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_ 9 ® 0 . o' ' L In 1 t1 3 t1 0 11 Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS I E? O. >1< Docteur en médecine -— Docteur en kabbale , W ’04— v—-——<—v—-———- ‘ 50“" VOLUME. - 14"" ANNÉE SOMMAIRE DU N° 7 (Avril 1901) .__ ,4.— PARTIE INITIATIQUE Projet de programme pour la Société Psycho Physique de Saint-Pétersbourg. . . . . . .
Papus. (p. 1 à 12) PARTIE PHILOSOPHIQUE La volonté . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . H.Gir90is. (p. 13 à 32) La Croix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Zhara. ’ . (p. 33 à 35) Llslamzsme esotérique . . . . . . . . . . . . . . . Probst—Biraben (p. 36 à 45) Au pays des Esprits (suite) . . . . . . . . . . . . . S . (p. 45 à 63) on-Lumzère-Couleurs dans l'Astral (suite). . .
Tidianeuq (p. 63 à 75) Éco ' ' ' féIreensclà}säéële_uye11I3re des scxçn_ces hermétiques. — Société des con danœ _pmtæaIxstes. _——Blbllqgraphie. ———Erratum. — Correspon - — 1 ecrolog1e. — AVIS à nos abonnés. Tout ce qui concerne 1 ' ' Vÿm a Redactmn et les Èchan es doit être adressé 37, boulevard Montmorency, à Paris. Téléähone — 690-50 liministratiun et abonnements : 4. rue de Savais. PARIS (DE 2 A 5 HEunEs) CO&IIELL . 'fi‘l‘ n: a " . UN FRANC. — Un An: 51Îfi‘È‘1Ê I ,_ \ \ ._ <%\ Le Numéro A 3.1.:3
H 3 //l//æ 1’ ;> 7 , çl IÎ_IÊOGRA ME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n'ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l'arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cIéricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initidti0n étudie imparüalement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initialion expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initiation parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà quatorze années d’existence.— Abonnement: 10 francs par an (Les colLections des deux premières années sont absolument J épüifée‘s.) -1 i 8 ici: "l 7» U ...I '/r' r" ' .n/m -.,_
L'1nitiafion du 15 Avril 190f PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE 1’ Initiation la PARTIE IN ITIATIQ U E AMO— F. CH. BARLET, S.'. I.'.5} — GUYMIOT. — MARC HAVEN, S.'. I.'. i — JULIEN LEJAY, S.'..I.'. & -— EMILE MICHELET, S.'. I.'. (C. G. E.) — LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.'. (D. S. E.) MOGD, S.'. I.'. — PAPUS, S.'. I.'. fè — SÉDIR, S.'. I.'. — SELVA, S.'. I.'. (C. G.
E.) 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE r ABIL-MARDUK. — AMELINEAU. — ALEPH. — AMARAVELLA. — D BARADUC. — SERGE BASSET. — Le F.'. BERTRAND 30‘ — Bmz. — Boumov.— BORNIA PIETR0. — J. BRICAUD. — JACQUES BRIEU. — CAMILLE CHAIGNEAU. — CHIMUA DU LAFAY. — ALFRED LE DAIN. — G. DELANNE. — ALBAN DUBET. — A. ERNY. — FABRE DES ESSARTS. — L. ESQUIEU. — DELÉZINIER. — JULES GIRAUD. —— D' FERRAN. — L. GOURMAND. — L. HUTCHINSON. — JOLLIVET CASTELOT. -— E.
LEFÉBURE. —— L. LE LEU. — L. LEMERLE. — LECOMTE. —NAPOLÉON NEY. — Gle C. NOEL. — HORACE PELLETIER — G. POIREL. -—— QUESTOR VITŒ. — RAYMOND.—D’ ROZIER.— à. SATURNINUS. — iB“ SOURBECK . — THOMASSIN. -—TIDIANEUQ. —-— . VITOUX. — YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG.— JEAN DELVILLE. a- ESTRELLA. -——E. Gou D _ .. DËAI‘ÎÀU MAN0EL DE GRANDFORD. — L.
HENNIQUE. — GABRIEL TULLE II/ÏECÏ* JULES LERMINA. — JULES DE MARTHOLD. — CA FARGEA ENDE5È_ GEORGE MONTIÈRE. —LÉON RIOTOR. — SAINT« SWRY U- — OBERT SCHEFFER. — ÉMILE SIGOGNE. — CH. DE 40 POÉSIE G. AR __ DELVILLEMEUÏÇ CH- DUBOURG. — RODOLPHE DARZENS. —-.IEAN — MAURI.C;LVAN DIETSCHINE. — E. GIGLEUX. —— CH GROLLEAU DE T ARGER‘S' ‘ PAUL MARROT. —- EDMOND PILON. —— AL _ . LËNAYROBERT DE LA VILLEI«IERVE.
L’INITIA_TIO N L’Initian‘on du [5 Avril 190( DIRECTION ADMINISTRATION 87, boulevard Montmorency, ABONNEMENTS TÉLÉPHONE _ 593350 PUB'.ICITÉ :1 VENTE AU NUMÉRO PARIS—A UTEUIL . 4, Rue de Savane DIRECTEUR : PAPUS Dmecrsun ADJOINT : Lueieri MAUCHEL (DE 2 A 5 HEURES) Rédacteur en chef: PARIS F.-Ch- BARŒT Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un an10 Il' J. LEJAY — PAUL SÉDIR ÉTRANGER, — 12 11‘.
RÉDACTION. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la DireCtion ne se permettra 1amais aucune note dans le corps d’un article. Prière d'adresser tous les échanges: 87, boul. Montmorency, Paris MANUSCRITS. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d’avis spécial.
Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. L’Inz'tiaz‘z‘0n est l’organe officiel des centres suivants : .Groupe Esotérique. — Ordre martiniste. — École supé rieure libre des Sciences hermétiques. -— Ordre Kabbalisti ne de la Rose-Croix. — Union Idéaliste Universelle. — . T. L. (section française).
GROUPE IIDEPEIDAIT D'ÉTUDES ESÛIEBIQIJES 1,600 Membres -— 104 Branches et Correspondants -— Groupes d'Études fermés Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée. Pourtous renseignements, s’adresserparlettreà M. Paul SÉDIR, directeur adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. (Reçoit le mardi de 5 à 7 heures).
Principales Sociétés adhérentes au Groupe ORDRE MARTINISTE RDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE-l- CROIX. —ÉGLISE GNOSTIQUÆ SOCIÉTÉ ALCHIMIQUÊ DE l‘RANCE
Lit reproduction des articles inédits publiés par FInitiatîon est formellement interdite, à. moins d’autorisation spéciale.
PARTIE INITIATIQUE Cette partie est réservée à l'exposé des idées de la Direction, des Membres du Comité de Réduction et à la reproduction des classiques anciens.) PROJET DE PROGRAMME Pour la Société Psycho:Physique DE SAINT-PÉTERSBOURG Messieurs, Le but principal que se propose votre société est de se concentrer assez pour éviter l’incohérence des tra vaux et de former ensuite des expérimentateurs ins truits pour ces études psycho—physiques encore peu approfondies.
Voilà pourquoi je présente à votre Comité le projet d'organisation suivant pour les études, projet que vous aurez à transformer comme vous le jugerez à propos.
Tout d’abord, je vous propose d‘organiser trois sections analytiques permanentes: section de phy sique, section de physiologie et section de psycho— logie, dont nous donnerons le programme tout à l’heure, et une section synthétique, formée des présidents des trois premières et de quelques mem bres déjà assez versés dans ces études et que nous [ 1u;L.æ..e..« .i-lnm\
z L’INITIATION ] AVRIL dénommerons : section d’expérimentation, de con trôle et d'enseignement. Chaque nouveau membre entrant dans la société reçoit d’abord une courte instruction théorique élé mentaire d’enseignement. Il passe ensuite à la section de physique où il est exercé individuellement et sous la direction d’un membre compétent au maniement des appareils.
De là', il passe à la section de physio logie où il est aussi exercé individuellement au ma niement et à l‘étude des sujets hypnotiques et magné— tiques. Enfin, il abordeles séanc_escollectivcs d’études des médiums et les autres recherches dans la section de psychologie. Il a alors passé le cycle des premières manipula— tions pratiques.
Avant de se spécialiser dans une sec tion de son choix, il recevra un nouvel enseignement théorique plus complet dans la sous—section synthé tique.
Par ce procédé vous garderez votre véritable carac tère d'école vraie et vous éviterez le pédantisme de vous considérer comme une académie, ainsi que les tâtonnements et les erreurs des sociétés qui n’ont ni sections permanentes. ni programme et qui sont inca pables de donner à leurs membres une instruction théorique en même temps que pratique. Abordons maintenant le détail des études princi - pales poursuivies danschaque section.
SECTION DE PHYSIQUE La sectionde physique s’occupe des appareils mé— caniques et autres destinés à l’étude des sujets et des
1901] PROJET DE PROGRAMME . 3 "r=-'T""' forces psychiques. Nous ne pouvons qu’indiquer les principaux appareils à étudier et qui sont: Les biomètres ou appareils enregistreurs de la force psychique.
Vous aurez à étudier pratiquement les appareils de Louis Lucas, de l’abbé Fortin, du Dr Baraduc avec les formules et la théorie si originales de cet auteur, et enfin de votre président M. Iziedinofi‘ dont le biomètre est un des plus sensibles et des mieux établis que je connaisse. Vous aurez à appli quer ces appareils à l’étude de l’état des sujets et des médiums avant et après chaque expérience et chaque séance.
Je vous conseille également d’établir la for mule biométrique de chacun des membres à son entrée dans la Société. Les Aimants. Les aimants artificiels et les aimants naturels seront étudiés au point de vue de leur in— fluence sur des sujets à l’état de veille, puis sur des sujets endormis.
Vous aurez aussi à vérifier les recher ches du Dr Luys et de M. de Rochas sur la vision des couleurs des pôles des aimants selon les pôles présentés au sujet. .Je vous conseille également de réserver toute une partie de votre programme à l’étude de la polarité si bien élucidée par les travaux de M. Durville dans les livres duquel vous trouverez tous les détails utiles sur ce point.
Ensuite vous observerez l’effet des couronnes aimantées et le transfert des émotions obtenu au moyen de ces couronnes, qui ont fait l’objet, jadis, de mes recherches personnelles. Les médecins membres .de votre société pourront . étudier le transfert des.maladies. Couleurs. Au moyen .de lampes électriques de dif—
4 L’INITIATION férentes couleurs, vous pourrez vous rendre compte ' de l’influence psychique desdites couleurs et recher cher le moyen de remplacer l’obscurité des séances spirites par une couleur n’agissant pas comme dissol vant de la force psychique extériprisée du médium. L’action des couleurs sur les maladies formera une section intéressante de ces recherches. Photographie.
A la photographie, vous demande rez ses procédés si utiles d’enregistrement et de con trôle. Soit que vous ayez à employer les plaques pho tographiques sans appareils comme le fait M. Iodko, soit que vous ayez à faire usage des appareils à objec tifs, vous devrez donner à la photographie une place exceptionnelle dans la section de physique.
Je vous conseille de nommer les plus habiles des vôtres pour étudier l‘enregistrement photographique des effluves de l’être humain et pour résoudre définitivement la que relle pendante à ce sujet entre les physiciens comme M. Guebhard et les magnétiseurs. La photographie des étincelles électriques comme la fait M. Iodko pourra aussi vous donner de précieuses indications.
Les Chambres noires munies d’objectifs vous per mettront d’étudier la photographie des pensées et des images mentales, en poursuivant les essais com mencés par le fils du grand Édison. Il ne faut pas non plus oublier de constaterles rapports curieux qui existent entre le cliché et la personne d’un sujet pho tographié à l’état d’extériorisation.
Ne quittons pas cette section photographique sans vous prier d’établir aussi des appareils d’enregistre— ment des phénomènes spirites avec déclanchement
PROJET DE PROGRAMME 5 rr, . l.-‘.I.'..,: .. automatique de l’obturateur en même temps que du système d’allumage du magnésium.
Vous aurez encore à étudier les appareils magnéto— électriques, les appareils enregistreurs Richard appli qués à l’étude des mouvements des médiums et enfin les plaques lumineuses phosphorescentes employées par votre illustre chercheur Aksakofl, et l’adaptation très ingénieuse qu’en a faite votre Vice-Président, le baron Tcherkassofl“, à des boutons lumineux qui per* mettent à tous les assistants de ne jamais perdre de vue les membres du médium pendant toute la durée d’une séance obscure.
En dehors de l’application des appareils aux sujets et aux médiums, la section de physique aura encore à permettre à tous les membres de la Société de refaire les expériences de Reichembach dans les meilleures conditions. ' SECTION DE PHYSIOLOGlE La section de physiologie aura principalement à s‘occuper des sujets hypnotiques et magnétiques et de tous les problèmes que soulève leur étude.
Tout d'a— bord on y devra approfondir les phases de l‘hypnose et les divers états signalés par les écoles de Paris (Charcot et Luys), parl’école de N ahcy (Bernheim) ou par les expérimentateurs libres comme M. de Rochas.
Vous trouverez dans mon travail sur la magie et l’hypnose un tableau des diverses suggestions instan tanées ou à échéance, que je vous conseille de véri fier expérimentalement avec un des excellents sujets que j’ai eu l’honneur d’étudier devant vous. 7
6 L’INITIATION A côté des sujets hypnotisablesilen existe beaucoup d’autres qui réalisent l’état de suggestibilité sans être endormis. Je vous ai montré comment on les décou vrait, soit parl'àttraction des épaules (Procédé Moutin), soit par l’attraction du petit doigt. A ces sujets vous pouvez donner des catalepsies partielles des membres, et d‘essuggestions d’odeurs et de parfums à l’état de veille.
L’extérz'orz‘salion demande des recherches expéri mentales sérieuses pour résoudre définitivement ce problème de l’envoûtement que nous croyons impos sible à réaliser hors des états hypnotiques. La polarité mérite aussi d’attirer d’autant plus votre attention qu’elle peut être étudiée dans cette section sur beaucoup de personnes non hypnotisées.
Vous aurez à essayer l’action des aimants sur le goût d'un verre d’eau, les influences physiologiques des couleurs et d‘autres problèmes du même genre. Votre indépendance vous permettra aussi d’aborder les études du magnétisme que les sociétés formées d’hypnotiseurs ne connaissent pas ou tournent en dérision.
L’action des passes magnétiques et surtout lesdivers procédés de réveil complet des sujets par IespasseS7 le souffle et la suggestion combinés, doivent d‘autant plus attirervotre attention que la plupart des hypnotiseurs ne savent pas réveiller leurs sujets et laissent ainsi des troubles physiologiques à longue échéance.
Cette étude, si elle est servie par la chance d’un sujet vraiment lucide, vous donnera la solution approchée de bien des problèmes troublants comme la vision à distance, la transmission de pensée et la
PROJET DE PROGRAMME 7 ' preuve de l’indépendance et de la réalité de l’Esprit immortel. Vous trouverez dans l’Initz‘az‘ion certaines ' expériences faites à l’École de magnétisme de Lyon et qui vous donneront bien des clefs aussi intéressantes qu‘inconnues.
' Mais le point sur lequel je vous conseille surtout d’insister dans cette section, c’est l’étude de la phy» siologie des sujets dans les divers états, vérifiée au moyen de tous les appareils biométriques et autres que vous pourrez posséder.
C’est avec la collabora" tion de vos collègues de la section de physique que vous constituerez des travaux attendus par tous les chercheurs sur les modifications physiologiques pro duites dansles sujets par l’extériorisation progressive.
Comme corollaire à cette étude, vous aurez à consti-» tuer la physiologie des médiums, travail commencé pour les médiums dits écrivains par les psycho—phy—: siologistes contemporains, mais travail à poursuivre pour tous les autres médiums.
Le médium prend«il la force psychique seulement en lui-même P la prend—il sur l’ensemble des assis» tants? la prend-il seulement sur ses fplus proches voisins P la prise a—t-elle lieu par des passes ou par absorption directe P Tels sont quelqües-uns des pro— bièmes que le biomètre vous permettra de poser et de résoudre assez facilement.
SECTION DE PSYCHOLOGIE Avant tout, déterminez le tempérament exact de chr‘1cun des membres de la Société, d’après le système hippocratique desQuatt‘e- Tempéraments, adapté par
8 L’lNITIATION les travaux contemporains que voustrouverez dans la revue l’Iniliatz‘on et dans mon Traité de Magz'epra tique.
Recherchez les liens qui unissent les manifes tations de la personnalité humaine à l’extérieur par la forme de ses traits, la forme de ses mains et les signes qui y sont contenus, la forme de son écriture, etc. Laissez les pontifes et les officiels vous dire que ces recherches ne sont pas sérieuses et poursuivez—les tout de même, car il n’y a pas de recherches de divers genres : la Vérité est toujours sérieuse et ce sont sou vent les critiques qui ne le sont pas.
Quand vous aurez établi la formule de chacun des vôtres et des sujets à étudier, commencez les expé riences élémentaires de suggestion mentale par l’exer cice des objets à retr0uver sur une table, d’une pensée à déterminer et d’autres du même genre, en les ap puyant chaque fois de contrôles biométriques.
Vous aborderez ensuite successivement : Iapsycho métrie, cette curieuse voie de recherches popularisée par les travaux de Buchanan, et sur laquelle notre ami Sédir a écrit de si curieuses études.A Paris, un des professeurs de l‘école hermétique, M. Phaneg, a pu produire des expériences très remarquables dans cette branche de recherches par un simple entraîne ment personnel.
Vous trouverez le récit de deux de -ses expériences dans mon petit travail sur la Consti tution de l’Homme paru tout dernièrement. De là vous pourrez exercer vos membres aux exer cices élémentaires de la Yoga qui ont rapport à la création des images mentales et à leur précipitation soit sur des sujets endormis, soit sur des personnes
PROJET DE PROGRAMME 9 éveillées. Cet entraînement peut aller de front avec celui, plus passif, de la psychométrie, obtenu suc cessivement au moyen de lettres d’amis étudiées dans le recueillement, puis d’objets, enfin de vêtements ou des mains des personnes à étudier. La plupart des sociétés del’étranger consacrent leur temps surtout à la conduite d’enquêtes concernant la télépathie, imitant en cela la grande Société de Lon dres.
Il me semble quele momentestvenu d’aller plus loin et de ne pas toujours imiter ce qui a déjà donné les résultats attendus. Le dernier livre de Camille Flammarion sur l'Inconnu adéblayé suffisamment la question pour que ceux qui peuvent venir à vos études par cette voie soient satisfaits. Inutile donc de perdre votre temps à recommencer des enquêtes cent fois faites.
Notez les cas vraiment typiques et, au lieu de suivre les autres, montrez—leur la route. Vous justi fierez ainsi l’adage bohémien que toute lumière intel lectuelle comme toute lumière physique vient d’0rient et vous êtes le véritable Orient de l‘Europe civilisée. C’est la médz'umnite’qui vous offre le champ le plus vaste et le plus riche d’investigations. Mais, iciencore, quittez franchement dès à présent les sentiers battus.
Procédez méthodiquement et sans théorie préconçue, déterminez d’abord le tempérament de votre médium, psychologiquement et biométriquement. Faites la formule biométrique de la chaîne de piles humaines qui entoure le médium dans les expériences obscures et éloignez tous les assistants à formules absorbantes pour ne garder que ceux à formules rayonnantes, quitte à faire des séances spéciales aux premiers.
10 L’INITIATION Enfin, remplacez toujours les enregistreurs humains par des enregistreurs électriques. Insistez sur le traite ment psychologique du médium d’après sa nature timide ou ses impulsions à la vanité et à la colère. Habituez-vous à lui enlever toute gêne au‘milieu de vous, enfin étudiez l’effet de la suggestion et du ma gnétisme sur le médium, voie nouvelleet utile.
Enfin, et par-dessus tout, n‘oubliez pas que les médiums sont des êtres humains plus sensibles encore que les autres et non des machines ou des animaux. Traitez les donc toujours avec respect et non avec brutalité et, s’il y a fraude consciente ou inconsciente, comme cela arrive si souvent, n‘oubliez pas non plus que le même sujet peut produire des faits d’une authenticité abso lue dans d’autres conditions.
