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a, o o 9 L Initiation Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÊE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS I. Q 0. >I< Docteur en médecine — Docteur en kabbale —————-——u .»9< ——» —«-———— ‘7‘“ 56““ v OLUME. — 15“ ANNÉE SOMMAIRE DU N0 1 1 (Aout 1902) .'.è’/”" 1’2- ‘ ’ .t}. "A "’ ""“ ' PARTIE EXOTÉRIQUE Les matérialisations (p. 97 et 98). . . . . Sédir. PARTIE PHILOSOPHIQUE Notes sur l'Islam (p. 99 à I07) , . . . . . . Abdul Hadi.
La morale chinoise (p. I08 à 112). . . _ . Matgioï. Lettres magiques (suite) (p. I 13 à x49) . . . Sédir. Notes sur la grammaire de Pa‘nini (p. 14.! à 159) . . . . . . . . . . . . . t. . . . X. Au Pays des Esprits (p. 160 à IÔS)\. . . . X. PARTIE INITIATIQUE La Science et l’lgnorance (p. 169 à 176). . . Sédir. PARTIE LITTÉRAIRE Orphée (p. 177) . . . . . . . . . . . . . . . Jules de Marthold.
Un étrange phénomène lumineux. — Correspondance. — Bibliogra phie. — Revues et journaux. — Prémonitions. Tout. ce qui concerne la Rédaction et. les Échanges doit être adresse 87, boulevard Montmorency, à Paris. Téléphone — 690-50 ADMINISTRATION — ABONNEMENTS —— ANNONCES LIBRAIRIE PAUL OLLENDORFF PARIS w 50., Chaussée-d’Am’in, 50 »- PARIS Le Numéro : UN FRANC. — Un An : DIX FRANCS ha‘a--- .
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n'ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiali0n est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: ‘ Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la MoraIe par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des ,positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’0cculte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’Initiaiion adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cle’ricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie (Exotérique) expose aux lectrices ces ques tions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. La seconde partie {Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. . Enfin, la troisième partie de la Revue (Initialique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte.
L’Initiation parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà quatorze années d’existence.— Abonnement: xofrancs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.l
L’Initiarion du 15 Août 1901 PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l’1niliaiion 10 PARTIE INITIATIQUE SAINT—YVES D’ALVEYDRE — AMO — F. CH. BARLET, S.°. I.'.fç, —— GUYMIOT. —- MARC HAVEN, S.'. I.'. 33 —- J0LLIVET-CASTELOT. — JULIEN LEJAY, S.'. I.'. gè -—— EMILE MIGHELET, S.'. I.'. (C. G. E.) —- LUCIEN MAUGHEL, S.'. I.'. (D. S. E.) MOGD, S.'. I.'. -—— PAPUS, S.'. I.'. g; — Dr ROZIER. — SEDIR, 8.-. In. ',3. — SELVA, S.'. I.'. (C. G.
E.) 30 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABIL-MARDUK. — AMELINEAU. — ALEPH. — AMARAVELLA. — Dr BARADUC. — SERGE BASSET. — Le F.'. BERTRAND 30‘ — BLITZ. — BOJANOV. — ERNEST Bosc. — J. BRICAUD. —— JACQUES BRIEU. -— CAMILLE CHAIGNEAU. — CHIMUA DU LAEAY. — ALFRED LE DAIN. — G. DELANNE. — ALBAN DUBET. — A. ERNY. — FABRE DES ESSARTS. — L. ESQUIEU. -— DELÉZINIER. — JULES GIRAUD. — D= FERRAN. — L. GOURMAND. — L. HUTCHINSON. — E. LEFÉBURE. — L.
LE LEU. — L. LEMERLE. — LECOMTE. -— NAPOLÉON NEY. — G16 C. NOEL. — HORACE PELLETIER — PHANEG. — G. POIREL. — QUESTOR VITŒ. — RAYMOND. — SABRUS. — L. SATURNINUS. — D“ SOURBECK. — TH0MAssIN. — TIDIANEUQ. — G.VITOUX.— YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG.— JEAN DELVILLE. -— ESTRELLA. — E. Cou DEAU. — MA‘NOËL DE GRANDFORD. — L.
HENNIQUE. — GABRIEL DE LAUTREC. — JULES LERMINA. — JULES DE MARTHOLD. — CA TULLE MENDES. — GEORGE MONTIERE. -—LEON RIOTOR.y— SAINT FARGEAU. — R. SAINTE-MARIE. — ROBERT SCHEFFER. — ÉMILE SI COGNE. — CH. DE SIVRY. 4o POÉSIE G. ARMELIN. — CH. DUBOURG. -— RODOLPHE DARZENS. -—JEAN DELVILLE. -— YVAN DIETSCHINE. — E. GIGLEUX. —— CH. GROLLEAU. — MAUBIGE LARGERIS. —- PAUL MARR0T. — EDMOND PILON. — DE TALLENAY. —' ROBERT DE LA VILLEHERVE’.
L’1mhalmn du 15 Août 1902 L’ I N ITIAT I 0 N (RENSËi‘ÎËËÊ‘ENTS DIRECTION ’ ADMINISTRATION 87, boulevard Montmorency, ABONNEMENTS TÉLÉPHONE — 390350 PUBLICITÉ: VENTE AU NUMÉRO PARIS’A UTEUIL Librairie Paul omrrrnonrr DIRECTEUR : PAPUS _ . _ , . DIRECTEUR ADJOINT : Paul SED IR 50' chaussee dAnun’ 50 Rédacteur en chef: F.—Cb. BARLET Secrétaires de la Rédaction: FRANCE, un an» 10 fr .1. LEJAY — SABRUS ÉTRANGER, — 12 fr.
RÉDACTION. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la Direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d'un article. Prière d'adresser tous les échanges: 87, boul. Montmorency, Paris MANUSCRITS. —- Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d’avis spécial.
Un numéro de la Revue est touiours com osé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au p us tôt que le mois suivant. L’Initiation est, en France, le seul organe officiel des centres suivants : Groupe Indépendant d’Ëtudes Ésotériques. 1.600 Mem bres, 104 Branches et Correspondants. Ordre Martiniste. Ordre Kabbalistique de la Rose + Croix. École Supérieure libre des Sciences Hermétiques.
Société Alchimique de France (avec la Revue I’Hyper— chimie). Union Idéaliste Universelle. P. T. L. (section française). Rite Swedenborgien (Loge INRI).
PARTIE EXOTÉRIQUE LES MATÉRIALISATIONS , On appelle ainsi, en spiritisme, les phénomènes médianimiqués qui consistent dans l’apparition ob jective d’une tête, d’un corps tout entier, d’un membre d’un objet même. Suivant le plus ou moins de réus site du phénomène, la matérialisation peut‘être plus ou moins dense, plus ou moins compacte, résistante au toucher, et Ëparfois même, s’il s’agit d’un objet, subsister un temps assez long.
Quand c’est un être , humain dont la forme apparaît, le fantôme peut par ler, marcher, se mouvoir; il craint seulement la lu— mière àrayons rouges :telles furent les matérialisa tions célèbres de William Crookes obtenues avec miss Copk.
Les phénomènes sont plus rares en France qu’en Angleterre,fen Allemagne ou surtout aux États— Unis, soit à cause du manque de médiums, soit à cause des différences dans la constitution électro-ma gnétique du milieu. Les médiums à. matérialisations sont difficiles à rencontrer ; le phénomène exige une énormedépense ' de fluide très lourd, très physique pour ainsi dire. Dans les expérienees de l’ingénieur Donald Mac Nab, 7
98 L’INITIATION [AOUT 1902] si mes souvenirs sont exacts, on put voir ce fluide sortir des flancs du médium à la hauteur de la rate, sous forme de vapeurs blanchâtres, et donnant l’idée d’une sorte de parturition extraordinaire.
On a vu, chose plus rare, une femme, Mme d’Es— pérance, après avoir été le médium de beaucoup de matérialisations devenir la victime pour ainsi dire d’une dématérialisation partielle : ses jambes ont disparu, se sont fluidifiées pour ainsi dire, plusieurs fois : on peut lire là-dessus d’abord les mémoires de cette dame, intitulés Shadow-Landet traduits en fran çais, puis dans un travail d’Aksakof traduit par le colonel de Rochas : Sur un cas de dématérialisation partielle du corps d’un médium.
Au point de vue occultiste, la théorie du phéno mène est la suivante : Si une entité invisible veut se communiquer de cette façon sur notre plan, il lui faut trouver un milieu magnétique bien calme et surtout un médium dont le corps astral soitriche de cette sorte de fluide qui est très proche de notre matière physique; c’est ce fluide que l‘entité appliquera sur sa forme invisible comme un sculpteur applique dela terre glaise sur une carcasse en fils de fer.
Quant aux objets, leurs matérialisations ne sont presque toujours que des intégrations de formes ma térielles qui ont été désintégrées soit dans les pièces voisines, soit à des distances bien plus considérables. ‘@Ë’
Cette partie est ouverte aux écrivains de toute École. sans aucune distinction, et chacun d'eux conserve la responsabilité exclusive de ses idées. Notes sur l’Islam La situation actuelle entre l’Orient et l'Occident peut être attristante et grave au premier coup d’œil, mais quiconque croit que la puissance d’Allah comprend et le bien et le mal, ne s’étonne pas et ne s’afflige pas.
Tout est providentiel, et là où l’homme blasphème, profane et déchire, là, même, le Clément, le Miséri cordieux fait germer le bien. Les destinées s’accom plissent par delà des morts et des ruines selon d'obscures lois d’équilibre éternel et de relations mys térieuses. Cependant, au-dessus des orages et des cata clysmes, les vœux des croyants constituent une force cosmique.
' Admettons un instant que l’on puisse détruire toutes les copies de la Sublime Lecture et tuer tous les croyants jusqu’au dernier: l’lslam vivra quand même, car son pays n’est pas de ce monde. Dieu n’a pas besoin de nous, mais nous avons besoin de lui. Nous luttons par un devoir religieux. qui nous est imposé, et que nous accomplissons avec une joie humble. Toutefois nous aimons mieux que nos prières arrivent au trône du Très-Haut, plutôt que
100 l.’lNlTIATION le succès dans ce monde. La religion des saintes for mules, l’alchimie de l’espoir et du repentir, la théolo gie de la grandeur de Dieu et de la misère del‘homme, la dévotion en profondeur, simplicité et sincérité, l’initiation par la volupté et l’ivresse spirituelles, par la sensation intérieure du céleste, ne peut pas dispa raitre. Je me suis demandé pourquoi les Européens ont si peu et si mal compris l’Islam.
J’en ai'eu deux raisons, dont l’une est due à une politique occulte, et l’autre à la nature même de l’intellectualité occidentale. Après les croisades, il y eut une époque de relations amicales entre l’Orient et l‘Occident par les Templiers, qui, seuls, parmi les Européens de cette époque, pou vaient communiquer avec les musulmans.
L’esprit oriental y pénétra, alors, pour la seconde fois, après la naissance de Jésus (que la paix divine soit sur lui 1) sous forme d’art et de poésie. Cette étincelle inquiéta les puissances ténébreuses. La mort des Templiers lucifères fut décidée.
Mais le flambeau vacillant, ali— menté par la Sicile et l‘Espagne qui était à cette époque une terre bénie, ne cessa de briller, et la civilisation de la renaissance s’élabora aux rythmes arabes des troubadours. Les rapports avec l’Orient devenant plus rares, le mal triompha. L’esprit anti-oriental, clérical chez les Latins et luthérien chez les Germains, eut le dessus.
Une horrible époque s’ensuivit qui prit fin par un événement à la fois extraordinaire et banal, la Révolution française. Depuis cette époque, l’équilibre politique repose sur une étrange trilogie composée du mage,’ de l’Orient et du peuple.
NOTES SUR L’ISLAM I OI Maintenant, l‘esprit du mal cherche à troubler cet équilibre. L’esprit du bien veut le raflermir. Depuis la mort des Templiers, l’esprit du mal, représenté par les trafiquants du temple. et les adora teurs de l’argent, cherchent par tous les moyens à séparer l’Orient de l’Occident, dont l’union sera l’avè nement du royaume de Dieu. Le développement rapide des communications né cessitaiune tactique spéciale.
L’Orient fut inondé de missionnaires, répandant la haine contre l’Europe, qui à son tour fut remplie de mensonges absurdes à propos des sociétés musulmanes et de l’Islam en géné ral. Voici pourquoi l’Occident qui, aveugle, désire, et l’Orient qui sait, mais _ne veut pas, sont prêts à s’égorger au lieu de s’entendre et de s’allier. La pensée latine, dirigée par des prêtres retombés dans le paganisme, n’a pas voulu comprendre l’Orient.
La pensée germanique ne l‘a pas pu, étant trop dé bile. Le penseur germanique, semblable à certains ma lades, absorbe beaucoup et ne digère rien. Aryen pa‘r excellence, il ne pense qu’avec une partie infime de son être, qui n’appartient même pas aux régions supé rieures des facultés humaines.
Protestant et vivisec teur, il sera toujours, à moins qu’il ne se convertisse à un sémitz‘sme quelconque, l'homme des soleils d’hi ver et des yeux aux regards froids. C’est le prêtre antimystique avec ses deux auxi liaires irresponsables, le missionnaire et le levantin, ainsi que le matérialisme germanique, qui empêchent l’union de l’Orient et de l’Occident.
102 L'INITIATION D’un autre côté, l’Orient n’est pas sans faute. Il a négligé l’effort sacré (Eldjihàd), et n’ayant rien fait pour répandre l‘Islam parmi les Européens, ceux là pénètrent en Orient pour des raisons de lucre. Mais c’est une apparence. En réalité, ils sont inconsciem ment attirés par une force invisible vers la conver sion sémitique.
Quoique très ignorant et sans autorité, je me per mets d’adresser aux lecteurs de I’Initialion quelques paroles sur des idées musulmanes générales. Peut-être apporté-je de l’eau à la rivière. Je n’ai rien de nou veau à annoncer. Je veux seulement faire comprendre la portée de quelques croyances islamites que tout le monde connaît. Ce qui frappe d’abord dans I’Islam. c’est son inten sité vitale. Regardez d’abord son homogénéité.
Tous les musulmans se reconnaissent d’après un fades spécial. Tout produit artistique ou littéraire musul— man porte un cachet original. Pourtant, chacun dans son sol, Arabes, Turcs, Persans, Indiens, Malais, Ber— bères, Soudanais, etc., diffèrent tous entre eux. Chai— cun synthétise merveilleusement son ciel et le coin de terre qu’il habite, d’après les formules arabes.
Au cun n’est dépaysé par la religion des Arabes, et pour tant tous sont unis. Je vais encore plus loin. Je dis que le Persan est devenu plus Persan après son Islam qu’il ne l’était avant. L’Indien comprend mieux la nature indienne que I’Hindou. L’art musulman de l’Inde, en dépit de ses rigoureuses formules, reflète bien plus fidèlement le pays que l’art hindou, mani festant ainsi une plus grande puissance de l’esprit sur " 5.».ÿeäÿMs? i -A‘
NOTES SUR L’ISLAM 103 la matière, un équilibre de conscience mieux lié, une ' plus grande charité cosmique et force rédemptrice. Ainsi l’Islam est une discipline qui émancz’pe. A la fois régional et universel, il met la patrie dans le coeur de l’homme et le dispose à être chez soi partout. Il est la seule chose au monde qui soit plus forte que les atavismes et les hérédités.
J’ai vu des hindous et des bouddhistes transfigurés après quelques années de pratique de l’Islam. On eût dit qu’ils avaient changé de race. . Cette énergie vitale de l’Islam provient de ce fait, qu’il est l’essence même de l’idée sémitique, son expressionla plus simpleet la plus universelle. Or, Iesé mitisme est toujours une force sur un plan quelconque. Jadis, le catholicisme était plus oriental.
Il avait alors sur les esprits une influence analogue à celle de l’Islam. Les éléments païens ayant prévalu, il ne pro— duit guère que des sataniques ou des athées. Les extrêmes se touchent. L’Islam et le paganisme germanique, moderne ou antique, adorent tous les deux la force. Le Germain ne connaît que la nature, qui, d'ailleurs, le maltraite. Il n’adore que ses diflérentes forces malgré leur fumier.
Aussi, l’Allemagne est le pays où l’on mange le plus de porc. Le musulman, qui a une âme immortelle et qui vit sur plusieurs plans d’exis— tence à la fois, ne reconnaît que la force de Dieu. Dans les moments de malheur, tout musulman s’écriera: « Il n’y a de terreur et de force que celles qui viennent de Dieu le Haut, le Grand », et le plus efl’royable des événements ne sera qu’un rien, mû
104 L’INITIATION par un souffle divin. Voilà la différence entre le maté? rialiste et celui qui ne l'est pas. La religion fortifie le musulman en le séparant de tout ce qui n’est pas Dieu, et en le livrant seul avec la force des fortes. L’Islam est un grand isolant, et plus l’isolement est parfait, plus il y a de force acquise.
La contemplation religieuse consiste à voir le monde au—dessous et à la suite de Dieu, et rien par devant lui en dehors de ses voiles qu’il dispose à son gré. Le penser religieux consiste à retrouver Dieu au fond de tout. Ces deux regards, l’un en haut, l’autre en bas, sur l’enchaînement des émanations sont tous les deux licites.
La prière offre d’étranges analogies avec la contem plation, quoique l’une soit une œuvre et l’autre une réception, en quelque sorte une passivité. La prière centralise le cosmos en la forme humaine et le pré— sente au créateur sous quatre aspects différents. Celui qui prie a Dieu devant lui et le monde derrière lui.
Je veux finir le chapitre de l'intensité de l’Islam par quelques mots sur son anthropomorphisme, à propos duquel les théologues s’expriment avec une certaine réserve. Les statues religieuses sont absolu— ment défendues, car elles sont toujours l’œuvre de l’homme. Or, un simple mortel, fût-il le plus savant des docteurs, n’a pas le droit d’imposer sa conception de la divinité avec une précision aussi matérielle que celle d’une statue.
Personne en l’Islam n’a le droit mile pouvoir de montrer Dieu à son frère ou de s’in terposer entre lui et l’homme. C’est pourcela qu’il n’y a ni statues ni prêtres parmi les musulmans. \ ’r ,,' Lä: :‘1‘u’!flΫ-ËL—
NOTES SUR L’ISLAM 105 L’absence de tutelle religieuse est la plus précieuse de toutes les libertés humaines. Par elle, le monde musulman est non seulement égal mais au-dessus des nations (I) qui avec lui constituent la tétralogie libertaire du monde entier. Je répète : statues et clergé dans la mosquée porteraient atteinte à l’uni versalité des formules, ce qui serait un sacrilège.
Ces formules, en dépit de leur rigidité, sont la base des pensées vivantes, car elles s’appliquent à tous les mondes, à tous les ordres correspondants ou parallèles, et constituent des rapports entre eux. Or, la pensée vivante et intense est toujours anthro pomorphe, car elle remplit tout l’être du penseur comme le métal fondu remplit le moule.
Elle se res sent de l’organisme tout entier, qui a présidé à sa conception. * x4 L’Islam est la seule religion exotérique, qui recon naît, de par Qanon, la démonstration par harmonie, c’est-à—dire que la beauté manifeste la vérité. L’élo quence du Qorân est citée en témoignage de son origine céleste. Un symbole de l'ornement est la poussière sur le front de l’adorateur, quand il se prosterne dans la prière.
La terre devient belle quand elle est touchée par celui qui sfhumilie devant le Créateur. Quand l’athée dit que l’œuvre d’art est un (I) Les trois autres sont : l’Italie, qui représente la liberté sentimentale; la France, qui représente la liberté intellectuelle, et l'Angleterre, qui représente la liberté politique. il
106 L’INITIATION coin de nature vu à travers un tempérament, il ne fait que parodier une vérité éternelle. La société musulmane est absolument le contraire de celle de l’Europe. Aucune loi européenne ne défend l’accuparement des denrées ou des premières nécessités de la Vie. A peine mettent—elles quelque frein à l'usure. Le pauvre n’a que le droit qu’il peut prendre. C’est pour cela que la révolte en Occident ne constitue aucun péché.
