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!' _ q 9 _ a 9 ' L I nm at i o D Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÊE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS I il 0. >I< Docteur en médecine — Docteur en kabbale 48 VOLUME. —- 13'“ ANNÉE SOMMAIRE DU N0 “J (Juillet 1900) _,.__ PARTIE INITIATIQUE L'Occnlte à l’Exposition . . . . . . . . . . . . . Papus. (P. 1 à 9) Initiation alchimique . . . . . . . . . . . . . . . Alh.
Poisson. (p. 10 à 34) PARTIE PHILOSOPHIQUE Caractère de l’inspiration de Nostradamus. . . . Saturninus. (p. 35 à 59) Au pays des Esprits . . . . . . . . . . . . . . . . . X*** (9. 60 à 7g) ‘70 A I’Exposition. — Ordre martiniste. — Ordre kabbalistique de la Rose-Croix. —— Un médium à incarnation. —— L’Enigme de la main. — Bibliographie. — Revue des Revues.
Tout ce qui concerne la Rédaction et les Echanges doit être adressé 87, boulevard Montmorency, à Paris. Téléphone —— 690-50 Administration et_ahonnemsnts : 3. rue de Savais. PARIS TÉLÉPHONE — gaz 51 ‘ Le Numéro : UN FRANC. — Un An : DIX FRANCS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéril mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des ( forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à l distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initian‘on est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la l découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes.
Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la T Métaphysique. l Au point de vue social, l’Initialion adhère au programme de j toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre I l'arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux ( grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initiazion étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l'Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais j n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses , 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche j de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles , destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science l Occulte. I La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à l tous les gens du monde instruits. j Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des -I nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d'une ( manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initialion parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
L’Initiaiion du 15 Juillet 1900 _ Ÿ—— PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE [Initiation [0 PARTIE INITIATIQUE AMO —— F. CH. BAELET, S.'. I.°.fi— GUYMIOT. - MARC HAVEN, S.-. I.'. ;Q — JULIEN LEJAY, S.'. I.°. g -— EMILE MICHELET, S.'. I.'. (C. G. E.) — LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.'. (D. S. E.) MOGD, S.'. I.'. —— PARUS, 5.-. l.'. 52 —- SÉDIR, S.-. I.'. -— SELVA, S.'. I.'. (C. G.
E.) 30 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABlL-MARDUK. — AMELINEAU. — ALEPH. — AMARAVELLA. — Dr BARADUC. — SERGE BASSET. —— Le F.'. BERTRAND 30‘ — BLIT2. — B0JANOV.—— BORNIA PIETRO. — .I. BRICAUD. —- JACQUES BRIEU. — CAMILLE CHAIGNEAU. — CHIMUA DU LAFAY. — ALFRED LE DAIN. -— G. DELANNE. — ALEAN DUBET. — A. ERNY. — FABRE DES ESSARTS. -—-—L. ESQUIEU. — DELËZINIER. — JULES GIRAUD. — Dr FERRAN. — L. GOURMAND. — L.
HUTCHINSON. — JOLLIVET CASTELOT. -— E. LEFÉBURE. — L. LE LEU. — L. LEMERLE. — LECOMTE. — NAPOLÉON NEY. — Gle C. N0EL. — HORACE PELLETIER -— G. POIREL. — QUESTOR VITŒ. —— RAYMOND.—D’ ROZIER.— L. SATURNINUS. —- Dr SOURBECK .. — THOMASSIN. —TIDIANEUQ. — G. VITOUX. — YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG.— JEAN DELVILLE. “- ESTRELLA. — E. Gou BEAU. -— MANOEL DE GRANDFORD. — L.
HENNIQUE. — GADRIEL DE LAUTREC. — JULES LERMINA. — JULES DE MARTHOLD. — CA— TULLE MENDES. — GEORGE MONTIÈRE. —LEON RIOTOR. — SAINT FARGEAU. — ROBERT SCHEFFER. — ÉMILE SIGOGNE. — CH. DE SIVRY. 40 POÉSIE G. ARMELIN. — CH. DUBOURG. -— RODOLPHE DARZENS. -—JEAN DELVILLE. —- YVAN DIETSCHINE. — E. GIGLEUX. — CH GROLLEAU. — MAURICE LARGERIS. — PAUL MARROT. — EDMOND PILON. — J. DE TALLENAY. — ROBERT DE LA VILLEHERVË.
L’Initiaîion du 15 Juillet 1900 L’IN ITIATI 0 N (RENSËIÊ’L’ËÉ‘ŒNTS) DIRECTION ADMINISTRATION 87, boulevard Montmorency, TÉLÉPHONE — 282-87 TÉLÉPHONE — sen-50 ABONNEMENTS PARIS—A UTEUIL PUBLICITÉ : VENTE AU NUMÉRO DIRECTEUR : PAPUS 3 line de Sanie DIIICTEUR ADJOINT : Lueien "MICHEL ’ Rédacteur en chef: F.—Ch. BARI.ET Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un an. 10 11'. J. LEJAY — PAUL SÉDIR ÉTRANGER, -- I2 fr.
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Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au p us tôt que le mois suivant. ' L’Inz‘tz’az‘z’on est l'organe officiel des centres suivants : Groupe Esotérique. — Ordre martiniste. — École supé rieure libre des Sciences hermétiques. — Ordre Kabbalisti ne de la Rose-Croix. — Union Idéaliste Universelle. —— . T. L. (section française).
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PARTIE INITIATIQUE Cette partie est réservée à l’exposé des idées de la Direction, des Mambre: du Comité de Rédaction et d la reproduction des classiques anciens.) Ë"®CWILTE A rÿxrrmsnmr LES AISSAOUAHS La légende raconte que Sidi-Ben-Ai‘ssa, le fonda teur de la confrérie des Aïssaouahs, fonda son ordre en appelant à lui ceux qui avaient un tel mépris de la mort, qu’après avoir vu couler le sang et entendu les râles des hommes entrés dans la tente un par un, avant eux, ils avaient voulu sans crainte subir le même sort.
Vingt se présentèrent ainsi sur 2.000 assistants. La cérémonie terminée, la tente s’ouvrit et on aperçut, vivants, ceux que l’on croyait égorgés. Un mouton avait chaque fois remplacé chacun des futurs initiés et son sang avait ruisselé au dehors pour éloigner ceux qui craignaient la mort.
Grâce aux paroles secrètes et aux pratiques trans mises, de génération en génération, par Sidi-Ben-Ai’ssa, ces hommes et leurs initiés peuvent dominer la souf france physique et l’annihiler. En 1889, j’avais commencé une étude sur les Aïssaouahs et j’avais été appelé, comme médecin, 1
2 L'INITIATION [JUILLET à constater que l’un d’eux sortait bien son œil hors de l’orbite au moyen d'un poignard, alors que quelques « beaux esprits » prétendaient que c’était un œil de verre. Justement cet opérateur, alors simple membre, est devenu le chef de la petite section de six hommes envoyés à l’Exposition de 1900.
Il m’a été d’autant plus facile de renouveler connaissance que le jeune chef, très intelligent, parle couramment le français et l’espagnol.
C’est ainsi que, dans nos conversations prépara— toires à l’organisation d'une séance réservée à nos élèves de l’École hermétique, j’ai pu obtenir d’inté— ressants détails sur l’entrée dans l’ordre et l’affirma tion de ce fait que les chrétiens comme les musul mans peuvent y être initiés et acquérir les pouvoirs des adeptes, en presque totalité composés de musulmans.
« Un de nos membres, ayant la plus grande foi en Sidi-Ben-Aïssa,‘ a même été un Français (chrétien), » m’a dit mon interlocuteur. Quoi qu’il en soit, étudions non pas les théories, mais les faits et décrivons la séance tout à fait spé— ciale organisée pour nos élèves, le dimanche 24 juin.
J’y joindrai mes remarques antérieures et, s’il est nécessaire, je reviendrai plus tard sur cet intéressant sujet. ’ La préparation à la séance se fait de la façon sui vante: les six membres, assis à l’ombre en demi cercle et faisant face aux spectateurs, font la prière, les paumes des mains tournées en dehors. _ C’est après cela que commence la séance propreg
1900] L‘OCCULTE A L’EXPOSITION ‘3 ment dite et qu’il est procédé à la mise en état d’in .sensibilité d’un. des opérateurs. Je ne dis pas hypno tisatz‘on ; car il s’agit ici d’autres faits que de ceux de l’hypnotisme classique et nous allons noter les diverses phases du phénomène. A.
En premier lieu, la musique formée de grands tambours plats que manient les opérateurs et sur les quels ils frappent avec leurs doigts, comme on joue sur le tambour de basque. Le rythme de cette musique est d’abord lent, puis il s’accentue progressivement jusqu’à entraîner le -cerveau de l’opérateur dans un vertige particulier. B.
La musique est accompagnée de litanies en arabe et de psalmodies de versets du Coran, ainsi que de la récitation, par les adeptes, des formules secrètes de l’ordre. ' ' C. Celui qui doit opérer sort alors du demi—cercle ; il s’accroupit devant un réchaud placé en face du ' chef et contenant du charbon allumé sur lequel on .répand du benjoin.
L’opérateur, aspirant violemment la fumée du benjoin, ralentit son expiration et agit exactement comme le yogui dans la première phase de son entraînement.
Après avoir aspiré le benjoin et reçu l’attouchement du chef, l’opérateur se relève et, toujours soutenu par les chants et la musique, il commence une danse pendant laquelle il secoue la tête et le corps d’avant en arrière, de manière à transmettre ses secousses rythmiques au cervelet et aux centres sympathiques. Après quelques minutes de cette danse, un 'cri annonce que l’insensibilité est obtenue et la musique
4 L’INITIATION s’arrête. C‘est alors que l‘opérateur fait des exercices parmi lesquels nous choisirons les principaux pour les décrire. Tout d’abord un opérateur se traverse la peau du ventre avec une pointe effilée. Aucune goutte de sang ne surgit, aucune marque de douleur. Il mange un morceau de la feuille si piquante de la figue de Barbarie.
Un autre opérateur prend un sabre examiné d’abord minutieusement par les spectateurs et dont le tran chant est spécialement bien aflilé. Il fait tenir ce sabre par deux collègues et, pieds nus, il se dresse de toute sa hauteur sur le tranchant de la lame. De même il se couche sur le sabre, tout le poids du corps portant sur le ventre placé sur le tranchant de la lame.
Le troisième opérateur, voulant montrer que le sang peut surgir à volonté, laisse saigner dans les deux ex périences qu’il nous présente. La première, c’est de projeter l‘œil en avant en introduisant une lame afli lée dans l’orbite; la seconde, c’est de se faire enfoncer par un assistant un sabre dans le ventre de près de O“‘,IO.
L’assistant avaitïl‘air 'plus mal à son aise que l’opérateur parfaitement calme et gardant le souvenir de toutes ses expériences. C’est alors que le chef entre en scène. Il débute en arrachant avec ses dents la tête d’un serpent vivant introduite dans sa bouche. Puis il mange la moitié d'un verre à boire et fait suivre cette opération de la déglutition de quelques cailloux.
Enfin il éteint dans sa bouche de petites torches dont il promène impuné ment la flamme sur ses bras. ..',.‘Waæ...,nMw M‘4w—vwæ— . A..
L’OCCUL’I‘E A L’EXPOSITION 5 Le dernier opérateur que nous avons vu expéri menter fait peut«être l’expérience la plus saisissante. Il s’enfonce dans la tête, au niveau de la rencontre de l’occipital et des pariétaux, une longue pointe d’acier. Il y allait de si bon cœur qu’ayant commencé à en foncer le clou avec des briques, il en a cassé deux et a dû terminer l’opération avec un objet plus solide.
Nous avons mesuré la pointe quand elle a été en— foncée et nous l’avons remesurée après l’opération; elle était entrée de 120 millimètres dans la tête, le double,à peu près, de l’épaisseur de la boîte cranienne à ce niveau. Après chaque expérience, l’opérateur vient se faire réveiller par le chef ou celui qui en fait fonction et, pour le réveil comme pour la mise en sommeil, la musique et les litanies sont nécessaires.
Ce qu‘il faut surtout remarquer, c’est la fermeture, sous les yeux des spectateurs, et progressivement, des plaies faites par les divers instruments employés. La vie apparaît là dans ses lois les plus secrètes. ’: ou Telles sont les expériences présentées; nous allons maintenant les analyser au point de vue des objec tions qu’on peut présenter. Est-ce dela simple jonglerie? Est-ce de l’hallucination collective ?
Est—ce le résultat d'un entraînement purement phy siologique ? ‘ C’est ce que nous allons nous demander. Dans l’Inde, on voit fréquemment des yoguis mettre
6 L’INITIATION un enfant dans un panier, percer ce panier de tous côtés avec des sabres. Le sang coule; mais quand on ouvre le panier, l’enfant sort sain et sauf. Trois officiers anglais, voulant se rendre compte de la certitude du phénomène, firent l’expérience sui— vante: l’un écrivit ce qu’il voyait, le second le des sina et le troisième en prit des photographies.
C’est ce dernier qui trouva la clef de l’énigme en démon trant que la plaque n’était pas impressionnée et qu'il s’agissait d‘un simple fait de suggestion mentale. Aussi, après avoir éliminé l’hypothèse de jonglerie, en examinant avec soin les instruments employés et les plaies produites, nous sommes amenés à nous demander s’il ne s’agit pas d'hallucination collective.
Voilà pourquoi nous avons prié notre ami Rosabis d’assister à la séance avec un appareil photogra phique susceptible de prendre des instantanés au I/[ 20 de seconde, même dans cette faible lumière. Tous les faits produits ont pu être enregistrés pho tographiquement et leur réalité est ainsi prouvée. Voyons un peu ce qui a rapport à l’entraînement physiologique.
Les diverses méthodes de la Yoga ont pour but de dynamiser les élémentaux des plans inférieurs en mettant à leur disposition des forces des plans supé rieurs arrêtées un moment dans leur évolution. Ainsi l’arrêt de l’expiration est un des moyens d’entraînement les plus usités dans les écoles orien tales.
En joignant les modifications de la circulation par les attitudes et l'illumination des idées par la ten sion méditative, on arrive à certains pouvoirs se rap— W“"”“Ww*ww'm ..‘L
L'OCCULTE A L’EXPOSITION 7 , ,. i .... . -:.-;- .—-—-—«w—;.._. prochant plus de la gymnastique psychique que des pouvoirs théurgiques réels. De ces diverses méthodes, les Aïssaouahs ont retenu seulement le retard de l’expiration, qu’ils produisent en aspirant les vapeurs de benjoin. Pour le reste, ils tirent leurs pratiques de la théurgie plus que de la magie.
Il y a cependant, pour le physiologiste, une étude très intéressante à faire sur l’action des secousses de la boite cranienne dans la production de l’hypnose ou, plutôt, de l’insensibilité spéciale développée par les Aïssaouahs.
Car, ainsi que j’ai pu le contrôler, l’opérateur“ se souvient parfaitement de tout ce qu'il a fait à l'état de transe, il a, de plus, la possibilité, dans cet état, d’arrêter ou de faire couler le sang pendant son expé rience. Cela prouve l’action directe sur le centre astral et cela nous permet de rattacher les pratiques des Aïs saouahs à celles des derviches et de poser ainsi les bases du maniement des forces occultes en Orient.
De ce que, dans la séance qu’ils nous ont donnée, les Aïssaouahs semblent avoir écarté toute jonglerie de leurs expériences, il ne s’ensuit pas que toujours le même fait se produise.
Il est fort possible que les bains ' d’alun soient employés pour rendre les pieds et le ventre rebelles à la coupure, 'et la bouche ou les bras rebelles au feu ; mais le charme des serpents, le verre brisé avec les dents, la feuille de cactus restent encore ' pour défier toute jonglerie. , Nous avons eu l’idée de vérifier non seulement le M A .\.. A- .W.._ .., u.wæ...æ..».u—\«a.—«-rWN-«w-æwv ’ ,..,‘,—.. .,. ‘ -... M‘_.’X \ _<u... \ ’ '——J‘——-— .— . ,,
8 L'INITIATION côté patent, mais encore le côté occulte des faits pro duits par ces Arabes et nous avons fait examiner avec soin les réactions produites en astral par ces divers phénomènes. Au premier aspect, il est indéniable que les Ais saouahs sont assistés d'entités astrales farouches. Ces êtres astraux, à lumière rouge, sont des esprits de ba taille, de haine et de discorde.
Ils ont, en général, des aspects d’animaux et, seuls, ceux qui assistent le chef de la séance ont des têtes humaines. Chacun des sens des Aïssaouahs a un esprit particulier. Pendant la séance, voici ce qui se passe.
Sous l’in— fluence de la musique, des psaumes et des paroles magiques, une sorte de vapeur blanchâtre monte des centres terrestres, s’insinue le long de la colonne ver tébrale de l’opérateur et gagne le cervelet; c’est alors que l’hypnose spéciale commence. Quand les faits sont produits et qu’ils ne sont pas dus à la jonglerie, le sang qui ne sort pas sur le plan physique coule au contraire en astral et les opérateurs en sont inondés.
Quand les expériences sont terminées, une vapeur noire descend du cervelet et gagne les centres terrestres en suivant la moelle épinière et les plexus sympa thiques. ’ Une fois à l’état normal, les Aïssaouahs sont les meilleurs garçons du monde et l’on ne peut qu’être intéressé par leur conversation vive et enjouée. Les noms des opérateurs sont les suivants : Hadi Ali fait les expériences avec le feu et les serpents.
L’OCCULTE A L'EXPOSITION g _ , , T . . e.. .....r1 me, . .....<_v.. . ... .. q Iv iVflb_ W w . _. Hadj Abdelkaderse transperce avec des aiguilles, s’introduit un bistouri dans l’orbite, danse sur un sabre, avale des scorpions vivants, marche sur une pelle rougie au feu et la lèche. Hadj Mobamed plante le clou dans sa tête. Abdelkader charme les serpents, avale des pierres et mâche le verre. Nous aurons peut-être à revenir sur cette question, mais nous pensons que les renseignements ci-dessus intéresseront assez nos lecteurs pour le moment. PAPUS.
L’INITIATION AhûlllMl@llh” CORRESPONDANCE INÉDITE D’Alb. Poisson au F22: RBTde St—Digz’er, alchimiste Sens, 4 avril 1892. MON CHER MONSIEUR, Mon ami et maître Papus me communique votre dernière lettre et me prie d’entrer en correspondance avec vous,j’ai saisi avec empressement l’occasion; les alchimistes sont rares aujourd’hui, on les peut comp ter ces courageux chercheurs qui, à la face de la science moderne, étudient au risque de passer pour illuminés la vieille alchimie. Permettez-moi tout d’abord de me présenter à vous. Albert Poisson, étudiant en médecine, chimiste, qui, (I) On a voulu, dans un but commercial, faire jouer un rôle bizarre à notre ami feu Alb. Poisson (Philophotes) dans je ne sais quelles petites loges Où il était entré sur notre demande. Nous chargeons Poisson de répondre lui-même à ces obscurs et anonymes calomniateurs en publiant la correspondance suivante. Les manuscrits inédits de Poisson, qui sont en la pos session d'un de nos F;;: dévoués, paraîtront quand Il sera nécessaire. Ces lettres suffisent pour remettreles calomniateurs à leur vraie place. P.\PUS.
L’INITIATION ALCHlMIQUE 1 1 sous le nom de Philophote, écrit dans l’Inz'tz‘atz‘on et s’occupe d’alchimie. Voilà ce qui m’a charmé dans votre lettre, c’est que vous avez parfaitement vu de quel côté il faut chercher pour le grand œuvre, c’est le côté que les adeptes ont le plus cherçhé à, céler dans leurs ouvrages; aussi ai-je très peu insisté sur ce point dans mon ouvrage des Théories et Symboles.
La matière, en somme, peut varier et tous les alchi mistes n’ont pas travaillé sur la même; mais ce qui ne varie pas, c’est la force à l'aide de laquelle on. met en œuvre la matière.
Ceux qui en ont parlé en ont dit très peu de chose, et encore ont-ils couvert ce peu d’allégories, de symboles ; la plupartn’en soufflent mot, et laissent les souffleurs s’empêtrer dans les degrés du feu de lampe, du feu solaire, du fumier de che— val, etc. ' Cette force que Paracelse nomme archée, les caba listes la nomment, avec Éliplias Lévy, feu astral, grand serpent.
