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Revue phüosophique des Hautes Études PUBLIÊE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS I. 0 O. >I< Docteur en médecine — Docteur en kabbale ’4‘.”— 5N°VOLUME.—1M°ANNEE SOMMAIRE DU N°41(Aoüt 1901) __ ,‘._. PARTIE EXOTÉRIQUE Comment on lit dans la main (p. 97 à 100) . . . . . . Papus. PARTIE PHILOSOPHIQUE Au pays des Esprits (suite) (p. 101 à 1 14) . . . . . . X. La physionomique d’Aristote (p. 115 à 123). . . . . X.
Introduction à l’étude du son—lumière-couleurs dans l‘astral (suite) (p. 124 à 145) . . . . . . . . . . . . Tidianeuq. PARTIE INITIATIQUE La matérialisation d’Adam (p. 146 à 149) . . . . . . Zhora. Relation véridique de la vie, de la mort, des œuvres et des doctrines de Jacob Bœhme (p. 150 à 163). . . . Sédir. Commentaires sur la vie de Saint-Martin (p. 164à 176). Papus.
École hermétique. — Étude méthodique d’un médium. — Bibliogra phie. — Bibliothèque spiritualiste. Tout ce qui concerne la Rédaction et les Échanges doit être adressé 87, boulevard Montmorency, à Paris. Téléphone — 690-50 ADMINISTRATION —- ABONNEMENTS — ANNONCES LIBRAIRIE PAUL OLLENDORFF, PARIS — .50, C/1ausse’e-d’Antin, 50 — PARIS Le Numéro : UN FRANC. — Un An: Dl“ FRANCS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Efi'rayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiatian est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les eflbrts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta— physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et smtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie (Exotérz‘que) expose aux lectrices ces ques tions d’une manière qu'elles savent toujours apprécier. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte.
L’Initiation paraît régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà quatorze années d’existence.— Abonnement: lofrancs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
"L’Initiariau du 15 Août 190 l' PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE [Initiation [0 PARTIE INITIATIQUE SAINT-YVES D’ALVEYDRE — AMO — F. CH. BARLET, S.'. I.'.â — GUYMIOT. — MARC HAVEN, S.'. I.'. :3— JULIEN LEJAY, S.'. I.'. .\t -— EMILE MICHELET, S.'. I.'. (C. G. E.) — LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.'. (D. S. E.) MOGD, S.'. I.'. — PAPUS, S.'. I.'. — Dr ROZ1ER. — SÉDIR, S.'. I.'. —- SELVA, S.'. I.'. (C. G.
E.) 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABlL-MARDUK. —— AMELINEAU. — ALEPH. — AMARAVELLA. — D’ BARADUC. — SERGE BASSET. — Le l-*‘.-. BERTRAND 30' — BLI'I‘Z. — BOIANOV.--— BORNIA PIÉTRO. — ERNEST Bosc. — J. BRI CAUD. — JACQUES BRIEU. — CAMILLE CHAIGNEAU. — CHIMUA DU LAFAY. — ALFRED LE DAIN. — G. DELANNE. — ALBAN DUBET. — 'A. ERNY. — FABRE DES ESSARTS. — L. ESQUIEU. — DEI.ÉZINIER. — JULES GIRAUD. — D“ FERRAN. — L. GOURMAND. — L.
HUT CHINSON. —-— JOLLIVET-CASTELOT. — E. LEFÉBURE. — L. LE LEU. — L. LEMERLE. — LECOMTE. — NAPOLÉON NEY. — G“’ C. NOEL. — HORACE PELLETIER — PHANEG. — G. POIREL. — QUESTOR VITŒ. — RAYMOND — SABRUS. — L. SATURNINUS. — D“ SOURBECK . — THOMASSIN. '—TIDIANEUQ. - G. VITOUX. —- YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG.— JEAN DELVILLE. — ESTRELLA. — E. GOU DEAU. — MANOËL DE GRANDFORD. — L.
HENNIQUE. — GABRIEL DE LAUTREC. — JULES LERMINA. — JULES DE MARTHOLD. — CA TULLE MENDÈS. — GEORGE MONTIÈRE. —LÉON RIOTOR. — SAINT FARGEAU. — R. SAINTE-MARIE. — ROBERT SCHEFFER. -— ÉMILE SI GOGNE. — CH. DE SIVRY. 4o POÉSIE G. ARMELIN. — CH. DUBOURG. -— RODOLPHE DARZENS. -—.JEAN DELVILLE. - YVAN DIETSCHINE. — E. GIGLEUX. -— CH. GROLLEAU. —— MAURICE LARGERIS. — PAUL MARROT. — EDMOND PILON. — J. DE TALLENAY. — ROBERT DE LA VILLEHERVE.
L'1mtmuon du 15 Août 1901. L’INITIATION DIRECTION ADMINISTRATION 87, boulevard Montmorency, ABONNEMENTS TÊLÊP"°“ — “0‘50 PUBLICITÉ: VENTE AU NUMÉRO PARIS-A UTEU1L Dtnncrzuu : PAPUS Diucnun mmnrr : Paul S È D I B Librairie Paul OLLENL‘OM‘I’ 50, Chaussée-d'Anlin, 50 Rédacteur en chef: PA raz-en. BARLEI‘ Secrétaires de la Réduction: FRANCE, un un no fr. J. LEJAY — SABRUS ÉTRANGER, — I2 fr.
RÉDACTION. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la Direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. Prière d‘adresser tous les échanges: 87, boul. Montmorency, Paris MANUSCRITS. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d‘avis spécial.
Un numéro de la Revue est toujours com osé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au p us tôt que le mois suivant. L’Initiatt‘on est, en France, le seul organe officiel des centres suivants : Groupe Indépendant d’Ëtudes Ésotériques. 1.600 Mem bres, 104 Branches et Correspondants. Ordre Martiniste. Ordre Kabbalistique de la Rose + Croix. École Supérieure libre des Sciences Hermétiques.
Société Alchimique de France (avec la Revue I’Hyper— chimie). Union Idéaliste Universelle. P. T. L. (section française). Rite Swedenborgien (Loge INRI). Illuminati Germaniæ (Délégation française).
PARTIE EXOTÉRIQUE COMMENT ON LIT DANS LA MAIN Les lignes et les monts Rien ne semble plus compliqué pour un œil non exercé que le fouillis des lignes qui apparaît quand on regarde la paume de la main gauche, celle que nous conseillons d’étudier de préférence. C’est un peu comme le taillis d’une forêt où les minéraux, les végé taux, les animaux sont confondus en un inextricable mélange. Cependant, les naturalistes parviennent vite à débrouiller tout cela, grâce à leurs classifications mé thodiques. C’est un peu ce qui est nécessaire pour se reconnaître dans les lignes de la main. Rappelons-nous d’abordle nom des doigts: le pouce ou Vénus, l’index ou Jupiter, le médius ou Saturne, .l’annulaire ou Apollon et l’auriculaire ou Mercure. C’est eux qui vont nous servir de guides. En effet, A CHAQUE DOIGT EST ANNEXÉE UNE LIGNE. Cette ligne existe ou n’existe pas dans une main, peu importe. Si une manque, les autres sont là, et avec .de l'habitude on retrouve vite les petits morceaux de la ligne qu’on aurait cru voir manquer. Ne vous lais :sez donc pas intimider par l’absence d’une ligne. ,./
98 L’INITIATION [AOU‘T rr—vr -l _1 Les noms des lignes sont les mêmes que ceux des doigts ; mais on les appelle encore des noms caracté— risant leurs indications spéciales. l Voici une figure simple qui reproduit théoriquement toutes les lignes tellesqu’elles devraient être. Il y a trois lignes à direction horizontale, ce sont L
1901] COMMENT ou LIT DANS LA MAIN 99 A. La ligne qui part un peu au-des_sus du pouce et qui. le contourne (n° 6 de la figure), c’est la ligne de Vénus ou vitale, dite ligne de vie qui indique le cours de la santé. B. La ligne qui part de l’index ou Jupiter appelée Jupite’rienne ou ligne de cœur, parce qu’elle indique les aventures sentimentales de la vie (nu 4.de la figure). C.
Entre ces deux lignes (vie et. cœur), ily en a une autre qui occupe le centre de la main attribué à Mars et qu’on appelle la Martz‘enne ou ligne de tête, parce qu’elle indique la personnalité et. la volonté person nelle (n° 5 de la figure), Les trois lignes plutôt verticales sont : A.
Celle qui part du médius ou Saturne appelée Sa— turnienne, ligne de chance; ligne de bonne ou mau vaise fortune, qui est rarement entière et très souvent, au contraire, est coupée. C’est une des lignes les plus importantes à étudier (n° I de la figure). B. Celle qui part d’Apollon ou annulaire, appelée Apollonienne ou Solaire, ligne de gloire et d’argent ainsi que des succès artistiques (n0 2 de la figure). Elle est souvent très courte. C.
Celle qui part du petit doigt ou Mercure, la Mer curz‘enne, ligne de l'intuition, très développée chez les savants, les médecins et aussi les commerçants (n° 3 de la figure). Exercez.-vous longuement à reconnaître ces diverses lignes et à les nommer dans votre:main et dans celle de*vos proches. De plus, faites rapprocher les dOigts les uns des autres et placez la main le dos sur une table, bien à
100 L’INITIATION plat. Vous verrez sous chaque doigt une petite éléva tion de chair, une vraie petite montagne. Ces monts sont plus élevés les uns que les autres et indiquent aussi le caractère. Ils prennent le nom des doigts. Il y a donc: Le mont de Vénus, formant la partie charnue dans laquelle le pouce prend naissance (à l’œil nu et non par l’anatomiste), c’est ce mont de Vénus qui est limité par la ligne de vie.
Le mont de Jupiter, sous l‘index. Le mont de Saturne, sous le médius. Le mont d’Apollon, sous I’annulaire. Le mont de Mercure, sous l’auriculaire. La partie charnue qui limite la main entre le poi gnet et le petit doigt est formée : 1° Entre l’auriculaire et la ligne de cœur, par le mont de Mercure; 2° Entre la ligne de cœur et le poignet, par le mont de la Lune, dont nous reparlerons. Voilà une leçon difficile. Il faut bien la travailler. PAPUS.
La loi des Étres étant irrévocable, ils sontforcés de la remplir : or, si l‘homme intellectuel doit séjourner un temps dans le sang et qu’on le prive du sien, il s’attache à un autre sang et communément à celui de son meur— trier, homme ou bête. (SAINT-MARTIN). N - _ . u..a..antanfl-ù ..
.-. ...-. .... ......... __ PARTIE PHILOSOPHIQ E ET SCENTIFIQUE distinction, et chacun d‘eux conserve la responsabilité exclusive de Ses idées. Au Pays des Esprits (Suite) CHAPITRE X DANS LA SOLITUDE Il est un instrument dont peu de mortels.savent vraiment apprécier les multiples services, à moins que la nécessité ne les oblige à en chercher l’emploi.
Le jardinier veut-il ouvrir le sol pour y déposer la semence féconde, il prend cet instrument pour fendre la motte de terre trop résistante; lorsque la plante qu’il a semée est devenue arbuste, il s'en sert encore pour élaguer les branches touffues, pour émonder les pousses trop vivaces. Le minéralogiste l'utilise pour séparer l’or pur de sa gangue de quartz brut, ou pour tailler la pierre précieuse.
Le moissonneur l’emploie pour couper ses gerbes; la ménagère pour couper son pain, le boucher pour préparer sa viande, le cuisinier pour la découper; le chirurgien le manie pour couper, sonder, amputer, pour guérir; l’assassin ne s’en sert que pour tuer. Ainsi l’emploi d’une simple lame
102 L'INITIATION d'acier peut faire bons ou mauvais tousles actes d'une vie. Que dis—je, ces actes innombrables ne sauraient s’accomplir sans son usage.
Et bien que, en un cas unique, il puisse tuer, au service du crime, le couteau qui élague et qui taille, qui dissèque et qui ampute, que toutes les branches des arts et des sciences utili sent, mérite assurément de compter pour chose pré— cieuse, lors même que son nom est synonyme de « souffrance».
Par quelles amertumes, par quelles épreuves cependant il faut passer pour bien com prendre les multiples usages de ce même tranchant couteau qu’est la souffrance! Je sais cette leçon au— jourd’hui. mais que d’annéesil m’a fallu pour l’ap prendre !
Je l’ignorais encore, pauvre orphelin aban donné que j‘étais, relativement vieux d’années, mais infiniment jeune d’expérience, sans la moindreassu— rance en lui-même, tandis que je veillais, solitaire, auprès de la dépouille silencieuse, déjà raidie pania mort de celui qui avait-été mon idole, ma vie même, qui, pour moi, avait été plus que moi-même, le souffle qui m’avait fait quelque chose!
Maintes fois naguère, j‘avais été en présenée de la mort, et toujours elle m’avait affecté douloureusement, en dépit des stoi‘ques enseignements de la Fraternité berlinoise. Physique ment ellem’avait accablé. en même temps que mon esprit en avait retiré le sentiment d’un morne mystère auquel les théories néantistes de mes philosophiques associés ne donnaient nulle satisfaction.
Lorsque aujourd'hui je songe que l'objet de ces émotions qui bouleversaient alors mon âme se trouvait être celui qui pOur moi étaitplus qu’un père, je mipuis m’em ..ræ.——|I‘A a.. J_L
AU PAYS DES ESPRITS 103 pêcher, tandis que mon souvenir évoque la muette angoisse de cette heure terrible, de cette heure der— nière que je passais, dans un lugubre et mystérieux silence, auprès du cadavre de l’être que j‘ai le plus aimé dans ma vie, je ne puis, dis«je, m’empêcher presque de pleurer sur moi-même, de pleurer sur ma misère, trop épouvantable alors, .pour pouvoir s’épan cher en larmes.
Ma sinistre veille enfin s’acheva ; en même temps, deux idées fixes s’emparèrent de mon esprit: la première que le professeur von Marx n‘était plus, qu’il était mort, irrémissiblement mort, parti pour toujours; la seconde que, moi aussi, je devais mourir, car la vie sans lui ne me serait pas seulement trop misérable, elle me semblait une pure impossibi lité.
' Accoutuméà agir de prime-saut, l’avenir m‘apparut représenté sous toutes ses faces, dès le moment où je me levai pour quitter la chambre mortuaire.
Mes lec teurs spiritualistes vont peut-être se demander pour quoi je ne retirai ni espérance ni assistance morale de la vision qui, sous la forme et avec la voix de mon ami bienaimé, m’avait instruit de son décès. le répon drai que, dans ce temps-là, une telle visitation était bien impuissante 'à m’inspirer de l’espérance ou à m’apporter quelque consolation.
Les faits font impres sion sur l’esprit en proportion des tendances et de son état de réceptivité.à l’égard de certaines idées. Mon esprit à moi avait été façonné selon les doctrines matérialistes. Mes aspirations religieuses,traitées de chimères, avaientété l’objet constant des réprimandes de mes maîtres. On.m’avait appris à regarderlïimmm*
104 L'INITIATION talité comme un attribut de la matière seule ; les ap— paritions de morts, aussi bien que celles d’esprits vivants, ne me représentaient que des émanations pouvant subsister pendant une brève période après la mort, mais ne pouvant maintenir un état d’être permanent, une fois achevée la décomposition natu relle des corps.
Les éblouissantes visions même, si rayonnantes d’intelligence qui m’étaient apparues sous la forme de la belle Constance, j'avais appris à les regarder comme des images subjectives seulement, des productions de ma trop ardente imagination, ayant pris forme sur «le plan astral» où restent impé— rissablement fixées les impressions de toutes choses ayant existé.
Telle était ma croyance au moment où, silencieux, je me glissai dans les escaliers conduisant hors de la chambre mortuaire. Je cheminai dans la rue solitaire. C’était nuit profonde dans Londres. Une pâle lune de printemps brillait par intervalles, à tra vers les déchirures d’un ciel orageux. L’air était gla— cial, pénétrant. Le désordre de mes vêtements n’était point fait pour me protéger contre la bise cinglante qui gémissait autour de moi.
J’étais seul abandonné sur terre; car, bien que l’imprécise mémoire d’amis. et de parents flottât encore dans mon cerveau, son souvenir de lui seul obscurcissait tous les autres, oc— cupait toute ma pensée. Vaguement j’imaginais que: peutêtre il se trouverait quelqu’un sur terre pour pleurer ma perte, pour souffrir de mon absence; mais je ne pouvais concentrer cette pensée sur un autre que lui, etil était parti pour toujours! Si profonde était l‘impression que le professeur
AU PAYS DES ESPRITS 105" von Marx avait laissée dans mon être, si pleine de lui était mon âme que rien au monde ne me parais-ü sait réel ou tangible hormis son image. Lui à jamais disparu, rentré dans la poussière, dans le néant, que pouvais—je faire? sinon l’imiter, disparaître, rentrer dans le néant.
Avec une rapidité surprenante assurément, pour ceux qui n'ont point. étudié la philosophie des états mentaux extraordi naires, je passai en revue les divers moyens pouvant. me permettre d’accomplir mon triste dessein. Je rejet tai aussitôt tous ceux qui auraient pu attirer sur ma misérable dépouille l’attention ou la curiosité publi que. Je ne voulais ni pitié ni lamentations, ni indis crétions ou racontars.
' Dans ma désolation extrême, toute sympathie hu-» maine m’était odieuse, aussibien que toutregret d’âmes compatissantes lorsque je serais mort. Je voulais me: cacher aux yeux du monde, mourir secrètement, en un lieu où nul ne pût me découvrir. Finalement, je me déterminai à mourir de faim.
J’aurais ainsi le: temps de voir le monde s’évanouir à mes yeux, de voir mon être rentrer insensiblement dans le néant, avant, d’être englouti totalement dans cet océan de l’oubli, qui m’avait pris la meilleure partie de moi-même.. Une dernière fois avant de m’abandonner à mon des tin, je permis à mon esprit d’évoquer son souvenir, Chose étrange à dire, ce ne fut point un sentiment de tendresse ou de regret qui m’anima en ce moment.
Ce fut un amer sentiment de reproche envers celui qui m’avait ainsi abandonné, alors que la destinée elle-même semblait obéir à sa volonté toute-puissantes
I 06 L’INITIATION lntérieurement, je lui demandai pourquoi il ne m‘avait point pris avec lui, lui qui m’aimait tant, lui qui seul au monde pouvait me comprendre!
Ce n’était que peu de semaines auparavant que, de son air mi— rèveur, mi—satirique, il avait affecté encore de me pré— dire la plus merveilleuse destinée: « Vous êtes jeune, riche et beau, Louis! » me disait—il, 4< jeunesse, ri chesse et beauté, ne sont—ce point là les dons cardi naux qui forcent l’admiration du monde! » Hélas ! hélas !
Pensait-il déjà à me laisser seul ici-bas, avec ces appuis précaires pour guider mes pas chanœlants à travers le monde, lui qui, jusqu'alors, les avait con« duits si aveuglément! Avec quelle angoisse, quelle amertume je me remémorais maintenant ces mots glacés, ce complément téméraire! Oh! me connais sait-il donc si peu que de supposer que rien au monde pût m’être cher, une fois lui parti! Parti!
Oui, et ce mot me décida à ne plus me livrer à de nouvelles ré— criminations. Je pressai le pas, passant devant de pai— sibles demeures, enfilant de longues rues silencieuses, je parcourais d’interminables, mornes faubourgs, dé— serts par places, avec des rues à moitié faites, dont la laideur disparaissait dans les ténèbres de la nuit.
A travers des sentiers, des champs, me rendant à peine compte de ma route, mais guidé par un instinct qui précipitait de plus en plus ma course folle, je pour suivais mon chemin, impatient d’être hors de la ville, d’avoir fui son odieuse animation, sommeillante à cette heure, pour pénétrer enfin dans les bois qui bor dent le côté nord de Londres. Je traversai, je crois, h , __4.JJÆ-tacx‘h
AU PAYS DES ESPRITS 107 les districts suburbains que l’on appelle 'Hampstead ou Highgate. J’avais été là en voiture quelques mois avant; et la beauté, la solitude .de ces hauteurs boi sées m’avaient séduit. Car, à l’époque dont je parle, il y a quelque trente ans, ces parages étaient encore presque en pleine campagne.