Toute l’activité sociale repose sur le mépris et l‘exploitation du pauvre. L’au mône même est une humiliation. Dans la société arabe, le désir des biens de ce monde est presqu’un péché. L’argent, c'est-à—dire le gain, est presque impur, même acquis par un trafic licite. Il ne peut être purifié que par l’abandon de la dixième partie au profit des nécessiteux. Cette dîme s’appelle même Zakât, qui signifie: purification; elle est d’obli gation qanonique.
La pauvreté est un mérite. Quand elle est volontaire, elle est considérée presque comme une sainteté. Faqîr et Dervich signifient tous les deux: pauvres. La présence des étrangers, des étu diants et des hommes pieux est regardée comme une bénédiction pour un pays. Le principe social arabe est à la fois fraternel et * aristocratique. Le riche, le savant, le fort ont des devoirs vis-à-vis du pauvre, de l’ignorant et du faible. « Noblesse oblige » est de conscience populaire en pays de l’lslam. . ' _ .-» ' ’..Ifl».5!JËSJI .4 ,
NOTES SUR L’ISLAM 107 L’Islam est surtout un état mental, qui résulte d’une adoration à la fois sincère, hiératique et rituelle. Les détails dogmatiques n’ont pas de sens pour celui qui ne pratique pas. L’étendue du savoir théologique dépend de sa profondeur qui à son tour dépend de la pureté et de l’intensité de l’adoration. Une œuvre d’art est lettre close pour quiconque n’a pas le goût ou l’éducation esthétique.
De même, les vérités de l'Islam sont absolument inaccessibles pour quiconque les étudie à froid, sans entraînement senti mental préalable. L’initiation est aussi, dès le com mencement, une culture d’émotivité. Elle est presque toujours guidée par un cheik auquel le mourid doit une confiance absolue. Ce cheik ne peut pas être comparé avec un prélat, encore moins avec un maître d’école.
Il est plutôt un père spirituel, que l'on choisit et que l’on peut quitter quand on veut. Le fait d’avoir quitté l’un, même pour suivre un autre, ne doit pas être considéré comme une insulte faite au premier. Loin de là. ABDUL HADI. (A suivre.l i.. ,r—..JÇ'__..,.. .
La Morale chinoise [Nous extrayons ces pages d'un beau roman publié en 1899 par Matgio‘i chez Ollendorff: le Maître des sentences.
Nous souhaitons que nos lecteurs goûtent toute l’esthé tique de ces raisonnements subtils et qu‘ils s’en puissent faire comme une transition aux conseils presqueidentiques des Èvangiles sur les mêmes sujets] Vois donc quelle place tiennent, au bout d’un siècle, les actions des hommes, et si l’on sait, quand on se sert d’une belle invention, ou qu’on applique une bonne loi, le nom de leurs auteurs. Qui a découvert la boussole ?
Qui la poudre P Qui a nommé le zodiaque? Qui a décrit la forme de la Terre? Tu n’en sais rien; tu en attribues le mériteàd’heureux impos teurs.
Seul le livre donne l’immortalité; ton esprit reste en tes discours ; et tes discours, s'ils valent, sont gardés dans les livres et sur les papiers souples; les petits enfants y apprennent à lire, et les jeunes hommes en répètent les caractères; c’est ainsi que ton âme devient éternelle et se répand dans le monde. Mais, hors cela, vois même, en nos familles, la place matérielle, que tient l’aïeul après dix ans de tombeau. D’abord, je le sais bien, précieusement on garde sa
MORALE cnmorsa 109 place sur le lit et au foyer, on respecte ses traditions; on laisse en place tout ce qui le rappelle, ses vête ments, sa plume et son turban ; puis, un peu après, on assemble toutdans une armoire, parce qu’il est venu un petit enfant auquel il faut faire de la place ; puis on a besoin de l’armoire, et on relègue les vieux sou venirs au fond de la chambre où l’on ne va plus ; et un jour enfin. le petit-fils, qui n’a rien connu de son ancêtre, se débarrasse de cet amas encombrant et suranné.
Rien ne demeure du mort, que sa tablette à l’autel de famille, et son esprit, s’il a méritoirement transmis à ses enfants l’héritage d’âme qu’il avait hérité de ses pères. Et, peu à peu, il se confond dans la race dont il fut un chaînon et dont le nom même se perd. Et cela est un bien. La gloire ? égoïsme posthume: continuation, par delà le tombeau, de notre indivi dualisme condamnable.
Fuis-la, et réjouis-toi de la médiocrité, conserve, sans y rien changer, l‘esprit et les pensées et les gestes de ta race ; et quand tu y ren treras, morceau anonyme, tu vivras éternellement, dans sa collectivité, de l’existence propre que tes fils te feront dans leur âme et tu participeras, à ton rang, aux souvenirs, aux hommages et aux sacrifices qu’ils feront à cette entité véritable qui est la somme deleurs ancêtres.
Ainsi seulement tu vivras de la vie générale des races, qui peut seule être aussi la vie immortelle. Mais si tu préfères un culte individuel, bientôt ton flambeau s’éteindra dans les ténèbres qu’amoncellent les années; rien ne ressuscitera ta gloire disparue; rien ne rajeunira ton souvenir oblitéré; tu tomberas
110 L’INITIATION dans le néant, réparateur de ton orgueil; tu ne seras plus que le vide, créé toi-même autour de toi. Et l’isolement orgueilleux deviendra le funèbre aban don et_ le définitif oubli. Punition sévère et divine de ceux qui méprisèrent les suites, les progressions et les chaînes, qui s’érigêrent à côté et au-dessus des leurs, et que la foule future oubliera sur leur vain piédestal.
Chaînon, reste dans la chaîne; fil obscur, ne déserte pas la trame du divin tisserand. Transmets les usages, les coutumes, les dépôts sacrés, et tu seras revêtu de l’immortalité des choses transmises.
Là seulement est ton devoir, et tandis qu‘ainsi tu vivras, la gloire des plus anciens maîtres du monde ne sera plus que l’as semblage de syllabes étranges et mortes, qui frappera l’oreille sans entrer à l’âme, dont le vain bruit sub sistera, et d’où la vie aura disparu. — Le bien donc seul nous faitvivre dans la mémoire des hommes P et alors les hautes volontés et les grands desseins, et les fortes conceptions ne servent de rien ? et vous n'accordez le mérite de l’immortalité qu’à la pitié, à la charité, à la bienfaisance et à tous ces tendres sentiments, qui ne sont vraiment à leur aise que dans les âmes féminines P -— Tu parles comme un rhéteur, interrompitlejeune Thang.
Si tu fais le bien pour réjouir ta sentimen talité, ton action demeure une des formes de l’égoïsme et trouve la seule récompense qu'elle mérite dans l’émotion douce que tu éprouves. Tu te satisfais toi même, et le résultat ne va donc pas plus loin que toi même. -— Eh, ajouta Luat, il ne s’agit pas de faire du bien usu
MORALE CHINOISE I I E pour le_résultat que cela donne, soit chez soi, soit chez les autres.
La belle aventure, que de faire du bien à autrui, soit parce qu’autrui en aura de la re connaissance, soit parce qu’il augmentera sa vie physique ou intellectuelle de quelques avantages qui te feront honneur l — Cependant, exclama Ayriès interloqué, il faut faire le bien avec discernement, et ne l’adresser qu’à ceux à qui il peut profiter. — Erreur occidentale et féminine! riposta Luat.
C’est pour avoir nourri cette erreur que vous consi dérez la bienfaisance comme la conséquence de la sentimentalité, impression en somme inférieure. Il y a toujours un soupçon d'orgueil à prévoir, à scruter, à combiner les conséquences de ce que l’on fait.
Si tu ne fais le bien qu’envers ceux qui le méritent, tu lo— calises ton ardeur, et tu diminues la valeur de ton sacrifice, puisque tu veux, avant de l’accomplir, savoir s’il rapportera quelque chose.
Mais faire le bien, sans savoir, sans vouloir surtout savoir comment celui qui le reçoit en profitera et le faire également à ceux qui le méritent et à ceux qui le dédaignent, voilà l’action vraiment méritoire et qui nécessite une force de vo— lonté, et une continuité de résolution, auprès des— quelles les grands desseins et les caractères bien trem— pés dont tu parlais tout à l’heure ne sont que d’insuf— fisantes ébauches.
Faire le bien pour soulager tel ou tel, dont les souffrances font mal à ta délicatesse, c’est une œuvre d’individualisme. Mais faire le bien, aveuglément, à tous, et toujours, pour réparer, autant qu’il est en toi, l’universelle injustice au milieu de
112 L’INITIATION laquelle tu vis, et traiter de la même indiflérence la reconnaissance et l'ingratitude, voilà l’action seule digne d’un disciple du véritable Dieu. Et celle-là est' plus pénible que tous les exhaussements, que tous les héroïsmes, et te vaudra, à toi-même, la récom pense et l‘immortalité que tu n’auras pas cherchée3.
Mais peut-être ce sujet est-il trop grave encore pour tes oreilles; laissons là ces propos qui ne convien nent guère pour un homme qui monte encore à cheval, et viens fumer quelqu’une de ces pipes, où tant d’autres, avant toi, trouvèrent déjà le repos de l’esprit contrit, et, plus tard, la solution des pro blèmes cherchés.
Ce que je viens de te dire peut te paraître excessif; tu y sens cependant un grand fonds de vérité, un peu obscure, mais qui doit s’accorder aux préceptes de ta religion occidentale, comme elle s’accorde à la nôtre. Mais cette vérité ne t’apparaît que comme des éclairs brillants et fugitifs derrière des nuées lourdes et orageuses. Laisse faire le temps et l’enseignement des livres, peu à peu écouté.
Et, d’un œil désormais habitué à ses rayons, tu découvriras bientôt l'éclat de la grande lumière. Rien n’échappe à qui sait attendre et se contenter de la page du jour. M ATGIOï.
Lettres Magiques (Suite) Mais, pour que nous mesurions le vide d’une chosê, il faut l’avoir eue à nous tout entière; chacun de nous doit connaître tous ces efforts, ces déceptions, ces an goisses, ces triomphes, ces affres, ces transports, ces rages, ces ivresses avant que même la conception de l’universelle sérénité, de la grande compassion lui soit possible.
Ce que la Loi demande de nous, c’est de vivre, le plus intensément, le plus profondément que nos forces physiques, morales et intellectuelles nous le permettent; la Vie n’a d'autre but qu’elle même; c’est elle qui nous pousse dans les lacets du désir; c’est sa force éternelle qui se reflète dans toutes les petites existences parti_culières; et c’est elle que nous nous obstinons à ne pas reconnaître, fermant les yeuxà ses rayons, bouchant nos oreilles à sa grande voix initiatrice; ou tout au moins ne voulant la re— garder ni l’entendre qu’à travers ces'instruments i m parfaits, marqués du sceau de la destruction et de la mort que sont notre intelligence et notre animisme. — Mais alors, diras-tu, les hommes sont un trou 8
l 14 L’lNITIATION peau inconscient qui vague au hasard de ses caprices et que nul pasteur ne dirige vers les bons pâturages?
Non, nous avons des guides, et de nombreux; mais diflérents en cela des bergers de la terre, ils ne pren nent soin que de ceux qui viennent à eux et nous lais sent libres de les suivre ou de vivre à notre guise; les moutons voient leur berger, mais ils ne connaissent pas le maître de la ferme à qui obéit le berger; ainsi nous pouvons connaître et parler avec nos pasteurs, mais les maîtres de nos gardiens sont cachés à nous; ils vivent ailleurs, dans la ville, où ils travaillent avec plus de profondeur et de généralité; leur sphère est hors de nos conceptions; nous ne pouvons pas les coniprendre,ümais seulement, de temps à autre, reconnaître leur présence invisible à quelque plaisir inattendu, à quelque soulagement à nos travaux.
Lorsque donc nous avons tendu jusqu’à les rompre toutes les fibres de nos énergies psychiques, lorsque les réactions que nos étourderies provoquèrent de la part de la Nature, deviennent trop fortes pour que nous leur résistions, nous commençons à soupçonner que l’homme deviendra peut-être le roi de la création, mais qu’il ne l’est pas encore; nous étions montés jus qu’alors le long des flancs de la montagne du Moi; nous allons en redescendre les pentes abruptes; nous partons de l’orgueil vers l'humilité, de la gloire vers l’obscurité, de la richesse vers la pauvreté.
Dieu a, dès lors, vaincu l’homme; la créature aperçoit le sen tier véritable, et son cœur va ressentir avec joie toutes les douleurs de cette agonie mystique, par laquelle il lui est donné de mourir à lui-même pour renaître
LETTRES MAGIQUES I 15 _.J-..r’ .._ plus tard dans la Lumière éternelle et dans la Béati tude de l’Esprit. Tel est l’avenir qui nous attend tous; tel est le che min par lequel ton âme, chère pénitente, va être con duite; beaucoup de sollicitudes ont, dès maintenant, les yeux ouverts sur toi; tu ne seras jamais seule, pas plus qu’aucune autre âme; l’Éternel est seul, mais toutes ses créatures ont des parents et des amis.
Xlll ANDRÉAS A STELLA Deux mots pour te dire une histoire, chère Stella. Il y avait avec nous, pendant une excursion, un de ces professionnels charmeurs de serpents appelés sou padhas; c’était un vieil homme silencieux qu‘on nommait Hamira Bhangorr; né à Bahowal, dans le Hashiarpar, il/avait rôdé un peu partout et rendu pas mal de services, disaient les Sais, à Nana-Sahib.
Il vit un cobra mordre notre cornac; aussitôt se pré— cipitant sur le serpent, il lui présenta un morceau de résine rouge sombre, ovale, qu’il portaitconstamment sur lui; aussitôt le reptile s’enfuit dans les herbes; Hamira appliqua d‘abord sa résine sur la plaie qui était déjà noire, puis un morceau de racine sèche et, en quelques minutes, l’enflure disparùt, quelques gouttes de sang perlèrent sur la peau, et le cornac put reprendre la marche.
Hamira se tourna vers moi pour m’expliquer que sa résine était la bave solidifiée du Markhôr, le _cerf tueur de serpents, et la racine était
1 16 L’lMTlATXON celle de la plante dont le Markhôr se sert comme contrepoison. Je savais par expérience qu’il ne faut jamais sourire d’un Oriental si on tient à ne pas perdre pour toujours sa confiance; j’écoutai son his toire sérieusement. XIV THÉOPHANE A STELLA La femme est un cœur; l’homme est une intelli— gence ; l’une est amour, l‘autre est science; et laissez— moi ici, chère affligée, vous raconter une de mes rê veries favorites.
Vous savez que la plus chérie, parmi toutes ces imaginations où on a dû vous dire que je me complais, c’est l’idée que tout ce qui existe vit; mais non pas de cette vie collective et muette que les savants attribuent à leurs forces et à leurs combinai— sons atomiques, mais d’une existence réelle, objective, concrète, libre et responsable.
Tout ce qui est tangible sur notre terre, les objets naturels, les inventions de l’homme, les idées des phi losophes, les volontés légiférantes des rois, les besoins de la foule, les plus humbles morceaux de matière que nous avons assouplis pour notre commodité, tout cela sont des êtres vivants et individuels comme vous et moi; comme nous aussi, ils ont quelque chose de visible, de sensible et quelque chose d’invisible ; comme chez nous encore, c’est leur invisible où se cache leur force. Les caractères même que ma plume trace sur ce papier ont un esprit qui les vivifie.
LETTRES MAGIQUES I 17 » v w .«" ."'l" w,- w-æ—- ;o «- f‘r-r‘ïfl‘îî‘v-"W‘ê‘vflrll‘ ÎW Mais ici, ne tombons point dans un fétichisme ido— lâtrique : cet esprit vivifiant n’a d’énergie qu’autant que moi, scribe, formateur de son corps, lui en in suffle par ma pensée, et que la pureté de ma pensée ou de mon intention est capable d’attirer le type éter— nel de la Vie qui flamboie quelque part au delà des mondes.
Ces caractères ne jouiront que d’une vie tem poraire; si vous déchirez ma lettre, ils deviendront une tribu anarchique de petits sauvages; si vous la brûlez, ils mourront à la vie physique pour renaître ensuite à une autre forme d’existence.
Tout ce que je viens de vous dire,d’une façon con fuse sans doute, est vrai aussi pour les mots: Un idiome est, pour rénover des formules chères à M. de la Palisse, un idiome, non seulementdes langues par— lées sur cette terre, mais aussi de toutes les langues parlées dans toutes les planètes où peuvent vivre des êtres possédant le don de la parole : donc, si vous ne trouvez pas le saut trop grand, un mot est une image microscopique de la Vie universelle, ou mieux d’un des êtres qui la contiennent.
V Sentez-vous maintenant que si j’écris ou si je pro nonce les mots: quatre, pensée, bien, etc., je dessine avec une plume ou avec ma voix, une petite photogra phie, déformée, d’un être: le Quatre, la Pensée, le Bien, etc., qui dresse sa stature gigantesque sur le sommet d’une montagne inconnue ou qui marche sur les flots éthérés de quelque fleuve cosmique?
Cela peut-être à cent mètres de la surface du sol, ou par delà Sirius ; car la matière est pénétrable, il y a plus de trois dimensions dans l’espace; que savons-nous ?
1 l 8 L’INITIATION Et, si la Stella civilisée s’effraie de ces paradoxes, qu'elle écoute un peu la Stella sauvage qui sait bien, elle, que l’âme de l’homme est toujours attachée au vrai absolu, et que, par suite de cette union, plus intime que les philosophes et les prêtres ne l’imagi nent, l‘homme ne peut pas procréer quelque chose de totalement faux.
Ainsi, cet admirable symbolisme de la nature, cette végétation libre, produite par le mariage des efforts de la raison humaine et des secours de la bonté di vine, fait que dans le langage courant se cachent des vérités profondes. On emploie mille fois par jour le mot « amour » ou le mot <ç raison ».
Qui se demande pourquoi le pre— mier est du genre masculin, le second du genre fémi nin P Pourquoi l’un exprime le charme de vos sœurs, Stella, et l’autre la force de mes frères? Je vous ai parlé sacrifices l’autre jour: voilà le se cond à faire : oubliez les livres, ils ne sont pas faits pour vous ; plongez-vous dans la vie maternelle et féconde ; écoutez avec votre cœur les battements de son cœur.
Laissez les savants dénombrer les formes de la matière, les armées des astres, les légions de plantes; laissez leurs instruments et leurs algèbres, vos mathématiques doivent être les rayonnements du Dieu qui est en vous; vos microscopes, ce sont les efforts de votre charité toujours en éveil. Servir est votre devise. ’
ILETTRES MAGIQUES I 19 XV l ANDRÉAS A STELLA Tu es dans la main de Théophane, amie que je re-, commence àaimer d’une tendresse nouvelle; je t’avais prévenue. Maintenant quetu as misle pied sur la route, il faut la parcourir jusqu’au bout; telle est, du moins, la loi selon mes terribles Orientaux.
Je suis moi même dans une position analogue; tout mon édifice intellectuel s’écroule, et il faut que je marche, impas sible, sans jeter un regard en arrière, sans donner un adieu à tous ces pensers, péniblement conquis depuis mon adolescence. Ces Brahmes ont une pro fondeur de caractère, une détermination, un absolu tisme dans l'acte qui nous effraient, nous autres dilet— tantes français.
Ce ne sont plus des hommes, ce sont des forces de la Nature. L’empire qu’ils possèdent sur eux—mêmes a quelque chose, à mon sens, d’ex tra—humain; on dirait que leur âme a subi comme une transplantation ou mieux qu’elle a été greffée sur quelque essence venue d’une terre impavide et plus haute.
