront.
Un autre comptait les coups, et un troi sième ordonnait de frapper. » On ne devait pas, d’après la loi, donner plus de quarante coups. Aussi,
244 L’INITIATION pour ne pas excéder ce nombre, on n’en appliquait que trente-neuf (I) A Rome, tout criminel condamné à mort était d’a bord battu de verges, quel que fût son supplice, soit la décapitation en qualité de citoyen romain, soit la crucifixion comme étranger ou esclave. Les faisceaux des licteurs en font foi : ils étaient composés de plu sieurs baguettes ou verges liées ensemble et la hache était au milieu.
Quand une exécution devait avoir lieu, les licteurs déliaient leurs faisceaux, attachaient le criminel à un poteau, après lui avoir lié les mains derrière le dos, le frappaient de verges pendant un certain temps; puis, s’il devait être décapité, on le faisait mettre à genoux, et on lui abattait la tête avec la hache du faisceau.
S’il devait être mis en croix, on le conduisait au lieu du supplice; on l’attachait à la croix, soit avec des clous, soit avec des cordes, et on l’y laissait périr (2). On a élevé quelques doutes sur l’usage du crucifie ment chez les Hébreux.
On a prétendu que le supplice de la croix était inconnu parmi eux, que leur langue n’a pas même de terme pour signifier une croix ou pour exprimer l’idée de crucifier un homme vivant; qu’à la vérité on pendait quelquefois les criminels, mais seulement après leur mort, jamais avant. Le genre de supplice usité à l’époque de la mort, réelle ou supposée, de Jésus était, d’après certains, la pendaison à une potence. Par le mot crux (croix) -— (I) Saint Paul, Epitre aux Corinthiens. (2) Hist. de la Passion, par Peignot.
LA MORT DU CHRIST 245 nous exposons les arguments produits par ceux qui soutiennent cette thèse (1)—les Romains entendaient une potence, et le mot crucz_‘fier signifiait pendre. « Les trois premiers Êvangiles ou légendes écrites, attribués à Luc, Marc et Mathieu, sont muets sur les clous, et ne parlent que de gibet et de pendaison. La chose était si claire pour tous, que les Gentils appelaient le nouveau Dieu des Chrétiens «le pendu».
Ce n’est que dans l’évangile de saint Jean, posté rieur de près d’un siècle, qu’apparaît la légende du crucifiement avec des clous et de la prétendue croix portée par le condamné, alors que les condamnés étaient attachés à des potences placées à demeure. Il faudra près de huit siècles pour que cette légende finisse par l’emporter sur celle des autres Évangiles et suggère l’idée de placer le corps de Jésus-Christ sur la croix.
« La crucifixion du Christ, c’est-à-dire la croix sur laquelle est attachée une figure, n’apparaît pas avant le VIII" siècle. De sorte qu’il a fallu sept cents ans pour que, selon l’expression de M. le pasteur Mou rant-Brock, « les hommes osassent fabriquer une « image taillée de leur dieu et l’adorer ». On s'arrêta définitivement à cette image du crucifiement inspi rée par l’évangile de saint Jean, qui diffère, sur ce point, des autres évangélistes.
« Le récit de saint Jean paraît avoir été suggéré par le supplice de Prométhée... Jésus-Christ étant la victimeimmolée pour racheter les péchés du monde, (1) Science et Religion, auct. cit.
246 L‘INITIATION ce vieux symbole a vraisemblablement contribué, comme les mythes précédents, à fournir les détails de la légende du crucifiement. « En dramatisant la mort de Jésus par le récit poi gnant de la Passion, imitée de la légende de Promé-. thée, les apôtres frappaient les imaginations et don‘ naient satisfaction aux croyances de leur temps » (l ).
Nous nous garderons de prendre parti dans un dé bat où nous n’avons pas qualité pour intervenir. Nous dirons toutefois que l’on a entrepris la réfutation de l’opinion que nous'venons d'exposer, réfutation que notre impartialité nous fait un devoir de reproduire.
Dom Calmet, dans l‘une des savantes dissertations qui précèdent son commentaire du Deutéronome, a fait voir, par des exemples tirés de l'histoirejuive, que la croix n’était point, comme le veulent les rabbins, un supplice aussi inusité qu’on voudrait nous le per suader chez les Hébreux. ' La crucifixion était, selon l’expression de Cicéron, le plus cruel et le plus odieux des supplices, crudelz’s sinium, tetérrimumque supplicium (2).
Ce supplice, servile par excellence, était le châtiment ordinaire de la rébellion (3). Tous les anciens Pères sont d’accord que la croix à laquelle fut attaché Jésus avait la forme de la lettre T. Mais, ce premier point admis, les écrivains sacrés diffèrent sur beaucoup de détails relatifs à cette croix. (1) Les Crimes et les Peines dans l'antiquité et dans les temps modernes, parJ. J.oiseleur. (2) In Verrem, V, 64. (3) Jésus de Na;areth, par Réville, t. II.
LA MORT DU CHRIST 247 Saint Grégoire de Tours pense qu’il y avait au-des sous du crucifié une petite pièce de bois en saillie sur laquelle ses pieds reposaient. Mais d’autres, et en particulier Scaliger, soutiennent que l’on ne voit au cun vestige de ce marchepied dans les descriptions de la croix que les plus anciens auteurs grecs et latins nous ont laissées.
Le patient, suivant ces auteurs, était à cheval sur une grosse cheville fichée au milieu de la hauteur de la croix, espèce de chevalet qui sou tenait le poids du corps (1).
Ce sentiment est celui de saint Justin, de saint Irénée, de Tertullien, et parait partagé par Dom Calmet : il est, on le voit, en con— tradiction avec les idées généralement adoptées par les peintres touchant la croix sur laquelle périt le Sauveur (2). (i) Les Crimes et les Peines, auct. cit. (2) Voici un curieux passage du Valesz‘ana (Paris, Florentin et Pierre Delaulne, 1685), où tous les Christs en Croix sont critiqués : « De tous les excellents peintres, anciens et mo dernes, il n'y en a pas un, jusqu‘à présent, qui ait réussi à représenter comme il faut Notre-Seigneur en croix.
Ils ont cru faire merveille de donner un coloris de chair mourante, sans aucune playe que celle du côté, des pieds et des mains, en quoi ils se sont grandement trompez. Car, quand Notre-Sei— gneur fut attaché en croix, il venait d'être fiagellé cruellement par tout le corps, et l’avoit par conséquent tout déchiré de coups et tout en sang.
Car le temps qu’il futà porter sa croix du lieu où il avait été flagellé jusqu’au Calvaire n’étant pas suffisant pour fermer des playes si récentes, il est incontes table que, quand les Juifs l’attachèrent en croix, son corps était tout couvert de playes et de sang depuis les pieds jusqu'à la tête.
Il est donc ridicule de représenter Jésus-Christ mou rant avec une chair pâle et jaunâtre, comme pourrait être celle d’une personne qui meurt dans son lit. Puisque son corps était déchiré, que le sang coulait de tous les côtéz, . pourquoy le représenter sans blessures? Il est vrai que cela paraîtrait nouveauà bien des gens et feroit même horreur ;
248 LÏNI'l‘IATION Le condamné était cloué parles mains sur la poutre transversale, la branche horizontale du T. On a, d’autre part, agité la question de savoir si les pieds étaient encloués comme les mains ou s’ils étaient simplement garrottés. Tandis que l’évangéliste Jean se prononce en faveur de la ligature des pieds, Luc émet l’hypothèse que les pieds furent égalementtrans— percés.
Le supplice du double enclouement constituait une aggravation qui semble bien n’avoir pas été épar gnée à Jésus. IlI Un point qui doit préoccuper davantage le physio— logiste est le suivant: la crucifixion était—elle suffisante pour provoquer la mort, et au bout de combien d’heures celle—ci survenait—elle généralement ?
Il importe d’abord de savoir que les croix du sup— plice n’était pas très élévées ; on peut se rendre compte_ de la hauteur à laquelle était la tête du crucifié en pensant à la baguette d‘hysope qui portait à son extré mité l’éponge trempée dans du vinaigre et que présenta mais cependant voilà la seule manière dont il faudroit le peindre. » On sait que tous les crucifix espagnols sculptés en bois ou en pierre sont peints.
Tous les christs ont les genoux exce— riés et des raies de meurtrissures sur le corps. Dans un tableau de l’école espagnole, l‘auteur a représenté le Christ en croix, le corps déchiré de toutes parts, les plaies béantes répandant le sang à flots. Ce peintre s’était complu à faire couler le sang le long du bois de la croix qui le soutenait.
De toutes les écoles de peinture l’école espagnole est, je pense, la seule qui ait osé mettre ce réalisme dans le martyre. (Cf. Intermédiaire des chercheurs et curieux, VII.) tv ' . . ;";Îr)'ïèè‘läîä‘. 1
LA MORT DU CHRIST 249 à Jésus le soldat romain ou l’un des Juifs qui assis taient au supplice. L’hysope étant un petit arbrisseau, nul doute que les pieds du crucifié se trouvaient à une très faible distance du sol. Quant au liquide présenté à Jésus, il est vraisem blable que ce n’était pas du vinaigre pur, mais plutôt de l’eau vinaigrée, la boisson ordinaire des troupes romaines.
Quelques historiens veulent attribuer à l’usage de cette boisson une importance majeure. Selon eux elle avait pour effet de préserver les soldats de toutes‘les influences morbides des climats malsains et de les entretenir en vigueur et en bonne santé. Chaque sol dat recevait périodiquement une ration de vinaigre (acetum), dont il se servait pendant plusieurs jours pour modifier légèrement l’eau qu’il buvait.
Quand cette distribution ne pouvait avoir lieu, les maladies, l’affaiblissement ne tardaient pas à se faire sentir. Aussi les approvisionnements d’acetum étaient-ils l’objet de la constante préoccupation des chefs de corps (1). De tout ceci il résulte que le vinaigre n’était pas destiné aux crucifiés et que, par suite, il n’a pu servir, comme d’aucuns l’ont insinué, à augmenter les souf— frances de.celui à qui on le présenta.