Je n’avais nulle idée de la distance à parcourir, ou de la direction -à prendre pour atteindre cet endroit précis, et cependant je voulais être là. Avant que de voile sombre de la nuit se fût écarté pour faire place à la grise aurore, mon but était atteint. Je me laissai choir sur le sol à l’abri d’un bosquet profond où nul sentier ne conduisait. Il me semblait être arrivé à ma dernière demeure terrestre.
N’étant pas accoutumé à marcher longtemps, La fatigue excessive que j’avais subie, non moins que l’état dîhébétude extrêmequi avait succédé aux angoisses des heures passées, provo quèrent en moi un sommeil profond dont je ne me réveillai que lorsque le soleil se trouvait déjà haut dans le firmament, si haut que je jugeai la journée fort avancée.
Au contraire de beaucoup de,gens qui, frappés d’un immense chagrin, s’endorment d’un lourd sommeil pourne se réveiller qu'avec une lente reprise de cons— cience de la réalité, je me retrouvai, à mon réveil, exactement dans les mêmes circonstances mentales, provocatrices de l’assoupissement profond dans lequel j’étais tombé. C’est à peine si une seconde se passa avant que j’eusse repris pleine conscience de mon état d’âme. L’épouvantable agonie morale qui m’avait prostré était la même lorsque jemerrelevai, décidé à
108 L‘INITIATION réassumer le fardeau de mes peines là où je l’avais laissé choir. Instinctivement, j'observai la physionomie de mon refuge actuel et m’aperçus que ce n’était point là le lieu de retraite profonde que je cherchais.
Les bois en étaient touffus, mais ressemblaient bien plus à de frais bosquets, capables, par leur ombreux feuillage, d’attirer vers ma retraite les promeneurs de la ville, qu’au gîte solitaire choisi par un lièvre traqué pour y mourir en paix. L’endroit n‘était donc point celui qu’il me fallait. Aussitôt faite ma réflexion sur ce point, j'agis en conséquence.
Je me mis sur pied, déterminé à poursuivre mon chemin plus loin, tou jours plus loin, jusqu’à ce que j’eusse trouvé une soli tude plus complète, un lieu plus sûr, où nul pied hu main ne pût suiVre ma trace. Mes membres étaient raides, las, sans forces, lorsque je me relevai. C'est à peine si, tout d’abord, mes jambes engourdies purent me traîner hors de l’endroit où j’avais reposé.
A me— sure que je marchais cependant, mes membres recouv vrèrent leur élasticité; à force de volonté, excité aussi par la fièvre de mon projet, je continuai à marcher pendant plusieurs heures, jusqu’à ce que la nuit vint ànouveau me surprendre. Je traversai maints endroits charmants, suivant des chemins de campagne, d’om breux sentiers.
Je laissai derrière moi de superbes villas, de ravis‘ sauts cottages, d’humbles demeures où tout le monde semblait heureux, où retentissaient des voix d’enfants ou de joyeuses chansons villageoises. Je les traversai, tel un spectre frissonnant au moindre soupir, au
AU PAYS DES ESPRITS 109 moindre bruit, m’éloignant avec terreur de tout voi sinage humain. Le simple écho d’une voix humaine suffisait pour me chasser. Je croisai sur ma route de misérables chemineaux vêtus de haillons, aux mines hâves, faméliques, qui me regardèrent d’un œil d’envie. Un vieil homme à cheveux blancs, aux vêtements usés jusqu’à la corde, marchait clopin-clopant au milieu d’eux.
Le regard suppliant qu‘il m’adressa en passant réveilla dans mOn cœur desséché un dernier sentiment humain. Je leur jetai ma bourse. Quelle joie fut la leur! Je hâtai ma marche chancelante pour échapper à leurs trop bruyants remerciements. Hélas! Comment auraient— -ils pu deviner que « le riche et beau jeune homme » qu’ils rencontraient enviait leur misère, leur pauvreté, leurs guenilles, regrettait de n’être pas des leurs!
Vrai— semblablement c’était là une même famille ; il y avait là des pères, des fils, des frères peut—êtregtout au moins étaient-ils amis. Tandis que moi, qu’étais-je ? Père, frère, ami, tous étaient partis pour moi. Plus loin, toujours plus loin, je poursuivis ma route, jusqu’à la tombée de la nuit. Sur les bords d’une ri, vière profonde et morne, j’atteignis la lisière d’une vaste et épaisse forêt.
Je me frayai un passage dans les sous-bois toufi'us, et me trouvai, après quelques pas, dans une sorte d‘excavation étendue, raboteuse, dontles sinistres profondeurs semblaient n’avoir ja— mais été explorées par aucun être humain. La solitude de ce sauvage repaire, son aspect affreusement désolé étaient tout ce que je demandais. Je me décidai à faire halte, en ce lieu, à attendre là
I 10 L'INITIATION arum-Inti“ que l‘oeuvre de ma propre destruction s‘accomplit. Une autre longue, longue nuits’éconia, mais non pas une nuit de repos comme la précédente. Tous mes membres étaient brisés, une soif intolérable me-dé vomit; ce fut au milieu d’inexprimables souffrances que je passai cette nuit fastidieuse. Le matin arriva et avec lui une sensation nouvelle autant qu‘étrange. Je connus les hideux tiraillements de la faim.
Depuis deux jours et deux nuits, je n’avais pris aucun ali ment, et ce besoin torturant de manger était nouveau pour moi, primait toute autre sensation. J e.savaisque cessoufirances faisaient partie du programme, n’étaient qu‘une scène dans le drame que je m’étais imposéde jouer. Je n'avais point prévu toutefois, et j’ignorais d’ailleurs, les affres qui m’attendaient.
A mesure que la sensation devenait plus intense, mon esprit semblait, comme autrefois, se détacher de son enveloppe corporelle, pour fixer son attention sur de lointaines scènes, où n’apparaissaient que. des gens affamés. Je ne voyais que des affamés parce que je n’étais attiré que vers ceux-là, je suppose.
Men diants, petits enfants, vieux hommes, vieilles femmes, pauvres laboureurs n’ayant rien à manger jusqu’à ce que leur journée de travail fut terminée, défilaient faméliques, lamentables et sombres, au regard de mon esprit. Je pénétrais dans ces maisons de travail anglaises dont les habitants sont toujours affamés, je voyais aussi des troupes de petits enfants dont les regards avides plongeaient dans des boutiques pleines de provisions. Ou bien encore c’étaient de. pauvres petites _créatures, émaciées, livides, qui pleuraient , l , .A.
AU PAYS DES ESPRITS II I pour avoir du pain. Mon. esprit troublé se trouvait irrésistiblement attiré, comme par un charme, dans l’intérieur des misérables chaumières, vers des man sardes sans toitures, dans des caves nauséabondes où gisaient de lamentables êtres, des deux sexes, de tous âges, tous criant famine comme moi ! Tous n’avaient rien ou presque rien à manger.
Les multitudes que je vis ainsi me semblèrent dépasser en nombre la tota— lité du genre humain. C’était un lugubre mais sur— prenant spectacle, autant qu’horrible était la pensée de savoir que dans une cité aussi grandiose, riche et puissante, il existait assez de pauvres affamés pour constituer une nation. Bientôt je me mis àanalyserles effets différents pro.— duits par cette atroce souffrance sur chaque individu.
C’était d’abord une simple inquiétude, puis de l’im patience, de l’irritabilité, de la colère, une morne tristesse, une'hébétude sauvage. Ce n’étaient là que des étapes de ce chemin de croix, et les premières étapes. Puis vint une période de désirs furieux, fa— rouches; ces affamés devenaient violents, brutaux.
Toute l’énergie nerveuse de leur organisme se con centrait autour de l’épigastre, ne suscitant en eux qu’une sensation, celle de lafaim, comme elle n’avait éveillé en moi qu’un sentiment, le désespoir. Bonté, pitié, pudeur, honnêteté, courage, tout en eux était submergé par l’intolérable sensation de la faim; mais c’était une étape avancée du calvaire, épouvantable à voir. Tandis que, tel un fantôme, je me glissai parmi ces pauvres êtres, vers lesquels m’attirait un irrésis
FI I2 L’INITIATION _ —r'I.'I‘I’Î tible courant de sympathie, leurs conditions physiolo giques se révélaient à ma clairvoyante vision. Bossé je été aux confins de la terre, et n’y eût-il eu à son centre qu’une seule créature affamée, que j’eusse in failliblement été attiré vers elle, si puissant est le cou rant de sympathie spirituelle!
Étrange et cependant strictement selon l‘ordre naturel des choses m’appa raissait le développement des sensations dans ces organismes affamés. C’était d’abord une sensation impérieuse, un besoin pressant que l’estomac avide faisait connaître au cerveau pour qu’il satisfasse à son entretien ; puis une accumulation de sucs gastrique et salivaire, provoquée par l’idée de nourriture.
Les glandes salivaires, les follicules gastriques déversaient en ondes régulières ces secrétiôns sur les muqueuses, et si rien alors ne s’offrait à leur activité, ces glandes, ces follicules se désséchaient, s’enflammaient, pro duisant cette atroce sensation de tiraillement par laquelle débute la faim, suscitant une irritabilité in tense des extrémités nerveuses.
A l’étape suivante,la membrane muqueuse du tube digestif me sembla, en quelque mesure, se digérer elle-même, et je vis que toute l’énergie du système nerveux se concentrait sur le lieu de souffrance, manifestant sa solidarité avec ' les régions épigastriques.
Heure par heure je notai, grâce à mon involontaire clairvoyance, à laquelle je ne pouvais me soustraire, les progrès successifs de ce sinistre mal qu’est la faim exerçant ses ravages sur des centaines, des milliers de victimes aux alentours et dans l’intérieur de cette heureuse, opulente, riche, splendide Babylone du .,M-4Æ"“i
AU PAYS DES ESPRITS 113 monde, Londres. Je remarquai comme un fait curieux parmiles résultats physiologiques de l’inanition, que, tandis que les autres tissus du corps généralement s’épuisaient, se desséchaient, se consumaient eux mêmes, les nerfs ne s’épuisaient, ne s'affaiblissaient jamais. Au contraire leur puissance sensitive s‘accrois sait à mesure que le corps souffrait davantage.
Bien mieux, j’observai que le système nerveux ganglion naire qui innerve l’appareil digestif appelait à son aide l’énergie des nerfs cérébro-spinaux, si bien que, fait digne de remarque, il ne pouvait guère exister dans l’organisme de ces affamés d'autre sensation que l’in tolérable sensation de la faim et de la soif.
Je m’expli quai ainsi pourquoi les malheureux qui vivent sous l’influence de cet atroce besoin sont si rarement de mœurs douces, honnêtes ou aimables.
L’influx ner veux qui normalement doit alimenter les régions in— tellectuelles et sensitives de l’organisme se trouvant accaparé tout entier pour les besoins furieux de l'appa reil digestif, les sentiments affectionnels, la faculté de raisonner, les idées de morale ne trouvaient plus moyen de se manifester. Je m’arrêterai ici pour insister sur certaines singu— lières, remarquables révélations que me valurent mes pérégrinations de visionnaire.
Je vis la chaîne entière des connexions anatomiques reliant le cerveau à cha que fibre du corps humain; je notai la précision des localisations fonctionnelles cérébrales, localisation du mouvement, de la sensation, localisation des fonctions d’usure et d’entretien. Je m’étonnai qu’aucun instru ment, aucun cérébromètre n’ait encore été inventé 8
1 14 L’iNITIATION d’abord pour servir de moyen d’investigation dans la recherche des maladœs cachées de l‘organisme, ensuite comme enregistreur notant qu’à telles conditions phy siques de l’organisme correspondent tels ou tels états d’esprit.
Chez les misérables inanitiés, dont toute l’énergie nerveuse se reporte du cerveau vers l’estomac, les nerfs craniens n’entrent plus en jeu, saufle pneu mogastrique, dont l’action s’exerçant sur les fibres voisines du cervelet, excite inévitablement les pas sions mauvaises : vengeance, destructivite’, avidité, tous les bas instincts de l’animal.
Si ma vie eût dû se prolonger, il me semblait que j’eusse éprouvé pour toujours la plus ardente sympa thie pour les pauvres et les meurt-de—faim. Je me figurai quelle joie eût été mienne àsecourir leslamen— tables êtres que je voyais; je pensais combien peu rai sonnable était le monde d’attendre des sentiments d’humanité, de piété, d’humilité, de douceur de la par-t des créatures en proie aux féroces démons de la faim et de la pauvreté.
Pl’ùt au ciel que les législateurs de nos pays civi lisés aient pu participer aux visions de mon esprit errant, pendant ces mornes heures de souflrance! Un changement colossal serait assurément survenu dans la législation des peuples, car les lois nouvelles eussent décrété crime le fait d’affamer un être humain.
Aussi bien la nation qui laisse un de ses membres mourir de faim devrait—elle, pour I’infamie commise, être— rayée de la liste des nations civilisées. (A suivre.) ...e 4...... -..,.e 1 1 ;
LA PHYSIONOMIQÜE Œ‘uvre . apocryphe d’ARISTOTE .—— lNTRODUCTION La physionomique rappellel’existence antérieure de diverses méthodes : celled’analogiesdetraits humains avec des traits animaux bien connus ; celle de compa raison d’un homme avec un autre dont le caractère est aussi connu, et qui lui ressemble au physique ; celle enfin qui fait une induction au sujet d’un individu, d’après les caractères ordinaires de sa race et de sa nation ; celle enfin qui juge d’après l’expression habi tuelle des sentiments et des passions.
L’auteur oppose à ces derniers que certaines simi litudes peuvent tromper et que l’on ne doit pas juger du caractère d’après un sentiment jfugitif. Beaucoup de signes sont communs à divers animaux ; ce qui peut induire en erreur. Il admet qu’on juge d’après les gestes, l’attitude, la couleur, les sentiments qu’exprime le visage, la barbe, les cheveux, l’allure. la voix, l’aspect des membres et du corps. La loi des analogies irègle tout l’exposé qu’il fait ensuite.
I 16 L’INITIATION Les signes doivent concorder entre eux pour avoir une signification certaine. Une loi psychologique inconnue des physionomistes précédents, c’est que tel trait de caractère entraîne fatalement l’existence de tel autre.
Mais nous ne pouvons plus nous contenter de remarques empiriques donnant lieu à une classifica tion faite arbitrairement, sans que le philosophe ait pris la peine de déterminer ce qu’il y a de plus impor tant dans les facultés et les tendances humaines. Une longue pratique ne donne qu'une certaine habitude empirique et purement individuelle.
Cet empirisme même ne donne pas, pour certains traits, une conclusion que nous puissions accepter sans la vérifier. Mais le cinquième chapitre renferme des vues ori ginales surla masculinité et la féminitédes caractères; comme sur les physionomies animales comparées aux physionomies humaines. La théorie hippocratique n’est pas louée commeelle le mériterait.
Peut-être faut-il la faire elle-même remonter jusqu’à l’école esculapienne, dont le carac— tère essentiellement religieux démontre la haute antiquité. L’occultiste n’aura pas de peine à reconnaître des influences de traditions orientales.
Au xw° siècle, Jodocus Willichius Resellianus, rééditeur du traité aristotélicien,alors traduit en latin, dit que les plus anciens physionomistes grecs furent Loxios, Zopyres et Philémon, eux-mêmes disciples d’Hermès Trismé_ giste (que nous regardons comme l’université des
LA PHYSIONOMIQUE 1 17 prêtres égyptiens). Il supplée ainsi au silence du pseudo-Aristote. Adversaire des chir0manciens, il commente son texte en rappelantqu’Homèra, Virgile, Suétone et d’autres anciens s'étaient assimilé la‘phy siognomonie (I). Nous ne voulons pas énumérer tous les disciples qu’eut le pseudo-Aristote au moyen âge,au XVI" siècle et même au XVII" : leur liste serait fastidieuse.
Albert le Grand, Porta (au XVI" siècle), le jésuite Niquet (au xvn°) méritent pourtant une mention. Lavater s’est lui-même inspiré des vieux traités. On sait que Lavater manquait malheureusement de l’esprit scientifique, quoiqu’il eût des dons d’intuition tout à fait exceptionnels.
Un chercheur, M. Sercaux, a consacré de longs mois à rattacher les données empiriques des physio— gnomonistes à des vérités scientifiques reconnues :les lecteurs de l’lmtialion pourront bientôt apprécier la valeur de ses recherches, qui continuent celles de Polti et Gary. Papus, Barlet, Sédir, Selva et d’autres chercheurs contemporains. SATURNINUS. (t) Nittebergue, :538, in-8. Bibi. nat., R-55066. E.
Martial dit d'un Zo'ile: Crine tuber, niger 0re, brevls pede, lumlne læsus, Rem magnam præstas, Zoile. sl bonus es. «Rouge de cheveux, brun de visage, court des pieds, privé d’un œil,c‘est bien étonnant, Zoïle, si tu as un bon caractère. 3» Le peuplejuge encore malles hommes marqués au B (borgne, bigle, bossu, boiteux).
I 18 L’INITIATION CHAPITRE PREMIER Les âmes suivent les corps et n’existent point par elles-mêmes, de sorte qu’elles ne peuvent pressentir quelque chose sans mouvements du corps.
Ceci est tout à fait évident durant les périodes d’ivresse et de maladie : car les âmes nous paraissent bien changées par les souffrances du corps; et réciproquement le corps ressent le contre-coup des mouvements de l’âme : ceci est évident àpropos des amours, des épou vantes, des douleurs et des plaisirs.
En outre, dans ce qui est l‘œuvre de la nature, chacun reconnaîtra mieux que le corps et l’âme sont unis d’une manière tellement naturelle, qu’ils deviennent réciproque ment cause de la plupart des impressions qu’ils res sentent. Jamais un animal n'a été engendré de manière à reproduire la forme d’un autre, et l’âme d’un autre ; mais le corps et l’âme sont toujours du même être, de sorte que nécessairement tel corps est joint à telle âme (l).
En outre, pour choisir, parmi d‘autres, ceux qui sont connaisseurs des chevaux et des chiens, les cavaliers et les chasseurs peuvent les juger d’après leur apparence. Si ces remarques sont vraies (et elles le sont toujours), on pourra certaine— (1) Loi des correspondances, ou rapports entre le physique et le moral. — —-—
LA PHYSIONOMIQUE I 19 ment juger des caractères.
Aussi les premiers physio— .nomistes ont—ils, chacun à sa manière, appliqué leur art de l'une ou de l‘autre de ces trois façons : les uns reconnaissent les caractères d'après celui de certaines espèces d’animaux, en attribuant à chaque genre de caractère un genre correspondant d’animal ;1 d’autres pensaient qu‘on peut juger du caractère d’un homme d’après le caractère connu de celui, qui àun corps semblable.
D’autres encore jugeaient de la même ma nière, non pas d’après tous les animaux, mais d’après l’espèce humaine elle—même, qu’ils divisaient en genres d’après les races, qui diffèrent et par le visage et parles mœurs, comme les Égyptiens. les Thraces et les Scythes : c’est par ce même procédé qu’ils fai saient un choix des signes distinctifs.
D’autresjugeaient d’après l’expression qui accompagne pour tout homme, ordinairement, la colère, la crainte, le désir de la volupté et les autres passions. Toutes ces mé thodes permettent de reconnaître le caractère, mais il yen a encore d’autres, et l’on peut faire le choix des signes d’une autre façon.
Ceux qui jugentdu caractère d’après la seule expres sion des passions se trompent, d’abord parce que des hommes qui n’ont pas le même caractère ont‘pourtant des traits de physionomie semblables, par exemple le vaillant et l’impudent, quoique la difiérence de leurs âmes soit grande; secondement parce que parfois ils n’ont pas leurs sentiments ordinaires : il peut arriver à des hommes tristes de passer un jour dans la gaité et de prendre un air content, comme à un homme gai d‘être assez affligé pour que le sentiment qui est sur
I 20 L’INITIATION son visage soit changé (1). Enfin, qui oserait porter un jugement d’après un petit nombre de signes sur les hommesqu’il aura vus ?