Recherchez toujours en cas de fraude l’influence possible des suggestions ou de la nervosité des assistants et ne jetez jamais le manche après la cognée, car une expérience négative est souvent plus riche d’enseignements qu'une expé-. rience positive pour le véritable observateur.
SECTION SYNTHÉTXQUE Après avoir parcouru le cycle des sections analyti ques, le nouveau membre de votre société reçoit un nouvel enseignement théorique, plus complet que lors de son entrée, et cet enseignement lui est donné par une commission spéciale de cette section, com— mission que nous nommerons desThéories et Tradi— tions et qui formera le véritablecentre d‘enseignement supérieur de votre société. Là, toutes les traditions sont eXposées impartialement, toutes les théories sont
PROJET DE PROGRAMME 11, .--I"'. " énoncées, et chacun crée son opinion d’une manière solide. Je vous ai proposé de constituer cette section syn— thétique, qui prendra le nom de : Section d’expéri— mentation, de contrôle et d’enseignement, en appe lant à en faire partied’office les présidents delchacune: des autres sections.
Ainsi chacun d’eux, lors d’une . expérience à établir, prend ses dispositions pour assurer le contrôle physique, physiologique et psycho logique des faits à étudier et la moisson est chaque. fois certaine.
Je ne saurais, en terminant, trop conseiller à votre commission des « Théories et Traditions » d’appro fondir l’étude de l’admirable instrument que le mar quis de Saint-Yves m’a permis d'exposer avec tant de détails devant vous: je veux parler de l'archéomètre. Vous avez en lui l’arche véritable qui vous permettra de naviguer au-dessus de tous les déluges et de toutes les vagues du passé.
Je suis heureux de vous voir, seuls en Europe, dotés d’un tel outil de réalisation et de travail. . Laissez—moi, Mesdames etMessieurs, en terminant, vous dire combien j’ai été touché, comme chercheur indépendant et comme français, du grand honneur qui m’a été fait par celui qui m’a appelé au milieu de vous tous et par votre cordiale et sympathique récep tion.
C’est un grand bonheur et une grande récom pense pour moi d’avoir senti que vous saviez recher cher le dévouement à ces idées si ingrates, partout où il se trouvait, et qu’entre tant d’autres plus dignes c’est à votre serviteur que vous avez fait appel. Aussi
t 2 L'lNITIATXON je ne vous dirai pas quelle inoubliable impression j’emporte de mon séjour ici, car j’ai trouvé en chacun de vous de véritables admirateurs et chevaliers de l’humanité chrétienne, dans le sens le plus élevé. Vous sentez que le visible n'est pas tout et que l’invi sible nous entoure et nous domine. Unissons—nous donc tous pour demander que le Grand Pasteur des âmes terrestres jette sur vos efforts un regard favo rable et vous ouvre un peu de ce livre de la vie que nous aspirons tousà mieux connaître. PAPUS. Sàint-Pétersbourg, 9/22 mars 190:.
’ü-‘h. Cette partie est ouverte aux écrivains de toute Éçqle, sans aucune distinction, et chacun d’eux conserve la responsabilité exclusive de ses idées.) La Volonté Les opérations magiques sont l’exercice d’un pou voir naturel, supérieur aux forces ordinaires de la nature. Le pouvoir magique est le résultat d’une science et surtout d’un entraînement qui exaltent la Volonté humaine bien plus loin des limites ordinaires. Le surnaturel est le naturel extraordinaire, ou le naturel eæalte’. Pour faire des miracles, il est nécessaire d’être en dehors des conditions ordinaires de la généralité, ou bien d’être supérieur par la Science et la Sagesse, ou bien encore d’être exalté par un état spécial. ELIPHAS LÉVI. PROLOGUE LA FOI ET LA SCIENCE. --- CROIRE ET SAVOIR Si nous consultons un dictionnaire,il nous appren dra que : La Foi, en théologie, c’est la croyance que les faits, les préceptes présentés par la Religion, sont réels, vrais, et peuvent provenir de Dieu. — En phi
14 L’INITIATION losophie, c’est la croyance que les faits, les préceptes et les doctrines sont conformes au témoignage de l’expérience et de la raison, sans cependant pouvoir en donner la preuve. L’une est la Foi dogmatique, l’autre la Foi rai: sonnée. Science, connaissances prouvées, méthodiquement classées, objet d’études spéciales. Croire, avoir pour certain, penser qu’une chose est, sans cependant en avoir la preuve personnelle. .
Savoir, connaître, avoir la certitude expérimentale, personnelle d‘un fait ou d’une chose. La foi et croire, voilà le principe de tout, sans la foi la Science nepeut exister, sans la foi pas de pro grès. ‘ Dans ses recherches, le savant croit que tellechose est, ou peut être ; il fait un acte de foi en formulant une hypothèse qui peut être oui ou non la vérité. Il croit avant de savoir. Celui qui sait ne croit plus.
La foi, c’est là le phare qui illumine le chercheur dans toutes ses études, sans la foi le feu sacré de l’in telligence disparaîtrait. Celui qui commence un travail scientifique, une affaire commerciale, celui qui cherche la résolution d’un problème scientifique, social ou religieux, afoi dans le résultat final,sinon il n’emploierait pas les ressources de son intelligence, ni ne mettrait en jeu les moyens physiques qu’elle lui conseille.
Le savant qui sait beaucoup, qui connaît les lois danslesquelleslaScience fait entrer les phénomènes, .. .-. . A._ . . . _ l .... æ.a a..- .L‘r,.-. -,. 4
LA VOLONTÉ v 15 les classifiant arbitrairement, croit cependant qu’il peut en existerd’autres, qui tôt ou tard serontadmises parla Science et même pourront modifier celles exis tantes. Ce sont des orgueilleux ceux qui qualifient d‘ab surde ce que d’autres croient possible; car, comme l’a dit fort bien le Dr P. Gibier, « l’absurde d’aujourd’hui pourra être la science de demain ».
Les orgueilleux qui n’ont pas la foi, nient par ce fait le progrès, car ils nient quel’avenir, un jour ou l’autre, déchirera le voile qui couvre l’ignoré, limité par l’ignorance. Croire à l’union possible de la Foi ‘et de la Science, c’est {commettre une grave erreur, car cette union ne pourrait se réaliser que par lagdestruction de l’une et de l’autre : la Science qui croit n’est pas la Science, de même que la Foi qui sait n’est pas la Foi.
La Foi a été et sera toujours la clef qui ouvre les arcanes de l’inconnu ; son credo dure jusqu’au mo ment où l’hypothèse est démontrée et passe alors dans le domaine de la Science.
Celui qui cherche, employant la raison guidée par .le savoir, libre de tout fanatisme, comprendra faci— lement que la Science n’est faite que des credo, cultes et cérémonies de toutes les religions, qui ont présenté jadis, comme articles de foi, ce qui aujourd'hui appar tient à la science, à l’hygiène, à la civilisation, au progrès.
Si dans les religions actuelles il existe quelques points qui peuvent être considérés comme du domaine de la Science, il ne faut pas s’en étonner. La Religion est pour tous, savants et ignorants. ...——..u.. v-*—w‘
16 L'INITIATION La Science appartient exclusivement aux savants. Par malheur la proportion qui existe entre eux est énorme, les ignorants font foule. De là l’impossibilité de modifier une religion avant que la généralité soit en état de savoir, c‘est-à-dire de comprendre par elle— même expérimentalement. On ne doit pas confondre ce que l'on sait avec ce que l’on croit; savoir, ce n’est plus croire; croire, ce n’est pas encore savoir.
La Science, par son essence, est muable. Sans la moindre difficulté elle modifie ce qu’auparavant elle affirmait comme vrai. Tous les jours nous voyons des « Vérités scientifiques », modifiées et même changées complètement, grâce à de nouveaux faits qui démon trent l’erreur de la première hypothèse, base des théo ries admises comme bien prouvées.
La Religion ne peut agir ainsi, car elle s'appuie sur des principes plus élevés et moins muables que la Science qui ne s’ap puie que sur le savoir plus ou moins étendu de quel— ques savants, de quelques corporations, tous sujets à l’erreur. La Science est faite du connu, du bien prouvé, son but est de le conserver. La Foi, c’est l’ign‘oré, mais l'ignoré qui peut être connu et faire partie de la Science.
La Foi, c’est l’espoir, c'est le désir ; c'est elle qui nous guide vers la Science vraie. De dzfle’rents auteurs « Nous avons la Foi ; le Désir, aidé du peu de Science que nous possédons,nous force à chercher,à
LA VOLONTÉ 17 taire un acte de Foi; pour cela, nous présentons à l‘étude des mieux doués que nous,non une pure hypo thèse, mais bien une déduction documentée, consé— quente dans toutes ses parties, si on admet, avec toutes les écoles spiritualistes, que l’homme est un être complexe, composé toutau moins de trois parties d’essence différente. « H.
GIRGOIS. » L’HOMME « L’homme est un être intelligent et corporel fait à l’image de Dieu et du monde, un en essence, triple en substance, immortel et morte]. « il y a en lui une âme spirituelle, un corps matériel et un médiateur plastique. « ELIPHAS LÉvr. » L’homme est composé essentiellement de trois principes : _ Le corps physique. — Le corps astral. — Le corps psychique. Chacun de ces principes est à son tour composé de plusieurs autres.
Avec l’école occultiste, nous adoptons la division en sept principes, dont les plus inférieurs servent de base aux supérieurs. I. — CORPS PHYSIQUE Le corps physique est formé de cellules matérielles, de formes et de fonctions différentes; chacune de ces cellules est douée d’une vitalité qui lui est propre. ‘.=‘ 2
I8 L’INITIATION Constitution du corps physique r°" principe. Le corps matériel : Rupa. — La partie plastique matérielle du corps physique, se renou velant par les fonctions de certains organes. 2- principe. La Vitalité: J iva. — La vie du corps physique. Médiateur entre le corps matérielet le prin cipe immédiatement supérieur. Vie propre des cel lules. 3' principe.
L’A’me du corps phÿsique : Linga sharira. —— Partie inférieure du corps astral, localisée dans les ganglions du grand sympathique, partie ani— matrice du corps. Ame végétative, siège de l’instinct de l’inconscient inférieur. Dans la généralité des humains en dehors de l’action de la volonté. Il. —— LE CORPS ASTRAL 4° principe.
L‘A me animale : Kama rupa. — Partie médiatrice du corps astral, combinée avec le principe supérieur, vitalité astralisée, localisée dans les plexus du grand sympathique, instinct supérieur, passwns. 5° principe. L’Ame humaine: Manas. — Partie ani matrice du corps astral, localisée dans les ganglions du cerveau, siège de l’intelligence et de la mémoire. 111. — LE CORPS PSYCHIQUE 6a principe. Ame angélique, âme spirituelle : ,Buddhi. — Médiateur entre ce principe et le suivant. A ._ . . . ..._._ __L.;.Ï_._. '.
LA VOLONTÉ 1 9 ry En puissance dans les races actuelles. Siège de l’ins piration de l’épanouissement complet de la volonté, dans l’Humanité actuelle. 76 principe‘. — Atma. —— Partie animatrice du corps psychique; spiritualisation de l’homme.
Tous ces principes forment un tout harmonique, se touchant par les extrêmes et, par cela même, chaque tête de série pouvant être considérée comme faisant partie des deux éléments, supérieure dans la première, inférieure dans la suivante.
Le Ternaire humain peut être considéré comme la base de toutes les subdivisions et chacun des éléments qui le composent: Physique —— Astral — Psychique, est doté d’une partie animatrice, et pour cela même douée de volonté propre, qui préside à tous les actes de chacun des trois principes et peut, en raison de sa sublimation, dominer la volonté d’un principe qui lui est inférieur, ou tout au moins pouvant agir sur les éléments qui le composent.
Une volonté unique pourrait s’admettre unique ment dans une humanité composée en réalité des sept principes, la concédant au septième principe, Atma.
Comme il est malheureusement prouvé qu’il n’en est pas ainsi, il faut alors admettre l’existence, sinon d’une volonté unique, absolue, comme serait celle du septième principe, mais une volonté fédérative de cha— cune des parties animatrices, le tout relatif au déve— loppement animique de l’humanité actuelle. Toutes les écoles reconnaissent que la volonté est une faculté de l’âme. Dès l’instant que l’école occul tiste attribue, à chacun des trois principes développés
20 L'INITIATION dans l’homme une âme, pourquoi ne pas lui concéder un des attributs qui lui sont propres. Telle est la thèse que nous nous proposons de démontrer. ' PHYSIQUE ET SUPRAPHYSIQUE Les tendances actuelles de la Science sont fonciè« rement matérialistes. La Science a étudié l‘organisme jusqu’aux infini—. ment petits, le résultat de ses recherches a été la découverte du protoplasma, comme base et généra— . teur de la vie.
N’ayant rien trouvé de plus sous son scalpel, ou au foyer du microscope, car ni l’âme, ni l’esprit ne peuvent se disséquer, ni se voir, la Science a donné comme formule ultime : « Dans l’univers il n’y a qu'oxygène, hydrogène, carbone et azote. Ce que l’école spiritualiste appelle âme est un produit de la matière; ce sont les cellules qui ont vibré d’une façon différente aux autres, voilà ce qui produit la pensée.
L’Homme est un automate qui se meut entraîné par son organisme. Quelques-uns croient aux facultés de l’âme, l’âme n’existe pas; ce qu’on appelle âme n’est rien autre chose qu’un mécanisme dirigé par des forces physico chimiques. » Comme c’est la Science qui s’exprime ainsi, on pourrait à la rigueur admettre cette théorie, si elle expliquait tous les faits.
Ce qui n’est pas, car il existe une infinité de faits parfaitement prouvés que la Science ne peut expliquer avec sa théorie matérialiste : . ,_ 44.. -*«<‘_r‘._fi-‘vd- .a—.j.
LA VOLONTÉ 2 1 l lmn-a--.w , la vue à distance, la prévision, etc., ne peuvent être expliquées par l’étude des sens matériels, ni des diffé— .rents organes du corps humain; et alors, ,la Science ne pouvant donner l’explication de certains faits qu’elle ne peut faire entrer dans sa théorie, elle les nie.
Le corps physique, qui tombe sous nos sens, doté des instruments nécessaires à son but physique, actue uniquement sur le'monde physique, tangible, comme nous le démontrerons. Le corps astral manifeste son action non seule ment sur le monde physique, tangible, mais spécia , lement sur le monde astral, où domine la Lumière astrale, comme la lumière physique domine dans le monde physique.
Une grande partie des effets de la lumière physique -.sont étudiés dans les livres dela Science, nous ne nous y arrêterons pas. LUMIÈRE ASTRALE «Cette Lumz‘èreastrale estlaforce—substance univer selle, dont toutes les autres forces et toutes les autres substances sont des modalités} elle suit, à très peu de chose près, les mêmes lois que l’électricité, une de ses manifestations supérieures.
« Parus. » « Il existe un agent mixte, un agent naturel et divin, corporel et spirituel, un médiateur plastique univer sel, un réceptacle commun des vibrations du mouve— ment et des images de la forme, un fluide et une force
22 L’INITIATION qu’on pourrait appeler en quelque manière l’imagi nation de la nature. « Par cette force tous les appareils nerveux commu— niquent secrètement ensemble; de là naissent la sympathie et l’antipathie; de là viennent les rêves; par là se produisent les phénomènes de seconde vue et de vision surnaturelle. Cet agent universel des œuvres de la nature, c’est l’Od des Hébreux, c’est la Lumière astrale des Martinistes. « E.
LÉVI. » Mais qu’est-ce que cette Lumière astrale ? La Lumière astrale, c’est la force neurique du Cos-» mos, c’est l’âme du Cosmos (Alma Mundi). Un exemple nous fera mieux comprendre: Qui des habitants des zones, même tempérées, de l’hémis phère austral, n‘a ressenti cette espèce de malaise, cet état nerveux spécial, quand souffle le vent du nord?
Les nerfs sont à fleur de peau, le cerveau n‘est plus maître des différentes sensations produites par ces courants énervants de l’équateur. Ce vent vient chargé de vie, espèce de plasma, il arrive saturé des émana tions vitales des productions tropicales, exubérantes dans leur développement, par la condensation de l’influence solaire (vie cosmique), aidé par l’humidité, souvent exagérée, de l’atmosphère, milieu nécessaire à. la vie organique.
Le système végéto-vital de tous les êtres est comme ' cuivré par cette surabondance de vie, l'organisme, ne pouvant absorber cet excès, reste énervé ; le système nerveux surchargé de vitalité, noyé dans ces courants
rw* LA vomnré 23 cosmiques vitalisés en excès par le vent de l’équateur, n’obéit plus. Le cerveau, officine centrale du système, cuivré par la surcharge des fluides vitaux, reste dans un état comateux qui brise la volonté et voit tout comme dans un songe. Ces courants cosmiques astralisés peuvent donner une idée de ce qu’est la Lumière astrale.
Le corps humain est composé d’organes et ces organes de cellules ; chaque cellule est douée de vie propre et de vie de coopération.
On peut considérer le Cosmos comme un être, et nous entendons ici par Cosmos simplement notre système solaire; les planètes qui le composent sont ses organes, les êtres animés qui les peuplent sont les cellules douées de vie propre et de vie de coopération L‘influx nerreux (l'astral) de ce gigantesque orga nisme sera la Lumière astrale, partie essentielle du fluide cosmo—vital.
Comme toutes les essences, c’est un élément très subtil qui pénètre tout. Quand, par un état spécial naturel ou acquis, un organisme humain entre en contact direct avec ces essences, selon le cas, il en est plus ou moins pénétré et les effets produits sont d'autant plus puissauts que l’ivresse astrale est plus complète.
C'est dans le cerveau, organe directeur du système nerveux, que se concentrent les idées et les images de tout ce qui existe ; il peut, grâce à l’imagination, une de ses facultés, reproduire, en image, un objet, un paysage, ou autre, longtemps après avoir été vus. Comme la Lumière astrale est le produit de ce qu’on pourrait appeler le cerveau du Cosmos, composé
24 L‘lNlTlATION comme le cerveau humain de cellules spéciales, elle concentre en elle et reflète toutes les pensées, tous les actes (vie coopérative des cellules). C’est pour cette raison que les « volitifs », au gré de leur volonté, et certains instinctifs, dans un état spécial, peuvent lire ' dans la Lumière astrale les faits présents,-passés et souvent à venir, car l’avenir est presque toujours formé du passé et du présent.
Comme toutes choses créées, la Lumière astrale obéit à des lois. Il faut apprendre à les connaître si on veut éviter les effets souvent terribles des forces astrocos— miques les plus inférieures; l’électricité, l’une d‘elles, à peine connue des savants, multiplie malheureuse— ment les preuves de son pouvoir quand l’imprudènt . viole les lois qui en régissent la production et l’usage.
La Lumière astrale, essence neurique du Cosmos, agit, dans les limites des lois qui la régissent, sur les centres nerveux des différents organismes, cellules du Cosmos.
L’électricité mal dirigée, ou en tension exagérée, détruit les fils conducteurs et les appareils produc— teurs, de même la Lumière astrale mal dirigée peut énerver le système nerveux, troubler le cerveau dans ses relations avec l’intelligence, détruire ses facultés et conduire à la folie.
En résumé, la Lumière astrale peut être comparée à l’influx nerveux de l’organisme humain, qui dans ses multiples manifestations est une réunion de forces diverses: l’électricité biologique, l’influx volitif du cerveau, les courants vitaux du grand sympathique, les réflexesde la moelle épinière, etc.
LA VOLONTÉ 25 L’électricité, les forces électro-vitales, électro-cos— miques et autres forment les courants et forces de la Lumière astrale.Toutes ces forces, d’un grand pouvoir, augmentent le danger qui menace ceux qui les mani pulent sans en connaître les lois. Ces forces semi matérielles sont souvent désastreuses, mais les forces sublimées de l’astral le sont bien davantage.
Il est nécessaire, pour comprendre le jeu de la Lumière astrale et de ses multiples forces, de con— naître le plan sur lequel elles peuvent se manifester. LE PLAN ASTRAL Ce n’est pas un lieu spécial ni un endroit déterminé; c’est un état particulier tant du Cosmos comme des êtres qui le peuplent.
