The text
W ."1""" , . . . LImüaüon ' Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÊE MENSUELLEMENT SOUS LA DlRECTION DE PAPUS I B O. >I< Docteur en médecine — Docteur en kabbale '4 51‘“ VOLUME. -,‘l4““ ANNÉE SOMMAIRE DU N° 8 (Mai 1901) __,._. PARTIE INITIATIQUE La vie de Claude de Saint—Martin (p. 97 à I06). . Papus. La vie mystique expérimentale (p. IO7 à Hg). . . Sédir. Les clichés (p. II9 à 122) . . . . . . . . . . . . . Zhora.
PARTIE PHILOSOPHIQUE Le Mystz‘scime des Boers (p. 123 à 132) . . . . . . . Sabrus. I.'Occultisme en Pologne (p. 133 à 145) . . . . . . A. Erny. Le hasehisch esbil uneplante de sélection? (p. 146 à I53). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Jules Giraud. La volonté (p. 154 à 177). . . . . . . . . . H. Girgois. Son-Lumière-Couleui‘s dans l’Astral (p. 177 à 183). Tidianeuq. Commission d’Études psychologiques. —— L’Àrithmo-lntuition.
Étude biométrique de Broussay. — Collection de l’1nitiation. — L’Homme de Dészr. — BiblIographie. —- Aux Lecteurs de la Chine Nmwelle. l‘ont. ce qui concerne la Rédaction et les Échanges doit être adressé 87, boulevard Montmorency, à Paris. Téléphone -— 690-50 Administration et abonnements : 4. rue de Savais. PARIS (DE 2 A 5 HEURES) Le Numéro : UN FRANC. — Un An : DIX FRANCS L
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Efl‘rayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiarion est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Soience, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’Initiatian adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l‘arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cle’ricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initialian étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’lnde. L’Iniliation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initiai‘ion parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà quatorze années d’existence.— Abonnement: Iofrancs par an (Les collections des deux premières années sont absolument épmsées.)
L’Initiation du 15 Mai 1901 PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l’1nitiation [0 PARTIE INITIATIQUE AMO — F. CH. BARLET, S.‘. 1.252; — GUYMIOT. -- MARC HAVER, S... 1.-. :Q —- JULIEN LEJAY, S.'. 1.-. g - EMILE MICHELET, S.-. I.'. (C. G. E.) —- LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.'. (D. S. E.) MOGD, Sr. I.'. — PAPUS, S.-. I.'. 5‘; -— SEDiR, S.-. I.-. — SILYA, S.'. 1.-. (C. G.
E.) 10 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABIL-MARDUK. -— AMELINEAU. — ALEPH. — AMARAVELLA. — Dr BARADUC. - SERGE BASSET. — Le F.'. BERTRAND30‘ — BLITZ. — BOJANOV.— BORN1A PIÉTRO. — J. BRICAUD. —- JACQUES BRIEU. — CAMILLE CHAIGNEAU. ——- CHIMUA DU LAFAY. — ALFRED LE DA1N. — G. DELANNE. — ALEAN DU‘BET. — A. ERNY. — FABRE DES ESSARTS. — L. ESQU1EU. — DELÉZINIER. — JULES G1RAUD. — D“ FERRAN. — L. GOURMAND. -— L.
HUTCHINSON. —— JOLLIVET CASTEL0T. —- E. LEFÉBURE. — L. LE LEU. — L. LEMERLE. — LECOMTE. — NAPOLÉON NEY. -— G“ C. NOEL. — HORACE PELLETIER — G. POIREL. — QUESTOR VITŒ. —— RAYMOND.—D' ROZIER.— L. SATURNINUS. — D’ SOURBECK . — THOMASSIN. —TIDIANEUQ. — G. Vrroux. — YAL’I‘A. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG.-— JEAN DELV1LLE. — ESTRELLA. — E. GOU DEAU. — MAN0EL DE GRANDFORD. — L.
HENNIQUE. — GAER1EL DE LAUTREC. — JULES LERMINA. — JULES DE MARTHOLD. — CA— TULLE MENDÈS. — GEORGE MONTIÈRE. —LÉON RIOTOR. — SAINT— Ë'ARGEAU. — ROBERT SCHEFFER. — EMILI! SIGOGNE. — CH. DE IVRY. 40 POÉSIE G. ARMEL1N. —— CH. DUBOURG. —- RODOLPHE DARZENS. -—JEAN DELV1LLE. — YVAN DIETSCHINE. — E. GIGLEUX. »—« CH GR0LLEAU — MAURICE LARGER15. — PAUL MARROT. — EDMOND Piton. -— DE TALLENAY. — ROBERT DE LA VILLEHERVE.
L’Initiation du 15 Mai l(_,OI L’INITIATIONu<”””’äl‘îïflä"””) DIRECTION ADMINISTRATION 87, boulevard Montmorency, ABONNEMmTs ïÉLÉPHDNE — 590-50 PUBLICITÉ : VENTE AU NUMÉRO PARIS-A UTEUIL 4, Rue de Savoie DIRECTEUR : PAPUS Dmecraun ADJOINT : Lueion MAUCBEL (DE 2 A 5 HEURES) Rédacteur en chef : PARIS F.—Ch. BARLE’I’ Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un 10l0 Îl‘. J. LEJAY - PAUL SÉDIR ÉTRANGER, — In Ir.
RÉDACTION. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la Direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. Prièred’adresser tous les échanges: 87, boul. Montmorency, Paris MANUSCRITS. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d‘avis spécial.
Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. ‘ L’Im‘tz’atz’on est l’organe officiel des centres suivants : Groupe Esotérique. — Ordre martiniste. — École supé rieure libre des Sciences hermétiques. — Ordre Kabbalisti— ne de la RoseCroix. — Union Idéaliste Universelle. — . T. L. (section française).
' GIIIIIII’E IIBEI’EIDAIT II'ETIIIIES ESÛÏERIQIJES 1,600 Membres — 104 Branches et Correspondants -— Groupes d’Études [armés , Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée. Pour tous renseignements, s’adresserparlettreà M. Paul SÉDIR, directeur adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. (Reçoit le mardi de 5 à 7 heures).
Principales Sociétés adhérentes au Groupe ORDRE MARTINIS TE RDRE KABBALISTÏOUE DE LA ROSE 1- CROIX. —ÉGLISE GNOSTIQUÆ SOCIÉTÉ ALCHIMIQUE DE FRANCE
‘- ’ T A . ..—.—... @ 5 r 69 < " - r 9iM/murm\ .> : ' v V I. .. La 1' production des articles inédits publiés par l‘lnilîation est formellement interdite. à moins d’autorisation spéciale.
PARTIE INITIATIQUEM Cette partie est réservée à l‘exposé des idées de la Direction, des Membres du Comité de Rédaction et à la reproduction des classiques anciens.) LA VIE DE CLAUDE DE SAINT-MARTIN” PÉRIODE PRÉPARATOIRE Louis-Claude de Saint—Martin naquit à Amboise, en Touraine, le 18 janvier I743. Sa mère était morte peu de temps après sa naissance. Aussi fut—il élevé par sa belle—mère et son pèËe, gens fort pieux, nous dit M. Matter.
Il fut placé au collège de Pont—Levoy. Par— lant de son enfance, Saint-Martin remarque lui-même qu’il a « peu d'astral », ce qui doit s’entendre au point de vue actif, mais non, comme le montre sa vie, au point de vue réceptif. Nous avons affaire, en effet, à un admirable intuitif, maisà un piètre dispen sateur de fluides physiques. Il se rattrapera 'sur le rayonnement intellectuel et surtout spirituel. On le destine à la robe.
Aussi, après le collège, fait-il son droit et nous le trouvons un beau jour avocat du Roi au siège présidial de Tours. (I) Extrait d’un ouvrage sous presse: Louis-Claude de Saint Martin; sa vie, sa voie théurgique, son œuvre, ses discrples, suivi de la publication de cinquante lettres Inédltes.
98 L’lNXTIATION [MAI Là commence la lutte entre l’Esprit, encore caché, qui illumine le corps du jeune avocat et le monde extérieur.
Tout rempli des idées de Justice, le malheu reux se butte aux taquineries de la jurisprudence (i) et s’écrie lui-même : « Je n’ai jamais pu savoir, pendant l’espace de six mois, qui, dans une cause jugée, avait gagné ou perdu son procès, et cela, après plaidoiries, délibérations et prononcés du président entendus. » Sur sa demande, son père lui fait quitter la robe et 11 embrasse la carrière des armes.
LE RÉGIMENT DE FOIX. -— LÏNITIATION Grâce a la recommandation du duc de Choiseul, il reçoit un brevet d’officier au régiment de Foix. Sa nouvelle carrière lui laissait des loisirs utilisés large— ment par la lecture et la méditation, car, après avoir parcouru tout le cycle des philosophes à la mode, notre lieutenant cherchait toujours sa voie, peu satis— fait des solutions proposées, au problème de la desti née humaine, par les systèmes du temps.
Il est amené à se lier avec un officier de son régi ment, M. de Grainville. Cet officier est initié à une société occulte très importante ayant pour chef Mar— tines de Pasquaily. Ce dernier a épousé la nièce du major du régiment de FOlX (2). M. Matter dit (p. 8) (1) Et cependant les ouvrages de Buriamaqui devaient exer cer une grande influence sur son esprit. (2) Voy. Lettres de Martines de Pasquaiiy de 1767, dans notre ouvrage sur Martines.
LA VIE DE CLAUDE DE SAINT—MARTIN 1901] 99 que ce régiment tenait garnison à Bordeaux. Des let tres de Martines, et surtout celles du 1 3 août 1768 et du 2 octobre 1768, montrent que c’est là une erreur, ou tout au moins que la portion du régiment où était Saint-Martin n’était pas à Bordeaux continuellement.
En effet, le 13 août 1768, M‘artines dit : « Je vous fais part que Monsieur de Saint-Martin m’écrit qu’il doit venir passer son quartier d’hiver ici, peut-être avec le T. P. Maître de Grainville. J’attends pareille ment le T. P. Maître de Balzac. Saint-Martin est encore Monsieur, il n’est pas ini tié. Mais le 2 octobre de la même année nous appre« noms l’arrivée des amis annoncés, et cette fois il est le Maître de Saint—Martin.
Il a été initié dans ce laps de temps. Par qui ? Par le capitaine de Grainville? Tout semble le faire supposer; mais un passage d’une lettre Jde Saint—Mar— tin lui-même (1) nous incite toutefois à attribuer la plus grande part dans cette action au Maître de Balzac. La vérité est que tous les deux doivent y avoir tra— vaillé. Saint-Martin a, à cette époque, vingt—cinq ans. Il est officier depuis l’âge de vingt—deux ans.
INFLUENCE DE MARTINES DE PASQUALLY C’est à ce moment que Saint-Martin assiste au pre mier phénomène sensible produit par Martines et (1) Il est vrai que j’ai reçu les trois grades (de cohens) à la fois; mais je ne sais pas si cela en vaut mieux : c’est M. de Balzac qui me les conféra. Lettre du 12 août 1771 (p. 3). m “x . —... s..
I 00 L’INITIATION s’identifie avec le Phil... Inc... pour la première fois, De tous les documents que nous possédons et de la lecture même des lettres de Saint-Martin à Willermoz, il ressort bien certainement que l’exercice de la Magie cérémonielle constituait la voie employée par Mar tines pour amener ses disciples à l’illuminisme.
Les critiques s’efforcent en vain de chercher par quels arguments philosophiques le maître amena le jeune lieutenant à ses idées. Il n’y a pas de discus— sions métaphysiques dans ce cas, il n’y a que des faits.
Après avoir tracé ses cercles, établi les noms sacrés, disposé les luminaires et placé les récipiendaires, Mar tines prononcait les invocations et les conjurations et alors apparaissait une foule d’êtres jusqu’alors invi sibles formant ce qu’on appelle des .Matérz'alz'sati0ns dans la langue des spirites contemporains. Mais il n’y avait pas de médium endormi et la Magie était seule mise en œuvre.
L’effort des disciples portait ensuite sur l’obtention de pareils phénomènes sans l’a5sis tance du maître. Où M. Matter a vu juste, c’est quand il déduit, des phrases de Saint—Martin, son peu de goût pour la Magie; mais il faut ajouter que la Théurgie, synthé tisée dans la Prière, la Méditation et l’exercice de la Charité, eut tous ses suffrages.
N’anticipons pas, rete nons seulement ce fait que Martines est surtout un Mage et que Saint—Martin deviendra un Théurge. Dès maintenant il est avéré, tant par les lettres de Martines (août et octobre I768) que par celles de Saint—Martin (avril 1771), que ce dernier a passé par toute la filière des grades dela Société-mèreetqu'après —- . ..,- .......c.rr,q
LA VIE DE CLAUDE DE SAINT-MARTIN IOI avoir reçu, en une fois, les trois grades symboliques: apprenti, compagnon, maître, il a reçu, aussi en une fois et par M. de Balzac, les trois grades d’élu et de cohen et qu’il en est là quand il arrive à Bordeaux le 2 octobre I768. Les déductions de M. Mattter (p. 72, chap. vr) sont donc erronées sur ce point. De 1768 à 1771 Saint—Martin travaille à Bordeaux et il sert de secrétaire à Martines.
C’est pendant ce temps qu’il est mis au courant des minutieux détails de la pratique. C’est cette fonction de secrétaire qui lui permet d‘entrer en correspondance avec Willer— moz, chef de la Loge des Cohens à Lyon et dont nous avons déjà parlé antérieurement dans nos deux études précédentes. Occupons-nous donc surtout de Saint Martin.
Les lettres du 4 mars 1771 et du 25 mars ont trait à des détails de pratique. — Signalons toutefois dans la dernière lettre la belle pensée suivante : « C’est beaucoup avancer que de souffrir.
Il n’est point de tribulations dont la justice ne nous tienne compte, si nous sommes assez fermes pour percer jusqu’à ce germe de bien qu’elles enveloppent toutes. » Les lettres du 5 et 20 mai 1771 annoncent un voyage de Martines à Paris, celle du 24 mai annonce son retour.
Saint—Martin est toujours à Bordeaux oc cupé à copier des cahiers et des rituels. -— Notons, en passant, que l’initiation chez les Martinésistes est indi— viduelle et faite en la seule présence de l’initié et de l’initiateur. Le nouveau frère est seulement présenté à la séance de loge, après son initiation. âz’tîx‘k
102 L’INITIATION C’est en cette année 1771 que, d‘après M. Matter (p. 33), Saint-Martin quitte le régiment pour se livrer à sa vie mi—contemplative, mi—active par rapport à la propagande des grandes vérités’. Notre ex-lieutenant avait alors vingt-huit ans. M. Matter se demande si le philosophe en quittant l’armée n’alla pas soit à Amboise, à Lyon ou à Paris (p. 34).
Les lettres que nous publions répondent qu’il resta tout simplement à Bordeaux dont il ne partira que deux ans après. en mai 1773. — Toutes les dé ductions de M. .Matter sont donc encore erronées sur ce point. La lettre du 8 juin 1771 confirme la naissance du fils de Martines et les bonnes relations de ce dernier avec le prince de Rohan, alors archevêque de Bor deaux. Soulignons simplement l’apparition du futur cardinal, héros du procès du Collier.
Toutes les autres lettres jusqu’à celle de janvier 1772 ont trait à la pra tique ou à des frères dont nous reparlerons plus tard. Celle du 13 mai 1773 nous arrêtera un instant, car elle nous annonce que Saint-Martin a quitté Bordeaux, pour la première fois sans doute depuis 1768, et qu’il est à Tours.
Citons-en cette belle pensée : « Ce n’est point sur nos succès que nous devons « nous mesurer; c’est sur l’état de paix de confiance, « d’humilité et de courage Où nous nous trouvons; « le reste est entre les mains de celui qui nous conduit, « et si nous pouvions ne jamais oublier qu’il ne nous « doit rien, la patience nous soutiendrait toujours et « fermerait la bouche aux murmures. » Cette lettre est la première signée R. 1— (Rose:
LA VIE DE CLAUDE DE SAINT-MARTIN 1,03 Croix).Saint—Martin a été initié à ce grade le I7 avril 1772 et nous allons reproduire la lettre de Martines qui annonce ce fait, lettre dont nous avons donné une photographie p. 47 de notre étude sur Martines. Ce 17 avril 1772. « Je vous fais part de l’acquisition que nous avons faite dans nos CES vertueux de Bordeaux -l- {- -j-.
«Après avoir passé et repassé nos émules de Saint— Martin et de Sères par notre scrutin ordinaire et ex1raordinaire en conséquence des ordres qui nous ont été donnés, les avons reçus et ordonnés RR. -l— -l en cette... considération invitons, sous peine de pré varication, de reconnaître nos susdits émules pour tels qu’ils ont été proclamés dans le cercle, assurant que foi doit être ajoutée en tout ce qu’ils proférer9nt pour ou contre l’avantage de l’ordre et de ses émules.
Par cet efiet leur avons délivré quatre chartes pour en faire l’usage qu’il conviendra selon leurs obliga tions à quoy ils persistent. En cette considération, avons mis nos caractères ordinaires. » (Suivent les caractères secrets.) Le 16 août I773, Saint-Martin accepte d’aller à Lyon, maintenant qu’il a rendu ses devoirs à son père. Il écrit encore le 30 août pour annoncer son arrivée pour le 10 septembre I773. C’estlà qu’il fait la connaissance de J .-B. Willermoz avec qui il cor— respondait depuis deux ans. Il a trente ans.
104 L’INITIATION RENCONTRE AVEC VVILLERMOZ. -- LYON A l’encontre de M. Matter, je ne pense pas que Saint-Martin ait encore de grandes relations mon daines. A part les frères de l’école avec qui il est en correspondance, comme de iGrainville (qu’il estime particulièrement), de Balzac, d’Hauterive, l’abbé Fournier, \Villermoz, son cercle d’amis mon dains est encore très étroit.
Ce n’est qu’après son voyage en Italie et après l’apparition du premier vo— lume qu’il s’étendra. Le séjour de Saint—Martin à Lyon dure à peu près un an. C’est à ce moment qu’il se livre à des recher ches hermétiques; mais sans aborder les problèmes du mesmérisme, ce qu'il ne fera que bien plus tard. En octobre 1774, il fait, en compagnie du frère de W'illermoz, un médecin, un voyage en Italie.
Le 2 octobre 1774, il écrit de Gênes où il est arrivé après un voyage par mer depuis Nice. SAlNT' MARTIN CONSTITUE SA PERSONNALITÉ SON VOYAGE EN ITALIE Les souvenirs relatés dans le Portraz'thz’storigue ont dû être infidèles, car ce voyage est annoncé comme ayant été fait en I775, alors que les lettres permettent de rétablir la vraie date. La cause du voyage nous apparaît aussi très claire, C’est l’accompagnement du frère de \Villermoz. Ce dernier tombe malade à
LA VIE DE CLAUDE DE SAINT-MARTIN 105 ‘..—,. Ë! Cône d’où partent deux lettres le r 1 et le 21 octobre; mais il se rétablit ‘vitéet on revient vers Lyon. Je pense qu’il y a peu de propagande occulte à chercher dans ce voyage. Notons seulement un avertissement en rêve, raconté dans la lettre du 21 octobre.
La grande occupation de Saint-Martin à ce moment est la préparation de son premier recueil ; composé avec les enseignements donnés par l’Agent inconnu qu’il a dû entendre pendant son séjour avec Martines et qui reviendra plus tard au milieu des frères de Lyon. C’est en effet en 1775 que paraît le livre Des Erreurs et de la Vérité, et l’auteur fait les plus grands efforts pour rester une simple incarnation du « Philosophe Inconnu » de l’École.
Ce livre fait une profonde impression dès son appa rition, et nous trouvons Saint—Martin revenu à Paris le 30 juillet 1775. Son séjour à Lyon (y compris ce court voyage d’italie) a duré presque deux ans, qu’il a sans doute consacré à réunir les notes pour son volume, et à se perfectionner dans la méditation et la pratique. Les divergences d’idées commencent à ce moment à se manifester avec Willermoz.
Insistons un peu sur ce point. \Villermoz, officier de presque tous les rites ma çonniques, habitué aux loges et aux réunions, est, avant tout, un réalisateur. Pour lui la diffusion pro gressive du Rite des Élus Cohens doit marcher de pair avec celle des autres rites. Aussi recherche—t-il particulièrement le travail collectif. Saint—Martin, au contraire, plus il médite, plus il
106 L‘INITIATION s‘aficrmit comme un partisan des initiations indivi duelles. Chaque membre de l’ordre est choisi et ins truit avec le plus grand soin et individuellement. Sa diffusion initiatique est aussi plus lente, mais plus sûre. Enfin les formes maçonniques qui plaisent tant à Willermoz répugnent à Saint-Martin.
