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L Initiation Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS I E! O. '14 Docteur en medecine -— Docteur en kabbale 51"” VOLUME. — 14"" ANNÉE SOMMAIRE DU N° 9 (Juin 1901) PARTIE INITIATIQUE La vie de Claude de Saint-Martin. . . . . . . Papus. (p. [93 à 204) L’Ëternité. . . . . . . . . .. Zhora. (p.365 à 2’10.) PARTIE PHILOSOPHIQUE Occultisme historique. . . . . .' . .
Jean Tolbiac. (p. 2 Il à 247) L'ancienne Maçonnerie et le chevalier Ramsay. . . John Yarker. (p. 247 à 255) Au pays des Esprits (suite). . . . . . . . . .
X. , (p. 256 à 275) Mesure du temps chez les lndous. — Tableau des signatures plané taires en art. -— Ordre martiniste. — École hermétique. —— La com mémoration d’Eliphas Lévi. —- Société des conférences spiritua listes. — L‘Echo du Merveilleux et la cartomancie. — Les tendances religieuses de la jeunesse contemporaine. — Bibliographie. — Nombres et dates fatidiques.
Tout ce qui concerne la Rédaction et les Échanges doit être adressé , 87, boulevard Montmorency, à Paris. Téléphone —- 690-50 Administration et abounumnts : 4. m le 8min. PARIS (DE 2 A 5 HEURES) Le Numéro : UN FRANC. —- Un An : DIX FRANCS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l'essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n'ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science experi mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l‘hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L'Initiati0n est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporams. .
Dans la Religion,à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un meme ésoterisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’0cculte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’Initian’on adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l‘arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cle'ricalisine et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Im‘tiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’lnde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initiation parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà quatorze années d’existence.— Abonnement: lofrancs Par .3.“' ‘ (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
L’Initïa‘tion du 15 JUin 1901 r_"": ._,I._..(_——n“.x.n PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l’I-m‘iz‘aiioñ 10 PARTIE INITIATIQUE AMO — F. CH. BARLET, S.'. I.-.;, — GUYMIOT. — MARC HAVEN, _ 13,5} — JULIEN LEJAY, S.'. I.'. g —- EMILE MICHELET, S.'. I.'. . G. E.) —— LUCIEN MAUCHEL, S.‘. I.‘. (D. S. E.) MOGD, S.'. 1.-. Parus, S.'. I.'. {è — SÉDIR, S.'. l.'. ,'(.. — SELVA, S.'. I.'. . G.
E.) 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABlL-MARDUK. — AMELINEAU. — ALEPH. —— AMARAVELLA. -— D" BARADUC. — SERGE BASSET. — Le F.'. BERTRAND 30‘ — BLITZ. —— BOJANOV.-— BORNIA PIETRO. -— J. BRICAUD. — JACQUES - 3RIEU. — CAMILLE CHAIGNEAU. — CHIMUA DU LAFAY. —- ALFRED LE-DAIN. —- G. DELANNE. — ALBAN DUBET. — A. ERNY. — FABRE DES ESSARTS. —— L. ESQUIEU. — DELÉZINIER. — JULES GIRAUD. — D' FERRAN. — L. GOURMAND. — L.
HUTCHINSON. —— JOLLIVET CASTELOT. — E. LEFÉBURE. — L. LE LEU. — L. LEMERLE. — LEC0MTE. — NAPOLÉON NEY. — Gle C. NOEL. — HORACE PELLETIER — G. PoIREL. — QUESTOR VITŒ. — RAYMOND.—D’ ROZIER.— L. SATURNINUS. — Dr SOURBECK . -— THOMASSIN. —TIDIANEUQ. — G. Vrroux. -— YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG.—— JEAN DELVILLE. a ESTRELLA. — E. Gou I)EAu_ —— MANUEL DE GRANDFOKD. -— L.
HENNI|QUE. — GABRIEL >E LAUTREC- — JULES LERMINA. — JULES DE MARTHOLD. — CA TULLE MENUES -—— GEORGE MONTIÈRE. —LÉON RIOTOR. — SAINT FARGEAU. — ROBERT SCHEFFER. — EMILE SIGOGNE. — CH. DE SIVRY. 40 POÉSIE G. ARMELIN. -— CH. DUBOURG. —— RODOLPHE DARZENS. —JEAN DELVILLE- - YVAN DIETSCEINE. — E. GIGLEUX. —— CH GROLLEAU — MAURICE LARÇERIS. -— PAUL MARROT. — EDMOND PILON. -— DE TALLENAY. — ROBERT DE LA VILLEHERVË. \
L’Initialion du |5 Juin IgO‘I' % L’INITIATION (””iliî‘i“”’”l DIRECTION ADMINISTRATION 87, boulevard Montmorency, ABONNEMENTS TÉLÉPHONE - “Il—50 PUBLICITÉ : VENTE AU NUMÉRO PA RIS-A UTEUIL 'e Diant.‘rnun : PAPUS "’ a" de su“ Duu:cn:un ADJOINT : Lucien MAUCBEL (DE 2 A 5 HEURES) Rédacteur en chef: F.—Ch. BARIÆT Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un m10 If. J. LEJAY — PAUL SÉDIR ÉTRANGER, — I2 fr.
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Un numéro de la Revue est toujours corn osé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au p us tôt que le mois suivant. L’Initiation est l’organe officiel des centres suivants: . . Groupe Esotérique. — Ordre martiniste. — École supé rieure libre des Sciences hermétiques. — Ordre Kabbalisti ne de la Rose-Croix. -— Union Idéaliste Universelle. — . T. L. (section française).
EIIOIII’E INDEI’EIDAIT D'ÉTUDES ESIIIEIIIQIIES 1,600 Membres — 104 Branches et Correspondants -— Groupes d'Études fermés Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée. Pour tous renseignements, s’adresserparlettreà M. PaulSÉDIR, j directeur adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre ' pour la réponse. (Reçoit le mardi de 5 à 7 heures).
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...<. La r production des articles inédits publiés par [Initiation est formellement interdite, à moins d’autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE Cette partie est réservée à l’exposé des idées de la Direction, des Membres ‘ du Comité de Rédaction et à la reproduction des classiques anciens.) LA VIE DE CLAUDE DE SAINT-MARTIN (2e partie, 1776-1 7go) C’est le 12 juillet 1776 que Saint—Martin arrive à Toulouse.
Il faillit s’y marier, si l’on en croit son Portrait historique (303) cité par Matter. ' «J’ai joui, à Toulouse, de la sociétéd’une très aimable famille, les Dubourg, et j’ai en occasion d’y voir MM. Villenouvet, Rochemontès, Quellus, Labadens, Mazade, homme de beaucoup d’esprit. Les charmantes promenades de Rochemontès me resteront longtemps dans la mémoire. La situation est magnifique.
J’ai été1 frappé de la bonté des âmes pures que j’ai rencontrées dans la délicieuse famille Dubourg. Il y a été question de quelques velléités de mariage pour moi, premièrement avec l’aînée Dubourg et ensuite avec une Anglaise nommée Mne Rian. Mais tous ces projets se sont évanouis, comme tous ceux qui n’ont tenu qu'aux choses de ce bas monde. Car mille expériences m’ont appris qu’en vain le sort tenterait de me lier à lui et que je n’étais né que pour 13
I 94 L’INITIATION [mm une seule chose. Heureux, heureux si les circons tances n’eussent pas laissé si souvent ma faiblesse à elle—même et ne m‘eussent pas exposé par là à des cendre au lieu de monter comme je n’aurais dû cesser de le faire. » Pourquoi cela est-il daté I778, alors que les faits se passent deux ans plus tôt ?
N’a-t-on pas confondu la date du fait avec celle de sa relation P C’est ce qui doit être probable,car nous relèverons plusieurs erreurs de ce genre dans les « Portraits ». Le séjour à Toulouse n’a pas dû être très long. Mais rien ne nous permet de l’apprécier, car la lettre suivante est datée de Paris, 23 mars I777. Nousy trouvons quelques indications, sur les relations pari siennes du jeune Philosophe qui a maintenant trente— quatre ans.
C’est ainsi que nous apprenons que M”‘° de La Croix (la dame de haute importance précédemment indiquée) a reçu une réponse de Caignet, le succes séur de Martinès à la tête de l’Ordre. On ne doit recevoir de femmes dans l’Ordre qu’après examen sévère de leurs facultés supra-humaines et autorisation directe des Guides invisibles. Il faut attendre pour recevoir M. de Brancas ainsi que l’abbé de Grillon.
VERSAILLES ET PARIS Saint-Martin fréquente beaucoup chez le prince de Luzignan, et il va fréquemment à Versailles ainsi qu’en témoigne sa lettre du 1" avril I778. Nous . M4J.
1901] LA vu: DE CLAUDE DE SAINT-MARTIN 195 apprenons aussi, dans cette lettre, les'relations des Martinistes avec Savalette de Langesqui s’occupait tant des conférences et des réunions maçx. à cette époque. A Versailles, Saint—Martin a vu plusieurs frères de l’Ordre: MM. Roger, Boisroger, Mallet, Jance (ou Genet: se demande M. Mattér), Moret, mais la plupart, dit-il, avaient été initiés pour les formes.
Les lettres vont maintenant se faire rares et appa— raîtront seulement une fois par an ou peu s’en faut. Après celle du 24 août 1778 signalant l’arrivée d’un paquet de documents envoyé d'Amérique, nous n’en trouvons plus une que le 28 mars I779. Nous y appre— nons la mort du successeur de Martinès à la tête de l’Ordre, le P. Mue Caignet de Lester. On ne sait qui il a nommé pour lui succéder.
Les membres les plus actifs de l’Ordre sont à ce moment: Saint-Martin, poursuivant ses initiations individuelles, Willermoz continuant ses recherches poursuivies collectivement ; puis d’Hauterive, de Grainville etquelques autres. Savalette de Langesest à l’écart. Le 18 décembre 1780, Saint—Martin prévient ses amis de Lyon de la curiosité de Mme la maréchale de Noailles, qui, devinanten lui le Philosophe inconnu, est après lui comme un furet.
Toutes les précautions doivent être prises pour la dérouter. Cette année il a été passer quelques jours chez le duc de Bouillon. Le 8 mai 1781, nous apprenons la maladie du F. Tavannes, qui part pour Lyon accompagné de Court de Gébelin. Outre ce dernier, nous voyons
196 L’lNITIATION encore, cité dans cette lettre, Savalette de Langes dont il a déjà été question et Duchanteau, l'auteur d’un calendrier magique qui sera fort estimé plus tard par Éliphas Lévi. Presque aussitôtsuit une secondelettre(18 mai i 78 I). annonçant, à mots couverts, l’apparition du second volume de Saint-Martin (le Tableau naturel) et nous faisant part d’une courte maladie de l’auteur.
Nous entendons parler de M. de Virieu et quel ques notes concernant Court de Gébelin font pressen tir qu’il a dû être initié aux grades inférieurs de la Société. D'Hauterive est parti de Toulouse pour Orléans. La lettre du 7 juillet 1782 concerne des affaires de Willermoz pour lesquelles des fermiers généraux peuvent être utiles. Parmi les noms de ces derniers, nous remarquons celui de Delaage.
Saint—Martin parle aussi de l’Influença dans sa lettre. Passons sur le 10 février 1783 pour nous arrêter à . l’envoi du 10 mars de la même année. Cette lettre est un morceau sublime par l’élévation des pensées au tant que par son caractère vraiment chrétien. L’année suivante (1784, 3 février) nous appre nons une grosse nouvelle. Le Philosophe vient de prêter serment à la Société occulte fondée par Mesmer.
C’est cette société qui forme le noyau d’où sortira plus tard la Société de l'Harmonie. C’est surtout avec Puységur, qui découvrit la lucidité somnambulique, que travailla Saint-Martin. Le 29 décembre de la même année des détails com plémentaires nous sont fournis. C’est ainsi que nous
LA VIE DE CLAUDE DE SAINT-MARTIN 197 connaissons le quartier qu’habite Saint-Martin (rue de Seine, faubourg Saint-Germain, n° 72) ; la maison doit toujours exister. Nous suivons aussi les recherches de notre auteur au sujet du magnétisme, car il raconte ce qu’il a vu à Buzancy, chez Puységur, où il a pu constater de nombreux cas de guérisons rapides. Incidemment nous constatons que Saint-Martin s’est rendu à la loge la Bienfaisance.
Nous apprenons aussi qu’il n’assistera pas aux séances du convent réuni par Savalette de Langes. Enfin remarquons ce jugement sur Cagliostro: « Je regarde cet homme comme le tourment de la vérité. » Ici se termine le grand séjour de Saint—Martin à Paris. Il y a quarante-deux ans. Les événements qui surviennent à Lyon vont avoir une grande influence sur son esprit. WILLERMOZ RÉUSSIT ENFIN SES OPÉRATIONS A LYON Voyage de Saint—Martin auprès de lui.
Le 26 avril 1785, nous devinons que Willermoz et ses amis viennent d’obtenir un grand succès dans leurs opérations théurgiques. L’Agent ou Philosophe inconnu que Saint-Martin avait probablement connu dans l’école de Martines vient de se manifester à Lyon.
Lorsque nous publierons, si Dieu le permet, notre étude sur Willermoz, on verra que cette mani festation étaitd’une grande importance puisque l’agent matérialisé dicta près de cent cahiers d’enseignement
I9 8 L’INITIATION et qu’il vint lui-même en brûler plus tard une partie. Nous possédons, dans nos archives, presque tout ce qui a été sauvé. - C’est avec le plus pur esprit de charité et d'humi lité que Saint-Martin félicite son ami de son succès. Et il déclare avec la plus grande franchise que le nom qui signe ses livres est d’origine invisible et ne lui appartient pas à lui—même.
« Les torts que j’ai eus de me laisser connaître ne me paraissent pas comparables à ceux d’avoir écrit. Ces derniers ofi‘en saient la chose même, en me mettant à sa place sans son ordre. » L’Ordre viendra bientôt et lèvera bien des scru pules. Notons l‘annonce de l‘envoi d’un ouvrage de Puységur et des nouvelles de M. Tieman. Un mois après, 13 mai I785, on sent combien Saint—Martin brûle d’envie d’aller à Lyon. D'Hauterive est en Angleterre.
L’occasion se présente vite et, le 30 juin, Saint-Mar tin annonce son départ de Paris. Un détail à retenir : la Loge Lyonnaise se réunit aux Brofleaux. C’est là que Saint-Martin, déjà Rose-Croix Martinésiste, est inscrit officiellement sur les registres maç.‘., ainsi qu’on le verra plus loin. Il est reçu le lundi 4 juillet à cinq heures, nous apprend une note de la main de \Villermoz.
Signalons aussi les livres que Saint-Mar tin emporte pour Charmer les loisirs du voyage: Une bible hébraïque et un dictionnaire pour en aider la traduction. Le séjour à'Lyon, partagé entre les études hermé tiques et théurgiques dure du 30 juin 1785 au i-l-Ërté
LA VIE DE CLAUDE DE SAINT-MARTIN 199 1‘" janvier 1786. A cette date le Philosophe part pour Paris avec Zinnowief. Nous voyons nommer le marquis de Bory, M. de Saint-Didier, M. de Polomieu (qu’il appelle irrespec tueusement la Grande Minette) ; le F. Barberin ; puis nous apprenons que, sur les récits, prudents cepen dant, de Saint—Martin, plusieurs frères, entre autres Savalette de Langes, veulent se rendre à Lyon.
Quelle prudence ne devait pas montrer Saint-Martin dans le récit des faits qu’il avait été appelé à voir aux Brotteaiux et dans le choix des oreilles à qui il pouvait conter ces faits I Dans le premier moment d’enthou— siasme on se figure que le récit véridique des faits oc cultes, énoncé avec ardeur et conviction, va entraîner l’assentiment de l’auditeur.
On expose les phéno— mènes avec toute la rigueur désirable, on parle, grisé .par son propre consentement — puis vient le réveil. L’auditeur n’est pas apte à s'élever si haut. Il se persuade aisément que l’imagination a dû être pour beaucoup dans ces faits qui déconcertent ses catégories mentales. Et loin d’être persuadé, il devient plus dé fiant et plus sceptique.
On a compromis le maître visible ou invisible, on a fait fausse route et il faut toute l'humilité de notre philosophe pour se jeter à genoux en reconnaissant ses fautes et en se rappelant la remarque pyt'hago tienne qu’on a une seule bouche et deux oreilles. Hélas l que celui qui n’a pas péché jette la première pierre au philosophe!
Pour nous, nous savons com bien l’expérience du silence lui fut dure, pour ne pas excuser de grand cœur le jeune maître. '
zoo L’INITIATION VOYAGE A LONDRES Un mois après, le 15 janvier 1787, il est à Londres, où il est arrivé le 10. après une mauvaise traversée pendant laquelle il a fait connaissance avec le mal de mer. Le but de son voyage? Apparemment de re trouver Tieman et Zinnowief qui sont à Londres aussi. D’Hauterive, rencontré par hasard, a été froid. Il ne veut pas regarder comme frères (Martinésistes) ceux qui appartiennent à la Maçonnerie.
Saint-Martin fit, àLondres, la connaissance du mys tique Law et surtout de M. Belz, un voyant remar— quable, dont notre philosophe décrit avec enthou siasme les facultés dans cette lettre.
D’autre part, M. Matter signale (pp. 132 et 299) les connaissances aristocratiques de Saint-Martin, parmi lesquelles nous remarquons le comte de Divonne, M. de Coislin, milord Beauchamps, puisle savant Herschell chez qui notre auteur a déjeuné avec M. de Lauzun, M. Dutens et M. Horseley. Ce Dutens est le célèbre auteur des Découvertes des anciens attribuées aux modernes qui ont demandé une érudition et des recherches considérables.
« Je demeurais, nous dit Saint-Martin, chezle prince « Galitzin et Tieman qui eurent tant de bontés pour « moi que j’en ai honte. » Le prince Galitzin a-t—il été un des agents actifs de l'introduction du Martinisme (de Saint-Martin) en Russie? Je l’ignore. Mais ce qui est sûr, c‘est que l’Ordre Martiniste prit une telle extension en Russie 4 -!"—
LA VIE DE CLAUDE DE SAINT-MARTIN 201 que le théâtre impérial, un peu, dit-on, par ordre de la Grande Catherine, mit une attaque des Martinistes en scène et qu’aujourd‘hui encore on peut voir exposés à Moscou les bijoux et les cordons des Mar tinistes de cette époque. Les noms russes cités par Saint—Martin sont les sui vants (Matter, p. 136) : prince Galitzin, Kachelof, Markof, Zinnowief, Stavronski, Vorrontzofi, comte Rasonmoski.
Nos amis de Russie feront bien de rechercher dans ces familles les traces de l’action de notre maître. A l’encontre de M. Matter, je ne crois pas qu’il s‘agisse là des disciples de Martines, mais bien de ceux de Saint-Martin. Notre philosophe cite lui-même les noms de Doyen, Granville, Poisy, Millanois, Auchat.
PARIS, AMBOISE, L’ITALIE Le séjour de Londres' est bientôt terminé, car le 20 juillet 1787 nous retrouvons Saint-Martin à Paris arrivant de Bussang. Son père est paralysé et il part à Amboise. Les frères Giraud et Millanois sont encore cités dans cette lettre. Bientôt Saint-Martin part pour l’Italie et il passe par Lyon en septembre I787. Il fait le voyage d’ltalie, nous dit M. Matter, avec le prince Galitzin.
Notre philosophe dans sa lettre de Lyon parle surtout de M. Giraud et le reste se rapporte à des mots convenus au sujet de l’impression de ses ouvrages. .1txànut.
'202 L’INITIATION Le 23 octobre, il arrive à Rome et le lendemain il écrit pour raconter sa visite à Saint-Pierre et son admiration. Nous apprenons qu'il a passé par Sienne et par Florence sans s’arrêter dans cette dernière ville. A Sienne il a éprouvé quelques secousses de tremble ment de terre et il a rencontré dans une auberge un ami de \Villermoz, le comte Collovator.
