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___m.f , a--- ..,, , .., . La. reproduction des articles inédits publiés par l'Initiaiion est formellement interdite, à moins d'autorisation spéciale.
PARTIE INITIATIQUE Cette partie est réservée à l’exposé des idées de la Direction, des Membres 3—35du Comité;de_Rédaction et a la reproduction des classiques anciens.) SUR LE SYMBOLISME DE LA LÉGENDE BOUDDHIQUE Le symbolisme est une étudeaujourd’hui en honneur chez les archéologues, les philologues, les‘exégètes etles historiens religieux; c’est une étude égalementimpor— tante pourl’ésotériste et qui doit, s’il possède bien le ma niement d’une des clésÏinitiatiques,le conduire à des conceptions d’une généralité remarquable.
En parti— culier, lesîlégendes des grands fondateurs de religions offrent un vaste champ'àïl’activité de l’esprit; nous allons essayer de le montrer en prenant comme exemple l’une des plus}importantes : celle du Bouddha.
Il y a, dans: l’étude des anciennes initiations,plu sieurs groupes de symbolisme à classer: d’abord celui des légendes religieuses; celui des mythologies, comprenant l’histoire interprétative des divinités se condaires; ensuite celui de l’histoire héroïque des mulss\æu 7
r 94 L’INITIATION [DÉCEMBRE grands hommes de chaque peuple, qui décrivait les révolutions des principes sociaux; enfin, la géogra phie de chaque pays, dont les divisions étaient réglées parla caste sacerdotale de façon à reproduire sur la terre physique les principales régions de la terre cé leste.
Ainsi le plan divin était rappelé par la légende reli gieuse; les opérations des êtres de l’astral et des forces , secrètes de notre système solaire, par la mythologie; la biologie du peuple, par ses légendes héroïques et matérialisation du règne du Père, ici-bas comme aux cieux.
Le tableau suivant fera mieux apparaître ces correspondances: Plan divin Plan humain, Plan naturel l _ Incarnation de» . v - Leur Théogome sauveurs Leut preparatton vie publique Cosmogonie ont°àîâä’x des Leurs actes Leur culte des héros nodule Les accidents na Les cités turels : mon— tagnes,fleuvesetv.
Les divisions Phyfiononle administratives “ AndT0n°mie La généalogie Leurs exploits L‘““' œuvre I On sait que l’ancienne Égypte était divisée par normes représentant les parties du zodiaque; comme les brahmes avaient reproduit dans les provinces de l‘Indoustan la hiérarchie des sept planètes. Encore au— jourd’hui, on connaît, dans ce dernier pays : Les sept fleuves, Sapta-Nadi ”"”'“'W--J“' 'vp””"’*-mm .{m‘a—mm“ -
1899] SUR LE SYMBOLISME 195 Les sept montagnes, Sapta-Parvatta ; Les sept cités saintes, Sapta—Poura ; Les sept déserts, Sapta-Arania; Les sept îles, Sapta-Dvipa; Les sept mers, Sapta-Samudra, etc. L‘étude que nous nous proposons de faire appar‘ tient au symbolisme de la thé0gonie.
L’exégèse moderne et une école contemporaine d’œcultisme, se rattachant à certains centres hindous, ont beaucoup insisté sur les similitudes de la légende du Bouddha et de celle du Christ; si la thèse de M. Notovitch, qui prétendait prouver un voyage et une initiation de notre Sauveur au Tibet, dans les lamaseries bouddhistes, a été réduite à néant, l’opi— nion qui donne aux Esséniens et à la morale évangé lique des rattachemmts aux doctrines de Çakya Mouni est plus accréditée ; je me souviens même avoir vu établirl’identité des Esséniens et des Sannyasis, et'M. Bierregaard, un mystique suédois enseignant en Amérique, a établi une concordance absolue entre les huit béatitudes énumérées dans le sermon sur la montagne et les huit branches du sentier nirvânique.
Cela prouve simplement que les auteurs en question n’ont pas saisi l’énorme différence des principes di vins mis en jeu pour chacune de' ces deux religions, et c‘est ce que nous allons essayer de démontrer. à4‘ Pour peu qu’on ait étudié la symbolique de l’occul tisme, on sait qu’une légende comme celles des Sou tras ou des Êvangiles peut recevoir plusieurs M.ÇGL .M ä« M.——'——M_æ—-—/‘.
19 L’INITIATION interprétations.
Il y a d‘abord le point de vue historique, auquel nous ne nous arrêterons pas; puis le point de vue astronomique,qui réduit tous les mythes religieux au rang de mythes solaires; puis le point de vue météorologique, si l’on peut dire, qui voit la foudre, les vents, les tempêtes, dans les principes divins étudiés; puis le point de vue rituélique, qui donne des interprétations s’adaptant aux cérémonies religieuses, au feu sacré, à l’holo— causte, aux prêtres officiants, etc. Tels sont, pour l’heure actuelle,les horizons où se déploie la pensée de nos orientalistes(r).
Il en est d’autres encore: ces mythes possèdent encore un sens alchimique, un sens psychologique, qui donne des commentaires se réfé rant au développement intérieur de l’être humain, et un sens que l’on pourrait appeler cosmologique parce qu’il permet de découvrir les noms des forces ou des êtres qui présidentà telle crise de la vie générale de l’univers, dont les enchaînements occultes abou— tissent à la descente sur la terre d’une nouvelle lu mière Ainsi donc, si je n’ai pas été trop obscur dans mes explications, le lecteur pourra s’apercevoir tout d’abord que la fondation d’un nouveau système reli gieux sur notre globe doit nous apparaître comme le signe visible de grands mouvements accomplis dans les profondeurs éthérées de I’Espace zodiacal.
Pour qu’une doctrine dans une langue humaine emporte la foi inébranlable d’un grand nombre de cœurs, il (1) Voir les travaux de Burnoùf, Dupuis, Paul Regnaud, etc. Î_, ' 5 , Æ.L
SUR LE SYMBOLISME 197 1 faut qu’elle cache en elle-même une flamme de ce Trésor de Lumière où nous aurons tous un jour une part.
C’est,en vérité, l’Éternel lui—même, qui délègue telle âme réintégrée dans l’une de ses demeures, qui lui donne une escorte d’anges et qui l’envoie sur la terre pour y prononcer quelques phrases de la Loi ; c’est pourquoi toutes les religions sont respectables, et rien ne sert plus les intérêts du Grand Adversaire que le fanatisme et l’intolérance.
Une seconde remarque à faire, c’est que- l’interpré tation des légendes religieuses est à deux degrés : l’in telligible et le sensible; chacun de ces degrés s’ap plique aux phénomènes dont notre planète, nous mêmes ou le système zodiacal sont les acteurs.
Nous avons de la sorte six sens différents à donner à ces légendes; il y a autre chose encore: aucune de ces manières de voir ne nous dévoile à nu l’essence des choses; elles se composent toutes de compromis ’ variés entre des notions subjectives et des notions objectives; il y a dans chacune d’elles une dose d’er reur et de vérité.
La vérité absolue existe cependant; mais elle n’existe que pour ceux qui sont capables de la saisir, ou mieux de ne faire qu’un avec elle; en un mot, elle n’apparaît que dans le plan Où l’Être rayonne seul, dans le monde réellement surnaturel; dans l’In créé; mais aucun homme ne peut voir Dieu sans mourir. ' Revenons à nos relativités, qui dépassent déjà si souvent les capacités de notre intelligence. Les six interprétations d’un mythe religieux peu vent pour la clarté s’écrire de la façon suivante :
198 L’INITIATION ‘ p0int.de yue ”( Région étud/Iee (Objê'ätli‘) _ (“bleu“) Zodiaque Homme I Terre _ Plan_ Sens Sens _ Sens Intelligdfle cosmologique psychologique alchimique Mythe Sens Plan Sens‘b’e solaire H"‘°"‘e météorologique Nous nous proposons simplement d’indiquer en quelques pages les éléments d’interprétation de la légende du Bouddha et de celle du Christ au point de vue cosmologique ; je veux dire que nous essaierons de découvrir, par le raisonnement, quels sont les principes supérieurs mis en jeu dans ces deux révéla— tions, puisqu‘il ne nous est pas donné d’aller sur prendre leur mécanisme dans le sein même de l’Ab— solu. **‘ Voici quels seront nos éléments de comparaison : La lignée terrestre Ikhswaukou Jessé Le père terrestre Souddhodana Joseph La mère terrestre Maïa Mariah La ville natale Kapilavastu Bethléem Le lieu d’études Les trois palais Le Temple de J érusalem Le vieillard Asita Siméon Le nom Bouddha J hésus Remarquons tout d’abord _ceci : c’est que, si les Sut tas abondent en détails sur les phénomènes invisibles qui présidèrent à la dernière incarnation de celui qui
SUR LE SYMBOLISME 199 ' devait être le Bouddha, les Évangiles se montrent très sobres de détails sur cette même période antérieure à la naissance de Notre-Seigneur Jésus; cela tient à une chose que je vais essayer d’expliquer.
Et d’abord, il est de tradition parmi les initiés chrétiens et les Rose— Croix de pure filiation qu’un Invisible fut commis à la rédaction des Évangiles; de sorte que, _malgré les erreurs de la transmission orale, l’ignorance probable des scribes et des traducteurs, les commentaires faux des hérésiarques, si quelques inexactitudes se trouvent dans les récits évangéliques, nous pouvons être certains qu’aucune des paroles de la Loi n’a été changée. ’ La Loi tout entière n’est pas écrite dans l’Évangile; quoique les extraits qui nous en ont été donnés attei gnent une telle profondeur intellectuelle, une telle hauteur morale, que pas un homme évolué, actuelle ment vivant sur cette terre, ne peut les comprendre; c’est pourqu0i les Évangiles sont obscurs et que leur ténèbre ne peut être percée que par une simplicité d’esprit semblable à celle d’un petit enfant.
Ces points de tradition établis, revenons à notre sujet. **U / Le prince Siddartha descendait de la race royale d’lkshwaukou, fondateur dela dynastie solaire établie primitivement à Oudh (Ayodhya); traitée par les clefs hiéroglyphiques du sanscrit, cette phrase signifie que tout Sauveur des hommes descend des régions célestes placées à la droite du Père, dans le rayonne ment des forces principiantes et positives; quand "ŒiW‘æ—Aw—w‘s- - 1,. mñ‘o‘s—We-W—v-«ew ww—vr»..«—‘.«M.tç ‘v* v
200 L’INITIATION la vie absolue se manifeste, elle brûle au-dessus de l’Espace et du Temps jusqu’à ce qu’un ordre du Verbe lui fasse franchir la limite qui la précipitera dans le domaine de la matière universelle où elle se transforg mera_ en la force obtuse et irrésistible du Destin.
Jésus est dit descendre de la race également royale de Jessé, de celle des régions de la droite du plan divin où la vie éternelle resplendit dans son essence la plus haute et brûle d’une flamme immobile ali mentée par l’ofl‘rande perpétuelle que les élus font d’eux—mêmes à l’Éternel.
Le père terrestre Siddartha est Souddhodana, le fils, le produit, le fruit du principe caché par lequel la Nature naturante, ou mieux la Providence, retient les choses dans une cohésion sympathique; son effet vi sible est l’attraction universelle. La mère est Maïa, l’espace éthéré des Cieux, la matrice universelle. Ouvrons ici une parenthèse.
Les légendes raContent que les quatre Régents de la Terre, avec leurs armées aux quatre couleurs, descendirent le jour de la nais sance de Çakya-Mouni pour porter son palanquin; d’autre part, l’âme du Saint savait avant son incar nation qu’elle serait le Bouddha, tandis, qu’à peine incarnée, elle l’oublie jusqu’au temps de son âge mûr.
Ainsi, quand un Sauveur descend sur la terre, il est accompagné d’une armée de serviteurs invisibles ; et son âme boit réellement l’eau du Léthé; mais sa vigueur intellectuelle et morale lui font recouvrer la mémoire de son origine et de sa mission dans un laps de temps très court; pour cela, il lui faut cependant \ briser les liens du sang (le Bouddha renonce a sa
SUR LE SYMBOLISME 20'I condition royale) et de la chair (il abandonne sa femme), repousser le sceptre offert par le Prince de ce monde (le Bouddha aurait pu gouverner la terre) et enfin connaître et vaincre toutes les tentations (l’é— preuve de Marâ sous l’arbre Bô). Les mêmes épre‘uves furent traversées par le Christ, ainsi que tout le monde sait. Le père terrestre du Christ fut Joseph, l’enroule ment de la lumière réfléchie, selon Saint-Yves.
Le vieillard Siméon représente, de même que le vieillard’ Asita, la chaîne des anciens initiés; le premier est la connaissance des agents individuels invisibles; le second représente la connaissance des choses par leur base, leur racine obscure, leur embryologie oc culte.
La ville natale de Bouddha, Kapilavastu, signifie l’université de la Science rationnelle; Bethléem est le plan invisible où les chosesterrestres ont leurs esprits individuels: là, l’initiation n’est plus spéculative, elle est tangible et vivante. _ La nourrice du Bouddha est Mahapradiapati; l’es— pace zodiacal son maître en exotérisme est Viswa mitra,symbole du passage de la seconde caste à la première, du guerrier (Kshattriya) au prêtre (brab mane).
Enfin les trois demeures que le roi son père fait construire sont les trois premiers degrés de l’ini tiation brahmanique; les légendes disent que ces pa lais étaient construits pour la saison des semailles, pour l’été et pour l‘hiver ; ils s’appelaient respective ment Ramma, Souramma et Soubha; le néophyte commençait par explorer les premiers principes de la r-| —» L‘— —\ n., V,
202 L'INITIATION .___.i... ‘-M-_l‘A”-n—n....v n - -.-... - marche de la Nature; puis on lui enseignait les rela tions hiérarchiques et les correspondances de ces prin cipes; puis enfin, il était amené à concevoir leur fin, leur consommation. La clé numérale de cet ordre de sciences physiogoniques étaitle septénaire.
L’enfant Jésus, par contre, ne connut pas d’autre éducatrice que sa mère, pas d’autre maître que la lu mière intérieure qu’il portait en lui; et si les rabbins ont voulu accréditer une légende selon laquelle il aurait confondu à douze ans les docteurs du Temple parce qu’il aurait surpris à l’insu du Grand-Prêtre la prononciation du Nom-de-Quatre—Lettres, cette lé— gende est contredite par la tradition rosicrucienne qui nous apprend que les années d’adolescence du Christ furent employées par lui à prêcher la Loi dans certaines régions infra-terrestres inconnues.
Nous sommes au mariage du Bouddha; il répond à ce fait que la maîtrise de n’importe quel degré de l’ini tiation antique confère à son possesseur un privilège, un pouvoir. Celui qui fut donné au prince Siddartha s‘appelait Yasod-ha-ra, c’est—à-dire le pouvoir de dissocier les apparences des choses, une lumière de vie douée de la propriété de ramener les formes de cet univers à leur inanité, ou au vide primitif dont elles sont évo— luées.
Ce pouvoir, il dut l’attacher à’ trois concur rents : Nanda, les entraînements du sang; Devadatta, le désir des objets externes, et Ardjouna, le principe individualiste, la volonté propre de l’homme. Le prince revêtu de cette faculté glorieuse alla habi ter le palais Vishràmvan : le plan où son initiation
son [.12 smmirsnn :03 lui d0nnait droit de régence était ce lac de lumière active où se développent les pôles opposés des forces. Remarquons ici que ces épisodes de mariage sym bolique ne se trouvent pas dans la vie de Jésus; cette différence Peut être expliquée par l’étude des noms de ces deux initiateurs.
Le premier, dont la racine B D. indique l’activité divisionnelle du principe pensant, est le type de l'homme dans sa fonction de maître des éléments. Le second, qui décrit, soit les convenances proportionnelles de la Vie abælue manifestée, soit l’involution de Dieu dans la matière, désigne claire— ment le principe vital de l’Univers tout entier.
Il nous est impossible de donner une idée, même approximative, de tous les mystères contenus dans le nom de Jésus ; qu’il nous suffise de savoir que ce nom, toujours dans le point de vue de la gnose intellec tuelle où nous nous sommes placés, est aussi ancien que le monde, et qu’il a présidé aux destins‘des races disparues comme il préside à celui de la race blanche. Résumons en quelques mots ces hâtives explica tions.
Dans l’Univers se trouvent notre planète, le plan astral zodiacal et le plan divin qui pénètre les deux autres.
Tous les Sauveurs descendent de ce der nier; mais ils ne sont cependant pas tous aussi élevés les uns que les autres ; le Christ est leur chef à tous : quand il s’incarne sur une planète, il n’a nul besoin d’une initiation humaine, mais il la reçoit cependant et subit les douleurs communes parce qu’il a volon tairement dépouillé sa gloire.
Les autres Sauveurs sont des hommes parfaits et réintégrés, qui abandonnent leur récompense par amour pour l’humanité; c’est ._—.m_.__ I
204 L’INITIATION ainsi qu’ils réalisent la parfaite Imitation de Jésus Christ. Nous le répétons, tout en vénérant le Sauveur Boud dha, tout en rendant à la pureté de sa morale et à la force de son enseignement l’hommage qui leur est dû, il importe pour nous, Occidentaux, de ne pas renier notre propre Sauveur, de ne pas méconnaître, parce qu’il est encore plus au-dessus de nous, le principe divin qui préside à l’évolution de notre race, et de savoir discerner sous les paroles presque semblables des deux Lois, l’abîme spirituel qui les sépare et qui divise les routes de leurs fidèles respectifs. SÉDIR. tare
‘ PARTIE—PHILÔS’ÔPÈIQU’E’ u s lENTIFlQU (Cette partie est ouverte aux écrivains de toute éçqle, sans queue distinction. et chacun d’eux conserue la responsabzhté excluswe de ses idées.) ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES III LA FEMME DE MONTSEREIGNE Depuis bien longtemps, je cherchais à retrouver une vieille chanson que je croyais bretonne, lorsqu’un de mes amis me la communiqua dernièrement; elle était en patois du Bas-Poitou et, selon moi, doit évi demment provenir de souvenirs ou d’enseignements druz’dz’ques, transmis oralement de bouche en bouche. Cette antique chanson est un véritable exposé dévo lution terrestre et cosmique. Les changements indi qués entre chaque couplet sont ceux qui ont lieu entre chaque grand cataclysme cosmique. Voici d’abord la version en patois: 1 In jou de Montsereigne, Fassis le haut dan tre’ Qui s’accote à la plaine, Car j’y fus roche mé. La corne du diable est chête en mon pener.
206 L’INITIATION lI In jeu dans la prairie,‘ Allis au bas d’au (ré, Dresser tête fleurie Car y fus rose mé. La corne du diable est chête en. mon pener. 111 In jeu de la Gaudine (t), ' Y trouvis le grener, Et mangis sa farine Car y fus souris mé. La corne du diable est chête en mon pener. IV In jou de la grand’lande, Y gravis le senter En picottant la brande, Car y fus bique rué. La corne du diable est chère en mon pener. V Au jeu de mon mariage, Prenis homme à mon gré; Puis végnit le veuvage Car y sais femme me. La corne du diable est chère en mon pener, VI In jou su qu’elle terre Sans soffri m’en irai Et lairai robe mère Car esprit y serai. La corne du diable chéra de mon pener (l) La Gaudine, femme de Gaudin.
ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 207 4. .. L._:. Pour ceux auxquels ce patois ne serait pas suffisam ment clair, en voici la traduction : I Un jour je fus à Montsereigne Formant le haut d’un coteau . Qui s’appuie à la plaine Car j’étais roche... mé, La corne du diable est tombée en mon panier. II Un jour, dans la prairie, J’allais au bas du coteau, Dressant tête fleurie, . Car j’y fus rose mé. La corne du diable est tombée en mon panier. llI Un jour, chez la Gaudine \ J’entrais dans son grenier Et mangeais sa farine, Carje fus souris mé . La corne du diable est tombée en mon panier. IV Un jour, dans la grande lande, Jégravis le sentier En picotant la brande (l’herbe) Car je fus bique mé. La Corne du diable est-tombée en mon panier. V Au jour de mon mariage Je pris homme à mon gré
208 L’INITIATION Puis vint le veuvage, Car je suis femme mé. La corne du diable est tombée en mon panier. VI Un jour, sur cette terre, Sans souffrir m’en irai Et laisserai matière Car Esprit je serai. La corne du diable tombera de mon panier. Chacun pourra remarquer la surprenante simili tude des couplets de cette chanson avec les théories de l’évolution physique et ésotérique.