Mais ces dissentiments seront toujours de surface et l’inaltérable amitié des deux grands initiés de Mar— tines planera sans cesse bien au—dessus de ces bou tades et de ces querelles passagères dans lesquelles Saint—Martin se donne toujours tous les torts pour ne pas froisser,son cher ami. A ce moment, la vie mondaine du jeune philosophe a commencé; c’est—à-dîre qu'il a décidé de se donner à son apostolat dans le grand monde parisien.
Les dehors légers cachent, au contraire, la poursuite d’un but bien défini et qui a échappé à l‘œil, pourtant si perspicace, des critiques. Nous aurons l’occasion de parler de ces relations sur lesquelles M. Matter donne, du reste, d’abondants détails. PAPUS.
La. vie mÿs’cique expérimentale Le sujet de cet article est,on le voit de prime abord, d’une vastitude déconcertante; les éléments mêmes en sont beaucoup trop compliqués pour ma compé tence;je ne me propose donc, en ces quelques pages, que d’indiquer. la direction générale du chemin qui conduit au Royaume intérieur. Donnons d’abord une définition de ce mot de mys— tique qui a reçu tant d‘acceptions si différentes et parfois même opposées.
J’entendrai, sans vouloir décréter que telle est l’unique et absolue signification de ce terme, par vie mystique, le mode d’existence que tend à embrasser un homme dont l’âme a reconnu la divi nité de Notre-Seigneur Jésus—Christ et s’est proposé d’en réaliser l’image dans ses actes, ses sentiments et ses pensées. Tel est le premier terme de cette série d’unifications par lesquelles s’opère toute ascèse in terne.
Le second terme est le choix de la méthode de cul ture : elle sera sentimentale par opposition à la voie cérébrale; le troisième terme d’unification est l’acqui sition d'une vertu synthétique par opposition à une science synthétique. Cette vertu, fondement de la vie intérieure, est l’humilité. D’elle découlent la confiance en Dieu ou l’abandon à sa volonté, la patience, la ré— ‘-‘;;‘,...—s——.‘ ‘.- ._.4 .MAM\_-..._.NL_L .,x. .___L.LL__ _ _, ..ty,
108 L’INITIATION ._‘..—p_>'-,Mv «. _’ ‘-xF . .4.. ......l...t_.. .4.._ _ 4.. J a...» —---a L. .c..;-.,.y_—_n. ‘ ._a ..... .. ...._ signation, la ténacité, et enfin la charité. La mystique, ' telle que nous la comprenons, ne nécessite pas une vie spéciale; tout homme, ouvrier, commerçant ou artiste, peut la réaliser ou au moins essayer de le faire.
Il y a même pour le véritable disciple de l’Évangile une sorte d’orgueil ou de paresse à s’élire un genre de vie spécial sous prétexte de dispositions particulières pour la vie contemplative. il faut arriver à nous voir tels que nous summes, les serviteurs des autres; à nous placer sincèrement les derniers en tous lieux, à nous interdire, sans croire faire un acte de tolérance supérieure, tout jugement sur autrui.
Nous savons si peu de choses sur nous-mêmes qu’il est présomptueux ou bien puéril de vouloir diagnostiquer la psychologie de notre frère, non seulement la sienne, mais encore celle de son milieu et les mouvements de l'Invisible qui l'entoure, le suggestionne et le pousse à accomplir telle action.
Dans ces conditions, pourquoi suppose rions—nous que vendre des pommes de terre, ou faire des additions soient des actes indignés de nous, trop mesquins pour nos capacités; s‘ils l’étaient vraiment, nous ne ferions jamais d’erreurs d’additions ou de mauvaises spéculations.
Le Ciel nous a fait naître dans telle famille, dans telle ville, dans telle condition so ciale; essayons donc de remplir ces petits devoirs pro sai‘ques, terre à terre, de l’enfant, du conscrit, de l’ou vrier, du mari. La Nature sait beaucoup plus que nous ; une cellule de notre doigt s’est-elle jamais révol tée contre nous—même? De quel droit refuserions-nous d’accomplir ce que le milieu, les circonstances, autrui nous réclament? Voilà le premier pas : accorder ce
LA VIE MYSTIQUE EXPÉRIMENTALE 109 qu’on nous demande, quel que soit le demandeur. Me voici grave philosophe, penché sur un vieux livre; si mon enfant me demande d’aller voir les chevaux de bois, lui refuserai-je? Quelle spéculation vaut un peu de joie donnée àun être? Et la vie n’est-elle pas le livre toujours ouvert, dont nous cachons les pages. naïfs que nous sommes, avec nos fatras imprimés?
J’ai connu des douzaines de jeunes licenciés, futurs peintres, poètes ou avocats qui décrivaient avec abon dance les vexations de la caserne, la'bêtise du capo ral et du sergent; c’étaient des « intellectuels »; mais je n’ai pu trouver qu’un seul homme, avec qui con verse l’Invisible et devant qui disparaissent beaucoup de maladies, qui ait obéi avec empressement à « la brute galonnée », comme dit le Sar, et qui ne se soit jamais plaint des corvées de quartier et des marches de nuit.
' Telles sont quelques-unes des considérations sur lesquelles se fondent l’humilité et la confiance; c’est le côté passif des entraînements dont le côté actif est la prière; j’ai déjà parlé de cette dernière; je me bor nerai donc simplementà décrire quelques-uns de ses effets dans le cours ordinaire de la vie et quelques recettes, si je puis dire, qui facilitent la production de ces effets.
La mystique unitive, dont nous parlons ici, n’est ni une science, ni un art: elle ne peut donc pas s’ap— prendre; c’est l’éclosion progressive et lente des fleurs du jardin secret aux souffles de l’Esprit divin; ce n’est pas la science de la Vie, non plus que l’art des merveilles : c’est la vie elle-même, expérimentale et
.æarvs«v A (:‘> ’. 1«»> / . n -v I 10 L’INITIATION pratique dans des modes de plus en plus intérieurs, immatériels et vastes.
Dieu est le seul maître du mys— tique; aucun homme, aucun génie ne doit lui faire changer son chemin; aucune créature, en effet, ne peut donner quelque chose d’elle-même ou déranger quelque chose dans la Nature sans être obligéederendre ce qu'elle a pris et de récupérer ce qu’elle a perdu; Dieu seul peut donner sans mesure et sans arrêt; aussi est-ce à Lui seul que s'adressera notre mystique, parce qu’il n’y a que Lui dans l’Univers qui soit supé— rieur au principe éternel de l’homme; c’est par ce principe, par cette âme,que l’homme est tout, comme c’est par sa personnalité propre qu’il contient en lui une parcelle du Néant.
Entre ces deux pôles infiniment opposés s’étend toute la hiérarchie des forces, des formes et des êtres intermédiaires; envers tous ceux-là le mystique ne se reconnaît pas de dépendances autres que celle d’une bonne volonté, d’une courtoisie mo— rale; il ne leur demande jamais rien et n’accepte l’aide qu’ils viennent lui offrir spontanément, qu’après être bien assuré de leur rattachement et du point de départ des mobiles qui les font agir.
L’observation de cette pratique d’abstention et de réserve, quelque simple qu‘elle paraisse, n’est pas sans exiger parfois une grande énergie et une profonde con fiance dans la bonté du Ciel; elle produit des résul tats très importants quant à ce que l’on pourrait appe ler l’unification de l’espérance, je veux dire pour opé rer le groupement, la synthèse et la fusion de toutes ces énergies que notre désir projette dans le futur, pour délimiter les jalons des prochains accomplissements. .. 4.4A4—. »v
LA VIE MYSTIQUE EXPÉRIMENTALE III Il y a aussi une série d’entraînements tout particu— liers à faire subir à notre cerveau; on trouvera dans les traités psychologiques des Hindous, spécialement dans ceux de l’école de Patandjali, les bases de cette science de dressage cérébral; on y verra comment, peu à peu, on parvient à gouverner les effets de l’as sociation des idées, à choisir, dans la foule des idées qui tourbillonnent dans l'entendement, celle que l’on veut approfondir, à l’isoler de toutes les autres qui s’y rattachent de près ou de loin, en un mot, à iden tifier le sujet et l’objet, le mental et la notion à con— naître.
Le degré d'entraînement qui suit constitue plus particulièrement ce qu’on appelle Dhyâna dans l’lnde: la pensée, alors, est abstraite de tout objet extérieur, et est appelée à se replier sur elle—même: c’est une sorte d’autohypnotisme, de monoidéisme subjectif.
Seulement, il faut que nous notions avec soin une difiérence radicale; l’ascèteoriental prend son point d’appui sur lui-même, sur sa propre volonté, qu’il considère comme éternelle ; le mystique, tel que nous l’avons défini, se considérant comme tout à fait igno rant et impuissant, réalise dans son cœur (et non pas dans son intellect) la nudité spirituelle ; ayantimposé silence aux agitations de son cerveau, aux concepts de la science humaine, consacrant toutes ses forces à réaliser l’Amour divin sur la terre, sa pensée en est vivifiée, émue, renouvelée : alors, les perceptions car— diaques de la vie, aussi bien pour le milieu visible que pour le milieu invisible, se trouvent portées jus— qu’aux appareils de cérébration et parviennent ainsi à la conscience ; tandis que, chez l'homme ordinaire,
I 12 L'iNITIATION ‘ f_.,. .s:“355r:‘ ._ =l:‘fffilrttr.a.mvy:«": .“gjté;«wæw _. ,. ces mêmes perceptions biologiques, ne trouvant pas de cellules nerveuses assez évoluées pour en sentir la touche subtile, restent dans les limbes de l’lncons cient. En résumé, au point de vue de la pratique que—* tidienne, on doit s’entraîner à vivre en spectateur des associations d’idées involontaires qui passent dans le mental.
A mesure que notre cœur brûlera d'un amour plus profond, il ouvrira des chemins plus nombreux aux intuitions providentielies, et ces intui tions, ces idées qui nous viennent sans qu’on sache pourquoi, auront un caractère spécial, quelque chose comme une forme étrange qui éveillera notre atten tion.
Peu à peu, ces intuitions trouveront un nombre de cellules cérébrales propres à les évoluer de plus en plus grand, et elles pourront même, au bout d’un temps variable, se traduire par des formes, des sons, ou des sensations physiques: le tout dans la mesure où les cellules nerveuses affinées vibreront synchro niquement et sympathiquement à leur arrivée.
Cet entraînement cérébral doit s'étendre en défini tive au corps physique tout entier ; toutes les papilles nerveuses de notre peau sont capables de perfection nement, de même que tous les plexus qui président en nous à la vie végétative. Il y a même beaucoup de tempéraments chez lesquels cette sensibilité spéciale des centres nerveux du grand sympathique sera bien plus facile à développer que la sensibilité des centres nerveux volontaires.
Quel que soit l’organe dont il s’agisse de mettre en œuvre la sensibilité, la méthode est la même: vivifier, régénérer l’esprit de cet organe par la perfection morale, par le don de soi, le sacri - .1 -....fin—Ëf‘1':’“.“;;’:.
LA VIE MYSTIQUE EXPÉRIMENTALE 113 .,._m fice, l’épreuve subie avec résignation ; — puis imposer silence à l’activité propre de l’organe, le mettre en pos ture d’humilité pour ainsi dire, le replacer dans son néant créaturel ; et enfin écouter la sensation qu’il per çoit de plus en plus facilement.
Ainsi votre main peut arriver à trouver l’organe atteint en se promenant sur le corps d’un malade, ainsi votre cœur peut arriver à sentir les affections d'autrui à distance, ainsi votre cerveau peut recueillir dans I’Invisible les idées et les pensées qui seront accourues à l’appel magnétique de votre désir. Mais il y a une bonne partie de la vie pendant la quelle l’homme n’est plus à l’état de veille et perd la conscience du plan matériel.
Le mystique, qui prend un soin extrême de ne rien déranger dans la nature et d’utiliser tout ce que celle-ci ofTre spontanément, met à profit ces heures de sommeil physique pour en faire un temps de travail spirituel. Je veux parler des rêves, des songes et des visions nocturnes. Nous sommes d’accord avec les médecins quant à l’origine des rêves physiologiques, et nous ne nous arrêterons pas sur ce sujet.
Mais nous cessons de les suivre quand ils veulent assigner aux songes des causes identiques. Sans entrer dans le détail de leur formation, il nous suffira de dire pour le moment que le songe est une action de l’un de nos hommes inté rieurs qui a pu trouver une résonnance dans une par— tie non endormie de notre cerveau.
Ce que l’occul tisme d’0ccident appelle le corps astral, est un très vaste et très mystérieux organisme pour le mystique ; beaucoup d’êtres invisibles s’y meuvent, y naissent, y 8
îu II4 L‘INITIATION ”— “"'1 combattent, y meurent, après être entrés en contact avec la vie matérielle terrestre par notre sensorium. « Des dieux habitent en vous » ditJésus dans un pas sage de la Pistz‘s Sophia. Le songe, envisagé de notre plan matériel, a deux valeurs: l’une de prophétie, l’autre de thaumaturgie ; ces deux valeurs se résolvent d'ailleurs en une seule qui se réfère toujours à un événement futur, dans notre temps terrestre.
Le songe est prophétique parce qu’il est la cérébration consciente de la venue du cli ché d’un événement futur; on sait que tous les évé nements qui doivent se passer sur notre plan traver— sent des milieux invisibles de plus en plus denses avant d'arriver à celui-ci; le Dr Rozier et Papus ont décrit ces « incarnations » avec toute l’autorité d’ob servateurs expérimentés.
Par suite, un songe est le symbole d’un événement futur qui intéresse le dor meur, le plus souvent, mais qui peut aussi se rappor ter à des êtres absolument étrangers à lui. L'autre valeur du songe, ai-je dit, est thaumatur gique, voici comment.
Il existe une phase du déve loppement intérieur, —- et ceci aussi bien dans la Magie que dans le Mysticisme, —— dans lequel l'effort de l’initiation a rendu à notre corps astral la liberté de mouvements et l’autonomie dont il jouissait avant "sa chute dans la chair.
A ce moment là, l’homme intérieur est un être com— plet, développé, conscient, intelligent, doué par con séquent de liberté et de responsabilité, et des actes duquel la conscience physique cérébrale se rend par faitement compte. C’est ce stage que désigne Éliphas
LA VIE MYSTIQUE EXPÉRIMENTALE 115 Lévi quand il parle des vertus du pentagramme, ce que, dans l’autre voie, désigne Bœhme quand il énonce que la prière de l’homme régénéré coopère avec la Trinité divine et créée, ou imagine avec la Vierge céleste.
Si donc un homme tel que je viens de le dé— crire a été chargé par le Ciel de veiller sur telle ou telle partie de sa famille spirituelle, les esprits de ses parents invisibles —— qui ne seront presque jamais, il faut s’en souvenir, les parents de chair et de Sang — viennent lui rendre leurs comptes comme à leur chef incontesté.
C’est alors que les actes que ce chef accom— plit, et qui apparaissent comme un songe à son cer veau endormi, apportent la guérison à tel malade, la chance à tel vaincu de la vie, la victoire même à un peuple opprimé. Mais l’événement physique n’arrive jamais qu’après le geste invisible du théurge: c’est pour quoi j’ai dit que le songe est toujours présaged’un futur.
En réalité, il arrive que le cerveau se développe assez pour que le sommeil ne soit plus nécessaire pour ces accomplissements; le mystique arrive peu à peu à mener de front une conscience double, sur deux plans: il est alors ce que le Brahmanisme appelait autrefois un Dwidjà; il pénètre l’Invisible à travers les voiles .du Visible, sans avoir besoin de régime, d’entraîne ment physique, d’appareils spéciaux ; son humilité et sa charité infatigable sont les seuls existants qu’il emploie pour soutenir les ressorts d’un organisme qui succomberait fatalement sous une pareille tension, s’il n’avait pas subi lui aussi, jusque dans la moelle de ses os, une régénération spéciale. Cependant, notons que cette revivification n’est pas conquise, provoquée,
1 16 L’INITIATION dosée par l’individu: mais accordée ou donnée par le Ciel, dans la mesure des besoins de son serviteur. Mais ce sont là les sommets de l’ascèse mystique, dont nous sommes tous très éloignés.
Est-ce à dire que nous ne puissions rien faire P que nos vœux, nos demandes si sincères et si ferventes ne sont pas encore écoutées ou même entendues P Non pas; il y a des petites expériences, proportionnées à notre faiblesse, de petits travaux qui ne fatigueront pas notre incons tance et que l’on nous offre, chaque nuit presque, d’accomplir: mais nous ne faisons pas attention aux mouvements de la Vie, nous ne les voyons même pas.
Nous avons le cerveau aveuglé par les livres, et le cœur compliqué par le cerveau.
Ne remarquons—nous pas, en effet, qu’à chaque fois que nous avons constaté notre ignorance, au bout de quelques jours, la question qui nous préoccupait s’est résolue toute seule : nous ne savons pas comment, parce que nous ne sommes pas attentifs à la vie qui grouille en nous; cette résolution s’est faite parce que nos recherches étaient une prière sincère; et parce que les ayant abandonnées, nous avons cessé de contra rier les libres mouvements de notre cerveau.
Là est le grand écueil pratique du développement intérieur.
Nous sommes des tyrans; nous avons un certain nombre d’idées sur la manière dont nos diverses ma— chines sensorielles, sentimentales et cérébrales doi vent fonctionner, tant pis pour elles si elles ne veulent par marcher comme nous l’avons décidé; nous sommes ingénûment persuadés qu’il n’y a pas d’autre méthode que la nôtre ; et ce n’est que tout à fait par hasard que :mvmrç:5-:;m«;täa:smgflrÿrfl. ‘ ‘_
‘LA VUE MYSTIQUE EXPÉR!MENTALE 117 , rvp . ces pauvres créatures peuvent faire quelques mouve— ments libres: nous profitons du bénéfice qu‘elles nous rapportent, ce qui ne nous empêche pas, la plu part du temps, de continuer notre tyrannie.
C’est là ce qu’il faut éviter; laissons nos organes se déployer tout seuls; il est bon de ne pas trop emmailloter les enfants; toutes ces petites cellules nerveuses auxquelles nous ne donnons qu’une sensibilité mécanique ont leur petite intelligence qu’elles sont avides d’exercer ; ne mettons pas ces lumières sous le boisseau, elles nous en auront de la reconnaissance; laissons ces plantes chercher un peu toutes seules la terre qui leur convient et le soleil auquel elles ont droit: l’art du jardinier est excellent, mais il est pernicieux quand il s’exerce en serre: nous sommes des horticulteurs beaucoup trop ingénieux; ayons plus de simplicité, de confiance et de laisser—aller.
Nous avons si peu de chose à perdre, en somme. Alors, si nous nous penchons avec amour sur toutes ces petites fleurs qui ne demandent qu’à s’épanouir, il nous sera donné de comprendre leur langage, de sentir leur parfum, de pouvoir aider leur croissance.
C’est à cette culture toute simpliste que la Nature nous invite la nuit par nos rêves, le jour par nos in tuitions; rien n’est à négliger dans ces commence ments; c'est l’infiniment petit qui est la base de l’énorme planète; il en est aussi le modèle ; c’est pour quoi rien n’est méprisable devant la pieuse contem plation du mystique; il s’incline devant toute créa ture, parce qu’elle est une collaboratrice précieuse dans le grand œuvre de la vie.
118 L’INITIATION ; 7mm;çaçu:rï. ;‘."f‘ . '7‘”'.t‘: :‘S‘hSŸË'VÎËŸ \; 'çr'1't'a'em . Essayons de résumer en quelques mots ces consi dérations un peu diffuses.
Si nous n’envisageons dans le processus de la vie mystique que le côté pure ment expérimental. laissant de côté toutes les obser vances de l‘éthique, nous apercevons clairement que dans nulle autre école. peut—être, il n’est’ besoin de plus de soin dans le détail, de rigueur dans l’observa— tion, de sûreté dans le jugement, de précision dans le coup d'œil, de toutes les qualités mentales et voli tives, en un mot, qui distinguent les grands réalisa teurs.
Le passé et l’avenir disparaissent pour le mys tique dans un perpétuel présent; le plaisir et la souffrance s’évanouissent dans le bonheur pur du sa— crifice.
Enfin, l’abnégation, le renoncement de soi font remporter des victoires incessantes sur la volonté propre; dans le domaine de l’âme si personnel et qui tient si profondément au moi, qui comprend les pouvoirs occultes, le mystique arrive même à se les voir donner et enlever avec le même amour et la même sérénité.
C’est là, parait-il, une étape fort difficile à franchir pour l’orgueil, que celle où l’homme qui s’est vu puissant comme un dieu sur la maladie et sur le malheur se sent dépossédé tout à coup et redevenir faible et misérable comme ceux qu’il secourait autre fois. C’est au cours de semblables alternatives que le Ciel éprouve le feu de la charité, la constance de la foi et l’enthousiasme de l’espérance.