A ce propos, on nous semble avoir confondu deux incidents de la Passion, qu’il était pourtant facile de différencier. Quand Jésus fut arrivé au Calvaire, on lui présenta (l) Curiosités historiques et littéraires.
250 L’INITIATION 'r. « du vin mêlé avec du fiel et de la myrrhe ». Ce vin composé était, suivant une coutume constante, donné au début du crucifiement, très probablement à titre d’anesthésique; on pensait, grâce à cette boisson, rendre le condamné à peu près insensible aux tortu res qu'on allait lui infliger.
On a dit (1) que la crucifixion, « ne lésant aucun organe vital, et pourtant vouant le supplicié à une mort certaine », celui-ci subissait, de ce fait, « une très longue et très cruelle agonie ».
La durée de ce genre de supplice était évidemment très variable et dépendait beaucoup de l’état de résis tance de celui qui y était soumis.En raison des plexus nerveux, très abondant dans la paume de la main et à la plante des pieds, il n’est pas douteux que l’en clouement devait être très douloureux.
Il est certain, d’autre part, que «les émotions, les comparutions, les mauvais traitements », la flagellaiion et ce qui l’avait suivie avaient dû éprouver fortementJésus.0n sait, d’ailleurs, qu’il fut incapable de porter sa croix et dut se faire aider par Simon, de Cyrène.
Mais nous savons aussi que tout cela n‘est pas suffi santpourdéterminer un dénouementàbrève échéance, des sujets ayant pu rester plusieurs heures en croix sans que mort s‘en suive. Hérodote et Josèphe ont parlé de deux cas, où des crucifiés, détachés à temps, survécurent. Ce dernier historien a rapporté qu’il obtint de Titus de détacher trois crucifiés de sa con— naissance; les soins les plus empressés leur furent (r) Réville, op. cit.
LA MORT nu CHRIST 25x prodigués, et l'un d’entre eux se rétablit complète ment. ' Qui n’a présente àla mémoire l’épidémie de con vulsionnaires du xvme siècle? A cette époque, féconde en miracles, ne vit—on pas deux religieuses, sœur Françoise et sœur Marie, se faire crucifier et rester plus de trois heures dans cette situation P La Conda— mine avait vu le crucifiement de Françoiseet nous en a laissé un récit fort attachant.
« A sept heures Françoise s’étend sur une croix de bois, on l’y attache avec des lisières à ceintures au» dessous des genoux et vers la cheville du pied; on lui lave la main gauche avec un petit linge trempé dans l’eau qu’on dit être de saint Pâris ; on l’essuie après l’avoir humectée et touchée avec une petite croix de saint Pâris, et le père directeur enfonce en quatre ou cinq coups de marteau un clou de fer carré de deux pouces et demi de long, au milieu de la paume de la main, entre les troisième et quatrième métacarpiens.
Le clou entre de plusieurs lignes dans le bois, ce que j’ai vérifié après en sondant la profondeur du trou. «Même cérémonie pour la main droite, qui est aussi clouée. Françoise paraît souffrir beaucoup; mais, sans faire un soupir ni un gémissement, elle s’agite, et la douleur est peinte sur son visage.
Cependant tous les initiés à ces mystères prétendent que ces victimes ne souffrent pas et qu’elles sont même soulagées par les tourments qu‘elles endurent. . « A sept heures et demie, on cloue les deux pieds de Françoise sur le marchepied. Il ne coule pas de sang des blessures faites aux mains, mais d‘un des
25 2 L’INITIATION pieds en petite quantitézles clous bouchent les plaies. A sept heures trois quarts, on soulève la tête de la croix à trois ou quatre pieds de hauteur. Peu après on l‘élève plus haut. « Le supplice dura jusqu’à dix heures trente-cinq.
Un peu avant la fin, pour que la représentation fût complète, on lui fit une plaie au côté gauche avec une petite lance et on lui donna à boire du vinaigre avec des cendres. » Ce désir d’imiter le Christ est assez fréquent. On l’observait déjà chez les premiers chrétiens. Schnoudi. moine égyptien célèbre, s’y soumit.
Pendant la semaine sainte, nous rapporte Amelineau, quand arriva le « vendredi des douleurs sincères », il se fit une croix comme celle du Christ Jésus, l'éleva, s‘attacha lui même surle bois et resta suspendu,les mains étendues. Il endura le supplice une semaine entière. A notre époque, le père Lacordaire se soumit au même supplice au couvent des Carmes, et resta trois heures sur la croix.
On peut rapprocher de ce cas celui rapporté par Lombroso d’un monomane religieux, un cordonnier vénitien, Mathieu Lovat, qui parvint à se crucifier lui-même (I). ‘ Par ces quelques exemples il nous parait simple ment démontré que la crucifixion à elle seule,ne pou vait amener la mort de Jésus. IV Quant aux plaies produites par l’enclouement, Ce sont plutôt des plaies par écrasement, et, dans ce cas, (I) Hypnotisme, Religion, par le docteur F. Regnault.
LA MORT DU CHRIST 253 l’hémorragie qui en résulte est à peu près nulle. Une fièvre intense a bien pu se déclarer, qui s’est manifestée par une soif brûlante ;' mais l’écoulement de sang provenant des plaies n’était pas, nous le répétons, suffisant pour provoquer une terminaison mortelle.
La mort est, du reste, en ce cas,précédée d‘un engour dissement comateux, d’une perte de connaissance qui serait en contradiction absolue avec le cri poussé, d’une voie forte, par le Crucifié peu avant de rendre le dernier soupir. Tous les commentateurs des Évangiles conviennent que Jésus ne resta pas plus de trois à six heures surla croix.
Or, la mort ne se produisant qu’au bout d’un bien plus long temps par ce mode de supplice,il a fallu trouver autre chose pour l’expliquer. « La vraie cause de la mort, écrit le prestigieux auteur de la Vie de Jésus, était la position contre na ture du corps, laquelle entraînait un trouble affreux dans la circulation, de terribles maux de tête et de cœur, et enfin la rigidité des membres. Les crucifiés de forte complexion ne mouraient que de faim.
L’or ganisation délicate de Jésus le préserva de cette lente agonie. Tout porte à croire que la rupture instanta— née d’un vaisseau au cœur amena pour lui, au bout de trois heures, une mort subite. » Quelque respect que nous inspire le subtil exégète, nous ne saurions nous rallier à son opinion. Son diagnostic ne repose sur aucune donnée de physiologie pathologique.
L’hypothèse de la rupture d’un vaisseau cérébral, dont nous parle un autre critique, précédée d’une 4<congestion au cerveau, aux poumons ou au cœur»,
2 5.4, L’INITIATION ne saurait prêter davantage à une discussion sérieuse. Un détail d’une autre importance, c’est que les sol dats chargés de la garde des crucifiés, sur l’ordre du centurion gagné à la cause de Jésus par les moyens que l'on peut supposer, ne satisfirent pas à la demande des Juifs, qui auraient voulu qu’on brisât les jambes du supplicié pour bien s'as’suret‘ si la mort était réelle.
Ce brz'sement des os, auquel il était presque impos sible de survivre, ne fut pratiqué que sur les deux larrons, et Jésus ne fut point soumis à cette décisive épreuve. Les soldats se bornèrent à percer avec une lance un des côtés du supplicié : on sait que les Ro— mains faisaient garder les condamnés par des hommes porteurs d’une lance, hasta, arme courte, pouvant fa— cilement atteindre le côté du crucifié sur les croix basses, (1).
V Reste à déterminer dans quelle région le coup a été porté. « Le coup pénétra à la superficie du côté, au-des sus de la hanche gauche », lisons-nous dans un récit, assez suspect à la vérité, de la mort de Jésus (2). D’après un autre écrivain, celui-là des plus ortho (l) Ménioires sur les instruments de la Passion, par Rohault de Fleury (Paris, 1878). ‘ (2) La Mort de Jésus, par D. Ramée, et Vie ésotérique de Jésus de Nazareth, par Bosc (Dorbon aîné, 1901). ' >| . il Ë " '*“"“'“‘ =-"'=‘—‘*
LA MORT ou CHRIST 255 doxes (1). « la plupart des auteurs, et les plus dignes de foi, pensent que le côté droit a été percé ». Des poètes seuls ont pu dire dans leur langage hyperbolique que les deux côtés étaient également percés; que l’eau sortit de l’un, et le sang de l’autre. Les vieilles peintures représentent la plaie au côté droit.
La version la plus communément acceptée est que le coup avait été porté à gauche et qu’il s’écoula de la plaie faite par la lance de l’eau mélangée de sang. On a justement observé que le sang ne sort pas en jet d’un cadavre. La mort, coagulant le liquide vital, empêche celui—ci de se répandre à l’extérieur; si donc le sang s’est répandu après le coup de lance, c’est que Jésus n'était pas mort (2).
' Pour que le coup de lance ait achevé le moribond, il faudrait admettre qu’il avait lésé un organe impor tant, un organe vital. ‘ Or, à gauche, que trouVons—nous : le cœur, l’esto— mac, le poumon et, un 'peu plus bas, le foie. Exami nons la première hypothèse et voyons quels arguments on fait valoir à son appui. Chez Jésus, la lance, dirigée de bas en haut, est venue atteindre le cœur.
L’instruv (i) Rohault de Fleury, op; cit. (9.) Cette opinion n’est pas partagée par le docteur Goix : « Quelques auteurs, écrit notre confrère, ont cru voir dans cet écoulement de sang la preuve que Jésus n‘était pas mort au moment où il reçut le coup de lance. C’est une erreur. Il suffit d’avoir pratiqué quelques autopsies pour être convaincu que du sang, à l’ouœrture de la poitrine, peut s’écouler liquide des veines d’un cadavre.