On trouvera dans les livres de M. Matter (p. 141) la liste des relations mondaines en Italie. Elles ne nous intéressent guère pour l’étude que nous poursui vous que par les initiations que Saint-Martin aurait pu faire dans leurs rangs. Mais nous n’avons aucune lumière à ce sujet.
Le séjour en Italie dura à peu près quatre mois, et nous apprenons par la copie d’une lettre de Villermoz du 6 février 1788 qu’à cette date Saint—Martin revient vers Lyon. Autre nouvelle, très importante, dans la même lettre: 1’Agent a cessé ses apparitions et un sujet qui avait aidé les frères à faire quelques errpériences de lucidité a aussi cessé ses services par suite de son mariage.
Or, d’après cette lettre, nous apprenons que Saint— Martin avait annoncé ce qui allait arriver deux ans et demi d’avance à certains frères à l’insu de Willer moz. De là les vifs reproches de ce dernier et la justi fication facile de Saint—Martin.
LA VIE DE CLAUDE DE SAINT-MARTIN l 203 L’AGENT A LYON Nous verrons en étudiant Willermoz que ce départ de l’Agent ne fut qu’éphémère, puisqu’il revint en 1790 et resta, mais c’est à vérifier, jusqu’à 1796. Je dis c’est à vérifier parce que Willermoz nous dit que dans les premiers mois de 1790 « je rendis à l’agent, « sur sademande, plus de quatre-vingts cahiers qui « n'avaient pas été publiés et qu’il a détruits ».
RETOUR A PARIS Le passage par Lyon a été rapide, car, le 20 avril, Saint-Martin est à Paris. Il annonce le résultat de négociations poursuivies par le F. de Virieu. Le phi losophe se fait écrire rue Doyenné Saint-Louis du Louvre, 110 .5.
Nous savons aussi qu’il est en corres pondance régulière avec Millanois, Grainville, Bory, -Giraud, les frères de Lyon et la personne qu’il désigne par le nom énigmatique de La Mère. ‘ Nous voyons aussi par cette lettre le zèle du frère Zinnovief pour la propagation de l’ordre, car ses amis viennent tous rendre visite à Saint-Martin. Il cite aussi Mme de Wurtemberg, M“ la duchesse de Brissac, M'”" de Gléon, Mme de Saint—Didier.
Il annonce son départ pour Amboise. Signalons aussi un petit voyage à Montbéliard chez la duchesse de Wurtemberg, cette même année. Ici se termine une grande phase de la vie de Saint
204 L'INITIATION Martin. Il a juste quarante—cinq ans et il va se rendre pour la première fois à Strasbourg où il sera conduit jusqu’à I’Esprit de Bœhme par les œuvres du célèbre théosophe allemand. Ses deux dernières lettres à Willermoz vont préparer la transition. ex”! Saint-Martin est arrivé à Strasbourg le 6 juin 1788. Il reparle à mots couverts du vicomte qui aeu des accidents cérébraux graves et qui va mieux.
C’est sans doute pour rejoindre Tieman que Saint Martin est allé à Strasbourg où il a vu les Turkheim, Mayer, Salzman. Il annonce l'arrivée à Lyon d’un jeune Américain du nom de Despallières. Autre lettre le 16 décembre 1789 consacrée surtout à la question de savoir si Saint—Martin peut participer aux travaux de la Société des Initiés de Lyon sans être resté maçon.
Enfin dernière lettre de la série, le 4 juillet 1790, toujours datée de Strasbourg, mais annonçant un voyage en Touraine fait au printemps de la même année. C'est dans cette lettre que Saint-Martin demande à être définitivement rayé des registres ma çonniques. PAPUS.
L’Éternité L’éternité est un seul moment qui dure toujours. Ce qui est tout n’a pas besoin d’être divisé en par— “ ties. Si nous pouvions embrasser le tout de notre es prit, nous comprendrions alors pourquoi et comment Dieu exista toujours.
S’il nous était donné de ne point séparer le néant de Dieu, et de savoir que tout est vraiment, réellement, un tout indivisible et sans temps, nous serions plus à même de comprendre l’éternité d'un être sans commencement et sans fin, et qui renferme en soi toutes les immensités présentes et futures. On ne pourrait donner un exemple explicatif d’une éternité entière, nous ne pouvons encore qu’en conce voir des lambeaux séparés.
Je voudrais en citer deux sou S ce titre d’éternité: premièrement celui de l’homme, et ensuite celui de l’émanation d’une planète sous le souffle divin. Laissons parler l’âme elle-même à laquelle il fut donné d’en concevoir quelque idée. « Un jour qu‘elle était enlevée en prière, je vis une Vierge, nous dit-elle, qui tenait un enfant resplen dissant de lumière. Elle était assise sur un roc et sou— tenaitd’une main l’enfant debout devant elle. L’enfant étendit ses deux petits bras et les agita dans l’espace
206 L’INITIATION devant lui; quatre bêtes aux têtes longues et recou vertes de peau lisse et grossière se rangèrent aussitôt devant lui. Je vis alors que, toutes, elles tendaient leurs mâchoires immenses et ouvertes afin de dévorer l’enfant.
« Comme j’eus peur, j’entendis une voix au dedans de moi qui disait :« Ce sont les moules de la Matière « que l’Esprit veut racheter. » Et voici que des petits corps, moins lumineux que celui de l’enfantlui-même, commencèrent à se dégager de lui disparaissant tous par les bêtes du temps. Alors il en vint encore deux autres semblables aux quatre premières, mais plus pe tites : les temps derniers. Et elles en engloutirent beau coup.
J’entendis alors la voix qui disait: « Regarde! » Et je vis à gauche descendre surla Vierge un être im mense tout de peau et de griffes de fer; il était sem blable à une gigantesque chauve-souris et voulait en— gloutir la Vierge qui soutenait l’enfant.
Mais elle éten dit la main et lui dit, désignant l’enfant : « Au nom de mon Fils, tu ne me toucheras pas. » Cela fit reculer le monstre, mais il ne s’éloigna point encore, car son temps n’était pas venu. Pendant ce temps-là les six bêtes étaient déjà si près de l’enfant de lumière que, non contentes des autres corps, elles léchaient ses membres et tâehaient de lui porter atteinte et de le dévorer.
La Viergeles regarda et leur dit ensuite :«Au « nom de mon Fils retirez-vous. » Et immédiatement elles commencèrent à vomir avec violence tous les pé tits corps qu’elles avaient engloutis. Je vis alors que la Vierge montait entraînant avec elle le monstre qui avait voulu l’attaquer. Des liens de lumière s’éten-'
L.’ÉTERNITÉ 207 daient entre elle et son fils, de sorte que, quoique séparés, ils demeuraient ensemble.
Lorsque la Vierge revint du haut de la lumière où elle avait été, le monstre ne paraissait plus, tellement il était devenu petit à côté d’elle, et lelaissant aller, je l’entendis dire :' « Il a été jeté au fond du gouffre et n’en reviendra « plus, car des oiseaux de proie le dévorent. »' Et je compris que c’était la mort, et que cet être désormais n’aurait plus de pouvoir.
« Comme je relevais les yeux, voiciqœtousles corps rejetés n’en formaient plus qu’un seul, qui gisait inerte auxpieds de l’enfant. L’homme était reconstitué et en.— tendit ces paroles de la Vierge: « Viens et vis. » Mais, au lieu de se réjouir, je le vis qui s’asseyait par terre et pleurait, se couvrant la figure de ses mains.
Cela m’étonnait bien qu’il fût si triste auprès de la Vierge et de celui qui fut son fils, et la voix de la Vierge re— tentit de nouveauà mes oreillesqui disait: « Homme, pourquoi pleures—tu? » L’enfant se retourna vers sa mère et la regarda, tandis que l’homme répondait avec douleur: « Parce que je suis de Lui et me trouve « auprès de Lui, mais queje ne suis pas encore à Lui, « ni en Lui. » « La Vierge étendit son braset toucha de ses doigts le front de l’homme, et l'enfant tout en la regardant posa sa main au milieu de son bras étendu.
« J’étais tellement saisie de crainte à ce moment in traduisible pour la chair, que j’entendis à peine une voix qui me disait par sa présence: « Prends soin de « ton être, car il est difficile de voir ce que tu vois. » « Un trône descendait des Cieux, et surle trône Ce
208 L’INITIATION lui qui n’a pas d’âge, ni de commencement, ni de fin, qui est partout et qui est en Lui-même étant le père de l'Univers. Je vis la Vierge monter et se tenir à la droite du trône, tandis que l’enfant remonta au sein du Père Éternel. Il était au-dessuset au devant du Père, autour et en lui, sa figure était encore celle d'un petit enfant qu’enchâssait une étoile lumineuse. Et un ange de feu qui fut l’Esprit-Saint les couvrait tous.
Mon être s’ébranlait de tantde splendeur et je cher chai l’homme afin de le reconnaître; je nele vis point, il était devenu indistingible du tout; je le sentais là, et cependant inséparable, comme enfermant en lui même tout ce mystère. Nul bruit ne rompit le silence de cette réintégration suprême.
Il nous est impossible d’en savoir davantage, mais ces images de la création, de la transfiguration lente et de la réintégration complète de l’homme peuvent cependant nous donner à penser.
Cette âme assista encore à un autre fragment de l’existence ou éternité, celui de la formation d’un monde, comme elle le dit elle—même, lorsque, vivant encore de ce silence sublime de la réintégration, elle vit un consolateur s’approcher d’elle et lui dire : « Voici, je vais te montrer ce que tu ne comprends pas, la vie d’un monde. » Elle le vit prendre un tout petit globe qui, ayant flotté vers eux, se plaça facilement dans la main de ce consolateur à face encore humaine.
« Ceci est l’essence, l’esprit d’un monde qui va en émaner, re garde, lui dit-il. » Et l’âme vit une ombre plus grande que les cieux s’étendre au—dessus d’eux. Elle n‘eut
L’ÉTERNITÉ 209 point peur, car la voix du consolateur reprit : « De même que de ce peu d’esprit que je tiens dans ma main émane tout ce monde de transformations et de matière relative, de même tout l’univers émane de Dieu.
L’âme se prosterna à ces paroles, mais il lui dit: « Regarde plutôt la formation de ce monde qui n’est qu’une ombre, observe cette terre vierge qui va être peuplée. » Elle se redressa, mais dut couvrir ses yeux pour voir, tant il y avait de lumière éclatante. Elle vit apparaître dans le lointain cette planète qu’elle avait vu naître.
Traversant d’abord les flots de la lumière orange, il s’imbiba du divin où se fixent toutes les teintes, et en resta lumineux. Puis il plongea dans un reflet qui parut vert à l’âme, et se couvrit de rep tiles qui l’habitaient. Il repassa par la lumière et souf frit, car les reptiles qui étaient sur lui se détachaient de leur habitätion et de leur centre qui était dans le vert.
Ensuite l'âme le vit entouré d’une atmosphère bleue, resplendissante de lumière et de beauté et tonte la végétation qui l’habitait s’attacha à lui de ses racines, et l’aima. Toute végétation est à la Vierge, et la Vierge suivit le monde vers la lumière grise, au centre de laquelle les végétaux attachés à cette terre durent oublier leur pays natal.
Alors le monde eut une secouSse violente et s‘engouffra dans le rouge, où l’homme et les bêtes mirent pied sur leur centre nou veau. Il trembla et pleura, il souffrit et se lamenta, car la lutte était désormais engendrée sur son plan. L’âme le vit voguer vers la lumière blanche où il s’ar / l4
210 L’INITIATION rêta; le Fils divin devait mettre son sceau sur ce monde inauguré par la peine. Puis la Vierge qui l’avait suivi, se pencha au-dessus de lui et il sortit de la première enceinte du Divin. Il partit comme part un navire pour une longue tra versée, différant de lui d’une seule manière : il était entouré, enveloppé d’une quantité de fils télégra phiques ou sensitifs, qui répondaient au moindre mouvement se produisant sur’cette terre.
Aucun acte, pas le moindre soupir ne pouvait se produire sans ébranler ce tissu de fils lumineux,et la pluslégère des secousses portait jusqu’en haut, jusque-là où la Vierge et son Fils se tenaient en écoutant. Ces fils se déroulaient d’eux-mêmes étant composés d’esprits vivants, et à mesure que le monde s’éloignait, le nombre d’esprits qui le suivaient augmentait au passage, jusqu’à ce qu'enfin des chemins de lumière l’entourèrent complètement.
Et je ne pus m’empêcher de penser, en entendant parler cette âme, que, si nous sommes plus éloignés du bien que d’autres mondes, que si notre terre vogue aux confins mêmes de l'Immensité, les chemins de Lumière n’en sont que plus discrets, et que ceux qui écoutent n’en sont que plus attentifs au moindre appel. ZHORA. -—g ÿ,flw—————Îu_dwnra ..-.g_..—l
P Cette artie est ouverte aux écrivains de toute École, sans aucune distinction, et chacun d’eux conserve la responsabilité exclusive de Ses idées.) OCCULTISME HISTORIQUE” ANCIEN ET MODERNE les Pères et les grands Aïeux cle la Franc—Maçonnerie ROSE-CROIX, GNOSTIQUES, TEMPLIERS FRANCS-MAÇONS, CARBONARISTES ET MARTINISTES SOMMAIRE I Rose-Croix et architectes continuateurs des traditions Gnostiques Pythagoriciennes.
Alliance des Rose-Croix et des Confréries maçonniques, pour former la Franc-Maçonnerie. Occultisme et allégories de l’enseignement antique, fati disme du nombre 13. Il Connaissances réservées aux Initiés. - Les fêtes populaires. — L’attente d’un sauveur et les com » bats du cirque. L’origine Brahmanique des Croyances chrétiennes. — Les apôtres jésuites déguisés en Brahmes.
La Gnose Brahmanique et les 7 principes constitutifs de l’être humain. (1) Nous donnons les deux premiers chapitres d’une œuvre d’occultisme historique, fortement documentée et longuement mûrie, d’un de nos amis. En outre de ses mérites intrinsèques, elle présente à nos yeux, celui d’arriver à une heure très op portune. _ Nous n‘avons pas d’appréciation à en faire. —- Nous laissons -ce soin au lecteur. N. D. L. R
2 I 2 L‘INITIATION CHAPITRE PREMIER On sait que la Franc—Maçonnerie, — à qui la so ciété moderne doit la liberté de conscience, mère de toutes les autres; mais pour qui le célèbre tribunal du Saint-Office (qu’elle a privé de ses autodafés) garde son plus mauvais œil,-— on sait, dis-je, que la Franc Maçonnerie a eu pour pères, il y a-deux siècles, les Rose—Croix unis aux architectes-maçons.
Mais ce qu’on sait très peu, c’est qu'elle a eu pour grands aïeux les gnostr‘ques py thagorz‘ciens, et que c’est à ces origines qu’elle a dû tous ses triomphes. Lorsque, au Moyen Age. les frères initiés de la Rose Croiac prirent cette dénomination, eux seuls connais— saient la signification secrète de la croix. Eux seuls savaient que, bien des siècles avant Jésus-Christ, la croix + était l’insigne vénéré etl’attribut spécial des mages de Chaldée.
Quant aux frères architectes-maçons, leur corpora tion était la seule qui se fût maintenue puissante, au milieu des tourmentes sociales, des ténèbres et des horreurs qui marquèrent la fin de l’empire romain et l’implantation des peuples du Nord dans l‘Europe centrale. Cette grande Société, dont les règlements à Rome dataient de Numa Pompilz’us, au dire de Tacite, était restée en honneur et n‘avait rien perdu de ses tradi
OCCULTISME HISTORIQUE 2 I tiens. Témoin le Môle d’Adrz‘en et les Thermes de Diocléfien;témoin le Colisée et la Colonne Trajane qui supporte aujourd’hui la statue de saint Pierre; témoin les basiliques de Bygance et de Ravenne, d’A ix-la-Chapelle, de Çologne, de Strasbourg.
Réunies en grandes confréries, ces sociétés d’archi tectes-maçons, très aimées des peuples, choyées des papes et des rois, avaient traversé le Moyen Age en triomphateurs, semant leurs monuments dans toutes les contrées, lorsque, au xvn° siècle, les frères de la Rose-Croix vinrent les transformer en une confrérie nouvelle, internationale et universelle, la Franc— Maçonnerie. Qu’étaient les frères de la Rose-Croix?
Que signi fiaient le vocable et cet emblème? C’est ce qui sera expliqué plus loin, chap. vu, à propos des emblèmes gnostiques, dont la tradition remontait au sacerdoce égyptien et au Brahmanisme.
Disons, en attendant, que, bien des siècles avant l’ère chrétienne, lacroix + était pour les initiés l’em blème hiératique des deux grandes forces de la nature, la force active et la force passive, représentées l’une par la ligne verticale, l’autre par la ligne horizontale.
Lorsque plus tard la croix eut été sanctifiée et ren‘ due plus vénérable parle supplice immérité d’un homme juste et vertueux, elle devint tout naturelle— ment l’emblème de la justice, de la fraternité et de la charité. L’ordre secret de la Rose—Croix, fondé à la fin du xvr° siècle par le chevalier Christian de Rosencrans, étaitune société s’occupant d’alchimie et de sciences
2 14 L'INITlATION occultes, et qui s’était recrutée parmi d’autres sociétés gnostiques restées isolées. Cet initié n’était pas un savant vulgaire. De retour dans son pays après avoir parcouru la Turquz‘e, la Palestz’ne, l’Égypte, I’A rabz‘e, Rosencrans ne dévoile sa doctrine et ses secrets qu’à un petit nombre de frères et seulement sous le sceau de l’initiation.
La science secrète des Rose-Croix portait, d’après les documents les plus accrédités, sur quatre points. principaux : —- la transmutation des métaux; — la fabrication des élixirs de longue vie; —— la claire vue des faits se passant dans un lieu éloigné et autres phénomènes occultes; — enfin l’application de la Kabbale et de la science des nombres àla découverte des choses les plus cachées.
En 1614, cet ordre de la Rose—Crozx, qui jusque-là était resté dans l'ombre avec un petit nombre d’ini» tiés, apparaît au grand jour, ayant à sa tête le savant Wurtembergeois Valentz’n Andre'a. Les frères de la Rose-Croix, tous savants occpltistes ou alchimistes, se propagèrent rapidement dans l’Europe centrale et rallièrent à eux tous les libres penseurs détachés des dogmes catholiques.
La secte compta au nombre de ses adeptes le cé lèbre ÉlieAshmole,le premierinitiateur de la Franc Maçonnerie; Michel Mayer, médecin de l’empereur Rodolphe; Guillaume Naude’, secrétaire du. cardinal Mazarin; les Anglais Robert Flud et Bacon de Ve» rulam, et bien d’autres encore parmi les alchimistes et les architectes de l’époque. Le souvenir de l’ordre de la Rose-Croix a été perpé»
OCCU LTISME HISTORIQUE 2 l 5 tué dans la Franc-Maçonnerie du rit écossais. Elle y figure au 18° grade qui est, dit-on, un des plus im pbrtants. / \ Parallèlement a ces institutions existait depuis longtemps la confrérie architecturale des frères ma çons, bâtisseurs de cathédrales et de beffrois, jouissant de grands privilèges octroyés par les papes et les rois.
De même que les adeptes des anciens temples, et plus tard ceux de la Gnose, avaient eu trois degrés d’initiation, de même cette primitive maçonnerie avait adopté trois ordres symboliques: apprentis, compagnons et maîtres. Dès le IV" siècle, elle unissait même par une triple chaîne de solidarité et des mots de passe secrets les corps de métiers artistiqueszsculpture, peinture déco— rative, ornementation.