Le plan astral, plan psychique de beaucoup d'au teurs, semi-matériel, semi-spirituel, est la partie infé rieure du plan animique, domaine spécial de l’esprit, qui agit sur ce plan au moyen de l’âme humaine.
Le plan astral, grâce à l’instinct intérieur, est en contact, par le pôle matériel, avec toutes les forces matérielles cosmiques et électriques ; l’âme humaine, quand elle agit, le met en relation avec les forces psychiques supérieures, et quelquefois, par un déve— loppement spécial, avec les forces animiques.
Il est facile‘ de comprendre que c’est un plan très dangereux, en raison des deux contraires: la matière . et ses forces, l’âme et ses puissances. Les passions, émotives par leur essence, exaltées à l’extrême par l‘imagination psychico-cérébrale, portée
26 L’INlTIATION accidentellement ou volontairement sur le plan astral, occasionnent une exagération tant dans le bien que dans le mal; sur ce plan il est on ne peut plus facile d’être entraîné par la partie matérielle intérieure de l’astral, jusque dans les bas—fonds des vices les plus répugnants. Le mysticisme lui-même n’est pas exempt de ce danger.
L’homme, à peine sorti de l‘animalité, s’abandonne très facilement aux impulsions del’instinct inférieur. - Les passions instinctives, exaltées par l’anomalie céré brale, produite par l’ivresse astrale, entraînent à tous les excès celui qui, sans préparation aucune, pénètre sur ce plan.
Que de médiums sont victimes de ce plan sur lequel, inconscients, ils agissent hypnotisés par les forces astrales, leur cerveau déséquilibré par l’ivresse astrale les pousse aux aberrations les plus fantasti ‘ ques et vicieuses au suprême degré. Notre nature, par sa partie animale, nous entraîne spécialement sur le plan astral inférieur, voisin de la matière, et nous rend victimes de toutes les passions matérielles et animales.
Au contraire, c’est sur le plan astral supérieur que la partie psychique de l’homme se trouve attirée et reçoit l’influence de ce plan. On doit comprendredans cette partie psychique toutes les manifestations extra-matérielles, celles purement cérébrales, idées, pensées, poésie, s'élevant jusqu’aux plus belles conceptions de l’esprit : l’amour de ses semblables et l’amour divin. Pendant le sommeil normal, la partie psychique, libre de l’influence de l’organisme et de ses besoins,
u VOLONTÉ 27 ’-.. -I I_I peut atteindre le plan astral et y éprouver des émo tions vraies, produites par des faits imaginés (imagi— ' nés dans le sens d’images créées). Là, elle vit de la vie astrale, subjective, relativement au monde physique, mais en réalité objective sur le plan astral, car, bien souvent, l’émotion produite est tellement vive qu'elle réveille le corps endormi tout vibrant de peur ou de plaisir.
Les médiums en trance, les sujets hypnotiques et magnétiques, sous l’influence de manipulations spé— ciales, passent sur le plan astral et y agissent active ment. Pour eux, sur ce plan, le sensorium normal physique n’existe plus; tous les sens matériels sont pour le moment inertes et sans effets.
Il n’est pas né— cessaire de rappeler les expériences faites à ce sujet, aiguilles plantées dans les chairs, amm0niaque res piré, sans qu’aucun mouvement indique la sensation douloureuse et désagréable qui se produit sur l’indi vidu dans l’état normal.
Par la suggestion, qui est l’obligation imposée par une volonté étrangère d’abandonner le plan physique pour passer sur le plan astral, l’action des sens, tout à l’heure nulle, peut être exagérée ; ainsi le frottement d’une barbe de plume sur la peau produira les acci dents occasionnés par une douleur atroce ; respirer de l’eau pure produira la suffoca’tion et même l’em poisqnnement.
Dans le cerveau du microcosme, toutes les cellules similaires vibrent à l’unisson, obéissant soit au sys tème nerveux, soit aux réflexes. Le cerveau du Cosmos, étant composé, comme cel
28 L’INITIATION Jules, de tous les cerveaux des êtres animés qui le . peuplent, rien d’étrange alors qu’une cellule spéciale, libre de l’influx d’autres cellules inférieures (les orga— nismes matériels), vibre à l’unisson de cellules sem blables à elle et perçoive dans la lumière astrale, alma mundi de beaucoup d’auteurs, les mêmes sensa— tions d’ordre supérieur.
Les instinctifs, les passifs, dans un état spécial ou obtenu par manipulations magnétiques, entrent en communication avec lalumière astrale, devenant, sur le plan astral, cellules actives, de passives qu’elles étaient sur le plan physique.
Les volitifs, par la vo— lonté élevée à la puissance psychique, peuvent agir consciemment Sur le plan astral, connaître les forces extra-physiques, les manipuler, enfin entrer en rela tion avec ces êtres qui peuplent ce plan, y voir les évé— nements passés, présents et quelquefois futurs; il est facile alors de comprendre pourquoi le plan astral est considéré comme le reflet du plan physique; c’est une expression insuffisante, car il y a autre chose que des reflets.
Sur le plan astral tout est subjectif relativement au plan physique, mais objectif pour ceux qui y actuent. Comme les sens sont limités aux sensations maté— rielles, il est facile à l'école matérialiste, qui n'en con— . naît pas d’autres. d'affirmer que le plan astral est purement imaginatif.
Dans la presque généralité, il manque à l’homme un sixième sens, qui existe en puissance dans tous, mais qui n’acquiert son dévelop pement que chez les sujets magnétisés. et par un en traînement spécial psychique chez les volitifs.
LA VOLONTÉ 29 En admettant que, dans l’homme, le cerveau, par la volonté physique, puisse reproduire toutes les sen sations reçues, vibrations de molécules, comme disent les savants, et si l’on considère le plan astral comme le cerveau du Cosmos, il faut admettre que, sur le plan astral, les molécules spéciales qui le composent peuvent reproduire les sensations, tout commele cer— veau humain le fait, de là les reflets.
Il ne faut pas oublier que le cerveau humain, cel lule spéciale du Cosmos, est un organe des plus délicats, un instrument qui très facilement se fausse, tant de causes peuvent lui faire perdre l’équilibre: la moindre émotion lui enlève tout pouvoir sur l’orga nisme; on connaît les ellets étranges de la’peur ; quelques milligrammes de hachisch opèrent un chan gement complet dans le caractère de l’homme et dans ses sensations; par l’absorption de cet agent astro végétal, l’homme est transporté sur le plan astral in férieur, ses sens physiques lui sont inutiles ou leurs sensations exagérées, il sent, il voit, en dehors des sens.
Si on augmente la dose, l’ivresse astrale, qui fait perdre toute notion du plan physique, peut se pro duire et fausser le cerveau pour longtemps. Le cerveau du Cosmos, composé, comme cellules spéciales, de cerveaux humains, peut aussi ressentir les effets de ces désordres et manifester des reflets exa— gérés et souvent faux.
De ce qui précède, on comprendra facilement que le plan astral est dangereux, il représente ce que se rait pour les hommes une atmosphère saturée d’al cool et d’éther, qui, en un instant, produirait, même
30 L'INITIATION sur les plus robustes, une ivresse complète. Ce péril est aussi vrai et réel que celui qui existe pour celui habitué à l'atmosphère des vallées, qui ne peut sup porter celle des hauteurs, et la réciproque est vraie aussi. Par l‘habitude on arrive à pouvoir vivre sans péril tant sur le plan astral que sur les hauteurs.
Pour arriver sans péril sur le plan astral et s'habi— tuer, il faut observer une grande sobriété en tout ; la vie journalière doit être pure, les pensées élevées, con server toujours l’organisme sous le joug de la volonté supérieure. L’intelligence doit être occupée au déve— . Ioppement de pensées très élevées, très pures, abs traites, en un mot il faut vivre la vie qui éloigne de l’animalité.
Quand par une pratique continue on a appris à con— duire son esprit, à diriger ses pensées dans une direc— tion voulue, on doit par un exercice de concentration résoudre facilement les problèmes difficiles et abstraits. Cette concentration consiste à fixer la pensée sur un seul point, sans la laisser sortir du sujet, ni se laisser entraîner par le monde extérieur et moins encore par l’activité inconsciente des sens.
Il faut la fixer de telle manière que rien ne vienne la distraire; il faut que les sens soient passifs et inactifs afin que l’as tral et les autres composés de l’homme puissent ma— nifester toutes leurs énergies et les extérioriser au besoin.
Quand on arrive à ce point, on est conscient et actif sur le plan astral, on a conscience de la sortie du corps astral, libre du corps physique, et, par un en traînement spécial, on peut se souvenir du plan as ... A4,...äi.«-..-u'-Ë_u
LA VOLON'I‘É 3 t - tral, de ses habitants et des faits produits tant sur ce plan que sur les plans inférieurs. Quels sont les habitants de ce plan supraphysique P « D‘après le spiritisme, le monde invisible est peu plé seulement d'esprits et de fluides. « D’après l’occultisme, d‘autres éléments s’y trou vent.
« Ce sont d’abord : « Les élémentaires, principes inférieurs des êtres décédés à la vie terrestre, puis : < Les corps astraux des êtres vivants, périsprits des médiums sortis inconsciemment hors de l’être et périsprits des adeptes sortis consciemment du corps dans un but déterminé; « Les élémentaux, êtres inférieurs n’ayant jamais été incarnés, ne possédant aucune intelligence propre et subissant l’influence de toutes les volontés humaines bonnes ou mauvaises; ces êtres agissent dans les élé— ments ; . à Les idées des hommes.
Autour de chaque homme, ses idées se trouvent, constituant, par la fusion de chacune d’elles avec un élémental, un être réel qui reste là plus ou moins longtemps suivant la tension cérébrale qui lui a donné naissance et qui agit bien ou mal sur l'homme, suivant que l’idée est bonne (en thousiasme), ou mauvaise (remords).
« PAPUS. » Il existe des êtres invisibles qui, étant données cer— taines circonstances, peuvent cependant se manifester sous des formes étranges, monstrueuses, de peu de co
3 2 L‘INITIATION [AVRIL hésion dans leurs éléments constitutifs et le plus sou vent sous une forme indéfinie. L’occultisme les con naît sous les noms de larves, élémentaux et élémen taires. Il affirme qu’ils n’ont que des âmes rudimen taires, qu’ils sont mortels et soumis fatalement aux forces physiques età plus forte raison aux forces extra physiques.
Ils aspirent à la vie physique, la recherchent surtout dans l’homme, profitant de tout ce qui peut la leur fournir: cadavres, sang, lait et en général toutes les sécrétions animales.
Quand ils rencontrent un orga nisme humain dont le corps astral est sorti, pour une cause quelconque: ivresse, épilepsie, léthargie, som nambulisme, folie, etc., ils s'en emparent et alors mal heur à son propriétaire, car désormais ils vivront de sa vie, de ses forces et pourront en abuser au point de le conduire au tombeau. H. GIRGOIS. (A suivre.)
LA CROIX Lorsque le Christ, le Grand, Celui dont nous ne devrions pas prononcer le nom saint sans trembler, — expirait sur la croix du châtiment universel, Il prononça quelques paroles qui peuvent nous servir maintenant à comprendre la position de l’esprit de l’homme universel. Représentez-vous sa mère, celle qui était venue supporter en son cœur toutes les douleurs que devait souffrir en son corps le Sauveur duflmonde, se tenant là, à ses pieds.
Saint Jean, l'apôtre aimé, celui qui par la tournure de son esprit avait pu ressentir plus ou moins l’approche et la signification de la venue de son Sauveur, était là aussi, aspirant à son Dieu, et en même temps soutenant la forme terrestre de cette mère de douleur, qui était devenue, à son tour, pres— que inerte à force de souffrances morales.
Tous les deux, ils ne faisaient plus qu’un avec ce Sauveur adoré, ce Fils, cet Ami qu’ils perdaient, le suivant apparemment jusque dans la mort de leur amour.
Et le Christ parla: « Femme, dit-Il, voilà ton fils; » etàsaint]ean: « Voilà ta mère ». (Saint Jean, rg, 27.) Ces parolesontun sens tendre, facile à comprendre, celui d’une pensée aimante, d‘un dernier effort pour réunir ces deux, qu‘il avait peut-être aussi le plus aimé, de leur former par sa parole puissante un 3
34 L’lNITIÀ‘I‘ION ‘.'L‘u.-ñ intérieur où le souvenir de son amour viendrait les réjouiréncore... Oui, mais le sens plus grave, plus étendu ne nous frappe peut-être pas aussi souvent. Une douleur invincible semble vouloir nous en vahir, lorsque nous relisons ces quelques mots : «Femme, voilà ton fils», —- «voilà ta mère », et cepen dant nous avons tort, car une tâche sans fin nous y est réservée suivie de son infatigable amour.
Ce n‘est pas une simple consolation adressée à ses proches, mais un trésor confié, une marche, route tout indi quée à l'humanité entière en personnalités collectives de mère et d’apôtre.
En mourant sur la Croix le Sauveur venait d’ac complir, de mettre le dernier point nécessaire à une œuvre commencée déjà depuis des temps immémo— riaux et le crucifiement dont les atmosphères étaient empreintes était venu se reproduire en fait extérieur sur cette terre. Les hommes ne pouvaient plus errer indéfiniment dans les détours de la matière, car Dieu l’avait fait pénétrer par son Esprit.
' Maintenant que le Christ avait rendu l'homme à lui-même, qu’Il avait maintenu et établi le joint entre l’invisible et le visible vivifié, qu’il s’était fait créa ture pour tout ce qui avait été créé, Il joignait les deux courants qu’Il allait laisser derrière Lui. Sa mère représentait ici tout ce qu’il y avait de plus pur en l’humanité qui s’était élevé jusqu’à lui, son apôtre tout ce qu’il y avait de plus vif comme esprit. Il donnait ainsi à l’esprit le pouvoir d’aspirer davan tage vers lui de concert avec la matière; Il donnait à.
LA CROIX 35 la matière glorieuse la joie et la consolation de PES prit.
L’Esprit ne pouvait plus faire autrement que de monteràLui, et la matière que de l’adorer; mais Lui— même était désormais libre de surveiller son œuvre d'où et comment Il lui plairait. —— Il était libre de dire personnellement à chacun et à chacune des indivi dualités humaines pour les encourager dans sa voie: « Quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les Cieux, celui«là est mon frère, ma mère et ma sœur. » (Saint Math., 12-50.) Il avait le pouvoirjusqu’à la reconstitution générale de toute chose, de venir,caché comme entité partielle, surveiller son œuvre, voir sesenfants rachetés.
Qui de nous aurait pu supposer qu’Il avait de la joie à nous voir P En partant ainsi, Il nous laissa une œuvre à faire. Il renvoya sur cette terre des êtres quidevaient encore être perfectionnés. Il laissa au mal un peu de liberté. Il voulait que par nos travaux, notre courage infati gable nous gagnions un peu de mal pour la cause du. bien. un peu de douceur pour la violence, un peu de toi pour l’incrédulité. Qu’avons-nous fait ?
Avons-nous seulement gardé intact ce trésor apporté, ou l’avons—nous méconnu et méprisé jusqu’à ce jour P Avons—nous senti parfois son approche invisible. Nous sommes—nous jamais dit que malgré tout Il pou vait être présent i-‘ Znoaa.
' L’/s/amisme Ésotérique A Justin Schuhl. L‘Islamisme, comme toutes les grandes religions, distingue les doctrines de la lettre et celles de l’esprit. Son ésotérisme s’appelle le soufisme, du mot arabe sauf, laine, parce que s_esadeptes ou soufis se couvrent exclusivement de vêtements de laine par mépris des étoffes précieuses.
Les soufis sont des hommes tolé rants et modérés dont un axiome favori est que l’ido— lâtrie même est la confession de la foi. Ils disent aussi que les religions particulières sont de simples formes de la Religion unique, adaptées aux temps et aux peuples, et que les prophètes, fussent—ils mille multiplié par mille, ne sont qu’un seul.
Ils expli quent les livres révélés par la méthode allégorique comme les kabbalistes juifs, et les interprètent dans le sens le plus large. Leurs doctrines enfin sont aujourd‘hui le facteur principal de l’évolution reli gieuse islamique et méritent à ce titre l’intérêt que certains savants lui ont refusé. Les livres des soufis sont nombreux et surtout écrits en vers, en arabe, en persan, en hindoustani, en turc. Leurs ouvrages les plus fameux sont chez
L'ISLAMISME ÉSOTÉRIQUE 37 I"" I" "" les Arabes certains écrits d’Alfarabi, d’Ibn Tofai‘l, comme le Hayi ben Yokdan, de ce dernier, traduit récemment en français excellent par le professeur Gantier, d’Alger, l’Ihya aloloum, de l’imam Gazali, le Kounnache, de Si-Tidjani.
En langue persane, nous possédons le Boustan, de Saadi,le Tohfat alahrar,de Djami, le Ted/riratalawlz‘a, de Feri ed din Attar, le Memevi de Jelal ed din, le fondateur de l’ordre des derviches tourneurs, le Guls—chan—i—rag,de Schabistari, en hindoustani et en turc divers poèmes. La plupart de ces livres ont été traduits en anglais et in extenso et ont paru en particulier dans les séries orientales de Trübner.
Notons enfin divers ouvrages histo riques orientaux comme le Dabz‘stan et qui résument ou comparent les diverses opinions des soufis.
Les soufis sont unitaires comme les musulmans orthodoxes, c’est-à-dire que la base de leur système est l’unité de toutes choses, unité de Dieu, unité des âmes, unité du monde, etc. Cette idée est le corollaire nécessaire de la doctrine koranique comme l’a très bien établi le Cheik ben Ridouane dans un article de la Revue africaine.
Le soufisme est idéaliste transcendantal, il nie la réalité de la matière comme chose en soi, il va même jusqu’à la croire illu soire et toute d’apparence. Les sens pour lui étant matériels ne peuvent être d’aucune ressource dans l’investigation nouménale et seule l’intuition, consé quence de la méditation et du détachement absolu, mène à la connaissance.
Le soufisme offre, comme on voit, de nombreuses ressemblances avec les doc trines ésotériques des autres religions, le védantisme
38 L’INITIATION indien, la kabbale des juifs, l’alexandrinisme. Il pré conise l'extase comme les diverses sectes chrétiennes primitives et modernes, les omphalo-psychiques, les gnostiques et les quakers trembleurs. C’est même cette similitude de procédés métaphysiques qui a persuadé à certains savants peu habitués à peser des phéno mènes sociaux ou psychiques que le système était tout entier emprunté au monde oriental ambiant.
Malgré l’avis du regretté Adolphe Franc, qui fait venir le soufisme, comme la Kabbale d’ailleurs. des sectes anciennes de la Perse, malgré l’opinion de Silvestre de Sacy et des Allemands qui veulent en faire un yoguisme dégénéré, nous croyons, et M. de Tholuck, un des premiers auteurs qui ait connu les soufis, con firme notre opinion, que l’homme par les mêmes voies méditatives et ascétiques arrive nécessairement aux mêmes conclusions, sans distinction de race ni de climat.
D’ailleurs la vie orientale nous montre tous les jours que les lndiens,les Chinois,les Arabes, les Juifs peuvent vivre côte àcôte des siècles sans avoir une idée précise de leurs exotérismes rituels respec— tifs. La méthode du soufisme est subjective; les soufis ont un profond mépris pour les moyens d’investiga tion dont use la science objective.
De plus ils n’aiment guère la logique, ils comparent souvent les logiciens ‘ à des aveugles contraints à chercher leur route avec un bâton et se trompant souvent de chemin. Jelal ed din, le cheik des derviches, raille dans ses vers la scolastique des Arabes et leur méthode syllogistique renouvelée d’Aristote; tout un chapitre du Memevi, le
L’ISLAMISME ÉSOTÉRIQUE 39 I '“Ifn‘fl'.‘ôj‘"_'. roi des Arabes, est consacré à cette critique. Pour tous les soufis la méditation et l’intuition qui est sa fille conduisent seules à la vérité, une des appellations de Dieu familière au soufisme. Quand il n’y a plus de moi ni de toi, disent les sages de l’Islam, la grande connaissance apparaît. C’est-à-dire, en somme, que la suppression de la personnalité particulière permet seule de savoir.
Cet état s’appelle l’ittihad ou l’union parce que, n’existant plus comme personne distincte, le soufi, qui y est parvenu, fait alors partie intégrante de la vérité. Spinoza disait que la méditation per— mettait aux âmes de s’identifier avec la nature natu rante dont elles étaient des modes.