Il en est d’ailleurs de la coa— gulation du sang comme de la rigidité cadavérique : elle ne ' se produit pasimmédiatement après la mort, mais seulement quatre àsix heures après. » Le Miracle, pp. 69—70.
2 56 L’INITIATION [SEPTEMBRE ment, entré par le côté droit, serait sorti, au niveau de la région précordiale, sous le sein gauche, perçant ainsi la poitrine en deux endroits (I). Une plaie faite dans la région du cœur peut péné trer soit dans la cavité du péricarde, sans aller plus loin, soit traverser l’organe lui—même. Le péricarde, nous le rappelons, est ce sac qui enveloppe le cœur et à l'intérieur duquel cet organe se contracte ou se dilate.
« Pour faciliter, nous dit on (2), les glissements dans cette cavité, la face inté— rieure de la membrane qui la forme sécrète un liquide qui est absorbé et renouvelé à chaque instant. Mais, quand la vie a cessé, la sécrétion de ce liquide, comme celle de tous les autres, continuant encore un peu de temps, et l’absorption ne se faisant plus, il s’y fait une accumulation.
Aussi, parmi les lésions cadavériques, Orfila signale-HI, dans sa Médecine légale, une quan tité plus ou moins abondante de sérosité dans la cavité péricardique : c’est ce qui expliquerait la pré sence de cette eau qui sortit de la plaie faite par la lance.
' « Le sang qui sortit en même temps vient révéler une circonstance encore très importante: sur le ca davre, il n’y a que les vaisseaux à sang noir qui con tiennent du sang, les autres sont complètement vides; c’est même la raison de leur dénomination, artères, qui signifie vaisseaux renfermant de l’air, parce que les anciens n’y trouvaient pas de sang après la mort. (I) Le Miracle, auct. cit. (2) Merveilles éyangéliques, par M. G. Marmisse (Paris, 1855). . / aL.-t
1902] LA MORT ou CHRIST 257 ‘ Ainsi, la lance du soldat dut parvenir au moins dans la cavité droite, qui est le réservoir du sang noir ou veineux. Après la dernière contraction du cœur, au moment de l’agonie, il reste toujours un peu de ce sang qui, n’étant plus poussé pour aller aux poumons, reste veineux, c’est-à-dire noir et épais.
Voilà donc la raison du flot sanguin qui sortit en même temps que le flot séreux par la plaie. » Et d’abord, répliquerons-nous, il n’est pas admis sible qu’il ait pu s’échapper un _/lôt de sérosité du péricarde, lequel, en tout état de cause, ne sécrète qu’une trèsfaible quantité de liquide, même post mortem.
En outre, un coup de lance dirigé de bas en haut et de droite à gauche n’atteindrait les cavités droites du cœur qu’après avoir ouvert la cavité péritonéale, tra— versé le foie, le péricarde, peutêtre la plèvre: commenu les quelques centaines de grammes de sang que peut contenir un ventricule droit, même regorgeant de liquide, auraient—ils pu, après un si long trajet, venir jaillir au dehors?
Il y a plus: chez les individus morts lentement, on trouve un cœur distendu, où le sang est très rapidement coagulé. Donc, s’il s’est échappé un flot de ce liquide, il ne pouvait venir du cœur. Ce flot n’aurait pu provenir davantage des vaisseaux de la face inférieure du foie, parce que, en ce cas, le sang se serait épanché dans la cavité abdominale et non au dehors. Quant à la veine cave, elle a une situation trop postérieure pour que le coup de lance, dirigé 17
- 258 L’INITIATION comme on le suppose, ait pu l’atteindre et la per— forer. Donc, conclurons-nous, si l'on veut nous forcer æ‘L admettre qu’il s’est écoulé un flot de sang, ou sera tenu de nous concéder que Jésus n’était pas mort au moment où il reçut le coup de lance.
Il semble qu‘on ait prévu l’objection, car on ajoute au surplus: « La plaie du cœur aurait seule suffi pour faire mourir Jésus. » Or, des recherches relative ment récentes, entreprises dans le laboratoire du professeur Lacassagne (de Lyon), ont nettement établi ce point : que les plaies du cœur n’entraînent pas la, mort immédiate, et, quand celle-ci se produit, elle ne survient, le plus souvent, qu’au bout de plusieurs heures, parfois de plusieurs jours.
Cette notion n’est, du reste, pas nouvelle, puisque c’est àAmbroise Paré, le célèbre chirurgien du xvre siècle, qu‘on doit la pre— mière observation connue de plaie du cœur non suivie de mort immédiate; après Paré, un chirurgien du xvue siècle a fait la description exacte d’une plaie du ventricule droit, qui n’entraina la mort qu’au bout de seize jours (1) !
Dans le cas qui nous occupe, peut—on songer à une plaie de l’estomaeP Nous ne le pensons pas. Une lésion du tube digestif aurait été décélée par un rejet de sang, mélangé de matières alimentaires, par la bouche et par l’orifice de la plaie ; tout au moins, un épanchement de sang dans la cavité abdominale. Devons-nous supposerque le foie ait été touché (i) Manuel de pathologie externe, par le docteurJ.—J. Peyv rot, t. III, chapitre : Plaies du cœur.
LA MORT nu CHRIST 259 par le coup de lance P En ce cas, on aurait observé les symptômes d‘une hémorragie interne, comme dans le cas du malheureux président Carnot. Chez le pré sident Carnot, en eflet, le coup de poignard, frappé de haut en bas perfora le foie et la veine porte, et il succomba dans le coma ; tandis que Jésus aurait poussé, nous dit-on, un grand cri.
Les hypothèses qui vont suivre ne valent pas qu’on s’y arrête longuement; aussi ne les mentionnerons nous qu’à titre documentaire (1). D'après notre confrère Legùé, la lance aurait péné tré dans la plèvre, et comme Jésus était atteint — son facz‘es tuberculeux donnerait quelque créance à cette hypothèse — de pleurésie auec épanchement, l‘instru ment piquant aurait perforé l’enveloppe du poumon, ce qui détermina l’écoulement du liquide.
Ce serait (l) La Faculté de médecine laissa soutenir devant elle, au xvn' siècle, la thèse suivante : Ex qua parte 2nanaaerz‘t aqua quæ profluxit e mortui Christi latere perforato lanceæ acuto mucrone-P De quelle partie du corps provenait l‘eau qui s’écoula du côté du Christ quand, mort, il fut perçé par la pointe aiguë d‘une lance? (Cf. Éloge historique de la Faculté de médecine de Paris; A Paris, 1773).
Cela prouve tout au moins que la science se préoccupait déjà de la question. Pour ce qui est du siège de la blessure, on l’a placé, comme le démontre notre revue critique, un peu dans toutes les régions. D‘après le prétendu manuscrit d’un frère de l’ordre des Esséniens, publié par M. Ramée, en 1863, la blessure aurait été faite au-dessus de la cuisse, par conséquent sur un endroit du corps beaucoup plus bas qu‘on a coutume de le représenter.
« Le coup fut porté peu au—dessus de la cuisse et, vu la position relativement inférieure du soldat, ce coup étant porté de bas en haut, il est de toute impossibilité qu’un organe essentiel de la vie fût attaqué; le coup de lance ne perfora donc qu'obliquement le péritoine. » C’est une Opi nion à ajouter à toutes les autres. '
260 L’INITIATION certainement là, ajoute Legué (1) avec une pointe d’ironie, le premier exemple de thoracentèse. Non moins originale la conception du docteur C. C. P.
Clark (2), d’Oswego (État de New York), qui écrit : « Il n’y a qu’une partie de l’organisme humain — cela n’a pas besoin d’être démontré — où le coup d‘une lance serait naturellement suivi d’un phénomène tel que celui—ci (écoulement de sang et d’eau), et c’est la région de la aessz‘e. » Mais où s’arrêterait-on dans la voie de la fantaisie ? _ Voici, par exemple, un troisième auteur, « un initié », à qui l’on doit une Vie ésotérique (3) de Jésus, qui tente une explication dont on ne contestera pas tout au moins l’étrangeté.
Celui-ci ne s’embarrasse pas de préciser la région qui a été le siège du traumatisme : « Un corps qui a été flagellé le matin, qui a reçu toutes sortes de coups de la foule, qui a été brutalisé par les soldats, ce corps pouvait être et était, en efiet, couvert d’ecchymoses et d’ampoules: celles-ci, cre vées par la lance du soldat romain, pouvaient fournir de l’eau qui se serait mêlée au sang du corps. » VI Ceux—là qui soutiennent que Jésus est mort sur la (I) Médecins et empoisonneurs au xvue siècle, par le doc teur Legué. (2) Medical Record, New- York, I890, t. XXXVIII, pp. 543, 580. (3) Vie ésotérique de Jésus de Nazareth, par Ernest Bosc (Dorbon aîné, éditeur).
LA MORT DU CHRIST 26l croix ont en heureusement recours à d’autres argu ments. « Les causes morbides de la mort de Jésus Christ, écrit le docteur Marmise, peuvent s’apprécier exactement par les détails de sa Passion.
Qu’on se rappelle les fatigues excessives que durent lui coûter son long interrogatoire durant la nuit chez le grand prêtre, ses voyages de Pilate à Hérode, de Hérode à Pilate; qu’on y joigne le cruel supplice de la flagella— tien, où certainement les coups de fouet durent déchi— rer sa peau en plusieurs endroits et en faire même des lambeaux; les nombreuses et douloureuses piqûres des épines autour de sa tête; les plaies profondes pro duites par les clous aux pieds et aux mains, et on aura une réunion de causes très capables de faire mourir après six heures de séjour sur la croix.
« Ce dut être une mort par épuisement à la suite de dou leurs, de fatigues et de pertes de sang, surtoutàtravers les plaies des quatre membres.