On peut la retirer de l’atmosphère astrale où errent des germes vitaux, embryons manqués, larves, lémures, élémentaux. Voici un passage tiré de l’introduction à la philo sophie des anciens qui approuve entièrement ce que je viens d’avancer.
C’est dans l’air que se forment les esprits vitaux des animaux qui se forment de sa plus pure substance la plus approchante de la lumière, Car la lumière, qui est le moteur général de toutes choses venant à communiquer sa vertu mouvante à ce qui approche le plus d’elle, qui est l’air le plus pur, cet air porte ses qualités favorables, comme du centre
x 2 L'INITIATION à la circonférence par degrés différents aux végétaux, aux animaux et aux minéraux produits et à produire. C’est pour cela que beaucoup d’alchimistes tra vaillaient sur la soie, espérant en elle trouver de l’astral condensé, et ils n’avaient pas tort; mais, comme vous le savez, la meilleure que l’on puisse recueillir est celle du 21 mars, commencement de l'année hermé tique.
Maintenant, pour ce qui est de projeter sa lumière astrale, on n’y arrive que par entraînement et par de longs travaux.Je vous les en seignerai si vousle désirez, j’ai moi-même commencé, mais c’est fort long, et c’est à peine si je pourrai, véritable Athanor, être prêt pour le 21 mars prochain.
J’espère que nous allons entrer en correspondance suivie. nous sommes si peu d’alchimistes qu’il nous faut nous sentir les coudes et marcher en bataillons serrés vers la lumière. Cher confrère en Hermès, je vous serre cordiale— ment la main. A. Porssos 8:1: 1:: Sens, 22 avril 1892.
CHER MONSIEUR E'l‘ FRÈRE, Votre lettre m’a fait grand plaisir, je me mets en— fièrement à votre disposition pour tous les renseigne ments dont vous auriez besoin et qu’il serait en mon pouvoir de vous donner. L’alchimie est la branche
L’INITIATION ALCHIMIQUE 1 3 des sciences occultes que j’ai choisie pour m’y canton— ner, je connais bien des choses sur la question, mais il me reste combien plus de choses à étudier!
Jusqu’à nouvel avis, il me semble que vous pourriez délaisser complètement vos études ou lectures sur le spiritisme, la magie et la kabbale, mais vous pourriez continuer avec profit vos travaux sur le magnétisme animal et les mener parallèlement à vos études hermétiques.
Vous demandez la voie qui mène à l’œuvre, je ne suis pas un adepte pour prendre la parole avec l’auto rité d’un professeur, et du reste je le serais, que je ne parlerais pas, je suis simplement un amant de la Vé— rité, comme vous je recherche la science pour elle même, je suis un alchimiste, simplement, et non un adepte.
Aussi je vous parlerai en frère et jamais en professeur; en’ unissant ce que nous savons chacun de notre côté, nous arriverons plus facilement. .l e ne sais si vous avez entre les mains mon ouvrage : Théories et Symboles des Alchimistes (en vente à la librairie du Merveilleux), mais vous remarquerez que, dans la partie qui traite du Grand Œuvre, je n’ai livré que la partie matérielle, ne faisant qu’indiquer vaguement la partie spirituelle sans laquelle on ne peut rien faire.
Eh bien l cette partie secrète ésoté rique, si vous le voulez bien, nous l’étudierons en semble. Quelle que soit la matière que l’on choisisse pour l’œuvre, il faut animer cette matière. Voilà ce que je sais.’Maintenantla matière retient-elle cette vie du bien faut-il lui faire subir une préparation spéciale: voilà ce que j’ignore. Mais comment arriver à projeter -
1.]. L’INITIATION son fluide astral? C’est là la question. Quelques per-w sonnes ont la faculté inconsciente de le projeter et de produire ainsi des phénomènes plus ou moins bizarres, ce sont les médiums. Mais généralement cette faculté n’existe pas chez le commun des mortels; cependant on peut l’acquérir peu à peu par entraînement; les fakirs dans i'Inde, les marabouts en Orient musulman y arrivent par la prière et le jeûne.
La méthode que— je vous propose est plus longue ; elle consiste d’abord à développer la volonté ; pour cela supprimer les habi tudes inutiles qui font de vous leur esclave exemple: le tabac, l’usage des alcools en dehors des repas.
Avez» vous quelques défauts. luttez jusqu’à ce que vous ayez: obtenu la victoire; en un mot, je vous demande contre vous-même une lutte de tous les instants ; il faut que votre âme, votre volonté, arrive à dominer complètement votre corps, à en faire un instrument docile. Dans une prochaine lettre, si cela vous inté— resse, nous continuerons cet entretien. Cher frère, je vous serre la main en attendant votre: prochaine lettre. A.
POISSON 8:1: 1:2: Sens, le Il mai 1892. / MON CHER MONSIEUR, J’attendais votre lettre depuis quelques jours; ne recevant pas de réponse, j’étais inquiet, lorsque cli manche dernier Papus, que j’ai vu à Paris, m’a expli—
L’INITIATION ALCHIMIQUE 15 «qué pourquoi vous ne m’aviez pas répondu. J’ai donc patienté.Votredernièrelettre m’a bien fait-plaisir, je vois qu’à part quelques points de détail vous faites des études excellentes très orthodoxes, et qui vous con düiront certainement à un résultat.
Le magnétisme vous servira en effet à vous habi tuer à la manipulation des fluides, et lorsque vous serez un bon magnétiseur, vous vous fortifierez alors dans la magie cérémonielle.
C’est alors que, sachant reconnaître, condenser, diri _ger les fluides vitaux de l’homme (fluide astral), les fluides encore peu connus qui circulent dans l’atmos phère qui nous entoure, c’est alors que vous possé derez le secret des philosophes, c’est alors que vous pourrez préparer le 9‘ et le é des philosophes, qui ne sont pas morts, et qui renferment en euxla vie. Mais, avant de venir là, que de déboires, que d’expériences déçues!
Vous aurez, mon frère, à lutter contre la vie, contre vos parents, contre l’inertie dela matière, contre vous—même, et aussi contre les peuples invisibles de l’Astral qui cherchent à défendre leurs Secrets trésors -contreles adeptes.Quel’amour de la sainte Sciencevous soutienne, songez aux grands exemples que vous ont laissés les N.
Flamel, les Lulle, les Philaièthe,songez enfin que vous n’êtes pas seul et qu’il existe encore par le monde des fils d’Hermès qui souffrent les mêmes peines que vous et vous pouvez me compter dans ce nombre. Une seule chose m'est favorable, une facilité très grande pour l’étude de ces sciences. Ce que vous me dites de vos prières chantées est très bon, il faut vous habituerà composer vos prières, .m
l 6 L’INITIATION vous-même, au besoin à les improviser, à les mélan ger à des méditations d’un quart d'heure, sur un texte mystique ou cabalistique à votre choix. La prière est indispensable à l’alchimiste ; n’oublions pas qu'une des devises favorites des adeptes du moyen âge était celle— ci:«Lis,lis,lis et relis, travaille,prie, et tu trouveras.
Il faut dans la prière s’isoler le plus possible du monde extérieur, au besoin se boucher les oreilles et fermer les yeux. On rentre complètement en soi même.le vous conseillerais aussi de vous tourner vers l‘0rient en priant. Par la prière, le travail magique et la lecture des philosophes vous arriverez; par travail magiquei’entendsl'étude du magnétisme dans le sens indiqué au commencement de cette lettre.
Gardez vous des évocations magiques, elles sont toujours dangereuses et les êtres évoqués sont généralement trompeurs. Vous me parlez de mon ouvrage : Tlze’o ries et Symboles, vous avez pu remarquer qu’il y a une grande lacune, j'ai préféré me taire que d’exposer entièrement l‘hermétisme, j’en dis assez pour intéres ser vivement le curieux et l’attirer, pas assez pour le mettre de suite sur la voie.
Quels sont les autres ou vrages d'alchimie que vous étudiez ? En attendant votre réponse, cher frère, je vous serre cordialement la main. A. POISSON.
L'INITIATION ALCHIMIQUE l7‘ Sens, 22 mai x8gz. MON CHER FRÈRE, Je vous avais demandé quels étaient les volumes que vous possédiez afin de savoir les auteurs qui vous guidaient. Le Traité de chimie hermétique est excel lent et c’est un des plus rares, mais il ne suffit pas, tous les adeptes conseillent de lire le plus d’auteurs possible, car ce que l’un cache, l’autre le révèle, et en les complétant l’un par l‘autre on peut arriver à la vérité.
Je vous conseillerais donc vivement de vous procurer d’abord le livre de Figuier, l’A [chimie et les Alchimistes.
Au point de vue hermétique, l'auteur est nul, mais son livre vous sera utile pour les citations qu’il con tient et pour l'histoire des transmutations célèbres qui vous intéressera beaucoup. .l e vous recommande aussi 1° Collesson, Idée parfaite de la philosophie hermé— tique; 2° Jean de la Fontaine, la Fontaine des amou reux de science ; 3° Pernety ou Dictionnaire mytho— lzerme’tique ;4° le Texte d‘alchimie et le Songe vert.
N’apprenez pas l’hébreu, c’est inutile, bornez—vous pour le moment à l’alchimie et au magnétisme et aussi à la prière pratiquée magiquement. Souvenez vous de cette magnifique devise alchimique : « Lis, lis et relis, travaille, prie et tu trouveras. » Je ne puis pour le moment essayer de projeter mon astral jusqu’à vous, la chose serait dangereuse. Je ne sais si vous en êtes informé, mais je fais en ce moment mon année de service militaire et faire une telle
.5 8 L'INITIATION »:expérience dans une caserne, dans une chambrée. “de vingt-quatre hommes serait trop dangereux pour moi. Quand mon service sera fini, j’irai vous voir un jourà Saint-Dizier, en novembre ou décembre, à moins que vous ne veniez à cette époque à Paris. Votre idée de magnétiser votre apprenti et d’en faire am sujet est excellente ; mais épargnez-vous pour le moment, gardez votre fluide et ne le dispersez pas inu tilement.
Les caractères que vous me donnez à la fin de votre lettre ont beaucoup de ressemblance avec les caractères magiques que l’on trouve dans les gri =moires et clavicules, je les examinerai à mon loisir et je vous dirai ce que j’en pense. Adieu, cher frère, je vous serre la main. A. POISSON. Sens, I7 juin I892.
MON CHER FRÈRE, J’ai le plaisir de vous apprendre que je vais avoir qui peu plus de temps de disponible; ayant été placé «auprès du major pour le service de santé, je vais pouvoir étudier ma médecine, aussi la chère alchimie, auxquelles je ne pouvais auparavant consacrer que de «courts moments. Retenez ce qui va suivre: c’est une lueur que j’ai aperçue et que je m’empresse de vous transmettre, «espérant qu‘elle vous sera utile. Vous savez qu’une des bases occultes est le ternaire. Or, il y a trois mondes: le
L‘INITIATION ALCHIMIQUE [9* matériel, l’astral, le divin; le monde matériel corres pond à la matière, le monde astral au mouvement, le monde divin à la force. Chaque monde présente à son tour une division ternaire soitê e et 35 pourle monde matériel; dans le monde astral, nous aurons: les mouvements, les formes et les élémentaires; dans le monde divin ou des forces, les forces matérielles, les forces psychiques et enfin le tétragramme divin mm.
On peut ranger ces neuf termes selon une spi rale qui nous peindra une autre loi, l’évolution ; on verra l’échelle des êtres depuis le terme le plus bas matière solide jusqu’au terme le plus haut mm. + . . û Monde des Monde -materxel _+A_ V g atomes Monde astral Mouvement Formes Elèmentaires monde des” formes Forces Forces _ Monde des.
Monde dm“ matérielles psychiques n ’m PPÎnCÎ995 Il s’ensuit que tout ce qui existe dans un des mondes a son analogue dans le monde immédiatement supé— rieur. Pour achever l’œuvre, prenez donc une matière triple et une dûment préparée; je vous donne tout cela pour ce que ça vaut, comme une première inspiration qui est susceptible d’être perfectionnée. Tirez-en ce que vous pourrez, donnez-moi votre avis.
A propos de visite psychique, j‘ai tenté une fois cette expérience, et j’ai réussi à voir pendant quelques instants des gens en train de se coucher, mais c’e51 là une expérience fatigante et dangereuse,'il ne faut pas croire que la con: naissance de l’hébreu et.de la cabale suffira à vous
20 L’iNITIATION donner la clef du sanctuaire ; bien des adeptes ne la possédaient pas et ils n'en étaient pas moins en pos session de la pierre divine. Les œuvres du Philalète et de Flamel seules bien méditées suffiraient àmettre sur la voie.
Méfiez-vous des idées qui vous viennent. ne les acceptez qu’après les avoir passées au crible, elles sont souvent suggérées par des entités mauvaises de l’astral, jalouses de voir les hommes se perfection ner et arriver jusqu‘au monde divin. Un bon préser vatif est la prière. Souvenez-vous de la magnifique épigraphe du livre muet : Lis, lis et relis, prie et tra vaille, tu trouveras. Cher Frère, tout à vous en Hermès. A. POISSON. Sens, il juillet.
MON CHER FRÈRE, Vous devez m‘accuser d’oubli, voilà bientôt un mois que vous m’avez écrit et je ne vous avais pas encore répondu. Ma nouvelle condition m’a beaucoup occupé et j’avais pas mal de travail à faire pour divers éditeurs, en sorte que j’ai eu bien peu de temps.
Si vous le voulez bien, nous nous écrirons régulièrement vous du 25 au 30 dechaque mois, et moi du roau15. il va sans dire que dans les circonstances extraordi naires elles pourraient être plus nombreuses; mais en attendant nous écrirons chacun régulièrement une lettre par mois, nousla ferons aussi étendue qu‘il nous plaira. Au sujet de votre ternaire que vous m'envoyez
L’INITIATION ALCHlMIQUE 2 I dans votre dernière lettre, je vous ferai simplement remarquer ceci : Vous le figurez Tandis qu’il doit être comme ainsi : cela : î esprit î âme (nerfs) ê âme â esprit (sang) à corps ê corps (squelette) Vous voyez que cela fait une certaine différence.
Vous me demandez l’explication de l’arcane 10: la roue représente le monde, l’éternité, la lumière as trale, elle représente l’évolution incessante et l’involu tion continuelle de tous les êtres, animaux, végétaux ou minéraux; les forces intelligentes montent au ciel et derechef en descendent.
Lisez le premier acte du Faust de Gœthe, à l’endroit où à l’aide de la clavicule il voit les forces astrales circulant entre les astres, les unes viennent du soleil, passent sur la terre et vont dans la lune, d’où elles passeront dans le soleil; d’autres suivent le chemin en sens inverse.
Si nous passons à l’explication alchimique, nous voyons que l’homme qui monte est le mercure et celui qui descend le soufre; en haut le sel, point d‘équilibre, est figuré par un sphinx. Dans le Tarot d’Oswald Wirth il y a une erreur, le Sphinx est marqué A, et le Diable 6 ou D, c’est une faute, nous avons la trinité insépa rable du fixe Q et du volatil ES équilibré dansle Or, qui est—ce qui monte ici ? L’homme-chien, donc
2 2 .L’1NITIATION c’est Ç. Qui est-ce qui descend? Le Diable, donc c’estê. Qui est en équilibre? Le Sphinx,donc c’est La roue a une autre signification que tout à l’heure, elle se rapporte à ces mystérieux tours de roues sur lesquels les alchimistes se taisaient tous. Or à vous, mon frère, je le dirai.
Un tour de roue comprend deux opérations, + et 4x voilà tout, et ceci soit dit en général; vous voyez donc désignés dans cet arcane les principes généraux. Les opérations, le feu au bas de la roue de serpent, c’est la matière hermaphrodite de la pierre, le dragon vert et le lion rouge.
Vous me de— mandez qu’est la force centripète, c’est l’air que nous respirons; l’oxygène del’air se fixe sur les globules du sang :voilà ce qui nourrit notre astral et le répare incessamment. La force centrifuge, c’est, ainsi que vous le dites, cette lueur que le colonel de Rochas voit sortir des extrémités des doigts de ses sujets. Tenez Vous—en donc à la pure cabale, à la magie orthodoxe, à l’alchimie des adeptes.
Pourquoi laisser vagabonder votre imagination? Il est bien certain que vous vous êtes construit des théories, que vous seul comprenez. Vous me parlez de fluide sonique, fluide phosphores— centaimanté, fluide métallo-ferrugineux. Qu’entendez vous parlà ? Moi, je n’ai jamais trouvé de ces termes dans aucun traité d’alchimie ni de magie, pas même dans Éliphas.
0 mon frère, étudiez le traité de Papus, étudiez mon pauvre bouquin : Théories et Symboles, relisez sans cesse et, quand vous les saurez presque par cœur, alors cherchez par vous-même à construire des théories, mais maintenant prenez garde. 0 mon cher frère, serait-ce trop demander que de vous prier de ..;',g.
L’INITIATION ALCHIMIQUE 23 m'envoyer votre photographie afin de vous voir près de moi? Tout à vous, A. POXSSON. 26 décembre. MON CHER FRÈRE, Votre lettre m’a fait un grand plaisir, vous vous êtes enfin orienté, vous voyez maintenant la triple voie, alors qu’auparavant vous n’en connaissiez qu’une.
Je suis heureux d’avoir pu vous diriger en ce sens, maintenant il vousteste’ à choisir votre route, .la matérielle qui aboutit àla transmutation des métaux, la spirituelle qui donne l’élixir de longue vie et la puissance magique, la divine qui mène par l’extase à la contemplation directe du Très-Haut. Choisissez une branche, et soyez persuadé que, lorsque vous en aurez approfondi une, les deux autres vous seront connues grâce à l’analogie.
Sachez, ô mon frère,qu’il y a deux espèces principales de feu, le feu spirituel qui est la vie, le pneuma, le respir astral, et le feu or— dinaire qui brûle. La matière doit être avant toute chose, avant d’avoir à subir les atteintes du feu ordi naire, la matière,dis-je,doit être animée par l’archée.
Et alors la matière est vivifiée, alors seulement on peut l’enfermer dans un matras et chauffer au feu or dinaire mais très légèrement pour commencer. Je ne pourrais guère aller vous voir maintenant, le méde
24 L’INITIATION cin m’a recommandé les plus grandes précautions jusqu’au printemps; aussi voilà mon voyage reculé. Pourla société hermétique j’y pense sans cesse,au prin temps elle verra le jour.Je fais en ce moment une étude sur l’alchimie au XIX" siècle; voulez-vous que votre biographie s’y trouve, soit sous votre vrai nom, soit sous un pseudonyme.
Si oui, je vous demanderais de m’en voyer la date et le lieu de votre naissance, puis com ment vous avez été amené à vous occuper d’alchimie et en quelle année.avecles détails accessoires que vous jugerez à propos de donner. Songez que les sympa thies collectives des lecteurs à votre endroit repousse— ront les haines qui vous poursuivent et vous seront comme un bouclier fluidique.
Adieu, cherfrère, je vous serre amicalement la droite en attendant impatiemment votre réponse. A. POISSON. 27 janvier I893. MON CHER FRÈRE, Aristée donne, il est vrai, une méthode différente du Liber mutus pour recueillir l’astral, mais au fond le résultat est le même. Remarquez que, s’il dévoile ce dont peu d’alchimistes parlent, car c’est un grand se— cret, par contre il ne dit rien du @ et de la (2 qui doivent être travaillés, puis mêlés.
C’est qu’aucun al chimiste n'a jamais dévoilé complètement la prépara— tion de la matière, et que lui, Aristée, ayant parlé d’un
L’INITIATION ALCHIMIQUE 25 point très important, s’est dispensé de décrire la pré paration du G) et de la (C sur laquelle tous les autres adeptes se sont suffisamment étendus. Donc la vérité alchimique reste une. Voici maintenant le résumé très exact du commencement de l'Hermès dévoilé qui ne se trouve pas dans Papus. Cyliani se promène au pied d’un arbre et là il a un songe.
Une nymphe d’essence céleste lui apparaît, la nymphe le conduit devant un temple où se trouve la matière. Mais la porte est gardée par un dragon qu’il faut tuer pour entrer. La nymphe lui donne une lance qu’il devra faire rougir au feu pour tuer le monstre.
Cyliani fait rougir la lance, il dissout la serrure du temple avec un liquide que lui a fourni la nymphe, il ouvre les portes et se voit en face du dragon qu’il étend mort d’un coup de sa lance incandescente.
