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1..“ , . . . L In1t1 at10 n Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS I E? O. >i< Docteur en médecine — Docteur en kabbale 48 VOLUME. — 13““ ANNÉE Il SOMMAIRE DU N°10 (Août 1900) »—p<*— PARTIE INITIATIQU E Albert Poisson . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . D!‘ M. Haven. (p. 97 à 102) PARTIE PHILOSOPHIQUE _ Révélation de l’Autorité testimom‘ale . . . . . . .
Marcel Jollet. (p. 103 à 132) Au pays des Esprits (suite). . . . . . . . . . . . X*** (p. 132 à 149) Le Vaudoux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Nathan Zeffar. (p. 150 à 1‘76) Congrès spirite et spiritualiste de 1900. — Ecole Supérieure libre des sciences hermétiques. — Création d’un Institut des sciences psychiques à Paris. — Livres reçus. — Revue des Revues. — Errata.
Tout ce qui conœrne la Rédaction et. les Echanges doit être adressé 87, boulevard Montmorency, à Paris. Téléphone — 690-50 lttministralion et abonnements : 3, rue de Savais, PARIS TÉLÉPHONE — 282 57 Le Numéro 1 UN FRANC. — Un An : DIX FRANCS __.‘
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l'essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n'ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Efl”rayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des exper1mentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d‘un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’1nitiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l‘arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cle‘ricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’lnde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. .
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à' tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides\quesiwns d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initiation parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années d’existence. —— Abonnement: toqfrancs ' par an (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.) ‘
L’Initiaîi0n du 15 Août 1900 PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l’1m'lialion [0 PARTIE INITIATIQUE S AMO— F. CH. BARLET, S.'. 1.253 — GUYMIOT. — MARC HAVEN, S.'. I.'. si — JULIEN LEJAY, S.'. I.'. N- -—' ÉMILE MICHELET, S.'. I.'. (C. G. E.) — LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.'. (D, S. E.) MOGD, S.-. I.'. — PAPUS, 8.-. l.'. fQ—SÉDIR, S.'. I.'. — SELVA, S.'. I.'. (C. G.
E.) 10 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABIL-MARDUK. —-— AMELINEAU. — ALEPH. — AMARAVELLA. — D’ BARADUC. — SERGE BASSET. — Le F.'. BERTRAND 30‘ — BLlTZ. — BOJANOV.— BORNIA PIE’TRO. — J. BRICAUD. — JACQUES BRIEU. — CAMILLE CHAIGNEAU. — CHIMUA DU LAFAY. — ALFRED LE DAIN. -— G. DELANNE. — ALBAN DUBET. — A. ERNY. -— FAERE DES ESSARTS. — L. ESQUIEU. — DEI.EZINIER. — JULES GIRAUD. — Dr FERRAN. — L. GOURMAND. — L.
HUTCI—IINSON. — J0LLIVET CASTELOT. —— E. LEEEBURE. — L. LE LEU. — L. LEMERLE. — LECOMTE. —— NAPOLÉON NEY. — G16 C. NOEL. — HORACE PELLETIER -— G. POIREL. —— QUESTOR VITŒ. — RAYMOND.—D' ROZIER.-— L. SATURNINUS. —— Dr SOURBECK .. — THOMASSIN. ——TIDIANEUQ. -— G. VITOUX. —- YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUEOURG.— JEAN DELVILLE. ‘— ESTRELLA. — E. GOU DEAD. -— MANOEL DE GRANDFORD. —'- L.
HENNIQUE. — GABRIEL DE LAUTREC. — JULES LERMINA. — JULES DE MARTI—IOLD. — CA TULLE MENDÈS. — GEORGE MONTIERE. —LÉON RIOTOR. — SAINT FARGEAU. — ROBERT SCHEFFER. — EMILE SIGOGNE. — CH. DE SIVRY. 40 POÉSIE G. ARMELIN. — CH. DUBOURG. — RODOLPHE DAR2ENS. ——JEAN DELVILLE. —- YVAN DlETSCI—IINE. -— E. GIGLEUX. — CI—I GROLLEAU. —— MAURICE LARGERIS. — PAUL MARROT — EDMOND PILON. — J. DE TALLENAY. — ROBERT DE LA VILLEHERVE.
__L’INITIAT_IQN_<R’“W L’Initiarion du 15 Août 1900 DIRECTION ADMINISTRATION 87, boulevard Montmorency, TÉLÉPHONE — 282-87 ïÉLÉPHONE — 590-50 ABONNEMENTS PARIS—A UTEUIL PUBLICITÉ : VENTE AU NUMÉRO DIRECTEUR : PAPUS DIRECTEUR ADJOINT : Lucion MAUCHEL Rédacteur en chef : PA F.-Ch. BARLE’I‘ Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un an. 10 11‘. J. LEJAY — PAUL s:nun ÉTRANGER, — l2 tr.
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Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. L’Initiation est l’organe officiel des centres suivants : _Groupe Esotérique. — Ordre martiniste. — École supé rieure libre des Sciences hermétiques. -— Ordre Kabbalist1 ue de la Rose-Croix. — Union Idéaliste Universelle. — . T. L. (section française).
IËIIIIIII‘E IIIJEI’EIDAIT D'ÉTUDES ESII‘IEIIIQIIE8 1,600 Membres — 104 Branches et Correspondants — Groupes d'Études fermés Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée. Pourtous renseignements, s’adresserparlettreà M. Paul SÉDIR, directeur adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. (Reçoit le mardi de 5 à 7 heures).
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Ë PARTIE INITIATIQUE Cette partie est réserree à l'exposé des idées de la Direction, des Membres du Comité de Rédaction et à la reproduction des classiques anciens.) ALBERT POISSON Le souvenir de notre ami Poisson est si vivant en core parmi nous,il nous semble si probable que de main nous le verrons arriver de son pas calme, enve loppé dans sa pèlerine bleue, si évident qu’une bonne causerie sérieuse, instructive, va demain nous réunir encore, que nous éprouvons une sorte de stupeur à écrire sa biographie, à publier des lettres de lui, à nous persuader qu’il n'est plus, qu’il faut en parler au passé.
Au reste, notre conviction absolue est que son esprit, vivant en ceux qui l’aimèrent, demeure présent et actif dans toutes les manifestations de haute science où sa personnalité se fût affirmée s’il avait vécu plus longtemps. Sa mort fut foudroyante : le samedi soir, il travail— lait encore, fouillant les vieux manuscrits de la Na tionale; le dimanche l’emporta.
Mais cette brutalité de la mort ne fut qu’apparente : s’il était la veille debout à son poste de travail, c’étaitgrâce à son admi rable énergie. De semaine en semaine, depuis un an, 4.
98 L’INITJA‘I‘MN 'j AOL‘T la maladie qui le brûlait se faisait plus intense et chaque jour la route lui était plus pénible pour se traîner de la rue Saint-Denis à l’Arsenal .ouà la Na tionale. il arrivait fiévreux, aphone, suifoquant, ébranlé de quintes de toux incessantes;,mais sa vo lonté le maintenait à la tablede travail, sans faiblesse, tout le temps qu’il avait décrété d’y rester.
Voilà de plus hautsenseignementsde sagesseque les plus belles pages de ses livres même: car le livre n'est rien et l’acte est tout.
Poisson sacrifiait à douze ans ses économies à l’achat de vieux livres d’alchi— mie; à dix-huit ans il sacrifiait une carrière facile où les protections ne luiçussent pas manqué, à la pour— suite de la pierre, à la vie pénible et rebutée du chas seur d’impossible; à vingt-quatre ans il sacrifiait les derniers souffles de-sa vie à perfectionner l’œuvre en treprise et déjà si largement ébauchée, à donner l’exemple de l’abnégation.Ceux qui ne reconnaîtront pas làses titres, grades et signature de Rose-Croix, n‘ont pas encore'lu au grand livre desinitia’tions.
Il serait inutile, fastidieux même pour la plupart de donner ici une biographie détaillée d’Albert Pois son: qu’il ait vécu l’année 1880 à Toulouse ou à Paris,qu’il soit entré au collège en maiou en décembre, cela importe peu.
Ce qui frappera davantage ceux qui s’intéressent àla vie de notre frère, ce sera de savoir qu’à treize ans il veillait déjà près de son athanor allumé et courait les quais, le dimanche, en quête de vieux bouquins d’alchimie— plus faciles à découvrir alors qu’aujourd’hui -— qu’à des achats de :cornues, .de vitriol et de charbon passaient ses quelques sous.
41900] ALBER—T' amssom* 99 d'écolier, et qu’il fondait déjà avec quelques amis, plus curieux que sérieux, des sociétés hermétiques où sous son contrôle et sous son énergique autocratie‘ on tra— ' vaillait plus peut-être que dans biend’autres sociétés fo‘ndées‘par‘de plus âgés et de plus titrés qu’il n’était alors.
Plus-tard, à l’âge où l’on: cherche les divertis-a serments, la vie facile des cafés et des cercles, Poisson passait ses journées‘au laboratoire de chimie de la Fa »culte’ de médecine de Paris,. ses soirées dans les biblio thèques ou parmi ses frères (:1), ses nuits, en grande partie, auprès de ses fourneaux, allumés, au prix des plus grandes. peines dans savieille chambre de la rue ‘ S‘z«rint—Den‘is.L'été, il montait peu à peu dans le midi un laboratoire dont plusieurs “photographies ont été conservées et qui promettait d’être, si le temps le lui eûtpermis, le lieu unique de ses travaux en même temps qu’un modèle du. laboratoire-oratoire alchi mique.
C’est decetteépoque que datent ses premiers (1) Albert Poisson donna le concours de sa présence, de ses travaux. de sesiumières à toutes les sociétés initiatiques, à tous les groupes'd'études où l’occultisme,les sciences psychiques, le symbolisme et surtout l’hermétisme étaient accu‘eillis, étudiés ou enseignés. sans distinction d‘école ou“ de secte, espérant y trouversinon la lumière, que chaque homme ne trouve qu'en lubmême, du moins des amis et des frères.
Peut-être voulait il'aussi semer le bon grain dans tous ces milieux et y moisson— ner. ensuite des adeptes poursa Société hermétique en laquelle il avait beaucoup de confiance. En tous cas, Albert Poisson, à l'inverse de tant d‘autres, s’est‘touiours montré très respectueux -detous les centres initiatiques, Martinisme, Rose—Croix,. Franc« Maçonnerie même — et très fidèle à chacun d’eux.
Il n’a jas maisaffiché que deux réserves, mais celles-là formelles, dans sa:tolérante estimede tous=les travailleurs, réserves relatives d’une part au cléricalisme inquisiteur, d’autre part au judaïsme »envahisseur qu’il tenait à bonne distance pour les aVoir'trop connus sans doute.
100 L’INITIATION ouvrages.
Il publia d’abord la Lettre sur les prodiges de la nature et de l’art, de Roger Bacon,puis les Cinq traités d’alchz‘nu‘e, les Théories et Symboles des alchi mistes, enfin en dernier lieu, Nicolas Flamel et l’al— chimie au xrva siècle, la traduction du Livre desfeux de Marcus Grœcus, études sérieuses, où pas un mot n’est mis à la légère et qui, toutes, révèlent la somme énorme de connaissances chimiques, historiques et hermétiques que Poisson, dès sa jeunesse, avait su acquérir.
De ce qu‘un de ses ouvrages fut couronné par l’Académie et présenté par le P' Gantier à cette illustre société, je ne veux pas conclure qu’ilfut meil leur qu’un autre; mais cet hommage rendu par l'al— chimisteà la science officielle en lui soumettant son œuvre est la marque d’un esprit où l'orgueil n’avait pas pénétré et qui respectait la vérité etla science par tout où elles se manifestent.
L'idée dominante de ces œuvres, ce qui en ressort pour tout lecteur attentif c'est : toQue les grimoires réputés fantaisistes et mystifi catoires des anciens alchimistes sont des livressérieux, compréhensibles, et dont le langage pour être mys térieux n’en est pas moins très précis au même titre que les hexagones de Kekale et les équations chi miques dont un ignorant pourrait rire comme d‘in compréhensibles mystifications; 2° Que dans ces symboles déchifl’rés et traduits — hiéroglyphes d’un temps plus moderne — en langage scientifique du jour, des notions vraies 'sur la ma tière, sur sa vie, sur son évolution, des lumières inat tendues sur l’harmonie des sphères d’en haut avec :':»;t;:æeæmæ. - . .....;,,' _....-,...»... M‘a...” ....' m.—.«‘m—d ÿ , ‘, v I r' ' ' 'v' --*vw—
ALBERT POISSON IO I les atomes d’en-bas, une philosophie scientifique universelle apparaissent,toutes notions que lascience avait délaissées, qu’elle ignore, et qui cependant doi vent servir de base à son progrès, à un nouvel essor de découvertes. Ce courageux défrichement de terres réputées im— pénétrables, arides, et même quelque peu hantées de démons redoutables au cerveau humain, ce fut l’œuvre d’Albert Poisson, et devant son œuvre tous les chi mistes, tous les occultistes se sont inclinés; nul n’a contredit à son travail tant on y sentait de force, de vérité, de sincérité. Il voulait ajouter à ces premiers ouvrages de nom breuses pages encore : il avait dressé le plan d’une encyclopédie alchimique,histoire, pratique, théorie et bibliographie. Mais la mortle guettait : il alla, plein de santé, faire à Sens une année de service militaire, ou le surmenage stérile de la caserne le coucha, typhique, dans un lit d’hôpital. Il ne se releva que pour retomber, les poumons atteints. Sans espoir de guérison, le sachant, il prit son sort en sage, et ne s’arrêta dans son labeur sans trêve que la veille de sa mort. Nous avons publié quelques lettres adressées à M. R...‘_par Albert Poisson et qui figurent dans ses notes parmi sa correspondance alchimique avec différents hermétistes de France ou de l’étranger. Ces lettres seront précieuses aux débutants, elles contien nent beaucoup de renseignements pratiques et si gnalent bien des écueils à' éviter. Nous espérons pou— voir continuer cette publication et donner ainsi au -\W
1 02 L'lNITlATION public, peu à.peu, et sans retouche, les. derniers ma nuscrits qu’Albert Poisson et laissés inachevés, en nousquittant. Puissent ces. pages lui susciter des dis— ciples, des amis. de plus, et, si le Ciel leveut, un suc— cesseur. 1 Dr M. HAVEN.
PARTIE PHILOSOPHIQUE l‘Ïl SCIENTlFlQU‘E (Cette pa_rlie est Ouverte aux écrivains de doute école, sans.aucune distinction, et chacun d’eux conserve la responsabilité exclusive de ses idées.) l A LA RADIANCE DES CEL’UÆSI A LA MÉMOIRE DE MORÈSI ‘ RËVÉLATION L’AUTOR‘ITÉ TESTIM ONIALE au sens de la réalisation de catholicité ET DE L’OCTAVE D’HARMONIE MONDIALE PRÉFACE -< Les hommes seront toujours ce qu’il plaira aux femmes, si vous voulez qu’ils deviennent grands et vertueux, apprenez aux femmes ce qu’est grandeur et vertu. » (J.-J.
ROUSSEAU, Émile, liv. V). « Écrire un roman spécialisé en temps, en lieu et personnages, ce peut être bien, mais comprendre, vivre, sentir, croire, soutenir, expliquer, justifier, harmoni ser, arbitrer la grande épopée de la Femme, de la Patrie et de l’Humanité, c’est mienne. » (Note de l‘écri vain. Toulon, Hôtel de France, 29 décembre 1896, iné dit.) -v-. M, ..,,,,.. ,-—,rw.,._, , fi .— -«_,....,.. _ __«,‘.. 4..., .,_., .._., . I- -"f ‘1“"‘" " . . ,. J, ,. \
I 04 L‘INITIATION « Puisque Dieu créa l‘homme à son image, et que la nature trahit partout les principes de la Création, pour accomplir de grandes choses l'homme ne doit pas paraître. » (Le Celle Errani. (Iarnoules, 21 octobre 1897. Hôtel de la Gare, inédit.) « Que ta famille soit toujours la première famille de ton pays ! « Que ton pays soit toujours le premier pays de la patrie! - « Que la patrie soit toujours la première nation des naüons!
« Que — de même l'eau retourne à sa source après iécOndation, — de même le travail retourne au travail leur en distributions harmoniques! « Quand tu auras assolé ton pays et que tu auras unifié l‘intelligence de tes concitoyens, tu pourras aller voyager à l‘étranger, mais tu rapporteras toujours le fruit de ton travail au foyer patriotique. « Telle est la seule loi divine du socialisme dans l’humanité (I). » (Voeu initial. Église de Soudan en Poitou, mai 1865. —_ M. J.) (I) Publié dans l'.ligle de A‘ice, le 21 octobre 1899.
L’AUTORITÉ TESTIMONIALE ET L’OCTAVE D’HARMONIE MONDIALE « Si vis pacem para bellum. » TACITE (Des Mœurs des Germains). ‘ « Sur la cime de toutes les provinces plaçons la croix comme le dernier refuge de l'ordre public. » MIRABEAU. « Tant que nous ne sommes pas convaincus, douter estun devoir. Qu'est-ce qui fait le chrétien ferme, humble, dé— voué ? Une foi sans peut être. il Comte AGENOR DE GASPAR1N.
M*“° de Staël a dit dans ses remarquables études surl'Allemagne que notre cerveau fonctionne en recher— ches mathématiques ainsi qu‘un ressort qui serait constamment dirigé dans le même sens. _ Pour qui sait lire une pensée, là se trouve tout le secret du jeu de la Conquête, en tant que conquête religieuse, militaire, financière, géniale et libératrice.
La se trouve l’énigme des évolutions humaines à travers les âges historiques, là la solution du nœud gordien de tous les temps et de tous les lieux. '.<l‘
106 L’INITIATION On peut en trancher le mystère dans quelques mois. Mais pour mettre au point une édiction philosophique, encore faut-il savoir choisir convenablement son cadre afin de faire ressortir tous les reliefs du tableau qu’on veut produire. Et de même qu’entre tous les mots qu’on peut employer pour exposer une pensée, il n’y en a quiun qui soit le mot propre, de même ilen est. de tout élément contingent.
C’est encore ce qu’a voulu nous indiquer M“la de Staél dans-la. même étude : « Les vraies causes finales de la nature, nous dit-elle, ce sont les rapports avec notre âme et avec notre sort immortel. Les objets physiques eux—mêmes ont une destination, qui ne se borne point à la c0urte existence’ de l‘homme ici-bas.
Ils sont là pour concourir au déve loppement de nos pensées et à l‘œuvre de notre vie morale. » Voilà certes une affirmation très catégorique de l’autorité tcslimorzialà, au sens le plus spécifique et le plus généralisé à la f0is de l‘influence du nom, du lieu, du temps et de la personne.
Et.nons.ferons remarquer que cette affirmation nous vient d’un nom. prédestiné entre tous, qu‘elle émane d‘études sur un pays considéré comme pays ennemi, et qu’elle nous vient d’une femme qui était la fille du financier Necker. ’ Or la première loi de stratégie est de retourner l’arme d‘un ennemi. contre lui—même.
C’est suivant une aspire; tion. analogueque les.Françs mérovingiens se battaient. avec. la. francisqpa, courte. hache à. deux tranchants, qu’ils maniaicnt avec.vigueur et précisiomcontre leurs adversaires. Geai; par une. extension applicative de la doctrine de M” de Staël que nous. afficherons donc ce pre mier. principe, publié en premier témoignage dans l‘Aigle de Nice (Aigle de. Victoire.) :. « Toute génération est acte de conquête.
RÉVÉLATION DE L’AUTORITÉ TESTIMONIALE 407 _ ,.._......_..a... ....—= . .-s.- r-... .---.-. u La conquête repose sur le principe de la pénétra tion balistique. « La balistique puise ses qualités dans ta diminu— tion des trajectoires.
« La trajectoire représente le rapport variable entre la ligne droite qui joint le point de départ au point ‘ d‘aboutissement, et les déviations provenant des influences ambiantes. , « Dans la Grande Physique Universelle, les généra tions animiqueset organiques sont de même régime, et restent toujours soumises à la loi des sexes *: intel Ject imaginatif, le masculin ; intellecl applicatif, le féminin. _ ' u Le masculin est un pouvoir, 'le féminin une puis sance, ils tendent à la Conquête géniatle par la réalisa— tion auto-dynamique de l‘Hermaphrodisme intellectuel. .« La Conquête Géniale appartiendra donc à une Unité d’intelligence sûre, d’orientation nette, de volonté irraturable; qui saura affirmer bénéficiairemeut l‘in commutabilité du Régime éternel de la Nature en la référence tôute respectueuse et consciente des Voies providentielles, » C’est également en restant en communion de pensée avec M“ de Staêl que nous dirons : « L’Humanité se compose de morts et de vivants, et les vivants portent témoignage de la terre au ciel pour les morts, et les morts portent témoignage du ciel à la terre pour les vivants, en fonction de l’arbitrage divin. » Car nul ne saurait arbitrer la sphère où il évolue.
Voilà pourquoi il faut des morts et des vivants puisque n’a point encore été réalisée l‘unification influencielle des puissances animiques et des puis— sances organiques. 1 « Et si vous ne faites pas la première mort, dit Jésus, vous n’aurez pas la vie éternelle. » Mort par la vie, vie par la mort, telle est l’oscillation
108 L'INITIATION inévitable, le tic tac constant de l‘horloge éternelle, le double battement du cœur de l‘univers, que repré sente symboliquement le Sacré-Cœur de Jésus. Et le rythme reste le même, l‘oscillation reste identique dans tous les temps et dans tous les lieux. Pénétration de la puissance réversible de l'Autorité testimoniale au sens universel; c’est en ce principe que consiste tout le secret de l’énigme sociale.