« C’est grâce à cette affiliation, dit Saint-Yves d’Alveydre, affiliation dont Antheme de Thralle et Isidore de Millet (deux architectes de la basilique de Sainte-Sophie) furent les rénovateurs, que les diffé rents genres d'architecture de la chrétienté et de 1’Islam doivent leur origine.
« Si les types varièrent suivant les temps et les milieux, c’est que ces savants Pythagoriciens, qui les dessinaient, employaient la morphologie qualitative suivant une symbolique des nombres et de la forme aujourd’huiperdue. « En 1648, pendant que se signait la paix de West
216 L’INITIATION phalie,Ashmole transformait, en Angleterre, l’an cienne association maçonnique, et instituait à pro prement parler la franc-maçonnerie moderne,avec le but, cette fois, de renouer et d’unir d’un boutà l’autre de la Terre non pas des pierres, mais des hommes, et de réédifier non des temples, mais des institutions humaines.
« Le symbole d‘Ashmole fut hébraïque quant aux hiérogrammes, ternaire quant aux grades, ternaire quant au signe universel ainsi que dans l’emblème essentiel.
Or, c’est dans cet ordre social trinitaire que se trouve la loi d’alliance universelle que les Abraha mides, Moïse et les hermétistes, ont eu pour type ; la synarchie trinitaire à laquelle les nations modernes seront obligées de revenir pour assurer définitive ment la paix sociale et internationale.
« C’est pour ce motif que toutes les affiliations savantes, depuis les débris de celle de Rosencrans jusqu’aux académies fondées par les deux Van Hel— mont, Paracelse, Porta, et les épaves des Templiers, s’empressèrent toutes de porter un ardent concours à l’œuvre d’As/zmole (I). :o Les collaborateurs furent nombreux.
En 1690, nous voyons surgir, en Allemagne, la So ciété kabbalistique des frères de l’Apocalypse, fondée par l’illuministe Gabrz’no, qui se faisait appeler prince du Septenaire; — puis celle des frères initiés de l’Asie ; — et enfin celle des frères de Saint—Joachim, (I) SaintsYves d'Alveydre, La Mission des Juifs.
OCCULTISME HISTOR1QUE 2 [7 toutes associations profondément religieuses quoique laïques.
L’association des constructeurs maçons, qui com— mençait à servir de lien commun à toutes ces sociétés, était admirablement choisie pour cet effet à cause de son ubiquité et de son caractère de neutralité au point de vue philosophique et religieux. _ Du 1x° au xrve siècle, les frères maçons avaient eu à leur tête des moines bénédictins qu’on appelait Véné— rables parce qu’ils étaient religieux, et maîtres parce qu’ils enseignaient.
Et plus tard ces dénominations se conservèrent, alors même que l’association ne compta plus que des laïques. ' Pour conserver à la corporation les secrets du mé tier, l’admission d’un profane en qualité d’apprenti était revêtue d’une grande solennité. L'aspirant devait être libre et de bonnes mœurs, incapable de rompre la bonne harmonie et l’union qui faisaient le grand succès de la confrérie.
' On exigeait de lui le serment sur la Bible de ne ja— mais révéler aucun des secrets de l’art à quiconque ne ferait preuve irrécusable d’avoir droit à les posséder. Et, pour rendre possible cette preuve complète, on convint de certaines lignes, mots et attouchements, dialogues avec demandes et réponses différentes sui vant les grades.
Une fois par mois, les compagnons de chaque ate lier se réunissaient sous la présidence du maître as sisté de deux contremaîtres ou surveillants, pour trai ter des affaires d’intérêt commun. .Ces réunions se tenaient près du hangar ou loge, qui -5g.,.. ,x ,_
2 18 L'INITIATION renfermait les plans et les instruments de travail ;. d’où l’expression consacrée : tenir loge. Ces tenues de loge avaient lieu au point du jour avant de commencer le travail. — Une chaîne main tenue par des piquets et ne laissant qu’une étroite ouverture en marquait l’emplacement. Le Vénérable maître qui présidait la réunion tour— naît le dos au soleil pour mieux voir et diriger les travaux.
Il se trouvait donc placé à l’orient. Le premier surveillant se plaçait à droite des co— Ionnes d‘entrée, et le second à gauche. Quand le soleil se levait, il venait du côté même du Vénérable maître, et comme il était [à pour enseigner, on appelait lumière l‘enseignement des constructeurs qui recevaient la lumière dans la loge. Lorsque la discussion portait sur des questions du ressort exclusif des compagnons, les apprentis se reti raient.
Ce qui se passait était couvert d’obscurité pour eux. De là l’expression de couvrir la loge, qui signi— fiait le fait d’en sortir. Telle fut l’organisation traditionnelle. qui fut reli— gieusement conservée, et où chaque grade compor tait une nouvelle initiation. O 1;; Ces initiations s’accompagnaient d’épreuves phy— siques, intellectuelles et morales. Elles étaient obli— gatoires aussi bien dans l’ancienne que dans la nou velle maçonnerie. Elles avaient existé dans l’ordre des Rose—Croix comme dans celui des Templiers et comme dans les
tw,. -..«...v . OCCULTISME HISTORIQUE 219; premières sociétés gnostiquex. Nul n’était admis au premier grade sans passer par ces épreùves. Ces initiations qui dans l’Inde datent de l’empzre de Ram et de la formation du Brahmanisme, passè— rent plus tard en Égypte et de là en Grèce et en Ita— lie, et enfin dans les sociétés gnostiques du Bas-Em pire et du Moyen Age.
Les services qu’elles ont rendus contre le double absolutisme royal et clérical n’ont pas besoin de démonstration. Les épreuves inhérentes àtoute initiation ont beau coup varié suivant les temps et les lieux. Leurimpor tance était toujours en rapport avec le degré de sélec tion qu’on recherchait parmi les initiés et le but qu’on se proposait.
Dans l’ancienne Égypte, l’initiation était la clé de toutes les hautes fonctions politiques et administra— tives; aussi les épreuves y avaient—elles atteint un ca ractère d’élévation qui ne sera peut-être {jamais sur passé. D’après les documents historiques, les pompes ho norifiques, hiératiques et civiques qui marquaient l’entrée des initiés dans la grande hiérarchie étaient d’une splendeur fabuleuse.
Il y avait encore une autre attraction non moins prestigieuse. C’était celle du livre des morts, livre sacré dont on n’acquérait la connaissance que par l’initiation et dont la renommée fascinait tous les lettrés de l’époque (I). Les épreuves demandaient une longue préparation (I) Il en est fait mention dans de nombreux papiers trouvés dans les tombes égyptiennes.
2 20 L'INITIATION physique et morale; le futurinitié, avant de recevoirla grande lumière, devait passer par la mort léthargique et larésurrection. lly avait aussi les épreuves morales; et celle par laquelle il devait prouver qu’en toute oc casion il était capable de maîtriser ses sens et résister à toutes les séductions féminines n’était pas la moins redoutable (l). \ Il y avait chez les peuples anciens, et particulière ment en Égypte, au point de vue de l’instruction et de la science, deux classes bien distinctes : d’abord celle des esclaves et des manouvriers, qu’on croyait utilede laisser le plus possible dans l’ignorance; ensuite celle descitoyens qui. seuls, pouvaient aspirer aux sciences supérieures.
Celles-ci à leur summum n’étaient jamais divulguées que par initiation.
C'est en vue de cet occultisme qu’avaient été créées les écritures hiéroglyphiques, dont certaines n’étaient compréhensibles qu’aux membres du sacerdoce et aux grands initiés (2). , Nous verrons par la biographie de Pythagore com ment les secrets de l’Im‘tialionégyptienne sont parve nus jusqu’aux Rose—Croix par les philosophes gnos tiques grecs, ses disciples etses successeurs, etcomment (i) Édouard Schuré, Les Grands Initiés. (2) Cette écriture mystérieuse était en usage dès l’antiquité la plus reculée, ainsi qu’en témoigne la table d'Abydos au jourd’hui au British Museum de Londres.
C’est l'inscription généalogique des rois antérieursà SésJstris: et la cité d‘Aby— dos, jadis aussi monumentale que Memphis et Thèbes, était déjà redevenue une bourgade du temps de Slrabon.
0CCUL’I’ISME HlSTORIQUE 32 1 cette initiation comprenait tout à la fois un résumé et peut—être une synthèse des grandes notions tradition nelles de l’antiquité égyptienne, et celles bien plus remarquables du sacerdoce brahmanique.
Nous verrons comment les doctrines de Pythagore et de ses deux plus célèbres disciples, Platon et Apollonius de Tyane, avaient cours dans la haute société romaine à l’époque où eurentlieu les prédica tions de saint Paul et des premiers apôtres;comment les philosophes gnostiques et les Épz‘scopes chrétiens vécurent en bonne intelligence pendant 330 ans, et enfin nous verrons pourquoi et comment les gnos tiques, quoique chrétiens, furent persécutés et brûlés. vifs, et obligés de se réfugier en occulte, en formant des sociétés secrètes.
Comme bon nombre de notions et de revendica tions du gnosticisme chrétien étaient en concordance absolue et indestructible avec la raison et la cons cience humaines, on les voit reparaître à toutes les époques du Moyen Age en dépit des persécutions et des autodafés du fanatisme clérical.
Elles ne cesseront même qu’au jour où la Curie romaine, rentrant dans l’esprit de l’Évangile, renon cera à son principe de lèse-humanité : hors de l’Église pas de salut; et, se soumettant au principe seul huma nitaire de la liberté de conscience, n’ira plus mendier le secours du bras séculier et du militarisme. lI‘ Malheureusement, au point de vue du développe ment intellectuel, comme au point de vue moral et
2 2 2 L’INITIATION social, nos mœurs éducatrices actuelles sont l’inverse de ce qui se passait dans les sociétés antiques où la famille, avec son culte des ancêtres au foyer, avait des liens autrement cordiaux et respectueux que les nôtres. Il est vrai que les croyances religieuses d’alors, qui étaient celles de la philosophie néo—platonicienne, étaient bien plus simples et plus compréhensibles que les nôtres.
Malheureusement il y. manquait l’esprit de charité qu’apporta le Christianisme. Comment les ancêtres auraient-ils été l‘objet d’un culte presque permanent de leurs petits-fils et arrière petits-fils s’ils n’avaient pas cru à leur survivance in visible dans les régions de l’espace; croyance quiétait générale chez l’élite de la société romaine et grecque à l’avènement du christianisme.
L’instruction et l’éducation des enfants étaient or donnancées en conséquence, et c’est dans l'atmosphère familiale, sous les yeux de la mère, qu’était donnée l’instruction élémentaire (1). «Après celles—ci, dit Ed. Schuré, des études plus complètes étaient le partage des adultes et l'œuvre des temples, et se nommaient les petits mystères.
« Ceux qui avaient acquis, au bout d‘années quel quefois longues, les connaissances naturelles et humaines des petits mystères, prenaient le titre de fils de la femme, et possédaient certains pouvoirs so— ciaux tels que la thérapeutique dans toutes ses (1) Ce ne sont pas les citoyens de l‘École stoïcienne qui au raient livré l’instruction de leurs garçons et l'éducation secrète de leurs filles à des hiérophantes quelconques, Étrusques ou Romains. .
OCCULTISME HISTORIQUE 223 oranches, la médiation auprès des gouvernements, la magistrature arbitrale. « Les grands mystères complétaient cet enseigne ment par une tout autre hiérarchie de sciences et d’arts, dont la possession donnaità l‘initze’ le titre de fils des dzeux, ou defils de Dieu, suivant que le temple était ou n’était pas métropolitain. Il obtenait en outre certains pouvoirs sacerdotaux ou royaux.
« L’Initiation antique, dit-il, reposait sur une con— ception de l’homme à la fois plus saine et plus élevée que la nôtre. Nous avons dissocié l’éducation du corps, de l’âme et de l’esprit. Nos sciences physiques et naturelles, très avancées en elles-mêmes, font abs traction du principe de l’âme et de sa diffusion dans l’univers. .
«Notre religion ne satisfaisant pas au besoin de l’intelligence, notre médecine ne veut rien savoir ni de l’âme, ni de l’esprit. « L’homme contemporain cherche le plaisir sans le bonheur, le bonheur sans la science, et la science sans la sagesse. L’antiquité n’admettait pas qu’on pût séparer ces choses. « Dans tous les domaines elle tenait compte de la triple nature de l’homme.
Au point de vue psychique, l’initiation était un entraînement graduel de tout l’être humain vers les sommets vertigineux de l’esprit d’où l’on peut dominer la vie. « Pour atteindre la maîtrise, disaient les sages d’alors, l’homme a besoin d’une refonte totale de son être physique, moral et intellectuel. Or, cette refonte n’est possible que par l'exercice simultané de la
2 24 L’INXTIATION [JUIN volonté, de l’instruction et du raisonnement. Parleur complète concordance, l’homme peut développer ses facultés jusqu’à des limites incalculables. « Par une étude approfondie, par une application constante, l’homme peut se mettre en rapport crois sant avec les forces occultes de l‘univers.
Par un eflort prodigieux il peut atteindre à la perception spirituelle directe, s’ouvrir les routes de l’au-delà, et se rendre capable de s’y diriger. — Alors, seulement,il peut dire qu’il avaincu le destin et conquis dès ici-bas la liberté divine. — Alors seulement, l’initié peut devenir ini— tiateur, prophète et théurge, c’est-à—dire voyant et créateur d'âmes; car celui-là seul qui commande à lui-même peut commander aux autres.
Celui—là seul qui est libre peut affranchir (r). » 'Il Pour cacher leur science au vulgaire, les anciens initiés se servaient souvent de signes allégoriques conventionnels.
C’est ainsi qu’ayant reconnu que dans les mouvements de la nature il existait deux forces distinctes,l’une active, l’autre passive (prin cipe mâle et femelle, électricité positive et négative), cette notion était exprimée de la façon suivante : Ils figuraient la force active par la ligne verti cale | , et la force passive par la ligne horizontale —, de sorte que, dans la situation d‘équilibre des deux forces, cette situation se traduisait par le signe + qui constituait la croix des mages. (i) Edouard Schuré, les Grands Initiés.
190L] occumrsme HISTORIQUE 225 L’inclinaison à droite ou à gauche de la ligne ver ticale indiquait la prédominance favorable ou déta— vorable du degré de résistance de la force passive. Lorsque l’inclinaison de la verticale qui figurait la ligne de vie allait jusqu’à se confondre avecl’horizon tale, c’était la fin de l‘existence. C’était l‘entrée dans la mort, objetdu 13" arcane d‘Apollonius.
C’est pourquoi le nombre 13 a été toujours de temps immémorial un nombre fatidique, bien qu’en réalité nulle influence bonne ou mauvaise ne lui soit dévo lue. v Il est à remarquer, et ceci est très important, que cette antique théorie de l’opposition harmonique des deux forces essentielles de la nature correspond eæactement à nos notions expérimentales actuelles de la physique, concernant le dualisme de l’action élec Zro-magne’tique, dont les évolutions nous sustentent dans la vie.
Tant que la force inductive qui maintient notre or ganisme dans la verticale est suffisante, celui-ci reste _ en activité. —— Dès qu’elle est insuffisante, c’est la po— sition horizontale qui s’impose, c’est le tour impé rieux du sommeil et du repos temporaire ou de_’finitifl Mais, d’après l’arcane d’Apollonius, la mort n’est que la condition du progrès. Siva est le grand régé— nérateur. Il ne détruit que pour refaire.
Chaque re naissance est un rajeunissement. La mort est le bain de Jouvence dépouillant le vieil homme de ses rides et de ses scories. + Les rides sont les préjugés, les superstitions, les erreurs, les préju gés de son temps, dont chaque génération s’imprègne .h\ 15
226 L’INITIATION et qui se referment sur elle. — Les scories sont les troubles de notre conscience, les regrets de nos pas— sions satisfaites ou déçues, tout le triste bilan de nos égoïsmes, de nos faiblesses, de nos hontes et de nos remords. De tout cela l’oubli fait table rase, ouvrant à des horizons nouveaux nos sentiments et nos pensées; et, pour nous permettre d’avancer, nous allégeant du poids de nos fautes.
Mais, le sommet une fois atteint, tout s’éclaire, et la lumière qu’on a conquise éclaire le chemin par couru. « Dans l’état de conscience supérieure, déclare la doctrine, on peut contempler toutes les vies passées comme un immense panorama.
« Tout est tracé sur les pageslumineuses de l’akasa, lumière astrale; arrivé à la vue complète, on voit tout (Il/ CHAPITRE II Nous avons dit que les Rose—Croix, créateurs de la Franc—Maçonnerie, n’étaient autres que les continua teurs des traditions gnostiques inaugurées par Pyfha gare.
Comme ces gnostiques, persécutés plus tard, formaient la grande phalange des lettrés à l’époqueoù (I) Eugène Nus, la Science secrète, 1 petit vol. ; Chamuel, édit. - u —. - . : .':%M«ÎPËËM
OCCUL'I'ISME HlSTORlQUE 227 les Apôtres et Saint Paul répandirent l’Éuangelz‘on, c’est-à—dire la bonne nouvelle; et comme, pendant plus de trois cents ans, chrétiens et gnostiques vécu— rent en paix et en bonne harmonie, il n’est pas pos sible de s’occuper des uns sans parler des autres.
Pourquoi la gnose chrétienne, toujours survivante chez les Protestants et dans la généralité des loges de la Franc-Maçonnerie universelle, fut-elle vaincue au concile de Nice’e par le cléricalisme en voie de for mation ? Quels bienfaits cette victoire a-t—elle apportés à la civilisation P C’est ce qui apparaîtra clairement au courant“ de cette étude.
A l’époque de la mort du Christ de Judée, la gnose pythagoricienne trônait maîtresse dans'lesécoles grec ques et particulièrement à Alexandrie. Cette cité re construite depuis plus detrois cents ans n’avait pas été placée là par hasard.
C’est que l’Égypte,d’où la gnose/était sortie,était tou jours le grand foyer des connaissances humaines et un foyer particulièrement intéressant pour les initiés Cette initiation gnostique n’était pas de minime im— portance. En outre de la doctrine pythagoricienne, qui sera exposée plus loin,il y avait des secrets hiératiques spéciaux.
Quels étaient-ils P « Quiconque, dit le Talmud, a été instruit de ces secrets et les garde dans un cœur pur, peut compter sur l’amour de Dieu et la faveur des hommes. « Son nom inspire le respect, sa science ne craint pas l’oubli, et il se trouve l’héritier des deuxmondes,
228 L‘INlTlATION celui où nous nous trouvons maintenant et le monde à venir. » Comment dit Louis Jacolliot au sujet de ce passage, pourrait-on connaître les secrets du monde à venir, si l’on ne recevait pas les communications de ceux qui l’habitent (1).
' Voici d’autre part ce que nous dit Hérodote : « Le bonheur des initiés ne s’arrêtait pas à cette vie, il se continuait au delà de la mort. » Et Pindare, au sujet des mêmes initiations, écrit ceci: « Heureux celui qui descend sous terre après avoir vu ces choses; il connaît les fins de la vie, il connaît la loi divine. » Et son hymne à Demeter ajoute : « Le sort des initiés et ceux des profanes sont différents jusque dans la mort.
Nous devons donc conclure, ajoute Jacolliot, que dans l’antiquité l’initiation ne fut pas la connais sance des grands ouvrages religieux del’époque, Vedas, Zend-Avesta, Bible, etc., mais bien l’accession d’un petit nombre à une science occulte qui avait sa genèse, sa théosophie, sa philosophie et ses pratiques parti culières dont la révélation était interdite au vul gaire. o '5 L’Égypte avec ses traditions hiératiques, ses docu ments hiéroglyphiques, ses vieux papyrus et ses me numentsprestigieux, aexercé de touttemps une attrac tion énorme. 1) Louis Jacolliot, le Spiritisme dans le monde, p. 19.
