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Initiation Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÊE MENSUELLEMENT sous LA DIRECTION DE PAPUS 1Q O. E4 Docteur en médecine — Docteur en kabbale 'e‘, 56‘" VOLUME. — 15"" ANNÉE SOMMAIRE DU N°10 (Juillet 1902) —”—L PARTIE EXOTÉHIQUE Les phénomènes psychiques (La Possédée de Gretz) (p. I à 3) . . . . . . . . . . . . Papus. PARTIE PHILOSOPHIQUE Le Saint Suaz‘re de Turin (p. 4 à 31) . . . . Louis de Meurville.
Le Mont Pelée (p. 32 à 43) . . . . . . . . . Tidianeuq. Au pays des espr1“ts (suite) (p. 43 à 54) . . . X... La Grèce ésotérique (p. 55 à 64) . . . . . . Dario Vellozo. La naissance de Bouddha (p. 65 à 68) . . Guymiot. Une mosaïque de Pompé'z‘ (avec figure) (p. ‘i . à 72) . . . . . . . . . . . . . . . . . Cari Michelsen. Lettres magiques (suite) (p. 72 à SI) . . . . Sédir. PARTIE INITIATIQUE Veille; et prie; (p. 82 2‘187) . . I . . . . . Zhora.
Société des conférences spiritualistes. —— L‘hôpital de la faim. — Bibliographie. — Correspondance. -— Note. Tout ce qui concerne la Rédaction et. les Échanges doit être adressé 87, boulevard Montmorency, à Paris. Téléphone — 690-50 ADMINISTRATION -— ABONNEMENTS —— ANNONCES LIBRAIRIE PAUL OLLENDORFF PARIS — 50.}Chausse’e-d’Anlin. 50 — PARIS Le Numéro : UN FRANC. —- Un An : DIX FRANCS ‘- '. , *-‘-“‘ A
PROGRAMME Les Dactrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l‘hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expeüences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organeprincipal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l‘arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n'appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie (Exotérique) expose aux lectrices ces ques tions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. - L’Initiation paraît régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà quatorze années d’existe‘nce.—- Abonnement: tofranCs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épursees.l
L‘Initiafion du 15 Juillet 1902 PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l’1nitiation [0 PARTIE INITIATIQUE SAINT-YVES D’ALVEYDRE — AMO — F. CH. BARLET, S.'. I.'.,‘., - GUYMIOT. — MARC HAVEN, 5.21.233 —- JOLLIVET-CASTELOT. — JULIEN LEJAY, S.'. I.'. g —— ÉMILE MICHELET, S.'. I.'. (C. G. E.) — LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.'. (D. S. E.) MOGD, S..-. I.'. — PAPUS, S.'. 1.-. fi — D” ROZIER. — SÉDIR, S.-. I.'. ';;.. -— SELVA, S.'. I.'. (C. G.
E.) 10 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABIL-MARDUK. -— AMELINEAU. —- ALEPH. — AMARAVELLA. — D' BARADUC. — SERGE BASSET. — Le F.'. BERTRAND 30' — BLITZ. — BOJANOV. — ERNEST Bosc. — J. BRICAUD. — JACQUES BRIEU. — CAMILLE CHAIGNEAU. — CHIMUA DU LAFAY. — ALFRED LE DAIN. — G. DELANNE. — ALBAN DUBET. — A. ERNY. — FABRE DES ESSARTS. — L. ESQUIEU. — DELÉZINIER. — JULES GIRAUD. — D" FERRAN. — L. GOURMAND. — L. HUTCHINSON. — E. LEFÉBURE. — L.
LE LEU. — L. LEMERLE. — LECOMTE. — NAPOLÉON NEY. — G“ C. NOEL. — HORACE PELLETIER — PHANEG. — G. POIREL. —— QUESTOR VITŒ. — RAYMOND. -— SABRUS. — L. SATURNINUS. — Dr SOURBECK. — THOMASSIN. —- TIDIANEUQ. — G.VITOUX.— YAL'I‘A. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG.— JEAN DELVILLE. -— ESTRELLA. — E. GOU DEAU. — MANOEL DE GRANDFORD. — L.
HENNIQUE. — GABRIEL DE LAUTREC. — JULES LERMINA. — JULES DE MARTHOLD. — CA TULLE MENDÈS. — GEORGE MONTIÈRE. —LÉON RIOTOR. — SAINT FARGEAU. — R. SAINTE—MARIE. -— ROBERT SCHEFFER. — ÉMILE SI COGNE. — CH. DE SIVRY. 40 POÉSIE G. ARMELIN. —,CH. DUBOURG. — RODOLPHE DARZENS. —JEAN DELVILLE. —- YVAN DIETSCHINE. — E. GIGLEUX. — CH. GROLLEAU -— MAURICE LARGERIS. — PAUL MARROT.— EDMOND PILON. — DE TALLENAY. -— ROBERT DE LA VILLEHERVÉ.
L’Initiatlon du 15 Juillet 1902 L’INITIATION RENSËiËYÆWTS) DIRECTION ADMINISTRATION 87, boulevard Montmorency, ABONNEMENTS ïÉLËPHÛNË — “0'50 PUBLICITÉ: VENTE AU NUMÉRO PARIS—A UTEUIL Drnncrsua : PAPUS DIRECTEUR ADJOINT : Paul S ÉD I R Librairie Paul OLLENDORH‘ 50, Chaussée-d’Antin, sa Rédacteur en chef: F.—Ch. BARLET Secrétaires de la Rédaction : FRANCE; un 311l0 “ .n. LEJAY — SABRUS ÉTRANGER, -— r2 fr.
RÉDACTION. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la Direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. Prière d’adresser tous les échanges: 87, boul. Montmorency, Paris MANUSCRITS. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d’avis spécial.
Un numéro de la Revue est toujours com osé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer l au p us tôt que le mois suivant. ' ‘ L’Initiation est, en France, le seul organe officiel des centres suivants : Groupe Indépendant d’Études Èsotériques. 1.600 Mem bres, 104 Branches et Correspondants. Ordre Martiniste. Ordre Kabbalistique de la Rose + Croix. École Supérieure libre des Sciences Hermétiques.
Société Alchimique de France (avec la Revue l’Hyper— chimie). Union Idéaliste Universelle. P. T. L. (section française). Rite Swedenborgien (Loge INRI). . ..... à..
r, _, -.-, , ,,_,.____-,—’,‘. _«ç,q.<..,.. .. _'_;__\ _ PARTIE EXOTÉRIQUE Les Phénomènes Psychiquos LA POSSÉDÉE DE GRETZ Il est bien curieux de voir comment, malgré l’appa rent scepticisme contemporain, les faits occultes émeuvent l’opinion publique et provoquent les en quêtes et les explications les plus diverses.
A propos de ce cas d’une jeune religieuse présen tant des phénomènes relevant en grande partie de l’hypnose, on a vu les journaux quotidiens les plus graves faire assaut d’informations et publier les asser tions les plus bouffonnes avec un sérieux digne d’un meilleur sort. Voyons un peu les faits les plus saillants.
Une jeune femme de vingt-cinq ans environ est atteinte depuis plusieurs années de crises spéciales pendant lesquelles elle semble manifester une person nalité toute différente de la personnalité de l’état de veille. En état premier (état de veille), cette religieuse est le modèle des ferventes de la communauté.
En état second, au contraire, elle a horreur de tout objet béni, repousse avec fureur l’eau bénite et se courbe en épis thonos dès qu’elle sent une hostie consacrée. «a... .
2 L’INITIATlON [JUILLET Dans cet état second, elle pousse des cris intenses perçus au loin par les paysans des environs, elle dit qu’elle voit un être noir et cornu qui vient la torturer et qui la mord, et, au réveil, on constate en effet des traces de morsures et de coups sur sa peau.
En état premier, elle est d’une instruction très élé mentaire. et en état second elle répond à diverses langues inconnues d’elle dans l’idiome même qui lui est parlé. C’est ainsi qu’un missionnaire lui parlant caraïbe a obtenu une réponse dans cette langue et un autre lui parlant chinois a eu un résultat ana logue. Dans son état second, elle sent sans contact les objets bénis et elle se jette dessus pour les détruire.
Tel est le résumé des principaux faits observés par divers expérimentateurs. Voyons maintenant les ex— plications données par les diverses personnes compé« tentes interviewées. Les médecins matérialistes sont unanimes pour s’écrier : C’est de l'hystérie! sans se donner la peine d’étudier les faits. Ceux qui veulent paraître plus instruits disent, étant donné l’état second si caractéristique, que c’est de l’autosuggestion.
Il est curieux en effet de constater que ceux qui ex pliquent si facilement les faits de divination de la qualité des objets présentés au sujet (objets bénis ou non bénis) par l’autosuggestion et la lecture de pensée dans le cerveau des porteurs desdits objets, sont incapables de reproduire expérimentalement des faits de ce genre avec leurs meilleurs sujets. Aussi
1902] LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES . 3 v,_,__._...na.r .. . ç...< .,-.. -.nas . .4 . ,.,....-.,.. . .. .rc est-il amusant de leur voir nier avec énergie l’exis tence de la suggestion mentale ou de l’action sans contact d’un cerve'au sur un autre, quand cela les gêne pour la soutenance de leur thèse matérialiste, et de les voir admettre avec facilité ces mêmes faits quand il s’agit de répondre par une pirouette à un cas embarrassant.
Si nous admettons qu’on peut constater chez la prétendue possédée de .Greéz des faits indéniables d’hypnose classique, il est non moins vrai que les réponses en langues inconnues dépassent ce domaine et qu’ils n’ont jamais pu être reproduits, lorsqu’il n’y a pas de contact physique.
C’est surtout sur ces faits que nous nous appuierons pour affirmer l’existence d’une entité personnelle et étrangère au sujet, qui s’in carne en lui par intermittences. Inutile de dire que nous ne pensons pas qu‘il s’agisse d’un démon en l’occurrence et que la fausse direction donnée au mys ticisme de la jeune sœur est la cause première de la plupart des phénomènes observés. . 'PAPUS.
Cette partie est ouverte aux écrivains de toute École. sans aucune distinction, et chacun d‘eux conserve la responsabilité exclusive de 395 idées. Le Saint Suaire de Turin : Une récente communication de M. Delage à l’Aca— démie des sciences est venue raviver les discussions au sujet du saint suaire de Turin.
Cette communi cation portait, on le sait, sur les travaux d’un jeune savant, M. Paul Vignon, préparateur à la Sorbonne, qui croit pouvoir conclure scientifiquement à l’au— thenticité de ce linceul.
M. Vignon affirme au nom de la chimie et de la physiologie que ce linceul est bien celui du Christ, qu’il ne peut être que celui-là, et que l’image s’est reproduite sur l’étoffe par un effet absolument natu rel : l’oxydation de l’aloès déposé comme aromate sur le linceul, oxydation produite par les vapeurs ammo— niacales qui se dégageaient du corps du supplicié.
Et cette image, ajoute M. Vignon, n’a pu se conser ver que par le fait d’un court séjour du corps dans le linceul, car un séjour prolongé aurait amené une oxydation générale, une tache brune uniforme, ou la décomposition du linceul avec celle du corps. Sans conclure à la résurrection, M. Vignon, qui n’est pas un croyant, se borne à constater avec les
LE SAINT SUAIRE DE TURIN 5 v c,.v Évangiles que le corps du Christ n’est pas resté un long temps dans le linceul. Cette communication a causé un mouvement assez considérable de curiosité pieuse ou mondaine. On a exposé, çà et là, des photographies du suaire : on y est allé en foule, et plusieurs qui ne rêvaient pas un Christ de cette sorte, s’en sont allés, comme le cen turion du Calvaire, en déclarant que c'était bien là le Fils de Dieu!
Tant il est vrai que nos yeux nous font voir souvent ce que nous désirons avoir vu. M. Paul Vignon ne s’en est pas tenu là: il vient de publier un très beau volume que nous avons voulu lire, le Linceul du Christ, et c’est de quoi le féliciter, car nous y avons trouvé beaucoup d’érudition, de savoir et de bonne foi.
' Est-ce une raison suffisante pour admettre sa thèse P Ne peut-on pas se tromper de bonne foi, avec beau ' coup de savoir et d’érudition? N‘y a-t—il pas toujours, , F 77-—-’ .Ï .—.. ....v —77 \a côté des preuves apportées, d’autres preuves qui manquent, d’autres expériences qu’on n'a pas faites et qui pourraient être contraires P D’autres renseigne ments aussi? ' Nous ne voulons pas discuter science avec M. Vi gnon: nous serions battus d’avance.
Nous voulons simplement résumer les débats, soulever des objec tions de bon sens et laisser à chacun ‘le soin de conclure à sa guise. Plus encore que les incrédules, les catholiques doivent, à notre avis, se montrer difficiles dans leur foi aux reliques, car un culte irraisonné ferait plus de tort à la religion chrétienne que toutes les néga
6 L’INITlATION tions. C’est ainsi que, pendant la Révolution, on envoya de Besançon à la Convention le saint suaire vénéré jusque—là dans cette ville, et qui, nous le sa vons, était une vulgaire copie de celui de Lirey qui est maintenant à Turin. Ce fut à la Convention l’objet d’une risée générale, et le prétendu suaire fut brûlé avec le bois qui servait à guider le pinceau, quand on voulait raviver les couleurs du linceul.
Ce qui nous étonne le plus, c’est de voir mainte— nant les partisans du miracle, ceux qui croient à l'authenticité du saint suaire de Turin et à l‘impres— sion miraculeuse du corps du Christ sur son linceul, se réjouir de la thèse de M. Vignon, parce qu’elle est censée détruire la thèse de ceux qui démontraient historiquement son origine très douteuse.
Mais la thèse de M. Vignon tend à détruire aussi la foi au miracle, et c’est une singulière joie que d’être blessé par un tiers, à condition que l’adversaire le soit aussi. S’imagine-t—on un duel où les combat tants, ne pouvant se toucher, s’en iraient enchantés de ce qu’un témoin a bien voulu se charger de les blesser tous les deux!
Depuis l’ostension solennelle du saint suaire de Turin, en 1898, ostension qui n’avait pas été renou velée depuis 1868, une foule de brochures ont paru, à l'occasion de la photographie obtenue par le cheva— lier Secondo Pia; les unes affirmant, les autres contestant l’authenticité de ce linceul.
M. Loth affir mait ; l’abbé Lalore, l’abbé Ulysse Chevalier, approuvé par M. Léopold Delisle et les Bollandistes, et M. Fer nanti de Mély contestaient, tandis que Mgr Colo
LE SAINT SUAIRE DE TURIN 7 miatti, pro-Vicaire général de Turin, soutenait l’au thenticité sans apporter aucune preuve. Le procès est donc plaidé sous toutes ses formes. Le dossier est complet, et nous avons sous les yeux les travaux également intéressants des chartistes, des archéologues, des chimistes, des physiologistes et des théologiens.
Nous n’avons qu’à lire et à nous faire une opinion, si bon nous semble, ou à attendre jus— qu’à « plus ample informé », car on sait qu’un procès n’est jamais si fini qu’on ne puisse le recommencer. Tout d’abord, nous écarterons la théorie du mi— racle, non pour le nier, mais pour mieux respecter ce qui n’est pas de notre compétence.
S’il y a miracle, et qu’on nous le prouve, ou que l’Église l’affirme, il n’y a plus à discuter pour ceux qui acceptent ces croyances.
Mais ce n’est pas le cas : un pape, anti— pape pour les uns, pape pour les autres, a défendu d’exposer ce suaire sans faire crier par un héraut que ce n’était là qu’une image du vrai suaire; un autre pape a autorisé la vénération de cette relique, mais, somme toute, l’Église ne s’est pas prononcée, et ne pouvait pas se prononcer.
Les suppositions que l’on peut faire au sujet du saint suaire sont les suivantes : Si Je linceul est authentique, ou bien l’image du Christ s’y est formée par miracle, ce qui est l’opinion de plusieurs, ou bien elle s’est formée par une opéra tion chimique spontanée et toute naturelle, ce qui est l’avis de M. Paul Vignon. Si le saint suaire de Turin est faux, c’est qu’on l’a peint ou imprimé sur toile, ce qui est l’opinion du
8 L'INITIATION savant abbé Ulysse Chevalier, professeur au grand séminaire de Romans, et celle de M. Fernand de Mély, lauréat de l'Institut, dont les travaux archéo logiques sur divers sujets, notamment sur les reliques de la Passion, ont acquis une grande autorité. Mais si le saint suaire de Turin est faux, il se peut encore que l‘image ait été obtenue sur un cadavre quelconque par un habile trucage.
M. de Mély a compté vingt-huit saints suaires de par le monde, dont le plus inconnu est celui de [cha— navank, en Arménie : personne n’a pu encore l’exa— miner ni le photographier.
Écartant la théorie du miracle, il nous reste à étu dier trois suppositions : apparition spontanée de l’image par un effet physique, peinture ou impression, et enfin trucage sur un cadavre quelconque donnant les traits qu’on suppose au Christ, avec les blessures qu’il avait reçues. Mais d’abord comment est le saint suaire de Turin?
Qui l’a vu P Qui l’a touché et analysé ?Que valent les photographies qu’on en a faites? , M. Paul Vignon n’a pas vu le saint suaire, et il affirme que de le voir ne lui apprendrait rien de plus. Nous serions mal venu à lui reprocher cette igno rance, puisque nous n'avons pas vu plus que lui; mais tandis qu’il a la foi de saint Louis, nous avons plutôt, en pareille occurrence, celle de saint Thomas.
Nous demandons une vision plus proche, une étude plus certaine, une analyse plus concluante, car jus que-là on ne pourra faire que des suppositions et des raisonnements sans base certaine.
LE SAINT SUAIRE DE 'I‘URIN 9 Si le drap est peint, on pourra le constater; si l’image est le produit de la décomposition graduée des aromates, on retrouvera chimiquement l’aloès, car M..Vignon nous explique très bien dans son livre que si les aromates avaient été versés en onctions sur le corps du Christ, le linceul n’aurait reçu aucune image, et que l’image n’a pu se produire que parce que les aromatesavaient été étendus sur le linceul.
Il nous faudrait donc un peu plus de lumière, un po’ piu di luèe comme le réclamaient autrefois les Italiens, et c’est précisément ce à quoi se refuse la maison de Savoie, possesseur et gardienne de cette relique. Peut—être changera-t-elle d’avis en présence de tant de controverses. L’abbé Ulysse Chevalier n’avait pas à étudier la nature du saint suaire; il n’examinait que son origine historique.
Mais M. de Mélya vu le saint suaire, pendant l’osténsion de I898, et c’est, nous a—t-il dit, un drap jauni, couleur tabac, avec traces de brûlures et de rempiècements, sur lequel on distingue très vaguement une double silhouette humaine, une silhouette un peu plus fon— cée que l’étoffe.
Le linceul a 4"',10 de longueur sur I‘“,10 de lar geur, d'après le chanoine Chiuso qui a écrit l’histoire du saint suaire de Turin avec toutes les légendes qui l’entourent, et sans Ïaucune tentative de critique his— torique. > En 1898, le cadre préparé pour l‘ostension était un peu trop court, on a dû replier l’étoffe, ce qui nous ’ prive de la vue des pieds dans la photographie de la face antérieure.
|o L’liwi mnrou Tout d’abord, qu’on remarque cette largeur de 1‘“,10. Il y a lieu de rechercher si les métiers à tisser, chez les Juifs, comportaient cette exacte dimension, et personne, que nous sachions, ne s’en est encore préoccupé. C’était cependant un point essentiel, et nous espérons que des recherches seront faites dans ce sens. Le suaire de Besançon avait, dit le chanoine Chiuso, 2m,60 sur r'”,3o.
Celui de Compiègne, qui a égale ment disparu en 1793, avait 2'“,4o sur 1‘“,20. Celui de Caduin, au diocèse de Périgueux, mesure 2‘“,81 sur 1'“,x3, et n’a aucune image du Christ. On le voit, toutes ces étoffes diffèrent en largeur et sortent de métiers différents.
Quant à la photographie tirée du saint suaire, par le chevalier Secondo Fia, avec l’intervention du baron Manno, il n’y a pas à douter un instant de son exac— titude et de la sincérité des opérateurs. Elle a été prise sous la lumière intense de deux puissants foyers électriques, et prise directement, et non par transparence, car le saint suaire est doublé d’une étoffe.