Il prend dans le temple deux vases en cristal, l'un surmonté d’une couronne d’or à quatre fleurons et étiqueté : « Matière contenant les deux matières ou natures métalliques. » L'antre vase, couronné d’une couronne d’argent à neuf étoiles, porte une étiquette: Esprit astral. Après cette opération, Cyliani éprouve une grande fatigue, il est près de s’évanouit.
Sa nymphe lui réapparaît, et, l’ayant réconforté, elle disparaît; ici finit le songe et commencent les chapitres rapportés par Papus. Vous voyez, mon frère, combien les alchimistes con cordent, ce que je vous ai révélé n’infirme en rien ce que dit Aristée, et Cyliani corrobore le tout. L’enseignement est le même, semblable la méthode depuis Hermès jusqu’à nos jours. L‘adepte ne révèle qu'une partie de l'œuvre etjamais il n’en parlera dans
26 L'INITIATION son ensemble. Tantôt il s'étend uniquement sur les opérations, tantôt sur les couleurs, et s’il parle de la préparation, il dit peu de choses du reste. C'est grâce à cette méthode que le secret a pu se transmettre de génération en génération, réservé au seul philosophe hermétique.
Méditez bien Cyliani, c’était un adepte, au moins il l’affirme lui-même, mais surtout relisez le premier volume des fables grecques et égyptiennes, la lumière commence à se faire dans votre esprit. Plus vous avancerez désormais et plus vous profiterez main tenant que vous ètes dans la voie, et vous verrezque je n’ai pas tort et que je n’affirme que ce dont je suis sûr, après avoir, à ce sujet, médité la multitude des ou vrages hermétiques.
Cependant, ô mon frère, lisez et relisez sans cesse, priez et ne commencez l’œuvre matérielle que lorsque, sûr de vous-même, vous aurez la certitude d’obtenir un résultat probant, si mince soit—il. Une fois un bout du fil d’Ariane saisi, vous vous dirigerez à travers le labyrinthe jusqu’à la pleine lumière. C‘est ce que je vous souhaite, mon frère, car vous êtes digne de réussir et de devenir un adepte.
En attendant le plaisir de vous lire, je vous serre; affectueusement la main. A. POISSON. Paris, ce 9 mars I893. MON CHER FRÈRE, Je croyais fermememt vous avoir répondu, votre >,.«_,_,.J.,_ , , , ,.,,., ,.,. I : ,..ÏM..,M,,, ,_f ._.\_..a,._m.. m«w--F.,’J.vtæ,...
L’INITIATION ALCHIMIQUE 27 dernière lettre m’a détrompé, je m’empresse de répa rer mon erreur. Pour mes lettres, cela ne presse pas; vous me les rapporterez quand voüs viendrez à Paris et, à votre suivant voyage, je vous les rendrai.
Vous pouvez magnétiser la matière à nu, elle gardera le fluide, de même l’aimant garde son magnétisme, la baleine conserve indéfiniment l’électricité une fois qu’elle est chargée; votre matière conservera à l’état latent la force dont vous l’imprégnez, elle commence à se manifester sous l’action du feu; tenez, mon frère, je ne puis mieux comparer la matière qu’à un œuf. Dans un œuf, qu’avez-vous ? De la matière et de la force.
La matière nous importe peu ici; mais la force, c'est la vie; l’œuf, c’est de la matière vivifiée; si vous vou— lez que la vie qu’il contient à l'état latent se mani— 'feste, il faut lui appliquer une nouvelle force; cette force secondaire, c’est le feu, la chaleur, qu’elle soit produite par la poule ou par la couveuse artificielle, peu importe; l’important, c'est de ne pas dépasser un certain degré au-dessus duquel on a des œufs couvés et au—dessus des œufs à la coque, ce qu’il faut, c’est avoir des poussins.
Remarquez que l’œuf ne peut être brisé pendant la couvaison, sans cela adieu les poussins, enfin le pous sin une fois né sera la souche d’une multitude d’êtres de son espèce. 0 mon frère, quelle parabole pleine d’enseignement !
Les sciences occultes sont comme un sanctuaire, nul n’y entre s’il n’a la clef; cette clef, c’est l’analogie, appliquez—vous entre temps à manier cette méthode et vous trouverez des choses merveilleuses. . _‘.\._“_‘_q.k *_’Ï«-æ\MW‘sy—ql—a‘eä_‘-RMMM M‘ñh._.“"" " ‘-/ 4 ————-—— ——“—»— »«—-«-»—v N
28 L‘INITIATION Mon cher frère, notre Soc;j: Herm:jz va enfin exister. Le 2 I mars, ce manifeste sera lancé dans le Voile d'1sz‘s et j’attendrai les adhésions. Je ne pourrai donc aller vous voir ce mois—ci. Mais que cela ne nous empêche pas de travailler. Recueillez le sujet, recueillez-en plutôt plus, ce qui ne vous servira pas, vous le con— serverez.
Soyez prudent pour fermer votre matras et pour le chauffer ; ce que je crains, c'est votre inexpé rience des manipulations chimiques, prenez le plus de précautions possible, en chimie comme en alchi mie on lutte avec des forces brutales, il faut être con tinuellement sur la défensive, un moment d'oubli,la force se venge de l’homme, une explosion, et c’est fini.
Prenez garde, mon frère, soyez prudent, je suis en train de finir l’histoire de Nicolas Flamel : vous verrez dans ce volume (que je vous offrirai) la conduite du véritable adepte. Flamel doit être un modèle pour nous tous. C’est aujourd’hui la mi-carême, que l’homme est imbécile!
Je ne sortirai pas aujourd’hui, cette orgie bête de joie grossière me donne de la répulsion, les jours de fête je suis triste et je me réfugie dans les bras de l'alchimie, la mère divine. Tout à vous, mon cher frère. Je vous serre la main.
L’INITIATION ALCHIMIQUE 29 Dimanche,8 mai I893. MON CHER FRÈRE, J’étais inquiet de ne pas recevoir de vos nouvelles et j’allais vous écrire aujourd’hui, heureusement j'ai reçu votre lettre ce matin qui m’a tranquillisé.
Je vous ai dit, il me semble, dans ma dernière lettre, qu‘au fond la matière matérielle de la pierre importe peu, il est cependant préférable de prendre une matière métallique; ce qui importe le plus, c’est la force dont on charge la matière. De même peu importe la forme ou la matière d’un appareil élec— trique: en lui-même, il est inerte, ce qui lui donne la vie, le mouvement, ce qui lui permet d’agir, c’estl’élec tricité.
L’archée de Paracelse ne pourrait transmuer directement un métal fondu, car tel corps est dans un état statique, c’est-à-dire d’équilibre parfait, de même l’âme ne peut agir directement surle corps.
Mais pre— nons un corps plutôt métallique,ouvrons-le, tortuons Ie, de façon à dissocier ses molécules, à rompre son équilibre, puis saturons ce corps d‘archée, nous aurons dès lors la pierre, c’est-à—dire un moyen d’agir sur les métaux; ici l’âme est unie à l’esprit et par l’in termédiaire de ce dernier elle peut agir sur le corps. Je pense que ma comparaison est assez claire, aussi voilà pourquoi la matière de la pierre peut dif férer.
Voilà pourquoi la pierre obtenue par tel adepte transmuait seulement son poids, tandis que celle pré— parée par tel autre en transmuait dix, cent ou mille
Î'30 _ L‘INITIATION _ “parties. De même les effets physiques et chimiques «que vous obtiendrez avec une même bouteille de Leyde difléreront selon la qu;mtité d’électricité qui “aura été condensée dans l’appareil.
Pour vos essais, n’oubliez pas cette règle : tant que les couleurs apparaîtrontdans l’ordre, continuez; mais, si vous remarquez une perturbation quelconque, par exemple si le rouge apparaît immédiatement après le noir, alors abandonnez votre expérience pour en recommencer une autre, de cette façon vous vous -épargnerez du temps et de la dépense.
Enfin l’essentiel comme contrôle, c’est l’apparition des couleurs, ne vous inquiétez pas du reste, les opé 'rations chimiques qui se passent à l’intérieur de l’œuf diffèrent légèrement selon la matière employée; ce qui -est immuable, c’est la succession des couleurs.
Mon cher frère, cela m’aurait fait plaisir de vops voir avant de partir, mais ce n’est pas une raison suf fiSante pour vous déranger d’autant que vous tra— vaillez à l’œuvre en ce moment. Je continuerai àcorrespondre activement avec vous. Écrivez-moi avant la fin de ce mois, car je partirai dans les premiers jours de juin, je vous donnerai ma .mouvelle adresse. Mon frère, je vous serre la main.
L’INITIATION ALCHIMIQUE 319 ——'*\—..-s._. La Bastide, 3 juillet I893. MON CHER FRÈRE, \ Je suis resté si longtemps sans vous éCrireà cause de mon déplacement, achats, visites aux amis, voyage, installation, etc., bref, me voilà maintenant tranquille. Voici les réponses à votre dernière lettre. Pour obte nir le chlorure d’étain, il faut chauffer l‘étain dans. l’acide chlorhydrique ou esprit-de—sel.
Le mieux est de bien laver d’abord l’étain à l’eau, puis à l’alcool; en suite on le met dans l’acide et on chauffe. Quand tout est dissous,‘évaporer à sec pour faire cristalliser. L’azotate de mercure est soluble dans l'eau. La matière du G. 0. se tire du G et du 35 et la ma tière du P. 0. se tire de la (C et du Ç.
Mais remar quez bien que cette matière est morte, si vous la préparez par les moyens ordinaires; il faut l’ouvrir, en écarter les molécules,cela par le moyen des acides, il faut, de plus etsurtout la vivifier. Condenser une force sur une matière préparée, voilà tout le secret.
Solue, Coagula Salve : C’est-à-dire dissous, ouvre, torture, brise la matière, détruis les résistances qu’elle pourrait op— poser aux forces extérieures. . (Toagula : C’est-à-dire réunis, rassemble, puis condense sur la matière préparée les forces dont tu as” réussi à t’emparer. C’est iCi qu’est la clef de l‘œuvre. Cela est simple à. _...._._“. > . ....\_...- _/ ._aa—__..« .
32 L'INITIATION [JUILLET L‘ ' comprendre mais combien difficile àréaliser! Il faut de la patience, il faut de la persévérance. Adieu, cher frère, je vous serre la main. A. POISSON. * La Bastide,»rg juillet 1893. MON CHER FRÈRE, Vous faites bien delire le Cosmopolite, c‘est un bon auteur, quoiqu’il soit passablement obscur et qu’il puisse faire tromper; la préface des fables grecques et égyptiennes est très bonne.
Vous avez là en 214 pages tout ce que vous pouvez désirer sur les principaux points qui nous occupent, et cela a l’avantage d’être méthodique, ce qui est énorme surtout pour vous qui avez une tendance à tout mélanger, tendance dont il faut vous méfier, car elle vous fait perdre beaucoup de temps. ' Un appareiltélégraphique estunemachinetrès ingé nieuse, mais elle est morte, et il faut le passage d’une force, de l’électricité pour l’animer.
Il en est de même de notre matière. Si vous ne l’animez. il est inutile de fermer le matras et d’allumer la lampe, vous ne ferez riendebon.Vousconstaterez que la matière est animée parce que ses propriétés seront différentes de la ma tièrenonanimée.
Quantàl’alchimiste de Bordeaux, qui demande de l’argent pour vous aider de ses conseils, c’estouun charlatan ou un imbécile, et vous auriez pu lui répondre : « Si vos renseignements sont précieux, " ' J‘ä”:dmv "1;'.::’”"" vM«;—vfe—u’-n.gawav.y.f t,;.<:p __ ’ J ,—
1900} L’INITIATION ALCHIMIQUE 33 50 francs, c’est donné, le prix est dérisoire, autant renseigner les frères pour rien; si vos renseignements n’ont rien de spécial, c’est trop cher. » En tout cas, quiconque demande de l’argent pour des renseignements de cette sorte doit être déconsi déré. Un'adepte refuserait de répondre plutôt, mais il ne méndierait pas. En attendant une réponse, cher frère, je vous serre la main. A. POISSON.
La Bastide, to août 1893. ' CHER FRÈRE, 1° La matière du Grand est @ Q) Ç. Oril faut que ces métaux soient travaillés ou bien ouverts, c’est— à-direqueleurs molécules soient séparées les unes des autres, que leur force de cohésion soit vaincue, anni hilée afin de laisser agir avec plus. de certitude les forces que l’alchimiste appliquera. Or il y a deux mé— thodes : 1° les sels; 2° les amalgames.
Pour les sels, il vaut mieux préparer les chlorures, car les nitrates sont dangereux dans des mains inexpérimentées, ils peuvent faire explosion; vous préparez le chlorure d'or en dissolvant le métal dans un mélange d’acide nitrique et d’acide chlorhydrique. On évapore ensuite jusqu'à consistance de beurre, le chlorure tout pré— paré coûte 2 francs le gramme. 2° Vous préparez le chlorure d’argent en dissol 2
34 L’INITIATION vant le métal dans l’acide nitrique. Quand tout est dissous, vous évaporez à sec et vous chauffez jusqu’à ce que le se] prenne une couleur noire, vous arrêtez alors, vous dissolvez dans l’eau, il reste une poudre noire qui est du cuivre oxydé.
Je suppose que vous avez pris de la monnaie ou des bijoux qui contiennent toujours du cuivre, vous filtrez, vous ajoutez à la so lution claire une lessive de sel de cuisine, il se forme un précipité blanc qui est du chlorure d’argent, vous filtrez après avoir ajouté un peu d’acide azotique.
Vous l’enlevez du filtre et vous faites sécher à l’abri de la lumière ; 3° Vous préparez le chlorure de mercure en traitant le métal par l’eau régale, vous évaporez ensuite presque à sec, vous retirez du feu et le sel cristallise. Vous connaissez les degrés du feu, vous savez donc tout pour la dynamisation des forces, c’est-à—dire leur projection : vous trouverez dans le traité de Papus tout ce dont vous aurez besoin. Adieu, cher frère, je vous serre la main. A. P0lSSON.
---------------------------«2:; —‘ -— PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE (Cette. partie est ouverte aux écrivains de toute école, sans aucune distinction, et chacun d’eux conserve la responsabzltté exclusive de ses Idées.) Æ’ËNSPIRÀTIÛN DE T)T@STRÀDAMIIS (suite) LE SECRET D’INTERPRETATION DES CENTURIES Bien avant l’abbé Tomé, divers commentateurs ont essayé d’éclaircir l’œuvre énigmatique des Centuries.
Jean-Aimé de Chavigny, disciple du grand prophète et auteur de la Première Face du Janus français, livre imprimé à Lyon en 1594., comprit le sens des quatrains qui se rapportaient aux Valois. Il appliqua même à Henri IV, du vivant de ce prince, tous ceux qui renfermaient son anagramme CHYREN. Il y avait là le principe du grand secret d’interprétation :. un même nom propre, dispersé en divers quatrains, désigne un seul personnage.
En 1603, Chavigny publia ses Pléiades, qui mentionnent des traditions prophétiques. Mais la mort de Henri IV jeta un re grettable discrédit sur le prophète et son disciple. Plus tard Étienne Joubert, le chevalier de Jant,
W’Î 36 L’INITIATION les curés Guynaux et Jean le Roux, de Haitze, le cha noine Motret, le Dr Bellaud, Théodore Bouys, Eugêne Bareste, publièrent des ouvrages de valeur tort iné gale (I). Il n’y eut pas, malheureusement, un progrès continu dans l’interprétation. Etienne Joubert révéla une partie du secret; mais Guynaux, par courtisa nerie, ne tint pas compte des recherches de Chavigny, et fit à Louis XIV une ridicule application du nom de Chyren.
Guynaux comprit toutefois que le mot HADRIE désignait Henri lV. Pas plus que Chavigny, il ne vit que le prophète avait parfois écrit des récits « tout au long ». Une illumination subite permit à l’abbé Tomé, qui n’avait jamais lu les œuvres de ses médiocres précur \ seurs, d’arriver a noter en une seule lecture cent vingt-huit quatrains concernant l’histoire du passé.
Le penseur libre, à qui ont été révélés certains prin cipes de l’occultisme, comprendra que le savant abbé ait inconsciemment créé une chaîne magique qui lui permit de trouver tous les renseignements dont il (1) Etienne Joubert, Éclaircissemem‘ des véritables quatrains de maistre Michel Nostradamus, 1656.
De Jant, Prédictions tirées des Centuries de Nostradamus, 1673, in-18. ‘ Guynaux, la Concordance des prophéties de Nostradamus avec l’histoire, Paris, in-12, 1709. , Jean le Roux, curé de Louvicamp, la Clef de Nostradamus, 1710, in-12. Pierre-Joseph de Haitze, Vie de Nostradamus, in-12, 1712 Motret, Essai d’interprétation de deuæ quatrains de Nos tradamus, 1806. Dr Bellaud, Napoléon prédit par Nostradamus, 1806. Th. Bouys, Nouvelles Considérations sur les sibylles, etc., 1806 (ouvrage mesmérien). Eugêne Bareste, Nostradamus, 1840. l
CARACTÈRE DE L’INSPIRATION DE NOSTRADAMUS 37 avait besoin pour accomplir l’œuvre une fois entre prise. Le catholique pourra de même admettre que l’aide céleste ne devait point faire défaut à un mis sionné providentiel.
Ce modeste curé de campagne, qui vivait isolé, sans relations parisiennes, sans no toriété, et à qui la pauvreté interdisait d’acquérir une importante bibliothèque, put en quelques mois trouver les livres indispensables à un commentaire qui est un prodige de science et de précision, rencontrer des amis et des correspondants capables de le protéger, au moment opportun de lui donner des renseigne— ments précieux et de lui fournir les ouvrages qui lui manquaient, à l’instant même où il en sentait le be soin urgent.
Ainsi, jamais le pieux abbé n’avait lu un traité d‘astrologie. Certains passages du prophète, par suite, restaient encore pour lui incompréhen— sibles. Au jour où cela fut indispensable pour l’achè vement d’un premier volume, un inconnu lui fit re mettre et accepter presque de force le livre de Gérard Rousset, Estat et mutation des temps, auquel les Centurz’es renvoient pour l’emploi de certaines ex pressions (1).
Il fallait un appui à l’humble curé pour ne pas être écrasé: il le trouva,dès 1858, dans le cardinal Dormet, archevêque de Bordeaux. Cette même année, l’at tentat d‘Orsini, en épouvantant Napoléon III, le re jeta du côté des sociétés secrètes et le rendit adver— (1) L’Histoire prédite et jugée 'II, 152). L‘inconnu était M. Lussaud, de Saint-Émilion, qui fit remettre le livre au traducteur par l’abbé Marcastol (Nostradamus éclairci, 67, note).
38 L’INITIATION saire du pape, qu’il avait rétabli sur le trône en I849. Or c'està la suite de cet attentat que le curé de la Clotte se sentit missionné; c’est au mois de juin I858 qu’il put faire parvenir à Napoléon III, par l’intermé diaire du cardinal Dormet, un manuscrit résumant ce que la Providence annonçait de la dernière partie de son règne.
La même année encore, Mélanie en avait reçu d’avance l’autorisation de la Vierge, le secret de la Salette pouvait être publié : et il l'aurait été, si les hauts personnages du clergé qui avaient autorité sur Mélanie n’eussent pas craintla vengeance du souverain qu’elle qualifiait de termes méprisants. La même année encore, les apparitions de Lourdes émouvaient la France entière.
Au commencement de 1859, des hosties apparurent sanglantes dans l’église de Vrigne-aux-Bois, à la porte même de Sedan! L’avenir reconnaîtra qu’en ce XIX" siècle les mis sionnés n’ont point manqué dans notre France in croyante, et qu’un des plus remarquables fut l’humble curé de la Clotte.
Avant même d’avoir lu les mé— diocres commentaires de ses précurseurs, le traduc deur prédit trouvait par inspiration toutes les règles d’interprétation des Centurz’es, étonnait Napoléon III et réduisait au silence la libre pensée.
L’empereur, il est vrai, craignait plus la vengeance des révolution— naires que celle de l’Eternel: mais s’il ne répondit point aux grâces qui lui furent prodiguées, la faute n’en peut être attribuée au missionné dont nous par lons. , Nous allons résumer les secrets d’interprétation. ‘- MW_N—“4Aw‘ffiñfiwr«pW -,... a “'“ Q
CARACTÈRE DE L’INSPIRATION DE NOSTRADAMUS 39 Pour comprendre le sens des quatrains de Nostra damus, il est indispensable de savoir que l’auteur pense en latin, comme tous les érudits de son temps, qu’il donne aux termes français ou romans des formes latines et grecques et réciproquement. En outre, il faut toujours chercher si l'expression a un sens figuré.