Bons pères, bons fils, bons époux, bons pa triotes, là où ils me déconcertent, c’est dans la force qu’ils déploient au milieu des luttes de la penséeet des combats mystérieux soutenus contre les forces in connues,plus indomptables que l’onagre du Turkes tan. Rappelle—moi, à ce propos, une seconde histoire qu’il faut que je te conte un jour où ils me laisseront quelque répit. Ces phases douloureuses où l’être psy chique semble se désagréger comme un champ que
120 L’INITIATION l’on retourne pour être ensemencé à nouveau, ils les disent utiles et nécessaires, et je commence à croire avec eux que, dans l’âme, comme sur la terre, aucune fleur ne pousse sans que la graine ne soit morte aupa ravant.
Piètres consolations, diras-tu ; hélas ! je ne suis pas enchanteur et, séparé de toi par des milliers de lieues, l’espace reste pour moi une barrière; elle tombera un jour, me disent mes Maîtres, je souhaite de tout mon cœur queThéophane la fasse aussi tomber pour toi.
Pardonne-moi de te quitter si vite; il faut que je retourne au laboratoire, si on peut appeler d’un mot qui évoque les salles froides et décorées d’armoires des universités d’Europe, une cour où les pierres dis paraissent sous la poussée des lianes, Où l’air est saturé d‘aromes, Où la lune remplace les lampes électriques, où maîtres et élèves sont vêtus de robes blanches au lieu de redingotes, où enfin les leçons sont dites en vers.
Que voilà encore quelque chose qui ferait bon dir les professeurs du Collège de France s’ils pouvaient s’en douter. Enseigner de la physique et de la chimie en phrases rythmées! Prétendre unir la beauté et l’exactitude, le souffle poétiqtte et la rigueur expéri mentale ! Cela est cependant, grâce à l’admirable ins trument que devient le sanscrit manié à l’orientale et non plus à la Bopp ou à la Max Muller.
Mais te dire tout cela serait bien long ; et puis, j’ai promis la dis— crétion sur beaucoup de choses et les hommes avec qui je vis sont discrets d’une sorte inouïe, on dirait qu’ils ont appris un art d’oublier, comme nous inven tons en Occident des systèmes mnémotechniques. Que de choses nouvelles à te dire l
LETTRES MAGIQUES I2 I A bientôt, ôtoi qui seras peut-être un jour mon bon génie. XVI THÉOPHANE A STELLA Permettez queje vous appelle mon enfant. Le jour n’est pas loin où je pourrai pour vous quelque chose qui excusera un peu ce que ce titre a de protecteur, car nous sommes tous les enfants du même Père, et nous valons tous autant :31 Ses yeux.
Mon enfant, di— sais—je, j’avais commencé à vous parler de l’Amour, et son inéluctable épouse, la Mort, est venue aussitôt vous visiter. Car cette tristesse, ce découragement, ces doutes, le désespoir, la morne indifférence pour tout, ce sont les formes d’une des morts les plus dou loureuses qu’il soit donné à l‘être humain de subir.
Je dis « donné », car ces souffrances sont bénéfiques et salvatrices ; je ne vous dirai ni pourquoi, ni comment vous allez vivre et alors vous comprendrez tout. Votre ami, Andréas, avait une recette qui vous aurait aidé à supporter ces tortures ; il ne vous l’a pas dite, non seulement parce qu‘on lui avait ordonné le silence, mais surtout parce qu'il ne vous croyait pas capable de la mettre en pratique.
Cette recette, la voici : elle consiste essentiellement à découvrir dans le fond de notre conscience le pié destal où trône notre vrai moi, à escalader ce piédes tal et à regarder de là nos soldats se battre : la pensée qui s’effrite, le cœur qui perd son enthousiasme, la
I 2 2 L’INITIATION volonté qu’abandonne la foi. Mais cette recette est dangereuse, car on arrive ainsi à ne plus s’intéresser à la Vie, et nous péchons gravement toutes les fois que nous négligeons d'agir. Nous sommes des soldats et des laboureurs, notre devoir est de nous battre contre les ténèbres, et après les avoir vaincus, de dé fricher les déserts qu’elles habitaient.
Les livres sont des instruments de travail, la science n’est pas un but, mais un moyen. Votre cœur de femme fait que vous sentez toutes ces choses; il ne faut pas vous borner là.
Vous aimez Andréas, votre amour est un ange vivant; envoyez le-lui ; il ne connaît pas les distances; I'Esprit est par tout à la fois ; vous aurez à soutenir l’exilé, à le gui der peut-être, tout au moins à intercéder pour lui, Vous connaîtrez ainsi, par expérience, quel glaive in-g vincible est l’Amour, pourquoi et comment il est ac— tif, pourquoi la science est passive et de quelles essences se nourrissent les hommes parfaits.
Tel est le Grand-Œuvre qu’il vous sera donné d’accomplir, vous deux. Déjà maintenant, n’êtes-vous pas secrètement aver tie par des touches légères au dedans de vous-même de ce qui arrive d’heureux ou de néfaste au bien aiméi‘ L’Amour grandit dans la mesure où il se donne. Aimez donc tous ceux qui sont autour de vous, et vous aimerez d’autant plus profondément celui avec qui vous serez une seule âme un jour.
LETTRES MAGIQUES 12 3 XVlI AN DRÉAS A STELLA Pendant que cuisent lentement dans un bassin de cuivre des sucs végétaux, je vais pouvoir, tout en sur— veillant le feu, m’acquitter de la première partie de ' ma dette. ‘ Tu te rappelles que je t’ai promis l’histoire d'une cérémonie du moderne sivai‘sme; si j’ai pu y assister quoique Européen, c’est grâce à ma connaissance des usages et de la langue du pays, et aussi parce que le soleil a fait de ma peau une chose semblable à un épiderme de yogi ; d’ailleurs, mes amis de la pagode de Ganéça m’avaient accompagné.
Ceci se passa quel— ques mois après mon arrivée dans le pays. il faut te dire tout d’abord que, dans la plupart des villes du Malabar, la religion est double ; il y a celle qu’on suit officiellement, au grand jour, puis l'autre dont on s’occupe dans l’ombre, la nuit; la première n’est plus qu’une suite de rites compliqués.
La se— conde, nettement mauvaise, gagne ses adhérents par quelque chose qui ressemble à tout ce que l’on raconte des anciens sabbats desorciers.
Et les Hindous, quelle que soit leur caste, la plupart de leurs prêtres, aussi peu instruits des mystères que le dernier des Soudras, se retrouvent, en de certaines nuits, dans la jungle, pèle-mêle, toutes distinctions confondues, le riche, le pauvre, le guerrier, le comédien, le lutteur, le domes— tique, emportés parla même frénésie, dans un formi dable tourbillon hystérique.
I 2 4 L'INITIATION Le lieu de la réunion était un vaste plateau rocail leux, où le soin des prêtres et de la secte avait, sur un espace assez vaste, débarrassé le sol des arbrisseaux épineux qui le couvraient partout ailleurs, car les terrains où croissent des ronces sont très agréables à Shiva.
Il y avait là, pour tout temple, une sorte d’es trade de pierres, sur laquelle se dressait un bûcher, préparéà l’avance, et aux coins, les lingams classiques. La cérémonie comportait un festin et une cérémonie religieuse.
Le festin, préparé par quelques fidèles éta blis à demeure surla lisièrede lajungle environnante, se distingua par une abondance pantagruélique et par la violation systématique de toutes les règles que les dieux ont donné aux hommes pour connaîtreles ali ments permis ou défendus.
Les gibiers, les viandes illi— cites, les liqueurs alcooliques, les vins épicés, les ra cines chaudes, rien ne fut épargné pour allumer dans le sang des convives un feu qui, à mon sens, devait servir beaucoup à la partie religieuse de la fête.
Contrairement à ce qui a lieu d’ordinaire, dans les réunions de Shakteias, il n’y avait pas de femmes dans notre assemblée, mais le fait de se trouver entre hommes n’ôta point aux assistants cette gravité si souvent imposante sous laquelle l’Hindou cache toutes ses émotions ; l’ivresse même où beaucoup tombèrent fut digne et sobre. Je ne connais que des lords qui puissent supporter tant d’alcool avec le même flegme.
Mes guides et moi nousétions prudemment abstenus du festin ; il nous aurait été autrement presque impos siblede résister au vertige dont toute l’assemblée allait devenir la proie.
LETTRES MAGIQUES 12 5 Après le festin, les assistants, sous la direction de quelques chefs, commencèrent une danse lente, et com pliquée dont les figures symbolisaient, paraît-il, la légende de Dourga. Pendant ce temps,quelques vinas, des tambourins et une espèce de clarinette, soute— naient en mineur une psalmodie chantée ou plutôt murmurée par neuf prêtres. C’est ici que commence le côté bizarre de la réunion.
' A mesure que ces danses se prolongeaient. des va peurs semblaient s’élever du sol, pourtant desséché par le sôleil; elles se condensaient, visibles, sous les rayons de la lune, au centre de chaque ronde de dan seurs; puis du santal, arrosé d’une huile fétide et macabre fut allumé sur le bûcher; on jeta dans le feu diverses poudres,du beurre fondu, des ossements qui me semblèrent venir d’enfants, et les assistants s’uni rent de façon à ne former qu’un cercle mouvant tout autour de cet autel improvisé ; les nuages que j‘avais aperçus vinrent aux côtés du foyer,et à mesure qu’un danseur tombait d’exaltation sur le sol, une forme semblable à une femme se détachait de cette vapeur blanche, s’approchait du crisiaque, et peu à peu le plateau tout entier devint le théâtre d’une orgie de luxure auprès de laquelle pâlirent et le Satyrz’con et ÏLouise Sigée et les dessins de Jules Romain.
Le phénomène était certainement objectif, car, je te le répète, dès que je m’avançais de quelques pas vers le centre de la scène, je sentais des courants magnétiques d’une puissance irrésistible me saisir au cervelet. N’est-il pas curieux de retrouver partout les mêmes
I26 L’INITIATION rites quand l’homme veut diviniser le pouvoir de création physique que la Nature lui prête? Demain, je pense avoir le temps de m’acquitter de ma seconde dette. Que les Devas veillentsur tes nuits, chère délaissée; pense quelquefois à celui qui pense trop peut-être à toi.
Je veux aujourd’hui finir l’histoire de la télémobile en te donnant de nouveaux détails; je te prierai, pour ne pas recommencer des explications en nuyeuses, de te reporter au commencement de mon compte rendu « scientifique ». Je t’avais dit que les Brahmes considèrent le fluide sonique comme le plus élevé des fluides telluriques, et comment ils établissent une relation étroite entre ses vibrations et celles dela pensée.
Si donc il est possible d‘inventer un métal bon conducteur du son à un très haut degré, on en construira des armatures que l’homme ou plutôt la force d’un cerveau spécialement entraîné pourra charger à volonté. On aura dès lors une source d’énergie supérieureà tous les dynamismes terrestres. Mes Maîtres ou plutôt leurs ancêtres ont trouvé ce métal. Sa fabrication demande des soins infinis; la matière qu’ils emploient est un minerai d’alumine.
Mes renseignements se borneront là. Toujours est-il que dans cette caisse transparente dont je t’ai parlé se trouve l’accumulateur en cristal. Quand il faut le charger, sept prêtres se soumettent au préalable pen dant quarante jours à un entraînement rigoureux. Ils ne mangent qu’une fois par jour d’une sorte de bouil
LETTRES MAGIQUES 127 lie de viande de poisson, la cellule où ils vivent est peinte en mauve, les murs sont décorés de dessins représentant les diverses variations de la force qu’il s’agit de capter. Ils passent leur temps dans un état analogue à l’hypnose, obtenupar la répétition d’un mot: le mantram du son. Les époques de ces entrai nements sont déterminées au préalable par une étude soigneuse des mouvements magnéto-telluriques.
Six de ces prêtres chargent la machine par l’imposition des mains pendant sept jours, durant lesquels ils 0b servent un jeûne rigoureux. Le septième, qui est l’ex— . périmentateur, reste dans la cellule et n’entre dans la cage métallique qu’après le chargement. Ces hommes offrent alors un aspect fantastique. Ils ne peuvent sor— tir que la nuit, car les rayons du soleil leur brûlent la peau.
Leur teint est devenu semblable à de l’ivoire; leurs yeux agrandis brillent d’un éclat insupportable. Tousleurs mouvements sont comptés ; ils économisent les moindres dépenses de force.
La septième nuit enfin, dès le soleil disparu, la ma chine est transportée dans la cellule où ont lieu les entraînements; les six auxiliaires s’asseoient le long des murs; le septième entre dans la caisse dont la paroi translucide permet de voir ses derniers prépa ratifs.
Il est nu, tout son corps est enduit d’un vernis spécial qui en obture les ouvertures ; un bâti isolant lui permet de s’étendre suivant le plan diagonal de ' l’appareil; sous son dos se trouvent les accumula— teurs; devant ses yeux est un disque d’or bruni ; à portée de ses mains des poignées en cristal de roche commandent les prises de courant. Ses pieds s’enfon
12 8 L’INITIATION jAOUT cent dans deux petites caisses remplies d’une pous sière noire qui est un charbon fait avec le bois d’une sorte de laurier. Il faut se souvenir que l’opérateur ne peut plus respirer dès qu’il est entré dans l‘appareil; il peut cependant accomplir des mouvements volon taires, puisqu’il tourne seul les leviers de cristal.Tout cela se fait en silence; les aides, lèvres et yeux clos, semblent des statues.
On m’avait ménagé, pour que je puisse voir sans danger,une petite cellule adjacente avec un carreau de vert violet. Le local d’expérimen tation est, parait—il, intenable pour qui n’a pas subi les entraînements voulus ; les ondes fluidiques qui y sont condensées peuvent affecter gravement les nerfs cérébro—spinaux.
En cinq minutes, jevis donc ces sept hommes faire leurs préparatifs; nous étions enfouis à une centaine de mètres sous terre, dans le silence le plus absolu. Je vis les mains de l’opérateur abaisser deux leviers, comme font nos chauffeurs en Occident pour changer de vitesse; un sifflement perçant me vrilla les tempes, et la caisse d’or transparent avec son mécanicien dis parut tout d’un coup.
Je n’en voulais pas croire mes yeux ; j’étais éveillé, conscient, sans fièvre, sans exaltation ; je n‘avais pris le matin que quelque peu de miel recueilli de mes mains; je n’étais pas hallu ciné. Il y avait donc eu ce que les spirites appellent une désintégration. Je restai là plusieurs heures sans que les six statues vivantes aient fait un mouvement.
Sankhyananda vint me chercher, en me promettant > de me faire revenir au retour de l’étrange voyageur. Comme jelui exposais mes doutes, il m’affirma qu’il
1902] ' LETTRES MAGIQUES I 29 yavait eu, en effet, désintégration. « Le métal de cet appareil mystérieux, me dit-il, est saturé si intime ment de fluide sonique, que son image, sa carcasse in visible persiste dans la cellule; il en est de même pour le corps de l’opérateur.
Tous les jours, votre pensée vagabonde en Chine, en France, dans lalune, mais ces voyages-là sont réels; vous émettez des petits voyageurs, invisibles à vos yeux de chair, et qui re— tournent à leur point de départ, qui est, pour vous, l’endroit où repose votre moi physique. Mais pour nous, notre moi est là où est notrevolonté. Si je pense à Paris, mon moi est réellement à Paris.
Donc, il m’est possible d’y transporter aussi son enveloppe physique; à condition que je laisse ici un noyau où elle pourra se reconstruire; c’est ce qui a lieu dans la chambre sous nos pieds.Avez-vous remarqué qu’une figure géométrique était dessinée sur le sol à l’endroit où se trouvaient les accumulateurs ? C’est cela le noyau de reconstitution de la machine et du voya geur. » Je trouvais alors tout cela absurde et fou.
A l’heure actuelle, ces idées me paraissent toutes simples. N’en conclus pas, chère aimée, que c’est moi qui suis de venu fou. Quelques jours plus tard, Sankhyananda vint me prendre et me reconduisit dans le petit cabinet vitré. Je trouvai les six aides dans la même position.
A un certain moment, une fluorescence traversa la pé nombre; alors les six étendirent leurs mains vers le petit dessin gravé sur le sol; une vapeur flotta puis envahit presque toute la chambre, et sans aucun 9
1 30 L’INITIATION bruit, la caisse d’or et la momie étendue furent la de nouveau.
Les aides prirent l’opérateur, le transpor-. tèrent en courant dans une autre cave, où ils le plongèrent tout entier, à plusieurs reprises, dans un bain chaud qui fit fondre le vernis ; il fut frotté et massé; on lui donna quelques aliments et il re— monta vers le plein air, comme s'il n’était pas le héros de l'odyssée la plus fantastique qu’un poète puisse con cevoir.
Les aides avaient, pendant ce temps, mis tout en ordre, fermé les issues et réinstallé la douracâpâlom dans le laboratoire; ils passèrent le reste du jour à inspecter minutieusementles paroisde la cellule, pour ycombler les moindres fissures. Que l’intelligence de l’homme est grande, ma chère Stellal Et ces savants prodigieux reconnaissent vo lontiers qu’ils ne savent même pas l’alphabet entier de la Science totale !
Ces aveux devraient me décou rager : ils ne me donnent que plus d‘ardeur au travail. XVIII THÉOPHANE A STELLA Les nouvelles que vous envoie Andréas sont une épreuve pour vous, mon entant, en ce sens que les choses merveilleuses qu’il vous raconte pourraient vous donner l’envie de manger du fruit défendu, comme dit Moise. Vous avez déjà compris que ce fruit défendu n’est pas la science de la vie, mais bien la science de l’intelligence. Ce n’est pas sans raison
LETTRES MAGIQUES r 3 1 que Lucifer est le premier des savants; il porte en effet une lumière, mais elle est glacée par l'orgueil, elle meurt de la volupté d’être seule.
Le type inconnu du savant, celui dont rêvent, sans pouvoirlieureuse ment le réaliser, tousles hommes que la force de leur pensée enivre, c’est cet archange déchu, créé pour la Vie et à qui son orgueil fait préférer l’image de la ' Vie; parce que dans cette dernière il règne, et tandis que dans la première il' lui faudrait servir.
Tous les hommes passent à un moment donné par la même épreuve ; celui que vous aimez n’est pas loin de franchir ce tournant redoutable. Ah! que les forces de votre amour s’exaltent pour émouvoir les angesqui le protègent. F aites—vous des amis, beaucoup d’amis pour que vous trouviez des auxiliaires au moment du combat. Amassez un trésor où il vous sera facile de puiser dans quelquetemps.
Vous savez que vous ne pouvez rien faire si la na ture ne vous prête des milliers de serviteurs; que de combinaisons, de rivalités, de protections ne faut-il pas pour que vous traversiez un carrefour sans qu’un cheval vous renverse.
Aucun de vos actes n’est donc indifférent, et comme la volonté qui les dirige est celle—l‘ai même qui, dansle cours des siècles antérieurs, vousa toujours plongé de pins en plus profondément dans les mirages du Moi, de I’Ëgpîsme, dans les splendeurs fausses de la Lumière Noire, apprenez d’oncpeuà peu à‘ remplacercette volonté par le souhait des êtres qui vous entourent.
Essayez-vous à faire la volonté des autres, vous arriverez vite ä faire la vo lonté du Père; et quand vous en serez là, vos actes
1 32 L’INITIATION seront vivants dans l’étemel, parce qu’ils seront ac— complis par le Verbe, fils unique de Dieu. Sentez, chère enfant, comme ceschoses sont vraies. Votre cœur ne bat-il pas plus fort à lire des enseigne— ments qui ne sont pas miens d’ailleurs; je vous les transmets comme on me les a transmis.