« ...Il y avait des signes d’une mort certaine sur le corps de Jésus-Christ, et il est impossible de soutenir, comme l’ont fait des exégètes allemands, qu’il n’était que dans un simple état de syncope ou de léthar gie... » Les plaies des quatre extrémités des membres au raient-elles pu, comme léprétend le docteur Marmisse, « rencontrer des vaisseaux sanguins importants, dont la lésion peut certainement occasionner une hémorrhagie mortelle »?
Nous ne le pensons pas et nous avons exposé plus haut notre sentiment à cet égard. Quant à la syncope, survenue chez le crucifié, et
262 L'INITIATION qui a pu faire prendre une mort apparente pour une mort réelle, elle s’explique plus aisément.
Il est une loi formulée par Claude Bernard qui est à rappeler ici : « Toutes les impressions sensitives, énergiques et subites. quelle qu’en soit d’ailleurs la nature, disait, au cours d’une conférence (1), l’immortel physiolo— giste, peuvent amenerla syncope. » D’après le docteur Clark (2), Jésus aurait éprouvé « une syncope partielle ou totale d’épuisement, aidée peut—être par la tristesse qu'il dut éprouver lorsqu'il s‘aperçut ou crut s'apercevoir qu‘il était abandonné par son Dieu...
Il se peut même qu’il affectât cet état d’insensibilité pouréchapperà de nouvelles tortures... Les soldats, stupides et ignorants, prirent pour la mort ce qui n’était qu'une perte de connaissance; d‘autant que Jésus « était déjà épuisé par le jeûne et l’anxiété, sans parler de son exceptionnelle organisa tion sensitive ». On a relevé, d’autre part, une circonstance du cru— cifiement qui méritait, en effet, de ne point passer inaperçue.
On entoura de cordes épaisses et raides les bras et les jambes d’une manière si serrée qu’il ne s’en suivit pas seulement un complet engourdissement dans les membres garrottés, mais que, de plus, la circulation du sang en fut fortement gênée. (1) Sur la physiologie du cœur et ses rapports avec le cer— ueau (Conférence de la Sorbonne, 27 mars 1865). (2) Medical Record, art. cit. .,\_.4Ju.r.
LA MORT DU CHRIST 263 La conséquence physiologique d’une semblable «compression des membres devait amener un refoule ment violent du sang vers le cœur et le cerveau, ca pable de déterminer des perturbations apoplectiques ainsi que des évanouissements (1).
Que Jésus fût mort réellement ou seulement éva noui, il est certain qu’il fut descendu de la croix ; son corps fut placé dans un sépulcre qui n’avait pas encore servi (monumentum novum) et qui, par con— séquent, n’avait point encore de porte, et ce détail est à noter, parce que les portes des sépulcres d’Orient ferment hermétiquement et, une fois fermées, sont très difficiles à ouvrir. Vil Jésus a-t-il pu être enseveli vivant?
C’est le pro blême qui nous reste à élucider, abstraction faite des circonstances de l’événement en lui-même (2) et en nous basant uniquement sur des considérations d'ordre scientifique. ' On connaît la faculté singulière qu’ont certains sujets de rester inhumés pendant plusieurs jours, voire même pendant plusieurs semaines sans que la vie les abandonne. Ce sont principalement les fakirs indiens qui jouissent de ce privilège.
Les cas authen (l) La Mort de Jésus, par Ramée, p. 193. (2) Cf. Schœbel, Philosophie de la raison pure,Appendice; «et P. de Régla, op. cit., p, 337 et suiv. àH'fi—--——-- J... .....
264 L'INITIATION tiques de fakirisme sont relativement rares. Il n’est cependant pas exact de prétendre que la plupart des récits de voyageurs « se rapportent à un seul et même fakir, qui vivait vers 1838 dans une province de Film doustan » (I). Le docteur Kuhn (de Munich)en a observé au moins deux autres cas, dont l’authenticité ne parait pas douteuse.
Il s’agissait de deux fakirs, dont l’un avait séjourné vivant dans la terre six semaines, et l’autre dix jours. Pour le docteur Kuhn, l’état où se trouve le fakir et qu’il provoque artificiellement est en tout point iden tique à celui connu sous le nom de catalepsie.
« Dans cet état les mouvements volontaires sont abolis et les membres conservent la position qu’ils avaient gardée au moment où l’attaque les a surpris, ou bien la position qu‘on leur aura imprimée déjà à l’état de catalepsie. « La conscience et la sensibilité reviennent petit à petit. Mais l’état cataleptique peut durer des heures, comme des jours et des mois.
La maladiedoit avoir pour siège les centres moteurs et l’écorce de la partie antérieure du cerveau. « Il est toutefois à remarquer que la catalepsie peut constituer une des phases de l’hypnotisme. » Chez les fakirs on a presque toujours affaire à cette dernière forme de catalepsie, quand il s’agit du phé nomène connu sous le nom de mort apparente. «Pour arriver à cet état, les fakirs, qui sont évi (I) Docteur Goix, op. cit.
LA MORT DU CHRIST 265 demment des hystériques avérés, usent de tous les moyens d’entraînement : mortification du corps par un régime alimentaire spécial, emploi à l’intérieur de différents végétaux d’eux seuls connus, position spé ciale du corps pendant de longues heures, etc. Quand le fakir l’a suffisamment pratiqué, il se met par terre, prend une des poses prescrites par le livre sacré et tombe à l‘état d’hypnose à force de regarder fixement le bout de son nez.
Les fakirs paraissent encore se servir du haschisch pour diminuer la force respira toire, car cet hypnotique, associé à d’autres végétaux et employé d’une façon toute particulière, supplée au manque d’air et de nourriture (I). » La mise au tombeau de Jésus n’est nullement com parable — et en cela nous sommes tout à fait d’accord avec le docteur Goix (2) —- à celle du fakir.
Le fakir est enterré, vivant d’une vie sensible, manifestement aux yeux de tous. L’entraînement subi par lui avant son inhumation lui permet de résister à une longue priva tion d'aliments et de vivre en ne consommant qu’une, minime quantité d’air respirable, dans un état de sommeil assez analogue à l’hibernation de certains animaux.
Mais on paraît oublier que l’expérience de l’Hindou est longue à préparer, difficile à exécuter, plus diffi cile encore à faire complètement réussir. Elle exige des conditions extrêmement complexes, conditions (1) Zeitschrijtfür Hypnotismus, Berlin Maerz, 1894.; et ‘Ann. de Psych. et d’Hypn., mai 1894; cités par le Journal de médecine de Paris, 1894 ou 1895, p. 310. (2) Le Miracle, toc. cit.
265 L‘ixmA'nos qui n’existaient point pour Jésus. Au surplus. Jésus était meurtri, couvert de plaies ou d'ecchymoses. les témmenœ déchirés par la flagellation et la couronne d'épines. Certains répliquent à cette argumentation que Jésus pouvait être en état non de catalepsie artificiel lement provoquée, mais, pour parler un langage vul gaire. en état de léthargie.
Sans doute, les cas de mort apparente sont rares, beaucoup plus rares qu’on ne le prétend d'ordinaire; mais enfin il en existe des observations irrécusables. S’il y eut mort apparente, cette mort ne put être produite que par une syncope. Cette syncope survient facilement lorsque le sujet reste debout. Or, Jésus est demeuré sur la croix dans cette attitude.
C’est également un fait notoire que la syncope peut se produire à la suite de fortes émotions morales, d’une douleur vive, d’une blessure ou d’une lésion traumatique grave des membres.
Et, ajoute— t-on, « s’il yeut syncope, cette syncope a pu être mor— telle ». (Mais elle a pu tout aussi bien ne pas se pro longer et, sous l’influence des soins qui furent prodi gués à Jésus par Nicodème et Joseph d’Arimathie, le crucifié a pu revenir à la vie.) Donc les sceptiques paraissent ici avoir également tort.
VIII Au résumé, ceux qui ont mis en doute la mort de Jésus sur la croix en ont donné les raisons suivantes : 1° Les plaies de Jésus n’étaient pas d’une gravité telle qu'elles passent entraîner la mort;
LA MORT ou CHRIST 267 2° La crucifixion n’avait pas été assez prolongée pour amener le même dénouement, alors surtout qu’elle n'avait pas été aggravée par l’épreuve du cru rifragz‘um (ou brisement des jambes), laquelle fut épargnée à Jésus ; ' 3° Jésus resta sur la croix en état de mort appa rente et il vivait quand il en fut détaché.
Mais, répondent les tenants de l’opinion adverse, si Jésus a éprouvé une syncope, celle-ci a pu se terminer par la mort; ce serait un de ces cas que les physiologistes étiquètent : mort par inhibition. Quoi qu’il en soit, et ce sera notre conclusion dernière, les récits des Évangélistes ne sont pas suffi samment concordants pour nous permettre de nous _ prononcer d’une façon positive.
Nous n’avons, du reste, entendu exposer que les données d’un pro blème qui, nous en avons l’appréhension, exercera longtemps encore la sagacité de la critique. Dr CABANÈS. * #11: Comme on le voit, cet article est fort bien docu menté, et Son auteur fait appel aussi bien aux athées maçons, comme Malvert, pseudonyme d’un magistrat français, qu’aux théologiens, en passant par toute la gamme des opinions.
C’est bien là le reflet de ce que peut produire le plan mental utilisant ses ressources les plus subtiles. Passons en revue maintenant les questions principales soulevées par cet exposé, en les
268 L'INITIATION éclairant de ce que nous pouvons dire d’après la vision dans le plan subjectif de la Nature. DES AGI-25. — Avant tout il faut savoir que le chiffre de Jésus était 3 —— preuve kabbalistique de son origine sur terre -— 12 étant le croisement de l’action du ter naire sur le quaternaire (4 X 3 ou 3 x 4 = 12).
C’est à 12 ans (1 + 2 = 3) que se place la discussion avec les docteurs; c'est à 30 ans (3 fois 10) que commence la mission ; c’est à 33 ans qu’elle finit, et c'està 3 heures qu’a lieu la mort. (Elle aurait pu avoir lieu à 3 h. 33', ou à 3 h.