Après l’incendie de 1532, à Chambéry, le linceul fut reprisé et doublé de toile. En 1694., la toile fut changée pour une étoffe noire, et, en 1868, comme la doublure était en mauvais état, la princesse Clotilde — c'est M. Vignon qui nous l’apprend —— se chargea elle-même de remplacer cette étoffe par une doublure en tal’fetas cramoisi.
La photographie est donc directe, et cela vaut d’être noté, car, en transparence, des matières colorantes auraient une action particulière sur la photographie. )_.q_x
LE SAINT SUAIRE DE TURIN II Nous avons dit que le corps du Christ apparaissait sur la toile du linceul, avec une teinte un peu foncée.
S’il a été peint, il a donc été,peint en négatif, les par ties claires en foncé, les parties foncées en clair, ce qui est contraire à toutes les conceptions de l’art. En effet, la photographie a donné un cliché positif, à l’inverse de tous les clichés qui sont toujours le né— gatif de l’objet photographié, sauf dans de rares occa sions de pose prolongée.
M. Vignon s’évertue à nous prouver que le cliché de M. Seconde Pia était un négatif correct, « puisque, dit-il, les traces de brûlures sont en blanc, et que les pièces d’étoile blanche sont en noir ».
Si un cliché nous donne du blanc en noir et du noir en blanc, c’est bien ce que nous appelons un cliché négatif, mais comme le corps est en noir et en négatif sur l’original, il en résulte qu’il est en blanc et en positif sur le cliché, ce qui constitue un cliché positif. N’in— sistons pas sur cette querelle de mots, car c’est un positif tout en étant un négatif, et c’est un négatif‘tout en étant un positif.
Nous n’en sortirions pas s’il fallait discuter de la sorte. . L’image est double sur le saint suaire, l’une anté— rieure, l’autre postérieure se rejoignant presque par la tête. La raison en est simple. Le linceul a été posé à terre; on y a déposé le corps et le drap a été replié surle corps, de la tête aux pieds. L’image s’étant im primée des deux côtés, il suffit de déplier le linceul pour avoir ces deux images juxtaposées par la tête. Ici, il.faut encore se demander si les Juifs enseve 1issaient de cette façon, ou avec un drap replié de
1 2 L’lNITIATION côté, ou par bandes de toiles enroulées en spirales autour du corps, avec bandelettes assujettissantes, car l’Évangile de saint Jean, —— et c’est 'celui sur lequel s’appuie M. Vignon, -— dit expressément que le Christ a été enseveli « selon la coutume des Juifs », ce qui explique les aromates. Et il dit aussi : Ligam runt illud.
La photographie a donc donné un cliché positif pour le corps du Christ, puisque le linceul le montre en négatif. Il en est résulté que les épreuves ont res titué l’image originale, en négatif, et qu’il a fallu faire un second cliché sur le premier cliché, pour obtenir des épreuves en positif. Là sont apparus les traits un peu plus clairement. Nous avons vu les premières épreuves vendues à Turin: elles sont peu déchiffrables.
On a fait des agrandissements et peu à peu on en est arrivéà la tète, grandeur naturelle, que nous avons vue, et où les yeux ouverts sont très distincts. Le Gaulois du Dimanche paru le jour de Pâques, en a donné une bonne réduc tion. Nous trouvons cependant quelques différences entre les diverses épreuves publiées.
Dans les épreuves du livre de M. Vignon, les gouttes de sang apparaissent sur l’épreuve négative en taches noires très nettes, et les moustaches sont comme deux taches d’encre.
Il est bien évident qu’en passant par tant d'appa— reils photographiques et de plaques de photogravure, la photographie originale de M. Secondo Pia a pu recevoir, sans qu’on le veuille, quelques éclaircisse ments ou obscurcissements de détail : les instruments ne sont jamais parfaits.
LE SAINT SUAIRE DE TURIN 13 \ Il conviendrait donc encore, a ce point de vue, de photographier à nouveau le saint suaire de Turin, et d’y laisser voir cette fois les pieds.
Certes, il serait à souhaiter que nous puissions acquérir la certitude de l’authenticité du saint suaire de Turin, car nous aurions ainsi la relique la plus intéressante de la Passion : nous aurions le portrait certain du Christ, quoique portrait d’un mort défi— guré par le supplice et l’agonie.
Saint Augustin dit qu’aucun monument contem porain ne nous a laissé les traits du Fils de Dieu, et, depuis seize siècles au moins, les artistes, bons ou mauvais, s’efforcent de créer, d’après la tradition, un type idéal de Jésus. Il faut avouer qu’ils n’y ont guère réussi. Étaibil beau? Était—il laid? Nous ne le savons même pas. La tradition nous dit seulement qu’il por tait la barbe et les cheveux longs partagés par une raie médiane.
D’où vient cette tradition P Nousl’igno rons, car le portrait qu’on attribue à saint Luc et qui est à Rome, à la Scala santa, ne laisse pas voir les cheveux. La sainte Véronique, ou « sainte vraze image », conservée à Saint-Pierre de Rome, nous montre un Christ chauve et nous n’osons guère parler du prétendu portrait authentique et contemporain du Christ, envoyé à Abgar et conservé à Saint-Silvestre de Rome.
Une seule chose est à noter dans ces trois portraits : c’est la longueur du nez, à peu près iden tique, longueur encore dépassée par l’image de Turin. . Il est admis généralement que le Christ était le plus
14 L’INITlATION beau des hommes, et il y a eu comme un concours entre artistes, à travers les siècles, pour en faire un type de beauté masculine. Le Christ de la cathédrale deChartres a les cheveux en bandeaux ondulés comme une femme, et la barbe frisée; même coquetterie dans le « beau Dieu » d’Amiens. Michel-Ange en a fait, dans son Jugement dernier, une sorte d’Hercule sans barbe.
Raphaël lui a donné le type un peu efféminé et insignifiant qui a séduit tant de générations d‘ar tistes, les Guido Reni, les Salvator Rosa et, chez nous, les Flandrin, les Delaroche et tant d’autres. Van Eyck l’a montré laid, tout à fait Juif, avec un profil qui ressemble assez à la médaille de M. Boyer 'd’Agen et à la médaille frappée sous Innocent VIII, au xv° siècle. .
L'école espagnole a toujours été réaliste; elle s’est plu aux crucifix peints et sanglants; elle nous montre des christs dont la physionomie sévère n’indique que la majesté ou la douleur. Chaque peuple s’est pour ainsi dire caractérisé dans sa manière de représenter le Christ, de même que les jansénistes nous ont laissé le souvenir de leurs doc trines fatalistes et terribles, avec leur Christ en croix, aux bras levés et menaçants.
Saint Thomas dit quelque part que, logiquement, le Christ devait être laid, parce que, étant né par hu milité dans une étable, il devait pousser l’humilité jusqu’à la laideur, et aussi parce que sa parole divine ne pouvait rechercher le succès dans un attrait phy— sique. On peut supposer aussi, non sans raison, que Jésus,
LE SAINT SUAIRE DE TURIN [5. avec des traits réguliers, n’avait ni beauté ni laideur. car les Évangiles nous auraient parlé de l’une ou de l’autre, si telle avait été la note saisissante de sa phy sionomie.
La laideur est une tare atavique ou person— nelle; elle éloigne au lieu d’attirer, et les évangélistes. n’auraient pas manqué de nous dire qu’il attirait les foules malgré cette laideur, de même qu’ils nous auraient signalé la séduction de son visage.
Le regard seul, nous nous l’imaginons, pouvait avoir une beauté spéciale; mais qui était capable d'y lire la grande pitié du monde, les visions surhu maines, les douleurs de la prescience et l'infinie dou ceur, parmi ceux qui l’entouraient et ne le compre naient pas encore. Revenons donc au saint suaire de Turin où, tout à coup, plusieurs ont découvert la physionomie idéale du Christ.
L’image est réaliste, nullement conforme à l’esthé— tique du moyen âge qui, bien que réaliste, prêtait une coquetterie ou une laideur spéciales à la figure du Christ. Il est donc juste de dire avec ceux qui con naissent l’histoire de l’art, que cette physionomie du saint suaire n’est pas dans la note artistique du XIV9 siècle, ni des siècles précédents.
Et il faut recon naître, avec M. Vignon, que cette image en négatif . ne peut être l'œuvre d’un peintre de‘cette époque. Quel artiste ou imagier aurait eu l’idée de peindre les parties saillantes d’une physionomie en noir et les parties concaves en clair ? A aucun point de vue on ne peut admettre ici l’œuvre du pinceau, à moins que le temps et une décomposition chimique des couleurs
16 L’INITIATION n’ait amené la transformation du rouge en noir et l’in tervenissement complet des tons, comme cela est arrivé à une fresque d’Assise, après un incendie. Or, le suaire a subi le contact de l’incendie en I562. Il n’y a qu’une objection à cette remarque : c’est que le suaire était comme il est, avant l’incendie de 1562. S’agit-il d’un incendie antérieur et inconnu?
Ici nous perdons le fil de la discussion, et nous retom bons dans les origines inconnues de cette relique. Historiquement, rien ne sert de base à l’authenticité du suaire de Turin. Il apparaît pour la première fois, sans date précise, au quatorzième siècle. en France, en Champagne, à l‘abbaye de Lirey, et personne ne sait d’où il est venu.
La bulle de Clément VII, qui est de 1449, dit que Geoffroy de Charny, seigneur de Savoisy et de Lirey, qui fonda, en I353, la collégiale de Lirey, fit exposer dans cette église « une image ou représentation du suaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ ». Or, M. de Mély a découvert l’obit de Geoffroy de Charny à Lirey,et il n’y est pas question,parmi ses dons àl’ab— baye, de celui du saint Suaire.
Geoflroy Il, fils du précédent, a déclaré, dit la même bulle, que cette image a été libéralement offerte à son père, liberaliter oblatam, et voici que Marguerite de Charny, petite— fille du fondateur de la collégiale, affirme solennelle ment, à Dôle, en I443, que le suaire a été conquis à la guerre par son grand-père. Ces déclarations con tradictoires ont été parfaitement mises en lumière par
LE SAINT SUAIRE DE TURIN I7 l’Étude crüz‘que de l’abbé .Ulysse Chevalier et les articles de M. de Mély.ll faut en conclure,pourle moins, que, dans cette famille de Charny, on ne s’entendait guère. Nous ne suivrons pas l’histoire du saint suaire dans les démêlés de Marguerite de Charny avec l’abbaye de Lirey. L’abbaye et Marguerite de Charny se disputent la relique par tous les moyens.
Les autorités judiciai res, les tribunaux ecclésiastiques, le roi, le nonce, l’évêque de Troyes, le Pape, interviennent tour à tour et en sens différents. L’abbaye possède le saint suaire, et Clément Vil, malgré l'évêque de Troyes, l’autorise à montrer cette image aux foules avides de lævoir, mais à la condition de faire crier par un héraut que ce n’est là qu’une image du vrai linceul du Christ.
Pourquoi cette décision P L’évêque de Troyes a écrit au pape que son prédécesseur avait en la con fession ou l’aveu de « . celui qui avait peint le suaire ». Cet aveu, relaté par un autre que celui qui l’a re çu, ne nous inspire guère confiance. D’autre part, Clément VII, comme le fait observer Mgr Colomiatti, est un antipape. Est—ce une raison, répond l’abbé Ulysse Chevalier, pour que ce qu’il a fait soit nécessairement mauvais ?
N’entrons pas dans ces questions où nous ne sommes que des profanes, et bornons-nous à dire comment le saint suaire est arrivé aux mains des ducs de Savoie; Ce sont les chanoines de Lirey qui, en 14.18, craignant les malheurs et les désordres de la guerre, vont porter .,..W-—-— ,...,..r ... .4. . 2
18 L‘INITIATION \\ la précieuse relique au .mari de Jeanne de Charny, Humbert, comte de la Roche, seigneur de Villersexel et de Lirey, à son château de Montfort, en Franche Comté.
Il donne un reçu : « Ung drap au quel est la figure ou représentation du suaire de Nostre Sei gneur Jesu-Crist... » En voilà un qui ne croyait pas à l‘authenticité du suaire, et c’est le mari de Jeanne de Charny qui ven dra la relique au duc de Savoie,aprèsl'avoir promenée de ville en ville, en France et en Flandre, et cela de façon assez peu religieuse, pour en tirer des sous, Marguerite de Charny, toujours poursuivie par les réclamations de l’abbaye de Lirey, échoue en Savoie, à Chambéry, où, désespérant sans doute de garder la précieuse relique, si elle la ramène à Lirey, ——- car les chanoines la réclament énergiquement, et Humbert de la Roche, mort depuis, s’était engagé à la restituer, —elle se décide à la vendre au duc de Savoie en 1452.
Les historiens ne parlent, il est vrai, que d’une donation au duc de Savoie ou à la duchesse, dernière des Lusignan, mais l’acte de vente ou de donation n’a pas encore été produit. Depuis lors, l'histoire du saint suaireest trèsconnue. Il a été précieusement conservé par la maison de Sa voie qui l‘a considéré comme une sorte de palladium.
Il voyageait avec les souverains et a été transféré, en 1578,au château de Lucento, en Piémont, puis, en ' 1694, à la chapelle du dôme du palais royal de Turin. Il yest encore. Rabelais a parlé du saint suaire de Chambéry, et il ditque, pendant cet incendie de 1532,_i1 fut entière—
LE SAINT SUAlRE DE TURIN 19 l -J , ment consumé. M. Franck-Puaux l’a fait remarquer dans une lettre adressée au Matin. Mais Rabelais n’est pas, en pareil cas, une autorité bien sûre, et il est des témoignages probants sur l’identité du suaire aCtuel avec celui de Marguerite de Charny. Le feu l’a atteint seulement sur le bord des plis, et ce sont les «réparations de ces brûlures qui forment l’encadre— ment bizarre du corps du Christ.
L’histoire du saint suaire paraît donc assez solide ment établie depuis la fin du quatorzième siècle, malgré ses pérégrinations avec Marguerite de Charny qui a vendu simplement une chose qui ne lui appar tenait pas. Mais d’où venait ce linceul P Qui l’avait recueilli après la résurrection du Christ ? Qui l’avait conser vé i’ Qui l’avait vu ? Qui l’a apporté ? Qui l’a donné, vendu ou livré par force à Geoflroy de Charny ?
Autant de questions insolubles. On nous dit que c’est vraisemblablement le même suaire que celui de Constantinople qui disparut lors du sac de la ville par les croisés. Mais quelle est la preuve de cette affirmation ? On ne trouve rien, abso— lument rien. Et quand ce serait le même, qui nous garantirait l’authenticité du saint suaire de Constanti nople ?
Les reliques de*la Passion ont éveillé, à partir de sainte Hélène, la pieuse curiosité des fidèles, et ceux qui ne pouvaient pas en obtenir se contentaient d’une copie qui, avec le temps et la vénération publique, finissait probablement par acquérir des droits à l’au 'thenticité. Ne savons—nous pas, par les textes qu’a
20 L’INITIATION produits M. de Mély, avec d’autres archéologues, que les suaires de Besançon, de Silos, en Espagne, et de Xobregas, à Lisbonne, n’étaient que de vulgaires copies de celui de Turin ? M. de Mély n‘a-t-il pas compté éparses dans le monde, présentes ou men tionnées autrefois plus de six cents épines de la sainte couronne et un certain nombre de clous de la croix ? Il faut donc se garder d’affirmer en pareille ma tière.
On dit que les apôtres ont « sans doute » recueilli les linges du tombeau après la résurrection. Mais il n’en est pas question dans les Évangiles, et il faut se rappeler que les apôtres n’étaient pas encore animés d’une foi bien ardente, qu’ils restaient juifs, qu’ils suivaient toutes les prescriptions de leur religion, qu’ils en avaient l’esprit, et que jamais les juifs n’ont eu le goût des reliques.
Le mort était pour eux une chose impure, et ceux qui le lavaient et l’ensevelis saient étaient eux-mêmes, comme les nécrophores de l’Égypte, un objet de répugnance. Moïse cacha sa mort, précisément pour que son peuple ne fût pas tenté d’idolâtrie à l’égard de son corps.
Nulle part on ne voit dans la Bible les Israélites conserver quelque chose d’un cadavre ou même un objet lui ayant ap partenu.Les apôtres n'ont même pas songé à conserver le bois de la croix ni à racheter la tunique du Sei gneur. Les Actes des Apôtres et les Êpîtres sont muets sur tous les souvenirs de la Passion, et c’est assez pour nous montrer que l’idée des reliques n’existait pas encore. D’ailleurs, le Christ était ressuscité... A
LE SAINT SUAIRE DE TURIN 21 quoi bon s’occuper de ce qui était à la mort,puisqu’il vivait I L’Alleluza supprimait les regrets et les souve— nirs matériels de la vie et de la mort.
Comment donc s’imaginer que les linges qui ser virent à l’ensevelissement du Christ ont pu être pris et conservé par un inconnu, un indifférent, qu’ils ont été conservés de père en fils, malgré les guerres, les incendies, la ruine de Jérusalem, et qu’ils ont pu apparaître treize siècles plus tard, en France, sans qu’on n’ait jamais su rien de leur histoire pendant treize siècles ?
Si l’on nous apportait aujourd’hui l’épée de Phara mond, de quel sourire ne l’accueillerions-nous pas? Et quelles preuves ne nous faudrait-il pas pour y croire P Il faut donc renoncer à l’histoire pour affirmer l’au thenticité du saint suaire de Turin, car ce qu’elle en dit prouverait le contraire.
Il nous reste à examiner la thèse de M. Paul Vignon, thèse très séduisante à première vue, et qui peut se résumer ainsi : Le corps des suppliciés dégage pendantl’agonie une sueur spéciale, très chargée d’urée, et de cette urée se dégagent des vapeurs ammoniacales qui oxydent l‘aloès mélangé d’huile et le noircissent d’autant plus qu’elles sont plus proches, d’autant moins qu’elles sont plus éloignées.
Si les aromates avaient été ver sés sur le corps du Christ, nous n‘aurions rien, parce que l’huile aurait arrêté ces vapeurs ammoniacales, et que la toile du linceul, sans préparation, n’aurait rien donné. Il est donc nécessaire que les 100 livres d’aro—
22 L’INITIATION mates, myrrhe et aloès (saint Jean), apportées par Nicodème, aient été versées sur le linceul avantqu’il ait reçu le corps du Christ ; et sur ce point l’Èvam gile de saint Jean est muet; il dit simplement que le corps du Christ fut enseveli avec les aromates, « selon la coutume des Juifs ». Acceperunt ergo corpus Jestt et ligaverunt illud cum aromatis, sicut mos est Ju— dæis sepelz‘re.
Ce texte est très important : il montre d’abord que le Christ a été enseveli selon la coutume des Juifs, qui supp05e le lavage du corps. Le mot [1' gaverunt nous fait voir que, si le linceul n’a pas été entouré de bandelettes, il a été au moins enroulé au tour du corps, tandis que les expériences de M. Vignon supposent un linceul délicatement étenduet tirésur le corps,sans le moindre froissement ni enroulement.
Si tout a eu lieu, comme le veulent les expériences de M. Vignon, le résultat s’explique: les parties du corps qui touchaient le linceul,sont venues en noir, par l’oxydation de l’aloês, et les parties plus éloignées de la toile sont restées en demi-teinte ou en blanc, Ce qui constitue un cliché négatif. Voilà qui a frappé tous les esprits.
Mais pour que cette théorie soit applicable au linceul du Christ, il faut que le corps n’ait pas été lavé, parce qu’alors il ne serait pas resté de sang caillé, que les aromates aient été versés sur le linceul et non sur le Corps, ce qui est contraire aux usages juifs, et qu’en-fin le linceul ait été tendu sans un pli sur‘la face antérieure du corps, et n’ait pas touché les côtés, ni les Côtés des bras, ni les côtés du corps. ni les côtés des jambes, niles côtés de la tête, ni le haut du crâne l
LE SAINT SUAIRE DE TURIN 23 Le voilà le miracle : c’est que l’image se soit pro— duite exactement, comme un peintre aurait pu le faire, des seules faces antérieure et postérieure. Le contact des côtés n’a rien produit, et les deux têtes, — figure et crâne, —-— sont nettement détachées, ce qui à la ri gueur pourrait s’expliquer par un pli du linceul qui ne serrait pas le haut de la tête de très près.
Mais les côtés de la tête, des bras, des jambes ?... Aucune trace ! Et pourtant le linceul n’était pas sus pendu au—dessus du corps; il le touchait. il l’entourait, au moins dans le tombeau,et il ne pouvait pas n‘y pas faire de plis. _ Les vapeurs ammoniacales l... Ici un nouveau doute surgit dans notre pensée. Le Christ était mort à'trois heures de l’après—midi. Joseph d’Arimathie était allé demander son corps à Pilate. Il l’avait obtenu.