Le témoignage, c’est en cela que consiste la condition absolue du progrès, de la marche en avant, de la con quête de l’avenir. Naissance, mariage, décès ne sauraient s’accomplir légalement sans la sanction testimoniale.
Pour reconnaître la loi du progrès. pour pénétrer utilement la portée de ses enseignements, il faut donc étudier avec soin l‘autorité testimoniale sans laquelle ne saurait s’accomplir aucun acte de quelque impor— tance, tant au sens religieux que social et politique. Témoins de baptême, comme témoins de mariage assument souvent une responsabilité dont la plupart n‘ont même pas le moindre soupçon.
Baptême et mariage, ce sont la deux actes dont bien peu cherchent à pénétrer la portée, et dont le rapport se résout dans la mort, acte final intermédiaire de deux sortes de vies.
Pour l‘homme auquel a été conféré ce droit, comme chef de la communauté présente, passée et future, le premier acte d‘autorité testimoniale vis-à-vis de l‘en semble de ses concitoyens, c‘est le vote d‘élection qui reste solidaire de la vertu de majorité, et de l’honnêteté civique. \ De même que témoiguer en acte de baptême ou de mariage, c‘est solidariser son sort avec ceux pour les quels on porte témoignage; de même faire acte de vote électoral à quelque degré que ce puisse être, c’est solidariser en un sort commun les aspirations de la généralité, des collectivités et des individualités. Et Lin-na“ ‘
RÉVÉLATION DE L’AUTORITÉ TESTIMONIALE 109 c’est en cette considération que tiennent surtout les tendances populaires qui, après s’être affranchies des régimes surannés, mais non moins préparateurs du progrès, aspirent vers une ère nouvelle de légitimité républicaine.
En justice, pour éclairer la religion des témoins et des juges, on fait appel à l’art de la jurisprudence et au talent de l’avocat; de même pour éclairer la reli gion des électeurs et des candidats, on a recours à l’instruction des classes enseignantes, qui ont aujour d’hui comme principaux éléments les organes' de la Presse.
Nommer innocent ou coupable, devant un tribunal, un prévenu, telle est l'action grave du témoignage en auto— rité de justice. D’un témoignage peut donc dépendre l’acquittement d’un coupable, la condamnation d’un innocent. Cette portée du témoignage que nous signalons ici doit être prise en considération d’une façon plus capi tale, quand il s’agit de la grandeéchelle électorale.
Elle s’étend alors sur l'autorité du nom, du lieu, du temps et de la personne, qui doivent toujours se trou ver en rapport légal.
Faire acte d’électeur, dans n’importe quelle circons tance, est chose de la plus grande importance, dont fort peu se doutent assurément, et un mandataire ne saurait jamais dépasser le droit qui lui vient du peuple, quelle que soit la ramification représentative où il opère, chaque ramification ne pouvant contenir ni transmettre un courant plus considérable que celui qu’elle a reçu.
Cette loi relève du régime immuable de la multipli cation génératrice des forces en continuation ration nelle : n)< n:n. De lui tout part et à lui tout retourne. Voac populi, vous Det‘. « Plus une parole ressemble à une pensée, une pen— sée à une âme, et une âme à Dieu, et plus tout cela est
.1 10 [L’INTTIAZI‘ION ‘beau. » Dieu, n‘esbce:pas là en elft‘et;le point de départ commeid‘aboatisæment en tout '? N‘est—ce pas lui l’Énigme de la :Syuthèsenniverseikæ? 'Il est donc beau »et louable dechercherà pätétner les arcanes suprêmes qui gisent au sein de «cette Grande Synthèse.
Les encouragements ne doivent donc point être ménagés aux pionniers de la Science : « d’Unjon’fait la force! » Et nous ne devons jamais perdre devise cette vérité: Pour créer, il faut toujours deux éléments : la force de l’inspiration, la force de l‘exécution. La premièœ force prend sa source dans l‘intellect imaginatif, la seconde dans l‘intellect applicatif, esprit et matière.
Ces deux principes, intellect mâle, intellect femelle, complémentaires l‘un de l’autre, existent toujours en ce monde, et leur accouplement dorme naissanceaux grandes découvertes comme aux grandes révolutions sociales.
Si, par exemple, nous jetons les yeux sur Alva Édison, le grand électricien du Nouveau Monde, nous remar— ‘ querons qu’il n'y a pas la un seul homme; Édisonest une collectivité anime-organique, il représente les phases progressives d’une évolution scientifique, com— posée deprincipes d‘inspiration et d‘exécution. En lui se dessine la résultante d’une réunion de composantes fonctionnelles.
Il a recours dans l’application de ses stra vaux à de nombreux collaborateurs. C’est en cela, d’ailleurs, que consiste tout le secret du fameux génie américain. Et n‘est-ce pas rigoureu— sement logique et conséquent, puisque-cette Amérique elle—même, en dépit de son apparence disparate, est une nation foncièrement composée de principes unis et convergents (1). 21) Extrait d‘uue proclamation remise à M. le Président Félix Faure au mois de septembre 1896, aux manœuvres des
RÉVÉLATION DE L’AUTOMTÊ TESTIMONIALE 111 Ghez nous,aucontr’aire, en contrepartie flagrante: de la devise républicaine: Liberté, Égalité, Fraternité, dans laqyelle,.sur les édifices publics,.on a. oublié le trait d‘union, signesymbotiqpn: de toutes les soeiétés secrètes de Chine, dont. les agissements bouleversent actuellement notre monde contemporain, tout marche au rebours.
« Moins une: parole ressemble à une pensée, une pensée à: uneâme, et. une. âme à Dieu, et plus tout. cela estaffreux. Innonscience et-brutisme, tel est le résultat. >> Les soucis de la vie matérielle dominent.de plus.en plus et finissent même par annihiler chez nous: les aspirations intellectuelles. Moins on. sait, moins on veut savoir;.moins on observe, moins on veut observer. C’est le cas d’un abîme sans fond.
On s‘en éloigne pour ne pas avoir à.en mesurer lapro fondeur, tant on se refuse à réfléchir dans l'entraînement desv ces malheur muses coutumes, qui sont bien devenues. hélas! une seconde nature, et tant; est devenue applicable la:portée réversible de cette belle maxime de Fontenelle : w On est d’autant moins dédaigneux à l‘égard des ignorants qu’on sait davantage soi-même, can on.saih mieux alors combien on leur ressemble. » L’homme, de plus en plus, refuse de chercher à‘ seconnaitre; il a peur‘ d‘avoir: peur, il a peut: dÏa-per cevoir combien il ressemble à l’.animal.ll a peur. de; voir tomber ce prestige factice qu’il: s’est: adjugé-à lui-même; il a peur, lui qui s’est.proclamé. superbement le. premier de la.création, d’avoir à constater qpe peu. -Charentes, en faveur de l'alliance Franco—Russe ctde l‘avè nement prochain de la conquête géniale.
Nous nous adressions à M. Félix Faure parce qu‘il ne ' sortait d‘aucune école et parce que la réserve appartient aux indépendants; mais élu illégitimement, comme nous -l’exp‘liquerons,.il n’avait pas droit dàrbitrage en la? ques— tion, il n’a pu être que passif.
I l 2 L’INITIATION I à peu, aujourd‘hui, il en est peut-être devenu le der nier. ' Il devient à lui-même son propre fantôme, et son inertie et sa passivité sont devenues telles qu’il n’ose plus faire le moindre mouvement pour écarter le voile qui recouvre ce fantôme.
« Le regret,l‘erreur et l’espérance ne proviennent en nous que d‘une conception exagérée, relativement à une pensée, un désir, un t‘ait, à la possibilité desquels nous avons cru, croyons ou voudrions croire. » —— (Cler mont—Ferrand, 16 novembre 1895.) Cette pensée,dont nous attribuons l’inspiration au souvenir vénéré par nous de Blaise Pascal en sa ville natale, contient en essence l’analyse et la synthèse de toutes les actions de l'Humanité.
C’est en nous appuyant sur une méthode d'observa— tion à la portée de tous que nous voulons chercher, tant dans des enseignements écrits que dans des cau— series contradictoires, car de la discussion doit toujours jaillir la lumière, à faire toucher du doigt les causes si multifaces de nos malheurs sociaux, contre lesquels nul n’essaie plus de lutter de nos jours, entraîné sans aucun esprit de réaction par la force inconsciente et irraisonnée de l‘ambiance.
Pour juger la société, c‘est-à-dire l'ensemble des per sonnes, il manque à l’homme l’étalon comparatif, que peut seule lui révéler la connaissance de soi-même.
C’est en s’appropriant faussement dans son immense orgueil, par un renouveau d‘inspiration de la trinité démoniaque, et dans son immense déraison, le principe de théogonie, que la direction maçonnique en son ins tauration antipapale à Rome, où elle s'affirme sous forme d’empire judaïque à l’encontre du Vatican, s’est attribué le triangle comme critérium dans la marche du progrès. Nous ne saurions en une telle figure trouver place pour l'idée de perfection.
RÉVÉLATION DE L‘AUTORITÉ TESTIMONIALE 113 Ne serait-il pas plus raisonnable de figurer l‘huma— nité en un cadre rectangulaire ‘?
Aux extrémités d‘une diagonale la personne, première base, et la perfection, but à atteindre; aux extrémités de l‘autre diagonale la famille, union des personnes, et la société, union des familles, en plaçant, bien entendu, la société vraiment et raisonnablement progressiste à l’angle le plus rap— proché du point de perfection.
' Nous croyons opportun de faire remarquer à ce propos, que dans l’adaptation d’un tel schème, si les quatre éléments arrivent à se trouver en équivalence dynamique,nous obtenons le carré, carré dont l‘image évoque par cela même l’idée d‘un cinquième élément, de concentration harmonique, une valeur diapasonique.
Si, étant donné le carré, nous exaltons ce carré d‘une hauteur égale à chacune de ses dimensions planes, nous obtenons un cube qui évoque en nous l’idée de la croix. Car si nous développons les parois du cube, nous obtenons exactement une croix.
La figure cubique donc représente la croix repliée sur elle-même, en réserve pour ainsi dire, ainsi qu‘elle dut être avant l’avènement du Christianisme, ainsi qu’il convient de l’envisager également, en tant que prenant ses‘ positions de défense contre les ennemis de la chrétienté.
La linéamentatio'n projectionnelle représente un carré dont les quatre côtés figurent les cordes de quatre arcs égaux, et dont les intersections marquent les quatre points cardinauœ, les points d‘orientation, cardo gong. La croix exaltée pour le supplice du Christ et pour la Rédemption des Humains éveille l’idée du nombre 4.
Elle l‘alfirme figurativement tout en réservant la pensée de la quintessence, produit de la sublimation, fait d‘étalon comparatif dont nous avons parlé plus haut, fait d’impartialité et de catholicité vraie, v.at0’ ôlov, selon l‘entier. Nous avons d’ailleurs toujours attribué toute
1 14 L'INITIATION science. à Dieu, Dieu la. dévolut tout d‘abord à ses anges, et le premier de tous. à- Lucifler, _ le porte-1 lumière, qui enfit part aux adeptesde son culte, sans toutefois leur enrévéler l'origine; La.scienee fut ensuite distribuée par sélection; elle l‘utdévolue tout d‘abord aux.indiuidus, Moïse et les prophètes, puis aux.graupes,. les disciples apôtres, puis aux masses,les races prédes— tinées, les eucharistiques.
Les évolutions humaines ne furent.doncjyamais qu’a fluctuation entre les invites de deux sacerdoces opposés. Voilà pourquoi on a pu. dire avec juste raison:.In: mcdio slal virtus.
La valeur réelle réside dans le juste milieu, dans la Médiation. _ Cette valeur inhérente au juste milieu, à la vertu médiatrice, ne peut être réalisée par l’homme, qu’au.— tant qu’il communiera bien franchement avec l’idée d’impartialité, résultat d’élection du rapport bien établi de la vraie connaissance en Dieu eten soi-même.
C’est parce qu’elle n’a pas su. se conformer au prin cipe d‘impartialité catholique, règle invariable des Pactes. de l’Harmonie Universelle des. Mondes et de toute science consciente, que l‘Humanité, toutes les fonctions s‘y-trouvant affreusement confondues, évolue au hasard comme la simple matière,hsans plus chercher d’où lui peuvent venir. toutes ses déceptions. Le Hasard,tel est le grand.propulseur de cettehuma» mité fin de siècle.
Ce hasard, Rabe1ais le. penseur de Chirïon le nommaît le Grand Maigre. x ce. scepticisme arrêta l’évolution de son esprit l’invention de. la quinte qu‘il indiqua sans pouvoir en exposer la portée numérique. Rabelais appelait l’Au—delà le Grand Peul- Être ; nous le nommons, nous, le Grand Simple, Un et Tout, Absolu et Omnipoîenl. Soyons. dtmc. bons disciples, et tâchons. d’eœagérer‘—
RÉVÉLATION DE L’AUTORITÉ TESTIMÔNIALE 115 eœ-agerare —- l’aspiration du maître qui ne pouvait aller aussi loin que nous,car selon te mot de”Roger Bacon, la Science est fille du temps; et les nouveaux venus sont les anciens puisque héritiers des travaux de leurs prédécesseurs. Proclamons donc le Hasard le Grand Maître, et dans les indications du Hasard, etïtrr gens—nous de retrouver la corde d”Harmonie.
Nous savons tous que la grande évolution création nelle est entraînée dans un cycle ou progressent res pectivement les trois règnes de la nature(1). Maison oublie trop souvent que toute évolution progres sive, comme toute gravitation astrale, présente une apogée et un périgée ; on oublie qu’à force de croître, on décroît, de penser on dépense, d‘apprendre [on désapprend, d’armer on désarme, de voir on dévoit, de monter on descend.
C‘est l'énigme de l’Anlhropvmorphisme, état particu lier de l’humanité conservant ses quantités organiques,_ mais aliénant=ses qualités animiques. L‘anthropomorphisme a pour contrepartie le zoomor— phisme, état de l’animalité remontant vers ]aquaiité d’humanité. -Qui veut faire l’ange, fait la bête, a dit Pascal. 'L’animal, monte l’homme descend.
Et tout élément de la création cependant, en conscience ou en incons— cience d’action, concourt à la réalisation de l’Harmonie. Œ'ar un acheminement inconscient, mais continu vers 'l‘anthropomorp‘hisme, l’homme a abdiqué peu à peu tout libre arbitre, et telle est devenue son inertie mo rale, telle est devenue sa passivité physique, que ce n’est plus à l’attraction des éléments matériels qu’il obéit maintenant; mais, osons au moins le dire, devenu quantité impulsive, il cède seulement à l’attraction même de leur mirage. (1) Mineralia v’rvunt,wegetalia vivunt et crescunt, animalier vivunt, crescunt et sentiunt. (Linné.) .r.-«, . 1
1 16 L‘INITIATION « La raison qu'on veut opposer à l'attraction, dit beaucoup trop magistralement Fourier,est impuissante même chez les distributeurs de raison : elle est toujours nulle quand il s’agit de réprimer nos penchants. Les enfants ne sont contenus que par la crainte, les jeunes gens par le manque d’argent, le peuple par l’appareil des supplices, les vieillards par des calculs cauteleux qui absorbent les passions du jeune âge.
Plus on observe l’homme, plus on voit qu’il est à l’attraction passion, qu’il n’écoute la raison qu‘autant qu‘elle enseigne à raffiner les plaisirs et à mieux satisfaire l’attraction. » « Quand de telles édictions s’érigent en principes, les résultats se précipitent avec d’autant plus de. rapidité que nul frein ne vient s‘y opposer.
De toutes parts la suggestion hynoptisante et subver— sive règne en absolue maîtresse, et l‘homme a été ' complètement matérialisé par suite d’une interprétation tout erronée et perturbante du principe de Newton. Dans la société actuelle, plus de souci des causes, les effets seuls s’imposent terriblement.
« A chaque valeur réelle s’est substituée une valeur représentative, à chaque réalité une fiction; à l’honnê— teté le voile de l’impunité, à l’honneur le subterfuge de la convention, à l’estime la fausseté de la flatterie, à la franchise la lâche hypocrisie, à l’émulation l’esprit de coterie, à l‘esprit de désintéressement l’enveloppant chéquardisme, à l’appréciation raisonnable, à l'usage modéré et réconfortant du plaisir l’abjéct entraînement desjouissances sans bornes,et même, ajouterons-nous, du côté religieux, au culte vrai qui doit se pratiquer en toute conscience de pure catholicité, selon les lois de l’ethnarchie universelle, le culte faux offert à la fiction, l'adoration offerte au signe et non plus à l‘être significateur, aux dalles même de l’église et non plus au Créateur, à la matérialité de l’autel et non plus à la réelle eucharistie, au temporel en un mot et non plus au spirituel. n
RÉLÉLA'I‘ION DE L’AUTORITÊ TESTIMONIALE 117 C’est ainsi qu’on se. laisse allerà l’idolâtrie, c’est ainsi qu’on roule jusqu’aux plus abaissantes abjections du fétichisme en se laissant glisser inconsciemment au sens de la matérialisation raffinée ou grossière de l’idéal ou de l‘idée.
" ' A la place de la pure bravoure de nos pères, à la place de ce haut patriotisme ancestrale, germe revivi— ficateur issu de la communion des trois messagéres divines de Foi, d’Espe’rance' et de Charité, dites vertus théologales, — parce que poseuses de logique, en leur - affirmati’on des lois portées par le Verbe au n'0m du Principe Souverain. ®sôç ‘Ao’yoç, ne subsiste plus chez les citoyens comme chez les représentants de la nation qu’égoïsme bas et inconscient. » Nous voulons bien la lumière pour éclairer nos aspi rations et nos jouissances matérielles, mais nous recu lons indéfiniment indécis à l’approche du flambeau comparatif, dont le rayonnement salutaire peut seul nous aider à juger sainement nos évolutions.
Si nous continuons à suivre cette voie funeste, si le principe d’intellectualité doit céder toujours le pas au principe de matérialité, ce ne sont plus seulement per— sonne et famille qui vont être compromises, mais bien Société toute entière. C’est à bref délai décadence et ‘ chute définitive de notre patrie et de l’humanité. Caveant causales !
Telle est l’évocation que nous lan— cions dès novembre 1895, de Clermont-Ferrand, et l‘ai sions publier un an après dans notre presse régionale, dédiée à M. Ferdinànd Brunetière. Mais de nulle part ne nous est revenu écho de réso nance sympathique. Seul à sentir, seul à comprendre, nous avons cherché tout seul à découvrir l’énigme. Il est en effet un rapport dont la connaissance semble s’être évanouie des aperceptions de l’humanité.
C’est Cependant ce rapport, perdu de vue ou fausse ment interprété depuis longtemps déjà, qui peut seul constituer le lien de "attache de la terre au ciel, qui peut
x l 8 {L’INITIATlON seul aider chaque peuple à évoluer harmoniquement‘ dans la succession des ethnanchics humaines. Ce rapport des chosescélestes et des choses terrestres est reconnu par tous les systèmes philosophiques, et nous en trouvons l'idée exprimée dans toutes les doc— trines religieuses.
Dans les édictions gnostiques, nous pouvons Lire des maximes analogues : . a En bas les choses terrestres, en haut les choses 0é— lestes, dit la gnose Alexandrine, par le mâle et la femelle, l‘œuvre est accomplie (table d‘émeraude d’Het‘mès). » « Suivre sa vocation, nous dit Henri Taine, choisir dans le grand champ du travail l’endroit où on peut être le plus utile, y creuser son sillon en sa fosse, le reste est indifférent. » Nome sua sorte contentas est— personne n’est contenu par son état social.
Telle est la vérité qu’est Venu affirmer le Christ, il y a dix-neuf siècles, s’exaltant au-dessus de la société juive et se portant arbitre de sa Destinée, grâce à sa réserve de race Celtique. Telle est la vérité qu’est venu affirmer quatorze siècles plus tard l‘héroïque vierge de Domrémy : Jeanne d’Arc, qui avait adopté la puissance de l’épreuve puisque sa devise était : Vive Labeur !
Jeanne puisait dans sa conception si élevée de l’ordre social chrétien, dans son amour immense du Christ, de la Vierge, de la Chrétienté, de la France et de son roi, cette vertu sublime, qui s’eflorça de restituer les nations chrétiennes dans leurs vocations respectives.
Mais comme tout être reste soumis aux épreuves obligatoires de la justification méritée, et comme l‘épreuve est tou jours proportionnée à la hauteur de l’aspiration, la pauvre Pucelle fut trahie de toutes parts, comme son divin maître Jésus messire roy du Ciel ; messagère de Dieu, elle ne putentrer dans Paris la ville du croissant d’lsis, Bar—Isis, — comme Jésus elle dut être excitée sur un bûcher sur la place du Vieux-Marché de Rouen,
RÉVÉLATION DE L’AUTORITÉ TESTIMONIALE 119 ville d‘origine normande, dont. le nom dans les tifinars berbères découverts par Morès à Alger,. décembre 1895, «interprétés par Francis André, et. sur lesquels nous reviendrons explicativement, signifie, en caractère ru— mique, R mouvement, N du verbe générateur; NR- RN. Bancs.
C’est à cette condition seule, au sens métaphysiquey aphysiqpe, religieux, social et politique, que Jeanne put acheter au prix de cette cruelle diamantalion, le droit d’inspirer plus tard. à quelque génie de bienfaisance l’idée suprême de reprendre et d‘accomplir sa divine mission.
VÏUC labeur! s’écria“. la grande Française, agitant sa bannière symbolique, et boutant les Anglais hors du royaume de messire Roy du Ciel, venant doubler à Chinon l’arc trop faible du roi de Bourges, de son arc puissant d'inspiration divine, indiquant la voie aux milices communales par sa bannière franciscaine, à «double signe.