Les soufis arrivent souvent à l’ittihad par des moyens extérieurs à la méditation, tels que la danse et la musique chez les tourneurs, les balancements chez les hurleurs et chez la moyenne des sectes par les jeûnes et par le dikr, parole arabe ou persane répétée à satiété, analogue au mentram des Indiens. Un fameux soufiancien, El Hadj, fut tué pour avoir prononcédans un temps detroubles religieux les mots: Je suis la vérité.
Se persuadant par la répétition de ce dikr qu’il était la vérité ou Dieu,ce qui est tout un,ilpawenait,ditJami,à être en état d’ittihad presque constamment. Ces moyens sont accessoires, ajoutons—le à l’honneur des soufis, et les initiés supé— rieurs de l’ésotérisme musulman arrivent à l'union sans autre effort que celui de la volonté. Les mystiques ont un langage spécial qui nous oblige à employer une terminologie moderne toute autre. C’est ainsi qu’ils disent du non réintégré qu’il est séparé (sous—entendu de Dieu); ils s’intitulent les
40 L’INITIATION amants et parlent au noumème comme on parle à une maîtresse. Ils entendent par le vin la connaissance et par l'ivresse la joie de connaître. Ceci permet de ne pas se laisser prendre au sens ordinaire des poèmes passionnés,érotiques ou bachiques, de Hafiz ou même de Djelal ed din.
Les idées des soufis sur Dieu sont du plus pur pan théisme, non pas d'un panthéisme exagéré, mais au contraire d‘un panthéisme séduisant, modéré et peut être même ambigu, dans certains cas. Ils ont deux formes principales selon lesquelles ils envisagent le problème divin.
Le passage suivant des Prolégomènes à l’histoire des Berbères d’lbn Khaldoun nous les énonce clairement : « Les soufis de ces derniers temps. dit-il, ont déclaré que Dieu est identique (mottahed) avec les êtres créés, soit parce qu’il s’est établi (hol— loul) dans eux, soit que ces êtres soient lui-même et qu’ils ne renferment, ni en totalité, ni en partie,aucune autre choseque lui. » Souvent, comme Djelal ed din, ils proclament avec les Alexandrins que le monde a été émané de Dieu, comme les étincelles de la flamme qui font partie au moins originellement de cette flamme.
Quand les soufis nomment Dieu, ils n’en tendent pas le Jéhovah de la Bible exotérique ou l’Allah des orthodoxes, mais l’âme universelle, formée de toutes les âmes particulières et qui seule a une conscience claire,absolue, dans le même rapport avec les consciences particulières plus ou moins obscures, que les consciences cellulaires du corps avec la conscience enfermée dans le cerveau. Leur théorie du monde ne se distingue pas de leur théodicée.
L'lSLAMISME ÉSOTÉRlQUE 41 w?v.!r Le divin pénètre lecréé, s'il n’est pas lui—même, par l’omniprésence ou l’unité de substance. Le monde, s’il n’estpasDieu, estun accident delui-même. Dieu, disent certains soufis, a créé le monde pour jouer avec lui même. Dieu est la chose qui aparu et la chose cachée.
La pluralité qui survient dansjles créatures est ris-à m's du créateur ce que sont des ombres, des échos et des images réfléchies dans un miroir. —« Le monde n’est donc qu’une apparence et il faut que cette appa rence dont nous faisons partie croie à sa réalité pour qu’elle persiste. Les sens sont l’instrument nécessaire à la perpétuité de cette illusion.
Ibn Khaldoun rap porte le propos-suivant aussi nettement idéaliste trans cendantal que les propositions de Schopenhauer ou des philosophes indiens : « On reconnaitra,disent les soufis.par une méditation suivie, quetout ce qui n’est pas I’Être éternel est néant. ) Le monde, pour les soufis, est éternel, soit que tout recommence identi quement, soit qu’une infinité éternelle d’univers dif férents en forme, non en fond, soit possible dans le futur et dans le passé.
Frédéric Nietsche, le grand négateur’du noumène, ou ArthurSchopenhauer n’ont pas innové; nous le voyons, leur négation du prin cipe de causalité ou du principe de raison suffisante, les soufis l’avaient infirmé dans des termes plus poé tiques et plusieurs siècles avant leur venue. La matière est une illusion et l’Être seul est; mais cet Être est en toutes les âmes ou elles sont lui-même.
L'âme humaine est une émanation de l’âme uni verselle,elle en fait partie comme la vague de la mer: «Quand le moi et le. toi n’ont plus de sens pour le h
4.2 L’INITIATION sage, dit Djellal ed din, qu’importent les distinctions et les différences. Il n’y a ni parsis, ni juifs, ni chré— tiens, ni musulmans, je suis l’âme des âmes. » Si nous faisons abstraction des qualités et des nomen— -clatures nécessaires à la fantasmagorie de la vie, nous voyons l’Unique, I’Esprit, la grande Lumière.
Devant le soleil, les torches et les chandelles disparaissent; de même la contemplation de la vérité efface l’illusion. On arrive à la vue du vrai par l’extase, on atteint l’ex tase par toutes les pratiques qui tuent l’attachement aux choses, par l’affranchissement des joies et des douleurs. Ces expressions ne signifient rien, dit Djel lal ed din, pour celui qui est entré dans la voie.
Nous atteignons maintenant un point délicat de la doctrine: que deviennent les âmes non encore persuadées de leur identité avec la grande âme ? Certains, les moins nombreux d’ailleurs, veulent qu’elles reviennent s’épurer sur la terre ou sur d’autres planètes jusqu'à ce qu’elles aient mérité l’ittihad ou l’union.
Les plus nombreux admettent que, parties du grand foyer comme des étincelles, elles y reviennent pour s’en échapper sans trêve, perdant conscience de leur passé, car la mémoire empêcherait de nouvelles servitudes dans les corps. Il nous reste maintenant à examiner des points particuliers de la doctrine et non des moins intéres sants. Les soufis ne reconnaissent pas la morale comme science.
Le monde phénoménal admet les différences,ellessont la base même de sa persistance; de même dans la société, artifice phénoménal humain, le bien et le mal existent et en sont les supports
L’ISLAMISME ÉSOTÉRIQUE 43 L’initié, persuadé du monisme, nie cette distinction. Quant à la liberté, les soufis la considèrent comme un mensonge vulgaire, ils sont partisans de la doc trine musulmane du djabr ou de la détermination: « ce qui est ne pouvait être différemment pour le but qu’il poursuivait et poursuit sans se lasser; la ré flexion de l‘être par la variation et la multiplicité infi— nies ».
D'ailleurs, par suite même qu’il a voulu,Dieu était déterminé. Il n’y a que nécessité dans l’actuel, la contingence, la liberté ne se conçoivent dans l’Être qu'avant le désir, dans la puissance pure. L’espace et le temps sont des moyens créés par les sens pour les besoins de la représentation et aussi illusoires que le monde phénoménal dont ils sont les milieux.
Il n’y a ni 'passé, ni présent, ni avenir, il n’y a ni largeur, ni hauteur, ni profondeur pour l’Être. Nous exprimons, nous le reconnaissons en toute franchise, ces intuitions des soufis par des expressions philoso— phiques, précises et modernes, à cause de la difficulté de citer toutes les paroles des ésotéristes musulmans, symboliques et imagées, nécessitant de plus la con naissance compliquée de leur terminologie allégorique spéciale.
Les soufis font aussi de la magie pratique, mais na turellement et sans chercher à en faire un but. L’his toire des soufis de Djami regorge de faits miraculeux attribués à Djoueid, à Chemsed-din et autres grands cheikhs du soufisme. Habituellement, l’extase est ac— compagnée chez eux de la vision de lumières variant de couleur et d’intensité avec le degré d’initiation. Les soufis pratiquent souventàleur insu,où pour des actes
44 L'INITIATION charitables, le transfert d’objets à travers la matière avec désintégration et réagrégation des molécules, la télépathie, la prophétie, les guérisons par l’imposition des mains. La danse, les parfums, la musique, le jeûne, l’isolement amènent ces phénomènes psychur giques comme conComitants de l’ittihad.
Les soulis admettent l'existence de djnouns ou élémentaires qui sont, sans évocation spéciale, à la disposition des hommes supérieurs réintégrés. Ces djnouns les défen dent à leur insu contre leurs ennemis et même vio lemment, disentles historiens de la secte.Lesésotéristes croient à la puissance des sons ; ce que l’on appelle en arabe le dikr est analogue au mentram indien.
Cer taines phrases du Koran ou des livres sacrés des soufis, répétées avec des intonations particulières, produisent des effets prodigieux; elles agissent sur la nature et en perturbent en apparence les lois. Le chapelet (sab kha) de quatre-vingt-dix--neuf grains sert à la pronon ciation du dikr.
Ajoutons, à la gloire des soufis, que, malgré les exagérations de certains affiliés de confré ries secondaires, comme les refaïas ou hurleurs, les qadryas qui se balancent, des Aïssaouahs, le soufisme s’est tenu à l’écart des aberrations du yoguisme indien. Il n'a jamais recherché les épreuves extraor— dinaires.
Les sonfis‘vivent presque toujours de leurs mains ou sont de condition aisée, ce qui est peu compatible avec la condition de yogui; il n’y a pas de mona chisme dans l’lslam comme la Perse, la Turquie, l'lnde en témoignent. Les macérations ne sont pas d’ailleurs admissibles par des hommes qui font de
AU PAYS DES ESPRITS 45 l’indifférence absolue et de la volonté détachée sans effort violent leurs moyens principaux. En somme, ainsi qu'on peut le voir par l’exposé précédent, si le soufisme présente des communautés d’idées et de procédés avec les ésotérismes que nous connaissons, il offre cependant quelques points de vue originaux et un intérêt suffisant pour mériter l’étude attentive des savants et des curieux. Le soufi, H .-A. Paonsr-Bxmsan.
Alger, février 1901, Au Pays des Esprits (Salle) CHAPITRE XVIII L’ANGE DE MINUIT Durant les quelques années qui suivirent mon départ d’Angleterre, je voyageai àtravers maints pays d’0rient, occupé la plupart du temps à remplir les devoirs et à satisfaire aux exigences d’une vie publique des plus actives.
Ceux qui se rappellent le vision naire de la confrérie berlinoise n’auraient certes pu reconnaître en lui le rude soldat, l’homme politique austère, le travailleur acharné qu’il était devenu en
46 L’INITIATION maintes directions. Si nombreuses étaient les sphères d’activité dans lesquelles je me sentais appelé à me mouvoir que je ne pouvais douter que Félix von Marx ne m’avait tenu parole; que vraiment il était mort pour infuser à mon frêle organisme sa noble virilité, . et que c'était à l’influence de son puissant esprit que je devais de pouvoir fournir un aussi énorme total de travail physique et intellectuel.
Aussi, de même que dans ma carrière publique, jamais le moindre repos n’est venu me distraire de mes incessantes occupations, de même n’ai—je jamais perdu de vue le but grandiose, l’objet de mon pèlerinage terrestre, qui a toujours été la recherche de ma solution posi— tive des mystères de l’univers invisible.
Mon exis tence jusqu’alors m'avait prouvé qu’il y avait maintes phases de vie spirituelle compréhensibles à l’esprit humain, autres que celles qui formaient le sujet d’étude et d’expérimentation des membres de la con— frérie berlinoise. Durant ma résidence chez mon estimé ami, John Dudley, j’avais appris les relations que Sa pure et innocente famille se plaisait a entre tenir avec des esprits amis.
Je ne m’étais cependant jamais mêlé à leurs séances si paisibles, ni n’avais voulu troubler leurs réunions si pleines d’harmonie par mon impressionnable nature et mon inquiète humeur; mais souvent mon esprit voltigeait autour d’eux, et depuis lors, comme en bien d’autres lieux moins purs,j’ai appris à connaître comment on com munie avec les esprits, si l’on peut arriver à l’état de passivité automatique qu’on appelle l’état de médium mité.
AU PAYS ores ESPRITS 47 Je savais de même, sans l’intervention de cercles magiques d’invocations, ou de formules quelconques, communiquer avec mes amis bien-aimés, par delà le fleuve mystique sur les bords duquel mes yeux avides les avaient vus disparaître.
Les uns après les autres, tous sont revenus de ces sombres bords, attentifs à sauvegarder la vie orageuse, veillant sur moi avec une fidélité et une tendresse dépassant encore celle qu’ils déployèrent pour moi durant leur passage sur cette terre.
Constance, ma si jolie, si gracieuse amie, mon vaillant père, ma mère si belle et si douce, mon jeune frère et tarit d’autres amis ou compagnons, tombés surla route, me laissant seul, avant d’avoir pu éprouver la faiblesse ou la force de l’homme qui se trouve seul au seuil de la virilité, tous me sont revenus, me parlant comme autrefois, suivant chacun de mes pas, comme autant de rayons de soleil voltigeant tout autour de moi, me fournissant la signification la plus complète de ces mots sublimes, « le ministère des anges ».
Félix von Marx aussi, lui, le plus cher à mon cœur, ne m’a jamais abandonné, ni ne m’a jamais manqué. Dans mes épreuves les plus récentes, dans celles qui ont atteint mes affections les plus chères, les plus sacrées, il n’a jamais cessé de m’entourer de cet amour profond, désintéressé qui lui avait inspiré le désir ardent de s’immoler pour moi.
Eh bien! voudra-t-on me croire si j’avoue que, malgré ces interventions surnaturelles, ces apparitions d’êtres chéris, leurs communications fréquentes, bé névoles, je ne pouvais me convaincre de l’immorta ,, / -.-...'.
48 L’lNlTIATJON lité de mon âme,arriver à croire à la continuation de l’identité de ces esprits, m’obstinant à ne leur accor der qu’un bref moment d'existence spirituelle aussi tôt évanouie, qu’un état transitoire dans lequel ils pouvaient maintenir pour un temps leur identité, destinée à sombrer, à être absorbée, anéantie, obligés qu’ils étaient, à ma croyance, de se soumettre à l’horri ble nécessité de recommencer le cycle éternel de la vie matérielle.
Je me reprochai ces fantaisies morbides, j'en demandai pardon à mes bien-aimés consolateurs; mais si ces fantaisies disparais aient en leur radieuse présence comme les ombres de la nuit à l’approche du jour, elles revenaient cependant sans cesse hanter mon esprit fiévreux sitôt que je me retrouvais seul avec moi-même.
Mon âme aspirait ardemment à une compréhension du plan divin plus grande, plus haute que celle que pouvait me donner la connaissance des sphères de l’être qui nous sont familières.
Il me tardait de pénétrer la philosophie de la vie présente comme de la vie future, de voir le doigt de Dieu dirigé vers l’au delà, au delà de la tombe, au delà de l‘origine et de la fin de l'être, et j’aurais infi niment plus volontiers accepté de « dormir bientôt du sommeil qui n'a pas de réveil» que continuer à souflrir de mes incertitudes, ballotté que j ’étais sans relâche sur un océan de spéculations, sans compas, sans gouvernail, sans pilote, sans ancre.
Il m’arrivait parfois de voir, de sentir, de rencon trer face à face mon propre « esprit atmosphérique ». Cette mystérieuse manifestation de la dualité de mon être ne m’enlevait rien de ma force physique,mais elle
AU PAYS DES ESPRITS 49 ne se produisait jamais sans m‘impressionner pénible ment, sans me causer un sentiment de terreur inex— plicable, qui me faisait fuir cette présence comme si je me trouvais en face de mon pire ennemi.
Cette odieuse vision me parlait quelquefois, usant de reproches, de sarcasmes, d’ironie, insistant sur la relation qu’elle avait avec moi, comme un démon moqueur, bien plutôt que comme l’essence astrale de ma propre substance spirituelle.
Les esprits de ceux que j’avais le plus aimés, aux quels j’avais pu le mieux me confier, venaient con verser avec moi, m'apportant souvent des renseigne— ments étrangers à ma propre conscience, mais prou vant l’identité de ceux qui me les fournissaient; l’objet de ces communications ne pouvait cependant élucider les mystères dont j’étais entouré.
Malgré les mille moyens ingénieux qu’ils mettaient en œuvre pour me démontrer la réalité de l’origine étrangère des agents qui communiquaient avec moi, et pour me convaincre de l’affection et de la sollici tude inlassables dont on m’entourait, ñi‘s ne me fai saient par ailleurs que des révélations de peu d’impor tance, consistant généralement en d’insignifiantes informations, des avertissements, des prophéties, qui se vérifiaient toujours, il est vrai ; mais, en dehors de ces vulgaires témoignages de nos relations, ilne sem blait point y avoir entre nous de terrain commun au point de vue des idées. _ J’aspirais, oh combien passionnément ! à quelque chose de plus haut, mais quand dans l’intimité de ma conscience j’exprimais en d’ardentes prières à mes 4
50 L’INITIATION visiteurs spirituels mon désir pour plus de lumière, un sentiment de fatigue inexplicable s‘emparait de moi et me forçait de suspendre des relations devenues impossibles à maintenir.
Quelquefois la terrible théo rie de la Confrérie berlinoise me revenait à l’esprit et je me sentais presque disposé àadmettre avec eux que ces apparitions n’étaient en réalité autres que des esprits astraux émanés de la carcasse matérielle au moment de la mort, mais que l'âme, comme le c0rps, avait été dissipée à travers les éléments, ou qu’elle avait revêtu déjà de nouvelles formes avec lesquelles son existence passée n’avait conservé aucune rela tion de sympathie.
Que l’on me permette d’ajouter tout de suite que, à peine émises, ces vagues et misé— rables théories se trouvaient sûrement réfutées, car immédiatement quelque messager de l’Au-delà se présentait me prouvant que mes plus secrètes pensées avaient été pénétrées, me fournissant de très simples mais très significatifs témoignages de la continuation de la vie, de l’individualité de l’esprit angélique qui me visitait, commeaussi de sa sollicitudeàmon égard, me convainquant, pourl’instant, de la certitude del’im mortalité de la vie, de l’immortalité de l’amour, par delà les bornes du tombeau.
En outre des nom breuses sociétés adonnées à l’étude de l’occultisme dont je faisais partie en Europe,je rh’affiliai à maintes autres durant mes pérégrinations à travers l’Orient. De même que la plupart des gens qu’intéresse l’étude du côté occulte de la nature, je n’étais pas plutôt de retour dans l’Inde, où, il est vrai, s’étaient écoulées les premières années de mon enfance, que je me 4 . ..-. _, a ...u_....
AU PAYS DES ESPRITS 51 laissai fasciner par les extraordinaires et surnaturels pouvoirs que possèdent les extatiques orientaux. Si ces pages avaient été publiées, il y a dix ou vingt ans, j’aurais facilement pu les accumuler en un volume rien qu’avec la relation des merveilles auxquelles j’assistai.
En l’état actuel, ou a tant ressassé dans les publications les plus communes les phénomènes de la magie indoue, que le gamin qui cire vos bottes dans les rues de Paris ou de Londres vous racontera à la douzaine des histoires de charmeuses de serpents, que la demoiselle qui tout en minaudant yous tend une allumette pour allumer votre cigare vous débi— tera sur l’exhumation de fakirs plus d’anecdotes qu’elle ne peut compter de havanes dans sa vitrine ; que le barbier qui taille votre barbe sera capable de disserter sur la facilité avec laquelle les derviches se coupent la tête pour la remettre en place un moment après, vous dira comment il se fait que les manguiers peuvent croître en un chiffre donné de secondes, que les voleurs peuvent être découverts sur les indications de bilboquets automatiques.
L'esprit public en Europe a été saturé, aa’ nauseum, par la relation de merveilles de ce genre.
Mais si pour ma part j’ai prêté une Oreille attentive au récit détaillé de faits que j'ai observés moi-même avec un intérêt toujours croissant, auxquels je me suis trouvé mêlé, dont j’ai mis des années à découvrir la cause productrice, je n’ai par ailleurs entendu aucune ex plication donnée par cette même rumeur populaire, si prolixe de racontars, sur la genèse de tels phéno— mènes. Naturellement nous devons reconnaître que
5 2 L’INITIATION l’unique importance de ces phénomènes dérive du mode occulte de leur génération, lequel se trouve au dessus de la compréhension des hommes de science, même les plus érudits.