La fidélité avec laquelle vous les publierez àvotre tour sera donc la mesure où vous sentirez votre néant, où vous brû lerez du feu inexprimable de l’Amour divin. Que votre vie soit une prière ininterrompue. XIX ANDRÉAS A STELLA C’est aujourd’hui, bien-aimée, que je termine mon dernier conte fantastique.
Il est vrai, cependant, et l’impression quej’airessentieàle vivre a étési profonde que beaucoup d’idées ont mûri en moi, et la possibi lité d’une synthèse m’apparaît enfin. Mais ne faisons pas trop de métaphysique; contentons—nous avec de la physique transcendante.
Mes maîtres croient que les forces physico-chimi ques qu’ils étudient ne sont pas éparses çà et là dans le vaste domaine des faits biologiques; ils estiment qu’il y a sur la terre des analogues plus vastes de ce que nos physiciens appellent un champ électrique, qu'il y a une région électrique ou mieux un règne de l’électricité, du magnétisme, du son, ainsi de suite comme il y a un règne des minéraux ou des plantes. Entre cette hypothèse et le désir de la vérifier, il n'y a
LETTRES MAGIQUES - 133 qu’un pas, que ces logiciens absolus franchirent de suite. Mais comment percevoir ces règnes des forces fluidiqués ? Il fallait ou trouver des appareils sensi bles à leur action, pour prolonger le pouvoir de nos sens, ou trouver une éducation spéciale de notre sys tème nerveux sensoriel.
Si ces Brahmes eussent été des matérialistes purs, ils auraient cherché selon la première méthode; s’ils avaient été simplement mys— tiques, c’est la seconde qu’ils eussent choisie. Mais leur mode d’étude consiste à concilier ces extrêmes du matérialisme et de la mystique; ils ont donc em ployé une méthode mixte. Voici comment je puis t’en rendre compte.
Pre nons comme exemple le magnétisme; ils ont cherché à créer un plan magnétique artificiel, puisà connaître les fonctions de la force magnétique dans l’homme et enfin à mettre les deux centres en présence.
Pour créer ce plan magnétique artificiel, il leur a fallu dresser des tables de variations; ils ont trouvé les mouvements les plus frappants du magnétisme ter— restre en rapport avec certaines phases de la lune et avec certaines taches solaires. . De plus, ils ont étudié, dans le corps de l’homme, les vibrations de cette même force, et ils ont trouvé que son centre de rayonnement paraissait être le nombril.
Tu sais que les somnambules d’Europe voient dans leur extase, par le plexus solaire, ou par les doigts; au point de vue psychologique cela veut dire que la qualité sensitive du fluide nerveux a été trans fusée dans des nerfs dela vie végétative. Les Brahmes
134 L’INITIATION connaissent delongue date cet art de rendre conscient le système nerveux du grand sympathique; c’est une partie de ce qu'ils appellent la yoga. Il leur a donc été facile de trouver une série d'exercices permettant de sentir et de penser par le plexus ombilical. Dès lors, leur entreprise était presque menée à bien.
Il ne s’agissait plus que de mettre un sujet en traîné en rapport avec le point de l’espace et lemoment où devait se produire un fort rayonnement magné— tique ; dans cette vague, l’expérimentateur serait en traîné, en observerait les mouvements et les effets grâce à un point d'attache soigneusement conservé avec le plan physique, pourrait venir prendre pied avec le monde ordinaire en profitant d’un afflux fatal.
Ainsi ferait un plongeur dont le séjour dans la mer ne serait pas restreint par les nécessités de la respiration. Lorsque ces explications et beaucoup d’autres que je ne reproduis pas. m'enrent été données, je m’infor mai aussitôt s’il me serait possible de participer à une expérience de ce genre.
On me répondit oui en prin cipe, mais c’était une chose dangereuse, l’entraînement était long, délicat, pénible; on risquait ses facultés céré brales, sa.santé,etc... Je répondis simplement que mes instructeurs jugeraient mieux que moi de mes capa cités, et nous parûmes de part et d’autre oublier ce projet.
Cependant, quelques mois plus tard, Sankhya manda m‘apprit que l’on-était décidé à tenter .une ex périence de ce genre pendant l’hiver ; on avait tout lieu de prévoir pendant une semaine au moins quel ques tremblements de terre sur une ligne qui passait
LETTRES MAGIQUES 135 par notre temple, et on n’était pas fâché, à cette oc casion, de vérifier quelques vieux documents. Onvoulut bien m’accepter parmi les cinq opérateurs.
Il s’agissait, en somme, suivant le principe déjà énoncé, d’amener, en un point donné, une grosse partie de la force souterraine.mise à l’étude. ‘La loi qui fait que l’eau s’écoule tout naturellement dans le bassin qu’on lui creuse, agit aussi, pour toutes les forces de la Nature, que les Brahmes considèrent comme des substances.
Celle qui nous occupe, et qu’ils ont appelée la Tempête-des-Régîons—Souter— t‘aimes, devait être attirée magnétiquement par la créa— tion d‘un pôle d’une force artificielle analogueet de sens contraire. Nous eûmes donc des semaines d’entraînement préalable: il y avait des attitudes à garder, des paroles àméditer et à répéter mentalement, un rythme spé cial à donner à la respiration, et beaucoup de choses encore àobserver.
Je ne saisce que ces travaux dom ment de réel et d’éternelà l’âme, mais ils procurent à l’homme une allégresse physique et mentale déli cieuse ; on est jeune, les sens actifs, la pensée lucide, l’entendement clair commenn lactranquille, les choses vous sontamies, la sérénité de la Nature vous pénètre, on se trouvedégagé de l’inquiétude, de l’appréhension, de la =souflrance où se débattent les pauvres humains.
Nous commençâmes notre expérienceun après:midi avant le coucher du soleil ; on avait choisi pourcela un petit:cirquede rochers, aux environs: le chef de l’entreprise nous avait fait nettoyer le sol ; on l’avait décoré de diversesfigures et de lettres quiexprimaient
I 36 L’INITIATION les propriétés de la Tempête-Souterraine; les poudres, les couleurs,les parfums, les bois, les habits, l’orien tation étaient choisis selon ce que l’on avait cru dé couvrir de semblable à la force inconnue parmi le règne minéral, le végétal, dans le plan de la lumière, des odeurs,des espaces, On me recommanda simple ment de ne pas bouger de ma place sous aucun pré texte, même si la terre semblait s’ouvrir à mes pieds.
Nous nous assîmes à des endroits désignés d’avance, et nous entrâmes dans un de ces états psychiques qui précèdent l’extase et qu’ils appellent Dhyàna; j’étais encore conscient du plan physique; je voyais mes compagnons, notre chef qui, debout et nu, à quelques mètres devant nous, murmurait ses mantrams, mou— vant des baguettes allumées à la main, tandis que brûlaient des algues nauséabondes.
Je me sentais aussi descendre dans un lieu obscur, semblable à un très vieux palais ; les colonnes et les habitants de ce palais faisaient tache sur l’horizon, sur les pierres et les arbres rares de la prairie, comme dans les photo graphies spirites on voit le fantôme voiler les con tours des meubles.
L’air aussi semble devenir plussec, et quoique je ne puisse plus sentir l’intolérable odeur de l’assa fœtida, parce que la respiration n’a lieu dans l’état Où je me trouvais que toutes les demi heures environ, un autre goût, comme dit le peuple, m’envahissait la gorge et les narines.
Lourd, gras, amer, humide, avec des traînées aigres, cet horrible parfum s’accompagna tout d’un coup dubruit énorme d’un tonnerre assourdi, dans le centre d’émission duquel nous nous serions trouvés. Tous les os de ,, l _ ‘_.Mïz—Üud«l
LETTRES MAGIQUES 137 mon corps répondaient à ces vibrations profondes ; je commençai à souflrir, comme lorsque dans un cau chemar ona la sensation d’une chute sans fin.
Les muscles de mes jambes se contractaient involontai— rement, car mon corps physique avait peur et voulait fuir; mais je savais que quitter la place, c’était la mort pour moi et pour mes compagnons; on ne s’ex pose pas impunément aux rayons découverts des forces secrètes de la terre.
Ajoute à ces angoisses l’inquiétude d’ignorer, de_‘ ne pas savoir quoi faire, d’être à la dépendance du maître : le temps que je passai là fut fort désagréable et me parut très long.
Or, tandis que j’essayais de rester à mon poste en m’endormant, je vis un peu au—dessus de nos têtes deux yeux qui nous regar daient tous les cinq àla fois avec de la curiosité, de la ruse, et un sentiment supérieur de puissance; une tête ronde et immobile, couronnée, se dessina; puis un corps dressé sur une jambe, l’autre repliée; des vêtements somptueux, des joyaux inouïs; seulement, aux ‘ épaules s’attachaient des bras multiples, une vingtaine peut-être.
Deux d‘entre eux faisaient, immo biles, devant la poitrine, le geste qui allume le feu magique d’En-Bas. Les autres semblaient des ondes vibrantes tant ils se mouvaient avec rapidité.
Et à contempler ce géant fantastique, dessiné en noir sur du noir, vu à la lueur d’éclairs rouges partis de quel— qu’unes deses mains j’avais la sensation d’une énorme machine àfabriquer de la force, machine intelligente, - vivante, mais obéissante comme un monstre antédilu vien domestiqué; le froid de la frayeur nousétreignait —*--.
:i 38 L’INITIATION les reins; la moelle nous gelait dans ce grondement sourd et pénétrant. Un instant, je revis le corps un du maître ruisselant de sueur. Les-feuilles sur les quelles nous étions accroupis devinrent jaunes; à ce signe, nous connûmes que la Présence des Régions— Souterraines avait fini de parler : tout le fantôme dis parut, en effet, sous les rayons de le lune déjà haute.
Il y avait six heures que nous étions là, luttant contre la peur intuitive, la plus terrible de toutes les peurs. La nuit suivante, après avoir dormi tout le jour, car mon système nerveux n’a pas la puissance decelui des Hindous, je reconnus avoir fait un grand pas Je visclairement les forces qui mènent le monde se dévoiler peu à peu suivant la mesure de celui qui les regarde.
Elles apparaissent d’abord comme des ha— sards; ensuite, on les découvre sous forme de fluides, d’ondes, de vibrations; après, longtemps après, on voit que ce sont des êtres individuels.
L’enfant qui joue du tambourest perçu par la fourmi savante; elle édifie un système et dit: ce bruit est de résultatd’une vibration ondulatoire, qui naît plus particulièrement aux alentours de ces sortes de continents qui s'élèvent vers le ciel à une hauteur vertigineuse; elle dit cela auquelque chose d’analogue tout comme un acadé— micien.
Si elle va plus loin, elle remarque que le bruit est produit par une sorte de géant barbouillé de confitures, qui brandit des baguettes sur un cylindre; elle-est alors le mystique mis enprésence avec un des habitants de l’lnconnu. Je commence donc à comprendre que je nesais rien: puissé-je seulement sentir la Vie; ah! jesouhaiÿe
LETTRES MAGIQUES I 39 de toute mon âme pouvoir cela; je sens que tu m’y aideras et qu’ainsi nous nous unirons davantage mal— gré la matière, malgré .ie temps. XX THÉORI—IANE A S’I‘ELLA Mon enfant, soyez dans la paix Bientôt, je pourrai vous dire : soyez dans la joie.
Votre cœur s’est agrandi, il a conçu qu’il pouvait vivre par lui-même ; que la beauté de votre corps, un palais, une ville, des fêtes étaient inutiles et nuisibles au développement de sa puissance essentielle. La force de votre amour a dé couvert àvotre esprit quelques—uns des mystères qui composent la vie véritable.
Votre amour a lutté pour celui qu’il aime ; il lui a évité des embûches, il a pris sur lui des images, des fardeaux, des chemins rocail leux.
Vous allez franchir les portes du monde de l’Amour, vous y aurez le rôle prépondérant, vous serez devenus de deux êtres un seul; Andréas vous donnera toute sa pensée, vous luidonnerez toute votre âme; ce sera vousla bienfaitrice, mais je puis vous le dire, parce que l’amour vrai s’immole lui—même et s’anéantit dans les abîmes de l’humilité.
Vous com mençerez à vivre tous deux sous la forme d’un être ailé, resplendissant, immortel ;vous voguerez sur les fiots,dans les cieux fluides d’un monde de lumière où les sentiments que nous nommons foi, espérance, charité, sont des substances palpables, nourricières ; vous incarnerez,vcus serez une molécule d’une de
140 L’lNITIATION ces substances du Royaume sacré dont ses palais sont construits. Vous serez une pierre vivante, intelligente, bénis sante, adoratrice d’un des infinis sous lesquels le Père se révèle à ses enfants. C’est ici que point la première lueur de l’éternité. La langue des hommes ne peut en rendre l’éclat vi sible. C’est pourquoi le silence devient nécessaire, et si nous communiquons encore ensemble désormais, ce sera par les pouvoirs ineffables de l’Esprit. SÊDIR. Fin de la première partie.
NOTES SUR LA Grammaire de Pânini“’ Il y a, dans l’Institut moderne, deux sortes de sciences : les sciences exactes et celles inexactes, qui, à des degrés différents, méritent le titre de romans scientifiques. Les premières ont pour base constante le calcul, la géométrie, l’expérience sévère; elles recherchent la mécanique du fait expérimental, l’expliquent toutes les fois qu’elles le peuvent par les propriétés des formes et des nombres. Les sciences de la seconde catégorie cimentent un nombre plus ou moins grand de vérités par des théo ries dont la base est le sentiment du théoricien. Les sentiments étant aussi divers que les couleurs, on voit, dans ces sciences, les conceptions scien tifiques s’opposer comme le noir et le blanc, ou se culbuter les unes les autres comme les murs d’un châ teau de cartes. Ces contrastes et ces chutes justifient leur dénomination de romans scientifiques. (1) Toute reproduction mterdite. \ ,--.ï
142 L’INITIATION La science exacte force et retient la conviction de tous quelles que soient les nuances des sentiments individuels.
Un savant catholique, un autre matéria liste, écrivant tous deux l’histoire de la Vie, de la Nature, l‘écriront de façons fort différentes, et leur lecteur, s’il n’est ni catholique, ni matérialiste, mais a quelque autre croyance définie, sourira d’eux peut— ètre, à moins que, d’un caractère mélancolique, il n’en ait compassion.
De ces trois sentimentalistes aucun jamais, cependant, ne doutera des calculs de la trigonométrie, ou de la vitesse de la lumière, de la loi newtonienne de la gravitation, de l‘équivalent du cuivre.
De même qu’il y a dans l’Institut moderne la d‘ea— lité de la science exacte et de la science inexacte, il? y a aussi, dans la science occulte, l’occulte exact et l’oc— culte inexact, le premier étant, comme la science mo derne exacte, seul capable d’emporter et de fixer à jamais la conviction. Le mystique voudrait bien voir sa foi dans l’occulte se répandre parmi les masses.
Fervent des anciennes Écritures, il voudrait bien que son pressentiment d’un divin savoir sous les antiques symboles soit à tous, enfin, prouvé vrai. Il se dit que cette preuve pousserait certainement l’humanité dans une voie meilleure, mais comme il ignore l’exact de la science sacrée, il ne peut offrir par suite au public instruit et sceptique qu’il veut attirer (r)‘ que des œuvres ayant (I) Nous parlons du jeune mystique.
Son aîné, c’en—Min l’lnitie’, sait bien que, pour lui—même, ce qu’il doit faire, c’est développer les pouvoirs qui le libéreront de la furie de l’adver
NOTES SUR LA GRAMMAIRE DE PANINI [4,3 l’aspect d’un roman philosophique, d’un échafaudage systématique quelconque, son. zèle pour la propa gande de la vérité n’est suivi que detrès petits résul tats. Il s’en étonne, parfois. Il a bien tort.
Quand il saura prouver l’occulte par l’occulte exact, comme un mathématicien prouvé l’aire d’un poly gone ou la longueur d’une ellipse, un chimiste les équivalents des corps simples, alors il verra que tout le monde est capable de saisir à l’instant l’existence de l’occulte auquel, auparavant, de ce. tout le monde personne ne voulait croire.
Nos Notes sur la Grammaire de Pânz‘ni indique— ront aux étudiants dela science sacrée, pour lapreuve de leur objet favori, des bases solides. La tradition rapporte que le plus célèbre des gram mairiens sanscrits, Pânini, était Arhat, et qu’il reçut son ouvrage, le Pâniniyama, de Siva le Dieu de l’Ini— tiatiôn. Peut-être Pânini fut-il contemporain et ami de Pa tañjali, le non moins célèbre fondateur de la philoso phie Yoga.
Quoi qu’il en soit, Patañjali est l’auteur du Mahâbhâshya, le meilleur et le plus renommé des commentaires du Vyâkarana de Pânini, le Grand Commentaire. saire et que pour la masse toute impulsion supérieure, la plus petite révélation ne doit venir qu’àl'heure calculée.Lesen-timent de l’Initié n’est plus celui de l’humanité. Il travaille avec Dieu qui est, dans tout, même l’évolution humaine, le Nombre et la Géométrie.
144 L’INITIATION L’ouvrage de Pânini a fait l’admiration de tous les orientalistes l’ayant étudié[ C’est un prodige de force intellectuelle dont on ne trouve le modèle ou la copie nulle part, dont on ne peut se faire idée quand on n’a pas lu.
La plus grande autorité orientaliste de notre époque, le professeur Max Mûller, déclare « que ceux ayant examiné l’ouvrage de Pânini admettront sans peine qu’aucune grammaire en aucun langage ne peut rivaliser avec l’étonnant mécanisme de ses huit livres de règles grammaticales ». Et pourtant le grand savant d’Oxford ne connaît que la face externe de la fameuse grammaire !
Qu’eût— il dit s’il avait su que cette grammaire est tout entière basée sur un système numérique frère des numéra— tions du grec et de l’hébreu ? On ne connaît pas, pour la littérature sanscrite, de système numérique analogue àla numération kabbalis— tique. C’est que le système numérique sanscrit est caché dans l’ordre des Sûtras de Pânini. Quand on s’en doute, on le découvre aisément.
Le pur sanscrit du Véda, des Upanishads, le sans crit de Pânini, est uniquementle système de la numé— ration anatomique et moléculaire. L’hébreu occulte, le grec occulte ne sont pas différents, dans leur but; ce sont des systèmes de numération atomique et mo léculaire. J’ai vu dans une revue d’occultisme (I) attribuer 18 atomes à la molécule d’hydrogène, 290 à la molé cule d’oxygène. Ces nombres étaient bien connus des (I) Lucifer. Man-Ç 1 :- J
NOTES SUR LA GRAMMAIRE DE PANINI 14.5 Grecs; pour l’établir il suffit de compter i38wp, eau, dans ce système numérique grec qu’on apprend sur tous les bancs des classes de lettres. Notons préala blement que le sanscrit donne les molécules de l’hy giène groupées par huit, puis sommons ù’8wp: u, 400 +d, 4+6, 800+ r, 100 = 1304. Divisons par 4 : 13042 4 = 326. soit 18 + 18 + 290, ou 2H0, la formule trouvée par le chimiste moderne.
Les nombres naturels découverts par les travaux modernes physiques et chimiques sont fournis par le sanscrit, l’hébreu, le grec, etc., de diverses manières. On y trouve, pour la chimie, tantôt des équiValents en poids,tantôt des équivalents atomiques,c’est-à-dire les équivalents en poids multipliés par I 8, tantôt des équi valences abrégées, exemple la somme des molécules.
Trouver les nombres des lettres du sanscrità l’aide de la grammaire de Pânini, puis montrer qu’on ne peut comprendre parfaitement le sanscrit le plus ancien qu’en étudiant ces nombres à l’aide des décou vertes modernes, spécialement dans la chimie, voilà les bases solides — plus que solides, inébranlables! — que nos « Notes sur la Grammaire de Pânini» indi queront aux étudiants de la science occulte.