Ceux qui jugentdu caractère d’après les animaux ne font pas un choix raisonnable des signes : il n’est point permis de conclure à une similitude d‘âme d’après une ressemblance physique, en passant en revue les formes de chaque espèce d’animaux: d’abord, pour parler franchement, per sonne ne trouvera un homme tellement semblable à une bête, mais tout au plus ayant avec elle des traits de ressemblance.
Peu d’animaux en outre ont des signes particuliers; mais beaucoup leur sont com muns, c’est pourquoi si un hommea un trait animal qui est commun à plusieurs animaux et non point particulier à l’un d’eux, commentdire qu’il ressemble plus au lion qu’au cerf P Il est vraisemblable que les signes particuliers ont une signification particulière, et les communs une commune.
Le physionomiste ne pourra donc nullement déterminer ces signes com muns; si un observateur choisit les traits de caractère de chaque animal, il ne pourra nous montrer à quel trait appartient tel signe ; si vraisemblablement ils sont particuliers, il ne pourra saisir ce qui est propre à l’âme des animaux dont le caractère doit être déter miné : le lion n’est pas seulement courageux, le lièvre timide, mais l’un et l’autre ont encore beaucoup d’autres traits.
Si donc rien de précis n’est déterminé par celuiqui a noté les traits communs ou particuliers, il ne pourra pas observer d’aprèschaqueanimal, mais (1) Observations très justes. , . U U ,- ,--....J..t.aun..ugwJ
LA PHYSIONOMIQUE I2 1 il devra choisir les traits quisont propres aux hommes ayant la même passion ;par exemple, s’il observe les traits d’un homme courageux, il doit réunir ensemble tous les traits des animaux courageux, pour recher cher quelles expressions se trouvent dans tous ces ani maux, et n’existent chez aucun des autres.
Si un observateur fait ce choix, de manière à déterminer comme signe de courage chez les animaux auxquels d’abord il avait attribué un signe commun d'expres sions de l’âme ne signifiant pas seulement le courage, mais encore autre chose, il doutera que de tels signes se rapportent au courage ou à une autre qualité.
Mais il faut relever ces signes sur plusieurs animaux, qui n’aient point dans l‘âme d‘autre passion commune que celle dont vous recherchez les signes(1). Aussi tout signe durable signifiera quelque chose de durable ; mais pour ceux qui se rapportent à des impressions fugitives, comment pourraient-ils être véridiques quand auracessé l'impression momentanée de l’âme?
En effet, si l’on prenait comme durable un signe qui survient et qui disparaît, sans doute ce signe serait vrai, mais pourtant il ne serait pas caractéristique, puisqu'il ne serait pas toujours suivi de l’effet.
Les passions que subit l'âme ne changent nullement les signes physiques qui servent au physionomiste; et leurs expressions ne pourront être des sujets de con naissance pour son art. Il n’est pas possible de recon— naître les croyances et les connaissances, le médecin par exemple et le joueur de lyre: l’étude d’une science (I) Remarque importante.
I 2 2 L‘INITIATION ne change aucun des signes dont se sert le physio nomiste (1). CHAPITRE Il Il faut donc déterminer quel est le domaine propre de la physiognomonie, puisqu’il ne s‘étend pas à tous les signes; et montrer quels traits déterminent chaque signe; puis, par voie de conséquence, traiter de cha cun des plus caractéristiques.
La physiognomonie traite, comme son nom même l’enseigne,des passions naturelles qui sont dans l’âme, des signes requis pour juger du caractère, qui changent quelque chose quand ils se rencontrent: nous les exposer0ns plus loin.
Je vais dire ce que sont tous les signes recherchés, et de quelles espèces ils sont: on juge du caractère par les gestes, l’attitude, la couleur, les sentiments qu’ex— prime le visage, la barbe et les cheveux, l’allure vive, la voix, la chair, les membres et l’aspect de tout le corps (2). Aussi, en général, nous classerons dans cette catégorie les choses que les physionomistes disent sur tous les traits physiques qui renferment des signes.
Si donc une exposition de ce genre était obscure ou peu claire, ce qui a été dit suffirait; maintenant il est mieux peut être de parler avec plus de détails et parti culièrement de tout ce qui est requis pour déterminer (I) Les modernes admettent en effet seulement une défor— mation générale de l’esprit, de l‘allure. (2) L’auteur ne dit rien de l’écriture.
LA PHYSIONOMIQUE 123 d’une manière propre et manifeste des signes révéla teurs du caractère, en énumérant ces signes, en disant ce qu’est chacun d’eux, en montrant à quoi ils se rap portent, ce qui n’a pas été développé dans le chapitre précédent.
Les couleurs vives sont le signe du sang chaud et abondant, les blanches sur fond rouge, d’une bonne nature, quand cette couleur se rencontre avec un corps dégagé ; la chevelure molle est signe de lâcheté, la rude, de courage. Ce signe est pris de tous les animaux : le cerf, le lièvre, le mouton, sont très lâches et ont des poils très mous ; le lion, le sanglier, très coura— geux, et portent des poils très rudes.
On peut faire la même remarque sur les oiseaux: c’est une règle géné rale: ceux qui ont l’aile dure sont braves, ceux qui l’ont molle sont lâches. On le voit en particulier dans la caille et le coq. Le même trait se retrouve dans les diverses races humaines: celles qui habitent vers le nord sont braves, ont les poils durs: ceux qui habi— tent vers le midi sont'lâches et ont des poils mous (I). (i) Affirmation trop absolue. (A suivre). La fin de I’Œuwe sera un concert universe’l. (SAINT-MARTIN).
INTRODUCTION A L’ÉTUDE Du « Sun-Lumière-Couleus » dans l’istnl (Suite et fin.) lettres et nombres sont étroitement unis. Le verbe être est le seul verbe; les nombres quels qu’ils soient sont la manifestation de l’Unité.
Mais cette langue du Nombre est perdue, elle fut cependant en honneur dans l’antiquité, même les Pères de l’Église la possédèrent à fond: Origène,Ter tullien, saint Augustin, saint Cyprien, saint Ambroise en font constamment usage, ce sont eux qui transfu sèrent,grâce à elle, dans le christianisme naissant tout l’ésotérisme antique, tout l’occulte traditionnel; mais le prêtre plongé dans la pratique extérieure a perdu le vrai sens, ne connaît plus que l’exotérisme du culte.
Tout marche avec le Nombre : musique, rythme, mouvement mécanique, chimie (combinaisons), so ciétés (agglomérations), commerce(argent); le Nombre régit les Atomes dans leurs groupements, les mondes dans leur éloignement. Le mot mystérieux des Hébreux était IEVE, mot qui renferme la science totale et qui s’exprime par les voyelles; la symbolique lui attribuait des cou
SON-LUMIÈRE-COULEURS DANS L’ASTRAL 125 leurs pour chaque lettre. Comme le mot sacré 0m de l’Inde, il y avait différentes manières de le prononcer et en astral il produisait toutes les manifestations possibles. û Pour la langue chinoise il y a lieu de se reporter à ce qui a été dit sur l’annamite, que certains auteurs appellent « Mère des langues », et surtout de la chi noise. .
La plus ancienne écriture chinoise connue est à la fois idéographique et métaphysique: ce sont les fameux Trigrammes(Koua), à la fois éléments, nombres et let tres: combinaisons de troislignes parallèles continues ou brisées Z ;;: etc., découlant de deux principes, le Yang et le Yn — —— —— dominés eux—mêmes par l’éternel principe Taïki. Puis apparurent les écritures figuratives et hiéro— glyphiques.
La tradition de l’Inde, en nous donnant les Man trams qui sont une des parties principales de cette étude a laissé le plus considérable des monuments con cernant le son visible. La base en est l’Aum sacré. Genèse des couleurs.—Toutes les couleurs se mani festèrent-elles à la fois? Avant que le monde soit monde, existait la lumière, mais une lumière que nous ne saurions comprendre.
Lorsque le monde fut objectivé, que la lumière descendit sur le plan visible, la vraie lumière eut son ombre qui est notre lumière. Or, notre lumière est la lumière blanche; elle con tient en elle toutes les couleurs. Mais n’oublions pas que par rapport à la luminosité, les couleurs sont dans l’ordre suivant en allant du
1 26 charnumu moins au plus : jaune, bleu, rouge, vert, violet. A l’origine donc, le soleil étant créé ne pouvait percer l’épaisse atmosphère qui enveloppait la croûte ter—A restre refroid&e: I’Esprit, le souffle vital, planait sur les eaux, mais la vie n’existait pas encore.
Une teinte ultra-violette, sorte de phosphorescence,éclai rait le monde d’un jour ténébreux, peu àpeu une lueur verdâtre se fit jour,c’était l’eau rem uée ainsi éclairée en grande masse. Puis un soleil rougeâtre un jour paraîtà l’horizon et à mesure q ue se réduisait l’épaisse enveloppe gazeuse il se teintait de couleurs de plus en plus oran— gées et des horizons gris bleuâtres, noir bleuâtres, s’es tompaient au loin.
Lorsque le règne de la vie fut prêt, le soleil radieux, jaune doré, dans un ciel d’azur pon vait rayonner enfin: la luminosité était suffisante. Nous avons dit que les animaux distinguaient les couleurs en totalité ou en partie. Ils ont parfois de la sympathie pour certaines, de l’antipathie pour d’autres. En dehors des daltonistes, beaucoup de personnes, peu développées dans le sens artistique, font des con— fusions déplorables dans les couleurs.
Dans une boutade, Alphonse Karr (t) s’écrie: « Pour les paysans, pareils auxsauvages(2) et aux en— fants, leur évolution chromatique n’est pas complète.
« Il est à remarquer que les paysans ne reconnais sent que le rouge, dont le domaine pour eux embrassev le rose et l’orange et toutes les nuances comprises entre ces deux couleurs, le jaune mais seulement certaines (1) Lettres écrites de Mon Jardin. (2) Pour les sauvages, c’est généralement faux, leur œil dis tingue les couleurs.
SON-LUMXÊRE-COULEURS DANS L’ASTRAL 1 27 nuances. Quand il est pâle, ils l'appellent blanc; quand il est un peu foncé c’est du rouge, le bleu qui commence à l‘amaranthe et embrasse toutes les nuances du violet excepté le bleu pur qu’ils confondent quelquefois avec r le vert. Ils connaissent assez bien le vert.
Le blanc s’applique à toutes les nuances pâles, le noir à toutes les nuances foncées. » On a conclu, avec une certaine raison, que certains peuples sauvages ne distinguaient pas toutes les cou— leurs parce qu’ils n’avaient des mots distincts que pour en exprimer quelques-unes. C’est surtout à remarquer chez la plupart des tribus hyperboréennes.
Mais ils voient rarement des verts et des bleus I Y a—t-il eu une évolution du sens des couleurs chez l’homme (1) ? Pour s’en assurer on a cherché combien de fois étaient indiqués des noms de couleurs dans des ouvrages composés à différentes époques; les résultats sont: Rouge Bleu Vert Jaune Violetj I Sur l‘eau de Gui de, Maupassant. 26 17 6 5 3 Paul et Virginie . . . . . . . . . . . . . . . ..
1( 7 8 r » j Télémaque . . . . . . . .. . . . . .... . . . . .. 6 » 2 2 » j 1" chap. de Pantagruel . . . . . . . .. 7 x 2 » » j L’Ane de Lucien . . . .. . .. . .. . . .. .. x » >7 » »> | l Chez tous le rouge prédomine. Dans la nature, le violet spectral est très rare, le bleu aussi. Mais, (r) La prétendue évolution du sens des couleurs : G. Pon chel, Revue scientifique, 1888.
I 2 8 L’INITIATION [AOUT malgré ce tableau,on ne peut pas dire qu’en quelques siècles les progrès dans la distinction des couleurs se soient accrus de cette manière.
Du rôle des sensations colorées che{ les ,diflérents: peuples à travers les âges et de leur relation avec les idées métaphysiques. — Comme corollaire à notre sujet, nous pouvons rapidement examiner le rôle. prédominant que prennent les couleurs dans le sym bolisme des religions, que ces couleurs se rapportent. soit directement aux forces ou aux esprits surnaturels, ou qu’elles soient la représentation d’un symbolisme gradué.
Nous avons examiné les trigrammes des Chinois: les deux principes Yang et Yn sont l’un blanc et. l’autre rouge (les deux pôles de la force astrale). La figure Ly, qui représente le ciel, est un cercle jaune mêlé d’incarnat (le cercle de Ra des Egyptiens). La terre se désigne par une couleur brune et noire..
Les Annamites représentent les quatre points car dinaux par : Nord En en-Va Génie Or Ouest Bac -Ho Tigre Blanc Sud Chû-Diên Moineau Rouge Est Tang-Lang Dragon Bleu Chez les anciens Mexicains nous trouvons (1): Sud Terre Lapin Bleu Est Eau R oseau Rouge Ouest Air Silex Jaune Nord Feu Maison Vert Centre Ether Soleil_ _ Rouge-orange Ténèbre De minuit (I) Les Couleurs considérées comme symboles des points de* l’horizon, A. de Charencey.
rgor] SON-LUMIÈkE-COULEURS DANS L’ASTRAL 129 Chez les Yucatèques : Sud Bleu ., . u .‘.: ., 5 Est Jaune 8 É} ESt Rouge 5 5 Nord Noir 4) ... Nord Jaune v2 3 Ouest Blanc äg.
Ouest Blanc ou vert gr 5, Sud Rou e m Centre Noir ou rouge—orange m 3 Anciennes peuplades diverses de l’Amérique (I-2) : SYSTÈME QUINAIRE SYSTÈME QUATERNAIRE w‘ Points de Mexicain Fousouais Chabta Dindjié Nahva Maya Guatémalien l'horizon Sud Bleu Bleu Bleu Rouge Rouge Jaune Jaunaouvurt Est Rouge Rouge Blanc Jaune Jaune Rouge Rouge Nord Jaune Jaune Rouge ou jaune Noir Blanc Blanc Blanc Ouest Vert Blanc Noir Blanc Bleu ou vert Norr Noir Centre Rougc«orangeNoir (Dansl’A ccord des mythologies, dans la cosmogonie des peuples arctiques, de E.
Petitot). Nous trouvons les renseignements suivants extraits de l’Exp. en Mésopotamie, Jules Oppert. La tour de Babel reconstruite par Naban-Koudon Rausour, avait sept étages peints de coulerys diffé rentes.
1” Etage noir consacré à Anou-Saturne a“ — blanc — Istar-Vénus 3- —- pou rpre — Béa-J upiter 4' — leu -— Bel Maardouk-Mercure 5‘ — rouge-sang — Nergal-Mars 6' -— argenté —— Lune-Sin 7° -— doré — Soleil-Nabon (I) De Charencey, lac. cit. (2) Certains idiomes désignent plusieurs couleurs par le même nom (Max Muller, Science du langage).
_I 30 L'INITIATION TABLEAU DES 4 GROUPES DES 12 TRIBUS D’ISRAEL n'uru‘:s LE cuxrrrnr: Il DU LIVRE rats nounmas COULEUR saunas CHEFS POINTS des ENSEIGNES du de groupes de l’œpace étendards chérubiquea rational ÉLÉMENTS» Jude Est Vert Lion Émeraude Feu Rubans Sud Rouge Homme Rubis Air Ephra‘im Ouest Jaune Bœuf Topaze Terre Dan Nord Blanc Aigue Diamant Eau Enfin, dans le même ordre d’idées, on peut aussi ajouter ce tableau.
TABLEAU DE FÉLIX OGIER (xv1‘ siècle) énñnanrs Plomb Saturne loir—obscur Terre et eau Aimant, calcédoine Etain Ju iter Bleu Air Saphir, béril Fer ars Rolge»ardant Feu linithisto, diamant, jaspo Or Soleil Jaune Feu bon-boucle, cryaolithe, hélioirope Cuivre Vénus Vert Air et eau Lapis lazuli Mercure Mercure Multicore Eau et terre Émeraude, agathe Argent Lune Blanc Eau Cristal, perles, corail blanc Ces quelques citations indiquent assez que les couleurs étaient choses capitales dans les anciennes traditions religieuses, mais un des plus curieux usages des codeurs fut celui des cordelettes colorées de dif férentes teintes qu’employèrent les Chinois, et surtout les Péruviens (les Quippos), pour exécuter une sorte d’écriture.
Tant de nœuds à telle corde rouge, verte ou violette, signifiait telle chose. C’est bien une rela— tion entre le son—couleur, forme. L’antiquité s’occupa beaucoup du symbolisme des couleurs, mais là aussi il faut partager le travail en deux parties, l’une où l’arbitraire joue un grand rôle, où le même symbole varie de couleurs : c’est le règne de la multiplicité et de la tradition perdue; l’autre est.
SON-LUMIÈRE-COULEURS DANS L’ASTRAL I3I une science qui a sa technique particulière basée sur des règles fixes et dont la fixité a ses racines dans les traditions des religions, les récits des visions des inspirés remontant aux temps où la langue primitive existait au moins encore en partie.
Les couleurs eurent la même signification chez tous les peuples de l’antiquité (blanc et noir = bon et mauvais, l’Antagonisme : les deux principes opposés de la Perse. La langue se divisa en : I°divine;2° sacrée; 3° pro— fane. Les couleurs varièrent dans les trois langues (c’est conforme aux données de l’occultisme).
Pour abréger, le schéma ci-contre résume bien ce symbo lisme: Chaque couleur a trois significations, car, d’après le plan dans lequel elle paraît, elle est : Ou rayon lumineux; Ou rayon translucide; Ou rayon opaque. Les couleurs composées: rose, pourpre, hyacinthe, violacé, gris tansia, règlent les oppositions. Le noir uni aux autres couleurs indique la négation. Toutes les couleurs peuvent, suivant le cas, signifier une chose ou son contraire.
Ainsi le rouge est le diable et aussi la vertu. Le blanc est le symbole de Dieu; l’or a le jaune, le verbe le rouge; le bleu, la sanctification ou le Saint-Esprit. C’est logique. Dieu créateur possède toutes les couleurs. Le verbe par le soleil (jaune) donne la parole de vie. Le bleu et le rouge sont la lumière astrale polarisée. L’Égypte représentait le dieu Trois par un cercle
ô‘jlfllrfl e 553855: dwme 21 - . . [amour d.ufln Manifestation dehv;e _ .E‘O1Ï‘I‘Lfl3hÏ-laClCG' t'Lon d.l l‘univers Ilu1youg€ et [ald>?ib emo.‘hanL Jaunt t‘évdLt’mn sa 295,_ “Inc-n’y} Sagesse \1'l,vLt‘|ñ munife<3eb par dan-na la. vi_lE5pri.t de vévLl:e [— d.<‘.ke qui. en rasulte -ni.an ,lan I.Ueu. a V95": Mgyællesta.küçç _d.o.1e. Ï ba—:à&55& cLu.ru.. l'acte.
Esprlt: d; Ve-rLbg‘ Donna. naissance à. tout“ les. couleu15 \ ‘ . ’l' ] L’exgtenœ en 5‘“ I.x.;u. \\ eu; . D Volante . 8n‘. 'Nega.twn Lumière. Espnl’. des TenÈl:re E: RqLsonhcî’hE'flc . _______.————‘ Acte.
SON-LUMIÈRE-COULEUR5 DANS L’ASTRAL 133 coloré, ailé, entouré de deux serpents (Urœus). N’oublions pas que la lumière astrale est com pactée au bleu. E.
Lévi, dans le Livre des Esprits, a écrit: Circonférence Rouge Amour divin Deux serpents Jaune Le verbe “Les ailes Azur Révélation, air, souflle divin Les intervalles Vert Dernière sphère divine « Les Kabbalistes, dans leurs pantacles, représen tent la couronne divine par une ligne verte qui en— toure les autres figures.