Chaque couplet est pour ainsi dire un stage d’évolution, partant de la pierre pour aboutir à l’être humain. Mais on se trom— perait étrangement si on s’imaginait, avec les darwi= nistes, que l’homme descend de la bête et même de la pierre. Il y a eu deux grandes évolutions parallèles qui se sont rejointes dans un temps donné. L’une a com— mencé à la pierre (1) et au protoplasme pour se con tinuer jusqu’à l’homme.
L’autre a eu lieu dans la sphère spéciale où les germes d’âme, projetés par Dieu, se préparent à l’incarnation terrestre. L’erreur fondamentale des darwinistes est de croire que l’homme descend du singe ou même de l’orang-outang; c’est seulement sa forme corporelle qui provient par évolution des corps animaux. Et encore, la dernière phase de cette évolution échappe (i) Ce serait une erreur de croire que la pierrene vit pas. Sort existence est inconsciente, mars réelle. ..
q—If nr I s. ÉTUDES ÉSOTÉRIQUE5 209 entièrement aux darwinistes, qui n’ont jamais pu trou— ver lefameux chaînon reliant l’homme au singe. De plus, selon l’auteur de la Philosophie de I’Htstoire, < la base qui permet à l’homme la station droite la base qui permet à l’homme la station droite fait absolument défaut à l’orang—outang ainsi qu’au singe; il n’est positivement pas formé pour rester droit.
De plus la mâchoire inférieure est proémi nente et l’os intermoxillaz‘re vient faire cesser la ressemblance avec l’homme. Selon d’autres détails corporels, il résulte que le singe n’est et ne sera jamais qu’un animal, quelque frappante du reste que puisse être sa ressemblance avec l’homme ». .
Selon les théories ésotériques indoues, c’est entre chaque pralaya, ou grande évolution cosmique, qu’a lieu cette transformation de la plante en animal, puis en être humain. C’est au moment où l’évolution physique a été ter minée sur la planète que l’Esprit est venu s’y incar— ner pour prendre connaissance de la matière, ainsi que le veulent fatalement les grandes lois cosmiques. Dès que ce résultat est atteint, l’Esprit, dégagé, re monte à saÏsource de divine lumière. àRââRî‘./Œâ A. ERNY.
LA FIN D’UN MÉDIUM Un vendredi soir de mars 1896, cinq personnes sortirent, à la file indienne, du Grand—Hôtel, et s’en gagèrent dans les ruelles de la vieille ville de Cons— tantine. Le temps était épouvantable, car une pluie froide et fine tombait depuis de longues heures. A la tête de la petite colonne marchait un spalzz‘. Armé d’une lanterne, il se retournait souvent pour montrer à la deuxième personne où il fallait poser les pieds.
Celle-ci était une dame qui, enveloppée d’un grand manteau et la tête couverte d’une mantille, luttait, avec difficulté, contre la pluie, la boue et le vent. Derrière elle, venaient : son mari le général Noël, commandant l’artillerie en Algérie (pour le moment en tournée d’inspection); puis le lieutenant-colonel Cornu, directeur d’artillerie à Constantine; enfin, la marche était fermée par l’officier d’ordonnance du général, M. le capitaine Dejean.
Après vingt minutes environ de promenade dans le quartier arabe, notre petit groupe s’arrêta devant la porte d’une mosquée; puis, le spahi ayant parlé et gesticulé avec ceux qui en gardaient l’entrée, plu
LA FIN D’UN MÉDIUM 211 sieurs indigènes se précipitèrent sur la main du gé-fl néral,la baisèrent, et l’introduisirent, lui et les siens, dans une immense salle..., non sans leur avoir passé des babouches par—dessus leurs chaussures! ' .
On leur présenta des chaises (les seules qui se trouvaient dans la pieuse enceinte), ils s’assirent... ; et regardant autour d’eux... voici ce qu’ils virent: Ils se trouvaient dans une enceintccæ‘rée, entourée de cloîtres. Plus de deux cents Arabes, de tous les âges, de toutes les conditions, étaient accroupis sur leurs talons, ou assis, les jambes croisées, attendant évidemment qu’une cérémonie commençât.
Un véné» rable vieillard, rappelant les patriarches de la Bible, reposait sur une pile de coussins, non loin des visi— teurs. C’était, nous ne tardâmes pas à l’apprendre, le président de la séance du Zikr qui allait avoir lieu. Deux magnifiques Kabyles (dont l’un réalisait le type si connu du Richard Cœur de Lion de l’histoire et de la légende) se tenaient auprès de lui pour exé— cuter ses moindres ordres.
Au milieu de l’enceinte, un troupeau de musiciens essayaient leurs instruments, tandis que l’on faisait passer des vases à longues chaînes d’où s’échappaient des vapeurs odorantes, vapeurs que chacun s’empres sait d’aspirer en courbant son visage au-dessus du vase. Puis, on psalmodie des versets du Coran pen dant une heure au moins; c’étaient de véritables hur lements accompagnés du plus effrayant concert d’instruments. La séance des Aïssouas était ouverte. a d o u n . - - .o n ,o o o - O Que sont donc ces Aïssouæ ?
2 I 2 L’INITIATION Les Aïssouas forment une confrérie célèbre en Algérie, en Tunisie et au Maroc; mais cette secte est bien peu connue des Français eux-mêmes! Un des principaux motifs en est l’absence d’Aissouas à Alger. On improvise bien quelques réunions à l’usage des touristes et des hiverneurs, réunions parfaitement anodines, du reste, et infiniment moins intéressantes que les séances nègres qui ont lieu dans le vieux quar— tier de la Kasbah.
Mais àTunis, àKairouan, à Constantine et dans bien d’autres villes, les sectaires Aissouas ontleur mosquée à eux, où ils se réunissent régulièrement, une fois par semaine, et où il ne fait pas bon se présenter sans être accompagné d’un guide. Ils ont aussi deux collèges principaux: l’un à Mesquinez, l’autre à Kairouan.
Mais, même ceux qui, comme nous, ont pu voir leurs curieuses expériences, n’en comprennent pas la véritable portée, pas plus, du reste, qu’ils ne saisissent le sens des séances nègres dontje viens de parler.
Le hasard nous a appris la vérité, vérité que nous n’eus sions jamaisconnue si, au moment, où nous quittions, il y a deux ans, les Grandeurs et Servitudes militaires, nous n’eussions pris deux domestiques indigènes, pour remplacer les ordonnances du général —- do mestiques qui, par une coïncidence étrange, se trou vaient être deux Aïssouas !l— Et cela encore ne nous aurait pas mis sur le chemin du mystère, si ces Ais souas n’avaient observé que nous possédions, nous aussi, une salle de séances; et, si, de fil en aiguille, vec cette intuition merveilleuse (qui fait de nos gens
LA FIN D’UN MÉDIUM 213 les espions de notre vie privée), ils n’avaient surpris le secret de nos expériences..... Alors, ils nous révélèrent leur secret à eux, secret qui devrait, il me semble, intéresser les spirites fran çais, si ces spirites, hélas! ne s’endormaient trop sou vent dans une dangereuse quiétude, et dans une mor telle routine! Les séances d’Aïssouas, comme les séances.nègres, ne sont autre chose que des séances spirites.
Nos Arabes connaissent fort bien la Doctrine secrète ! En outre, ils possèdent une foule de médiums parfaite ment entraînés l... Leur nature se prête mieux que la nôtre au déve— loppementdela médiumnité; de plus, ils commencent leur entraînement dès l’âge le plus tendre.
Ainsi, j’ai vu des petits sensitifs, des petits Aïssouas de sept à huit ans 1 ‘ Comme nous, ils ont des phénomènes psychiques ! comme nous, ils ont desapports, des incarnationsl Tous leurs phénomènes tendent à ce but fixe: entrer en communication avec les Invisibles, pour obtenir d’eux conseils, directions et prophéties.
Pendant des années, ils s'entrancent, s’hypnotisent, s’extériorisent, et, par divers procédés, ils en arrivent à ne plus sentir la douleur. Quand les Aïssouas (comme les nègres du reste) sont parvenus, en séance, à un degré su prême d’exaltation —— qu’ils appellent melbous— ils tombent sans connaissance.
A ce moment, les autres adeptes se précipitent autour d’eux, empressés à suivre de près le mystère qui va s’accomplir. . - . . - . . o - . . a o o a - o _.".m/ . 4."..L, _ » \
214 L’INITIATION Le corps revient à lui ; une incarnation se produit! Maître de ce Corps, dont il vient de s’emparer, un esprit est là, prêt à répondre aux questions qu’on lui posera. Quelquefois il prophétise. Quelquefois il donne des conseils. Mais les disciples du prophète ont, comme nom, leurs bonnes et mauvaises séances, et, il arrive, de temps à autre, que l’esprit est muet, ne peut rien dire et se borne à se manifester par des convulsions.
Les Aîssouas ont des médiums à différents degrés d’avancement. ” Ils désignent leurs facultés diverses d’une manière fort pittoresque; Recevoir le soufile, telle est l’expres sion consacrée.
Ils disent que leur prophète, Sidi— Aî‘ssa (donton ne doit prononcer le nom que rare ment et toujours avec un respectinfini), Sz’di-Aïssa leur donne le soufile dufeu,qui permet de toucher au feu sans être brûlé; le soufie de l’eau, qui permet de marcher sur l‘eau sans s’y enfoncer, et ainsi de suite.
Ils assurent avoir aussi la faculté de disparaître immédiatement aux yeux des spectateurs, tout comme les fakirs de l’Inde. _ Nous n’ignorons pas que les plus savants des Anglais ont admis les merveilles accomplies par les disciples de Brahma, mais combien trouverons-nous de Fran— çais. pour croire aux phénomènes obtenus par les Aïssouas P Soyons justes, on en trouve, mais beau coup sont proches parents du timide grand Seigneur dont nqus{ parlez" {Évangile du Seigneur Nicodème.
LA FIN D’UN MÊDIUM 215 Et maintenant qu’avons—nous vu dans ce vieux quartier de la vieille ville de Constantine, ce vendredi soir des Ides de Mars P Peu de chose, si j’en crois les confidences de mes serviteurs !
' D’après eux, quand ils sont à l’abri de tout œil pro fane, ils ont la faculté de se changer en femmes, de mettre leurs adeptes dans un four brûlant, sans les incommoder le moins du monde, de devenir inviu sibles en un clin d’œil, de recevoir des lingots d’or qu’ils ne peuvent, hélas! garder ; car ces lingots se liquéfient dans leurs mains et ils en arrivent à être forcés de les boire !!
Ils déchirent, disent-ils, des moutons vivants et, en une minute, ils ont tout dévoré, peau, chair et os, sans en ressentir la moindre émotion, le moindre dégoût. J’en passe et des meilleurs ,l Mais voici ce que j’ai vu. -— Après une heure de litanies psalmodiées, la musique joue en chœur une mélopée entraînante et enragée.
Aussitôt une quaran taine d’hommes à peu près se lèvent d’un seul bond et, s’enlaçant par la taille, forment'une longue chaîne, qui avance et recule, ployant et relevant avec rythme le haut du corps, pendant qu’ils hurlent de toutes leurs forces : Allah Kebir ! Allah Kebir !
Allah Kebir !!I De temps à autre ils s’arrêtent, respirent profondémentet lentement, puis rejettent l’air avec une exclamation gutturale, et intraduisible: c'est une sorte de hou! hou ! hou! Et cela nous prouve bien que ces adeptes savent parfaitement que les mystères de la respiration sont liés intimement à ceux de la sortie du corps astral.
2 16 L'INITIATION Voici le moment où chacun va opérer à son tour, soit seul, soit avec un collègue. Un homme se détache de la chaîne et, tournant rapidement sur un pied, pendant que la musique joue des airs infernaux, il procède à se dévêtir graduellement, sans s’arrêter de chanter et, par conséquent, de se griser, de s’hyp notiser, de s’extérioriser!
Voiles, fichus, foulards, ceintures, vestes, riches soieries ou simples chiffons selon le cas, tombent, un à un, jusqu’à ce que l’homme reste vêtu de ses simples culottes, dernier boulevard de la pudeur, boulevard qui résiste fort heureusement.
L’adepte, comme seul couvre—chef de sa tête rasée, n’a plus que sa petite queue nattée soigneusement! car c’est par elle que Mahomet doit l’attirer jusqu'au paradis des houris l Enfin le voici prêt pour le bon combat I Il se livre aux deux Kabyles maîtres des cérémonies, qui, le prenant chacun par un bras, le conduisent devant le vénérable président! L’adepte se penche et baise pieu— sement la main et l’épaule de son chef.
Celui-ci lui rend son baiser, et, sous nos yeux étonnés, procède à le magnétiser lentement, au moyen des passes les plus savantes! Puis le patient se relève.
Alors, l’un mangera avec délices les feuilles épi neuses du cactus de Barbarie, un autre croquera des gros scorpions vivants, qu’on m’apportera du reste gracieusement, sur un tambourin, pour que je puisse bien suivre les détails de cet exquis festin l Un troi sième broiera, avec ses dents, du verre pilé, des char
LA rm D’UN MÉDIUM 217 bons ardents, ou mieux encore, quelque affreux ser pent! Puis Cœur de Lion (dont nous ne pouvons nous lasser de contempler l’admirable type du Nor mand le plus pur), Cœur de Lion saisit la tête d’un Aïssoua ; il la tient entre ses jambes et lui perce les joues, la langue, le cou avec des broches de fer longues de 40 à 50 centimètres (I) terminées par une boule volumineuse en bois de la grosseur d’une orange. Le croirait-on ?
J’ai vu de pauvres petits bébés de sept ans ainsi arrangés, mais avec des lardoires appropriées à leur jeune âge. Enfin, le maître des cérémonies, comme attention du dernier galant, fait sauter un œil hors de l’orbite. Pour le coup, le patient hurle de joie!... Ce n’est pas tout!
Cœur de Lion s’agenouille presque à mes pieds, mais devant le sujet; il prend alors un poignard ; il l’appuie sur le ventre, et il enfonce dans la chair vivante, à coups de marteau, un poignard! deux poignards !! trois poignards y passentlll Voici un phénomène plus fort encore.
Cette fois le vénérable président se lève; il cherche, sur la peau de l’adepte, un endroit propice et, toujours avec le marteau, il enfonce lentement un sabre dont il a fait constater au général le fil tranchant de la lame ! Il le passe à travers le corps de l’Aïssoua et cependant le sang ne coule pas! Notez que ceci a lieu, comme je viens de le dire, devant nous, en notre honneur. L'on nous retourne galamment l’A'issoua afin que nous (r)-Il y en a même, dit-on, de 60 à 80 centimètres.
2 1 8 L’INITIATXON puissions bien voir son dos perforé et le toucher même si tel est notre bon plaisir. Et, pendant ce temps, d’autres fanatiques, sous d’autres cieux, offrent le même spectacle aux officiers de la Très Gracieuse reine Victoria.
Dans un salon meublé avectout le luxe d’un nabab, lqmystérieux M. Jacob, après en avoir reçu la per— mission,passe une épée à travers le corps d‘un élégant soldat et cloue le bel officier de la reine au mur de son salon : brillant papillon d’une espèce particulière! Interrogé et encore tout ahuri, l’Anglais répond qu’il n’a rien senti, si ce n’est un froid glacial, à l‘endroit où passa l’épée.
Mais la volupté des Aïssouas, leur délire augmen tent de minute en minute: on les couche, le ventre reposant sur la lâme d’un grand sabre, et Cœur de Lion bondit sur leur dos et y exécute un pas redoublé. Puis, voici l’épreuve du feu! On apporte une quan tité de torches d’alfa, on les distribue aux fanatiques, vêtus simplement et uniquement de grandes gandou rahs blanches.
Ils passent ces torches sur figures, cous, épaules, jambes; ils se baignent dedans, ils dansent dans les flammes et rien ne roussit chez eux ni peau ni vête ment, pendant que les flammèches, tombant sur moi, brûlent parfaitement et ma mantille et ma robe! !
Toujours la fin est la même: l'Aïssoua. hors de lui, veut se tuer, il essaie de se briserla tête contre les co lonnes de marbre; il veut quitter ce bas monde pour de bon ! mais les maîtres des cérémonies veillent. ._,M- »«»»
LA FIN D’UN MÉDIUM 219 Ël , ? Ces hommes, d’une force herculéenne, ont néanmoins fort à faire pour triompher de l’eXaltæti0n des fidèles! Quand ils n’en peuvent venir à bout, ils se précipi tent sur eux, les jettent par terre, et leur mordent le bout de l’oreille ?
L’h0mme'tonibë àlOt‘s sans connais sance (comme il devrait le faire du reste sans qu'on ait recours à cette m0rsure) et, p0ur les speCtateur5 français, c’estfini: ils se retirent convaincus qu’ils ont eu affaire à des tous. Ils se retirent ne comprenant absolument rien à ce qu’ils ont vu...
' POUr nous, nous le savons maintenant : tout ceci n’est qu’un prologue destiné à ouvrir la communica tion entre la terre et le ciel =—-à préparer la venue des esprits, lesquels sont attendus par les infidèles avec une foi que nous pourrions vraiment leur envier.
J’ai raconté et dans la Revue scientifique et morale du Spiritisme et dans la Revue spirite, l’histoire de l’Ai‘ssoua Hamed etl’histoire dela lutteque j’eus à son tenircontre l’esprit Salem.ll est facile de comprendre, par ce que je viens de narrer, que nous devions avoiren notre serviteur l’Ai‘ssoua Hamed un médium tout dé veloppé et entraîné.
Ce serviteur était d’une nature fidèle et désinté ressée ; nous avions de plus l’assurance qu’il ne de vait pas chercher à nous tromper, puisque c’était bien , malgré lui-même que l’esprit Salem, qui veillait sur lui, nous permettait le moindre phénomènel.. Il me reste à offrir aux personnes que l’histoire de cet Aïssoua a pu intéresserles dernières fleurs de cette médiumnité et à dire comment s’éteignit pour nous ce brillant météore. 4“““\‘J&î"‘°ÿW""" :WQÆW{Wî
220 L’INITIATION Comme dernières fleurs, nous avons enfin obtenu en pleinelumière, dans nos appartements particuliers, loin de la salle des séances, des preuves absolues, positives de la présence, parmi nous, d’intelligences et de volontés indépendantes, de nos intelligences et de nos volontés humaines.
Voici, choisis entre plusieurs, cinq faits qui ne reposent, il est vrai, que sur notre parole, puisque nous en avons été seuls témoins, mais nous espérons que les Français auront en notre parole la même confiance que les Américains ont eue jadis en la pa role de M. Lz'vermore, lorsque ce négociant leur fit le récit des merveilleuses apparitions d’Estelle, appari tions qu’il obtint la plupart du temps dans l’obscu rité, seul avec son médium; et la même confiance quelesAnglais ont eue en la parole de Dale Owen, lors qu’il leur raconta comment il retrouva sa Violette perdue depuis quarante ans; narration qui ne repose également que sur son seul témoignage, car, si Dale Owen n’était pas toujours seul avec son médium, lui seul connaissait Violette.
Ces cinq phénomènes ont été obtenus, nous a as suré Hamed, par l’intermédiaire de son bon esprit Saïd, car, d’après lui, il avait deux esprits attachés à sa personne ——l’enfant Saïd, esprit aimable, gai et es piègle, et le nègre Salem, esprit sombre et fanatique, qui, àcertains moments, l’obsédait complètement. PREMIER FAIT Le 23 mai, vers une heure de l’après-midi, j’étais seule en ma chambre. Sur une table se trouvaient
LA FIN D’UN MÉDIUM 221 placées quatre chemises neuves (pour hommes), che mises dites russes, provenant du Bon—Marché. Pour comprendre ce qui suit, il faut entrer dans des détails vraiment un peu intimes.