Tous les hommes ont à passer par ces purifications ; mais les uns pas sent plus vite que les autres : ce sont les âmes d’élite ; leur récompense est plus haute, mais leur calvaire est
. .—I-. LES cucuräs I 19 infiniment rude; il est même si effrayant que si beau coup de ceux qui demandent au ciel la faveur d’en devenir soldat voyaient d'avance la voie par où on les mènera, ils regretteraient leur présomption, et souhai teraient de suivre la masse du troupeau.
Car les liens par lesquels le prince de ce monde nous a enchaînés sont nombreux: l'ambition, l’amour, la colère, la ré putation, « l’estime des honnêtes gens », la richesse, les récompenses sociales, la gloire littéraire, politique ou militaire, la famille, le mariage, le célibat,‘l’Églisez tout est prétexte pour qu'il nous rive un boulet.
Mais, il faut le dire, quand le cœur a pu s’introvertir en Dieu, quand le Ciel a vaincu la Volonté humaine, tout aussi devient un canal pour l’afflux de la‘lumiêre du Trésor divin. C’est là en sommele point essentiel, et c'est la seule grâce qui résume toutes les autres et qu’on puisse souhaiter à tous, sans imprudence. ‘ SÉDIR.
LES CLÏCHËS Lorsqu’une chose est encore à l’état de cliché, elle n’existe encore qu’à l’état d’essence ou d‘ombre et ressemble à un projectile qui va être lancé à travers l’espace. Ce cliché est tout chargé d’électricité et vien— dra éclater comme la foudre à l’endroit qui l’aura attiré. Il ne se-produira, ou apparaîtra en matière
12 0 L’INITIATION que là où l’atmosphère lui sera conforme et pourra le recevoir tout en lui aidant à se reproduire. Nous sommes ici comme enterrés dans le tombeau de la chair et ne pouvons nous rendre compte des diffé rents mouvements de la vie qui nous entoure.
Repré— sentons—nous un cliché d’un événement social ou bien d’une catastrophe particulière, parcourant la route qui lui est tracée dans l’espace; il est chargé d’électricité et cherche naturellement un endroit où il pourrait se reproduire, un gîte où, tout lui étant abso lument favorable, il puisse se matérialiser. Que se passera—t-il alors ?
Absolument la même chose que lorsque l’homme assailli par une tentation l’héberge, l’amoindrit ou l’agrandit par son action sur elle ou bien ne l’héberge point du tout. Il dépend donc de la manière dont l’événement, toujours en état de cliché, est traité dans les milieux qu’il traverse, que la vitalité dont il a été chargé au début de sa carrière s’épuise tôt ou tard.
La violence de sa reproduction dépend également de l’état des esprits qui l’accueillent. Il en est de même pour les clichés de bien ou de bonheur, tandis que ceux de la Lumière elle-même nous sont peu accessibles et sont exempts de toutes conditions excepté celle de la Misé— ricorde.
' Nos pensées sont semblables, en petit, aux clichés dont nous parlons ; elles aussi étant vivantes, font leur chemin, se fortifiant ou s’amoindrissant jusqu’à l’épuisement total de leur force vitale primitive. Mais, pour en venir aux grands clichés de l’Uni vers, si, par exemple, suivant la route qui lui est tra
LES CLICHÉS 12 I cée, un cliché de guerre arrive auprès d’une planète avancée où l’union des cœurs est plus {affirmée que sur la nôtre, il ne pourra même pas pénétrer jusqu’à son plan physique; car son monde invisible, qui le suit à ses côtés, sera trop empreint des effluves de sa paix , pour laisser le cliché s’approcher de sa compagne matérielle.
Et si un cliché terrible doit s’approcher d’une terre qui serait prête à l’héberger, il est encore possible qu’à cause de la prière d’un seul juste Dieu l’éloigne et, changeant un plan entier d’existence, l’envoie vers d’autres milieux.
Alors, comme une barque qui s’est approchée du rivage sans qu’il lui soit permis d’aborder, le cliché continuera sa route en faisant de son mieux pour vivre de la vie qui lui a été donnée par son Créateur, s’épuisant et se gonflant selon l’action sur lui des in telligences vivantes qu’il rencontrera sur sa route. Tout prend et tout donne, il est impossible que quoique cela soit, rien demeure passif.
Ce qui a une fois existé vivra toujours en se transformant de mieux en mieux. Il n’y a de mort que ce qui n’a point encore existé.
Cela se comprend bien que Dieu, même pour rem plir la demande d’un de ses saints, ne détruira jamais aucun cliché; comme nous l’avons déjà dit, il en changera la route tout simplement, car il y a assez d’espace dans la matière; seulement, par la prière consacrée, le principe d’un cliché qui a sa racine dans le négatif (ce que nous appelons le mal) peut être transplanté, transmuté jusqu’au positif (c’est—à-dire 1
I 2 2 L’INITIATION -N_. .. p-Iw‘e’ m,-.:.- ——.-—-n . ..g.r. ,a...,«« î 1 v I I 'l 3 i .' le bien) et ainsi peut être avancé avec plus de rapidité que par la destruction et transfiguration partielles qu’il rencontrerait le long de sa route projetée au milieu des écueils de la matière vivante. Quant à la matière morte, il est encore trop tôt pour en parler.
Les clichés qui seront projetés pour elle, afin d’aller se répéter comme les nôtres, semblables aux échos du temps parmi les vallons de la matière, dépendront grandement du degré de Lumière vivante qu’aura atteint la forme de vie dans ses régions les plus profondes. ‘ Nous voyons par là que tout dépend de nos cœurs, que le mal vivant, ainsi que celui qui est encore à l’état de cliché, peut également être repoussé par notre action surlui.
Tout dans la nature dépend de la soli— darité en nos cœurs de cet agent universel qui s'ap pelle la Paix. En supposant qu‘un cliché ne trouvât point sur sa route de milieu où on l’accepte, il irait à son retour, ayant fait son devoir, s‘anéantiren Dieu.
Ainsi le Cliché du SacrificeVivant du Maître nous crie encore toujours de son agonie, car nous n’avons pas cessé de faire le mal, et nous n’avons point banni la discorde d’entre nous: ,« Ayez, la paix les uns avec les autres. » (Saint Marc, 1x, 50.) (I) ZHORA. (I) Ep. Rom., I4, I7-Ig. Ep. Gal., 5, 22. I. Corinth., 7—15.
Cette partie est ouverte aux écrivains de toute École, sans aucune distinction, et chacun d’eux conserve la responsabilité exclusive de ses idées.) ä.E fittsrtctsaa ars flans Notre ami Jean Carrère, qui, l‘an dernier, assista à divers épisodes de la guerre du Transvaal, vient de publier chez F lammarion le recueil de ses souvenirs de campagne sous ce titre triomphal: « En Pleine Épope’e ».
Les qualités d’observation impartiale et de vision haute et perspicace, le style charmeur, coloré et ma gistralement évocateur, en même temps que la vie empreinte aux feuillets de l’œuvre, émotions d’une âme vibrante, aventureuse, compatissante et joyeuse, indignée et de belle humeur, bien française et nourrie d’un pur esprit classique, amant respectueux et pas sionné des beautés vivantes de la tradition, — tout cela, et bien d'autres vertus solaires animatrices de ce livre, a été signalé et admiré ailleurs.
Nous voudrions seulement ici rendre compte d’un aspect de l’âme boer, que Jean Carrère a perçu, et dont il nous communique l’émotion en des pages de vision lucide et attristée, lointaine et confiante: c’est la foi mystique de ces héros et la grandeur d’âme effi cace de leurs chefs. S’il est une chose qui puisse et
124 L'INITIATION doive réconforter nos esprits, hésitants à assentir aux vérités éternelles devant l’envahissement déconcer tant de la tranquille bêtise et l’inondation maréca geuse des certitudes matérielles, c’est bien l’exemple de ces trente mille combattants, résistant avec avan tage à une armée dix fois plus nombreuse, et tenant en échec la puissance européenne la plus renommée pour son énergie pratique et pour la réussite de ses entreprises financières qui la faisaient arbitrairement maîtresse du monde.
Le « colosse aux pieds d’argile » est déjà vacillant et commence à tendre des mains tâtonnantes vers de fallacieux appuis. Le prince de ce monde, dont la nature essentielle est le mensonge, arrache ses faveurs, aussi brusquement et injustement qu’il les en acca— bla, à ceux qui ont prosterné leurs désirs devant son illusoire majesté etqui ont desservi son culte d’égoïsme et de cruauté avec le plus de zèle.
Le noir Mammon n’a aucune joie à combler ses fidèles de ses bienfaits trébuchants ; mais bien à les voir, hallucinés par l’or, écraser autour d’eux de la vie palpitante: les râles et les sanglots sont sa coutumière symphonie, les larmes et le sang versé la liqueur dont s’enivre son âme de gouffre et de fatalité sans espoir.
Quand il a exprimé d'un être ou d’une nation tous les venins et les germes de prophylaxie maléfique qu’ils peuvent humainement contenir, son appétit de rouge meurtre et de douleurs démentes est encore loin d’être ras sasié ; pour s’adonner à la décomposition morale de quelque autre fragment d’humanité, point n’est be soin pour lui d’abattre ou de faire abattre le fidèle
LE MYSTICISME DES BOERS [25 qu’il abandonne; il a laissé en son sein un ferment de désagrégation qui fera de lui seul son office et rendra aux tourbillons flottants de la vie astrale informe et appétente les déchets de cet organisme désanimé.
A lire, dans le livre de Jean Carrère, en outre des informations quotidiennes, le récit impartial et navré des horreurs et des atrocités commises, on se sent pris d’épouvante et d’impuissante compassion devant la fatalité dont se charge l’âme collective de la nation anglaise.
Et l’on se demande si la miséricorde divine ne se retirera pas quelque jour pour laisser s’accom— plir une nécessaire justice, et si, après avoir exercé l’inique oppression que l’on sait et s’être livrée sans ménagement à l’exploitation matérielle de ses colo— nies, l’Angleterre n’aura pas le destin de se voir non pas vaincue par une puissance européenne ou par l’Europe coalisée en fédération belligérante, ni même par la phalange surhumaine des trente mille Boers, mais bien par le retrait de la richesse matérielle, appauvrissement d’un sang tran.gfusé qui manque d’oxygène, empoisonnée par le principe morbide même de sa colonisation égoïste, desséchée par la famine dont l’lnde immémoriale semble mourir?
« Hélas ! pauvres vainqueurs, pauvres conquérants d’une heure, pauvres rêveurs d’empire ignorants du sort des empires, pauvres fous comme tous les autres, je songe àvos douleurs futures, et c’est vous que je plains le plus l... » Et voici le chapitre magistral d’émotion et de pensée où Jean Carrère étudie la conscience du peu ple anglais, qui n’a pas une haute conscience natio
1 26 LÏNITIATION | I rl ‘ ! ia Ë. '.r non ..'-. 'l' ...._., ,... . , , _ maie, n’ayant « jamais connu les angoisses des fron tières brisées et des terres ensanglantées par les armées victorieuses ». « il y a dans la réserve de nos pitiés, à nous Européens, des fonds de larmes amassés par les douleurs de nos pères, et que les Anglais ne sentent pas en eux.
Depuis la bataille d’Hastings ils ignorent les invasions de peuples, et, isolés dans leur île, ils ne savent plus tout le tremblement que comporte ce mot de « patrie »ou de « vaterland », la terre des pères.
Le vocable même n'existe pas pour eux, et ils disent le home, l’endroit oùl’on vient se reposer après les courses. » « La conscience d‘un peuple ne grandit que dans la douleur, et l’Angleterre n’a pas subi les douleurs nationales. » Il faudrait citer tout le chapitre, l’un des plus beaux de l’ouvrage, avec celui de l‘Adz'eu du prési dent Kruger, et ceux, par Jean Carrère, au cours de son voyage, écrits sur Sainte-Hélêne, les généraux boers Dewet et Bot/2a, dans une tranchée, le soir au camp, les femmes boers, la cité dolente, les femmes et enfants chassés, etc. \ Quelques citations, malheureusement écourtées, donneront l’impression tout au moins de l’atmo sphère où vit cette page d’histoire observée et sentie par un poète à l’âme de bonté illuminée d’intuition.
Ces pages tragiques, où fulgurent les éclairs des colères élémentales de la « planète en tourment », s’éclairent des sourires et des rayons que la soiarité du poète dispense en des récits entrainants de bonne humeur et agréables de santé, où sont ciselés des types et des caractères dignes des meilleurs écrins.
LE MYSTICISME DES BOERS 127 F"’"“"“ Le début du livre, après les tribulations du départ, le mal de mer, et la prise de contact avec les insu laires,dontquelques-unssontdeparfait;gentilhommes, est plein de ces tableaux d’un pittoresque rare et bien vi vant. Devant SainteHe’lène, l’âme du poète s’émeut, et évoque la gloire des vaincus et la captivité septe naire de Napoléon.
« Napoléon est plus grand sur son rocher que tous les rois sur leur trône, et la cendre d’Annibal pèse davantage que toutes les pierres de Carthage dispersées. » Mais bâtons-nous de transcrire ces pages capitales sur la force inébranlable que puisent les Boers dans leur foi chrétienne et dans leur humanité, éclairée de grâce efficace et sanctifiée par l’amour du prochain.
Sur Dewet, dont l’héroïsme souriant se joue des embûches avec une inénarrable fantaisie et dont la liberté d’esprit au milieu du péril est pleine d’ingénio sité et de réconfort. « En Europe, on semble ignorer le côté mystique de sa nature. « Dewet, en effet, est un pasteur d’âmes, en même temps qu’un conducteur d’hommes. Sa foi rayonne danslesmoindresactes de savie.
Unprisonnieranglais, qui longtemps a suivi ses troupes, me racontait sur le jeune général des traits grandioses et simples comme des souvenirsbibliques. « Un soir, l’armée anglaise avait traqué de très près les soldats de Christian Dewet. Ce dernier, par des prodiges,d’adresse, avait réussi à franchir un fleuve sans perdre ni ses hommes, ni un cheval. A peine arrivés sur l’autre rive, tous les combattants se 'a ._ ' ‘ , ,5_ ;."> . >»'-aWa;æ..æ.. 54-:wm«G" 4”1Îbrækl r '-“ ‘ " " ;' . -.
I 28 L‘INITIATION [MAI 5*“"':u"f"‘ïe'fl‘flf\*’f>” m '- A. _ ,_lJ”"-g‘7"‘ÇT. , r.«e v"Pr' mirent à genoux. Le soleil venait de se coucher, et, naturellement, la nuit d’hiver arrivait à longues ailes noires. « Alors Dewet, resté seul à cheval, entonna d’une voix grave, dans le solennel crépuscule, un hymne d’actions de grâces, et tous les soldats, agenouillés, reprirent le chant à l’unisson. « Tel est Dewet.
Susceptible des actes les plus im placables et des pitiés les plus généreuses, tour à tour redoutable et doux, suivant les nécessités de l’heure, fastueux avec les prisonniers et simple avec ses propres hommes, ayant à la fois du César etdu Cincin natus, de l’Artagnan et du Parsifal, où donc cet homme obscur, propriétaire de troupeaux, a-t-il trouvé ces flammes de génie dont s’illuminent dans l’histoire les plus vertigineux des chefs de peuples ?
« Quelle école a-t-il suivie? Quelles lentes médita— tions a-t-il connues? Quels modèles s’est—i1 pro posés? « Simplement, il a cru à la justice de sa cause. il a laissé grandir et se condenser en lui—même l’âme de sa patrie, il a méprisé l’infamie de l’or qui avait sus— cité cette guerre, et, la méprisant, il a osé l’attaquer sans crainte; puis, il a prié Dieu, et il s’est levé.
Et par le seul effort de sa conscience, il a trouvé, dans les réserves de sa race, l’autorité qui dirige les choses et l’habileté qui les accomplit. » Quant à Louis Botha, s’il n’eut pas, comme Chris. tian Dewet, « l’occasion de dépenser son énergie en rayonnantes prouesses, il dut accomplir une mission peut-être plus difficile : celle de soutenir, par un
1901] LE MYS'I‘ICISME vas nous 129 effort de chaque jour, une lutte souvent obscure où se liguaient contre lui les forces de la nature et l’acharnement de ses ennemis. « Louis Botha comme Krüger, comme Dewet, comme Steijn, est un mystique.
Mais, particularité curieuse, tandis que Steijn, Dewet et Krüger sont en quelque sorte des mystiques extérieurs, laissantà tout propos se manifester leurforte piété en des prières publiques, Botha est, plutôt, un mystique intérieur, réservant pour les solennelles occasions les éclats de son âme; mais, le reste du temps, renfermant en lui son ardente foi.
« Cela donne, paraît-il, à son intimité une force attachante dont m’ont parlé quelques-uns de ses lieutenants. De même, quand, dans une heure so— lennelle, Botha veut soulever des héroïsmes, il trouve en lui des puissances auxquelles ses hommes ne ré sistent pas. « Ce fut dans une de ces heures qu’il décida le sort de la guerre après la prise de Prétoria, et ce fut là une des plus belles pages de cette épopée.
« Le lendemain ou le surlendemain de la prise de Johannesburg, le père Krüger convoqua ses fidèles dans la petite église qui faisait face à sa maison, au faubourg du Nord, à Prétoria. « La minute était tragique et grave. « Un grand nombre de Boers avaient fui sans combat, les hommes de quarante ans parlaient de se rendre sans bataille, et seuls restaient inébranlables quelques vieux fermiers, hélas ! insuffisants. « La foule était dans l’église et l’on ne savait pas 9
\ I 30 L’INITIATION ce qu’allait dire Oom Paul, car depuis la veille il restait muet. « Toutela jeunesse de Prétoria était venue. « Krüger monta dans sa chaire, de son pas rude, lourd et lent. « Un silence de funérailles. « Krüger fit le signe de la croix, crispa ses deux mains sur la chaire, pencha sa tête formidable, puis, avec solennité d’abord : « — Citoyens, mes amis, mes frères...
« Un silence. < Et, brusquement, comme un cri de lion : Et, brusquement, comme un cri de lion : « — Vous êtes tous des lâches... ,« Et, dans un tourbillonnement d’apocalypse, il fit passer sur ses fidèles tantôt des imprécations qui frappaient comme des glaives, tantôt des appels qui montaient comme des tumultes de clairon. « Les hommes sortirent, bouleversés. « Dehors, devant la porte, entouré de son état— majOr fidèle, Botha attendait.
« Ilavait, parait—il, une physionomie grave et comme illuminée par le dedans. « Il regardait sortir, l’un après l’autre, les hommes. « Il disait aux uns : « Viens ici! »; à d’autres : « Va—t’en! » et, sans dire un mot, sans protester, toutela jeunesse vint se ranger à sa suite. « Cela fait, il prononça quelques paroles brèyes et décisives, annonçant la tâche à remplir. Et il partit. « Chemin faisant, il examina encore ses hommes, comme Gédéon épurant son armée.
LE MYSTICISME DES BOERS 131 'I'n";'ï «il réconforta les bons et renvoya tous les dou teux. Et, sûr de son élite, il s’en alla dans la mon tagne.
« Ceux qu’il avait renvoyés furent reçus par leurs femmes à coups de balai. » La foi active, qui attire en eux les secours divins, «voilà, vraiment, la puissance terrible que l’Angle terre n’a pas prévue... » « Ah! je comprends le cri que poussait, l’autre jour, un financier des mines d’or : « Mais c’est donc le diable qui se bat avec eux! » « Mon cher millionnaire, ce n’est pas le diable, c’est tout le contraire, et c’est plus redoutable encore.
C’est Dieu même, peut-être, ou ce sont, du moins, toutes les idées nobles et toutes les passions désin téresséeS, par quoi l’humanité s’élèvejusqu’audivin... « ... Surtout ils ont foi en Dieu.
« ils savent que la vie des hommes et des peuples est soumise parfois à des épreuves formidables, et qu’accepter ces épreuves, d’une part, et, d’autre part, lutter pour en sortir par ses propres efforts, cons tituent le plus haut devoir et la plus resplendissante gloire.
« Et le sachant ils n’ont, dans leurs tribulations, jamais un geste de révolte et, tranquillement, la prière auxlèvres, sont résolus à résister jusqu’à la mort, certains de n’être point abandonnés. Si leur victoire est conforme aux desseins du Seigneur, le Seigneur finira par leur envoyer la victoire. Si, pour des rai sons mystérieuses, Dieu veut qu’en fin de tout ils se donnent en sacrifice, ils accepteront le sacrifice
I3 2 L’INITIATION suprême, quand ils croiront que Dieu aura parlé, heureux de sauver, par le martyre de tout un peuple, l’humanité sauvée, jadis, par des supplices indivi duels. » (L’humanité sauvée par des supplices individuels!