0CCUL’I‘ISME HISTORIQUE 229 De nos jours elle a été longtemps une énigme pour nos savants et nos chercheurs. C’est que là se trouvaient deux ordres de tradition, en quelque sorte juxtaposés: la croyance autochtone et la croyance brahmanique importée par Manou. Or c’était la croyance autochtone, si énigmatique pour nous, qui était seule connue du public. Voici comment elle avait pris naissance.
L’%yptien, sous son Ciel pur, voyant chaque j0ur son astre divin, disparu la veille à l’occident, reparaî— tre à l’orient, s’ingénia à trouver la clé de ce mystère. Comme il ignorait la forme sphérique de la terre et. son mouvement de rotation, il n’eut aucun soupçon de sa course autour du soleil telle que nous la com prenons.
D’après le témoignage de ses yeux, c’était la terre qui absorbait momentanément leDieu-Solez’l, d’où le mariage quotidien de la terre et du soleil. Dans cette union, c’est la terre qui était sa mère, et le résultat était la naissance quotidienne et chaque jour nouvelle du même Dieu—Soleil.
De là des emblèmes et des formules longtemps incompréhensibles rencontrées en inscription de tous les côtés : — Ra est enfanté et non engendré; —-— Ammon est le mari de sa mère; — Toth se forme de lui-même sans être engendré; — Osiris est le fils d’lsz’s, sa propre épouse; d’où une notion d’infériorité pour la déesse, s’appliquant plus tard à la femme.
« Le père, nous dit Diodore, est l’unique auteur de la naissance de l’enfant, auquel la mère ne fait que donner la nourriture et la demeure. »
230 L‘lNl’I‘XATION C’est de la même idée de la mort et de la résurrec tion solaire que procédait la ferme croyance de l’Égyptien en la résurrection. L’homme, rentrant dans la terre comme le Dieu Soleil, devait en ressortir comme lui sans autre chan— gement. De là les soins particuliers à donner aux morts. De là leur embaumement.
Le jugement moral prévu par la conscience hu maine se place naturellement dans les régions infé rieures, et le chemin ne tarda pas à s’y peupler de personnalités diverses devenues indispensables. — Ainsi s’expliquent une multitude de cérémonies du cercle d’Osiris, ainsi que les formules du ritfunéraire.
Quant à la théodicée brahmanique, apportée en Égypte par Manou, qui était celle des quatre Vedas, et du Rig— Veda, c’est-à-dire celle de la trz‘nzourti, elle n’était communiquée que par initiation. Cette doctrine, quoique toute diflérente de la tradi— tion égyptienne, ne la contredisait nullement; car voici la cosmogonie initiale donnée par le Rig-Veda. « Rien n’existait alors, ni l'être ni le non-être. — Point de ciel, point de firmament.
« La mort n’existait pas alors, ni l’immortalité. « Le jour ne luisait pas dans la nuit. « Seul, le un respirait sans souffle, et il n’y avait rien au delà delui. « L‘obscurité régnait au commencement, entourant tout de ses ténèbres, comme un océan sans lumière. Le germe caché dans son enveloppe sortit seul par la force de la chaleur. Le désir en surgit d’abord et futla. première semence de l’esprit. _m;.
OCCULTISME HISTORIQUE 2 31 « Tel est le lien que les sages, en méditant, ont reconnu dans leur cœur entre l’être et le non-être. Qui sait, qui peut affirmer d’où la créature est sortie? Les dieux eux-mêmes ne sont venus qu’après. « Qui peut donc en connaître l’origine? D’où le monde est-il émané? « A-t-il été créé? Ne l’a-t-il pas été?C’est ce qu’il sait lui qui est au haut des cieux le directeur suprême!
Et peut—être lui-même ne le sait-il pas l‘» * »æ<. Dans le culte égyptien la plèbe n’avait pas été ou bliée. Pour le public le culte était toujours agrémenté de fêtes populaires dont le caractère était essentielle ment naturiste et le même au fond pour toutesles contrées asiatiques. C‘étaient toujours des célébrations en l’honneur du principe divin de la procréation, qui n’avaient d'autres mystères que ceux de la reproduction ani male.
C’étaient ce que les auteurs ont appelé les mys tères de la prostitution sacrée qui, par l’ei‘féminationÜ et l’abrutissement des masses populaires, assurait beaucoup mieux leur obéissance à la suprématie sacerdotale.
Sous le nom de Lingham chez les Indous, de Phallus chez les Assyriens, de Beal—Peor chez les Chaldéens, d’Athis et Adonis chez les Phéniciens, de Bacchus et de Saturne chez les Romains, c’était toujours le culte du dieu Priape qu’on retrouvait avec quelques variantes chez tous lespeuples. « Phallou, dit le Dr Dupouy dans son histoire de
2 3 2 L’INITIAT10N la prostitution sacrée, était particulièrement honore à Hiéropolts sur les bords de l’Euphrate. « Là, était un temple immense d’une richesse inouïe, devant le portique duquel s’élevaient deux Phallou de 500 pieds de hauteur. » Mais c’est surtout en Égypte que la prostitution sacrée avait atteint ses plus hautes splendeurs.
Ainsi Hérodote raconte que, tous les ans, pendant les fêtes d’Isis, plus de 700.000 pèlerins des deux sexes ve naient à Bubestis se faire initier aux secrets du liber tinage le plus excessif, et cette affluence était pour les prêtres une source de revenus énormes.
Chez les Romains, les grandes fêtes publiques, Lu percales, Saturnales et Bacchanales, quoique d’ori— gine sacerdotale, étaient tombées dans le domaine exclusif de la plèbe infime et du monde des esclaves. C’était même pour ces derniers seulement que sem blait exister la fête des Bacchanales, car, pendant les deux jours de cette fête, toutes les excentricités leur étaient permises au dehors, et tous les rangs étaient confondus.
Ces fêtes, qui se tenaient, dans la belle saison, au tour_des villes et dans les bois sacrés, donnaient lieu, la nuit, aux orgies les plus effrénées. Les déshérités de l’Italie n’avaient donc rien à envier à leurs confrères d’Égypte.
' La plèbe romaine étant le composé de tous les élé-y ments nomades et infimes du monde entier, ou com— prend quel incroyable mélange de préjugés, de basses superstitions et d’aspirations de toutes sortes l’on pouvait y rencontrer.
0CCUL’I‘ISME HISTORIQUE 2 3 3 C’était dans l’ordre moral l’image de la dissolution qui dans l’ordre physique précède toute formation cristalline. , Voilà le milieu dans lequel se produisirent coup sur coup les miracles d’Apollonius, ceux de Simon le mage et ceux de l’apostolat chrétien.
L’effet de ce dernier dut être d’autant plus grand que toute cette plèbe hétéroclite était dans l’attente d’un sauveur, événement qui, disait—on, avait été an noncé par divers prodiges. Le plus retentissant de tous avait été la proclama tion par des voix aériennes de la_’îmort dugrand Pan, le dieu de la nature, entendus, au dire de l’historien Plutarque, sur plusieurs points de la mer Égée.
Des attestations nombreuses avaient accrédité cette légende mystérieuse, et des émissaires de l’empereur ‘Tz’bère, envoyés pour les contrôler, en avaient apporté une éclatante confirmation (1). Cette attente d’un Sauveur intéressait particulière ment la tourbe innombrable des esclaves, chez les— quels les aspirations vers un relèvement moral et un meilleur avenir étaient toujours vivaces et inextin guibles.
Aussi peut-on à peine se‘ figurer l’effet prodigieux que dut produire chez eux l’idée chrétienne exprimée dans l'oraison dominicale : Notre père qui êtes aux cieux, s’appliquant aux humbles esclaves comme aux plus grands citoyens. Tous les hommes allaient dé sormais avoir le même père; tous enfants de Dieu ! (1) Louis Figuier, Hist. du Merveilleux, t. 11, pp. 10 et 11, I
2 34 L’INITIATION “'"n Pour en avoir une faible idée, il faut se rapporter à ce qu’était l’esclavage romain, triste sort des pri sonniers de guerre, à l’époque des Césars. Ce peuple en était arrivé envers les esclaves et les prisonniers de guerre à un degré de mépris de la vie humaine et de férocité à peine croyable pour nous.
C’était parmi les esclaves récalcitrants et les prison niers plus ou moins rebelles, en effet, qu’étaient re— crutés les gladiateurs, dont le sort le plus doux était de combattre contre les bêtes féroces. ' Mais ce genre de combat,où l’homme, simplement armé d’un glaive, avaitle plus souvent le dessus, était trop dispendieux et n’était pas le plus goûté.
Pour le populaire, pour la foule romaine qui rem plissait les gradins du cirque, pendant des semaines entières lors des apothéoses triomphales, il n’y avait de vraimentintéressant que les combats corps à corps, soit par couples successifs, soit par couples simul tanés. Les combats entre bêtes féroces et gladiateurs étaient trouvés fades, et les spectacles des chrétiens livrés aux bêtes n’étaient qu’un intermède attristant.
Comme les chrétiens dans l’arène refusaient de se défendre, c’était un simple égorgement souvent mêlé de cris déchirants. Cela ne distrayait en rien la foule et attristait bien des spectateurs. Dans certains de ces combats, comme dans celui des essè’daz’res qui combattaient chacun sur un char, il
occurmsm: HISTORIQUE 2 3 5 y avait des doublures,des suppositz‘, qui venaient remplacer ceux qui étaient tués. Les combats étaient réglementés. Dans ceux d’homme à homme,dès que l’un des deux était blessé, ou qu’il baissait son arme en guise de défaite, le vain queur interrogeait de l’œil les spectateurs. Si ceux-ci jugeaient à propos de faire grâce, ils levaient la main avec lepouce plié.
S‘ils levaient la main avecle pouce étendu, le vaincu était égorgé Morts et mourants étaient ensuite traînés avec des crocs surle sable de l’arène, où le sang se mêlait aux essences et aux eaux de senteur. ‘On les entassait dans le spolarium où des esclaves . spéciaux achevaient ceux qui respiraient encore et ceux dont la guérison pouvait être trop longue et coûter trop cher.
Ces combats ne furent d’abord usités que dans les funérailles des patriciens. C’étaientles captifs de guerre qui en faisaient les frais. et leurs mânes devaient ainsi avoirl’honneur d’aller dans l’au—delà faire escorte à ces grands citoyens romains. A l’époque de la destruction de Carthage, les com bats de réjouiss_ance publique n’étaient encore que de 35 à 40 paires de gladiateurs.
Mais ce nombre s'aug mente successivement, et lorsqu'une armée entrait en campagne, on donnait ce spectacle aux jeunes soldats. César, pendant son édilité, alla jusqu’à 300 paires, et plus tard ce fut par milliers qu’on les compta. Après le triomphe de Trajan sur les Daces, il en succomba 10.000 dans des jeux quidurèrentcentvingt trois jours. —rs..._
2 36 L’INITIATION Cet amusement féroce fut en usage pendant plus de six siècles. Prohibé par Constantin et ses successeurs, il ne disparut complètement qu'après l’empereur Ho norius. C‘est seulementgrâce à son esprit d’inépuisable cha rité que le christianisme pénétra peu à peu dans les masses de la plèbe. Il y fallut bien des années pendant lesquelles la propagande fut simplement orale.
Ce ne fut, en effet, qu’environ soixante-dix ans après la mort du Christ qu’on songeaà rédiger les textes des évan giles et ils le furent en langue grecque. Contrairement à la légende ecclésiastique, la no— tien monothéiste n’y fut pour rien ou presque rien. La notion d’un seul Dieu, Deus pater, n’était pas nou velle dans le monde romain.
Elle y était traditionnelle pour les classes lettrées, et corroborée, depuis quatre siècles, non seulement parles disciples de Platon, le divin Platon, mais encore par toutes les doctrines religieuses venues de la haute Asie, comme celles d’Apollonius de Tyane, presque contemporain du Christ.
En Asie, en effet, les sectateurs du Brahmanisme avaient reçu depuis longtemps les admirables ensei gnements de Krishna, le messie Indou; enseignement aujourd’hui en voie de vulgarisation, et auprès des— quels nos soi-disant livres saints font piteuse figure. A l’époque où parutle Christ de Bethle’hem, le peuple juif n’avait dans le monde romain qu’une infime notoriété. Il n’y tenait guère plus de place que celle
OCCUL’I‘ISME HISTORIQUE 2 3 7 de la Petite Judée, resserrée le long du Jourdaz‘n, entre la mer Morte et les monts Haurants. Chez lui comme chez les voisins, la doctrine écrite avait une double signification, ainsi que le prouventles textes dela Kabbale, que les hauts Rabbins(les grands maîtres) étaient seuls capables de Comprendre.
Ce petit peuple, quoique peu nombreux, avait de fortestraditions et comptait déjà quinze siècles d'exis tence à l'époque de la conquête romaine. Aussi sa résistance fut-elle héroïque, ainsi que le démontrent encore de nos jours les ruines de Magdala.
Grâce à sa constitution mosaïque, à la fois civile et religieuse, à laquelle le Christianisme a pris le dé calogue et fait bien d’autres emprunts, il est resté re belle à toutes les dominations et à toutes les religions autres que la sienne. Ayant subi toute espèce de dispersions, il est deve nu par la force des choses l’agent le plus actif de l’in ternationalisme.
Au début de l’annexion de la Judée à l’empire r0 main,beaucoup de notions religieuses du Sabe’z‘sme et du Brahmanisme s’étaient infiltrées parmi les popu lations annexées par les armées romaines. Témoin les statuts de la nombreuse secte des Esse’niens et celledes Kabbalisz‘es. .
Témoin certaines particularités de la naissance du Christ, comme celle du massacre des enfants nou veaux nés, prétendue ordonnée parle roi Hérode,histo riette invraisemblable, calquée sur un récit du même genre concernant la naissance du Kris/zna Indou. Comment un fait aussi horrible et aussi considé
2 3 8 L’INITIATION rable aurait-il pu échapper aux historiens de cette époque tels que Plutarque, Pline, Jose‘phe, Appien. Marcellin P Il est vrai qu'aucun de ces historiens ne parle du Christ Hébreu, comme l’ayant connu. Tous ne le mentionnent que par oui—dire, ce qui est étrange de la part de Josèphe et d‘Appz’en, ses con temporains Égypto-Syriaques comme origine et comme langue mère.
Il semble bien, d’après ces faits,que les prédications du Christ Hébreu n’eurent de son vivantqu’un reten tissement local. Un autre point de ressemblance singulier entre le Christ de Bethléhem et le Krz‘shna Indou, c’est que tous les deux aimaient à parler en paraboles, et que certaines de ces paraboles ont beaucoup de ressem blance.
L’origine gnostique et brabmanz’que des principes fondamentaux du Christianisme et d’une foule de particularités du culte catholique ne font aujourd’hui aucun doute pour les érudits et moins encore pour les Indianistes. Cette coïncidence, indiquée par de nombreuses similitudes, fut tout d'abord aperçue au xvu" siècle par des missionnaires Jésuites qui s’imaginaient que ces similitudes étaient de provenance biblique.
1 C’est sur cette supposition que l’un d’entre eux, le R. P. Robert de Nobilius, neveu du pape Marcel, échafauda la tentative étrange de convertir les popu ...i
OCCULTISME HlSTORIQUE 239 \ lations indoustaniques, en se présentant a elles comme Brahmes du Nord. - Cette tentative, qui eut d’abord du succès, est telle— ment extraordinaire et instructive qu’elle mérite d‘être racontée avec quelques détails. « C’est à Madura, ville sacrée du culte ind0u, dit [orientaliste Guimet, que vinrent s’établir les Brahmes du Nord, presque tous Français, mais ne— parlant et n‘écrivant que le persan.
« Leur costume était celui des pénitents Sanias de la secte de Siua. Comme eux ils se couvraient la poi trine et les cheveux de poudre de Santal. Comme eux ils frottaient de bouse de vache le seuil de leur demeure. « Peu à peu d’autres religieux arrivèrent venant un peu de partout, mais tous parlant purement les idiomes de l’Inde.
« Sans leur teint un peu trop blanc, ce qui carac térisait, dureste, ces Brahmes du Nord, ou aurait pu les prendre pour des natifs de Decan.
« Leur manière de marcher, de s’asseoir, de se le ver, de manger, de dire oui en balançant la tête de gauche à droite; de dire non en levant le menton, leur costume composé d’une seule pièce d’étoffe, leurs ablutions dans les étangs sacrés, leur attitude dans la prière, leur nourriture qui se réduisait à une tasse de riz; et, détail plus caractéristique encore, leur sandale brahmanz’que surélevée et retenue au pied par un bouton qui saisit l’orteil, tout indiquait chez ces dévots personnages qu’ils étaient habitués aux mœurs indoues; et rien en eux ne trahissait le M‘en-«a -:-..'««i.,
240 L'INlTIATION Franguz‘s, l'immonde Européen qui mange la chair des animaux.
' « Ces missionnaires déguisés se présentaient donc au nom de croyances déjà établies, et n’avaient pas de peineà trouver dans les Vedas, dans les livres sacrés indous, des démonstrations en faveur d'un Dieu unique, de la trinité, de la Vierge mère, de l’incarna tion, de l’immortalité de l‘âme, des récompenses fu tures, etc. « Ils rencontrèrent même tant de ressemblances entre les dogmes brahmaniques et les idées chré tiennes. qu’emportés par leur zèle et inconscients de toute chronologie, ils n’hésiteront pas à déclarer que les livres indous étaient un reflet éclatant de la révéla tion primitive.
Et ils se mirent à chercher dans les livres sanscrits les traces de la Bible. «Aussitôt ils composèrent la genèse dans les deux littératures, et chaque phrase leur fournit un point de parenté. Brahma fut Abraham. Saravasti, sa femme, fut Sarah. Et, en continuant les recherches, ils trouveront entre l‘enfance de Krishna et celle de Moïse des coïncidences frappantes.
« De même, dans l’aventure de Marie, sœur de Moïse, et l’histoire de la déesse Lachmi. la Vénus indienne dansant au sortir del’eau. « C’est ainsi que les révérends pères furent, sans s’en douter, les créateurs de cette école d’exégètes qui veulent à tout prix assimiler les livres révélés des différentes religions. « Madura était une contrée très bien choisie. Ce district touchait à de nombreux royaumes, de sorte A ....sœ’m.
OCCULTISME HISTORIQUE 24( que la propagande repoussée sur un point, pouvait fa cilement se reporter sur un autre. «Ces missionnaires eurent un certain succès. La vie austère de ces prêtres inspirait le respect. Leur dé vouement attirait les âmes, et les miracles nombreux qui marquèrent leur passage, leur amenaient une grande partie des populations.
« On pensa que le bréviaire était unlivre kabbalis tique qui donnait toute puissance, et les huiles saintes passèrent pour des essences de sorcellerie. «Les malades de corps et d’esprit étaient guéris par la présence des Brahmes du Nord, et les possédés du démon qui se convertissaient étaient immédiatement calmés.
« Les résultats obtenus parles Jésuites ne tarderont pas à leur susciter des ennemis, surtout parmi les Brahmes véritables qui comprenaient très bien qu’ils n’avaient pas afiaireà des coreligionnaires. Mais telle est chez les Indous la tolérance pour les idées reli gieuses, à condition qu’on respecte leurs mœurs et leurs usages, quel’accusation d’attaque aux croyances nationales fut insuffisante pour amener la persécu tion des pères. .
« Alors on eut l’idée de dire sous main que les nou veaux missionnaires étaient très riches et cachaient leurs trésors. Aussitôt les choses changèrent de face. Missionnaires et catéchistes furent incriminés, incar cérés et soumis aux tortures (I). » (1) Extrait dela Revue le Tour du Monde, année 1884, p. 226 et 227. 16
14,2 L’INITIATION Ce fut la fin de cette aventure pieusement hardie, de cet anachronisme à peine croyable et qui jette une singulière clarté sur les origines du christianisme. Il n‘y a pas que les initiés de l'antiquité, tels que Pluton, Apollonius et autres, qui soient allés s’instruire auprès des Brahmes indous.