3”, mais avec action toujours du chiffre kabbalistique 3.) , CRUCIFIEMENT. -— La croix, vue. dans les clichés astraux, a la forme d’un T, avec une légère adjonction au-dessus de la barre verticale pour l'écriteau. Jésus a été cloué sur la croix sans avoir été lié par des cordes avant d’être cloué.
L’opération a été faite la croix étant étendue à terre, les deux mains ont été percées d’abord, et les clous sont entrés entre le 4" et le 5° mé tacarpien dans chaque main (entre l‘annulaire et le petit doigt comme niveau).
On a ensuite cloué chacun des pieds séparément; mais, ayant remarqué qu’un des clous des pieds tra versait des parties molles sans pouvoir être soutenu suffisamment, on a enlevé ce clou et on a placé les pieds l’un par-dessus l’autre (je n‘ai pu vérifier lequel était dessus et lequel dessous) et on s’est servi d'un clou unique pour les deux pieds. (Trois clous ont été ainsi utilisés.) Il n’y a aucun chevalet sur la croix pour soutenir le milieu du corps.
LA MORT ou CHRIST 269 COUP DE LANCE (I). — Jésus reçut un coup de lance donné en place de la rupture des os. Ce coup de lance fut porté à gauche et traversa la rate et le diaphragme pour aller ouvrir le péricarde à sa partie inférieure. Le flot de sang et d’eau provient du péricarde d’une part, de la rate et des vaisseaux du diaphragme de l’autre. Cette plaie suffit à expliquer médicalement la mort de Jésus.
MORT. —- Au moment où les grands signes se mani festaient dans la Nature (tremblement de terre, ébran lement du Temple, dont le voile est déchiré), la Mort de Jésus était accomplie après la parole : « Éli, Éli, Lama Sabachtani », qui permet d’effacer tous les cli chés ultérieurs de désespoir et de non—confiance au Père générés par les hommes. Beaucoup d’hommes peuvent douter de la coexis tence des phénomènes de la Nature et de la Mort du Christ.
Mais ceux qui ont vu, à notre époque, le jour changer d’aspect et le tonnerre tomber plus de trente fois en quelques heures, sans causer de dégâts, pour saluer un vrai maître, sauront à quoi s’en tenir. Mais la lecture attentive. de l’article que nous avons cité in extenso, comme les discussions soulevées par ce problème de la Mort de Jésus dans les revues israé lites (voy.
Univers israélite, II et 18 avril 1902, arti cle de M. Louis Levy, et réponse de M.J.Lehman) (2) (I) Jean, x1x, 34.Lorsqu‘ils vinrent à Jésus,voyantqu’il était déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes. Mais un des soldats lui perça le côté avec une lance et aus sitôt il en sortit du sang et de l’eau. (2) Documents communiqués par M. Paul Favre Bourcart, de Mulhouse.
270 L‘INITIATION montrent que le combat contre le Christ est actuelle— ment localisé autour de deux questions : le Juge ment et la Mort physique. Dans une réponse au journal la Fronde (question très tolérante), M. Sa lomon Reinach évoque avec un grand air auto-y ritaire « l’esprit scientifique » qui doit enterrer définitivement cette question du Messie considéré comme incarné dans un être humain.
Or, pour juger cet « esprit scientifique »,il faut se souvenir que c’est lui qui a condamné les bateaux à vapeur, les chemins de fer (où l‘air devait se raréfier par la marche du train au-dessus de 40 kilomètres à l’heure, d’après les calculs de l’institut), le télégraphe et le phono graphe, etc., et se dire que sa condamnation de l’his toire du Christ doit être de même valeur.
Le problème de la résurrection ne s’est pas encore officiellement posé, puisqu’il dépend directement du problème de la mort. Si Jésus était en état de « mort apparente », il est inutile de parler de la résurrection, et c’est sur ce point que se livrent les derniers combats contempo rains de la critique historique.
Après avoir fait appel aux physiologistes et aux ana tomistes pour expliquer la mort, on s’adresse aux magnétiseurs et surtout aux hypnotiseurs et aux mo dernes adeptes de la psychologie positiviste, à plu-. sieurs inconscients, pour leur demander de montrer que Jésus était un simple sujet somnambulique.
Cette thèse avait, du reste, été très habilement sou tenue par Ramée dans sa prétendue histoire essé nienne de la vie de Jésus, et, comme elle sera reprise
LA MORT DU CHRIST 271‘ dans quelques années, quand la bataille de la mort physique de Jésus sera terminée, il nous semble utile d’en dire quelques mots. Aucun révélateur n’est revenu dans le même corps physique après avoir passé les portes de la Mort.
Jésus est le seul qui ait ainsi montré à l’homme le mépris des terreurs de la Mort et la clef de ce mépris, car sa Puissance est totale : «Toute-Puissance m‘a été donnée dans le ciel et sur la terre ». (Math., xxvm, 18.) Or, ceux qui seront appelés à voir verront com— ment les Esprits du plan divin ont utilisé la vie phy sique flottant encore dans le tombeau de Jésus pour se manifester matériellement sOus forme d’anges de lumière et comment le corps physique du Christ accomplit, après son ascension, une évolution cos mique, inutile à décrire pour l’instant.
Nous tenons seulement à montrer à ceux qui in voquent l’hypnose que les anciens connaissaient ces faits aussi bien, et peut-être mieux encore, que nous mémes. Si la mission du Christ n’avait pas eu de racines invisibles, aucune habileté, aucun mensonge, aucune politique n’aurait pu la faire durer dans le temps et croître dans l’espace, car il faut admettre que cette mission est vraie ou croire que tout y a été trom perle.
Les découvertes de l’histoire nous montrent chaque jour la vérité absolue de chacun des éléments du problème, et les bibliothèques encore cachées en Orient et dans les mystérieux souterrains d’Égypte (avec lesquels les Pyramides n’ont aucune communi cation actuellement) lèveront les derniers voiles quand
272 L’INITIATION cela sera nécessaire, de même que l’Arche’ome‘ ire du Mis de Saint—Yves d’Alveydre résoudra complètement la question historique pour les Universités brahma— niques et islamiques encore existantes de nos jours. A côté des affirmations des critiques et des physio logistes concernant la mort du Christ, il était néces saire de poser les affirmations tirées des clichés as traux.
Nous avons essayé de remplir notre simple rôle d’intermédiaire de notre mieux, et nous laissons à l’avenir le soin de justifier ces assertions, que nos lec teurs peuvent considérer comme des hypothèses jus qu’à preuve expérimentale du contraire. PAPUS. ;}"...—-—.wv _,;u
r 'rxênir “’7r xîn‘r êrx’vwïanir +' -i- ' La propagande occultiste en 1903 Le succès inspiré et si rapide des formations occultistes en 1902 nous a obligé à étendre nos moyens d’action pour l’année scolaire qui commencera dans un mois. Voici les principales lignes de notre propagande : 1° Nous commencerons l’année par une fête spiritualiste donnée dans la grande salle des Sociétés Savantes, au bé néfice de quelques œuvres utiles de propagande.
Cette fête aura lieu dans les premiers jours de novembre et com— prendra trois conférences, une partie artistique (musique et chant), une partie dramatique et une séance de conversa tion pendant les entr’actes. Le prix des places sera de 5 fr. 3 f1. et 1 fr., et nous faisons dès maintenant appel à toutes les bonnes volontés pour nous aider dans cette œuvre.
S’adresser à la Rédaction de l’Initiation, 87, boulevard Montmorency. , , 2° Sous le patronage de l'École Hermétique nous don nerons une série de cours-conférences dans un nouveau local situé au rez-de-chaussée et pouvant recevoir 200 auditeurs. 3° La Société des Conférences spiritualistes reprendra son plein fonctionnement soit aux Sociétés savantes, soit dans le nouveau local suivant les circonstances.
4° Outre cela, des conférences exclusivement privées et sur invitations strictement personnelles seront données au nouveau siège de la Rédaction de l’Initial‘ion. Ces confé rences seront surtout consacrées aux questions posées par les assistants. Enfin l’organisation des causeries en province et la création d’un organe spécial pour les chercheurs de Pro vince et de l’Etranger sont toujours à l’étude.
Nous ferons les plus grands efforts pour répondre à l’appel de nos anciens auditeurs et pour créer un nouveau groupe de chercheurs, et la section administrative sera, cette année, rigoureusement organisée. La Direction de l’École. 18
274 L‘INITIATION Eruption et Ascension L‘ Initiation n’est pas une publication s‘occupant de politique: elle ne blâme ou n'encourage aucun mouve ment socialiste, elle se contente de l'étudier, de même pour les manifestations religieuses des difl‘érents cultes; son programme est plus élevé, c’est l’idée religieuse uni verselle qui l’attire, et pourlaquelle elle se dévoue.
Mais, par contre, si elle n’approuve pas les menées mili— tantes des sociétés plus ou moins secrètes, elle ne saurait qu‘hautement s’associer à toute règle fondamentale régis saut un groupe d’affiliés et qui a pour but de régénérer moralement et matériellement l’humanité et d’étouffer les ténèbres qui cherchent à l’enserrer.
Également, si certaines manifestations religieuses peu— vent gêner la libe=té d‘une partie de la population, les em pêcher est un droit; mais les parodier publiquement et avec scandale est une chose doublement coupable: on blesse les convictions des croyants de bonne foi et. d'un autre côté, on commet ce que l’on reproche à autrui. Cette revue en plusieurs articles s’est occupée de la Mar tinique et de l’éruption du mont Pelé.
Au point de vue de la mystique et de l’occulte des voix plus autorisées que la mienne, ici même. se sont fait entendre.