A l’intérieur, nos serviteurs indigènes sont vêtus comme il suit: pantoufles rouges, chaussettes rouges, chemise russe décrite plus haut, larges culottes de toile blanche, ceinture écharpe à ramages, et tablier blanc en dessous, ils se couvrent de force tricots en fine laine, fez rouge. J’ajoute que l’usage régulier des bains maures les rend infiniment plus soignés de leur person‘néque les domestiques français.
Pour en revenirà nos moutons, Hamed, ayant, pa raît-il, à me parler,entra dans ma chambre en faisant force salamalecs; il aperçut les chemises sur la table et me fit la remarque qu’elles paraissaient très jolies? Je puis certifier toutefois qu’il n’y toucha pas. Je lui répondis qu’elles étaient destinées à sOn camarade. Après quelques paroles échangées, il rentra dans la chambre du général, où se trouvaient, en ce moment, et mon mari et mon fils.
Il s’y occupa, me dit-on, à ranger les mille choses éparses dans cette chambre essentiellement masculine!
Quelques minutes s’écou— lêrent, puis j ’entendis des éclats de rire; ma porte s’ouvrit, ces messieurs se précipitèrent chez moi, suivis de Hamed à qui l'esprit, disait—il, venait de voler sa chemise!!! la faisant disparaître, au grand jour, devant ces deux témoins Il et la remplaçant, sous son tablier blanc, par une des quatre"çhemises 'neuves du Bon Marché !!! Oui, vraiment! les invisibles en avaient agi ainsi! Oui, vraiment, ils avaientdéshabillé et rha %’QWWM «ä:Mi.“..UWÏM'Ws_Ïg—xg n—\.'\g—«:_ä.,ïîäl. --u:|. .
222 L’INITIATION billé notre serviteur, sans que nilui ni les deux spec tateurs se soient aperçus de la chose autrement que parierésultat! . . . . . . . . . . .. Comme je me plaignais énergiquement de cette dé— pense inutile, la chemise du Bon-Marché disparu! de sur Hamed, et il se trouva revêtu d'une veste de toile grise, veste qui avait dû lui être prise, nous dit-il, au fond de sa malle fermée à clef.
Mais, où donc était passée la chemise du Bon-Marché ? Chi la sa ? . . . . . . . . . . . . Toujours est-il que je la réclamai en vain aux ha bitants de I’Astral. . . . . . . . . . . . Hamed reprit enfin son travail. Ayant fini de ranger l’appartement de son maître, il semit àquatre pattes, dans l’intention de laver les carreaux qui constituent le parquet de toute maison orientale, ayant la tradi— tion et le souci de la fraîcheur.
Hamed aimait beaucoup l’eau, cette partie de son service lui convenait fort; aussi, sous le moindre pré texte, il nous inondait. C’est. du reste une affaire de goût et de tempérament chez l’Arabe de pure race.
Qui ne se souvient de cette délicieuse ville de Sé ville, où l’on voit et à l’Alcazar et au Patio de la ca thédrale, des allées pavées en briques P Ces briques sont percées de trdus minuscules disposés en dessins et de tous ces innombrables trous sortent autant de petits jets d‘eau destinés à rafraîchir les pieds des pro— meneurs (1) ? (1) Voir les Parcs elles Jardins, par André Lefèvre (Ha— chétte, 1883,11. 82’). WM“QWMWWMwÆM; " ,.f;- .1: ).4p,}..,p_
LA FIN D‘UN MÊDIUM 223 Hamed s’escrz‘maz’t donc consciencieusement, faisant un lac selon son invariable habitude, quand soudain il poussa un hurlement de surprise ! . Ilyavaitdequoi! . . . . . . La grosœ éponge qu’il tenait à la main, et que ces messieurs avaient vue (car ils étaient encore dans la chambre),cette éponge venait de se transformer en un gros chiffon ! tordu, roulé, trempé, saturé d’eau l...
Je deviens fou,s'écria le malheureux, tout ahuri, en tendant son bouchon de linge au général. Celui-ci le prit, le déplia, le secoua... C’était la chemise neuve du Bon—Marché! 1 . . . . . u . . . . . o o . . . - ' DEUXIÈME FAIT Le 30 mai, j’entrai à midi dans cette même chambre. J’entrai par la porte du palier qui commande toute la pièce, et rien d’irrégulier, rien d’anormal ne frappa mes yeux de maîtresse de‘maison.
Hamed s’y trouvait faisant le ménage. Je m’assis à la 'grande table du milieu pour mettre une adresse à une lettre. En cette position, je tournais le dos à une jolie armoire recouverte de cretonne liberty, haute de l"‘,70, large de 0““,65, profonde de om,42. Elle était assez lourde, car elle contenait les rendus du Bon— Marc/zé!
Devant moi se trouvait la porte fermée de ma chambre, porte qui était fermée, j’en suis absolu ment certaine, au moment de mon entrée. Hamed, lui, nettoyait les bibelots du lavabo près de la fenêtre ouverte. Les jalousies étaient remontées, le soleil d’Alger - 4-M.»*«“s, »:.=_—Am A«»«\. \--e. «-——‘;11,.»M.. ., .‘æAñ.v“h/—s.-ma “. r . ;_ .\_...«_fi\v___ ..,..« "‘“"“' ' »Fmz9i-w
2 2 4 L’INITIATION [DÉCEMBRE nous inondait de ses flots, aussi notre Aïssoua n'était ni endormi ni entrancé, il était même fort gai, ce qui ne lui arrivait pas souvent. ' Après avoir mis l’adresse de ma lettre et inscrit quelques notes sur mon cahier de commandes du Bon Marché, je me levai pour porter le tout dans ma chambre. J’ouvris la porte et je restai pétrifiée l ! non sans raison...
L’armoire en cretonne, l’armoire du général se trouvait debout entre'mon lit et mon cabi— net de toilette, dans l’attitude d’une armoire en marche !!!..... Je rends mon impression comme je le peux... Je suis persuadée que mon arrivée inopinée arrêta le phénomène et que les esprits allaient introduire ce meuble dans le fameux cabinet où se sont produits tant de phénomènes!!! J’appelai tout mon monde. Chacun s’étonna ! s’écria l s’exclama.
Puis, je les renvoyai tous et je fis le guet! Après un grand quart d’heure, je rentrai dans ma chambre où je trouvai encore l’armoire, et de plus unjoli bouquet qui était posé dessus, apporté, je dois le supposer, par une main amie et astrale.
Ce phénomène estindiscutable, je suis certaine que personne n’avait pu pénétrer chez moi, parce que j’avais pris la peine de monter la garde moi-même autour de mes appartements!!! et que cette précaution est très facile à prendre vu la disposition des pièces au premier étage. \ TROISIÈME FA!T M'“ Klein, Çnotre excellent médium, couche à la NI’W
1899] LA FIN D’UN MÉDIUM 225 villa Carmen tous nos soirs de séance; car elle de— meure au sommet du coteau de Mustapha, en pleine campagne, et le retour vers minuit serait peu agréable; le lendemain, elle descend vers 7 heures pour prendre le petit repas du matin. Pendant tout l’été, elle atouç jours déjeuné avec mon fils Maurice dans la salle à manger.
Ils étaient servis par Hamed qui voltigeait autour d’eux avec la respectueuse familiarité d’un serviteur sorti tout droit des Mille et une Nuits. Le général,qui déjeunait lui plus tôt,descendait à son tour pour saluer Mme Klein, il ne restait donc au premier étage que votre humble servante, laquelle, anéantie, éreintée, épuisée par la déperdition du fluide, ne se levait que fort tard. Aucune femme de service n’était encore arrivée à la villa.
La présence de Hamed en bas était constatée parle général, par M“ Klein par Maurice, du reste. Notre Aïssoua, qui vénère M'“° Klein, avait pris l’ha— bitude de lui faire ses petites confidences tout en la servant le matin et iljne quittait pas la salle à manger. Mme Klein, elle, n’en sortait que pour remonter inva riablement dans sa chambre, et elle y remontait abso lument certaine que personne n’y avait pénétré.
Malgré cela, elle trouva trois fois le lit fait et admi— rablement fait l!!! une fois même la chambre était faite aussi!!! et par qui, Messieurs les incrédules 9... En revanche, un autre jour, à la même heure, dans les mêmes conditions, on dévissa le robinet d’eau du premier étage; et l’on nous inonda si bien qu’une cataracte tomba dans l’antichambre. o . c - - n - - . - - . . . . . . u 0
226 L’INITIATION fi-.nw ' "Æ:‘ ” QUATRIÈME un Le 9 juin, vers I heure, le général remonta du jar din une corbeille remplie de fleurs coupées dont je devais garnir plusieurs vases, mais. me trouvant fort occupée à dépouiller un courrier chargé, il la déposa chez lui, sur un guéridon. , Ce matin-là, ce travail de dépouillement m’intéres sait, car j’avais reçu plusieurs lettres importantes.
Les ayant lues, je les emportai dans ma chambre pour les serrer; mon mari me suivit, oubliant sa cor beille. Presque au même moment, Hamed entrait chez le général par la porte du palier et une exclamation qu’il poussa nous fit rebrousser chemin au plus vite.
Notre serviteur était debout, les bras étendus vers un angle du plafond, un air de stupéfaction répandu sur sa figure, car il venait, nous assura—t—il, de voir passer à travers le mur une grosse gerbe de fleurs ! Je jetai les yeux sur le guéridon! la corbeille était vide. Pas un brin, pas une feuille, pas un pétale ne res— tait! Tout avait été vraisemblablement emporté dans l’astral !
Indignée, je pris ma corbeille vide et j’allai la por ter Sur le rebord extérieur de la fenêtre de mon cabinet de toilette, Où j’avais déjà reçu plusieurs apports (I). Du dehors, en plein jour, personne ne peut arriver à (I) Voir la Revue scientifique et morale du Spiritisme du - moisde mai I899. . .
LA FIN D’UN MÉDIUM 227 cette fenêtre qui est située au premier étage, à plus de 4 mètres du sol et juste au-dessus de la porte d’entrée de la villa.
A l'intérieur, je veillai et cependant une demi-heure après je trouvai, dans ma corbeille, une jolie petite plante verte en pot, sorte de basilique, très odorante, dont nous ne possédions pas le moindre spécimen à la villa 1 . . o . . . . - o . o CINQUIÈME FAIT Nous avions fait venir de Paris, du service des Commissions de la Mode pratique (journal auquel je suis abonnée), un énorme et solide bougeoir de cuivre (coût 8 francs, si je ne me trompe), bougeoir proposé par le journal à ses abonnés, comme pièce de résis tance à l’usage des ménages!
Je le choisis sur une gravure que tout curieux pourra demander au jour nal en question. Ce bougeoir est d‘une taille inusitée; aussi, bien certaine de ne pas trouver ici les verres, qui le complètent, je le lis venir accompagné de trois verres de rechange. C’est ce bougeoir que nous allumons les soirs de séance pour aller et revenir de la villa au pavillon.
Il est placé, pendant la réunion, près de mon fils, et les esprits s’amusent à le jeter de tous côtés, si bien qu’ils ont eu vite fait de briser en miettes les verres de rechange. Dans la nuit du 23 au 24 juin, je m’éveillai avec une idée fixe. Je tenais absolumentà manger certains petits gâteaux, et ces gâteaux, je voulais que mon fils allâtles chercher... où ? dans le petit salon qui
228 L’INITIATION me sert d’office élégante et où se trouve mon armoire à provisions. Cette armoire à comestibles dissimule, il faut le dire, sous les apparences d’un meuble de .I style anglais moderne, sa véritable destination! Elle u. est, de plus, surmontée d’un petit cabinet fermé par un vitrail colorié, et c’est dans ce cabinet que je serre Î ma cristallerie de réserve. Tous ces détails sont néces— , saires pour bien comprendre le phénomène.
Je voulais donc manger des petits gâteaux l... et ensuite, poussée ', par une impulsion, dont'ie ne me rendais pas compte et que ces messieurs ne se génèrent pas pour qualifier de lubie, je voulais que mon fils visitât lecabinetvitré, ” pour s’assurer qu’il ne s’y trouvait plus aucun verre de rechange du bougeoir...et cela à 2 heures du matin l... Représentez-vous cette scène nocturne !l!!l...
Inutile de dire que Maurice ne trouva pas le moindre verre de bougeoir. Le lendemain matin, cette pauvre vic time fut, en outre, forcée d‘écrire à la Mode pratique pour demander trois autres cylindres. Le 24, à 5 heures du soir, Maurice et moi, nous _/ étions tous deux chez le général.C’était soir de séance. Nous étions seuls !
Le bougeoir (préparé d’avance) était près de nous: il n’avait pas de verre, nous le jurons sur l’honneur! et les portes étaient fermées, nous le jurons aussi sur l’honneur. A 5 heures et demie, pas de verre. A 6 heures, pas davantage. A 6 heures et demie, Maurice prend le bougeoir et pousse un cri aigu!!! Le bougeoir avait un uerre Il! s .--.._,.——h- — _...’ “r.
LA FIN D’UN MÉDIUM 229 Un verre à lui! haut de 18 centimètres! large de 8 centimètres de diamètre l... Un verre parfaitement ajusté! Un verre venant d’où P... d’où ? Chers lecteurs, je vous le laisse à deviner. Tous ces joyeux phénomènes nous venaient, à ce que nous assura Hamed, de l’enfant Saïd. Pendant ce temps, la lutte n’en continuait pas moins avec l’esprit du nègre Salem ; lutte qui devenait de plus en plus vive, de plus en plus aiguë.
A bout d’ex pédients, je fis alors un vœu arabe: je promis, pour obtenir que cet esprit ne nous privât plus du médium, je promis d’offrir, au nom de Salem, à de pauvres musulmans, un gros mouton tout entier, accompagné et du beurre nécessaire pour le rôtir et d’un plat de couscous pour vingt personnes au moins.
Le tout étant acheté, j ’envoyai mon fils porter mon offrande à la célèbre mosquée « Sid1 Abd-el-Rahman el Talebi », la plus belle de l‘Algérie après celle de Bou—Médine, près de Tlemcen. C’est à cette mosquée algéroise que les riches musulmans envoient, journellement, des provisions en nature, qui sont ensuite cuites dans la mosquée et distribuées aux indigents.
La charité des disciples du Coran est telle que Maurice nous dit avoir été étonné de la quantité énorme d’aliments déjà amas sés dans la pieuse enceinte quand il y arriva sur les midi! . . . Hélas! Hélas! . . . Rien n’y fit! Salem ne dé sarma pas. Il continua à nous enlever le médium, si bien que celui-ci disparaissait continuellement et jour et nuit! ‘ Hélas! Hélas! rien ne marchait plus à la maison, v \ «vî.’ däu‘w‘
2 30 L’INITIATION .A-.«... -x*.n \ s _‘—-..‘!‘r'— . ..__,,ÿg ,_ non seulement le service en souffrait cruellement, non seulement étions-nous obligés de mettre la main à la pâte; mais encore quand Hamed se trouvait à la villa, 11 était constamment obsédé et devenait de plus en plus désagréable, de plus en plus aigri, de plus en plus insupportable avec tous ceux qui l’approchaient. Hélas!
Hélas! cette lutte avec un Être invisible m’épui— sait; ma santé s’altérait et le général en devenait sérieu— sement inquiet. Enfin nos esprits protecteurs s’en mêlèœnt. . . Oui. M“ Klein et mohmème, nous sommes privilégiées! Par l’écriture médiumnique, par l’écriture directe même, par la typtologie, par la clair— voyance, nous avons appris que nous sommes chacun sous la protection d’un esprit élevé.
Et ce sont ces esprits, eux—mêmes, qui tranchêrent enfin le nœud gordien, que nous ne pouvions arriver à dénouer! ' Ils se servirent de plusieurs moyens, pour pouvoir. enfin, nous convaincre. Voici l’ultimatum qui nous fut posé par les forces invisibles agissant autour de nous : ’ t Hamed devait nous quitter. Il devait cesser d’être notre médium!
L’esprit arabe Salem. resté toujours fanatique, malgré sa dész‘ncarnatz‘on, ne nous pardon nait pas, parait—il, de ne nous être pas convertis à la foi musulmane, après les phénomènes qu’il nous «rail accordés! Il avait donc résolu, ce cruel, de se ven'ger sur nous et de nous enlever le médium.
Et c’était, hélas! irrévocable! ! mais nos esprits amis se réunis saient pour nous promettre et de nouueaux médiums. et des manifestations superbes, et la matérialisation
LA FIN D’UN MÉDIUM 231 même, si je ne perdais pas courage. . . . . . . Las! je dois l'avouer, j’étais fortement abattue et attristée, car je perdais à la fois et mon médium et mon serviteur. Il n’aurait été, en effet, ni prudent ni sage de le garder dans l’état d’exaltation terrible où les esprits l’avaient plongé. Ces médiums d'une autre race, ah! ils sont absolument déconcertants!
Je ne puis décrire les mille en’nms et les mille scènes que je dus subir. Sachez seulement que le sang du médium coula et plus d’une fois, car Salem se vengeait sur lui dès que mon influence baissait.
Pour terminer, Hamedquz'fia enfin notre maison et, si je n’avais pris sur moj de réfléchir qu’il fallait voir en tout ceci la main de Salem, j’aurais eu beaucoup de peine à lui pardonner la manière dont il se sépara de nous, après deux ans de bontés de notre part et (je dois le dire) les fidèles services de la sienne!
Ainsi finit cette croisade d’un nouveau genre, où la Croix fut battue par le Croissantl Cependant, à la dernière séance avec le médium Hamed, je reçus de l’esprit Saïd un chapelet auquel je tenais fort et une. croix de Lorraine représentant d’un côté Jeanne d’Arc à genoux et de l’autre sa bannière royale. Les deux bijoux avaient été pris dans un tiroir, tiroir où moi seule je mettais la main, mystérieusement réservé aux souvenirs.
Cet apport me rappela que mon groupe s’est toujours nommé le groupe Jeanne d’Arc. En voici l’explication : à Tarbes, mon premier médium, le capitaine T., à peine assis à ma droite, s’entrançait et me voyait invariablement en Jeanne d’Arc.
232 L’INITIATION ., .-.. C’était moi, c’était ma personne et mon visage, mais j’avais le casque en tête et l’étendard à la main, j’étais à cheval, et tout le temps qu’il me voyait guer royant ainsi, il m’entendait aussi crier : « Boutez en avant! » Eh bien ! que telle soitnotre devise !
Sans perdre courage, sans regarder en arrière, fidèles de la villa Carmen, vous qui nous avez sou tenus de votre aide, de votre sympathie, de votre approbation, répétez, avec nous, ce vieux Cri de France : « Boutez en avant. » Mme LA GÉNÉRALE CARMENCITA Nom.
1 Au Pays des Esprits HOST LAND Suite) CHAPITRE IV ZWINGLER LE BOHÉMIEN En exécution de la promesse de mon maître de me faire connaître Zwingler, nous montâmes plusieurs escaliers d’une vieille maison dans la Sophien Stradt pour atteindre enfin un palier sur lequel se trouvaient assemblées diverses personnes. F ranchissant la porte ouverte, le professeur von Marx me conduisit dans , x.— .u-.alaü-'
AU PAYS DES ESPRITS 233 uwwa»w .««—-w- -----v.-. r .,x ,. » .v-u....=» 31.- . une grande pièce, à peine meublée, que remplissaient à moitié des flâneurs, parmi lesquels je reconnus plus d’un membre de la police municipale.
Se frayant un passage dans la foule pour arriver à une sorte de recoin situé à l'extrémité de la pièce, le professeur interpella un petit homme, aux yeux noirs, à l’aspect oriental, qui se trouvait assis sur une table, les jambes ballantes, et se remuant sans cesse. Un grave fonctionnaire, vêtu comme un greffier, écrivait la déposition de ce dernier, prenait note de ce qu’il racontait.