Quand bien même on s’en rapporterait à la prestidigitalion qu’on nous a donnée comme la plus facile solution d’un problème que la science est trop ignorante pour élucider et trop fière pour aborder sérieusement, on ne trouve reproduites nulle part en aucun pays les merveilles du spiritisme oriental. En beaucoup de cas d’ailleurs, sinon dans tous, ces merveilles sont des manifestations des forces occultes qui existent dans la nature.
J’ai donc pensé qu’il ne serait pas sans intérêt de dire ici quelques mots des méthodes que personnellement j’adoptai pour pénétrer à fond le secret de leur production. Mon premier soin fut de m'assurer les services de deux des plus accomplis commedes plus respectables membres de la confrérie des fakirs.
Je mis en œuvre tous les moyens à ma disposition pour les attacher à mes intérêts, n’oubliant pas d’ailleurs de les tenir séparés l'un de l’autre, de façon à éviter toute possi bilité de connivence ou tentative systématique de mystification à mon égard. le pus ainsi me mettre dans les conditions les plus favorables pour observer maints surprenants phénomènes témoignant du pouvoir que ces hommes possédaient; et analyser à loisir les prétentions qu’ils émettaient quant à son origine.
Dans tous les cas, très nombreux, où d’in-. croyables tours d’allure surnaturelle furent exécutés, les fakirs m’assurèrent que les agents en cause, faiseurs; de ces prodiges, étaient les pitris, ou esprits des ancê«
Au PAYS DES ESPRITS 53 tres.lnvariablement ils affirmaient dans leurs déclara tions que,sans l’aidede ces alliés spirituels, ils ne pou vaient rien.faire. Ils me donnaient à entendre que leur propre intervention dans les cas consistait uni quement à se mettre en état de servir les pitris.
Le corps matériel pour eux n’était que le véhicule de l’âme invisible, dont le vêtement spirituel ou astral est un élément évidemment analogue au « corps spi— rituel» de l’apôtre Paul, à la « substance magnéti que » ou « principe vital» des spirites, à l’esprit as tral des Rose—Croix, à l’esprit atmosphérique de la Société berlinoise. Cet élément, les extatiques indous et arabes l’ont appelé agasa ou fluide vital.
D’après eux, la faculté de faire des prodiges avec l’aide des esprits est développée en proportion dela quantité et du potentiel d’agasa que renferme l’organisme. L’agasa, ajoutaient-ils, est l’élément dont se servent les esprits pour prendre contact avec la matière ; s’il est abon dant et très puissant, les invisibles peuvent l’extraire du corps des extatiques et opérer avec lui des pro— diges qui ne sont possibles qu’à eux—mêmes et aux dieux.
« Mutilez le corps humain, tranchez ses mem bres, me disait un Brahmine que j‘avais enrôlé aussi à mon service comme professeur d’occultisme, et pourvu que vous ayez à votre disposition assez d’agasa, vous guérirez instantanément la blessure.
L’agasa est l’élément qui réunit les atomes de la ma tière ; le couteau, l’épée le divise, le feu l’expulse hors des atomes qu’il habite ; réappliquez l‘agasa aux par ties brûlées ou divisées avant qu’elles aient eu le temps de se corrompre ou se dessécher et ces parties se . .--. . a... l«....y..«
54 L’INITIATION _,._.___, T réuniront, formeront un tout comme auparavant. » C‘est grâce à l'agasa que la semence germe dans le sol, croît pour devenir un arbre avec des feuilles, des fruits et des fleurs. Répandez à profusion l’agasa sur la graine, et la vivification que vous obtiendrez fera pousser en une minute ce qui aurait mis un mois à croître avec moins de fluide vital.
Chargez d'agasa extrait d’un corps humain des pierres ou autres objets inanimés, et les esprits feront ces objets se mouvoir, voler, nager, voyager de côté et d’autre à volonté ; en un mot, c’est l'agasa. —— et par agasa j’entends la Force, la Vie des choses, — qui, au dire convaincu des très intelligents lndous avec lesquelsj’étudiai, est l’agent aux vertus duquel est due la production de prodiges surnaturels, assisté toujours cependant par les pitris pourpouvoir opérer, d’abord parce que leurs corps spirituels sont tout agasa, ensuite parce qu’ils savent ce qu’est cette force vivante si puissante et comment la manier,connaissances qu’ils ne peuvent communiquer aux mortels.
Les méthodes d’initiation préparatoires àla pos session de ces facultés de faiseurs de prodiges sont, m’a-t-on assuré, la pratique de l’ascétisme, de la chasteté, de fréquentes ablutions, de longs jeûnes, des périodes de recueillement profond, la concen tration de l’esprit absorbé dans la haute contempla tion de la divinité, du ciel et des {choses divines,le détachement absolu de l’âme vis-à-vis dela terre et des choses terrestres. La mise en œuvre de ces pratiques donne à celui qui les emploie la maîtrise de son corps, si l’on en
AU PAYS DES ESPRITS 55 -'-‘-'--- . . . croit les prétentions des Indoùs, et la quantité d’agasa. ainsi transmise aux éléments, avec sa puissance aux mains des esprits supérieurs, se trouve immensément accrue‘. Sa mise en liberté est aussi plus facile à opérer et se produit sous le contrôle de ces puissances spiri tuelles. _ « Voyez, s’exclamait un jour un de mes instruc teurs, je suis tout agasa.
Ce mince revêtement de matière qui me couvre, cette charpente osseuse qui constitue la base de mon être matériel ne sont-ils pas réduits à la ténuité des plus simples éléments ?
Ils né sauraient gêner ma fuite à travers l’espace, ni me retenir à la terre que j’abandonne. » En même temps, justifiant son extraordinaire ga geure, son pied heurtant le sol et s’élançant dans l’espace, il s’élevait dans les airs, les yeux en transe, fixes, tournés en haut, ses maigres, rigides bras et ses mains osseuses tendues, serrées extatiquement au dessus de sa tête, jusqu’à ce qu’il eût, dans son essor, presque atteint la toiture du vaste temple où nous étions.
J’ai déjà, dans d’autres chapitres précédents de cet ouvrage, fait allusion aux moyens que maints exta tiques orientaux emploient pour arriver à l’état de « fureur mystique » tels que les sauts, la danse, les rondes, les-tournoiements ; l’usage de drogues et d’es— sences aux propriétés enivrantes, le bruit, la musique et tous autres moyens qui ne peuvent que tendre à abolir les sensations, à surexciter l’esprit et à le rendre momentanément maniaque. Une autre manière de faire très généralement em
5 6 L’INITIATION ployée parmi les extatiquas orientaux pour faire des miracles consiste à opérer par illusion, mot qui d’ail leurs exprime mal l’impression psychologique in tense qu’un adepte bien doué peut produire sur un groupe d’individus-dans des circonstances données.ll est presque impossible de définir les moyens mis en œuvre pour répandre sur toute une assemblée de gens cette atmosphère de brume, d’hallucination, d’enchan tement qui nous enveloppe, si bien qu’on est obligé de voir l’opérateur sous un jour illusoire, qu’on s’ima' gine qu’il est visible ou invisible, accomplissant d’impossibles actes avec d’aussi impossibles instru ments, selon la croyance qu’il plaît à celui-ci d’impo ser aux spectateurs.
Les plus habiles à provoquer cette espèce d'illusion sont non seulement des médiums pour les esprits, et de très forts psychologues, mais encore possèdent la faculté de s’imprégner si bien d’agasa (atmosphère spirituelle), qu‘ils peuvent à leur gré revêtir presque n’importe quelle forme imagi maire.
Atitred'expérience, je me suis laissé, en plus d’une occasion, magnétiser — j'emploie ce mot moderne 1 pour être mieux compris —- par certains de ces en chanteurs,les plus habiles dansl’exercice de cetart sin gulier, c’est—à-dire qu’ils faisaient la ronde, tournoyant, dansant autour de moi, leurs longs doigts dirigés tout le temps sur ma personne, ils parvenaient à m’étourdir, me laissant sans voix, fasciné, parfaitement cons cient de ma curieuse situation, devenu invisible aux passants que je voyais défiler près de moi et qui, invi tés par les fakirs à décrire mon apparence, répon
AU PAYS DES ESPRITS ùaient en niant énergiquement qu’il y eût un objet visible à la place que j’occupais.
En quelques occa sions, d’autres personnes furent en même temps que moi revêtues de cette atmosphère d’invisibilité.ll m’est arrivé aussi de les voir convaincre toute une multi tude de gens assemblés dans un des temples de Siva, à Bénarès, de la présence de_tigres, de lions et autres objets terrifiants alors qu’aux endroits indiqués il n’y avait rien de pareil.
Pour réussir à provoquer ces illusions, l’opérateur doit être un bon psychologue, s’entourer de bandes d’esprits puissants, purifier son corps par de longs jeûnes, s’imprégner d'essences pénétrantes par des onctions répétées de façon à déve‘ lopper en lui la frénésie mystique, à accumuler dans son organisme une énorme charge d’agasa qui, au moment voulu, permettra aux esprits invoqués d'agir par son intermédiaire, fera de lui leur instrument humain.
Quand j‘aurai ajouté que les gens de ces pays d‘Orient avec leurs formes graciles, souples, leur goût naturel pour ces sortes d’exercice, se font un plaisir infini à pratiquer l’art de la prestidigitation, et parviennent à un degré d’adresse toutà fait inconnu aux gens d’autres pays, j’aurai, je crois, présenté au lecteur curieux le rationale de toutes les méthodes en honneur pour la confection des prodiges en Orient.
Ne nous méprenons pas cependant et n’allons pas confondre les tours d’adresse du prestidigitateur par profession avec les actes de l’extatique religieux. Non seulement les deux classes diffèrent par leur manière de faire, mais encore par leurs buts, leurs mobiles. Le prestidigitateurl’est par profession.ll est étonnamment
58 L’INITIATION adroit dans la pratique de son art, assez adroit vrai ment pour convaincre le plus rusé de ceux qui l’observent qu’il est, soit aidé par les puissances sur naturelles, soit en communication avec elles.
Néan— moins ceux qui comme moi veulent se donner la peine de le surveiller attentivement dans l’exécution de ses tours, le payer aussi suffisamment pour être mis dans son secret, finiront bien vite par s’aperce— voir qu’il n’est qu’un jongleur après tout, et que l’exhibition de ses talents .n’a pas de motifs plus éle vés que l’appât de la maigre rémunération due à son adresse.
En dépit du fait que beaucoup de ces exta tiques indous prostituent leurs remarquables facultés jusqu’à la mendicité la plus abjecte, une classe nom breuse existe pourtant dont les actes reconnaissent des mobiles infiniment plus élevés dont l‘incroyable ascétisme, le système de tortures volontairementinfli gées représentent les plus hautes inspirations reli gieuses.
A moins d’en faire bénéficier le temple, la lamaserie ou le monastère auxquels ils appartiennent, les adeptes orientaux les plus experts dans l’art de faire des prodiges évitent toute occasion rémunéra trice, à l’opposé des autres, ne font point montre de leurs pouvoirs pour récolter des aumônes; aussi leurs actes revêtent-ils une certaine dignité par le fait de leur association avec les rites de leurs services reli gieux.
Persuadé que des forces spirituelles intervenaient dans la production de la plupart des phénomènes surprenants dont j‘étais témoin, et aussi que ces phénomènes révélaient, malgré l’insignifiance des
AU PAYS DES ESPRITS 59 résultats obtenus, l‘existence de forces inconnues, soustraites jusqu’alors à l’expérimentation humaine, je me déterminai à consacrer une année entière, et tous les moments disponibles en plus, à l’étude de ce sujet et àen expérimenter à fond les méthodes de procéder.
C’est dans cette intention que j’abandonnai ma plaisante résidence suburbaine de Bénarès et me décidai à élire domicile avec un groupe d’affiliés dans les cryptes ténébreuses souterraines d’une vaste ran gée d’anciennes ruines, encore toutes imprégnées jusque dans leur moindre pierre parl’esprit d’une an tique et grandiose foi dont les manifestations ardentes avaient jadis rempli ces lieux sanctifiés par le sou venir.
Je suis contraint par le serment à ne point révéler les méthodes d’initiation qui me furent apprises et me consacrèrent extatique confirmé sous l’égide et grâce à l’enseignement d’hommes désintéressés et dévoués, qui eux—mêmes possédaient à fond les secrets de l’emploi des forces occultes les plus élevées dans l’ordre spirituel. .
Qu’il me suffise de dire que je me pliai aux règles de l’ascétisme le plus rigoureux ; que je passai mon temps dans l’observation des règles prescrites, et que j'outrepassai même en rigueur la discipline sévère qui m’était imposée.
Né magicien par don de nature, ainsi que m’en informèrent mes initiateurs, mon temps de probation fut abrégé, la sévérité des épreuves commandées fut modifiée en ma faveur; pour cette raison, et si mon ambition avait été dirigée de ce côté, j’aurais pu, parmi les prêtres bouddhistes avec lesquels j’étudiai, comme avec les Brahmines,
60 L’INITIATION atteindre aux plus hautes dignités de leur ordre. Parmi les Brahmines, ma qualité d’étranger à leur caste me tenait éloigné de tout emploi ecclésiastique ; mes supérieurs cependant me supplièrent de rester avec eux, me donnant l'espoir d’atteindre aux grades spirituels les plus distingués. Ai-je besoin de dire que mon but fut atteint lorsque j’eus pénétré à fond le secret de la vraie puissance occulte.
Je mis tout en œuvre pour m’assurer de sa réalité; par des épreuves,parl’expérimentation, je sais aujourd'huiquel’âme humaine peut commanderà tout élément dansla nature ; que toutesles manifestations de lapuissance spirituelle, voire même dela puissance divine, sont accessiblesà l’homme.
Tout cela, et bien d’autres secrets que le serment m’empêche de dévoiler, dont la révélation d’ailleurs, à notre époque cor rompue et avec les mœurs dissolues, me ferait plutôt maudire que bénir, ferait de la terre un enfer plutôt qu’un paradis, toutes ces connaissances, je les ai eues en ma possession, je les ai mises à l’épreuve, je me suis convaincu de leur réalité.
Ce ne fut pas pendant 'mon premier séjour dans l’lnde que j’entrepris ces recherches ; les devoirs que m‘imposait la carrière des armes, où le désir de ma famille et de mes relations me fit entrer, ne me permirent que d’y consacrer bien peu de temps; ce fut durant un deuxième et plus récent séjour en Orient que mes études dans cette direction aboutirent, et c‘est par anticipation que dans ce chapitre je fais allusion aux résultats que j’obtins. Que l’on ne croie point cependant que ce fut à bon marché ou facilement que j’arrivai à la
AU PAYS DES ESPRITS 6r possession de ces connaissances et de ces facultés. Je me contenterai pour le moment de déclarer que l’exis tence que j’échangeai pour l’existence confortable de notre monde civilisé était d’une rigidité à faire re reculcr d’épouvante et d’horreur les fastueux Euro-. péens.
Réfléchissant aux desseins insondables de la Pro vidence qui semble faire concorder toutes choses vers le bien, il m’est arrivé parfois de penser que ma tenta tive désespérée de suicide, provoquée par l’affreux chagrin que me causait la perte de mon ami bien aimé, von Marx, n’avait été permise, sinon com mandée, que pour me préparer aux efi'royables austé rités exigées de moi avant de pouvoir franchir le seuil de l’humanité et pénétrer dans « la vie des dieux », dans le sens tout au moins de l’empire que l’esprit peut prendre.
Comme la plupart des médiums ou des extatiques, je ne jouissais que d’une faible santé ; aussi ma surprise fut grande, à cette époque, comme aujourd’hui du reste, de constater l’extraordinaire faculté d’endurance que je déployai au milieu des épreuves extraordinaires que j’eus à supporter pour atteindre à la lumière et à la puis sance spirituelle.
Tandis que maints autres néo phytes vivant avec moi échouèrent complètement, que d’autres durent se retirer après avoir perdu la santé, vu leur cerveau se détraquer, voire même per- , dirent la vie sans avoir vu aboutir leurs efforts, je traversai chaque épreuve comme si de puissants es prits me portaient dans leurs bras, soutenu par une ‘ force que je ne saurais attribuer à une volonté pure
62 L‘INITXA’I‘ION ment humaine. Mes compagnons sentaient cette influence qui me soutenait, mais j’étais seul à la connaître personnellement, et à savoir que cette faveur de passer par les plus extraordinaires épreuves était pour me démontrer le triomphe de l’esprit sur la matière et l’existence de cette force qui permet à l’âme humaine de passer outre les bornes du temps et de l’espace.
Dès le jour de mon arrivée dans l'Inde, comme au reste durant tout le cours de ma carrière, mon temps s’est passé alternativement dans l'étude des phéno mènes spirituels et dans la pratique plus terre à terre des devoirs qui m’incombaient, selon les circons tances.
Nonobstant le fait de mon absorption par la vie publique, vie qui pour moi fut des plus orageuses et du caractère le plus exigeant, à partir du moment où je rejoignis les parents de mon père dans l’Inde, jamais, dans la limite de ma santé et de mes forces, je ne délaissai mes poursuites ou recherches spirituelles, ni ne les trouvai incompatibles avec la routine de la vie ordinaire.
Il m’arriva souvent d’être obligé de résider dans plusieurs des grandes villes de l’Indoustan et du Dec can ; je restai aussi quelque temps auprès de ces parents auxquels j’ai fait allusion au commencement de ce livre, mais mon « Patmos » fut une villa subur baine près de Bénarès ; je trouvai là un voisinage et une compagnie qui me furent des plus précieuses dans la poursuite de mes études favorites. D’une extrémité de l’Inde à l’autre, partout où j’ai promené mes pas, mes yeux ont sans cesse rencontré
SON-LUMIÈRE-COULEURS DANS L’ASTRAL 63 d’impérissables témoignages de l’ardente foi, de la dévotion profonde que les anciens Indous manifes taient pour les principes de leur religion. Monuments colossaux, pagodes gigantesques, temples souterrains grandioses, chacun deces édifices estune offrande aux dieux des antiques adorateurs du feu, offrande sanc tifiée par le plus pur sang sorti du cœur de millions de croyants.
Ces dernières années, l’Indoustan a été un thème favori pourlalittérature, on a parlé delui avec une telle magnificence de descriptions, on en a fait des images si brillantes, que je me garderais bien de rien ajouter aux innombrables relations déjà publiées concernant ses chefs-d'œuvre de sculpture, ses monuments fameux. (A suivre.) INTRODUCTION A L’ÉTUDE Du « Son—Lumière-Gouleus » dans l’tstral (Suite) Un voyant pourra voir telle pensée s’élancer sur telle personne, flotter indécise près de telle autre (neutre) ou fuir au loin d’une troisième.
Mais la volonté qui projette peut forcer la résistance,modiher la direction de l‘émission, retenir ce qui veut pénétrer chez autrui, forcer l’indécision. « Certains médiums se contentent de transsuder une certaine dose de force psychique et d’en saturer leur nimbe, où lesindigênes de l’astral (dont nous
64 L‘INITIATION [AVRIL parlerons bientôt) viennent se manifester et s'ébattre. Les élémentaux et très rarement les élémentaires entrent alors en communication avec les assistants et se mettent volontiers en dépense de phénomènes fluidiques. « Quelques rares, en qui l’on peut voir d’instructifs occultistes, ne procèdent que par sortie en corps astral partielle ou complète.
« Les fakirs de l’Inde ne subissent pas le caprice des larves (r). » Cette citation nous indique bien qu’avec un mé dium ordinaire non purifié ni préparé on peut être le jouet des larves, n’avoir devant soi que le vague reflet de ses pensées saturé par le propre fluide du médium. Avec un sujet réel, ou un fakir opérant selon les rites, rien de pareil à craindre.
Le criterium sera du reste la réapparition des phénomènes objectifs pour une même incantation renouvelée. Lorsqu’on a affaire aux élémentaux, il n’y a que figures incohérentes. Enfin l’opérateur sortant en corps astral peut ali— menter de son fluide l’incantation. Il est parlé de mantras chauds et de mantras froids; d’autre part, les mantras sont parfois composés de parties chaudes et d'autres froides.