Je reçois d'une personne très bien renseignée une lettre que j’abrège et qui est le résumé de ce que lui a dit une religieuse revenant de la Martinique : « Il parait que Mgr de Cormont, effrayé des orgies impies des populations de couleur de cette île, leur aurait, au carême dernier, fait dans son mandement les supplicatipnsde se réformer, les engageant à songer au sort des villes maudites et leur suggérant que le péril pou— vait venir du mont Pelé.
« Au carnavaldes scènes hideuses d'impureté eurent lieu de la part de nègres. affolés d’impiété, poussés par la haine religieuse et un socialisme détourné. On habilla des man-—
ÉRUPTION ET ASCENSION 275 mequins en sœurs, en prêtres, en religieux et, après maintes scènes scandaleuses, on les traîna à travers la ville, puis on les brûla. « Le jour même du vendredi saint ces bandes ont débou lonné un calvaire, ont outragé le Christ, d’une manière exécrable, et ont fini par l’aller enfouir dans le mont Pelé, en parodiant la Passion, et l'ont défié de ressusciter... peut-être même de refaire l’Ascension.
«i Les scènes ont continué, elles étaient telles que, lorsque le mont Pelé a éclaté, plusieurs religieuses étaient enfer mées depuis vingt heures, croyant devoir être égorgées; elles furent sauvées. < Les sacrements avaient, également dans le même but, été administrés à beaucoup de personnes. » Pour en finir avec ce récit, je dirai de suite qu'à la pre mière grande éruption la cathédrale fut presque respectée; qu’à la seconde elle disparut à l'exœption du maître-autel, vrai chef-d‘œuvre de grande valeur, préservé, comme on dit, miraculeusement.
Maintenant examinons les faits.
La furie populaire afait sa profanation le vendredisaint 28 mars; le 3 mai, jour de l’Invention de la croix, le mont Pelé se révèle et couvre Saint-Pierre de cendres; le 5 mai, jour des Rogations, il fait fructifier la terre à sa façon, en répandant sur la factorerie Guérin un.torrent de lave, et enfin, le 8 mai, jour de l‘Ascension, en un clin d‘œil Saint-Pierre disparaît, ses habitants périssent dans une atmosphère de gaz brûlant et délétère.
Si c’est la réponse de la croix du calvaire, elle vaut celle qui fut faite à Sodome et Gommohre. Les occultistes ne colportent pas le merveilleux pour éblouir; au contraire ils cherchent à l’expliquer; le miracle est ce qui n’arrive pas tous les jours, soit, mais c’est un possible — devant avoir des lois —- et il peut arriver.
On a assez écrit, étudié, di5cuté depuis des mois sur la question volcans, pour que chacun soit persuadé que la mer des Antilles et la région équatoriale sont une vraie marmite percée toujours prête à crever en un. point. Voir -du merveilleux dans une éruption volcanique en cet endroit, c’est s’abuser. Même des lois — il est vrai peu définies encore — président à ce jeu de détente périodique «des forces intraterrestres.
276 L'INITIATION Enlever une croix, qui peut être cause de conflit reli gieux, ou par suite de démolition sont des actes de la vie ordinaire; la briser avec rage, avecintention d’insulte peut avoir d'autres conséquences. Paracelce a dit que toute chose avait une âme. De même toute idée, tout acte, a une âme, une partie vive, immaté— rielle qui agit, subsiste plus ou moins longtemps.
Si les ’« bonnes âmes » se groupent pour faire le bien (dans la prière par exemple), les âmes mauvaises, celles des mauvaises actions, se groupent aussi pour produire du mal ou l'accélérer (magie noire). L’action se résume en une polarisation: il y a ou équi libre, ou rupture. _ Le volcan devait crever; il pouvait vomir à petites gor— gées, avec avertissement, ou bien brusquement en détrui sant tout.
Pour le volcan le résultat était le même: il se dégor— geait, c'est tout ce qu‘il lui fallait; la question était de savoir s'il recevrait un grand coup de bistouri ou de petites piqûres successives. Et c'est peut—être là que le bien et le mal latents ont pu intervenir.
Le premier, qui est une « force occulte ) aussi vraie et aussi puissante que la poussée des gaz, aurait pu atténuer les effets désastreux de l’éruption; mais le mal, qui est une force négative, fut le grand coup de bistouri, il soulagea le volcan et la Martinique du reste des secta— teurs du Vaudoux du coup!
Les pratiques — ténébreuses — répétées dans ces parages ont pu en faire des régions fortement aimantées, toujours prêtes à entrer en conflit, aidant les forces vives de la nature. Un magnétiseur expert calme un cerveau, un sorcier l‘affole; sciemment ou inconsciemment il n’en faut pas plus pour agir sur les forces de la nature. Une pression de quelques grammes, transmise par une presse hydraulique, peut soulever une montagne.
Peut-être qu’un atome de fluide vital manié par celui qui sait pourra provoquer le plus effroyable feu du ciel ou le dis soudre. Le buisson ardent de Moïse n'était pas autre chose. TIDIANEUQ.
BIBLIOGRAPHIE 277 7 w T 7.. ...,»r_w. ..nm .wfl.fl> On nous communique la curieuse dépêche suivante, publiée par la Patrie du 20 juin dernier .
CATASTROPHE EN PERSPECTIVE New- York, 20 juin. — La nouvelle éruption de la mon tagne Pelée semble donner raison aux savants de la mission américaine qui, après un examen approfondi du cratère, ' déclaraient. ces jours-ci, que le volcan n’avait pas dit son dernier mot et que des éruptions plus terribles que les pré cédentes se produiraient incessamment.
Cette opinion est corroborée par un vieux prophète nègre de La Grenade(colonie anglaise),qui parcourt depuis plusieurs jours les rues de la capitale, Saint-George, en criant à tue-tête de terribles prédictions. D‘après lui, l’île de La Grenade disparaîtra d’ici quinze jours dans un effroyable Cataclysme. Tous les habitants périront, excepté lui et sa famille, qui, comme les prophètes Enoch et Elle, seront enlevés au ciel dans un chariot de feu.
Une panique s’est emparée de la population, d‘autant plus que le vieux prophète avait prédit, dès 1891, la des truction de Saint—Pierre, et dans des termes non équivo ques.
Alors, comme aujourd’hui, il avait parcouru les rues et prêché aux carrefours en conjurant ses compatriotes de ne pas se rendre à la Martinique, « ni à la recherche du bonheur, ni en fuyant le malheur ), parce que Dieu avait résolu de détruire cette île pour la punir de son impiété et de ses vices. La fatale réalisation de cette prédiction a valu au noir voyant une influence énorme.
Les récents événements ont donné une singulière affir mation de cette prédiction. Bibliographie LE ROI MAGE I M. Pierre Deschamps, pseudonyme sous lequel se cache un véritable érudit, etj’ajouterai un vrai chrétien, vient de
278 L'INIT1ATION faire paraître chez Chacornac un livre réellement sub-v stantiel, dont l‘Initiation a déjà dit un mot. Sous le vêtement charmeur d'une phrase pure et correcte sans purisme, le lecteur y trouvera des idées profondes et une compréhension exacte de l‘antiquité connue.
Ce travail qui, visiblement, est le fruit de patientes et longues études, mérite mieux qu'une simple citation, et je voudrais aujour— d'hui en parler d’une façon aussi détaillée que possible aux lecteurs de cette revue. Le but principal de l’auteur a été de montrer quel était l'état du monde civilisé et des Juifs au moment où le chris tianisme fait son apparition.
Il fait voir combien un lien était nécessaire à cette époque entre les innombrables croyances répandues sur la surface de la terre, et, par une étude profonde de la religion et de la philosophie juive, il prouve qu'un sauveur pacifique ne pouvait être compris en Judée. C’est en effet une des causes secrètes pour lesquelles le Verbe a pris un corps plutôt en cette région qu’en un autre point du globe.
L’aflabulation est très simple: Balthasar, prêtre et roi d'Ur, un de ceux qui suivirent la mystérieuse étoile et vin rent adorer l'enfant, va revoir après trente-trois ans celui qui,d’après lui,doit renverser la puissance romaine, réaliser le rêve d'Alexandre et conquérir le monde par les armes pour le mener à la paix universelle.
Il se met en marche accompagné de sa fille OunBella et arrive à Jérusalem au moment où, parmi les éclairs, le Christ meurt sur la‘croix et reprend contact avec le Père. Mais sur la route du Cal— vaire, le mage a reçu un regard du Fils de l’homme; il comprend la vérité et succombe. L‘ouvrage peut être divisé, au point de vue d'une analyse rapide, en trois parties : l'initiation, le voyage, la lumière.
Il Dans les premiers chapitres, l’initiation d’0ur-Bella sert de prétexte à l‘auteur pour nous faire connaître, d’une façon peut—être un peu exotérique, les idées des Chaldéens. sur l‘Univers.
BIBLIOGRAPHIE 279 La fille du mage a reçu successivement l’enseignement des prêtres des dieux planétaires. Dans le temple de Nebo elle a appris tout ce qui a rapport aux nombres dans leur valeur positive et aussi dans leur sens philosophique (1). Dans le sanctuaire d’Istar Our-Bella connut la beauté et qu’en toute destruction germe la vie. Ses yeux profonds se mirêrent en l’eau limpide des gemmes. dont les prêtres lui dirent les propriétés.
Les ministres de Nergal, le dieu de la guerre, lui enseignèrent seulement que le sang est ré pandu par la volonté des dieux. Les prêtres de Bel lui ex— pliquèrent les horoscopes et le secret des guérisons; ceux d’Ea la firent tressaillir à l’aspect des mystères du temps et de l'erpace, et ceux du dieu-lune, Sin, lui apprirent l’astronomie. Mais toutes ces études ne peuvent lui donner la lumière, et elle se prend parfois à regretter son igno rance.