C’est chez eux, encore de nos jours, que les cher— cheurs de notions occultes transcendantes, tel que le publiciste anglais Sinnet, sont allés puiser, sous cou leur de théosophie, les notions d'une philosophie psychique autrement avancée que la nôtre. Exemple : L’homme actuel, dit Sir Smnet, n’est encore qu’à moitié chemin de son évolution plané— taire.
Sa différence avec l’homme futur sera aussi grande que celle qui existe entre lui et l’anneau man quantde Darwin, l‘anthropoïde introuvé, introuvable, qui fut la transition du singe à l’homme.
Pour atteindre à la perfection que comporte la na 'ture humaine et passerà l’état supérieur, voici les sept principes constitutifs de l’homme que chaque indivi— dualité doit successivement développer. \ 1° Le corps physique, dit matériel, composé de la matière sous sa forme la plus grossière. En sanscrit: ' Rupa.
Inutile de s’étendre sur ce premier principe suffi sammentexploré par les sciences modernes, et sur les pathologistes qui l'ont analysé sous toutes les formes chez le mort et chez le vivant.
occumrsma HISTORIQUE 243 2° Le prmcz‘pe vital. — Une forme de la force uni verselle. Matière subtile, indestructible et supersensuelle; disséminée dans toute la nature physique de l’être vivant. En sanscrit : Jiva. Le principe vital est donc une propriété de la ma tière à un état correspondant à ce que nous appelons chaleur, électricité, quoique à un état différent.
« Mais rappelons-nous bien que tout est matière, y compris les forces. » C’est ce second principe qui produit les modifica tions des cellules et les incessantes transformations des formes vivantes. 3° Le corps astral. — Composé de substances hau tement éthérées. ' Double etplan original de notre corps physique. Pé— rispril des spirites. — En sanscrit : Lingha sharira.
Le corps astral est formé de tous les états subtils de la matière, avant le corps physique que moulera sur lui le travail de Jiva. C’est le corps astral, ce plan d’ensemble de l’être vivant, qui dirige la force vitale dans l'élaboration continuelle du changement des molécules, et em pêche ce{äe force d’éparpiller la structure animale en . plusieurs organismes distincts. — Cet ombre du corps, qui est un corps lui-même, en est le double parfait.
' Ala mort, elle reste désincarnée pendant une courte période, et peut même, dans des condigions anor— males, être temporairement visible. ê L’occultisme explique ainsi certains phénomènes
24,4, L’LNITIATION mystérieux jusqu’ici, tels que les revenants, les appa ritions, les fantômes, attribués jusqu’ici à la crédulité des bonnes femmes, et sur lesquels une société de sa vants anglais a fait une enquête des plus probantes. Du reste, on verra (au chap. 18) que le corps astral a pu être saisi par la plaque photographique.
4° L’âme animale. — Appelée aussi corps du désir, la volonté brutale; siège des instincts grossiers; en sanscrit : Kama Rupa. C’est le principe le plus élevé de l’animalité dans laquelle nous émergeons encore. C’est l’instinct de la lutte pour l’existence stimulant le monde des bêtes. C’est à l’accord dans la vie et pour la vie qu’il faut arriver. Cette étape, au dire de l’occultisme, est la plus importante de toutes pour l’individualité humaine.
Il faut la franchir ou tomber. 5° L’âme humaine. — Véritable personnalité de l‘homme entré dans la sphère psychique. En sans crit : Manas. L’âme humaine, que notre race est en train de former, n'est qu’à l’état de germe chez la plupart des hon1mesetmêmebeaucoup de ceux que nous appelons grands ont un défaut de taille sous ce rapport.
C’est la volonté ébauchée dans le 4° principe qui est le véhicule du 5". —- Cette force animale doit s’élever en puissance en l'exerçant sur nous-mêmes. — L’homme n’est vraiment homme que lorsqu’il est libre, et ses pires tyrans sont les convoitises de son sensualisme et de sa vanité. La liberté est en raison inverse de la matérialité. L’esprit seul est libre.
OCCULTISME HISTORIQUE 245 ‘6' L‘âme spirituelle. —— En sanscrit :Buddhi. État de sagesse et d’intelligence, si fort au-dessus de notre être intellectuel que nous ne pouvons nous faire une idée avant d’avoir développé en nous, dans toute sa plénitude, le 5° principe, dont nous touchons le seuil. 7° L’esprit universel. —- En sanscrit : atma.
C’est la substance une, non manifestée; foyer divin d’où a irradié la monade spirituelle qui nous anime, étincelle de la divinité dans l’être. Sur les conditions de vie de ce 7° principe, encore moins que sur le précédent, la science ésotérique, pour cause sans doute, déclare ne pouvoir donner aucun détail qui nous soit accessible (I).
En résumé: Corps physique, principe vital, corps astral (ou périsprit) : voilà, suivant la science occulte, le côté matériel de l’homme. Ame animale, âme hu maine, âme spirituelle : voilà la gradation morale avec l’esprit diw'n au sommet. Cette division septenaire, dit Eugène Nus (2), existe dans toutes les religions de l’Asie.
On la trouve dans le Zend—Avesta comme dansles vieuxlivres dela Chine, et la Kabbale judéo-chrétienne a aussi son septenaire constitué par deux ternaires au milieu desquels se tient l’unité. Telles étaient les notions et bien d 'autres encore qui faisaient partie de la Gnose des Initiés à l’époque du concile de Nice’e. Comment, depuis ce concile mémorable qui en (I) La Science secrète, volume in-r2, Georges Carré, édit. (2) Ibid. rr T. 7 u
246 L’INITIATION traina la scission de la chrétienté en deux églises, l’Église gréco-russe et l’Église romaine—latine, com ment la Gnose s‘est-elle maintenue malgré les persé— cutions et les autodafés ? _ Comment noyée dans le sang des Albigeois et des Vaudois, lors de la grande Croisade antichre’tienne du pape Innocent Il], la Gnose put-elle se remettre à flot ?
Comment s’était—elle introduite parmi les chevaliers du Temple et fut-elle le prétexte de leur ruine ? Comment, après les massacres du Comtal-Venaissin, ainsi que ceux du Languedoc et des Céuennes (oeuvre glorieuse de Louis XIV et de ses confesseurs), put—elle se relever de ses cendres, et de par les Rose-Croix créer l'armée franc—maçonnique ?
Par quel miracle put-elle, de 1740 à r780, enrôler" sous sa bannière, en outre de la bourgeoisie lettrée, presque tous les princes du Nord de l’Europe, y com pris le duc Ferdinand de Brunswick, le futur généra— lissime des armées coalisées ? Comment les initiés parvinrent-ils à obtenir du pape Clément XIV l’abolition de l’Ordre des Jésuites ?
Quelle fut l’influence rétroactive des Gnosti ques Templiers dans la condamnation capitale de Louis XVI i“ Quel fut le rôle de la Franc-Maçonnerie pendant la Révolution et l’Empire, en France et en Allemagne ? Quel fut celui du Carbonarisme et de l’initié Ma«ini dans l’œuvre de l’unité italienne ? Enfin quelle sera l’oeuvre future de la vraie maçon nerie, la maçonnerie gnostique (dite Martiniste), dans
OCCULTISME HISTORIQUE 24.7 la constitution définitive et la moralisation de la dé mocratie européenne et universelle ? Telles sont les questions qui se rattachent à la grande œuvre des Rose—Croix et qui seront succes sivement examinées. JEAN Tomme. L’AHGIEIIE mm;nirnær Et le chevalier Ramsay Par le Fr.
John YARKEB Je suis reconnaissant au frère Hughan de la bien veillante façon dont il parle de moi dans votre revue, et plus spécialement en raison de ce que nos vues au sujet du développement de la Maçonnerie semblent être décidément en désaccord.
Je me propose dans le présent article d’apporter, à l’appui de mes dires, le témoignage incontestable d’un poursuivant de la vérité érudit, pieux et hono— rable, je veux parler du chevalier Jacobite-James Mitchell Ramsay. En 1727, il écrivit les Voyages de Cyrus, qui furent suivis d’un ouvrage abstrus sur la Religion naturelle et réue’le’e.
Après avoir pratiqué successivement tous les cultes protestants, il tomba entre les mains de l’illustre Fénelon,qui le convertit
248 L’INITIATION au culte romain. Fénelon, prétend-on, fut membre de l’ordre du Temple, dont Philippe, duc d’0rléans, accepta la maîtrise en 1705. La plupart de nos lec— teurs savent que dans la primitive Église chrétienne existait une section égyptiaque, divisée en grades secrets et dont les mystères renfermaient le Grand Arcane.
L’Église de Rome la supprime, mais les ordres monastiques d’Angleterre, d’lrlande et d’Êcosse la possédaient et la maîtrise des Harodim-Rose—Croix proclame depuis des siècles que ces moines furent leurs ancêtres. Chaque maçon peut adopter de ces traditions ce qui lui paraît conforme à son propre jugement.
Dans la première période dela grande Loge, il y avait deux sections de maçons, que je puis grosso modo désigner sous les noms de Mystique et d’Active. Il est possible, et Ramsay l‘insinue à mots couverts, que cette division de la Maçonnerie se soit produite au cours des troubles de notre Restauration et de nos discordes civiles. C’est ce que j’espère montrer.
Une tradition ramsayenne prétend que le général Monk se servit des Loges maçonniques pour amener la res tauration du roi Charles II. Le colonel Moore de Laprairie assurait, il y a quelques années, qu’il avait connu un médecin danois, qui l’informa qu’au xvme siècle le roi de Suède était chef d'un ordre non maçonnique à sept degrés qui reconnaissait son affi liation avec l’Arcane discipline.
Assurément il est fait mention de l’existence au xve siècle d’une Rose-Croix en Suède. J’ai relaté dans un ouvrage précédent la préface de Samber du livre des Long livers (1721) et dans cette préface il compare les degrés de la Maçon
L’ANCIENNE MAÇONNERIE 249 nerie à ceux de « l’Arcane discipline » et parle d'une « classe supérieure » de maçons faisant évidemment allusion aux grades. Tout ceci n’est qu‘une introduc tion à ce que j’ai à dire de Ramsay, qui voyait évidem ment les choses de la même façon que moi. Il est également clair pour tous ceux qui ont des yeux pour voir que, quel que soit le centre où il reçut l’initiation, ce ne fut pas parmi les « Modernes ».
En 1737, le chevalier prononça un discours dans sa « Loge de Paris », au cours duquel il attribua l’intro duction en Europe de la Maçonnerie à « nos ancêtres les croisés ». C’est également ce que je crois, mais seulement en conformité des opinions d’Ashmole, qui dit que notre ordre fut alors greffé sur une base romaine.
Ramsay s’aventure jusqu’à énoncer en les adoptant certaines thèses fort improbables, telles que l’usage fait par les croisés de l’organisation maçon nique pour se protéger eux-mêmes contre les Sarra sins. Maintenant, tous les écrivains « modernes » qui ont écrit sur Ramsay et traité des grades supérieurs ont impitoyablement abusé de lui et de son discours de I737.
Il fut, prétendent-ils àtort, l’inventeur et le propagateur des grades supérieurs, son but ayant été de soutenir la cause des Stuarts, et tout cela au grand détriment de la pureté de la Maçonnerie « moderne », J’ai déjà écrit suffisamment là—dessus.
Le bon vieux docteur Oliver, qui connaissait beaucoup de choses qu’il ne voulait pas imprimer et qui imprima incon sidérément beaucoup de choses qu’il ne connaissait pas, était au courant de la publication en 1727 des . 11 Ll—-L?’ h-‘*»
2 50 L'INITIATION "“H Voyages de Cyrus et soutenait cette théorie que Ramsay proposa en 1728 à la Grande Loge d’adopter un système de son invention, et, sur le refus de ladite Loge, passa avec son système aux Jacobites de ce pays. Fr. R. F.
Gould, dans sa remarquable histoire de la Franc-Maçon nerie, a dispersé à tous les vents ces sottes histoires; il a montré que Ramsay n‘inventa rien et que, s’il se trompa, il croyait toutefois sincè rement ce qu'il avançait dans son discours.
Ici je rapporte littéralement les points saillants de son discours sur l’histoire des francs-maçons par La Tierce (I745): « Nous avons parmi nous trois classes de frères: les novices ou apprentis, les com pagnons ou profès, les maîtres ou parfaits.
Nous appliquons au premier degré les vertus morales; au second les vertus héroïques; au troisième les vertus christiques, si bien que notre institution contient toute la philosophie des sentiments et toute la théolo— gie du cœur. » ‘ Delà il se met à discourir sur « nos ancêtres les croisés » (il est d’ailleurs évident que ses recherches sur l’initiation qu’il possédait lui—mêmel’avaient con duit à croire qu’ils étaient en effet nos ancêtres),et après diverses conclusions, au cours desquelles il peut errer, notre auteur ajoute: « Le quatrième ordre de vertus requis dans notre association est un goût pour les sciences utiles et les arts libéraux. » Parlant encore de l’usage par les croisés de la Maçonnerie, il ajoute que «quelque temps après qu’ils se furent unis intimement aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem (de là provient le titre de
L’ANCIENNE MAÇONNERIE 251 loges de Saint-Jean usité dans la Fmue-Maçonnerie) cette union les faisait ressembler aux Israélites lors de l’édification du second temple, qui travaillaient tenant la truelle dans une main, l’épée et le bouclier de l’autre ».
Il est probable que notre auteur connais— sait quelques légendes perdues depuis pour nous, car il affirme que Jacques, lord Stuart d’Écosse, était grand maître d’une loge établie à Kilwinning en l'année 1286, lorsqu'il reçut les comtes de Gloucester et d’Ulster, qui aidêrent Bruce à guerroyer contre l'Angleterre.
L’orateur continue en disant que « les guerres de religion nous portêrent à nous modifier et déguiser ainsi qu’à supprimer certains de nos rites et cou tumes qui étaient en opposition avec les progrès du temps». C’est là une circonstance qui pouvait très bienlui avoir été apprise lors de son initiation. Ce discours a été connu en Angleterre il y a cent soixante ans.
Toutefois je ne sache pas que pendant tout ce temps un seul maçon ait essayé d’en égaler la hauteur de vues, et malgré cela il est si clair qu’on peut le lire en courant. Les trois degrés de la « Moderne » grande loge étaient les mêmes en 1737 qu’en 1900, sauf quelques modifications de rituel.
Les « anciens » de 175 1 ont des degrés semblables aux degrés de l’arche, mais ils sont en dehors de la question parce que leur grande loge de Londres n’existait pas alors. Les Français mêmes firent d’importantes innovations à l’œuvre de Ramsay; celui-ci laissa toutefois de fidèles disciples après lui; le baron de Tschoudy publia, dans
2 5 2 L’INITIATION l’Étoile flamboyante de 1766, la lettre d‘un « ancien frère » qui, après avoir décrié ces innovations, exprime l’opinion que la Maçonnerie régulière se termine par le grade de Rose-Croix, qui est le vé ritable degré de maître. Où sont enseignées les vertus héroïques? Certaine ment pas dans notre « second grade de Compagnon ou Profès ».
Aussi Ramsay ne fut-il pas un maçon moderne, car les vertus héroïques étaient enseignées au troisième degré de la grande loge en I717. Où étaient enseignées les vertus chrétiennes ? Certaine ment pas en ce troisième grade, mais très dignement dans la Rose-Croix des Harodim, et c’est ce rite qui fut modifié et finalement supprimé. Le maçon qui pour— rait démolir cet aperçu si clairement établi en I737 devrait avoir une cervelle curieusement bâtie.
Où prit-il cette légende de l’épée, de la truelle ? La ré ponse est également claire. Cette légende fait partie du Rituel de la Rose-Croix et y est inscrite sous le titre de« vieilles poésies» par le P. G. M. de Durhans en 1735 dans les douze lignes qui commencent par: « Lorsque Saballot (P) détruisit Jérusalem ». En outre, nous possédons son adaptation des degrés de la Discipline à ceux de la maçonnerie.
Le rite auquel appartenait Ramsay était pratiqué par une vieille loge active de Sivalivell, que l’on pense avoir été établie par des forgerons allemands. Dans la pre mière mention qui en soit faite elle est simplement appelée Harodim. Elle existait à Londres en 1743 et est désignée sous le titre de H. R. D. M. R. S. V. C. S. de Kilwinning avec quelques groupes formés
L'ANCIENNE MAÇONNERIE 253 de« temps immémorial ». L’usage du mot de « Kilwin ning » dans le titre de Londres semble se référer à. l’initiation de Ramsay. Si l’école eut toujours ce rite, elle le perdit et obtint en 1763 une charte de Londres datée de 1750 et l’on fut toujours hésitant sur la façon dont elle fut édifiée. Voici les vers édités à Perth en 1620 et dont il a été question : « Car nous sommes frères de la Rose—Croix.
« Nous avons le mot des maçons et la seconde vue. » Ceux qui ne possèdent pas le système écossais le trouveront tout au long dans la Rose-Croix de Mizraim (46"). Les chapitres jacobistes furent aussi les créateurs des Templiers à Clermont en 1743—1747, et en 1754 les degrés sont établis: Élu chevalier de l’Aigle (un vieux nom de la Rose-Croix), Illustre Templier, Sublime Il lustre Chevalier.
Il semble bien que ces grades étaient précédés d’un autre appelé Écossais, et qui était l’équi valent de notre grade de Passé Maître. Ainsi nous avons deux grades de Templiers greffés sur ceux de Ramsay, et beaucoup des nôtres estiment que sa théorie templière se rapporte à une plus ancienne introduc tion de ces grades chevaleresques dans la Maçonnerie que ne l’admettent la plupart des écrivains.
En fait cela semble prouvé par ceci : c’est que en 1705 le rite de Philippe d’0rléans jugea nécessaire d’excommunier par leur nom les Templiers écossais. La descendance monastique des Rose-Croix Haro-— dim ne saurait être traitée irrespectueusement. Elle apparaît comme le plus ancien système de Maçonnerie
"254 L'INITIATION en vigueurà travers de légères modifications apportees d’âge en âge; mais tel que nous le possédons, il n’a subi que quelques modifications verbales dans une période de 160 ans et j’ai comparé beaucoup de rituels.
Par la forme rythmique sous laquelle il est transmis et par sa doctrine christique il est la contre—partie exacte, le complément et l’analogie de la constitution poétique dénommée le « Regius » Mus., éditée tout d’abord par Hallwell-Phillip et rapportée à l'an [370, que Fr. R. F.
Goned estime avoir été transmise ora— lement dans le royaume de Northumbria (Yorkshire— Durham Northumberland) jusqu’à ce qu’elle ait reçu sa forme scripturale dans quelque comté du centre de l’Angleterre. Ce rituel est trèsingénieusement établi pour donner à la maçonnerie une symbolique chrétienne.
Il peut logiquement s’appliquer à un système maçonnique qui n’a pas existé depuis longtemps dans ce pays et dans lequel le 2° degré (notre 3° actuel) représentait en une action dramatique la trahison du Christ comme cela se passe encore dans une des trois sections du compagnonnage français que l’on peut démontrer extrêmement ancienne. C’est le rite de Maître Jacques. L'érudit historien W.
Hutchinson a montré qu’avant l’an*1200 le comté de Durham possédait une fraternité appelée Haliwark-fcle dont plusieurs groupes étaient rattachés à la fondation de l’ordre de Cuthbert. Il est presque certain, d’après tout cela, qu‘au com mencement du XVII!" siècle l’on pratiquait, en outre des grades de la « Moderne grande Loge de Londres », un rite dans lequel ce que ces loges désignaient sous le
L’ANCIENNE MAÇONNERIE 2 5 5 nom de « Maître Anglais » était le second degré et le Maître Maçon était un frère présidant ou ayant pré sidé. Ce rite possédait un symbolisme et des grades à lui propres (d’où le nom d’ancienne Maçonnerie) que cette harodim ou fraternité de maîtres probablement très ancienne avait ainsi développés : 1° Harodim Rose-Croix (Harodim et Passage du Pont).