La grammaire de Pânini est établie, comme tout le Véda, sur un plan de mathématique alchimique, qu'il est aisé de faire ressortir. Les deux premiers chapitres du 10’ livre correspon dent au rayon ultra-violet orange, c’est-à-dire, astro [O
146 L’INITIATION nomiquement, au Soleil, parmi les cinq Pândavas, les cinq guerriers de race divine, à Yudhishthira (r), parmi les halogènes1 au fluor Les deux autres chapitres de ce 1"r livre correspon dent au rayon ultra—violet rouge, c’est-à-dire, astro— nomiquement, à Mercure, parmi les cinq Pândavas, à Bhîma, parmi les halogènes, au chlore.
Le 2" livre correspond au rayon violet, c’est-à-dire, astronomiquement, à Vénus,parmi les cinq Pândavas, à Arjuna, parmi les halogènes, au brome. Le3° livre correspond au rayon indigo, c'est«à-dire, astronomiquement, àla Terre, parmi les fils de .Pàmdu à Sahadéva, parmi les halogènes, à l‘iode.
Le 4.“ livre correspond au rayon bleu, c’est—à-dire, astronomiquement, à Mars, parmi les Pândavas, à Nakula, et..,. grand mystère chimiquel...parmi les halogènes... à l'ozone.
Le nom du cinquième fils de Pându signifiant « qui n'est pas de la famille », « rejeté », pointe à la nature de l’ozone, un halogène imparfait pas encore fixé. ‘ Ces quatre livres constituent la portion fondamen— tale de la grammaire de PÀaini. lls correspondentau Bon Serpent gnostique, à l’acide (2) ; les autres corres— pondent à l’Adversaire, le Mauvais Serpent, la base.
Le physicien «a trouvé que la moitié supérieure du spectre lumineux crée l’empreinte photographique, ,(r.) Littéralement .<r.fetmedans le combat », l’Achille grec. '(2) L’hydrogène, qui, combiné aux halogènes, donne les acides fluorhydrique, chlorhydrique, ïbrorrihyd’r‘iqmæ, ‘i0ühydrique (et l!eanzñ)., n‘est que leur firme féminine. JÏl est Dræpadi, l’épouse en commun des cinq Pândavas.
NOTES SUR LA GRAMMAIRE DE PANINI 147 que l’autre moitié la détruit, c’est—à-dire est Adver saire: le fait fut connu de toute antiquité. Le second sûtra du 3° chapitre du 1" livre établit que l’upadéça, c’esbà«dire l’énonciation grammati cale première. arelation avec un signe de l’écriture sanscrite appelé l’anunâsika,qui consiste en un demi cercle avec un point au centre. En fait, la grammaire sanscrite est fondée sur l’anunâsika.
Dans le troisième degré de la numération sanscrite -— le degré SIPUR, dit l’admirable ouvrage kabalis tique, le Sep/1er Yetgz‘rah— l’a, première lettre de l’alphabet Sanscrit, a pour valeur 1 ; l’n, dental dont la forme sanscrite est l’abrégé du sampi 900 de la numération grecque, vaut 900 aussi ; l’u, troisième lettre de l’alphabet sanscrit, vaut 3; l’z', deuxième lettre du même alphabet; l’s, selon sa forme, ‘60, comme dans la numération kabalistique ; le le, selou sa forme, 20, comme la numération ‘kabalistique et grecque.
Par suite, la valeur d’anunâsika dans le degré SI PUR de la numération sanscrite est : i+goo+3+goo+i+ôo+z+zo ; 1887. Or le 1er livre de Pânini consiste de: 1" chapitre ..... .. 75 sûtras 2' » 73 » . _ . 35 » 93 » Total . 351 s'ûtras. 4" » 110 -» ' Le 2e livre contient: 1" chapitre ..... .. 72 sùtras; e . Ë. :: 3 Total: 268 sû‘tms. 4° » 85 »
148 L’INITIATION Le 3- livre contient: 1er chapitre .... 150 sûtras 28 » 188 » . . 3e » ‘76 Total. 631 sûtras 4.e ) 1 17 » Le 4° livre contient: 1" chapitre ..... .. 178 sûtras 2l3 » 145 _ -. 30 ,, 138 Total. 035 sûtras.
4e » 144 ) Les quatre premiers livres font donc 1885 sûtras, et nous voyons confirmé que la grammaire sanscrite, la grammaire de la lumière et de la chimie (ou alchi mie), est fondée sur l’anunâsika. * 4 ,4 Pourquoi circulaire I’anunâsika P Le 1°r sûtra du 1‘" chapitre du 1" livre de Pânini est : « Vrddhirâdæ ». « L’â long, l’æ et l’a: sont appelés vrddhi. » Ainsi la première énonciation grammaticale de la langue solaire est l’â long.
Dans le calcul des sûtras de Pânini, l’a bref se compte 21 ; par suite l’â long (ou double) vaut 42. L’â long jouit en outre d‘une augmentation de 7, qui porte sa valeur à 49. Décrivons un cercle ayant pour diamètre 49. Calculons sa surface : ËÏ :1885. 4 Ainsi, nous voyons que non seulement la gram maire sanscrite est fondée sur I’anunâsika, mais que " . -‘:l
NOTES SUR LA GRAMMAIRE DE PANINI l l’anunâsika lui-même est fondé sur la première énon— ciation de cette grammaire. * =‘ un Autre preuve du plan de mathématique naturelle de la grammaire de Pânini: Le 2° livre, qui répond àVénus, a 268 règles. Cha que règle forme comme une stance non métrée; se limite par un double trait vertical, comme la stance sanscrite.
Outre les 268 règles, il y a les têtes et fins de chapitres qui remplissent un rôle dans le plan de mathématique naturelle, font nombre, comme les stances, par les traits verticaux de séparation. Le texte que nous possédons donne 15 +268, ou 283, pour le total des divisions du 2e livre. Pourquoi 283 ?
Dans le septénaire astronomique manifesté, corres pondant à la partie visible du spectre solaire, Vénus, la plus brillante des planètes, est le premier rayon. Les anciens rattachaient à ce rayon la « Musique ». Leur allégorie choisissait le cygne, au chant désa gréable mais au plumage très lumineux, comme sym— bole du chant suprême, pour indiquer que la force la plus sonore est la plus lumineuse.
Le physicien moderne a trouvé que les nombres de vibrations des sept notes de la gamme sont : do, ré, mi, fa, sol, la, si, do,. 2 é e« 8’ 4' 3’ En réduisant àl’unité : , ËË ’ 2'5.3 Î, 24, 27, 30, 32, 36, 40, 45, 48. --væ .;çg
150 r.’mrmrron Additionnons les proportions réduites à’ l’unité ;‘ nous obtenons 282 . Voilàl‘a raison de): division du 28 livre de Pânini. Nous montrerons plus tard que, pour donner un sens chimique au 282 des sept notes de la gamme, il faut le pousser jusqu’à: 283, et même jusqu’à 284 ; pousser le 48 jusqu’au 50 des Portes de Lumière de la Kabalah.
' Le sensde Pâniniqui règle le sansorit usuel, c’est à-dire non mathématique, non alchimique, a, dans sa méthode, deux moyens d’abréviation principaux. Ces procédés abréviatifs réduisent la règle grammas’r cale à si peu de chose que Pânini, sans commentaire, serait difficilement compréhensible. ' Le premier de ces moyens-d’abréviation est l"« anu— vrtti », d’un mot qui, littéralement, signifie « suivant (anu) le développement continu (vrtti) ».
L’anuvrtti est la loi qui fixe le sens d’un sûtra par rappel du sens des sûtras précédents, quand nécessaire. Exemplifions.
Le 11" sûtra du I".chapitæ du v" livre est : « îdûdéd—dvivacanam pragrhyam. » « L’affixe du duel terminé par i’, û' ou e est: appelé « pragrhya. » ' Lesûtræ suivant, 12‘, nous dit :' « adasomât. » « Après l’m du pronom adas. » Et le suivant, 13e : « çé. » « L’affixe e, ayant la lettre indicatrice ç. » Le 119 sûtra a sens par lui—même. Les 12" et. [3‘ . unis.” , v
NOTES SUR LA‘ GRAMMALRE DE PANINI 151 n’en ont pas ; ils n’acquièrent sans: que par la loi de L’an uvrtti, laquelle introduit en. chacun d’eux. le. terme pragrhya —- ainsi : Sûtra I2'. -— (Les lettres précédentes). après li’m. du pronom adas sontpragnhya.
Sûtra I3. —usubstittut védique desaffixes de dé— clinaison, çé, est pragrhya * 4 in La seconde-des deuxgrandes nnéthodespâniniennes d’abréviation est l’emploi. delctttres: indicatrices grou— pm1fl‘.lles formes grammaticales par propriétés com munes. Prenons, exemple, le sûtra 53 du 1“ chapitre du 11‘" livre: : ce V“lCfl:fl: ». _ Il se compose de deux mots,« ÙÎ!V’ » et «. a;ç- »., et par suite dle l’anuvrtti, et du système des lettres.
« it », c’est-à—dire indicatrices, signifie : «r Et (ca) lersubstitnt qui a l’indicatrice 21 ne rem place- que la lettre finale derl’expression originelle; » Disons pour la curiosité du lecteur quela redon— dance, le mot expl‘étif, sont inconnus dans la chaîne d’acier des sûtras pâniniens, et qu’il est réputé. parles pamdits que même celles de leurs expressions parais.— sant le plus dénuées d’importance ont un sens précis. C’est le sûtra 68 du1‘" chapitre du 1er livre qui donne la clé de la numératimn sanscrite; dansPâ mini
1 52 L’INITIATION « Sva rûpa cabdasyâçabdosajñâ. » « La forme (rûpa) individuelle (sva) du mot ou son « (cabdasya), sauf (a) pour les mots de définition « cabdasjñâ). » D’après ce sûtra, pour trouver le nombre essentiel d‘une règle grammaticale, il faut éliminer la défini— tion et la lettre indicatrice ; il reste la forme propre (sva rûpam), parfois très simple et, par suite, facile à calculer.
Il faut noter que l’a négatif d’açabdasjñâ n’a que sens d’option, c’est—à-dire qu’il y a des cas où la forme propre définition doit être comptée, pour la recherche des valeurs des lettres, dans le système des mots définis. La grammaire de Pânini a une base autre que celle que lui attribue le commentaire du pandit moderne et du sanscritiste européen. C’est pourquoi, quand on l’étudie sur sa vraie base, on y trouve parfois des sens inconnus.
Frappant exemple est le sûtra 6 du I" chapitre du 1“ livre. Le sens externe implique la seule négation et, par suite, le pandit moderne, qui trouve le con traire dans le Véda, est Obligé, dans son commen— taire, de réfuter Pânini. Mais l’examen numérique montre que Pânini, indiquant l’option, est conforme au Véda. Notons donc d’abord qu’ « açabdasjñâ » est option nel.
Disons de plus qu’on ne trouve pas toupurs la même valeur pour la même lettre, parce qu’il y a : 1.—— Des valeurs homogènes. 2. -—- Des affixes aux valeurs de base des lettres.
NOTES SUR LA GRAMMAIRE DE PANINI 153 A!T — _ . .«.‘.-—v—.,..p ...-7-...rsfl..—,F '_ . Valeurs homogènes et affixes se découvrent par l’étude numérique des sûtras pâniniens. Les systèmes de numération occulte n’ont pas l’enfantine simpli cité que s’imagine le lecteur superficiel de la numé— ration kabalistique. . , Isolée, la forme propre, une ou multiple de l’élé— ment grammatical, dans le sûtra de Pânini ; trouver sa valeur est extrêmement simple.
La somme de ses lettres doit donner, s’il rentre dans le plan général, le numéro d’ordre (dans le chapitre) du sûtra l’énon çant, ou ce numéro plus un multiple du nombre de sûtras dans le chapitre. On cherche les nombres des formes propres les plus simples et, progressivement, on arrive à calculer les plus compliquées. Exemplifions. Sûtra13, I.I. —— « ce.
« L’affixe e, d’indicatrice ç, est pragrhya. » L’indicatrice retranchée reste la forme propre e. Le numéro d’ordre du sûtra dans le chapitre est 13, le nombre de sûtras dans le chapitre 75. La valeur de l’e sanscrit dans les 4. degrés de numération qu’em ploie Pânini serait donc I3 — ou 13 plus un mul tiple de 75. Pour la déterminer, on la recherche dans des chapitres ayant un nombre de sûtras non mul tiple de 75.
L’expérience prouve qu’elle est 13, au moins dans une de ses formes.‘ *tu Septl... le nombre du « Père et de la « Mère », de ce « Cercle Parfait » de « Lumière » que le physicien moderne a trouvé dans ses mesures de longueurs
154 L’INITIATION d’ondes, bien que, dans son ignorance de la numé rique naturelle, il n’en ait pas le plus léger soupçon... Septi.-. le nombre des Grands Mystèresl... Sept l... . Est le nombre des degrés majeurs de la numération sanscrite...
La grammaire sanscrite n’est fondée pourtant que sur les quatre premiers, quicorœspondent aux quatre halogènes fixés, aux Guerriers race céleste exclus Nakula, aux quatre formes supérieures de l’âme hu» maine appelées: 1 — Sa, le Verbe. 2 -— Buddhi, le Corps Angélique. 3 — Manas, l’Intellect Abstrait. 4 -— Anta: karana, la Cause(inteflectuelle) Interne et Finale, porte de conscience surle champ Adversaire. La cause, karana, de la fin, anta.
Le quatrième degré, cause de la fin, axe de ré— flexion, réfléchit les trois degrés supérieurs, SPR, SPR, SIPUR., dans la matière. Connaissant quatre degrés, en calculer sept est donc facile. wII En confrontant: 1 — l'ordre pâninien de l’alphabet sanscri’t et son caractère dévanâgari, 2 — les caractères hébreu et grecs, leurs valeurs, 3 — le système du Sepher Yetzirah_ 4 -— le système spectral découvert par le physicien moderne. Disons entre parenthèse que notre ineffable
NOTES SUR LA GRAMMAIRE DE PANINI 1’55 . r4,. . .,—-..«.... contemporain n’a pas fait preuve de grande intuition, en ne voyant pas de suite qu’avec les huit raies noires principales du spectre solaire il avait sous les yeux les deux tétracordes et les huit sons fixes de la lyre d’Apol Ion.
Il vogue à voiles si pleines dans l’illusion, pour l’antique, qu’il ne s’en doute pas encore: le. moins du monde, 5 —— la gravure de tête, pleine d’occulte, de la Bhagavadg‘itâ, l’une des trois: grandes autorités de l’hindoui’sme, _ 6 — les architectures antiques, et, parmi celles du. moyen âge, surtout Notre-Dame de Paris, nous avons trouvé partiellement la division des trois premiers degrés de la numération sanscrite.
L’exposer est en dehors du plan de ces brèves premières « Notes »; cependant, pour l’exemple chimique très remarquable parfois: I° dans les deuxième et troisième degrés con joints; 2° en sept degrés —- nous nous servirons occa sionnellement de toutes nos conclusions. Nous allons commencer la démonstration des nombres des lettres sanscrites, dans; Pânini.
Elle ne nécessite point la connaissance des parties du. groupe des quatre premiers degrés, mais elle exige une re marque préalable. Demême que le capitaine ayant ordonné qu’une corvée de quatre hommes aille en ville, le sergent— major, nomme un caporal pour la,commander, de même tout élément grammatical constituant une unité distincte demande une unité en plus.
156 L'INITIATION Exemple... Dans mita, où il n’est pas unité dis tincte, le t vaut 412. Mais si dans Pânini nous le voyons constituer une unité distincte -— supposons qu’une règle énonce seulement : (l’affixe) t —- il vaut 413. Pour joindre deux lettres il faut ajouter une unité. Exemple: sama = 63 + 7, sma = 63 + 8. Ceci parce que Jéhovah —— Sepher Yetzirah, I,I — est Tzabaoth, « Dieu des Armées ».
Dans nos analyses, nous ajouterons l’unité d’unité distincte à la première lettre. VALEURS DES LETTRES SELON PANINI Procédons du simple au complexe. Sûtra 15, l. I, ch. 1 — « ot ». « L‘o final d’un nipâta, particule, est pragrhya. » Le t est indicateur; la forme propre est a.
L’anuvrtti va jusqu’au sûtra suivant : 16 -—- « sambuddhao çâkalyasyètâvanârshè. » « L’o final du vocatif singulier (sambuddhi) est « pragrhya devant iti, dans la littérature anârsha (non « védique). selon le Rshi Çâkalya. » Le chapitre ayant75 articles, la valeur de l’a serait 16 ou 16 plus un multiple de 75. L’expérience prouve qu’elle est 16 + 75, 91, au moins dans une de ses formes. Sûtra 18, l. I, ch. 1 — « û (anunâsika). » « La particule u long nasal, qui remplace dans la
NOTES SUR LA GRAMMAIRE DE PANINI 157 littérature non védique la particule u bref du sûtra précédent, est pragrhya, selon Çâkalya. » L’anuvrtti qui court dans ce sûtra est u bref. Cha pitre, 75 articles. Par suite u vaudrait 18 ou 18 plus un multiple de 75. L’expérience prouve qu’il vaut 18, au moins dans une de ses formes. Sûtra 42, l. I, ch.
1 —- « çi sarvanâmasthânam. » « L’affixe 2', des nominatif et ac_cusatif pluriels des noms neutres, est appelé sarvanâmasthânam. » Retranché l’indicatrice 5:, la définition, reste la forme propre 1'. L’z' vaudrait donc 42 ou 42 plus un multiple de 75. L’expérience prouve qu’il vaut 42, au moins dans une de ses formes. Dans une note antérieure, nous avons dit que le sûtra 13, l. I, ch. 1, indique qu’e vaut 13.
Cherchons la valeur de l’a, et nous aurons un lot efficace de valeurs de voyelles. Pour intéresser le lecteur, exemplifions la méthode de recherche des valeurs des lettres à l'aide de leurs formes. ' Dans les caractères actuels du dévanâgarî, on trouve pour a les deux formes ci-contre. Nous y joignons une forme du chiffre sanscrit 7, une forme du g de l'hé breu, lequel vaut trois dans la Kabalah.
Le premier A consiste en haut et à gauche d’une forme semblable au ghimel hébreu, valant commelui trois, et qu’on retrouve dans l’u sanscrit qui, troi sième lettre de l’alphabet, vaut trois aussi dans le degré correspondant au Verbe Manifesté, le troisième
I5 8 L‘INITIATION degré. Au«dessous de ce trois, l’abrégé du sept sans— crit, valant sept. Ces deux formes sont liéesà la barre verticale de droite par un arc encore abrégé du sept et valant sept. La barre verticale vaut un. La somme de ces valeurs, dix-huit, est la valeur de l’a dans les troisième et quatrième degrés conjoints; dans les quatre premiers degrés il vaut, parsuite, vingt et un.
La barre horizontale du haut semble appartenir au premier degré. Examinons le deuxième A. A gauche, petite barre verticale valant un ; au dessous, forme proche du ghime’l et valant trois; à droite en bas, deux barres valant un chacune; à l’intérieur, trait filiforme abrégé du ra sanscrit, de la valeur douze du me dans le troisième degré. Total dix—huit ; par suite vingt et un en quatre degrés.
L'A, première des voyelles, les lettres de pouvoir, est métaphysiquement la plus importante de toutes leslettres, aussi Krishna dit-il à la stance 33 du dixième chapitre de la Bhagavadgîtâ : « axarânâmakâro—mi.
Parmi les voyelles je suis l’A... » Dans lesdegrés ma nifestés primaires sa valeur, dix-huit, est le nombre des atomes pondérables del’hydrogène, le plus impor tant des éléments chimiques négatifs, que les meil leures et dernières spéculations des physiciens chi— mistes admettent comme le premier né des éléments, et comme ayant été d’abord la seule forme—de matière dans notre Univers.