On voit ce que veut dire, en termes plus concis, le poète : l’humanité est sauvée par la venue d’un être du plan divin et par l’amour du Christ qui, en s’éle vant de terre, entraîne tout avec lui, — le supplice est la rançon à payer aux forces'fatales, geôlières tem poraires de notre terrestre et zodiacale humanité.) « L’or a cru qu’il serait maître de la conscience : il a été vaincu.
Quel que soit, proche ou lointain, le résultat de la guerre, la victoire morale est à jamais gagnée.
« C’est,depuis les croisades et les campagnes de la Révolution française, le plus splendide geste accom pli par des troupes d’hommes. sous le souffle de l’Idéal. » Le livre s’arrête, comme en suspens, dans la dou loureuse vérité et dans l’émotion de la visite au pré— sident Krüger, illuminée par les reflets adamantins des larmes lustrales qui coulèrent des yeuxdu poète et des yeux du vieux géant, « ce grand agitateur du monde que je venais entretenir du monde, et devant qui je n’ai pu trouver d’autres paroles que le nom de sa vieille femme et l’évocation de son triste foyer... » SABRUS. "
L’OCCULTISME EN POLOGNE De même qu’un collaborateur de l’Inz’tiatz’on a recueilli dans les mémoires de la princesse Palatine (mère du Régent) des faits occultes des plus intéres sants; de même j’ai trouvé dans les mémoires de la comtesse Potocka, diverses prédictions ou aventures occultes, qui, j’en suis sûr, intéresserontles lecteurs de l’Initz’ation.
Ces mémoires, en dehors des choses occultes, sont d’ailleurs des plus curieux, et j’engage fort ceux que l’histoire de Napoléon intéresse, à lire avec soin tout ce que la comtesse dit de l’empereur pendant son passage en Pologne, et durant sa vie à Paris après son mariage avec Marie-Louise ; cette piteuse Autrichienne fut aussi inconséquente et aussi néfaste à la France que Marie-Antoinette et plus tard l’impératrice Eugénie, qui appelait la guerre de 1870, ma guerre, ainsi que l’a affirmé l’ambas sadeur russe.
« A la mort de Charles XI], dont il était l’ami, Po niatowski revint en Pologne et peu après il épousa la princesse Constance Czartoryska, et s’établit avec elle dans sacampagne de Wolczyn. Élevé à la dignité de castellan de Cracovie, il vivait honoré et était déjà père de quatre enfants; mais, au moment où se passa
134 L’INITIATION -.«.-. ...I A..-.-ow.«.- . . 9 - g..«.., ,fl., .. u-.'.‘-“ q. . "““ ."--. “:.M.n-æ-ÿ . -r.ntv . m- -—-.—- —-r_":: ._(' le singulier incident que va raconter la comtesse, on attendait un cinquième enfant. L’agitation régnait au château, quand tout d'un coup un étranger demanda à parler au maître de la maison. A la vue de cet étran_ ger, M. de Cracovie éprouva une vive curiosité.
La mise extraordinaire et les façons distinguées de cet homme excitaient l’attention. Quand les domestiques se furent retirés, l’inconnu raconta qu’étant Suédois et astrologue de profession, il voyageait dans l’in térêt de la science et désirait s’abouchcr avec un rabbin célèbre qui demeurait à Kosieniec, petite ville non loin de Wolczyn.
« Quoique fait aux idées cabalistiques, grâce à ses relations avec des Suédois (occultistex évidemment), Poniatowski était inaccessible aux pratiques de ce ' genre. Aussi ne put-il réprimer un léger sourire. « Ah ! je vois, dit l’inconnu, que vous doutez du plus beau, du plus sublime des droits que l’homme se soit arrogé, celui de lire dans les astres.
Eh bien, pour vaincre votre incrédulité et vous laisser un sou venir de ma visite, je vais vous tirer l’horoscope de vos enfants.Aussitôt, toutesles têtes brunes et blondes s’avancèrent, et toutes les petites mains s’allongèrent.
Le devin, après avoir demandé les renseignements les plus précis sur le jour et l’heure de la naissance de chaque enfant, prédit aux filles les mariages les plus brillants, et aux garçons, la gloire militaire, les honneurs, les richesses. « A cet instant, le silence fut troublé par les cris du nouveau-né que la sage-femme venait présenter àson père; tous l’entourèrent, et l’astrologue, ayant jeté
L’OCCULTISME EN POLOGNE 135 un coup d’œil rapide sur l’enfant, parut en proie à une nouvelle extase, et s'écria avec force :Je te salue, raides Polonais (I), je te salue roi dès aujourd’hui, tandis que tu ignores encore et l’élévation à laquelle tu es prédestiné et les malheurs qui en seront la 7 suite. » Quelque armé que fût M. de Cracovie contre toute espèce de superstition, sa fille nous assura qu’il avait avoué plus d’une fois, bien avant que cette prédic tion fût accomplie, qu’aux dernières paroles de l’as trologue, il avait été saisi d’un froid mortel.
Le roi Stanislas ne parlait jamais de cette prophétie, mais tous les aînés s'en souvenaz’ent, et la racontaient chacun à sa manière (2). Il y a des choses, dit la comtesse Potocka, qu’on ne saurait expliquer, surtout lorsqu’il est impossible de les nier.
La prédiction de l’astrologue suédois ou italien peu importe, s’est réalisée à la lettre, car Stanislas— Auguste devint plustard roi de Pologne sous le titre de Stanislas Il et fut le dernier roi de ce. malheureux pays.
Si l’on en croit l'histoire, Stanislas-Auguste plut à Catherine (depuis impératrice de Russie) et devint son amant. (I) L’enfant était StanislasAuguste, plustard roi de Pologne sous le nom de Stanislas II. (2) Aussi, ajoute la comtesse Potocka, il ne faut pas s’étonner que Rulhière ait donné une autre version.
Suivant lui, la prédiction fut faite par un aventurier italien nommé Forni'ca, moitié alchimiste, moitié astrologue, et qui était entretenu au château de Wolczyn.
136 L‘INITIATION li . .. A la mort du r01 Auguste Il], Catherine, élevée au rang d’impératrice, fit élire Stanislas roi de Pologne (1764). —- Les malheurs prédits par l’astro logue ne se réalisèrent que trop, car l’insubordination des nobles, les querelles religieuses, les efforts des sectes dissidentes pour se soustraire à l’oppression des catholiques, firent de son règne un temps de ter rible anarchie.
La confédération de Bar se forma et bientôt éclata la guerre civile. Les confédérés ayant été vaincus,la Russie, la Prusse et l’Autriche exécutèrent un premier partage de la Pologne...
Plus tard eut lieu uneseconde guerre civile suivie d’un nouveau démem brement, qui réduisit de sept huitièmes le royaume de Stanislas; enfin l’insurrection de Kociuscko et le triomphe des Russes, sous Souwarow, le déterminé rent à signer son abdication (1795), que suivit un troisième et dernier partage. Il se retira à Grodno, où les trois puissances copartageantes lui firentune pen sion !! ! Amère ironie du sort.
Comme on le voit, tous les malheurs prédits par l‘astrologue sont arrivés à la lettre. Quant aux deux versions de cette prédiction, je croirais bien plus à celle de la comtesse Polocka, pa rente directe des Poniatowshi et de Stanislas Il, qu’à celle de l’historien Rulhière qui a dû apprendre les faits de seconde ou troisième main. — « En effet, ma mère, dit la comtesse, était nièce du dernier de nos rois, Stanislas-Auguste Poniatowski.
L’époque à laquelle se rattachent ces souvenirs est celle de nos derniers malheurs, (le troisième partage de la Po— logne ([794)... Ma mère suivit le roi à Grodno. Là,
L’OCCULTISME EN POLOGNE 137 d‘une petite chambre, j’apercevais tous les matins le cortège royalement esclave, car c’est par ordre de la Russie que Stanislas Il avait été pour ainsi dire in— ternéà Grodno. Les gardes russes, à figures plates et décolorées (I), dont le [meut fait des mécaniques ambulantes, effrayaient tant mon imagination enfan tine, qu’il fallait l’autorité de ma mère pour me forcer à sortir.
Un morne silence régnait dans ce château, où la famille dit un dernier adieu à l’infortuné roi, auquel, après l’avoir couronné, Catherine avait imposé des chaînes. Emmené à Saint-Pétersbourg, il y expia, dans une lente et cruelle agonie, les fautes que l’impératrice de Russie lui avait fait commettre (2), et dont elle sut profiter avec un machiavélisme dont l’histoire nous offre peu d’exemples.
Le cœur de Stanislas était grand etgénéreux, dit la comtesse, mais la nature, si pro digue envers l’homme privé, avait refusé au mo narque ce qui seul fait régner,la force et la volonté. » Je raconterai brièvement une vraie fumisterie dont fut victime la comtesse.
Elle aimait le merveilleux et les choses extraordinaires, et sachant que son beau père était franc-maçon, et qu’il fréquentait le Grand— 0rz’ent, loge très renommée alors à Varsovie, il lui prit une extrême envie de pénétrer des mystères dont (1) On voit, par ce détail, combien le soldat russe de cette époque n’était en réalité qu’un véritable Tartare habillé à l’européenne. (z) Stanislas-Auguste mourut à Saint-Pétersbourg le 12 fé— vrier 1798.
S’il fut réellement l’amant de Catherine, il faut en déduire qu'elle ne fut guère galante dans sa conduite ulté rieure, par rapport à Stanislas.
138 LÏN]TIATION elle s’exagéraitl'importance... Elle tremblait quand on lui parlait de ténèbres et de flammes au travers desquelles il fallait se frayer un chemin ; des fenêtres par lesquelles on devait se jeter dans un abîme; des clous sur lesquels on vous obligeait de marcher sans se plaindre (I). La comtesse avait essayé vainement de faire jaser son beau-père, il lui riait au nez et restait impéné— trable...
Tout à coup, elle s’aperçut qu’il était préocv cupé, distrait. Elle interrogea son mari qui Ïconvint de la chose, mais l’assura en ignorer la cause. Un jour, sa belle-mère lui dit qu’elle craignait qu’on dé couvrit les réunions secrètes auxquelles l’arrivée d’un célèbre Illuminé donnaitlieu, et qui absorbaient son beau-père.
' Un jour, pourtant, se promenant avec son beau père, la comtesse l’interrogea: « Si vous n’étiez pas si jeune, et si je pouvais compter sur une discrétion absolue, je vous dirais des choses surprenantes. » Elle pria, suppiia tant son beau-père qu’il lui raconta qu’un Illuminé au fait des sciences occultes se trou vait caché dans un des faubourgs de la ville.
Le lendemain, la comtesse sutqu’elle pourraitêtre admise à franchir le seuil du sanctuaire, sinon à être initiée àtoutes les merveilles que seuls les adeptes ont le droit de connaître.
« Moyennant une somme d’argent destinée à soulager les pauvres... l’Illumz’ne’ se pi quant de philanthropie, raconte la comtesse, j’obtins (1) Actuellement, on dirait que c’est le clou de cette repré sentation théâtrale, aussi ridicule que puérile, et jouant au fantastique, pour épouvanter les débutants.
m‘anvav\ ---v , < L‘OCCULTISME EN POLGGNE 139 une demi-promesse. Mon beau-père me conduisit en voiture, hors la ville, chez l’Illumz‘ne'. La, mon beau—père donna un signal particulier, et nous en tendîmes une voix sépulcrale (l) qui dit: Entrez, mon frère. » La comtesse. avoue qu’elle se mit à trembler comme la feuille... La chambre où ils pénétrèrent était vaste et obscure, et une petite lampe recouverte d’un drap noir l’éclairait faiblement.
Assis auprès d’un bureau, un vieillard, dont le vêtement bizarre rappelait l’Oriental, lisait attentivement. Le salon n’était garni d'aucuns meubles, les murs étaient nus. Tout près, une glace convexe d’une énorme dimen sion montée dans un large cadre de bois noir (Il. C’est dans ce miroir, pensa la comtesse, qu’on mit l’avenir.
« Maître, dit mon beau-père, voici la jeune femme que je vous ai annoncée. » L’llluminé leva la tête et me dit : .« Que désirez vous, ma sœur? » Ce que je désirais, avoue la com tesse, était de me retrouver dans mon salon, avec des candélabres allumés, mais elle se garda de montrer qu'elle avait peur.
Pendant que le vieillard par lait, la comtesse eut quelque soupçon, car elle fit remarquer tout bas à son beau-père, que c‘était abso lument la roix de M. de R. C’est vrai, la première foisj’en ai été frappé comme vous, répondit son beau père, qui dut se mordre les lèvres pour ne pas rire.
Ainsi que le lecteur a dû le deviner, le noble et imposant vieillard, illuminé seulement par la petite (r) C‘était un de ces miroirs magiques. comme on en trouve actuellement en Angleterre et dans l’Inde, et dont se servent ceux qui ont le don de voir dans le cristal (crystal gazing).
140 L‘INITIATION nuit”: 3‘.‘"'**:'r 'lampe, n’était autre que ledit M. de R... et une mystification préparée de longue main pour dégoûter la comtesse du merveilleux. Mais elle fut obligée de raconter l'histoire en détails à des gens auxquels elle avait eu l‘imprudence d’en dire quelques mots.
Si bien qu’elle fut tentée un jour de répondre, comme undes familiers du prince Radziwill(r) qui, appelé en témoignage par ce fameux farceur, afin d’affirmer que le prince avait assisté à telle célèbre bataille, finit par dire : « Je ne saurais garantir le fait, monseigneur ayant été tuédès le commencement de l’afi‘aire (il). » Revenons aux choses sérieuses.
Pendant le séjour qu’elle fit à Paris en 1810, la comtesse Potocka dînait souvent chez M“ de Souza et à un de ces dîners, quel qu’un vint à parler de Mme Lenormand, à l’occasion de la prédiction qu’elle avait faite à l’impératrice Joséphine, prédiction dont la moitié était déjà accomplie.
Ayant manifesté une grande envie de voir cette célèbre sibylle, on essaya de la détourner d’aller la voir, et Mme de Souza lui dit qu’elle connaissait une diseuse de bonne aventure fort supérieure à Mme Le normand, etqui lui avait prédit des choses extraordi naires.
Un des convives ayant demandé si cette sibylle avait prédit la chute de l’empire, Mme de Souza se con tenta de hochet la tête et ne voulut rien dire, mais comme elle proposa à la comtesse de la conduire chez la magicienne,la comtesse accepta, et le surlendemain (I) Il séjourna longtemps à Paris, et fit construire à ses frais le fameux passage Radgiwill, qui conduisait au Palais-Royal. Il était célèbre pour ses fantaisies et ses blagues. C’était le baron de Crac de la Pologne.
L’OCCULTISME EN POLOGNE 141 _Ir—' 'V'" mit ce projetàexécution. « Nous y allâmes à la brune, bien fagote’es et bien déguisées. Mon introductrice monta lapremière quatre étages horriblrrmnt raides. Je la suivais, et, au bruit que nous fîmes, une petite femme encore assez jeune vint demander ce que nous désirions. C’est moi, dit M‘“° de Souza.
Je vous amène une de mes parentes qui arrive de province, et désire apprendre quel est le sort qui l’attend à Paris. La petite femme parut se recueillir, et ne pouvant se rappeler qui était M‘ne de Souza, s’en excusa.
« Il me vient tant de monde «dit—elle, qu’il n’est pas étonnant que je confonde « les figures, d’autant plus que personne ne voulant «se nommer, rien n’aide ma mémoire. » Charmée de ce début discret, nous lui dîmes qu‘il était permis d'oublier le passé, quand on pouvait lire dans l’ave nir. Mme de Souza, pour m’encourager, prit place à la table, et deinanda les cartes plutôt que le marc de café.
Je ne sais pourquoi lajeune sorcière s’amusa à remonter vers le passé, au lieu de s'occuper de l’avenir. Mais j’ai appris depuis que Mme de Souza avait eu une jeunesse orageuse. Elle était fort séduia sante et ne s’était pas toujours montrée indiffé— rente aux hommages que lui attiraient son esprit et sa beauté. Bref, le paSsé devenant scabreux, il fallut arrêter d‘indiscrètes révélations.
« Vous, n’avez qu’un « fils, dit la sibylle à ma compagne, et cefils tendre « ment aimé vient de courir un grand danger. » La pauvre mère ne put retenir un cri de détresse. « Calmeg-vous, dit la magicienne, il est sauue'. On « dirait un miracle que le ciel afait. Son étoile est
14,2 L’INITIATIO N s . _mfl:_-_—pflf:"‘.fl . . \ ;g .. rM-a‘t « des plus heureuses.
Je puis afl‘irmer que le danger « auquel il a été exposé ne provenait pas d’une « causé humaine; il a lutté contre les éléments; je « ne saurais préciser si c’est l’eau ou le feu, mes « cartes ne me disant rien de précis à ce sujet, mais « soyez tranquille, vous apprendre{ par une veuve de «vos amies tous les détails de cette aventure (I). » « Nous nous regardions en silence, dit la comtesse, et ne voulant pas en savoir davantage, ma compagne me forÇa à prendre sa place.
Je ne puis me vanter de n’avoir pas été intimidée, mais résolument je deman— dai les cartes et le marc de café, tout en me disant qu‘il faudrait me confesser de cette infraction aux lois de l’Église. « Mon passé se composait encore de fort peu de chose. J’avais mis pour condition qu’on ne me parle rait pas de la durée de l’existence des êtres qui m’étaient chers.
Après avoir longtemps réfléchi et combiné le marc avec les cartes, la petite sorcière m’assura que la destinée de mes enfants serait sem blable à la mienne. Mais je crus remarquer dans ses paroles une nuance d’hésitation qui m’efl’raya. « Hélas! il ne m‘a été que trop prouvé combien j’avais à redou— ter l’avenir (2).
« La femme s’aperçut sans doute de mon trouble, car elle me dit: « Ne parlons pas des enfants que vous avez; leur destinée n’a rien d’extraordinaire, (I) Un orage épouvantable, dit la comtesse dans une note incomplète. (z) Allusion à la mort prématurée de Nathalie Potocka, prin— cesse Sangusko.
L’OCCULTISME EN POLOGNE ' [4.3 mais de retour dans votre pays, vous donnere; le jour à un fils quifera parler de lui. Je ne sais pas au juste d’où vous venez, ni quel est votre passé, mais à coup sûr vous êtes d’un endroit où l’on n’est jamais tranquille, et je vois dans vos cartes des guerres et du sang.. .
Eh bien, ce fils qui naîtra sous la plus heureuse des constellations, deviendra chef d’un parti puissant et peut-être même mi. » Je me mis à rire, ditla comtesse, et regardai Mme de Souza, en pensant qu’elle avait préparé cette mystifi cation, mais elle me jura que depuis une année elle n’avait pas mis les pieds dans cette maison.
La petite sorcière, se doutant de mes soupçons, parut en souf frir et, pour donner plus de poids à ses prédictions, elle m’offrit des preuves au moyen desquelles je pourrais m’assurer de la véracité de ses prophéties. « Quelques mois après votre retour dans votre pays, vous deviendreg grosse, et peu de temps avan d’accoucher, vous aurez un accident dont il ne faut pas vous inquiéter.
Votre enfant viendra à terme, il naîtra coifl’e’ (1), il sera beau, robuste, et il aura une marque très visible au côté gauche.
De plus, il sera doué de ce que nous appelons l’amour des hommes; il sera aimé des pauvres comme des riches, des hommes presque autant que des femmes; son ascendant sera presque irrésistible et tiendra à son bon caractère. » « Cesparoles restèrent gravées dans ma mémoire, dit (1) Je me demande ce que la sibylle a voulu dire par ce mot, que n’explique pas la comtesse, sans doute comme on dit d’un individu veinard qu’il est né coiŒé.
144 L’INITIATION I"t‘« "i '.' titi " ‘r'_v'b m—‘mume‘yn _, r . ,(g, ;. _ . ,.:‘-; I la comtesse, et je puis assurer que toutes les prédic tions se sont réalisées à la lettre. Pendant ma gros sesse, j’ai eu un léger accident; l’enfant naquit parfai— tement bien portant; il était coifi’e’, etle signe annoncé, semblable à une framboise, était très visible.
Si je m‘étais préoccupée de cette prédiction, je pourrais ad— mettre que l’imagination ait agi sur la nature, mais une fois hors Paris, je n’y pensai plus. J’eus d’autres joies et d’autres peines.
Ce ne fut qu’au moment où mon fils vint au monde que les paroles de la sorcière me revinrent à l’esprit. » Plus bas, dans ses mémoires (en 1811-1812), la comtesse dit que, le I3 janvier 18 I 2, elle mit au monde le fils qui lui avait été annoncé par la cartomancienne de Paris, et il naquit dans toutes les circonstances prédz’tes. Elle songea à demander au grand Napoléon d’être le parrain de son enfant, mais elle ne dit pas si ce vœu s’est accompli.