2° Rouge Croix (Passage du Pont avec son dévelop ment) et Rose-Croix. 3° Royale-Arche (modification de la Rouge-Croix) Templier et T. Prêtre.
A un récent couvent du Muguet Liverpool, Na 7, A et P Rite, l’auteur soussigné exposa que l’associa tion détenant les chartes les plus élevées du rite A et A, et du rite de Mizra‘im, en plus du rite A et P, il ne voyait aucun empêchement à ce que l’association pût conférer la Rose-Croix dans chacune de ces formations après enquête sur la religion de l’aspirant, puisqu’elle avait établi le rite A et P en faveur des Maçons qui ne pouvaient contracter une 0. B. de foi en la Trinité de l’Église.
[JUIN. Au Pays des Esprits (Suite) De même que les merveilles exécutées parles fa kirs et les derviches faiseurs de prodiges, les ’splen deurs d’Èlephanta, de Carli et d'Orissa sont devenues des thèmes populaires dans la littérature courante.
Depuis l’archéologue érudit jusqu’à l'élève de la. plus humble école, dans tous les pays civilisés on a plus ou moins parlé, plus ou moins discuté sur les gigantesques éléphants, les sphinx colossaux, les sculp tures grandioses, les mystérieuses cavernes de cette vieille et solennelle terre.
Le cœur palpitant, le cer veau enflammé, le voyageur peut errer à l'ombre des farouches idoles, dans les sombres cavernes, ou sous les énormes bosquets formés par les banyans, dans ces forêts hantées par tant de sotr:ahirs.
Les gloires comme les merveilles de l’Inde ancienne ont été si bien popularisées par le touriste observateur et l’explorateur géographe que n’importe quelle jeune demoiselle d'un couvent'de Londres ou de Paris sera infiniment mieux à même de vous dire les dimen sions exactes du Kailasa que moi qui est passé tant l
1901] au PAYS DES ESPRITS 257 de longues journées ou de nuits solitaires à errer parmi ses superbes colonnades de sphinx et d’élé phants. Durant mes heures de méditation au milieu de ces prodigieuses reliques d’une foi qui immortalisera ses dieux par le miracle de son propre immortel génie, ce n’était point à prendre des mesures ou apprécier les styles que mon esprit songeait.
Il me tardait de pénétrer le mystère de l’inspiration qui avait suggéré ces sublimes édifices, de déchirer les voiles qui cou vraientla puissance spirituelle extraordinaire incor porée dans les colosses qui m’entouraient ; de décou vrir le mystère de ce soleil spirituel dont la puissance protéenne de représentation condensait en les reflé tant les imaginations grandioses de l’âme antique exprimées par ces figures de sculpture farouches, gro— tesques, sublimes mais étonnamment diverses queje voyais autour de moi.
Je lançai parfois avec furie de passionnées accusations contre le ciel silencieux et les muettes étoiles, qui avaient révélé tant de choses aux voyants et aux prophètes d’autrefois, et demeuraient aujourd’hui sourds à mes prières.
Le prêtre des an ciens âges, illuminé par leursolennelle clarté,avait su lire le mystère de l’alpha et de l'oméga ; pourquoi maintenant ce glacial, ce cruel silence opposé à mes appels vers la lumière P Oh l le regard désespéré avec lequel je sondais leur profondeur, leur immobilité. (Combien rapides, puissants je savais qu’ils étaient sous la domination des armées éternelles qui les Commandaient, les menaient comme de simples troupes I) 17
2 5 8 L’INITIATION N’éveillcrai-je don; point ici, au milieu de ces œuvres colossales dans lesquelles l’esprit des anciens âges a renfermé les secrets de la déification de l‘être, incorporé sa perception de la puissance divine, des relations divines et humaines, n’éveillerai-je point quelque écho sonore des voix qui jadis ont retenti parmi ces colosses, interprétant les mystères de l’être à un auditoire ravi et attentif de disciples, quelque son égaré ne viendra-t-il point frapper mon oreille, répondant à mes appels passionnés, mon ardent besoin de lumière ?
Durant mes quelques mois de résidence dans la province d’Arungabad, m’étant attardé dans la cité ruinée de Dowletabad, j’avais pris coutume d’aller à cheval presque chaque nuit du côté de la région mon tagneuse d’Ellora.
Je passais là une grande partie de mon temps, errant parmi ces silencieux monuments, ou bien m’abritant durant mes longues nuits dans une des nombreuses grottes qui avaient autrefois servi de demeure aux anachorètes ou prêtres desservant les temples voisins.
Une nuit, après avoir décidé mon retour au logis, je m’étais attardé à l’entrée d’une crypte basse, dans laquelle, couché sur un lit de feuilles et d’herbes par fumées arrangées à ma façon, j’avais coutume de pas— ser maintes heures de mes promenades nocturnes.
Depuis quelque temps, mon regard distrait s’était longuement fixé sur le plateau qui formait l’enclos central d’une chaîne de montagne dont les massifs semblables à des cathédrales, s’élevant vers le ciel en un vaste amphithéâtre, étaient criblés d‘ouvertures
AU PAYS DES ESPRITS 259 conduisant aux cryptes et grottes ou se trouvaient or nés de ces colossales sculptures qui indiquent l’entrée des temples. La lune était dans son plein, sa blanche lumière illuminant ces majestueuses solitudes, plus majes tueuses certainement par leur désolation, ouvrage de l’homme, que par la primitive grandeurde la nature.
C’était une étrange scène à contempler que celle de ces troublants rayons de lune attardés au pourtour des sombres, caverneux orifices des cryptes et des temples, mais impuissants à percer les impénétrables ténèbres de l’intérieur; on eût dit que les mystérieux secrets qui remplissaient ces lieux repoussaient l’ap proche de leur clarté sacrée.
Ma fantaisie imaginait des milliers de formes refoulant les flots de sa douce lumière, de peur qu’un rayon vint illuminer quelqu'un de ces arcanes dissimulés même au muet témoignage des lampes célestes. Mon cheval, habitué presque autant que son maître à la vie nomade, s‘était écarté de la large grotte que je lui avais attribuée comme écurie et paissait tran quillement le rare pâturage qui croissait sur un pla teau éclairé par la lune.
Je vis tout à coup le sensible animal lever la tête et dresser ses oreilles de ce mou vement particulier qui chez ces animaux annonce une approche étrangère bien avant que nos sens plus gros siers aient rien pu reconnaître.
Au même moment, une ombre traversa l’emplacement de terrain éclairé et une forme humaine parut sortant d’une fente dans la montagne et continua, pendant quelques secondes, d’être, comme moi, absorbée dans une muette contem— '{r -\ *—-<"";.ow ;
260 L’INITIATION plation de la scène solitaire. Au bout d’un instant. l'étranger quitta l’endroit où d’abord je l’avais vu, mais. au lieu de prendre le chemin de droite qui con duisait hors de l’amphithéâtre de montagnes, il se di rigea de mon côté, dans l’intention évidente de tra verser le plateau en suivant la ligne sur laquelle j’étais.
Comme il s’approchait, je le reconnus à son habit monastique et à sa cagoule pour être l’un de ces ascètes qui font de fréquents séjours dans ces régions désolées, qui même,la chose n’est point rare, passent. parfois leur vie entière à l’abri de quelque grotte so litaire ou quelque crypte retirée.
Sa présence en cet endroit, à pareille heure, ne me semblait point un secret embarrassant, car je croyais que, comme moi, il était venu dans l’intention de communier avec l’esprit de la scène. Désireux de pro curer à l’étranger le même recueillement que moi mêmeje cherchais, je me disposais discrètement à me retirer vers mon ermitage, lorsque soudainement d’un pas rapide je le vis se diriger vers moi.
S’arrêtant vis-A à-vis de l’endroit que j’occupais, de façon à laisser la clarté de la lune tomber en plein sur mon visage tout en laissant le sien dans l’ombre, il me dit d’une voix douce engageante, s’exprimant dans mon dialecte favori, le « Sheu Tamil » : « Pardonnez-moi, Mon « sieur, si je me permets de vous féliciter de l’heureux « choix que vous avez fait d’une si belle nuit pour « visiter cette impressionnante scène ».
En temps ordinaire, cette inopportune invasion dans ma chère solitude m’eùt été très désagréable; et d’ailleurs, c'est la coutume bien entendue des visiteurs de ces désertes
AU PAYS DES ESPRITS 26X cités des morts de ne jamais déranger dans leurs mé— ditations ceux qui sont venus là dans toute autre in tention que d’y chercher le commerce de leurs sem blables.
Toutefois, je me rappelai avoir quitté ma demeure tard dans la soirée, sans avoir eu le temps de revêtir mon habituel costume de voyage; par con séquent, mon uniforme militaire, tout naturellement visible dans la pleine lumière de la lune, indiquait que je n’étais pas un ascète, tandis que mon cheval tout près montraitque je n’étais qu’un visiteur fortuit de ceslieux.
Immédiatement la pensée me vint que c’était le moine plutôt que le soldat qui aurait à se plaindre de la présence d’un étranger; de plus, la voix qui m’avait parlé était si harmonieuse, si douce, son accent était si pur que je ne pouvais refuser à mon interlocuteur un échange de mots courtois.
Résolu cependant à découvrir sa qualité avant de commencer toute relation, je répondis avec un peu de rai— deur : —- Mon père a droit de cité dans ces lieux saints. Sa demeure serait-elle dans leurs ténébreuses profon (leurs? Évitant de m’imiter dans l’emploi du style un peu forcé que suggère le poétique dialecte dont il s’était servi, il répondit simplement: — Voyez—vous là-bas ce point noir en haut sur le flanc de la montagne ?
Non, Monsieur, pas là,veuillez, je vous prie,avancer un peu dans la lumière, c’est là, juste au point où cette ligne noire divise cette toufle de buissons P -— J’aperçois, dis—je. Et je m’aperçus en effet qu’il examinait attentivement mon uniforme, en même .,,..>
262 L’INITIATION temps qu’avec le doigt il désignait l‘endroitqu’il vou— lait me faire remarquer. —— Eh bien, Monsieur, reprit-il, c’est là le Dharma Sala, la demeure qui pendant de longues années m’a servi d’abri, après qu‘à mon retour de lo'mtains pèle rinages j’ai éprouvé le besoin de satisfaire à cette universelle faiblesse dont notre pauvre frêle huma nité souffre si communément, je veux dire à l'amour du foyer. — Votre foyer, m’exclamai-je involontairement.
Voulez-vous dire que ce trou dans le flanc de la mon tagne est votre demeure ? —— Vous l’avez dit. —- Alors vous êtes...
Là je m’arrêtai, car en dépit du sombre vêtement qui enveloppait son corps et son visage, il y avait dans la tournure de l’étranger quel— que chose qui arrêtait les questions. -— Je suis, répondit-il doucement, natif d’une pro« vince lointaine, un vaidya (on donne ce nom à ceux qui pratiquent la médecine, fils de castes mélangées); le charme de ces lieux m’a attiré ici, d’autres raisons aussi.
De puissants intérêts me retiennent dans les. grottes et les temples de ces.montagnes, le plus égoïste de ces intérêts, celui qui parle le plus à notre hu maine nature, l’amour du foyer trouve à se satisfaire ici, dans ce trou au fiancde la montagne, comme vous. avez si exactement désigné ma retraite.
N’aimez— vous pas votre foyer vous-même, Monsieur, ou l’exer— cice de votre noble profession (et en disant ces mots il désignait mon sabre) vous absorbe—t- il au point de vous faire préférer le champ de bataille à la paix du foyer?
AU PAYS DES ESPRITS 263 — Je n’ai pas de foyer autre quele camp, répondis je brusquement, je ne cherche d’autre paix que celle de la tombe. — Trop jeune d’âge, trop vieux en sagesse pour faire une réponse pareille, répliqua-t-il gravement.
Écoutez—moi : Le foyer n’est point un endroit, c’est la paix de la conscience, c’est le repos dans l’âme infini, dont jouiront le Yogui errant etle saint Fedhi; c‘est la raison de tortures volontaires que fakirs et lamas imposent à leurs misérables corps. La paix en Brahma est le but qui donne aux Boddhisatras le pouvoir d’éteindre les feux de leurs sens, d’annihiler leurs sentiments, leurs pensées, d’abolir la sensibilité de leur être.
L’âme n’est vraiment chez elle que lors qu'elle est fondue à la source centrale de l’être ; en un. mot, ajouta-t-il en donnant le signal du départ et changeant l’étrange extase où il semblait planer pour revenir à la simple phraséologie qu’il avait d’abord employée, en un mot, chevalier, quel que soit le voile d'abstractions dont nous couvrons le but de nos actes, soit que nous cultivions l’amour d’une femme ou l’amour de Dieu, l’amour de l’or ou l’amour de la gloire, l’objet de nos affections, chaque fois que nous. y atteignons, est le foyer, et maintenant et plus tard notre foyer sera où est notre trésor.
N ’ai—je pas rai— son ? — Je vous demande pardon, Monsieur, répliquai je sans prendre garde à sa rapsodie, vous m’avez appelé par un titre que je ne suis guère accoutumé à entendre sortir des lèvres d’un étranger. Me connaî— triez-vous par hasard ?
264 L‘INITIATION — Vous êtes habitué à vous entendre désigner par votre grade militaire, reprit-il en nommant de suite mon rang dans l’armée.
Pardonnez mon indiscré tion. — Mais qui êtes—vous donc? m’écriai-je quelque peu piqué de me voir si bien découvert, vous qui êtes assez discret pour garder l’anonyme et qui savez si bien couvrir votre identité et cependant découvrir la mienne l — Les grands de la terre s’étonnent de constater que les plus humbles classes les considèrent comme la fourmi regarde l’éléphant, répondit-il sur le même ton ironique que ses paroles, si cependant vous pen sez qu'il vaille la peine pour vous de connaître l’ha bitant du Math que vous voyez là-bas, appelez-moi Chundra ud Deen.
Mais pour mieux me conformer aux usages de votre civilisation, si vous voulez bien accéder à la requête que je vais vous présenter, veuil lez, je vous prie, m’appeler Byga (médecin) ; mainte— nant ma requête. Sans plus de façons, il m’invita brusquement à aller le voir'dans son « trou » qu’il appelait si pré tentieusement un math ou cercle de huttes, comme celles consacrées à l’usage du maître spirituel et de ses disciples.
Mais dans les mots d’invitation qu’il m’adressa, il entremêla, d’une façon significative sur laquelle je ne pouvais me méprendre, le mot de passe d’une association à laquelle des liens solennels m’unissaient, imposant le sceau d'un si terrible secret sur mes pensées mêmes pour ne rien dire de mes lèvres, que je me sentais tressaillir frissonnant tandis
AU PAYS DES asenrrs 265 quelesmotss’échappaientdansl’airsilencieux, comme si le fait banal de les exprimer eût été le plus affreux blasphème. Un coup de tonnerre éclatant dans le calme de cette nuit étoilée, sans brise, ne m’aurait certes pas autant ému que le son de ces mots défendus.
Peu d’hommes connaissent l’existence de cette association, encore moindre est le nombre de ceux qui peuvent prétendre en faire partie; et cependant de ce moindre nom bre le personnage debout devant moi était indubita blement. D’autres mots, d’autres signes furentéchan gés, sans cependant qu‘il y eût le moindre contact entre nous.
C’était suffisant: sans autre hésitation, je convins de renouveler connaissance la nuit suivante à la même heure, au même endroit. Puis nous nous séparâmes, lui disparaissant dans l’impénétrable obs curité d’un temple avoisinant, moi faisant signe à mon cheval de me rejoindre et me préparant pour mon nocturne retour au logis à Douletabad. CHAPITRE XIX Que les heures me parurent lentes à s’écouler !
Mes occupations fastidieuses durant le cours de cette jour— née au terme de laquelle seulement je devais de nou veau rencontrer le Byga, cet homme singulier qui me semblait pouvoir si bien calmer les inquiétudes de mon esprit! En sa présence et tandis que j’écoutais
266 L‘INITIATION sa voix si merveilleusement caressante, j’avais éprouvé un calme, une tranquillité qui depuis des années m'étaient inconnus. Ses paroles n’avaient cependant rien eu de remarquable, encore moins pou vai—je considérer comme bien séduisante la perspec— tive d’une visite à sa demeure, ainsi qu'il lui avait plu de désigner le trou dans la montagne où il pré— tendait habiter.
Un étrange, ardent désir d’être là me possédait cependant, et s’il m’arrivait de me figurer l’aspect de « cette ligne noire divisant les buissons » qu’il m’avait montrée du doigt, il me semblait voir de blanches mains partant du flanc de la montagne et m’invitant par signes à gravir ses sauvages et presque inaccessibles hauteurs.
J’aurais voulu profiter d’un peu de sommeil avant d’entreprendre mon pèlerinage, mais je fus retenu pour affaires tout le jour à Aurun gabad, la ville principale de la province. Je ne pus que tard dîner avec quelques officiers de mes amis, avant de me mettre en route afin d'atteindre Ellora à minuit.
Je réussis à gagner le ravin peu après onze heures; je logeai là mon cheval et me mis en route à pied dans la direction des temples que j’atteignis quel ques minutes avant l’heure fixée. La lune était obscurcie par des nuages en fuite an—y nonçant l’apprôche d’un orage.
Le plateau de l’am phithéâtre, dominé tout autour par les roches de gra nit rouge formant« la grandecité religieuse», n’ofirsit pas le moindre signe de vie, pas le moindre mouve ment quand j’y arrivai. La solitude la plus profonde, la désolation la plus complète jetaient un charme sur tout le panorama.
AU PAYS DES ESPRITS 267 n-‘" Obéissant à une inexplicable impulsion, née peut être d’un irrésistible besoin de mouvement nécessaire pour combattre la tension nerveuse de mon esprit impatient, j’allais de place en place, inspectant chaque fente de rocher, chaque ouverture, chaque monument, cherchant je ne sais quoi, m’efiorçant de découvrir le sens de mes fiévreuses recherches. Enfin je m’arrêtai devant l’un des plus anciens des temples souterrains.
L’accès de ses parties les plus retirées obligeait, comme je le savais bien, à passer à travers de longues ran gées d’éléphants gigantesques dont j’avais souvent aperçu les effigies à la pâle clarté que laissait pénétrer le vaste portique ou à la lueur tremblante des torches.
J e connaissais parfaitement l’intérieur de ce caverneux édifice, j’avais maintes fois traversé ses colonnades colossales; quelque chose cependant semblait main— tenant repousser mes pas, me faisait hésiter à pénétrer plus avant. A cet instant d’indécision je me rappelai soudain que le lieu de mon rendez-vous avec le Byga se trouvait à un point dont je m'étais écarté de près d’un mille.
Irrite’ par l'inexplicable agitation qui me possédait, craignant de manquer à ma parole, je me tournais précipitamment pour revenir sur mes pas lorsque je me sentis violemment appréhendé par derrière, les bras attirés dans le dos et étroitement attachés, en même temps qu’une écharpe était passée sur mes yeux et une autre sur ma bouche ; tout ceci fait avec une telle vigueur et une si incroyable rapidité, qu’avant d’avoir en le temps d’opposer la moindre résistance, j’étais baillonné, enchaîné, les yeux bandés
308 L’INITIATION __—.æn Ainsi réduit à ne pouvoir me défendre, étreint par «des mains de fer de chaque côté, je me sentis entraîné dans la direction du temple et à travers ses longues rangées de colonnades jusqu’à un endroit où l'on me fit faire une courte halte et où les émanations hu mides d’une atmosphère souterraine devinrent dis tinctement manifestes.