Il avait montré son autorisation aux gardes du Calvaire, et il avait procédé à la descente de la croix, soit qu'on ait arraché les clous sur la croix et descendu le corps, soit qu’on ait d‘abord descendu la croix, ce qui est plus probable. En route, Joseph d’Arimathie a acheté un linceul, sind0hem,et N icodè me a apporté cent livres d’aromates.
Tout cela a pris du temps, et le lendemain était jour de sabbat, où il était défendu de se livrer à un travail quelconque. L’ensevelissement a dû par conséquent avoir lieu la nuit,à la hâte,avant le lever du jour,et cequileprouve, ’ c’est le texte de saint Luc, chapitre xxm. 53. — Et deposilum involvit sindone, et posait eum in monumento exciso. ' 54. — Et dies eratparasceves, et sabbatum illuces
24 L‘lNITIATION cebat. « Le jour commençait à poindre. » Il fallait se hâter pour n’être pas vu se livrant à un ensevelisse— ment le jour du sabbat. Or, le jour vient, à Pâques, vers six heures du matin ; c’est l’équinoxe. On avait donc passé la nuità obtenir la descente de croix et à faire l’ensevelissement; et il y avait plus de douze heures que le Christ était mort quand il fut enseveli et porté dans le tombeau.
On peutdonc sedemander silecorpsabsolumentfroid a continué à donner des vapeurs ammoniacales qui sont le produit de la transpiration spéciale des sup pliciés agonisants. Cela est possible, nous l’ignorons, mais, si cela est possible,il sera facile de reconstituer l’expérience avec un cadavre des hôpitaux, le cadavre d’un homme mort d’une maladie pouvant donner cette transpiration spéciale.
Où nous sommes d'accord avec M. Vignon, c’est lorsqu’il distingue entre le suaire et le linceul. Nous disons à tort « le saint suaire »; c’est « le saint lin ceul» qu’il faudrait dire, et les Italiens disent avec raison la santa sindone. M. Vignon en a fait le mot sindon; contentons-nous du mot linceul.
L’Évangile de saint Jean que M. Vignon a choisi de préférence, parce qu’il est le seul à parler de l’en sevelissement avec des aromates, fait très nettement la distinction entre le linceul et le suaire lorsque Si mon Pierre accourt avec l’apôtre Jean au tombeau et le voit vide : et vidit Iinteamina posita, « les linges mis de côté ». xx, 7. Et sudarium quod fueral super capa! ejus, non cum linteamz‘m‘bus positum, sed sepa ratim involulum in unum locum.
LE SAINT SUAIRE DE TURIN 25 Et il vit aussi « le suaire qui avait été sur sa tête, et qui n’était pas posé avec les linges, mais rouléà part dans un autre endroit ». Le mot latin sudarz‘um nous montre assez qu’il s’a git d’un linge destiné à éponger la transpiration, mouchoir ou serviette, plutôt serviette que mouchoir, car on ne roule pas un mouchoir, mais un linge assez volumineux pour cela.
A quoi avait servi ce linge que M. Vignon semble oublier dans ses expériences P Il avait très probable ment été employé à envelopper la tête du Christ, comme la partie la plus noble du corps,celle qu’ilfal lait le plus préserver, comme aussi pour soutenir le menton.
Admettons qu’il n’ait été que posé sur la figure du Christ; le problème reste le même : com ment les vapeurs ammoniacales ont-elles traversé ce linge pour aller impressionner le linceul qui était par dessus le suaire P On ne saurait supposer que le suaire avait été posé sur le linceul ; il aurait été complète ment inutile.
A cela M.Vignon répond que linteamina ce doit être les bandelettes, que par sudarium i faut entendre, cette fois, le linceul tout entier, et que caput signifie tout le corps en cette circonstance. On avouera que c’est là un chef—d’œuvre de traduction libre.
Mais voici l’expérience de M. Vignon : il a fait cou 1er de l’eau ammoniacale sur une main de plâtre recouverte d’un gant de peau de Suède, et ayant enve— loppé le gant d’un linge enduit d’une mixture d’huile et d’aloès, il a constaté que les vapeurs ammoniacales avaient traversé le gant et avaient assez impressionné
26 L’lNll'lATION l’aloès pour montrer en négatif sur le linge le dessin de la main. Voilà qui est probant, et cependant ces vapeurs, si elles existaient sur le corps du Christ plus de douze heures après sa mort, auraient dû agir moins facile ment à travers le suaire qu’au contact direct du corps avec le linceul. La figure devraît être plus estompée, plus« flou », et c‘est le contraire que nous voyons.
On distingue tout dans la tête, même la prunelle des yeux. Les yeux transpirent-ils donc ? M. Vignon voit un œil fermé et l'autre ouvert Nous voyons les deux yeux ouverts, ce qui semble plus rationnel, mais nous voulons concéder qu’il n’y en ait qu'un d‘ouvert, cela suffit pour le point d’in terrogation.
M. Vignon distingue des gouttes de sang qui ont fait des taches noires : mais le sang caillé dégage donc aussi des vapeurs ammoniacales, et les cheveux aussi et la barbe 2‘... C’est\à la science de répondre, car nous ne pouvons qu’interroger. Enfin, il paraît bien difficile que Joseph et Nico dème aient répandu leurs aromates sur unlinceul qui a 4‘“,ro de longueur, au lieu d’en oindre le corps, « selon la coutume des Juifs ». En veut-on la preuve?
Saint Mathieu ne fait pas mention des aromates; il se borne à dire que Joseph enveloppa le corps dans un linceul propre et neuf, in sindone manda. Saint Marc nous montre les saintes femmes achetant des aromates et revenant au tombeau le lendemain matin du sabbat, ut renientes ungerent Jesum, « pour oin—
LE SAINT SUAIRE DE TURIN 27 cire Jésus ». On plaçait donc les aromates sur le corps et non sur le linceul. Cela est conforme, d’ailleurs, à la tradition juive. Dès lors, la théorie de M. Vignon sur le linceul—cliché semble bien compromise. Une chose encore nous étonne profondément lors que nous considérons cette image du Christ, c’est que le corps est absolument nu. ' Le Christ était-il nu sur la croix?Cela est possible.
S’il avait, comme le veut la tradition, uniinge en roulé autour des hanches, qu’est devenu ce linge P Joseph et Nicodème avaient assez le respect du Maître pour ne pas enlever ce perigoma, et s’ils l’a— vaient laissé, il figurerait dans l’image au moins par une tache moins sombre. S’ils l’ont enlevé, c’est qu’ils ont lavé le corps; mais rien ne prouve que le Christ n’ait pas été nu sur la croix.
Enfin, comment Ce mort est-il enseveli, selon la coutume du moyen âge chrétien, les mains rejointes en avant pour cacher en partie la nudité, tandis que les Juifs ensevelissaient et ensevelissent encore en plaçant les bras du mort le long de son corps. Les Juifs ensevelissent leurs morts avec le taleth sur la tête et sous le linceul. On sait que le talet/z est ce long châle blanc à longues franges symboliques, qu'ils portent à la synagogue.
Peut-être était-ce un taleth de cette sorte que Joseph et Nicodème aVaient placé sur la tête du Christ, ce qui est devenu le suda rt'um en latin, par analogie avec les serviettes dont on se servait pour s’éponger aux étuves romai— nes.
28 L’INITIATION Quantà la tête du Christ, telle que nous la mon trent les épreuves photographiques du suaire, elle ne peut nous montrer que la majesté de la.mort. C’est, hélas i une majesté fatale, inhérente au calme, à l’im mobilité de la mort. Le nez est d’une longueur démesurée comme toute la figure ; il semble arqué et plongeant comme le veut le type sémite, mais il n’est pas charnu et pen dant comme celui de la race dégénérée.
La mousta che est très forte et semble coquettement repliée du bout, sur certaines épreuves, ce qui est inadmissible pour un supplicié, et pour le Christ particulièrement. La bouche est amère, la lèvre inférieure débordante et un peu déjetée de côté, ce qui pourrait fort bien s’expliquer par le fait que le Christ expira en laissant tomber sa tête sur sa poitrine. Rien de tout cela ne peut soulever d’objections.
Enfin, les plaies sont exactes: celle du côté est pla cée à droite sur le linceul, puisque, réfléchissant l’i mage comme un miroir, il a reproduit à droite ce qui était à gauche. La trace du clou est bien sur le poi gnet et non dans la main, comme l’ont imaginé à tort les artistes, car les mains n’auraient pas donné une résistance suffisante pour soutenir le corps; elles se seraient déchirées jusqu’aux doigts.
Ily a des choses vraiment impressionnantes dans cette image, nous ne le contestons pas, nous l’affir mons, de même que nous y trouvons des invraisem blances capitales. Et c’est précisément le fait qu’au cun artiste n’aurait pu peindre un cadavre avec tant de savoir et d’ignorance à la fois, qui nous fait nous
LE SAINT SUAIRE DE TURIN 29 demander si nous ne nous trouvons pas en présence d’un saint suaire truqué à l’aide d‘un cadavre, par d’habiles fabricants de reliques. Les Juifs eux—mê— mes ont été marchands de reliques chrétiennes. M. Vignon répond à cette objection ; il nie la pos sibilité du trucage, et cependant il nous en fournit lui même la possibilité par ses expériences.
Il est bien évident qu’on n’a pas pu imiter les plaies du Christ sur un cadavre, parce que les plaies faites à un cada vre ne saignent pas, mais qui a pu empêcher les frau— deurs de jeter du sang frais, fût-ce du sang d’animal, sur les plaies faites à ce cadavre, surle front aussi, et de donner une vraisemblance au type de Jésus en choisissant un cadavre d’lsraélite portant les cheveux longs et la barbe, ce qui était leur coutume au moyen âge, comme ce l’est encore en Russie.
La flagellation du dos, dont M. Vignon fait état tout particulière ment, et qui en effet est très visible, a pu être imitée tout aussi bien. ICi M. Vignon interviendra pour nous demander comment on aura obtenu l’image sur le linceul, sans la transpiration pathologique dont il nous a parlé.
On l’aura obtenue par un procédé certainement moins raisonné et moins savant, par un procédé sorti d'une recette quelconque, mais analogue à celui dont s'est servi M. Vignon pour obtenir l’image d’une main en plâtre. Ce n’est pas à nous de donner la re— cette, quand nous reconnaissons un habile trucage. Mais M. Vignon l’a peut-être découverte/avec l’eau ammoniacale ou quelque chose d’approchant qu’on aura jeté sur un cadavre.
30 L'INITIATION M. Vignon n‘a essayé que sur une main en plâtre. Pourquoi n’a-t-il pas essayé sur un cadavre, puisque « toute agonie d’un malade atteint de forte fièvre se rait caractérisée par l'émission d’une sueur visqueuse, très riche en urée » P Il n‘est donc pas besoin d'aller chercher un suppli— cié en Chine; l’expérience se peut faire à Paris, dans les hôpitaux.
M. Vignon craint que les linges du mort aient gardé sa transpiration ; mais cela est in différent si la transpiration continue douze heures et trente heures après la mort. Il faudra mettre le cadavre dans un linceul, douze heures après la mort, et le placer pendant vingt-qua— tre heures dans un cercueil pour nous donner l’équi valent du tombeau.
Et alors, si l’expérience de M. Vignon est théori quement juste, nous aurons le tour du corps repro duit, c’est-à—dire une chose indistincte, sans profil, sans commencement ni fin.
Et si l'on supprime le cercueil et qu'on tende soi— gneusement le linceul sur le corps et qu’on obtienne un effet semblable au suaire de Turin, il sera démon tré par le fait que le trucage était possible et qu’il ne l’était que dans des conditions de pose qui étaient incompatibles avec l’ensevelissement du Christ. Alors on obtiendra le suaire de Turin ; une image sans côté, sans bavure, sans accident, une image pu« rement faciale et dorsale.
Encore faudra-t-il y ajouter habilement le dessin des yeux, et peut-être d’autres détails, dont les tru— queurs auront en facilement le moyen, comme d’au
LE SAINT SUAIRE DE 'I“URIN 31 très ont aujourd’hui l’art d’imiter les choses ancien— nes, même les plus naïves ou les plus compli quées. Or, ce suaire de Turin est naïf, puisqu’il ne nous montre que ces images faciale et dorsale, exactement découpées, et il ne nous reste que la supposition du miracle qui est hors de notre compétence, ou celle du trucage dont M. Vignon nous a fourni lui-même une recette.
N’est—ce pas enfin une cause de légitime suspicion, que le soin jaloux avec lequel le saint suaire de Tu rin est soustrait à toute étude scientifique, à toute analyse, et même à la vue des curieux, si ce n’est à de longs intervalles, et dans des conditions de solen— nité qui excluent toute étude minutieuse. Nous demandons, noüs aussi, sans rien nier ni affirmer, un po’ più di lace.
Et, après tout, qu’importent les traits du Christ, la coupe de sa barbe, la mesure de son corps ! Il ne te nait à nous léguer que ce pour quoi il était venu : sa doctrine. Et elle Vit, cette doctrine de douceur, de charité, d’amour, de courage dans les épreuves, et d’espoir vers l’au-delà.
Elle vit, et c’est, — ainsi que le disait M. Jaurès, -— « la vieille chanson qui berce l’humanité depuis tant de siècles », et sans laquelle il n’est que haine et colère. Et nous terminerons en demandant s’il est des por— traits nécessaires à nous montrer, quand l’idéal nous suffit. LOUIS DE MEURVILLE. (Le Correspondant.)
Le Mont Pelée Douloureusement, le désastre de la Martinique est venu jeter le deuil dans le monde, faisant, en quelques minutes, plus de victimes qu’une longue guerre. Ceux qui croient que la période active de l’inté rieur de la terre est terminée ont été trompés. Le vieux colosse respire, mange, vomit ou, mieux, expectore à intervalles réguliers. Certains assimilent la terre à un être vivant, doué d'un esprit.
Ils sont dans le vrai ; elle vit, elle évolue, elle absorbe, elle digère, elle s’ébroue, même parfois trop violemment, et alors fait perdre à jamais les étriers à une foule de chétifs humains. Jamais on n’avait tant parlé du mont Pelée: cer tains mettent Pelé, Pélé. Ce cratère meurtrier a, depuis quelque temps, le triste honneur de la presse funèbre. Que veut dire Pelé?
J’ai interrogé des personnes originaires de la Martinique qui n’ont pu me donner d‘explications suffisantes. Les nègres, pour lesquels le P est difficile à prononcer, disent Felé et traînent sur I’e’ final ;c’est peut-être pour cela que, parfois: on met
[JUILLET 1902] LE MONT PELEE 33 deux eà ce mot, à moins que mont ne soit l’abrévia tion de montagne (Montagne Pelée). Apremière vue, Pelé appelle l’idée de chauve, de dénudé. Nous allons voir qu’il ne faut pas s’arrêter à cette étymologie et que ce mot peut servir à de curieux rapprochements.
La montagne Pelée n’est pas pelée, —— mais très boisée et Onésime Reclus, dans sa géographie Nos Colonies a écrit: « Le plus élevé de tous, la Montagne Pelée, se plisse en ravines innombrables..... A l’inverse de son nom, la montagne Pelée est uniformément sylvestre j usqu‘à 1.000 mètres environ;de là jusqu’àla cime 130 mètres, la forêt décroît, l’arbre diminue et devient arbuste comme au milieu des herbes de la haute savane».
Il faut donc chercher une autre origine du nom.
D’abord consultons la mythologie et nous voyons que « Pelée (1) était le père d’Achille et le fils du célè bre Éaque, roi d’Égine, et de la nymphe Endéis, fille de Chiron: ayant été condamné à un exil perpé tuel avec son frère Télamon, pour avoir tué leur frère Phocus, quoique par mégarde, il alla chercher une retraite à Phinte en Thessalie, où il épousa Antig0ne, fille du roi Eurytion, qui lui donna en dot la troisième partie de son royaume.
Pelée, invité à la fameuse chasse de Calydon, y alla avec son beau-frère, qu’il eut le malheur de tuer, en lançant son javelot contre un sanglier; autre meurtre invo lontaire qui l’obligea encore à s’exiler. Il se rendit à (I) Dict. de la Fable, par Noël, 1803. 4
34 L’lNITIATION Iolchos, auprès du roi Acaste, qui lui fit la cérémonie de l’expiation. Mais une nouvelle aventure vint encore troubler son repos en cette cour. Il inspira de l’amour à la reine qui, le trouvant insensible, l'accusa auprès d’Acaste d’avoir voulu la séduire. Acaste le fit con duire sur le mont Pélion, lié et garrotté, et ordonna qu‘on l’y laissât exposé à la merci des bêtes.
Pelée trouva le moyen de rompre ses chaînes; et, avec le secours de quelques amis, Jason, Castor et Pollux. il rentra de force dans Iolchos, et y tua la reine. La fable dit que Jupiter,son grand-père, l’avait fait délier par Pluton qui lui donna une épée avec laquelle il se vengea de la malice et de la cruauté de cette femme « Pelée épousa en secondes noces Thétis, soeur du roi de Scyros, dont il eut Achille.
Il envoya son fils et son petit-fils, à la tête des Myrmidons, au siège de Troie. Il voua, dit Ho‘mère, au fleuve Sperchius la chevelure d’Achille, s’il revenait heureusement en sa patrie................
« Thétis vient le consoler, et lui promet la divi nité: pour cela, elle lui ordonne de se retirer dans une grotte des îles Fortunées, où il reverra Achille déifié, lui promettant que là elle viendra le prendre, accompagnée des cinquante Néréides, pour l’enlever comme son époux dans le palais de Nérée en lui don nant la qualité de demi—dieu.
« Les habitants de Pella, en Macédoine, oflraient des sacrifices à Pelée; on lui immolait même, tous les ans, une victime humaine. » Il est fort probable que ce n’est pas enl’honneurdu père d’Achille que le mont de la Martinique a reçu
LE MONT PELÉE 35 '-wx.-ŸT:- \ - son nom. Néanmoins, la migration des légendes est chose courante dans le globe. Nous n’avons pour le moment à retenir: que ce sont des récits de faits qui se sont passés dans des îles. Que Pelée a été attaché sur une montagne. Qu’il attache une grande valeur à une chevelure. Qu’il devient demi— dieu après de nombreux combats, grâce à une déesse de la Mer, et qu’on lui offre des sacrifices sanglants.
Des archipels méditerranéens, passons aux archi— pels océaniens. - Dans « la Mythologie du Monde Minéral », pa André Lefèvre 1889 (1), nous remarquons: « Il est un volcan aux îles Sandwich, qui a engen dré toute une mythologie. Cinq déesses l’habitent, la farouche Pelée : Ma-Koré—W’awai-Waa aux yeux étin— celants ; Moï-ta—pori—a-Pélé, celle qui baise le sein de Pélé ; Tabonena-ena, la montagne enflammée; enfin Opio, la plus jeune des sœurs.
Pélé est la grande divi mité nationale; on raconte sa lutte furieuse avec un effroyable monstre ou dieu—cochon, Tama—Poucea, sa course dévastatrice lorsqu’elle faillit atteindre de sa langue de feu le héros Kahavari, enfin, le secours qu’elle apporta au roi Taméhaméa, le Napoléon hawaïen, dans une bataille décisive. » _ Dans l’ouvrage: « Les Races et les Langues », du même auteur (2), il nous parle de la poésie.polyné sienne, si fortement imprégnée de la croyance aux revenants, de l’assurance de l’immortalité de l‘âme et d’une seconde vie. (1) Extrait de la Rente des traditions populaires, 1889. (2) Bibi. soient. intern., 1893. L,,,, .
36 L’INITIATXON Un fragment de cette littérature dépeint une érup tion volcanique: « Le précipice a été longtemps em brasé. La terre de Touha—Ehon était solitaire. L’oi seau se perchait sur les rocs d’0hara—hara. Durant huit nuits, durant huitjours, ceux qui cultivent furent hors d’haleine, regardant avec inquiétude autour d’eux. Par le vent, par la tempête, chargée de pluie, la poussière a été poussée vers Hoina.
Les prunelles étaient rougies par cette poussière; ô Tawaï, Tawaï, chérie sois—tu, terre au milieu de la mer, qui repose paisiblement au sein des ondes et tourne ton visage aux vents agréables! Le vent avait rougi la pru nelle des hommes à la peau parsemée de tatouages; le sable de Taou est à Poha Touha; la lave à Ohia Ota-Lani. Par mer était la route pour arriver aux rivages de Taïmaci. A l‘intérieur, le sentier des montagnes était caché.