' Le labeur, le labour, n’est-ce pas en effet le rétablis— sentent du rapport constant qui relie toutes choses en ce monde et dans l‘autre ? Le labour, n’est-ce pas cette préparation de la terre qui a pour but de mettre tous ses éléments constitutifs en état de produire? N’est-ce pas, en un mot, la condition de fécondation, de nutri tion, de revirginisation terrienne, la grande affirmation du fabuliste‘? C’est le fonds qui manque le moins!
Le labeur évoqué par Jeanne d'Arc, évoqué par nous— même dans notre proclamation au présidentFélix Faure, c‘est cette mise au point simple et puissante des séria tions progressives nettement indiquées par notre maître et ami le Dr Henri Favre, il y a quarante quatre ans. (Développement de la série naturelle, œuvre commencée à,_Strasbourg, terminée à Marseille juil—
120 L‘INITIATION . let 1856, publiée à Bruxelles etactuellement à la librairie Chamuel). C‘est encore cette reprise synthétique des grands jalons historiques évoquée par M. Louis Liard le 12 novembre 1895,àBlois,à l’inauguration de la statue d'Augustin Thierry.
« Si dans l’ordre des mathématiques, dit l’éminent homme d‘État, la tâche du savant est de distinguer des rapports nécessaires entre des grandeurs abstraites, si dans l‘ordre des sciences physiques et chimiques elle est de saisir dans les phénomènes qui passent des rapports constants de succession; dans l’ordre des choses vivantes, elle est de découvrir des rapports de coordination et de comprendre des ensembles.
«Dans cet ordre d’idées, le vrai savant n’est pas celui qui décrit et étiquette des morceaux isolés, c’est Cuvier, qui sur la vue d‘un fragment, reconstitue un être tout entier. « L’histoire est de toutes les choses complexes la plus complexe’, de toutes les choses vivantes la plus vivante. Elle n‘est pas sans les détails, mais elle n’est réellement que par les ensembles.
On n‘en saurait préparer les matériaux avec trop de soin, ily faut l’éru dition la plus vaste, l’exactitude la plus rigoureuse, mais les matériaux ne sontque les matériaux, l‘histoire vraie, c’est celle'qui les rapproche, les unit, les rend organiques, et les ranime. ’ « Et s'il doit venir un jour où une science nouvelle pourra déterminer avec quelque précision les lois sui vant lesquelles naissent et se développent sociétés, peuples et nations; c’est que cejour-là, après l'immense et nécessaire labeur des érudits, les historiens tels que les concevait Augustin Thierry, tels qu’il s‘est efforcé d‘être lui-même, auront par leurs synthèses donné à ces inductions la restitution des sociétés et des civili sations pa55ées. » Or, faisons-le bien remarquer, ces paroles étaient prononcées le 12 novembre 1895, c‘est-à-dire exacte \
RÉVÉLATION DE L’ÀUTORITÉ TESTIMONIALE 121 ment trois mois après la première conférence Morès, Favre, Polignac, Chabry au Gymnase, Faure, à Cler— mont-Ferrand, et ce même jour, nous év_oquions nous mèmes dans la même ville, hôtel de la Paix, dans une maison nîmoise, une étude restitutive de la Conscience de la Croix, au sens religieux, en corrélatiOn complé— mentaire de l’Inveni‘ion de la Croise, due à sainte Hélène, mère de Constantin.
Il y avait la une relation très nette en tant que lieux, dates et personnes, entre la conférencede Clermont, l‘évocation de M. Louis Liard et notre évocation de la conscience de la croix.
Évidemment, le rapport de ces trois éléments entre euxdoit nous livrer le quatrième élé mentsi nettementindiqué par M. Louis Liard,etle rapport respectif de ces quatre éléments entre eux doit nous livrer l‘élément quintessentiel qu‘avait tant cherché Rabelais, le grand Peut-Être, le secret de l’Écolulion Spirituelle.
L‘histoire a un sens, cela est indéniable; ce sens, il faut le pénétrer en étudiant soigneusement le mécanisme de la mise en œuvre des humains en tant que masses et en tant qu‘individus. « Nous .appartenons en effet à des races et à des variétés humaines,et nous recevons tout l’héritage d‘un ‘long passé; nous avons, s‘il est permis d’employer cette expression, une Ame historique; nous sommes l’un des anneaux d‘une longue chaîne.
« L’âme individuelle jette une note plus ou moins sonore, mais cette note entre dans l‘harmonie d’un con cert et se mêle à un chant qui sans cesse grandit et se développe. , A « En nous retournant vers le passé,nous voyons s‘ou vrir de toutes parts des avenues que l‘ignorance et le fanatisme religieux avaient longtemps fermées. mais, au bout desquelles brillent les trésors intellectuels les plus précieux. , « L'Ame historique est donc l’âme humaine par excellence, et les individus semblent nés pour conserver _. , .. .ÿ.. __ r “, ;_..,.‘V mu:mæx“‘lfl'fl"M W* m—sw . ,"“““ -sç-.._.—. ;-—..‘n "_._.__._. .
12 2 L’INITIATION un type et pour occuper une place dans un ta‘bîeau « L‘histoire est un drame où les races, les nations, les époques expriment des idées, des passions, des aspi rations toujours nouvelles. L’àme qui parle dans l‘his toire est comme une mer qui porterait l’âme personnelle, individuelle et libre, cette mer a ses tempêtes et ses calmes, ses courants et ses écueils.
« Notre liberté consiste à y chercher notre chemin en. prenant pour phares et pour pôles les lumières idéales de l’esprit.
Que le flot nous repousse ou qu’il nous‘favo rise, que nous avancions ou que nous reculions, notre œil doit rester fixé sur le but, notre gloire ne réside pas dans le succès apparent, mais bien dans l‘effet. ‘ conscient. » Ainsi s'exprime, dans une envolée fort éloquente M. Auguste Laugel (Problème de l’Ame, Revue des Deuœ Mondes, septembre 1861‘). ' Mais pour lutter contre un danger, la première con dition, c‘est de connaître ce danger.
Et pour arriver à. cette connaissance, dirons-nous, en reprenant encore la*thèse attachante de M. Auguste Lange], existe-kil une science supérieure, générale, qui puisse comprendre à la fois les sciences naturelles et les sciences histo riques, et qui puisse devenir la base solide d’une ÿp'hiw losophie dont les doctrines établies à postériori et non préconisées comme celles de la vieille métaphysique, seraient le résumé de tous les événements, de tous les rapports, de toutes les lois dont le monde est l'expres— sion à la fois permanente et éphémère, toujours ancienne et toujours nouvelle ‘? .
« Que l‘attention du penseur se porte donc sur cette partie de nousmême qui nous rattache directement à l'humanité, et sur celle qui limite la libre personnalité, sur l’Ame historique et sur l’âme individuelle! C’est dans ce domaine que s‘agitent nos intérêts les plus chers et les plus pressants, la curiosité y devient de. l’émotion, le doute de l’inquiétude. ’v..,,_,_.._,_‘_ «.,.,F‘<.,(æt!« . r»! r“,,_,.am,hwa,fwa,.m, '
RÉVÉLATION DE L’AUTORI’I‘É TESTlMONIALE 123 « Pour chercher Le redoutable secret de notre sort, il faut remonter le flot de l’histoire, mais descendre en. même temps dans les abîmes de notre propre pensée, il faut songer que toute. notre grandeur est dans ta raison et dans. la liberté. Pour nous bien comprendre nousmêrnes, il. faut comprendre ce' qui est hors de nous.
Quand nous aurons reconnu ou plutôt deviné les lois, les idées divines, auxquellesles corps semblent servir d’expression, nous pourrons alors porter un jugement plus ferme sur notre destinée et sur notre avenir. . a.
Les créations Organiques pourront disparaître sur notre planète glacée ou calcinée, l’espèce pourra être anéantie et succomber dans sa lutte contre d‘autres espèces ;des peuplesont pupérir sans laisserd’histoires, des individus peuvent succomber par millions chaque jour,mais une pensée reste et se développe à travers ces évènements. Dieu vitdans le temps et dans la création, dans l’histoire, dans l’homme.
Ce qui en nous est divin ne peut pas périr, notre individualité, notre forme passagère doit s’évanouir. Le vase se brisera, mais le parfum qu‘il recèle n’en conservera pas moins toute sa. force. Sinous rêvons, si nous désirons l‘immortalité sous notre figure actuelle, c‘est parce que notre ima— gination enchaînée par les sens est impuissante à la concevoir autrement. «. Cette soif de l’infini est le plus beau privilège de notre nature..
Est—il donc inutile de chercher à pénétrer lesmystères de l’avenir, ne saurons-nous donc jamais ' rien sur ce monde, d'où, comme dit le poète anglais, nul voyageur n’est jamais revenu ‘2. (a Étudions l‘humanité dans le passé, étudions-noms nous-mêmes dans le présent,, analysons notre âme, comprenons nos devoirs envers la création animée,em— vers notre espèce, envers. notre temps, envers notre pays, envers n0us-mèmes.
Notre tâche achevée, nous n‘aurons plus, suivant une expression devenue grande 51 .M«à .,‘næqfi.xvmW%__ ' ‘\'- ‘fir‘“"‘n« "M""‘“\
1 24 L’INITIATION _ w dans sa banalité apparente, qu’à remettre notre âme à Dieu. n Voilà bientôt quarante ans qu‘ont paru ces paroles profondes, dix ans après la France était assaillie et res tait mutiléeà la suite d’une guerre épouvantable. Aujourd’hui même, trois ans se sont écoulés depuis qu‘un coup de foudre a terrassé le colosse qui incar nait le génie de la domination allemande et le pro blème de l’âme reste toujours sans être résolu.
La matière à notre époque, paraîten effet devoir en serrer l‘esprit, et pour les observateurs superficiels, le génie semble de plus en plus effacé sous les empiéte ments envahissants du machinisme. On sacrifie de plus en plus la valeur conceptive à la force exécutive et sous le fonctionnement trop compliqué de la machine, on tend dejour en jour davantage à étouffer la vertu individuelle, l’initiative personnelle de l‘homme.
La critique contemporaire trahit un état de doute et d‘inquiétude qui laisse soupçonner la connaissance trop incomplète des. événements. Elle manque de ré flexions concluantes,de commentaires explicatifs, d’in dications justificatives. Cela tient, comme nous l’ex pliquer0ns, au régime dirigeant de notre époque ; cela tient à ce que nous avons affaire à des esprits qui su bissent bien plus qu’ils ne comprennent.
Pour la majorité, les faits seuls s’imposent dans leurs manifestations effectives, les rapports de sériation se dérobent à l’observation insuffisante. On oublie cette maxime de Geoffroy Saint-Hilaire : S’étonner n’est pas savoir! . , On perd de vue le point de départ, on ignore la loi de progression dont la connaissance exacte peut seule aider à résoudre l’énigme des évolutions humaines.
Les sciences en effet n’existent que par l’homme, quoique leur objet soit indépendant de lui. Dans son développement scientifique, l’humanité a passé par des phases multiplds. Après la période de -<-N.-—A ‘ , _ _ _ _ ' "’""‘,-æ,.n: ,//v-c f7æfæuflÂmrmmn‘rwM—“g—‘W _, _1 F. >
RÉVÉLA’I‘ION DE IÏAUTORITÉ TESTIMONIALE 125 croyances absolues où la science était réputée hérésie et par conséquent punissable, elle est tombée dans la période de dogmatisme, où chaque partie de la science étudiée et circonscrite par des intelligences diverses est devenue une sorte d’état régi par des lois particu lières.
C’est en quelque sorte lapériode féodale de la science dont nous ne sommes point tout à fait sortis. :< La vraie science, nous dit très nettement le Dr Favre dans son Développement de la série naturelle, consiste absolument dans la perception exacte des rap ports, et la constatation des faits ne saurait constituer la science pas plus que les matériaux même préparés ne constituent une maison.
C’est ce qui explique pourquoi les hommes ont ob servé si longtemps sans même ébaucher la science. On voit alors pourquoi notre époque,si riche en décou vertes, hésite encore à mettre le pied dans la science; c’estque de grands mots sont venus prendre la place des rapports; c'est qu’on ne se figure pas bien ce qu’est au fond la science.
Il 'n’y a à proprement ‘parler qu’une science, quoiqu’il en existe plusieurs objets, qui, scindés ont fait croire à des sciences multiples. Le centre com mun où viennent se fondre tous ces matériaux, c’est le cerveau de l‘homme, c’est cet élément qu’on néglige toujours et alors tout reste sans liens. » Il suffit, pour que tout devienne clair, de savoir com ment l‘homme fonctionne pour arriver à la science.
Il suffit de déterminer la série, le rapport. Il ne faut‘pas perdre de vue ce grand principe que toujours les pro— duits doivent se multiplier entre eux suivant la même progression que les facteurs eux—mêmes. C’est là que dort la vérité,c‘est là la conception qui seule nous permettra de comprendre en une perspec— tive radieuse la suite des grands progrès d'application que nous réservent les leçons de l’avenir. ' Pour ce quiregarde l’étude de la Nature, le problème se pose ainsi, étant donnée l’image, cherchez l’objet:
L26 n’1mrmnou étant. donné l‘effet, trouvez la cause;étant donnée la ‘manifestation, découvrez le principes. Le résultat définitif de la science serad‘établir'la ne, lotion, l‘a liaison entre la créaturejet leCréateur, entre ce quiestl’ait et ce qui.produit. La science bien entendue et sagement. comprise est un lien raisonné, raisonnable entre l’humanité:qæfias«« pire et la divinité qui inspire.
«A partir dela-création, nous dit Eugène Turpin dans son intéressant ouvrage, l‘Univers et laFormaliort des mondes, les mondes appartiennentà l‘hommeqni a défié lors le droit d’en rechercher les lois et L‘organisation; mais, si l'esprit veut remonterplus loin, au risque de: faire une chute plus grande, il est obligé de recourirà bien des hypothèses. n La loi supérieure,.le sens exact,v l’inspiration su— prême, le vrai génie, c‘est la conception et l‘application; harmoniques, là doit être l’aspiration unique de l’être. humain.
Mais bien ardues sontles opérations, biem âpres sont les labeurs dans le jeu serré dela:conquête: géniale et libératrice. Nous n‘enlrcprendrona point toutefois de faire ici: le. procès de la science, ce; n’est ni le lieu, ni le moment; cuique saura, à chaque chose son temps.
C’est une re— vendication régionale et patriotique que;nous entre— prenons et nous la poursuivrons à bon escient, au nom de notre mérite agricole, industriel et commercial, au. nom du progrès national et international, pour la: gloire de Dieu et la prospérité. de-la Patriefranç_aise,, pour l‘Éterni-té.
Pour cela nous resterons dans. les/lois de Dieu. etd‘e: lhn3ture, nous nous conformerons: à la note même de Factualité contemporaine, la grande note d‘Eæposiliam universelle, eæ—positio, mise au point de dehors, nous: présenterons en cadre général le résultat de, notre: tableau, nous m‘en laisserons apercevoir- tout d’abord que les grands reliefs, les points culminants, nous» ré.— "MMË3Ww “a 4 .,y_l "'
RÉVÉLATION DE L’AUTORITÉ TESTIMONIALE 127 serverons pour des notes ultérieures -l‘eœplication rela tive des anneaux constitutifs de notre chaîne d’har monte.
Nous Signalerons*cependant, tout en la laissadtun peu dans l’ombre pour quelque temps encore, que dans cette œuvre,nous avons sympathiquementassocié la Femme, parce que grande inventrice de I’Humani’té et grande génératrice sensationnelle maisinconsciente desproductions harmoniques par perpétuation vitale. Nous dirons qu’elle 'a été le bras de la force latente dont nous sommesresté la tête.
Il semble à notre époque que -toutegrande découverte doive nous venir d’Amérique, et nous avons, sur la wertn de nos propres moyens, une tendance d’incerti tude qui nous porte à envisager plus favorablement .‘les progrès de nos voisins que nos propres progrès. C’est toujours là, mais en effet réversible, l’histoire rde la paille et de .la-poutre.
C’est une forme particu , ‘lière d’extériorisation fatidique qui étaitpourtant néces» saire à notre dégagement génial. C’est encore la sanction somale de cette édiction christique: Nul n’est prophète-en son pays ‘! Mais n’oublions pas que tout 'proverbe'comm‘e toute force du reste est à fonction réversible, et on peut dire ‘ en contre—partie.
Si nul n’est prophète en son pays, il importe, dans certaines circonstances, à ceuœ qui s’en sentent‘capablesi. d’être prophètes pour leur pays «contre les agissements de ceum qui sont les dirigeants de ce pays.
N’esbce pas là ce que voulait faire pressentir ‘il‘y a un siècle l‘illustre tribun d’Aix, l’intuitit 'Mirabeau, quand il disait : ,« Si une nation se montrait plus désireuse du bien “public qu’expérimedtée dans l’art de l’effectuer, si une carrière toute nouvelle d‘égalité, de liberté et de bon— heur trouvait dans les esprits plus d‘ardeur*pour s’y ç-—«,m.-«--kw—‘v—‘.Ï—\fi_W,»« l‘h\Ww
128 L‘INITIATION [AOUT précipiter que de mesure pour la parcourir ; si l’esprit législatif était encore chez elle un esprit à naître, une disposition à former, si quelques traces de précipitation et d'immaturité marquaient déjà l’avenue législative où elle est entrée, conviendrait-il de n’imposer au législa teur aucune barrière et de lui livrer ainsi sans défense le sort du trône et de la nation ? » De même doit être régimée la marche du progrès, Et, s‘il est admissible que en tant que vulgarisation applicative, l'Amérique paraisse pouvoir revendiquer le droit de primogéniture, il ne saurait en être ainsi en tant que valeur de sélection conceptive.
Que l‘on nous pardonne donc cet élan tout imper sonnel d'orgueil national, c‘est à notre vieille terre de France Gauloise,et Celtique que revient le privilège de la réserve géniale. Malheureusement l‘union nous fait défaut, c‘est ce qui vient paralyser nos forces.
« La science produit intellectuel, le travail produit matériel, le capital produit conventionnel, telles sont les trois grandes puissances qui domptent la na ture. » La science n’est point un sacerdoce, elle n’est le pri vilège de personne, elle est l‘héritage transmissible à chaque membre de la grande collectivité.
Voilà ce qui n’est point admis en France, tout yest désastreusement soumis au joug de l‘estampille de convention, tout y est subordonné à la contrainte de l‘esprit de coterie. C’est une autre période scolastique aussi excluswe que celle du moyen âge, mais qui ne saurait avoir sa raison d'être, puisque la science ne saurait plus aujour d’hui rester en réserve d’école.
Non ! nous ne sommes point encore sortis de cette féodalité scientifique qui a brisé l‘initiative hardie des Gros et des Turpin, mais dont l‘autodynamie appli— , calice viendra, un jour prochain, renverser les bastions surannés. \
rgoo RÉVÉLATION DE L'AUTORITÉ TESTIMONIALE 129 Nous souffrons en attendant de cette haute pression néfaste, mais de même que le gaz doit être comprimé pour réaliser son maximum de tension, de même notre génie national, enserré dans des entraves temporaires, se dégagera bientôt radieux et triomphant.
L’Amérique peut, grâce au dieu Dollar, jouir du monopole de la vulgarisation applicative ; elle ne sau raitrevendiquer celuidela suggestion génio-inventive. En même temps que Pascal inventait la géométrie, il construisait la première machine à calculer. De nosjours, en notre époque de civilisation plus ou moins raffinée, au milieu de tous les progrès scienti fiques, artistiques et industriels, l’effervescence s‘affirme générale et concurrente.
Mais de même que toute reli gion se manifeste figurativement parlefonctionnement de deux sacerdoces opposés, dont il importe de savoir distinguer les invites exclusives, de même dans la successiondes résolutions multiples que nousdésignons sous le nom de progrès, il convientde distinguer les invites exclusives de deux courants qui, tout en suivant le plus souvent deux voies divergentes, n’en concourent pas moins secrètement au même but.
C’est que la lutte contradictoire reste sans cesse ouverte entre le simple et le composé, entre l‘inspiration divine simplificative et la suggestion matério-f0rmelle, raffinée et complicative. Notre occident de réserve n‘est point étranger à la recherche du simple. C’était si simple, s’écrie—t-on quand l’invention est née, comment n’y avoir pas songé plus tôt? D‘accord, mais encore fallait-il y songer, et le simple,c'est la le mérite.
Et trop souvent, hélas ! le novateur ne sort d’aucune école gouvernementale, il n’est revêtu d’aucune estampille administrative, il s’attache à prescrire toute complication, il s’applique à la recherche des procédésles plus simples, il travaille avec une assiduité de tous ’_les instants, mais il demeure modestement dans l‘ombre. Car, faisons—le l.,..q 'ww' 5
130 L’INITIATION I bien remarquer, il se produit depuis quelques années en France et dans les autres nations une évolution toute caractéristique, une sorte de décen tralisation de direction pour ainsi dire, qui, pour passer inaperçue aux yeuxde la plupart, n’en progresse pas moins et au cours de laquelle se tronventattractéesy 1 dans des régions prédestinées certaines disponibilités l géniales encore peu connues. ‘ } Cet élan de reprise; est général, ce renouveau s’ins—« ‘ pire dans la science, dans l’art, dans l‘industrie. l « Mais s‘il est incontestable que le génie soit bien valeur personnelle, il n’en subit pas moins dans l’état de disponibilité de ses évolutions latentes, certaines influences d’affinité de terroir, il n‘en reste pas moins tributaire de certaines sympathies de races, au contact fécondant desquellesil lui est donné seulement de s’af— firmer — ab-firmare et ad—firmare— dans son complexe développement d’extériorité et de manifestation pro» ductionnelle ; il lui faut, pour faire jaillir l’étincelle génératrice, vital sparkle, selon l'expression de Shakespeare, être animé de ce rayonnement sélec— tionné des puissances suréminentes, qui parait devoir rester la réserve d’impénétrabilité de certaines régions (I).