Le petit homme n’eut pas plutôt jeté son regard sur le professeur qu’il sauta de la table et lui prenant la main d’un air de propitiation ser— vile qui semblait bien plus le fait de la crainte et de la détérence que l’expression d’une cordialité réelle, il s’écria : « Salut à vous, seigneur, prince des puissances de l’air! soyez le bienvenu de Zwingler, d’autant mieux le bienvenu en ce moment particulier que je viens d’être l’instrument involontaire d’une des plus étonnantes réalisations de votre art,du mien, veux—je dire aussi,de l’art du diable en tout cas, ou de quelques-uns de ses démons. » Tandis qu’il parlait, le petit homme semblaiten’ proie àl’excitation fiévreuse d’un acteur qui veut charger son rôle,mais qui désire ostensiblement aussi attirer l’attention de son audi teur, pour lequel il semblait éprouver un respect mêlé de crainte.
Sans prendre garde à ce discours, le pro iesseur von Marx, se tournant vers moi, me dit d’une voix calme : « Louis, cet homme est Zwin gler. »
234 L’INITIATION —— Adepte! en s’adressant à Zwingler, voici un de mes pupilles devant lequel je voudrais que vous fissiez un récit de quelques-unes de vos expériences.
S’asseyant alors sur la table d’où le bohémien venait . de descendre et m’indiquant un escabeau à son côté, il interpella le greffier qu’il avait salué d’un léger signe de tête : « Eh bien, Herr Reinhardt, quelles décou vertes nouvelles a donc faites notre ardent petit li— mier. . — Oh l rien, en dehors de l’ordinaire, professeur, répondit l’autre de son ton grave et monotone de ma gistrat.
Nous avons pris le meurtrier de Frau Ebens— tain ; c’est tout. —- C’est tout, s’écria le bohémien sur le ton etavec les geste d’une presque furieuséexcitation. C’est tout, n’est—ce pas l Stupide esclave de la terre, geôlier plus stupide encore!
C’est tout, de traverser près de deux cents milles, de franchir trois rivières, de plonger dans les marais, d'escalader de hautes montagnes, de passer des forêts, de s‘enfoncer dans de profondes cavernes, de se voir ballotté surles rapides mugissants de la terrifiante cataracte de Schwartz ; et cependant de ne jamais perdre, pas un seul moment, la trace d’un mortel invisible et inconnu, que ces yeux n’avaient jamais vu, que ces mains n’avaient jamais touché, dont aucun signe, aucune forme, aucune marque ne pouvaient être découverts dans les royaumesdel'exis tence terrestre, sinon par moi, Zwingler!
Tout en parlant, il se frappait la poitrine, levant vers le ciel son œil noir étincelant dans une attitude quasi—extatique. .—n—‘un.L__ ' ..- ___ÀI'_ __ - ‘ -‘4.rfi.‘2..fl.æ
AU PAYS DES ESPRITS 235 «T.. ..,7. . _ Pas un muscle ne bougea dans la physionomie du greffier, qui continuait à écrire, entièrement inatten tifà ces divagations. Cependant le professeur von Marx, fixant son regard pénétrant sur le bohémien, lui dit d’une voix calme, douce, comme s’il cherchait à apaiser un enfant hargneux: « Vous êtes un être merveilleux, Zwingler ; chacun sait ça.
Allons : Ve nez, soyez gentil et dites-nous tout ce que vous savez. Asseyez-vous — non pas là — ici à mes pieds; c’est cela. Maintenantà l’histoire; nous vous écouterons avec toute notre patience et notre plus fervente admira tion,ajouta-t-il en me parlant à part en espagnol . Rap— pelez-vous que je ne vous ai pas vu depuis deux mois et que ce n’est que d’hier que vous êtes revenu en triomphe de votre long pèlerinage.
La dernière fois que j’étais ici, la nouvelle venait juste d’arriver que Frau Ebenstein, la riche veuve de Baden-Baden, avait été lâchement assassinée, sa maison mise à sac et pillée, et son meurtrier...
« Un inconnu, interrompit le greffier, qui semblait impatient de fournir les détails ressortissant spéciale ment à sa fonction, uninconnu,homme ou femme,on ne savait, mais que l’on supposait être un homme à cause des empreintes sanglantes de ses pieds, à cause des marques d’un large pouce et d‘un doigt trouvées, sur le cou de la défunte, à cause aussi d’un foulard déchiré ayant évidemment appartenu à un homme.
Une partie de Ce foulard se trouvait dans les doigts raidis de la victime, une autre partie sous le lit saturée de caillots de sang, et déchirée à la suite, sernblaitdl,'d’une violente lutte. »
3 ...::......_J...... ._ \ 2 36 L’INITIATION Pendant ce discours, nous pûmes voir le bohémien secoué‘de tremblements si forts que le professeur von Marx lui mit doucement la main sur l’épaule, réussis sant, pour un temps, à calmer ses spasmes, à les con vertir en de légers frissons ; mais lorsque mention fut faite du foulard,l’excitation du petit homme devint effrayante à voir. Il se tordait comme une anguille au contact du professeur.
Enfin retirant sa main, ce lui-ci dit tranquillement : « Eh bien! maintenant, Zwingler,continuez.Dites-nous le reste de l’histoire à votre façon. » « Oui, oui, je parlerai, s’écria-t-il. Je dis tou jours ce que j‘ai fait. Ai—je jamais failli dans ma mis sion ? Dites-moi, prince de l’air, répondez à ma ques tion. « —— Jamais, mon roi des adeptes; mais continuez.
A « — Donc, ils m’apportèrent ce foulard, mein Her ren, continua-t-il comme s’adressant à une vaste assemblée, mais sans regarder aucun des fiâneurs de l’extérieur qui se pressaient maintenant à ses côtés, mais comme je le saisis, voilà qu’instantanément, oui, instantanément! se dresse devant moi la forme d’un serviteur hollandais, à l’air sombre, aux larges épaules, la forme de l’homme de sang, de l’homme qui commit le crime.
Je lejure l je l’ai vu agir. Je l’ai vu ainsi que toute la scène du drame; oh! quelle horreur, quelle cruauté, quelle lâcheté ! et la pauvre, pauvre vieille Frau l Je l’ai vue aussi, j’ai vu la lutte, entendu ses supplications, ses sanglots étouffés, je l’ai vue mourir ! Tout ceci je l‘ai vu, sur le foulard ! mein Herren. A peine l’eus-je touché, qu’il se produisit
AU PAYS DES ESPRITS 237 comme un éclair, un éclair dans la nuit, illuminant toute la scène que je viens de décrire, dévoilant toute son horreur. Gott in Himmel! les choses se passèrent alors comme elles se passent chaque fois qu’ayant touché un objet, un éclair vient me dévoiler les scènes qui s’y rapportent; je dis après : « Apportez-moi mes chaussures; j’ai à marcher loin.
Mettez dans ma valise une coupe pour puiser de l’eau, donnez-moi mon bâton et laissez—moi partir. » J’avais faim, et j’allais dîner; la faim disparut; et pendant sept longs jours je n’ai eu d’autre nourriture que les noisettes et les fruits des arbres qui bordaient la route suivie par le meurtrier, d’autre boisson que l’eau des fleuves, des ruisseaux, de la cataracte qu’il avait traversés; mais je vais tout vous dire. Écoutez !
Résolu à partir, je choisis mon chemin comme je fais toujours, me fiant à une longue ligne noire qui semblait découler du foulard que je tenais dans la main, et qui m’indiquait toujours la direction à suivre. Cette ligne me conduisit à travers la cité; elle me mena dans une auberge de bas étage où il s’était arrêté pour dormir. Je dis aux gens de l’endroit qu’un homme de telle et telle mine avait été là.
Ils tressaillirent et se dirent les uns aux autres : « C’est Zwingler! » Puis, s’adressant à moi : « Il a été là, mais il est parti l » Je le savais ; la ligne noire indiquait encore le chemin qu’il avait pris. Je sais ce que vous allez dire, professeur, ie vois votre pensée.Vous voulez savoir si la ligne dont je parle, je la vois avec mes yeux, mes yeux de chair ou les yeux de mon âme. Je vous répondrai : « Je la vois avec les deux. » Mon âme sent la ligne qui m’entraîne; celle—
2 38 L’INITIATION ci me fait l‘effet d‘une corde qui me lie à l'objet que je tiens et qui me tire dans la direction que je dois prendre pour arriver au possesseur de l’objet. Il m’ar rive parfois de voir la ligne sans la sentir m'en— traîner, mais elle n’est jamais absente ou de mes yeux ou de ma pensée, jusqu’à ce que j’abandonne l‘objet Ou jusqu’à ce que j’aie trouvé la personne à laquelle appartenait cet objet.
C’est ainsi, Messieurs, que nuit et jour elle m’a conduit, sans jamais me laisser perdre sa trace.
Elle m’a guidé à travers maints villages, maintes villes, et partout où la ligne devenait plus large. plus palpable, la j'étais sûr qu’il s’était ar rêté pour se reposer ou pour se rafraîchir, là je disais: « Tel individu a été ici; » et l’on me répondait en tremblant: « Zwingler, l’individu est venu, mais il est parti. » « Je dormais quelquefois, mais toujours sur le ter— rain même qu’il avait foulé; je voyais alors le fil sombre, vaporeux, s’enrouler autour de moi comme un vêtement de brume.
J’essayai une fois de reposer sur un lit qu’il avait occupé. Grands dieux! toute la scène du meurtre se trouvait là. J’entendis les cris de la victime, je vis la lutte, et chose encore plus hor» rible, il me sembla que j’étais le meurtrier, que je répétais réellement le forfait commis. Je m‘enfuis de l’endroit et j’aurais perdu la trace si je n’y étais re t0urné de nouveau, si je n’étais parti à nouveau de cette maison.
« Pour moi, professeur, cette maison sera toujours hantée, restera hantée, veux—je dire, jusqu’à ce que l’ombre du meurtrier en soit effacée, ce qui arrivera
AU PAYS DES ESPRITS 239 avec le temps. Je réponds de nouveau à votre pensée, n’est-ce pas, professeur? « Il était près de minuit, je ne saurais dire combien de temps après mon départ, lorsque la ligne noire commença de s‘élargir, de s’étaler de plus en plus pour prendre enfin la forme d’un homme.
' « Cette forme flottait, tremblotante devant ' mes yeux, n’ayant tout d’abord qu'une vague, apparence humaine, mais graduellement devint de plus en plus dense, me montrant en plein le fantôme du serviteur hollandais. Ce fantôme marchait juste devant moi, à un pied au—dessus du sol, regardant constamment par dessus son épaule quelque chose qui semblait le pour suivre.
L’homme alla dans maints endroits de la ville dont je fouillais maintenant tous les recoins, car le fantôme se tenait à chaque coin de rue, dans chaque allée, se cachant dans les ruelles sombres, cherchant les voies peu fréquentées. Je savais cependant, par la densité du fantôme, que l’homme devait être à proxi mité.
Mais il avait tant et tant erré, rôdé en tant de places différentes que je m’y serais perdu, si soudai nement ma vue et mon âme ne s’étaient concertées pour agir ensemble. Je le vis, puis enfin je le sentis. Je le sentis tirant, pour ainsi dire, sur le foulard que j’avais dans la main, luttant avec quelle force! saints martyrs! pour me I’arracher. « Messieurs, sa pensée venait juste de se porter sur ce foulard.
Il se rappelait qu’il l'avait perdu dans la chambre de la victime, il voulait le ravoir et, maudis— saut, sa folie, son âme concevait un désir furieux de le reprendre. Il est heureux pour moi que son esprit
240 L’INITIATION se soit dirigé de ce côté, car sa pensée fixée sur le fou lard l’attirait si frénétiquement que ce dernier me conduisit à l’endroit où il se cachait. Arrivé la, je m’écriai, dès que je le vis, qu’il était l’assassin de Frau Ebenstein, sur quoi le patron et les gens de l’auberge se mirent à crier : « Zwingler, Zwingler! » l’assassin poussa un grand cri et tomba comme assommé. C’est alors qu’on le captura et qu’on l’amena ici.
« — Oui, Messieurs, et le plus étrange dans toute cette affaire, intervint le grave magistrat qui ne pou vait se retenir de parler, « le plus étrange » est que ce bandit avait changé de vêtements à maintes reprises, et que lorsque l’étonnant bohémien, ici présent, l’eut découvert dans son repaire, il était déguisé en mate lot et si bien déguisé que nul, sinon le diable ou peut être son acolyte particulier, Zwingler, n’aurait pu le découvrir.
«— Bah! répliqua dédaigneusement le bohémien, que savez-vous de mon art, vous autres bourgeois? Je ne dépiste point les vêtements de l’homme, mais l’homme lui—même. Son âme était dans sa main, sur son cou, sur le foulard qui lui servit à commettre le crime. Le limier se sert de l’odorat pour dépister le gibier humain. Je le dépiste, moi, par l’odorat, le toucher, la vue et l’ouïe. Je dépiste l’âme par le sens nterne.
Toute chose, toute place où a été un homme, est imprégnée de son âme; donnez-moi le moindre lien, le moindre fil conducteur, le moindre objet avec lequel a été en contact l’être dont je dois dépister l’âme, et les profondeurs de la mer ne pourront point le cacher, les montagnes ne pourront le couvrir, le
AU PAYS DES ESPRITS 241 manteau d’un roi pas plus que les haillons d’un men— diant ne pourront voiler l’identité de l’individu après l’âme duquel Zwingler est en quête.
Mais rappelez vous ceci, mein Herren, Zwingler dépiste les âmes, non pas les formes qui les masquent. » -A mesure qu’il parlait, s’accompagnant de gestes désordonnés, s’exprimant avec une incroyable volu bilité, la mince stature du petit bohémien semblait grandir, prendre des proportions gigantesques.
Comme il se tournait pour répondre à une question que lui posait un de ses admirateurs de l’auditoire, le professeur murmura à mon oreille : « Il adécouvert de cette façon plus de criminels que toutes les forces de police de l’Allemagne.
Qu’on lui donne un vête— ment, une mèche de cheveux, voire un chiffon qui a été en contact avec un organisme vivant, il dépisteral son propriétaire avec une sûreté que ne saurait égaler le plus fin limier parmi les animaux. » S’adressant ensuite au bohémien, il lui dit à haute voix: « Glo— rieux Zwingler! vous qui êtes aussi sage que bien doué,expliquez à cet ignorant garçon, mon fils ici pré— sent, ce que vous entendez par âme.
Il lui tarde d’ap prendre de vous ce qu’est réellement l’âme. « —L’âme, c’est la vie, mon prince; vous le savez, répondit Zwingler, de l’air quasi-humble qu’il prenait toujours quand il s’adressait au professeur von Marx. « —— Vous croyez alors que l’âme n’est que le prin cipe de vie et rien de plus ; ce qui maintient l’homme vivant; est-ce bien cela ? « —- Quelle autre chose pourrait—ce être? « —- Mais quelle est « cette ligne noire » dont vous
242 L’INITIATION parlez, quelle est cette essence qui s’attache aux choses et vous permet de décrire et de percevoir la personne dont elle émane ? « —— L’âme, naturellement, grand maître. « — L’âme est—elle donc une substance?
« —- Est-ce que l‘air est une substance? est-ce que le vent en est uneP-Vous ne pouvez ni les voir ni les sentir, à moins qu’ils ne viennent en contact avec quelque autre substance et alors, quoique invisibles, vous savez que ces éléments sont quelque chose cepen dant. L’âme est d’essence plus subtile que l’air, plus menue, plus éthérée que le vent; seules les âmes sub— tiles et pures comme la mienne peuvent flairer cette essence.
Si un Marx peut flairer l‘air et sentir le vent, un Zwingler peut flairer l’âme et sentir la subs tance. « — Admirable, mon cher petit philosophe 1 main— tenant, une autre question. .._« Que supposez-vous que devient l’âme après la mort de l’homme P « —— Fi! savant maître! la sotte question! Que de vient donc le corps après la mort de l’homme ?
Pour quoi pas cette question P «— Pourquoi pas, certes? murmura le professeur, en me regardant d’un air de triomphe. Mais, Zwin gler, si la forme d’une âme peut apparaître, tandis qu‘un homme vit, n’arrive-t-il pas qu’elle peut appa raître, qu’elle apparaît après sa mort? « Le corps n’apparaît-il point aussi, lorsqu’on le recherche ? Sûrement il ne s’évanouit point tout d’un coup, mais se décompose et se corrompt avant de dis—
AU PAYS DES ESPRITS 243 paraître finalement. Nul doute que l’âme et le corps ne s’usent tous les deux, ne s’évanouissent pour se fondre en leurs éléments originels lorsqu’ils se sépa rent, comme au moment de la mort.
Nul doute aussi que quelques-uns ne peuvent voir que le corps, que quelques autres, comme Zwingler, peuvent voirl’âme aussi bien, mais tous deux ne vivent que lorsqu’ils sont ensemble, et meurent lorsqu’ils sont séparés. » A ce moment, sa physionomie, singulièrement mo' bile, se centracta en une moue d’impatience, et il s’écria, irrité : « Mais pourquoi me tourmenter,me faire causer de chose que vous seuls, grands professeurs, êtes à même de comprendre?
Je hais l’idée de la mort! Je répugne à y penser! Elle m’épouvante! Je voudrais tant vivre toujours! » Il allait s’échapper, mais le professeur von Marx lui mit doucement la main sur le bras.
Le bohémien s’arrêta comme figé et murmura avec soumission : « Que voulez-vous encore de moi, grand professeur? » « —— Je veux seulement que vous acceptiez ce mince souvenir que vous offre mon jeune ami en reconnais sance.de votre si instructif récit, adepte, répliqua le u professeur».
Ce disant, Herr von Marx m’enleva vive ment le médaillon et les rubans de la pauvre Cons tance, que Selon sa recommandation je tenais dans ma main droite pendant l’entrevue. Aussi vivement, il les plaça dans la main de Zwingler. Avant d’avoir pu émettre la moindre protestation contre ce transfert aussi désagréable qu’inattendu, le bohémien, qui venait d’étreindre l’objet, fut saisi d‘un spasme si effrayant, son geste exprima une telle ter—
244 L’INITIATION reur que les paroles que j’allais prononcer expirèrent sur mes lèvres. « Encore la Mort! » murmura-t-il d’un accent étrangement lamentable. « Toujours les fleurs flétries des âmes mortes qui m’entourent! Mais, oh ! quelle mort cruelle! si jeune, si belle, si pure; tuée par la main de celui qui aurait dû être son pro tecteur!
Herr professeur, je n’aurais pas à aller bien loin pour dépister l’âme de celui qui perpétra ce for— fait sanguinaire. « — Silence, petit rêveur! répondit le professeur à voix basse; on ne vous demande pas d’exercer votre art dans ce cas. Restez! je vais changer le souvenir.
Prenez ceci, et Misez-vous, ou un malheur arrivera! » Ce disant, il reprit le médaillon, me le retourna, puis. plaçant plusieurs pièces d’or dans la main du bo hémien, il m’emmena à travers la foule qui s‘ouvrit respectueusement au passage du savant et célèbre pro fesseur von Marx.Rentrés dans notre tranquille appar— tement, le professeur von Marx rompit en ces ter— mes le morne silence Ïqui s‘était établi entre nous : « —— Que pensez-vous de Zwingler, mon cher Louis?
«— Et vous, mon maître, que pensez-vous de la mort ou plutôt du meurtre de Constance Muller. « — Sot enfant! pourquoi revenir sans cesse sur un thème usé, sur un passé irrévocable ? La science doit avoir, a eu et aura toujours ses martyrs. Ce serait un grand malheur pour l’avancement de l’humanité si une vaine sentimentalité venait paralyser les efforts de la science. Une fois pour toutes, assez sur ce sujet. Que pensez—vous de Zwingler ? «a‘3- -J
AU PAYS DES ESPRITS 245 « — Il ne me convainc point que l'apparition d’une âme après la mort n’est qu’une apparition. « — Qu’est—ce donc avant la mort ? « -— Ouilc’est là la question. « — La méthode de philosopher de Zwingler est assez grossière, reprit Herr von Marx, mais sa philoso phie en elle-même estirréfutable.