Prélature de blancs aborme’ant (IX, 21) : ces ter mes désignent les Vendéens (blancs), se portant en avant (prélat, de præ, en avant, lotus, porté), dé— concertés (aborme’ant). Passer aurelle Lutèce Denis Cloistres (1, X, 24). C’est la tempête populaire (aura popularz’s, vent du peuple) qui passe sur Paris et brise les tombeaux de Saint—Denis en 1793 : ici il y a un mot latin fran cisé et pris au sens figuré.
Le traducteur tiendra compte aussi de la force que les expressions reçoivent des allusions à l’Écriture sainte, à la mythologie, aux sciences, aux arts, à la littérature : IV, 29. Le sol caché, éclipsé par Mercure, Ne sera mis que pour le ciel second. De Vulcan Hermès sera faicte pasture, Fol sera veu peur, rutiland et blond.
Le soleil caché (CHYREN, soleil de justice, roi justicier qualifié de prince Ulpz'an (VIII, 66), c’est—à dire de nouveau Trajan (ulpz‘us Trajanus), caché d’abord (par l'obscurité de sa jeunesse), éclipsé par Hermès-Mercure ou l’Ogmius gaulois (divinité re présentée sur nos monnaies pendant la deuxième république), c’est—à-dire vivant dans la France répu
40 L‘INITIATION ./.. ..../ï._...", _. - _ .n., . _,a...a._ . . .. ,,L . «,.a blicaine sans être reconnu, comme le futur souve— rain, ne se révélera qu’au jour Où le ciel nous sera favorable (secundus‘) (1). Mercure sera brûlé par Vul cain et le soleil apparaîtra pur, éclatant et profond.
Nous voyons ici une allusion à la recherche de la pierre philosophale, le feu (Vulcain) brûle le mercure des philosophes ou pierre philosophale et laisse enfin apparaître le roi des métaux. Or les travaux d’Albert Poisson, de l’ingénieur Clavenad, de MM. Strindberg, Tiffereau, du Dr EmmenS, ont beaucoup fait parler de l’hermétisme au moment même où M“° Couédon révélait que CHYREN allait prochainement régner.
Au sens politique, les deux derniers vers rappellent que les républicains périrent dans les flammes (pen dant un incendie de Paris), et qu’alors apparaîtra le soleil de justice (le roi justicier dont parle M“° Coué don), purifié par l’épreuve et la pénitence, brillant de jeunesse et remarquable par sa chevelure et sa barbe blondes (Œnobarbe, V, 45...) (2).
Au point de vue mystique, c’est le règne de Dieu que le Soleil a symbolisé chez plusieurs peuples) suc— cédant à celui d’Hermès, quireprésente_le rationalisme du XIX° siècle. (1)_Pour Tomé, Mercure, dieu des voleurs, pouvait sym‘ boliser Guillaume 1‘".
Faut—il supposer qu’il symbolise encore son successeur, qui ferait disparaître Henri V en l’emprisonnant ? (2) Le pouvoir du souverain comparé à celui du pape est la Lune par rapport au Soleil (Grégoire VU). Une médaille de 1793 porte ces mots: SOL REGNI ABIIT. Le Soleil du Royaume a disparu. ___ä_.__ L,ÿa.g.ÿf_>--a ,.yayn ...«aN..- _.1.,_A.r._Ë.—.._f—. -'M.CU*&__t;æv,h=
CARACTÈRE DE L’INSPIRATION DE NOSTRADAMUS 41 V, 53. La loy du Sol et Venus contendus Appropriant l’esprit de prophétie, Ni l’un ni l’autre ne seront entendus Par Sol tiendra la loi du grand Messie. La loi du vrai Dieu et celle de Vénus (la loi natu relle ou maçonnique) com battront l’une contre l’autre; chacun se dira que l’avenir est à lui; mais tous se tromperont, et Dieu fera triompher la loi de son Fils.
Un terme est parfois coupé en deux ou mis en . anagramme, ou abrégé: Bour- fort bon pour Bourbon fort bon ; Cap-essieu pour Capet élu; CHYREN pour HENRY (1). , Un nom de lieu est souvent employé pour être traduit avec la signification qu’il rappelle ', ou bien il désigne un pays tout entier, par métonymie: Conflit Reims, Lohdres, Étrusque pestifère (I, 26) : guerre en Champagne, en Angleterre, en Italie.
Quand monstre hideux naistra près de Orgon (I, go) :' c’est le monstre de l’anarchie qui apparaît en Provence (où en 1793 les Girondins et les montagnards se (1) Louis Régnier de la Planche, dans son Histoire de l’estaz‘ de la France sous le règne de François I], imprimé en 1576, dit àpropos de l’emprisonnement du conseillerAnne du Bourg (en 1559) : « Etpour ce que Nostradamus,astrologien et invocateur de diables, avait mis en ses pronostications d’adoncques: Le bon Bourg sera loin, le cardinal, voulant avoir la peau de ce personnage, épris de crainte, lui fit. redoubler ses gardes... n (B.
Zeller, François 11, Hachette, p. 39). Ce Régnier de la Planche était huguenot. Le présage XLIIII (octobre) dit: Les trois grands hors le Bon Bourg sera loing. Il désigne le comte de Chambord et des trois partis de l’Assemblée en vacances (Tomé, le Roy blanc etla fusion;1874, p. 26). Personne ne pouvait trouver ce sens en 1559, sous le Valoi François 11.
42 L‘INITIATION "H combattirent: Orgon rappelle le mot grec orge‘, colère (I). Il importe de bien constater la force que les expres— sions reçoivent de l’ensemble du quatrain, pour com prendre toute la pensée du prophète: Fait magnanime par grand Chyren Selin Quintin, Arras recouvrez au voyage (VIII, 54)..
Ce passage dont l’avenir éclaicira le sens désigne d’après Tomé: Henryc de Bordeaux (jadis Port de la Lune ou Port Séléné) Cinq (allusion à Charles-Quint) d’Artois (Arras).
A mon avis, on doit traduire ainsi : Henri le Salique (ou le Blanc, par allusion à la blan cheur du se! et à celle de la Lune, Séléné), cinquième ' d’Artois (reconquérant le nord dans une campagne ou voyage, quand il sera secondé, apparemment, par « peuples guerriers de la Gaule-Belgique» selon le texte d‘Olivarius.
Le nom de Chyren fait allusion à celui de Gros et par suite au mot hébreu Cheres(soleil), ce qui renvoie au terme de Sol, cité plus haut.
On observera soigneusementles marques qui adap tent divers quatrains, particulièrement la répétition de noms propres ou de certaines expressions caractéris tiques: Car le cinquiesme et un grand Hercule, Viendront le temple ouvrir de main bellique (X, 27). (I) Adaptation: Quand il naistra du grand un fils Agrippe (V1, 91).
La Convention naît de l‘Assemblée législative (Tomé). —— Domttius disait : « D’Agrippine et de moi il ne peut naître qu’un monstre. » (Suétone, De Nerone, 5, 6. Tacite, Annales, IV, 15; VI, 45, 47).
CARACTÈRE DE L’INSPIRATION DE NOSTRADAMUS 43 Un roi cinquiesme et un grand Hercule (saint Michel, selon un de mes amis) viendront s’ouvrir par force l’entrée de la France (le templum de l’augure Nostradamus; allusion au temple de Janus qui s’ouvrait quand Rome commençait la guerre). Ce passage s’adapte à celui-ci: Au nom septiesme le cinquiesme sera (II, 88): le cinquième sera le Victorieux comme Charles VII.
Ajoutons cette autre adaptation : Et du seul tiltre Victeur fort contenté (V1, 70). ' Les prophéties de Nostradamus, comme les anciens oracles sibyllins, forment un long récit suivi (1). Le traducteur cherchera si les noms de planètes ont seulement un sens mythologique ou bien permettent de trouver l’époque, au moins approximative, de l’évé nement prédit: I, 16.
Faux à l’estang joint vers le Sagittaire, En son haut auge de l’exaltation, Peste, famine, mort de main militaire Le siècle approche de rénovation (I) Les enfants de Henri II sont dix fois appelés les SEPT ou ENFANTS SEPTAINS; Louis XIV est5 fois Æmalhien (fils de l‘Aurore ou Æmatha Roi—Soleil), la République de 1848 est l’0gmion (Ogmius ou Hercule gaulois représenté sur ses monnaies); Louis-Philippe est 3 fois Le Gros Martin, 2 fois Philippe; l’expression de Rouges est employée 30 fois, celle de Blancs 17 fois, pour désigner les partis qui ont surgi après 1789; ces termes ne s’appliquent jamais aux quatrains écrits sur l’histoire des époques précédentes; Napoléon Ier est 3 fois Roy gaulois, 3 fois besI‘e Rase, 2 fois Petit Grand; Napoléon III 2 fois Mars, 9 fois Neveu (Tomé, l’Histoire prédite et jugée, passim).
L’Aigle est 16 fois un Napoléon, le coq 3 fois Louis—Philippe; Charles X est 3 fois la Lune, Louis XVIII 2 fois le Lyon, Louis XVI 3 fois le Soleil. SS. Aostradamus et l’Astrologie.
44 L’INITIATION Le lecteur instruit calculera siSaturne (le Falcigère, faux à l’estang. par allusion au 14° chapitre de l’Apo calypse où il est parlé de la cuve de la colère de Dieu) n’est pas au Sagittaire de 1898 à 1901 (allusion à la rénovation du siècle). Saturne personnifie ici Henri V, qui, après cette conjonction, se révélera pour faire reparaître le siècle d‘or. Il aura été longtemps caché, comme Saturne dans le Latium.
Le Sagittaire, c’est Dieu qui frappe de ses flèches. Certains quatrains ont des rapports, par analogie de sens, avec ceux qui suivent et ceux qui précèdent: les quatrains 111, 10-18, X, 79-80, et X, 80-88, con cernent deux restaurations. L’histoire de l’usurpateur Cromwell est placée entre celle de Napoléon III et celle de l’Antéchrist (VIII, 76).
La place occupée par un quatrain a une importance particulière, presque égale à celle de l’adaptation par des expressions spé ciales (i). (I) Le prophète, remarque l’abbé Tomé, «raconte les pre miers jours du règne de Louis XIV au x1v° quatrain, ll'e centurie; de Louis XV au xv° quatrain, Ille centurie; de Louis XVI au XVIe quatrain, X° centurie; de Louis XVII, au xvme quatrain, X° centurie et VIIIe centurie; il place le récit des événements accomplis en 1792 dans le 92e qua train, VIe centurie ; en 1798, dans le xcvme quatrain, Il“: cen— turie, etc. (L’Hist. prédite, II, p. 29, note.) a . ..
Au début des sept premières centuries, Nostradamus avait condamné la Révolution française de 1789à 1814 et les persécutions qu‘elle exerça contre l‘Église, les persécutions sont présentées là, dans_'un récit en douze vers, comme la cause de la chute de Napoléon 1‘".
Au début de ses trois der— nières‘ centuries, il condamne à la fois la Révolution française et la Révolution italienne, et il présente là aussi les persé cuti0ns que ces révolutions exercent contre l'Église comme la cause de la chute de Napoléon III. » (Tomé, Almanach pour 1877, p. 31.) ' . -" * _ lunch—a
CARACTÈRE DE L‘INSPIRATION DE NOSTRADAMUS 45 _.S'-‘î’ Parfois un quatrain fait partie d’un récit: sept qua— trains qui se suivent (de Vlll, 57, àVIII, 63) résument le règne de Napoléon I". Le prophète n’a donc pas' toujours disséminé les quatrains au hasard, pas plus qu’il n’a prophétisé au hasard. ' ' Plus rarement la seconde partie d’un quatrain dési gne une époque postérieure à celle que signale la pre mière (I).
La morale qui ressort de l'interprétation d’un pas sage ne doit pas être en contradiction avec celle des Centuries. Nostradamus prophétise le triomphe du droit héréditaire et de la religion catholique avant l’époque de l’Antéchrist: Droict mis au trosne du ciel venu en France, Pacifié par vertu l'univers... (Présage 73.) « Et sera soustenu le sacrifice de la sainte et imma culée Hostie... » (2).
Cependant le savant abbé Tomé a répété: « Nos tradamus est prophète et son traducteur n’est pas infaillible. » Il parlait ainsi des interprétations qu’il essayait, de nombreux quatrains surl’avenir de notre patrie. ‘ (1) V, 4.3. Le grand empire sera test désolé Et translaté près d’Arduenne silve (a).
Les deux bastartls par l'aisné décollé (b) Et régnera 0Enobarbe nez de milv_e (c). (2) Lettre à Henri second, 134 (Tomé, Réédition des Cen tartes). (a) Silva, forêt des Ardennes, à Sedan. (b) Deux gouvernements bâtards décapités, (c) Barbe blonde au nez de milan.
46 L'INITIATION A ce sujet, on peut se faire cette question : puisque l’abbé Tomé, traducteur prédit, a cru que le comte de Chambord régnerait sous le nom de Henri V, Nos— tradamus a-t-il fait une erreur; ou bien le traducteur n’avait—il point le secret d’interprétation ?
Il est exact que les Centuries désignent le comte de Chambord par les termes suivants: Lors naistra en France un prince tant royal, Du ciel venu tous les princes verront (IV, 33). Ce que ravi, sera de jeune milve... (V1, 16).
Comment l’abbé Tomé aurait-il pu supposer qu’après Louis XIV et le comte de Chambord il y au— rait en France un nouveau Dieudonné, celui dont il est écrit : Droict mis au trosne, du ciel venu en France? (Présage 73, juillet.) Le comte de Chambord était Du vray rameau de fleur de lis issu, Mis et logé héritier d'Etrurie (V, 39).
En poussant à l'excès le désir de trouver une adap— tation, le traducteur rapprocha de ce quatrain le pas sage: « jusqu’à ce que naistra d’un rameau de la stérile de longtemps qui deslivrera le peuple univers de cette servitude bénigne et volontaire, soy remettant à la protection de Mars, spoliant Jupiter de tous ses honneurs et dignitez, pour la cité libre, constituée et assise dans une autre exiguë Mesopotamie... (I) ». (I) Lettre à Henry second, 102-104.
Ceci s’applique bien à la nation qui aima mieux Napoléon 111 que Henri V, par peur de Paris révolutionnaire et de la république sociale... Mais il y aura un nouveau Mars.
CARACTÈRE DE L’INSPIRATION DE NOSTRADAMUS 47 Comme l’abbé Tomé ignorait que Naundorfl” fût le véritable Louis XVII, et qu’au contraire il crut à l’origine royale du trop fameux Richemont, mort en 1853, il ne lui vint jamais à l’esprit que le rameau en question pouvait provenir de Louis XVI; et comme il mourut quinze ans avant les révélations à nous transmises par M"° Couéd0n, il n‘eut jamais non plus la pensée de chercher dans les siècles précédents la branche d’où pouvait sortir ce rameau.
Le traducteur ignorait l’astrologie et n’avait pas de compétence en astronomie: il demanda seulement aux astrologues, et surtout au savant abbé Lacuria, quelques renseignements en 1873 et en 1874. Mais quand la tentative de restauration eut échoué complè tement, il ne fit calculer par personne à quelle époque les planètes se retrouveraient dans la situation men tionnée par Nostradamus pour l’année où Henri V devait être couronné (1).
Des recherches faites dans ce sens eussent démontré au traducteur prédit que cet événement n’arriverait pas avant les premières années du xxe siècle; et il en aurait conclu que le comte de Chambord (né en 1820) ne pouvait régner « une quarantaine d’années » comme il le supposait encore après 1870.
Il répéta, cependant, que Henri V aurait un précurseur, « le septième roi de l’Apoca lypse, qui doit régner peu de temps », et que le m0 narque réparateur triompherait en apparaissant au (1) IV, 86. L'an que Saturne en eau sera conjoint, Avec que Sol, le roi fort et. puissant A Reims et Aix sera receu et vingt... (1903 ou 1904 d’après des calculs récents).
48 L’INITIATION milieu d’une effroyable confusion, à la suite d’une guerre maritime des plus acharnées, d’une sécheresse, d’une peste et d’une famine effroyables. Mais ce point encore pouvait être élucidé au moyen de calculs astrologiques.
Pour le quatrain I, 16 (cité plus haut), le traducteur comprit fort bien qu’il s’agis— sait d’une conjonction de Saturne le Falcigère ou Pone— faux avec le Sagittaire, quand Henri V apparaîtra, comme l’annonce l'Apocalypse, au-dessus dela cuve de la colère de Dieu, et que la peste, la famine, la guerre précéderont la rénovation de la monarchie (1).
S'il avait réclamé d’une plume amie un calcul astrono mique, il aurait encore pu constater que ces fléaux devaient arriver àla fin du xrx° siècle, résultat qui con corde avec plusieurs données prophétiques tout à fait récentes, et des calculs faits sur le quatrain LXXXVI' de la IV" centurie. C’est Nostradamus qui l’égara volontairement par ce quatrain: VI, 24. Mars et le sceptre se trouvera conjoinct, Dessoubs Cancer calamiteuse guerre.
Un peu après sera nouveau roy cinct, Qui par longtemps pacifiera la terre. Ceci parut au traducteur s’appliquer à la courte alliance de Napoléon III (Mars) et de Victoria (le sceptre) au début de la guerre du Mexique (pays situé sous le tropique du Cancer), guerre qui devait précé (1) Almanach du grand prophète pour 1880, p. 1202 noter une contradiction dans l’almanach pour 1873, p. 66, sur le sens de Saturne en eau.
CARACTÈRE DE L’INSPIRATION DE NOSTRADAMUS 49 der de peu le règne d’un nouveau saint Louis, pacifi cateur universel. Mais, en admettant que les deux pre miers vers aient été bien traduits, qu’il ne s’agisse pas du nouveau Mars bien près de saisirle sceptre, et d’une autre guerre, sous le tropique du Cancer, l’expression un peu est de celles qui égarent facilement ( 1). Ailleurs le prophète a encore dit : II, 11.
Un peu devant monarque trucidé, Castor, Pollux en nef, astre crinite. Tomé vit d’avance qu’une comète apparaîtrait en nef, c’est-à-dire le jour de la Saint-Pierre, avant la mort de Victor—Emmanuel: or celui-ci ne mourut qu’en 1878, seize ans après la comète de 1862.
A l’époque de sa mort, qui arriva en 1880, l’abbé Tomé attendait encore l’arrivée des fléaux qui doivent frap perla France avant le règne de Henri V; mais il n’avait pu corriger son interprétation du quatrain suivant: VI, 35. Près de Riom, et proche à blanche laine, Ariès, Taurus, Cancer, Leo, la Vierge, Mars, Jupiter, le Sol-ardera grand plaine, Bois et citez, lettres cachez au cierge.
« La France venant de voir la crête de la montagne (Rion, en grec, sommet d'une montagne ; Riom, ville de France), et proche d’être à celui qui ressemble à l’Agneau sans tache, le Soleil parcourant les signes du Bélier, du Taureau, du Cancer, du Lion et de la (1) Ce quatrain peut désigner une conjonction de Mars et Jupiter (le Sceptre). L‘Egypte, l‘Inde, la Chine méridionale, sont sous le tropique du Cancer, comme Cuba et le Mexique.
50 L’INITIATION Vierge (de mars en septembre), Napoléon 111 (Mars) ‘ et Dieu (Jupiter) étant en présence dans les événe ments, le Soleil brûlera les champs, les bois, embra sera l’air des villes. Les Lettres du grand prophète, cachées depuis douze ans, seront en lumière.» (Lettres, p. 217; 12 avril 1871,p. 221.) « Nostradamus oppose ici encore la légitimité du roi blanc à la Montagne des rouges...
La crête de la montagne (Rion) s’est montrée, le 28 mars, lorsque le Soleil allait entrer dans Ariès (20 mars). Nous se rons « proche de la blanche laine » lorsque le Soleil sortira de la Vierge (22 septembre).
Cette même séche— resse se retrouve dans plusieurs récits sur le retour d’Henri V : « La terre aride en siccité croistra pargrand déluge quand sera apperceu (I, 11—16) ;lorsque Saturne et Mars esgaux combust (combattent à armes égales), l’air fort seiché... peu pluye, vent, chant (1V, 64—69). Regnera Œnobarbe nez de milve... Et sera Rome lésée par Albanois (I)...