Puis vient l’initiation suprême donnée par le roi lui même. A lire la description du vêtement de l’initiée et le récit de la procession tiré des auteurs anciens et des textes cunéiformes. Voici les principaux points de ce qu'Our Bella apprend dans la septième enceinte. Dieu est Un, les dieux n’existent pas. L’homme est composé d’un corps, d’une âme et d’un esprit.
La loi du ternaire se retrouve partout dans la nature, la loi ternaire domine tout : fatalité liberté, perfectibilité.
L’âme se réincarne souvent, et la chaîne qui va de la terre au ciel est ininterrompue, car après l'homme viennent les esprits célestes nommés Igili, les esprits terrestres et les quatre génies protecteurs: le kéroule, le nirgal, l’oustour et le nattig, qui ne sont entre parenthèses qu’une combinaison de différentes parties du sphynx entre elles. Leur étude donnerait de curieux résul tats dans le maniement des quatre tempéraments.
Our— Bella apprend encore que l’origine des idées d’espérance et d‘amour est plus haute que la sensation et vient d‘ail leurs. Bien que je dispose de peu de place qu’on me per mette de citer le beau passage suivant surle symbolisme : « Statues, palais, splendeurs ont des voies inlassables dont (1) Je suis surprisde ne pas trouver trace en ce chapitre des opérations théosophiques,qui devaient être connues en Chaldée comme en Egypte.
260 L’INITIATION l’homme subit sans cesse l'irrésistible effort. A l’entrée des villes, au seuil des demeures royales,au fronton des temples, le symbole est partout. Étrange et colossal, il guette l’indiflérent au passage, met des 4: pourquoi a» dans son esprit, fait naître en lui le désir de comprendre. Le symbole, en juxtaposant les attributs de multiples idées, forme d‘inquiétants problèmes.
Dressé sur les rues et les places publiques, il s’impose aux passants, s‘empare de l'œil et de l’esprit. ) Dans le temple de Samas, la fille du mage reconnaît les sources de l'histoirezla révélation, l’étude de la nature, la méditation de l‘histoire. Ici, comme je ne puis admettre le premier couple; comme je ne puis comprendre les races formées parles climats et les milieux, et que je ne puis voir avec l'illustre Fabre d'Olivet en Cham.
Sem et Japhet que l'attraction dans notre monde, l’espace éthéré de notre zone zodiacale et l‘espace occupé, et non des hommes, je ne dirai rien de la dernière partie de l’lnitiation. III Avant d’entreprendre son voyage à Betléhem, le mage reçoit plusieurs marchands, changeurs, voyageurs et nobles romains. C’est dans ces chapitres que l’auteur témoigne d‘une prodigieuse connaissance du monde antique, d‘une érudition vraiment remarquable.
Avec quel intérêt ne suivons-nous pas ce défilé de croyances diverses, de philo sophie et de sciences 1 Enfin le mage et sa suite se mettent en route. Je signale à l‘attention du lecteur une magnifique description de Ba— bylone en ruines, une grandiose peinture du temple de Bel-Mardouk et celui de la Main Suprême. Chemin faisant, l'auteur constate la marche lente des idées religieuses dans l'humanité.
Étant donné la chute, il devait forcément en être ainsi. Aujourd‘hui y a-t-il une grande différence entre le paysan qui implore une statue de la Vierge et le Grec d'autrefois allant porter son offrande à la grande mère Vénus ? A remarquer aussi la curieuse Cutha, la ville des cadavres Où on voulait se faire enterrer en lieu consacré; les intéressants détails sur '>,u.'.’.r.1. »
BIBLIOGRAPHIE 281 les sacrifices et l’intérieur des temples, les fêtes des Galles, etc. La visite d'Our-Bella au sanctuaire de Bel est l’occasion pour l’auteur de décrire les mystères de Mythra. Com parez avec la Pistis Sophia de Valentin —« c’est toujours la réintégration de l’âme repentante.
Pendant une séance chez un changeur juif, les prédictions concernant les mal heurs de la nation défilent devant nous ; elles sont tirées des prophètes; puis, après le Messie terrible, voici venir I’Essénien qui prédit le Divin Messie, dont l’action renou velera le monde par l’Amour. Ces deux passages sont très importants. Dans le chapitre suivant, remarquons la chanson de la Bergeronnette tirée de Théocrite et le magnifique hymne à Nera.
Notons aussi cette pensée profonde que l’idée d’une divinité sous forme métaphysique, si elle n’était pas nouvelle pour les initiés, l’était pour la foule qui rêvait d'un dieu revêtu d’une forme humaine et tangible. Pendant un court séjour à Palmyre, Balthasar rencontre un chevalier romain du nom de Claudius. Tout le dis cours de ce dernier est typique, parce qu’il peint bien ce qu'était l’âme des gens instruits à cette époque.
La parole simple autant que profonde de Jésus devait les repousser et les attirer à la fois : tout ce passage est très bon. L’histoire de Déméter et de Perséphone, reproduite tout au long, est très féconde en réflexions et très instructive. C’est encore, sous une autre forme, de la pauvre Psyché repentante qu’il s’agit. IV Mais le grand jour approche. La distance diminue sans cesse et bientôt la caravane du roi Mage atteindra Jérusa lem.
Claudius, pensif, se souvient des paroles entendues sur les bords du lac de Tibériade et il finit par admirer la foi qui « gravitles hauteurs sans un appui humain ». Bal— thasar lui-même arrive àse demander si vraiment ( la loi de fer qui règle le destin des empires se serait un jour chan gée en une loi plus douce ». La lumière, peu à peu, fait son chemin dans les cœurs, mais non sans y rencontrer d’obstacle. L’annonce d’une insurrection fait tout oublier \
2 82 L’INITIATION un moment au (Roi, et la figure du Messie humble et pauvre s’efface pour un instant. Cependant, grâce au chevalier romain, le voyage con tinue sans encombre, et partout on sent dans l’air une inquiétude sourdre comme à l’approche de graves événe ments. On arrive enfin à Jérusalem encombrée et où règne un vent de sédition.
Partout ils croisent une foule exaltée, des hommes en haillons portent en triomphe un être à mine patibulaire en criant: Bar-abbas, Bar—abbas; puis plus loin un cri terrible : Crucifiez-lel Crucifiez-lel Du haut de sa fenêtre, Balthasar voit enfin passer le Divin Con damné. qui lève sur lui les yeux. Alors le Roi-mage, témoin du Messie à sa naissance et à sa mort, tombe à la renverse, sans connaissance.
Il revient à lui et c‘en est fait; toutes les vieilles idées ont fui devant la resplendis sante lumière. Un regard a tout changé en lui ; il a com pris le Christ et meurt joyeux, au moment même où dans un bruit terrible, parmi les éclairs et l‘épouvante, le Messie expire sur la croix. Ces dernières pages sont réellement de toute beauté et dignes, au point de vue littéraire, de nos meilleurs auteurs.
Tel est le beau livre dont j‘ai donné une idée bien incomplète, j‘en ai peur, mais j‘espère qu’elle suffira pour inspirer le désir de le lire en entier. G. PHANEG. Vérité des faits psychiques Il Mattino, journal de Naples, publie une entrevue avec le professeur Morselli dont nous résumons ici les opinions sur le spiritisme. Le professeur Morselli croit aux phénomènes auxquels, en attendant mieux, on a donné le nom de « spiritiques».
Il ne croit pas aux « esprits » dans le sens vulgaire du mot. Il croit aux pouvoirs du c médium ». Il admet qu'il y a des médiums qui réussissent, par l‘influence d’une force inconnue dont ils disposent, à faire voir des objets et des
VÉRITÉ DES FAITS PSYCHIQUES 283. êtres évoqués. Il se peut, pense-t-il, que certains médiums trichent; mais il n’a pourtant, quant à lui personnellement, pas découvert de truc jusqu’à présent.
Du fait qu’un médium, sciemment ou inconsciemment (car M. Morselli, comme M. de Sanctis, admet que les hystériques peuvent facilement tromper sans l’intervention de leur volonté) se sert d’un truc, il ne faut pas conclure que tous trichent et que tout est mystification. Les phénomènes du spiritisme sont désormais entrés dans le domaine de la science.
Les masses, il y a peu de temps, croyaient qu’il devaient rester dans le domaine de la charlatanerie, ou bien elles admettaient tout au plus l’hallucination et l'erreur de bonne foi. Maintenant il n’en est plus ainsi.
Maintenant la science admet l’existence des forces psychiques — suivant l’expression de Erookes dont le génie d’expérimentateur et l’esprit synthétique sont incomparables — forces qui se comportent comme des fluides, comme des personnalités extra-personnelles et impalpables, ou comme des ondes se propageant autour de notre être comme centre. Pouvons-nous nier la rigueur des preuves de la télépathie, des phénomènes de l’hypno— ti>me, etc ?
La force que nous appelons médianique est une force qui n’est pas encore profondément étudiée : mais elle existe. M. Morselli y croit de la manière la plus absolue. Il veut dire par là que la science doit la débarrasser de l‘enveloppe de mystère, de surnaturel où elle nous apparaît, dénient en rechercher les lois et les déterminer.
Est-ce que nous aurions jamais pu admettre, avant la découverte des ondes hertziennes, qu’on pourrait trans mettre une onde électrique sans fil à une distance de plu sieurs mille de milles ?
Est»ce qu’il y a quelques années nous n’aurions pas ri si l’on nous avait dit qu’on pourrait photographier un objet de métal contenu dans une boîte en bois épais P Est-ce que nous n’aurions pas traité de fou celui qui nous aurait dit que nous verrions, un jour, des photographies de nos os obtenues à travers notre chair ? Qu‘est-ce qui permet de faire cette photographie merveil veilleuse ? Un fluide, une force.
Et pourquoi n‘en serait-il pas de même des phénomènes du médianisme ? Démolir est facile; mais voyons de quels moyens se sert celui qui. - «——ÿ —«w
2 84 L'lNITIATION / a l’intention de démolir. Dans la science il ne suffit pas de nier, il faut prouver que l'on peut nier. Le professeur Morselli a lu l’ingénieuse campagne de la Patrie contre le spiritisme. Mais elle ne détruit rien. Elle réussit tout au plus à démasquer certains mystificateurs. Mais 'a-t-elle détruit la principe scientifique P C’est ici qu‘intervient dans le débat M. Blaserna.