Bien qu’acœptant l’idée du physicien«chimiste que l’hydrogène soit la première forme de matière -— hydrogène ou mélanged’hydrogène et d’oxygène (non
' NOTES SUÉ LA GRAMMAIRE DE PANINI 159 combinés) sous apparence d’azote, si lÏon se réfère au nombre du grec Î'y.wp «eau », compté dans la nu mération sanscrite, ainsi qu’à la concordance des raies du spectre des nébuleuses avec celles de l’azote — nous admettons pourtant que dans les Pratyâhâra Sûtras, qui sont comme la préface alchimique de Pânini, l’hydrogène n’est que l’ha, la semi-voyelle qui correspond à l’a, lequel serait le fluor.
L’hydro gène serait la « Mère » primordiale, la forme buty rique féminine préexistante, mais l’incubation stel laire nécessiterait une forme supérieure ‘Crux, Force plutôt que Matière (i), forme 'butyrique masculine c’est—à-dire phosphorique, lécithine dit le chimiste, et cette forme Force serait le fluor —- ainsi du reste que ses parents, chlore, brome et iode. (‘I) Nous parlons de Force et Matière au sens chimique (3‘1 chimique), le seul qui .soinoonsidéné dans les Écritures sacrées. Le spermatozoïde serait dans un livre troisièmedelachimie une fonction de'lécithine. (A suivre).
Au Pays des Esprits (Suite) CHAPITRE XXI —— Ces malheureux voyaient-ils votre esprit, Louis, et comment vous reçurent—ils ? — Ils sentaient ma présence et étaient portés mal gré eux à des actes d’adoration. Ces pauvres êtres en haillons s’agenouillaient parmi les débris de leur monde et leurs prières montaient vers moi comme vers un Dieu.
Aucun état ne leur semblait plus élevé que celui d’une pauvre âme humaine! et ma présence leur fut révélée par des lumières spirituelles! Ils pleu raient en priant et je priais aussi pour eux. Le Butha ressentit l’inspiration et commença à leur parler. Il exprima mes pensées d’une façon assez analogue à celle des médiums à incarnation sur la terre.
A ce mo ment, je fus rappelé et je les quittai P Mais j’ai appris depuis que les troubles ont cessé dans le village hanté. Chundra, si les hommes étaient mieux informés sur ces « enfers », ne pourraient-ils pas faire progresser leurs misérables habitants ? et soustraire ainsi l’hu manité à leur pernicieuse influence, aux souffles du mal qu’ils répandent sans cesse autour d’eux ? Le byga me montra silencieusement une paire de
[AOUT 1902] AU PAYS DES ESPRITS 16I pistolets placés sur une table et mon sabre jeté à tra vers le divan. — Tant que vous vous servirez de ces instruments de destruction— dit-il d’un ton bas et impressionnant, — des êtres plus malheureux, moins responsables, continueront à répondre aux désirs de leurs supé rieurs. Louis de B..., soyez sûr que l’univers progresse en masse.
Une âme rachetée contribue à l'évolution de toute la création; une âme perdue fait tomber avec elle des milliers de créatures. Tôt ou tard, l’homme doit apprendre à reconnaître l’existence d’autres mondes, au-dessus, au—dessous, autour de lui. Alors il saura que des légions d’êtres subissent le contre coup de ses actes.
En attendant, la purification d’une seule âme humaine est un triomphe suffisant pour une vie, car c’est parmi les mauvais Élémentals qu’on peut trouver en partie, l’Enfer des hommes. —Chundra,vous qui SAVEZ,dites-moi qui est Métron? — Un chef parmi les Élémentals qui correspondent aux forces magnétiques et électriques des cercles arc tiques et antarctiques.
Ces régions forment le cerveau et les pieds de la Terre vivante, et soutiennent de vastes royaumes dont les habitants ont les qualités do— minantes dans leurs centres. La partie qu’ils occupent leur donne leur tempérament magnétique particulier. Ils réagissent ensuite sur leur patrie en l’emplissant de 1eurimmenseactivité.
Métron est un prince parmi eux. — Est-il un élémental ? — Non, c’est un ESPRIT ; un ESPRIT TUTÉLAIRE ana logue aux Œlohims de l’ancienne Cabale, qui diri geaient différents règnes de la création. Vous êtes ca ““"""‘*— ' . . -. ' “un—d... . A... . _.;.. Il
162 L’INITlA’I‘ION i-. baliste et vous comprendrez aisément que tous les pays, toutes les nations, toutes les planètes sont sous la dépendance d‘un Ange spécial. Métron lui-même est un de ces vigilants gardiens. —— Je le sais, et si je ne reconnaissais pas l’exacti tude de cette doctrine, je serais un aussi piètre caba liste que presque tous mes frères chrétiens.
Cet ensei gnementest donné du reste dans les Écritures, surtout dans les livres d’Ézéchiel, de Daniel et de l’Apoca lypse. On peut également les trouver dans les Cabales orientales et juives. Laissons cela. Une chose me trouble encore et je veux vous en parler.
C’est l’étrange idée qui m'obsède de voir une res semblance frappante entre le radieux Métron et l’ami .biemaimé de mon âme, Félix von Marx ; j’ai pensé souvent que Métron était son esprit transfiguré. Cette rêverie dangereuse pouvait me conduire dans les royaumes du fanatisme et de l’hallucination; aussi ai—je tenté de la chasser. — Dans le plan spirituel, les ressemblances sont des similitudes mentales, et n’ont rien des formes phy— siques.
Chaqueange planétaire règne sur des régions où différentes qualités mentales et morales se sont dé— veloppées. Dans les sphères astrales les grands esprits guides sont comme le centre de cercles où tous se res semblent parce que les pensées et les desseins sont en harmonie. Surlaterre, l’ivraie et le bon grain poussent ensemble. Tous les genres d’esprits sont réunis dans le tourbillon vital appelé Sociétéou groupés par Na tion. Mais dans le monde astral, l’Ange de la mort
AU PAYS DES ESPRITS 163 sépare le bon grain de l’ivraie, et tient compte dans son classement de tout ce qui spécialise un homme pendant son existence terrestre et sert à son évolution dans l’Éternité. Chacun est placé avec ses pareils.
Fé lix von Marx, travailleur habile, instruit dans les mystères du Magnétisme vital, a été attiré vers les sphères où l’Occulte dans la création est étudié. il ap partient spécialement à ces royaumes de la vie ma— gnétique de l’univers, dont le réservoir et le centre générateur sont gouvemés, sur cette planète, par Mé tron.
Si j’emploie l’imparfait langage des hommes, je vous dirais que votre ami estun des légionnaires dans l’armée dont Métron est le chef. il est donc naturel qu’il lui ressemble.
Artistes, poètes, sculpteurs, musiciens, inventeurs, tous les génies dont la réunion terme l’ordre et l’har— monie du monde gravitent vers des sphères spéciales, dès leur entrée dans l’existence spirituelle. —— Jusqu’à ce qu’ils aient passé par tous lessppartements du Cos mos, et qu’ils se soient rendus maîtres:de tous ses éléments séparés, vous pourrez les voir groupés en cercles présidés par des Esprits élevés. ils sont aussi amenés vers des centres où leurs disposioiœuspafiicu lières trouvent le plus vaste champ de culture que la vie des esprits procure aux habitants de la terre. — Métron est-il l’Ange planétaire d’élémentals ou d’hommes ? — Il est l’Ange de tous les esprits humains, des élémentals mortels ou immortels qui subissent l’at traction du royaume qu’il gouverne. Regardez*vers le Nord où la gloire de l’Aurore boréale flamboie à tra
164 L’INITIATION vers tout le Ciel ; admirez le geste silencieux du com— pas indiquant sa route au marin, au milieu de l’Océan sans bornes, toujours fidèle à l’invisible cerveau de la Terre fixé dans les régions arctiques l Contemplez l’arbre gigantesque, l’herbe naissante, la fleur élancée ; tout palpite sous la muette influence de l’esprit de vie 1 Pensez aux millions d’êtres répan— dus sur la surface de notre planète qui roule dans l’espace avec une force suffisante pour la briser; ce pendant la gravitation attache à sa surface toutes les formes vivantes, leur permet même de se mouvoir, sans le moindre sentiment de danger!
Eh bien ! la glorieuse lumière de l’Aurore, les pouvoirs invisibles de l’aimant, la V112 enfin et la gravitation, ne sont que des différentes phases de cet unique et puissant royaume dont les forces générées au pôle Nord, cer veau de la Terre, sont ensuite distribuées dans toutes les directions ; c’est là le centre d'action de Métron et de ses légionnaires.
Bien que ces élémentals soient encore à l’état embryonnaire et ne possèdent pas une âme immortelle, ils sont néanmoins brillants et rai dieux ; leurs aspirations vers la connaissance, la bonté, l’immortalité sont très hautes.
La Nature de Métron est en harmonie avec la leur ; il fait tous ses efforts pour les préparer à l’immortalité qui les attend un jour, et il quitte les célestes régions auxquelles il appartient, pour aider ces races inférieures à atteindre l’état élevé où il est parvenu. — Pourquoi la présence des Esprits et mes efforts pour converser avec eux me fatiguent-ils toujours physiquement P demandais—je, alors que je donnerais """.”’ 'æ'41
AU PAYS DES ESPRITS 165 — _-‘_.- —-- , r.. ,,_, .mwmzwmqpfin paMI n flunn réellement ma vie pour que ces communications se fassent. -— Parce que ces esprits ne peuvent reprendre con tact avec la terre sans vous emprunter la force qui leur est nécessaire pour se rendre sensibles à vos sens. Il faut qu’ils vous volent un peu de votre vie avant de pouvoir matérialiser leur forme subtile. En sera-t-il toujours ainsi?
Non; plus les hommes augmenteront en eux la lu mièresprituelle et la connaissance,mieux ils compren drontles méthodes decommunication.Laterreest pleine de forces occultes; les arbres,les pierres,les minéraux, les gaz et les fluides produisent sans cesse d’énormes quantités de magnétisme. Les anciens mages connais saient et savaient appliquer les secrets naturels que la science humaine redécouvrira.
La force vitale du corps humain alors épargnée et les pouvoirs cachés de la nature seront mis à contribution pour commu niquer avec les Esprits.
Au lieu d’être l’instrument passif d’êtres qu’il ne peut comprendre, l’homme prendra une part active à ces relations avec les désin carnés; à ce moment les sciences sprituelles et physi ques, au lieu de se_déchirer mutuellement,s’appuieront ’une sur l’autre.Ce qui a eu lieu jusqu'à présent entre es hommes et les sphères de la vie sprituelle n'est qu’une faible indication de l’approche d’une nouvelle ère; un cycle sera terminé ; un jugement prononcé ; ensuite brillera l’aurore d’une vie nouvelle, d’une nouvelle terre et d’autres cieux!
La science occulte, dont le nom ne signifie rien aujourd’hui pour la maj04 rité, devra être comprise, étudiée, approfondie avant
I 66 L’INITIATION que l’humanité puisse pénétrer dans le temple du spiritisme et adorer en Esprit et en vérité ce Dieu qui est ESPRIT. Ici, le Byga fit un mouvement comme s’il voulait me quitter, et me tendit la main comme àson arrivée. J’essayai de la serrer dans les miennes, mais je ne sentis aucune résistance.
Je m’éloignai de lui tout troublé et je m’écriai : -— Ai-je donc perdu le sens du toucher ? — Vous êtes un adepte et il faut que vous sachiez distinguer un contact physique de l’action encore plus puissante de la « force » astrale. En disant ces mots, Chundra me saisit la main avec une telle énergie qu'il m’aurait été impossible de me dégager, même si j‘avais été un Titan. Il cessa subitement son étreinte; son corps et sa tête se trans formèrent.
Ma vue se troubla; les murs, les jardins, les terrasses, le fleuve éclairé par la lune, la ville éloignée avec ses dômes et ses minarets tourbillonnè— rent devant moi avec une rapidité effrayante. La voûte de cristal des cieux et ses mille lumières étin— celantes me sembla si rapprochée que je craignis d'être écrasé.
Puis, au milieu de ce chaos, j’éprouvai la sensation d’être porté dans les bras d’un Être puis sant qui me déposa tendrement sur le divan où je reposai lorsque le Byga était entré. Je fus environné d‘une atmosphère defeu ; des éclairs éblouissants flamboyèrent près de moi,une impression d’extase mêlée d’oppression m’accabla; et il me tut cependant permis de contempler un instant une glo rieuse forme penchée sur moi. C’était Métron qui me
AU PAYS DES ESPRITS 167 regardait avec tout l’amour qu’un Ange peut ressentir pour le mortel qui lui est confié. Puis, les rayons de lumières qui l’entouraient s’évanouirent, mon esprit tutélaire sembla se transfigurer et i’aperçus claire— ment et distinctement, avec une confiance et une tran— quillité profondes, le noble visage de Félix von Marx. Bien des paroles furent échangées entre nous et chas sèrent de mon âme le doute et l’erreur.
Mon esprit troublé retrouva le calme, l’espoir d’une paix divine et je tombai dans un sommeil profond et réparateur. Si mes lecteurs me demandaient quelle relation cete vision pouvait avoir avec l’étrange visiteur que j’ai nommé «le Byga », je serais tout à fait incapable de les renseigner. Je n’ai jamais su qui était ce mys tique.
Je n’ai jamais pleinement compris comment les Esprits pouvaient aller et venir autour de lui, se fixer dans son atmosphère comme des images physiques sur une plaque sensible. Sa nature, les rapports qu‘il pouvait avoir avec le monde invisible, forment une partie de ces mystères que les travaux d’une seule vie ou même d’une génération ne suffisent pas à éclaircir.
Il m’est souvent arrivé d’entendre avec regret des récits émanant de soi—disant Esprits très élevés, qui avaient la prétention d’expliquer tous les secrets des manifestations spirituelles, et qui étaient simplement ridicules sur le terrain des sciences matérielles et des analogies consacrées par les siècles.
D’après ces révélations, la vie des Esprits n’est qu’un simple reflet de notre monde, avec toutes ses idées ignobles, ses vues limitées, sinon athées, sur Dieu et le plan des Causes 1 s« J-—-——-‘ l’:.l _' v . v .JI
168 L’INITIATION Je crains bien qu’il n'existe les mêmes rapports entre la vie au delà du tombeau et la terre qu’entre l’existence intra-utérine d'un enfant et sa naissance sur le plan physique.
Rien de plus lorsque je me reporte aux scènes de ma vie passée si souvent traversée d’interventions spirituelles, j’avoue que je perçois seulement,comme dans un nuage, les mains blanches des anges tissant la trame de la Vie humaine et les bras des Esprits gardiens à moitié cachés à mes yeux.
A mesure que les années s‘écoulent, et plus je m’ef force de connaître à l’aide de mes sens finis et de mes fugitifs pouvoirs ce qui est Infini et éternel, plus je constate que je ne sais rien. L’immense Océan sur lequel je dois naviguer avant de donner à ceux qui me suivront le moindre conseil, me parait toujours plus effrayant et plus sombre. Fidèlement, sans rien déguiser, j’ai écrit le résul tatde mes recherches surle «monde des Esprits».
Dans la vie, les prophètes sont rarement crus et je parta gerai probablement leur.sort. Bien peu de gens s’effor— ceront, comme je l’ai fait, de trouver la signification de mes étranges expériences. L’égoi’sme léger des hommesles niera simplementou trouvera pour les expliquer une de ces niaiseries qui, dans le cours des siècles, ont souvent enlevé à la notion de Vie spirituelle toute dignité, toute grâce religieuse et toute sainteté.
Pour moi, je suis persuadé que le « Savoir Occulte » devra servir de lien entre le Visible et l’Invisible, avant que nous puissions dire que nous CONNAISSONS aussi bien que nous sommes CONNUS. X.
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PARTIE INITIATIQUE (Cette partie est réservée à l‘exposé des idées de la Direction, des Membres du Comité de Rédaction et a la reproduction des classiques anciens.) La Science et l’Ignorance Tout le monde se préoccupe d’apprendre, d’accu muler des notions, de devenir savant: un esprit para— doxal pourrait se demander s’il n’y a pas un travail contraire tout aussi utile que celui-là.
La vie naturelle tout entière, en effet, est une vibration qui remplit l’intervalle d'une multitude d’antinomies: le bonheur et le malheur, le plaisir et la souffrance, l’esprit et la matière, la science et la foi, l’amour et la haine, l’égoïsme et l’altruisme en sont quelques exemples communs.
Si notre sensibilité physique, notre sensi bilité animique, notre volonté oscillent entre les uns ou les autres de ces extrêmes, pourquoi notre centre intellectuel ne trouverait—il pas dans l’expérimenta ' tion de l’ignorance un développement aussi vaste que dans celle de la science ? C’est ce que nous voudrions essayer d’approfondir quelque peu.
Prentice Mulf0rd a écrit des pages suggestives sur l’art d’oublier; mais il n’a eu en vue que le fonctionnement le plus usuel de notre conscience ; ou pourrait sans doute étendre
r 70 L’INITIATION cette étude vers des domaines moinsconnus del’être humain. Considérons cet être humain comme revenant de l’univers physique, astral ou mental des aliments qu’il doit digérer et transformer en énergies supé— rieures.
Quand cette assimilation se fait sur le plan phy sique, elle produit des cellules organiques; sur le plan électro-nerveux, elle produit de la force magné tique; sur le plan sentimental, elle produit de l’amour; sur le plan mental, elle produit de la pensée; sur le plan volontaire, elle produit de la force spirituelle. Toutes ces productions peuvent, bien entendu, être bonnes ou mauvaises.
Remarquons toutefois que la collaboration de la volonté est une condition, sinon indispensable pour accomplir ces travaux, du moins très utile à leur perfection.
Ceci posé, et l’homme mis en présence des leçons que la nature, les livres ou d’autres hommes plus avancés lui donnent, il faut tout d’abord pour qu'il perçoive ces leçons, qu’il y fasse attention: c’est-à» dire que saVolonté fasse entrer dans le champ de la: conscience la sensation externe ou interne'par quoi nous communiquons avec tout ce qui existe.
Ensuite vient le travail d’assimilation : le centrein tellectuel réfléchit et compare; le centre instinctif re— tient (mémoire) et comprend (s'incorpore). Puis la Volonté donne le dernier coup de feu par L’imagination, créatrice de la pensée. Ainsi dans leprocessus de l’alimentation matérielle, la volonté choisit les aliments, l’estomac actionné par le plexus-solaire (centre intellectuel du corps) prépare
LA SCIENCE CHINOISE 171 l’assimilation qui se fait par les lymphatiques (centre instinctif du corps) où se trouvent les. réserves maté rielles (mémoire). Si un homme accumule trop de. matière en réserve, il devient impotent. Si la. mémoire est trop vaste, les facultés vivantes de l’intelligence s’émoussent. Il faut donc dépenser destorces ou des idées dans la mesure où l’on en reçoit.
Cependant le corps d’un homme ne peut pas, sous peine d’affaiblissement, dépenser plus de matière qu’il en assimile; mais élevons-nous d’un degré :, au point de vue électro-nerveux, par exemple, tous les magnétiseurs expérimentés savent que la récupération de leurs forces se fait au fur et à mesure de leur rayonnement.
Encore plus haut, dans le centre intellectuel, l’exercice de la faculté pensante est presque illimité: les adeptes des anciens temps nous disent, en effet, que le mental, développé saine ment, est capable d’une activité indéfinie, puisque Sa forme parfaite; est celle d’un miroir de L’Univers. 7 Encore plus : prenez un être qui fasse: travailler son centre animique suivant sa loi. réelle, l’amour.