Les Albanois passeront de dans Rome..., point d’eau faillir les bleds (718-725, 2°)... (2). » (Ibidem, p. 222.) (1) V, 46. Par chappeaux rouges querelles et nouveaux Quand on aura esleude Sabinois {schismes, On produira contre lui grands sophismes, Et. sera Route lésée par Albanois. (Il n’y a pas eu de schismes en 1871). II, 62. Sang, main, faim, soif, quand courra la comète... (L’air fort scie/té, longue trajectoire : IV, 67). II, 3.
Par la chaIeur solaire sur la mer De Negrepont les poissons demy cuits... VI, 5. Si grande famine par unde pestifère... I, 17. Grand déluge quand sera aperçu (l'Iris).
CARACTÈRE DE L’INSPIRATlON DE NOSTRADAMUS 51 Mais le mois de septembre 1871 passa sans qu'il y eût une restauration ni même une lutte entre Napo léon III et le comte de Chambord. N ostradamus avait placé ce quatrain, pour égarer le traducteur, à la suite de deux autres qui concernent la guerre de 1870.
Or le quatrain en question désigne des événements analogues, une rivalité dynastique entre le nouveau Mars (un Bonaparte) et le parti de Dieu, c’est-à—dire de Henri V, à l’époque même où il y aura des inondations succédant à une sécheresse bien plus terrible que celle de 1870, et où ces fléaux seront suivis de la découverte d’écrits cachés sous terre, œuvres du prophète national.
Les prophéties de Mlle Couédon, de Joséphine Reverdy, ont aussi parlé de la sécheresse et des inondations qui précéde— ront le règne de Henri V et amèneront une famine effroyable (1). 11,84.
L‘urne menace encor Deucalion, (Le Verseau nous menace d'un nouveau déluge de Deucalion) Vexée Sardaigne par la punique faste. (Vaisseaux: anglais 7 ou flotte de plusieurs peuples ?) Après que Libra lairra son Phaéton. (Que l'Ilalie, « sous la Balance » abandonnera son roi). Présage CVIIl Mars Inonder flumes. Pestifères actions... 1, 16. Peste, famine, mort de main militaire... (Le siècle approche de rénovation). IX, 35.
L‘horrible guerre qu'en occident s‘appreste. L'an ensuyvant viendra la pestilence... IX, 4. L'an ensuyvant des couverts par déluge deux chefs IV, 50. Après faim peste descouvert le secret... [esleus... (1) Écho du merveilleuse, 1898, p. 13 : « Dans son règne je vois le sang couler (règne du duc d‘0rléans), Je vois des afiamés. 7) (Lettre mensuelle à l’Association de N.-D. des Sept Douleurs, par l’abbé Plive, à Cette, mai 1897.)
5 2 L’INITIATION Le terme de Rion s’applique à un fleuve du Cau case, coulant dans l’ancienne Colchide, où Jason alla chercher la Toison d’Or. Les mythologues disent que les habitants du Caucase plaçaient des toisons de mouton sous des pierres au fond des rivières de leur pays, pour en retirer les paillettes d’or qui s’atta chaient à la laine.
Ailleurs le prophète parle du prince qui doit venir de Carmanie (partie méridionale de l’ancienne Perse, aujourd’hui Kirman). III, 90. Le grand satyre et tigre d’Hyrcanie (Au midi de la Caspienne) Un chef de classe istra de Carmanie Qui prendra terre au Tyrrenphocéan. Tornéa raison de signaler la marche du soleil dans "les signes du zodiaque de mars à septembre. Mais ceci encore s’applique à une date plus avancée que 1871 .
Des prophéties assez répandues depuis cette époque parlent d’une crise de plusieurs mois, commençant à la fin de mars(I).
L’année I871 et les suivantes n’ont pas vu la perte, la sécheresse, les inondations, la famine, la guerre Le Liber mirabilis, les prophéties de Lusa (Collin La Herte, la Vengeance divine), de Blois (Curicque, Voies prophétiques), d’Anne de la Foi (Collin La Herte, le Phare 'prophétique), de Georges Carlod (id., le Soleil prophétique), de Bergeville (Adrien Peladan, Dernier Mot des prophéties), d’Anne-Marie Coste, et plus récemment de Tilly, mentionnent cette famine qui doit précéder la rénovation générale de l’univers. (1) Soeur Labouré (Annales du surnaturel, par feu Adrien Peladan, 1884); Marie-Julie (il)., 1886) ; les prophéties de Darney et de Pouillé (Curicque); Th. Martin, qui a parlé d’une crise de 98 jours.
CARACTÈRE DE L’INSPIRATION DE NOSTRADAMUS maritime, l’invasion de la France et les nouveaux troubles civils qui doivent précéder, comme l’a vu le traducteur, le règne d’un prince destiné à tout régénérer. Le traducteur n‘a pu appliquer qu’au passé, sans commettre d’erreur grave, son système d’interprétæ tion.
Celui—ci permet seulement d’entrevoir les traits généraux de l’avenir « L’interprétation que l'on hasarde à l'avance, dit-il, est toujours modifiée consi dérablement parl’accomplissement des faits annoncés. Ainsi tous les quatrains mis de côté, il y a deux ans, comme s’appliquant à l’époque actuelle, reçoivent des faits tous les jours de leur interprétation; cette inter prétation diflère en bien des points de celle que je leur avais donnée.
Je me tenais en deçà ou j’allais au delà; même je leur donnais un sens que les événements ont démenti,en leur en donnant un autre bien plus naturel que je m’étonne de n'avoir pas vu » (i). Les quatrains s’appliquant au passé ont été traduit __et commentés par Tomé d’une manière merveilleuse : mais sa mission ne dépassait pas le présent.
Après avoir averti ses contemporains et Napoléon IlI, il n’était pas inspiré d’en haut pour traduire sans la moindre erreur tous les quatrains sur l’avenir.
Il en surmonta un certain nombre de chiffres romains qui désignaient, par convention, Pie IX, Napoléon [Il et d’autres personnages; mais il se contente longtemps de cette indication sommaire (2). (1) Lettres du grand prophète, p. 104. (2) Dans la Réédition des Centuries, I désigne la révolution italienne, Il Victor—Emmanuel II, III Napoléon III, IV Napo—
54 L’INITIATION Plus d’une fois il resta rêveur devant ces vers énigmatiques : (Présage XI, septembre.) Pleurer : le ciel a-t-il cela fait faire? La mer s’appreste. Annibal fait ses ruses. Denys mouille, classe tarde, ne taire, N’as sceu secret et à quoi tu t’amuses r Après faim. perte, découvert le secret (IV, 30).
« On pleure en se demandant si c’est bien du ciel que viennent tant de maux; la guerre maritime an— noncée se prépare; Henri V fait en sorte qu’on parle de lui et de ses promesses gouvernementales. Denys (Tomé, curé de Saint-Denis-du-Pin), tu écris. Nos tradamus trempant sa plume dans l’encre « de l’onde mouille, » tu ne peux te taire tant que la flotte tarde à engager le combat...
C’est peine perdue! (I). » Qu'était-ce donc que ce secret P Le traducteur, ayant fait une erreur surla mort de Napoléon 111 pour avoir oublié de traduire un mot dans un quatrain, pensa qu’un seul secret lui avait été caché, à cause de cet autre vers qui l’avertissait qu’il ne pourrait prédire l’époque précise du décès de Napoléon III. I, 70.
Secret augure pourà un estre Parque. léon IV, V Henri V, VI Mac-Mahon, VII Mazzim et François Il, VIII le prince Napoléon, IX Pie IX, X son premier succes— seur,Xl son deuxième successeur,Xll Cialdmi, XIII Garibaldi, XIV la République française, XV l’Antéchrist, XVI la fin du monde, XVI] la pr0phétie. Le lecteur pouvait arriver ainsi à faire des essais de tra duction.
Parfois l‘abbé Tomé traduisait seulement une partie d’un quatrain sur l'avenir. (1) Lettres du grand prophète, p. 24. —- Réédition des Cen iuries, 1872, p. 444. ._ .__-g‘_ æ_,u—:‘L.h.
CARACTÈRE DE L'INSPIRATXON DE NOSTRADAMUS 55 Un secret bien plus important. que la Providence lui laissa ignorer, c’est l’origine du véritable Henri V (1). Nostradamus ne s’estjamais trompé; mais il a provi dentiellement égaré Tomé; il l’a laissé commettre la même erreur que tous les commentateurs de sa géné ration, pour que le futur souverain pût naître et grandir dans une obscurité protectrice.
Le prophète dit à son interprète : « Tu perds ton temps : une flotte doit amener le roi populaire, Qui prendra terre au Tyrrenphocéan (à Marsezlle, 111, go), mais tu ne le verras point durant ta vie terrestre. » Le traducteur avait réellement trouvé le secret d’interprétation. Faute de certaines connaissances, il n’a pas toujours pu l’appliquer à des quatrains con cernant Henri V.
S’il a erré, c’est que le temps lui a manqué pour étudier l’astronomie et se servir de cette science afin de traduire plusieurs quatrains; c’est qu’il ne put se procurer l’édition la plus ancienne et la moins fautive des Centurz‘es, c’est que le temps lui manqua aussi pour faire des recherches critiques et comparatives sur les prophéties modernes les plus répandues.
Le secret d’interprétation appliqué rigoureusement fait constater que plusieurs passages des Centuries, où est mentionné Henri V, ne pou vaient regarder le comte de Chambord : (1) L’abbé Tomé avait d‘abord ainsi interprété : « Son tra— ducteur Denys n'a sceu secret du jour du grand événement attendu » (l’avènement de Henri V).
' Par suite d'une erreur on a vu Du resérant (reserans, traduisant) le secret estout’fé Qu'on marchera par—dessus et devant (11, 27).
56 L'INITIATION « L’arbre qu’estoit par longtemps mort séché » (III, 91) n’était pas la branche aînée des Bourbons en 1820, car le duc de Berri était père d’une fille vivante.
Pesons bien les vers suivants : Le Sol caché éclipsé par Mercure (IV, 29), Le grand caché longtemps sous les ténèbres (I, 84), Le sang royal sera sitrès meslé (V, 40), Roy exposé parfera l'hécatombe Après avoir trouvé son origine (1X, 89), Enfant trouvé feu eau passant par crible (1X, 9) Sera du reste du sang non espandu(lV, 1) (non du sang de Louis XVI) (l).
Moyne moynesse d'enfant mort exposé (1X, [0) Qu'on ne saura qu'il sera devenu (III, 58), Perdu, trouvé, caché de si long siècle (II, 25), L’ensevely sortira du tombeau (Vil, 24). Ces vers renferment des expressions qui con viennent au mystérieux Henri V révélé par l’inspirée Parisienne, mais non pas au comte de Chambord, dont le sang royal n‘était point mêlé, et qui n’a jamais été caché à tous les yeux.
L’abbé Tomé lui même a déclaré qu’il ne pouvait expliquer le sens de ces vers renfermant les mots exposé et trouvé (1’His taire prédite et jugée, Il, 265).
Il est vrai que le comte de Chambord et le véritable Henri V devaient se ressembler par quelques traits disséminés dans les Centuries, le prénom de Henri (Chyren quintz'n ou Henri V), la claudication, la couleur blonde des cheveux et de lai barbe, le nez (1) M. Gaston Mèry a constaté qu‘aucun prince actuel, même parmi les Naundorfl‘, ne répond au signalement du blond Henri V.
CARACTÈRE DE L’INSPIRATION DE NOSTRADAMUS 57 aquilin, l'ancienneté de leur race; mais, outre les traits que j’ai notés plus haut, d’autres encore ne pouvaient désigner l’exilé de Frohsdorfi‘. Le futur pacificateur de la France, au moment où il intervient, est représenté jeune encore par plusieurs prophéties anciennes et fort répandues : « Lors un jeune guerrier cheminera vers la grande ville » dit le texte d’Olivarius (c’est-à-dire de Nostradamus).
C’est le joyne chaulveron du jeune héritier dont parlent les Centuries (1X, 71). C’est le juvenis capiivalus ou jeune captif du compilateur Jean de Vatiguerro ; le jeune homme remarquable venant de l’Orient dont parle la prophétie de Prémol; le gracieux jeune homme de la postérité de Pépin, qui vient révérer le souverain pontife et est placé par lui sur le trône, d’après le vieux texte attribué à Werdin d’0trante.
C’est ce prince qui doit faire la guerre jusqu’à l’âge de quarante ans d’après une vieille prophétie du Roi des lois. Donc ce sauveur est jeune quand il apparaît au milieu de la confusion (1). Voici encore d’autres textes dont les termes ne s’appliquaient point au comte de Chambord : « Ce (1) L’abbé Tomé note ce passage dans l'Almanach pour 1873, en critiquant l’abbé Chabauty ; mais il ne cherche pas à quel personnage on peut l’appliquer.
Au reste les textes d’Olivarius, de Prémol, de Vatiguerro démontrent ' qu'il fallait être prévenu en faveur du comte de Chambord pour supposer que les pr0phètes le voyaient toujours à l’âge qu'il avait en 1830! Le jeune guerrier chemine vers Paris, etc. Il est jeune quand il apparaît au milieu de la confusion.
C’est la prévention qui fit écrire à l’abbé Tomé : « Lors un jeune guerrier cheminera vers la grande ville: il portera lion et coq sur son armure. Henri V, en 1830, « fila Aubereau n ;
5 8 L’INITIATION ne sera pas celui qu’on croit qui régnera ; ce sera le sauveur accordé à la France et sur lequel elle ne comptait pas, » a dit, en 1804, la sœur Marianne de Blois. Ce prince, d’après Hélène Wallrafi, a demeuré jusque—là inaperçu et sa maison a beaucoup souffert du malheur des temps. Le P. Ricci a révélé qu’elle aura été « réduite par nécessité à une dure servitude ».
D’après saint François de Paule, « le monarque réservé à la France sera très pauvre, mais noble, de la race de Pépin... » L’abbé Mattay, selon la tra dition, disait qu’il devait vivre en France, inconnu, pendant la République, et qu’on ne parlerait de lui que peu avant son avènement (1).
Des prophéties répandues en Orient le disent né dans un pays septentrional (2). il fut alors le « ieune milve (milan) » ; il u régnera Œnobarbe nez de milve » (œneus, de cuivre, homme à la barbe blonde, au nez recourbé du milan).
Nostradamus rappelle donc dans ses quatrains, comme il le tait ici, que celui qui revient régner est parti jeune. il a su qu’il serait exilé « par quarante ans »; il a donc su l'âge qu‘il aurait au « moment de son retour... » (Orval et Olivarius, p. 43.) L'abbé Tomé n'a pu trouver le sens des termes : « isle de la Captivité » (ib., p. 73).
Mais il a fait remarquer que le «jeune prince » portant les armes de Henri V d'Angleterre, le prophète l'appelle ainsi HenriV. « Par quarante ans l‘lris n‘apparaîtra, par quarante ans tous les jours sera veu ». Il régnera par quarante ans (ib., pp. 73, 80).
Le savant abbé, s‘il a confondu le comte de Chambord, alors quinquagénaire, avec le jeune prince qui régnera sous le nom de Henri V, a toutefois traduit exactement ce qui concerne le règne réparateur. (I) Curicque, Voiæ prophétiques; A. Peladan, Dernier Mot des prophéties. (2) Dujardin, l'0racie pour 1840. Il viendra d'un pays glacé, a dit M“° Couédon. 'b"'« 4Wwr—’NJrvÿv—r‘a«_— fivfl_f,»—»v.W—‘-—s«ç_—M
CARACTÈRE DE L’INSPIRATION DE NOSTRADAMUS 59 Mais, en 1871, l’abbé Curicque fut seul à laisser entrevoir qu’il y aurait deux sauveurs de la France, dont l’un régnerait peu de temps : cette question ne fut pas complètement étudiée,et le traducteur des Cen turz'es n’appliqua point sa puissance de travail à une étude plus complète de prédictions qu’il dédaignait.
Aujourd’hui, l’identité du « trouvé » Henri V nous est enfin révélée par l’inspirée parisienne : cette révé lation providentielle était nécessaire, parce que l’erreur des commentateurs, au lendemain de l’année terrible, aété non moins providentielle. Si le parti légitimiste put longtemps durer, elle y a contribué puissamment. Les lecteurs de l’abbé Tomé s’attendent à voir sa renommée resplendir bientôt du plus pur éclat (r). (i) IX, 81.
Le Roy rusé entendra ses embûches, (Annibal: présage 11.) ' De trois quartiers ennemis assaillir, (Tomé s’est trompé en prenant ceci au sens figuré, dans le Roy blanc et la fusion) Un nombre estrange larmes de coqueluche (Un grand mal va passer, sur les yeu:e va tomber, dit M115 Coue’don.) Viendra l’empire du traducteur saillir (Lampros, éclatant ; gloire future de Tomé). Présage Il Pleurer.
Le ciel a-t—il cela fait faire ? (Fléauæ.) La mer s’apprête. Annibal fait ses ruses... (Guerre maritime...) VIII. 66. Quand l’escriture D. M. trouvée (Diis Manibus, auæ Dieucc Mânes ; ou du manuscrit.) Et cave antique à lampe descouverte (Voir IX, 9, quand lampe ardente... sera trouvée...) Loy, Roy et prince Ulpian éprouvé; (Ulpius Trojanus... IX, 9. Enfant trouvé...) Pavillon, Boyne et Duc sous la couverte.
Au Pays des Esprits (Suite) CHAPITRE VIII A L’AVENTURE « Venez, Louis, fuyons ces lieux. le suis fatigué pour vous, fatigué de voir que votre corps, votre esprit s’épuisent pour plaire à d’insatiables cher cheurs de merveilles, fatigué de voir votre système nerveux mis à de trop rudes épreuves, de voir une vie jeune se dépenser, se tarir pour satisfaire la curio sité de gens qui ne se doutent que peu, se soucient peu de ce qu’ils voient dans les royaumes de l’in— visible, à travers la lassitude de vos propres yeux.Ve nez,mon Louis l fuyons ces réjouissances, dont vous— même faites les frais, allons jouir de la belle Nature ! » C’est ainsi que me parlait le professeur von Marx, tandis que j’étais étendu sur un lit de repos, je goû tai depuis quelques heures un moment de tranquil lité. J’étais vraiment à bout de forces, physiquement
AU PAYS DES ESPRITS 6! et moralement surmené par les séances répétées que sollicitaient de nous nos trop aimables, trop nom—7 breux hôtes.
L’hospitalité qui nous était si instam ment offerte dans ces charitables demeures, ces retrai tes charmantes, se convertissait vite en de mondaines saturnales où nous étions le point de mire d’une foule de visiteurs, souvent aussi l’objet de leurs railleries. ci Le grand occultiste allemand et son jeune som— nambule étaient si étonnants, si amusants ! etc. »' Notre popularité nous écœurait.
Le professeur en avait assez de parler philosophie à cette belle société, de mesmériser d’élégantes dames. Moi, de mon côté, j’étais l‘as d’évoquer ondines et sylphes, de prédire le cheval gagnant au prochain « Derby».
Aussi, est-ce avec joie que j’obéis à mon cher maître, que j’acceptai de partir avec lui, ce même soir, « pour affaires pres— santes », ce qui nous permettait de décliner toute invitation ultérieure, de quitter ce beau monde pour des lieux inconnus. Nous ne voyageâmes pas très loin, tout d’abord, car j’étais trop épuisé pour sup porter les fatigues d’un long voyage.
Soit que le pro fesseur von Marx désirât m’en faire faire l’expérience pratique, soit qu’il eût à en subir l’épreuve person nelle, il apprit à connaître que les mobiles qui ontsus cité des forces spirituelles déterminent dans une large mesure la rénovation physique des corps qui leur ont servi de véhicule.
Durant le temps que le noble professeur et les puissants adeptes que j'avais connus sur le continent employèrent mes facultés de médium, mon âme inspirée était rassasiée de nourriture intel lectuelle, mon organisme physique était soutenu par
62 L’INITIATION _:—»..—_—...—WW = ,..._q un vivifiant magnétisme. Il m’arrivait fréquemment de passer des jours entiers sans nourriture, durant ces sessions. Jamais, cependant, je n’éprouvai la moindre sensation de fatigue, de lassitude ou de faim. Je vivais dans un état de demi-extase. Les facultés réceptives de mon être, au point de vue physique et mental, se trouvaient exaltées au plus haut degré.