Comme les élémen taires inférieurs, comme les esprits planétaires supé-\ rieurs, l’âme de l’homme, qui est l’état le plus subtil, le plus sublime de la matière vivante, s’attache à toutes sortes de formes plus grossières.C’est ainsi que parfois un avertissement de son approche, parfois un sentiment d’inexprimable répulsion ou attraction sem blable à celui que nous éprouvons pour certaines per sonnes lorsque nous les approchons, permet de flairer l’âme, comme dit Zwingler.
Quelquefois elle se montre avec son vêtement corporel, en dehors du corps comme dans le cas de « l’esprit atmosphérique »., d’autres fois encore, on peut la voir alors qu’elle s’es entièrement séparée du corps, avant qu’elle ne soit totalement réSolue en ses éléments originels. Voilà tout! « Voilà tout! » répétais-je machinalement.
Je sentais que le professeur ne faisait que réciter une leçon avec des mots familiers ; son esprit par ailleurs était étran gement absorbé, l’expression de sa physionomie vague et distraite comme la mienne, tandis que je répétais ses derniers mots. Puis nous retombâmes dans un profond silence/ Un son lointain comme le carillon de cloches à une grande distance se fit entendre dansles airs ;une clarté
24,6 L’INITIATION singulière se glissa dans le demi—jour obscur de notre chambre, se fixant autOUr de la table couverte de li vres,surlaquellej’avais travaillé la matinée précédente. Cette clarté, qui tout d’abord semblait un léger nuage de feu, s’étendit peu à peu, s’infiéchit, puis se déroula en spirale pour prendre enfin les proportions d’une forme humaine.
Graduellement la Vision devint plus claire, plus brillante, plus intense; finalement le nuage s'éleva, se sépara en deux moitiés, dévoilant la radieuse apparition et les traits séraphiqües de Cons tance la morte.
Elle tourna vers moi sa tête ensoleillée de gloire. me sourit. puis se penchant sur la table sembla vivement choisir parmi un tas de livres une grosse Bible Iuthériennequ’elle ouvrit ; elle prit lemé daillon et le ruban noir qui se trouvaient à proximité, plaça le ruban comme marque sur un certain passage qu’elle m'indiqua du doigt avec insistance par trois fois.
M’adressant alors un sourire tel que nul mortel n’en ajamais vu, elle disparut à mes regards, et tout re ‘ tomba dans la nuit. _ Je ne sais ce qui suivit, ni combien de temps je resta inconscient après la vision. Jene repris messens qu’en entendant le son de la voix de Herr von Marx parlant dans les ténèbres épaisses qui nous enveloppaient: «’-— Louis, me disait-il, êtes—vous éveillé ?
Sûrement j’ai dû dormir longtemps, carje ne me suis point aperçu de la nuit qui tombait. » Le portier,à ce moment,entràavecdeslumières qu’i plaça sur une armoire. Le professeur, quittant Son siège, prit une des lampes et, s’avançant vers la table, la tint au-dessus de la Bible ouverte,tandis qu’il s’ex
PHYSIQUE CÉLESTE ' 247 clamait d’une voix singulièrement émue: « Qui a marqué ces passages ? » Je m’avançaiJ e regardai par-dessus son épaule ; jele vis enlever le ruban et le médaillon, au-dessous des quels en lignes accentuées, comme tirées à l’encre de Chine, se découvraient les phrases suivantes de dilïé rentes parties du quinzième chapitre de la première épître de Paul aux Corinthiens.
« Il y aun corps matériel, et il y a un corps, spiri-‘ tue]. » . « Voici un mystère que je vais vous révéler; nous ne dormirons pas tous, mais nous serons tous chan gés. » « La mort a été ensevelie dans la victoire. » « 0 mort, où est ton aiguillon? 0 tombe, où est ta victoire? » iËŒIYSI’ŒE @ÉLES‘IÏ‘IË (ADRESSE AUX MATÉRIALISTES) Matérialistes mes frères, c’est à vous que j’adresse cette esquisse philosophique de physique céleste.
J’ai pensé que, quoique imbus la plupart de la solidité de votre théorie, vous croyant invaincus dans le do maine des sciences naturelles et physiques, il vous était peut-être échappé quelques observations pré— cieuses, et qu’il ne serait peut—être pas mal de les rap
248 L’INITIATION peler à ceux qui parmi vous daignent jeter les yeux sur les théories contraires aux vôtres.
Ce ne sont pas les enseignements théologiques ni ceux des philosophies officielles qui ont pu vous arrê ter un instant— vous les bousculez même assez faci lement, ce qui n’est pas sans plaisir —— partagé du reste. . _ Si vous voulez, je vous invite à faire ensemble un petit tour de philosophie scientifique, et vous verrez qu’il y a encore pour vous certaines réflexions à faire sur ce que vous pensiez être à jamais fixés.
Je ne m’attarderai pas à vous dire que les ancêtres des Hypogées avaient eux aussi connu ces hautes questions. Seulement, comme ces diables d’hommes avaient oujours la fâcheuse habitude de parler métaphysique— ment, ils avaient ainsi résumé leurs observations sous cette forme : « Le NON-ÊTRE avait donné naissance à l'ETRE ». Vous leur ririez certes au nez, en leur répliquant que la science prouve que de RIEN, il ne peut sortir QUELQUE CHOSE.
Et vous ajouterez encore que la science positive n’admet que ce qui se voit, se pèse et se sent. Qu’en dehors de cette trinité positive, il n’y a plus rien. Et qu’enfin le bon sens, le bon gros sens, comme disait jadis M. Sarcey, est ici d’accord avecla science. Mais, savez-vous bien déjà qu’à ce compte vous dé niez — à priori il est vrai — une réalité à la matière elle-même P Car enfin ces qualités spéciales, ce ne sont en défi
PHYSIQUE eénssre 249 nitive que nos sens eux-mêmes qui les constatent et les certifient? Et si par hasard chez des êtres il venait leur manquer et le sens du toucher (cela existe) et celui de la vue, comment ces personnes apprécie— raient—elles la « matière » ? Quand vous vous trouvez arrêtés par l’adversaire; que la question devient compliquée et s’élève vite, alors vous criez à la métaphysique ? Quitte à ne pas vous priver d’en faire.
Seulement quand c’est vous, c’est entendu que c’est du scientifiqu...ismel Eh bien! la science positive,malgré la séduction de ses principes positifs purs, se trouve -- malgré elle, j‘en conviens— forcée d’admettre dans l’Univers une « substance » inconnue, — et qui n’en est pas une — puisque ce rien ne remplit aucune des conditions de sensations de poids, de formes et de couleurs, etc., exigibles pour être une substance?
Ne trouvez—vous pas déjà que c’est renversant. Et tout cela parce que ce « RIEN » — tout inter— loquant qu’il soit —— joue un rôle prépondérant dans les phénomènes généraux du monde physique —— oui, physique. Ainsi voilà un nouveau « Dieu» qu’on avait jadis baptisé « l’Ether » dans la préhistoire, c’est probable, et qu’on se trouve forcé scientifiquement de consacrer à nouveau ce baptême!
C’esr assez piquant, et d’au tant plus, que vous tenez nos pauvres ancêtres pour de grands amateurs de merveilleux en fait de science exacte. Vous dites aux déistes, aux spiritualistes: « Mais prouvez-nous scientifiquement votre Dieu, votre âme, faites-nous les voir! »
2 50 L‘INITIATION Eh bien! mais il nous semble qu’il doit vous être à vous encore plus facile de nous faire palper l‘Ether ? ou de nous le faire voir au moins ?
Ce doit vous être encore moins difficile qu’à nous, je pense. de nous montrer « Dieu » considéré comme la cause archétype des Univers P La science n’a pas été sans regimber pour accepter l’Ether — sorte de substance inconnaissable. — Ne l’eût—elle pas admis par les phénomènes généraux de la Nature qu’elle y eût été forcée de m'su télescopique.
Si donc elle l’accepte d’abord par ses effets dérivés, eh bien! nous aussi, nous admettons l’idée de l’INTEL— LlGENTIEL inné, fatal et immanent à l’Univers, parce qu’il nous semble que des lois, un ensemble de lois, supposent un « législateur » quelconque à l’origine ou quelque chose de semblable ?
Et point n’est besoin d’être grand clerc pour le prou ver,— car tout dans l’Univers converge vers des buts et non vers des hasards ni vers des accidents ? Cet Ether non seulement se manifeste ainsi, mais c’est qu’il faut voir sa puissance encore mieux à l’ori gine des choses. Carc’est de luique sortent les Mondes !
Dans ce vide « absolu », ou considéré comme tel, où rien ne se constate de visa, il se forme et apparaît, en de certains points del’espace, des flocons blanchâtres qui sourcent on ne sait d’où, ni de qui PPuisqu’iln’yarien de visi ble. ——-Et puis peu àpeu ils forment des nébuleuses, protoplasmes des Mondes futurs. De FIN-SUBSTANCE ou du NON-ÊTRE des ancêtres, il sort donc de m‘su l’Éras,c’est-à-direla substance,la matière. L...a. :" -
PHYSIQUE CÉLÈSTE 251 Le Néant devient créateur, d’après la science! On conviendra que la science dite « positiviste » elle même s‘applique un double camouflet sur les deux j0ues, sans avoir l’air de s’en douter le moins du monde. . Mais tout n’est pas encore dit : , Pourquoi ces amas nébuleux se produisent-ils ici plutôt qu’ailleurs?
Et puis enfin l’Éther, ce deus ex machina scientifique qui remplit soi-disant l’Univers, qui est à la fois tout et rien, doit être absolument homogène, il doit être à un état général commun P Qu’était-ce donc qui le forçait d’évoluer, de se méta— morphoser en des points particuliers dans l’ensemble, et en des endroits sans doute déterminés par une loi d’équilibre et de répartition inspndable ?
Et tout cela sans raisons appréciables ni observables physiquement. , Eh bien! nos ancêtres, devant cette sublimité d’or— donnances et de causes que rien physiquement n’au— torisait à percevoir, placèrent en l’INTELLIGENTIEL.
Et comme le chaos n’eût jamais pu servir de régu lateur constamment dans un tel concert d’énergies, de corps et de mouvements, ilsy placèrent l’HARM0NIE, bien avant la venue des lois des nombres qui dor maient encore dans le sanctuaire de l’insondable, de I’INCRÊÉ.
Et puis peut—être se dirent-ils encore qu’ils m’aper cevaient pas plus la raison physique dans les points électifs de la nébuleuse, qu’ils ne l’avaient vue à, l’origine d’elle—même, et qu’alors, avant toute méca
2 5 2 L’INITIATION nique céleste apparue il devait exister une puissance supérieure qui la remplaçait et lui était antérieure. N ’était—ce pas logique ? Voilà donc, suivant nous, la justification scienti fique d’un DIEU ou de l’INTELLIGENTÏEL inné dans l’Univers. Et non pour faire intervenir dans cette question d’origine des considérations tirées del’igno rance primitive, de calculs ambitieux, et enfin de charlatanisme à l’origine des religions.
En excepter toutefois M. J. Jaurès, député, dans son discours sur l’instruction publique, en 1895. Pour conclure, l’esprit positiviste a beau tenter de se couper les ailes, de s'enclore comme dans un cloître et les y claquemurer, il a affaire à plus fort que lui.
L’Idée de cause dans l’esprit de l’homme est trop ancrée — parce qu’elle est afférente au fait même. — Coûte que coûte, il faut que l’Intelligence la poursuive jusque dans les racines des faits, dût-elle aller se bu ter contre l’Incognoscible. Mais « l’Incognoscible » d’un positivisme trop étroit n’est pas la même « mu raille de Chine » pour tous ?
De ce simple exposé, matérialistes mes frères, je crois qu’il vous restera de modifier vos théories, et de voir que l’esprit humain, de par la science elle même, nous amène déjà à entrevoir l’existence de d’autres états, et d’autres cycles que le nôtre ? Ces autres états de la substanceflniverselle contien nent,n’est-ce pas? d’autres états de la Vie, _,ce nous semble? Puisqu’elle est ici, pourquoi ne serait-elle pas ailleurs ? C’est ce que nous semblons démontrer ici. B. LEC0MTE.
LE VAUÜX NOTES SUR LA SÛRGELLERIE ET LE FÉTIGËHISME EN BAITI (Suite) C’est à ce moment qu’excités par les chants, la danse et par-dessus tout le tambour, ceux qui doivent avoir les saints entrent en trance. Il faut dire qu’ils ont été généralement préparés par le houngnas qui leur donne des boissons spéciales, composées de tafia et de plantes sans doute stupéfiantes, qui mettent le sujet dans un état de demi-ivresse.
Au cours de ces trances, il est tantôt insensible, tantôt il tord ses membres dans des contorsions dont il serait incapable à l’état normal ; tantôt encore, il prophétise ou indique des remèdes aux malades qui le consultent. Tel autre « va et vient, se promène, s’énerve un peu à la façon des derviches, piétine sur place, frotte et tord furieusement ses mains; puis il s’arrête tout à coup, croise les bras et devient immobile (I) ».
Les phénomènes variés et complexes que l’on ob serve sur ces sujets sont analogues à ceux qui se pro duisaient chez les possédées de Loudun, de Louviers, (I) Yvelmg Ram Baud, Force psychique. Ouvrage illustré par A. Besnard. Paris, L. Baschet, 1889, in-foiio, pp. 434—435 (Cité par St. de Guaita, la Clef de la Magie noire, p. 654.) Voir aussi le Temple de Satan, pp. 229-233. ..-.Wam-m »
2 54 L’INITIATION au tombeau du diacre Pâris, ou qu’on voit encore chez les Aïssaouas et certains derviches, enfin dans tousles cas classiques que connaissent les lecteurs.
Leur classification est d’autant plus difficile que leur succession est plus irrégulière, et dépend autant du sujet que du milieu où il se trouve, le cercle magique formé par les assistants facilitant plus ou moins la coa gulation d’entités astrales qui agiront sur le mental du patient déjà préparé à subir leur influence.
Généralement la crise débute par l’extase, les con— vulsions, l’anesthésielocale ou générale; puisse produit avec la période de saltation, l’écholalie, l’hyperesthésie des sens, l’exaltation de la mémoire, le don des Jangues et la suggestibilité. Les chants continuent: l’influence du milieu grandit de plus en plus, le tam— bour résonne toujours, l’air est surchargé de fluide.
Alors a lieu la possession proprement dite, le dédou blement de la personnalité, l‘ivresse astrale, le délire prophétique,puis survient la phase de résolution et de sommeil léthargique. . Néanmoins il faut se garder de croire que ces phéno— mènes se produisent toujours d’une façon aussi com— plète. L’aspirant convulsionna1re, homme ou femme. est généralement un hy'stérique de quinze à trente ans.
Sur dix d’entre eux, le Dr Élie Lhérisson déclare avoir observé six fois des zones hystérogènes nette— ment accusées (1). On fait jeûner, dit-il, pendant huit (1) Dr Élie Lhérisson, Du Vaudoux. ‘Artl publié dans la Lanterne médicale de Port—auPrince, numéro du 20 mars 1899.
LE VAUDOUX 2 5 5 ——v—-_-- r— .I jours,lehounsi bossale (l ) (c’est-à—dire le néophyte) qui ne prend pour tout aliment que le yer—uer, bouillie de mais pilé et de sang de bouc. On lui donne trois fois par jour un bain aromatisé de feuilles de houx d’Amé rique, de framboisin, d’acacia (2) et de sauge.
Sous l’influence de ce régime, des incantations magiques du houngan, de ses suggestions, des contacts qu’il pratique sur son corps avec le néclésin, le sujet se trouve dans un état voisin du somnambulisme. Le houngan peut transporter l’analgésie d’une région du corps dans une autre.
C’est le transfert de la sensibilité connu et pratiqué par les houngans bien avant les expériences de la Salpêtrière.tL’analgésie pharyngienne est telle quelquefois queles danseuses peuvent avaler du verre grossièrement pilé. Un nommé Mapia, continue le D?
Lhérisson, croquait sous ses dents des bon teilles et en avalait les tessons broyés. ‘ Quand la hounsi entre dans la danse, elle exécute automatiquement les mouvements qu’elle voit faire, la bouche baveuse, les yeux sanglants. Ses saccades rythmées font songer à la chorée saltatoire; elle n’a plus conscience de” sa personnalité. Elle exécute sur les arbres des ascensions qui seraient périlleuses pour le plus fort équilibriste.
Des phénomènes neuro-mus culaires s’observent et la force augmente considéra« (x) Proprement sans connaissances; de l’espagnol bogal, muselière. Selon Moreau de Saint-Méry, on appelait bossales les .esclaves nés en Afrique. Un quartier de Port-au-Prince s’appelle encore la Croix des Bossales. C’était sans doute l'en droit où se tenait le marché des esclaves fraîchement débarqués. (2) Mimosa odorata faruest‘ana L. Acame odorante. Des courtils. . > v «w-\n* \»«; "‘"»,.,,k-«\{.“‘" N‘Wfi.Wnv \.,«>‘ÿv—‘w.m
2 56 L’INITIATION [DÉCEMBRE ='“-rf«r‘. blement. Il y a de ces convulsionnaires qui se livrent pendant leur crise à des mouvements d’un érotisme cynique dont elles sont honteuses quand on leur en parle après l’accès. Tous les sens sont en état d’hyperesthésre, avons nous dit.
La femme qui a la loi ou les anges entend les moindres conversations faites à voix basse ou reconnaît des objets appartenant à des personnes avec quijelleestquelquefois en relations.La mémoire devient d’une fidélité surprenante. Des sujets complètement illettrés s’expriment dans le plus pur français. Parfois ils prophétisent. La convulsionnaire n’est plus elle— même, elle parlecommeleferaientla loioules anges qui la possèdent.
Quelquefois il y adédoublement complet de la personnalité: le saint qui habite la malade lui adresse la parole avec une certaine autorité dans la voix et les gestes et la convulsionnaire répond avec une humble obéissance : «Oui, papa. »On croit assisterà un véritable dialogue. On peut alors suggérer au patient des idées criminelles qu’il pourra mettre à exécution.
C’est peut—être ainsi qu’on doit s’expliquer l’audace d’un individu soumis à la loi Cimbi-Kita (r) et qui voulut assassiner certain président. Cet irresponsable paya de sa vie son impulsion homicide. Cet état hystérique dure de quelques heures |jusqu’à quelques jours,puis le sujet rentre dans son état nor mal, reprend le cours de sa vie ordinaire sans garder (1) Cimbi était la principale divinité des Congos. Kita était le diable, son opposé.
Cimbî—Kita correspond assez à un dieu du Mal. Ses sectateurs sont peu nombreux. La danse célébrée en son honneur s’appelle kita-sec.
1899] LE VAUDOUX 257 souvenir de sa crise ni éprouver de lassitude (; ). Mais revenons à la cérémonie qui nous a donné le sujet de cette digression. Ce soir-là, le houngan devait avoir les saints ou les anges, sans doute en notre honneur. Soudain, au mi— lieu des danses, on l’entend hurler dans sa case, puis on le voit se précipiter sur le seuil,les yeux hagards,la face convulsée,le buste rejeté en arrière.
Aussitôt un aco lyte s’empared’une épée et se jette au-devant du houn— gan, lui en fait décrire des cercles au—dessus de sa tête sautant de droite et de gauche et se courbantcomme s’il passait sous le souffle de l’Esprit. Alors le chœur des hounsis entonne une chanson étrange dont le refrain ' bien que varié garde toujours un même sens : « C’est du sang qu’a bu cet homme! Assurément cet homme a bu du sang !