Après cet arrêt, ce fut une descente continuelle, tantôt par de rudes escaliers, tantôt par d’étroits couloirs tortueux. Parfois les pas sages que nous traversions étaient si resserrés que mes guides étaient obligés d’avancer l’un devant, l'autre derrière moi, puis l’air glacé rencontré de nouveau m’apprenait que nous marchions sous des voûtes ou bien à travers de larges salles.
Chose étrange, ma clairvoyance habituelle, en ce moment de captivité inattendue, me fit complètement défaut. Une volonté plus forte que la mienne semblait agir pour annihiler ou dominer mes perceptions spirituelles et pendant quelque temps je restai trop étourdi pour essayer de résister. Tout le temps de cette longue descente dans les entrailles de la terre aucun autre bruit que celui de mes pas ne vint frapper mes oreilles.
Nul son de voix, nul bruit de pas étrangers ne brisa le lugubre si lence. La solide étreinte de mes gardiens était la seule preuve que j’avais des compagnons. Comme nous arrivions à un certain point, et lors que je compris que l’on voulait me forcer à descendre un escalier presque interminable, l’idée me vint qu’en restant fermement planté sur mes pieds je pouvais tout au moins manifester ma détermination de ne pas aller plus loin. Ce pauvre semblant de résistance me
AU PAYS DES asmurs 269s valut instantanément une poussée si violente que, sans les mains de fer qui me retenaient, j’aurais été précipité à je ne sais quelle hauteur dans les profon deurs qui m’attendaient au-dessous; puis, comme pour me convaincre de ma parfaite impuissance, je fus soulevé de terre, et, en dépit du fait qu’il avait à porter un fardeau mesurant six pieds de haut, avec un volume de diamètre proportionnel, mon guide me saisit de sa poigne de Titan et pendant un moment me transporta comme si j’avais été un enfant.
Heu reusement, à ce que je crus, le passage suivant se trouvait être trop bas et trop étroit pour permettre un tel mode de transport; je fus donc remis sur mes pieds, mais en même temps la prise de fer d’un géant devant, d'un autre derrière moi, m’était un avertis sement suffisant de l’inutilité de toutes autres démons trations de ma part.
Enfin, je m’aperçus d’un changement marquédans l’atmosphère autour de moi et dans la nature du sol que je foulais.
L’air était devenu doux, embaumé, chargé du parfum odorant d’essences aromatiques, le plancher était uni, dur, comme formé de pierres po lies. .Ie sentis bientôt des mains sur moi qui rapide ment me débarrassèrent du baillon, du bandeau et des liens, et alors brusquement fut découvert à mes yeux un spectacle tel que je n’ai pas d’expression pour le décrire dignement.
Je me trouvai dans un temple souterrain d’immense étendue, construit en fer à che val, dont le large ovale était arrangé en salle d’audi toire sur la place d’un amphithéâtre, avec des sièges ornés de riches coussins disposés circulairement en.
270 L’INITIATION gradins. Le plafond élevé était entouré de corniches finement travaillées, couvertes d’emblèmes sculptés des cultes égyptien et chaldéen, parsemées de sen tences blasonnées sur or, en arabe, en sanscrit, et autres langages orientaux.
Au milieu du plafond qui s’en allait en pente vers le haut, était une splendide sphère dorée, étalée sur une surface d’azur, et si habi— lement dessinée que l’intérieur du temple était tout illuminé par le rayonnement émané de cette multi tude de figures célestes qui brillaient étincelantes au dessus de ma tête.
Les murailles avaient été taillées dans le même granit rouge qui composait les mon— tagnes du district, mais étaient ornées à profusion d’images gigantesques de dieux indous et égyptiens. surmontées d’une bordure de somptueux bas—reliefs, dont un certain nombre représentait d’anciennes tae blettes chaldéennes ; sur d’autres étaient gravées des planisphères, des cartes astrologiques, ou des scènes de l‘histoire de Babylone, d’Assyrie ou de Chaldée.
La petite entrée du fer à cheval donnait sur une deu xième caverne, creusée dans le roc même, et dessinée de façon à former une immense plate-forme ou scène surélevée; le plancher en était recouvert d’un tapis de gazon touffu, ou du moins d’une imitation si mer— veilleuse qu’on ne poUvait faire la difiérence.
Un couple de sphinx gigantesques supportait les deux cô— tés de cette grandiose tribune, et suspendue, en toute probabilité par la force magnétique, au milieu de l’air entre la haute voûte du plafond et le tapis gazonné au-dessous, se trouvait une immense reproduction du taureau ailé de Ninive. Les murailles et le plafond de
AU PAYS DES ESPRITS 27! cette énorme scène caverneuse étaient par ailleurs dépourvues de tout ornement. Une main dorée tenait suspendu au-dessus de la salle de l’auditoire un rou leau sur lequel était écrit en arabe un mot qui cor respond à NÉOPHYTES; une main et un rouleau semblables paraissaient sur la corniche qui servait d’avant—scène à l’estrade, portant une inscription arabe signifiant HIEROPHANTES.
Rangés en demi—cercle à mi-chemin sur la plate—forme étaient sept trépieds supportant des brasiers d’où montaient des flammes colorées et des guirlandes de vapeur délicieusement odorantes, dont le parfum enivrant remplissait le temple.
Derrière chaque trépied, assis sur des trônes étincelants d’argent, chacun symbolisant une étoile brillante, étaient sept personnages en robe noire, le visage masqué, les formes couvertes de façon à rendre impossible toute détermination de leur sexe ou de leur apparence.
Autour de moi, les uns couchés, les autres assis à l’orientale, tous semblant profondément ab— sorbés en eux-mêmes, se trouvaient des multitudes d‘hommes vêtus la plupart à l’européenne, mais avec certainsdétails du costumeindou. Leurs visages étaient cachés, car tous portaient des masques.
Ceux qui m’avaient débarrassé de mon bandeau m’avaient aussi pourvu d’un masque, mais me laissant les yeux par— faitement libres, de façon que je pusse considérer à loisir la scène remarquable qui se déroulait autour de moi. Il n’y avait pas la moindre petitesse de détail dans tout ce qui frappait ma vue. Tout était colossal,varié, magnifique; chaque objet, quelles que fussent ses di
2 72 L’INITIATION mensions, était une œuvre de l'art le plus parfait. La lumière qui diffusait du somptueux planisphère de la voûte était douce, éclatante néanmoins. Grâce àun dispositif qui me fut expliqué depuis, de larges tuyaux avaient été construits de façon à communiquer avec l’atmosphère du dessus et introduire ainsi une abon dante provision d‘air frais jusque dans les extrêmes profondeurs de cette salle souterraine.
Les premiers instants qui suivirent ma mise en liberté, la surprise, le ravissement en même temps qu’un sentiment de respect craintif m’empêchèrent de bouger. C’est alors pendant que je promenais mes re gards autour de moi que je m’aperçus que l’assemblée tout entière tournait ses visages masqués de mon côté et que de tous les coins on me faisait des signes de eonfraternité d'une ou plusieurs des différentes s0 ciétés auxquelles j’appartenais.
J’ai su depuis, et je compris alors, je crois, qu’il n’y avait pas une seule personne présente qui n’ait pas été initiée à l’une ou plusieurs des associations secrètes auxquelles j’étais moi-même affilié. La reconnais sance de ce fait me plaça de suite sur un pied d’intel ligence avec mes compagnons et m’indiqua la ligne de conduite que l’on attendait de moi.
Il existait, et il existe encore parmi certaines fraternités, un langage symbolique de signaux, bien plus élégant et expressit que la parole et que je trouvais en usage chez mes nouveaux associés. Par son emploi j’appris quelles notions spéciales allaient m’être communiquées cette nuit. La première était d'étendre le sentiment de eonfraternité à l’humanité dans son ensemble. La
AU PAYS DES ESPRITS 273 deuxième consistait à bien comprendre que le but de notre réunion était la découverte de l’occultisme, et que semblablement nos méthodes de recherches de— vaient être occultes.
Une autre recommandation était de ne jamais, même de la plus discrète façon, faire allusion à la Société ou à son existence, en présence de n’importe lequel de ses membres qu’il pourrait m’arriver de rencontrer dans le monde, la raison de cette prohibition étant d’éviter toute discussion sur la nature des avis communiqués.
On exigeait que les réflexions que je pouvais faire à ce sujet se p'assassent au fond de moi-même ou, si j’acceptais les révélations faites comme mes propres opinions, que je les com muniquasse autour de moi aux personnes ne faisant pas partie de la société; je pouvais aussi faire allusion à l’existence de l’association et parler de son objet. mais je ne devais jamais révéler le nom d’aucun de ses membres ou conduire des étrangers aux divers endroits où se tenaient ses réunions.
La dernière re commandation qui me fut faite m’imposait d’être scrupuleusement attentif aux actes de la séance. Je fixai donc mon regard sur les sept personnages mas qués en robe, assis sur la plate-forme.
Je les avais tout d'abord pris pour de simples effigies, mais aussitôt que tous les membres de l’assemblée furent assis, et en ordre, je les vis se lever, l’un après l’autre, chacun d’eux donnant par un signe ses instructions, puis re prenant sa place et son immobile attitude. Le premier avis donné de cette façon recommandait le silence pythagoricien pendant chaque séance. Le deuxième, s’adressant à tous, requérait une soumission plato - 7 l8 ;.‘gs_’I_ væ->
274 L'INITIATION nique à l’association pendant la durée de l’affiliation. Le troisième nous assurait de la protection divine. Le quatrième avis m’apprenait à moi que mes désirs les plus secrets étaient pénétrés. Le cinquième(encore adressé à moi) me promettait complète satisfaction de ces désirs.
Le sixième me recommandait d’une façon générale la discrétion dans l’usage des connaissances que j'étais appelé à recevoir, l’honnêteté dans leur application. et l'amour de l’humanité dans leur dis tribution. Je ne suis pas autorisé à expliquer le sep— tième avis, je puis dire cependant que je fus averti par l’un des personnages masqués près de moi, que plus tard on m‘offrirait les moyens d'arriver à l’initiation complète. .
Pendant que s’exécutaien’t les signes symboliques, transmetteurs de ces avis, la salle de l'auditoire tout entière s’était peu à peu assombrie, si bien que, lorsque fut. terminé cet acte de la séance, je m’aperçus que la lumière s‘étaitsingulièrement adoucie et que le rayon nement: émané de l'éblouissant planisphère s’était fondu en une pâle clarté pareille à celle que dorment la lune et les étoiles.
Et maintenant que j’ai achevé ma très imparfaite description du magnifique temple et des premières scènes de ce grandiose drame, je vais essayer de décrire celles qui suivirent. Un calme profond régnait tout autour de moi, un silence religieux dominait l’assemblée, lorsque j‘eus la sensation que la partie tout entière de la vaste ca verne formant la scène à la plus petite entrée du fer 'à cheval disparaissait insensiblement. Murailles, pla fond, hiérophantes, trônes d’argent, brasiers, tout
AU PAYS pas espmrs 275 s‘était évanoui, et à leur place je voyais l’immensité Sans bornes de ce qui semblait être d’innpénétrables . ténèbres. Au bout d’un moment j’observai comme un mouvement, une ondulation sans cesse grossissante, puis une coloration de plus en plus faible vint éclairer cette sombre nuit pour se subtiliser bientôt en urie vapeur grise, argentée et enfin se fondre et disparaître.
Alors je vis un univercœlum sans bornes, avec des myriades d’hémisphères représentées dans son im mensité.
En haut, en bas, à la ronde, étendus, sur des horizons sans limites se succédant sur une échelle sans fin, c’était un amoncellement d’hémisphères, étroitement rapprochés quoique séparés les uns des autres; tous avec leurs flamboyants systèmes, chaque système éblouissant de l’éclat de ses soleils, planètes, comètes, météores, lunes, anneaux, bandes et nébu leuses.
Des millions et des millions de systèmes rem plissaient les espaces de l’univers ;‘ tous différaient cependant les uns des autres, tousse monvaiéntdans le même ordre resplendissant, gravitant autour d’un tout-puissant, d’un inconcevable centre.
Et dans ces prodigieux chefs—d’œuvre d’harmonie, chaquegroupe de nuées de fer nouvellement créé semblait aussi ad mirablement accordé au point de l’espace le concer nant que les énormes systèmes solaires avec leur cor tège de soleils, d’étoiles et de satellites.
Je vis les espaces de l’univers divisés en hémisphères, les hémis phères en systèmes solaires, ces systèmes regorgeant de soleils qui à leur tour formaient des systèmes de mondes créés à tous les degrés d’évolution depuis l‘informe nuée de feu jusqu'au soleil central d’un sys— tème arrivé à la perfection. (A suivre.)
Mesure du Temps chez les lndous H H Chatur Yuga de Brahms. . . Jour et une nuit Porabrahm. . . 12.000 anst de Brshma. . 463.625.600.000.000.000.000 200 Yugas Brahma. . 92.725.120.000.000.000.000.000 UNITÉS VALEURS INDIENNES VALEURS EUROPÉENNES EN ANNÉES TERRESTRES x Nlmesha . . . . . . . 26e/3 Trutls . . . . . . . . . . . . . . . . 8/45 de seconde. 1 Kasthu . . . . . . .. 18 Nimeshas 8 Vlpalas.. 3 secondes r/5 s Kala . . . . . . . . ..
30 Kabitas 4 Palas.... 1 minute 3/5 x Mskurta . . . . . . . 30 Kalas 2 Gharls.. . 18 minutes 1 Jour et une nuit (terrestres)... 30 Makurtas 60 Gharls... 24 heures r Jour et une nuit des Pitris. . . . 30 Jours et nuits terrestres. Un mois terrestre 1 Jour et une nuit des Devas 12 Mois terrestres. . . . . . . Un an (365 jours) 1 Annéedes Dents. . . . 365 Jours et nuits des bons. . .. 365 ans 1 Kali Youg.. . . .
1200 ans desDons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 438.000 ans 1 Dvapars Yang. 2400 ans des Dons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 876.000 » 1 Treia Youg.. .. 3600 ans des Dons . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 1.314.000 .. x Satya Youga.. . 4800 ans des nevas. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1.752.000 .. x Chatin Youga (4 Yougas). .. 12.000 ans des Dents. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
4.380.000 » r Yugs des Dens.. 12.000 chatu Yugss . . . . . . . . . . . . . . .. 52.560.000.000 » x Jouret une nuit de Brahma.... 2.000 YuyasdesDevae. . . . . 105.120.000.000.000 » 1 Annéede Brahma.. 365 Joursetnuits de Brahma. 38.468.800.000.000.000 : r Manvsntara. .. 7r Yugas des Duas . . . . . . . . . .. 3.731.760.000.000 » l M. Antonin Rougier vient de fonder à Lyon, 15, rue Saint-Paul, une Bibliothèque spiritualiste, en dehors de toute école. Nous en reparlerons longue ment dans notre prochain numéro. ’-\n-‘\
ORDRE MARTINISTE Une délégation générale :est établie à San Paolo (Bré— sil). pour les pays de langue portugaise en Amérique. Cette délégation est placée sous la direction directe du Souverain délégué général pour l’Amérique du Sud, le D“ Girgois. ÉCOLE HERMÉTIQUE La période préparatoire aux examens est ouverte.
Les examensdu t°" degré auront lieu dans les premiers jours de juillet. ‘ LA GOMMEMORATION D’ÉLIPHAS LEVI Le dimanche 9 juin, l‘École hermétique a fêté le sou venir d’Eliphas Lévi, dans ces bois de Meudon où_il se plaisait tant de son vivant. Trente membres de l'École avaient répondu àl'appel des organisateurs et se trou vaient réunis à deux heures, à la gare de Bellevue.
De là, le groupe gagne les bois, où, dans une clairière choisie dès le matin, on fait le cercle pendant qu’un des professeurs récite une poésie d’Eliphas. Puis une discus sion s’engage au sujet des divisions des êtres invisibles en action dans les forêts. La séparation s’est efiectuée à la tombée de la nuit. L’École hermétique compte organiser de nouvelles excursions du même genre dans le Courant de l’été..
2 78 L‘INITIATION Société des conférences &piriflnlislas La dernière conférence a été une des‘plus brillantes de cette année, qui compte pourtant une série de réunions qui prouvent combien l’idée du D" Papas a bien fait son chemin. M. Ernest BOSC, président, a ouvert la séance devant une salle aussi remplie qu’il était possible et pas— sionnément attentive.
Papus traitait des Enfers sociaux, des tristes bas-fonds où grouillent les misères désespérées. Mais ce n’était point seulement en narrateur, en descripteur qu’il vou lait nous donner l‘idée de la souffrance humaine. Ce n’était pas non plus de la seule assistance matérielle, mais dans un domaine plus élevé, de l‘assistance morale et fraternelle, de l'aide à l’évolution possible dont il voulait nous entretenir.
C‘est ainsi qu’ila été amené à parler de l‘oeuvre des salutistes, et qu’ilapu en parler en homme qui s’est au préalable donné la peine de l’étudier. Sous des dehors parfois bouffons, avec une exubérance de propagande qui surprend notre caractère français, les salutistes n‘en font pas moins une œuvre fraternelle et nous pourrions les imiter sans nous charger de leur grosse caisse.
Voilà ce que Papus a dit, avec la chaleur communicæ tive qu’on lui connaît; peut-être avec plus d'élan encore que de coutume, devant une salle qui l’interrompait à chaque instant par ses bravos, dans laquelle une déléga— tion de salutistes était la première à applaudir. Notre président a parlé en grand mystique et il est à penser qu’il a gagné bien des cœurs à l'œuvre de fraternité humaine, car c‘est aux cœurs qu’il s’adressait.
M. le Dlr Rozier nous a fait ensuite des communica tions du plus haut intérêt sur l’esprit familier de Mme Lay—Fonvielle. Ilapu employer en diverses expé— riences le biomètre du D“ Baraduc et obtenir des résul tats dont il reparleralui-même dans l’Inùiati0n,en même >s.q
ÎAIRES EN ART COULEUR ET HARMONIE avec autant aces), ni trop Couleur ambrée, blond doré. Prédominance des clairs. Harmonie heureuse, sonore, savante, sans recherche. Couleur jaune sombre. Plus de tapage que d’éclat véritable.' Harmonie tourmentée. lre (non sans Couleur froide et pâle, mais harmonieuse. Prédominance des demi—teintes. . Harmonie recherchée et fine; domine la mélodie. Couleur blafarde et. fade. Préciosité, afléterie dans l’harmonie. et juste, né ‘es P. et m. i. Couleur sombre. Prédominance des ombres. Harmonie savante et. sombre, effet grave, domine la mélodie.
; ème
LÎÉCHO DU MERVEILLEUX ET LA CARTOMANCIE 2‘79 temps que des photographies spirites sur lesquelles il s’expliquera également. On trouvera' la conférence de 'Papus dans l‘École her métique publiée en supplément par notre excellent con frère 'l‘Hyp€rch im fe.
L'Echo du Merveilleux et la Bartomancia Dans le dernier numéro de l‘Écho du AIerpeilleu3’ (15 juin), Gaston Méry rend compte des premiers résul tats de son enquête sur la cartomancie et les facultés physiques mises en jeu par les cartomanciennes. Les uns y voient le Diable ! (naturellement), les autres une simple lecture de pensée (et Méry tend à se ranger à cet avis), d’autres enfin l’influence des invisibles.
' Nos lecteurs savent que ces faits, comme ceux de la divination par l’emploi des sujets matériels, se réfèrent tous à la même théorie : la lecture des clichés astraux, quand la voyante est réellement douée de facultés psy— chiques. Or cette lecture des clichés astraux peut consister : 1° En la lecture des clichés du passé flottant dans l’aura du consultant.