Voilà ce que nous écrivions il y atrois ans dans notre ‘ presse régionale, à la veille de la fête nationale.
Voilà ce que pensait également M. Jules Lemaître le 18 oc—y tobre dernier, jour de la saint Lue: i « Un sourd travail a-t-il dit, se fait présentement l en France, qu’on ne connaîtra nettement que plus tard.. » Aussi avons—nous pensé qu’il était d’opportunité ‘ de profiter de ce moment où Paris présente le micro—- ‘ (1) Comme autorité à notre doctrine, disons que cette évocation nousa été inspirée en novembre 1896, à Agen patrie du grand céramiste Bernard Palissy. v . l ""’*‘r"“"w"*"-w .
RÉVÉLATION DE L’AUTORITÉ TESTIMONIALE 131 »cosme international le plus complet et le plus varié, pour apporter notre pierre au grand édifice social. Nous chercherons à indiquer comment dans la Nature 1’Harmonie naît toujours des contrastes,ou plus signifi nativement des contractes —- cumir’actus.
Nous tâcherons d’indiquer les moyens d’artifice pour relier l’essence du Créateur, à la disponibilité de la créature, lorsque dans ce monde les chaînes de vitalité se trouvent rom pues. ' Nous essaierons de mettre en vue les principes aux quels doit toujours se recorder la créature, pour être »l’harmoniste du Créateur.
' En nous aidant de la documentation historique et de l’enseignement traditionnel, en nous inspirant plus encore des leçons constantes de la Nature, que Roger Bacon appelait si justement la grande maîtresse ensei— gnante, nous chercherons à faire comprendre que rien ne se fait sans la permission de Dieu, et que bien et mal sont les deux termes complémentaires de I’Har— monie dont le principe résulte de l’état d’emz‘e’riorisati0n et d’intériorisation rapportées àla condition médiatrice, mais que toujours Dieu s’appuie sur une sélection .humaine, et surtout sur la femme qu’il a sélectée de l’homme.
De même qu'il y avait dans l’Eden quatre personnes : Dieu, l’Homme, la Femme, le Serpent, 'de‘ même nul fait social ne saurait s’accomplir sans l’accord de tonalité respective et complémentaire entre les trois notes distinctives de l’accord se répétant en ascension gammique de note majeure.
Révélation Témoignage Vulgarisation Sanction DO MI SOL DO » Les deux termes moyens appartiennent à l‘humanité des deux termes extrêmes appartiennent à la Divinité Il . ,‘_,..“,.. ... _R_ .\ .,____g ,,...\._, fi_-.-x,..,. _ . \fln\ «a.._‘_.\ _> fi
132 L‘INITIATION 5 , .s -. ç-.. ., .__s_y_ 1 et la Divinité approuve et sanctionne par les signes sociaux.
C’est donc dans la concordance des invites qu’elle sent lui être faites, « dont elle a porté témoignage de conception intime puis de vulgarisation en,temps et lieu prescrits », c’est dans cette concordance, disons nous, avec les événements eux—mêmes, que l‘humanité peut discerner la voie directionnelle des décisions d’en Haut. (A suiwe.) MARCEL JOLLET.
Au Pays des Esprits (Suite) Je n’étais pas moins populaire que mon séduisant maître parmi ces gueux. En outre que j’étais l’ami préféré de leur fière et autoritaire souveraine, je leur chantais des chansons qui, je me permets de l'affir mer, recevaient des braves plus enthousiastes, des applaudissements plus sincères que ceux dont fut ja mais comblée une prima donna assoluta.
Mes vole/m lieds, mes çangonets italiennes terminées, Juanita et les bohémiennes espagnoles, prenant leurs guitares et leurs luths, nous récréaient de mélodieux concerts. Quelques-unes, parmi les jeunes filles anglaises chan
1... 121, 21: n _,,,_;_,.2. .,« .. . AU PAYS mas esrmrs 133 taient des airs populaires avec une simplicité char mante, rendue encore plus captivante par la singula— rité de la scène, éclairée par la lune et les étoiles.
Une vieille sorcière de la bande anglaise, dont c’était la passion de raconter des histoires, variait les distractions de la soirée au campement, en nous con tant, auprès du feu, des légendes qui auraient fait honneur à Münchausen.‘ Elle me'fit remonter l’his toire de son peuple à l’un des Pharaons.
Elle me fit aussi, par écrit, un récit de quelques-uns de ses états antérieurs d’existence; car, comme beaucoup de ses congénères, elle était « réincarnationiste » décidée.
Finalement, elle me donna à entendre certain soir que, malgré son humble charge actuelle de surveil lante du gigantesque chaudron dont les vapeurs sa voureuses nous promettaientun vrai festin de bohé miens, elle se rappelait parfaitement le temps où elle était « un des grands officiers de certain puissant Pharaon, par les ordres duquel fut construite, sous sa propre haute surveillance, la grande pyramide d’Égypte ».
Par leurs dons naturels d’improvisation, de pro phétie, de clairvoyance spontanée, non moins que par certaines particularités physiognomoniques, ces gens me rappelaient continuellement quelques-unes des castes les plus inférieures, existant encore dans l’Indoustan.
On ne saurait douter que leur vie nomade, leurs relations constantes avec la nature sous ses aspects éternellement variés, ne contribuent singulièrement à développer les facultés de perception intérieure de Wwywzæwwvn*flw - : ‘JËËfl-‘-‘- - " ' ' '
134 L’INITIATION ces habitants des tentes. Mais encore trouve-t-on des vestiges de tendances orientales, dans leurs imaginations ardentes, leurs façons allégoriques de s‘exprimer, dans maintes de leurs coutumes, de leurs croyances religieuses, héritage probable qu’une longue suite de générations leur a apporté d’Extrême Orient.
Leur langage aussi, bien que contenant des vocabulaires entiers d’argot populaire et d’argot de voleurs, tient de la langue sanskrite ; j’y ai rencontré plusieurs mots qui sont du pur sanskrit, sans la moindre adultération. Une tradition vague existe, parmi eux tous, qu'ils vinrent à l’origine de l’Est, qu'ils furent autrefois un peuple puissant, qui plus tard dégénéra et fut dispersé. A mon avis, ils n’ont jamais été qu'un peuple dégénéré.
J’incline, de plus en plus, à croire qu’ils descendent de l’une de ces castes infimes, opprimées, de l'Inde, qui furent chas sées de leurs pays et dispersées sur la surface de la terre, à l’époque de la domination et de la tyrannie ‘mahométane. Les plus accomplis parmi ces gens étaient leurs astrologues. Je trouvai que leurs calculs et leurs méthodes de calculs étaient purement chaldaïques.
Juanita était, dans cet art, aussi habile que les plus habiles, à une exception près. Cette exception, je la trouve représentée en la personne d’un médecin arabe distingué, membre « de la Fraternité berli noise », astronome admirable_autant q—ue mathémati cien, qui professait l’astronomie à l’université où je fis mes études. C‘est lui qui m’enseigna la méthode chaldéenne de dénombrer les étoiles, méthode qui
AU PAYS DES ESPRITS 13.5 n’a jamais été publiée, et qui n’était communiquée aux adeptes que sous certaines conditions. le trouvai là cependant, dans ces solitudes de Cumberland, la substance de cette méthode connue et mise en pra— tique par une pauvre Gitane, qui ne savait ni lire ni écrire: « Voyez, senor mio, » s’écriait-elle, «. je ne saurais vous dire comment je connais ces choses) mais je vais vous le montrer. » Prenant alors une pierre plate ou un morceau de bois uni, elle traçait dessus, avec un morceau de craie, une carte des cieux, divisant les étoiles par lignes, les reliant en carrés, en figures, avec une exactitude qui me surpre nait profondément.
Je répète qu’en substance, sa mé— thode était celle du philosophe arabe. Et cependant le plan céleste que retraçait cette ignorante fille, avec ses doigts et ses piles de cailloux, ne pouvait être que d’origine chaldéenne, 'et de l’origine la plus occulte, la plus secrète.
Juanita m’informa qu‘elle tenait ses connaissances, en cette matière, de son père, qui, comme elle, était chef de sa tribu, et qu’il les avait eus lui-même, en héritage direct, d’une longuélignée d’ancêtres.
« Maintenant, Nita, » lui dis—je, « dites-moi les noms des étoiles que vous avez figurées là, et puis, montrez-les moi au firmament. » Car je désirais savoir si ce n‘était point là, de sa part, pure œuvre de routine, ou, si la jeune fille comprenait réellement ce qu’elle avait dessiné.
Ses yeux noirs fixés sur le res plendissant champ de lumière étendu sur nos têtes, elle commença, dans un langage imagé, poétique, d’une singulière élévation, à me raconter la célèbre Wvw*w* ‘*w‘* ‘ '*‘*""\" v'\‘ -«‘-‘«.w*«xu"‘"‘" "‘"“"“““"’" Î ‘ . ,-. a v;ru!fl’—-‘\>*“ ‘
136 L’lNlTIATION. légende de la religion astronomique, me désignant correctement chaque constellation dont elle parlait. A mon profond étonnement, elle donnait aux astres, non pas leurs noms astronomiques ordinaires, mais me disait leurs appellations, leur histoire cabalis tique, me récitait quelques-uns des mythes s’y rap portant, détails que je n’ai jamais vus nulle part, si ce n’est dans l’antique Zohar ou Livre de la Lu mière.
De plus en plus troublé par l’étrange science de cette sibylle, je m’efforçai, par tous les moyens imaginables, de savoir comment elle avait pu acqué— rir ses extraordinaires connaissances.
Je découvris alors, ce que je soupçonnais d’ailleurs, que les bohé miens ne se conformaient point, comme on le croit généralement, à la religion des pays dans lesquels ils se trouvent séjourner, mais que malgré leurs cou tumes populacières, leur façon de vivre dépravée, ils sont de réels adorateurs du feu, qu’ils entretien nent, parmi eux, le culte sabéen, avec l’ardeur de vrais Parsis. Je ne pus en savoir davantage.
Comme Nita s’extasiait sur certaines étoiles, les comparant à mes yeux, m’appelant son « rayon d’étoile, » je me décidaià changer le cours de la conversation. Je la priai de m’enseigner la chiromancie, « cet art, vous savez, Nita, grâce auquel s'est faite notre première connaissance », lui dis—je.
« La chiromancie, » répli— qua-t—elle, avec un rire plein de dédain; « la chiro— mancie n‘existe pas dans le sens que vous voulez dire, senor; il n’est point vrai que nous disions la foraine des gens par les lignes de la main. Voyez », ajouta-t-elle en prenant ma main d’un geste impulsif,
AU PAYS DES ESPRITS 137 « . . .. J—-«-..— a.. il. - ‘ ’u / _ ,,., _. .. .v,,r, ..., F..—_.—-._—-i-5—«r-_-wo-z w.;r.i..ss n‘hg—1*‘.jywîAu" L- . ..7. . ,.;L et me montrant ses lignes mal définies, « vous n’avez pas de lignes là, comme les gens qui travaillent. Une telle main ne dit rien, sinon que vous ne travaillez pas. Non, non, senor; ce sont vos yeux qui m’ont dit votre triste votre, tragique histoire.
Quand je regarde les étoiles, elles me disent mille fois plus que ces cartes de mes pères; de même, quand je regarde vos yeux. J'y lis votre histoire, votre âme, votre esprit.
Le passé, le présent, l’avenir sont reflétés dans leurs sombres profondeurs avec une netteté, une clarté telles, que, si j’osais les sonder assez longtemps, je pourrais y voir, oui, je pourrais y voir le jour où un glacial fris son parcourra la terre parce que le lustre de votre vie n‘y resplendira plus—Peu importe ce jour, Nita; plût au Ciel qu’il fut demain!
Mais dites—moi donc, avec plus de précision, comment vous voyez tout cela. » « Vous dire comment Nita sait! Cela vient, illu mine mon esprit, tremble sur mes lèvres avant même que je sache les mots qui seront prononcés. Remar quez bien, senor, que mes connaissances me vien nent, par deux voies différentes.
Je regarde d’abord dans les yeux, et à travers les yeux je vois l’âme, je vois ses joies et ses peines, ses moments de tristesse comme ses moments de bonheur; je vois ses affec tions et ses haines, les vicissitudes par lesquelles a passé l‘être, comme celles qu’il aura encore à endurer. Quant à la main, je ne vois pas, je sens ce qu’elle me dit.
Peu de mains sont aussi difficiles à lire que la vôtre, senor, car votre cœur est fermé, et la clef en est confiée à la garde du sombre Maître des esprits que voici là-bas. »
.-‘. , , ...,__ . -w 133 .I.‘IN l’l‘l.\'1'lON Ce disant, elle me montrait du doigt le professeur von Marx, qui .continuait .à lui inspirer une insur montable frayeur; « mais, chez la plupart des per— sonnes dont‘je touche la main, les événements de leur vie passée, présente et future, me sont t’évélés par le flux de leur sang, et cette révélation me pénètre par les doigts, comme si je pouvais toucher les mots qui disent leur histoire.
C'est aussi, senor mio, la manière dont Marianna et Louise (faisant allusion à deux autres sibylles de la tribu) disent la bonne aven— ture. La mère Elsie est aveugle, vous le savez, et ce— pendant elle dit mieux la bonne aventure que n’im— porte laquelle d’entre nous.
Ce n‘est que par le ton— cher qu’elle opère, et parfois,lorsqu’elle pose sa main flétrie sur la tête d‘un étranger ou la robe d’une dame, voire même par le simple contact d’un gant ou d’un mouchoir que son interrogateur a lui-même touché, elle en sait tout autant que si elle avait -lu, dans un livre, leur histoire détaillée. Ne savez-vous point, senor, que ce que je vous dis là est la vérité ? » « Parfaitement, Juanita.
J’ai éprouvé la science de mère Elsie, comme vous l’appelez, et je sais qu’elle dit d’étonnantes vérités. Mais encore ne m’avez-vous point dit comment mère Elsie peut faire ce qu’elle fait, ni comment vous—même pouvez lire ma vie dans mes yeux, ou la deviner par ma main. Voilà ce que je voudrais savoir, Juanita. » « Parce que qu’Elsie est une Gypsie, et que moi— même je suis une Zingara, senor, » répliqua simple— ment la jeune fille. « Alors vous refusez de me répondre, Juanita, re—
AU PAYS DES ESPRITS ' 139 - ._ .- ._—=.«..;.....a.w»,,»,s.i, pris—je, en affectant d’être froissé de sa réticence. Je croyais que vous auriez tout dit à votre ami ; vous me l‘aviez promis ». A ces mots, la pauvre enfant éclata en de passion nés sanglots, en ardentes protestationsde dévouement, de sincérité, m’offrant sa vie, si cela pouvait me plaire.
Je restai confondu, humilié du questionnaire que j’avais fait subir à cette simple, ignorante enfant de la forêt; je pouvais mesurer sa parfaite candeur à mes propres artifices d’homme du monde.
Il devenait évident pour moi, comme pour le professeur von Marx, quoiqu’il usât d’autres moyens que les miens, pour arriver à ses conclusions, que ces errants étaient naturellement doués de puissantes facultés de clair voyance, d’un sens psychométrique remarquable.
Ces qualités sont variables, sans doute, selon les individus qui les possèdent, mais lorsqu’elles existent, leurs possesseurs n’ont recours à la fascination du regard, au contact de la main que comme simples moyens d'entrer en rapport avec leurs sujets.
C’est ainsi que la vieille femme, à laquelle il est fait allusion plus haut, et qui était une des plus célèbres pythonissesde son temps, trouvait le contact d’un objet touché né cessaire au développement de son sens psychomé trique. Ces méthodes sont aujourd’hui assez fami lières aux spirites bien informés.
Mais, aux premiers temps de mes investigations, je cherchais, sans re lâche, une philosophie plus abstruse que celle que m’oHrait la nature elle-même, pour expliquer la mise en action des facultés spirituelles. Mes recherches ont été et seront toujours vaines. Quant aux étranges con
140 L’INITIATION naissances astrologiques que possèdent ces gens, leur origine m’est restée mystérieuse. La possession de ces connaissances implique un certain actif scientifique, ne relève point de dons naturels. A moins que, ainsi que le soutenait Juanita, ce savoir ne leur vint par la voie d’héritage ancestral, je restais perplexe quant à la source d'où ils le tenaient. La pauvre fille n‘avait rien de plus à me dire, c’était évident.
Elle était belle, intelligente, douée bien au delà de tous les gens de sa race qu’il m’est arrivé de rencontrer. Née dans un autre milieu, sa grâce souve raine eût pu faire l’ornement d’un trône, alors que son sceptre n’était que celui d’une tribu de vagabonds. Mais elle était Zingara, et les lois fatales, la liant à sa destinée, étaient aussi imprescriptibles que celles qui marquèrent, d’un trait ineffaçable, le premier fra tricide.
Durant la quinzaine que nous passâmes parmi ses gens, j’appris, les concernant, une particularité qui mérite plus de considération qu’on ne lui en attri bue d’habitude. En tant que race, les bohémiens sont partout reconnus comme d’incorrigibles voleurs. A leur approche, chacun se barricade dans sa maison, les verrous sont mis aux portes tant on redoute leurs visites.
Certains de leurs biographes vont même jus qu’à affirmer, qu’ils vivent entièrement du fruit de leurs rapines, et que leurs soi-disant professions de marchands ambulants et de diseurs de bonne aven— ture ne sont qu’autant de prétextes leur facilitant l’ac cès des maisons ou des bourses des riches. Certes, je déclare ici énergiquement ne point vouloir excuser ce trait particulier de la vie bohémienne. Mais/je veux
AU PAYS DES ESPRITS [41 faire observer que. dans leur foi intime, ces gens se regardent comme des lsmaélistes, et que le genre hu main tout entier est leur ennemi naturel. Ils se con— sidèrent, en quelque sorte, comme chassés de leur pays, dépouillés de leur nationalité, de leur héritage, de leur place parmi les hommes.
Avec cette idée fixe de ne voir en l’humanité que des oppresseurs, ils se croient tout autant dans leur droit, en pillant les riches et les heureux de la lutte, que le peuple élu de Dieu, dans les temps anciens, en dépouillant les égyp tiens. J’appris ce détail suspect de leur moralité, grâce à la confiance illimitée que reposait en moi la belle Juanita.
Mieux que tout autre de sa génération peut être, elle connaissait à fond les opinions secrètes, le tempérament particulier des gens de sa race. J’appris aussi que, bien que n’osant avouer ouvertement ses «opinions, elles constituaient en réalité des articles de foi, courant parmi eux, au même titre que la recon naissance vis-à-vis des gens qui les aident ou les obli gent.
Maintes fois je m’étais laissé dire que le bien de quiconque les avait obligés, mis à leur portée, était en aussi parfaite sûreté que mis sous clefs ou sous ver rous. « Notre honneur et notre gratitude sont les meil leures clefs et les meilleurs verrous dont on puisse se servir avec les bohémiens, » disait à ce propos un de leurs vieux patriarches. Et vraiment ils nous don nèrent une preuve pratique effective de ce sentiment. Le professeur von.
Marx et moi avions apporté avec nous quelques objets de toilette de valeur. De même que notre argent, ces objets se trouvaient épars dans
142 L'1N r‘rmnon nos tentes, à la portéedu premier venu. Souvent aussi: il nous arriva de répandre avec une profusion ten tante, de la menue monnaie parmi les enfants. Jamais cependant un seul objet ne fut touché, un seul penny ne disparut. Mieux que cela, nous eûmes plusieurs fois occasion d’envoyer des messages au serviteur que nous avions laissé à l’auberge.
Les allures de certains de nos messagers eussent facilement pu leur servir de passeport pour l’accès des prisons du pays. Selon les ordres qu’il avait reçus, maintes occasions tentatrices leur furent oflertes par notre domestique de se livrer à de légers larcins.
Jamais cependant nous ne les vîmes manquer à la plus stricte honnêteté dans l’ac— complissement de leurs missions, jamais nous ne les trouvâmes coupables du moindre délit qui pût trahir la confiance reposée en eux. J’ai déjà dit que notre résidence dans le campement, avait été convenue sous certaines conditions.
J’ajou terai que, durant tout le temps de notre séjour, le voi— sinage jouit d’une sécurité parfaite, ne souffrit pas des habitudes de rapines ordinaires aux bohémiens. Une trêve rigoureuse fut observée,.nulle bande de pillards, en quête de mauvais coups, ne sortit de nos rangs paisibles. Enfin arriva le soir du jour où devait finir notre vie de bohémiens.
Quoique nous n’eussions point fait d’annonce for melle de notre départ, nos hôtes s’en doutaient ins tinctivement. Notre domestique avait reçu l’ordre de nous attendre avec nos chevaux, à une courte dis— tance du camp. Jeunes et vieux, depuis les vieilles
AU PAYS DES ÉSPRITS 143 isorcières chargées de la cuisine, jusqu'aux bébés »criards s’empressaient autour de nous, avec un air mi— respectueux, mi-chagrin. Dans les pauvres cœurs de ces réprouvés, des trésors de bonté humaine sommeil laient encore. Nous pouvions juger avec quelle faci lité, sous des influences appropriées, les nobles ins-n tincts, les sentiments d’affection peuvent s’éveiller dans les plus grossières natures.