« Kirau-Ea était caché par la tempête. Pelé réside à Kirau-Ea, dans le gouffre, et toujours se nourrit de flammes. » Nous voici fixés sur la terrible et redoutée déesse Pelée de la Polynésie.
A,la Martinique, le mont Pelée était aussi craint et, tout en n’étant pas sur la terre classique du Vau doux (qui a sévi surtout dans les grandes Antilles), les adeptes de la magie noire, les sorciers noirs de l’île furent plusieurs fois accusés d’avoir provoqué des tremblements de terre et des éruptions volcaniques, dans les temps passés, grâce à leurs sortilèges accom— plis dans des assemblées nocturnes qui eurent lieu près du cratère. La Martinique, comme les autres îles des Antilles,
LE MONT PELÉE 37 est peuplée par des blancs originaires d’Europe (I) et des noirs transportés d’Afrique; du mélange de ces deux races sont issus les mulâtres. Mais, avant sa conquête, l’île était peuplée par les Caraïbes rouges, qui, eux—mêmes, en des temps très reculés, avaient détruit les autochtones Ignéris. Si le Caraïbe a disparu, il a légué une partie de ses superstitions et de ses croyances aux nègres et aux mulâtres qui lui ont succédé.
Ici se place un grand point d’interrogation. Com ment ce mot —— Pelée — qui s’applique si bien à un cratère en activité, ou mieux au terrible génie de la montagne de feu, se rencontre-HI sur des points du globe fort éloignés les uns des autres ? Des îles Sandwich à la Martinique il y a 100 degrés comptés sur le même parallèle et à 20 degrés de l’Équa teur.
C’est plus du quart de la circonférence terrestre, et de plus, entre l’archipel océanien et l’archipel des Antilles noyés chacun dans leur océan respectif, s‘élève la grande barrière de l’Amérique centrale. Pour que des noms semblables désignent des objets semblables, il faut admettre une racine commune.
Les occultistes qui se sont surtout voués à l’étude de la Tradition n’hésitent pas à frapper à toutes les portes, cherchant partout à redonner un peu de vie aux vestiges endormis. L’homme n’est pas né d’hier. M. de Mortillet, dans la « Formation de la Nation française » (1900) fait remonter son origine à 230.000 ou 240.000 ans! et (I) De France, surtout pour la Martinique. . ....I . ,.....a-_....
38 L‘INITIATION cela en se basant sur les données certaines de la période glaciaire. Rodier, dans « l’Antiquité de la Race humaine » (I 864), en s’appuyant sur des documents astronomi ques égyptiens, hindous, chaldéens, remontejusqu’à 20.000 ans en arrière (période historique).
Enfin, en contemplant les monuments, actuelle ment exposés et provenant des fouilles de Suse, fai tes par M. de Morgan, et ayant une authenticité d’an cienneté d’au moins 6.000 ans, on en déduit que, pour arriver à produire des objets aussi parfaits, même parmi les plus anciens, et à avoir une écriture qui permettait de fixer les idées et les calculs, d’innom brables générations avaient déjà dû se succéder sur le globe avant d‘espérer la réalisation de ces antiques essais.
Le cataclysme de la Martiniquevient à point pour nous révéler ce qu’ont pu être les révolutions du globe, car il est admis par les géologues que les chw gements successifs survenus à la surface du globe ont eu pour cause, aussi bien les transformations très longues et continues pendant des milliers d’années que les convulsions terribles, instantanées. Les phé nomènes volcaniques sont de cette dernière caté gorie. D’où vient l’homme ?
Où a-t-il fait sa première ap parition ?Les races de colorations différentes sont elles d’origine commune ou le résultat de succes sions? ' / Voilà autant de questions non résolues et sur les, quelles les avis sont très partagés.
LE MONT PELEE _ 39 La tradition occulte opine pourles quatre races (I) «et place le berceau de l’humanité dans des continents disparus : l’Atlantide et la Lémurie. Le célèbre docteur allemand Haekel est aussi de cet avis et place la Lémurie entre Madagascar, Ceylan et les îles de la Sonde, ces îles en étant des de bris.
De cette Lémurie, auraient émigré sur l’Afrique, l’Asie, l’Australie, les premières colonies des peuples --et plus tard les restes des populations lémuriennes, à mesure que leur patrie s’enfonçait sous les flots. L’Amérique fut peuplée par les terres du Nord, unies à celles de l’Asie et peut—être grâce à l’Atlan 'tld6, qui formait comme un trait d’union entre l’0uest Africain et l’Amérique Centrale.
La grande ligne des volcans qui s’étend par les An— tilles, l’isthme américain, les îles dela Sonde,la Poly nésie, est formée par les cratères qui subsistèrent aux continents disparus ou par ceux de formation posté rieure à ces disparitions. Certains cratères sont brusquement sortis du sein des mers, ont fixé une première assise de madrépores qui elle—même s'est recouverte de terres végétales. Mais revenons à notre mont Pelée.
Dans une suite d‘ouvrages fort documentés, le gé néral Frey a presque démontré, en se basant sur la similitude des langues, comme quoi les Annamites, les Peulhs, les Fellahs, les Berbères, même les Gau lois devaient avoir une origine commune. (I) Il ne faut pas prendre à la lettre quatre races mais plu ?.ôt quatre époques. I
.-.\ . ....... i-'_‘ , Ë Ë” 40 L’iNITIATION D’autre part, la ressemblance entre certains idiomes de I’Inde, de Madagascar, de la Malaisie aété établie. Des caractères ethniques ont aussi été reconnus entre ces différentes races, mais il serait trop long ici d’entrer dans le détail et je me contente seulement de citer ce qui est utile à mon sujet. Le -— en langage Peulh (r), —- veut dire le Vénéré, chose ou être fétiche, Lemurie vient de Lémur.
En annamite, lemur signifie : mu (femme), appellatif des vieilles ; et le, adorée, ou de poisson-femme-ado rée, qui n'est autre que le Lamantin (sirène). Remarquons en passant que plusieurs points géo graphiques de la Martinique se rapportent à cet ani mal aquatique. — Cohé du Lamantin, Bourg du Lamantin. Dans beaucoup de dialectes, le p et les mots formés avec cette lettre se changent en f ou ph.
Aussi pour l’analogie faut-il chercher en remplacement de pé la consonance fé ou phé (le nègre dit Félé). Ainsi le mot peul (flûte de berger) se retrouve dans Peulh, qui se change en Fellah. Mais Peulh vient aussi de Velu (sur la poitrine et aux jambes).
L’étude des racines de plusieurs langues dérivées nous apprend que le vocable — pa — répond à l’idée de trou, —- orifice, — embouchure, —— (cratère P), —— il change aussi en phan (fendre), pha (coupure). Les mots femme, pharynx, fenêtre, fente, fêlure, fata (fée), fosse, etc., dérivent probablement des radicaux (1) Et dans/d‘autres dialectes fort divers.
LE MONT PELÉE 41 pha, pho, phe, qui ont tous trois une signification analogue à celle du mot pha ou pa. Or, n’oublions pas que —— phé — remplace dans la prononciation altérée Pé. — Je pourrais encore citer d’autres racines, mais préfère m’en tenir là. Nous avons donc en résumant: Pé (phé), qui signi fie trou (cratère), orifice -——et Lé, qui a une significa« tion de vénéré, adoré.
C’est le cratère adoré, en traduction libre Pelée est le génie redouté de la montagne au cratère. Cette déduction est curieuse, car les racines de l’ensemble des idiomes africains, polynésiens, anna— mites et autres, vestiges probables d’une langue pri mitive, donnent exactement comme signification celle de l’objet visé : le trou adoré.
On peut donc conclure que le mont Pelée de la Martinique aurait été mal nommé si on s’était basé sur son aspect, attendu qu’il est complètement boisé sur ses pentes. Les noms em ployés pour désigner les accidents géo graphiques dans les Antilles françaises sont presque tous d’origine française ; on a fait table rase des noms primitifs.
Néanmoins, certaines anciennes dénomi— nations, soit modifiées, soit traduites, soit conser— vées, parée qu’elles avaient de la ressemblance avec un mot français, ont pu subsister. Le mont Pelée doit être un de ces cas, nous avons suffisamment démontré sa signification de cratère adoré — plutôt redouté —— à juste titre. L'analogue existe en Océanie, Pelée reçoitdes sacri« fices. Même en Grèce, Pelée était un dieu fixé sur un \l
.42 L’INITIATION rocher et que l’on vénérait. (Migration des sym— boles.) Du reste, pour la Martinique, en dehors du mont Pelée, on trouve les pics du mont Gelé et du Car bet. Encore des étymologies à établir. Notons que les trois mots ont la même (ou pres que) désinence (lé).
Gelé ne vient pas de neige, il n’en porte pas. — Mais dans les idiomes de l’Afrique, des mots analo gues ne sont pas rares, témoin le nom du prédéces— seur de Béhanzin, le cruel: Glé — lé. Toujours est-il curieux de constater qu’un courant est parti de la Lémurie et, à travers la mer et se diri geant vers l’est,a répandu sur l’Amérique centrale, et delà dans les Antilles, des colonies humaines avec leurs idiomes et leurs croyances.
A moins que la pé nétration ne se soit faite par voie de terre: Asie,Amé rique du Nord, s’étendant ensuite à I’Amérique Cen trale. Ou bien, la migration s’est faite de la Lémurie en Afrique, jusqu’aux rives de l'Atlantique, et ce n’est que beaucoup plus tard, lorsque les peuples noirs fu rent transportés du Soudan aux Antilles, que certaines croyances s’y sont implantées, rétrogradant ainsi vers l’est après en être venues.
Ce qui trancherait la question serait de savoir com ment en caraïbe le mont Pelée se nommait, mais les documents sur cette époque sont rares. Cependant, d’après cet exposé, les personnes fami liarisées avec les études linguistiques pourront com—
AU PAYS DES ESPRITS pléter cette étude et, à la manière de Vaillant dans les ‘ Rômes, suivre la migration de cette terrible Pelée à travers les régions volcaniques du globe et voir les Ialtérations que son nom subit chez les différents peuples. TIDIANEUQ. Au Pays des Esprits L’ANGE DU MATIN (Suite) Le soleil de l’Hindoustan réhabilite certaines cou— tumes du vieux monde, entre autres le noctambu lisme.
Ce n’est qu’une simple mode pour la haute so ciété européenne, mais, dans l’lnde, cela devient une véritable nécessité, si l’on veut éviter de fondre entiè rement avant que les occupations de la journée soient finies.
Graham et moi, nous nous quittâmes après le dîner de onze heures et le café de minuit et nous nous reti râmes dans les spacieuses chambres que l’on a cou tume, en Europe, d’appeler « chambres à coucher », mais qui, dans ces climats tropicaux,'sont bien plutôt le lieu où l'on peut dormir. Après la conversation rapportée dans le chapitre précédent, je m’assis et méditai sur les étranges in
(. i >‘ "‘ÿ.‘IIÇ[‘r 44 L’INITIATION fluences quele talisman deGraham avait produites sur moi. Je laissai pénétrer en moi le calme merveilleux de la lune mystérieuse éclairant les eaux sacrées du Gange qui baignaient les marches de l’escalier condui sant de ma terrasse aux rives du fleuve.
Je contemplai les minarets aux pointes d'argent, les dômes, les tours et les ornements métalliques des temples, des pagodes et des palais qui, tous, brillaient sous la lumière douce de l’astre des nuits. Les mystères de l’au-delà, de la vie, de la mort, de l‘éternel progrès, de l’éternel sommeil peut—être se présentaient à ma pensée.
Toute chose, sous la douce clarté, se transfigurait, faisait naître en moi des idées nouvelles qui, elles-mêmes, prenaient des formes diverses sous l’influence de son pouvoir calmant. Tout à coup, je sentis une présence non loin de moi; seule la lune éclairait, cette nuit-là, le vaste appartement que j’occupais et venait jeter un brillant halo autour du divan sur lequel j’étais assis. Aucun bruit de pas n’interrompait le silence.
Rien ne projetait d’ombre sur le plancher, et cepen dant quelque chose approchait, longeait les groupes de statues épars çà et là, ondulait près des orangers et autres arbustes des tropiques, qui formaient des arcades de chaque côté de la terrasse; et maintenant, cette chose approchait de moi, pénétrait dans le cercle formé par la lune, passait sans bruit autour du divan et je la percevais enfin debout, immobile entre moi et les piliers de la véranda. La forme était voilée, la tète couverte d’un capu chon. C’était le Byga d’Ellora : Chundra-ud-Deen.
AU PAYS DES ESPRITS ' F... « Mon père vient vers moi », dis—je, me levant pour le recevoir. -« Qu’il soit le bienvenu ». Le Byga, pour la première fois depuis nos longues relations, me tendit la main. Jamais il ne m’avait touché; il avait même évité mon contact, mais je ne m’en étonnai plus, car, en prenant sa main dans les miennes, je la sentis froide comme celle d’un mort, et un frisson parcourut toutes les fibres de mon corps.
« Mon fils est maintenant mon frère », dit le Byga d’une voix lente et douce, avec l’accent tamul, «il est un adepte comme Chundra.
Que pourrait Ud Deen lui dire qu’il ne sache déjà? » « Beaucoup plus, beaucoup plus », m’écriai-je pas sionnément, oubliant, dans mon désir de redevenir un élève, l’immuable réserve et le sang—froid auxquels m’obligeait mon caractère d’adepte. (Qu’il soit bien entendu que la présence inopinée de cet homme ne m’étonnait pas et que je ne me ha— sardai pas à la commenter).
Pendant que je recevais les enseignements de la fraternité d’Ellora, j’avais connu Chundra—Ud-Deen comme un des adeptes. Je crois même qu’il était un des occupants du septième trône. Il allait et venait en esprit. Je l’avais bien des fois visité dans sa maison de la montagne, maisil m’avait toujours été impos— sible de comprendre comment j’arrivais dans ces hauteurs vertigineuses ni comment je les quittais.
Je ne l’avais jamais vu ni touché avant cette nuit là; jamais je n’avais compris qui il était; je savais seulement qu’il se plaçait entre moi et la lumière quand, où et comme il le voulait, rien de plus.
46 L’INITIATION _vçn,}.-... .9“ 'l ’ I 1 l‘A ;L « Que désirez-vous savoir, Louis? » dit-il. Oh l‘ y combien le son de ce nom, que mes Oreilles avaient 5 oublié, retentit doucement dans mon cœur, prononcé J par cet étranger !... Il était interdit à tous les néophytes d‘Ellora, sauf îÎ, les adeptes, de parler entre eux des enseignements jt?' qu’ils recevaient.
Chundra et moi étions exempts de cette défense : j’étais donc libre de le solliciter au sujet de beaucoup de problèmes spiritualistes qui me tourmentaient à ce moment.
Si je n’avais pas su à quel degré de perfection la transmission de pensée se pratiquait entre nous, j’au— . , rais été confondu en m‘apercevant que toutes les ’ questions que je désirais poser étaient résolues d’avance, bien avant même qu’elles ne fussent maté— rialisées en paroles. Dans cette conversation mentale, je jouai volon— tairement le rôle passif, et, pendant un certain temps, il lut en moi et me domina.
Nous aurions pu renverser les rôles, mais il nous était impossible de maintenir en'même temps la même attitude mentale l’un envers l’autre. Comme les questions qui furent traitées dans cette entrevue sont de celles qui intéressent les spiritua listes en 'général, et que mon interlocuteur possédait une autorité réelle en ces matières, je citerai ce qui sera d’un intérêt général pour les lecteurs.
Je demandai d'abord pourquoi les esprits qui m’apu paraissaient ne pouvaient me donner des communi cations d’une plus haute philosophie et me décrire
AU PAYS DES ESPRITS 47 surtout d’une façon plus parfaite leur genre de vie dans l’existence spirituelle. « Vous êtes constamment préoccupé », répondit Chundra, « de venir en aide à cette classe de men-. diants qui souffrent de la faim.
Croyez—vous qu’il soit utile de le faire POn vous prévient souvent qu‘ils ne sont pas dignes devotre sollicitude, mais la pensée qu’un être humain peut subir cette torture vous met hors de vous et ;vous cause un véritable fanatisme d’aumône.
Est-ce exact P » Que mes lecteurs me permettent de rappeler l’ago nie que j’avais soufferte dans ma jeunesse à cause de la faim et qui m’avait laissé tellement sensible sur ce sujet que je me serais livré à n’importe quel acte d’extravagance plutôt que de supporter la vue d’un être humain manquant de nourriture.
Chundra continua: « Que diriez-vous maintenant, si sur cette terre, comme dans la Vie spirituelle, vous vous aperceviez qu’à chaque aumône une fleur a paru dans votre jardin? » « J’essaierais de comprendre le rapport entre mon acte et la fleur », répondis-je. « Vous êtes un brave soldat», continua—HI, « et les hommes sous vos ordres se sont bien conduits sur les champs de bataille.
Eh bien, si je vous disais que pour chaque goutte de sang répandu par vous, ouà cause de vous, une des fleurs engendrées par votre charité se fane et disparaît ». Je tressaillis. « Il y a trois jours, continua—HI, vous aviez des amis à votre table; si vos pensées réelles avaient été connues à ce moment, combien parmivos
48 L’INITIATION t,t“<“ s\ m" * 1 hôtes auraient joui de votre hospitalité? La nuit der nière, vous étiez présent à une réception, qu’auriez vous dit si vous aviez vu, comme vous le verrez dans le monde des esprits, la charmante femme qui vous souriait si gracieusement prendre l’aspect d’un reptile venimeux? et votre hôte changé en tigre féroce? « Regardez autour de vous!
Voyez ces pierres in formes que votre imagination prend pour des dieux de l'antiquité. Pourriez-vous encore les regarder si elles vous présentaient le tableau des crimes, des folies ou des fautes innombrables qu’un souffle invi sible a, pour ainsi dire, imprimé sur elles ? — Seriez-vous heureux de les voir étaler à tous les yeux, comme dans le monde spirituel, tous les actes de votre vie, vos déterminations cachées, vos pensées les plus secrètes?
Il y a quelque temps, vous pensiez à retourner en Europe. Pouvez—vous physiquement comprendre comment une simple impulsion volon taire pourrait vous y conduire en un clin d’œil, sans steamer, sans voitures et sans chevaux?
Êtes-vous capable d'admettre qu’il vous serait possible de res pirer sous de beaux arbres des parfums enivrants, et cependant de parler à un autre être assailli, au même instant, par une terrible tempête, entouré de déserts stériles, d’obscurité profonde? — Vous parlez par énigme, Ch undra, m’écriais-je. —— Et cependant, tout ce que je vous dis, vos amis invisibles l’éprouvent en ce moment, Louis; ils en font l’expérience.
A chacune de leurs bonnes actions, une fleur croît dans leur jardin secret; à chaque acte mauvais, Une fleur s’y flétrit et meurt. Leurs bouquets
AU PAYS DES ESPRITS dépendent en entierde l’élévation morale des convives. Leurs peintures, leurs maisons, leurs villes avec les arbres, les fleurs, les montagnes et les rivières, non seulement dévoilent à tous leurs actes, leurs pensées, leurs paroles, mais sont absolument formés et colorés par les émanations mêmes de leurs âmes. Le pouvoir de la Volonté, l’activité intellectuelle sont leurs m0 teurs.
Ils bâtissent et détruisent, dans des conditions morales et mentales dont aucun mot humain ne peut donner l’idée. Louis, vous avez visité leurs sphères, vous avez vu et senti la vérité de ce queI je vous dis en ce moment, et cependant vous restez confondu, perplexe, incrédule. Vous voulez me demander aussi quel degré de réalité peut avoir l’eXistencéspirituelle, n‘est-il pas vrai?
Vous désirez savoir si les choses n’y sont qu’une apparence, si la vie des esprits n’est qu’une ombre P Eh bien, je vous trouble en essayant de rendre sensibles quelques-unes des conditions de la vie astrale, vous doutez de la réalité des choses même dans un état d’être plus élevé; comment vos amis, délivrés de leur corps, pourraient-ils converser d'une matière intelligente avec vous, vous parler d’autre chose que de la terre qu’ils viennent de quitter?