Ce que les psychologues appellent avec leur naïveté habituelle : la lecture de Pensée (l 1); '2° En la lecture des clichés plus mal conformés et se référant à l’avenir. Ces clichés peuvent provenir soit des projets élaborés par le consultant, soit de toute autre ori— gine (y compris l‘influence des invisibles) ; 3° En lalecture de communications non encore maté< rialisées sous forme de clichés vu leur origine toute spi rituelle.
Telle est, en résumé rapide, la théorie de l’occultisme applicable à tous les procédés de divination par les objets matériels : verre d’eau, blanc d’œuf, marc de café, cartomancie, géomancie, etc., dans le mode intuitif. Mais il faut ajouter à tout cela le côté purement intel— lectuel de la question, manifesté par l'action des combi maisons des nombres et si peu connu par les modernes
2 80 L’INITIATION pythonisses, alors que c'était le triomphe d’Etteila. Ce sont ces combinaisons numériques qui règlent les écarts de l‘imagination et qu’il faudrait faire étudier à nos praticiennes.
Julia et Madeleine, incarnées dans Mme Lay-Fonvielle, vivent dans le plan même des clichés astraux et, étant donnée leur origine très élevée et la chaîne invisible à laquelle elles se rattachent, peuvent modifier ou même former certains de ces clichés astraux. De là la supério rité écrasante de Julia sur les professionnelles ordinaires.
Le D’ Rosier a donné l’autre jour la preuve expérimen tale de cette théorie en montrant comment il est parvenu à photographierJulx‘a en dehors de la présence du mé dium et à grande distance -— par action directe sur une plaque enveloppée de papier noir posée sur un meuble, c’est-à-dirc sans chambre noire et sans objectif. La cartomancienne se sert pour fixerles images astrales de certaines figures convenues qui sont ses cartes.
Le marc de café (variété moderne de géomancie) fixe aussi par des symboles les images astrales. Par contre, le verre d’eau et les miroirs magiques, de même que les rêves dits prophétiques, permettent aux personnes douées à cet effet de voir les clichés astraux directement et sans correspondances symboliques.
C’est encore à la lecture de ces signes hiéroglyphiques des corrrespondancesavec les clichés astraux personnels que se réfère la Chiromancie où certaines professionnelles sontprodigieuses quand l’intuition vientaider la science. Quoi qu'il en soit, félicitons vivement Gaston Méry de son enquête et de la conduite générale de son Echo du Merveilleux toujours intéressant et toujours digne de son nom. PAPUS.
Les teninneen religieuses de la Jeunesse Contemporaine. La Revue (ancienne Revue des Revues) a eu la très heureuse idée de rechercher quel était l’état d'esprit de la jeunesse de France touchant les hautes questions de >—«|—‘*I -_——.A
LES TENDANCES RELIGIEUSES 28 I sociologie, de morale et de religion. L’auteur de l’en. quête, M. Eugène Montfort, fait remarquer que presque tous les jeunes écrivains font porter leurs préoccupæ lions sur la question religieuse. C’est bien un signe des temps et l’on ne pouvait guère échapper à cette préoccw pation qui guette patiemment l'intellect et le cœur de l’homme.
Nous n’avons pas pour aujourd’hui à donner une opi nion sur ce fait vraiment considérable que vient de nous révéler la Revue. Bornons—nous à une analyse. Socialement il semble que la jeunesse entre entière ment dans l’idée d’association. C’est à l’association qu’appartient l’avenir.
Résumant la pensée générale qui ressort des réponses reçues, M. Eugène Montf0rt dit: « Le mouvement coopératif et le mouvement syndicataire contemporain sont tout à fait acceptés et aidés par la jeunesse.
Ils sont en effet approuvés en même temps par la Ligue démocratique des Écoles et par l'Union. libérale de la jeunesse... » Mais, àcôté du point de vue purement social, il y a le côté religieux, qui, nous l’avons déjà dit, paraît venir au premier plan des soucis de la jeunesse. < Il y a là, dit M. Montfort, un ensemble d’idées dont nous devons tenir compte et sur lequel nous devons nous arrêter.
« Pour M. Maurice Magre c les principes des « anciennes religions sont bien morts, une religion nou « velle doit se fonder » — « religion de l’humanité », dit M. Fernand Gugh — « socialisme transformé en religion », ajoute M. Saint-Georges de Bouhélier —— ( capable de glorifier la vie terrestre, d’exalter la dignité humaine », complète M. Maurice Le Blond.
Ici ces deux derniers écrivains sont d’accord avec M. Bazire pour voir dans le nouvel idéal social une foi; celui-ci, en effet, l’a déclaré dans sa réponse: le collectivisme en face du christia nisme, ce sont deux religions en face l’une de l’autre.
« Cet appétit d’une religion nouvelle semble devoir se répandre dans la jeunesse et gagner la société de demain. » ' Voilà quelques-unes des opinions qui ont été données à la Repue et elles marquent bien que si les esprits ne:
2 82 ' L'INITIATION savent pas trop où ils veulent aller,ils savent néanmoins qu’ils voudraient bien aller quelque part; c’est plus-un vague désir qu‘une volonté nettement déterminée qu'ont exprimé la plupart des répondants. Il n'importe, il y a dix ans, la jeunesse qui pense eût impertinemment souri si on l’avait questionnée sur ses opinions religieuses.
Aujourd‘hui, c’estàces opinions à peine ébauchées, il est vrai, qu’elle donne la plus grande importance. « Des aspirations nombreuses vers une foi nouvelle, vers une nouvelle religion, c’est là un symptôme tout à fait caractéristique, non observé encore, croyons-nous, et que nous nous réjouissons de voir nettement déter— miné par cette enquête ». Ainsi conclut M. Montfort.
Ailleurs il dit : « Contre ces nouvelles aspirations se dresseront les aspirations de l’ancienne foi.
Et la lutte sera belle entre les déistes d’une part et les incroyants de l’autre, entre ceux qui acceptent une religion révélée et ceux qui ne l’acceptent pas, entre les partisans de la foi et ceux dela science. ) Il nous est permis à nous de dire qu’entre ces deux termes dont la valeur s’annihile par leur lutte et leur schisme, mais se montre tout entière par leur synthèse, il y a justement cette vieille science-foi, l‘occultisme qui est le troisième terme, le terme synthétique d’union et d’équi libre, que la jeunesse française a totalement oublié, mais vers lequel ses vagues aspirations, ses soifs d’idéal, ses désirs encore imprécis la conduisent et devant qui des faits peut-être violents la jetteront demain.
D’ailleurs, nous reviendrons sur cette manifestation importante de la pensée contemporaine. En attendant, félicitons chaleureusement la Revue et M. Montfort d’avoir entrepris et si bien conduit cette enquête. EDGAR JÉGUT. ' Bibliographie La Vie de Claude de Saint-Martin, par A.-T. VVAI'I’E. — M. Waire, bien connu en Angleterre par ses travaux sur les diverses branches de l’occulte, vient de publier » -z.x -
BIBLIOGRAPHIE 283 sur Saint-Martin un livre d’une sérieuse érudition et qui rendra de grands services à tous les martinistes des pays de langue anglaise. S‘:entourant des documents les plus positifs actuelle ment connus, M. Waite a reconstitué très fortement la vie exotérique du grand philosophe mystique.
Puis, il analyse et commente chacun des points les plus impor— tants de la doctrine en tirant ses matériaux de tous les ouvrages de Saint-Martin. Ce volume représente donc un véritable résumé des nombreux volumes du philosophe inconnu et, à ce titre, il est précieux pour tout martiniste lisant l’anglais.
Nous n’avons qu’une objection très légère à faireà l’étude remarquable de M. Waite, c’est qu'elle ne donne pas une idée assez nette de la voie mystique suivie par Saint—Martin dans son évolution personnelle et des moyens de parvenir à cette voie. A notre avis.
M. Waite s'est laissé peut—être trop influencer par les critiques français qui se sont occupés de Saint—Martin comme philosophe et il n’a pas assez suivi le Philosophe Inconnu dans sa voie d’illuminé, d’initié et surtout d’initiateur mystique.
Les ouvrages publiés en Russie par les initiés directs de Saint-Martin à l’époque de la Grande Catherine sont très curieux à ce point de vue, et les rares exem plaires qui ont échappé au feu du bourreau donnent sur le martinisme. mystique et chrétien des renseignements précieux que M. Waite aurait dû résumer. Mais cela ne veut pas dire que les questions ésoté riques soient laissées de côté dans ce volume.
Les études sur les nombres, sur les idées-forces et sur la reconsti— tution de l’Homme—Esprit par l’évolution de l’Homme de désir à travers le nouvel Homme sont très bien mises au jour.
Au moment où il est si difficile de faire comprendre qu’on peut être un chevalier du Christ sans être clérical et qu’on peut être mystique tout en restant capable de compatir activement à la souffrance des frères ter restres, ce livre était utile. -Aussi adressons—nous toutes nos félicitations à M. A.-E. \Vaite qui a été nommé docteur en hermétisme (ad hono rem) par son beau travail. Parus.
284 L'INITIATION _.__.‘ V. HORION. Mon évolution spiritualiste. in-8, prix : I franc, Liège. —— Nul plus que M. Horion n’eût eu le droit d'écrire en tête de son ouvrage ; Ceci est un livre de bonne foi. Or, de ce temps, tel droit n’appartient pas à tous ceux qui écrivent. J'en peux donner la preuve sans éloigner ma pensée de ce petit volume de valeur.
Une des préoccupations, un des étonnements de M. Horion est de constater le refus systématique qu'opposent dé sespérément les plus nombreux savants lorsqu‘on leur parle d’examiner les faits du spiritualisme. Pour les uns c’est tout simplement de la mauvaise foi, pour les autres une peur vague de ce ridicule que nous craignons si fort en France, que c’est justement ce qui nous rend grotes— ques aux yeux de l‘étranger.
Les premiers sont capables des formes les plus extravagantes de l'imagination pour expliquer certains phénomènes de telle façon qu'ils puis sent encore une fois écarter l’hypothèse spiritualiste. C’est un peu de temps gagné, tout au moins. D'autres à court de cette imagination joyeuse et féconde expriment un mépris sec. Ils n’examineront pas, vous m’entendez, Monsieur.
Et voici défiler la théorie fripée des clichés: la dignité de la science; nous autres savants, nous ne pouvons nous compromettre; non, Monsieur, jamais, etc... Il est vrai qu'aujourd‘hui de véritables savants qui ne sont pas eux autres, examinent, observent et se recueil lent. Mais le malheur est que ceux-là sont le plus sou vent des silencieux et que leur rare pensée pénètre peu dans les cercles élargis où le grand nombre attend qu‘on l’enseigne.
Un nuage de demi-scientistes s’interpose entre lui et les templa serena et les lui masque. Or ces demi— scientistes, ces vulgarisateurs, ce sont eux autres. Ces gens font partie d‘une coterie, professent généralemmt dans quelque coin et, bon an mal an, pondent dans une Collection scientifique (évidemment) un volume de trois cent cinquante à quatre cents pages.
Gens d’activité et d’as. similation, mais superficiels et incapables de considérer le faitou l’idée sous tOUS leurs aspects, piètres écrivains pourla plupart, ils ont cette unique force, que je sau« rais appeler audace — par respect pour ce mot — mais que je qualifierai simplement toupet.
BIBLIOGRAPHIE 28 5 Et comme je ne veux pas rester sur une affirmation, je prouve.Voici une réunion d’ouvrages où doit se trouver l’extrait triple,l’essence même de la pensée humaine sur les plusimportants problèmes. C’estl’inventaire entier,sincère dela connaissance à l’heure quifsonne. J’ouvre un livre dont le titre m’annonce qu’il me dira tout ce que j'ai besoin d’apprendre sur la science,la religion et le matérialisme.
Or oyez : l’auteur dès sa préface avoue qu’il n’a pas fait une œuvre de synthèse, comme on l’espérait, ou de coor— dination tout au moins ; il s’est contenté de réunir sous un titre général des articles parus dans différentes revues et dont certains datent de vingt-cinq ou trente ans. Il me semble pourtant que depuis vingt-cinq ans il s’est passé pas mal de choses dans le domaine intellectuel 1... Alors l...
Eh! bien mais j’ai acheté un fonds de rossignols (et c’est peut-être tout ce qu’on désirait) et je ne sais rien de nou veau sur la lutte entre le matérialisme et le spiritualisme. Sans parler de l’autre, je n’aperçois guère ici de probité scientifique. Dieu sait pourtant si le mot est clamé, et si le drapeau (l) de la science finit par s’élimer en oripeaux tant on l’agite à tort et à travers.
On ne saura jamais trop à quel point nous sommes encombrés de ces scientistes là et comme leur prétendue libre pensée cache le plus intransigeant cléricalisme. Mais quand on le saura, il ne faudra s’étonner ni de leur mauvaise foi, ni des flots de bêtise qu’ils répandent et que des gens trop insuffisamment renseignés acc<æptent, à cause de l’étiquette, comme substances intellectuelles valables.
Aussi bien, il nous conviendra de dédaigner les im probes et de négliger les craintifs, pour œuvrer toujours plus profondément. Justement les cent pages de M. Ho ripn sont méritoires, parce qu’elles nous montrent l’évo lution d’un homme qui s’appuie,àchaque tournant,sur un fait précis en même temps que sur une conception phi losophique solide. Il serait à désirer que de tels petits ouvrages fussent plus nombreux.
Ce serait comme un échange de pensée, comme une conversation, de sincé rité profonde, entre chercheurs. C’est à titre d’exemple à suivre, en même temps que pour sa haute valeur in trinsèque, queje trouve recommandable, à tous ceux qui
286 L’INITIATION mettent l’idée plus haut que l’intérêt personnel ou l’in— térêt clérical d'une coterie quelconque, l’ouvrage que M. Horion nous offre sous le titre de : Mort évolution spiritualiste. \ ' Encan .lÉGUT. Étude sur les origines et la nature du Zohar, précé— dée d’une Étude sur l’histoire de la Kabbale, par S. KARPPE, docteur ès lettres.
Une première lecture de cet ouvrage nous le montre très intéressant au point de vue de la documentation et de la méthode intellectuelle em ployée pour la recherche des vérités initiatiques. Esprit rigoureux, précis et clairvoyant, l’auteur apporte sa con tribution à l’étude de ces sciences antiques avec une conscience dont on doit le louer. Œuvre historique par la forme, philosophique quant au fond. Nous en repar lerons prochainement. S.
Lilith, par RÉMY DE Gounmom (édition du Mercure de France). Il faut admirer dans cet ouvrage la qualité du style et l’intention de nouveauté.
C'est une mise en scène poétique de ce qui dut se passer avant la création de l‘homme, la révolte de Satan (qui s’appelait Lwm_‘fer) et la chute d'Adam Avec une habileté littéraire et des ressources de premier ordre, M. Remy de Gourmorrt a très agréablement adapté ces vieilles idées tradifim— nelles aux nécessités intellectuelles de l'esprit moderne.
C’est d’un panthéisme plein de poésie, de relief, de charme, et ses personnages sont très visibles. Un peu trop peut—être, à notre sens.
Nous avons revu le bon Jéhovah patriarcal et bébête, « passant ses doigts divins dans sa barbe de lin », se trompant à chaque instant dans ses plans et leur exécution, et reprenant son refrain : « Mon œuvre est bonne! ) malgré l’évidence du mal et des catastrophes les plus tristes, ( les plus mauvais jours de notre histoire >, a dit Jules Laforgue.
Satan, mué en escarbot, entre dans le ventre du ser pent, pour se faufiler dans l’ «t enc10s » réservé aux habi— tants du paradis terrestre, à travers une haie de cactus. Le serpent a un beau pelage, diamant, améthystes, rubis, joailleries étincelantes; mais il tient à nos premiers pa rents, adolescents sensuels et un peu ennuyés, un dis '- .rl-l -
BXBLIOGRAPHIE 2 87 cours véritablement captieux. 4! C’est un excellent esprit, dit-il de J=éhovah, mais un peu enclin à la méta— phore. Voyons, misonnom un peu, etc. » Lilith, la première femme créée par Jéhovah pour l’homme, désire tout d’abord violemment celui-ci. .Ié'h0— vah se reprend et lui dit : « Va trouver Satan...
Vous êtes les deux erreurs de ma pensée; accouplez—vous et procréez des démons. » Nous assistons alors à la séduction charnelle de Satan par Lilith, qui opère à son endroit de singulières ca— resses.
Satan invertira les rôles uktérieurement, et ils se livreront à des luxures furieuses, blasphématoires et inassouvibles. ‘ Une adaptation un peu confuse du Iod—Hé—Vaué,. tétragmamme divin, arche de synthèse, contenant les nombnes: et les lois de l’éternelle création, que l‘auteur ramène à un sens restreint et phallo-ctéique. Davantage nous plaît le symbolisme des animaux.
Le lion qui jouait avec Eve avant la chute, et qui la portait sur son dos, revient, après, en rugissant, et bondit pour la dévorer, cependant qu’innoc_ente elle voudrait conti nuer ses jeux. Raziel, l’instituteur d’Adam, qui a con— servé son pouvoir divin sur les animaux, parait, et le lion apaisé s’éloigne. Eve crée les animaux nuisibles et donne bien du mal à son mari qui tâche de mieux faire dans ses essais de création.
De sa baguette, il frappe le sol et voit appa raître une brebis et son agneau. hve prend la baguette et fait naître une louve qui met bas des louveteaux. Adam se voit obligé de créer des molosses pour les mettre en fuite. Eve fait naître c une nichée de souris qui courent aussitôt vers la provision de graines ». Adam : (. Tu as la main malheureuse »., dit-il. Et, pan l deux beaux angoras.
« Voilà ‘Ia faute réparée. »- Puis des poules, et le renard, à qui Eve ' <i Bonjour, renard, je t’aime, tu me ressembles, tu as mon odeur, tu. as mon âme l » etc. A part un peu trop d’anthropomorphisme (car, vrai ment, la science déjà nous montre les analogies des principes et des forces divines dans les lois naturelles; et la connaissance vivante des lois cachées, si peu ca
.288 L’INITIATION chées, rend leur noblesse aux personnages de la Genèse, êtres divins, symboles vivants, courants astraux, diffé rents de nous par la forme, mais analogues par la cons titution, et si peu en rapport avec les bonshommes d’ima» gerie, dont un clergé agnoste voile la sublimité de la Religion.
Nous avons le devoir — ne vous semblet-il pas? — de chercher les lois d’harmonie dans la nature vivante et d'incliner notre front devant le Créateur, gar dant en notre cœur l‘humilité et l’amour des êtres : nous devons étudier le sens réel des légendes et des symboles, et en retrouver les formes dans les lois physiques, toute vérité vraie étant vraie sur tous les plans.
Cela nécessi terait des développements plus étendus...) — à part donc un anthropomorphisme d’ailleurs poétique, nous n’avons que des éloges et des remerciements à adresser à l’auteur pour cet ouvrage d’un scepticisme lucide qui s'efforce peut-être vers la lumière et la foi. Sxaaus. Nombres et dates faiidiques Certains fidèles de l'Empire espèrent la restauration du régime de leurs rêves en 1907.
Leur espoir repose sur ce faible raisonnement, qu’en additionnant 1907 on obtient le total [7, et que ce chiffre est fatidique dans la famille Bonaparte.
En effet, l’ex-prince impérial, à la mort de son père, avait 17 ans et a été frappé en Afrique de 17 coups de zagaie; les lettres qui forment le nom de Napoléon Bonaparte sont au nombre de 17; Napo léon III est né en 1808 (et 1808 additionné égale 17); l’impératrice Eugénie est née en 1826 (et 1826 addi 'tionné égale 17); de leur mariage (1853) à leur dé chéance (1870) 17 années s’écoulent...
Enfin, le prince Victor est né en 1862 et en additionnant vous aurez erc0re l7l... Le Gérant: ENCAUSSE. Paris-Tours. — lmp. E. ARRAULT et Cie, 9, rue N.-D.-de-Lorellç 'I' à
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