Là encore rien d‘impossible, nous avons devant nous des phénomènes de vibration dans lesquels un mouvement peut se transformer tour à tour en chaleur, en lumière, etc. Dans un sens analogue au (1) De Guai‘ta, Les Iricantalions.
1901] SON-LUMIÈRE—COULEURS DANS L’ASTRAL 65 moment d’objectivations importantes pour un médium à matérialisation, des souffles glacés courent en tous sens à la manière des vents coulis. Lorsque Éliphas Lévy raconte l’évocation qu’il fit à Londres de l'âme d'Apollonius de Tyane, il signale aussi un souffle froid qui l’envahit et en même temps il comprit ce qu’il demandait, sans qu‘il en— tendit une parole (son intérieur, lumière noire).
Même l’observation directe des couleurs donne une impression variée de chaleur et on divise les couleurs en : Couleurs chaudes. — Rouge. jaune, orange, jaune—vert. — froides. — Violet-bleu, vert-bleu. « Une lumière chaude provoque une ombre froide, une lumière froide provoque une ombre chaude.
La couleur de l'ombre est complémentaire de celle de la source delumière. » Également une étincelle suivie de fumée signale la - dissolution d’un coagulat fluidique. A quels phéno— mènes donne lieu une pensée qui se dissipe ou qu’on ébranlcrait violemment? Dans le Lz'gth du 7 février 1899 se trouve une très curieuse relation de l’efficacité des Mantrams surla conduite des éléments (1).
«Le 26 octobre 1898, pendant la réunion de la Société théosophique de Bénarès, M“° Besant annonce qu’un fakir indien, Sanaysi, marcherait un pied sur aguigund (brasier) et que celui qui voudrait 'l’imiter le pourrait faire en toute sécurité. Chacun de (i) Traduit par Mme de Mirbel.
66 L’INITIATION nous fut curieux de voir cet événement et on se rendit à l’endroit où le fait devait s‘accomplir. « Là nous trouvâmes une excavation de 14 pieds de profondeur sur 15 pieds de largeur dont les re— bords étaient en pente douce. Dans cette excava tion, des centaines de troncs d’arbres de tamarins posés en forme de grille brûlaient depuis 4 heures de l’après—midi et ne devaient s’éteindre qu’à 8 heures du soir.
« Devant nous on nivela quelques bûches récalci— trantes ou qui ne brûlaient pas et la chaleur devint toutà coup si intense que nous ne pouvions rester assis. même à une distance de 3 mètres. « Une foule nurlante et dansante de coorgs vint bientôt avec des femmes qui portaient des enfants La plupart des hommes portaient des paniers avec des offrandes religieuses.
Quelques-uns avaient à la main des shirags (lampes en terre) entourées de ban deroles de papier de couleur qui, chose extraordi naire, ne brûlaient pas, bien que la flamme les léchât souvent. « Devant le brasier, la foule s’arrêta, mais continua ‘à vociférer. ' « Les hommes portèœnt solennellement l’idole Mantras en palanquin autour du feu et accom plirent leur rite religieux en cassant des noix de coco.
« Puis hommes, femmes, enfants, dansèrent autour du feu comme s’ils étaient ivres. Nous pensions que ces gens avaient bu du bhang (liqueur violente faite avec le chanvre indien) et qu’on leur avait enduit. - - _
SON-LUMIÈRE-COULEURS DANS L’ASTRAL 67 LJ— les pieds de produits chimiques qui les rendaient incombustibles. ‘ « Nous étions dans l’erreur. « Leurs folies, leurs criscessèrent subitement et un fakir annonça que le feuétait dominé par la puis— “ sauce de Mantras(dieu des incantations). Ils pouvaient passer dessus. . ‘ « D’abord personne ne bougea.
Puis tout à coup deux hommes s’élancèrent sur le brasier dont la dimen sion était en ce moment-là de 15 pieds cubiques. « Notre effroi fut grand, quand nous vîmes immé— ' diatement après les hommes, des flots de femmes et d’enfants se précipiter en marchant sur le feu. « Mû par l’enthousiasme de ces gens, dans un mo— ment irraisonné, j’ôtai mes chaussettes et mes sou— liers, je relevai mes vêtements et je marchai en cou rant sur le feu.
« J’eus la sensation que je marchais sur du sable chaud. « Le charme dura dix minutes, après lesquelles personne ne s’aventura plus sur le brasier. Mais pen dant les dix minutes, des centaines de personnes avaient passé à plusieurs reprises sans être brûlées.
« Ce spectacle inoubliable et merveilleux eut pour témoin : le colonel Olcott, la comtesse de Watch mester, M“’°Besant, miss Lilian Edger, Mme Kleigktleg, les Drs Richardson et Pascal (Français), M“‘° Venis, principal du Collège de la Reine, le professeur Mul voug et bien d’autres. « Un docteur français examina mes pieds et cons tata qu’ils n’aV’aient aucune brûlure. . ._' r ... |I ' . lb
68 L’INITIATION « Le fakir Sanyasi, qui avait préparé le spectacle, fut le seul qui ne courut pas dans le brasier, il se tint à l‘écart et assez loin, psalmodiant des incantations à mi-voix. « Il est connu dans le pays sous le nom de Jaugum baba. Il dit qu’il pourra recommencer le phénomène quand on voudra. « La cause de ce phénomène, qui n’est pas une jon glerie, devrait être étudiée par les scientifiques, par les incrédules,par les sceptiques.
Le pouvoir des Mantras doit être regardé comme un des plus mystérieux de la nature. » v C’est un exemple type du pouvoir des Incantations, on pourrait citer des centaines d‘approchants. Mais il me paraît yavoir une petite confusion entre l’idole Mantram, qui dans ce cas serait un Géniedes Élé— ments, un dieu. et leslncantations mêmes (Mantrams).
Dans le premier cas on dirait que le médium fakir agit par l'intermédiaire des Génies, tandis qu’il agit directement par sa volonté extériorisée sur l’astral qu’il transforme ou actionne à son gré. Il se tient à l’écart, chante sur un rythme donné, ses disciples l’aident par leurs cérémonies, font une sorte de chaîne d’où sort un fluide collectif, proba blement dirigé sur un point choisi par le fakir.
De supercherie, il n’y en a pas eu; trop d’honorables personnes étaient présentes, elles ne furent pas vic— times d’une illusion. Ce n’est que pendantdix minutes que le phénomène se produisit, le temps pendant lequel la force extériorisée de l’opérateura été capable de contre—balancer la violence du feu.
SON-LUMIÈRE-COULEURS DANS L'ASTRAL 69 Crookes aétabli un tableau des vibrations croissantes de l’éther (r). Jele transcris, mais, pour la simplicité, je remplace par des zéros les chiffres placés après les premiers énoncés. LE PENDULE BAT LA SECONDE x 2 = 4 3 8 4 16 5 31 6 do 522 64 7 ré 587 128 son 8 m1 652_ 256 9 fa 696 512 10 sol 783 z 000 15 la 870 32 000 20 si 978 me ooo . 25 33 000 000 inconnu. 3° ! ooo ooo ooo . .
35 34 000 000 000 électricité. 40 x ooo ooo ‘ooo 000 . 45 35 000 000 000 000 Inconnu' . 48 451 000 ooo ooo ooo rouge) 280 ooo ooo ooo ooo ' (chaleur). 49 789 000 ooo ooo 000 Vie et 562 000 ooo ooo ooo lumière. 50 1 ooo ooo ooo ooo ooo 55 36 ooo ooo ooo ooo ooo (actinique phot.). 55 72 ooo ooo ooo ooo ooo inconnu. ’ 57 144 000 ooo 000 000 ooo 58 288 ooo 000 000 000 000 59 576 ooo 000 000 000 000 rayons X.
60 x ooo 000 000 000 ooo 000 51 2 300 ooo ooo ooo ooo ooo 6, 4 600 ooo 000 000 000 ooo inconnu. 6;, 9 200 000 ooo 000 000 ooo Ce tableau nous indique que bien des vibrations connues comme vitesse sont inconnues comme effets produits. « Le son est, de toutes les modifications fluidiques de l’agent universel, peut—être la plus foudroyante d’oc— culte influx. C’est aussi une des plus hautes dans la (r) Reproduit dans les Problèmes de l’Inconnu (Annales lit '
70 L‘INITIATION hiérarchie des forces sensibles, une volonté d’adepte portée sur des ondulations sonores, d’un certain ordre rythmique, constitue une force intelligente, à quoi nul ne résiste, ni rien dans le monde astral ou matériel.
Elle déploie les virtualités les plus énergiques et diverses tout ensemble : une véritablegammed’qfiÏu-ves nuancés (I). » ' Grâce aux travaux sur la conservation de l‘énergie, avons-nous déjà dit, on sait qu’un genre d'énergie peut se transformer en un autre, rien d’étonnant qu’un son choisi émis sur un rythme donné, accom pagné de paroles voulues, ne produise un ensemble de forces inconnues du vulgaire.
Or, le son n’a que des vibrations relativement lentes; mais c’est le cas d’appliquer le principe de mécanique: « Ce qui se perd en vitesse s'acquiert en force et réciproque ;nent. » Ce son, ou plutôt cet ensemble sonore, frap— pant la masse immobile de l’éther, y détermine une foule de phénomènes colorés, lumineux et dans ce cas nous avons devant nous un initié qui n’a lancé que des forces actives et choisies.
Le brasier brûlé, les flammes possèdent des ondes lumineuses et caloriques. Pour résoudre le problème, il faut retrancher les ondes calo riques, ou les transformer en ondes d‘une autre sorte, avoir des flammes froides ou fort peu chaudes. Ce n’est pas impossible, certaines substances, certains gaz, tout en étant fort lumineux lorsqu’ils brûlent, sont néan— moins pourvus d’une chaleur insignifiante. (I) De Guai‘ta, loc. cit. Keely. physicien connu, a essayé de réaliser sans grand succès un moteur énergique au moyen de la puissance du son.
n a— n. .,.. . .. . SON-LUMIÈRE-COULEURS DANS L’ASTRAL 71 Le secret consiste à produire une réserve de force astrale projetée et ébranlée d’une certaine façon pour qu’elle transforme I’ébranlement des ondes caloriques en un autre genre d‘ébranlement donnant des ondes froides. Ce qui consiste en somme à augmenter ou à ralentir leur vitesse (consulter le tableau), à les rendre ou électriques, ou rayons X, ou inconnues.
C’est aussi simple que de faire passer du rouge vibrant à 451 (suivi de 12 zéros) au vert en le faisant vibrer à 650 (suivi de 12 zéros). Il ne reste plus ensuite qu’à donner un écoulement approprié aux nouvelles vibrations obtenues. De l’électricité par exemple pourrait en résulter, s’accumuler et former ces phénomènes médiumniques connus sous le nom de Tonnerre en boule.
Il y a aussi à signaler les phénomènes d’interférence, où deux ondes venant en sens inverse s’annulent. Un son contre un son produitle silence ou du son ajouté à un autre son (vibration à une autre vibration), heurtant un son inverse, produit le silence. Il y aurait donc à opposer à une vibration calorique donnée une vibration semblable et inverse pour l’annuler théoriquement.
Les découvertes toutes récentes de la télégraphie sans fil peuvent faire saisir la manière dont une source active de vibrations (fakir) peut influencer à distance une autre source de production de vibra tions. Les explosions de la dynamite nous donnent l’idée de la manière dont le son projeté est refoulé par l’éther ambiant. Tout le monde sait que la dynamite
72 L‘INITIATION éclate à l’air libre, s'appuyant sur la couche d'air qui surmonte la charge et fait matelas. Un Mantram peut agir de même, se replier sur lui-même et agir énergiquement en ébranlant le milieu qui l’entoure. Une cartouche de mélinite détone sans faire éclater une cartouche de même substance placée à 50 centi mètres de la première.
Par contre, en disposant les mêmes cartouches de chaque côté d’un rail et en les séparant par un mètre d’intervalle, on produit une double explosion en mettant le feu à une. Pourquoi? A cause de vibrations inconnues transmises par le rail dans le second cas. Donc, même sur le plan terrestre, l'imprévu est partout et les effets les plus étranges et parfois contradictoires se produisent.
L’lnde. pays des fakirs et des incantations, nous fournirait bien d'autres exemples encore plus étranges. Plus loin je dirai un mot des Génies assistants, qui. peuvent être invoqués et ce qu’il faut peut-être entendre par cela.
Crookes dans la Genèse des éléments et établi un autre tableau également mesuré par le pendule qui bat la seconde, où on voit d’une part les oscillations gagner en amplitude à mesure que les séries des corps à peu près semblables s’étagent les uns dans les autres. Près de l’origine (du protyle de la matière) se trouve. l’hydrogène. Par suite del’augmentation du poids ato mique, les corps apparaissent en série descendante.
Les premiers éléments nés ont eu une énergie chi— mique maximum qui va ensuite en diminuant. Les derniers sont nés à une température basse et sont sans grande mobilité moléculaire.
SON-LUMIÈRE-COULEURS DANS L’ASTRAL 73 / En comparant nos deux tableaux, nous pouvons en faire une figure à deux triangles enchevêtrés, l‘un le sommet en haut, l’autre le sommet en bas. Le premier = Son (vibration lente mais forte), finissant par des vibrations extra-rapides, mais moins fortes. Le second = Matière.
Éther à peine compacté au sommet, mais doué d‘une grande affinité chimique, finissant en matière de plus en plus dense, mais per dant à mesure son affinité chimique. C’est la vibration initiale une devenant billions, trillions à la seconde. C’est la matière protyle une devenant multiple et engendrant tous les corps composés.
La vibration agit sur l’éther libre(astral sensible) ou. plutôt est sa manière d’être sans que nous sachions exactement ce qu’est une vibration. La compaction plus ou moins grande agit sur le même éther qui devient alors compaction ou matière, et vibre à sa manière. A l’origine, il a été dit: «Que la lumière soit et la lumière fut. » Ce qui indique que la lumière n’était pas et que la parole, le son, la précéda.
Nous nous faisons une fausse idée du son parce qu’il est pour nous surtoutla vibration de l’air et non celle de l’éther, ou mieux de l’Akasha immatériel. La première parole fut une parole obscure, l’air du reste n’existait pas. C’est bien cette vibration primordiale-une qui va engendrer toutes les autres, c’est le Verbe qui s’affirme. La lumière apparaît; avec elle, la chaleur ; mais déjà les phénomènes électriques se sont produits et ont
74 L’1N ITIA’I‘ION ' partagé les mondes en lambeaux, en tourbillons, les enveloppant dans leurs courants magnétiques qui deviendront source de vie et « d’orientation pour chacun d’eux. » Entre : « Que la lumière soit et la lumière fut », combien de millions d’années ? Pour l’éternité, c'est un instant.
Entre: « Il créa la terre et il créa l’homme » combien de milliers d’années furent nécessaires pour laisser évoluer la forme propice au règne de l’homme ?
C'est un secret que révèlent les couches géologiques, mais le temps accusé est quantité négligeable dans la mesure de l’Éternité. ‘ Nous avons parlé des « Génies assistants », et c’est peut-être le cas aussi d’établirla différence entre l’as tral, l’éther, l‘âme, le corps psychique, etc. Notre conception de l’Univers sensible, qui ne serait formé que de matière immobile ou éther compacté et d’éther libre en état de vibrations diverses,donne en somme une seule et même substance pour remplir l’Univers.
Sans vide aucun, car entre l’éther il faudrait ou admettre une autre substance ou le néant, — le monde est plein, sans vides, — c'est le troisième plan, le monde sensible-objectivé. Nous pétrissons la matière de nos doigts, nous pouvons, par divers moyens, agir sur l’éther. C’est à cela que se bornent les savants, certains médiums et quelques fakirs.
Mais en dehors il y a l’Ame des choses, l’Ame des manifestations : ce sont les Guides des Éléments, nous ne pouvons nous en faire une idée comme de toute Entité immatérielle. Par Éther, il faut donc
SON-LUMIÈRE-COULEURS DANS L’ASTRAL 75 entendre le Médiateur entre cette Ame (l’Akasha des Indous).ce Principesupérieuretlamatière oul’homme. Par Astral, au contraire, il faut entendre un Éther qui a son principe intelligent, doué d’une vie propre, un être pouvant agir librement ou être sollicité parfois par la volonté de l’homme. Or, qui agira sur le Principe immatériel de l’éther ?
Seul l‘homme purifié, I’Initié, l’Adepte, grâce à son Principe supérieur, également immatériel. C’est ce qui fait dire aussi pour simplifier qu’il y a un monde immatériel et un monde matériel uni par un troisième, qui participe des deux autres, agissant comme s’il était immatériel ; on ne le voit, il est cependant matériel, car il agit suivant les lois fixes de la matière (manifestations de l’astral).
Mais le vrai, contrairement à ce qu’on croit, est l’immatériel, le second (matériel) n’est créé que pour faire arriver à la Perfection le premier (immatériel), perfection perdue par la chute. (A suivre.)
Éconn SUPÉRIEURE} LIBRE DES Slèllëllll@â8 HJEBŒUÈNMDES Le directeur de l’École a adressé un public hommage de remerciement à Sédir, pour la manière remarquable dont l’École avait été dirigée pendant son absence, ainsi qu'à tous les professeurs qui ont charmé les élèves.
Bulletin de l’École. —Jusqu’à nouvel ordre, le Bulletin de l’École renfermant les cours paraîtra chaque mois dans la revue l’Hyperchimie (4, rue de Savoie), dont il forme un supplément gratuit. Nous engageons tous les amis de province et de l’étranger à s’inscrire sur la liste des abonnés de cette revue pour être tenus au courant des enseignements de l’École — et nous remercions Jollivet-Castelor de l’aide donnée àl'Ecole en cette occa ston.
Société des conférences Spirituallsles Malgré la rudesse des soirées de mars, tous les socié taires qui connaissent déjà de longtemps le profit qu’on peut emporter d'une heure passée à entendre la parole autorisée de notre ami Sédir, s’étaient donné rendez vous à l’Hôtel des Sociétés savantes, et c’est devant une salle remplie et attentive que le D' Rozier, président, a donné la parole au conférencier.
Malgré la précision d’un verbe d'où s’exclut toute inutilité et où il y a autant d’idées que de mots, Sédir ne pouvait prétendre à don ner tout son développement à un sujet aussi vaste que celui qu‘il traitait : les Plantes magiques. Toutefois, il en a pu étudier etpre’senrer, de façon à ce' qu’elles restent désormais dans l’esprit de ses auditeurs, toutes les grandes divisions. Il fallait d’abord rattacher
BIBLIOGRAPHIE la Botanogénie générale aux principes traditionnels de la science occulte, puis, ces principes connus et acceptés, traiter des rapports des hommes avecles plantes, devoirs et services réciproqhes; puis enfin donner des conseils sur la façon dontles plantes doivent être utilisées dans les pratiques magiques.
Grâce à sa science profonde, Sédir a réussi à résumer, en l’élégance austère de son langage, une quantité considérable d’idées et de faits, ce dont les sociétaires l’ont remercié par de chaleureux applaudis sements en même temps qu’ils témoignaient de l’intérêt qu’il avait éveillé en eux en lui demandant à la fin de nouvelles explications, auxquelles le D' Rozier et le con férencier ont répondu. BEBLÆ©GËÀEEZE W. SCOTT-ELLIOT.
Histoire de l’Atlantide. 1 vol. in—18, Paris. Voici un livre dont le titre promet beaucoup et dont le contenu est une véritable déception. Plusieurs volumes de ce genre sufiiraient pour jeter sur les doctrines de l’occultisme sans distinction d’écoles un discrédit consi dérable dans les milieux scientifiques.
Voilà pourquoi, au lieu dele passer sous silence’, nous tenons à dégager publiquement les occultistes kabbalistes des erreurs et des lacunes regrettables de ce volume. Tout d'abord la question de l’Atlantide possède une bibliographie-très étendue en commençant par le Timée de Platon pour aboutir aux études de Bailly. De cette bibliographie il n’est pas question dans ce volume.
Secondement la question de l’Atlantide se rattache à la physiologie de la Terre et à la loi de naissance et de disparition des continents alternativement dans les deux hémisphères terrestres. Par là, cette question est intime ment liée d’une part à la géologie, telle que la connais— sent les contemporains, d’autre part à l’astronomie ; car il est impossible que les cataclysmes terrestres ne soient
78 L’INITIATION pas liés à des modifications dans le système d‘attraction des astres. Au point de vue géologique, l’auteur nous parle des terrains éocènes et de l’homme de Cro-Magnon, et c’est tout.