Le vert est l’alliance des deux couleurs principales du prisme, le jaune et le bleu: figures des Eloïm ou grandes puissances qui se résu ment et s’unissent en Dieu. Il yamalheureusementune chose difficile à accorder avec les théories modernes, dans tout ce symbolisme, c’est la formation des couleurs. Le bleu et le jaune comme matières colorées mélangées donnent bien du vert; mais comme faisceaux lumineux, du blanc.
Autres exemples de sensations colorées cher les mystiques, extatt‘ques, etc. Nous avons parlé des sensa tions colorées chez les sensitifs, puis chez les initiés suffisamment entraînés pour pou'Voir se dédoubler ou qui se servent d’un sujet préparé à cet efl"et. Enfin, nous avons parlé longuement du Yogisme et de l’effet des Mantrams, de leurs figures projetées en astral.
Mais si l’on veut avoir une idée, sans toutefois par venir à comprendre ce qu’est la Lumière parlante, il faut lire les récits laissés sur ce sujet par les voyants, mystiques, canonisés depuis pour la plupart: ils ont eu des visions lumineuses colorées, parlantes ; ils ont compris sans paroles, ils ont été inondés de cette \
' 134 L’lN’IIXAÏION .: .u-p1 W r-t Lumière. qui devait être la Lumière du vide, la Lu mièrenon compactée de I’Ëther. Ainsi Marie Lacos’te parle de Lumière spirituelle et.céleste, sainte Thérèse et les grands mystiques parlent de cette illumination intérieure, sainte Hildegarde dit que cette Lumièreest infiniment plus éclatante que le soleil. Dans cette Lu— mière elle voyait parfois une vraie Lumière vivante.
Berguille dit de même : sainte Brigitte, Mélanie Calvot à la Salette, sainte Bonauenture,.saint Jeande la Croix, Marie d’Agréda, etc., etc., sont à consulter. Mais les musulmans ne sont pas restés en arrière; voici une page extraire de Maraboats a Kouon, du. commandant Rim, qui nous fixera sur ce sujet : L‘ordre des Kelouatya est un des ordres cardinaux de. l’Islam, il a donné naissance aux Rahmanya algériens et aux Hafnaouya en Égypte.
Ils se sont inspirés dela Mystique desChadelya; Voici ce . que dit Cheikh Snnussi d’après les-livres de .Kélouatya : « Nous dirons maintenant que les apparitions ne peuvent-frapper l’adapte que-dansla solitude et seulement à la suite de longues pratiques de. piété. Alors lui apparaît la lumière résultant des ablutions et.des prières,pui—s la lumière du:démon en même temps que celle des honneurs.
Il voit ensuiæ la vérité se manifester dans toutson éclat tantôt sous la forme de choses inanimées, comme. le corail, tantôt sous celle de. plantes et d’arbres tels que le palmier, tantôt sous celle d’animaux, comme les: chevaux, tantôt sous la sienne propre, et enfin sous celle de son Cheik. Ces sortes de visions ont causé la mort d'un grand nombre. de personnes. L’adepte
SON-LUMIÈRE-COULEURS DANS L’ASTRAL 135 jouit ensuite de la manifestation d‘autres lumières qui sont pour lui le plus parfait des talismans. Le nombre de ces lumières est de 70.000 ::il se sub divise en plusieurs séries et compose les sept degrés par lesquels on panvieut à l’état parfait de l’âme. Le premier de ces degrés est lÎh.umanité.
On y aperçoit dix mille lumières perceptibles seulement pour ceux: qui peuvent y arriver; leur couleur est terne, elles s’entremêlent les unes dans les autres ;cet.état permet. en outre de voir les génies. Ce premier degré est facile à franchir, l’âme étant naturellement-poussée à fuir les ténèbres pour rechercher la clarté.
Pour: atteindre le.second, il faut que le cœur se soitsanctifié, alors on découvre dix mille autres lumières inhérentes à ce second degré qui est celui de l’extase passionnée; leur . couleur est bleu clair.
Conduit ensuite par le bien que l’on a fait, qui appelle sur vous d’autres biens et blanchit .les âmes élevées en leur faisant absorber les mérites, languis par le cœur et en les purifiant de leurs souillures, on arrive au troisième degré, qui est l’extase du cœur.
Là, on voit l’enfer etses attributs, ainsi que dix mille autres lumières dont la couleur est aussi rouge que celle produite par une flamme pure seulement; pour. les apercevoir, il faut que les aliments dont on se nourrit soient dégagés des choses que l’on aime le. plus etdont on est le plus friand; sinon elles appa raissent mélangées d’une fumée qui en ternitl’éclat. Si cephénomène se produit, on ne doit pas aller plus loin. Le joint est celui qui.permet de voir les génies et tous leurs attributs, car le cœur peut jouir de
sept états spirituels, accessibles seulement à certains afliliés. S’élevant ensuite àun autre degré, on voit dix mille lumières nouvelles faisantpartie des soixante-dix mille qui nous occupent, et inhérentes à l’état d’ex» taxe de l’âme immatérielle. Ces lumières sont d’une couleur jaune très accentuée, on y aperçoit les âmes des prophètes et des saints.
Le cinquième degré est celui de l’extase mystérieuse; on y contemple les anges et dix mille autres lumières'd’un blanc éclatant. Le sixième est celui de l’extase d‘obsession; on y louit aussi de dix mille autres lumières dont la cou— leur est celle des miroirslimpides; parvenu àce point, on ressent un délicieux ravissement d’esprit qui a pris le nom d’El Khadir et qui est le principe de la vie spirituelle.
Alors seulement on voit notre prophète Mohamed (que Dieu répande sur lui ses bénédictions et lui accorde le salut !). Enfin, on arrive aux dix mille dernières lumières cachées en atteignant le septième degré, qui est la béatitude.
Ces lumières sont vertes et blanches, mais elles subissent des transformations successives, ainsi elles passent par la couleur des pierres précieuses pour prendre ensuite une teinte claire, puis enfin acquièrent une autre teinte qui n‘a pas de similitude avec une autre qui est sans ressemblance, qui n’existe nulle part. mais qui est répandue dans tout l’univers.
Parvenu à cet état, les lumières qui éclairent les attributs de Dieu se dévoilent et on entend les paroles du Seigneur, rapportées dans le récit de la tradition aux passages commençant par ces mots: « Je l'ai 1 36 L’INITIATION ‘
SON-LUMIÈRECOULEURS DANS L'ASTRAL " 137 entendu, etc. Il ne reste plus que la Vérité. » Il ne semble plus alors que l’on appartienne à ce monde, les choses terrestres disparaissent pourvous. Certains cheiks, pour traiter la question des lumières, ont dressé le tableau explicatif ci-contre. Symbolisme ratzonnel. —En se fondant sur le sym bolisme des couleurs et en le modifiant d’après les données de l’expérience, on pourrait établir une figure de l’univers de la manière suivante. < 1 f a,u_.. , --f. 0 cran g;_ Motta“5 ‘ ‘ . r . . ’ \ .ËËË‘ËÊËËËII“ s ’\ \ ,'. ’ )> Il l ___—_.____ ____.l _Le .
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SON-LUMIÈRE—COULEURS DANS L’ASTRAL I 3.9 Représentation par unesphère (en plan un cercle). —- Le cercle signifie qu’il contient tout, mais il s’ir radie, c’est-à-dire qu'il va à l’InfinL Il est brillant, éclatant, blanc; c’est la manifestation de la Divinité triple, comme l’avait conçue l’ancienne Égypte. Il. est blanc et contient donc toutes les autres couleurs. Le centre est occupé par un blanc moins éclatant, se bleutamt vers le centre.
C’est l’éther libre. Puis l’éther se compacte sous forme de grand courant astral. Se compacte au bleu clair. Mais le courant se polarise en +et —, en rouge et bleu foncé.Les pôles se rapprochent, l’étincelle jaillit; le courant élec— trique s‘est montré en une lueur violette.
La repré sentation de la Divinité, le soleil jaune d’or, luit au centre, et du mélange des points bleu et rouge et de l’étincelle violette avec le soleil jaune, la vie verte, les mondes habités seront formés. Les verts iront du vert pur au feu terrestre (Aguî), le rouge orangé toute lumière a son ombre.
Au soleil brillant est opposé le soleil noir, l’obscurité qui cherche à régner mais en vain, mais qui répand dans le monde moral et:physique, par combinaison, les pourpres, les gris, les bruns, les demi-teintes. Or, en symbolique seules; les couleurs franches et spectrales sont l’expression réelle du Bien (la lumière pure estdans ombre).
Mais une figure plus simple peut résumer tout; le symbolisme: c’est le sceau de.Salomon, l’étoile à six branches, le signe martiniste. Cette étoile se com pose de deux triangles qui se superposent. Le premier figure liéther initial, qui part:dæn.haut, descend peu à peu, se compacte, devient matière
140 L'INITIATION lorsqu’il atteint la base. Le second figure cette matière se purifiant, remontant à mesure etfinalement épurée, retournant à sa source première : c’est l'involution et l’évolution, la chute et la rédemption. La superposi tion des deux triangles figure donc l‘univers dans la divinité, son mécanisme, sa raison d’être, son origine et son but final. Figurons notre premier triangle.
En haut il est blanc; A; m ‘ä I‘ ‘ -— vw‘fl"-. : «:‘eÏ'.\ . à mesure il se fonce, il s’obscurcit, età sa base il est noir. Mais il se relève, la base noire peu à peu' se dégage, remonte, devient plus claire, etfinalement la pure lumière blanche apparaît.
Or, la lumière blanche,savons—nous,contient toutes les teintes primaires, par son mélange avec l’ombre toutes les teintes intermédiaires ont pu se produire: une première fois lorsque I’Esprit a pénétré dans la matière, et une seconde lorsque l’Esprit s’est dégagé. L’Esprit en pénétrant a produit le monde matériel jus
SON-LUMIÈRE-COULEURS DANS L'ASTRAL r 41 qu’à l’homme inclus. Mais l’homme par sa volonté se ressaisit, se purifie jusqu’à ce que, parvenu au terme de son évolution, il sera digne d’être réintégré dans l’Immatériel Primitif. La lumière blanche, ayant toutes les teintes, a donc en elle tous les sons, toutes les formes.
Les sons pou vant produire tous les eflets possibles, soit physiques, soit moraux, sont donc contenus et exprimés par ces deux triangles noirs et blancs qui sans couleurs sont cependant une figuration des plus colorées et des plus complexes. Tel est le grand symbolisme que l'on peut tirer de cette étoile. C’est un tout.
Quelques remarques sur le son et le verbe. —— Le son bien sublime entre le révélé et l'inconnu donne à l‘homme parfois les sensations les plus étranges En parlant de personnes tombées en catalepsie au point qu’on les croyait mortes, le D“Louis a écrit:« On a vu des personnes qui étaient insensibles à toutes les irritations faites sur l’organe du tact et qui ont donné des marques de vie en entendant prononcer le nom d’une personne qu’elles aimaient, quoique des sans plus forts n’eussent fait, auparavant, aucune impres sion sur l’organe de l’ouïe. » C’est l'explication naturelle de certains miracles, dits surnaturels.
Certains bruits plongentles hystériques en catalepsie, le tam-tam par exemple. Et le pauvre empereur de Chine, atteint de l’étrange maladie de ne pouvoir affirmer sa virilité, n’éprouve-HI pas un semblant de force lorsque, en rêve, il lui semble percevoir le bruit du gong I
14.2 L’INITIATION En I897, un hermétiste essayait devant une nom breuse société le pouvoir de la musique sur la forma tion de certains cristaux. (Ces expériences ont besoin de l’isolement.) Il serait curieux de voir une suite d’expériences bien faites sur ce sujet. Quant à la transmutation par parole, elle doit exister, mais les adeptes à semblables pouvoirs sont rares.
Wagner, avec ses leitmotz‘f, a essayé d‘introduire dans la musique un vrai langage conventionnel. « Le leitmotif (I) est une suite de notes qui doit exprimer une idée déterminée et apparaît dans l’or chestre quand le compositeur a l’intention de rappeler àl'auditeur l’idée correspondante.
Par Le lez’tmntÿ‘ Wagner transforma la musique,en un langage sec. » Malheureusement cette langue est arbitraire- Peut être, lorsqu’on aura trouvé la relation entre le son lumière-forme, qu’on saura les notes exactes, ainsi que les combinaisons nécessaires à: leur faire subir pour exprimer l’idée, arrivera—t-on à parler effective ment en musique. Les Mantramsréclament un accompagnement juste.
L’annamite [et le chinois], avons—nous vu, ont aussi un langage chanté. Il est monosyllabique, le leitmolif est à flexion! Le premier langageen astral est lumineux, mais n'est compréhensible seulement que pour quelques rares privilégiés. (.1) Nordau, Dégénérescence,z vol. .— Henri de Walzogen.a écrit le Guide thématique de la tétralogie des Nibelungen, il en trouve go. C'est une langue pauvre!
SON-LUMIÈRE-COULEURS DANS L’ASTRAL 143 L'homme peut émettre sa pensée sans proférer aucun son ni geste : c’est la transmission de la pensée par projection ou lecture de la pensée par vision externe ou interne. Enfin, il s’exprime parparoles, signes, gestes, notes , lettres écrites.
L’homme æt—il besoin d’être inondé du verbe lumineux et sonore qui pénétrerait en lui par les organes de vision et d’audition, ou a—t—il‘ en lui un germe qui peut même se développer autrement? A t-il un principe intelligent qui, même sanspouvoir s’exprimer, le développement en ayant été arrêté dès la naissance par suite de circonstances impérieuses, tend quand même à prendre son élan.
En un mot, a t-il une partie immatérielle, une âme qui a besoin de son aliment particulier, le verbe P La meilleure réponse est celle que donne le récit de la vie de cette jeune fille qui à dix-huit mois de vient, par suite de maladie, sourde, muette, aveugle(r). L’héroïne, une Américaine, Mne llelen Keller, née en 1880, grâce àdes soins dévoués apprit néanmoins, non seulement à lire et à écrire, mais devint une femme auteur.
Elle connaissait plusieurs langues, savait valser, elle apprit le piano. Ce furent naturellement les im pressions tactiles qui rem placèrent les autres absentes. Cette malheureuse jeune fille au premier abord semblait vouée à l’idiotisme, à la nuit intellectuelle. (1) Voir Re2me bleue, 20 août 1898 : Une Emmure'e, par Ernest Tissot. ,
r 44 L’INITIATION Mais elle l’a fort bien écrit plus tard, quoique ne pouvant s’exprimer dans son enfance, puisqu’elle ne savait pas de langue, elle avait des désirs, des raison nements en un langage à elle. Les formes extérieures des objets et les sensations diverses faisaient travailler son cerveau.
Et cependant, de ses premiers dix-huit mois, a-t-elle dit plus tard, il ne lui était resté que la souvenance d’une grande lueur, mais qu’elle ne pou— vait définir: le soleil entrevu.
Le verbe pénètre donc toujours dans l’homme d'une manière quelconque, et il a besoin de lui, car le verbe c’est la vie 1 CONCLUSION Voici une simple introduction, qui commenceà devenir bien longue, et ce n’en est pas moins qu'un rapide aperçu sur le sujet si intéressant et si capital du son projeté en astral et d’un grand nombre, sinon de toutes les manifestations qu’il peut y provoquer.
Nous avons successivement saisi que vie, verbe, son, ébranlement initial, ébranlements divers s’en— chaînaient, le son spirituel étant le point de départ de tout; pour agir, Il se sert de son agent, qui est la Lumière astrale.
Descendant dans le plan sensible nous avons entrevu l’enchaînement du son-lumière couleurs-formes et, malgré le peu d’avancement de la question au point de vue de analyse exacte des effets observés, nous pouvons conclure que des relations
SON-LUMIÈRE-COULEURS DANS L'ASTRAL 14.5 existent, il s‘agit de les préciser, de les calculer : le Nombre étant la vraie Loi de la Force orgam‘sante et créatrice.
Cette écriture hiéroglyphique colorée n’a pas livré sa clef, mais on sent qu’elle en détient une,on saisit quel ques liaisons entre les couleurs et les formes; d’autre part, en étudiant les plus anciennes langues on retrouve les formes les plus élémentaires du langage, les racines, les sons types; ce sont les voyelles.
Projetées en astral, leurs figures apparaissent, il, reste donc à coordonner le travail entre les sons en général pro jetés et ceux qui paraissent appartenir à la langue pri mitive; par addition ou illumination, on arriverait à reconstituer le premier langage parlé, reflet sensible du langage obscur, c’est-à-dire du négatif formé en Astral, mais qui lui—même a été formé à l’origine par la lumière éblouissante.
C’est le langage sur les trois plans, manifesté de trois manières. Il reste à saisir les liens qui les unissent. . Que la bonne volonté vienne de partout, et plus tard nous pourrons dire, comme Schuré dans les Grands Initiés : « Je suis persuadé qu’un jour viendra où le physiologiste, le poète et le philosophe parleront la même langue et s’entèndront. » TIDIANEUQ :j: 1‘)
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PARTIE INITIATIQUE Cette partie est réserwée à l'exposé des idées de la Direction, des Membres du Comité de Rédaction et à la reproduction des classiques anciens.) La Matérialisaïion d’Adam Adam venait de Dieu, il allait à Dieu également et en route il jouissait d'une telle félicité qu’il n’avait conscience de rien autre que de sa personnalité propre et de celle de Dieu, qui lui avait dit: « Va et tra— vaille».
Lorsque Adam voulut transporter sa per sonne d'un endroit à l’autre (parce qu’étant encore en Dieu, il ne sentait point Son lmouvement extérieur de manière à s’en rendre compte), Dieu lui dit: « J’irai avec toi.
Adam crut qu'il pouvait aller n’importe où, faire n’importe quoi et que Dieu serait toujours avec lui, alors portant ses regards vers les ténèbres au lieu de la Lumière de Dieu, il rapetissa l’Idée de son Dieu en lui-même et ainsi perdit son équilibre moral. Si Dieu l’avait laissé faire, il serait allé s’éteindre aux confins des mondes célestes ou divins. L‘atmos— phère du néant l’aurais envahi peu à peu et dans ce
LA MATÉRIALISATION D’ADAM 14.7 chaos sans fin il aurait perdu toute connaissance de vie relative ; il ne se serait plus senti exister. Mais Dieu lui avait dit : «J’irai avec toi », ainsi qu’une mère dit à son enfantz«Attends-moi», non parce qu’elle a besoin de la force physique de l’enfant, mais à cause de l’amour maternel qu’elle a pour lui. Elle aime ce qui est venu d’elle-même et ne saurait l’oublier.
Elle aime l’intelligence l’imagination de cet enfant,et à cause de ce qui consutue l’enfant inté— rieurement, elle aime ce corps qui étant encore si petit a besoin d’elle; et elle lui dit: « Attends—moi. » Lorsque Dieu vit qu’Adam avait continué à vou— loir devenir plus fort que lui, c’est—à—dire à vouloir le faire incliner à agir selon ses goûts à lui, Il le laissa faire, parce que celui qui tombe se relève et celui qui ne peut pas tomber ne peut pas non plus se relever.
Alors Dieu dit à Adam : « Puisque je t’ai dit que j’irai avec toi, et que tu insistes à t’éloigner, je ne vio lerai pas ma parole, mais elle sera cachée en toi. Tu la retrouveras sûrement, mais seulement lorsque tout ton être sera prêt à revenir et à connaître réellement que tu as été vers le Mal et que tu reviens au Bien.
Quant aux substances du Bien et du Mal, tu ne les connaîtras que lorsque tu seras rentré au bercail, lorsque tu auras passé par toutes les épreuves que tu t’es attirées. Je suis avec toi, mais tu m’as toi-même réduit à la partie mineure en toi. Si tu étais resté petit, tu aurais passé par le Mal quand même, mais si instantanément que comme un enfant que sa mère soutient dès qu‘il trébuche, tu n’aurais pas senti la chute.