Ne voyez—vous donc pas que cet homme vient de boire du sang ! » A ce moment, la scène prend un caractère moublia_ blé, terrible, fantastique.
Les lampes fumeuses jetten des reflets rougeâtres sur ces faces moites,éclairent des yeux sanglants, des coiffures écheveléesi Le rythme des tambours s’accélère, la gamme des chants s’élève, la furie des danseuses s’accroît, il semble que des souffles étranges passent dans l’air, qu’on soitentouré d’effiuves chauds, électriques, et malgré soi on est transporté par la puissance de la scène.
Ce n’est pas grandiose, mais ce n’est pas hideux: il y a là comme une poésie sauvage où revitl’âme de la vieille Afrique. On rêve de quelque (I) D! Élie Lhérisson, lac. cit.
258 L’INITIATION sabbat antique ou lointain : aucun Haïtien ne saurait résister à cet entraînement, Mais voilà que deux hounsis ont saisi des foulards de soie : elles les étalent au-dessus de leurs têtes et les pré sentent au houngan au milieu de contorsions bizarres.
Il s’élance à reculons comme un furieux, bousculant tout sur son passage, jusqu'au dernier reposoiroù il fait une prière; le porte—épée, les porte-foulards etles houn sis le suivent. Il revient, toujours courant à reculons» jusque dans un des honforts Où se trouve en traite— ment un nègre empoisonné.
Ses lois vont sans doute lui indiquer un remède sûr, et le malade couché sur une natte, grelottant de fièvre,le voit arriver avec joie suivi de son cortège hurlant, gesticulant, pendant que tambours et néclésin continuent leur vacarme. Le houngan revient sous l’ajoupa,ses contorsions redou— blent et les porte-foulards les imitent.
Les hounsis à tour de rôle viennent s’agenouiller devant leur Papa pour recevoir la bénédiction, l’influence bienfaisante du saint qui a élu momentanément domicile dans sa tête. Il les relève en les faisant pirouetter sur elles mêmes ; puis quand la fatigue s’empare delui, il quitte la danse, entre dans un honfort et, restant en médita tion au pied de l’autel, attend que le saint daigne se retirer.
Les danses se prolongent fort tard, la danseuse fati guée étant aussitôt remplacée par une autre. Et au loin, presque chaque soir, en quelque lieu d’Ha‘iti qu’on se trouve, on entend dansle silence des chaudes nuits étoilées le son des tambours et les refrains affaiblis des chants. L’impression est inoubliable et on ne la
LE VAUDOUX 259 w“! .'I retrouve nulle part. L’Européen lui-même se laisse bercer sous son charme pendant qu’à l’horizon, dans la claire nuit du tropique, les mornes se découpent et queles palmiers élancés détachentleur grêle silhouette. Du vendredi saintjusqu’à Pâques, les paysans des mornes s’adonnentà d’autres passe—temps.
Sous le pré texte que tout est alors permis puisque « Bon Dieu mouri» (Dieu est mort), ils selivrent à des danses d’une obscénité orgiaque. Les houngans conduisent ces bac— chanales vêtus de foulards de soie pour coiffure, pour chemise et pour pantalon.
Les gestes les plus expres— sifs, la mimique la plus outrée, la danse du ventre la plus folle s’offrent aux yeux des rares spectateurs, car la passion de la danse les tient tous sans dis tinction de sexe, d’âge ou de rang. La plupart d’entre eux sont presque nus, ils s’excitent encore plus au son du tambour et les femmes sont les plus invraisembla blement prises de la folie érotique où tout s’accomplit en public et sans frein.
Les refrains les plus im mondes s’entonnent à pleine woix... « Mé coument nous râlé ou bourette ! mé coument femmes râlé bou rette »... '« Nhommes bouqués faî ça, femmes pas ja mais bouquées. » J’en passe et des meilleurs... Arrivons maintenant aux sacrzflces ou sermces proprement dits. Un service est commandé à l’ordinaire en acc . m plissement d’un vœu ou pour demander aux S.unts réussite dans une entreprise, ou prospérité dans les affaires.
Transportons—nous dans le cadre précé:ent où nous avons assisté à des danses de lois. Les assistants, une vingtaine de personnes, forment .x . - “4— À‘5.;
260 L’INITIATION un cercle. Le houngan a pris place avec eux. Les hounsis assises sur des sièges variés ou accroupies surleurs talons agitent leurs assons, calebasses ornées de perles de verroterie, tandis que le bocor ne quitte pas sa sonnette. Au centre un acolyte tient par une corde un jeune cabri mâle, les cornes voilées d’un mouchoir blanc, l’échine recouverte d’un foulard de soie noué sous son cou et dont les pans traînent à terre.
Le Papa—loi entonne un chant monotone, lugubre même, mi-créole, mi—africain, dont l’assistance reprend le refrain en chœur. De tenipsàautre, le cercle se déplace avançant peu à peu vers le honfort et sta tionnant à chacun des reposoirs qui décorent le sen ’ tier.
Avant de passer de l’un à l’autre, le houngan fait quelques aspersions en agitant sa sonnette pendant que les tambours à quelque distance accompagnent les chants et que le néclésin fait entendre sa note métal lique. Enfin, de (station en station, on arrive devant les honforts. L’ofiiciant trace sur la terre battue un dessin en farine de mais, puis pénètre dans le premier temple d’où il dirige les chants.
Au bout d’un moment, il se transporte dans l'autre suivi par l’assistance qui demeure sur le seuil autour du cabri. Les chants continuent, puis on revient au premier honfort. Le houngan allume sur le seuil une chandelle de cire et fait les préparatifs du sacrifice sans cesser d‘agiter sa sonnette et de diriger les chœurs.
A A certain moment, le spectacle change, les chants deviennent plus calmes, es assistants inclinent leur tête dans une main, le coude placé sur le genou,
. . fi«w.w.mzrx_æy»m .».<v man—:x.,—.—mm.5—am;Mzäzgæzræèz . :: . LE vauuoux 26; demeurent un moment dans une sorte de méditation, puis se relèvent sur un signe. Le houngan leundistribue une feuille de gommier (t), arbre tabou (2), chacun en fait manger la moitié au cabri et rend le reste au bocor qui le dépose sur le linteau de la porte, dans le honfort. ‘ Enfin le sacrifice va commencer.
L’ofliciant trace une croix de farine de mais sur l’échine du bouc à qui l’on a retiré ses ornements, le couche sur le dos, le cou sur un morceau de bois dur,lui trace sur le ventre une nouvelle croix et sàisit sa manchette (3).Il fait le simu— lacre de tracer des croix sur la victime et l’agite au _dessus de la tête des assistants, imitant à son insu le magicien qui éloigne les larves et les psylles de l’épée magique.
Cependant le cercle se resserre et chacun anxieux se tait, car avec l’émotion involontairement grandissante les chants ont cessé graduellement. Quelques femmes se prennent _à danser saisies d’un commencement de trance qui annonce l’arrivée dessaz’nts. Soudain, d’un seul coup, le houngan tranche les testicules du cabri et l’une des femmes, plus hideu— sement excitée,hors d’elle-même, se précipite à genoux et aspire àpleine bouche lesang qui coule.
Avec peine le houngan l’écarte, d’un coup de manchette il ouvre (i) Arbre à écorce mime, rougeâtre, écailleuse, qui sécrète une sorte d’encens qu’utilisent les prêtres dans les paroisses pauvres. Son bois tendre et léger est très estimé à la Marti nique pour y creuser des pirogues. ' (z) C’est—à dire consacré. Ce mot se retrouve en Polynésie avec la même signification. (3) De l’espagnol machete.
C’est un sabre à lame droite et large qui sert aux Antilles à des usages multiples. En même temps qu’arme défensive,il remplace la hache, la serpe,la houe.
262 L‘INITIATION la gorge du bouc et d’un second coup lui sépare la tête du tronc. ‘ La mégère la saisit, et tout en dansant, les hanches frémissantes, la tête relevée, elle aspire le sang chaud qui lui inonde la face et coule sur ses vêtements, t. ndis que les yeux et les lèvres du chevreau s’agitent en:ore. Épuisée elle s’affaisse, et on emporte le cadavre sur lequel le houngan a fait des libations d’eau, d'huile et de farine de mais.
Quelques-uns des assistants, plon geant un doigt dans la mare de sang fumant, en tra— cent des croix sur la porte du hontort. Là-dessus la hounsi qui vient d’avoir les Anges se relève, on essuie sa face hideusement sanglante et par trois fois elle serre les mains des assistants qui, sont malgré l’habitude et leurs instincts, sous le coup d’une émotion visible.
On fait alors circuler un vase plein d’eau et chacun avant d’y boire en verse par trois fois sur le seuil du honfbrt quelquesgouttes comme libation aux saints ; puis du vin circule, mais cette fois les assistants, qui n'en boivent guère qu’en de semblables occasions, oublient d’en abandonner aux saints.
Enfin on nettoie la place, chacun échange ses réflexions pendant que la mégère va s’agenouiller sur le seuil du temple pour baiser la main du Papa et tous se retirentà leurs affaires: la cé— rémonie est achevée. NATHAN ZEFFAR. (A suivre). ._1>.‘. _._. m__ _ . _
ï. .. _u—s_,.« ..A.v« , ,. , , .._Æ.. . .. _.3J , ., .., c _:æ.æ ;.&——.... -S: —-v—_ — ä“@cculte à la mur de )êauis XIV D‘après la CORRESPONDANCE DE MADAME, MÈRE DU RÉGENT (Suite) V DIVINATION Ce qui faisait alors le grand intérêt des sciences occultes, pour les non initiés, c’est qu’on espérait d’elles la révélation de l’avenir.
Aussi les pratiques divinatoires n’avaient-elles cessé ni au moment de la naissance de Louis XIV, car on y fit l'horoscope de l’enfant, ni à la fin de son règne, comme le mon trent surabondamment les mémoires de M“ de Staal de Launay, pour ne pas chercher plus loin.
Ils contiennent la curieuse conversation que voici entre M110 de Launayret la duchesse de la Ferté, sœur de Mm de Ventadour: « Sans doute, me dit-elle, puisque vous savez tant « de choses, vous savez faire des points pour tirer « l’horoscope; c’est tout ce que j’aime au monde. »‘ « Je lui dis que je n’avais pas la moindre idée de cette .---.».r-*. ., _rîà
264 L’INITIATION n'."'_'\‘.-.‘.—._....L—‘— '.n —-.... -. - «' science.
« Mais à quoi bon , reprit-elle, en avoir ap— « pris tant d’autres qui ne servent à rien? » Je l’as— « surai que je n’en avais appris aucune; mais elle ne « m’écoutait déjà plus, et se mit à faire l’éloge de la « géomancie (I), chiromancie, etc. ; me dit toutes les « prédictions qu’on lui avait faites, dont elle attendait « encore l’événement; me raconta à ce sujet plusieurs , « histoires mémorables, enfin son rêve de la nuit prél « cédente, quantité d’autres aussi remarquables qui j « devaient avoir tôt ou tard leur effet.
J 'écoutai le tout « avec beaucoup de soumission et peu de foi (2). » C’était en 1710.
Quelques années plus tard, pour parler aussi de la Régence, Duclos sortant du collège fit à Parisla con naissance d’une espèce de Casanova, d’escroc par con séquent, qui exploitait la croyance aux génies et qui se nommait Saint—Maurice, nom prédestiné qu‘on re— trouve dans l’affaire de l’empoisonnement de Charles Emmanuel Il, duc de Savoie, en 1675, et dans celle des sortilèges de madame de Montespan, dès le début (3).
Il voulut employer Duclos, et lui tint un petit discours qu’on dirait emprunté aux Lettres per— sanes: « Dans cette ville Où la lumière de la philo— « sophie paraît se répandre de toutes parts, il n’y a « point de genre de folie qui ne conserve son foyer « qui éclate plus ou moins loin, suivant la mode et « les circonstances. L’astrologie judiciaire, la pierre (I) Cf. Le Comte de Gabalis, t. I, pp. I37-8. (2) Mémoires, pp. 55-6. (3) Cf. Madame, lettre du 23 décembre I7OI .
LIOCCULTE A LA COUR DE LOUIS XIV 265 « philosophale, la médecine universelle, la cabale, è< etc. , ont toujours leurs partisans, sans parler des fo— « lies épidémiques comme l’agiot. » (Mémoires de Duclos.) y Avant ces dates, l’ami commun de M"° de Launay et du duc d'Orléans, Fontenelle, avait préludé à sa Pluralité des mondes par une comédie de la C0 mète, Où il se moquait de l’astrologie à propos de la _ comète de 1680, qomblant ainsi une lacune signalée par l’abbé de Villars (1).
Ce genre de sujets était un peu une spécialité de famille, car l’oncle de Fonte— nelle, Thomas Corneille, a fait une comédie de la Dem’neresse.
Dans la Comète, qui est à peu près de la même date que les célèbres Pensées sur la Comète, de Bayle (1681), nombre de personnages sont con— vaincus que les astres présagent les faits à venir, météorologiques ou historiques, de sorte qu’on peut annoncer d’avance le tempsqu’il fera et les événements qui surviendront.
Un valet de la pièce se mêle de composer des almanachs, par une méthode à sa portée: « Les astres ne sont pas trop de ma connaissance. J’ai eu recours à trois dez. Quand j’ai eu de certains coups, j’ai mis frimats‘ ; à d’autres, gelées blanches; à d’au tres, vents humides avec tonnerre, et ainsi du reste. Tu en ris.
Tu verras que mes trois dez auront deviné juste. ,» (Scène I.) Les plaisanteries de Fontenelle atteignaient assu rément Madame, qui croyait à l’astrologie. « Dans « l’almanach qu’on appelle le Liégeois (le Mathieu (I) Le Comte de Gabalis, t. I, p. I85.
266 L’INITIATION « Laensberg). de grands incendies sont annoncés « pour cette année, dit-elle, et de fait qu’avait fait le « comte de Salm à ce coquin de paysan pour que « celui-ci, par esprit de vengeance, ait mis le feu au « village?
Au mois d’avril, nous avons eu ici à Paris « des signes dans le ciel; je crois vous l’avoir écrit; « c’était pendant la nuit comme un soleil, cela dura « presque le temps de réciter un Pater; dans d’autres « endroits, on a vu comme une boule de feu. » (30 juillet I719.) Quant à Monsieur, ses opinions ne dif— féraient guère de celles de Madame.
Un jour qu’on discutait en sa présence sur les comètes, dont se moquaient plusieurs des assistants qui n’étaient pas princes comme lui, il leur dit sérieusement ce joli mot que Fontenelle aimait à citer: « Vous en parlez bien à votre aise. vous autres. » C’est que les comètes passaient pour ne concerner que les très hauts per— sonnages, et Mazarin mourant trouva en consé— quence que la comète de 1661 lui faisait « beaucoup d’honneur (l) ».
L’horoscope qu’on tira pour Louis XIV le jour de sa naissance ne fut pas le seul. « Ce qui montre qu’on ne peut échapper à sa des '« tinée, rapporte Madame, aussi fataliste que son fils, « c’est que le roi a épousé la vieille guenipe. Long « temps avant qu’il ne connût la Scarron, il disait un « jour à MM. de Créqui et de La Rochefoucauld: « L’astrologie est bien fausse; on a fait mon horoscope (1) Mémoires de l'abbé de Choisy. t.
1, livre 2, p. 80; Cf. Mm de Sévigné, lettre du 2 janvier 168 l, la réponse de Bussy et la lettre de Bussy du 20 février 1687. v..,’s‘u:
L’OCCULTE A LA COUR DE LOUIS XIV 267‘ « en Italié, et on me mande qu’après avoir vécu très « longtemps, je dois aimer une vieille — ici un mot « grossier —— jusqu’au dernier jour de ma vie. Y a-t—il apparence à cela? Il riait à s’en rendre malade, et cependant la chose est arrivée. » (5 oct.
I7I7.l Henri Il s’était exprimé jadis comme Louis XIV, sur une prédiction qui lui avait été faite, et comme il advint aussi à Henri IV (1), n’y avait pas ajouté foi! On parlait de l’astrologie chez la reine Catherine de Médicis: « J’ai eu autrefois beaucoup de curiosité pour l’ave— nir, dit le roi; mais on m’a dit tant de choses fausses et si peu vraisemblables, que je suis de meuré convaincu que l’on ne peut rien savoir de véritable.
Il y a quelques années qu’il vint ici un homme d’une grande réputation dans l’astrologie. Tout le monde l’alla voir. J’y allai comme les autres, mais sans lui dire qui j’étais, et je menai M. de Guise et Descars; je les fis passer les premiers. L’astrologue néanmoins s’adressa d’abord à moi, comme s’il m’eût jugé le maître des autres; peut— être qu’il me connaissait: cependant il me dit une chose qui ne me convenait pas s’il m’eût connu.
Il me prédit que je serais tué en duel. Il dit ensuite à M. de Guise qu’il serait tué par derrière, et à Descars qu’il aurait la tête cassée d’un coup de pied « de cheval. »Le roi ajouta: « Je ne sais pas ce qui « arrivera à M. de Guise et à Descars, mais il n’y a « guère d’apparence que je sois tué en duel. » a a ‘À‘‘‘ÂΠ7s (1) Malherbe, lettre àM. de Peiresc du tg mai 1610.
268 L’INITIATION Il se trompait, et quand il fut blessé à mort en rom pant une lance avec Montgomery, ce dont la reine (I) et Montluc (2) eurent la prémonition en rêve la nuit précédente, « M. le connétable se souvint dans ce moment de la prédiction que l’on avait faite au roi qu’il serait tué dans un combat singulier, et il ne douta point que la prédiction ne fût accomplie ».
C’est M"“’ de La Fayette, l’amie de Henriette d’An gleterre, de Mme de Sévigné, de La Rochefoucauld, et l’un des meilleurs esprits du xvn° siècle, qui parle ainsi en 1678, sans la moindre marque de scepti— cisme (3). - La duchesse de Bourgogne se montra aussi moins incrédule que les deux rois : « Un savant astrologue de Turin avait fait à M‘"la « Dauphine son horoscope, où elle a trouvé tout ce « qui devait lui arriver en sa vie, et qu’elle mourrait «dans sa vingt-septième année.
Elle en parlait sou «.vent. . . Pendant que la Dauphine était encore bien « portante, fraîche et gaie, elle disait souvent : « Il « faut bien que je me réjouisse, puisque je ne me « réjouirai pas longtemps, car je mourrai cette an «. née. » Je croyais que c’était une plaisanterie, mais «t la chose n’a été que trop réelle.
Lorsqu’elle tomba « malade, elle dit de suite qu’elle n’en réchapperait « point. »(I5 juin 1722.) L’astrologie tenait alors la place qu’ont prise de (I) Mémoires de Marguerite de Valois, p. 4I . (2) Commentaires et Lettres de Blaise de Montluc, édition A. de Ruble, 1866, t. II, pp. 325—6. (3) La Princesse de Clèues, seconde et troisième partie.
L’OCCULTE A LA COUR DE LOUIS XIV 269 . W vv puis la cartomancie et la chiromancie, dont les procé— dés sont probablement moins coûteux. L’établisse— ment d’un thème de nativité devait supposer assez de science pour qu’on le payât cher, et la noblesse ou la haute bourgeoisie étaient sans doute seules ou à peu près à s’offrir ce luxe.
Madame rapporte à propos de l’horoscope d’une bourgeoise un détail curieux, qui rappelle certaines prédictions célèbres, celle par exemple que Cambyse mourrait à Ecba’tane, ce qui eut lieu dans une Ecbatan,e à lui inconnue, en Syrie et non en Médie (i).
« On ne parle ici que de la femme de ce conseiller « qui avait fait assassiner son mari, et du courage avec lequel elle a subi la mort; mais elle a horri— blement souffert, car le bourreau l’a frappée cinq ou six fois avant de lui abattre la tête. Il y avait une telle foule de gens qui voulaient assister à l’exécu— tion, qu’une fenêtre a été louée cinquante louis d’or.