Elle ne reparle plus de ce fils, et c’est dommage, car on eût aimé à savoir si le reste des prédictions s’est accompli. Pour certains détails de grossesse et d’accouche ment, divers savants pourront dire qu’il y a en su,,— gestion mentale, mais elle n’expliquerait qu’un côté de la question, et ne suffirait pas pour l’avenir.
En admettant que la comtesse ait été suggestz‘onne’e pour ce qui devait lui arriver avant, pendant et après sa l’gnoqsesse, cela n’indiquerait pas commentla sorcière a pu savoir ce qui devait se passer chez la comtesse. A ce sujet, je crois que le marc de café doit donner des indications plus précises que les cartes, car il s’y orme comme dans un miroir magique, des formes,
L’OCCULTISME EN POLOGNE 145 des figures et des dessins qui peuvent guider la magi cienne et lui indiquer l'avenir.
On peut rapprocher ce fait de celui que j’ai cité dans les Annales des sciences psychiques du D“ Dariex, concernant le cas de Mme B‘“, qui, dans sa jeunesse,‘ vit une cartomancienne, diseuse de bonne aventure (de passage près de Rouen) et qui luiprédit une grande partie de ce qui devait lui arriver dans sa vie, y com— pris son mariage, puis la maladie et la mort de son mari, etc., etc. De nos jours, il y a dans ce genre, à Paris, Mm" de Thèbes, qui, elle, est surtout chiromancz’enne, plutôt que cartomancz’enne, mais dont les prédictions sont généralement exactes.
Beaucoup de gens font comme devaient faire les personnages de la pièce non jouée (et qui ne le sera probablement jamais) d’Alexandre Dumas fils. Elles vont sur la route de Thèbes. F. Sarcey a été un jour chez Mme de Thèbes et ne s’est pas expliqué bien clairement au sujet de ce qu’elle lui avait dit.
En tout cas, une autre magicienne ou cartomancienne avait prédit à notre bon oncle Sarcey, qu’il mourrait dansl’année, ce quifit rire le critique, mais j’ai dans l’idée qu’il avait considéré cela comme une mauvaise farce. Sa femme et ses enfants s’étaient préoccupés de cette prophétie, mais lui, le sceptique endurci, n’en tint aucun compte.
Un soir de la même année, qu’il revenait en voiture découverte .de l’Odéon, il prit froid, s’alita et ne s’en releva plus que pour mourir bientôt après. A. ERNY. 10
*-« ;«. r*‘rIn‘.’-‘F" ‘ "‘ ‘ ‘ Le Hasahissh est-il une plante le sélection? EXTRAIT DU « TESTAMENT D’UN HASCHlSCHÉEN u ENCORE INÉDlT Tu bois, c'est à coup sûr quelque sainte liqueur. VICTOR Huoo. « Qui voit tout, abrège tout », a dit Montesquieu.
Il faut croire que je ne vois pas bien haut dans le has— chisch et ses problèmes, puisqu’invité à donner un résumé sur un sujet que j’ai tant étudié et expérimenté, je suis plus embarrassé que je ne l’ai été par tout un volume de notes écrites au jour le jour, sans la néces sité de faire un choix, de coordonner et de juger.
Admettons cependant qu'après une longue obstina tion j’aie fini par yvoir plus clair, que je puis au moins rassembler les observations qui sont fréquemment reve nues dans mes manuscrits avec une instance de rabâ chage ainsi que les questions et les objections qui m’ont été le plus souvent posées.
Si l’on est pressé de savoir où j’en suis arrivé et où j’en veux arriver auprès des lec— teurs, c’est à ceci : que le haschisch peut être réhabilité ou utilisé si on l’afi'ecte aux excitations de l’intelligence plutôt qu’à celles de la sensibilité proprement dite. Je ne suis pas tenu de vous persuader, mais de vous expo ser ma thèse et de bien établir le principe de la con
LE HASCHISCH 147 version des effets de la fameuse drogue, ainsi que l’art d’en faire varier les effets, de les fixer à son gré, à son... meilleur gré. Un moyen d’être plus court dans un article à espace limité serait de parler le moins possible de soi Pas toujours facile. Il y a des cas de confession obli gatoire.
Et bonne règle, la monographie d’une plante devrait être complémentée par la biographie du consommateur qui s’en donne comme la monogra-' phie vivante. Si celui—ci est déjà un être anormal, on est tenu de ne pas trop généraliser à propos des phé nomènes dont il est le lieu organique.
Dans la préface de la Comédie humaine, Balzac fait remarquer qu’il y a plus de différences entre les hommes ayant des professions différentes qu’entre animaux d‘espèce différente.
On peut prédire que ces différences iront en augmentant, et déjàles susceptibi lités du système nerveux par rapport aux agents natu rels sont assez nombreuses et assez déroutantes pour mettre en garde contre des règles trop absolues et des conclusions qui infifmeraient celle—ci: La médecine doit être de plus en plus personnelle.
Les gens sont enclins à prôner ce qui leur a fait du bien et abusent plus qu’on ne croit de la maxime: « Faites aux autres ce que vous voudriez qu’il vous fût fait à vous—même. » maxime qui est souvent contredite, et à bon droit, par cette morale d’une fable: « Ce qui convientà l’un ne convient point à l’autre. » Voyez-vous un paralytique panégyriquant une drogue qui lui aurait fait du bien en effet, —en bon effet pour lui, —— mais qui aurait le mauvais effet — dont il ne s’apercevrait pas -— de
148 L'INITIATION rendre paralytiques ceux qui ne le sont pas. Qu’un menacé de la folie s’en préserve par ce qui y expose généralement autrui, qu’il ait à se louer pour son compte d’avoir recouru à la méthode homœopathique et vaccinatoire, très bien, mais qu‘il n’aille pas pro pager son ellébore à lui, son parafolz’e qui pour son prochain risquerait d‘être une antiellébore, une cro belle, un donnefolie.
En ce qui me concerne, je serais payé, parait-il, pour faire valoir les droits à l’exception. Au dire de mes amis, j’aurais peu le droit de remplacer Je ou Moi par On, en parlant de ce qui se passe en mon individu. Cependant si particulier que l’on soit, il est rare qu’on ne ressemble pas à ses semblables par certains côtés.
Je vois bien que pour ce qui m’a réussi ou porté tort dans mes accès et mon régime has— chichéens, je confirme des affirmations déjà faites et il est bon de signaler ces rencontres des mêmes effets d’une commune substance chez divers sujets, sauf, pour ce qui est personnel, à ne s’avancer que pru demment sur un chemin bordé de points d’interro— gation, de fondrières, sauf par conséquent à ne pas abuser de la méthode de généralisation et de la for mule : ab uno disce omnes : d’un seul apprends-les tous ; car ce qui convient à l’un non seulement ne convient pas toujours à l’autre, mais lui est même souvent contraire.
Del’objection en question, il ressort une réflexion optimiste sur la loi d’après laquelle, à l’égard de cer— taines forces végétales, il y aurait tolérance et bien faisance pour les organismes qui en auraient besoin,
LE IIASCHISCH [49 seulement pour ceux-là et gare pour les autres ! diffé— rente en cela d’une plante alimentaire qui serait bienfaisante pour toutle monde, commela solanéeàla parmentie‘re, à la démocratique pomme de terre. Ellelui serait même supérieure, aux yeux des dar winistes, si cette utilité était réservée non pas aux . premières idiosyncrasies venues, mais aux plus aptes, aux mieux conditionnées, comme en toute bonne sélection.
La loi resterait optimiste, si, comme en toute'sélec tion aussi, ce qui est pour ces derniers une cause de sélection était cause de destruction pour les non-pri— vilégiés. Par qui voit de l’analogie entre la vapeur minérale, la vapeur végétale et la vapeur morale, les désordres haschichéens seront attribués aux mau vaises dispersionsde la charge importée ou suscitée par l'absorption de certains condensateursd’énergies.
Un influxifore n’est pas à accuser de ce qui est im putableà l’influxé . Un aliment n’est jamais respon sable des indigestions. Répéterons—nous une foi de plus dans le monde qu’il ne faut pas conspuer la vapeur à cause des chaudières qui éclatent? Une herbe de vie perdra-t-elle ses propriétés vivifiantes, parce que quelques-uns en feront la pourvoyeuse de leurs éréthismes et de leurs érotismes ?
Diderot a dit: « Le bon emploi d’une mauvaise chose est préfé rable à l’abus d’une bonne», mais, l’abus d’une bonne ne l'empêcherait pas de rester bonne. Si l’homme pouvait faire face aux plus graves devoirs qu’imposerait un plus grand déploiement de la vie, il craindrait moins les dangers de tout ce qui
150 L’INITIATION donnerait un supplément de vitalité. il n’y recour— rait qu’aux bons moments, ceux par exemple où l’on gagnerait à sentiret à penser davantage,aux moments aussi où la vitalité étant insuffisante, on n’aurait pas à craindre un excès de pression nerveuse, et je n’au rais pas complètement fait chanvre blanc, si je fais accepter qu'il y a dans la nature des sources d’influx de biodynamies qui n’ont pas été assez bien exploi téesà cet effet.
Augmenter sa sensibilité par rapport aux bonnes choses seulement, c’est comme si l’on augmentait d’autant leur quantité. « Tout vous semble aquilon ; tout nous semble zéphyr, » dirait un haschichéen, sous l’influence de son exaltatifou intensificatif, et il n’aura pas à s’en plaindre, s’il sait faire manœuvrer l'aquilon.
L’esquif ne chavirera pas, si l’ouragan de vie souffle au pointvoilier convenable Tant pis pour qui pressera mal à propos l‘outre des‘ sensations, pour qui se rendra plus vivant aux heures inopportu nes ! Tant pis pour qui ne saura pas graduer, gammer sa sensibilité d’après les tâches qu’il aura à accomplir.
Le terme de herbe de sélection que nous avons fait primer dès nos débuts dans la litanie noire et la lita nie rose de notre herbe defeu prévenait que nous ne nous attendions pas à trouver en elle un de ces anodins dont on dit :Si ça ne fait pas de bien, ça ne fait pas de mal.
Elle est aliment, poison aussi, et nous ne nous plaignons pas qu'elle se défende contre les profanes par sa renommée d’herbe redoutable, d’herbe aux hiérophantes, d’herbe auxfantômes, d’herbe aux pouvoirs étranges. Parbleu ! si nous ne voulions .
LE HASCHISCH 151 choquer aucun préjugé, le réquisitoire serait facile contre l‘herbe défendue, l'herbe maudite, l’herbe satanique, l’herbe aux lâches, l’herbe masturbatrice, le haschisch, puisqu’il faut l’appeler par son nom ; mais ce ne serait nijuste ni courageux à l’égard de l‘herbe par excellence. (C’est la signification du mot haschich en arabe.
Le contraire “de malherbe alors!) C’est elle aussi qui est le pantagruelium de Rabe lais, aux propriétés mirifiques, nombreuses, antithè— tiques, donnant à l’homme de quoi se vêtir, de quoi se coucher, de quoi se moucher, de quoi se pendre, de quoi se suralimenter, de quoi se maximer et de quoi se ramollir. Elle est l’herbe du soleil et elle est aussi l’herbe des sommez‘ls mystérieux.
Elle est l’herbe qui fait rire et elle est l’herbe qui fait pleurer et quz‘faz‘t trembler, à la fois amère douce et douce amère pour pharmacopées sacerdotales. A côté des voix qui me crient :« Ferme ta boite, Maître Pandorac! » d’autres me conseillent de l’ouvrir au nom de la sélection. Je préfère écouter ceux qui me disent : « Il ne faut pas que ta boîte soit ouverte... ni fermée, ni entr’ouverte.
Il faut qu’elle ne s’ouvre qu’exceptionnellement et qu’on s’en méfie comme d’une boîte de Pandore. » C'est une loi générale que ce qui vivifie beaucoup doit finir par maximer ou pessimer; et cela serait vrai de tout bioforc, du don de Prométhée: le feu, du gaz du D“ Ox, de toutes les flammes, toutes les pas sions, toutes les ivresses. On n’aurait donc qu'à appliquer cette loi à l’herbe du soleil et la cause serait entendue et ce serait très simple. Malheureuse ment la nature ne se montre pas toujours aussi sim— _4_mm w 'x
I 52 L’iNITIATION pliste qu’il conviendrait à la fatigue de nos embras sements. « Le roi du vertige » (Micheiet) pourrait exercer une action propre qui compliquerait ce que l’on peut dire de l’exaltation en général, de même que les divers alcoolés, à cause de leurs essences par ticulières, ne sont pas à envelopper complètement dans le jugement porté sur l'alcool.
Notre macro forme, la légendaire fée verte. pourrait ne pas tout agrandir ou tout grossir indistinctement, mais bien s’adresser spécialement à quelques centres nerveux, soit en herbe aux rythmes (ou rythmoforme ou rythmofore ou herbe aux chantres), en herbe aux intuitifs, en herbe médiumnique. Elle pourrait déve lopper quelques-unes de ces puissances qui sont aussi des faiblesses, d’après Michelet, et qui sont l’objet de l’occultisme.
Il Il serait pourtant intéressant de savoir si le has chisch n’est qu’un puissant réservoir d’influx indiffé rent ou s’il est un aliment à destination bien caracté risée. Examinons ies deux hypothèses. Selon la première, la variété des effets qui adérouté tant de chercheurs, n’empêcherait pas la cause d’être simple. Voyez combien d’airs un musicien peut tirer de l’air atmosphérique!
Selon cette hypothèse aussi, il est naturel qu’on demande le plus à ce qui peut beaucoup et qu’ayant le choix, on le consacre aux buts qu’on croit les plus importants. De ce que sous son influence on se préoccupe de la recherche des des
LE HASCHISCH 153 tinées par exemple, cela ne prouve pas assez que le haschisch a des propriétés crédulitives et qu’il équi vaille à de la religion potable. Ne soyons jamais sim plistes! Si ses consommateurs deviennent sinon croyants, du moins... espérants, c’est qu’il opère la diffusion nerveuse qui fait voir tout en rose, les centres de vie bien irrigués étant généralement opti mistes.
On expliquerait également par l’abondance de l'influx les influences sur le physique. Comme quoi notre dynamofore peut tour à tour jouer un rôle de dispersif, éliminatif, excorporatif, apéritif, stimulant, tonique, sédatif chimiquement parce qu’il est dyna mofore. Comme quoi, sur un maladif, il ne se com portera pas de même (en médicament) que sur un valide (en aliment).
Comme quoi il éveillera le sens du corps et jouera le rôle d’un moniteur des appé— tences. Grâce aux vapeurs de la résine ardente, l’es— tomac et le cerveau fonctionnent en vrais fumivores, transformant en flamme lumineuse et en sève de vie ce qui laisserait des résidus, de la crase au degré ordi naire de la vitalométrie. JULES GIRAUD. (A suivre.)
.-. ,-p!r .*r-.ss:n . ..... .- ..\ “—.4 La Volonté (Suite) Ils peuvent réagir sur les cerveaux des hommes et des animaux et les pousser à commettre toute espèce d'actes; leur pouvoir n’est pas égal sur tous; un homme vigoureux, de bonne santé et dont la volonté est bien équilibrée leur résistera facilement et à peine sentira-t-il l’influence passagère d’une volonté étran gère ; au contraire, un homme peu intelligent, d’une moralité douteuse, d’une santé chancelante sera faci— lement victime de l’invisible.
Certains états patholo giques et physiologiques sont des prédispositions fatales à subir l’influence des astraux. Toutes les causes de faiblesse morale physique et intellectuelle prédisposent l’homme à l’influence des êtres qui peu— plent l’astral, et à plus forte raison quand il se met volontairement dans un état.de passivité et de récep tivité, qui est l’abandon de la volonté.
Il est dange-' reux pour tous et plus encore pour ceux qui sont faibles de volonté, de s’exposer à cette espèce de con tagion en fréquentant des personnes sous l‘influence des invisibles ; le péril est plus grand encore quand ces personnes se livrent à des évocations, état caracté—
LA VOLONTÉ 155 risé par l’abandon de la volonté,ce qui facilite l’em— prise. L’influence de ces êtres sur l’homme peut aller jus— qu’à la possession complète, et cela bien plus facile ment quand il existe entre eux et lui une certaine affinité soit morale soit passionnelle.
Il faut, pour leur résister ou pourse débarrasser d’eux, augmenter la forËe de l’organisme, progresser en moralité, en intelligence, résister aux instincts inférieurs, enfin et surtout développer la volonté. En général, la victime n’a pas la force physique né cessaire et assez de moralité pour se débarrasser de son parasite par un acte de volonté.
C’est le cas où l’intervention d’une autre personne peut être très utile. surtout quand cette personne est douée d’une volonté développée et quand elle peut consciemment l’em ployer sur le plan astral, dominant ainsi la faible volonté du possessionné, champ d’action du parasite. L’emploi de l’épée ou de pointes peut aussi être très efficace.
Ceux qui connaissent le plan astral et ses lois, reconnaissent facilement les effets physiologiques produits par leslarves et êtres similaires invisibles sur leurs victimes : terreur sans raison, froid, sueur froide, mains moites et gluantes, difficulté de respirer, oppression, anxiétés, mouvements brusques et invo— lontaires des membres, de la tête, enfin perte de toute sensibilité et engourdissement du cerveau.
Les per sonnes proches de la victime sentent des courants d’air froid, des attouchements indécis, et si elles sont prédisposées, elles peuvent à leur tour être en proie «t’en-«imam.
156 L’INITIATION r1 ‘.».. rrgævæ -. ..>.A —; aux mêmes effets et être victime de leur impré voyance. Les conséquences de cette emprise produisent, dans certain cas de moralité douteuse, un état passif tel que la victime est entraînée à commettre des actions les plus répugnantes et est poussée sur la pente fatale des aberrations les plus honteuses et les plus immo rales qui la conduiront bientôt ou à la folie ou au tombeau.
Le pouvoir des astraux, dans toute leur variété, peut, en suivant certaines lois, se manifester sur les hommes par obsession, subiugation et possession, trois états qui ne diffèrent entre eux que par la domi— nation plus ou moins absolue par l‘astral, tant de l’organisme que de la volonté de l’homme.
L’obsession se manifeste en général, par une idée, une impression toujours la même, en dehors de la volonté, qui pousse àcommettre un acte quelconque. Idée qu’on peut analyser, raisonner, mais qu’on ne peut pas facilement éloigner ; cependant il est possible de le faire et de ne pas exécuter l’acte imposé par cette idée. Un acte puissant de volonté a bientôt fait table rase de cette obsession.
Les formes de l’obsession sont nombreuses ainsi que les causes qui la produisent: elle peut être le résultat d’un état pathologique ou psychologique, d’une suggestion humaine, de l’effet du milieu dans lequel on vit et surtout et le plus souvent d’une sug gestion astrale. > Par la volonté on peut vaincre une obsession; dans l’état de subjugati0n la volonté n’a plus assez de force
LA VOLONTÉ 157 pour réagir, quoiqu’on puisse se rendre compte de l’état anormal dans lequel on se trouve. Une force étrangère, neutralisant la volonté pousse à faire telle ou telle chose, à commettre des actes même contraires à la manière de voir. La victime essaie de réagir, elle voudrait résister à la volonté qui la pousse, mais c’est inutile, l’invisible la domine, la conduit à sa guise malgré ses protestations et sa résistance inutiles.
Le subjugué se trouve dans des conditions identiques à celles du « suged » qui, dans l’état de veille, essaie de réagir contre la volonté de l’hypnotiseur qui lui a donné la suggestion de faire telle chose ; il raisonne, analyse ses sensations, essaie de résister au pouvoir qui le pousse sans y réussir.
Da ns la possession l’individu n’est plus maître ni de ses sens, ni de sa volonté, il est complètement dominé, son organisme appartient à un autre, il n’est plus qu’un automate, un instrument.
Le possédé paraît êtrela même personne qu’auparavant, sa façon d’être est quelquefois la même; mais celui qui a étudié ces phénomènes reconnaît facilement des ano— malies, des faits caractéristiques, mouvements brus- ‘ , ques des avant-bras, sans raison, regard étrange, en dedans, souvent manque de mémoire au sujet de sa propre personne.
Les exemples ne manquent pas, ils ont été étudiés, classés et sont connus de tous, pas n’est besoin de les citer, nous indiquerons comme points comparatifs les différents degrés de la mediumnité spirite les rap portant aux trois degrés étudiés. , Si, dans l’étatàpeu près normal, l’hommeestexposé
158 L'INITIATION à subir le joug des astraux, combien plus exposé doit être le spirite qui, poussé par le désir de devenir mé— dium, abandonne sa volonté, se mettant dans un état aussi complet que possible de passivité afin de prêter son organisme et son intelligence à la manifestation des « Esprits ».