148 L’INITIATION «Tu as voulu être grand, tu as voulu marcher seul ; mais dès que tu seras en état de reconnaître ta solitude, de t’en plaindre et d'en être malheureux, — voici, je suis avec toi, a dit le Seigneur ton Dieu. » Dieu ne travaille pas pour Lui-même et c’est à cause de cela qu’ll a la direction de l’homme, comme la mère a celle de son enfant; c’est à cause de cela qu’ll‘ a la lumière entre ses mains et que la Vérité et la Vie lui servent de vêtements.
Certaines évolutions de l’Esprit produisent et de— vront toujours produire par leur substance même, des phénomènes matériels, ou bien la matière. Nous ne savons pas lesquels,— nous savons seulement que le retour d‘Adam vers le néant (qui eut pour résultat la matière) en était une.
S’il nous avait été donné de savoir et de connaître quelles sont ces évolutions de Dieu et de ce qu’ll a créé (comme venant de son Esprit), nous n’aurions, en notre état actuel, aucun scrupule à produire le chaos général, au lieu du bien universel, si cela venait à coïncider avec nos avan tages momentanés personnels.
D’un autre côté, s’il nous était possible de pénétrer en l’Esprit subitement, nous n’aurions pas encore changé de caractère et tout serait à recommencer afin de ne point empirer l’état premier. Tandis que, en allant progressivement comme nous l’a ordonné notre Père céleste, nous nous avançons petit à petit vers ce règne de plein bonheur conscient.
Mais il ne faudrait point tirer de tout ceci la con clusion que réduisant tout au plus petit il vaut mieux mal faire que bien. Tout a son temps et si nous avons
LA MATÉRIALISATION D’ADAM [4.9 fini l’action en bien, il nous faudra peut-être pendant un temps aider au mal de transformer sa substance; en tout cas il nous faudra agir, toujours agir afin de ne point nous laisser aller à perdre la vie dont nous sommes conscients. Il ne manquera jamais rien à la nature de ce qui pourrait lui être utile.
Jésus a dit: «Mon Père agit jusqu'à présent etj’agis aussi. » (Saint Jean, v, 17.) « Souffre, a dit le Père des Cieux à l’homme, et tu parviendras à comprendre que d’autres que toi peuvent profiter de ton existence. » « Si quelqu’un veut Venir après moi, qu’il renonce à lui—même, qu‘il se charge chaque jour de sa croix, et qu‘il me suive.» (Saint Luc 1x, 25.) Celui qui le suivra connaîtra le bien qui existe entre toutes choses que le Christ est venu relever.
Car Il est l‘Union, la Paix et la Concorde.
Ainsi que tout se perdait sans Lui, tout vit en Lui, car, « comme le Père .a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils d’avoir la vie en lui—même ». (Saint Jean, v, 26). ‘Ainsi que tout se divise, tout se rassemble afin de monter plus haut, jusqu’à la prochaine division, an térieure elle-même à une plus grande gloire; et ce qui nous paraît un travail gigantesque et interminable n’est qu’un pas dans l’Infini. ZHORA. Le Seigneur est une infinie progression de mystères. (SAINT-NJARTIN).
RELATION VÉRIDIQUE DE LA VIE ET DE LA MORT, DES ŒUVRES ET DES DOCTRlNES llu Bienheureux JAN“! BŒIIIIE le cordonnier-philosophe D‘après les récits d’Abraham von Frankenberg. des doc— teurs Cornélius Weissner, Tobias Kober, de Michel Curl( et du conseiller Hegenittus. Pour décrire la vie admirable de cet homme miraculeux et comblé des grâces divines, dit Frankenberg. il faudrait un rhéteur plus accompli que moi-même.
Mais, comme aucun de ses compatriotes ne s’est encore chargé de ce soin jusqu‘à ce jour, je vais essayer de le remplir brièvement, au moyen des souvenirs que je recueillis de sa propre bouche, pendant les années 1623 et 1624 où je fus son voisin. C’est cette relation que nous allons reproduire, en la com. plétant par celles d’autres disciples du théodidacte; ces documents n‘ont d’ailleurs jamais été traduits en français.
Le bienheureux Jacob Bœhme est né en 1575 après Jésus-Christ dans la bourgade d’Alt-Seidenberg,à en viron deux lieues de Gôrlitz en Ober-Lausitz. Son père Jacob et sa mère Ursule étaient de pauvres paysans honnêtes et vertueux. Dès sa jeunesse, il fut employé avec les autres en— fants du village à garder les troupeaux. Pendant l’une de ces journées solitaires, où le calme de la Nature
LA VIE DE JACOB BŒHME 15I développait puissamment son esprit méditatif, il lui arriva une chose remarquable.
S’étant trouvé un jour, vers l’heure de midi, un peu éloigné de ses camarades, il avait gravi les premières rampes d’une colline avoi— sinante, nommée « Landes-Crone », lorsqu’il aperçut, à un endroit qu’il me fit voir par la suite, une façon de porte formée de grandes pierres rouges ; il y entra et s’engagea dans un souterrain qui le mena devant une grande masse d’argent; arrivé là, il sentit un vent de terreur pénétrer son être; il n'osa donc tou cher à rien, et redescendit précipitamment la colline.
Bien qu’il retourna souvent, parla suite, à cet endroit, avec ses jeunes camarades, l’entrée du souterrain resta invisible aux yeux de tous. Cette aventure fut, peut-être, la figure symbolique de l’initiation ulté rieure de Bœhme, aux secrets de la sagesse naturelle “et divine.
Frankenberg apprit, par la suite, de sa propre bouche, que le trésor avait été enlevé par un étranger, mais ce dernier était mort misérablement parce qu‘une malédiction avait été portée contre lui. Mais revenons à notre Bœhme. Ses parents, ayant remarqué dans leur fils une nature bonne, douce et spirituelle, l’envoyèrent à l’école, où il apprit à lire, à écrire et à faire ses prières jusqu’à ce qu’on lui fit ap— prendre le métier de cordonnier.
Il termina son tour de compagnon, en 1594, et se maria dans la même année avec Catharina' Kunschmanns, fille d'un bou— cher de Gôrlitz. Il vécut pendant trente ans avec elle, jusqu’à sa mort, dans une union constante; la béné— diction de Dieu lui donna quatre fils; il fit, du pre
I 5 2 L’INITIATION 2;; mier, un orfèvre, du second, un cordonnier; et des deux autres, des ouvriers. On voit que, dès son enfance Jacob Bœhme s’était tenu dans la plus pieuse humilité et dans la crainte de Dieu. L’un des textes sacrés sur lesquels il médi— tait le plus souvent était celui-ci : « Le Père qui est au ciel donnera le Saint—Esprit à ceux qui le lui de— manderont. » (Lue.
X1, 13.) Le peu que Bœhme avait appris des disputes théologiques lui avait fait désirer avec ardeur la connaissance de la vérité, vers laquelle il aspirait sans cesse. Cette prière constante fut exau cée pendant son tour de compagnonnage: le Père le plaça par le moyen de son Fils dans Très Saint Sab bat, lieu du repos des âmes, et il demeura dans la lu— mière divine sept jours entiers, dans la plus haute exaltation et contemplation.
Selon cette école apocalyptique de l’Esprit de Dieu, que la perversité et l‘aveuglement des hommes ont corrompue, Jacob étudia les écrits des saints patriar ches, des prophètes, des apôtres et des hommes de Dieu ; et il persévérait sans cesse dans la science des mystères du royaume de Dieu. On peut croire qu’un feu secret s‘alluma dans son être par l’opération magico-astrale de cet esprit sidé rique.
Voici ce que lui-même nous dit lui être arrivé dans sa jeunesse. Il gardait un jour la boutique de son patron, pendant l’absence de celui-ci, lorsqu’un étranger, mal mis,quoique de belle et respectable ap— parence, vint marchander une paire de souliers.Jacob lui en proposa un prix un peu plus élevé que celui de leur valeur réelle ; l’inconnu paya sans observation,
LA VIE DE JACOB BŒHME 153 et s’en alla jusqu’au milieu de la rue; puis il appela à haute voix: Jacob ! viens ici l Le jeune apprenti,bien qu'efl‘rayé d’entendre qu’un inconnu connaissait son nom, s’approcha cependant : l’homme lui prit la main droite, et, le regardant avec des yeux étincelants, qui pénétraient jusqu’au fond de l‘âme, lui dit d’un ton grave et doux: « Jacob, tu es humble, mais tu devien dras grand; tu deviendras un tout autre homme; de sorte que le monde s’émerveillera devant toi.
Sois donc pieux, crains Dieu,et honore Sa parole; lis toujours la Sainte Écriture; tu y trouveras récon fort et instruction, car il faut que tu souffres gran dement du besoin, de la pauvreté et de la persécu tion. Mais console-toi et demeure constant, car tu es aimé de Dieu et Il t‘est favorable! » Sur quoi l'étranger lui jetant encore une fois un regard perçant, lui serra la main et s’en alla.
Sa figure se grava pro fondément dans la mémoire de Jacob, ainsi que ses paroles; le jeune apprenti s’appliqua dès lors avec une nouvelle ardeur à parfaire sa conduite, de sorte que ses pieux efforts furent bientôt récompensés par un second appel de l’Esprit et un second sabbat.
Lorsqu’il en sortit, il abandonna complètement les plaisirs de la folle jeunesse; il ne fréquenta plus que les églises, s’enfonçant dans l’étude de la Bible, et re cueillant avec empressement la parole des prédicæ teurs et la vertu des sacrements. L’austérité de sa vie et la pureté de ses mœurs ne firent que lui susciter les persécutions de son entourage ; son maître alla même jusqu’à le renvoyer. Tout en se livrant avec ardeur au travail, et en ga
154 L’INITIATION >35 gnant son pain à la sueur de son front, il fut, en 1600, à la vingt—cinquième année de sa vie, saisi encore une fois par la lumière divine et conduit, dans son propre espritsidérique,au moyen de lavue soudained’un vase d’étain (luisance joviale), jusqu’au CENTRE de la Nature secrète.
Comme il restait dans le doute, combattant ce qu’il supposait être une fantaisie de ses facultés, il sortit de Gôrlitz par la porte de la Neiss (près de la— quelle il demeurait) pour méditer dans les champs; la même vision se reproduisit alors pour la seconde fois, de sorte que la SIGNATURE des êtres lui fut révélée et qu’il put désormais en déchiffrer la Nature intérieure (ainsi qu’il l’explique dans son livre de Signalum Re rum); il en conçut une grande joie, remerciant Dieu silencieusement du fond de son cœur, mais il n’en tirà nullement vanité et tint cette grande lumière se— crête.
Son effort obscur et actif vers Dieu fut encore béni ; dix ans après, le Saint—Esprit l’obombra pour la troi sième fois et le remplit de lumières et de grâces.Mais, pour ne pas laisser perdre de tels trésors, il en com— signa la substance pour lui seul et sans l’aide d’aucun autre livre que la Bible.
C’est en 1612 qu’il confia à un gentilhomme, qui . l’en avait supplié, le manuscrit de sa première œuvre, [Aurore naissante; ce gentilhomme en fit prendre copie fort diligemment, de sorte que plusieurs per— sonnes en eurent connaissance, notamment le curé de Gôr-litz,Gregorius Richter; lequel fulmina du haut de sa chaire contre l’innocent auteur, si violemment et si souvent que l’échevin finit par citer Bœhme de
LA VIE DE JACOB BŒHME 155 vant son tribunal (le vendredi 26 juillet 1613). Le célèbre médecin et chimiste Cornélius Weissner, de Breslau, a raconté toutes ces procédures qui dure rent vingt-sept ans.
Ce docteur avait fait la connais-. sance de Bœhme en 1618 par le frère de sa femme, tailleur desonétat etparunjeune prédicateur, Salomon Schrôter; Weissner était à ce moment précepteur des enfants de Balthazar Tilcken; ilremplit plusieurs pages in-quarto du récit des imprécations bibliques dont le curé de Gôrlitz voulut foudroyer Jacob Bœhme, et de la douceur angélique que celui-ci lui opposa, lui de— mandant de faire pénitence s’il l’avait offensé; les échevins, fort émus de tous ces anathèmes finirent par in:imer au pauvre cordonnier l’ordre de sortir sur l’heure de la ville, sans lui laisser seulement le temps d’aller embrasser sa famille.
Bœhme se soumit avec sérénité à cet arrêt inique; mais le lendemain matin, on vint le rechercher dans la campagne, et on le ra mena en grande pompe dans sa maison.
Le bruit de cette aventure se répandit en Saxe, et le 9 mai 1624, ’Jacob dut se rendre à Dresde pour sou tenir l’examen de ses opinions devant une assemblée d’illustres savants dont le Dr Weissner nous a con servé quelques noms: c’étaient les DPS Hoe, Meisner, Baldwin, Gerhard, Leisern, etc.,théologiens, math-é maticiens, astrologues même.
La profondeur de ses explications, sa longanimité, les laissèrent sans ré ponse: et le k—urfürst luLmême, qui assista aux con troverses, lui donna dès lors sa protection. Le manuscrit de l’Aurore naissante resta dans les cartons du Conseil jusqu’au 26 novembre 1641, j0ur
i 56 L'INITIATION où le bourgmestre de Gôrlitz, Dr Paul Scipio, d’après l’avis du chambellan Georg von Pfiüger, l’envoya à Amsterdam, à Abraham Villems von Beyerland. Après avoir écrit cette première œuvre, le saint et patient serviteur de Dieu eut à subir une épreuve de sept années, pendant lesquelles la lumière se retira de lui ; on peut voir ses plaintes dans les Trois Prin cipes (i) et dans ses Lettres {2).
Mais, lorsque ses prières et ses pénitences eurent fait descendre à nou veau la grâce en lui, il reprit la plume pour ne plus la quitter. On verra plus loin quelques renseignements sur ses œuvres. N’oublions pas une circonstance qui peut jeter un nouveau jour sur les théories de notre Bœhme.
Dans l’année 1620, il fit la connaissance d‘un certain D'Bal thazar Walter, de Gros-Glokau (Silésie),qui demeura plus de trois mois avec lui, avec lequel il eut de longs et fort secrets entretiens. Ce docteur, qui mou rut plus tard à Paris, avait voyagé pendant six ans en Arabie, en Syrie et en Égypte, où il s’était instruit de la sagesse cachée.
Il fit connaître à Bœhme les œuvres de Reuchlin, de Riccius, de Pie de la Mirandole, d’Angelus de Burgo-Nuovo; ils discutèrent ensemble la philosophie du Zohar etse quittèrent plein d’estime mutuelle. Tous les contemporains du « théodidacte » ne ta rissent pas en éloges sur son admirable douceur et sa longanimité. C’est ainsi qu’un jour, il vit arriver li) Ch. xxrv, 3,20, etc. (3)1, 17,1v, I7, t8, xn, [3, etc.
LA VIE DE JACOB BŒHME 157 un inconnu qui voulut conjurer son esprit familier par les incantations d’une fausse magie; Bœhme se borna à lui faire des remontrances sérieuses et le rem— voya.
Une autre fois, un pieuxgentilhomme du voisinage, David von Schweinitz, le fit mander dans sa terre de Seifersdorf; mais le médecin de ce baron, ennemi acharné de Bœhme, soudoya le jeune serviteur qui devait lui servir de guide, afin qu’il le précipitât dans. un fossé ,lejeune homme exécuta en effet l’ordre reçu; et notre pauvre philosophe se fendit la tête sur une; pierre; le seigneur de Schweinitz put heureusement le faire soigner avec assez de diligence pour que l’ac— . cident n’eût pas de suite; c’est alors que, présenté aux enfants de Schweinitz et à son beau—frère, celuici le tourmenta pour obtenir une prophétie ; et Bœhme lui dévoila toutes les frivolités et les turpitudes de sa Vie.
Notre théosophe était un homme de petite taille et. d’aspect peu avantageux ; le front bas, le crâne élevé, le nez un peu recourbé, des yeux brillants d’un gris presque bleu; peu de barbe, la voix faible, mais cor diale ; ses attitudes étaient dignes, ses paroles sobres, sa contenance modeste. Le sceau qu’il s’était choisi représentait une main dressant vers le ciel la verge aux trois lis.
Sa devise était: Unser Heil [m Leben Jesu Chrisli In Uns; c’est-à-dire « Notre salut en Jésus-Christ (qui est) en nous ». Nous avons vu que, dans l’été de 1624, Bœhme fut appelé à Dresde devant un aréopage de savants; il en sortit malade de la fièvre et demeura assez souffrant
158 L’INITIATION l’automne qui suivit chez son ami Frankepberg.
Le Dr Tobias Kober, qui adressa à Schweinitz une rela tion circonstanciée de la mort du théodidacte, nous apprend que, revenu à Gôrlitz, il dut garder le lità partir dujeudi 7 novembre I624; des douleurs lanci— nantes dans le côté gauche, l’enflure du ventre etdes pieds, le halettement, la consomption de la poitrine et de la face, l‘altération des urines, tout faisait prévoir une fin prochaine.
On fit donc venir le prêtre pour lui administrer les derniers sacrements; il répondit à ses questions avec précision et humilité; ceci eut lieu le vendredi matin 15 novembre. Le lendemain il prédit le jour de sa mort. — Le dimanche, vers minuit, il parut se réveil ler et demanda à son fils Tobie s’il entendait la belle musique? et, sur sa réponse négative, fit ouvrir la porte afin de mieux jouir de ce concert.
Ensuite il demanda l’heure; on l’entendit s’écrier : « 0 très puis— sant Tzebaoth l sauve-moi selon ta volonté! » puis: « O seigneur Jésus-Christ crucifié ! aie pitié de moi et garde-moi dans ton royaume! Il exprima quelques préoccupations sur l’avenir de sa veuve, et dit qu’elle ne lui survivrait pas longtemps (1). Vers 6 heures, il bénit sa femme et ses enfants, puis disant: Je vais maintenant au Paradis, il exhala doucement son dernier soupir.
Le clergé, qui l’avait poursuivi pendant sa vie, ne put pas le laisser en repos après sa mort; il fallut des (I) Elle mourut en 1626, au temps de la moisson, en soi— gnant les pestiférés dans l’hôpital du Dr Kober.
LA VIE DE JACOB BŒHME 159 pétitions, des suppliques, des démarches pour obtenir une oraison funèbre —— si mauvaise que le prolixe Dr Kober ne l’a pas jugée digne d’être transcrite — et le permis d’inhumer (I). Quam primum in Christo, qui vita est, frangere mortis. Ergo vale æternum, æterna fruitorque quiete: Non te vexabit, sed n05 fera turba malorum, Omnibus his victis te læta mente sequemur.
Tandem vere novo cum judicis ante tribunal Quicquid terra vorax tristisque recondidit orcus ; Sistetur, sacris et nos sociabimur una Cœtibus : ut laudes Jovæ sine sine canamus. MICH. CURTZ, GORI.. L’ICONOGRAPHIE DE BŒHME Les portraits duthéodidacte sont devenus rarissimes . ' aujourd’hui.
Le premier dont il soit fait mention estla gravure au burin de Nicolas Haeublin, datée de 1676, et dont l’encadrement est formé de curieuses figures mystiques; on en a donné deux états in-octavo; les exemplaires du premier état portent l’inscription sui vante: . (I) L’éditeur de 1715 a retrouvé le paragraphe suivant dans les annales de Gôrlitz (part. Il, p. 33): « Anno 16:4, den 18 nov. ist (sub.
Consulatu Herm Friederich Schlettewichs eine Extraordinair-session gehalten und Herrn Mag. Elias Theodorus, ùber des Schusters Jacob Bôhmens Confession vernommen | auch hierauj beschlossen worden | ihn mit einer Leichen-Predigt ru begraben. Anbey ist auch erwehnten M. Theodoro aufgetragen Wordenl gedachten Schnslers Bekänntniss aufs eherte Schnfllich eingugeben l unddt’e Leichen-Predigt über sich (u nehmen | weil ihn ein E. Raht vertreIen wolte. »
160 L'INITIATION [AOÛT 1m Wasser lebt der Fisch, die Pflanze in der Erdê, Der Vofel im der Luft; Die Soñ im Firmament; Der Salamander mus im Feur erhalten merder: ; Und Gottes Herz ist Jacob Bœhmens Element (i).