La présence de mon cher maître suscitait en moi un influx de force, de puissance spirituelle, impos sible à décrire. Au profane qui ne se doute point de la possibilité de ces faits d’exaltation, d'extase, je n’essaierai point de relater les merveilleux effets de force magnétique qui se produisaient dans ces séances.
Il me suffira d’affirmer qu’il était aussi naturel aux voyants, en ces occasions, de s‘élever en l’air, de s’y maintenir à volonté, que de rester fixé à la terre. En fait, pour un cercle formé d’adeptes, la preuve de l’effi cacité suffisante de l’action magnétique développée leur était donnée par la lévitation de leurs voyants, leur suspension en l’air pendant un temps donné.
Mais, que l’on se rappelle que mes compagnons étaient tous des hommes d'ordre purement intellectuel, isolés dans la poursuite du but grandiose de leurs recherches. C’est à volonté qu’ils pouvaient envoyer les esprits de leurs voyants traverser l’espace. Jamais ils n’exercèrent cet énorme pouvoir dans un but futile, ou pour la simple satisfaction d’appétits égoïstes.
Leur seule aspiration était de découvrir, d’apprécier les forces de l’univers invisible, de pénétrer les plus profonds des mystères de la Nature. Dans la poursuite de leurs études, ils se montrèrent souvent froids,
AU PAYS DES ESPRITS 63 ‘-.I‘.._. durs, sévères, sans scrupules. En leur présence cepen dant, les facultés de leurs voyants ne pouvaient que se développer, s’élever, leurs âmes s’essorer au-dessus des frivolités, des buts mesquins qui forment aujour d'hui les premiers éléments de l’éducation de nos jeunes médiums. Je crois aussi que de tous leurs voyants j’étais le préféré.
A l’indomptable énergie qu’ils déployaient pour arracher à la Nature ses secrets, coûte que coûte, s’alliaient une douceur de manières toute particulière, une estime respectueuse, dans leurs rapports vis—à—vis de moi. Le lien qui nous unissait était fait d’amitié, de sympathie. Ainsi me trouvé—je, par eux, complè— tement isolé, je pourrais dire religieusement réservé pour le but sublime de leurs recherches, de leurs efforts, de leurs aspirations.
Que l’on compare le caractère de ces séances aux mobiles étroits, égoïstes, frivoles des foules élégantes qui, récemment encore, m’entouraient, et l’on appré— ciera, en quelque mesure, l’effet que ces dernières pouvaient produire sur moi. Peu de semaines d’une pareille vie avaient suffi pour faire de moi un misé rable invalide, à bout de forces.
Mon pauvre cher maître pouvait s’assurer que les restrictions rigou reuses, concernant leurs pensées non moins que leurs manières de vivre, leur vie même, qu’il avaitimpo— sées aux personnes dont le magnétisme devait s’in corporer au système de ses sensitifs, étaient justifiées par les effets pratiques, lamentables, qu’il pouvait constater sur son somnambule, le plus aimé, après les expériences conduites par lui dans le beau monde britannique.
64 L‘INITIATION [JUILLET Certes, il comprenait la nature de mes souffrances et leur cause ! Certain jour, je l’entendis admonester des dames et des messieurs qui venaient demander une nouvelle séance, «juste une de plus avant que le cruel professeur n'emmenât son charmant jeune médium, enterrer ses talents chez ces ours d’Alle mands, ou parmi les sociétés secrètes d’llluminés ».
De son ton le plus grave, il dit à ces frivoles gens: « Les forces spirituelles sont des éléments sacrés auxquels on ne doit pas toucher! Que les profanes, les im purs, les sensuels s’amusent avec le feu, se jettent à la tête des charbons ardents, leur jeu sera plus sûr que de toucher aux flammes de la vie, que de jouer avec l‘étincelle d’une âme. Mon Louis, ajouta t-il terriblement, se meurt d’un tel jeu!
Pour sau ver ce qui lu1 reste de vie, de sa Vie si précieuse pour moi, je l’emmène sur-le-champ! » Je crains bien de n’avoir pas réussi à convaincre mes lecteurs inexpérimentés de la gravité de ces déclarations, je narre les circonstances dans lesquelles elles furent faites, fidèlement, sincèrement.
Mais le monde actuel est accoutumé à considérer les facultés occultes comme de purs dons fortuits, n’exigeant ni culture, ni état d’être spécial, les facultés spirituelles comme une simple source d’amusements,v d’expériences curieuses, que l’on peut exercer à plaisir, en présence de n’importe qui, en n’importent quelles circonstances.
Aussi n’espéré-je point être compris, m’attends—je à. voir qualifier mes points de vue de rapsodies abusives, mon récit de tissu d’exagérations, sinon de faussetés. Je ne fais cependant que répéter les paroles de mon rvr“r w _, _r;
1900 AU PAYS DES ESPRITS 65 maître bien—aimé. J’ai confiance que la génération suivante, sinon celle—ci, comprendra toute l’impor tance de ces paroles, se coniormera à leur sens. Je continue donc mon récit. Nous passâmes par maints lieux charmants. Selon que le cœur nous en disait, nous nous arrêtions à des auberges, sur le bord des routes, dans les endroits les plus rustiques, les plus isolés que nous pouvions trouver.
Finalement, nous nous décidâmes, le pro— fesseur von Marx et moi, à faire un tour à travers le district du lac de Cumberland. Tandis que nous errions dans ces délicieux parages, nousfûmes induits à faire un détour de plusieurs milles, en dehors de notre route projetée pour visiter l’humble demeure d’une certaine Frances Jones, jeune fille extraordi naire, connue dans le pays sous le surnom de « la jeû neuse galloise ». Le cas était célèbre.
Il présentait la plupart des caractéristiques qui accompagnent un jeûne prolongé, savoir: des accès de somnolence de longue durée, avec des intervalles occasionnels de lucidité remarquable. Dans ces moments, la jeune fille, en trance, délivrait des oracles d’une beauté sur prenante, exhibait des facultés remarquables de clair voyance, de prophétie.
Ce n’étaient point les motifs d‘une vulgaire curiosité, comme ceux qui attiraient les foules vers la demeure de ce phénomène, qui avaient inspiré au professeur von Marx l‘idée de sa visite. Il savait combien de temps moi—même je pou vais restersans nourriture; il avait été témoin des effets extraordinaires de rénovation vitale qu’exerçait sur moi le fait de dormir, pendant quelques instants, sur 3
66 L’INITIATION un lit de fleurs fraîches ou d’herbes parfumées. Mieux: que cela, il m’avait vu fréquemment supporter un jeûne prolongé de plusieurs jours, sans que j’éprouv vasse la moindre sensation de faim ou de fatigue, sim plement en m’hypnotisant, avec, autour de moi, un cercle robuste de puissants magnétiseurs.
Le professeur et ses associés avaient, dans mon cas, démontré, à leur entière satisfaction, le triomphe des forces spirituelles sur les forces physiques. Ils n’attendaient que des occasions favorables à leurs expé— riences pour appliquer leurs théories, et en tirer des résultats encore plus extraordinaires.
Ce fut donc, dans le but d’analyser un cas, quelque peu analogue aumien, que le professeur von Marx et moi-même nous mimes en route pour faire cette visite. Nous trouvâmes notre sujet assis droit dans son lit. Ses yeux étaient hermétiquement clos; son corps, sa‘ figure ne semblaient nullement émaciés. La pâ leur de ses traits provenait de son séjour fréquent dans l’obscurité, la lumière l'affectant parfois désa— gréablement.
Quand nous arrivâmes, ses rustiques parents nous informèrent qu’elle était « dans l‘un de ses accès », c’est-à—dire dans un de ces moments de» crise, de trouble mental où elle se mettait à éjaculer ses singulières, émouvantes improvisations. Au mo— ment où nous pénétrâmes dans la chaumière, elle était précisément au milieu de l’une de ces improvi sations. Une troupe nombreuse de paysans écoutait, bouche bée, son éloquente parole.
A peine le professeur von Marx eut—il franchi le seuil, que la jeune fille s’arrêta de parler. D'un air de / W‘.»« t A - -,,.wflwW»wmæ-r" .’rflu—’— u" V'I'J r ‘_..' _‘ _,. __.’' .4'
AU PAYS DES ESPRITS 67 commandement, elle lui fit signe d‘approcher, prit sa main, et la posa sur sa tête. Une attitude d‘extase la saisit qui donna à ses traits une expression presque angélique. Elle murmura : « Grand maître, vous êtes .le bienvenu! Parlez, et je vous répondrai. » QUESTION. — Dites-moi, en vérité, est-ce Frances Jones ou l’esprit d’un autre qui me parle?
RÉPONSE. —— Je suis la voix qui crie dans le désert: « Préparez la voie du Seigneur! » Q. —— Quelle est la voix qui crie? R, — La voix de celui qui criait dans les anciens jours! Q. -* Vous êtes Jean—Baptiste, alors P R. —— Tu l’as dit. Q. —— Quel est le Messie que vous prêchez? R. — Celui qui annonce la venue de l’Esprit dans toute créature de chair !
Vois (et ici son doigt se dirigea sur moi), celui—ci est un des prophètes de la nouvelle dispensaiion‘. Tu le sais, et il te dira, aussi bien que moi, tout ce que tu es venu ici demander. Q. — Pas tout; je voudrais, de vos propres lèvres, entendre la description de votre cas. R. — Demande-lui. Il sait. Q. — Par quels moyens entretenez-vous votre vie? R. — Les anges me nourrissent; je vis de leur nourriture. Je n’ai ni faim ni soif.
Q. —- Vous me parlez comme Frances Jones. Où est l’esprit qui m’a d’abord parlé? R. — C’est lui qui me fait parler, qui m’inspire ces réponses. Q. —— Est-ce un homme ou un ange?
68 L’INITIATION "'îr«mvv« Q. -— Si je te répondais, tu ne me croirais pas. Tu es de la secte des Sadducéens, qui disent qu’il n’y a ni esprit ni ange. Je ne jette point mes perles aux pour— ceaux. Ici le professeur m’adressa un sourire significatif. S'adressant au sujet, il continua: Q. — Puis-je vous faire quelque bien, en vous tou chant de ma main i’ R. — Tu as fait tout ce que l’on pouvait te de mander.
La porte fermée s’est ouverte sous ta main. En temps voulu, les anges guérisseurs la réouvriront et pénétreroht son seuil. Pars en paix maintenant. Ton voyant t’expliquera le reste. A ce moment, la malade retomba sur son oreiller avec une légère convulsion.
Celle-ci passée, ses traits devinrent calmes, pâles, tranquilles; son sommeil ordinaire la reprit et ses parents nous assurèrent que maintes heures pouvaient s’écouler, avant qu‘elle ne se réveillât. Avant de quitter la chaumière, j’informai mon maître de ce que mes facultés de clairvoyance m’avaient fait percevoir dans le cas présent.
Le grand plexus solaire était atteint d’une paralysie partielle, qui s’était étendue à tout le système ganglionnaire, attaquant finalement mais toujours partiellement les nerfs cérébro-spinaux. La moelle épinière et le cerve— let étaient plus profondément atteints que le cerveau; le nerf pneumogastrique était plus complètement pa ralysé que les autres nerfs d’origine intracranienne.
Je remarquai que les fonctions d’absorption et d’éva poration étaient intactes, se faisaient normalement. Elle pouvait ainsi recevoir telle nourriture que lui
AU PAYS DES ESPRITS 69 fournissaient des éléments impondérables; et son assertion, qu’elle participait de la nourriture des anges, n’était point en elle-même irrationnelle. Un tel organisme, en cet état de passivité absolue, ne pouvait offrir que peu ou pas de signes d’usure. Les fonctions vitales s’exerçaient, il est vrai, mais avec une telle lenteur qu’il ne pouvait y avoir que bien peu d’usure, que le processus d’absorption ne vint réparer.
D’où l’absence d’émaciation, de tout signe de déchéance physique, résultat de l’inanition. A des moments choisis, une certaine période d’acti vité semblait s’établir, et la bienfaisante Nature profio tait de ces occasions pour tenter la rénovation du système paralysé. C’est alors que l’invalide devenait clairvoyante, proférait. en trance, ses remarquables oracles.
Les yeux étroitement bandés, pour exclure toute lumière pouvant affecter son sensible cerveau, la pauvre fille se mettait à découper des fleurs de papier, à faire de petits dessins, que vendaient ses malheureux parepts. J’observai que cette jeune créa ture était entourée de troupes d'êtres spirituels, qui la nourrissaient de principes subtils, émanés de plantes, de végétaux, comme aussi du magnétisme de certains visiteurs de la chaumière.
Je vis aussi que, grâce à son vigoureux et puissant magnétisme, le professeur von Marx avait infusé une vie nouvelle dans cet organisme, par le seul fait de l’imposition de sa main sur la tête du sujet. Sous cette influence, « le verrou, qui fermait la porte de cet organisme paralysé, s’était vraiment ouvert ». Le processus de rénovation une fois commencé, je per
'7o L’INITIATION çus avec plaisir que la nature ferait le reste; que le point essentiel de la cure était atteint, qu’au bout de deux mois, avec des soins ordinaires, la jeune fille serait rétablie. Je mentionnai à la famille cette pro messe de ma’clairvoyante vision. En même temps, le professeur von Marx leur fournit généreusement des fonds suffisants, pour ne plus faire appel à la charité d’étrangers curieux.
J’eus la satisfaction d’apprendre, quelques mois plus tard, qu’une amélioration gra duelle, en apparence spontanée, était survenue, de puis l’époque de notre visite, et que, finalement, la pauvre patiente avait complètement guéri.
Je sus que sa guérison avait coïncidé avec la cessation de ses facultés oraculaires, ainsi que de sa faculté de clair voyance, en un mot, que les esprits ne trouvaient plus, en elle, d’éléments récepteurs de leur influence, que le fonctionnement normal de son organisme ne permettait plus l’exercice d’un contrôle hors nature.
J’ai, depuis, été témoin de nombreux cas de jeûne prolongé, avec accompagnement d’états de somno lence, d’états périodiques de clairvoyance. Je me demande, en admettant que les savants aient, pour analyser l’obscur royaume des causes, des facilités égales à celles que la clairvoyance me procurait, je me demande si, dans tous les cas, les causes physiques, déterminantes de ces états, ne seraient pas trouvées à peu près les mêmes.
Quelques jours après cette visite à « la 'jeûneuse galloise », nous étions assis, le professeur von Marx et moi, sous le porche d’une rustique auberge, lorsque nous vîmes s‘approcher une femme, de haute
AU PAYS DES ESPRITS 71 et imposante stature. Elle était vêtue comme une humble paysanne, avec le manteau et le capuchon écarlates qui distinguent cette singulière classe de va gabonds connus sous le nom de « bohémiens ».
Vêtus comme nous l’étions, à la façon de « sports men », clients d‘une humble auberge sur la voie publique, nous ne nous attendions guère à attirer l’attention de ces sagaces nomades, dont les faveurs s’adressent surtout libéralement aux riches. Mais la passante savait, évidemment, ne point se tromper en s’approchant de nous. Son allure décidée lui ga-' gna nos sympathies, avant même qu’elle eût parlé.
Ses brillants yeux noirs fixés sur moi, avec une expression perçante, elle me demanda, d’une voix douce, sur un ton de politesse exquise, si je ne vou lais point qu’elle me dise la bonne aventure. « Voyez d’abord ce que vous pouvez dire à mon père, » ré pondis-je rieusement, en lui désignant le professeur, assis à mon côté.
« Cet homme n’est point votre père, senor, » dit la jeune fille avec assurance, « il n’est point non plus du même pays que vous, ni ne peut revendiquer une seule goutte du sang bleu qui coule dans vos veines. » Si cependant deux êtres humains, sans. le moindre lien de sang entre eux, se ressemblaient étroitement, c’était le professeur-mu Marx et moi. Nous étions constamment pris pour père et fils par tous les gens qui nous rencontraient.
Cette ressemblance proveq naît-elle des relations intérieures particulières qui nous unissaient l’un à l’autre, ou bien la Nature nous k.Wmÿw
72 L’INITIATION avait—elle formés selon le même moule, je ne saurais dire. Toujours est-il que n’importe quel étranger aurait exigé une preuve directe du contraire, pour ne point croire que nous étions ce que nous nous disions être, père et fils. Durant ces dernières semaines, nous nous étions fait connaître comme tels, dans nos pro menades champêtres.
L’unique domestique qui nous servait avait été chargé de nous attribuer cette rela tion, dans les auberges Où nous nous arrêtions. Cette preuve surprenante de la clairvoyance de notre nouvelle connaissance éveilla notre curiosité, nous engagea à la laisser entrependre son projet de nous dire l’avenir.
Elle fit une description parfaite ment correcte de ma vie passée, de mes relations de famille, de leurs caractéristiques; mais lorsqu’elle en vint à dépeindre ma vie future, son regard perçant se fixa sur moi, avec une expression de pitié profonde, ses yeux se remplirent de pleurs, l'émotion brisa sa douce voix.
Son langage ne fut plus le langage mono— tone, décousu des gens de son métier; il s’exhala en rimes sonores, en une sorte de « rune (1) antique », sublime, dans lequel elle me prophétisa une vie affreu— sement tragique, remplie de souffrances dont Dieu seul connaît la réalité. Le triste, étrange chant finit par s’arrêter; ou plutôt je l’arrètai moi—même, car je sentais qu’elle disait vrai.
Mais je préférais ne pas entendre de tristes paroles, en ces fugitifs moments de bonheur. Quand vint le tour du professeur von Marx, elle (1) Nom donné aux chants des bardes antiques.
AU PAYS DES ESPRITS 73 refusa absolument de rien lui dire. C’est en vain qu‘il essaya de la séduire par des présents. Ni menaces, ni flatteries ne purent la déCider à prophétiser. Les yeux brillants de la jeune fille s’abaissèrent sous l'éclat du regard plus pénétrant du professeur. Je vis une larme involontaire trembler au (bout de ses longs cils, tandis qu’elle réitérait énergiquement son refus de parler.
Le professeur v0n Marx était, ce jour—là, en hu— meur d’ironie, sinon de gaieté. Il saisit la petite main qui cherchait à l’écarter, et s’exclama: « Quoi, pas un seul mot, ma jolie tsigane; pas même si, dans cette petite main, je mets de l’or aulieu d’argent P» « Pas pour tout l’or du monde ! » cria-t-elle d’une voix dure, effrayée, tout en retirant sa main avec violence.
Ses joues enflammées se mirent à pâlir, l'expression sauvage de ses yeux noirs s’adoucit sous l'irrésistible regard de mon maître. D’un ton sup pliant, elle murmura : « Maître des esprits, épargne moi ! Je n’ose parler en ce moment. » « Suflit, suffit! » répliqua le professeur en lui fai sant signe de s’éloigner. En même temps il mettait, dans sa main, quelques pièces d’argentqu’elle se bêta de repousser.
« Vous montrez plus de sagesse à retenir votre langue qu’à la faire marcher, gitane; prenez cet argent, je flous Pardonne ! »Lentement, à contre cœur, la jeune fille laissa tomber l’argent dans un sac, qu’elle portait àson côté. Elle s’apprêtait à partir, lorsque le professeur, la rappelant, lui dit, d’un ton jovial : « Nous nous reverrons, ma belle Zingara; nous allons nous installer chez vous, pendant
74 L’INITIATION quelque temps. Quel est votre nom, ma princesse ? » « luanita, » répondit, humblement, à voix basse, la bohémienne. '« Et vous êtes reine dans votre tribu, n’est-ce pas, Juanita ? » « Oui, senor, » dit—elle fièrement. «Je le pensais, » reprit mon maître. « Bien, adieu, pour l‘instant! Nous nous reverrons bientôt. » D’un air soumis, sans rien dire, la bohémienne s’éloigna.
Cette même nuit, obéissant à la capricieuse volonté de mon père, nous laissâmes notre domes tique et nos bagages à l’auberge. Une petite valise à la main, le professeur me conduisit, guidé par un ins tinct qui lui était particulier, à travers des tourbières et des marais, des landes désertes, des défilésde-mon tagnes, jusqu’à ce que» nous eûmes franchi une dis tance de près de sept milles.