Il commence par être hypnotisé par « l’Esprit » qui lui suggère tel acte à accomplir, telle personnalité à représenter; tout comme l’hypnotiseur suggestionne son sujet pour lui faire représenter tel ou tel personnage.
Le futur médium peut, s’il le veut, résister à l’ « esprit » et ne pas obéir à la suggestion; s’il réussit, il restera libre de toute influence; mais s’il recommence à rechercher sa médiumnité, bientôt il ne pourra plus résister à la suggestion, il sera subju gué, tout en ayant conscience de l’acte qu’il commet, du rôle qu’il joue, sans cependant ne pas le commettre quand bien même il serait ridicule ou odieux, mais pouvant y résister un instantet en modifier les détails.
Il ya beaucoup de médiums dans ces conditions ; ce sont ceux-là qui font croire à la fraude; la cons cience qui leur reste, souvent le désir de briller, les poussent trop souvent à augmenter l’effet cherché par l’ « Esprit» ; souvent aussi abandonnés à eux-mêmes ils représentent semi-conscients une scène d’un roman qui a frappé leur imagination.
Dans les communi— cations, dans les scènes d’outre-tombe, dans les con seils que donnent les « Esprits », ne sortent générale ment pas des banalités et lieux communs. Ce sont eux qui subissent le plus facilyementles inspirations de la chaîneet les manifestent à la grande satisfaction des curieux. Ce sont ces médiums qui produisent les "Ïî“““-Üäà&*d”vælflf —;}=”î“‘-“' ‘J*’“f ' " A, h_._h..,| Cil-J.
LA VOLONTÉ 159 —y.—_Wgæqxunwç . _ x_. _ . u ,‘ . phénomènes extra-spirites si magistralement étudiés par Aksakof : Spiritisme ou Animz’sme.
Ce sont eux aussi qui produisent ces phénomènes si étranges de contraction musculaire épileptif0rme, convulsionnés par l’ « esprit » qui, pour s’en rendre maître, oblige leur organisme à souffrir des crises nerveuses, histé tiques afin de pouvoir s’emparer d’un cerveau énervé, de la à la possession il n’y a qu’un pas.
Les médiums dans l’état de possession sont, en réalité, les meilleurs, et on peut dire médium spirite dans toute l’acception du mot. Quand le possesseur est un « esprit » élevé, instruit, maître complet de la volonté et dei’organisme du médium,il lui fera repré senter exactement ce qu’il voudra. Ce sont ces mé diums qui, sans les connaître. parlent, en France, différentes langues.
Mais aussi malheur au médium, quand sa mauvaise étoile ou une prédisposition physique ou morale le livre à des « Esprits »inférieurs, mauvais etignorants, pervers et dominés par les passions matérielles et basses; de chute en chute, de désordre en désordre ils les conduiront à la honte et au déshonneur.
Nous connaissons les éléments qui composent l’homme, les planssurlesquels chacun d’euxpeut agir, les êtres qu’on peut y rencontrer, les périls à surmon ter et enfin les moyens à employer pour ne pas en être la victime ; nous avons aussi étudié les différents degrés de l’emprise. Tout ce travail préliminaire est nécessaire pour faire bien comprendre sur quoi s’appuie la théorie que nous proposons.
"‘s - ... .... A...” .u “a ;.i: :..«m“ 160 L'INITIATION [MAI il nous reste à étudier, et c’est le pointprincipal, les composés de l‘homme au point de vue des effets qu’ils peuvent produire, du pouvoir qui leur est propre. Nous essayerons de prouver qu’aucun pouvoir ne peut se réaliser en acte, sans avant avoir manifesté la volonté de le faire.
Delà la nécessité d’admettre tqut au moins pour chacun des trois composés princi paux : corps physique, corps astral, corps psychique, cette volonté spéciale à chacun d’eux de plus en plus puissante selon l’élément auquel elle appartient. . . . . . . , « D’autre part, cette force (nerveuse) relie directe ment l’esprit à l’être impulsif et par suite à l’orga— nisme lui-même.
Si donc nous laissons de côté les fonctions toutes personnelles de la machine humaine pour ne nous occuper que des fonctions utiles à l’homme véritable, nous verrons qu’en somme le but de cette machine humaine est de fabriquer la force nerveuse qui reliera l‘homme conscient à l’or ganisme par la sensibilité et la volonté. » PAPUS.
« Magiepratique, page 74. » LA VOLONTÊ ET LES « INCONSCIENTS » La volonté, selon la philosophie classique, est une faculté, et, selon l’occultisme, c’est une potentialité. Elle ne peut jamais être confondue avec l’être phy sique, ni avec l’astral, ni avec aucun des « incons— cients », dont elle est la manifestation active. ‘
1901] LA VOLONTÉ ;61 Quand on étudie une chose inconnue dans son essence mais connue dans ses effets, ilfaut lui donner un nom qui la représente tant bien que mal, afin que dans les études suivantes on sache de quoi il s’agit; tel est le nom des « inconscients » donné aux fac— teurs decertains phénomènes psychiques,parce qu’ils paraissentagir en dehors de la conscience.
Inconscient inférieur, inconscient supérieur ont prêté à la cri— tique de l’école spirite qui n‘admet que corps, pur esprit et âme. Nous avons employé les termes classiques de l’oc cultisme physique, astral et psychique, qui repré sentent des entités spéciales, solidaires les unes des autres et pouvant chacune d’elles se diviser à son tour.
Cette division élémentaire est suffisante pour l’étude de presque tous les phénomènes physiques et supraphysiques, sans employer des dénominations multiples, car on peut fort bien appliquer la produc tion d’un phénomène à la partie inférieure, médiocre et supérieure de chacun des plans d’action des com posés de l’homme. Ainsi les phénomènes d’hypnotisme appartiennent exclusivement au plan supérieur physique et au plan inférieur astral.
Entre les potentialités inhérentes à chacun des élé— ments de l’homme, nous étudions spécialement la Volonté, parce que sans elle rien ne peut se réaliser, parce qu’elle domine toutes les autres. En outre, son domaine sur les autres éléments sera d’autant plus complet qu’elle appartiendra à un élément d'autant plus supérieur. Quand on affirme que cet élément en il ...r' ‘mmyori,.hÂp"wMÏÎ-TÊ il :a.,‘ ‘ ':'«&r“- u ' q.» , wvæ8. r».u«.'. . ,.4..\,,
I 62 L’INITIATION r.“ domine un autre, cela implique que les facultés de cet élément sont plus développées, dynamisées, selon l’expression de Papus. Confondre la volonté avec le cerveau, confondre la volonté avec les «inconscients » seraitcommettre une erreur aussi grave que de confondre l’aimant avec sa force, la cause avec l’effet. L’organe n’est pas la faculté.
LES VOLON'I'ÉS Beaucoup d’occultistes et des plus instruits dans l’étude des composés de l’homme indiquent comme moyen de progrès l’entraînement de tel ou tel élément constitutif et non le développement des qualités de cet élément. Nous préférons appliquer cet entraînement aux qualités parce que c’est seulement par le développe ment de ses différentes qualités que l’élément auquel elles appartiennent peut progresser.
Ainsi l’élément physique progressera par le déve loppement de sa Volonté et autres qualités, et ainsi des autres éléments. Afin de rendre plus facile l’étude des lois qui pré sidéntàune infinité de forces supraphysiques, igno rées de beaucoup, il nous faut connaître l’instrument au moyen duquel l'homme peut agir sur ces forces.
Cet admirable instrument est le cerveau en ses diverses circonvolutions, remarquable par la structure essentielle des cellules qui existententre les différentes parties qui le composent, chacune d’elles correspon dant aux différents éléments de l’homme : physique,
LA VOLONTÉ 163 ' V‘ïmqwf :, ‘ ' ' "" ° -|1: ‘ ‘ astral, psychique. Ces éléments constitutifs sont doués de potentialités spéciales, analogues entre elles et propres à chacun d’eux. L’une des plusimportantes est le pouvoir volitif, la volonté, celle qui domine toutes les autres et les dirige; sans elle rien ne se fait.
Sur le plan physique, par le corps, le cerveau, dans ses parties les plus grossières,inférieures, préside à la volonté physique, qui devient de l’entêtement quand elle est exagérée. . Les effets de la volonté physique sont limités au corps uniquement dans la partie en relation avec les vase—moteurs ; elle ne peut agir directement ni sur le grand sympathique ni sur ses annexes et moins encore sur des organismes étrangers.
En dehors du système nerveux volitif, son action est limitée à certains or ganes, de certains besoins, aux membres spécialement. Quand l’homme physique formule un désir, un projet, l’intelligence et surtout « l’habitude » lui indiqueront les meilleurs moyens de les réaliser.
Dans la vie de relation, le corps obéità la volonté dans les limites de son action, toute la machine se met en mouvement (cerveau et réflexes) d’une façon plus ou moins coor donnée selon « l’habitude » acquise mais toujours " mécaniquement, d’une façon tangible et visible limitée au corps physique. La volonté physique ne peut s’extérioriser.
Si une personne ordonne de faire telle ou telle chose, ce n’est pas un acte d’extérioriætion de sa volonté, mais un acte d’autorité, et la réalisation par un autre est la conséquence de l’ordre reçu. . .u_
p..- -A’naoA«> t“'ON -‘ « \ u. u . ... &,—. - -uuvdof“ñ 4 -' s ,, . .. - Æ.AJ»L‘.Ët-‘»Aœ and...“‘ ' ÏÏ/.«.- J.._ .. .u... / .. u I . ;q I_' -. ‘. “ç - 164 L’INITIATION La volonté physique de l’homme n’est supérieure à celle des animaux que par l'emploi de l’intelligence et des moyens plus aptes à sa réalisation.
L’animal déchirera sa proieavec ses dents et ses griffes, l’homme emploiera un couteau, les deux arrivent au même but avec des moyens différents, la volonté de couper a été réalisée. La Volonté astrale agit sur le corps physique comme le fait la volonté physique, elle agit surtout sur le corps astral, spécialement sur le grand sympa— thique et annexes.
Elle peut augmenter et diminuer l’influx vital, elle peut réagir sur tous les organes qui président à la vie. Elle peut augmenter la production de la vitalité et l’accumuler au point de pouvoir la transmettre à d'autres organismes, elle peut s’exté rioriser. Les efiets de la volonté physique sont uniquement physiques, matériels et tangibles, les effets de la volonté astrale sont d’un degré plus élevé plus essentiel.
De même que la vapeur d’eau a un pouvoir expansif, sublimé, de beaucoup supérieur à celui qu’elle a à l’état liquide,de même la volonté astrale a un pouvoir expansif en tout supérieur à la volonté physique. Les phénomènes magnétiques, hypnotiques, la sug— gestion, l’autosuggestion, admis même par la Science, sont quelques-unes des manifestations de la volonté astrale.
Pour accumuler la vitalité, elle agit tout d’abord sur l’organisme au moyen des organes spéciaux, ensuite sur le cerveau comme organe directeur et émisseur,
LA VOLONTÉ 165 en ses parties les moins grossières, certaines circon volutions et probablement la matière grise. Ce sont les yeux qui servent de conduits à l’émission. Non seulement la volonté astrale peut dominer la volonté physique, mais elle peut s‘extérioriser et dominer une volonté physique étrangère.
La suggestion, qui annule toute volonté physique, modifie les sensations spéciales aux sens physiques, nous fournit la preuve de ce que le plan astral domine le plan physique et prouve aussi la domi— nation de la volonté physique par la volonté astrale.
La suggestion est la conséquence de la domination du physique par l’astral, auquel obéit le cerveau inférieur et par lui l‘organisme ; l’action des sens est abolie ou modifiée, la douleur n’existe plus n’étant pas perçue par le cerveau soumis. Le suggestionné a perdu l’usage de la volonté physique et son domaine sur le cerveau inférieur qui obéit à la volonté du suggestionneur.
Il n’a plus conscience de ses actes, et ses sens physiques sont modifiés à tel point qu’il peut, par exemple, palper ce qui n‘existe pas physiquement ou ne pas voirni sentir ce qui existe. Un pointà retenir,c’estqu’il conserve la mémoire de ces anomalies sensorielles. En effet, si surun carton blanc il a vu, en état de sug— gestion, un paysage, sur ce même carton et pas sur un autre il le verra toujours, étant dans le même état.
Ici se présente une question que nous soumettons à la sagacité de mieux doués que nous : la volonté physique du sujet suggestionné obéit—elle réellement à la volonté astrale de celui qui le suggestionne, ou bien la volonté physique neutralisée par une volonté étran ,._.«4...,.. .t.. 1,.. ..uA : n ‘ " " _ '.. < . ‘ w. 1 7:. 7 , ; l‘y g. 4» “35 2 7' l .( m_‘, 9»
166 L’1NITIATION "1. «.4.-»-N.. ., . -.....« ..c.4,..-;«-a:‘rÿb .Ç.,.s.. f -”‘ ,ÿ..fi 1—».M'. . ...»L:.“.. “‘w‘i l 1 ...,..1 gère obéit—elle à la volonté astrale du sujet devem active ?
Bien des faits paraissent prouver le domaine de volonté astrale du sujet: il se souvient de tout ce qu’ a fait, vu et dit dans l’état de suggestion et seuiemer dans cet état, c’est-à-dire quand domine la volon astrale, ou tout au moins quand n’existe plus volonté physique. Pareil souvenir ne pourrait exist si sa volonté astrale n’avait dirigé les actes, et réa consciemment sur le cerveau.
L’exemple du cartc indique l’existence réelle de l’image astrale du paysag car si elle n’existait pas, le sujet pourrait la voir 5 n’importe quel carton. Cette image astrale, créée p le suggestionneur, n’existe objectivement que po l’astral humain, libre volontairement ou inconscier ment du plan physique inférieur, limité aux sens ma! riels du corps. Le tact, la vue, l’ouïe sont modifi ou annihilés par la volontéastrale.
Il ya peu d’étudiar en occultisme qui n’aient respiré un flacon d’amm niaque sans être incommodé parles vapeurs car tiques. En supposant que les sensations physiques existe et qu’elles sont perçues par certaines ramifications « système nerveux, on doit admettre que si elles ar vent à l’organe central, le cerveau, elles le font da des conditions telles que, ni celui-ci, ni les réfler n’indiquent ni douleur, ni plaisir.
On peut introdu. des aiguilles dans les parties les plus sensibles « corps d’un sujet en état d’astral, sans que rien en i dénote la souffrance que cette opération produit. C’i un des moyens employés pour reconnaître la réal
r.-. LA VOLONTÉ ’ I 67 du sommeil magnétique. Un étudiant en occultisme, volontairement sur le plan astral, pourra souffrir la même opération sans en ressentir la douleur.
Les changements de personnalité et un grand nombre de médiumnités peuvent être attribués au domaine de la volonté astrale sur la volonté physique, domaine qui se produit chez les médiums par une accoutumance, espèce d’autosuggestion passive, et chez les autres par des causes inconnues jusqu’alors, en dehors de certains cas pathologiques. Une preuve du pouvoir de la volonté astrale nous est donnée par les phénomènes de vampirisme post mortem.
On nomme vampirisme le fait d’une per— sonne morte qui se manifeste semi—physiqueme_nt, en bien ou en mal, dans les lieux où elle a vécu: ce qui corrobore la thèse que nous soutenons,c’est que dans ces cas le corps physique, dominé par la volonté astrale, conserve les apparences de la vie, bien long— temps après l’inhumation.
Le désir de vivre est tellement puissant chez cer— tains individus que la volonté astrale agit avec tant de force sur le corps physique privé de vie active, mais ayant les éléments de vitalité, pour que ces der niers se conservent très longtemps libres de corruption et de la désorganisation des parties.
Ces principes infé rieurs de vie donnent à l’astral inférieur les sensations de vie réelle et lui fournissent les éléments nécessaires à des manifestations physiques et supra-physiques. Il est impossible de nier les nombreux cas de vam pirisme, bons ou mauvais, beaucoup ont été scientifi quement étudiés. 1 “É; _[ — .. . 44 f ._ ' .U,.. .. g..<» .-.Iq-1Mt—w . .... .. ..,.. - Il“nmu&u«‘,’1)‘!efitfl"u' (... '_«_‘-x..
168 L’INITIATION ,».«M.v«. .M3 .A 35 à. 9 «D »-r»À- "-v Que de cadavres, conservant les apparences de la vie, donnentà la famille le faux espoir d‘une léthar gie et la possibilité de la guérison ? Que de cadavres, après des mois et des mois d’inhumation, ont été reti rés de leur tombeau dans le même état de conserva— tien que quand ils y furent placés ?
La victime consciente d'un crime peut, par sa vo lonté astrale développée et manifestée par l’énergie de la vengeance, conserver son corps physique dans un état tel de conservation, que, étant données les cir constances d’une exhumation judiciaire, la preuve du crime puisse être évidente.
Quand le désir de vivre est démontré par la conser vation d’un corps déjà cadavre, s’il n’existe pas des circonstances pathologiques qui impossibilitent la vie, par la destruction d'un organe ou par la perte complète du sang par une hémorrhagie traumatique, la volonté astrale d’un ami peut très bien lui redon ner l’usage actif de sa volonté astrale supérieure qui dominera le corps physique et rétablira peu à peu son domaine sur la vitalité.
Personnellement nous connaissons deux exemples de résurrection dans ces conditions. Il y a peu de médecins qui ne connaissent les effets de la volonté des malades sur la marche de la mala die. Un malade de volonté énergique, qui lutte contre le mal et ne se laisse pas dominer, guérira; tandis que celui de volonté faible, de caractère timide, mal‘ gré des soins plus méticuleux et savants, mourra.
En général, celui qui veut vivre et qui sait vouloir astra lement se guérira bien plus facilement que le faible et le peureux indifférent. È:'___ZÎ’H_MW ""
LA VOLONTÉ 169 Le magnétisme, dans ses effets curatifs si surpre nants, agit avec autant d’efficacité parce qu'il met en action la volonté astrale du patient. Les artistes de tous genres, exaltés par l’art, danSle feu de la composition sont insensibles à tout ce qui se passe autour d’eux ; dominé par l’astral, le corps physique ne perçoit rien, l’expression « hors de soi» est très vraie.
Les exemples cités sont plus que suffisants pour dé montrer le domaine réel de la volonté astrale sur la volonté physique puisqu’elle modifie ou annihile le sensorium. Ils suffisent pour prouver que la volonté physique est limitée au corps physique, sans pouvoir en fran chir les limites.
La volonté astrale, au contraire, peut réagir sur le corps physique par les vase—moteurs, mo— difier ou annihiler l'effet des sens, peut les astraliser, c'est-à-dire en augmenter la puissance, mais elle peut surtout exercer son domaine sur des organismes étran gers dotés de vie et de volonté qui leurs sont propres. ’ Nos affirmations sont prouvées par les expériences bien connues des D“ Luys, Beaunis, Azam, Gibier, co lonel A. de Rochas, etc., tous d’une réputation scien tifique indiscutée.
Si l’on n’admet pas le domaine de la volonté astrale du sujet en état d’hypnose sur sa volonté physique, il est très difficile alors d‘expliquer les phénomènes de la suggestion. Les savants matérialistes admettent une inhibition de certaines facultés cérébrales et de cer tains centres nerveux, mais ils n’expliquent ni le com ment ni le pourquoi de cette inhibition. Dans les ,-... a. .—
1 70 L’INITIATION ._.. a! H. ‘8‘ 'n-..- -........ a -..«... L . . n... ‘ . suggestions à époque éloignée, comment admettre uni quement les « vibrations moléculaires » du cerveau pour réveiller le souvenir de l’heure et de l’acte à ac complir, dans ce moment précis, souvent sans raisons plausibles de le faire et même contraire aux habitudes physiques et manière de voir du sujet.
Le souvenir et l’accomplissement de cet acte indiquent une volonté consciente, présente, plus forte que la volonté phy sique, puisque celle—ci lui obéit sans faire cas des pré jugés. Quand la volonté de l’hypnotiseur n’est pas assez forte pour dominer la volonté physique du sujet, celui—ci reste inactif, hésitant, obéit mal ou n’obéit pas à la suggestion; il y a conflit entre les volontés.
Pour dominer la volonté physique d’un sujet, il faut ou qu’il y soit prédisposé par un état spécial, ou bien que, par des manipulations physiques, passes, etc., son organisme soit placé dans un état qu’on pourrait nommer équilibre instable.
Le premier à la simple volonté manifestée de son magnétiseur passera sur le plan astral, c’est—à-dire qu’il entrera en possession de sa volonté astrale et accomplira sans résistance toutes les suggestions données, à n’importe quelle époque et même dans des circonstances complètement en dehors des usages admis, pourvu qu’elles n’atteignent pas la morale, si le sujet est moral; dans le cas contraire, on pourra le conduire jusqu’au crime, puisque la volonté physique y aidera.