L’inscription du second état offre une légère va riante. v Un des disciples du Maître fit frapper en 1707 une médaille d’après ce portrait ; sur la face on voit sa figure avec l’exergue Jacob Bœhme Teutonicus Phi losophus; sur l'autre face se lit l’inscription sui vante 1 Natus AN. M. D. LXXV Prope Gorlicium Hinc sutrinæ admotus Divina revelatione Sese admonitum . Eaque A. M. DC et M. DG.
X repetita " Divinarum naturaliumque Rerum notitia Se imbutum credens Varios libros Theosophicos Et Chymicos scripsit, A Gorlicensibus frustra Ad desistendum coactus Aliis charissimus l ln consistorio Dresdensi A. M. DC. XXIV. Mense Jul. Auditus etin Face dimissus. Obiit eodem anno XVII Nov. L’auteur de cette médaille était un alchimiste.
Nous croyons que le portrait qui se trouve en tête (1) Le Poisson vit dans l'Eau. la Plante dans la Terre, l,Oi_ seau dans l’Air, le Soleilau Firmament; la Salamandre se con serve dans le Feu; et le cœur de Dieu est l'Elément de J, B, *-Â'<L1901] LA vu«: DE JACOB BŒHMB 161 de l’édition d‘Amsterdam 1682, in-8, est le même que celui mentionné plus haut.
La petite lithographie que donne le traducteur anonyme du Traité de l’Incarna— lion de Jésus—Christ est bien moins bonne. » on Voici la liste de ces ouvrages selon l’ordre chronolo gique : En 1618. — L’Aurore naissante. En 1619. — Des trois Principes de l’Être divin. En 1620. — De la triple vie de l‘homme. Quarante questions sur l‘homme ou Psycho logia vera. ’ De l’incarnation de Jésus-Christ. Six points théosophiques.
Du mystère céleste et terrestre. Des derniers temps. En 1621. — De Signatura Rerum. Des quatre Complexions. Apologie à Balthazar Tilken. Mémoire pour Escias Stiefel. En [622. —— De la vraie pénitence. Du véritable abandon. De la régénération. De la pénitence. En 1623. — De l’élection de la Grâce. Mysterium Magnum de la Genèse. En 1624. — Table des Principes. De la vie hyperphysique. De la contemplation divine. Des deux testaments du Christ.
Dialogue d’une âme illuminée avec une âme mon illuminée. Apologie pour Gregorius Richter. De 177 questions théosophiques. Extrait du Mysterium Magnum. Petit manuel de prières. Table des trois Mondes.
162 L'lNITIATXON De l‘erreur d’Ezechiel Meth. Du jugement dernier. Lettres à diverses personnes. Saint-Martin a traduit en français 1’A urore, la Triple Vie, les Trois Principes, les Quarante Ques tions. On a réuni sous le titre de Chemin pour aller à Christ. les Quatre Tempéramenls, la Vraie Pénitence, le Vérilable Abandon, la Régénération, la Vie hyper physz’que, la Contemplation et le Dialogue ; c’est une excellente traduction (Berlin, 1722).
Le Signatura Rerum a été traduit en français à la fin du XVIIe siè cle,mais c’est un livre illisible ; nous en avonsfait une traduction qui paraîtra prochainement ainsi que celle du Traité de l‘Électz’on de la Grâce. On va réim primer enfin la Vie hyperphysique. L'Incarnafion a été traduite aussi. Ily a une grande quantité d’édi tions des œuvres complètes et des œuvres séparées. La meilleure est celle en 5 volumes in-8, Amsterdam, 1682 et 1730.
Les nombreuses figures initiatiques en ont été dessinées par Gichtel. Pour des renseignements bibliographiques plus détaillés, nous prierons le lecteur de se reporter à la première édition de la présente brochure, publiée dans le Voile d‘lsis en 1897. ;. La compréhension de la doctrine de Bœhme n’est pas très difficile. Voici les points capitaux de son sys tème. Dieu Tri-un existe de toute éternité ; son ami vité inépuisable en soi, c’est la Nature essence, qui
LA VIE DE JACOB BŒHME 165 contient Sophia, la Sagesse, la Teinture, etc. Cette activité se produit suivant sept modes,ou formes, dont on verra le détail dansle Vocabulaire, et cette hiérar— chie se reproduit dans toute la création. La chute des anges et’la chute d'Adam ont été causées par la volonté propre; par suite la régénération de l’homme s'accom plira en immolant le moi par la prière et la charité. Mais le Diable est perdu pour l’Éternité.
Toutes les créatures renferment du bien et du mal, de la colère et de l’amour ; d’où découlent la doctrine des corres— pondances, celle des signatures, la possibilité des arts occultes et surtout de l'alchimie physique, image de l’alchimie psychique.
Nous indiquerons au lecteur consciencieux mais trop pressé pour étudier l’œuvre énorme de Bœhme, la plume à la main, le traité de l’Éleclz‘on_de la Grâce, le plus clair et le plus synthétique de ses ouvrages, dont va paraître bientôt, je l’espère, la première tra duction française par Debeo. SÉDIR. Q. . “/43\, c _\ .; CL’\‘J
-‘-u .— . <-.v; -1 COMMENTAIRE Sur la vie de Saint—Martin Avant tout, il nous faut poser la vie de Saint-Mar— tin sur son véritable terrain, en déterminant de notre mieux le caractère de la voie mystique et de ses di verses modalités. Nous comprendrons ainsi pourquoi Saint—Martin appelle Strasbourg son Paradis et quel est le carac— tère réel de sa mission.
LA VOIE MYSTIQUE Il existe, dans la nature, une loi d’évolution qu'il est impossible à l’observateur un peu consciencieux de ne pas constater. Or cette loi gouverne tous les êtres naturels depuis le minéral jusqu’à la moindre cellule humaine. Son domaine s‘étend même à l’es prit dans tous les plans de ses manifestations.
On oublie trop cette loi dans l’histoire de la Philo sophie, et l'œuvre si remarquable du maître et ami Barlet 1’Éuolution de l’Ide’e l’a cependant mise au jour d’une façon très lumineuse.
COMMENTAIRE SUR LA VIE DE SAINT-MARTIN 165 Un esprit qui se concentre vers son Principe prend d’abord conscience de ses moyens personnels d’ac— tion. Il abandonne toutes les idées qu’on a voulu lui imposer sans le contrôle de sa raison. Il prend enfin conscience de sa liberté. C’est un penseur libéré qui naît alors, et cette phase d’évolution est souvent le terme ultime que peuvent atteindre les intelligences inférieures.
De là le sectarisme étroit de ces libres penseurs, qui considèrent la négation de tout ce qui leur est supérieur comme un devoir, et le positivisme athée comme un dogme. Il est évident que ces pen seurs, libérés de tout ce qu’ils ne peuvent digérer in tellectuellement, sont d’un cran supérieur aux êtres sans personnalité, qui acceptent tout ce qu’on leur ra conte sans le discuter.
Mais le libre penseur confond souvent la phase qui précède son état avec celle qui le suit. En effet, l’Esprit débarrassé des idées non digé— rées par lui peut être comparé à une belle pierre dé barrassée des herbes et de la mousse dont elle était couverte. Mais une telle pierre nue peut être décorée et sculptée et elle n’en sera que plus belle.
De même l’Esprit de l’homme, après la phase cri tique et négative de la reprise de sa personnalité, peut encore évoluer et, alors, il se fait un système où, gé néralement, le Panthéisme tient la plus grande place, c’est—à—dire qu’après avoir pris conscience du plan physique par le Naturalisme, il prend conscience du plan de la vie universelle et du monde des Lois par, le Panthéisme.
A cet instant, il est incompris par ceux qui sont demeurés au plan inférieur, et nous verrons Comte traité d’aliéné par ses disciples de la
I 66 L’INITIATION première heure parce qu'il aura évolué normalement jusqu’au Mysticisme. Le Mysticisme est traité par les philosophes criti ques,qui ne peuvent aller jusque-là, un peu comme le Panthéisme est traité par les matérialistes, comme une douce folie. Mais les mystiques seuls peuvent comprendre quelle estla grandeur de cette voie et nous allons essayer d’en indiquer, quoique bien imparfaite ment, les sentiers d’approche.
Quand l’Esprit a atteint le développement presque complet de ses organes rationnels, localisés dans le cerveau, il prend tout à coup conscience d’une autre série d’organes complémentaires des premiers, loca— lisés dans les centres sympathiques et principale— ment dans le plexus cardiaque avec ramifications dans les centres conscients du cerveau.
Ces organes sont destinés à l’exercice de facultés, toutes différentes des facultés cérébrales, et dont les effets sont connus sous le nom de vision directe, intuition, pressenti ment, communications spirituelles, etc. La 'voie mentale ou cérébrale a son point de déve— loppement ultime dans l’exercice de la Magie cérémo nielle, qui nécessite un entraînement et des connais sances toutes cérébrales, tandis que cette autre voie que nous appellerons la voie cardiaque se concentre et se résume dans la Théurgie.
Autant la Magie déve— loppe la volonté personnelle et, souvent, l’orgueil, au tant la Théurgie tue l’orgueil pour développer l’hu milité et remplacer le commandement et les ordres donnés aux Esprits volontaires de l’Astral par la Prière et l’appel aux Anges du Plan divin.
COMMENTAIRE SUR LA VIE DE SAINT-MARTIN 167 Entre les deux voies, iLen est une troisième mixte et souvent ténébreuse, qui pousse l’Esprit vers l’or gueil de se croire Dieu lui-même, qui apprend à mé— priser la Prière et l’humble appel aux forces supé rieures et qui erre entre les exercices de gymnastique astrale considérés comme le maximum d’évolution possible et les croyances les plus naïves aux réincar nations personnelles et aux pouvoirs d’entités indé— terminées autant qu’inconnues.
Cette voie a pris diffé— rents noms suivant les époques, et que ce soient les pythagoriciens et les philosophes des xvn° et xvure siè cles, les adeptes de Cagliostro ou les antichrétiens modernes, on les reconnaît toujours à leur esprit de division et de dénigrement, à leur amour des racon tars et des potins personnels et à mille autres signes qui n’ont pas plus trompé Saint-Martin quand on lui rapportait les prodiges de l’École du Nord qu’ils ne tromperont aucun martiniste contemporain, non plus qu’aucun adepte d'une école vraie de Théurgie. lly a donc aussi des phases d’évolution dans le Mysticisme, comme il y en a dans toute voie philoso— phique, et le tort des critiques a été de mettre tous les mystiques dans la même catégorie sans faire les dis tinctions absolument nécessaires.
' Ainsi Martines est surtout un magicien, un magi cien ayant conscience des grands problèmes divins et de la prédominance du Christ dans l'Invisible; mais enfin c’est un magicien avec ses cercles, ses lu mières, ses noms divins et ses multiples cérémo nies. Claude de Saint-Martin est, par nature et par tem
168 L'INITIATION pérament, un théurge. Il préfère le côté passifet con templatif de la Théurgiequi offre aussi d’autres aspects, mais enfin il demande à l’humilité et à la Prière ses plus grandes consolations. Pour le théurge, la Prière n’est pas seulement un exercice labial plus ou moins prolongé.
La Prière est la mise en œuvre des puis sances cérébrales vivantes qui doivent avoir été créées par l’exercice de la charité physique, morale ou intel lectuelle et par la soumission aux épreuves. Toute peine, tout travail, toute souffrance est un acquis que la Prière va diriger sur le faible ou le désespéré. C’est. alors que l’Invisible fait alliance avec un représentant sur la Terre et le guide pas à pas. Il devient un illu miné.
Or, que cet illuminé soit un brahmine de l’Inde, un moine de France ou un marabout d’Afrique, les facultés mises en jeu sont les mêmes et tous se recon— naissent comme frères en Dieu par l’humilité vraie et la charité.
Il faut bien se garder de confondre l’illu— miné qui garde le contrôle entier de toutes ses facul tés cérébrales et qui peut suivre ou ne pas suivre les incitations de l’Invisible, avecle médium qui est l’ins— trument passif et le prisonnier de ces mêmes forces et qui est forcé d’obéir! bon gré mal gré aux puissances qui le tiennent sous leurs coups.
Socrate était un illu— miné. et aucun esprit sérieux ne s’aviserait de le con— fondre avec un Slade ou un Eglington. On voit avec quelle prudence il faut se conduire dans le monde des mystiques et pourquoi les philo-v sophes ont tant de peine à voir clair dans leurs cri tiques. wri
COMMENTAIRE SUR LA VIE DE SAINT-MARTIN 169 LES COMMUNICATIONS ACTIVES. L'ILLUMINISME Après avoir déterminé l’évolution de l’Esprit hu main jusqu’au Mysticisme, il est utile de dire quel— ques mots des modes de communication entre le plan visible et le plan invisible, par la pratique consciente et en dehors de toute perte de conscience qui serait du ressort de la médiumnité.
Un illuminé est, en effet, pour celui qui sait et non plus pour celui qui critique, un être capable d’entrer en rapport conscient avec le plan invisible. Or ces rap ports sont variés selon le tempérament psychologique du sujet et selon le développement plus ou moins in tense de ses facultés transcendantes.
Le premier choc entre le plan astral de la créature et le plan mental du sujet se fera brusquement avec vision intense et directe, comme dans le cas de Jacob Bœhm ou de Swendenborg, ou lentement et progres sivement avec audition, vision et sensations cardia ques successives, comme dans le cas de Gichtel et de Claude de Saint-Martin. La première voie d’illumination est la plus rare.
C’est celle qui est suivie lorsque l’Invisible agit directement sur l’être de son choix, sans que celui-ci le demande ou s’y attende. Le cas de Swedenborg et celui de Jeanne d’Arc sont typiques à ce sujet. Après un premier choc établissant les rapports entre les deux plans, la communication se fait simplement: mais toujours sous la direction de l’Invrsible et sans
170 L'INITIATION que le sujet perde même une seconde le contrôle de ses facultés. L’autre voie d’illumination est plus facile, d'autant plus qu’elle peut être suivie avec méthode, soit seul, soit sous la direction de maîtres vivants. Quand nous disons plus facile, nous devrions ajouter « d’accès », car: comme toute voie mystique, elle est remplie d’épreuves, d’humiliations, de sacrifices constants qui découragent même les plus zélés au début.
L’histoire des amis de Gichtel est lumineuseàce point de vue. Ils étaient vingt ayant décidé de tout faire pour suivre cette voie et, aux premières épreuves de ruine, d’ar gent, de santé et de pertes d’espérances, dix-neufquit tèrent; Gichtel resta seul et parvint au but. Beaucoup de fraternités initiatiques conduisentleurs membres vers cette voie.
On commence par la purifi cation corporelle au moyen du régime, en général vé gétarien, et de l’entraînement mental. C’est là le tout petit début avec le danger d’égoïsme qui pousse le su jet à se croire plus pur que les autres humains et à ne pas vouloir souiller sa pureté par des fréquentations astrales ou physiques de mauvais aloi. Le malheu reux qui se lance dans ces idées se désorbite.
Il quitte le plan cardiaque de charité et d’amour pour le plan mental farci d’orgueil et il est amené dans le séjour astral où le Serpent Panthéei l’illusionne à son aise. Pour un sujet ainsi sorti de la voie cardiaque, la gym nastique astrale est tout, la Prière et le Plan de Person— nalité divine n’existent pas; car son orgueil le pousse à nier tout ce qu’il ne perçoit pas. C’est un débutant qu‘il faut plaindre et aider si possible, sans le juger,
COMMENTAIRE SUR LA VIE DE SAINT-MARTIN 171 car il est défendu de juger si l’on ne veut pas l’être soi-même. Si l‘on franchit ce premier pas et si l’on triomphe des illusions du Serpent astral, ce ne peut être que par les secours d’une Puissance invisible du Plan di vin; appelons-la: Angegardien, Receveur de lumière, Envoyé de la Vierge céleste ou tout autrement, cela importe peu; le fait seul est intéressant.
La notion de son humilité réelle, fortifiée par la notion exacte des autres êtres non démonialisés comme nous, pousse le sujet à se jeter par la Prière ardente dans les bras du Réparateur qui est tout, alors que lui n’est rien, et à s’entraîner à ne plus médire de ses pauvres frères, ni à les juger ; encore moins à les condamner.
Alors se développent soit l'audition directe par le cœur, soit la vision directe par la glande pinéale et ses annexes, soit le toucher à distance par les centres du plexus solaire; toutes facultés inconnues de nos physiolo gistes du torrent, comme dirait Saint-Martin.
Dans cette phase de développement, le régime im porte peu: les forces divines qui naissent en l’être pour constituer en lui le mariage mystique del’Agneau, c’est-à-dire l’union de son Astral illuminé et de son Esprit illuminateur, sont assez fortes pour brûler toute impureté corporelle, et la prière remplace tout régime — à condition, bien entendu, de ne pas ternir ses sens extra-physiques par les « Esprits » matériels comme l'esprit-de-vin et ses annexes —— qui jettent encore le sujet dans l’astral inférieur. — Saint Paul a, du reste, très bien remis à leur place les orgueilleux pour qui le régime était dogmatique.
172 L'INITIATION L’être ainsi développé ne craint pas de perdre sa pureté, au milieu des impurs. De même que le Christ a montré la voie en vivant parmi les souffrants et les humbles, de même l’illuminé chrétien se mêle aux malades, aux désespérés et aux pauvres. Et c’est par l’effort constant vers le partage de ce qu’on lui a donné avec ceux qui n’ont rien, que se fortifient ses aspira tions et ses mérites, en même temps que ses facultés.
Alors la perception des personnalités divines de— vient plus aiguë, les avertissements sont constants et le sujet peut s’abandonner sans crainte à la direction du Père qui lui donnela vie, du Fils qui lui donne le Processus intellectuel par le Verbe et par l’Amour, et de l’Esprit qui l’illumine. Voilàce qu’il faut connaître pour comprendre Claude de Saint-Martin.
En dehors de ces voies générales, il y en a beau coup d’autres, caractérisées par d’autres genres de communication, comme les avertissements symboli ques en rêve corroborés par les visions conscientes. L’étude de la vie de Cazotte est très nette à ce point de vue. On tr0uvera dans les écrits et les traductions de PaulSe’dir une foule d’indications précieuses à ce sujet et auxquelles nous renvoyons les lecteurs dési reux d’en apprendre davantage.
C’est en effet par l’étude de la vie de chaque mys tique que se détermine sa voie, et il y a là .un travail utile à faire. Nous n‘avons voulu, dans ces courtes notes, qu‘éclairer un coin du caractère de Saint-Mar tin, trop incompris, dans sa magnifique évolution spirituelle.
COMMENTAIRE SUR LA VIE DE SAINT-MARTIN 173 VIE PATENTE ET VIE CACHÉE Il faut bien comprendre que chaque illuminé, à moins d‘ordres spéciaux, fait tous ses efforts pour jeter un voile profond sur ses relations avec l’Invi sible. Le philosophe a déjà assez de sarcasmes et d’outrages à subir en défendant ses idées sur l’exis tence d’un plan invisible d’êtres spirituels, sans aller bénévolement jeter ces perles en pâture aux pour ceaux.
Quand on voit comment les clergés et les critiques bavent à l’envi sur les récits que Swedenborg, Jacob Bœhme et Gichtel font de leurs visions actives, com ment ils se moquent de Lavater ou même du comte de Saint-Germain et de l’inversif Cagliostro, on com— prend la pudeur avec laquelle les initiés se taisent.
Et cependant la vie d’un mystique de la taille de Claude de Saint-Martin est incompréhensible si l'on ne perçoit pas ses deux activités vitales.