Enfin un peu avant minuit, nous arrivâmes en vue d’une plaine solitaire, parsemée de tentes, indiquant un vaste campement bohémien. Mue par le même instinct qui nous avait guidés, Jùanita, qui était vraiment l’authentique reine ou cheiÏesse de la tribu que nous venions visiter, sem blait avoir prévu notre arrivée, était prête à nous recevoir.
Sur son ordre, deux tentes avaient été dres sées pour nous, un savoureux souper fumait dans les écuelles de bois, disposées pour notre repas. Des feux encore rouges couvaient sous la cendre en tas clair semés parmi la lande sauvage. Suspendues à des bâtons entrecroisés, des lanternes brûlaient encore, çà et là. Presque tout, le monde dormait dans le cam \
AU PAYS nus ESPRITS 75 pement. La belle J uanita nous reçut comme des hôtes attendus, avec cette grâce naturelle qui appartient à quiconque, en tous lieux, offre son hospitalité. Le professeur von Marx la prit à part, lui adressa grave ment quelques mots qu’elle écouta les yeux baissés, avec unair de répugnance. manifeste. Puis il lui remit quelque argent qu’elle accepta, du même air soumis, ’ mais récalcitrant.
A la fin de l’entrevue, elle nous servit à souper avec la grâce, la condescendance d’une princesse captive. Elle nous conduisit jusqu'à nos tentes, où des lits de bruyère odorante, recouverts de peaux de daim, avaient été préparés pour nous. l'ob— servai que, ma tente était ornée de bouquets de fleurs, sauvages, aux suaves parfums, celle du professeur remplie de peaux curieuses, de lézards et reptiles empaillés.
« Elle. est sorcière, cette jeune fille, dit le professeur, en examinant ces arrangements significatifs, elle nous a lus, comme un livre ouvert. » Avant de nous séparer pour la nuit, mon maître me donna à entendre que, depuis longtemps, il cherv chait une occasion de molaire vivre, pendantquelques jours, de la rude vie qu’on mène sous la tente.
« Je veux vous faire descendre du ciel sur la terre, ajouta t-il, vous faire dormir sur la terre, vous faire profiter des choses de la terre ; ce n’est que de cette manière que j’espère vous garder en ce bas monde le temps que vous devezy rester. » L’attente de mon maître, quant au bénéfice que devait retirer de ce changement d’exis— tence ma constitution épuisée, se réalisapromptement. A l’ombre des grands bois, j’eus deprofondssommeils,
76 L’INITIATION que rien ne troublait, tels que je n'en avais pas eus depuis de longues années. Délivré de la contrainte artificielle d’une vie toute faite de conventions, soumis au régime grossier mais fortifiant de ces vagabonds, je me durcis positivement à cette vie au grand air.
Mon vigilant, anxieux compagnon était ravi de la lon gueur de mes promenades journalières, ravi du plaisir très vit que je prenais à participer aux rudes sports de nos hôtes actuels. Tout m’était si nouveau, m’apparaissait avec une telle allure de franchise, un charme si naturel que j’en arrivai à considérer la vie sous la tente comme l‘objet de ma destinée future.
En fait, je me mis à étudier les manières, les costumes, le langage de ces peuplades errantes, en vue de me faire admettre dans leurs res— pectables rangs. Je vivais sous le charme de ce salubre, fortifiant changement d‘existence; et pour excuser à mes propres yeux la vie indolente et sans but que je menais, je m’efforçais de découvrir les légendes que ces gens singuliers entretenaientquant à leur origine.
Présents partout, mais partout en bande, fugitifs soli taires, marqués au doigt, isolés du reste du monde; jamais chez eux, quoique familiers en tout pays ; étran gers toujours, même au lieu de leur naissance; sym bolisant, mieux que toute autre créature, la terrible légende de Caïn : « Tu resteras vagabond et fugitifà la surface de la terre, » sans domicile, sans patrie, sans liens de races autres que ceux qu’ont entre elles leurs tribus si largement dispersées dans le monde, mais avec, dans leur physionomie, leur caractère, leur lan— gage, leurs coutumes, certains traits particuliers qui
AU PAYS DES ESPRITS ne les abandonnent jamais, qui les désignent sur—le champ, qui les séparent de toutes les races d’hommes vivants; qui pourra jamais résoudre le problème de leurs extraordinaires, incompréhensibles destinées ?
Si j’en excepte les caractéristiques particulières, qui nécessairement accompagnent les tribus nomades très misérables, je puis dire n‘avoir jamais trouvé, pas plus chez les bohémiens de France et d’Alle magne, les zingaras d’Italie, que les gitanes d’Espagne et les gypsies d’Angleterre, la moindre tendance, le moindre instinct criminel pouvant expliquerl'univer selle proscription qui, depuis huit cents ans au moins qu'ils sont connus comme peuple distinct, les a mis au ban de l’humanité.
En cette occasion,comme en bien d'autres, alors que quelques années plus tard je passai, parmi les gypsies, plusieurs jours de vie libre, sauvage, sans entraves, je remarquai que la plu_ part d’entre eux, malgré leur finesse, leur astuce, étaient grossièrement ignorants, autant qu’indifiérents en ce qui concernait leur origine ou leur existence en tant que nation.
Juanita était un de ces êtres rares, exceptionnels, dont la présence parmi ces hordes contribue à leur donner un cachet de romanesque, à auréoler leur nom, leur renommée de ce charme d’idéalité, qui les a rendus célèbres en poésie, en musique et dans la littérature romantique.
Juanita était la reine régnante d’une tribu considérable, composée en partie de bohé miens d’Espagne, en partie de bohémiens d‘Angle terre. _ Espagnole de naissance et descendante d’un ancien
78 - L’INITIATION roi de la tribu, son autorité sur eux était incontestée.. Elle n’avait que vingt-cinq ans, était belle comme un rêve de poète, impulsive, passionnée, poétique et fière, avec, dans ses manières, une distinction, une grâce naturelle, qui auraient fait le charme d'une princesse andalouse. Cette belle et fantasque créature daigna me choisir comme objet spécial de ses faveurs, tout le temps que dura notre escapade.
Pour se débarrasser du professeur von Marx, envers qui elle avait conçu une aversion, mêlée de crainte et de respect, égale à son amitié pour moi, elle lui assigna un guide et compagnon, en la personne de son jeune frère Guido. Celui-ci, beau et intelligent garçon, de quelque dix ans plus jeune qu'elle, accompagnait le professeur dans ses longues excursions, et bientôt les deux devinrent une paire d’amis.
Nous primes l’habitude, chaque jour, de faire notre toilette de sportsmen, en prenant un bain froid dans l’eau courante de la rivière qui bordait le cam pement. Le repas du matin était pris, en commun, dans la grande tente.
La bienvenue payée là par le professeur von Marx, au premier jour de notre arrivée, avait suffipour assurer aux fourrageurs de la tribu de pai— siblesjours de repos, les dispensait de recourir à leur mode habituel de remplir le garde-manger, pour tout le temps de notre résidence parmi eux.
Une fois le déjeuner fini, les hommes retournaient à leurs petits métiers de travailleurs ambulants, les femmes à leurs travaux domestiques, au soin de leurs enfants dont, comme à l'habitude, il y avait abondance. Le profes
AU PAYS DES ESPRITS seur errait à l’aventure avec Guido, joignant parfois :un parti de chasseurs, ou plus exactement de bracon niers. Pendant ce temps, je m’égarais avec luanita, à la recherche de fleurs et de mousses, visitant les coins et les gorges les plus romantiques de ce district désert, presque sauvage. En de rapides improvisa tions, d’une poésie singulièrement harmonieuse, ma belle compagne me chantait sa bien-aimée Anda lousie.
C’est là qu’elle était née, me dit-elle, quoi qu’elle prétendît descendre d’une « longue lignée de rois maures ». Vers la nuit, nous retournions à nos tentes. Là, le professeur se mêlait aux jeux bruyants des petits, aux sports plus rudes des jeunes garçons, jouait aux cartes avec les bohémiennes anglaises, se laissant toujours battre naturellement.
En un mot, il -seirendit si agréable à tous, jeunes ou vieux, que tous les cœurs lui furent bientôt gagnés. Ma surprise était telle qu’il lui prenait, parfois, d’irrésistibles accès de gaieté à voir l’étonnement de ma mine, devant sa si complète métamorphose. (A suivre.)
A L’EXPOSITION RENSEIGNEMENTS PRATIQUES) (1) Rue d’Alger, au n° 15 (Trocadéro), on trouvera chez Hamouch des objets de Kabylie très intéressants par leur symbolisme et des porte-bonheur arabes (mains de fatma) portant le sceau de Salomon, et en argent, au prix modique de 0 fr.
50. -I 0 Dans la Grotte au Million (Trocadéro), nous conseil lons vivement de rendre visite au vieux devin Bou Amama, très versé dans les arts occultes de l'Orient. i U 41 On trouve, chez presque tous les marchands de sou venirs de l'Exposition, une chaîne de montre ornée, de très intéressantes reproductions d'hie’roglyphes et de scènes égyptiens. Le prix varie de 1 fr. 75 à 2 francs, suivant les kiosques .
Toujours au Trocadéro, mais cette fois dans la sec tion égyptienne, visiter le temple et surtout les tom beaux et les musées (derrière l’entrée principale), prix 0 fr. 50. tet Les Aissaouas donnent leur représentation dans un (1) Nous publions sous ce titre les renseignements pouvant être utiles à tous nos lecteurs. La reproduction en est inter dite, car nous les destinonsà un opuscule spécial.
A L‘EXPOSITION 8 1 café arabe, à gauche de l’entrée de la rue d’Alger et à côté d'un marchand de gaufres. Il faut monter au pre mier; l’entrée est de 0 fr. 30. On peut prendre ou non une consommation, une fois monté. Les séances des Aissaouas alternent avec de fastidieuses danses du ventre. II. Ne pas quitter le Trocadéro sans visiter en détail le Dahomey, dont les fétiches sont captivants pour l’ama teur de symboles.
Dans le « Monde souterrain »(jardin du Trocadéro), on peut visiter avec fruit la reproduction d’une chambre royale, dans une pyramide égyptienne, et la reconstitu tion d'un temple souterrain de l'Inde, ainsi que les reproductions de tombeaux grecs et des catacombes de Rome.
Ne pas faire attention aux ridicules commentaires des hiéroglyphes égyptiens dans la chambre royale (entrée 1 franc). * 104 Les hermétistes visiteront avec fruit l'exposition de l’Autriche où ils verront des minerais reproduisant les diverses phases de l’évolution de l’or. Dans la section russe, au Trocadéro, visiter la salle consacrée à la Sibérie.
Etudier la collection très impor— tante des divinités thibétaines et remarquer les pierres précieuses qu’on vend dans cette salle. ou Les amateurs de pierres pour constituer l’échelle des correspondances septénaires en trouveront à I’Exp05i tion : 1° à la Sibérie; 2° à la section de I’Australie (Tro— cadéro); 3° aux Invalides, à la section russe. Ces der nières sont montées.
82 L’INITIATION Dans la section chinoise (Trocade’ro), dans un petit pavillon du jardin, on trouvera un bouclier reprodui— sant les deux dragons rouge et vert enchâssés l’un dans l’autre, et formant un cercle, qu'a décrits Eliphas Levi. Dans le palais des Dioramas (Trocadéro), remarquer les figures symboliques formant les tatouages d’une femme, dans le diorama du milieu indigène (lles Mar quises et pêcheurs de perles).
Au bout de ce palais, étudier la remarquable collection du Dedjas, comte Léontielf, rapportées d’Abyssinie. Voir la croix de Sa lomon avec le double triangle. à Ut Dans le palais des Costumes (projet Félix) au Champ de Mars, visiter les costumes des chevaliers croisés dans les vitrines à gauche, à côté de la scène de la Ré ception, par l’impératrice, à Byzance. Symbolisme des plus importants. .
U I Dans le palais des Congrès, voir lesinsignes de l‘Ordre universel des Forestiers, dont le caractère m‘açonnique est curieux à signaler. - 01‘ Aux Invalides, on visitera avec intérêt la Bretagne avec ses reproductions d‘un dolmen et d'un menhir. Au mi lieu de la section, recommandons un pavillon où l’on trouvera les fameux bonnets et gilets brodés—de Pont -Labbé, étudiés avec tant de compétence, au point de leur symbolisme, par M. Soldi.
Toujours aux Invalides, mais dans la section russe, au premier, signalons un Chinois de Changhaï, égaré la on ne sait comment, et qui vend des produits chinois contre les migraines et des petites amulettes chinoises. Spectacles à visiter : L’Audalousie au temps des Maures, le Théâtre indo-chinois, le Théâtre égyptien,äor s de vue ..:au Trocadéro.
A L'EXPOSH‘ION 8 3* Nous continuerons cette première série de renseigne» ments pratiques. On voit qu’il ya beaucoup avoir pour l’occultiste à l’Exposition. Du reste le succès de nos” promenades du dimanche en fait foi. Dimanche 29 juillet : Promenade—conférence au Trocadéro,dirigée par Papusa Itinéraire : Indo—Chine, Dahomey, Australie. Tombeaux égyptiens et temple d’Egypte (étude spéciale).
Rendez-vous à dix heures moins le quart du matin, à la porte du Trocadéro, située à droite de la passerelle de Madagascar. Cette promenade est ouverte à tous nos. lecteurs.
LA GRANDE ROUE. -— La Grande Roue est la plus cri—m ginale et surtout la plus attrayante des «t Attractions de Paris D ; construite par les premiers ingénieurs du monde, elle offre toutes les garanties de sécurité que peut dési-« rer c l’ascensionniste »; chaque jour, elle est vérifiée en détail par deux ingénieurs et plusieurs mécaniciens.
La Grande Roue n’occasionne aucun vertige, aucune nausée, en raison de la montée lente et progressive des. wagons, qui sont, en outre, installés avec le plus grand confortable. . La Grande Roue est la plus gigantesque des construc tions de l’Exposition de 1900; c’est la plus grande roue du monde, on y contemple le premier panorama du globe, celui de Paris, et on peut y admirer en détail le coquet Village Suisse.
Chose curieuse ! elle est la moins coûteuse de toutes les attractions; elle a résolu le pro blême du plaisir à bon marché ; alors que dans toute l'Exposition il faut avoir constamment son porte—mon naie à la main, à la Grande Roue, au contraire, tous les spectacles, tous les divertissements que renferment ses jardins, sont absolument gratuits. La Grande Roue accepte en paiement les tickets de l'Exposition.
Les distractions qu’offre la Grande Roue sont saines et honnêtes, les familles et les enfants peuvent y venir sans. crainte de 8 heures du matin à minuit.
84 L’INITIATION En sortant de l’Exposition par les portes de l’avenue de Sufl'ren, pour rentrer à la Grande Roue, on ne perd pas droit à son ticket d’Exposition, car la Grande Roue, toujours généreuse.le restitue à son visiteur. A. DE C. RElË MARTINÏËTE .— A la suite des décisions prises dans la dernière réunion du Suprême Conseil, il a été décidé de créer : 1° Un organe ne recevant pas d’abonnements et envoyé gratuitement à tous les délégués.
Ce bulletin contiendra tous les renseignements utilesà la propagande de l’Ordre à l’étranger ; 2“ A la suite du passage à Paris d’un de nos délégués généraux pour l’Itàlie, l’organisation du Martiniste ita lien a été définitivement arrêtée. Un grand conseil de l’Ordre est établi à Milan et des délégués sont constitués dans toutes les provinces italiennes avec rattachement au Grand Conseil.
Un organe martiniste mensuel est créé à Milan et servira de Bulletin à nos formations. Enfin un centre de traduction et de reproduction des principales œuvres martinistes est également créé. La réimpression de l'Homme de Désir, de Saint—Martin, va être commencée et paraîtra tous les mois par cahiers de 32 pages, à raison d‘un franc le cahier. Nous nous tenons à la disposition de nos membres pour tous les renseignements.
AVIS AUX MARTINISTES DE L’ÉTRANGER VENANT VISITER L’EXPOSITION Nos F::: de l’étranger qui désirent venir à Paris pendant l’Exposition sont priés de s’adresser quelques jours d’a vance à l’Initialz‘on, 87,boulevard Montmorency, Paris, qui mettra gracieusement à leur disposition des F:;: de Paris destinés à les guider ou à faciliter leurs visites.
UN MÉDIUM A INCARNATION 85 Le président du Comité des relations extérieures du Suprême Conseil Martiniste prie tous les FF:I: MMzjzha bitant l’Allemagne de vouloir bien se mettre au plus tôt en relations avec notre délégué le F:Ï: Kraus, à Stadtam hof (Bavière).
ORDRE KABBÀLISTIQUE DE LA ROSE-GRÛIX Nous sommes heureux d’annoncer à nos lecteurs que, à la suite de la réunion du Conseil Suprême de l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix, les statuts et règlements établissant les conditions d’entrée dans l’Ordre ont été approuvés et seront publiés le mois prochain. En règle générale, l’entrée dans l’Ordre se fait exclusivement à l’examen et est réservée aux Martinistes.
Les exceptions à ces règles demandent des décisions spéciales du Con seil Suprême. Par sympathie et reconnaissance pour le restaurateur de l'Ordre, il a été décidé que tous les diplômes porteraient la griffe de Stanislas de Guaita qui reste, dans l’1nvisible, directeur de sa chère création. II .
Nous publierons dans notre prochain numéro les ré sultats des examens de l'Ecale supérieure libre des sciencu hermétiques, qui ont été des plus brillants. Un Médium â incarnàtîon Nous avons eu l’occasion d'étudier un excellent mé dium à incarnation qui vient mettre ses facultés à la dis— position des spiritualistes parisiens.
Les séances sont jus qu’à présent payantes (20 francs en semaine, 5 francs le dimanche); mais, comme nous savons_que cet argent est destiné plus tard à une œuvre de propagande spirite,
86 L’INITIATION nous n’avons pas hésité à recommander ce médium à nos lecteurs. Mm° Lay Fonvielle demeure au n° 30, place Saint-Georges. On entre par la première porte à droite dansle jardin qui précède une grande maison. Ce médium, déjà très connu en province et surtout à Toulouse, in carne une petitefille nomméeJulia, qui parait êtreuneen tité astrale très apteaux conseils et aux recherches maté— rielles.
Le médium a un accent toulousain prononcé,. tandis quel’incarnation parle avec le pur accent parisien, ce qui est très intéressant. De plus, le médium peut in carner les entités des proches parents défunts de ceux qui viennent l’intermger; mais nous n’avons pas eu, perw sonnellement, l'occasion de vérifier encore ce genre de faits avec ce médium.
Nous avons fait étudier le sujet par une personne douée de remarquables facultés de vision, et il résulte de cette étude que le sujet incarne vraiment une entité as trale et ne reproduit pas seulement la pensée des assis—r tants, comme cela arrive fréquemment dans ce genre de phénomènes. - Nous serons reconnaissants à nos lecteurs de nous faire part des observations qu’ils auraient pu faire à la suite des visites faites à Mme Lay Fonvielle, que nous comptons étudier avec soin.
PAPUS. L’ÉNIGME DE La MAIN Mon intention n’est point de révéler ici, aux lecteurs, Mme de Thèbes. Son nom, du reste, a franchi déjà la re— nommée banale et Tout-Paris connaît la célèbre devine resse, laquelle est fort répandue, très entourée aussi dans de nombreux et élégants salons.
De plus, ses conférences claires et substantielles à la Bodinière attirèrent une grande quantité d’auditeurs plus ou moins sceptiques, mais qui tous durent reconnaître que l’Art de la Chiro mancie pouvait bien devenir une science sous l'impul sion sage et logique que lui donnait Mme de Thèbes.
L’ÉNIGME DE LA MAIN 87 Nous ne saurions tropengager à lire son bel ouvrage «qui vient de paraître: L’Enigme de la main (I), le plus complet sur la question, et dont les pages contiennent le résumé succinct d’une pratique minutieuse, considé rable, sagace.
Grâceà ce volume, il sera'facilè à quiconque, avec un peu d’attention et de bon-ne volonté, de s’initier aux mystères de la Chiromancie, mystères d’ailleurs qui consistent surtout en une observationspéciale d’après les formes de la main, des doigts et des lignes de la paume.
C’est, après tout, une méthode d’ordre aussi scientifique que l'examen du visage, de l’individu, et la divination d’après la signature des mains n’offre rien de troublant ou de singulier; par contre, cette divination, cette ana lyse qui synthétise ensuite, peut être très utile à l’ob servateur perspicace; elle constitue de plus une véri table distraction à laquelle il estÿloisible de se livrer sans froisser personne et en intéressant ou amusant tout le monde.