Elle se nommait M'“a Tiquet; elle s‘était fait tirer son horoscope, et on lui avait dit que, pourvu qu’elle se préservât de la main d’un homme qui portait le même nom qu’elle, elle aurait une vie longue et heureuse; elle se nommait Carlier, de son nom de fille, et il se trouve que le bourreau qui la ,décapita portait le même nom.
C’est vraiment une chose remarquable. » (23 juin 1699.) Malgré la ferveur de quelques fidèles, comme Ma— dame, l’astrologie déclinait cependant à la fin du xvn" siècle. Ainsi l’abbé de Villars fait encore dire ÂÂÀRÂ'ÀÂÊÂ’AÂÂÉ‘ (r) Hérodote, In, 44.. .
270 L’INXTIATION au comte de Gabalis, en 1670 (i): « C’est par les astres intérieurs que le Sage se gouverne, et les astres du Ciel extérieur ne servent qu'à lui faire connoître plus sûrement les aspects du Ciel intérieur qui est en chaque créature (2). » ' Mais le continuateur de l’abbé, qui écrivait après 1690, se prononce plus nettement : « Il y a longtemps que nous sommes revenus des illusions de nos pères, et que nous sçavons que les Astres et les Etoiles ne peuvent rien sur nos cœurs (3). » Les pratiques "de l’astrologie paraissaient vraisemblablement trop arti ficielles et trop compliquées.
Un moyen beaucoup plus simple de consulter l’a venir était alors le verre d’eau, dont l’origine se perd dans la nuit des temps, puisque Joseph avait déjà une coupe divinatoire.
La Bruyère mentionne ce procédé en parlant des magiciens ou sorciers, tolérés encore malgré les ordonnances civiles : « Les chiromanciers et les devins, ceux qui font l’horoscope et qui tirent la figure, ceux qui connaissent le passé par le mouve ment du sas, ceux qui font voir dans un miroir ou dans un vase d’eau la claire vérité (4). » E. LEFÉBURE. (A suzvre.) (r) Le Comte de Gabalis, t. I, p. 92. (2) Cf.
I'lnitiation, juillet 1898, pp. 74-5. (3) T. 11, les Génies assistants, p. 46; cf. Montesquieu, Lettres persanes, 1721,1ettre 135, et G. Brunet, Correspon— dance de Madame, lettre du 7 février 1715. - (4,) Les Caractères, ch. x1V. De quelques usages (1688).
aune Manttttutsrn PARIS. — La loge Velléda est spécialement affectée aux réceptions des visiteurs des rites maçonniques dont l’Ordre Martiniste admet les membres. —— Ces rites sont, jusqu’à présent, en France, le Rite écossais ancien et accepté, le Rite swedenborgien (rite primitif et ori— ginal de la F.'.
M.’ .) et la Sociétas rosicruciana dans ses diverses sections — Aucun visiteur ne sera admis sans une autorisation spéciale du Suprême Conseil Marti— niste, transmise par le Phil... Inc... de Velléda.
Loge «la Sphynge».— Pour les chercheurs et étudiants idéalistes, que cela peut intéresser, nous sommes auto risés à publier l‘extrait suivant des décisions de cette loge: « Après une année de travaux fermés, il a été décidé que, à l’avenir, aurait lieu périodiquement une tenue blanche, à laquelle seront admis tous ceux qui en feront la demande.
Dans cette tenue sera faite une conférence se rattachant aux travaux de la loge; la, date de cette tenue sera affichée dans le vestibule de l’École. et Un résumé des travaux de la loge sera publié dans l’Initiation, quand il y aura lieu, sous une signature collective.
« Les travaux de la loge sont essentiellement basés sur le mysticisme et ses réalisations dans l’esthétique. ) Pour tous renseignements, écrire au secnätaire de la loge à l’adresse suivante: M. Sainte-Marie, École des sciences hermétiques, 4., rue de Savoie. ANGLETERRE. -— Outre notre délégation générale auprès du monde profane appuyée sur l'0ccult Science
272 L’INITIATION Circle, à Londres, les postes suivants viennent d‘être créés : ' 1° Un poste de Souverain Délégué Général auprès des Puissances Maç.z d’Angleterre et d’Irlande avec siège à Manchester; 2° Un poste d’1nspecteur Principal au siège à Londres; , 3° Des postes de DéIégués Spéciauxà Southampton, Edimbourg, Glasgow, Dublin et Birmingham. L’Ordre Martiniste est ainsi mis à même de prendre une grande et légitime extension en Angleterre.
ITALIE.—— Le poste de Délégué Général pour l'Italie du Nord est établi à Macerara. L’extension rapide de notre Ordre à Milan nous a incité à créer, à côté de la loge Hévé, un poste de Délé guéSpe‘cial et un poste d’Inspecteur Spécial. Tous nos compliments au Dr Chesed pour son acti VIté. ÉG©LE SUPÉRIEURE LÆ'BRE DES saumons HERMÉ‘1‘IQUKS La première Promenade-Conférence a eu lieu le dimanche 26 novembre, à 10 heures du matin,au musée Guimet.
M. de Milloné, l’éminent orientaliste, avait bien voulu guider les trente-cinq visiteurs qui, suivant les cours de l’Ecole, avaient désiré y ajouter cette première leçon pratique. Gros succès pour l’Ecole et bonne fortune pour les élèves, tel est le résumé de cette matinée. Le conseil de l’École hermétique a décidé d’oflrir un diplôme honorifique spécialà M. de Milloné, dans une séance exceptionnelle.
Qu’il reçoive, en attendant, nos plus vifs remerciements. .0. Les cours se poursuivent régulièrement, et toujours en présence de nombreux élèves. Les répétitions seront activement organisées à partir du mois de janvier.
CONFÉRENCES SPIRITUALISTES . ' 273 SÉANCE D'OUVERTURE de la Société des conférences Spiritualistesm Dernièrement a eu lieu, dansla grande salle de l’hôtel des Sociétés Savantes, l‘ouverture de la série de confé ' rences qui intéressent si heureusement, pendant toute l’année, un public choisi. La grande salle, qui compte plus de 600 places, était pleine; à 9 heures moins 1/4, le Président d‘honneur dé— clare la séance ouverte. Au bureau, MM. F.
Ch. Barlet, président d’honneur: Papus, président actif; Sédir, vice-président; Rosabis, trésorier; Ourdeck, secrétaire; Tristan. Le Président d’honneur, dans un discours fort applaudi, constate les difficultés du moment présent; leshaines et les rivalités qui surgissent de toute part malgré les con— grès de la paix et montre que l’union spiritualiste est plus utile que jamais.
Les Spiritualistes vont avoir de durs moments à passer, mais l’hiver est précurseur du printemps, et c'est au moment où la nuit est la plus noire que le crépuscule va paraître. Puis la parole est donnée au trésorier qui expose sa gestion et prouve, chiffres en mains, le bon état financier de la Société. _ La Soc1été comprend tr01s sortes de membres: Les membres actifs. . . . . . . . . . . cotisation 5 fr.
Les membres titulaires . . . . . . . -— ro fr. Les membres donateurs... . . . — 100 fr. et plus. Il ne faut pas décourager les bonnes volontés. dit le trésorier (i). (1) Nous empruntons ce résumé à l’Echo de l’Au-delà qui est toujours le premier et le mieux informé des journaux spiritualistes d'avant-garde.
274 L’INITIATION Les premiers n’avaient droit à aucune invitation. Les deuxièmes avaient le droit d’amener chacun un invité. \ Les troisièmes pouvaient en amener trois. Les cotisations des membres actifs et des membres titulaires ont seules été employées pendant l’exercice précédent.
Celles des membres donateurs ont servi à constituer un fonds de réserve auquel on n’a pas touché et qui reste là pour les grandes occasions ;c’està ce fonds de réserve qu’on puisera les fonds nécessaires pour couvrir les frais de la réunion d’aujourd’hui. - o - . o . . . - . . o o - . c . - . o Désormais chaque membre recevra, avec sa carte per sonnelle, autant de carnets d’entrée qu’il aura droit d’a mener de personnes.
Ces carnets sont composés de douze feuillets à souche représentant chacune une entrée. Le propriétaire pourra en disposer en une ou plusieurs fois, et quand le carñet sera terminé il pourra s’en pro— curer un autre au prix d’une cotisation de membre actif (5 fr.). (La nouvelle combinaison est accueillie avec une vive satisfacrion par l’auditoire.) Enfin, cartes et carnets ne seront plus délivrés en séance.
A la fin de chaque conférence le trésorier recevra les demandes et les cotisations, et le tout sera envoyé quelques jours après sous pli recommandé. Ce contrôle évitera les erreurs, et couvrira les responsabilités. L’auditoire tout entier applaudit les conclusions de l'orateur qui sont adoptées à l’unanimité. La parole est alors donnée au docteur Papus qui doit faire la conférence d’ouverture.
La quantité de faits cités, la masse de documents qui étayent les conclusions de l’orateur sont trop grands pour que nous puissions essayer de résumer cette con férence très intéressante. Au surplus, un excellent service de sténographie avait été Organisé par les soins de Tripsyché, et les lecteurs de l’Écho auront le plaisir de lire tout au long, dans le
UNE VISITE A UN SORCIER DE VILLAGE 275 plus prochain numéro du journal, la conférence du doc leur. Elle eut le plus vif succès, ai—je besoin de le dire. et les applaudissements ne furent pas ménagés au brillant conférencier. En résumé, excellent début pour Igoo. La prochaine séance aura lieu le 22 décembre. Papus résumera lestravaux de M. Soldi, l’éminent auteur de la Langue sacrée, qui fera la conférence avec nombreuses figures démonstratives.
Une Visite à un « Sorcier de Village » S’il fallait décrire tous les cas de guérisons obtenus sur les conseils des devins et des dormeurs du Poitou et des Charentes, un volume r_t’y suffirait certainement pas. J'ai souvent pu recueillir des témoignages précis éma nant des intéressés eux-mêmes, sceptiques pour la plu part avant leur visite au ( sorcier du village ».
Les croyances superstitieuses trouvent dans nos campagnes des adeptes de moins en moins nombreux; mais l‘homme étrange, énigmatique qui, par le simple contact d’objets portés par le malade, décrit un état pathologique exact et obtient une cure complète; l‘homme qui, par sa simple présence à l‘étable, sait enrayer l’épidémie mystérieuse décimant le bétail, celui—là inspire toujours à son entou— rage une foi inébranlable en sa puissance, souvent aussi une crainte irraisonnée.
Car enfin, les incrédules ont beau rire, les faits sont là et, comme l’a fort bien dit Wallace, les faits sont des choses opiniâtres. Et toujours la légende des vieux bouquins se réédite : ces vieux grimoires mystérieux qui peuvent donner tant de pouvoirs à ceux qui ont le privilège de les posséder. Mais combien Il est difficile d’aller au fond de ces choses !
Et combien il est curieux de voir ces rustiques campa gnards jeter un défiaux plus récentes découvertes scien tifiques alors qu’ils sont incapables d’en bégayer les plus
276 ’ L’INITIATION élémentaires formules. Les secrets se gardent et le cher cheur se heurte à des refus obstinés. Il y a quelques semaines, j’ai tenté pourtant d’inter— viewer un célèbre praticien dont la renommée s’étend’ loin à la ronde. Notre homme habite un hameau des marais de la Cha— rente-Inférieure.
Je pénétrai dans une petite maison de très modeste apparence et me trouvai en face d’un brave paysan, droit, sec et alerte, malgré ses quatre-vingts ans. Son œil vif, scrutateur, me dévisagea longuement. Je dis son œil, car l’autre est presque complètement rongé par un effrayant cancer.
Je manifestai le désir d’entretenir mon hôte sur quel— ques questions occultes, toujours passionnantes, aux— quelles, lui dis—je, je consacre mes meilleurs moments de loisir. — De quel sujet voulez—vous me parler ‘? interrogea le vieillard d’un ton bref, dardant toujours sur moi son œil clair dans lequel je lisais un peu de méfiance. Ma foi, à tout hasard, j’abordai le magnétisme avec Mesmer, Durville. Le silence du vieux devenait gênant.
Je passai à Du Potet. Ah! Du Potet, j’avais touché juste. , L’octogénaire se leva et nous conduisit, mon ami et moi, devant une bibliothèque garnie d’ouvrages de thé rapeutique, de pathologie, d’artvétérinaire, de magie, etc Il nous désigna tout d'abord deux volumes de Camille Flammarion occupant la place d’honneur. — Connaissez-vous ces ouvrages P me demanda—t-il. . -— Oui; j’en connais même l’auteur.
J’ai eu le grand honneur de sa visite il y a seulement quelques mois. La glace fut rompue. La bibliothèque fut ouverte grande et je pus tout à mon aise feuilleter la Magie dé voilée de Du Potet. — Tout est là, me dit mon interlocuteur; tout est là, si vous savez comprendre. _Je commençai un véritable interrogatoire, m'enhardis sant de plus en plus. , .
Alors le bonhomme, avec un soin extrême, me mit sous les yeux deux fort beaux volumes de la Vie de Jésus, ornementés de 300 gravures anciennes et il en
UNE VISITE A UN SORCIER DE VILLAGE 277 entreprit un véritable résumé.- Le temps commençait à me paraître long. Tout cela ne m’apprenait rien de ce que je désirais savoir. Adif’férentes reprises, j’avais mani festé bien inutilement mon impatience. — Enfin, me dit le vieux magiste, ce passage que je puis couvrir avec la main renferme le grand secret. Par ces phrases, Jésus enseigna la magie à ses disciples.
Jésus, ajouta-vil, a reçu en Egypte de précieux enseigne ments et cette haute science venait de l'inde. Cela devenait intéressant. Un tiroir bondé de lettres fut ouvert. C’étaient les correspondances des malades. J’en lus plusieurs où il était question de fièvres typhoïdes. — Tiens, fis—je, vous guérissez donc les fièvres ‘? ‘— Je les coupe, me répondit le vieillard et j’y réussis facilement. , . — Vraiment. Mais vous opérez... — Par les cheveux.
Tenez, voyez toutes ces lettres, elles contiennent chacune une mèche de cheveux. Eh bienl je travaille sur ces cheveux. C’est là tout mon moyen d’action. J'ai guéri ainsi bien des malades sans jamais les avoir vus. Mon dernier succès m‘a étonné moi-même à cause de la distance : 80 kilomètres. Voici la lettre de remerciement. Cette lettre enthousiaste et fort bien stylée mention nait l’envoi d‘un billet de 100 francs.
Je parcourus plusieurs lettres de ce genre, prises au hasard dans le tas, certifiant toutes des guérisons ines pérées et contenant les unes 50, les autres 100 francs de récompense. Ces témoignages me rendirent perplexe et plus hardi à questionner. — Vous devriez doter la sciencede votre savoir. Quel bien ne pourrait-on fairelJe vois par toutes ces lettres que vous avez réalisé des choses vraiment surprenantes.
Vos recettes médicales — le mot est impropre sans doute — vous ont été probablement transmises; vos parents, vos ancêtres vous ont laissé cet héritage. — Du tout. Je me suis formé seul. J’ai tenté un jour l’expérience et j’ai réussi. — Alors votre bibliothèque doit être à double fond et
2 78 L’INITIATION dissimuler quelques vieux. ouvrages... dis—je en riant. Je ne vous en demande pas la communication, ajoutai—ye vivement, je serais simplement curieux de savoir sivous possédez quelques-unes de ces reliques. — Je vous certifie que non. Je ne possède que ce que vous voyez la et quelques autres livres en état lamen table q‘ui n'ont aucune valeur. — Mais enfin ces cheveux....
Et je me mis à parler longuement de spiritisme, d’hyp— nose, passant rapidement sur l'occultisme proprement dit, car je vis que, sur ce terrain, je n’étais pas compris. J’effleurai tout un peu, cherchant le défaut de la cui rasse. Et j'avais toujours à soutenir ce regard pénétrant, inquiet encore, je crois, sur la question de savoir s'il fal lait parler ou se taire. — Vous avez le grand désir de savoir, dit tout à coup le vieillard.
Le désir est une puissance. Il se recueillit un instant et je dus encore prendre connaissance, à sa demande, de plusieurs passages de la Magie dévoilée, puis d'un ouvrage intitulé le Secret du Valican. En frontispice de ce dernier, un prêtre était représenté dans une chaire, parlant à son auditoire et tenant d’une main un flambeau, de l’autre cachant la flamme. — Voyez, me dit le vieux d‘un ton solennel.
Cela veut dire qu’il possède la Vérité, mais n'en donne qu'un vague reflet. Beaucoup, pour ne pas dire la presque totalité des prêtres, ne possèdent plus eux—mêmes aujourd’hui que ce reflet; du reste, la magie qu'ils exercent sur les cœurs est plutôt noire que blanche. Ma vérité à moi réside toute dans la Volonté. Quand on veut. voyez-vous, on est très fort; et quand on sait vouloir, on peut; à vous d’oser, mais sachez vous taire.
Accompagnant ces paroles, son doigt me montrait les attributs des quatre évangélistes. — C’est curieux, ajouta-t-il à voix basse, à vous je disce que je n'ai jamais dit encore. Ahl si vous me voyiez agir avec ces cheveux, vous me croiriez fou. Je ne suis pas sorcier. Le sorcier n‘existe pas ; les miracles non plus. Tout est dans la nature. Ce que je fais, un grand nombre de personnes pourraient le
UNE VISITE A UN SORCIER DE VILLAGE faire. Lorsque toute la nervure (l) se contracte —' et ses poings tendus vers moi, crispés, l’aisaientressortir leur osseuse charpente et leurs tissus de veines noirâtres — lorsque tout l’être tressaille, croyez bien que quelque chose s’échappe de la... Et, ce disant, il effle_ura ma poitrine de sa main décharnée.
J’eus un tressaillement comme si cet homme énergique, au seuil de la tombe, me traversait réellement d’un puissant Courant magnétique. Cédant à mes nombreuses questions, il me dit l’heure de son travail, le nombre de fois consécutives et quelques autres détails d’égale importance.
Je relus à nouveau quelques lettres ; j’avais besoin de revoir ces curieuses attestations. — Et I’envoûtement, demandai—je, vous le combattez également ? ‘ —- L’envoûtement, que voulez-vous dire? Les sorts que l’on jette sans doute? J’agis de la même façon. Une seule fois j’ai employé les aiguilles et le coeur de veau (1), mais le moyen est trop cruel: on peut tuer ainsi I’envoû teur. Ma volonté suffit pourvu qu’elle soit bien dirigée.
Quand un individu vous « jette un sort », c’est analogue à une véritable lutte entre vous deux. Si vous tremblez, si vous redoutez son action, vous êtes pris. Si vous dédaiguez ses attaques et que Vous ne tressaillez pas à sa malédiction, il ne peut rien sur vous.
Pour guérirles personnes atteintes, il y acent moyens différents, moyens apparents s’entend ; je suis persuadé que chacun a sa manière d’agir; la forme n’y fait que peu de chose, elle aide seulement, elle dirige et par l’entraînement on peutà la rigueur s’en passer. Avec la foi, vous soulèveriez des montagnes.
Avec de la volonté, Dieu a fait le monde. — tes-vous endormi pour opérer, ou avez-vous par fois perdu connaissance; avez—vous vu quelque chose? — Je ne suis pas médium au sens où vous l‘indiquez. (1) Ce procédé consiste à cribler d'aiguilles un cœur d’ani mal et à l’enfermer clandestinement dans une cave. L’envoû teur se présente pour entrer chez sa victime, parait-il. Il crie, supplie, mais on doit tenir la porte close. La vie du malade en dépend. '
280 L’INITIATION Je suis simplement médium « à inspiration ) ; l'idée me vient de faire telle ou telle chose. J'ai eu parfois des visions bizarres mais très vagues, indéfinissables sans jamais perdre connaissance. Souvent, par contre, j’en— tends des bruits dans l’appartement que j’occupe, pen dant mon travail. Cela me prouve bien qu’il existe autour de nous tout un monde invisible que nous arrive rons à découvrir et à connaître .