Les quatre cartes qu’il nous présente doivent être l’œuvre ou d’un mystificateur d’Occident ou d’un boud— dhiste n’ayant aucune connaissance des traditions sé rieuses des Ecoles orientales, car sur toutes il y a des erreurs à faire hurler un étudiant en géologie ayant moins de six mois de cours.
Les Colonnes d’Hercule (détroit de Gibraltar) sont ouvertes dans toutes les cartes alors que la formation de ce détroit est relativement récente, les îles et toutes les formations granitiques des terrains primaires qui ont constitué le continent euro péen à l’origine et qui forment aujourd’hui la grande colonne vertébrale des montagnes de notre continent sont ignorées dans toutes les cartes; enfin, l’inclinaison de l’écliptique, ses causes, sa date et ses conséquences sont également ignorées avec une naïveté qui déroute la critique.
Il est vrai qu’on nous parle de « visions astrales » et que, s’inspirant desdites visions,on nous affirme des his toires ridicules sur la lutte de la Loge des Initiés blancs et des ( Sorciers .v, histoires bonnes pour des enfants de dix ans, mais qui n’ont jamais été fixées dans la lumière astrale. . et pour cause; il y a, en Occident, des écoles où l’on sait vérifier les clichés astraux, et, si l'auteur avait jamais pénétré dans une de ces écoles, il aurait su pour quoi les pyramides avaient cette forme et à quoi elles ont réellement servi.
Comme histoire du continent ter restre, les œuvres de Louis Michel de Figanières, écrites sous la direction d’une entité astrale, sont bien plus sérieuses que cette prétendue histoire de l’Atlantide — avec son enfantine invention des ballons dirigeables par l’action du « vril > sur la Terre.
L’auteur aurait cepen dant dû voir qu’il suffit d’un changement de pôle opéré dans la sphère d’attraction de la Terre pour « léviter » n’importe quoi; un livre, un médium ou un ballon plus lourd que l’air. C’est de la 4: Yoga » élémentaire, et, si l’on n’apprend pas cela dans la «London Lodge », qu’est ce qu’on peut bien y enseigner? a.t-ËL'..'
BIBLIOGRAPHIE >'{-.-u-ç ..I Enfin, pas trace non plus de périodes astronomiques. Grâce à l’archéomètre de M. de Saint-Yves, nous possé— dons actuellement les clefs de cette langue atlante, dire dans la tradition langue adamique, et de ses dérivations. Nous avons la preuve que la célèbre Cité des Portes d’Or était une Thebah ou un A Be Th (lu à l’orientale), un alphabet gardé par une Académie centrale.
Nous savons à quel degré la musique a été plus développée chez les Atlantes que chez nous, puisqu’elle était la base de leur civilisation, et cette phrase de l’auteur : « La mu sique, même aux meilleures époques, n’était que très imparfaite et les instruments employés de forme tout à fait primitive » (p. 73), ne peut que faire sourire celui qui connaît un peu ce que fut l’Atlantide — initiatrice de l’Egypte. — La « Grande Année » était connue des Atlantes, et soit qu’on la fixe à 24.000 ans, soit qu’on la fixe à 25.920 ans ou à 26.000 ans, selon les points de départ solaires oulunaires, elle donne la clefdes époques successives des bouleversements terrestres et, en Science occulte comme en Science contemporaine, il n’y a pas ( d’environ » quand il s’agit d’une révolution cosmique.
' On donne des dates avec références astronomiques sur la précession des équinoxes ou sur tout autre fait, mais on ne laisse pas de côté toute cette science des 4< Kalpas » que les Orientaux ont si bien étudiée. Qu’on ne croie pas que c’est à cause de l’École à la quelle appartient l’auteur que je porte un tel jugement de son livre. Cela n’entre pas en question.
Mais si des Anglais ont assez peu de connaissances géologiques dans leur instruction secondaire pour laisser passer un tel. livre sans protester, il ne faut pas qu’il en soit de même en France. C’est au nom de l’Occultisme sans épithète que j’ai été désolé de trouver un livre d’imagination présenté sous forme axiomatique et‘c’est avec admiration que je l’avais ouvert, croyant y trouverdes données vraiment scientifiques.
L’Occultisme n’a de raison d’être qu’autant qu’il éclaire et complète les données de la Science expéri mentale contemporaine ; mais il n'existe plus s’il ignore cette science et veut la remplacer par des rêveries— même astrales. PAPUS.
80 L’INITIATION Jésus—Christ, d’après I’Ëuangile, par ALBERT J 0UNET. — Le maître dont tous les occultistes acceptables ne sont que des disciples, le marquis de Saint—Yves, dans ces quelques pages si profondes et si lumineuses qu’il nous donnait naguère sous le titre modeste de Notes sur la Kabbale, a montré Iswa-Ra, Jésus-Roi, trônent, dans sa ' gloire de Verbe créateur, au premier jour du Verbe Humain, dans ce jaillissement qui éblouit, de la Parole fille de l‘Idée; et toutes les langues mères proclamant, dans le mystère deleur génération des vingt-deux signes, leur propre filiation ischouite.
Et ceux-là ont vu, qui ont pénétré dans le sanctuaire où ce génial anachorète de la Science reçoit d’en haut ses inspirations mer— veilleuses; avec quelle absolue et fulgurante précision l’instrument dans lequel il a condensé toute la tradition, métré tous les principes, fixé leur norme à toutes les réalisations de tous les arts, industriels comme esthé tiques, mesure la valeur, j’allais dire arithmétique, de chacune des grandes religions partielles, brahma— nisme, bouddhisme, mahométisme, selon l’axe qu’elles découpent dans le cercle total de la complète réalité reli gieuse.
Or, scientifiquement proféré par les zodiaques comme par les alphabets, c’est Jésus qu'épelle, signe à. signe, lettre à lettre infaillibles, ce décalque précis de l’Univers terrestre et supraterrestre, l’arché0mètre, pris au vif de l’Être et de l’Idée parfaits, du Fait et du Verbe totaux.
Voilà certes du christianisme une démonstration irré fragable à tout esprit que ne dépassent point de pareilles transcendances, et les chrétiens d’a5sez haute envergure accueilleront comme une épiphanie nouvelle cette, dé voilation des mystères qui donne au Christ l’Être Eter nel pour absolu, tous les êtres de tout le Cosmos pour relativité. .
Mais l’œuvre queje veux signaler actuellement auxlec teurs de l’1nitiation n'est point un hiéroglyphe, c’est un livre; ce n’est pas un théorème prestigieux de synthèse concentrée, ce sont quatre cents pages de méticuleuse analyse. L’occulti;me néanmoins n’est pas un étranger pour l’auteur : Ésotérisme et Socialisme l’avaient dé montré, et on le sent à travers les précisions littérales
BIBLIOGRAPHIE 8 I -Ir—r où sa conscience ici s’obstine, Albert Jeunet est un sectateur de l'esprit sous la lettre; c’est la sève, c’est la vie, c’est l’occulte réalité qu’il cherche et qu’il em brasse sous les écorces.
Mais il lui fallait donner à son acte de foi cette préparation d’alchimie scrupuleusement réaliste pour démêler et recomposer, molécule à molé— cule, dans un creuset positiviste, les éléments du Christ historique qu’avait décomposés, défigurés, en les addi— tionnant de poison subjectif, le réaliste de génie, mais de génie actuellement perturbé, qui a nom Strada.
De tout homme qui est vraiment un esprit ou une âme, non pas seulement une animalité persistante, le dé veloppement à travers les années est un cours logique, sinueux en apparence seulement; dont le principe con tient déjà le terme, et fatalement y aboutit, sauf inter vention de l‘au-delà redressant, à l’appel de l’humilité, le penser et le vouloir, d‘où dérive le faire.
Indubitable donc était le diagnostic à qui sait lire dans l’invisible : la première révélation philosophique de Strada, Essai d’un ultimum organum, témoigne d’un moi à ce point dominateur et infaillible, que toute autre infaillibilité, toute autre domination intellectuelle que la sienne, lui devient infailliblement oppressive et injuste.
Or, à qui sait voir, il n’y a qu’une infaillibilité et qu’une domination dans le monde des intelligences: le Christ. De sorte que, immanquablement,ce moi absolu, Strada devait, jaloux de cet empire préexistant, haïr, dès l’ori gine, en cette profondeur inconsciente qu’est une nature comme la sienne, et par suite s’efforcer de détruire, ce dominateur premier occupant.
Telle estla genèse logique et psychologique du livre terminus de Strada, Jésus et l’Ère de la Science. Strada, comme Gœthe, comme Nietsche, comme Fichte ou Schelling, peut admettre un Dieu idéal, perdu là-haut dans l’irréel; il ne peut accepter un Dieu positif incarné dans le Fait, surtout dans le Fait Humain; C’est lui, Strada, qui est le Verbe. Et donc le prétendu Verbe de saint Jean n’est qu‘un usurpateur.
Pour ne pas dire « usurpateur a», ce qui serait se confesser à soi-même le démesuré de son ambition, Strada insinuera —- il n'osera dire nettement, car il révolterait au lieu de conquérir —— 6
82 L'INITIATION Strada insinuera que le Verbe Jésus est un fourbe. Et le livre lamentable de ce grand esprit victime de lui même, se traîne sur ce blasphème dont il a peur, dans cette suggestion dont il rougit. La tâche était pénible àAlbert Jeunet de déguster à petites doses, en recommençant vingt fois, cette liqueur 4 distillée dans le poison d’orgueil par son ami Strada.
Je dis« ami ), carla claire et haute raison qu’est Jeunet s’est éprise, comme d’autres, de cette altière et impé rieuse raison qu’est Strada: l’Ultimum Organum avait fait des captifs. Mais Jeunet, à l’encontre de Strada, n'est pas seulement un esprit; il est une âme. Or, le Fait, si extérieur soit-il, et par lui—même si préfixe, nous de vient intérieur forcément, quand nous le percevons, et s’inscrit en nous selon notre moi.
Si positif soit-il et si réel, ilprend la forme irréelle de l’abstrait dans le cer veau métaphysique de l’isole’ purement intellectuel: l’âme de vie n’entre pas du dehors dans celui qui ne l’a pas en lui-même.
L’homme, au contraire, qui a la vie en lui, quand on lui présente pour un être réel, pour une vie vivante ou vécue,un cadavre d'idée abstraite,fantôme subjectif, né-mort d’un père sans mère, tressaute, malgré lui, et rejette au musée des artificiels ce mannequin phi— losophique.
Aussi Jeunet, malgré lui, tressauta, quand il palpa le Christ taillé par son ami dans du papier noirci à l’encre morte; et l’impression, on le sent, dut être en lui assez violente pour que nous l’admirions d’avoir su se réduire à ce calme d’un critique attentif, impersonnel, impartial et exact jusqu’à la minutie.
Le critique, même dans Jounet, s’est gardé d’oublier l‘amitié, car c’est à son cher ami Strada qu‘il dédie sa réfutation, et le ton est parfait avec lequel il signale les pires distractions. -_ Mais, objectera-t-on, un croyant n’oublie pas non plus sa croyance.
Comment Jonnet, s’il est chrétien, pourra-t—il examiner impartialement le Christianisme? -—— < La vraie foi, répondrai«je avec Jounet, n’est point un parti pris; la vraie foi n’est point un système. Elle est simplement l’acceptation àl'avance, sous le voile du mystère, de la vérité infinie, et l’effort continu vers une
BIBLIOGRAPHIE 8 3 @\ l perfection morale qui nous puisse mériter de la connaître, un jour. Or, cette acceptation ni cet effort ne sauraient opprimer en rien la liberté de la recherche indépen dante. > — Tout le monde ne sait—il pas, objectera—t—on encore, qu’il n’y a pire oppression que l’oppression théolo gique ? | — Un excellent chrétien peut être de cet avis.
Oui, sans aucun doute, les théologiens s’oublient trop eux-mêmes lorsqu’ils parlent, avec tant de désintéresse ment, de l’orgueil scientifique.
Toute science, certes, est orgueilleuse si elle propose ses théories comme des certitudes: car l’histoire de la science n’est que l’histoire de la conception, de la nais sance et de la mort des certitudes contradictoires qui se sont succédé dans l’enseignement scientifique, et élimi nées les unes les jautres, jusqu'à la certitude d’aujourd‘hui qu’éliminera à son tour celle de demain.
Mais enfin toutes les sciences, hormis la théologie, ayant pour objet le fini, pourraient encore s'imaginer qu’elles en verront la fin; croire même, sans contradiction, qu’elles l'ont parcouru tout entier. Tandis que la théologie, si je suis bien renseigné, n’a—t—elle pas pour objet l’Infini ? Or', de par son nom même, qu’est-ce que l'Infini? Ce que nulle borne ne saurait arrêter ni aucunes lignes contenir.
Et les théologiens humblement, sans ombre d‘orgueil ni d’outrecuidance, nous ordonnent de croire que leurs conceptions, leur enseignement, leurs définitions de l’Infini sont définitives. Une définition définitive de l’Infinil C‘est-à-dire quelque chose de deux fois fini —- défini tion, définitive — qui prétend modeler exactement l’in— fini l Voilà vraiment une humilité, spéciale, et une ingé nuité, digne d’admiration.
Mais la vraie foi n’a rien à faire avec cette oppression ou cette servitude; la science indéfiniment peut se corri ger, peut se contredire, sans contredire ni changer aucu nement la Foi. Car les formules de foi ne formulent pas des idées, mais des faits: ce qui est absolument différente: immu tablement scientifique.
84 L’INITIATION Premier fait formulé par la Foi:« Dieu est Dieu»; en autres termes: « l’infini est l’lnfini». Et ce que la Foi me demande de croire, ce n’est pas la formule ; c’est le fait, le fait tel qu’il est en lui-même, non pas dans mon esprit ni dans l’esprit de qui que ce soit. Et c’est pourquoi la foi est une certitude, de même que la vision.
Je vois un arbre: je suis certain, par le fait même, de ne pas me tromper en croyant à son existence, si peu certain ou si peu renseigné que je sois sur la composi— tion chimique et sur l’organisation physiologique de cet arbre.
Ainsi de Dieu : dans la lumière surnaturelle de la Foi complétant la clarté naturelle de la Raison, je vvgis que Dieu est, c’est-à-dire que l’Eternel, l’Infini est l’utre nécessaire: si incapable que je sois d’analyser Dieu, même si certain que je sois de ne l’analyser jamais exactement, je suis certain que Dieu est, que Dieu est Dieu. Ainsi des autres formules de foi.
' « Dieu est Trinité »: encore un fait que la tradition m’enseigne, le tenant de Jésus-Christ, qui le tenait de Dieu. Et c’est exclusivement ce fait qui est l'objet de ma foi. L’analyse de ce fait, l’explication de ce dogme, n’est plus dogme, mais théologie; n’est plus foi, mais science.
Et si je sais ce que théologie veut dire, si je comprends ce qu’est vraiment la science, surtout la science de l’in— fini, je me garderai bien de croire exacte une explication quelconque, une conception, une formule quelconques de ce qu’est la Trinité ; puisque la Trinité, c’est l’Infini, et que toute conception, toute explication humaine est finie; puisque toute formule est une borne, que la science indéfiniment doit reculer, quel’intelligence indé finiment doit dépasser, certaine de rester toujours fausse, toujours inexacte, en deçà de ce vrai qui n’a pas de bornes.
Le caractère de la science théologique, plus encore que de toute autre science, c’est donc, non pas de s’arrêter à un système et de s'immobiliser dans une explication; mais, au contraire, de ne s’immobiliser nulle part; donc de détruire aujourd’hui la ligne qui marquait hier, sire Scientia destructur comme dit. .-;.r-, .e.. t‘1
BIBLIOGRAPHIE 8 5 W"°t*'rs ""‘1“'” - saint Paul; et de recommencer à nouveau demain, et de se corriger et de progresser toujours, puisque c’est l’Infini qui est son champ d’études. Les vrais docteurs savent cela, et ce n’est pas un Thomas d’Aquin qui prétendra borner à ses conceptions la conception de Dieu, à sa dogmatique la science du dogme.
Le malheur est que les vrais docteurs-sont vrai ment rares, et que la science ne se donne pas adminis— trativement comme une fonction. Quant à Albert Jounet, je ne sache point qu’il soit évêque, pas même grand vicaire: il est néanmoins plus docte en théologie que nos Thomas d’Aquin officiels. Aussi son jugement reste t-il vraiment libre, vraiment éclairé.
« Mon Dieu, pro clame-t-il, ce que j’accepte sous le voile des mystères catholiques, c‘est la vérité que vous possédez. J’accepte les dogmes dans le sens où vous les comprenez, où vous les acceptez vous—même, à titre d’éléments du mystère général qui représente la vérité divine et infinie. » Peut— être un pur scientiste trouvera que c’est ici de l’humi— lité, non pas de la science.
Outre que la science vraie est toujours humble, sentant que son objet la dépasse, c’est ici, en tous cas, une humilité qui relève et une soumis sion qui grandit: nulle science n’est plus libre que cette croyance; nulle philosophie, ;plus indépendante que cette théologie. « L’ère d’effleurer les surfaces est passée, dit-il encore.
Le temps est venu Où l’on creusera jusqu’à l’intime, et où, des profondeurs ouvertes, sortiront les absolus qu’elles contiennent.
Il faut dégager la foi dans son essence et dans sa force. » Dans son essence et dans sa force, la foi ne gêne en rien la science ni ne peut être gênée par elle; l’ignorance seule gêne la science ;‘ surtout l’ignorance qui s’ignore: et la foi, ce n’est pas l’ignorance, c'est la science; science par procureur, je n’en disconviens pas; science infaillible et totale néanmoins, puisque l‘unique procu reur à qui elle s’en rapporte, c’est l’Omniscient, c’est Dieu.
Donc, pas même à Strada, malgré t0ut le respect que peut inspirer ce grand esprit trop épris de lui—même. Envers Strada, comme envers saint Thomas d’Aquin ou
86 L'INITIATION Bossuet ou qui que ce soit, tout croyant sachant ce qu’est la foi garde son indépendance. llla garde, oserais je dire, même en face des évangiles: car l‘objet de la foi chrétienne, c’est le Christianisme ; pas autre chose! et le Christianisme, aux jours les plus parfaits de son his toire, au temps de Jésus-Christ, existait dans les évan— giles; après Jésus—Christ, Pierre et Paul croyaient, fai saient des croyants, et les évangiles n’existaient pas encore.
Par conséquent, vous pouviez, mon cher Jeunet, sans renier en rien votre foi, lire avec indépendance, en libre et impartial critique, les quatre évangiles. Et je vous en rends témoignage avec une indépendance non moins grande, c’est ce que vous avez fait; votre livre, comme votre sincérité, ne laisse là—dessus aucun doute.
Le résultat est que vous êtes devenu plus croyant, et l’incroyance de Strada n’est pas pour rien dans ce ré sultat, par la constatation que vous avez faire des alté ratio_ns de textes et de faits où elle a inconsciemment entraîné ce noble esprit aveuglé par l’idée préconçue.
Car l’idée préconçue est une véritable obsession; et ( dès que l’aspect apparent d’un fait semble favoriser l’obsession, elle ne va pas plus loin, n’examine pas à fond le fait, et ne se soucie pas de sa connexion avec le reste des faits ». « Le chercheur indépendant serait donc sage d'ajouter à chacune de ses conclusions ces mots prudents: sauf erreur ou omission.
Et une erreur habituelle de la science humaine, c’est de prononcer, au contraire, comme si elle était l’omnis cience. En vain tel fait est—il historiquement affirmé par des témoignages sérieux, nombreux, concordants. A priori, les critiques prétendus indépendants — indépendants de quoi? de la vérité t’ -— nient ce fait, parce que ce fait serait un miracle.
Quand il s’agit d’un fait, le critique réellement indé«y pendant, c’est—à-dire sans préjugés, ne se demandera pas ce qu’il pense de ce fait, mais simplement ce que valent. les témoignages qui affirment ce fait. — Mais puisque le fait estimpossible,l -— Il n’est pas impossible, puisqu’il est.