Ne voyez-vous pas qu’il n’existe aucun terrain commun entre les esprits et les hommes ? Rien ne serait com préhensible pour vous dans leur existence qui, du reste, a perdu tout intérêt pour eux. L’homme ne sait que ce qu’il a expérimenté, bien qu‘il puisse croire beaucoup plus qu’il ne sait, mais, alors même, il ne peut apprécier ce qui n’a pas de connexion avec ce qu’il a conçu par des connaissances analogues. En ’,» 4
:«.._'., 50 L’INITIATION ce qui concerne le monde spirituel, demander à un de vos amis de vous expliquer les conditions de vie, les occupations, les aspirations de cet état d‘être qu’il a atteint, équivaudrait à parler de télégraphie, de mi croscope ou de télescope à un sauvage africain. — Quel est donc alors le but de ce mouvement spi rituel qui se fait sentir en ce moment, Chundra P — L’humanité doit progresser, aller de l’avant.
Il a été ordonné que le monde arrive enfin à une concep tion réelle de l'existence astrale, et que les fictions des vaines croyances théologiques disparaissent à jamais. La science physique a conduit notre race au seuil de la vraie science, Louis, vous savez que dans cette génération le sixième sceau doit s’ouvrir. Il y en a encore un autre qui doit être brisé. Soyez patient; Dieu peut attendre.
Que ses créatures l’imitent! — Les médiums sur lesquels John Dudley a écrit de si merveilleuses choses disent être inspirés par les grands esprits de la terre. Ils affirment que leurs récits sont exacts et décrivent ce que nous croyons impossible à dire en notre langage humain. —— Ce sont des sensitifs, Louis ; magnétisés par des esprits, ils donnent les enseignements que le monde est apte à recevoir.
Imaginez le problème le plus abstrait d'Euclide, réduit à la compréhension d’en fants. Eh bien, les descriptions du pays des invisibles, qui nous parviennent par les lèvres des somnambules, sont également mises à notre portée. Quant aux grands noms, tant que l’humanité dépendra de leur autorité, on les entendra dans les séances, car les médiums sont peut-être encore plus influencés par I .\.J,.' .,_-.__,,___v , . . vv-:,‘Ï.‘L.s,»j.u a“... '.}*1 ». .. .-,.,(.“f. .\ _ ç..w.ga,.._ x., «w .15; ,.l'
AU PAYS pas ESPRITS 541 ’les auditeurs que par les esprits. Ceux-ci ne tra— vaillent qu’à nous donner les seuls mets que nous réclamons. , — Tout cela est indigne d'un grand mouvement religieux, Chundra. — Il FAUT que le monde progresse, Louis, et le spiritualisme est le seul moyen qui puisse le faire avancer. Vous inquiétez—vous de quelle façon votre pain est fait? Si vous le saviez, vous n’en mangeriez peut—être plus.
Et pourtant, c’est par lui que vous êtes nourri et que vous évoluez physiquement; Ne vous occupez donc pas trop des détails. Le mouve— ment spiritualiste moderne n’est que le reflet chao tique de l’ignorance et de la crédulité. C’est cependant le premier pas vers la rupture des sceaux, vers ce temps apocalyptique qui vient à nous.
Ces débuts sont plus importants que les efforts prochains; l’homme s’avancera de plus en plus vers les royaumes divins, les élémentals se rapprocheront de l‘huma nité, toute la création montera d’un degré dans l’échelle de la vie. Tout dépendra donc du premier mouvement, qui vient rompre le vieil ordre des choses et inaugurer le nouveau. Soyez patient.
Je restai silencieux, puis, heureux de soumettre mes pensées à quelqu’un qui pouvait me comprendre, je m’adressai de nouveau au Byga. — Chundra, lui dis—je, j’ai visité, le mois dernier, un village tourmenté par un bhuta (I). Une vieille femme qui, accusée d’avoir envoûté un enfant, avait (1) L’esprit d'un homme pervers ou animé d’une volonté mauvaise.
5 2 L'INITIATION été assaillie et tuée par des Bheels. On supposait que les troubles étaient causés par son esprit, car, aussitôt après la mort de cette sorcière, les enfants des assas sins furent battus par des mains invisibles et eurent beaucoup à souffrir de pouvoirs occultes. Leurs bes tiaux et leurs maisons furent ravagés et leurs vête ments déchirés.
Des cris perçants, des mugissements, des coups, remplirent leurs habitations et les ren dirent à moitié fous. Ces pauvres paysans avaient fidèlement accompli toutes les cérémonies d’exor— cismes qu’ils croyaient nécessaires, mais sans résultat.
Au moment où j’arrivai dans ce village, le chef de la communauté était au désespoir et les Brahmanes qu’ilavait loués, pour venir à son aide, avaient été envoyés à la recherche de religieux encore plus puis sants. Ma clairvoyance me permit de voir le bhuta et il me fut permis de me rendre dans son plan, à l’état d’esprit, de partager un moment sa captivité spiri tuelle.
Je la trouvai parmi des élémentals pernicieux, qui appartiennent aux bas-fonds terrestres. Elle ne faisait aucune différence entre eux et les multitudes d’esprits humains méchants et dégradés qui habi taient cet enfer. Les cabanes de ces malheureux se trouvaient dans un pays sombre et désolé. Leurs villes étaient formées de piles de cendre et de débris.
Ils façonnaient continuellement des machines et des instruments de guerre qui devaient servir de modèle aux hommes incarnés qu’ils étaient contraints d’ins pirer. Mais leurs idées étaient trop rudimentaires pour réussir. Ils ne terminaient jamais rien, ils ne pouvaient même pas achever une simple forme droite. «8 1 .
AU PAYS DES ESPRITS 53 I Inr .r_I x Cependant ils sentaient les inspirations d’élémentals plus élevés qui, eux, réussissaient à modeler des formes complètes. Ces pauvres embryons d’êtres continuaient donc à faire des essais jusqu’à leur mort, jusqu’à leur passage à une sphère un peu plus par faite. Beaucoup d’entre eux, dans leur folle hâte, dé truisaient leurs modèles avortés.
'J’appris qu’ils s’exer— çaient depuis peu et qu’ils devaient inévitablement réussir un jour ou l’autre. Dans certains districts, leur pays était tellement stérile et désert, qu’il provoquait en moi un étonnement douloureux. Je m’aperçus aussi souvent qu’ils cherchaient à attirer à eux des esprits humains pour entrer en contact plus immédiat avec l’humanité.
Leurs intentions étaient, du reste, très malveillantes; ils se faisaient un plaisir d’aider les esprits des hommes à hanter les incarnés, et ce— pendant ce commerce avec la terre n’était pas inutile et devait servir à les améliorer dans l’avenir. Ce qui m’étonna le plus, ce fut de voir que les esprits hu mains ne s‘apercevaient pas qu’ils étaient avec des élémentals, tant ils leur ressemblaient.
Tous, hélas ! portaient les stigmates d'animaux cruels et destruc— teurs. Quelques—uns avaient l’apparence de reptiles venimeux, tant leurs passions avaient de sympathies avec les instincts repoussants de ces êtres inférieurs de la création. Il me fut dit aussi que ce sont les désirs terrestres qui inspirent ces mondes malheureux; les instru— ments grossiers qu’ils construisent sont le reflet des pensées humaines. Et réellement, lorsque je vis ces misérables antitypes de l’humanité essayant mala ; , _ . .. .tJ
5.4, L’INITIATION droitement de façonner des sabres dans des feux. impossibles à régler. lorsque je découvris un canon— parmi des montagnes de cendres empilées jusqu’aux cieux noirs et désolés, je m’attristai à la pensée que parmi tant d’autres j’avais, moi aussi, fait usage d’armes offensives et meurtrières. Si nos passions mauvaises inspirent ces mondes inférieurs, quelle énorme responsabilité pèse sur l’humanité, puisque nous sommes pourles élémentals; ce que les anges sont pour nous! (A suivre.)
La Grèce ésotérique Dans l’histoire de l’Humanité, — depuis le lointain passé, ainsi qu’une pérégrination de tous les siècles, vers la Jérusalem de l’Idéal et de l’amour, -— il y a de funestes éclipses qui marquent des nuits de souf— france, et de rayonnants crépuscules qui annoncent des aurores de spiritualité. La Grèce inaugure dans l’Histoire un cycle de ma gnificence, -—— mère—patrie de la civilisation occiden— tale. symbolique constellation, imprégnée d’un rare et délicieux nectar, elle dissout les rituels Barbares en la fraîcheur d’émeraude de l’Immortelle Beauté. — Al— pha des Aryas d’Europe, elle s’impose à la reconnais— sance des peuples, par la ligne impeccable de son profil admirable, traînant la chlamyde éthérée des Rêves et des Désirs, — Reine! — dans ses divines mains de Grande—Prêtresse de l’Art la couronne de l’initiation suprême..... Ceux qui vont, pieusement, dans la nostalgique voyance d’une évocation magicienne, interroger les ruines de la glorieuse patrie de Périclès; ceux qui res tent pour évoquer dans les tristesses d’un paysage ‘f .....'. A..A..«.p..æ
56 ' L’lNITIATION crépusculaire, avec regret, les monuments d’Athènes, -—- quand la splendeur du soleil, en ses derniers rayons, reflète les ombres de l'Acropole et du Gymnase; ceux qui contemplent les Œuvres d’Art de ses Esthètes incomparables, en méditant profon dément; ceux qui déclament avec religiosité les tra gédies sculpturales d'Eschyle et de Sophocle ; — ceux—là sentent, à travers le marbre et la parole écrite, dans une éloquente vibration de jeunesse et de génie, dans une souveraine consécration d’enthousiasme et d’aflection,l’irradiation d‘une Ame de Lumière, ceux là voient palpiter le cœur de I’Hellade.
Sa vie politique, aux temps héroïques, lorsqu’elle se dressait, mue par une unique volonté, pour com battre le barbare, nous semble ainsi qu’un nimbe de patriotisme, l’apothéose de la Liberté! — L’on sent la démarche forte et guerrière des phalanges en lisant Thucydide; on voit cingler des trirèmes dans les insi nuations de Thémistocle; on entend le choc vigoureux des armes des hoplites dans les pages de Xénophon. —— Ces batailleurs intrépides ont une âme qui s’épanche dans la plus terrible des mêlées; ces patriotes grecs, — soit dans les Lettres, soit dans les Arts, soit dans les tournois de Mars ou d’Apollon, — sont toujours im pulsionnés par une force mystérieuse et indomptable qui les anime et les conduit à la victoire. — Où cette Force? —— ou cette Ame? — Où cette Lumière? — La voici : dans les Sanctuaires! De là la Grèce ésotérique.
LA GRÈCE ÉSOTÉRIQUE 57 i Les religions de l’Antiquité revêtaient un caractère national très suggestif et le sacerdoce était une force intelligente au service de la Patrie. Les peuples avaient un culte approprié; et les symboles de la Science Universelle étaient sagement adaptés aux peuples, selon les nécessités du milieu, du caractère et des mœurs.
Le culte, c’est principalement un moyen magique d’impressionner l’âme; le culte national, c’est le feu de Vesta, alimenté dans les sanctuaires de la Patrie, réverbérant au cœur des hommes l’incondi tionnel amour du pays qui fut leur berceau.
C’est ainsi que paraissent Moïse et Orphée, tous les deux initiés aux GRANDS MYSTÈRES, maîtres de la Tra dition, -— fondateurs, pourtant, de cultes différents, conformes au peuple duquel ils s’étaient fait l’Épopte, — Moïse guide les Hébreux vers la Terre de Promis sion et leur donne un dieu tout-puissant et même cruel ; Orphée institue en Grèce le culte de la Beauté Divine.
Tous les deux, patriotes exaltés, ils donnent à leur pays un vigoureux sacerdoce qui pratiquait les cérémonies du culte, -—- élément de force et de civisme, force occulte, civisme héroïque, — qui pré parait la victoire en dotant l’âme du citoyen d'un dévouement sans bornes, sublime jusqu’au sacrifice. En Grèce les fêtes avaient un double caractère : lit téral, pour le peuple; symbolique, pour les Initiés.
Dans les Jeux Olympiques, Ne’me’ens, Istlzmiques et Plthz‘ques; dans les concours de Philosophie; dans les tournois de la Forme et de la Beauté; au Parthénon; à l’Académie; — l’homme trouvait l’incitation du Beau et de l’Héroi‘que, l’apothéose de l’Intelligence et ; _(7... ‘r ....uno—.H..n..fimnä .... . - - - . - m.,: 'u. ..-u. .d"lfl l I | l. l ‘. '1 _t i , t
58 L’INITIATION ' “ ____ _ de l’Amour, de la Force et du Civisme. Dans les sanc tuaires d’Olympie, d’Éleusis, d‘Athènes, d’Argos, de Thèbes, réunis par une même chaîne ésotérique, les Initiés recevaient les clefs de la Tradition, la doctrine de Lumière, la révélation des Mystères.
Comme en Égypte, le pays traditionnel de l'lnitia tion et du Symbole, — en Grèce on célébrait les Petits et les Grands Mystères ; ceux—ci, lorsque les crépus— cules d’Automne allumaient sur le couchant les lam padaires de l’Amour; ceux—là, quand les aurores du Printemps faisaient éclore à l’Orient les émeraudes de l’Espérance.
Quand les Pélages dominaient encore le pays et qu’ils s’assimilaient à l’élément autochtone, de plus en plus, — déjà les Cabires de la Samothrace célé braient d’augustes mystères, dont l’enseignement s’est propagé jusqu’aux confins du pays.
Pourtant le sacer doce n’était pas sujet à la même doctrine; et, en Thrace, deux cultes étaientprépondérants : celuiduSo lei], qui avait ses temples dans les lieuxles plus élevés, était servi par tout un corps de prêtres austères qui se consacraient à l’étude des forces de la Nature et au lumineux rituel de la Haute Magie; celui de la Lune, dont les prêtresses fatidiques, pleines de zèle et de violents désirs, se réunissaient dans des vallées et des sombres bocages, peuplés d‘effrayantes visions, à la lumière dolente et froide du clair du lune. ’ La rivalité avait éclaté entre les deux sacerdoces, en un divorce terrible et funeste; et, tandis que les prê— tres du Soleil, dans la sérénité triomphatrice de la Vertu et du Bien, continuaient l’initiati0n par la Lu—
LA GRÈCE ÉSOTÉRIQUE 59 mière, les prêtresses d’Hécate, bacchantes en fureur, hallucinées par la Vengeance et le Dépit, se ravalaient aux hideuses pratiques de la Goétie, s’adonnant à d'abominables rites de désespoir, distillant des phil tres, violant les sépultures, établissant des pactes démoniaques, assouvissant leur délire d’éphialtes dans le sang des victimes infantiles.....C’étaient les lames, les stryges, les empouses, au regard malfaisant et à la poitrine décharnée, ivres et consumées de luxure.
La rivalité des cultes est cause, non rarement, de la mort des sacerdoces. L’Ame du Monde allait peutêtre mourir dans les temples de Démèter. Les mythes, — ayant perdu leur triple caractère : naturel, humain et dipin,—- allaient peut—être s’évanouir dans le brouil lard funèbre des traditions mortes.....
' Dans cette période de troublante agonie survient l’Épopte qui ferait vibrer à nouveau l’Ame des Sanc tuaires, en réunissant dans un seul corps de doctrine vingt peuplades hostiles, en établissant le culte qui unifierait la Grèce.
Après avoir parcouru les Sanctuaires de l’Hellade, à la recherche de l’Harmonie des phénomènes de la Nature, —- Orphée, — celui qui guérit par la lumière, —— s’en va secrètement à Samothrace demander aux Cabires la clef de leurs mystères. De Samothrace il part pour Memphis, emportant dans son âme l’effigie d‘Eurydice morte, — recevant, avec le futur épopte du Sinaï, la grande clef d’or de l’lnitiation Suprême.
Moïse, au—devant des Hébreux, se dirige vers la Pa lestine; Orphée retourne en Grèce, institue le culte .n f .1“ ;.’"\"(’* . ‘... "IM ' ‘ ’ ... -:..u'n".. -. ..—. . . -.‘.iv -I= I.a_:‘JÙLu_-..lt_m_.àiq ., 5‘... .æ*“o0 r ,. . r..:..—.a.lanu-«.w-. . m.W—HÆ .;i .. à ‘» \ Ï.: ..4'
60 L'INITIATION v9 < A . , ,. ,.,_ ,.j.., . Ç ' de Dionyos, dans la vallée de Tempé; il donne aux sanctuaires d’Apollon la normalité harmonieuse du Cosmos; il établit des fêtes magnifiques qui se célè brent à l’équinoxe du printemps ; il réunit les sacer doces par l’Ide’e, il réunit encore les populations autour des Sanctuaires.
L’enseignement partait de Delphes, —- de là il fai sait irradiation vers Olympie, vers Athènes, vers Éleusis, vers Argos, vers Thèbes; et les prêtres de Ju piter, de Minerve, de Ce’rès, de Junon, de Bacchus, les mains dans les mains, s’unissaient en l’œuvre col lective de la Patrie, le grand sanctuaire de l’Amour civique et de la Beauté Immortelle. Orphée faisait comprendre l’Invisible à travers le Visible.
La divinité orphique est féminine, d’une beauté incomparable, douce et chaste, elle fait fleurir en l’âme des initiés et des croyants la fleur mirifique del’Au-Delà. Sans l’initiation orphique, l'Art Grec, — inépuisable Castalic du Beau, où vont boire longue— ment les Tantales de la Forme Impeccable, —n’aurait jamais existé, resplendissant et dignifiant, pour mar— quer la route de la Région Ineffable aux récipien daires de l’Art et du Mystère.
Cette influence éthérifique et révélatrice qui se fait sentir jusqu’à nos jours, et s’accentue dans l’apothéose des marbres immortels de la Grèce païenne; cette force victorieuse et sereine qui se découvre dans les lignes de la statuaire grecque; — tout cela vient de l’enseignement d’0rphée; tout cela vient de l’amour d’Eurydice; tout cela vient de la Vérité Indicible, — en la pureté idéale des Fluides, dans les harmonies
LA GRÊCE ÉSOTÉRIQUE 61 séraphiques de l’Éther, dans les contours ritualistes du Symbole.
Eurydice, c’est la Grèce. — Orphée, ravissantEury dice aux autres de la Goétie, aux rites sanguinaires d’Hécate, à la fureur lubrique des bacchantes, arrache 'âme de 'la Grèce à la nuit de l’Ignorance, aux ténè bres de la Superstition, aux bras de la Mort; Orphée emmenant Eurydice aux sanctuaires d’Apollon, sur les hautedrs inondées de soleil, très haut, sous l’In fini, enseigne à la Grèce la voie de l'Impondérable, il l’initie dans la véritable science, il pénètre avec elle au seuil de l’Immortalité.
Mais la lutte engagée avec les initiés du Bien et les cohortes du n’était pas encore finie : Et Aglas nice, — la bacchante, — empoisonne l’épouse d‘Or phée.. . .. C'est alors que Vibra par toute la Grèce cette Lyre incomparable, — dans l'évocation magique d’une Ame qui s’était envolée de la terre vers les béatifiques régions de Lumière.
Et toute la Grèce résonna, en une douloureuse et infinie tristesse, — comme un cœur de cristal qui se serait brisé aux mains d'un archange exilé. Cependant, la volonté d’0rphée avait ressuscité Eurydice : la Grèce vivait et se perpétuait —— Déméterl -— en berçant sur son sein les prêtres d’Apollon. Des siècles ont passé.
Les taureaux du Nemrodisme se sont abattus sur la terre d’liellen ; Cambyse avait profané les temples d‘Égypte; la Grèce agonisait, ayant perdu les règles de l’enseignement d’Orphée. — Un fils de Samos, — Pythag0re, — initie aux grands -N\‘-4‘ ‘n‘b' -» ! 0 v ‘_"m—u‘-—-_.hî ; _ .:: lgJ.ï<lË.æ.l‘ü " 1 r... n. . . ....u.«‘.hatîg s. . .ncM. m». ' îtm' O” .. .x—Ivlu—qln'..u :. un.
..“.‘ e. nu.
Wnvu‘..—A \ 62 L’INITIATION mystères des prêtres de Memphis et des mages de Ba— bylone, réveille le temple d’Apollon, à Delphes, de la funeste léthargie en laquelle il dépérissait, due à l‘in conscience presque absolue de la noble mission qui lui avait été confiée; il institue un Ordre, — l‘Acadé— mie publique, exotériquement, Communauté laïque, pour les disciples, il restaure la Science de la Lumière; il ouvre les portiques de l'école non-seulement aux hommes, mais aussi aux femmes.