L’autre exigera de la part du même magnétiseur un travail musculaire, manipulations spéciales, pour dominer le corps et la volonté phy sique, et avant de l‘être, la réalisation des suggestions ”\
LA VOLONTË I 7 I données seront toujours sous le domaine de la volonté physique qui résistera, discutera, n’obéira pas àcause du ridicule ou autres raisons de convenances, mais une fois la volonté astrale libre, il agira et pensera au trement.
Ces deux exemples prouvent que c’est, en réalité, la volonté astrale du sujet qui dirige et agit et non la volonté imposée du magnétiseur ; le refus d’ac complir une suggestion prouve la volonté coutumière du sujet, qui sur le plan physique obéit aux habitudes, aux préjugés, etc., tandis que la volonté astrale peut très bien ne pas les admettre.
Cependant, quand le sujet est totalement dominé par un long entraînement, il peut par un acte d’habitude ou de fatigue accomplir sans résistance tous les ordres donnés, il est alors une machine que dirige l’hypnotiseur. ’ Les travaux récents du colonel A. de Rochas avec Lima prouvent que c’est la volonté du corps astral et ' peut-être celle du corps psychique, dontles sensations sublimées sont supérieures à celles du corps physique, qui conduit Lima dans ses manifestations artistiques de perceptions extraphysiques, parce que de la part du colonel de Rochas la suggestion réelle n’existe pas, elle n’est donnée que par l’astral des chants, de la mu sique et des idées.
Le magnétisme, sous ses différents aspects curatifs, lecture de pensées, peut—être l’extase, peut être attri bué à l’astral supérieur. Nous ne parlerons pas de la volonté psychique, ses effets sont tellement rares et surtout si difficiles à classer, qu’il serait peut-être imprudent, dans l’état actuel de l’humanité, d’attribuer tel fait trans -* .t.,.y.:,o_.fl.,..m;œ; j. ,, v.ç&..w.. ’"‘«fi=“ "7 ._"' .at..»
172 L’INITIATION 4 cendantal plutôt à la volonté psychique qu’à l’astr: supérieur.
HALLUCINATION Beaucoup de personnes, aveuglées par un matériz lisme de convention, nient la possibilité, p0L l’homme, d’agir sur le plan astral et attribuent à dt « hallucinations » tout ce qu’il peut ressentir et pe1 cevoir en dehors du plan physique; elles nient part que personnellement elles n’ont pu s'en rendre compù Elles oublient que, pour voir un objet quelconqu« les yeux ne suffisent pas, il faut vouloir le voir, c’est à-dire faire acte de volonté et d’attention.
Que d choses magnifiques passent dansle champ visuel sar qu’on les voie, sans qu’on en soupçonne l’existeno mais qui deviennent visibles quand on veut les vol quand on les regarde. La réciproque est vraie auss car si, hier, nous avons admiré les beautés d’un pa; sage, aujourd’hui, préoccupés d’autres soins, nous pa serons par les mêmes points de vue sans nous en d0I ter et sans les voir.
Nous devons conclure que, pour se rendre comp‘ d’un phénomène quelconque, les sens ne suffisent pa il faut vouloir et par cet acte de volonté se mettre e conditions de voir.
Si les phénomènes de l’astral ne sont pas toujow perceptibles et surtout aperçus par tous, ce n’est p: une raison pour les nier ou les attribuer à des « ha lucinations », il faut les étudier en y prêtant toute 50 attention et se mettre dans les meilleures conditior pour leur production.
LA VOLONTÉ 173 Nous avons employé l’expression « hallucination » qui est l’argument principal de l’école matérialiste. Comment définit-elle l’hallucination? C’est: erreur, illusion d’une personne dont les perceptions ne sont pas conformes à la réalité.
Définition purement rela tive aux sens physiques, qu’on doit modifier, car les phénomènes de l’hypnotisme, admis par la science, sont venus prouver l’existence supra-physique de cer taines perceptions. Dans son état normal de santé, dans l’équilibre par fait de ses sens, l’homme ne peut être sujet à des hal lucinations sensorielles, car il peut les rectifier si elles se produisent.
Les hallucinations se produisent géné ralement dans l’état de maladie, c’est-à-dire quand l’équilibre est rompu, quand c’est le système nerveux qui domine l'organisme. On peut aussi les produire volontairement par l’ingestion de certaines substances qui augmentent l’acuité du système nerveux en rom pant l’équilibre normal.
' Si nous examinons les cas dans lesquels peuvent se produire les « hallucinations », cas admis par la science, nous verrons toujours comme point initial de l’hallucination la prédominance du système nerveux, c’est—à-dire quand l’équilibre entre le physique et l’as tral n’existe plus, ou mieux, quand la volonté phy sique n’est plus maîtresse de l'organisme, dominée qu’elle est par la volonté astrale.
Les cas de vision astrale sont tellement nombreux et scientifiquement démontrés par l’école occultiste qu’il n’est pas nécessaire d’insister davantage pour dé— montrer quel’ « hallucination » n’est pas toujours er . .i ‘.. .. Qqngny.finui-1" ‘ . ‘ .‘.«:’:‘-" " .. - .1...»
I 74 L’INITIATION reur et illusion, qu’au contraire bien souvent elle est une réalité.
Une'personne, même un adepte de l’école matéria liste, très occupé de la rédaction d’un article scienti fique dans lequel il démontre aux spiritualistes leur erreur, tout à coup, sans raison plausible, se sent envahi par un besoin de repos; au même instant, en pleine possession de ses sens, il voit, comme dans un panorama, se dérouler un événement qui se passe très loin de lui; il assiste à un drame dans lequel il re connaît son frère aux prises avec des bandits.
Profon dément impressionné, il note le jour et l’heure; peu de temps après il reçoit une lettre de son frère où tous les détails de cette scène sont indiqués se rapportant exactement à ce qu’il a vu; il lui dit que dans un péril extrême il a pensé à lui et désiré son aide. Ceci ne peut être une « hallucination » puisque le fait était vrai et réel.
On peut conclure que qualifier d’ « hallucination » et d’illusion les phénomènes de l’astral, c’est mécon naître les faits et se mettre en lutte avec l’évidence et la logique. Les moyens de se rendre maître et utile sur le plan astral appartiennent à l’lnitiation, mais ce n’est pas ici le lieu de nous en occuper. Ç ;,È__ ,.mb—ankç.æ.änäiäul—.»»U '' ' \ . »>4»—,4.‘.—- .4- ._..-..‘.,,._ ..- ._-.»-n , ,9”.
PREUVES Notre travail serait incomplet si nous n’appuyions nos affirmations de quelques faits qui peuvent, sinon en confirmer l’exactitude, au moins en démontrer la à
LA VOLONTÉ 1 75 possibilité, et prouveront que nous ne sommes pas seul, à croire que c’est la volonté dynamisée qui est le mo teur unique des faits extra-physiques. magie, astral, etc. Nous serons très court puisque la plus grande par— tie des faits que nous pourrions citer sont connus de tout occultiste.
Pietro Pomponace, professeur de médecine et de physique à Padua, Ferrare et Bologna, de 1462 à 1525, dans son Traité de l’Immortalile’ de l’âme, ad met qu’il y a des personnes spécialement douées qui ont le pouvoir de guérir les maladies au moyen d’une force mise en jeu par la volonté. Pour arriver à ce ré sultat, il faut, dit—il, une foi véhémente et une forte volonté.
En 1758, Jean—Joseph Grassner, curé de Klosterle, Tyrol, acquit: une grande réputation pour les cures qu’il obtenait par la volonté. Pour convaincre les in— crédules, il modifiait à sa volonté le rythme du pouls des malades (volonté astrale extériorisée), ainsi qu’il résulte du procès-verbal rédigé par une commission de médecins nommés par Frédéric I“, duc de Wur temberg, conservé dans les archives du duché.
La relation du Dr Hensold de la visite qu’il fit au Balai-Lama, prouvent les effets des volontés supé rieures développées à un degré extraordinaire, puisque le Dalai—Lama n’était à cette époque qu’un enfant de huit ans.
Le Lama lisait clairement mes pensées et y répondait dans les langues qui m’étaient familières; cet enfant était un penseur profond ; il connaissait la minéralogie et les sciences naturelles, etc. En 1783, M. Turner, envoyé anglais du Bengal ....L.
176 L'INITIATION j;’f w “"-;j pour saluer le Tichu-Lama, se trouva en présence d’un enfant de dix-huit mois, étonnant pour l’intelligence qu'il démontrait dans la réception qu’il fit à l’envoyé du Gouvernement anglais. Si bien, en raison de son âge, il ne pouvait parler, il faisait comprendre par geste ce que les serviteurs devaient faire.
« Les Lamas ont deux chefs principaux, le premier « est le Dalai—Lama, c’est—à-dire, selon Amiot, le Lama « qui voit tout; le second, Tichu-Lama, celui qui « exécute les ordres. « Les Bouddhistes considèrent ces deux person « nages comme immortels, ils abandonnent un corps « usé pour en occuper un sain et robuste quiest géné « ralement celui d’un enfant.
Cet échange ne peut se produire sans que le Lama soit complètement maître des plans inférieurs phy sique et astral. A ce propos nous devons faire observer combien plus logique et profitable est le système employé par les Lamas pour continuer leur existence terrestre pen dant un temps indéfini, que celui suivi parles Mahat mas.
Ces derniers conservent leur organisme, qui peut vivre des centaines d‘années, cependant sujetà l’usure comme toute matière, ce qui exige un emploi conti nue] et spécial de la volonté pour le conserver et le préserver. Les Lamas préfèrent renouveler leur organisme en en prenant un, ou mieux en en créant un à la source de la conception.
Ils choisissent naturellement des auteurs forts et robustes, et pendant la gestation, l’as tral domine tout, mère et fœtus, et préside au perfec— -. 4"JJ
SON-LUMIÈRE-COULEURS DANS L‘ASTRAL 177 tionnement du corps physique. On peut dire que, pen dant cette période, le Lama a deux corps soumis à sa volonté astrale. Nous sommes arrivé au terme de notre travail ; nous désirons que les idées émises puissent inspirer de plus instruits que nous, plus en vue dans le monde savant, et par'cela même les imposer à l’étude des chercheurs de la vérité. H. GIRGOIS.
INTRODUCTION A L’ÉTUDE Bu « Son—Lumière-Eouleus » dans l’lstral (Suite) L’âme n’a pas été créée pour le corps, mais le corps pour l’âme. Quoique paradoxal, c’est réel; les animaux sont bien des corps sans âme (1)! Mais l’âme déchue a besoin du corps pour se régénérer, et ne saurait s’en passer (2).
Aussi, lorsque la totalité de l’âme collective primi tive aura été régénérée, le monde, qui n’est qu’une illusion, qu’un reflet, disparaîtra progressivement (1) Ils n’ont qu’une âme animale ou inférieure. (2) Du moins pour les incarnations terrestres. Il doit en être de même pour les autres corps célestes habités. 12
178 L’INITIATION . A; ,, » <" * »-‘va Il ':çÏu-.Ï.f .g..;. '_-\.,.—_ a... .,. .—. comme il s’est montré. La matière retournera è matière une; la vibration multiple à la Vibration . tiale.
Tout se résolvera en Lui, ce sera comme la d’un long et douloureux rêve, ce sera le réveî jamais de ce qui est immatériel qui aura lieu. matière n‘aura pas plus eu de réalité, malgré nc affirmation actuelle, que toutes les chimères 4 hantent nos rêves et qui en ces moments nous par; sent pleines de vie et de mouvement. ’ Alors la parole sera lumineuse, mais d’une lumi dont nous ne pouvons nous faire idée.
C’est le l\ vana de l’Indou, et non le paradis sensuel ou me riel des autres. La matière est donc de laparolefige’e qui se de} lera. Même sur terre nous pouvons étudier les efl terribles du son matériel, tels que le roulement tonnerre dans les montagnes. de l‘ouragan sur mer. Il serait curieux de savoir ce que ces bruits f midables doivent projeter en astral, on aurait pe être la solution à bien des questions.
Les ora} magnétiques, aériens, maritimes, quoique manifes tions diverses d’une même chose, ont un princ supérieur qui les dirige. Est-ce le choc en retc opposé à d’autres forces et chargé de ramener l’éq libre ? Est-ce l’accomplissement des lois du Destin prévr par la Providence P Suivant les cas on peut considé la chose de deux manières. Le Mantram choisi I la volonté consciente peut être cause d'un orage g] de conséquence. La nation qui doit périr, qui a f
SON-LUMIÈRE-COULEURS DANS L’ASTRAL 179 son évolution, peut voir sa flotte s’engloutir dans le cyclone.
Les moyens employés par la nature sont simples; une petite cause apparente peut produire de grands effets, ainsi : Un rayon de soleil éclaire une certaine surface ter restre, voisine de la mer, un nuage passe, poussé par un léger zéphir, et amène sur cette partie une inégale chaleur qui se traduira dans la masse gazeuse del’air environnant par une tension électrique que nous admettrons positive et qui tâchera de soutirer à un nuage voisin son électricité négative, ce qui provoque quelques coups de tonnerre sourds qui mettent en branle d’immenses quantités d’air et déterminent une riolente tempête.
De cela la perte d’une flotte, d’une colonie, d’une nation... Un simple rayon de soleil tombé sur une surface qui s’échauffe vite mais rayonne aussi rapidement, a été une cause d’une rup ture d’équilibre, cause de la perte d’un monde. Si on laisse la désignation de « Esprit » (Ame) pour le principe supérieur qui anime l’homme, on peut appeler Génies (I) ceux qui animent les éléments, l’astral.
Et ce mot de Génie, de ceci ou de cela... n’est mis ici que pour différencier la partie supérieure intel— ligente, immatérielle, distincte de chaque élément. Manifestations diverses du reste d’une même chose.
Cependant on donne aussi ce nom à certains êtres libres ayant des formes corporelles distinctes et qui vivent par classes séparées dans ces divers éléments; (1) Matière hylique ou astrale = substance en fermentation, \ matière subtile en travail.
180 L’INITIATION parfois ceux qui savent se les rendre favorables peu vent s’en servir pour produire certains effets magi ques. Ils servent d’intermédiaires, mais les lois naturelles ne peuvent jamais être transgressées.
Il y a des êtres éthérés supérieurs à l'homme (Anges), d’autres très inférieurs, d’autres presque égaux à lui (Élémentals); rien que cette classification indique la diversité des pouvoirs qu’ils peuvent avoir comme aides de l’homme sur les éléments. Des Formes. -— Les sons, les voyelles, les paroles, les incantations projetées en astral paraissent avec des formes déterminées.
Etudions la forme et disons de suite que l’astral est le monde des formes. « Au-dessous du Verbe divin, de l’lntelligence ou de la Raison universelle qui a préexisté et présidé à la formation des choses, nous rencontrons les fé— rouers, c’est-à-dire les fermes divines, les types im mortels des différents êtres.
Le feu et les animaux ont leurs férouers comme l’homme; les nations, les villes, les provinces, aussi bien que les individus. » (ZEND AVESTA.) « Toute chose est d’abord créée dans le monde divin en principe, c’est-à-dire en puissance d’être, analogue à l’idée chez l’homme. « Ce principe passe alors dans le plan astral et: s‘y manifeste « en négatif», c’est alors que commence la création sur le plan physique dans le monde visible. La forme astrale agissant sur la matière donne mais
SON-LUMIÈRE-COULEURS DANS L’ASTRAL 181 r_fi__ . sanceà la forme physique, comme le moule donne naissance à (une) statuette... (I ) » Il doit y avoir une relation entre la couleur, le son et la forme, et dans ce cas surtout, comme c’est l’ex pression du verbe, elles ne sauraient être arbitraires, car en ce monde tout marche suivant un plan préétabli, mais nous ne pouvons que le saisir fort difficilement.
Ces formes ne sont ni mystérieuses, ni kabbalisti— ques, ni divines au sens propre du mot; elles sont rationnelles et c’est tout, le mystérieux n’existe pas. Quellea dû être la génération des formes ? Quelle est la figure‘manifestée la plus simple possible ? C’est le point.
Le point n’a pas de dimension, c’est une con ception métaphysique, mais, quelque petit qu’il soit, nous sommes obligés pour le saisir de nous le figurer représenté par quelque chose de sensible. C’est le Non-Être devenant Être. Enfin, pour être visible sur un fond sombre, il faut qu’il soit lumineux, pour pouvoir s’en détacher. Ce point est dû à l’intersection de deux droites se coupant à angles droits ou sous un angle quelconque.
Une foule de droites pourront se croiser par ce point, d’où il paraîtra irradié. C’est la projection divine. Puis les rayons multipliés à l’infini se touchant don nent l’impression d’une surface, d’un cercle brillant limité par la circonférence, d’une sphère, si on consi— dère les trois dimensions. Mais ici le point sera Centre; dans d’autres figures, il n’est plus chose capitale mais relative.
Le point peut (I) Dans Papus, voir Traité des Sciences occultes. ! ". 1‘ .ar -:\ ..) tutu, tflrîî g :..a.:«ä:mr ' .ùI >.a.'v'«u‘-’t‘«"w - ! i' \ i _.:"" t’a-1'. A _.._.:ï_e
182 LÏN!TIATION '-c-...- \... i... se mouvoir en laissant sa trace. Il peut aller dans u direction rectiligne (ligne droite) ou dévier à chaq instant de sa direction (lignes courbes diverses). Certains auteurs ont prétendu que le langage é( avait précédé le langage parlé (1). Ce qui est sûr, c’ que cette écriture géométrique a joué un grand rôl l’origine des civilisations.
Soldi (2) par ses trava ‘ retrouver cette langue sacrée presq cherche a inconnue maintenant; il frappe à toutes les toml qui en cachent quelques antiques vestiges. Elle n’exprime pas la vraie langue de l’astral, tu peut s’en rapprocher quelque peu, surtout dans : signes élémentaires et fondamentaux.
Ils se transf« ment bientôt en figurations compliquées,surtout ex; mées dans les hiéroglyphes de l’ancienne Égyp‘ Également les nombres figurés d’une manière magie sont des exemples de ces antiques figures (3). o ‘ l. Le point. Principe. —- OU — 2. Un trait ou deux traits séparés. Antagonisme. A 3. Le triangle. Idée. D 4. Le carré. Forme adoptive. jÏj 5. Le pentagone. Pentagramme. ' I Éï 6. Le sceau de Salomon. Equilibre. D A 7.
Un carré et un triangle. Réalisation. D D ou 9l5 8. Deuxcarrés ou étoile à 8 pointes. Équilibre des fora A A A 9. 3 triangles l‘un à côtéde l‘autre. Perfection des idée (9 m. Un cercle. Cycle éternel. (l) Voir travaux de Ch. Lémouzin. (a) Le Langage sacré, par Soldi, (3) Papus, Traité de magie pratique.
SON-LUMIÈRE-COULEURS DANS L’ASTRAL 183 L’alphabet primordial doit être simple. Il était la forme qui devait se manifester sous l’énonciation de la parole. Or la parole proférée s’agrège à l’instar des corps solides dissous, suivant les lois d’une cristallo graphie propre mais offrant de l’analogie avec celle qui fait loi aux corps solides.
Voyons ce qui pourra se passer: l’Éxistence sera révélée par un point brillant (lumière blanche ou lumière jaune, la plus brillante couleur suivantle cas).
C'est l’affirmation, le « je suis », c’est brillant, donc c’est visible. , Les sons obscurs existent, mais notre oreille ne peut les percevoir; il peut y voir des existences obscures non manifestées, mais nous ne saurions les voir, nous les sentons, c’est tout : il en est ainsi de la Divinité, à moins que nous ne la contemplions dans la Nature manifestée. (A suivre.) .-;; ' .‘..gg :pæ‘ü—-j;ÿ-æ - : ,nsi‘-v .u.. r <; ...‘.
Commission d’Études psychologiques A dater du 15 juin 1901, une commission spéciale set créée à Paris, au moyen des membres choisis dans 11 centres suivants: École hermétique; Société des Conférences spiritualistes; Ordre martim‘ste; Société alchimique de France. A ces membres, pourront être adjoints des chercheu. indépendants, connus par leurs travaux originaux.
Cette commission permanente, qui n’admettra dans se sein ni profanes, ni curieux, et qui n’aura pas à s’ocm per de cotisations, ni d'aucune question d'argent, 3m pour but d’étudier les sujets et les médiums auxquels dt certificats d'expériences seront délivrés. Elle agira p: les forces psychiques, comme les laboratoires d’essa agissent par les forces physiques.