Ici, la machine donne plus de force qu’elle n’a reçu de charbon. Parce que l’amour, la. force sentimentale est la seule force de l’Absolu que l’homme possède;il: porte en lui sa propre:nourriture ; plus il meurt, plus brillant il renaît. Il est à lui-même son générateur inépuisable; et la seule condition nécessaire à sa: croissance, c’est qu‘il travaille plus que de «rai— son ». Choisissez maintenant un hommequi vive sur le plan du corps, de l’instinct, de la sensation; pour
172 L‘INITIATION croître. il lui faudra un grand stock de notions, beau coup de mémoire. Un homme intellectuel n’aura besoin de mémoire que pendant la période d'entraînement de ses facultés d’abstraction et de généralisation, puisque, dès leur entier développement, son cerveau sera comme un lac tranquille où les objets, les idées et les forces se refléteront sans se déformer.
Quant à l’homme animique, la mémoirelui devient un bagage inutile dès l’instant qu'il commence à vivre dans la flamme vivifiante de l’Amour: la force éter— nelle qu'il porte en lui le maintient dans un présent sans cesse renouvelé, et elle lui ouvre le secret des êtres et des choses chaque fois qu’il est nécessaire. D’ailleurs, il n’a besoin de rien savoir puisqu’il aime.
Comme il est un avec toute créature: plante, pierre, planète, cataclysme, maladie, le mystère lui en est donc dévoilé. Telle est la vie du royaume des cieux. semblable à celle du petit enfant qui vient de naître. Voilà comment notre main gauche peut et doit igno— rer ce que fait notre main droite.
Ce qui constitue l’homme réel, l’âme, dès qu’elle a commencé son grand voyage àtravers la Nature a été revêtue de peaux de bêtes: nous appelons ces vête ments: science, force, courage, énergie, paresse, luxure, colère, génie, poésie, etc. Ce sont les résultats, les mé moires, les archives d’expériences sans nombre; lorsque le retour est proche, notre âme s’aperçoit que tous ces documents si laborieusement amassés ne valent pas grand'chose parce qu’ils sont écrits avec l’ombre de l’orgueil; elle les abandonne alors, elle récupère len—
LA SCIENCE CHINOISE 173 tement sa nudité, son ignorance originelles; elle de— vient pauvre d’esprit. Plus rien de la Nature ne se trouve en elle; tout y est du_Père; dès lors le monde ne peut lui fermer aucune de ses cryptes et les créa- ’ tures sont devant elle comme un livre ouvert. * .,.4 Voyons un peu comment se passent ces phéno mènes psychologiques de la mémoire, dans le plan supra-mental qu’on pourrait appeler le plan des per— sonnes.
Une notion, de quelque part qu’elle vienne, arrive à l’homme comme un voyageur dans une cité ; il est présenté aux magistrats : à l’attention, au juge— ment, à la mémoire qui en prend le portrait et en con signe les déclarations; puis, suivant les capacités de ce,voyageur, le sens commun l’utilise comme ouvrier, l’entendement l’élève à un emploi de direction, ou la sagacité le range parmi les prêtres-savants.
Mais si le maire de la ville est craintif, maniaque, d’esprit étroit, il laissera entrer les voyageurs en grossissant leur dossier de notes innombrables pour la confection desquelles il faudra des bâtiments et des employés.
Tous ces êtres-là, cellules nerveuses et autres, occupés à entasser les archives du passé, ne vivront pas; et quand le palais des archives sera trop grand et les ronds-de-cuir trop nombreux, un incen die ou une révolution viendront liquider ces far deaux inutiles. De même quand notre mémoire de vient trop vaste, elle s’encombre généralement de notions inutiles ou de points de vue faux. Les livres des Jugements dont parlent les prophètes et qui
174 L’INITIATION existent réellement dans un certain lieu de l’Univers spirituel (i) sont seuls remplis de choses utiles et vraies. D’où il suit deux conclusions : que la mé moire est un être qui a droit de vivre et dont la cul ture nous est un devoir; et que ce n‘est pas un dieu devantlequel nous avons à nous prosterner, ne serait— ce que par l’admiration.
Que l’homme intérieur com prenne qu’il ne connaît sa mémoire que par l’expé rience, qu’il ne sait pas d’où elle vient, ni où elle va, ni ce qu’elle et lui ont de spécial à faire ensemble; qu’il remette, par suite, au Ciel le soin de la faire tra— vailler, ou mieux de lui indiquer les occasions où il doit la faire travailler.
Car, nous n’avons pas le droit de rien laisser en friche; et cela nous est difficile, après avoir cru comprendre que la volonté personnelle est mauvaise, de continuer à travailler comme si elle ne l’était pas ; cette antinomie est posée par les plus anciennes morales; l’individu seul peut la résoudre en lui—même.
Mais de ce qu’il est juste de faire travailler notre mémoire, il ne faut pas conclure que nous ayons le droit de la tyranniser ou de l’hypertrophier. C'est cette hygiène mnémotechnique qui està découvrir. Quand un homme veut développer son corps, il n’y arrivequ’en le faisant travailler se'lon les condi tions que ses connaissances physiologiques lui disent être les meilleures.
C’est la même chose pour les organes de l’homme invisible, avec cette différence qu’alors nous allons à tâtons, parce que notre intelli (1) Cf. Jac0b, Esquisses du Tout universel.
LA SCIENCE CHINOISE 75 gence est dan-s une chambreet ce qu’elle fait marcher dans une autre : il y a bien des ficelles, des leviers, des courants, mais le mur nous empêche de voir exactement le résultat de nos gestes. Voilà pourquoi tant d’apprentis magiciens, yoguis ou extariques se cassent le nez au cours d’entrainements qui semblent très raisonnables.
Pour en revenir à la mémoire, nous savons à peu _ près quelles circonvolutions cérébrales la supportent, et c’est tout. Comme nous ne pouvons pas augmen— ter à notre gré le volume du premier centre pariétal d’association, nous sommes forcés de chercher un entraînement psychologique. Là, il y a des systèmes, des « trucs », des théories. Mais ils ont des défauts.
D’abord celui de l’empirisme; l’homme ne doit rien faire au petit bonheur; ensuite, il est responsable de tous ses actes : qu’il confie à sa mémoire une notion fausse, le souvenir d’un crime, une science perverse : la mémoire n’est pas un tombeau, mais un livre. Il viendra, à un moment, un être qui tombera sur le mauvais feuillet et en sera corrompu.
Alors, dira-t-on, il ne faut rien confier à la mémoire ou presque rien : la conclusion est prématurée. Ce qu’il faut, c’est ramener la mémoire comme toutes les autres facultés, sous les rayons du soleil de justice. Quand l‘homme travaille, c’est pour rendre service à lui-même ou â\1 un autre : dans ce dernier cas, il est plus près de la vérité puisqu’il est plus près du sacrifice.
Mais, il peut rendre service à un tiers par un mobile d’égoïsme raf— finé; alors il manque son but. Il faut donc que son travail, pour être héroïque à coup sûr, soit difficile à
176 L’INITIATION lui-même en même temps qu’agréable à autrui. C’est selon ces deux conditions qu’il faut que notre mé moire travaille. Qu’elle conserve nos souvenirs de honte ou de méchanceté, qu’elle conserve le souve nir de la bonté des autres; et par ces mots, bonté et méchanceté, pour embrasser tous les objets de la science, il nous suffira de comprendre tout ce qui vit en dehors et autour de notre Moi.
On verra que même les notions les plus étrangères à la morale peuvent se classer dans les catégories plus haut indiquées; une date, un calcul algébrique, une réaction chimique, un nom, une adresse peuvent être bon ou mauvais; tout ce qui aide le monde, tout ce qui diminue l’égoïsme est bon.
Aussi, peu à peu, la mémoire se retrempera dans ses sources vives; nos facultés sont actuellement comme des esclaves ; elles travaillent parce que leur maître, la volonté, les fouaille. Quand ce maître ne sera plus cruel et leur donnera l’air, la lumière et la nourriture qui abondent dans les campagnes du Ber; ger, elles commenceront à travailler de bonne grâce.
N0tre mémoire recevra toute seule l’image des événe— ments et des choses, et servante attentive, se présen tera devant nous dès que nous aurons besoin d’elle; la bonne volonté se montre en cela, comme partout, la meilleure force pour faire marcher le monde, et ce n’est pas sans raison qu’il est écrit qu’elle donne la pa1x. SÊDIR.
PARTIE LITTÉRAIRE ORPHÉE A M. Giovanni Sbriglia.
Ménétrier divin, quand, folles, enivrées, Les Bacchantes de Thrace eurent hâté son sort Et dispersé dans I’Hèbre, en leur cruel accord, Ses membres pantelants et ses chairs déchirées, Sa voix, charme éternel des voûtes éthérées, Prouva que l'art toujours contre tout est plus fort, L’art, vainqueur de l’oubli, l’art, dompteur de la mort, L’art qui survit aux dieux, aux dieux qu’il a crées, Car il pensait encore et scandsit en doux vers Le rythme harmonieux qui régit l'univers, Le grand secret du ciel où ses yeux pouvaient lire, Mêlant l’or pur du verbe à l’or pur du couchant; Et sa tête coupée en flottant sur sa lyre Exhala, dernier hymne, un ineffable chant. JULES DE MARTHOLD. I2
Un étrange phénomène lumineux Les journaux italiens, entre autres la Stampa du vendredi 1" août 190.2, relatent un étrange phénomène lumineux qui se produit dans une petite localité de la Valteline. Berbenno Valtelina est un village d'un millier d'habi tants, situé à une altitude de 450 mètres sur les contre forts des Alpes.
Il est limité à l’ouest par un torrent qui descend jusqu'au fond d'une vallée assez abrupte et va ensuite se jeter dans l'Adda. Autour du village se trouvent de vertes prairies qui recouvrent un terrain d'alluvion dans lequel on a retrouvé des traces de tourbe.
C’est dans cette localité que depuis plus de vingt ans et presque chaque nuit, une flamme ordinairement blan— châtre, mais qui offre parfois des colorations plus vives, apparaît dans un lieu dit Dusone, voisin des prairies.
Elle descend de la suivant un chemin déterminé et va s‘arrêter à l‘embranchement de deux routes; à ce point elle se transforme en une nuée blanche qui mesure parfois l mètre de hauteur sur 3 ou 4. centimètres de largeur et qui se distingue très bien aux rayons de la lune; ceci fait, la flamme reprend sa promenade, pénètre dans une vigne qui se trouve devant le presbytère où elle reprend sa splendeur primitive, semblable à la lumière du magné sium, avec une agréable teinte bleuâtre.
Dans cette vigne elle fait une pause un peu plus longue, puis retourne par le même chemin jusqu’au carrefour; arrivée là, au lieu de retourner àDusone, son point de départ, elle chemine du côté opposé, changeant souvent de couleur et de forme et va finalement s'éteindre dans la localité dite Postalesio, décrivant de cette manière une espèce de T.
UN ÉTRANGE PHÉNOMÈNE LUMINEUX 179 D’autres fois, il y a trois flammes; deux partent en même temps de Dusone, cheminant cependant séparé ment; la troisième part de Postalesio, et toutes les trois viennent se réunir et se fondre au carrefour, donnant ori— gine à un globe lumineux qui entre ensuite dans la vigne se trouvant devant le presbytère, quelquefois, mais rare— ment, la flamme a traversé la place de la cure et alors le globe lumineux s’est élevé, messager de Satan, jusqu’à la hauteur des fenêtres du curé.
Il est à noter aussi que l‘on n’a jamais vu la flamme entrer dans le cimetière ou se diriger de ce côté. Cette flamme est donc assez constante dans ses effets, puisque cela dure depuis plus de vingt ans; mais, àpart ces faits, il y a d’autres observations notables à faire.
La flamme ÉVITE l’homme, car il suffit de s’en approcher pour la voir fuir plus ou moins rapidement selon la rapidité de l’approche; ceci est vrai, mais il est encore vrai que les habitants évitent son voisinage par crainte superstitieuse.
Les formes de la flamme varient à l'infini : cône, globe, serpent de feu, lumière tranquille ou vacillante, - elle s’allonge depuis 5 centimètres jusqu’à 8 mètres de hauteur, parfois elle se divise en plusieurs flammes; d’autres fois il se forme diverses flammes qui s’absorbent l’une dans l’autre.
Tantôt se glissant le long du sol, tan-— tôt s’avançant par bonds, elle prend une vitesse vertigi— neuse, puis brusquement s’arrête, immobile; enfin elle dis— paraît comme si elle se fût cachée derrière les troncs des arbres. Elle prend à volonté l’aspect et la rapidité d’un bolide et illumine de sa splendeur toute la campagne; glisse à travers les treillages comme un serpentde feu, puis s’arrête et s’éteint.
Le vent n’influe pas sur son parcours; elle peut, pour ainsi dire, QUAND ELLE VEUT, cheminer contre le vent et accomplir malgré lui, toutes les nuits, sa promenade régu lière. Une fois cette promenade faite, on peut être assuré qu’elle ne se fera plus voir de toute la nuit; mais il est impossible de prévoir si son apparition durera une longue heure ou seulement quelques minutes.
Telles sont les habitudes et les caractéristiques de l’énigmatique flamme de Berbenno. Toutes ces particula rités ont été recueillies de la bouche des habitants et il est
1 80 L’INITIATION à reconnaître que les observations ne sont pas trop scien tifiques; de plus, on ne peut pas savoir si la flamme a été examinée avec le spectroscope, avec l‘appareil photogra phique, avec des thermomètres convenablement disposés, etc., scientifiquement, en un mot. Mais quel serale savant qui se donnera la peine d’étudier un sujet aussi peu scientifique ?
Il n’en est pas moins vrai que les habitants de Ber benno voient, ou au moins disent voir, depuis plus de vingt ans la flamme mystérieuse. Or, si une hallucination collective, sans une cause déterminée et qui dure depuis plus de vingt ans est com— plètement improbable, il est nécessaire de rechercher l‘ex plication du phénomène dans une cause extérieure, objec tive, probablement de nature physico—chimique.
Mais quelle explication peut offrir la science ? La première hypothèse est celle qui traite des feux fol lets, lesquels surgiraient du plateau situé sous Berbenno, terrain d’alluvion ou existe des traces de tourbe et où par conséquent se trouvent des décompositions de matières organiques.
Outre ceci, il y a deux faits qui semblent don ner vraisemblance à cette hypothèse : le premier est que sur ce terrain eut lieu en 1624 une grande bataille entre Vénitiens, Français et Espagnols, et encore aujourd'hui il est facile de trouver, en ensemençant, des restes d'osse— ments humains; le deuxième est que probablement dans le lieu où se trouve le presbytère et son petit cimetière se trouvait autrefois un charnier où ont été ensevelies les personnes mortes du temps de la peste, alors que San Carlo Borromeo était archevêque de Milan (1557).
Ceci démontre comment existent dans le terrain de Berbenno beaucoup de matières organiques facilement décompo sables et capables de développer de l'hydrogène phosphoré, lequel est justement le gaz qui, brûlant dans les cimetières, forme les flammèches dites feux follets. Mais... il y a beaucoup de mais!
Avant tout, il est dif ficile de trouver le pourquoi de ces feux qui ne sont appa rus que depuis une vingtaine d'années; et puis, les feux follets suivent le moindre courant d’air, or la flamme de Berbenno chemine contre le vent; la production de l'hy drogène phosphoré dépend en grande partie de la tempé
UN ÉTRANGE PHÉNOMÈNE LUMINEUX 181 rature ; or la flamme susdite se montre par toutes les tem. pératures même les plus froides, même quand le sol est couvert de neige gelée difficilement perméable à un gaz.
Ce qui complique l’explication du phénomène, c’est sa grande régularité, l’identité du chemin parcouru toutes les nuits, le stationnement plus long dans ce point déterminé de la vigne proche du presbytère,‘sa continuité depuis plus de vingt ans, sa constance, en somme, dans le temps et l’espace; or, tout le monde sait que capricieux et follet sont synonymes. Donc il ne peut être question de feux follets.
Une deuxième hypothèse est celle qui a trait au feu de Saint-Elme, ou autrement dit à une manifestation élec trique, laquelle se rapprocherait de cette manifestation spéciale qu’on est convenu d’appeler falgurah‘on globu laire et qui a été observée soit dans les laboratoires, soit pendant les orages.
On aurait donc à Berbenno une ful« guration globulaire à l’état constant et c'est encore cet état constant qui met, comme auparavant, obstacle à l’explica tion du phénomène.
La science dit que l’oxydation d’une quantité d'hydro gène suffisante pour donner un milligramme d’eau déve loppe assez d’électricité pour charger de 20.000 volts un condensateur d’un mètre carré de superficie et capable de donner une étincelle d’un centimètre; mais, étant données ces circonstances, attribuer ce feu à l’électricité terrestre reviendrait à dire que dans toutes les localités où ces mêmes éléments se retrouvent, les mêmes lumières de— vraient se produire, et ces localités devraient_étre en grand nombre au lieu du seul Berbenno cité.
Et puis la fulgura— tion est une grande traîtresse, elle fait des ravages; or la flamme de Berbenno n’a jamais occasionné aucun mal même en frôlant les paillers; outre ceci, la fulgurarion globulaire est toujours... globulaire, et la flamme de Ber benno assume toutes les formes, toutes les dimensions, toutes les teintes; et encore cette flamme dure depuis vingt ans, hiver comme été, par bourrasque ou non et toutes les nuits fait le même parcours.
Et alors! seraient-ce les paysans et les prêtres qui auraient raison quand ils disent que ce sont les âmes des morts qui reviennent pour demander des prières P Î .MM;
1 82 L‘INITIATION Si cela était, ce ne serait pas en faveur de la dévotion des habitants de Berbenno à moins d’un entende— ment défavorable de la part du bon Dieu! Et puis, les pauvres âmes n'auraient—elles pas pu se décider à se rua-7 nifester avant ces vingt ans derniers ? et ne pourraient elles pas s'exprimer. se manifester, nous ne dirons pas plus clairement, mais plus intelligemment ?
Donc, aussi une hypothèse spirite nous parait un peu insuffisante, sans compter qu’affirmer la présence des esprits n'explique pas le phénomène de leur manifestation aussi étrange, errante, nocturne et aussi peu intelligente.
Seraientce des entités astrales voulant attirer l'attention sur quelque drame mystérieux qui aurait eu pour théâtre les lieux qu'elles parcourent d'une façon aussi régulière, et surtout la vigne dans laquelle elles s‘arrêtent plus lon guement ?
Alors ? alors, il faudrait reconnaître que, mal gré notre fameuse science supposée et le progrès mer— veilleux de la civilisation européenne, il se trouve encore des phénomènes de la nature qui se présentent à: nous sous la forme peu consolante du point d’interrogation et qu’alors, au mépris de l’incurie et de l’orgueil de nos soi disant savants, toutes les nuits, avec une impertinente constance, la flamme mystérieuse exécute sa promenade— macabre dans les prairies de Berbenno!
Août rgoz. Capitaine FRANLAC. CORRESPONDANCE Je suis heureuse de faire connaître l’intervention mira culeuse dont la petite Julia vient de me gratifier. Au mois de juin dernier, dans un procès où de graves intérêts étaient en jeu, mon adversaire faisait comparaître de faux témoins devant anéantir tous mes droits. Or, le jour de l’enquête, le matin même, je vins trouver
coaassronnmcs ’ 18 3 Julia, la suppliant de me protéger contre les calomnies de ces faux témoins. Elle me dépeignit la situation telle qu’elle existait : et me dit : « Tu vas voir en ces faux témoins des gens que tu n’as jamais-vus.
« Puis, je vois aussi unefemme très méchante que tu con nais bien et qui te fera tout le mal possible pour sauver ton adversaire. ( Mais, sois tranquille, ne te tourmente plus surtout, je vais te protéger et confondre les mensonges elles calomnier. «. Tu sais, cela va être dur;. car cette femme, je la. vois surtout bien audacieuse, bien terrible.
« Mais, laisse-moi partir, je vais m’en occuper, et à 2 heures je serai avec toi devant le juge. » Ce qui se passa durant cette audience tient vraiment du miracle, car ces faux témoins qui venaient avec l’intention de me perdre par leurs mensonges, se trouvèrent. en ma présence absolument désarmés, et quoique le juge. ne les interrompit pas une seule fois, ils s’embrouillèrent et fini— rent par déclarer qu’ils ne m’avaient jamais vue.