Quand tout fut fini, que’ toutes sortes de politesses mutuelles eurent été ' échangées, que nous eûmes pu, aux plus jeunes et aux plus vieux de la tribu, faire accepter; de force maints petits présents, la tâche la plus pénible, pour moi du moins, restaitencoreà accomplir. Rien n’avait été dit à notre gracieuse reine concernant notre départ subit. Silencieusement, je montrai du doigt au pro fesseur von Marx sa silhouette pleine de. noblesse.
Elle se promenait sur les bords de la rivière, à une «distance d’un demi-mille de nous, cueillant les fleurs sauvages dont elle avait coutume d’orner ma tente. « Eh bien ! qu’allons-nous lui dire,à elle ?» demanda brusquement le professeur. Quelque peu abasourdi à cette question directe, je m’aventurai à suggérer, à voix basse, qu'il serait peut-être aussi bien de profiter de sa préoccupation, et de partir sans prendre autre— ment congé d‘elle.
« Eh quoi! » s’écria mon maître, pris d’un accès de gaieté inaccoutumée, « fausser compagnie à notre reine bohémienne, tout comme sinous étions des déserteurs, Louis! N'avez-vous point honte d’une aussi déloyale proposition l Non, non: cela ne saurait être. D’ailleurs Juanita est une sybille trop consom—
144 L’INITIATION .. . F p mée pour ne point savoir que l’heure est venue où ses chants de sirène ne doivent plus charmer les oreilles de sonjeuneTélémaque. Mais, n‘ayez crainte, poltron cavalier que vous êtes ! La reine bohémienne pressera notre départ, elle ne s’y opposera point. » « Je ne crois pas, répliquài-je avec quelque hésita— tion. Mais pourquoi cette hâte, mon père ?
Ne pour rions-nous pas attendre jusqu’à demain '1’ » « Demain! répondit le professeur avec rudesse, ce demain pourrait être trop tard. Nous nous sommes déjà trop attardés en ces lieux.
Ne voyez-vous pas que l’incomparable beauté de cette Juanita est l’orgueil de sa tribu, qu’il n’est pas un seul des jeunes gens non mariés de ce monde de bohémiens qui ne la regarde d’un œil de convoitise, qui ne caresse l’espérance vague de conquérir, un jour, ce rare joyau ?
Allons, sot enfant, pressons notre départ, et cela la plus rapi— dement possible, à moins que vous ne comptiez vivre avec, dans le corps, la douzaine de balles que vous réservent les carabines d‘autant de vagabonds, vos rivaux.— La balle n'est point encore fondue, mon père, qui peut me détruire. mon heure n‘est pas venue. » « Ne vous fiez pas trop à la destinée, Louis.
Ces demi-sauvages savent qu’un charme protège votre vie, mais ils ne sont pas tout à fait ignorants des pratiques de la sorcellerie. Savez—vous qu’un certain nombre d’entre eux ont été vus occupés à fondre les monnaies d’argent que nous leur avons distribuées d’une façon. si prodigue, et à fabriquer des balles avec; et savez— vous à quel usage on destine les balles d’argent en magie noire ? » ‘
AU PAYS nus ESPRITS 145 « A détruire ceux dont on suppose le corps invulné rableà de plus vulgaires projectiles, répondis-je insou cieusement. Je suis sans crainte; mais comment avez-vous appris l’existence d’un aussi noir complot, père ? » * « Oh! simplement en me servant de mes yeux et de mes oreilles, et en écoutant la voix de certain petit oiseau qu’on appelle « raison ». Mais, venez! nous perdons du temps.
Je vous donne une demi-heure pour faire vos adieux ; après, vite en selle, et en route pour une nocturne chevauchée. » Quelques minutes après, je me trouvai aux côtés de Juanita. Je ne l’avais point perdue de vue, pendant notre éntretien, tandis qu’elle cueillait des fleurs sur le bord de la rivière, à un demi-mille de distance. Personne nel’avait approchée. Son attitude ne changea qu’au moment où je fus près d’elle.
Comme elle s’as seyait sur une pierre couverte de mousse, je me penchai pour lui parler. Mais de sa voix douce et triste, elle murmura: « Juanita ne chantera plus ses chants de sirène aux oreilles de rayon d’étoile. L’heure est venue où il doit partir, et la reine bohémienne pressera son départ, elle ne s’y ’opposera point. » Les paroles mêmes du professeur! comment avait—elle pu les entendre à un demi-mille de distance ?
Se levant de la place qu’elle occupait, elle dirigea lentement son regard sur la personne de mon maître, que l’on pou vait encore voir distinctement, debout, sur le versant de la colline. D’une voix dure et fière, spéciale à sa hautaine humeur, elle s’écria:« O cruel, insolent homme du monde! Crois-tu donc le bohémien ca— .(vf/
u,6 L’INITIATION pable de mordre la main qui l’a caressé ? Le connais tu si peu que de lui prêter l’abominable projet d’as— sassiner froidement, à l’ombre de sa propre tente, l’hôte avec lequel il a partagé son pain ? » « Que veut dire cela, Juanita? interrompis-je gra vement. Auriez—vous appris que quelque danger me menace, du fait de certains de vos gens ?
Vous ne m’en avez pas prévenu,cependant P « Du danger!» s’écria la jeune fille, en me fixant de son beau regard, sans crainte,avec une indéfinissable expression de tendresse et de reproche. « Vous, senor, en danger ! ne savez-vous point, » ajouta—t-elle, et sa voix abaissée devint presque un murmure, « qu’un charme protège votre vie, et que la balle n’est point encore fondue qui peut vous détruire? Votre heure n’est point venue.
Je ne suis point toutefois inat— tentive à ce qui se passe autour de nous : mais oh ! » s’écria»t-elle, avec un accent d’enthousiasme, ses joues devenant écarlates, « Juanita a enveloppé son Rayon d’étoile d’un charme devant lequel tous les dangers tomberont, toutes les balles resteront sans effet. sinon pour ceux qui les auront dirigées contre toi.
Mes gens peuvent poursuivre les rayons de soleil qui ont ébloui leurs pauvres yeux, habitués à ne voir que l’humble lumière du ver luisant ; ils peuvent, dans leur envie insensée d’une beauté et d’une noblesse qu’ils n’attein dront jamais, te pourchasser après que tu auras laissé, derrière toi, les barrières que même notre rude hos pitalité considère comme sacrées, barrières qui te pré— serveraient de tonte malveillance, dusses-tu à jamais résider parmi nous. Mais le charme dont je te protège
AU PAYS DES ESPRITS [4.7 s’étend plus loin que cela, plus loin que le but que peuvent atteindre les balles de l’envie. Tu peux partir tranquille, tu n’auras jamais à souffrir le moindre mal de la part de Juanita ou de ses gens. » Pauvre Juanita ! le chemin de la vie, sur lequél je l’abandonnais, allait lui sembler d’autant plus soli taire, d’autant plus morne à suivre, que, pour une fois, le soleil l’avait illuminé, et trop brillamment.
Sa destinée allait lui paraître d’autant plus insupportable que, telle une lueur d’éclair dont ils ne devaient plus revoir le fugitif éclat, ses yeux avaient pu entrevoir le rayonnement d’un meilleur sort. Trois jours après avoir quitté le campement bohé mien, un étrange accident nous arriva.
Errants sur les bords d’un superbe lac, nous venions de faire halte pour prendre quelque repos à l’ombre d’un précipice dont les aspérités surplombantes nous offraient un abri contre les rayons du soleil de l’après-midi.
A peine nous étions-nous couchés contre les rochers qu’une immense masse, appartenant à la portion située au-dessus et en avant de nos têtes, se détacha brusquement et vint tomber, avec un fracas épouvan table, sur les cailloux du rivage.
Sous l’effet de l’énorme force développée par sa chute, cette masse s’enterra, à une grande profondeur, dans le terrain mouvant situé à nos pieds, nous emprisonnant dans un espace étroit formé par elle—même et les rochers contre les— quels nous reposions. Au moment même où se pro duisait cet étrange accident, une pluie de balles vint s’abattre dans notre direction. Interceptées par la masse , descendante, elles allèrent se briser de tous les côtés. \
148 L'INITIATION En même temps, le bruit de la décharge de plusieurs carabines vint frapper nos oreilles. Tous ces événements coïncidèrent de telle façon que, pendant quelques instants,nous fûmes incapables de les démêler, de les arranger selon leur ordre de pro duction.
Lorsque nous eûmes réussi à sortir de notre prison provisoire, après avoir pris note des différents points de notre situation, nous trouvâmes la série sui vante de curieuses coïncidences. Nul doute que la roche au—dessus de nous n’avait été pendant long— temps maintenue suspendue dans une position très menaçante.
Si à un certain moment nous n’avions point pris refuge sous l’alcôve à laquelle elle formait une sorte de toiture, elle nous eût certainement écra sés, attendu que nous nous serions immanquable ment trou‘vés dans saligne immédiate de descente. En fait, nous étions restés là jusqu’à la minute qui pré— céda sa chute, lorsque l’aspect attrayant du recoin nous engagea à profiter de son ombre agréable.
Et ce pendant, à en juger d’après le bruit des carabines, que nous avions entendu, et la pluie de balles qui s’abattirent sur la roche en mouvement, il était évi dent que, sans cette obligeante catastrophe, lesdites balles seraient allées se loger quelque part dans nos individus alors couchés.
Que nous étions le but de leur destination, on ne pouvait pas s’y méprendre, car la roche seule interceptant leur course, les séparait de nous; leur volée n’avait pu être envoyée qu’à l’ins tant même de la chute de la roche ou peut-être une seconde avant, car les balles atteignirent ses côtés et sa surface au moment précis où elle toucha le sable.
AU PAYS DES ESPRITS 149 « Ces balles évidemment ont été tirées par des mains d’assassins, Louis, » dit mon maître, après avoir mi nutieusement inspecté la scène. « Et la roche précipitée par celles de nos anges gar diens, » ajoutai-je. « Ou bien par «l’esprit atmosphérique » de la belle reine des bohémiens, qui sait? » dit le professeur, en ' souriant ; « voyez,en effet ; voici les traces de l’œuvre de ses sujets » et il ramassa et me montra une poignée de balles aplaties, faites de pur argent. « Vousvoyez bien, père, remarquai—je, qu’un charme protège nos vies. » « Vraiment oui, » répondit le professeur, grave ment; « mais je crois que nous ferons aussi bien, à l’avenir, d’éviter de visiter des poudrières avec des torches allumées dans nos mains. » (A suivre‘.)
au vaunoux NOTES SUR LA SÛRCELLERIE ET LE FÊTICHISML EN HAITI (Suite) Ces vaccins sont préventifs et efficaces, dit-on, pen dant trois ans; ils peuvent aussi guérir une morsuresi grave que soit l’état du blessé. Ils sont généralement efficaces contre tous les serpents, cependant il en existe de particuliers pour chaque espèce qui sont alors plus énergiques. D’innombrables cas de guérison sont attestés par les docteurs et les habitants de la colonie. Des malades atteints de dysenterie, d’hémorragies graves et considérés comme perdus ont été guéris par des nègres. Mais revenons en Haïti_. Descourtilz, dans son admirable ouvrage et si peu connu la Flore médicale des Antille©, a mis au jourâ peu près toutes les propriétés des plantes d’Haïti. Néanmoinsje rapporterai brièvement quelques-unes de leurs qualités thérapeutiques les moins connues et quelques notes sur la pharmacopée indigène telles
LE VAUDOUX 1 5 1 que je les ai recueillies de la bouche des guérisseurs ou expérimentées. Les accès de fièvre sont l’indisposition la plus com— mune aux habitantsdes pays chauds. Aussi connaît—on mainte recette pour les dissiper.
Au début de l’accès, ou administre une tisane émolliente et rafraîchis sante composée d’une fleur de raquette(Cactus opun— fia), quelques morceaux de liane molle, quelques feuilles d’herbe grasse et de chicorée et un peu d’orge. Continuer pendant deux ou trois jours puis adminis— trer un purgatif.
Si les accès sont violents,on ordonne des bains tièdes contenant un peu d’eau de mer et aromatisés de feuilles d’aloês raclée, de quelques feuilles de quz’nquinajvayx (Ct’nc/zona montana L.) des bois—lait ( Tabernæ montana c2’trz’folz’a L.) et deux oran ges sures (Citrus aurantz‘uni sylvestre L.) coupées en deux, le tout malaxé et broyé dans l’eau chaude.
L’écorce séchée et pulvérisée de mangle rouge de mer (Rhizophora candel L.) prise en substance est un puis— sant fébrifuge. Aux fièvres intermittentes rebelles, j’ai vu opposer avec le plus grand succès la macération dans du vin blanc de la racine de cassz‘er (Cassia fis tula L.) prise trois fois par jour à la dose d’un verre à madère.
Contre les indigestions, un thé léger de feuilles de cotonnier commun (Gossypium) ou d’auocalz’er (Lau rus persea L.) donne d’excellents résultats. A la verrez‘ne queue—de-ral est attribuée une étrange propriété: trois feuilles arrachées de bas en haut et prises en thé agissent comme vomitif; arrachées de haut en bas comme laxatif! Et ceux qui colportent cette
1 52 L’lNITIATION merveille se gardent bien de la vérifier, ce qui lui ôte rait sans doute tout son charme. Au sujet des coliques hépatiques, des personnes de bonne foi m’ont affirmé qu‘une feuille de doradz‘ in fusée dans une tasse d’eau et répétée si besoin est, calme aussitôt la souffrance. Le dorati qu‘on appelle ainsi au Cap—Haitien et à Cuba s’appelle tisane ou ’tit feuille aux environs de Port-au-Prince.
C’est une fougère de petite taille qui croît sur les arbres. En} Dominicanie, on utilise dans le même but le Cadillo de perro. Avez-vous des rhumatismes P C’est une maladie dontles noirs sont fréquemment atteints. Frictionnez vous de térébenthine, enveloppez de flanelle la partie malade et, avant de vous coucher, prenez froide une grande tasse d’infusion de feuilles de céleri.
Contre les coliques menstruelles, ils ont un remède précieux dont j’ai observé maintes fois les bons eflets: le Piper aduncum, qu’on appelleen DominicanieAni— seta, à Port-au-Prince bois anise’ ou d’ant‘setæ. et au Cap—Haïtieri comme à la Martinique grand baume. Une cuillerée à bouche de sa teinture alcoolique dans un verre d’eau sucrée tous les quarts d’heure.
Cette même teinture serait également supérieure au per chlorure de fer contre les épistaxis et hémorragies diverses. Le latex du frangz’pam’er rose(Plup1eriarubra L.) dont on imbibe une boulette de coton qu’on introduit dans la dent cariée est un remède immédiat aux plus violentes crises.
LE VAUDOUX 153 Le gui (i),fauquel les Celtes attribuaient des pro— priétés magiques que les Occultistes ont confirmées, a, en Haïti, une renommée au moins égale et entre dans la préparation des philtres. Aussi l’appelle-t-on le Roi— bois (2). Chacun sait que les nègres, et à un degré moindre les mulâtres, ont les cheveux crépus, laineux, en graines de poivre.
Si l’on en devait croire les on-dit, un bourgeon de roseau vulgaire ou canne marronne macérétrois jours dans un litre d'eau et dont on s’im— biberait chaque matin les cheveux les rendrait plus lisses et plus souples. - Il n’est pas jusqu’à la folie que les houngans ne traitent par les plantes : le balai amer pilé, arrosé de tafia et mis en compresse sur la tête, amènerait la gué— rison.
J'ai suivi à Bombardopolis un cas très net de guérison d’un individu atteint de folie furieuse. Le bocor qui le soignait m’a affirmé n’avoir pas employé d‘autres remèdes. ' L’infusion de feuilles de corossol (Anona murz'cata L. ; Esp. guanabana) est un hypnotique et un sédatif des plus précieux. Aux épileptiques et dans les cas de maladies ner (r) Fabre d’Olivet, Hz'st. phil. du genre humain, t.
I. pp. 207 208; S. de Guaita, le Temple de Satan, p. 360; Saint-Yves d’Alveydre, Mission des Juifs, p. 172; E. Levy, Hist. de la Magie, p. 237, édit. de 1860. (_2) Suivant la croyance haïtienne, les feuilles du gui d'aca— jou et de la verveine bouillies avec sept citrons verts (Citrus medica L.) procurent une décoction qui, si l'on s’en frotte le bras, permet de jeter à terre, d’un simple revers de main, une personne dont on veut se venger!
I 54 L’INITIATION veuses, on donne des bains de réséda (Làwsonia iner mis L.) et des injections intra-utérines de sa décoc— tion. Le chardon-bénit en infusion est un sudatif éner gique comme le gmgembre un sialagogue act1f et un excitant de l’estomac.
Mais il serait fastidieux de continuer une pareille énumération, d’autant que les remèdes aux maladies les plus terribles, telles que le pian, la lèpre, le tétanos et qui offriraient le plus d’intérêt, restent un secret entre les mains des rares guérisseurs qui les connais— sent. ' D’autre part, il serait trop long et sans intérêt de rapporter pèle-mêle tout ce que j’ai ouï dire touchant les vertus curatives des plantes d‘Hai‘ti.
Il y a une trop grande proportion de fantaisie et trop de recettes prêteraient à rire.
Disons seulement que, des préparations auxquelles les noirs ont le plus souvent recours, ce sont peut-être, qui le croirait sous un tel climat, les aphrodisiaques, depuis , le gingembre (Amomum gz’ngz’ber L.) dont l’emploi est quotidien jusqu’au bois {amour (Myrtus pimenta), en passant par le bois bandé ou ’tz't—garç0n et le Jean-Paul localisé au bord de la mer, de la Baie de-Henne au Bord-de—mer de Jean-Rabel.
Nous venons de voir une des faces du houngan médicastre: c’est la face de lumière: retournons—nous vers la face d’ombre, celle du sorcier empoisonneur. Il faut dire que ce n’est pas seulement en Haïti que des nègres font profession d’empoisonneurs publics. Il en existe dans la Guyane hollandaise, parmi les
LE VAUDOUX 155 descendants des esclaves marrons : ce sont les w'ssi— man, de vissi, poison. D’autre part, on doit se .garder d’exagération. « Cette croyance à l’empoisonnement, dit le Dr Corre (I), domine toutes les relations dans les Antilles. Elle est partout. C’est le lieu commun, la fatalité de la littérature coloniale et, par-dessus tout, s’élève la cla nzeurpublique, bien plus haut encore.
Il n’y a pas de maladie de quelque granité, qui nefasse crier au p02 son... Lafolie, lesfièurespernicieuses,poison! le mal d‘estomac, la phtisie, poison! les ulcères mêmes et les maladies externes, poison!
Cette croyance ne recule devant rien. » On ne saurait parler plus sagement, les empoison nements sont beaucoup moins fréquents que la foule ignare ne le croit ; mais ce qu’on ne peut nier, c’est que nombre de gens et des plus haut placés (je n’ose citer de noms) vivent dans la terreur perpétuelle de l’empoisonnement. A vrai dire, les poisons végétaux sont en Haïti peut -être plus qu’ailleurs subtilset variés.
La pomme gonzbi (Datura stramonium L.), qu’on appelle à la Guade loupe pomme poison, le maximier (Hippomane man c1nella L.), le gluttier des oiseleurs (Hippomane bi ,glandulosa L.), le bois rouge (Guarea trz’chz‘lz‘oi‘desL ), la noix serpent, ahouai des Antilles de Descourtilz (Cerbera thevetia L.), le tue—cochon (A rz’stolochia arbo .rescens L.), poisoned hog meat de la Jamaïque, la -—_v. '(1)Dr A. Corre, le Crime en pays créoles. 1 vol. in-16 Paris, chez G. Masson. Sans date. W*æm
156 L’INITIATION brznw‘llz'ère ou poudre aux vers (Spigelïa anthelmia L.), le Quebec (Lobeh‘a longt‘flora L.), le lilas pays (Melz‘a agedarach L.),le mancenillier àfeuille de houx, appelé aussi pommé zombi (Hz’ppomane sp1’nosa L.), l‘achit (Cissus caustz‘ca L.), la liane à scie (Paulh‘nia cururu L.), la liane à cabri (Apocynum maculatum L.), le jasmin pays (Cestrum nocturnum L.), le camé— rier (Camerarz’a latifolia L.), voilà, n’est-il pas vrai, de quoi exercer la sagacité des papas-loi dans la com position de leurs œuvres de mort.
Ils n'ignorent point que, dans la même plante, le même arbre, se trouVent souvent le poison et son an tidode et que si la racine est vénéneuse, la feuille peut être le contre-poison.
Ils savent produire la mort ap parente, comme le décès foudroyant ou les maladies de langueur qui se prolongent pendant de longs mois: ils ont des recettes, dit-on, pour causer la folie, la pa ralysie, l‘impuissance, l’idiotie, comme ils en ont par— fois pour les guérir. _ Suivant Descourtilz, ils préparaient un extrait sec du suc de l’ah0uai. du camérier et du mancenillier et le transmettaient à leur famille pour s’en servir à l’occasion.
La recette n’a certes pas dû s’en perdre, encore que je n’aie pu obtenir de confidences là—dessus. La bananede terre oufigue barrique est une espèce naine de bananier : son fruit encore vert, séché au 507 leil et pilé, serait un dangereux poison. Ils savent aussi que la chair des animaux qui ont mangé des fruits du mancenillier devient vénéneuse et que la pomme de merveille (Momordica balsamina L.) produit des accès tétaniques. '
LE VAUDOUX 157 On les voit encore employer des virus de maladies contagieuses : le pus des lépreux, affirme—t-on, leur sert à transmettre par vengeance cette horrible maladie (1). D’autres fois, on ignore complètement à quels pro cédés ils ont recours pour assouvir leurs vengeances ou satisfaire celles de leurs clients (2). D’autres fois encore, ils demandent aux reptiles leurs venins fou leur base.