La commu nication constante avec le plan invisible permet seule d’expliquer comment les ennemis contemporains ou futurs d’un tel Esprit ont vu et verront leurs procédés mesquins de dénigrement échouer piteusement et comment ils se retrouveront un beau jour devant l’histoire colorés, dans leur rage impuissante, de cette belle couleur vert de raisins célébré par le renard de La Fontaine.
L’homme qui s‘appuie sur l’Invisible, sans avoir besoin de médiums ni de sujets devenus inutiles, est bien tranquille; car il a le temps avec lui, le temps
174 L’INITIATION qui se charge de tout mettre à sa place : les fidèles soldats et les traîtres impuissants et vils. Qu’importe à l‘initié les petites coteries et les œuvres de haine, il agit par ordre avec toute la chaîne des maîtres der rière lui. il n’a rien à craindre que son Dieu, le Christ, dont il désire devenir un simple soldat. Dans cette lutte il ne faut plaindre que les malheureux qui osent s'attaquer à ces maîtres vénérables.
Ils affirment leur petitesse en s'efforçant d’atteindre leurs supérieurs. Ils méritent plus de pitié que de mépris. Paix à leurs cendres. SAINT-MARTIN ET LES INFLUENCES FÉMININES Une question mérite aussi de nous arrêter spécia lement : c’est celle des relations d'amitié qu’a entre— tenues Claude de Saint—Martin avec plusieurs femmes de grande intelligence.
Le volume de M. Matter, à côté d’admirables qualités. contient à notre avis un défaut très grave, c’est de donner au lecteur une idée bien mesquine des fréquentations féminines du phi— losophe Inconnu. La femme est la gardienne sur Terre du Principe plastique universel dénommé par Moïse Yonah (et. dont les traducteurs ignares ont fait une colombe).
La femme est capable de donner forme vivante à toute création humaine, soit un enfant, soit une idée, que le cerveau de l’homme ne peut que créer bruta lement et sans art. Or la femme, en tant que Principe de la Nature, existe, non seulement dans les êtres revêtus de jupons, mais encore dans l’organisme de
COMMENTAIRE SUR LA VIE DE SAINT-MARTIN l75 .‘I"-‘i"‘ tout .être, mâle ou femelle, vivant ici-bas. Toutes les facultés sentimentales et intuitives, entre autres, sont du domaine féminin; et Stanislas de Guaïta a parfai tement raison quand il affirme qu’en l'homme le cer veau est masculin et le cœur féminin, tandis qu’en la femme le cœur est masculin et le cerveau féminin.
En effet le cœur et le cerveau sont complémentaires dans les deux pôles de la Nature humaine. Il suit de là qu’une pensée ébauchée brutalement par la force de projection mâle du cerveau, ne prend corps et forme que grâce à l'imagination et aux autres facultés cérébrales dépendant de la Nature féminine universelle.
Aussi l’amitié d’une femme intelligente est-elle précieuse, pour un mystique, car c’est là qu’il fait l’épreuve réelle de ses idées et c’est en les discutant et en les développant dans ces discussions amicales qu’il mettra ses pensées au point pour toucher, non pas tant le cerveau que le cœur de ses lecteurs.
Si les préjugés sociaux, si la crainte de calomnies bêtes et la recherche de mobiles sensuels dans des actes tout spirituels, empêchent certains hommes de former ces chaînes de camaraderie cordiale avec des femmes dignes de cet honneur et capables d’illuminer de tels cœurs, il faut plaindre et ces préjugés et ces sociétés. - Saint-Martin vivait trop en dehors des hommes du torrent pour s’occuper de leurs jugements, aussi met-il en pratique cette cordialité de cœur à cerveau et de cerveau à cœur, et l’excellente influence de Mmu de Bœcklin à cet égard fait plus d’honneur en
l 76 L’INITIATION core à la « Chérissisme B » qu’au philosophe qui lui doit ses plus nobles inspirations. Aussi est-ce avec peine qu'on voit un critique de la valeur de M. Matter se demander comment un homme comme Saint—Martin pouvait avoir une si grande affection pour une femme « déjà grand’ mère ».
Mais l’amitié des âmes n’a que faire des contin— gences de l’âge, car l’âme, comme la Science, est toujours jeune quand elle participe de l’immortalité de l’Esprit, et les petites cuisines corporelles n’ont rien à voir là—dedans.
Celui qui n’aime une femme que pour son corps pourra lui faire procréer de beaux enfants; mais son amour sera fragile comme la beauté du corps maté riel, tandis que celui qui aime la femme dans son âme et dans son intelligence plus encore que dans son corps prépare à l’amour ce char d'éternité que tant de créatures féminines recherchent dans une succession d’amants, en fuyant ainsi sa véritable et durable source. PAPUS.
A˰ʌŒ"4Ï’WW q" _ Ë’&"®Ëeäêêä'&” '=- ‘ a5 3 ÉCOLE HERMÉTIQUE Les cours recommencent le mardi 19" octobre àg heures du son, 4, rue de Savoie, Paris. Les inscriptions seront reçues tous les soirs àpartir de cette date. ÉTUDE MÉTHODIQUE D’UN MÉDIUM Formules biométriques. —- Action à distance sur des plaques photographiques enfermées dans des châssis métalliques. — Desfacultés de M“ Lay Fonm'elle.
Nos lecteurs ont vu, dans un de nos derniers numéros, que nous nous proposions de créer un laboratoire chargé d’étudier les médiums au point de vue expérimental pour leur délivrer un certificat spécial constatant les résultats obtenus. Nous voudrions créer pour les faits psychiques ce qui existe pour les appareils électriques, auxquels on délivre, dans Certains laboratoires,‘ des feuilles de marche après de sérieuses études.
Il ne s’agit donc pas pour nous de créer une nouvelle société d’Etudes psychiques comme il y en a déjà des centaines.
Ces sociétés s’efforcent de convaincre les incrédules formant la majorité de leurs membres, notre laboratoire, de son côté, sera capable de dire à ces sociétés quel parti réel elles peuvent tirer d‘un médium dans leurs études. , Aussi avons-nous commencé, d’après ces principes, l’étude de M'me Lay Fonvielle, l’excellent médium qui incarne la petite Julia, et nous nous sommes efforcé de faire appel le plus possible aux appareils physiques d’enre gistrement en place des sens humains. _ Tout d’abord nous nous sommes adressé au D' Baraduc I2
I 78 L’INITIATION qui, en présence du Dr Rozier, a déterminé avec ses appareils la formule biométrique du médium. E’©RMUL E BIOMÉ’IRIQUE 30 Avri11901 Mme LAY PONVIELLI‘. Amant, pendant et après l'incarnation de Julia Avant : 323’êfiè“ ,55, j Santé involutive. . . Invasion. Drorte . Attraction. . -. . Pendant : ' ' . lmpressmnnabüne Gauche. . Attraction. 20 psychique_ lmpressionnabilité psychique et fa— tigue physique.
A è , Droite... _ prs‘ Gauche.. Attraction. l0 Celafixe’, il s’agissait’de faire appel à la photographie pour se rendre compte si vraiment ce médium était capable de manifester la surabondance de force psychique caractérisée par la présence de « Julia ». Mais, d'autre part, il fallait éviter le mieux possible les multiples causes d'erreurs pouvant modifier les résultats.
A cet eflet, les expériences furent faites avec des plaques (6 I/z \< 9, Mercier), enfermées dans des châssis métalliques (châssis de l’adaptateur R. Guénault). Chacun de ces châs sis était lui-même enveloppé de papier rouge et ficelé.
Ainsi se trouvaient écartées : 1° La possibilité pour les plaques d'être voilées par une déchirure de papier (quand elles sont enveloppées seulement dans du papier noir); ' 2° La possibilité d’être voilées par des corps fluorescents, des rayons X, etc., puisque chaque plaque était dans un châssis entièrement métallique.
La première expérience eut lieu avec trois plaques et fut conduite de la manière suivante: Une plaque fut mise de côté pour servir de témoin.
Érums MÉTHODIQUE D’UN MÉDIUM 179 Une autre plaque fut portée, le vendredi 5 juillet, chez le médium qui l'a tint dans les mains pendant dix minutes, de 5 heures 20 à 5 heures 30. (Nous l'appellerons la plaque J.) Enfin la troisième plaque fut laissée chez moi boulevard Montmorency, à environ 6 kilomètres du logement du médium, et elle fut placée sur un meuble désigné par «Ju lia ». (Nous l'appellerons la plaque M.) Le 5 juillet, à 9 heures 20 du soir, la plaque] est déve loppée avec du révélateur « Cristallos » neuf, elle est fixée dans du fixé-cliché de Mercier, également neuf, et lavée dans de l’eau contenant du sel iodé.
Elle est manifestement impressionnée et présente, au centre, un dessin de fluide très net, sans former un portrait caractéristique. La plaque M passe la nuit sur le meuble de mon cabinet de travail. Le 6 juillet, au matin, elle est développée comme la précédente. Elle est aussi très manifestementimpressionnée, et le des sin est plus net que dans la plaque J.
La plaque témoin est développée immédiatement après et dans le même bain; elle est absolument indemne de toute impression et de tout voile. Cela détruit les objections de ceux qui pourraient croire que c’est le développateur ou la lumière du laboratoire qui peuvent impressionner les plaques. Le 24 juillet, nouvelle expérience. La plaque tenue par le médium pendant treize minutes est fortement impres— sionnée, et on peut y voir plusieurs profils.
La plaque restée à domicile et la plaque témoin ne subissent aucune impression. Le samedi 27 juillet douze élèves de l’École hermétique se rendent en groupe chez le médium. Chacun d’eux avait une ou plusieurs plaques. Chaque plaque est tenue de soixante àcent vingt secondes et rendue àson propriétaire. Ces plaques ont ensuite été développées par des profession nels un peu partout.
La plupart des résultats ont été négatifs et, seuls, quelques échantillons sont voilés ou légèrement impressionnés. De ces expériences nous détacherons les premières conclusions suivantes:
1 80 L’INITIATION 1° Le médium, Mme Lay Fonvielle a la faculté d‘agir sans contact et à distance sur des plaques photographiques enfermées dans des châssis métalliques; 2° Pour les plaques mêmes en contact avec le médium la durée minima pendant laquelle cette plaque dut être tenue est de treize minutes.
Au-dessous de ce temps l’impression est nulle ou à peine perceptible; 3° Pour les plaques sur lesquelles l’action se produit à‘ distance cette durée d’exposition minima semble atteindre de 12 à 24 heures. Ces expériences vont être méthodiquement poursuivies Ne terminons pas sans remercier M“‘° Lay Fonvielle de son extrême obligeance. PAPUS.
Bibliographie La Terre du Christ, par le SAR PÉLADAN. — Deux idées principales sont l'âme vivante de cette œuvre.
Sur le plan spirituel, c'est la différence absolue entre l’Ancien et le Nouveau Tes/ament, leur antagonisme essentiel; sur le plan physique, c’est la discussion del‘emplacement véritable du Calvaire et du Saint Sépulcre qui, au dire de l'auteur, se trouvent en terre musulmane, alors que les églises chré tiennes sont bâties sur un terrain éloigné de quelques cen taines de mètres, la distance de Notre-Dame au Panthéon.
L’animisme esthétique et la foi religieuse de l’écrivain. créent entre ces deux plans un courant d’amour qui font l’organisme vivant et harmonieux. La question de la vraie place des lieux saints fut agitée maintes fois et résolue, au point de vue archéologique, par les savants anglais Robinson et Fergusson, et Victbr Lan glois, commentateur de celuici.
Le père de l‘auteur, le che valier Adrien Péladan, apporta à la résoudre l’ardeur de sa foi et le tribut de ses vastes connaissances philosophiques. Au point de vue religieux, on attend toujours la parole officielle, et c’est une véritable croisade que tente le Sar
BIBLIOGRAPHIE 18 1 Péladan contre l‘indifférence coupable du clergé et de la cour de Rome. C’est toujours l‘influence de l'Ancien Testament qui nous opprime et nous fait les esclaves des peuples plus croyants, chrétiens ou infidèles, en leur propre révélation.
Notre tolérance porte plutôt le nom de tiédeur, car nous ne sommes pas plus tolérants à l‘égard des autres hommes, et, si nous ne faisons plus de guerres saintes, nous massacrons injustement des exotiques.
« L’Ancien Testament est le code noir religieux, la loi mar tiale qui fournit une sanction à toute l’infamie des chrétiens; c‘est la rune des loups; et l’âcre fumée des grillades aaro— niques offusque l'Eucharistie d'une épaisse horreur. » Je demande pardon au lecteur de lui donner seulement, à propos de cette œuvre de haute portée sociale, mes im-— pressions personnelles. Ce sont celles que je connais le mieux.
Je veux d’abord témoigner de l'influence de cette lecture sur mon opinion, modifiée par les arguments et la con viction communicative du poète chevalier, qui me firent, aussitôt après la lecture et sans autre examen rétrospectif, me dire, à l‘accent de sincérité et à l'écho éveillé en mon âme : Voilà un véritable et bon chrétien.
J’ai vu le psychologue manifester une observation lucide de soi, et l’ascèse d'orgueil de Mérodack se résoudre en l‘humilité christique d’un que la grâce a touché. On se rappelle le dialogue avec son double dans la « douce terre d‘Egypte », où déjà le questeur du mystère repliait les an tennes de son cerveau pour se demander si la maîtrise véri table ne nécessitait pas un discipulat difficile sous le joug léger du maître, du divin Jésus.
Un souvenir ému caresse son cœur pour les services que lui rendirent des gens du peuple, en Egypte, en Judée, en Galilée. Un fellah le ramassa évanoui, une Nazaréenne lui donna de l‘eau fraîche, un juif le défendit contre d'autres juifs bandits. Oasis dans la séche resse des cœurs judéiques, schismatiques, monacaux, humains.
Il m‘a semblé aussi, un moment, que le Sar Péladan, dans cet ouvrage, s'était de plus en plus cérébralisé, devenu plus discuteur et moins artiste, qu'il faisait moins moir- et sentir les choses. C’est que je n‘étais pas encore
I 8 2 L’INITIATION habitué à la nouvelle manière de son esthétique: par l’émotion simple de son cœur devant les souffrances de l'Homme-Dieu, il touche notre cœur, et par l'illumination de son âme devant la sublimité claire des enseignements contenus en la vie du Christ il projette un large rayonne ment de lumière en notre _âme.
L'évolution est admirable qui hausse l‘art sensible, plastique ou intérieur, jusqu’à son union légitime et féconde avec la Mystique. Tout art véritable est mystique, hymen d’une âme offerte avec l'ins piration qui vient d’en haut. Il me serait désagréable de ( faire de la critique » à propos de cette œuvre, à qui je suis reconnaissant du mouvement qu’elle a donné à mon âme.
Toutefois, au cours de ma lecture, quelques impressions sont restées douteuses, en raison certainement du miroir trouble que mon cerveau a présenté. Et je pense que peut être aussi le lecteur aura senti ou sentira naître des objections et le besoin de faire des demandes mentales à l’auteur.
Ces objections, qui sont plutôt des désirs de lumière et le peut-être efficace moyen d'assembler des rapports lointains et encore obscurs, je crois bon de les formuler, — per— suadé que, sans réponse matérielle, ma demande sera en tendue et que notre appel vers l’Esprit qui anima le livre en l’âme imaginative de l‘auteur attirera, lecteurs, une réponse en nos cerveaux.
« La preuve de Jésus est dans la connaissance des autres religions. » Toutes les autres religions, en dehors de Jésus, sont des opinions en quelque sorte. Toute opinion sert momentanément depetite religion personnelle. Connais sons donc. l’âme sereine, et pour donner pâture au cer bère intérieur des opinions diverses. Celles de Péladan ne sont pas amies de celles des Fran ciscains de Jérusalem.
« Rien ici (à la Casa Nuova) ne rap pelle la religion. Dans la vaste salle a manger, point de crucifix; aux murs, des grisailles, dont une buvette de car» refour italien ne voudrait pas, représentent des melons,des concombres et autres comestibles. Les fils de Saint—Fran çois aujourd’hui ontdes bodegones pour fresques. » Et non seulement sur les murs du réfectoire les Pères Fran ciscains « cultivent » des légumes, mais dans le jardin de Gethsémani. Inconséquence qui étonne et qui blesse le cœur remembrant du pèlerin. '
BIBLIOGRAPHIE 183 Le catholicisme de Péladan, rigoureux et exigeant à l'égard de la cléricature romaine, est, suivant la.tradition ésotérique, respectueux des formes des autres religions.
Alexandre offrait des sacrifices aux «dieux de l’Inde, -.de l’Egypte; Péladan s‘agenouille et prie devantletombeaude Siméon«ben-Jocka’i, va visiterles mosquées, les synagogues et les temples, et dans la mosquée d’Omar, bâtie sur la place du Calvaire, il envoie à Jésus ses plus pieuses orai— sons.
« J’aperçois le Koubbet—es—Sakhra... j’ai devant moi l’Ana-strzsis construite par Constantin, décrite par Eusèbe, Arculfe, Antonin le martyr, l’Anastasis qui s'élève sur les triples ruines du templede Salomon, du.temple d’Hérode, du temple d’Adrien!
Je monte les marches de la plate forme et je m’agenouille, car le Koubbet—es—Sakhra est l’authentique et le véritable Saint-Sépulcre. » « Moëz en 969 mit à mort le patriarche de Jérusalem et incendia la basilique de Constantin (Cedrenus, p. 661). » De cette date à la mort de Hakem, 102.1, nous ne savons rien, sinon que les chrétiens furent la proie des musulmans.
Chassés du Saint-Sépulcre, ils obtinrent d’édifier une église dans le quartier oùles marchands d‘Amalfiavaient un comptoir (Guillaume de Tyr, XVIII, 4). Dans cette église, le clergé fabriqua de nouveaux lieux saints.
M. Vietor Langlois donne pour dateà cette imposture de 1031 à 1048. » < Le Sar ne pardonnepas au clergé de 1099, qui laissa Le Sar ne pardonnepas au clergé de 1099, qui laissa Godet‘roy de Bouillon et les croisés s’agenouiller et verser les plus saintes larmes sur un faux sépulcre. » « Cette substitution d’un endroit quelconque au plus saint lieu de l’Univers, quelle plus horrible infamie de cette ville unique en infamie! quelle plus odieuse trahison les prêtres ont-ils osée envers les fidèles! » Maintes fois l’auteur reprend cette idée et fulmine contrel'indignité du clergé.
Mais Jésus peut-être a voulu effacer toute trace du lieu de sa mort P Et sans cesse me vient à l’esprit ce verset de l’Évangile où Jésus dit à la Samaritaine: « Ce n‘est plus sur la montagne de Corazim ni à Jérusalem qu’il faudra désormais adorer mon Père, mais en esprit et en vérité. » Alors, qu’importe, mon Dieu! quelecalvaire et le sépulcœ soient en terre musul mane? Pour les reprendre, que de sang il faudrait ver serl)Et puis, la vertu talismanique (quel talisman unique 1)
184. L’INITIATION de ces pierres, si souvent changées, de cette terre, si bou— leversée, est peut—être à dessein laissée par Jésus parmi les infidèles pour les attirer à l‘adoration véritable après l’adoration idolatrique. Jésus est la vérité, la porte et la vie. Nous devons tous passer par Jésus. Que les lieux saints restent aux musulmans. pour les sanctifier, les christia niser!
Gardons la vérité universelle de l’Esprit qui n’a besoin d'autre tabernacle que notre cœur.
Toutefois l’impression laissée par Jérusalem est doulou reuse à l’artiste et au chrétien. et L’édiculequi renferme le Saint-Sépulcre (le nôtre, le faux) est une honte architecto nique, mais le regard est surtout impressionné par la con fusion de cette église morcelée en étages et en caves, en une multitude de recoins, véritable Babel discordante, insensée, déconcertante.
«r Je défie le plus lucide de comprendre à l’aspect cette ruche incohérente où le désordre des lignes exprime l’abo minable état du christianisme. » Et le clergé russe est pire que le nôtre. et Ah! vénéra tion aux moujicks, ces saints, et huée au clergé russe... Il n’y a pas de crime dont un schismatique ne soit capable. ..