BIBLIOGRAPHIE 87 — Mais rien ne peut être contrairement aux lois de la nature 1 ' ' —— Vous commettez la, messieurs les indépendants, la même faute que vous reprochez si justement aux théolo giens, en définissant comme eux que le miracle est un fait contraire aux lois de la nature.
Vous les connaissez, dites-moi, les lois de la nature î' vous les connaissez toutes 1’ Pour avoir le droit, scientifiquement, de nier la possi bilité de tel fait, miracle ou non, il faudrait tout con— naître, avec une certitude entière etincontestable.
«Tout ce que la science peut déclarer, c’est qu’habitnellement, aux manifestations courantes de la nature, on ne ren contre pas tel ou tel fait; mais la science ne peut en conclure que ce fait ne s’est jamais produit et ne se pro— duira jamais. ) Convient-il, sérieusement, à un philosophe extraordi— naire, à un savant extraordinaire, comme Strada, par exemple, de n’admettre comme possible que l’ordinaire ?
Surtout à l’heure actuelle, quand « nombre de phéno— mènes extraordinaires : transmission de pensée, télépa— thie, fantômes des vivants, que l’on avait d’abord niés ou expliqués par la fraude, l’illusion, la folie, se découvrent réels à un examen scientifique attentif... Pourquoi tou jours fermer d’avance la science, rétrécir l’horizon ?... Explorons donc largement.
Etudions la vérité univer selle, sans limites, avec une ampleur et une liberté d’exploration égales à l’envergure de la vérité ). La vérité, c’est probablement : qu’il n’y a qu’un phé— nomène, la force; et qu’une loi, la loi du plus fort! Et si la force est infinie, quelles bornes pouvez-vous imposer aux efïets de la force P et quels faits pouvez-vous déclarer impossibles ou inexplicables?
Pour prendre immédiatement le plus étonnant miracle: Jésus-Christ est ressuscité, disent les évangiles. L’expli— cation est très simple. ll suffisait pour cela — ce que ,Renan prophétise aux hommes du xxx° siècle — que Jésus eût en lui une force supérieure à cette autre force que nous nommons la mort. Ainsi de ses victoires sur les maladies, sur les obses siens, sur les possessions“
88 L’INITIATION Vous avez constaté, merveilleux philosophes, que vous n’avez pas cette force. Mais avez-vous constaté que Jésus ne l’avait pas ? Non, n’est—ce pas 1 Alors, que prouve ici votre témoignage ? Absolument rien!
Et contre votre témoignage, qui ne prouve rien, il y a le témoignage, non seulement des évangiles, qui, certes est probant —- retrancherait—on toutes les pages, environ un vingtième, que la critique la plus excessive des Alle mands les plus rigoureux juge contestables — mais il y a le témoignage de ce fait actuel, toujours vivant, après vingt siècles, et toujours plus divin: le Christianisme! Le Christianisme se meurt, dites-vous.
Vous ne sentez donc pas dans ces profondes et verti gineuses secousses que subit partout notre société - actuelle, n‘otre France surtout, vous ne sentez donc pas que c’est ce prétendu mort qui vit, qui s’agite, et que, malgré l’homme, c’est Dieu encore quile mène? L’erreur de Strada sur le Christianisme est exactement la même que celle des théologiens : « Quel est, au vrai, dit—il, le but du Christianisme?
Rallier les hommes par l'unité d’une idée absolue. » Et théologien lui-même par ce vice des théologiens, il prétend substituer à un abso lutisme un autre absolutisme: « L’unité par la certitude, continue-t-il, c’est là qu'est l’avenir du monde. » Pas du monde terrestre, trop reclus philosophe: car la certitude suppose non seulement la lumière objective du vrai, mais subjectivement le sens du vrai, et le sens du vrai, comme celui du beau, manque totalement à l’immense majorité des mortels: ce qu’on est convenu d’appeler l'esprit humain est en général trop peu esprit — souvenez—vous du transformisme! — pour ne pas rester réfractaire à la science plus encore qu’à la foi: la certitude échouera comme la croyance.
L’amour seul est tout-puissant: parce que la basse humanité a du moins le sens du bien qu’on lui fait. Et c’est par là que le Christianisme, quand il reparaîtra lui même, deviendra tout—puissant: car le Dieu du Christia nisme est amour, et amour de l’Humanité: Deus cari ias est — Dieu est amour, dit saint Jean. Apparint benignitas et humanitas Salvatoris noslri Dei, dit , . ..wms«a“l
BIBLIOGRAPHIE 89 saint Paul, 41 ce qui est apparu en Jésus-Christ, c’est 1’amour de Dieu sauvant l'Humanité ». A l’encontre du Bouddhisme, qui est esprit et mort, le Christianisme est esprit et vie, non seulement esprit: Verba mea spiritus et vite: sunt. Le Christianisme est l’arbre de vie du jardin d’Eden, transplanté par le divin jardinier dans notre misérable chair de péché: Et Verbum caro factum est.
Or, tout arbre, ici-bas, avant de produire à l’air libre, dans la pure clarté solaire, ses bourgeons de printemps, d'où surgiront fleurs et fruits d’été, doit se rés—ignerà plonger ses racines dans la boue terrestre et le fumier animal.
Vainqueur du fumier il le boit, avant de le transformer_ Ainsi, puisque c’est laloi du sol, ainsi doit faire le Chris tianism vainqueur du Césarisme, il a bu le Césarisme, et le Catholicisme romain a pris quelque chose en son organisation de l’absolutisme romain: vainqueur de la barbarie, il s’est assimilé la barbarie;et l’lnquisition, par exemple, est un apport extérieur, dont la sève intérieure chrétienne totalement innocente s’est purgée enfin et dont les vrais chrétiens rougissent.
Ainsi, dans sa saison d’hiver, qui n’est point encore à son terme, le Christia nisme successivement s'assimilant l’aristocratie, la royauté, la bourgeoisie, bientôt la démocratie, portera d’abord latare de tous ces éléments, de tous ses égoïsmes successifs.
Mais quandluira le troisièmejour, de la grande Pâques universelle,quand brillera le troisième millénaire après les deux millénaires passés dans son sépulcre, le Christianisme, comme le Christ, soulevant et rejetant la pierre qui l’éCrase, apparaîtra, rayonnant, dans sa pure lumière, dans sa beauté, dans sa charité miséricordieuse : ce sera c la bonté, ce sera l’humanité » prêchée à titre de Crète par l’apôtre Paul, qui ressuscitera, victorieuse; et les quarante jours commenceront du Christ ressuscité, les quatre cents siècles du règne divin de 1’Amour tout puissant.
ALTA. , . ALBIZRI‘ Borssnämz. —— Monsieur Duplessis,veuf. - Paris, Édition de la Maison d’Art, 23, rue de Vaugirard, 3 fr. 50. De ce roman traité avec une jolie allégresse d’écriture,
go L’INITIATION une partie fut jadis publiée, plutôt nuisiblement, dans un grand quotidien. Et cela fut, si j’en excepte la réclame faite, défavorable. L’aventure de M. Duplessis, veuf embéguiné d’une servante rousse, se réduisait à quelques soubresauts parmi les médisances électorales d’un trou provincial.
En quelques chapitres d’ouverture et les pages finales où M. Duplessis décède, bienfaiteur et donateur d’un mauvais lieu, l’historiette prend une al lure vive, que n’avaient pu montrer les primitifs extraits. Cela se lit fac’ilement, gaiement. Point de prétentions satiriques. On dirait un guignol, où les gestes de troisà quatre pantins suffisent à créer des états d’âme. M. Du _plessis s’agite suffisamment suivant les décors.
Et les circonstances extérieures lui sont d’excellentes raisons pour motiver ses manières d’être. D'une existence objective, le personnage se meut rai sonnablement, sans aucun désir de quelque personnalité subjective que ce soit. Faut—il louer M. Boissière? Je ne le pense. Sans doute, Gnafron, Rosette et Guignol ont jusqu’au bout tenuleurs rôles de marionnettes. D’une fantaisie, permise une fois, je disque M. Boissière s’est tiré honorablement.
Delà à l’engager à recommencer il y a loin. Le poète des Aquarelles d’Ame et l’appréciable écrivain peut autre chose. Je le souhaite, résolu à croire que le papier sert encoreà d’autres usages qu’à fabriquer des confetti. R. SAINTE-MARIE. GEORGES LANGE et TRISTAN BRlCE. — Histoire de l’École française de paysage (depuis le Poussin jusqu’à Millet). — A. Charles, éditeur, 8, rue Monsieur—le Prince. —— Prix: 7 francs.
La peinture de paysage n’a guère jusqu'ici tenté les historiens de l'Art. Depuis Deperthes, dont le livre de v1822 pèche d’ailleurs par une concision extrême, le paysage n’a guère été traité à part, et qui veut se rensei gner est obligé de recourir aux histoires générales, peu maniables d’ordinaire et toujours coûteuses. C’est donc .une fort heureuse idéequ’ont eue MM. Lancé et Brice de nous donner cette histoire. 4 » Si l’on veut apprécier un tel livre, il est indispensable
BIBLIOGRAPHIE 9! de le considérer sous deux aspects. D’abord sous le rap— port de l’histoire, pur point de vue d’exactitude et d’in— formation érudite; puis touchant l’angle esthétique sous lequel les auteurs aperçoivent la peinture et les peintres qu’ils se sont chargés de nous présenter.
Ce qui apparaît dès qu’on a commencé à parcourir cet ouvrage, c’est qu’il est certainement le fruit d’un patient labeur, au contraire de tant de productions hâtivement confiées aux presses. Alors qu’il était relativement facile de se documenter dans des ouvrages assez complets, tout au moins pour certains maîtres, les auteurs ont, en toute occasion, voulu remonter aux sources.
Leur recherche, qui a dû nécessiter un minutieux travail, aboutit à cet excellent résultat de nous donner du nouveau. Ils ont pu se servir de pièces originales et particulièrement de correspondances, dont des extraits cités à propos ne con tribuent pas peu à compléter, parfois à renouveler la connaissance que l’on a de la vie, du milieu, de l’idéal et de la manière d’être et de faire de l’artiste.
Pour les peintres de ce Siècle, MM. Lancé et Brice ont consulté les catalogues de vente, les articles de journaux; parfois même ils ont pu avoir des renseignements des élèves, des amis ou des familles de l'artiste portraituré, qui viennent encore ajouter au bagage d’informations déjà consi— dérable. Ainsi la partie de pure érudition ne laisse rien à désirer; les biographies sont aussi complètes que pos— sible.
Mais, en même temps que des historiens précis des détails, les auteurs sont aussi des artistes, l’un d’eux peintre de talent lui-même, et ils tendent à s’élever à des considérations de haute esthétique qui, ailleurs que dans leur livre, ne s’allient pas toujours aussi heureusement àl’informarion historique. Au delà de l’érudition ils ont prétendu à exposer une thèse. Et il faut avouer que cette thèse est noble.
MM. Lancé et Brice se sont efforcés et sont arrivés à restituer à la peinture de paysage un caractère d’une belle élévation, en dégageant son inspiration de ce qui est pure ment le métier, et en qualifiant de religieuse cette inspi ration. Et voici comment ils résument cette thèse: ( Toujours une forme de l’art a servi à traduire l’im pression religieuse.
9 2 L'INITIATION « Cette forme a varié. « Au xv1ne siècle, l’Église pouvait inspirer les peintres religieux, parce qu’alors la foi était encore dans l'Église, et même, en notre temps, Millet, qui est un homme du XVII° siècle, aurait pu trouver dans l'Église une source d’inspiration. « Au xvme siècle, où la foi est absente, il n’y a plus de peintre religieux; il n’y a pas encore de paysagiste.
« Puis, un grand mouvement s'accomplit au commen cement du xrx° siècle, qui n‘a pas donné tous ses fruits parce qu’il partait du catholicisme, et que déjà peut-être le catholicisme n’était plus susceptible d'être amélioré, mais qui a produit cependant des résultats. Nous avons vu que la plupart des principaux paysagistes eussent été disposés à être chrétiens en dehors du catholicisme; en tous cas ils sont religieux.
Leur foi se tient en dehors de l’Église ; mais leur art, le paysage, devient pour eux — sauf Millet et Corot, pour des raisons spéciales —- le p0rtemanteau de l’expression religieuse... ) Les auteurs croient apercevoir qu’avec la décadence du sentiment religieux « commence pour les peintres de paysage la période des tableaux faits exclusivement sur nature.
L’imagination perd ses droits de plus en plus et nous verrons en 1900 les paysagistes impressionnistes occupés à saisir des effets sur nature en un instant, faire consister l’art du paysage uniquement dans le fait de rendre le plus vite possible une impression >.
« C’est à l’époque de 1830 que les auteurs donnent la palme : car de ce paysage de 1830, religieux et chrétien, l’imagination est le caractère essentiel... > Ces courtes citations font connaître l’esprit du livre. Il serait bien certainement possible de discuter sur des points de détail et sur certaines idées.
Il n’en reste pas moins que l’Histoire de l’École française de paysage est une œuvre d’une grande valeur historique en même temps qu'elle se hausse à une conception philosophique qu'on ne trouve pas toujours dans de semblables livres. EDGAR JÉGUT.
BIBLIOGRAPHIE 93 GEORGES Vr'r0nx. Les Coulisses de l’Au«-delà. — Chamuel, éditeur, 5, rue de Savoie, Paris. Ce qui caractérise le livre de M. Vitoux, c’est qu’il abonde en renseignements sur tous les sujets qui peuvent intéresser les personnes pour qui l’occultisme est encore un objet de curiosité.
Qu'elles désirent s’enquérir de ce qu‘est le spiritisme, l’occultisme pur, la théosophie, la sorcellerie, ou qu’elles se demandent comment la science. officielle comprend ces phénomènes qui s’imposent main tenant à l‘attention de tout esprit, elles trouveront dans les Coulisses de I’Au-delà une réponse et très souvent l’indication des guides ou des sources auxquelles il con vient de se reporter pour entrer plus profondément dan la matière.
Le livre est excellemment Conçu en tant qu’il s’adresse plus particulièrement à ce qu’on est convenu d’appeler ( les gens du monde », en ce qu’il est surtout un tableau historique et parfois anecdotique des événements ou des hommes qui ont touché à l’occulte.
Tout en s’abstenant d’être dogmatique et en gardant toujours un ton aimable et alerte, M. Vitoux, qui possède une abondante éruditien et cite beaucoup MM. Louis Lucas, Eliphas Lévi, les Drs Luys et Gérard Encausse, Albert de Rochas, etc., dont il coordonne et présente substantiellement les tra vaux, donne çà et là de très claires explications person nelles en des chapitres très nourris où se reconnaît àla fois le chercheur qui a sérieusement étudié les lois de l’occulte et le scientiste expérimenté que l’on sait qu’il est..
Il ya à la fois profit et agrément à le lire. En. J. Du Mercure de France (février). — A propos des com mencements et fins de siècles, une jolie phrase du très subtil et sceptique analyste qu’est M. Remy de Gour mont : 4 "Il" . 4: L’un a vu mourir Charlemagne, l’autre a vu tomber Napoléon. N’y a-t—il pas une ironie à écrire ces dates 814-18r4.
Le monde change trop peu, cela ferait croire à l’existence des âmes et qu’elles reviennent périodique ment, engendrant d’identiques corps, refaire les mêmes actes, parfois avec plus de maladresse, parfois avec une. habileté scandaleuse. »
94 L’INITIATION _4;.4J-‘_ ERRA’I‘UM Dans le sonnet de Jules de Marthold, Humilité, paru en notre dernière livraison (mars), prière de lire, au pre— mier vers, au lieu de triompe, TRIOMPHE, et, au huitième, au lieu de besoin, qui n’a pas de sens, lire LEVAIN, riment avec divin, vain et vin.
Ci©BRESONDANGE MONSIEUR SATURNINUS, Avant lu votre petit article en réponseà ( Zei’far » dans la Correspondance de l’Initiatian de mars, je viens vous donner le renseignement bibliographique au sujet de cet almanach anglais, dont voici exactement le titre: Old Moore’s Almanac, for the year of human redemptz‘on 1901 (et années antérieures puisqu’il parait annuelle ment), contaming,’ amongst a varz‘etg of usefzzl informa— tion, Old Moore’s Prediction of Coming Euenls ; a Pro phetz’e Hierogly‘phic, etc., etc., et publié à Londres au prix de 50 centimes environ?
Votre bien dévoué, LUCIEN BODIN. nÉcaoxoera P.-G. Leymarie Après une cruelle maladie, M. Leymarie vient de mou r1r. C’est une véritable perte pour la cause du Spiritua— lI5me, qui voit partir en lui un de ses plus anciens cham _»‘-‘wfild‘ga‘îr“
NÉCROLOGIE 95 pions. Ami et, en partie, héritier d'Allan Kardec, Leymarie a subi bien des persécutions et assisté à beaucoup de triomphes. Après avoir été le martyr de la cause spirite, lors du procès du photographe Buguèt, il en a été le li braire et un des chefs pendant de longues années.
Sa qua. lité de libraire a peut—être nui quelquefois à ses fonc— tions de chef quand il fallait concilier les résultats maté riels avec la propagande spirituelle; mais ce sont de mesquines querelles qu’il faut oublier devant la persévé rance montrée dans la défense du kardécisme depuis plus de trente ans. Et ce qui caractérise bien le caractère de M. Leymarie, ce fut cette recherche continue des hautes conceptions philosophiques.
Il n’est pas en effet resté cantonné dans le seul domaine du kardécisme, car nous le voyons en 1884 présider la première branche fondée à Paris par la Société théoso— phique; puis, quelques mois après, devenir le collabo rateur et l’ami de Tremeschini dont il adopta une partie des idées philosophiques qu’il a publiées dans sa Revue spirite ces derniers temps.
Leymarie jouissait d’une très grande influence à l’étranger et nous ne doutons pas que les deux cents journaux spiritualistes répandus un peu partout sur la terre ne saluent sa mémoire avec sympa— thie et respect. Nous prions sa veuve et ses enfants de recevoir l’expression de nos sincères sentiments de con doléance en cette triste épreuve terrestre. P. Bouvéry C’est avec une vive émotion que nous avons appris la mort de Bouvéry.
Le Spiritualisme lui doit beaucoup, car ce fut toujours un homme aux idées larges et cherchant sincèrement l’alliance de toutes les écoles en vue d’un but commun. On lui doit le Congrès de 1889, qui fut son œuvre, et au prix de quelles démarches, les organisateurs d'alors s’en souviennent. Aussi ne saurions-nous trop nous associer aux paroles émues que lui consacre son ami Daniel Metzger dans un des derniers numéros de la Paix unirerselle.
96 L’IN ITIATION Bouvéry est mort sur la brèche, car il s’est usé en dé marches et en paroles de propagande. Aussi mérite-t-il de servir d’exemple à beaucoup de jeunes spiritualistes qui apprendront en suivant ses traces comment on se sa crifie pour le triomphe d’une idée et comment l'humilité vraie conduit à la véritable évolution-spirituelle. Parus.
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L'HYPERCHIMIE Rosa Alchemica REVUE MENSUELLE D’ALCHIMIE, D'HERMÉTISME ET DE MÉDECINE SPAGYRIQUE Organe de la SOCIËTËALCH1MIQUE DE FRANCE I)lRl-1CTEUH : RÉDACTEUR ICN CHEF: F. JOLLIVET-CASTELOT SÉDIR Docteur en Eermêtirmn et en Kabbala Docteur en Kabbale sacmärmnu DE LA RÉDACTION : JULES DELASSUS PRlNCIPAUX COLLABORATEURS: 10 F. Ch. Barlet; Jacques Brieu; Iîlavenad; Jules Delassus; Stanislas de Guaïta +; Guymiot; D“ Marc Haven; F.
JOIIi'.€I-CHS΀IOI; Dlr Papus; D'_F. Rczier; Sedir; Sisera; \'erveine l. '— 2° Amo; DP Baraduc; Serge Basset; Pierre Bornia ; M. Decrespe + ; Dr Delézinier; A. Deneus; H. Désormeaux; H. Dur ‘.lll€; André Dubosc; D’S‘ H. Emmens; Louis Esqùieu ; D‘” H. Fa ne; Dr Fugairon; Dr T. Krauss; Augu‘ste Strindberg; Mme de Thèbes; Th. Tifi'ereau ; Dr 'l'horion; Georges Vitoux.
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