Sur l’habitation Rust—en-Werk, près de Paramaribo (il importe peu que la scène se passe dans la Guyane ou en Haïti), une jeune négresse fort jolie était courtisée assidûment par un des tra‘ veilleurs. Voyant ses avances toujours repoussées, il (1) Ce cas est cependant plutôt particulier à la Guyane hol landaise.
M. St.. , adjudant au fort Zeelandia, ayant eu une altercation avec une négresse, est atteint quelque temps après de lèpre, qu'ellelui fit contracter. croit-on, par du pain infecté. — Le D' L... avait tué le cheval d’un nègre.
Celui—ci le menace de sa vengeance; au bout de quelque temps, son fils Charles, âgé de quatorze à quinze ans. meurt atteint de lèpre au dernier degré. alors que cette maladie était inconnue dans sa famille. —— M“° de V. . . devait épouser un officier qui avait pour mai tresse une jeune mulâtresse.
Celle-ci, dans un accès dejalousie, menace la jeune fille de lui donner la lèpre: à quelque temps de là. en effet, elle meurt lépreuse. (2) Une négresse, esclave de la famille da Costa, àSuriname; était d’une force peu commune; il lui arriva un jour de frap per violemment un nègre: « Vous m‘avez battue aujourd‘hui: mais vous ne battrez plus ini moi ni personne. » Quelques jours après, elle est saisie de douleurs rhumatismales général lisées et un amaigrissement extraordinaire survient.
Toutes les articulations, celles même de la têtesjouaient et pouvaient s'al longer d’une façon anormale. Elle mourut bientôt malgré les soins des Dr5 J. Delmonte Lyon et Mousanto fils. -— Le D? L... frappe un nègre. « C'est la dernière fois que vous me frapperez, » luidit celui-ci avec force menaces. Quelque temps après. il est atteint d’une affection rhumatismale à laquelle les médecins ne purent rien.
Plus tard, un nègre le soigna: ses douleurs disparurent et il ne lui resta qu’une contraction des doigts. m WZË?ËWREn3ÜHM*MM1.MS&WŒ“ . . . “___
t 58 . L’INITIATION finit par se retirer, mais depuis ce jour on remarqua, sans savoirà quelle cause l‘attribuer, que la jeune fille s‘émaciait, s’alanguissait, et finalement elle mourut de consomption.
Aquelque temps de là, sur son lit de mort, le travailleur avoue que, de dépit, ill’avait em— poisonnée en mêlant à ses aliments par dose infime et répétée le mucus découlant de la gueule d’un iguane qu’il avait suspendu tête en bas jusqu’à ce qu’il mourut. Mais en vérité en voilà assez sur ces abominables pratiques.
Remarquons seulementqu’en Haiti comme aux Guyanes ou en Europe, les procédés de la magie empoisonneuse ne varient guère et que ce qu’on écri vait il y a plusieurs siècles sur ce sujet est encore vrai aujourd’hui. MAGIE NOIRE ET MAGIE DES CAMPAGNES _ Nous arrivons au véritable caractère du bocor, à celui de goétien, de magicien de ténèbres : nous allons entrer jusqu’au tréfonds de sa sottise, de son ignominié et de sa folie criminelle.
Pour ne point allonger ces notes outre mesure, nous passerons brièvement en revue la lycanthropie,le, uampirisme, les envoûtements, les sorts et maléfices, la fascination, les philtres et amulettes et nous termi nerons par quelques mots sur la magie des cam pagnes. Les pratiques de sorcellerie et de goétie des bocors n‘ont pas, à vrai dire, une origine exclusivement afri w.,_._ , . » . . ‘ “' "“. ' """“"‘WW—cru mn".,«4—-ruw—nm4fi“wm .. , w‘: . , , , 7_ I . “ . s _
LE VAUDOUX ' 159 caine, et « l’héritage des superstitions léguées par les grands—blancs et les petits—blancs, n’a pas encore dis paru (I) ».
« Plus d’une. venue directement de la France des xvn° et XVIII” siècles, a passé des maîtres aux esclaves et s’est perpétuée dans les populations créoles par la tradition, comme par la lecture de mauvais petits livres dont le colportage inonde nos campagnes et qui sont plus répandus encore aux colo nies : le Dragon rouge, la Poule noire, le Grand et le PelitAlbert(2). » ‘ Grâce à la défectueuse organisation de la police et à leur goût inné du mystère qui les rend tous com plices, ils ne craignent point parfois de suivre à la lettre le texte de ces grimoires sans reculer ni devant le crime ni devant le sacrilège.
Les crânes humains, entre autres, sont renommés, soit pour donner plus de force aux incantations, soit pour rendre invisible leur-porteur. Est-il donc si difficile de s’en procurer P A Léogane, un ingénieur qui construisait l’usine Mon fleury avait à son service une négres‘se.
Arrivait-il à son chantier, tout autour de lui les ouvriers chucho taient ou chantonnaient des phrases où revenait sans cesse « tête de mort, tête de mort ». lntrigué à bon droit, il en demanda l’explication à son boss ou con tremaître. Après beaucoup d’hésitation, celui-ci lui apprit que la domestique qui le servait venait de purger trois ans de prison pour commerce de têtes de morts. Elle les déterrait dans le cimetière et se rendait (i) E.
Reclus, Nouvelle Géographie universelle, t. XVlI ; les Indes occidentales, pp. 772-799. (2) Dr A. Corre, op. cit. 4.1 r‘uu‘.a‘s. ' Av)‘.L'Ï'”‘Q« ‘s......fl. __,...-\W,I.g.—n. _-u.».x‘»«- .m afi... x u.—Q.‘.ää.. Mac—«d w«— W *W-u—nfla
160 L’INITIATION [AOÛT , -..... à l’Arcahaie les échanger contre des vivres ou légumes du pays. A Léogane encore, une maman-loi venait de mourir. 'Sa fille, fort désireuse d’hériter des avantages de sa profession, s’en fut trouver un houngan et lui de manda conseil. « N’est-ce que cela ?glui dit-il.
Puisque les lois de votre mère étaient dans sa tête, prenez-la et la mettez dans votre case : ses lois deviendront vôtres. » Ce qu’elle décida de faire; maisle secret fut mal gardé.
Dans la nuit où devait s’accomplir cet abominable sacrilège, le commandant de la Place fit embusquer quelques soldats : quand les houngans et la postulante furent près de déterrer le cercueil, il commanda le feu : plusieurs de ces misérables furent tués sur place et les autres s’enfuirent. Il n’est guère de grimoire qui ne donne quelque recette pour se rendre invulnérable aux balles ou aux coups de sabre.
C’est un charme très prisé en Haïti et pour cause. J’ai connu un certain nombre de gens m’affirmer et de l’air le plus convaincu du monde qu’ils avaient été lavés contre les balles et les coups de manchette ou qu’ils possédaient des ouangas ou talismans à cet effet. De toutes les croyances répandues parmi les Haïtiens et les noirs des Antilles en général, la plus populaire est celle de la sortie en astral, ou de la bilocatz‘on ma— gique (I).
Ces fantômes fiuidiques sont les gambis et tirent leur nom des' ombres (en appuyant sur la (I) Consulter à ce sujet 5. de Guaïta, Clef de la magie noire, ch. vu,‘ et E. Lévy, Dogme, ch. x1v.
1900] LE VAUDOUX 161 liaison) ou peut-être de Zambi, divinité de la Guinée inférieure. A la Guinée, on les appelle soucougnans. En Haïti, ils sont zombis, loups—garous, et dans le nord de l’île bigangos. On les rencontre parfois sous forme de chiens, de porcs ou de bœufs; ailleurs sous l’apparence de*flammes qui voltigent dans les mornes, au-dessus des arbres.
On me conta, au môle Saint-Nicolas, qu’un vieillard, L..., alors qu’il était loup-garou, eflrayait souvent la nuit les voyageurs attardés en les poursuivant sous la forme d’un globe ' de feu. Son frère l’apprit, et, pour le punir, voyant un soir une flamme posée sur une branche‘,lui tira un coup de fusil. Elle s'évanouit, et depuis ce jour L... a un pied infirme. et ne marche qu’à l’aide de béquilles.
C’est un de ces cas de répercussion traumatique dont on entend souvent parler aux Antilles, Je dois ajouter que,de l’aveu même desintéressés, la simulation de ces phénomènes n’est pas rare.
Ils atta chent à la patte d’un malfini (1)0u d’une coucoute (2) un chiffon enduit de pétrole qu’ils enflamment, et le lâchent la nuit en ayant soin de faire courir le bruit que précisément, ce soir—là, ils se promèneront par les airs sous forme de zombi. (i) Corruption de mansfeni. L. P. du Tertre lui donne ce dernier nom (Histoire générale des Antilles habitées par les Français). A Paris, chez Thomas—Jolly, 1667.
Le mansfeni est un oiseau de proie de la grosseur d’un faucon. (2)Chouette grise, mouchetée de blanc. Elle pohd en mars cinq œufs blancs, presque ronds, du volume d’un oeuf de pi geon. Elle fait son nid dans les trous des murailles ou des rochers en y accumulant simplement une couche de crottin émietté où reposent pendant la journée le mâle et la femelle. Son cri est coû-oû-coute, d'où son nom. \ 6 ._.&:_;sg.væ.._g—,ææmçæ_ ‘_‘««. ' \ N-flw.mnb«Lg_qæ.‘sæ-‘|4.q,‘.('.l.v- .. ...-v«i.._.æw..t,. . M ——w’\.‘» _.
162 L'INITIATION \ L’arbre appelé tendre«à-caillou (r), a cause de la dureté de son bois, aurait, suivant la croyance popu laire, employé d’une certaine façon, la propriété de transformer les hommes en loupsgarous, et deleur permettre de voler à volonté !
On trouve dans le commerce une toile dite toile loup-garou, de couleur bleu clair, qui sert àfaire des chemisettes de femmes et d’enfants et à les préserver du mauvais air, c’est—à-dire des mauvais esprits, des mauvais génies ou des loups-garous. Il existe un autre procédé pour s’en garder. On coupe— pendant sept vendredis consécutifs une branche de houx (2) assez grosse pour servir de canne.
On la frotte Ïde citron et on la fait sécher au soleil. Les bocors recommandent de ne s’en servir que la nuit et de ne la montrer à personne, sans quoi elle perdrait sa propriété de chasser les zombis. Sans insister plus qu’il ne faut sur une recette sans doute digne du Petit Albert, peut-être ce bois jouit-il de la propriété de dis soudre les nœuds d’astral et d’éloigner les larves.
Le vampzrzsme, qui n’est qu’une autre face de la lycauthropie, est également connu et redouté. Le vampire est un moun engagé, c’est-à—dire un homme engagé par les pactes de sorcellerie. Un même L..., dont j’ai parlé plus haut,passa pour un vampire. Il était parrain du fils du juge D... et en. profitait, dit-on, pour se donner un regain de jeunesse. (1) Cl. Descourtilz, op. cit. Qu’on ne croie pas que je cherche à amuser le lecteur.
Je rapporte scrupuleusement ce que j'ai. patiemment recueilli pendant mon séjour en Haïti. (2) Houx d’Amérique. ..__.____Î'— —" “‘ .""""‘""‘“
LE VAUDOUX 163 L’enfant dépérissait de jour en jour: pris de soup çon, son père s’en fut trouver L... et le menaça de le tuer s’il continuait ses pratiques vis—à-vis de son filleul. Intimidé, il promit de cesser et l’enfant revint :à la santé (1). ’ .
M. S..., vice—consul à Port—au—Prince, me conta qu’au Petit-Goâve il assista, un lundi, àl’enterrement d’un jeune homme, le vendredi suivant on trouvaitla fosse vide.Des traces de sang qui en partaient condui— saient à un buisson où l’on retrouva sa tête tranchée. Quant au corps, jamais on ne sut ce qu’il devint.
Peut—être se trouve—t-on devant un cas de vampirisme, et les mêmes gens, connaissant les facultés dange reuses que l’individu usait de son vivant, voulurent «sans doute l’empêcher de nuire après sa mort. A Ranquitte (département du Nord), on trouva ouverte la fosse et vide le cercueil d’une jeune fille enterrée la veille. Est-ce un cas semblable, ou une de ces léthargies provoquées dont nous parlons plusloin P .Je ne sais.
Toujours est-il que la plupart des femmes et des enfants des campagnes portent des colliers d’ambre, de vertèbres de poissons, de perles de verroterie, de coquillages, ou de graines (2), pour empêcher le mau vais œil et éviter que des malveillants (vampires humains conscients ou non) ne leur « retirent leur graisse ». (I) Lire à ce sujet J, Lermina, l’Élz‘xt‘r de m‘a. -—Paris, Cha— .muel.
1 vol. grand in-8. (2)J’ai observé la même coutume chez les boschnegers de la Guyane hollandaise; leurs colliers portent le nom de .Izrayas ou d’oblalités. '’ ""‘—.—."‘vf"‘"“rÎ’ “ ‘*""‘ "‘ ‘ \n.z\k.4b—s_&_-%ha"« .., * ‘*..«..... u. “au—gu— . Œ‘,
164 L’INITIATION Nous avons dit dans un autre chapitre que les lois baka étaient les divinités malfaisantes, et les rites destinésà nuireàunennemi.C’estdoncunecérémonie d’enuoûtement (1). Encore doit-elle être faite avec certaines précautions pour éviter le choc en retour. Le procédé d’envoûtement le plus commun con siste dans les évènes (neuvaines) des saints ou des anges.
Celui qui veut du mal à quelqu’un dépose dans un carrefour, dans un cimetière, dans un lieu hanté ou même dans une église ou au pied d'un cal vaire des coquilles d’œufs ou des écorces d’oranges. Il les remplit d’huile des graines du mancenillier et y ' trempe une mèche qu’il allume.
Parfois on les dissi mule dans un trou creusé dans le sol et recouvert d‘une planche, et on adresse aux saints une demande conforme à son désir et en l’accompagnant des impré— cations convenables. Celui qui accomplit cette céré monie ne doute point qu’au bout de quelque temps son ennemi ne meure, et il n'est pas rare d'entendre deux individus se menacer d‘évênes avec une récipro cité touchante.
D’autres fois, « pour ensorceler ceux contre lesquels ils ont conçu quelque rancune, ils prennent ce qui ' l (i) Parmi les israélites surinamais, ceux même qui ont reçu une forte instruction, on entend affirmer qu’il y a bien réelle ment des personnes qui, en regardant les enfants, leur donnent le mauvais œil.
Ils deviennent somnolents, la tête s’incline,ils refusent le boire et le manger, Aucun remède ne réussit à les guérir : il faut appeler le Rabbin. Il couvre d‘une serviette la tête de l’enfant, se lave les mains, les luiimpose sur la tête et prononce certaines formules consacrées : aussitôt l’enfant se rétablit.
LE VAUDOUX I 65 reste du boire ou du|manger de leur ennemi ou quel qu’autre meuble qui luy appartient : et quand ilsl’ont enveloppé avec les os d’un mort, on voit aussi-tost qu’il perd sa vigueur ordinaire, une fièvre lente le mine, et meurt en langueur sans qu’on puisse ap porter aucun remède pour le recouvrement de sa santé(r) ». Un autre cherchera à assouvir sa vengeance en brûlant dans son honfort une chandelle la tête en bas.
Celui-là qui ne se fie point à ses seules connais— sances va consulter ‘un houngan accoutumé de servir les lois baka.Le sorcier déposeà terre une terrine pleine d‘eau et invoque ses lois. Cela fait, il évoque l’âme de l’ennemi du consultant qui lui apparaît dans l’eau. Alors celui-ci, prenant un couteau dela main du bocar, en frappe l’apparition à coups redoublés: cela s’ap— pellepiquer son ennemi.
Aussitôt la victime est prise de vomissements de sang et sa mort survient bientôt. Cependant, si le maléficié se doute qu’il est envoûté, il envoie consulter un houngan connu pour servir également les lois balsa. Celui-ci jette ses coquilles et sait aussitôt d'où et de qui vient le maléfice. Il invoque ses saints et leur remet comme victime le houngan envoûteur en lieu et place de l’envoûté quise rétablit. C’est ce qu’on nomme brocantage.
Un autre bocor envoûte à l’aide de poupées qu’il (i) M. P. du Tertre, op. cit. Ce qu’il disait des caraïbes il y a plus de deux Siècles est encore vrai des noirs d’aujour d‘hui.
166 L’INITIATION baptise du nom de celui qu’il veut maléficier, ou à l’aide de son portrait s’il peut se le procurer. Il dépose le volt dans le honfort en le vouant à la mort; il l’amarre, il lui prend son âme. M. P. A..., membre du corps diplomatique et fervent de l’occultisme, voulut prendre occasion de ce qu’on avait commis un vol chez lui pour vérifier les quali tés d'une somnambule qui‘passait pour extra—lucide.
Elle lui décrivit le voleur, lui dit son nom, Charles, et indiqua le lieu du recel. Puis elle lui donna une formule d’envoûtement pour obliger le voleur à rap porter lui-même les objets volés. « Prenez quelques parcelles de terre à l’endroit où le vol a été commis; mêlez-la à de la cire et faites-en une petite figurine que vous appellerez Charles à plusieurs reprises.
Placez-la ensuite dans un flacon à large col avec un peu de calomel, pour l’exciter à rendre compte de son vol (sic), ajoutez—y du précipité rouge et de l‘émé tique pour lui faire rendre les objets volés (sic), un grain de morphine et quelques gouttes de laudanum pour endormir sa volonté (sic) ; bouchez le flacon et portez-le sans cesse sur vous.
D’ici peu, le voleur sera obligé de revenir de lui-même. » M. A... se fit scru pule d’employer ce procédé, mais la recette vaut d’être rapportée. . Les sorts et maléfices peuvent être considérés comme une variété d‘envoûtement.
On les nomme en Hai‘ti ouangas; à la Martinique et à la Guadeloupe quin bois; chez les Indiens des Guyanes, piayes. , Les obiets les plus variés constituent un ouangæ 'et servent de signe sensible pour appuyer, objectiver , '.<
LE vaunoux 167 la volonté de nuire du maléficiant: des cheveux, des épingles, desherbes, des dents, des rognures d’ongles, des excréments, tout lui est bon pour tenter de faire du mal à son ennemi (1).
Plusieurs fois j’en trouvai qui avaient été faits à mon intention par des gens désireux de me nuire: un jour,c’étaitunepoignée d’épinglesseméesdanslebassin où je me baignais; une autre fois, c’était un petit carré de toile couvert d’épingles bien alignées, jetédans un endroit où je passais souvent. Une autre fois encore, je trouvai suspendu à la porte de ma maison un petit paquet.
Toujours curieux, je l’ouvris et j’y trouvai un oiseau desséché, le corps traversé d’un grand clou à large tête. A la Martinique, on enterre plutôt le vol! à l’insu de l’envoûté. Le quinbois pourrit peu à peu, et à mesure la victime dépérit. Si l’envoûteur meurt, il n’y a plus de ressource, car personne ne peut retirer le sort qu’il a jeté, dans l’ignorance où l’on se trouve de son gîte.
De là le dicton au sujet d’un vice ou d'un ridicule incorrigible: Moun qui fait ou ça mouri (Celui qui vous a fait cela est mort: donc, plus d'espoir de guérison.) (1) Tout cela n'est pas nouveau. On lit dans Grégoire de— Tours, Histoire ecclésiastique des Francs, trad. de Henri Bordier, Paris, Firmin-Didot, 1859 : «Sept ans auparavant, il y eut un grand et violent imposteur qui trompa bien des gens par sa fourberie...
L’évêque Ragnemod, comprenant que c’était un imposteur, donna l'ordre de l‘enfermer dans une cellule. On fit l’examen de tout ce qu’il portait, et on trouva sur lui une grande poche pleine de racines de diverses plantes. Il y avait aussi des dents de taupe, des os de souris, des ongles et de la graisse d’ours. » ,NW‘m‘AW
168 L’INITIATION La transmission volontaire des maladies est éga lementconnue et pratiquée. Tel malade faitjeter dans la rue les bains qui lui servent de remède. D’aucuns yajoutent même des cobs (sous) pour attirer l’atten— tion et exciter la cupidité: ceux qui foulent l’endroit ainsi souillé peuvent attirer à eux la maladie et en délivrer le patient.
Passant un matin dans une rue du Cap—Haïtien, je vis au milieu de la rue un mouchoir étendu sur lequel étaient semés quelques cobs et des grains de mais; au milieu était un verre renversé portant, enroulé autour de son pied, un cierge allumé. Tous les passants de se détourner avec un respectueuxeffroi et quelques-uns même de rebrousser chemin. Nul doute que ce ne fût un maléfice à l’adresse d’un voisin.
Une vengeance très redoutée est celle qui consiste à semer des pistaches etdu mais grillés sur le passage habituel de quelqu’un. Celui qui les foule de ses pieds nus contracterait un grave œdème du pied ou de la jambe. Il est à supposer que ces graines sont impré gnées de quelque suc vénéneux qui peut pénétrer dans l’organisme par une gerçure du pied. A ces divers maléfices nous pouvons rattacher les apports.
Mme du Marigot (Saint-Martin) m’affir ma avoir été témoin à Saint-François (Guadeloupe) de chutes de pierres dans une chambre close. M. A. C.., de Port-de—Paix, m'affirma avoir assisté au même phénomène et en avoir, parla suite,découvertl’auteur. Un des moyens de nuire. des bocors qui terrorisent le plus l’Haïtien est la léthargie provoquée. Tantôt ' c’est une léthargie lucide, si je puis dire, pendant v . ‘. W—'MM
LE VAUDOUX 169 laquelle le sujet voit et pense sans pouvoir ni remuer ni parler, et à laquelle parfois ont recours les voleurs pour dévaliser une maison sans danger. Ils emploient sans doute le datura qui abonde dans les terrains secs et pierreux et dont quelques feuilles dissimulées dans une chambre suffiraient à remplir le but qu’ils se pro posent (1).