Nous publierons bientt’ la composition et l’organisation de cette commissio permanente, ainsi que son programme. L’ARITHMO-INTUITION Nous sommes heureux de donner aux lecteurs de 1’111 tiation la primeur d’une étude quiintéressera demain le nombreuses sociétés de psycho-physiologie éparses u peu partout.
Il s’agit des facultés curieuses d'un expérimentateu M. Broussaÿ, qui reçoit à son domicile, 105, boulevar Magenta, Paris, les personnes que ces études intéressen " kcî’Îâî
L’ARITflMO-INTUITION i 85 Par l’emploi de l’arithmointuition, M. Broussay ré pond,d’une manière aussi étrange que précise, à des ques tions posées par écrit. Il répond entre dix questions à celle qui, seule, vous intéresse spécialement. Après une première série d’expériences, nous allons donner le résultat de nos recherches qui sont encore incomplètes au point de vue strictement scientifique. Mais décrivons d’abord en détail le procédé em ployé.
Vous écrivez sur de petits carrés de papier un certain nombre de questions, quatre par exemple (vous pouvez en écrire dix, si vous voulez). Sans regarder les questions écrites, vous numérotez au verso les quatre carrés de papier de 1 à 4. Ensuite vous choisissez, parmi les quatre ques tions, celle qui vous intéresse particulièrement. Vous regardez le numéro de cette question inscrit au verso. — Supposons que votre question porte le n° 3.
Vous ouvrez un cahier de chiffres Composé par le mé dium et contenant dix ou quinze pages de chacune trente-six nombres. Au haut de chaque page, il y a un chiffre de 1 à 15. ——Vous ouvrez ce cahier à la page indi quée par le numéro de votre question. Dans le cas qui nous intéresse, notre question porte le n° 3. Nous ou vrons donc le cahier à la page 3.
Dans cette page, vous choisissez au hasard un nombre parmiles trente-six indiqués et vous écrivez ce nombre sur un carré de papier que vous placez sous les yeux du médium. En même temps le médium se concentre et prend dans sa main vos questions, mais du côté des nombres. Il vous passe les quatre questions que vous lisez.à haute voix, sans faire de différence entre la question qui vous intéresse et les autres.
C'est alors que le médium écrit la réponse. Il écrit soit en turc, soit en arménien, soit en grec, quelquefois en français et il vous lit la traduction que vous transcrivez et qui répond à la question posée en rappelant le plus souvent les termes de la demande, de manière qu’il ne peut y avoir aucun doute. Tels sont les faits, voyons la critique. i l _3 -. -‘-.* r t... ,.. H ' ._ ,..,.’ .«.- a - - ‘l l ’( |
» 1* A. 186 L’INITIATION "* r.i CRITIQUE ou PHÉNOMÈNE En résumé, le procédé Consiste à retrouver la question d’après un chiffre découvert sur un cahier fourni par le médium. Cela rappelle assez les pratiques des Oracles des Sibil‘les et autres livres du même genre pour ne pas penser à la prestidigitation. Ce sont ces premières objections que nous nous sommes efforcés de résoudre.
Après avoir constaté, dans une série de quatre-vingts questions environ et diverses séances, la concordance des réponses à chaque question, nous avons fait varier les facteurs du problème. Nous allons résumer les observa tions favorables au médium et celles qui demandent en core un éclaircissement. EN FAVEUR DU MÉDIUM Nous avons fait poser et lire les questions en russe, langue que le médium ignore, et la réponseaété satisfai sante et claire.
De plus, dans les réponses des initiales de noms propres, absolument impossibles à connaître par le médium, ont été données. Ce qui porterait le problème sur le terrain de la suggestion mentale, mais le sortirait du domaine de la prestidigitation, ce qui est seul important dans ce cas.
Ensuite, nous avons numéroté les questions non plus avec des chiffres connus, mais avec des caractères secrets, et la réponse a été satisfaisante huit fois sur dix. Enfin le médium nous a prié de compliquer un nombre par l’adjonction d’une série d’autres choisis par nous au hasard dans une table et l'expérience a réussi.
CÔTÉ A ÉCLAIRCIR Il est évident que les rapports entre la question et les chiffres du cahier fourni par le médium sont très étroits. En effet, deux fois sur dix, lors de l’emploi des carac tères secrets, le médium a répondu à une question pour une autre, ce qui nelui arrive jamais en marche normale. '«œ_ «:.7. :- «“4?
ÉTUDE BIOMÉTRIQUE DE M. BROUSSAY 187 Il faudrait donc refaire une étude attentive des chiffres du cahier et changer les numéros des pages pour élimi— ner tout à fait ce facteur et nous n'avons pas encore pu, dans les expériences de début, aborder ces recherches. CONCLUSION En résumé, nous avons constatéla réussite certaine dans quatre-vingts essais sur quatre-vingt-deux, même quand les conditions de l’expérience ont été variées à notre choix.
Il semble exister un rapport étroit entre le nombre de ces questions etles numéros des pages du cahier; mais les faits nous semblent dignes du plus haut intérêt.
Sans donner au demandeur les faits de clairvoyance étranges qu’on trouve dans l’exercice des facultés de Mm Lay Fonvielle, ces expériences présentent un carac tère scientifique capable d’intéresser beaucoup les ma— thématiciens. _ Il nous reste à étudier ce médium au point de vue de son tempérament, de sa formule biométrique et de ses autres facultés, ce que nous ferons par la suite.
En terminant, remercions M. Broussaÿ de la bonne grâce et de l’amabilité avec lesquelles il s’est prêté à nos investigations souvent ennuyeuses, et souhaitons-lui bonne chance et grand succès. Parus. Étude hinmétriqua de M. Broussay Le D“ Baraduc a bien voulu examiner le médium au point de vue de sa formule biométrique, en compagnie du D" Rozier. Voici les résultats obtenus: M. BROUSSAY, 7 MAI 1901 Avant les questions. G. attraction 30° (cette déviation se maintient long temps après que les mains ont été retirées).
188 L’INITIATION D. répulsion 30° (quand les mains sont retirées, l’ai guille revient en arrière, dépasse le zéro et va se fixer à‘ attraction 20°). Gauche : fixité dans la façon dont les forces vont à lui Formule involutive chez un médium actif. Droite : oscillation, passage de répulsion 30 à attraction 20 : 30 de force psychique personnelle : logique. conscience, jugement et véracité.
30 d’activité phy sique. — 30 + 20 : 50 force d’initiative, prémonition. voyance. Quand il est lui-même, son chiffre est 60: idéal, esthé tisme, indépendance, sentiment artistique. Bonheur dans la liberté, l’esthétisme et l’indépendance. Sous l’influence de la force qui le pénètre, 1 10 (— 3€ + 20 + Go), yoga, il est dans le premier plan de yoga. vie unitive dans une bonne nature. Pendant les questions : rien. Après les questions.
D. attraction 5° puis, après le retrait des mains, attrao tions 25°. G. attraction 25°, ne se prolonge pas: l‘aiguille revien1 vite à son point de départ, après le retrait des mains. 50° : initiation, avec une dépondémtion nerveuse. psychique et physique. Collection de 1’é’nitiatian Nous possédons encore quelques collections de l’Ini tiation depuis I895 que nous pouvons céder à nos lec teurs à des conditions exceptionnelles. Prière de s‘adres ser à notre administration, 4, rue de Savoie.
BIBLIOGRAPHIE I 89 L’HOMME DE DÉSIR Nous sommes heureux d’annoncer à nos lecteurs que la réédition de 1’Hompre de Désir, de Louis-Claude de Saint-Martin, est terminée. Le volume va paraître dans quelques jours. Il a été tiré à très petit nombre. Il coû tera sept francs pour les acheteurs ordinaires et cinq francs seulement pour les abonnés de l’Im’tiah’on et ceux de l’Hyperchimie. On le trouvera, 4, rue de Savoie.
NOS lecteurs sont priés de s’inscrire sans retard. Bibliographie L’Échelle d’Amour, roman historique et d’aventures, par PAUL REDONNEL. Paul Redonnel publie en ce moment dans la revue jeune les Partisans une étude du Portugal en I567, dont il sied de dire quelques mots.
Paul Redonnel est, à mon sens, un remarquable exemple de l’intuition et l’instruction ésotérique que peut décou vrir une âme enthousiaste de poésie et comme vibrante de chaque ondulation du grand courant de l‘existence.
Curieusement sensitif, cet esprit se tend, telles les herpes éoliennes, à toutes les harmonies intérieures, à ces vibrations que si absurdement les gens à courte vue séparèrent en deux classes, et, ne pouvant les percevoir dans leur étendue, différencièrent en l’objectif et le sub jectif.
Cette rare faculté, dont le regretté génie Stéphane Mallarmé fut à si haut point possesseur, est à mon sens une des marques les plus certaines des œuvres de Re donne]. Et l’on ne saurait assez louer cet écrivain d’avoir, en dépit des calomnies de ceux qui ne comprennent point, osé dire non seulement ce qu’il pensait, mais comme il
190 L’INITIATION , pensait. Il n‘y a point de solitude dans la vie, la nature vit en l’homme, et l'homme vit dans la nature, nulle pen— sée, nul acte, ni joie, ni peine, n‘existent qui nous soient absolument et uniquement propres. Le sujet et l’objet ne sont point séparés mais intimement liés ;dirais je que le pôle positif et le pôle négatif d'une pile sont divisés et séparables l’un de l’autre.
Ceci il faut le con naître pour comprendre le premier mot de l’énigme vitale, du moins dans la faible partie permise à notre sens. Et c’est de là que proviennent en les écrits de Redonnel d‘étonnantes notations ésotériques. Je ne veux point faire une analyse de ce roman, me réservant pour le jour où sa parution sera complète. Non plus je ne parlerai de cette écriture chaude, comme le soleil portugais.
Je citerai seulement les curieuses trou vailles qui ont permis à l’auteur de constituer une scène magique de très haut intérêt. Les dix-sept serments ma— giques prennent sous cette plume vibrante une ampleur et une majesté je dirais évocatrice. Cette visite à la magi cienne est fort remarquable et je me propose d’y revenir quelque jour en une étude plus suivie.
L’état d’inachève ment où se trouve le roman ne permet malheureusement point de plus longs développements.J‘aurai une joie sin cère à y consacrer une critique plus longue, le jour, je souhaite prochain, de son apparition en volume. R. SAINTE-MARIE. Des Grâces d’oraison, traité de théologie mystique, par le R. P. YAUG POULAIN. — Paris, Retaux, 82, rue Bo naparte, 1901, in-tz.
Le savant théologien a consacré quarante années de sa vie à étudier la mystique, non seulement dans les livres, mais en étudiant les très rares personnes qui arrivent à des états exceptionnels. Après ces quarante années, il aurait pu écrire un traité dogmatique in-folio : sa mo— destie lui a inspiré de publier un volume in-rz purement pratique, donnant des descriptions claires,avec des règles de Conduite bien nettes.
Il souhaite avec raison que d’autres travaillent à accumuler des faits, parce que la mystique est une science d’observation. {.LJ' _‘
BIBLIOGRAPHIE 1 9 I Le plan de cet ouvrage est parfaitement régulier. Il parle des quatre degrés d’oraison, de l’union mystique et de ses caractères, et étudie à part chaque degré d’union mystique. Quant aux révélations et aux visions dont le vulgaire des lecteurs fait tant de cas, le P. Poulain expose com— ment le plomb peut s‘y mêler à l’or, et donne les carac tères qui permettent de distinguer les vraies des fausses.
Chaque chapitre est suivi de citations très bien choi sies; et le livre se termine par une bibliographie des plus savantes. L’ouvrage est de tout premier ordre,pour la profondeur des connaissances, la sûreté de la doctrine, le talent d’exposition, l’élégance et la précision du style. Nous recommandons sa lecture à quiconque étudie la mystique ou est entraîné dans les voies de la mysticité.
L’ouvrage, purement catholique, peut plaire aux mys tiques de toutes les écoles. Il renferme, malgré son dog matisme sévère, des pages admirables sur l’identification de l’âme avec Dieu dans l’amour (p. 82-83), sur la diffé rence entre le vrai mysticisme et le quiétisme (p. 112), sur la vue de Dieu (p. 196).
Au sujet de la lévitation, l’auteur pourra se reporter au livre de M. de Rochas et à l’Initiation d’avril 1901 (Au pays des Esprits) : il verra que l’explication natura liste ne prétend pas mettre en jeu l’électricité, mais le fluide astral (p. 159). Le savant auteur ne cite jamais les œuvres des théo sophes et des occultistes contemporains.
Il rejette en bloc toutes les prophéties ayant un caractère politique : c’est plus commode que, d’en vérifier l’authenticité. Pourtant, si la Providence prépare une fusion des Églises chrétiennes et la paix du Saint-Esprit, il lui faut l’annon cer. En dehors de ces critiques, nous ne pouvons que louer l’esprit de l’ouvrage et la charité dont l’auteur est animé. G.
Aux Lecteurs de la « chine Ilouvllo » Nous adresserons à nos lecteurs, comme numéros spé cxaux, les llvraisons du Siège de Péking. La préparation
I 92 L’INITIATION ç-- 'rfi-vww'—IFWÎ . , . de cette œuvre importante nous a pris quelque tem surtout pour la confection de plus de cent clichés « l'ornent. Nos lecteurs nous sauront gré de nos sac fices et nous pardonneront notre retard, nous en soma sûrs : qu‘ils conservent donc précieusement les livraisr sur papier couche qui vont leur arriver successivem sans préjudice des numéros ordinaires.
Le Siège de Péking aura environ 300 pages et formr un tout complet. On peut, dès maintenant, souscrir4 l'ouvrage. L'ADMINISTRATION Le Gérant : Encausss. Paris-Tours. — lmp. E. ARRAULT et Cie, 9, rue N.-D.-de—Lore
'HYPERCHIMIE ' ’ ROsa Alchemica’v REVUE MENSUELLE D’ÀLCHIMIE, D’HERMÉTISME ET DE MÉDECINE SPAGYRIQUE j0rgane de la SOCIÉTÉ ALCH1MIQUE DE FRANCE DIRECTEUR I RÉDACTEUR EN CHEF: ,. JOLLIVET-CASTELOT - SEDIR Docteuren Hermétime et on Kabbsld Docteur en Kabbale. .:l.‘Sl-‘..ÇH_É_T.AJRE,DE l.A RÉDACTION :_ JULES DELASSUS PRINCIPAUX COLLABORATEURS: 10 F. Ch.
Barlet; Jacques Brieu; Clavenad; Jules Delassus; Stanislas de Guaïta +; Guymiot; Dr Marc liaven ; F. Jollivet-Castelot; D" Papus; D" F. Rozier; Sédir; Sisera; Nerveine l. — 2° Amo; Dlr Baraduc; Serge Basset; Pierre Bornia ; 2M. Decrespe +; Dr Delézinier; A. Deneus; Il. Désormeaux; H. Dur rille; André DubOsc; D" St H. Emmens; Louis Esquieu; D" H. Fa— ire; Dr Fugairon; Dr T. Krauss; Auguste Strindberg; M““‘ de Thèbes; Th.
Tif’fereau ; Dr Thorion; Georges Vitoux. i Le Numéro ; 30 Centimes ABONNEMENTS DIRECTION ET RÉDACT|0N ABONNEMENTS ' FRANCE 49, Saint-Jean, Douai (Nord) “mm; POSTALE ’ Un an . . . . . 4francs ADMINISTRATION Un an . . . . . 5fl'ancs six mois.y. 2n.so 4. Rue de Savoie. Paris . Six mois... “av...
BIBLIOTHÈQUE 'A VENDRE On désire céder, en totalité ou en détail, une belle bibliothèque d’ouvrages sur les Sciences occultes : Hermétisme, Magisme, Magné— Iisme, Spiritisme, Théosophie, Cabale, Sorcellerie, Mysticisme,etc. Cette bibliothèque très importante renferme, en beaux exem— Naires, presque tous les ouvrages traitant des sciences ci-dessus.
Elle renferme au complet, et en plusieurs exemplaires pour certains ouvra es, les œuvres de Saint-Martin, de Bohme, de Papus, de StanisŸas de Guaita, d’Eliphas Lévi, de Fabre d’Olivet, etc., etc. Le catalogue manuscrit pourra être communiqué aux ,amateurs sérteu:r qui en feront la demande. S'adresser à H. J. Barbarin. à Branges (Saône-et-l.oire).
ÉDITIONS DE L’INITIATION .... .,.._.,fl___q ALBERT PCHSSOBI L’lnitiation Alchimique Treize lettres inédites sur la pratique du GrandŒuvre, avec préface du Dr MARC HAVEN et un portrait d’Albert Poisson, 35 pages . . . . . . . . . . . . . . . 1 franc M.FRANCO Les Sciences Mystiques r LES JUIFS D’ORIENT 68 pages . . . . . . . . . . I. . . . .
1 fr. 50 AMARAVELLA % Ü , . Le Secret de 1Umvers, SELON LI:Z I ' BRAHMANISME ESOTERIQUE I3l()j Le Brahmanda ou Univers Intégral, 64 Pages, 1 fr‘ I
HAIE-MAÇONNERIE ET SBIEIGES BIËGIILTES A Vendre IMPORTANTE BIBLIOTHÈQUE sur la Franc-Maçonnerie et les Sciences Occultes, composée d’ouvrages rares, par les auteurs les plus célèbres des xvrue et XIXe siècles.
Écrire à M. ROSEN, 9, rue Chappe, Paris pour recevoir renseignements et catalogue Parmi les ouvrages qui composent cette importante bibliothèque nous signalons les ouvrages suivants : ALBERT LE GRAND : Les .4 dmirables Secrets. — ALBERT LE PETIT: Secrets merveilleux. —— ALBERT MODERNE : Nombreux Secrets — BEDARRIDES : L’Ordre maçonnique de Misraïm. — J. BELL0T : Œuvre. — CLAVEL : Historique pittoresque de la F.'.
M.'.. — DARUTY : Recherches sur le rite écossais. — DES ETANGS : Ar— = chives et Œuvres maçonniques. — ELIPHAS LÉVI: Ouvrages divers. — DE GENLIS : Arabesques mythologiques. — JOUAUSTZ Histoire du G.'. O.'., Histoiré de la F.'. en France. — KAUFFMANN et CHARPINZ Histoire philosophique de la F.*. M.-., —— le Véritable Dragon rouge, le Grand Grimoire.
Phy sique occulte. -— MARCONISZ Le Rameau d’or d’Eleusis. — l’u NAUDET : Ouvrages sur la magie. — PORTA: Magiæ naturalis. ‘— RAGON: Œuvres complètes sur la F.'. M.'.. — DE SAINT ANDRÉ: Lettres sur la magie.
Lettres réponses. — SAINT-MAR TIN : Les Erreurset la Vérité, Tableau naturel, etc. — SYBILLINA Oracula, 0rapula magica Zoroastris, Oracula metrica. — TCHOUDY: L’Etoile flamboyante. -— LOUIS LUCAS: la Chimie Nouvelle, la Médecine nouvelle, etc. — Divers ouvrages sur le lrWagnétz‘sme et le Spiritisme. !
êe “ Gcä’éëëæ?âëëéëäë ” est le dernier perfectionnement des appareils multiplicateurs, le seul qui donne des copies d’écritures, de dessins, etc., sans encre d’imprimerie. Pas de presse, pas de lavage. 150 copies en 15 minutes. L'appareil complet, format 22X34 . . . . 28 francs Adopté par toutes les grandes administrations, Marine, Colonies, Guerre. Chemins de fer, Ecoles, Mairies, Officiers ministériels.
Ingénieurs, Commerçants, Induslriels, etc. Ô%*‘l‘%+ü%%ü*l‘âëû‘l“b‘l‘i“l‘l‘i‘ë ëa “ <Êëéëc—*ËÆ ” ” est. la machine à écrire la plus nouvelle et la moins chère. 15 minutes suffisent pour la connaître. Sa solidité exception nelle résulte de sa simplicité. On peut copier et multiplier avec le Chapirographe. . . . . . . . . 92 francs %%%*%%%+ë%%+%ëëëâ+ë*fi%% Détacher le bulletin suivant et l‘envoyer à The GHM’IROIËRAI’H G°.
HALLEY, Directeur PARIS, 9, Place de la Bourse, 9, PARIS Prière de nous envdyer à l’essai pendant 5 jours : 1 “ çÇIlapîrographe ” 4%" 2, a' 28 francs. 1 Machine a’ écrire ” @raphic ” a‘ 92 francs. - (Barrez l‘appareil qui ne vous intéresse pas) Dans leurs où votre envoi ne nous conviendrait pas, nous vous le relournèmns franco et sans rétribution. Adresse . , .. .. Profession ’ Signature ............................ .. . .. ., . .. Prière d’apposer le cachet de la Maison. Paris-Tours. — Imp. EWNotre-Dame-de-Lorette.