Il adresse à la Patrie une lettre qui a l’intention d’être scientifique, nie et démollt tout. Les idées en sont invrai semblablement arriérées. M. Blaserna n’a pas suivi le remarquable mouvement des études sur le médianisme depuis 1874, époque à laquelle Cronkes publia son stupé fiantouvrage, et depuis laquelle une phalange de savants se serrant autour du maître est arrivée aux affirmations d’aujourd’hui.
Le sénateur Blaserna s’en tient à ce qui se disait il y a environ cinquante ans. L’histoire du muscle du péroné, apportée devant l’Académie des sciences de Paris en 1854 et encore citée par M. Blaserna, fut dé montrée fausse. C’est de décombres scientifiques qu’il se sert. M. Morselli dit que, avant 1892, il était encore in— crédule et indifférent. C’est à cette époque que se forma graduellement sa conviction.
Ce fut M. Torelli-Viollier qui le persuada d’assister à des expériences. Il écrivit alors un livre sur Eusapia Palladino qu’il considérait comme un médium incomparable. L’élite des savants français s’occupait d’elle. Il suffit de rappeler les expériences de Charles Richet, le prince des physiologistes français, qui s’est servi de tous les instruments, de tous les moyens dévaluation et de graphisme les plus perfectionnés, applio quésà la science.
Les psychologues, les psychologistes et les physiciens s’adonnent à ces études sans défiance et sans préjugé. Notre Schiaparelli admet sans hésitation l’existence de la force singulière dont nous ne connais sons que les effets.
« Moi-même — conclut M. Morselli — on ne peut m’ac cuser d’être un halluciné, un homme facile à convertir; moi, ancien directeur d'une Revue belliqueuse, et intran , sigeant de philosophie positive qui a paru jusqu’à présent trop absolue dans l’affirmation des dogmes du matéria lisme scientifique. » Et ici l’illustre Morselli me fit la liste
REVUES ET JOURNAUX 285 d’un grand nombre d'auteurs et de livres consacrés au médianisme, liste vraiment imposante mais que... je n’ai pas retenue. ERNESTO SERAO. Annales des Sciences Psychiques (Juil. Août. 1902).
REVUES ET JOURNAUX Un numéro triple de la Thérapeutique intégrale (avril, mai, juin I902) est paru, il renferme des articles spéciaux et une partie très intéressante de notes établissant les priorités de la médecine hermétique dans les découvertes relatives à l’art de guérir.
Rosa Alchemica publie le cours d’astrologie professé, l’hiver dernier, à l’école hermétique; excellent article d’Edouard d’Hooghe dans le numéro d’août sur les origines végétales du règne animal. Dans le Théosophist d’août, bonne étude deThirlwall sur les différentes Yogas. The Psychic and Occult Views (août) donne de bons articles sur le côté pratique et automagné tique.
Mme Hitze donne une excellente étude sur la presse occultiste italienne dans l’Ubersinnliche Welt (août) ; dans le même fascicule, fin d’une bonne étude historique sur les Rose-Croix. Le Light, la Revue scientifique et morale du spiritisme, l’Echo du Merveilleux contiennent une abondante collection de faits et de nouvelles. Le Mo— niteur des études psychiques consacre un numéro double à la possédée de Grèzes.
Recherches sur la Médiumnité, parGABRIEL DELANNE, li brairie des Sciences psychiques, 4.2, rue Saint—Jacques, Paris. -—- Prix : 3 fr. 50. 4 Ce nouveau livre de M. Gabriel Delanne vient combler une lacune importante parmi les ouvrages spirites. La mé diumnité étant la base du spiritisme, tout ce qui se rapporte à son étude est du plus haut intérêt pour la doctrine. Depuis la mort d’Allan Kardec, bien des progrès ont été
'2 86 L’INITIATION accomplis par la science, et il était nécessaire de rechercher dans quelles proportions ces connaissances nouvelles com battent ou appuient le problème des rapports entre les vivants et ceux qu'on appelle improprement des morts. C‘est l‘étude approfondie du phénomène de l’écriture mécanique qui fait l'objet de cet ouvrage. L‘auteur, très au courant des travaux des savants. exa mine d'abord les objections des incrédules.
Il démontre que l'imitation par les hystériques des procédés spirites n'a rien de comparable avec la véritable médiumnité. Ensuite, il fait comprendre ce que c’est que l’automatisme naturel et prouve que certains écrits inconscients sont produits invo lontairement par l'écrivain lui—même, qui ne se doute pas d'en être l'auteur.
On lira avec intérêt les recherches si curieuses de MM. Salomon et Stein, ainsi que celles du docteur Patrick sur ce sujet encore si peu connu du pu— blic. Cetteconstataüonéclaire un des points obscurs du spi ritisme et permet de repousser un grand nombre de pré— tendues révélations — parfois ridicules -— qui ont pen dant longtemps retardé l'essor de cette jeune science.
M. Delanne a entrepris la tâche ardue de passer en revue toutes les causes qui peuvent donner aux écrits automati ques une apparence spirite. C’est ainsi qu’il est amené à définir et à étudier l’influence de la mémoire latente, de la suggestion orale ou mentale, de la transmission de pensée, de la télépathie et de la prémonition.
Tous ces facteurs sont analysés, leur action est définie, et des exemples sont fournis pour soutenir les thèses de l‘auteur. Il ressort de cet ensemble de recherches une certitude: celle de la communication des âmes pendant la vie terrestre, indé» pendamment des organes des sens. Par une discussion serrée. l’auteur fait ressortir les rai sons qui permettent de différencier les écrits automatiques des véritables communications spirites.
Un très grand nombre d’observations sont relatées, et l’on peut dire que ce travail est le premier qui présente, sous une forme très condensée, une grande quantité de faits que l‘on ne trouve que dans des ouvrages spéciaux, ou épars dans les revues qui traitent de ces matières. Dans la dernière partie, l’écrivain a réuni toutes les preuves certaines qui affirment la réalité des communi
LIVRES REÇUS 28 7 cations par l'écriture. Une sélection sévère a présidé au choix de ces récits, qui résistent à toutes les critiques. On y trouve des exemples de communications en dehors ou au-dessus des connaissances du médium. Des autographes de personnes mortes absolument inconnues des écrivains. Des messages donnés par des nourrissons ou des enfants en bas âge.
Des communications en langues étrangères écrites par des ignorants, etc. Des figures dans le texte reproduisent certains de ces écrits. Une étude très soigneuse et très méthodique de tous ces témoignages en démontre l’authenticité et prouve qu‘ils ne peuvent être produits que par ceux qui s’en déclarent les auteurs, c’est—à dire par les Esprits. Nos lecteurs connaissent déjà M. Gabriel Delanne.
Dans ses précédentes publications, ils ont eu souvent l’occasion d’apprécier la clarté de ses démonstrations, la sûreté de son érudition et la rigueur de son esprit scientifique.
Nous croyons donc que ce nouVel ouvrage est appelé à un grand succès, car dans ses 500 pages il répond victo— rieusement àtouteS les objections et indique les règles simples qui permettent de distinguer, parmi les produits de l’automatisme, ceux qui sont réellement attribuables aux Esprits. Nous le recommandons tout particulièrement aux lec— teurs de l’1nz’tiation. LIVRES REÇÙS Matière, Force et Esprit, par H.-H.
Lazelle, traduit de l’anglais par C. Moutonnier. Librairie des Sciences psychiques, 42, rue Saint-Jacques. L’Idée(tome vr), par O. de Bézobrazow. Même librairie. Le Problème de l’Au-Delà, par le général A... Même Librairie. Après vingt ans et autres poésies, par Ch. Gounod-Es prit(P)
288 L‘INITIATION Nos lecteurs seront sans doute étonné d’apprendre que Gounod n’a pas cessé ses productions artistiques, même après sa mort. Nous ne pouvons nous empêcher de citer une des meil— leures pièces de ce livre de ses œuvres... posthumes ou ré putées telles. Impromplu Î T.‘-——r‘.. Do, ré. Mon adorée Do, ré, mi Ma mimi Do, ré, mi, fa Tu triomphas DO, ré, mi, l‘a sol Et je tombais fou sur le sol Do, ré, mi, fa, sol, la Et d’amourje serais encore là Do, ré, mi, fa, sol, la, si Si je n’étais pas ici Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do A faire avec la mort dodo Pauvre Gounod ! 9—0. Le Gérant : ENCAUSSE. Paris-Tours. — lmp. E. ARRAUI.T et Cie, 9, rue N.-D.-de-Lorette
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AVIS A NOS LECTEURS Les œuvres de Louis-Claude de Saint-Martin ont été rééditées sous la direction de l’Ordre Martiniste. Chacune de ces réédilions esl absolument conforme à l’original. Il est donc inutile de payer 25 ou 30 francs des volumes qu’on peut avoir à bien meilleur compte dans leur ternie intégral. On trouvera à la Librairie Paul OLLENDORFF, 50, Chaussée d‘Anlin : LE TABLEAU NATUREL Des rapports qui existent entre Dieu, l’Homme et l’Univers Un volume in—8 au priæ de 7 francs ET L’Homme de Désir Un volume in-8 au prise de 7 francs. Ces rééditions sont tirées àîpelil nombre d’eœemplaires el seront vile épuisées. Nos lecteurs doivent donc se presser. Prime aux Lecteurs de l’lN/TIATION Contre remise de ce bon, le volume «le Tableau Naturel» sera vendu cinq francs au lieu de sept, paril à la charge de l’acheteur. Paris—Tours. — lmp. E. Arrault et 0°, 9, rue Notre-Dame-de-Lcrette. ‘(