Tantôt c’est la léthargie profonde dont IlS useraient, dit-on, pour se procurer des enfants pour les sacrifices. Suivant les uns, ou emploierait, pour endormir, l’extrait aqueux d’une petite plante à fleur rose, d’odeur nauséabonde, très répandue (P). Pour réveiller le sujet, il suffirait de lotions d’extrait aqueux d’une liliacée à fleur violette et verte et à fleur blanche. peut-être le stradescanti discolor (P).
Sui vant les autres, on emploierait une plante qui fait perdre connaissance rien qu’en la froissant et la flairant. Elle abonderait-à Tierra Nueva (Rép. Domi— nicaine) et se nommerait Yerba bellaca. Pour faire ' revenir de l’évanouissement, il suffirait de faire boire de l’eau de mélasse (2) . Quelquefms ce n'est pas pour se procurer de jeunes enfants vivants que les bocors ont recours àlaléthar— gie profonde.
C’est parfois un adulte qu’ils plongent dans cet état comateux qui simule la mort.
On l’en terre, le houngan vient le déterrer la nuit et l’em (1) Comparez avec les pratiques annamites: Dr Laurent, lac. cit. (2) Rappelonsà ce sujet que, d'après Papus, Traité élémen taire de magie pratique, 1 vol. in-8 raisin de 560 pages avec 158 figures, une forte décoction d’Agnus rastas, d'ache et de sauge dans de l’eau salée, employée en friction derrière la tête, rappelaità la vie les malades tombés en léthargie.
170 L‘INITIATION mène dans un état de somnolence et d’hébétude assez loin de son domicile, le plus souvent aux environs de l‘Arcahaie. Là, il le vend à des cultivateurs pour une somme variant de 50 à 80 gourdes ou piastres haïtiennes, le prix d’un cheval. Son nouveau maître l’emploie aux travaux des champs. On peut recon naître ces individus, ajoute la croyance populaire, à ce qu’ils sont toujours courbés en deux, muets et à demi idiots.
Chaque jour, à midi, leur maître les appelle en claquant un fouet, leur donne leur pitance cuite sans sel (1), et une cruche d’eau. Puis ils se remettent au travail. Sous la présidence de Salomon (1880—1888), on reconnut un jour, paraît-il, deux de ces individus comme ayant été enterrés. On les amena à la prison de Port-au-Prince où ils excitèrent une grande curiosité.
Ils étaient dans un état de démence et d’idiotie profonde, grossiers et emportés. On réussit à retrouver après de longues recherches le bocor qui les avait mis dans cetétat. On l’obligea à leur rendre la raison, et au bout de quelque temps ils furent revenus au milieu des leurs. A la Grande—Rivière, me racontait«on, un tailleur nommé Osiris est enterré. Quelque temps après, des gens affirment l’avoir renœntréà Ranquitte, idiot et errant.
Ces phénomènes paraissent, à bon droit, si étranges, que je ne puis mieux faire que de citer à leur sujet (1) Suivant la croyance populaire, un enfant, à qui on ne donnerait qu’une nourriture sans se], deviendrait idiot. C’est encore un procédé de vengeance.
LE vxunoux 171 Var-r" wv S. de Guaîta (i): « La curiosité publique, dit le Gla neur indou—chinois, qui se publiait à Malacca dans la première moitié du xrxe siècle, a été vivement exci tée depuis quelques jours par la découverte d’une bande de voleurs d‘enfants des deux sexes. Cette découverte a été faire par le zèle d’un tisserand en soie qui, en se promenant dans les rues de Canton, reconnut l’enfant de son maître, perdu depuis quel ques jours.
L’enfant tourna sur luiun regard stupide et refusa de le reconnaître. Le tisserand l‘emmena de force chez son père. » « Il restait toujours sous le charme de la stupidité; mais on n’eutpas plutôt appelé lesprêtres de Bouddha, et pratiqué les cérémonies efficaces, célébrées en pareille occasion, que le charme disparut et que l’enfant, en versant des larmes abondantes, reconnut. son maître et son père.
L’affaire et le miracle furent immédiatement communiqués au gouvernement qui fit cerner le rendez-vous des voleurs d’enfants. On trouva six hommes et trois femmes qui faisaient ceÂ’ métier depuis plus de vingt ans.
Ils avaient enlevé, pendant cette époque, plusieurs milliers d’enfants; il n’en restaitque dix dansla maison,tous sous l’in uence du charme stupéfiant, qui, comme celui jeté sur l‘en fant du tisserand, disparut par les prières et les céré— manies des prêtres de Bouddha (2).. » L’imagination des bocors, qui n’est jamais à bout de ressources, fait quelquefois agir les maléfices d‘une . autre façon. Un individu gravement malade et qui (1) Le Temple de Satan‘, p. zoo. (l) Le Glaneur indou-chz‘nois du 8 juillet 1820.
172 L’INITIATION pensait qu’on lui avait jeté un sort était en traitement ' chez un bocor de ma connaissance. Celui—ci m’afiir mait lui avoir trouvé sur le corps des araignées. des scorpions, les insectes les plus variés qui causaient sa maladie.
Cette fantaisie n’est pas nouvelle, le P. du Tertre rapporte la même chose des Caraïbes: «Le boye’ (sorcier) s’approche du malade, taste, presse et manie plusieurs fois la partie affligée, soufllant tou jours dessus; et en tire quelquefois, ou fait semblant d’en tirer des épines de palmiste longues comme les doigts, de petits os, des dents de serpent et des éclats de bois, persuadant au malade que c’est ce qui luy causoit de la douleur (1). » Enfin il n’est pas jusqu’à la fascination qu'on ne puisse observer chez les noirs (2).
Le talisman le plus commun en Haïti est le ferà cheual. C’est un porte-veine qu'on cloue sur le seuil d’une maison ou d’un magasin, sur le montant d’une porte, sur un arbre du jardin. Viennent ensuite les colliers dont nous avons parlé plus haut. On les fait souvent de graines, et en parti culier de ouarz‘ rouge (2).
C’est un préservatif contre (r) Le P. du Tertre, op. cit. (2) Le fait suivant me fut conté dans la Guyane: Une jeune fille de bonne famille, presque de sang blanc pur, était assise sur le perron de la maison. Passe un nègre difiorme qui lui demande un baiser. Elle refuse ironiquement et le repousse avec mépris comme on peut le supposer. 4<Bien, dit-il;vous ne voulez pas m’embrasser aujourd’hui, vous me dédaignez.
Il viendra un jour où vous m‘aimerez quand même! » Peu de temps après, la jeune fille s’éprit de ce nègre d’une façon inexplicable pourles siens; elle s’enfuit de la maison, devint sa maîtresse et s'attacha à lui comme un chien. (3) C’est la graine d’une liane très commune.
LE vaunoux 1 73 les maladies, et principalement celles des enfants. Nous avons vu qu’il existait des talismans contre les balles et les co‘ups de sabre; il existe aussi des amulettes pour inspirer l’amour ou s’assurer la fidé lité de l’aimé (I).
En Dominicanie, des gens avisés prétendent possé der des morceaux de corne de licorne (unicornio qu’ils ont défiguré en alz‘cornz’o) et les vendent aux Haïtiens de la frontière qui leur attribuent des vertus extraor— dinaires. Inutile de dire que ce sont de simples r0 gnures de cornes ou d’ongles de bestiaux. Près de Cotny (Rép.
Dominicaine) existe un gise ment de fer magnétique auquel les habitants prêtent la vertu de porter bonheur dans le négoce et les affaires d’argent. Ils en mettent un fragment dans un flacon plein d'eau qu’ils conservent dans un coin de leur case, en y ajoutant quelques fragments de fer— raille pour alimenter, nourrir la pierre.
A ces talismans et amulettes destinés à préserver contre les mauvaises influences où la malignité d’un ennemi, il convient d’ajouter les oraisons.
En voici une qui ne manque pas de beauté et qui provient peut être de quelque grimoire : « Mon Dieu, sauvez—moi pour la gloire de Votre Nom etsignaleg Votre Puissance en défendantmajusle cause; mon Dieu, écoute/ç ma prière, préteq l’oreille à mes paroles; des gens barbares se sont élevés contre (i) S. de Guaita, dans le Temple de Satan, dit que le bambou noir est usité aux Antilles pour les philtres d'amour. Je n’ai pas pu trouver la confirmation de cette assertion.
174 L’INITIATION moi; des hommes animés de violence se sont efi‘orceÏs de m’ôter‘ la vie sans jamais qu’ils se soient repré» santé Dieu devant les yeux. Mais si, grand Dieu, Vous venez a‘ mon secours, si, Seigneur, Vous avez soin de moi et me prene{ sous Votre garde, renvoyez sur mes ennemis le mal qu'ils me préparent et dzss1pe'{ leur insolence suivant la vérité de Vos promesses.
Je Vous présenterai des sacrifices sans que j’y sois contraint parce que Vous êtes bon, Sez’gneur;je célébrerai læ gloire de Votre nom, car Vous m’avez retiré de toutes sortes dadversit‘e’s et mes yeux ont enfin méprisé tous les efi’orts de mes ennemis. » Les Dominicains ont égalememt une grande quan— tité d’oraisons (oracz’ones) auxquelles ils attribuent des vertus merveilleuses.
Les Haïtiens chercheurs des ouangas aiment 'à s’en procurer et les portent au cou enfermées dans un. sachet de cuir exactement comme le fontles leurs demeurés en Afrique. Le nombre des superstitions qui constituent le fond. de la magie des campagnes est considérable, mais la place me fait défaut pour en parler longuement, j’ai déjà abusé du lecteur dans cet article trop long.
La chair du mouton occasionnerait des plaques blanches sur la peau noire des indigènes: aussi les étrangers sont—ils à peu près les seuls à en manger.
Il existe une variété de poules dites à chair noire, qui se reconnaissentà la crête, aux caroncules et à la peau noires: elles sont d’un emploi fréquent dans le traitementdes fièvres: deux personnes en saisissent une, chacune par une patte; puis, tiranten sens inverse, elles la déchirent vivante et en appliquent les deux
LE vwnoux ‘ x75 moitiés chaudes et frémissantes sur la tête du pa tient (1). Pour tarir le lait des femmes, on leur fait porter au cou un collier composé de quelques pois con go ou d’angole enflés et portant au milieu un mor ceau de bouchon neuf. A mesure que les pois se dés sèchent, le lait tarirait. Un autre procédé consiste à exprimer sur un peu d’ouate quelques gouttes de ce lait et à l’exposer au soleil levant.
Les fourmis sont attirées par son odeur et. à mesure qu’elles le font dis paraître, les seins de la patiente se tarissent (2). Un phénomène d’ididsyncrasie curieux et commun se présente dans des familles entières qui ne peu vent manger de certains fruits ou légumes sans être atteintes de maladies cutanées. Qui ne mangera pas, de père en fils, de tortue; qui de cabri; qui de tomates ou d’aubergines. Ce sont des mangers tabous.
Des faits nombreux et qui m’ont été attestés par des médecins confirment la véracité du fait. Une petite fille de la campagne, par habitude atavique, dit D. Trouillot, ne mangeait pas d’aubergines. Elle eut l’imprudence de .le faire un jour. Le lendemain, son nez était couvert d’éruptions ayant la forme de la graine de cette plante. Deux jours après, son nez était monstrueux et accu— :sait les symptômes de la lèpre. On lit appeler la mère.
Dès qu’elle vit son enfant, elle s’écria: « Elle a mangé (l) Voirà ce sujet D= Hufeland, Art de prolonger la vie, et les cas de zoothérapie cités dans les divers traités occultes. (2) Rien de plus curieux à lire au sujet de ces recettes bizarres «que le second volume de l’Histoire naturelle de C. Pline Se cond mise en françois par Antoine du Pinet, seigneur de No .roy. A Paris, chez Louys Gifl'art, etc., 1621, 2 vol. in-folio. J
176 L’INITIATION \ de l’aubergine interdite a notre race. Elle prit des feuilles de pois souches, les froissa dans ses mains et en exprima le jus dont elle frotta la plaie qu’elle recouvrit ensuite d’un cataplasme des feuilles. Vingt— quatre heures après, toute trace du mal avait disparu. Mais la mère recommanda de ne laisser manger à sa fille ni d’aubergines, qui l’avaient empoisonnée, ni de pois souches, le contrepoison.
Ce phénomène méri terait d’attirer l’attention des médecins et des occul tistes. Je pourrais citer mille autres, faits de ce genre, mais il est temps de m’arrêter. En résumé, comme on l’a vu, les pratiques magi ques des houngans ne difièrent en rien de celles des sorciers d’Europe. Qu’ils pratiquent une sorcellerie anodine ou une goétie monstrueuse, leurs procédés sont les mêmes.
Ce n’est que la superstition, au sens étymologique, des rites de la magie de lumière, mais tournée vers le mal et parfois avec une science pro« fonde. Ce n’est que l’application des connaissances secrètes vieilles comme le monde, des initiés, théra peutes ou thaumaturges, mais orientées sur l’ombre, et, heureusement défigurées par l’ignorance et la sottise. NATHAN ZEFFAR.
, ;fl7;;»..rîr_æ CONGRÈS SPIRITE EŒ' ' SPIRITUÀ LISTE DE 19@© SECTION HERMÉTIQUE Nous rappelons à tous nos amis que le Congrès ou vrira à Paris, rue d’Athènes, le 15 septembre. La cotisa— tion donnant droit d’entrée dans toutes les sections est de 12 francs avec droit au volume du Congrès. La cotisation pour assister à une section est au mini mum de 3 francs.
Nous donnerons à nos adhérents, lors de l’ouverture du Congrès, le programme détaillé de nos travaux. Toutes les adhésions peuvent être adressées jusqu’au 12 septembre, pour la Section hermétique, au Dr Papus, 87, boulevard Montmorency, Paris. SECTION HERMÉTIQUE M. J. Boëls, docteur en droit à Louvain (Belgique), 12 francs. .
Réunions dans la grande salle du Congrès Le 16 septembre, à 10 heures du matin (après la réunion dans les sections qui a lieu à 9 (heures). — Constitution du Bureau général du Congrès. A 2 heures de l’après-midi. — Ouverture solennelle du Congrès, toutes sections réunies. Le 17 septembre, à 9 heures du matin. — Hermétz‘sme; à 2 heures de l’après-midi, Spiritisme.
Le 26 septembre, à 9 heures du marin. — Théosophie; à 2 heures de l’après—midi, Magnétisme. Le 27 septembre (matin et soir). ,— Clôture générale du Congrès, toutes sections réunies.
t 78 L'INITIATION SECTION HERMÉTIQUE JOURS ET HEURES DE RÉUNION Dimanche 16. — A 9 heures du matin, réunion des directeurs des sous—sections, salle D. ' A 10 heures du matin, réunion générale dans la grande salle avec les autres sections du Congrès. Lundi17.— A 9 heures du matin, dans la grande salle du rez-de-ehaussée : Réunion générale de la sec tion hermétique, toutes sections réunies.
ORDRE DU JOUR Discours par chaque chef de section. — Plan des tra vaux pendant le Congrès. , Caractère, Division et But de l‘Hermétisme contempo— rain, par le D' Papus. Discours du Président d‘honneur de la section hçl‘ métique. A 2 heures de l’après-midi. — Salle B. -— La Rose— Croix. — Le Martinisme et les Fraternités initiatiques (Présidence de F. Ch. Barlet).
MARDI 18 A gheures du matin. —- Salle D. — La Mort et la Survivance d’après l’0ccultisme (Présidence de Papus). — Lecture des Mémoires et discussions. A 2 heures de l'après-midi. — Salle C. — Réunion des chefs de section. A 9 heures du soir. -— 4, rue de Savoie, Loge Marti— niste. — Exposition rétrospective de l’Occulte. MERCREDI 1 9 Matin. — Visite des sections du Congrès.
A 2 heures du soir. — L’Alchùnz‘e et la Science con temporaine (Présidence de Jollivet Castelot). / JEUDI 20 A 9 heures du matin. -— Salle D. —— La Kabbale et la Tradition orientale (Présidence de Sédir).
CONGRÈS SPIRITE ET SPIRITUALISTÈ DE 1900 179 Après-midi. — Visite aux autres sections. A 9heures du soir. —-—4., rue de Savoie (Loge Marti— niste). VENDREDI 2 l A 10 heures du matin. — Visite collective à l’Expo sition. —— Les Symboles anciens et l’Astral (sous la direcrion de Papas et de Sédir).
A 2 heures du soir. — Salle D. -— La Médecine her métique. —L’Homœopathie et l’lsopathie. — L‘Homœœ pathie et l’Electro-Homœopalhie (Présidence du Dr X.). SAMEDl 2 2 A 9 heures du matin. -— Salle D. —- Le Swedenbor gisme. — L’llluminisme et le Plan astral (Présidence de Karl Nyssa). Après—midi. — Visite aux autres sections. A 9 heures du soir. —-—4, rue de Savoie. — Loge Mar tiniste.
DIMANCHE 23 A 10 heures du matin. — Deuxième promenade col« lective à l‘Exposition. —— Les Aïssaouahs. A 2 heures du soir. — Salle D. — La Constitution de l‘homme d’après l’Occultisme. — Le Verbe dans l’uni vers. —— La Chevalerie chrétienne (Présidence du Dr Rozier). LUNDI 24 A 9 heures du. matin. — Les Arts divinatoires, etc. — Salle D. —— La Pr0phe’tie. — L’Astro—Sophie et l’Astro Logis. (Présidence de S-. V. larme).
Le soir. — Visite des autres sections. MARDI ‘25 Le matin. -— Réunion des secrétaires. —- Préparation des conclusions et des vœux. A 2 heures. — Salle D. — La Sociologie devant l’Oc cultisme. — Rôle social des fraternités initiatiques (Présidence de Barlet).
180 L'INXTIATION Le soir. — Réception ouverte organisée par la section hermétique (Détails ultérieurement). MERCREDI 26 A 9 heures du matin. — Salle D. — La Frattc-.‘.Iaçon nerie dev1nt [Occultisme (Présidence de Ourdeck). A 2 heures du soir. — Salle D. — Conclusions géné— rales de la section hermétique. 1.v ANNEXES DE LA SECTlON HERMËTIQUE Exposition rétrospectiue. — Organisée au n° 4, rue de Savoie (École hermétique).
Visites collectiæs à l’Exposition (Organisée par l’École hermétique). Loges Martinistes. — Quatre_ tenues pendant le Congrès. Réceptions spéciales (Conversazione). ÉCOLE SUPÉRIEURE LIBRE ®âS SMEDIGEËS ÈÛÊŒHHÊÏÎUQIÆÆÊS Comme complément au programme des examens, nous publions aujourd’hui les questions posées à chaque élève. Les futurs candidats au premier examen se rendront ainsi mieux compte des travaux à étudier.
Chaque élève a présenté sur chaque sujet : 1° une question étudiée et choisie par lui; 2° il a répondu à une question de l’examinateur. ELËVE N° 1 Questions personnelles Adam Kadmon. . .' . . . . . . . La constitution humaine . . . . Moise . . . . . . . . . . . . . . \1 C.\l " 4444*-*«IW«I
ÉCOLE SUPÉRIEURE LIBRE DES SCIENCES HERMÉTIQUES 181 Questions posées ‘ Le libre arbitre. . . . . . . . . . . ' Différence entre le magnétisme et l’hyp notisme. . .. . . . . . . . . . . 8 La Kabbale et les sephirothf . . . . . . _6_ Total. . . . . 41 ELÈVE N° 2 QueStz’ons personnelles Les trois Karma . . . . . . . . . . 8 Origines du spiritisme d’après Leadbeeter . 8 Origine de la parole d’après Saint-Martin et Fabre d’Olivet . . . . . . . . . . 9 Questions posées Qu’entend-on par colère de Dieu dans la Bible? . . . . . . . . . . . . Différence entre le spiritisme et le magné tisme . . . . . . . . . . Division de la Kabbale . .L O‘. 3.\1 Total. AÉLÈVE N° 3 Questions personnelles Magiçienset sorciers. . . . . . . . Dlv1s10n du sp1r1t15me . . . . L’Aleph . . . . . . . \1\IO‘A Questions posées Magicien et mystique . _ . . . . . . y. Que devient l’âme du sujet dans le magné ‘tisme.. . . . . . . . D1v1510n de l’enseignement kabbalisnque. . ‘ Total. kËJIO'AO‘A \1 \
L'INITIATION ÉLÈVE N° 4 Questions personnelles Le libre arbitre. . . . . . . . . . . Qu‘est—ce que l‘esprit dans la plupart des phénomènes spirites . . . . . . . . La lettre Beth. . . Questions posées Responsabilité des magiciens. Qu'est-ce que la société humaine_ . Les lettres hébraïques et les seph1roth. Total. . . ÉLÈVE N° 5 Questions personnelles Les magiciens . La synarch1e . Les seph1roth . . . Questions posées Qu’est-ce qu‘un médium? . ‘. Les hénomènes dus à l‘invisible Les ettres hébraïques . . Total. ÉLÈVE N' 6 Questions personnelles Sainte Philomène. La cellule sociale . L’alphabet héb/raîque. Questions posées Dangers du spiritisme. . . . . . . Phases du magnétisme. . . . . . . . Les livres kabbalistiques . . . . . . _. Total. . ; _p ' 00’0\1 ol\1cn\1 \10:\1 Êl\1\,oo \,oo e1mœ
ÉCOLE SUPÉRIEURE LIBRE DES SCIENCES HERMÉTIQUES 183 \ ELÈVE N° 7 Questions personnelles Les souffles dans le magnétisme. . 9 Enumération des phénomènes occultes 7 Ledaleth........... 6 Questions posées La prédestination. . . . . . . . 8 Action du magnétisme sur le sujet. . 6 Les sephiroth . . . . . . . . . . 8 Total. . . 44 ÉLÈVE N° 8 Questions personnelles Magnétisme, hypnotisme et spiritisme. . . 8 L’évolution de la société . . . . . . .