Les hommes se faisaient héros; les femmes apprenaient l’art de l’édu cation des enfants. Beau, savant, éloquent, il possédait une voix d’en chantement etla fascination du regard. Sa philosophie avait l’éclat intense des constellations du Zodiaque : — Le Beau, -— enseignait-il, —— c'est la splendeur de la Vérité. Dieu est la Vérité Absolue revêtue de lu mière. — L’A me est immortelle et la vie immortelle.
Il a été le révélateur inspiré de la Forme Impec cable, proclamée par le génie d’Orphée. En ses paroles on sent l'Au—Delà qui resplendit à travers I’Œuvre d’Art. Et cette doctrine éternelle, dont l‘expansion ful— gure dans la zénith de la Civilisation hellénique, se perpétue et s’immortalise en la configuration bizarre des Symboles, dans les arcanes rythmiques des Vers Dorés.
Avec Pythagore la Grèce reconstitue le culte de la Beauté divine et de l’I—Iéroïsme ardent. Il la forme pour le Bien et pour le Beau; il lui donne une vigueur nouvelle pour la lutte terrible et inévitable contre les successeurs de Cambyse, quand l’Orient viendrait se ..,,..._1..æ.«hn... - » ' . r_ ,‘v . Mem - '
LA GRÈCE ÉSOTÉRIQUE 63 ruer sur l’Occident, dans une guerre fatale, guerre d’extermination et de mort. Le mariage de Pythagore (à soixante ans) avec Théano, jeune disciple d’une rare beauté, garantit la perpétuité de sa doctrine. A la mort du maitre,Théano prit la direction de l’Académie. La règle était la même qu’aux temples d’Égypte, . l'initiation lente et sévère.
La science secrète n’était pas écrite; elle était résumée en vers, —— dont ces ma— gnifiques Vers Dorés. Les disciples portaient une tunique en lin blanc, —— vêture symbolique et traditionnelle de tout le sacer doce de Ram.
Les Esséniens aussi la portèrent et, bien des siècles plus tard, Jésus s’en revêtit pendant sa mission messianique en terre de JudéeÇ La doctrine de Pythagore eut une large et profonde influence, qui se fit sentir même en Asie et en Afri— que.
En Grèce son expansion fut énorme, dans un suggestif et vigoureux élan de Beauté et d'Héroïsme ; elle se propagea en l’Europe Occidentale et se perpétua jusqu’au XIX.e siècle pour venir briller d’un éclat nouveau, avec la pompe victorieuse des plus beaux jours de la civilisation hellénique, pendant la brillante Renaissance du XX° siècle.
Lysis fonda, àThèbes, une communauté laïque de pythagoriciens,qui non seulement initia Pélopidas et Épaminondas, mais aussi Philippe et Alexandre. Les plus célèbres citoyens de la Grèce étaient des initiés. Selon, Aristote, Thalès et Platon le furent. Platon, disciple de Socrate, —— initié plus tard dans les temples de Memphis, fonda l’Acade’mz’e dont la ,— -.. .f.‘-‘çllf‘.b“ -h . ... ï - n .. ‘, ‘u'r-ax' _ ‘ ....v ’ ,A ,...4.. . «on.» c'L - J - Mur _. .... . .;; u_'L '|.-I'O!
64 L’INITIATION [JUILLET rgoz] doctrine a fait époque et servit de base aux néoplato— niciens d’Alexandrie. La philosophie platonique est une radieuse synthèse de l’enseignement pythagoricien et socratique, de la Force et de la Beauté, consubstantié en une géniale acclamation des Rayons et des Formes, de l’Idéal et du Rêve, de l’Enchantement et de la Lumière. Le Stoïcisme est la dernière expression du caractère grec.
Socrate créa, par le mépris de la mort, avec l’immor talité de l’âme, un des principaux courants précur , seurs du Christianisme. Platon est le couchant enflammé de la philosophie grecque.
Depuis que le grand Disciple dort en son tombeau, la Nuit a étendu sur la Grèce le crêpe funé raire de la Mort. ’ Latentative d’Apollonius de Tyane, sous Néron, est la dernière agonie de la Lumière qui s’éteint: I Eurydice était morte dans les sanctuaires violés de la _ Grèce païenne.
La Grèce avait perdu les clefs de l’Éso . j1 _ térisme : le cycle historique de la patrie de Pythagore i: ‘ ‘ .-‘.., ' était fini; la lyre d’0rphée ne résonnait plus en Hel— ’g: l -' lade! " La chaîne de lumière s’était éclipsée dans l’Astral, : " ' elle était allée se perpétuer en l'Occident d’Europe. ' ;. 'É _Ï.
Ï Lumière d’Aubel — pour la Renaissance spirituelle Ê, ‘_‘ :‘ du XXe siècle. -<.« Dame VELLOZO. ; Coritiba (Brésil). .......p.»« .=..ug. . «a.m..u.... .--w-.>w..A . A .,..t‘ il . _ Z‘; . z _ . -...-.;.umLa naissance de Bouddha Dans Kapilavastou régnait un roi de la race Shâkya, qui avait un cœur ferme et qui était hautement esti mé de tous. C’était un descendant des Ikshvâkou, qui se nomment Gautama, et son nom était Shouddhôdana ou Le Riz pur.
Son épouse Mâyâ-dèvi était belle comme le lis d’eau et son âme était pure comme le lotus. Elle vivait sur terre comme la reine du ciel, sans être souillée d’un désir et sans défauts. Le roi,son époux, l’honorait dans sa sainteté et l’es prit de la Vérité descendit en elle.
Lorsqu’elle connut que l’heure approchait où elle allait devenir mère, elle pria le roi, de l’envoyer chez ses parents, et Shouddhôdana, très soucieux de sa femme et de l'enfant qu’elle portait dans son sein, ac— céda volontiers à sa prière.
L‘heure arriva au moment où elle passait dans le jardin de Loumbinî; on prépara sa couche sous un arbre Atlas très haut, et l’enfant vint au monde, radieux et bien venu, comme le soleil qui se lève. , Tous les mondes furent inondés de lumière. Les !‘l *i i: ‘_r,' .. .m-y....-s ....—n A g a .. wnun".p.nt. (....ä,...q J_=L .... . . i. ..0 x... '4..> 5
66 L’INITIATION aveugles recouvrèrent la vue par leur vif désir de voir la splendeur du Seigneur; les sourds et les muets s’entretinrent ensemble des bons présages qui annon— çaient la naissance de Bouddha. Les estropiés furent guéris et les boiteux purent marcher. Tous les pri sonniers furent délivrés de leurs chaînes et tous les enfers furent éteints.
Au firmament il n'y eut pas un nuage et les eaux des rivières souillées devinrent claires; une musique céleste retentit dans les airs et les anges poussèrent des cris d’allégresse, non pas pour exprimer une joie égoïste ou particulière, mais par obéissance à la Loi ; car la création noyée dans l’océan de la douleur allait maintenant pouvoir obtenir sa délivrance.
Les voix des animaux devinrent silencieuses; tous les êtres méchants reçurent un cœur aimant, et la paix régna sur la terre. Il n’y eut que Mâra, le Mau— vais, qui s’affligea et ne se réjouit pas. . Les Rois des Serpents qui avaient le vif désir de montrer leur vénération pour la Loi si hautement présagée, comme ils l’avaient fait pour les autres Bouddhas arrivèrent pour rencontrer le Bôdhisattva.
Ils répandirent devant lui des fleurs de Mandâra et se réjouirent cordialement de lui offrir leur respec tueuse dévotion. Le père royal réfléchit sur la signification de ces présages et fut plein de joie, puis aussitôt après plein d’affliction. La reine, voyant son enfant et l’émotion que sa naissance avait causée, sentit dans son timide cœur de femme les tourments du doute. Près de sa couche se tenait une vieille femme 5 kn=vï»a .9; :...y.ä .
LA NAISSANCE DE BOUDDHA qui priait le ciel de répandre ses bénédictions sur l’enfant. Dans un petit bois, vivait alors un sage, comme ermite, nommé Asita. C’était un Brahmine de noble aspect, renommé non seulement à cause de sa sagesse et de son savoir, mais aussi pour son habileté à expli quer les présages ; etle roi l’invita à venir voir l’enfant royal.
Le voyant considéra le prince, puis commença à pleurer et à soupirer profondément ; et lorsque le roi vit les larmes d’Asita, il eut peur et dit : « Pourquoi donc la vue de mon fils te cause-t-elle du chagrin et de la douleur P » Mais le cœur d’Asita était rempli de joie, et voyant le trouble du roi, il lui dit : « Le roi, pareil à la pleine‘lune, devrait grandement se réjouir ; car c‘est un fils d’une grandeur merveil leuse qui lui est né.
« Ce n’est pas à Brahma que j’adresse ma prière, mais bien à cet enfant, devant qui les dieux, quittant les autels de leurs temples, viendront s’incliner et prier. ‘ « Bannis tous les soucis et tous les doutes. Les signes spirituels qui ont apparu veulent dire que l’enfant qui vient de naître apportera la délivrance au monde entier. « Je pensais que je suis vieux et c’est pourquoi je n’ai pu retenir mes larmes, car je vois ma fin apprœ cher.
Mais ton fils gouvernera le monde. Il est né pour la bénédiction de tout ce qui est vivant. « Sa doctrine pure ressemblera à la rive qui accueille les naufragés. La force de sa pensée sera comme le lac mil—0“. «A: u, . «en —n. ' _. «hi» p u tl\nfl_.fldfi—. w.*. -. ...ml> . ‘. _'_.Ç..._j ‘...—.‘.Ïn-Lr-.m‘æâ .m4-“v 'rWM‘kW. A *.s......._ .‘ .-. .
68 L’INITIATION e‘ ,-' « «L. .f frais aux eaux duquel toutes les créatures altérées peuvent étancher leur soif. « Il fera monter le nuage de sa grâce au-dessus du feu de la cupidité pour que la pluie de la Loi puisse l’éteindre. « Il ouvrira les lourdes portes du désespoir et à toutes les créatures qui sont prises dans les mailles du filet de la folie et de l’ignorance qu’elles ont elles-mê mes tressé, il donnera la liberté.
« Le Roi de la Loi est apparu pour libérer de leur captivité tous ceux qui sont pauvres, misérables et abandonnés. » ‘ Lorsque le roi et la reine entendirent les paroles d‘Asita, ils se réjouirent dans leur cœur et nommèrent le nouveau-né Siddhârta, c’est-à—dire : Celui dont la destinée est accomplie. Et la reine dità sa sœur Prajâpati : «Une mère ayant engendré celui qui doit devenir un Bouddha ne peut plus engendrer d'autre fils.
Je quitterai bientôt ce monde, mon époux, le roi, et mon enfant. Quand je ne serai plus là, sois une mère pour lui. » Et Prajâpatî le promit en pleurant. Lorsque la reine eut quitté le monde des vivants, Prâjâpatî prit l’enfant avec elle et l’éleva. Et comme la lune grandit graduellement, l’enfant royal faisait chaque jour des progrès en corps et en esprit, et la vi— vacité et l’amour demeuraient dans son cœur. GUYMIOT.
Une Mosaïque de Pompéi . ;:{a:..‘nm.v. LA PLUS ANCIENNE manque DES cumsros .
MYSTÈRE PRIMITIF i .l t”. l Explication par M. CARL MlCI—IELSEN Cette mosaïque, trouvée dans la maison du tanneur ' à Pompéï, il y a plus de vingt ans peut—être,se trouve ‘ à présent au Musée national, à N aples, sous la déno mination « Cranio Umano, n° 109982 », elle date presque du temps de Jésus-Christ, et les idées sym— bolisées par les figures de cette mosaïque sont par conséquent aussi de cette époque. _ La partie centrale et dominante est un crâne, presque en grandeur naturelle, qui a deux singula rités : une grande oreille gauche et les yeux.
A droite du crâne se trouvent un manteau déchiré, un bâton et une sacoche ; à gauche, sont un manteau . .'...—M '4 = Ï...ar....& de chevalier, une lance et une écharpe.
Au-dessus du l crâne sont un niveau, puis un papillon et la roue du Temps, symbole égyptien. _ Ces figures sont pour moi la clé de la vie, donnant , ‘,' , une description profonde de la voie qui mène au but . . .‘ l de notre vie terrestre (lequel but est moins correcte “"M—n..» ,‘-n .
70 L’INITIATION ment nommé le « salut »), une description vraie du développement que peut seulementatteindre l’homme, sur la marche la plus élevée de l’échelle de l’évolu tion. Je veux raconter quelques-unes des idées qui me sont venues, je craindrais de m’intéresser que bien peu de personnes en les racontant toutes.
Les symboles de pèlerinage disent à l’homme : « Il faut te détourner de la vie sensuelle, animale, aban donner les voies de la nature inférieure.» ——Le sym bole de mort : « Au cours de ton pèlerinage, les par ties inférieures de ta nature. les restes animaux, perdent la vie. »— Les symboles du chevalier : « Comme peu à peu la nature animale s’évanouit, une nature neuve, l’homme divin, se réalise, et, tel un chevalier, cet homme conquiert, aidé par des pouvoirs divins, la Terre promise, c’est—à-dire l’union avec Dieu.
Le symbole de construction veut dire que ce déve: loppement se fait lentement comme on bâtit une maison, en posant pierre sur pierre. — Le symbole de vie nouvelle (le papillon) indique que ce pro— cessus est un processus naturel, comme la résurrec tion du papillon, dans la plénitude des temps.
Enfin le symbole du temps veut dire que ce développe ment-est à réaliser ici, pendant que la roue du temps roule, non après la mort du corps terrestre l Ces idées de pèlerinage, de construction, de cheva— lerie, de mort et vie nouvelle sont parfaitement chré— tiennes, et il est singulier qu’on n’ait pas compris cela depuis longtemps. La raison doit en être qu’on ._A____..‘ ; . ..' . . V. . ‘ ...,,.
UNE MOSAÏQUE DE POMPÉ! 71 n’a pu concevoir le christianisme sous d’autres formes et idées que celles d’à présent. Voici! Selon les Évangiles, le chrétien est un pè lerin qui va de ce monde au ciel,par la via dolorosa, comme un successeur de Jésus-Christ, et réalise la mort dans le désert.
Il bâtit le temple de Dieu dans son âme (saint Paul) et il bâtit sa maison sur un ro cher; il est chevalier : c'est le seigneur de l’animal en combat incessant avec les ennemis qui veulent em— pêcher son union avec Dieu. On sait comment saint Paul décrit l’armement complet du chevalier du Christ; il. cherche la vie nouvelle, la régénération qu’indique le papillon (1).
Et voici comment les Évangiles nous interprètent l’oreille gauche et les yeux du crâne : « L’homme de pèlerinage et de mort entend la voix de Dieu, mais avec le cœur » (l’oreille gauche !) « et il regarde la lumière divine. » Enfin, la roue du Temps est aussi un symbole essentiel du christianisme originel : « Il faut faire les œuvres de Celui qui m’a envoyé, tandis qu’il est en core jour.
La nuit vient, où nul ne peut travailler. » (Saint Jean, 1x, 4.) « Mais, dira-t-on, la mosaïque ne fait aucune allu sion à Jésus-Christ. Il y en a plus d’une ! Le niveau a la forme d’un A, ce qui n’est pas nécessaire du tout; et la roue contient un 0, c’est l’alpha et l‘oméga : nom du Christ dans l’Apocalypse.
Et dans la roue est le plus ancien signe de Jésus-Christ : l et X, com— ".i‘tr' > ‘ i il | I l ..\;. ‘, -.«v'u-4 V’-‘nu (1) Le mot grec et Psyché » signifie aussi papillon et ce mot se trouve dans les évangiles: év. saint Jean, x11, 25. .a.;..r - .-...À-.‘.
72 L’iNI‘I‘IATION binaison de latin et de grec.
Pendant les fouilles de Pompéï on a trouvé sur un mur une inscrip— tion qui est interprétée: « Soyez heureux dans le feu, chrétiens. » Peut-être cela veut-il dire que les chrétiens primitifs étaient heureux par le feu divin de la purification : c’était leur espérance, d’atteindre, par ce feu, au but de leur vie, et nous comprenons très bien pourquoi le fond de notre mosaïque est vert cou leur de l'Espérance.
LETTRES MAGIQUES (Suite) 1 « L’antique et vénérable Magie qui, tous les siècles, veut bien manifester sa présence dans votre Europe, pour recueillir les suffrages de quelques esprits d’élite en même temps que les calomnies de la foule, et ses enthousiasmes vils, plus humiliants que les calomnies, n’est pas une science de métaphysique et de songe creux; c’est une science exacte et positive; les magiciens réels ne sont pas des exaltés, mais des ingénieurs et des mécaniciens.
Les naïfs qui s’hypno tisent devant des pentacles et des yantrams nesavent pas que ces dessins sont les schémas d’une cinéma tique spéciale et dont les domaines sont ces mysté— rieux espaces à quatre, cinq, six et sept dimensions, dont l’idée même semble une pure folie à vos philo—
LETTRES MAGIQUES 73 sophes. Il y a cependant des cerveaux qui sont actifs dans ces espaces, qui y vivent, y travaillent, y fabri quent des machines, des œuvres d'art : les pentacles sont les lignes de forces de ces machines, la charpente de ces statues invisibles mais actives, de ces sympho— nies inaudibles, mais fécondatrices pour les cœurs nobles et les âmes vr‘aiment humaines.
' '« Que vous considériez, avec Descartes, toute ma— tière comme étendue et toute étendue comme matière, c'est—à-dire l’espace plein, absolu; —- ou bien la ma tière comme étendue et impénétrable, avec des vides interposés, —— ou que vous admettiez le système célèbre de l’harmonie préétablie ou enfin sa modifica tion qui doue les monades d’activités externes et leur donne des forces attractives et répulsives, — aucune de ces quatre opinions ne vous empêchera de vous rallier à la nôtre.
Et plus vous avancerez dans la con naissance, plus vous verrez que les doctrines tradi tionnelles suffisent, par leur seule présence,à vider les différends qui s’élèvent dans le champ clos de l’exo térisme philosophique. « Oui, l’étendue est substantielle; oui, les forces simples qui la fécondent existent réellement. « S’emparer de l’une _et des autres, tel est le double problème que la télémotive semble résoudre.
« Nous avons déjà découvert une de ces forces dans la propriété dynamique de l’éther acoustique évertué sous certaines conditions. Il faut trouver le point d’appui de cette force, un centre matériel où on puisse l’emmagasiner, enfin des appareils pour la diriger. «Si l’on considère les éléments simples de la matière, ..À..u.|u ..ilw . ' -: :.n.o__l‘-..L.n man—L— . u..‘.a ..... v w -"; a. . .—*-S ‘Æ ‘s,
74 L’INITIATION les atomes d’éther, par définition, ces éléments sim ples ne peuvent avoir d’action les uns sur les autres puisqu’ils ne se touchent pas, car s’ils se touchaient, ils le feraient par toute leur surface.
Il faut donc imaginer un fluide plus subtil dans lequel nagent les atomes d’éther comme les poissons dans l’eau; ce fluide serait formé d’atomes infiniment plus petits que les atomes d’éther; ces atomes, animés de vitesses vertigineuses. choquent sans cesse les atomes d’éther et leur servent d’intermédiaire pour la propagation des mouvements vibratoires.
Ici, l’hypothèse scien tifique, appuyée sur le calcul différentiel, est véri— fiée par de nombreuses expériences faites au moyen d’appareils d’optique, bien plus puissants que vos télescopes et vos microscopes, et dont ce que la su perstition populaire appelle les miroirs magiques sont une ébauche rudimentaire et lointaine. « On a fait la remarque que l’homme reproduisait dans ses machines et ses ustensiles les modèles à lui fournis par la Nature.
Continuons notre étude de la matière, et voyons comment elle va s‘organiser; peut être trouverons—nous, tapie entre deux petits atomes, l’idée qui nous manque pour réaliser notre machine.
« Nos savants ont calculé les volumes atomiques de vos soi-disant corps simples, et malgré toute l‘in— certitude de ces calculs, puisque personne ne connaît le volume réel d’un atome, on peut remarquer que les volumes atomiques des corps d’une même famille sont en rapports simples: je me dispense de vous citer M. Dumas et M. Würtz pour vous prouver cela. Si donc un heureux hasard met entre les mains du
LETTRES MAGIQUES 75 chimiste un agent capable de modifier les positions des atomes chimiques dans un corps, on conçoit la possibilité de transmuer du chlore en iode, ou le car bone en rubidium. « Le fluide subtil dont je viens de vous indiquer la probabilité d’existence est connu expérimentalement de nos sages, depuis des siècles, c’est le Vyoma—Panb chu/ta Akasha, dont vous trouverez la quintuple nature décrite dans le 1VIandala Brahmana.