« Les catholiques gardent le droit, au Vendredi-Saint, de planter une croix dans le trou sacré (celui où fut préten dument plantée la Croix), mais les Grecs recouvrent ce trou d'un tapis et refusent de l’ôter. Vers I854, les Fran ciscains, ayant replié le tapis, furent poignardés sur place par les popes. » Ah! églises! Ah! esprit et véritél..
Il me semble aussi que Péladan attribue à la chose bâtie et sculptée une vertu religieuse attractive, qu’elle reçoit au contraire, sans parler de l'action divine, de la foi émanée par les âmes humaines. « Saint Pierre est païen, le Saint Sépulcre est sauvage.
Là-bas, le goût des lettres a tué le sens religieux; ici le sens religieux, en son animalité, a tué le sens de l'art. < Ainsi, l’homme n’acquiert une qualité qu’à la négation de toutes les autres; la foi nécessite doncla stupidité; l’in telligence impliqüerait donc le scepticisme, hélas? » Certes, non!
Mais l’harmonie de toutes les facultés hu maines vient de la vie du cœur qui,par l'amour (charitas), met toutes nos forces, toutes nos potentialités, tous nos
BIBLIOGRAPHIE I 8 5 concepts à l’unisson. Et qui les réalise en actes ? L’art reli gieux, le plus pur ou le plus beau, prenons Notre-Dame de Paris, est—il susceptible de provoquer la foi? Fait—il naître autre chose que l’admiration esthétique P La foi vient d’ailleurs ; et c'est elle qui peut, en témoignage, don ner naissance aux œuvres d’art, pleines alors du magnétisme divin de l‘Amour, manifesté dans la forme décorative ou le symbole.
Et le cantique d’imprécation reprend : « L’humanité ne doit rien à Israël, race stérile qui n’a eu qu’elle-même pour idéal et qui aurait exterminé l‘univers plutôt que de le laisser incirconcis.
Israël est l'Antechrist, il hait Jésus Christ, il le crucifie, il le poursuit dans ses disciples, il l’in feste et le corrompt jusque dans ses offices : aujourd‘hui encore il étouffe l’Evangile d'un cadre de géhenne. » Suivi d'élans d’amour profond, absolu, envers jésus : « Même indigne, Mon Seigneur, je resterais encore àvos pieds; votre châtiment vaudrait mieux que votre indiffé rence. .
« Même exclu du salut, Mon Seigneur, même damné, je vous aimerais, car vous êtes l‘ineffable et il n’y a qu’un destin : vous sentir, même comme victime, etépuiser votre justice à défaut de votre grâce l » Enfin, à la page 153, nous lisons la parole du Christ à la Samaritaine. Je commençais à craindre, parmi toutes ces discussions matérielles, que la Terre du Christ justifiât trop exactement son titre et que n'y soufflerait pas l’Esprit.
Mais voici : «... Les vrais fidèles adoreront le Père en es prit et vérité, car Dieu est esprit et veut qu’on l’adore en esprit et vérité. « Or, le rite de l’adoration, tu l’as institué au Cénacle... « Le Christianisme, c’est l’hostie; et la présence réelle abandonne, au gré seul de la dévotion, la question des re liques...
« Quelle faiblesse de notre nature nous attache à un ves tige du Seigneur tombant sous les yeux du corps, au lieu de le sentir avec la seule sensibilité intérieure... « Le véritable Saint-Sépulcre contient moins de divinité que l’hostie consacrée chaque jour, par tant de prêtres, dans l’univers; et cependant il fascine la foi avec plus de orce. Où en trouver la raison l Serait—ce que la réalité
186 L’INITIATION physique de Jésus nous touche comme une main et nous parle comme un visage et qu'ainsi nous l‘approchons, sans souci de notre indignité, dans l’élan vif de l’amour! L’hu— manité du Dieu nous console immédiatement, et nous communions aisément avec lui dans la douleur. . ( Le Christ triomphant! qui le conçoit, sans trembler pour son salut? qui ne s'estime la pire ivraie? La crainte gène alors l’amour.
« C’est tellement anéantissant, l'idée de Dieu, qu'il fal lait le voir sur un gibet pour oser l‘aimer comme il a voulu être aimé, comme l’aima Madeleine, comme on l’aima à Béthanie. ) «... Ce que l'homme comprend le mieux c’est la douleur: et Jésus est ineffabledans son supplice. Pourpalpiter d‘un égal émoi à sa naissance, il faut un effort. (... Le naturalisme des artistes a perdu la vue de Dieu pour glorifier l'enfant.
« Les Bambini les plus touchants sont des angelots, et non la seconde personne de la Sainte Trinité, enfermée dans la forme humaine. » Un grand nombre de citations choisies éveillent l'idée et la forme spirituelle d’une œuvre mieux souvent qu’un personnel commentaire.
Sur les passions humaines, causes des faiblesses et des fautes du clergé: « Quoi! l'insuffisance d’un moine serait moindre parce qu‘il est moine; l'onction suppléemit au mérite; et on verrait cette stupidité: la consécration reli« gieuse remplaçant l’effort, et une apothéose préventive abriter le sacerdoce contre toute discussion ; enfin on re noncerait au Verbe de Jésus, pour sauvegarder le prestige des servants du temple! » Ceci, non.
Mais l‘onction supplée certainement au mé rite dans la fonction sacerdotale. Le prêtre est double: comme homme, il est responsable de ses fautes; mais il semble superflu de dire que, même mauvais ou criminel, il est suffisant pour transmettre la grâce divine si le fidèle s'adresse à lui. Il serait desastreux pour le fidèle que la qualité du bienfait divin dépende de la vertu humaine du sacerdote.
Et quel Dieu relatif serait»ce, celui conditionné au prêtre, et qui ne pourrait parvenir jusqu‘à l’âme appé tente même à travers les ténèbres infernales les plus épaisses l
BIBLIOGRAPHIE 187 Dieu est absolu et omnipotent. Quant à l’influence béné fique de la vertu, l’onction n'y est plus nécessaire. L’aura lumineuse des saints est sanctifiante. Il est des êtres auprès de qui on se sent bien. équilibré, heureux, lucide, et dont la parole fait jaillir de notre cœur un intense rayonnement d’amour christique. L’onction leur vient directement du Ciel.
La « conclusion pratique » à tirer de l‘évangile est con tenue dans cette parole : Paix Sur la terre aux hommes de bonne volonté. Combien cette formule tombée du ciel est plus féconde que le doux final des Hindous : Que tous les êtres soient heureux. 1 « Vœu adorable, certes, mais sans la leçon qui le rend réalisable; tandis que les anges définissent le bonheur : c’est la paix.
Ils donnent aussi la condition de son règne dans l’homme et dans l‘Univers : la volonté du bien. » Pourquoi lisons—nous plus loin : « Le bien que j’ai voulu s‘est métamorphosé en dérision. La bonne volonté. Maître, je l'ai eue, et la paix n’est jamais venue la consa crer » ? Cependant, Dieu ne peut mentir.
« Le péché originel, tout homme est censé l’avoir com mis, parce que tout homme l’aurait commis. » Et peut-être aussi parce que nous y étions tous, cellules individualisées du grand Adam collectif et synthétique.
C’est pour cette raison profonde que la conception du salut personnel est misérable » et illogique, et que « l'es— prit de Jésus c’est de communier sans cesse avec l’âme universelle et de prier pour prier ou pour les autres, et non pour soi. » Je regrette que le cadre de cette étude ne me permette pasd’examiner en détail les pensées, vérités éternelles, paradoxes d’aujourd’hui, postulaœ, élans de cœur, subli mités esthétiques, dont ce livre est plein.
Péladan y traite, au cours de sa causerie sur ses impressions de voyage, des questions les plus hautes et les plus centrales de la vie humaine : la loi du sacrifice et ses moissons divines;— le miracle, « rencontre de deux fiuidités », et son inutilité pour convaincre les aveugles sceptiques, — la genèse du fils de Dzeu dans l'âme du fils de ll-Iomme; — la.chnrité clairvoyante qui le fait ennemi de l‘antisémitisme, mais aussi adversaire du livre d’où la mort de son Dieu sortit»;
188 L’lNITIATION — la lutte des races en Judée, et la faiblesse des Latins; — la différence du clergé et des fidèles, surtout de ces admirables moujiks, à qui il voudrait « demander une bénédicrion » et qui prient cependant et obtiennent l'extase dans lefaux Saint-Sépulcre; —- une conversation avec quatre rabbins, vieux « hiboux de la synagogue », con— versation un peu trop extérieure et de décor, avec pro noncé de paroles kabbalistiques, 41 le péché d'Adam, c’est d‘avoir détaché Malchut de l‘Arbre séphirotique, » que nous avons déjà lues dans Eliphas Lévi. qui lui-même les tirait des œuvres de l'archevêque kabbaliste Angelus de Burgonuovo, paroles traditionnelles, dont enfin on aimerait mieux lire un commentaire. une explication claire autant que possible et adaptée à la connaissance actuelle; — aussi, la communion intellectuelle avec ces rabbins de scienca vaste, dans l’oubli de leurreligion et de leur détestation du Christ; —. ces paroles, heureusement : « En moi le Christ a triomphé de l’universalité intellec tuelle.
Je suis un prêtre de Memphis converti, un guèbre venu à résipiscence;un brahme conquis par l'Evangile et un ancien disciple de Lao-Tsen et de Pythagore »; — la fausseté de la notion d'un peuple de Dieu, des individus chrétiens pouvant se trouver chez tous les peuples, et le peuple d‘lsraël ayant peut—être été choisi pour que, proie tée vers le milieu le plus dur, le plus réfractaire, l‘idée chrétienne rebondisse plus vigoureusement vers l'huma— nité! — la haine active des sectes en Judée,faisant désirer le rejet des dogmes et la mise en pratique individuelle des préceptes évangéliques que chacun trouve en son cœur; —l'aboutissement à Jésus de toute évolution morale, tout être qui ne peut mettre ses actes en harmonie avec la mo— rale chrétienne, ne le pouvant pas davantage avec une autre, voire épicurienne;— la nécessité de l‘érudition,qui, par exemple, traduit JévéSebaoth par Dieu du Septenaire au lieu de Dieu des armées, et les conséquences combat tives; — la conduite du pape qui ne peut pourtant déclarer laguerre aux nations injustes et impies et qui, lançant une bulle d'excommunication de plus, ne ferait pas pour cela comprendre aux peuples l'atrocité de la guerre et l'erreur de se haïr, lui qui « tue des oiseaux dans les jardins du Vati— can! 0 François d'Assisel 0 Çakya-Mounil » — le désir
BIBLIOGRAPHIE I 89 que « l‘Ecriture sainte se borne au Nouveau Testament » (mon désir serait plutôt le rappel, dans la liturgie, de la filiation avec les religions anciennes : Egypte, Kaldée, Inde, motif de fraternité, ou de solidarité tout au moins, pour commencer); — l’horreur de Jérusalem, « ce lieu maudit porte au désespoir qui est le péché contre le Saint Esprit »; — « l’occasion de la grâce, l’occasion d’éternité, qui, semblable à l‘antique fortune, ne passe qu’une fois » ;. — « lacruauté est la pire contradiction du Verbe chrétien Augmenter la douleur de ce monde, voilà l'abominationl La mort est un droit social (?). non pas la torture »; — l’aspect morne et infernal de la mer Morte, «la nature perverse en rébellion avec les lois cosmiques et comme l’image élémentaire d’un entêtement de damné »; —- la traditionnalité de la secte des Esséniens, dont on ne trouve plus trace après la mort de Jésus; — la révélation absolue dans l'Eucharistie, mystère difficile à com— prendre entièrement et autrement que sous les aspects naturel et humain; — les leçons d’humilité de « la sagesse infinie se bornant à l’obéissance »; — le salut par les œuvres qui, pures et désintéressées, mieux que la prière, témoignent de la présence divine; — la voix inté rieure de Jésus qui, suivant l'expression de Renan, « n’a pas de visions », ni de manifestations extérieures comme Moïse, Job, Socrate, Mahomet; — la fatalité peut-être inéluctable du règne de l’Antechrist, qui semble déjà sortir de terre et montrer la plante deses pieds ; — l’exor cisme du possédé de l’Evangile, qui fait naître en nous ce vœu: Jésus n’aurait-il pu, au lieu de sacrifier le troupeau de porcs, renvoyer le démon ou les démons chez eux, dans les ténèbres, hors de la nature vivante, de l’autre côté du mur, dans l’abîme, dans la mort ? ; — le bain mystique que l’âme prend en Galilée, et l’émotion envahis sante de la grâce, au lac de Jésus, exprimée avec un accent de simplicité, de sincérité, de grandeur, qui nous fait, comme au spectacle, participer de loin à la com préhension de la divinité incarnée, et désirer, toute cri tique déclinante, l'émotion identique et la grâce de prier; -— et l’amour absolu, intense, sans espoir de récompense, envers l’humanité plus qu’envers la divinité de Jésus, qui lui fait pousser ce cri sincère et humble: « O vérité
t 30 L‘INITIATION A-‘-W, incarnée, que. je voudrais avoir en ce moment un grand prestige pour que mon agenouillement fut exemplaire. Agrée mon témoignage, doux Maître!
Je jure que tu es l'absolu, qu’il n'y a ni lumière ni vérité hors de toi, je ne crois que toi, je n‘espère qu‘en toi, et je t’aime tant que ta divinité n’entre pour rien dans mon amour! » Le livre est terminé par une adresse au Pape, à qui Péladan fait les justes observations d'un chrétien érudit et initié à la sagesse traditionnelle, mais dont il reconnaît et proclame l’mfaillibilité.
« La Papauté, si lamentable souvent au point de vue rationnel, est vraimentinfaillible: la promulgation de l'lmmaculée-Conception comme dogme n’aurait-elle pour effet que de bifier à jamais la généalogie de Joseph (fils de David), Pie IX serait glorieux et l’écho du Saint-Esprit. » Il se dit aussi « plus nazaréen que chrétien, plus chré— tien que catholique, plus catholique qu’apostolique, et plus apostolique que romain ».
«Et: Ce n’est pas un zélote, un Kena‘i rouge, violet ou noir qui peut arrêter mon cœur, ô Christ, dans son élan, vers ton cœur sacré... Si c'est une hérésie, ô mon Maître, de t’aimer toi seul et sans partage et d’être Nazaréen, je le saurai quand s’ou vriront les portes de l‘éternité et que je prononcerai le nom qui ouvre l’inépuisable trésor de ta miséricorde: Marie lmmaculéel » SABRUS.
La Prophétie des papes attribuée à St Malac/zie; étude critique par l‘abbé JOSEPH MAITRE, docteur en philoso— phie et en théologie, licencié ès sciences mathématiques, — Paris, Lethielleux, 1901, in- 1.2. Cet ouvrage, auquel est jointe une savante et précieuse bibliographie, renferme d’excellentes études sur l’Apoca lypse comparée avec la célèbre prophétie des papes.
L’au— thenticité de cette dernière est mise absolument hors de doute, malgré les objections des prétentieux Gallicans du. XVII” siècle,qui ont essayé d’en faire rejeter le caractère divi nement inspiré. M. l'abbé Maître démontre que l'originalité du style est celle du siècle même où vivait l’auteur; que le sens supérieur domine le sens direct; qu'un symbolisme puissant inspire toute cette prophétie, qui fait des allusions “ s‘r rn.-— --.-v‘n
BIBLIOTHÈQUE SPIRITUALISTE I 9 I aux événements de l'histoire de l’église chrétienne plutôt qu’à la vie des papes. Avec Holzhauser , il admet que nous arrivons au début du 6° âge, qui verra d’abord des bouleversements politiques et des épreuves terribles pourtous les chrétiens.
Tout au plus pourrais—je faire à ce volume, auquel l’au teur a travaillé vingt ans, et qui va être suivi d’un autre renfermant une étude historique approfondie sur les diffé rentes devises, quelques critiques de détail; l’auteur s'abs tient trop scrupuleusement de s’aider des prophéties mo dernes, qui lui auraient été utiles pour déterminer le sens des devises s’appliquant aux neuf papes futurs; il ignore le beau travail comparatif de feu Adrien Péladan père (le père du sar Josephin Péladan) publié dans les Annales du surnaturel en I889, sur les prophéties relatives à la pa— pauté; et il croit que le livre de M. de Stenay sur l’Auenir dévoilé fut publié en 1871 : il le fut en 1870.
En résumé, ce livre mérite d’être mis à côté des plus beaux travaux publiés sur des matières de ce genre. SATURNINUS. La brochure de l’abbé Combes sur le secret de la Salette vient d’être mise à l'index, ainsi qu’une autre, dont l‘au— teur annonçait le règne d’un Manndorff. (L’Auenir jus— qu'à la fin des temps, par M. de Dompierre, 2 fr.
50: chez l’auteur, 5 I, faubourg de Fougères, à Rennes.) BIBLIOTHÈQUE SPIRITUALISTE Les chercheurs indépendants, que ne satisfont ni l’in— transigeant dogmatisme religieux, ni le néant du matéria lisme scientifique, ni les hypothèses fantaisistes de la philosophie, et qui portent leurs regards vers les voies plus sûres mais moins connues que suivaient nos ancêtres pour arriver à la connaissance, se heurtent à une grande difficulté pour se procurer les ouvrages spéciaux dont ils ont besoin dans leurs études. Un groupe de Lyonnais dévoués à la cause des sciences
192 L‘INITIATION spirituelles vraies vient d‘essayer de combler cette lacune en fondant dans leur ville une bibliothèque spéciale. La Bibliothèque spiritz:aliste de Lyon comprendra la plupart des ouvrages de magnétisme, spiritualisme (partie scientifique et partie morale), phénomènes psychiques en général, sciences et philosophie occultes (source occiden tale et source orientale).
Ouverte à jours fixés, elle opèrera le prêt de livres. sui vant deux systèmes différents: 10 Elle prêtera à tout venant un de ses ouvrages, moyen— nant le dépôt d'un cautionnement et le payement du prix de location (0,25 ou 0,50). 2° Elle délivrera des abonnements donnant droit au prêt de tous les ouvrages de la bibliothèque; le prix de l’abonnement sera : Trois mois, 4 francs; six mois. 7 francs; un an, [0 francs.
Ultérieurement, si les adhérents sont en nombre suffi sant, la bibliothèque pourra se compléter par des réunions, causeries, conférences et séances d‘expérimentation. La bibliothèque ouvrira ses portes vers septembre—oc tobre.
Comme il est nécessaire, pour qu'elle puisse s’orga niser, de savoir sur quelles ressources il y a lieu de comp ter, toutes les personnes qui désirent s’abonner sont priées de nous le faire savoir dans le plus bref délai possible. (Les cotisations ne seront, bien entendu, recouvrées qu’une fois que la bibliothèque fonctionnera.) En terminant nous adressons un pressant appel à tous les spiritualistes de France et à ceux de la région lyon— naise en particulier, qui comprendront l‘importance à l‘heure actuelle de cette œuvre de diffusion.
Tous les au teurs qui voudront bien nous envoyer un exemplaire de leurs œuvres, toutes les personnes qui voudront bien nous aider matériellement ou moralement dans notre tâche seront assurées de notre plus vive reconnaissance. Adresser toutes demandes de renseignements, envois et communications à M. Antoine Rougier, rue Saint—Paul, :5, Lyon. Le Gérant: ENCAUSSE. Paris-Tours. — lmp. E. ARRAULT et Cie, 9, rue N.-D.-de-Lorette.
rË Tous les 0ccultistns Tous les membres de l’llrdra Iartinista ont intérêt à lire L’ÉCOLE HERMETIÛUB Supplément gratuit de la Revue L’HYPERGHIMIE Qui reproduit les cours de Paris, théoriques et pratiques “ ‘—--'r—v ABONNEMENTS 4 francs par an 4. Rue de Savoie, PARIS Le Numéro de Juin reproduit les cours de Papus, Sedir et Phaneg Envoi d’un numéro spécimen sur demande.
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