Mais feuilletez donc l’Énz‘gme de la main, mes chers lecteurs et mes charmantes lectrices!
Sans effort pénible, sans peine, vous vous assimilerez les principes généraux de la Chiromancie, et,-quand vous vous trouverez à un souper, dans une réunion, auprès du voisin ou de la voi .sine, vous n’aurez qu’à jeter quelques regards sur la main proche (ce qui ne saurait être que délicieux près d‘une jolie femme distinguée), qu’à examiner, sans en avoir l’air, le geste, la forme des doigts, le contour du poignet, pour deviner, au bout de peu d’instants, le caractère, les goûts, les tendances, les défauts de la personne qui vous occupe et lui parler, en connaissance de cause, d'une foule de choses qui l’intéresseront alors sûrement, car elles cor respondront au milieu intellectuel, moral et physique, où s’étendent les racines mêmes de son être, de son indi— vidualité.
Bien mieux, ayant scruté son âme par ses mains, vous vous plairez à lui révéler mille détails de sa vie, de ses goûts, en apparence inconnus de vous, ce qui vous fera (I) L’Énigme de la main. par Mm A. de Thèbes; 1 vol. gr. in—8 carré de 275 pages. F. Juven, éditeur, et chez l'auteur, 29, avenue W‘agram. Prix : 5 francs.
88 L'INITIATION agréablement passer pour un sorcier ou une magicienne! Voulez—vous aller plus loin encore ? Priez que l’on vous confie sa main pendant quelques minutes et vous conte rez alors l’histoire presque complète de celui ou de celle qui aura bien voulu répondre à votre invitation. Désirez« vous que je vous communique les principauxindices au moyen desquels votre science paraîtra infaillible ? Ils ne sont point compliqués.
Quant aux détails, je vous ren voie, pour les apprendre, à l’ouvrage absolument parfait et récréatif de M“" de Thèbes. . AI Il y a trois sortes de mains principales: les mains car rées, les mains pointues et les mains spatulées, c’est-à dire celles dont les doigts se terminent en carré, en fu— seaux ou en spatules. Voici pour l’ensemble. Eh bien! rien que d'après cette forme. vous pouvez déjà tirer un horoscope.
Les doigts pointus révèlent les théoriciens, les idéalistes, les rêveurs, les volages, gens d’imagination, de grâce, d'esprit, mais peu armés pour le combat de l'existence ; les doigts carrés, au contraire, dénotent les réalisateurs, les positifs, les actifs, les organisateurs, les raisonneurs.
Quant aux doigts spatulés, ils appartiennent à des êtres excessivement actifs, laborieux, qui ne dou— tent de rien, que rien n’efi'raie: ceux-là sont plutôt des instinctifs, des travailleurs au sens propre du mot.
Si ces deux dernières sortes de doigts possèdent des nœuds, leurs facultés respectives en sontencore accentuées.Quant aux doigts pointus, et tout à fait lisses, ils accusent, hélas! une légèreté et un caractère « artiste » par trop déplorable, en nos époques d’argent ! ‘h 2. v.
Glissez vos regards, maintenant, vers la paume: vous devrez trouver quatre lignes révélatrices de la destinée et des tendances: la ligne de vie entourantle pouce, indi catrice de la durée de l’existence et de l’état de santé; la ligne de tête qui coupe le milieu de la paume, presque horizontalement; la ligne de cœur, en haut, issue de l’index et aboutissant sous l‘auriculaire. C'est la ligne la
L’ÉNIGME DE LA MAIN 89 plus indiscrète, car elle traduit la passion et l'amour. Enfin verticalement se dresse la ligne de chance ou sa turnienne, partant du poignet vers le médium. Certaines lignes peuvent manquer ou tout au moins être très faibles; d‘autres encore, moins importantes, s’y ajoutent. Je ne puis entrer, en cet article, dans les innombrables défini tions.
Tout ce que je veux vous dire, c'est que les lignes bien dessinées proclament l’énergie, la force correspon dantes; d'après les combinaisons et la signification de ces hiéroglyphes naturels, vous voyez quelles énigmes l’on peut traduire, au plus grand plaisir et au plus vif profit des intéressés.
Il faut aussi bien considérer le type pla nétaire auquel appartient la per.onne que l’on étudie; et je recommande encore, à ce sujet, le remarquable cha pitre du livre de M“ de Thèbes. Elle a élucidé parfaite ment le problème des influences astrales si compliquées. o. 0* La Chiromancie est donc tout bonnement une science qui donne le moyen dose connaître et de connaître les autres par l’étude de la main et de ses lignes.
Supposons que la méthode en devienne très exacte et pour ainsi dire mathématique, que les faits annoncés par cette observa tion méthodique se démontrent par les exemples faciles à confirmer, combien importante serait unetelle science pour se conduire et guider les autres! En effet, la Des— tine'e existe pour chacun, mais chacun peut modifier sa destinée avec de la Volonté.
La Chiromancie affirme le « libre arbitre ) dans le sens du déterminisme philoso phique; ses principes reposent bien sur la fatalité : elle avertit que la main porte telles ou telles empreintes indi quant les tendances, le genre de caractère. l’accident, le malheur ou la réussite, les catastrophes, la joie, la santé, les maladies; mais la Chiromancie assure que ce ne sont là que des signes du Destin, lequel Destin peut toujours être changé par l’homme intelligent et volontaire qui combine ses déterminations.
Elle pourrait, par consé quent, rendre de grands services, en laissant prévoir le fait, quel qu’il soit, puisque ce fait serait neuf fois sur dix évitable. '
90 L’INITIATION La ( divination ) —ou mieux la Science — nous appa— raît, dès lors, d‘ordre providentiel. Dieu a mis le signe de ses choses en nous-mêmes. Il appartient à notre sagesse de le déchiffrer et de l’interpréter. Connais-toi toi4nème ! F. JOLLIVET-CASTELOT. BIBLIOGäAËEIE WILLIAM BLAKE. — Le Mariage du Ciel et de l’Enfer. — Plaquette in-8 avec portrait h. texte et nombr. grav.— 3 et 5, rue de Savoie.
Cette plaquette de luxe est un tirage spécial d’articles qui ont déjà paru dans l‘Inz‘tiationet dans d’autres revues. Comme nos lecteurs peuvent s’en souvenir, M. Charles Grolleau leur a fait une révélation en donnant en fran çais les pages choisies de ce vertigineux illuminé.
M. (irol leau, que ses études classent au premier rang parmi les Swedenborgiens de France et peut-être d’Europe-, était plus apte qu’aucun autre à faire passer dans notre langue les pensées d'un génie que l’on pourrait désigner comme un Swedenborg lyrique.
Le côté systématique ou théo rique de William Bla:ke me semble assez difficile à élu— cider ; il s’attache bien plutôt aux fougues passionnées de l’extase qu’aux spéculations intellectuelles; il est By— ron initié; il traduit à sa manière ce que l‘âme anglaise a d’élan amer, de sombre enthousiasme, d’ivresse liber— taire et d'impuissance dans la sérénité ; ce sont de frap» pantes ressemblances avec les éclats des vieux Nabis d’lsraël,etles écrivains defl’écoledeThéophileCailleux ver rontlà une confirmation de plusàla théorie ethnographique qui apparente la race anglo-saxonne proprement dite à la race juive.
Blake conçoit l‘Enfer comme le centre de l’énergie etil en exalte le rôle nécessaire ; par bonheur il pousse sa théorie jusqu‘à l’extrême et en tire ainsi les conséquencesles plus pures :« L’actele plus sublime, dit— \ 'r-WWMvM «ÿ»,__,.M—_..__ns_fl._fim- , ___,.,fl,, _;._, \
BIBLIOGRAPHIE 9 I il, est de placer un autreavant soi. » A part de frappantes analogies occultes, des correspondances illuminatrices, des axiomes révélateurs sur le sens de la vie, ce qu’il faut retenir de ce prodigieux voyant, c’est la vérité la plus méconnue des hommes : à savoir que toute chose découvre l’infini qu’elle contient à mesure que nous-mêmes nous dépouillons de nos écorces ; ainsi nous percevons de plus en plus la source identique des contraires par le moyen de purifications qui s’appellent des actes bons ou mau vais, des pensées vraies ou fausses, des sentiments égoïstes ou altruistes; et c’est là toute l’Initiation.
S. HENRI DUBÉCHOT. — Trésors métalliques et épargnes viuantes. — Br. in-8.-Chamuel, 1900.; Voici encore une petite plaquette que je me permets de recommander tout spécialement aux lecteurs de cette revue.
Ils n’ont pas oublié les précédents ouvrages du âme auteur où la thèse métaphysique revêt de si sa voureuses etsi vivantes expressions; le présent opuscule s’épigraphie d’une parole de Swedenborg que les socio logues et les théoriciens de la vie pratique devraient bien méditer: « Ils séparentla vie spirituelle d’avec la -vie civile, au point qu’ils n’osent tirer de la vie civile au cune idée concernant la vie spirituelle; ils ignorent abso lument que ces deux vies correspondent, et que celle-ci est représentée dans celle—là. » (Arcanes 4366.) L’auteur, suivant ses propres expressions, se propose d’étudier -« le budget national comme une production vivante. comme le symbole d’autres trésors infiniment plus pré” cieux et non moins à bout de ressources ».
Il reconnaît dans la marche de la Nature (( l’alternative de prépondé— rance de deux forces ant1gonistes dont l’une conduit les êtres au point culminant de leur courbe vitale, d’où elle décline en se faisant résistance et disputant au principe de destruction le terrain qu’elle avait laborieusement conquis >>. La première est symbolisée par les races des herbivores, la seconde par celle des carnassiers.
Et ici, il faut faire attention que, comme Claude Bernard le fait remarquer, ce que nous appelons Vie, ce sont les phé nomènesde désorganisation; tandis que dans ces champs
92 L'INITIATION invisibles que nous disons être ceux de la Mort se passe tout le travail d’accumulation et d’organisation de maté riaux. M. Dube’chot appelle ce levain de fermentation, par lequel tout change sur la terre, le grand Alchismiste: et il reconnaît comme ses trois auxiliaires les plus actifs dans la société moderne le Rhéteur, le Savant et l'Éco nomiste.
C’est à la description de leur rôle qu’est consa cré cet opuscule rempli d’idées à tel point que l’analyse en est impossible. 5. La Mort des Syrènes, par Louis ER‘AULT; br. format soleil, 2 francs, à la librairie de l‘Arl indépendant, [0, rue Saint-Lazare, Paris, 1900. Jason et ses guerriers, maîtres de la Toison d’Or et emmenant Médée, revenaient de Ko1khide sur le navire Argo.
Le vaisseau prophétique passaitprès de l'île Caprée quand les Sirènes, qui, d’après une très ancienne tradi tion, habitaient les écueils voisins, tentèrent, par leurs voluptueux appels, d'arrêter les navigateurs triomphants.
Les héros, déjà, cédaient au charme fatal, quand Orphée, un des chefs de l’expédition, saisit sa lyre divine: le chant de gloire du mage rendit ses compagnons à eux— mêmes; Argo passa au large; les Sirènes, désespérées, s’abimèrent dans les flots où elles furent métamorphosées en écueils. .
Ce duel lyrique d’0rphée et des Sirènes (les propres sœurs de l'aède par leur mère, Kalliope), tel est l’objet de la première partie du nouveau poème de Louis Ernault que publie l‘Art indépendant. Dans une seconde partie, l’auteur de la Douleur du Mage et du Miracle de Judas a essayé de dégager, du vieux mythe hellénique, le symbole, universel et d’éter nelle jeunesse, qui s’y trouve impliqué. \ BÊWŒE‘. ES RËVŒES La Thérapeutique intégrale poursuit son œuvre si éminemment utile de fédération homéopathique. Elle
REVUE DES REVUES 93 annonce que, dès son prochain numéro, elle va remettre à jour la liste exacte des médecins et pharmaciens ho— méopathes de Paris. Elle donnera aussi un plan complet de « Paris homéopathique ) qu'elle présentera au Con grès spiritualiste qui doit se tenir en septembre. Le D“ G.
Encausse, en un25ubstantiel petit article inti« tulé : la Société homéopathique d’initiative, démontre la nécessité, pour la propagande del’homéoparhie, de créer une sorte de secrétariat central servant de lien entre les divers journaux et les diverses sociétés. Dans ce but, il va constituer, d’accord avec ses confrères de la Société française d’homéopathie, une société d’initiative ne s’oc cupant que de propagande et d'organisation intérieure.
Elle comprendra comme membres des médecins, des pharmaciens et les personnes qui s‘intéressent à la doc trine homéopathique. Elle se chargera des démarches et des réunions projetées; en un mot, elle jettera les bases de ce secrétariat international qui s’organisera définitüement après le Congrès.
Sous l’impulsion intel ligente et vigoureuse du D' Encausse dont le génie de réalisateur est universellement connu, ce projet sera bientôt chose accomplie et fructueuse : la Médecine s’engage dans une voie rationnelle, synthétique. L’hon— neur en revient au D' Encausse et à sa vaillante revue : la Thérapeutique intégrale.
Le D*‘ Frey publie la suite de sa remarquable Théra peutique des Iatmchimistes et le D' Laurent continue ses renseignements fort curieux sur la Médecine des Chinois. Q *»’4 L’Occultisme constitue seul le véritable savoir, parce que seul il réunit en une vie : la Maihèse, les deux termes extrêmes et opposés qui sont : l‘analyse et la synthèse.
Intégral comme l‘Univers qu’il contient,l’0c— cultisme reçoit l'ultime dépôt des diverses philosophies qui, ayant plongé en lui, consciemment ou inconsciem ment, lui restituent, par leurs conclusions, la somme partielle de leurs vérités. Nietzsehe lui-même, le philo— sophe à la mode, l‘apôtre de l’individualisme à outrance,
A94 L'INITIATION ‘le négateur de toute vérité, Nietzschc, par force, car il n’y a point d’autre issue, aboutit aux enseignements de l'occulte qui unit le pessimisme, l’optimisme, le par» théisme, le déisme, le catholicisme, le christianisme, le judaïsme et le bouddhisme l..Nietzsche aperçoit le cycle -des événements et des choses qui régit le Kosmos, et il couronne ses doctrines de la grande Idée astrologique, E'l’idée du Retour éternel!
C’est ce qu’étudie Verveine en un profond et subtil article de l’Hyperchimie (Rosa Alchemica) de juillet : le Retour éternel de Niet{sche et l’Astrologie. Mais le philosophe allemand conclut à l’identité de ‘l'Univers. Il borne le nombre des combinaisons et des possibles qu‘il juge indéfinis, non infinis. Telle est son erreur : Nietzsche n’a point compris dans toute sa splen deur la formule de l’Astrologie sur laquelle il s'appuie.
Il n’a que pressenti la révolution, le cycle restreint d’iden tité. La loi du Retour éternel est autrement vaste : elle >rêgit des cycles semblables. mais non point absolument identiques. Et puis au delà des combinaisons d’un sys tème cyclique d’astres, d'innombrables cycles tracent leurs courbes immenses qui se perdent en l’infini du Temps et de l’Espace.
Le Retour éternel conçu il y a des milliers de siècles par les astrologues fameux qui fon -daient sur lui leurs prophéties, ce Retour éternel, c’est l’aspiration et l’expiration incessantes de Brahm dont le souffle crée et recrée toujours la vie multiforme!
Le même numéro de l’Hyperchimie reproduit, à la suite de cette étude que je ne saurais vraiment trop signaler à l’attention des esprits avisés, un autre magistral article, .1a Médecine occulte, de Sédir, dont j’ai parlé la précé dente fois. Puis le D' Fugairon expose, sous le titre l’Hylogoîsme, une doctrine philosophique du Monde, s’attachant à la constitution générale des corps, à la transmutation des éléments.
A l’origine, dit-il, est la puissance d’être, l’as piration à l’être. C’est là le possible de l‘être. Un être m’est pas produit, mais se produit dès qu’il lui est per .mis de se produire. Si nul obstacle ne s’y oppose, l’être réalisera d'un seul coup tout son possible : il sera donc ,,uarfait. Ce sera le premier être. Mais dès lors les autres
REVUE DES REVUES 95» êtres seront arrêtés par lui et ils ne se produiront que sous une forme imparfaite. C’est ce qui existe, nous assure l’hypothèse métaphysique du D' Fugairon: l’êtrer parfait excite à se manifester les autres êtres, mais il les. limite. ’ I .. .
L’Écno DE L’AU-DELA ET D’ICI-BAS (n° du 19" juillet) lance * un généreux appel à l’Union des différentes Écoles; les trois sphères de la Nature, les trois grandes Puissances dominent etrégissent les êtres de ce monde. Le Destin préside aux formes. il est tyrannique, fatal, violent. La Volonté permet aux créatures de se reconnaître et de s’affirmer. Mais elle les convie aux luttes, aux combats,,. à l‘intolérance.
La Providence enfin organise l’harmonie, supérieure aux naissances, aux morts, aux incarnations et réincarnations, aux tourbillons vertigineux et troublés La Providence, ou règne de l’Esprit-Saint, conduit les créatures vers l’Amour, la Tolérance, I‘Union. Abandonnous donc, nous qui comprenons l’évolution des prin cipes, abandonnons les querelles, les inimitiés.
Dé vouons-nous, synthétisons jusqu'au triomphe de la parfaite Unité en qui se résorbent finalement les doctrines qui semblent les plus disparates. Il y a beaucoup de formes, mais l’essence reste identique et c’est pourquoi nous ne - nous rencontrerons jamais que dans l’Amour. L’Am0ur embrase les corps et ne laisse subsister que les esprits. . Or les esprits sont les mêmes: uns.
Les Sciences divinatoires forment le sujet du second article, très bien et très clairement résur‘ne’. Enseignées dans les sanctuaires égyptiens et indous, ces sciences re posaient sur cette vérité : c Toute forme est l’expression d’une idée. Sur cette donnée, on enseignait l’astrologie,.. la physiognomonie, la chiromancie; les signes de ces sciences sont toujours fixes ; seules les combinaisons va— rient dont il faut comprendre le sens.
La cartomancie,. les miroirs magiques reposent sur des signes fortuits que l’on interprète seion les individus que l'on a devant soi. Les tempéraments fourniront ici la connaissance des. signes particuliers.
96 L’INITIATION Les Annales des sciences psychiques (mai-juin) rappor— tent un cas extrêmement net et probant de télépathie: manifestation d’une mourante sur sa sœur à l’état de veille —— observé par le Dr Marcel Baudoin. Le Dr J. Hé ricourt étudie le rapport entre les sentiments, la mu— sique et le geste, à propos du récent volume du colonel de Rochas sur son sujet: Mne Lima.
Dans la Renne scientifique et morale du spiritisme (juin), M. Gabriel Delanne parle du Congrès spirite et spiritua liste. Il espère que ce Congrès démontrera, d’indéniable façon, à tous les savants, la survivance de l‘âme après la mort physique. Il se rend compte que pour cela il faut par exemple que le « Spiritisme » se dégage de ce bagage encombrant des fausses révélations, des absurdes com munications qui le discréditent.
Combien de fois n‘ai—je pas déjà attiré l‘attention des spiritualistes sérieux sur ce point. Et Papus!
Il n’a cessé et ne cesse de le répéter; les spirites tuent le Spiritualisme, car ils rendent sus pects les faits en voulant à tout prix les attribuer chaque fois à des soi-disant esprits, alors que 999 fois sur 1000 ils sont dus uniquement à l‘extériorisation de la force psychique des médiums ou aux vibrations synchroniques provoquées à l’aide d’un condensateur psychique.
Ce qu'il y a de vrai dans le spiritisme, on ne saurait trop le proclamer, c’est une manifestation de forces « psy— chiques > ou mieux « occultes», puisqu’elles sont incon nues. L’Occultisme est scientifique. Le Spiritisme n’en est que l‘inférieure démonstration. Il est temps aujour d’hui d’aller plus loin. Mais laissons les « âmes ) et les ( esprits » tranquilles.
Au Mercure de France (numéro de juillet), une chro nique de Jacques Brieu sur l’Esotérisme. — Reçu le Ré veil des Albigeois, mais pourquoi faire une Église gnos tique ?? * F. JOLLIVET—CASTELOT. Le Gérant : ENCAUSSE. TOURS. — lMP. E. ARRAULT ET c", 6, RUE DE LA PRÉFECTURE.
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