L’une .de ces natures, la quatrième, le Sourya Akasha, est ' spécialement qualifiée pour l’accumulation et l’em— magasinage; l’étude de ses propriétés nous a permis de choisir l’accumulateur matériel dont chacune des molécules peut servir de support à une énorme quan— tité de ces molécules spiritueuses, qui appartiennent à la quatrième dimension.
Cet accumulateur est une sorte de livre en cristal : vous savez que le cristal est un produit sublimé et parfait de ce que vos hermé tistes appellent le vieux Saturne; les lamelles sont découpées suivant une forme qui rappelle celle des surfaces catacaustiques.
Quand il s’agit de le charger, un de nos Sannyâsis s‘entraîne àl’avance, et, parvenu à l’état de tension nécessaire, il répète sur l’appareil le Mantram secret, dix mille, cent mille fois s’il le faut, jusqu’à ce que, des profondeurs des cryptes où l’appareil est descendu pour cette opération, on en tende, à la surface du sol, la vibration stridente des l amelles de cristal.
« Il a fallu trouver un cadre où placer l’explorateur de façon à le prémunir contre les attaques du milieu: changements de température, décharges électriques,
76 L’INITIATION '-.‘ç.\._- .ay. N —u.»s.. .. . *«i. ..«\‘n«fl incursions d’êtres inconnus, etc. Voici comment nous avons établi les termes du problème. « Reprenons ici les théories de la pangéo métrie, ou géométrie hyperbolique que des savants allemands et russes ont inventée ces dernières années.
Que l’on s’en tienne au système d’Euclide ou à celui de Bolyai, la géométrie de la sphère est identique; voici quels sont les résultats théoriques qu’il nous faut noter: c’est que, dans la nouvelle géométrie, la circonférence tend non plus vers la ligne droite à mesure que son rayon grandit, mais vers une courbe limite distincte de la droite tout en lui restant tangente; c’est l’hori— cycle.
Cette courbe parallèle à une droite engendre des surfaces et des volumes qui se développent natu— rellement à l’intérieur des surfaces et des volumes euclidiens. Ce sont ces volumes engendrés par l’h6ri— cycle que nous sommes parvenus à réaliser à l’inté rieur d’un corps matériel à trois dimensions.
« Ce corps, nousl’avons choisi formé d’une matière inattaquable à tous les agents physiques connus; c’est un métal précieux dont un battage spécial et des pro cédés de coction très lente ont profondément modifié la constitution moléculaire. Ce coffre jaune et trans lucide que vous voyez devant vous a été dans le temps de l’or.
Comme tel il ne pouvait condenser quel’éthet‘ lumineux, une des formes de notre Agni védique Les préparations que nous lui avons fait subir l’ont rendu apte à se laisser pénétrer par ce Surya Akaça dont je vous ai parlé déjà tout à l’heure. ’ «Nele touchez pas, me dit leBrahme, à un geste que je fis, vous vous en trouveriez fort inoommodé. L’ex
- I L_ a “Frat. m 29$}! KY. .a. näfiæm.“ ‘ Ëàâ? .,.SÀ.+ à w.‘ . . Kw.“ 5. ‘<( .(‘11 .; «Ëñäï {r 5*: Vk/ L v “km-p.1 ~ flunkmum W“t,- W_o..._,,__ .u‘ («7&5 . §.\.k .\ un. "x5271: xvw . ,.ay ‘ .cæ , {2.5.x \. . . “a .~ . . y 1.. > K V} Jaw V. \ r m.» a! J A V. 4 w! .. u s A. k . viva an '. ha, 1’ Mus. .1 f, .. .w W.‘'2 fvx'nila «4.. .- . .7 'ŸÎÎAN V ,.. ,_. c"nuw' .1/ Mn...
. 7.. -? A..« m. «WÆ.YCmËRWÛ. ,., , - ....4..
LETTRES MAGIQUES 77 périmentateur qui veut se servir de cet appareil doit, au préalable, avoir fait subir à son organisme physique un entraînement tel qu‘il puisse résister sans danger à des décharges électriques qui foudroieraient un homme ordinaire. C’est simplement une Yoga parti culière 'à réaliser.
Nous n’avons pas actuellement de sujet entraîné dans le temple et,d’ailleurs, l’électricité atmosphérique est en cette saison peu favorable à cette expérience; mais si, l’année prochaine, vous êtes encore parmi nous, vous pourrez voir et juger. » Mais assez de science comme cela ; je te conterai le reste une autre fois, ma Joconde, et parlons mainte— nant un peu de toi, qui reste, tu le sais bien, mon plus cher souci.
Tu te plains de perdre ta fortune; c’est là un événement tout naturel et tout prévu ; notre âme ne peut pas posséder tout l’univers quoi qu’en disent les métaphysiciens ; quand elle croit le faire, ce n’est qu'une nuageuse rêverie; posséder les trésors,ce n’est pas imaginer ce qu’on ferait avec d’hypothétiques tonnes d’or renfermées dans des caveaux en Espagne, si j’ose dire; c’est pouvoir prendre cet or avec ses mains et le jeter où il nous plaît.
Mais l’or est une chose et la lumière intérieure en est une autre; et malheureusement elles n’ont entre elles aucune affi— . mité. f *' L’or est la mesure, le boisseau avec lequel on peut acheter des idées, des terres, des matières précieuses, des jouissances; c’est en un mot le signe de la pro priété; la lumière, par contre, de qui l’essence est l’universalité, se refuse à ceux qui se séparent du .—-— :‘.4-.-«.‘».‘ . . .- -t.—.-'-«. ..—..
78 L’iNITIATION monde en devenant des propriétaires. Voilà pourquoi les vieux rêveurs mystiques ont appelé l’or une forme infernale et l’ont mis sous le gouvernement d’un des premiers capitaines de Satanas, de Mammon.
Nous sommes si enfants que, quand il nous a été donné d‘attraper le papillon après lequel nous avons couru quelques mois, nous nous figurons les maîtres du papillon ; c’est le petit insecte qui cependant nous a mis hors d’haleine et qui nous échappe —— par la mort — dès que nous le tenons.
Nous avons mis de belles phrases autour de ces jeux de gamins; nous appelons ça l’amour, l‘ambition, le désir de la gloire ; quelquefois même nous élevons ces hyperboles à la hauteur d‘un mensonge au clinquant duquel nous nous prenons les premiers.
C'est ainsi qu’il y a des hommes célèbres, des héros « morts pour la patrie»; d’autres « qui ont créé une race », lesquels n’ont jamais connu d’autre sentiment que l’orgueil de la possession et le désir de la jouissance.
Cependant, il est bien vrai que l'homme est le roi de la nature; mais il est ce roi par son âme, par son principe essentiel et divin, non point par les petitsins— truments de travail que l’on nous prête et que nous appelons intelligence, talent, adresse, génie, etc. Il prend ces instruments pour son moi, et regardant la Nature — son patrimoine—il se dit: Comment vais je faire pour qu’elle ne m’échappe pas ?
Mais la Nature sait d’où viennent ce cerveau, ces muscles, cette ingé— niosité; elle se rappelle les avoir prêtés à l’âme de l’homme afin que celle-ci puisse utiliser les forces de celle-là; mais voilà que ses enfants sont lancés contre
LETTRES MAGIQUES 79 \ leur mère pour la réduire en esclavage; la mère se défend, sans corriger trop fort les gamins; et voilà que l'homme qui se casse les Ongles contre les obs tacles crie, pleure, hurle, prend le ciel à témoin, tan— dis que c’est lui-même l’artisan de ses propres décon venues. Ah! que nous serions ridicules si nous n’étions d’abord dignes de pitié.
Voilà pourquoi les possesseurs — d’argent, d’hon neurs ou d’hommes —‘ sont en réalité de malheureux esclaves ; celui-là qui renonce à toutes choses les tient à sa disposition, ou plutôt la Nature lui présente, commeà son authentique suzerain, les clefs de ses palais secrets.
Or. quand la vraie lumière descend dans l’âme, elle en corrige doucement l’attitude, et, lui faisant jeter un regard sur soi—même, lui montre sa position réelle en face du vaste monde. L’erreur antique tombe alors des yeux, et nous commençons à comprendre ce que je viens de t’expliquer trop con fusément à mon gré.
Chaque parcelle de cet or, qui te quitte, c’est une de tes vieilles chaînes qui se rompt ; une paSsion, c’est-à-dire une passivité, s’en va que ton âme remplace par une énergie spirituelle qui s’en prend à l'essentielle vigueur des êtres dont tu n’avais jusqu’alors possédé que l’enveloppe mortelle.
Un peu de courage donc, chère amie; encore un peu de courage, car nombreuses sont les chaînes que nous nous sommes forgées; et nombreux les prétextes que trouve notre paresse pour nous les faire porter un peu plus de temps. _.‘ ..‘n.. a .. ‘ ,. .4n‘.àI -.-. - au... .
8 o L’iN l'l‘IATION i-,r 1' I XII THÉOPHANE A STELLA Toute l’humanité pleure, chère enfant; et plus la créature est haute, plus sa sensibilité est fine, plus elle augmente son pouvoir de soufîrance.
Là comme partout, ce qui est secret est plus actif et plus aigu que ce qui est manifeste; les grandes douleurs se cachent aux yeux du monde; elles habitent des pa— lais somptueux, avec de magnifiques façades, des statues et des décors; mais on les trouve dans les réduits obscurs que connaissent seuls les familiers; elles torturent dans le silence et dans la solitude ceux qu’on appelle les grands, les heureux et les puissants; où as-tu jamais vu masques plus tragiques sinon chez les triomphateurs de l’ambition et du lucre et de la gloire?
Chaque homme célèbre porte avec lui le vau tour mythique qui lui déchire la poitrine, mais aucun ne le veut avouer, et ils meurent tous par orgueil plu tôt que de vivre en s’abaissant.
Cet orgueil, cependant, est nécessaire, car il est un explosif puissant; rappelle-toi que ce qui est vrai dans les mondes de la matière l’est aussi dans les mondes de l’esprit; plus la roche est dure, plus la dynamite a de prise sur elle; ainsi, plus l’âme est ferme, plus les sentiments qui l’animent lui donnentde constance, de force et d’énergie.
Voilà pourquoi les grands con ducteurs d’âmes recommandent tous à leurs disciples de garder secrets leurs sentiments, d’agir sans faire connaître les mobiles de leurs actes, de souffrir et de
LETTRES MAGIQUES 81 la A.«\{.fli‘:-ÏI _' jouir en silence. L’immutabilité, l’impassibilité ne sont—ils pas les signes esthétiques de l’Absolu ?
Cependant,_ si nous sommes forts, nous sommes aussi de petits enfants faibles; les grands mots pom peux, aVec lesquels nous nous exaltons jusqu’à ce qu’on est.convenu d'appeler l’héroïsme, sont un peu comme le sabre, le petit képi et la cuirasse de fer blanc moyennant quoi chaque bambin s’imagine caracoler à la tête d'un régiment invincible.
Chez tous les hommes, à de bien rares exceptions près, il y a l’ambition, ou l’avarice, ou l’amour, ou la haine, ou la vanité, trompettes de quatre sous, aux sons desquelles nous nous grisons avec complaisance et conviction. (A suivre.) a \' à.» _‘ mus Tu <» . >r\flr m... " 'l. ‘i r: "‘a .‘-‘.' i 'l .2 n“ ‘. I i'; t n 'A 'bWq'. “ a —»
., . La reproduction des articles inédits publiés par l‘Initiatiun est formellement interdite, à moins d‘autorisation spéciale.
PARTIE INITIATIQUE (Cette partie est réservée à l’exposé des idées de la Direction,des Membres du Comité de Rédaction et a la reproduction des classtques anciens.) Veillez et priez Veillez donc, car vous ne savez quand viendra le maître de la maison, ou le soir, ou au milieu de la nui], ou au chant du coq, ou le matin : crai gnez qu’il ne vous trouve endormis, à son arrivée soudaine.
Ce que je vous dis, je le dis à tous: Veillez. (St. MARC, t. xm, v. 35-37.) Un homme travaillait une ferme fort belle et très fertile. Il était seul. Tout poussait à merveille, et les ronces se mêlaient aux mauvaises herbes, qui étaient plus belles que les fleurs cultivées d’aujourd'hui.
Mais l’homme était seul à penser aux choses néces saires, car il cultivait son domaine d’après un plan bien ancien déjà et qu’il ne pouvait guère saisir dans toute sa plénitude. De plus, son champ d’action tout entier soupirait
VEILLEZ ET PRIEZ 83 après une révélation nouvelle, après la vue de quel qu’un qui fût comme lui, mais qui puisse lui expli quer le pourquoi de tout son travail, de toute cette beauté sauvage qui l‘entourait. Un matin, l’aurore se fit plus belle que de coutume, le soleil s’approcha sans brûler de ses rayons l’homme solitaire. Puis, au milieu de cette béatitude tempérée, un Être se fit voir à l’homme.
Une journée entière Il resta près de lui, silencieux, afin quel'homme reprenne courage. Et la nuit première, il fit le tour de son do maine, pendant le sommeil profond de l’homme. Le second jour, Il s’inclina au—dessus de lui et le guérit de sa solitude en le touchant. Il lui rendit la communion avec lui-même et par là avec toute chose, afin que l’homme puisse comprendre le plan de son travail. La nuit seconde, Il rendit à l’homme l’espoir.
Le troisième jour, l’ayant accoutumé à lui-même, Il lui parla etlui dit: « Homme, je ne te laisserai point seul, mais je t’enverrai un ouvrier, qui t’enseîgnera à cultiver ta terre, sans quoi tu devras la quitter à cause de ta paresse. » Et l’homme répondit: « Seigneur! laisse-moi tes ordres et je les suivrai. » Mais l’Être lumineux répéta: « Je ne te laisserai pas seul.
Je reviendrai moi-même, encore au moment où tu devras rendre ton fruit, et la conséquence de ma venue sera avec moi. » Alors l’homme se réjouit, croyant que le but qui lui avait été désigné par les paroles de son Sauveur était déjà atteint, sans son travail nécessaire et à venir. Il ,; -..e‘) ‘ tu!" ..- en n '..... . un -‘ « _ "\.—d _ .‘t..:. 'Mumm'rf "’I'I'ÆI‘ mm—« - - A , . - ..u.u'fl
84 L’lNITIATION ë,. a..., '... , 11 .çvkîî«j - \* , . __ —.: :....:., € {. “«Il! n.’. ’Àî' y‘r. 1 . )" . l' ‘Ï i’ - I | -, .i 'r i v « »f . A1,}. garda le souvenir de ces paroles prononcées dans la lumière, il attendit la venue du Christ en gloire, mais il oublia le chemin qu’il lui fallait faire entre temps pour se mettre en état de l’apercevoir. Et la nuit troisième, le Christ prit le sentier des ronces et s‘en alla.
Peu de jours après, l’homme entendit un pas léger dans son jardin et le son d’une pioche qui frappait la terre; il se fâcha et se monta lui-même contre l’ou vrier du Seigneur, disant en son cœur vaniteux : « Il n’est pas beau comme moi, il n‘est point riche comme moi, il travaille ma terre et mes outils lui obéissent mieux qu’à moi ».
Il s’approcha donc de cet ouvrier malvenu à son caprice et lui dit: « Tu n’es point de notre Dieu qui règne au Soleil ; ceux qui sont venus de Lui sont avec Lui là-haut et que je fasse rendre à ma terre ce que bon me semble, pourquoi viens-tu te mêler de mes affaires P» Mais l’ouvrier baissa ses paupières sur ses yeux et ne répondit pas.
Le travail marchait et l’homme s’en alla, au soir, dans sa demeure où il s’endormit; alors l’ouvrier s’approcha de lui et il garda longuement son âme engourdie. Et le Christ vint, et l’être de l’ouvrier se confondit avec Celui de son Maître, et ils veillèrent l’homme tous deux, en un seul. Ainsi, jour après jour, l’ouvrier qui cultivait la ferme revint,sans que l’hommel’y eût engagé une seule fois. Les fleurs lui obéissaient et faisaient place aux fruits ; les fruits s’assemblaient en récoltes et le sol
wv ,- . .rv.-.v4v 85 produisait où et quand il lui en donnait le comman dement. Tout ceci irritait l’homme de telle façon qu’au lieu de travailler ensemble avec l’ouvrier promis d’après les paroles de son Seigneur, il voulut surpasser l’ou vrier dans son œuvre et se mit à élever une structure de sa propre imagination.
Il bâtitun pavillon au milieu de son jardin, qu’il orna de son intelligence, où il transporta tous les trésors de sa sagesse, les cacheta de son cachet et se trouva pré paré, par le mérite de son œuvre, à la venue de son Dieu. L’ouvrier vittout cela de son travail et il en pleura, car il ne prenait de repos ni le jour ni la nuit, culti vant la ferme depuis tôt jusqu'à tard et veillant sur l’homme sans cesse, pendant son sommeil.
La nuit qui suivit le triomphe imaginaire de l’homme, l’ou VEILLEZ ET PRIEZ , vrier s’approcha delui, plus près encore, et le soleil se voila davantage que d’habitude, car il craignait pour l’homme infidèle l’approche immédiate de son Maî tre. Le Sauveur dévoila sa face et l’homme se détourne, disant à travers son sommeil: « Où t’ai—je vu, Sei gneur, mon Maître ?
Où est la gloire promise ? » L’ouvrier l’entoura de ses bras, tout endormi qu’il était et lui dit :‘ ou ne m’as—tu pas vu, enfant égaré ? « Ma gloire serait—elle semblable à la tienne, les petits cieux pourraient-ils la contenir ?
Mais l’homme se débattit entre les bras de son Maître et cria : « Tu es injuste, ô Seigneur, tu viens pendant mon sommeil, dont tu sais que j’ai besoin, afin de profiter de ma faiblesse, de ce que je ne suis pas en état de te mon trer mon ouvrage l » . "‘ "“'î".‘"‘.îf .s«:.........‘. ..._ . -. .1 ' ..
86 L‘INITIATION ;_....,_t_ n ' 'VJ"I"I" " -‘ *On'\ "a.w,.«. L‘homme se réveilla et ne vit personne, il sortit dans son jardin et vit que son pavillon n’était pas détruit ' alors il se réjouit de la stabilité de l’œuvre de ses mains.. Il chercha aussi des yeux la silhouette si connue de l’ouvrier de la ferme, mais il ne put la découvrir, ca ce dernier était caché par les ronces, en train qu’i était de les émonder à leur tour.
Dès lors l’homme s’installa complètement dans son pavillon, il y mangea, y but et y passa ses nuits ajoutant des ornements inutiles tirés tous des trésors de sa vanité personnelle. Et le jardin fut allé à la dérive si l’ouvrier n’en avait point eu pitié; mais l’homme craignait à pré sent de s’aventurer hors de son pavillon, car il n comprenait pas comment tout vivait et prospérait apparemment tout seul et par soi-même.
Mais un jour, une lueur passa devant ses fenêtres l’homme vit passer un être qui brillait, accompagné de beaucoup d’autres qui brillaient également et qu tintaient une sorte de mélodie. L’homme se réjouit en lui-même et cria: « Viens Seigneur, mon Maître, reçois ici l’œuvre de me mains et le fruit de mon intelligence». Alors l’être brillant s’approcha, entra avec toute s suite et interrogea l’homme solitaire.
« Es—tu seu ici, lui demandai-il, as-tu fait tout ce travail de ton propre gré et sans témoins ? » «Je suis seul », répondit l’homme qui se souvin aussitôt au fond de son âme de l‘ouvrier silencieux e de son rêve étrange et il ajouta: « Je t'ai apporté du plus fort de ce que j'avais. »
87 \'EILLEZ ET PRIEZ Et le prince brillant lui dit: « Viens, quitte cette demeure qui n’est point digne de toi. » Ainsi l’homme prit pour maître un ange des ténè bres et fut enrôlé parmi ses suivants.
Il était content, car il n’avait pas encore conscience d’avoir trompé celui qui l'emmenait, en lui disant « Je suis seul », au lieu de suivre et de se rappeler l‘ordre reçu de son Maître véritable qui lui avait laissé les paroles: « Je ne te laisserai point seul. » Il arriva que, lorsqu’ils voulurent franchir les con— fins des champs de l’homme, se considérant comme libres et maîtres chez eux, ils se heurtèrent à une haie de fleurs vivantes et lumineuses qu’étaient deve nues les ronces cultivées par le Maître-Ouvrier.