Ce qui mit.mon adversaire dans une.situarion des plus... critiques. Quant à la méchante femme, que je connaissais etdont Julia m’avait parlé, elle vint et commença sa fausse dépo— sition avec cynisme, mais comme une leçon apprise par cœur.
Puis tout à coup elle se troubla, s’embrouilla et s’écria, sous l’empire d'un remords tardif: « Je rétracte! je vais rétracter. » Afïolée, elle voulut partir sur-le-champ, n’entendant pLus le juge qui l’invitait à.se rasseoir. L’auditoire était des plus surpris de Cet incident qui. malgré de pénibles circonstances, avait vraiment son côté comique. .
Le. résultat est que justice m’est rendue malgré de ter ribles machinations que Julia seuleasu anéantir pour faire triompher une cause honnête et juste. -
184 L’INITIATION Bibliographie Choix de Pensées (I) et Vie de J.-G. Gichtel Par P. SÉDIR I La ( petite Collection d’auteurs mystiques I» vient de s’enrichir encore. Après la vie de J. Bœhme publiée dans l’1nitiation, Sédir fait paraître celle de Johann Georg Gichtel. Les demeures sont nombreuses dans le Royaume céleste et les voies qui y conduisent sont innombrables.
La divine Sophia mena Gichtel vers le Père avec une exceptionnelle rigueur et bon nombre de ceux qui ont senti dans les profondeurs l‘immense désir du ciel, recule raient devant de pareilles épreuves, si elles leur étaient révélées. La vie de cet ami de Dieu a déjà été extrêmement résu mée par Sédir d’après Uberfeld et un nouvel extrait lui ferait perdre tout intérêt.
Je voudrais donc seulement développer en quelques pages certains enseignements qu’elle présente, et qui peuvent n‘être pas inutiles à ceux qu’intéresse la vie mystique de chaque jour. Il Après avoir stationné plus ou moins longtemps dans la phase du rationalisme et dans celle du panthéisme, l’étu diant sincère sent un jour s’éveiller en lui la vie du cœur.
A son grand étonnement, il trouve un incroyable bonheur dans les souffrances conscientes du dévouement et du sacrifice; il cesse de voir les fautes de ses frères et toutes les siennes deviennent visibles, l’amour s’éveille dans son âme et son être intérieur tressaille sous la caresse des pre miers rayons du soleil divin.
Au moment de son évolu tion, il s'assimile sans effort et avec joie tout ce qui fait (1) Bibliothèque Chacornac, I 1, quai Saint-Michel.
BIBLIOGRAPHIE I 8 5 vibrer sa base affective, mais, par contre, il devient extrê mement paresseux pour ce qui est du domaine de l’Intellec tue]. Les plus beaux travaux de l'intelligence lui semblent sans attraits et peu à peu son cerveau s’atrophie. A moins d’indications spéciales, à moins que I’Etre ne soit arrivé à une très exceptionnelle perfection, il y a là un danger que Gichtel nous apprend à découvrir.
En effet, il sut joindre à une foi profonde, à un état de prière presque constant, un travail intellectuel très grand. Il étudia la linguistique, la théologie, le droit, les mathématiques, l’histoire, la phi losophie!
Il eut une correspondance très étendue et sur la fin de sa vie seulement il se contenta de la Bible et des œuvres de Bœhme qui du reste font aussi en partie tra vailler l’Intellect. — Surtout dans les débuts de la vie mystique expérimentale, il y aurait, je crois, une sorte d’or gueil, de déséquilibre à vouloir négliger le développement d’un de nos centres, et à nous croire assez avancé pour pouvoir vivre exclusivement par le cœur.
N‘oublions pas que notre but suprême est d’unir un jour notre cerveau et notre cœur, de reconstituer les deux moitiés de l’âme sœur. Un autre aspect de la tenue intérieure à quoi doit aspi rer le mystique, c’est ce qu’on a appelé la Pauvreté chris tique.
Comme tout ce qui tient à l’ascèse spéciale qui s’ef force de réaliser sur terre les actes du Verbe Éternel, la Pauvreté réelle est facile à énoncer, très ardue à com prendre et très difficile à mettre en pratique.
Ne pas trop Se plaindre si le ciel nous met un peu à l’épreuve; pendant Un temps semble déjà très beau; mais être heureux de ne pas avoir le lendemain assuré, s’en remettre avec joie et confiance dans la bonté du Père, cela semble presque impossible même à de bons chrétiens. Gichtel offre dans toute sa vie l’exemple le plus admirable de cette foi abso lue et vivante.
Jamais il ne désespéra et nul ami de Dieu peut-être ne comprit mieux combien les paroles de Jésus ont une exacte application à notre existence quotidienne. Oui, nous pouvons en être certains. L’oiseau qui plane len tement dans l’azur calme d’un ciel d’été, l’insecte qui dort au cœur de la rose, le coquillage qui s’ouvre sur le sable fin, au bord de la mer, ne sont pas plus sûrs de leur nour riture que l’Homme dont l’âme a compris la bonté du
r 86 L‘INITIATION Christ. C’est là sans doute ce que disait notre mystique à ceux qui venaient vers Lui, et lorsque tout jeune encore il partit pour l’Université de Strasbourg, il ne se demanda même pas comment il pourrait, sans argent, vivre dans cette ville. Aussi, il trouva, dès son. arrivée, suffisamment de leçons pour payer sa pension.
Nous sommes exposés, nous qui débutons dans cette voie difficile dont l’humi lité et la pauvreté gardent les portes, à bien des pièges. Je. me contenterai d’en signaler un des plus grands. Comment reconnaître la source. de l’argent qui nous vient quand. nous en avons besoin ? L'invisible ne pourrait-il pas nous aider par un riche. mariage? un gain au jeu P un héritage ?
C’està cela que Gichtel répond en refusant le mariage:œ la fortune, la pierre philosophale même qu’on. était venu lui offrir. Il sut toujours découvrir les rusesde Mammon.. Mais nous le voyons, selon sa belle expression, gagner son: pain dans la prière, dans l’abandon constant de sa vie, de sa santé pour les autres ; pour nous,pauvres débutants, nous reconnaîtrons l’aide du ciel parce qu’elle sera sou vent le résultat de notre travail.
L’effort humain purifie l'or même. Notons donc que nous ne devons pas deman der de. l‘argent, mais simplement nous efforcer de sentir en notre cœur que Jésus nous en enverra au moment voulu, tâcher enfin de réaliser de notre mieux lesparoles sereines de l’Évangile. A chaque jour suffit sa peine. Le Père qui: est dans le secret sait ce qu’il vous faut avant quevous le demandiez.
Passons maintenant aux enseignements que contient l'existence de Gichtel sur la prière, ce pain de vieaussi nécessaire à notre âme que la nourriture matériellcà notre corps.
Nous voyons d‘abord que, dès que la prière soli taire lui fut révélée, Gichtel en comprit la supériorité,yvit l’application des paroles du Christ : «c Toi, quand tu vuu> « dras prier, entre dans tachambre, et ayant fermé la: « porte, prie ton Père qui est dans les cieux. » Nous y apprenons aussi en lisant la description dater— ribles combats, des déchirements, des ardeurs extatiques et des joies profondes que Gichtel trouvait dans la prière, à reconnaître l’énorme distance. qui nous sépare de ce. géant spirituel. Nous ne devons jamais nous lasser dans nos demandes, la bonté du Ciel est. infinie et combien de
BIBLIOGRAPHIE 187 fois la santé d’un malade qui allait mieux a-t-elle empiré parce que nous avons perdu patience et douté! Pendant sept années Gichtel travailla jour. et nuit pour sauver un suicidé. Il était emmené en esprit dans les ténèbres. exté rieures pour secourir le malheureux.
Il est bien évident que nous ne pouvons prétendre à un tel degré de perfec tion dans Le fonctionnement de notre organisme fluidique, mais nous pouvons, nous devons demander chaque soir que les heures de repos de notre corps grossier ne soient pas perdues pour notre évolution.
Soyons sûrs que notre prière sera entendue et que nos guides nous soutiendront, nous porteront tendrement dans leurs bras et nous feront faire de petits travaux en harmonie} avec notre inexpé— rience; Le Ciel permettra que sans entraînement, sans régime spécial notre corps astral acquière une liberté de plus en plus grande.
Notre conscience sera transportée dans le plan spirituel et nous pourrons nous livrer avec joie à la prière ardente que souvent les difficultés de la vie matérielle ne nous auraient pas-permis de faire à l’état de veille.
Plus nous aurons vivement, non intellectuelle ment, mais en notre cœur, la sensation de notre faiblesse, plus nous comprendrons à quel point nous avons besoin de la main puissante qui nous soutient, plus notre liberté deviendra grande dans le plan astral. ll n'est pas néces saire que nous nous souvenions au réveil des actes accom plis pendant la nuit.
Les guides sont obligés de tenir compte de notre organisation physique et il ne faut rien presser. Soyons patients et nous serons étonnés des résul— tats. Lorsque le bon Gichtel priait pour un malade, ce der nier voyait souvent un ange venir l’assister. Cela nous montre que dans l’univers tout est vivant et a une forme. Souvent un malade rêvera qu'un Etre de lumière vient lui changer son corps et le lendemain il se trouvera mieux.
Quelquefois il verra celui quia prié pour lui combattre avec un‘é’tre à forme humaine dont l'apparence diffère avec chaque maladie. La guérison ou la mort est indiquée par celui qui triomphe. Si dans le rêve le mystique succombe, la maladie sera la plus forte et réciproquement. Peu à; peu, du reste, le souvenir nous viendra, si c‘est nécessaire, et nous nous rappellerons avoir empêché par
1 88 L’INITIATION notre prière un taureau furieux de se jeter sur une per sonne que nous connaissons, ou d’avoir dissipé des nuages qui s'amoncelaient sur une famille; chaque fois cela cor respondra à quelque chose de réel à un malheur évité. Ce sera un petit travail qu'on nous aura fait faire. Notons ici un piège assez fréquent.
On arrive à croire la prière inutile sous le prétexte que, priant constamment, on n'a pas besoin de choisir une heure quelconque pour le travail spirituel. Cette erreur est subtile et on ne s’en aperçoit souvent que longtemps après.
Souvenons-nous également, et nous en voyons des exemples dans Gichtel, que l’action est aussi une prière si elle est faite au nom de celui qui nous a envoyé tel ou tel événement, qui a décidé telle circonstance de notre vie. N‘hésitons donc jamais à interrompre une prière pour rendre service à un de nos frères. La tension continue vers le Père est du reste impossible et engendrerait le doute.
Voilà les quelques réflexions que peuvent suggérer les pensées et la vie de Gichtel. Il y a encore beaucoup à pui» ser dans le petit livre que Sédir met à notre disposition. J’ai voulu seulement engager quelqu’un de ceux qui cherchent Jésus à le lire et à en profiter.
Voici en terminant quelques-unes des pensées se rappor tant aux idées qui précèdent : * 24::æ La pauvreté christique est le premier signe du régénéré. * 4V-1l> Saisir l’humilité et s’y-tenir inébranlablement attaché. xt —!4 La foi commence quand tous les moyens naturels sont épuisés. * «V»4 Le superflu que Dieu nous envoie, nous devons le don ner aux pauvres.
BIBLIOGRAPHIE I 89 * 4-‘F La pauvreté christique est un grand mystère. Elle ne se trouve que dans le mariage spirituel, avec Sophia.
On se fie à l’invisible tout à fait, de sorte que Dieu veut ce que la créature veut et celle-ci veut toujours la volonté de Dieu. * Il>4 J’entends par prière non prononcer des paroles, mais converser en esprit avec Dieu par un langage sans mots. * >ææc Quand notre esprit est fatigué de prier, qu’il se récon forte avec une petite lecture. G. PHANEG.
DOCTEUR ELY STAR, Les Mystères de l‘Être, gr. in-8, chez Chacornac. — Quelle que soit l’opinion que l’on se forme des théories exposées par M. Ely Star, il faut avant tout reconnaître la parfaite sincérité morale et la grande conscience intellectuelle qu’il a apportées à ce travail.
On peut ne pas accepter les conclusions de l’auteur, dire que les plans de l‘univers énumérés par la tradition ne sont pas tous mentionnés, estimer que les nombreux extraits d’œuvres antérieures que M. Ely Star a résumées ne sont pas réunis en un faisceau assez synthétique : ce ne ' seront là que des critiques de détail, vues par les seuls spécialistes, et que le grand public laissera inaperçues.
Ce qu’il faut aux « gens du monde », ce sont des expo sés clairs, lumineux, débarrassés de termes techniques, laissant de côté les spéculations métaphysiques, pour fournir au bon sens des preuves convaincantes, des ré cits intéressants, une philosophie plus lumineuse que pro fonde, des pratiques simples et facilement vérifiables : toutes ces choses se trouvent dans ce livre, et elles suffi— ront amplement à provoquer et à. légitimer son succès. — D’ailleurs, M. Ely Star nous informant que cinq années d‘études dans un cercle fermé l'ont pourvu des grades su périeurs de l’adeptat, nous nous inclinons devant les idées qu’il nous présente. Cependant, nous constaterons que,
190 L’ INITIATION par exemple les Kabbalistes n’ont jamais enseigné que leurs sephiroth correspondent aux planètes physiques; par contre, on trouvera dans ce livre de très claires explica tion sur les nombres d’après Lacuria et une étude origi nale sur les divisions du Tarot par 22, 40 et 16.
Enfin la vénération que l’auteur professe pour le Christ nous rend ses convictions 'respectables et nous fait ressouvenir un peu tard peut-être que nous ne devons pas juger nous— mêmes. JS. REVUES ET JOURNAUX Parmi les revues reçues, le Devoir, Psyché, le Spiritua lisme moderne, la Reuue spirite, le The0sophist, le Jour— naldu Magnétisme, l‘Étincelle de l’abbé Julio, le Light, signalons une nouvelle revue éditée par F.—L. Voisin à LOndres, Auubis.
On y trouve des études du DocteurWynn Westcott, de Respiro, le disciple de Thomas Lake Harris, du comte de (ilenstrae plus connu sous le nom de Mac Gregor Matthers; la tendance est le polythéisme restitué. PREMONITIONS L’auteur du récit qui va suivre est Mile Joséphine Goo— rens, couturière, âgée de cinquantætrois ans, demeurant à Dunkerque, 8, rue de l’Abattoir. C'est une personne de caractère rassis et qui paraît digne de foi.
« Quelques jours avant la mort de ma mère, étantencore toute jeune fille, je lui demandai de m’apprendre à bien faire la lessive; elle me dit comment mettre le linge en trempe et ajouta : « Le chaudron plein d’eau et de linge « est trop lourd pour toi ; quand il sera temps de l’accro— « cher à la crémaillère pour faire bouillir l'eau, tu m’appel— « leras; je viendrai pour t’aider à-lever le chaudron. :» « Ce jour-là un incident m’empêcha de faire la lessive; à quelques nuits de là, je rêvai que je perdais des dents.
Ma mère, à qui je racontai ce rêve et qui savait ce qu’était la double vue, me répondit :4< C’est le signe que je vais « mourir. o)
REVUES ET JOURNAUX 191 « Le soir même en effet elle étaità l’agonie ; M. Deswarte, alors doyen, vint la voir et la pria de pardonner à son lit de mort, .à sa sœur, Mme Déodic—Poiret; ma mère n’avait jamais pardonné à sa sœur, plus âgée qu’elle de dix ans, de lui avoir enlevé son bon ami après avoir mangé son bien pendant leur jeunesse d’orpheline.
« Ainsi exhortée par le prêtre, ma mère répondit « qu’elle a pardonnait, mais qu’il fallait que sa sœur vint avec elle « devant Dieu au grand jugeme t ». « Cela se passait et ma mère mourut vers huit heures et demie, un vendredi, dans la semaine de la ducasse (vers le 24 juin par conséquent), en 1862. « Le lendemain, à huit heures du matin, nous reçûmes une lettre nous annonçant la mort de ma tante.
« Le surlendemain peut-être, comme nous n’avions pas beaucoup de linge de rechange à la maison, il fallut laver; ayant préparé le chaudron, au moment de le soulever pour l’accrocher à la crémaillère, je repensais aux paroles de ma mère. Je le trouvais trop lourd pour ma force; je songeais à retirer une partie du linge, quand subitement le chaudron fut comme soulevé par une force étrangère et s'accrocha presque de lui-même au crochet.
Je fus si effrayée que je courus hors de la maison chez une voisine, Mme Janvel, morte malheureusement aujourd’hui. Depuis lors je ne me souviens que de trois faits anor maux.
Avant de voir chez vous le fascicule de Chine et Ceylan (1) que vous m’avez montré, j’avais, la nuit pré cédente, rêvé de deux prêtres en blanc sous un berceau de feuillages, et le souvenir que j'ai gardé de ce rêve se rapporte assez exactement à une gravure que vous m'avez fait voir, le lendemain, dans ce fascicule. < Le second fait est plus précis. Nous avions été, ma Le second fait est plus précis.
Nous avions été, ma vieille amie Sophie, avec laquelle j’habite, et moi, à la procession de Fumes.
Prenant le café chez des connais sances, on parla de la ville, qui était tranquille et pieuse et où la vie n’est pas chère, et Sophie demanda à ses amis S’il n'y avait pas un commerce modeste à la reprise duquel pussent suffire nos petites économies. (r) Livraisons trimestrielles publiées par la Compagnie de Jésus au sujet des missions d’Extrême-Orient.
192 L’INITIATION _.-.___r.,,‘ ( On nous promit de nous écrire s’il se rencontrait quelque chose de pareil. ( Quelque temps après je rêvai que nous avions loué sur la grande place de Fumes le bas d’une singulière malson avec une sorte de tourelle et un souterrain qui, faisant le tour de la place, allait jusqu’à l’église et qui était inondé quand il y avait une crue du canal. « Je racontai ce rêve à Sophie.
Peu de temps aprè5:_ 3’11" reçut de Fumes une Iettrelui proposant la reprise déSIree; elle partit et reconnut la maison que je lui avais décrue; ayant demandé s’il n’y avait pas aussi un souterrain, il un fut répondu que si, et mon amie, qui était assez superst1— tieuse, fut tellement frappée de ces choses étranges où elle croyait voir l’action du diable, qu’elle renonça à l’affaire et revint à Dunkerque sans vouloir conclure la reprise.
Le dernier fait est le suivant : nous habitions alors toutes deux, en Basse-Ville, deux chambres d’une m3150!1 de derrière; dans la maison de devant, je me souviens, il y avait une forge.
Je rêvai que de mon lit, après aVOH' entendu un bruit terrible, je voyais la rue, et que tous les meubles de la chambre étaient renversés. _ « Un an après, le propriétaire fit démolir et reconstruxr€ pour l’exhausser la maison de devant; une nuit, le mur s’écroula avec un fracas terrible et si malheureusement que son écroulement creva le mur de la maison de der' rière, et que de mon lit, saine et sauve par hasard, au milieu de mon mobilier en miettes, je pouvais voir la rue à travers les décombres. » Nous n‘avons pu vér1fier ces faits à cause de leur date déjà ancienne et de la difficulté d’en retrouver les témom5 morts ou disparus actuellement. (Rosa Alchemica.) E. n‘Hooone. Le Gérant: ENCAUSSE. Paris-Tours. — lmp. E. ARRAULT et. Cie, 9, rue N.—D.-de—Lorette
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AVIS A NOS LECTEURS ÿ-"-ï’ !'1' Les œuvres de Louis-Claude de Sainl—Marh‘n on} été rééditées sous la direction de l’Ordre Martiniste. Chacune de ces rééditions est absolument conforme à l’original. Il est donc inutile de payer 25 ou 30 francs des volumes qu’on peul avoir à bien meilleur compte dans leur leæle intégral.
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