9 L’alphabet hébraïque . . . . 9 Questions posées La_tchuœ..........._.zg Différence du spiritisme et du magnétisme. Les trois langues mères. Le chinois . . . 7 _ Total. . '. 50 ÉLÈVE N° 9 Questions personnelles Les principes de l‘homme. . . . - . . 8 Etat du sujet ou médium dans}le spiritisme. Lecture hébraïque. . . . . . . . . . Questions posées Le libre arbitre. . . . . .. . . ._ . . q Dégagement de l’âme dans le magnétisme. 5 Histoire de la tradition. . . . . . '. . 8 l. , Total. . . . . 45
L’INITIATION ELÈVE N° 10 Questions personnelles R) Le royaume dans la mystique. . . B) Enumération des phénomènes occultes. (S) Hiéroglyphes et lettres hébraïques. . . Questions des examinateurs L’évocationmagique. . . . . . . . Différence entre le sujet magnétique et le médium............. L'Univers d’après la Kabbale. Total. ÉLÈVE N” H Questions personnelles Le Karma . . . . . . . . _ . . . . Les phénomènes occultes. . . . . . .
Le beth. . . . . . . . . . . . . Questions posées Les saints. . . . . . . . . . . . . Conditions de l’extase . . . . . L’homme. . . . . . . . . . . Total. . . . ELÈVE N° 12 Questions personnelles La Réincarnation. . . . . . . . . . Définition de la société. . . ‘ Adam (étude des caractères hébraïques). Questions posées 000000 .5; uooc\l Olm3N \I\IOO Les maisons hantées. . . . . . . . Evoluti_on de la société. . . . . . . . Le schin. . . . . . . . . . Total. . . . . _=g*a_‘_.L_ÿa . r _. --—ÿ- " ‘ » 4— ».'.. "< *‘1 0A œo*N
INSTITUT DES sermons PSYCHIQUES 185 CRÉATION D’UN BI!SîÎB1ÏDÆ‘IÏ DES SIŒI‘EŒGES ESVGIËUI@ÛJES A. Paris L’attention publique étant vivement attirée depuis un certain nombre d’années sur les phénomènes d’ordre psy chique, une Société s'est formée pour l’étude rigoureu sement scientifique et expérimentale de ces phénomènes et a fondé l’Institut des sciences psychiques de Paris.
Jusqu’ici, une très grande quantité de travaux et de recherches ont été faits isolément par des savants de tous les pays et même des Sociétés scientifiques ont large ment contribué à faire connaître ces phénomènes. Le champ de ces études s’est considérablement élargi et le moment est venu en France de grouper toutes les bonnes volontés pour continuer ces travaux et les faire con naître au grand public.
Il n’est personne qui n’ait eu l’occasion d‘observer quelques-uns de ces phénomènes ou d’en entendre parler,mais il est nécessaire de les sou— mettreà un contrôle rigoureux sans aucune espèce de parti pris ou d'idée préconçue.
Cet Institut sollicite donc les communications de ce genre; il fait appel au concours ejfectif de tous pour lui permettre de réaliser son projet: i° Installer dans son local des laboratoires munis des appareils néces— saires (biomètres, magnétomètres, spectroscopes, instru ments enregistreurs, appareils photographiques, etc.); 2° rechercher et rémunérer les sujets; 3° créer un 01'— gane périodique rendant compte des expériences et de leurs résultats, ainsi que des travaux de tous les collabo rateurs que ces études intéressent.
Le Comité de l'Insti tut prie toutes les personnes qui adhèrent à cette fonda tion de faire parvenir leur adhésion morale au siège
186 ' L‘INITIATION social, 4, rue du Pavillon, Parc des Princes, à Boulogneo sur-Seine, ou à M. le Dr Emile Legrand, secretaire général, 14, rue d’Amsterdam, Paris.
Le Comité : D" Bécourt ; D' Bertrand-Loze, con seiller général fidu Gard; Bonardot, publiciste ; Bloume, agrégé de l‘Université ; Brieu, publiciste ; D“ baron Cataliotti-Valdina de Chiappara; D“ Chazarain; Côte, docteur en droit; Delanne, ingé— nieur; Dr Dusart; D*‘ Ferroul,dé puté ; général Fix; Hugo d’Alési; Dr Le Blaye;G. Le Brun de Rabot, chimiste; D“ E. Legrand; Marc Le-» grand, homme de lettres;D‘ Mou tin ; baron de Vaiteville.
L;YREJS REÇlUS Isis, par le comte de Villiers de l’Isle-Adam (Lib. Internationale, 4, pl. Saint-Michel). Compte-rendu le mois prochain. Jésus-Christ d’après l’Évangile, par Albert Jeunet (Saint-Raphaêl, Var). Compte rendu prochainement. L’Identité des Esprits, par A. Erny; brochure très in téressante, que nous recommandons à nos lecteurs, et qui se trouvera aux bureaux de la Paix universelle,. 5, cours Gambetta, Lyon, à un prix très modique.
L’Initiée, par Thémanlys. Drame ésotérique en _trois actes, d’un très grand intérêt (Floury, boulevard des Capucines). Belle édition. Etoiles d’Orient, par Noelle Herblay. Mortelle Chimère, par Pierre Guédy. Compte rendu prochainement.
LIVRES neçus 187 Lalibrairie Masson a publié: Histoire d'un visionnaire au xmx° siècle: Sweden-borg, par Gilbert Ballet.i vol. in-z2. Vient de paraître à la Sopîéte’ d’Ëditions, 4, rue Antoine Dubois, et place de l’Ecole-de—Médecine, Paris: Unité, Attraction, Progrès, Nouvelle Conception philoso phique de l’Univers, par PROSPER GAYVALLET. — Troi sième édition. Voici les titres des principaux chapitres de cet ou vrages: Chap.
IV: Les Sept Manifestations du Principe de Pro grès. ‘ Chap. V: Sympathie universelle. Chap. VlI : Ternaire suprême. Chap. VllI : Dies 1ræ. ' Chap. IX et chap. X: Loi d’ Universel Développement. Chap. XI : Dogmes et Systèmes. Chap. XIV: Les Trois Attributs de la Substance-Une. Chap. XV: Les Imperfections de Dieu.
L’auteur se propose de montrer que, en dehors de toute croyance religieuse, quelle que soit sa situation intellectuelle ou sociale : Tout homme possèdeles moyens d’arriver, dès ici—bas, à la Béatitude pour laquelle il se sent né. Béatitude considérée et définie au point de vue à la fois idéal et réel. Cette définition conduit rationnellement à une cer— taine conception philosnphique de l'univers.
Précédée d’une preuve nouvelle de la réalité objective du monde extérieur. Tous les phénomènes, depuis la rotation du système solaire, iusqu’ici inexpliquée, iusqu’au fonctionnement des Sociétés civilisées, sont expliqués, exactement et analytiquement, par les trois principes: Unité, Attrac— tion, Progrès. Cette conception n’est donc pas un dogme; elle a, au contraire, tous les caractères d’une véritable science.
D'ailleurs, dans le cours de l’ouvrage, les diverses reli gions et les théories des principaux philosophes,sont résumées chacune en peu de mots qui en donnent une _‘Ww-u.
188 L’INITIATION idée complète et à la portée de itoutes les intelligences. Le principe de progrès est exposé sous une forme phi losophique sous laquelle, jamais encore, il n’a été consi déré.
La nécessité du principe de progrès est démontrée a priori, en partant de l’existence del’Etre. ’11 est établi, indépendamment de toute expérience, que l’Etre doit se développer nécessairement, depuis l'état le plus intime du règne inorganique, jusqu'à l’idéal de la volonté libre. Une loi d'universel développement est exprimée en des termes symboliques.
Expression propre à frapper et à captiver tout esprit soucieux de ce qui dépasse la décevante platitude de la vie matérielle. Les moyens (accessibles à tous) par lesquels l’homme peut arriver, dès ici—bas, à la béatitude sont déduits logiquement de cette conception de l’Univers. BËWŒE ES RËWŒES La Thérapeutique intégrale (juin). Le Dr G. Encausse décrit l’installation générale des superbes laboratoires électro-homœopathiques Sauter. de Genève.
11 les a visités soigneusement ; les caves — dit-il- contiennent une collec tion inestimable de teintures et de médicaments choisis avec soin. Les roduits végétaux sont distillés pendant la fermentation se on la méthode hermétique de Paracelse et chaque plante fournit ainsi son maximum d’électricité végé tale, une réelle concentration vitale extrêmement énergique et curative Trois étages du laboratoire sont consacrés aux manipu— lations.
Les machines les plus perfectionnées, mues par les turbines du Rhône, facilitent beauc0u le travail. Le D' G. Encausse a surtout admir une machine à glo buliser, qui, écrit-il, mêle intimement la poudre de sucre à la poudre médicamenteuse et, sous l’influence d'une pression extrême, fait de ce mélange intime une uarantaine de petites pastilles de la grosseur d’un petit g obule homœo pathique. à chaque cou de levier.
Ces triturations sont très actives. Aussi le Dr ncausse recommande-t-il à ses con frères d'employer ces médicaments complexes dans les cas graves, comme il l’a fait. > La Thérapeutique inte‘ rale publie ensuite les statuts de la « Société d'lnitmtive omœopathique », dont nous avons
REVUE DES REVUES 189 longuement parlé dans la dernière revue des revues. Le but est de centraliser tous les efforts individuels en vue de la propagande homœopaihique. A cette fin, un secrétariat général international, snégeantà Paris, sera établi. La Société comprend des membres titulaires, des membres actifs et des membres d’honneur.
Nous ne doutons point qu'un mouvement médical ne se produise rapidement, pour le plus rand bien de la science et. des malades. Deux articles; La T érapeutique des Chinois et la Thérapeutique des Iatro chimistes, term1nentcet excellent numéro. L’Hyperchimie (Rosa Alchemica) (août).— Le profond savant, le grand initié à la fois p thagoricien et chrétien qu‘est le maître F.-Ch.
Barlet, con ense en des pages uni ues les ar— canes difficiles de l’Astrologie. Il s’attache à en élu ier la plus haute philosophie, et lui seul, peut—être, est. en effet capable d’exprimer de tels principes et de semblables formules.
Je ne puis ici que résumer l’exposé de son travail : il décrit, aux lumières de -l’Esotérisme formidable, le milieu cosmi ue universel : l'Espace; il en définit les forces; il nous rév le le mécanisme des éner ies, la biogénie de l‘Esprit et du Verbe, la constitution e la matière et, de la forme qui en proviennent.
Les soleils et les mondes, nés de la vie, au sein de l’Infini, réce tacles des existences individuelles, se relient entre eux par es incessantes ondulations, par les tourbil— lons des forces universelles. Mais autour même des globes circulent les émanations passionnelles, diverses et innom brables qui naissent, meurent, se renouvellent, se combattent ou se combinent. C'est l’aura des sphères.
Cette âme mon— diale, planétaire ou stellaire, double astral d’un astre hy— sique, est régie par l’Esprit qui domine toujours les p ans matériel et. astra .
L'Esprit hierarchise la puissance. règle la musique sublime des espaces, dirige le rythme et la tona lité de ce concert spirituel des milliards de soleils- et c'est de cette harmonie, c‘est de ce mécanisme kosmique inva riable, c’est de ces révolutions cycliques émanées de l’Ab solu que dérive la mathématique astrologique. F.—Ch.
Barlet , en expose le plan selon le quaternaire occulte qui fournit la clef des genèses atomique, énergétique, matérielle et psy chique. Nous y reviendrons le mois prochain. en commen tant la suite de cet admirable mémoire.
Le Dr Fugairon continue sa curieuse définition d‘un sys tème philosophique tendant à unir le panthéisme et le déisme, le matérialisme et le spiritualisme dans une synthèse ou mieux une maihèse hylozoi‘que, c’est-à—dire basée, sur l'Animation rogressive de toute substance. il est certain ue le fond e sa doctrine est absolument hors de conteste.
I s’accorde du reste avec les assurances de tous les mys tiques, de tous les idéalistes. u’ils se rattachent plus par ticulièrement à l’hermélisme, au uddhisme, au christianisme, à l‘illuminisme, au philosophisme transcendantal. Les formes des systèmes varient, mars l'initié apprend justement à re trouver l'essence unique cachée par le vêtement matériel ap—
t 90 L'INITIATION proprié aux diverses conceptions humaines. aux divers mi ieux et aux divers ys.
C est. pourquoi [initié peut se dire aussi bien maiériaiste que spiritualiste; panthéiste que déiste; buddhiste que catholique; etc.; car, en vérité, il est au-dessus des apparences humaines, possède la clef de transposition, sait, en un mot. vivifier toute théorie dont il extra1ra la quintessence, 1‘Eliæir de vie. il connaît l‘identité des oppositions, l'analogie des contraires, la similitude des hiéroglyphes les plus disparates.
Déchiffrant toute écriture, que lui en importe le sens caractéristique, en fin de compte, puisqu'il arrive aux mêmes principes par les difiérentes sortes de langages! L’Hgperchimie insère ensuite un article intitulé : Le Spiri tisme d’après l‘Occullisme. Les phénomènes spirites sont exacts; mais l’explication qu'en donnent les spirites est fausse.
Ces phénomènes, neuf fois sur dix. sont dus à l’ex tériorisation de la force astrale du médium ou des assis— tants. Seulement cette extériorisation fluidique ayant lieu inconsciemment, on l‘attribue a une cause étrangère a laquelle on rapporte les faits produits, faits d'ailleurs rudimentaires ou imÆjiirt‘aits, en raison même de l'inconscience des sujets. Le m ium est un être passif. incomplet, jouet des forces occultes.
De la, le danger et l'absurdité du spiritisme. L‘a— de te, au contraire, est actif, conscient, intégral. Il sait ce qu il exécute et ce qu’il veut: il sait conduire son co 5 as tral ou celui d'autres entités; il sait enfin le manipiifizr, le matérialiser, et il peut commander aux élémentals. Enfin, son évolution lui met d’approcher parfois des Esprits supé— rieurs, d‘abor cr aux sphères étincelantes du monde spiri tuel.
L’on voit donc uelle énorme différence sépare l'Occul tisme du Spiritisme. ses adeptes savent et commandente; le spirites ignorent et obéissent. Si nalons encore dans l'Hyperchimie un important compte t‘en il sur la Transmufalion des Métalloîdes, à pro os de la récente expérience de M. Fittica,qui transforma du p osphore en arsenic.
La chimie classique et officielle s’écroule lamentablement: la synthèse alchimi ne, temple gemmé et ruisselant d‘or s'élève à la place de et vieille église vermoulue de l‘analyse, Le grand Œuvre, transmis aux adeptes, d‘âge en âge, sap— prête à célébrer à nouveau son triomphe. Dans les labora toires de la Société alchimique de France, la pierre philoso phale bout en les athanors.
Poudre de projection, ferment métallique changeant en or pur les métaux imparfaits. l’élixir rouge qui provient de deux métalloïdesmétaux, combinés suivant un art spécial et vivifiés par un agent subtil et ra dical, l‘éiixir rouge de Lulle, Van Helmont, Flamel, Sendi— vogius, Lœscaris, Saint—Germain, Philalithe. va prouver à la science du XX" siècle son immortelle existence.
La trans mutation métallique opérée par la ierre philosophaie sera bientôt la consécration matérielle es enseignements tradi tionnels d‘Hermès !
REVUE DES REVUES 191 L’Echo de l’Au-dela et d’Ici—bas (numéros du 15juillel et du 1‘=r août). -— Cherchant à réunir en un seul faisceau tous les efforts des groupes et les diverses tendances des chercheurs, l’Echo de l‘Au-dela et d’ici—bas remplit avec vaillance sa mis sion de synthèse et de fraternelle union.
Pour l’Unionl inti tule-t-il ses deux derniers articles de tête, émanés d'un pen seur,à coup sûr perspicace et généreux; suivant le principe de l‘ésotérisme, concilions les contraires, car leur dualité, lus apparente que réelle, se résout en une Trinité qui, par 'évolution, s‘achemine vers le vrai. Mentons sur les som mets d'où la vue embrasse un vaste ensemble.
Là nous sau rons guider les médiums, les fervents de la magie qui ris" quent, en ces temps effroyables de larves et d’ n élémentaires » tfénébreux, de sombrer dans le vortex des événements né astes. , . Le Journal du Magnétisme juillet). — « Les chefs du mou vement spiritualiste » : une iographie du comte de Rochas d‘Aiglun, accompagnée de son portrait.
Suivent des pages claires et précises sur la thérapeutique : conseil pratique, . uérison par le magnétisme, de la métrite, de l’ovarite, de a vaginité ; le Dr J01re examine les applications de l’aimant dans les cas de paralysie, de contracture, de transfert; il démontre que la suggestion n’y entre pour rien.
M. Etienne Dassieu parle du magnétisme pratique, M. Jules Boesser assure présenter des découvertes dans le domaine du magnétisme vital encore mal exploré; et M. L Gravier consacre d’excellentes lignes à la plante envisagée comme elle doit toujours l’être : comme organisme Vivant et sentant.
La Revue spirite (juillet}.— Parmi de nombreux articles, êje remarque la Théorie de a Réincarnation, fort bien expos e et étudiée par le professeur Moutonnier, ainsi que la suite assez intéressante de Bélisama ou l’0ccultisme dans les Gaules, de M. E. Bosc. L’auteur s’attache cette fois au druidisme; il condense, résume le peu de documents qui existent sur ce sujet dans les bibliothèques. Son imagination tend à les ,revivifier.
Mais nous pensons que M. Bosc gagnerait à scruter la pure tradition hermétique. Revue scientifique et morale du spiritisme (juillet). —-—M. Ga briel Delanne, prenant comme point de départ la nouvelle du trépas du Dr Gibier, confronte l’Ort‘hodoœze scientifique et le Ï(Jiritisme.
Il met à jour, excellemment, la mauvaise foi écrivains soi-disant scientifiques et d‘ailleurs bien peu intelligents, tels que M. Gautier, du Figaro, qui bal‘ouèrent encore le cadavre de Gibier, ce qui n’est point joli, car ils devraient au moins respecter les morts, à défaut des vivants.
M. Delanne montre à tous ces demi savants qu’ils ne sau raient examiner le s iritualisme avec attention et. sincérité, sans s’y rallier. car es reuves abondentaujourd’hui: exté— riorisation de la sensibi ité, de la motricité, télépathie, pré monition, etc., évidence de l’animisme. Mais que peut-on contre des aveugles volontaires, contre des railleurs de .
192 L‘INITIATION parti pris qui blaguent parce qu’il est_ de « _bon ton u d'être sceptique! Si ces MM. Gaubier et tutttquanl1 savaient pour— tant combien leur « bon sens » est lourd. bout eois et dé moralisant! La morale, il est vrai qu‘ils s’en fic ent comme de la science! L'Humanité intégrale re arait après une longue_ interrup tion. Elle scrute e proh ème de l‘existence: la VIE.
Le Réveil des Albigeois esquisse la doctrine religieuse d‘après Sophronius. ERRA TA Juillet 1900 : Caractère‘ de l‘inspiration de Nostradamus (suite) P. 37, l. 20, lire Roussat ; l. 24., lire Donner ;note 1, fin, lire Marcastel. — P. 39, l. 23, lire 501 sera veu. —P. 42, l. 18, lire Cyrus (et non Gros). — P. 43, note 1, l. 5, lire le gros mastin (et non Martin) ; l. 10, lire teste rase (et non beste rase) ; l. 15, lire Cf. Nostradamus. — P. 48, l.
22, lire roy oinct(sacré). — P. 50,1. 14, lire et grand déluge; l. 17, lire chaud (et non chant). — P. 51, note, lire l‘abbé Olive. — P. 52,1. 21, lire peste (etnon perte); note, lire Berguille (et non Bergeville).— P. 53,1. 13, lire reçoivent des faits de tous les jours leur interpréta tion; 1. 27, il se contenta. — P. 54,1. 8, lire faim, peste; note, 1. 1, lireMazzini. —P. 57, 1.9, lireoujeunehéritier.
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L’Echo de l’Au-delà et d’1ci-bas, revue bimensuelle illustrée? Abonnements. —- 7 fr. par an (France); Etranger, 8 fixé— Revue d'avant-garde publiant les articles et les nou velles intéressant toutes les écoles sans exception. D recteur : VARNEY. ,26. Secrétaire de la Rédaction : Ounnecx. Psyché, journal mensuel tiré à très petit nombre àla ma» chine à écrire. Reproduction des cours sténographiés à l’Ecole hermétique.
Abonnements : 10 fr. par an. (Le nombre des abonne ments est très limité). L‘Acacia, revue mensuelle rédigée par un comité de. Francs-Maçons et de Philosophes et consacrée aux études historiques, initiatiques et symboliques,
._çàé _ . __. ._. Principaux Ouvrages recommandés pour l’étude de l'OCCUL’I‘ISME et de ses applications CONTEMPORAINS L’Évolution de l’Idée. F"(‘H' BARLET' ' ' ' L’Instruction Intégrale. Le Serpent de la Genèse. STANISLAS DE GUAITA . . Le Temple de Satan. La Clef de la Magie noire. Traité élémentaire de Science Occulte. (5"“ édition). Traité élémentaire de Magie pratique. La Science des Mages. Parus . . . . . . . . . . L'Ame Humaine.
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