Et, lorsqu’ils les heurtèrent, une mélodie s’en édrappa qui amena le Seigneur de suite auprès d’elles. L‘Ange des ténèbres trembla 1à sa vue et se tourna vers l’homme en lui disant : « Voici, tu m’as trompé, et, à cause de ton mensonge, nous sommes tous pris là où tu ne voulais pas rester, étant seul. » Mais l’homme reconnut l’ouvrier et pleura.
Alors le Maître se tourna aussi vers lui et lui dit: « Je suis le commencement et la fin, l'interminable et l’Éternel, va, cherche et où tu me trouveras, là tu me posséderas, toi et les compagnons que tu t’es choisis de ton propre choix. » Et il prit une fleur harmonieuse, parmi celles que l’homme aurait possédées toutes s‘il fût demeuré fidèle à son Sauveur. Il la lui donna pour sécher ses larmes. ZHGRA. .314. _ .'a S. J.fiâzaflz—zn.yç.æ r. :‘.au.'=‘n ....1-.w< m1.». . Mu .. _a...u. .w.’h.-': ,
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La séance du 26 juin, la dernière de cette session, a été remplie par une vive et profonde causerie du doc teur Papus sur la possédée de Gretz; les phénomènes que présente cette religieuse ont été réduits à leur juste valeur, ainsi que les différentes théories proposées pour l‘expli cation de ce cas étrange. Nous ne détaillerons pas les idées du conférencier qui seront très probablement publiées ici même.
La seconde partie de la séance a été consacrée à des projections de photographies d‘êtres invisibles, pro jections accompagnées d'un commentaire où le docteur Rozier a fait montre de la plus grande expérience des choses de l‘Au-delà.
UNE ŒUVRE HUMANITAIRE L’HÔPITAL DE LA FAIM M. Louis Encausse et son projet Chaque jour les journaux enregistrent le suicide de désespérés qui, mourant de faim malgré leur volonté de travailler, ne peuvent résister plus longtemps à leurs souf frances et préfèrent en finir de 51ÿe avec la vie. Parfois ces malheureux s’affaissent tout à coup sur la voie publique, morts de faim.
Il y a là un véritable crime social auquel les citoyens doivent porter remède eux—mêmes, si le gouvernement est impuissant à le faire. Cependant l’Assistance publique
' . '1.ul| L’HÔPITAL DE LA FAIM 89 a bien intérêt à bien considérer la question. L’on se plaint, en effet, que les hôpitaux sont chaque jour plus encom— brés et deviennent de plus en plus insuffisants.
Cet en combrement est causé par les malades chroniques qu’on ne peut renvoyer, mais qu’on ne peut pas non plus guérir; la phtisie pulmonaire, qui fait à Paris plus de 20.000 vic times par an, est un des facteurs les plus importants de cet encombrement.
Or l’homme qui n’est plus soutenu par une nourriture suffisante est en état constant de ré— ceptivité, suivant une expression devenue classique, et prend très facilement les germes de toutes les maladies courantes.
Si l’on avait pu soutenir à temps ces malades, ils auraient pu résister facilement à l’infection tuberculeuse, et quelques grammes de viande donnés alors auraient empêché l’envahissement d’une maladie chronique que des kilos de médicaments et de sirops sont impuissants à guérir.
D’autre part, l’homme qui a la fièvre n’a besoin que d’un lit pour se reposer; mais l’homme qui n’a aucune affection, qui estencore robuste et à quisa famille demande du pain alors qu’il n’en a pas pour lui—même, que peut—il faire ?
Il ne peut que se révolter contre une société qui le condamne à mort ainsi que les siens, et souvent il va grossir le nombre des malfaiteurs, résolu à tout plutôt qu’à voir ses enfants mourir de faim. — Prisonnier il coû tera bien plus à I’État qu’il n’aurait coûtéàsatisfaire avant son désespoir. En supprimant la cause on supprime tous les effets.
Supprimez la possibilité de mourir de faim, et vous Sup- , primerez de ce fait la moitié et même plus des malades 'l hospitalisés et des malfaiteurs, Il existe un hôpital de convalescents pour ceux qui sortent des hôpitaux, non encore guéris complètement; il n’existe pas un hôpital de prévoyance pour empêcher »: l’éclosion des maladies ou des vices.
C’est pourquoi nous ' venons soumettre à n 5 lecteurs l’idée vraiment humani— ; taire d’un chimiste c0 emporain déjà connu honorable- ‘ ment pour ses travaux scientifiques : M. Louis Encausse. Cette idée, appuyée sur les motifs que nous avons énur méréS cidessus, consiste à créer avec des ressources qu’il faudra trouver un HOPITAL DE LA FAIM. I‘: I I. . 1VG—9;z ..:.unî€lutä. ....‘. ‘ u... 74-—-uu.
90 L‘INITIATION Cet hôpital serait organisé de telle sorte que les pauvres honteux, comme les malheureux en général, n'auraient pas à rougir de l’assistance qu‘ils recevraient et pourraient être secourus discrètement. Au point de vue pratique, M. L. Encausse possède des modèles et des plans complets d'installation, permettant de supprimer en grande partie le personnel et de réduire les frais au minimum.
Le service se fait presque mécani quement et toujours d’une façon invisible.
C’est ainsi qu‘on peut arriver à donner un repas composé de 125 grammes de pain, 100 grammes de viande, 100 grammes de légumes et 175 grammes de soupe grasse au pain, repas qui revient à 15 centimes et demi à l'administration de l’hôpital, à con« dition, bien entendu, que personne ne veuille réaliser des bénéfices, car il s‘agit là d’une œuvre humanitaire et non d’une entreprise industrielle.
On pourra dire que cet hôpital entretiendrait la paresse: mais ne vaut-il pas mieux dix paresseux que cent malades et vingt malfaiteurs ? Lesquels coûtent le plus cher ? De plus, les tribunaux pourront condamner avec la dernière rigueur ceux qui auront commis des délits graves, car alors il n’y aura pas l’excuse de la faim. Faut-il demander au gouvernement une loterie pour réaliser cette idée ?
Faut-il s'adresser aux personnes tou jours prêtes à aider les grandes œuvres humanitaires? Nous n’avons pas à traiter cette question ici.
Nous avons voulu appeler l‘attention de nos lecteurs sur une idée que nous croyons pratique; nous serons reconnaissants à nos con-— frères de la Presse spirite et spiritualiste de la répandre, et nous engageons les lecteurs qui voudraient de plus amples renseignements à s'adresser au promoteur de l’œuvre : M. L. Encausse, 16, rue Rodier. P.
Bibliographie , Vient de paraître à la Société d’éditions Scientifiques, 4, rue Antoine-Dubois, place de l’École-deMé’decine, Paris—Vl° : b.__m‘â ., _ >, _, 2.}..nab
BIBLIOGRAPHIE 9! Unité, Attraction, Progrès, Nouvelle Conception Phi losophique de l’univers, par Paosrua GAYVALLET. -— Qua trième édition. Voici les titres des principaux chapitres de cet ouvrage '. Vers le bonheur. Conception philosophique de l’Univers. Les trois attributs de la Substance-Une. Les imperfections de Dieu. Les Religions, Dogmes et Systèmes. Les sept manifestations du Principe de Progrès. Loi d’universel développement.
Révolution sociale. Ce livre renferme sous une forme claire, agréable et ac cessible à tous, des connaissances et des idées éparses en un grand nombre de gros volumes difficiles et pénibles à lire. Ainsi qu‘il sera exposé ci-dessous, ces connaissances, réunies en 300 pages, sont dominées et éclairées par plu sieurs idées tout à fait nouvelles sur la Philosophie, les Religions et la Politique. ' Ce livre ne se vend que 2 francs.
L‘auteur se propose de montrer que, en dehors de toute croyance religieuse, quelle que soit sa situation intellec— tuelle ou sociale, — L’homme possède les moyens d’arriver, dès ici—bas, au bonheur pour lequel il se sent né. — Bonheur considéré et défini au point de vue à la fois idéal et réel. ’ — Cette définition conduit rationnellementàune certaine conception philosophique de l'univers. -— Précédée d‘une preuve nouvelle de la réalité objective du monde extérieur. — Tous les phénomènes, depuis la rotation du système solaire, jusqu’ici inexpliquée, jusqu'au fonctionnement des sociétés civilisées, — Sont expliqués, exactement et analytiqucment, par les trois principes : unité. attraction, progrès. — Cette conception n‘est donc pas un dogme: elle a, au contraire, tous les caractères d’une véritable science. D’ailleurs, dans le cours de l‘ouvrage, les diverses religions et les théories des principaux philosophes sont résumées
92 L’INITIATION chacune en peu de mots qui en donnentune idée complète et à la portée de toutes les intelligences. — Le principe de progrès est exposé sous une forme philosophique sous laquelle, jamais encore, il n‘a été con sidéré. — La nécessité du Principe du Progrès est démontrée à priori, en partant de l‘existence de I‘Être : — Il est établi, indépendamment de toute expérience, que I’Être doit se développer nécessairement, depuis l’état le plus infime du règne inorganique jusqu’à l’idéal de la volonté libre. — Une loi d'universel développement est exprimée en des termes symboliques. —- Expression propre à frapper et à captiver tout esprit soucieux de ce qui dépasse la décevante platitude de la vie matérielle. — Les moyens (accessibles à tous) par lesquels l’homme peut arriver, dès ici-bas, à la Béatitude, sont déduits logi quement de cette conception de l’Univers.
LA FAMILLE HERNODEC, de Grimard. — Les Vies succes sives. — Entretiens spirites par les auteurs des origines et des fins suivis des plans de l’espace. CH. BYSE. — Le Prophète du Nord, in»8 avec portrait et planches. Chez Fischbacher. Le livre de M. le pasteur Byse est un de ceux qui méri tent le plus de retenir l’attention et par le sujet qu’il traite et par le travail qu’il a demandé.
Les doctrines de Sweden borg y sont admirablement résumées et clarifiées; elles semblent avoir produit sur l’âme religieuse de l’auteur un efi‘et bien plus profond que celui—ci le pouvaitimaginer en commençant son étude; et cette sorte d’emprise magné tique qu’exerce toute révélation directe sur l’esprit de l’homme a fait que M. Byse voit dans Swedenborg une perfection qui n’y est pas et déprécie un peu d’autres illu minés aussi estimables tels que Bœhme par exemple; de plus, son érudition est moins sûre quant au mysticisme contemporain : la Société Théosophique n’a jamais été le porte-voix que de certains enseignements hindous et Papus et son école, bien loin de repousser la prière, la préconisent . au contraire comme la seule arme licite dont l’homme
BIBLIOGRAPHIE 93 puisse se servir en conservant sa véritable attitude.
L’idée fondamentale dont on devrait se pénétrer avant de com— mencer toute étude de ce genre, et qui malheureusement ne germe d’ordinaire dans le cerveau qu’après avoir passé en revue la presque totalité des systèmes d’occultisme, c’est qu'aucune philosophie ne contient toute la vérité, chacun des génies dont l’œuvre éclaire la marche de l’hu manité a été posté sur un sommet, mais non pas sur le sommet des sommets. , Mais il ne faut pas non plus individualiser à outrance.
Remarquons que tous les illuminés’ qui se rangent à la suite du Christ ont une méthode pratique ou une morale identique; seules, les théories diffèrent en amplitude ou en profondeur. Ainsi Swedenborg et Bœhme ont le même code d’ini tiation; tous deux proclament la nécessité de la foi et de la charité pour être sauvé; tous deux reconnaissent Jésus et la vérité de Sa loi.
Mais la théorie philosophique sur laquelle ils élèvent l’édifice de la réintégration de l’homme est fragmentaire. Bœhme .a décrit sous d’autres noms, par " une intuition étonnante, le plan dont les Upanischads sont une description grandiose ; Swedenborg, lui, a vu les royaumesinvisibles, les musiciens, les anges qui se meuvent dans les espaces du Souvar Loka, selon les poèmes hindous.
Tout est vrai ou plutôt il y a une part de vrai dans toutes les idées de l'homme ; le faux absolu ne peut pas subsister dans le monde.
Si Swedenborg a Vu juste en décrivant les êtres de l’as tral, jusqu'aux anges du plan mental, dont la langue est le nombre, Bœhme n’a pas été moins exact en s’élevant jusqu’à la Nature éternelle qui sort du Père comme une source inépuisable; si le premier rappelle l’existence de centres initiatiques au Tibet, le seœnd emploie les mêmes mots dont les anciens Rishis se servaient pour noter les formes mystérieuses du mouvement dans l‘abîme primor— dial.
D’où viennent ces similitudes de doctrine chez des hommes si étrangers aux choses de l’Orient ? Pour le sa voir, il faudrait être juge des Ames; bornons-nous donc à étudier, et les livres quand ils sont aussi consciencieux et aussi sincères que celui de M. Byse, et la Nature, quand nous avons mérité qu’elle lève un pan de son voile. S.
94 LÏNlTlATION Vient de paraître: La Librairie des sciences psychologiques, 4,2, rue Saint Jacques, vient de mettre en vente un ouvrage scientifique d’une grande valeur, ayant pour titre : 1Watz‘ère, Force, Esprit ou Évidence scientifique d’une Intelligence Suprême par H. M. LAZELLE, colonelde l‘ar— mée des États-Unis d'Amérique. Traduit par C.
MOUTONNIER, ancien professeur de l’École des Hautes Études Commerciales de Paris, ce livre se recommande autant par la force de son argumentation que par l’élévation de ses pensées.
' Heurtant de front le matérialisme, l’auteur renverse de fond en comble les théories de Bûchner et de ses doctes disciples et démontre par a + b que ni la matière, ni la force n’est capable de produire la vie et que l’hypothèse d’une intelligence suprême qui pénètre, anime et dirige tout, est la seule admissible; la seule qui donne la clefdes . mystères de la création et satisfasse la raison.
Publié à New-York et à Londres, en 1895, le livre du colonel Lazelle reçut les plus grands éloges de la presse, et les hommes de science, ses compatriotes, y firent un accueil si chaleureux que la première édition en fut épui sée en quelques mois. Nous ne doutons pas qu’il ne soit apprécié de même par tous ceux qui chez nous s’occupent des grands problèmes de la destinée humaine et sont à la recherche de la vérité. Prix : 2 fr. 50.
CORRESPONDANCE Paris, 27 juin 1 gaz. CHER MONSIEUR, Je viens de lire avec intérêt votre article paru dans l’Ini tz'ation du 9 juin, relatif à la catastrophe de la Marti nique. Permettez-moi de vous relater en peu de mots l’avertis sement que j’ai reçu quelques jours avant cet événement, -V V
NOTE 95 et ce dans l’unique but, non pas d’annoncer un événement accompli, mais de vous fortifier si possible dans votre appréciation sur les causes de la catastrophe et indiquer qu’elles peuvent être prises en très sérieuse considéra tion. Donc, fin avril dernier, le matin en état de sommeil, je vois une croix en bois noir, telle que celles ordinaires dans les cimetières.
Cette croix m’est remise entre les mains et je prévois que la mort va frapper. -— Où ? Je n’en sais rien. Aussitôt après, la porte de mon logis s'entr’ouvre et par l’entre-bâillement apparaît la tête et une partie du buste d’une femme très brune et d’un très beau caractère. C’est la Parque qui sourit tristement avec un muet re proche qui semble m’être adressé.
Je me précipite au dehors et constate qu’une très longue traînée de matières incandescentes (environ 300 mètres) menace d’incendier mon logis, et c’est avec peine que je parviens à l'éteindre. Cette vision très nette m‘a beaucoup frappé; à partir de ce moment, il m’a semblé percevoir, même à l’état de veille, les signes évidents des influences mauvaises déchaînées dans l’atmosphère (orages, grêle, etc.).
20 juin. —Je vois une porte qu’on ouvre brusquement, un homme, un chef d’Êtat est poussé dehors par cette porte et précipité sur le sol où je le vois inerte, tel un pa quet de haillons. R. 8:2: 1:“: 0 NOTE Les disciples de la Nouvelle-Église, suivant les doctrines d’Em-manuel Swedenborg, ont un Culte public, au Temple de la rue Thouin, 12, près du Panthéon, tous les dimanches à 3 heures absolument précises, par M. de Ronden.
96 L'INITIATION ""— Une Bibliothèque publique et gratuite, ouverte tous les jours de a à5 heures, est à la disposition du public qui désire connaître les ouvrages de Swedenborg. M. le Vice-Président du Comité est à la disposition des personnes qui désirent‘des renseignements, le jeudi, de 2 à 4 heures, et le dimanche de 2 à 3 heures. * 41 Librairie du Panthéon. —- M. Royer, 5, rue Soufflet, a organisé un service de port à domicile de livres d’occul— tisme anciens et modernes. —— Nous recommandons cette excellente combinaison à nos lecteurs de la Province et de l‘Étranger. O) Le Gérant: ENCAUSSE. Paris-Tours. — lmp. E. ARRAULT et Cie, 9, rue N.—D.-de—Lorette ..-—è.-. g,.5 .,m‘
VIE N'I‘ DE PARAITRE ALA LIBRAIRIE PAUL OLLENDORFF ëéç3d‘ê — 50, @Jzaussäe d’énfin, 50 — âéëdlÿ PAPUS commun un m nus LA MAIN un ÎIl-IS. 0 o 0 a o 3 f!‘. (Réédition du Traité de Chiromancie de PAPUS, Muse
ÉDITIONS DE L’INITIATION Ên vente à la librairie Paul 0LLEIIIORFF. 50, chaussée—d’hnlin ALBERT POISSON L’Initiation Alchimique Treize lettres inédites sur la pratique du Grand-Œuvre, avec préface du Dr MARC HAVEN et un portrait d’Albert Poisson, 5 pages. . . . . . . . . . . . . . . 1 franc M. FRANCO Les Sciences Mystiques CHEZ LES JUIFS D’ORIENT 68 pages . . . . . . . . . . . . . . . 1 fr. 50 SEDIR Le Bienheureux Jacob Bœhme Le cordonnier-philosophe BEL/l TION vEmmqur DE SA VIE ET DE SA MORT DE SES ŒUVRES'ET DE SES DOCTRINES D’après les Récits D’ABRAHAM VON FRANKENBERG j mas D“s CORNELIUS WEISSNER, TOBIAS KOBER, DE MICHEL CURTZj ET DU CONSEILLER HEGE-NITIUS J‘ J‘a.,.Ài«,ä ‘ 5m‘. . ..
SOCIÉTÉ D'ÉDITIONS LITTÉRAIRES ET ARTISTIQUES LIBRAIRIE PAUL OLLENDORFF PARIS — 50, rue de la Chaussée-d’Antin, 50 —- PARIS Vient de paraître : SÉDIR Éléments d’Hébreu COURS DE PREMIÈRE ANNÉE PROFESSÉ A L’ÉCOLE SUPÉRIEURE LIBRE DES SCIENCES HERMÉTIQUES (Lettre-Préface de Papus) Brochure in-8 de48 pages. . . . . . . . 1 franc. PAPUS ET TIDIANEUQ L’Occulte à l’Exposition de 1900 AVEC LES PLANCHES REPRÉSENTANT LES AISSAOUAHS 'ochurede28 pages. . . . . . . . . . 1franc. 1 JOANNY BRICAUD \ Dutoit-Membrini UN DISCIPLE DE SAINT=MARTIN Brochure de 20 pages. . . . . . . . . . Ofr. 50 .IL.
AVIS A NOS LECTEURS Les œuvres de Louis-Claude de Saint-Martin ont été rééditées sous la direction de l’Ordre Martiniste. Chacune de ces rééditions est absolument con/“r me à l’original. Il est donc inutile de payer 25 ou 30 francs "es volumes qu’on peut avoir à bien meilleur compte dans l, nr teæte intégral. ' On trouvera à la Librairie Paul OL’LENDORFI', 50, Chaussée_d‘Antin .' LE TABLEAU NATUREL Des rapports qui existent entre Dieu, l’flomme et l’Univers Un volume in-8 au pria; de 7 francs ET L’Homme de Désir Ces rééditions sont tirées à"_petit nombre d’eæemplaires et seront vite épuisées. Nos lecteurs doivent donc se presser. Prime aux Lecteurs de I’lN/TIA TION Contre remise de ce bon, le volume « le Tableau Naturel» sera vendu cinq francs au lieu de sept, port à la charge de l’acheteur. Paris-Tours. ——lmp. E. Arraubt et C", 9, rue N0trc—Dame-de-Lotctte.