Tous les raisonnements du vieillard m’ont dénoté, chez lui, une forte tendance au kardécisme dont il pos— sède d’ailleurs les principaux ouvrages et une ignorance absolue des œuvres d’Hermès. Je pris enfin congé de mon hôte, un peu troublé de ce que je venais d’entendre et me demandant si vraiment sa volonté, sur le Destin et avec l’aide de la Providence, pouvait atteindre à une telle puissance. Le vieux magiste m’a—t-il tout dit?
Non, certaine ment; mais je comprends sa réserve, car, si l’on étalait aux yeux de l‘humanité toute la vérité connue sur les forces qu’elle peut capter ou produire, quel mal ne se ferait—elle pas à elle-même? GUSTAVE FERRYS. L'ART ËsorËarqua Henri Héran expose ces jours-ci, rue Laffite, chez Hessèle, une centaine de ses œuvres récentes: eaux fortes,pastels. tableaux, bois et dessins en couleurs, litho graphies, pointes sèches et manières noires.
Parmi les portraits, nous avons particulièrement admiré ceux de Strindberg, de Symons, et d'Oscar A.—H. Schmitz, simples dessins où revit la manière des anciens maîtres et où l'âme tourmentée et subtile des originaux transparaît si visiblement. Il y a deux classes d’œuvres dans cette exposition: les unes représentent l’abstrait d’un sentiment ou d’un type intellectuel, les autres sont des coins d’astral fixés et rendus avec une vérité saisissante. A la première catégorie appartiennent
BIBLIOGRAPHIE 28 '1 les DeuxRoz‘s: Jésus-Christ et Jules César ;la Tristesse, la Nostalgie, énergique figure de femme accroupie qui tend ses bras et ses lèvres vers les choses perdues. tan dis que les ironiques anges de l'ombre jouent sur la harpe de ses noirs cheveux les mélodies évocatrices du passé.
Parmi les lithographies, la Pieuvre, et parmi les dessins en couleurs une Jeanne d’Arc, maigre, rousse, toute en nerfs, l’antithèse de la robuste Lorraine que nous sommes accoutumés à voir. Il faut aussi s’arrêter devant deux p0rtraits admirables: ceux de Cesar Franck et de Beethoven; l’individu ydis parait devant la sublimité du type ;on se trouve en pré sence de géants formidables issus d’une autre race que la nôtre.
A la seconde catégorie appartiennent les quatre pre miers bois en couleurs, qui sont d’admirables sympho nies de lumière. Aveceux, la Pieuvre, l’Empuse, le Miroir magique, le Feu follet, l’Homme qui tombe, rappelleront bien aux connaisseurs les formes attirantes et presque invincibles, entrevues à l’orée des profondeurs de l’Invi— sible (i). S. BIBLI@GŒEAEEÈE Revue de l’histoire des religions, 1899, mai—juin. -— N. SŒDERBLOM: Les Fravashis.
Études sur les ‘traces dans le Mazdéisme d’une ancienne conception sur la survivance des morts (fin). — L. MARILIER: La doctrine de la réincarnation des âmes et les dieux de l’ancienne Irlande (d’après les ouvrages récents de MM. Nutt, Hull et Weston). Revue d’histoire et de littérature religieuses, 1899, juillet-août. — J.
TURMEL: Histoire de l’angélologie (I) Nous sommes heureux d’annoncer à noslecteurs que Henri Héran prépare un portrait de Jacob Bœhme. \ - ,‘_À,_+_..u_...
2 82 L’INITIATION depuis le faux Denys l’Aréopagire. 2° article: Le diable et les démons. Historisches Jalzrbuch, Bd. XX, heft 2-3. — Comptes rendus, ouvrages récents relatifs aux sibylles et à l’Apo— calypse. Zeitschflft fûr die deulsche Philologie, Bd. XXXI, 1899, heft 3. — RICHARD-M. MEYER: Le sens du pro dige dans l’Edda. Zeftschriflfür karholisehe Theologfe, I899, III, IV, Guartallseft. — F.
WAL‘I‘ER: Le prophétisme et sa mis— sion sociale. —B. Dune: Paul Lavmann et son histoire des procès de sorcellerie en Bavière. Zeitschriflfür Wissenschaftliche Theologie, 1899, heft 2. -— E. ZELLEP,: Le christianisme primitif; Essé— niens et Orphiques. K.
Preussische Akademie der Wissenschaften, 1899, n° 37. — J01; GEEFCKEN: Une vision gnostique (se rap porte aux oracles sibyllins,V, 5I2-53 I ). — RUD VIRC_HOW: De la situation ethnographiquedes Égyptiens (les Égyp tiens de l’époque néolithique sont une race jaune..., qui est sans doute venue d’Asie). Tire Athenæum, I899, 9 sept. — H.
LUCASZ Fra Giro lamo Savonarola (intéressante biographie écrite par un jésuite fort admirateur de l’hérésiarque. (Revue historique, nov.-déc. 1899.) Le Tour du Monde publie une étude remarquable de M. GASTON VU1LLIERZ Sur les guérisseurs et les sorciers de la Corrèze. Reçu : 0 Templo Maçonico, estudo historico, par DARIO VELLOZO, à Contiba (Brésil). (Recommandé ànoslecteurs portugais).
La Vraie Destinée aParis par JEAN ENRIQUE LAGARRIGUE, à Santiago de Chili. . Très intéressant opuscule, bien pensé et bien écrit. Toutes nos félicitations à l’auteur. ÊW ' W "';flMwlfi _ _, . ÿ...— .
BIBLIOGRAPHIE 283 Recommandons encore et tout particulièrement l‘ex cellente revue la Chine nouvelle éditée parFrancis Laur, 26, rue Brunel, Paris. Le quatrième numéro est aussi intéressant que ses aînés et fait présager une collection de grande valeur. - Nous remarquons dans le numéro de novembre de la Revu. socialiste un très poétique dialogue de Mnumca Boucnoa, la Muse et l’0uvrier.
Le talentueux poète fait offrir par la muse à l’ouvrier les nobles jouissances de l’art et de la pensée. Réponsa à mes Critiques socialistes, de En. BERNSTEIN, est une admirable préface, que l’au teur a écrite pour l’édition française de son livre qui paraîtra prochainement sous le titre de Socialisme théo— rique et Socialdémocratie pral‘ que. PAUL Loms fait une étude très serrée sur la Crise Sud—Africaine.
La suite du roman d’EUGÈNE FOURNIËRE, le Rêve de Pierre Durant; les articles de LOUIS DURiEU sur la Naturalisation des Juifs algériens; du Dr SUMMACHOS, Idées et Faits socia listes. (La discussion Bernstein, Kautsky et Bebel, les _revues critiques de Pierre B02 et Adrien Veber donnent à ce numéro. un intérêt considérable.
A diverses reprises, en ces dernières années, l’on s’est préoccupé de l’action que pouvaient exercer sur certains phénomènes météorologiques, en particulier sur la pluie. les détonations violentes produites par l’artillerie ou la déflagration de masses importantes d’explosifs.
En dépit des espérances conçues,cependant, aucun ré— sultat positif n’avait été obtenu et l’afl"aire semblait dé finitivement abandonnée quand l’on découvrit que ce qui était impuissant a sûrement provoquer des averses pou vait être excellent pour détourner la grêle. _ Dans Artillerie et Météorologie, la nouvelle brochure qu’il vient de publier dans la collection des Noweautés . scientifiques (0 fr.
75, chez l’éditeur Chamuel, 5, rue de Savoie), notre confrère M. Georges Vitoux rapporte en tous ses détails les circonstances curieuses de cette in
284 L’INITIATION téressante et toute récente application pratique des ex plosifs aux besoins de l‘agriculture, application grâce à laquelle des milliers de cultivateurs pourront désormais éviter de voir la grêle ravager leurs champs les plus fer tiles. N@UDVELILES WEBSÊS Un ingénieur nous ayant demandé l’adresse de Sour ciers, nous serons reconnaissants à ceux de nos abonnés qui voudraient bien nous en informer.
Il s’agit d’une situation importante et d’une rémuné ration pour celui d'entre eux qui voudrait se mettre à la disposition de cet ingénieur. Envoyez tous les renseignements à ce sujet à M. Our— deck, secrétaire de rédaction de l’Écho de l’Au—delà et d’lci-bas, 3, rue de Savoie, Paris. A VENDRE, une très belle collection d’ouvrages sur les templiers anciens et modernes, église chrétienne pri- . mitive. — Écrire à M. P.
Rosen, 9, rue Chappe, Paris, pour recevoir renseignements et catalogue.
I!©NGRË8 SPIJMTE EÎ’ SBIŒM1”UÆALB8TE DE fl@®@ SECTION THÉOSOPHIQUE Aux Théosophes du Monde entier, Les membres des branches parisiennes de la Société théosophique, mus par un esprit de fraternité, qui est à la base de toute sagesse, se sont empressés d'accepter l'invitation, qui leur a été faire, de participer à un Congrès spirite et spiritualiste devant avoir lieu à Paris, en 1900.
Ils espèrent que leur exemple sera suivi par tous les Théosophes de France et de l’étranger, qui sont désireux de voir leurs doctrines exposées parallèlementà celles de .‘hä._
CONGRÈS SPIRITE ET SPIRITUALISTE 285 toutes les écoles, qui se partagent le domaine philoso phique et spirituel.
Quoi de plus beau, en effet, qued'unir toutes les bonnes volontés pour lutter contre le matérialisme dans son sens le plus étroit, et chercher à attirer vers un idéal élevé les hommes qui, par insouciance, ignorance ou autrement, continuent de vivre dans l’égoïsme, alors que le temps est venu pour eux d’acquérirdes connaissances, qui peuvent contribuer à leur progrès intellectuel, moral et spirituel!
Le programme des Théosophes parisiens est celui de tous leurs Frères, et comprend tout ce que les doctrines théosophiques peuvent avoir de grand, de large et d’élevé. Ils comptent que des orateurs autorisés vien— dront le développer devant le grand public international, qu’attirera l’Exposition de 1900, et diront au monde comment on peut comprendre l’Antîque Sagesse.
Ce congrès sera un véritable Concert spirituel, dans lequel les Théosophes devront être heureux de pouvoir mêler leur voix, avec l’espérance de concourir aux har monies, qu’il ne peut manquer de produire.
La Vérité y sera exposée sous les divers aspects qu’elle revêt actuellement dans les écoles spiritualistes mo dernes, avec l’indépendance qui convient, attendu qu’il s’agit beaucoup plus de faire une grande œuvre frater— nelle que de trouver une formule unique de la Vérité. Que la Paix soit avec tous! Pour les Membres des branches parisiennes, PAUL GILLARD.
NOTA. — Les adhésions, les fonds et les communi— cations, concernant la Section théosophique, devront être adressés à M. PAUL GILLARD, 38, rue de Verneuil, à Paris.
286 L’INITIATION MES DESIDERA’I‘A Je souhaite qu’au Congrès spiritualiste de 2900 des mystiques traitent par mémoires plutôt que par discours des questions suivantes: 1° La conception que la philosophie orientale se fait de l’univers et de ses lois peut-elle être conciliée avec celle que s’en fait I’occultisme d’0ccident, et celle de certains révélateurs comme Michel de Figannières, Davis, Arthur d’Anglemont, etc.?
Où les œuvres de ces révélateurs sont-elles le produit de l’inconscient supé— rieur; si la conciliation est impossible, en indiquer les causes. 2° En suivant la voie ouverte par Papus et Stanislas de Guaita, peut—on essayer un travail analogue de com— paraison sur les doctrines des diverses religions. philo sophies mystiques et sociétés initiatiques, concernant les êtres de l’astral inférieur, ainsi que les anges et les démons ?
' 3° Démontrer qu’il y a correspondance entre les der nières données des sciences positives ou de l’histoire, et les traditions occultes, sur les origines de l'humanité terrestre. 4° Continuer l’œuvre de Papus en dressant une biblio graphie de la mystique, du spiritisme, de I’occultisme, de la théosophie, de la littérature occulte.
5° Comparer les traditions chrétiennes surle purga— toire, le paradis et l’enfer, avec celles des grandes reli gions d'0rient; et rechercher particulièrement tous les . faits résultant de révélations dignes de foi, comme l’a essayé l’abbé Louvet dans le Purgatoire d'après les réflé lations des saints (I). (I) In-12, Retaux. 3 fr.
50, St. de Guaita a signalé l'Apo calypse du bienheureux Jean... dévoilée, par Adolphe Ber tet.— Paris, Arnaud de Vresse, 1864, in-8° (Clef de la magig noire, 448).
MES DESIDERATA 2 8 7 6° Signaler les questions relatives à l’état des âmes après la mort, sur lesquelles il n’y a pas unanimité absolue dans, les traditions chrétiennes et les œuvres des pères de l’Église.
" 7° Sur la question de la réincarnation, les occultistes présenteraient des mémoires affirmatifs ou négatifs, ou conciliateurs, mais tous inspirés uniquement de l’amour de la vérité guidé par l’esprit d’observation positive, et non dictés par une aveugle soumission à l‘enseignement d’entités inconnues.
8° Employer concurremment, si c'est possible, les ,lucides ordinaires etles voyants ayant une réputation de sainteté, pour déterminer à un certain moment les influences qui existent en un lieu donné et s’exercent sur une personne donnée.
9° Discuter s’il y a possibilité d’organiser une associa tion de tous les mages et occultistes se rattachant aux pures doctrines, pour neutraliser les œuvres des magi ciens de ténèbres. — Un congrès de chercheurs instruits ne doit pas être une réunion de monologuistes qui s’admirent avec con— viction et veulent seulement échanger des coups d’en censoir.
Que tout congressiste ait la ferme volonté de vaincre le misonéisme, ainsi que l’orgueil et la vanité, et les résultats du congrès pourront être plus remar quables qu’ils ne le furent en 1889. —- Quant aux mystiques catholiques, ils ne pourront assister utilement a un congrès de ce genre que s’ils étu dient préalablement les œuvres des chercheurs indépen dants, pour se pénétrer de leur langage, de leurs idées, et ne point leur attribuer par ignorance des opinions qu’ils n’ont jamais eues, ou des actes dont ils se sont abstenus.
Ils devront enfin s’efforcer de com— prendre que certaines croyances, vraies pour le fond, peuvent être développées, ou corrigées par la constatation de l’existence d’une certaine quantité d’exceptions à la loi qu’un enseignement exotérique énonce d’une manière nécessairement absolue. Ils se garderont surtout de con fondre un raisonnement abstrait, fait sur des principes abstraits. avec une démonstration positive par l'expé rience. Ils sauront se préparer d’avance à discuter des
2 88 L’INITIATION sujets tels que ceux-ci : l’enfer n’existe-t—ilque dans un lieu unique, ainsi que le purgatoire ? ou au contraireces deux termes désignent-ils des états qui peuvent correspondre. à deux ou plusieurs lieux?
Mais si les questions qui doivent être lues en mémoires ne sont pas signalées d’avance aux futurs membres du Congrès, avec les noms des personnes qui se proposent de les traiter, il est bien évident que l’auteur d’un rap port soigné, toutefoisinexact en diverses parties, pourra entraîner l’adhésion d'un grand4nombre, et l'emporter sur un contradicteur qui improvisera une trop courte réfutation.
Cet inconvénient est peut-être plus à craindre que tout autre résultant de l’ignorance réci proque ou de l’attachement àdes vues personnelles. Telles sont les brèves remarques que me suggère la lecture des Impressions surl’égoïsme, par M. Le Leu, à qui je me permets d’adresser l’expression de ma vive sympathie. SATURNINUS.
Näenowems Nous avons appris, avec peine, le décès subit de M'ne SITEAUT, qui était célèbre dans tout Montmartre: d’abord, par son réel talent de cartomanciennc ;.ensuite, et surtout, par sa grande bonté envers les animaux. Tous ses bénéfices passaient à l’entretien des chiens, des ’chats, et même des oiseaux abandonnés. Aussi, la Société protectrice des animaux lui avait-elle décerné un diplôme d’honneur. De telles âmes honorent l‘humanité. Le Gérant: ENCAUSSE. TOURS. -— IMP. E. ARRAULT ET c", 6, RUE DE LA PRÉFECTURE.
Siäl‘t’èl8I’1 V"’Ï -..,.r art-W ‘\‘l 12 n ben (2 "j, l J J . ’ ’ Ll ‘ (J L Lllk_- . , ' - - -:, I(>î‘-‘>} 9!P9CÏXO 30) 3.0 L’ail-2:8: ,,u C*lî\"Ul-l<lïl'lâlï, J‘[’3({ 5;;“.J}x.IÔ sur} 1. l l stt.tod 19 sanibsga ses a aîit7;/vqtuo_p ,70 t. — . v i)I,rc.t..,. 'blUOljO ses .li'l'Ç‘Cl S}I’.l;lj unauI: &. LIE: ,,.,> Il , ' ltf.Ï-“ aun:mu sues ‘sanbgguapg no SOttbrjr{orj ‘8819HBÏÜÂ. . ‘ . . q . . -- o xneu.moi 501 snoa, e S.LN3N3NN(Jfl\1yÜ mp ,3...Ituñ ’>‘n l!.. Il 'IIOîSBÜÔU_P " ' ' * « - :2 ., 11 _ 5.IÛÜU ‘lQ’lWl‘ ]8 DI'lb}b’j0,<{ ’aè'b‘jîls ‘c91553’1_7115917{j 3.1.18} ]r / a. _ - '_'_‘ r- ' '1‘{ SU,HDNV‘<ILÎ;Æ SZI>.lÏ\I'I S‘Oj '51;1msnt ‘\""l .ssne îï_lU«u04 si I'I--1 ' - i .— -. rr: ? t'f. UO_L’ÏCÎT30XJ 8lHl.>llD .‘.‘lll%‘ la xt_)1g;\‘v_}1)()__ CT 10 ‘>.I-._—U\ ’ v“‘t::' ' ,. . .. .‘ c . . "313 'SâJi(')itrtn.t}p saoumog ’ñLtls‘il‘)llä'\j\{ ‘é‘tlIb‘llJldf5 9:” I ' " " “ \ » "\ _ a, 'lt”- ‘ î1Û IUÙ'l Otllbllÿt.tl.tou .ajt?cjqu}j DLU\IIËHDD{_}I 311185 [ t-. Iîll..i_ - ‘>‘ ) _ ‘ n 7 ' ‘ _,) ‘ ‘10)v -—n01 SOÏîU.L\HU SQj S1101 -gunjjjpwn q;,u,:«_w_ i‘ñQ_\.h"jî t\. .1tU U 0P 0ïŸJHI° 05 919E{”8n‘n.ttds et.tte.tqpj gp etetoos 13"I “' ‘.-"ll I J\‘vWvsx/\« 4\My_._u L9'“3‘,85 «a e:uotp.Içææ; mw“.r vvWzwvWxfi S lÈ[ Vil 2 ‘910AJRS 61') eau. ...1: ‘52; EI’IVHON La ment [1%. .LltlldS ,1..- LWn—- -‘-n..m.-4L-flL, .5... n... A. JJfl
-.,, g,fi._Ëî_-ÿ_i ‘ VIENT DE PAR;ÀITRE LOUIS-CLAUDE DE SAINT—MARTIN (LE PHIL... INC...) TABLEAU NATUREL DES RAPPORTS QUI EXISTENT ENTRE DIEU, L’HOMME & L’UNIVERS Préface de PAPUS Un volume in—8 de Elrr pages, comprenant les deux volumes de l’édition originale. PRIX: 6 FRANCS mWw&\væwæw PARIS ÉDITION DE L’ORDRE MAR7’flNLS’ŒE‘ GHAMUEL, Éditeur En vente à la LIBRAIRIE SPIRITUALISTE, 3, rue de Savoie — —n-!—m Ë'ËiÊ :: 7
REVUES FRANÇAJSES REGÛMMANDÊES POUR L‘ÉTUDE DE L’HERMÉTISME Pour les abonnements s’adresser : 3, rue de Savoie PA RIS L’1nitiation, revue mensuelle de 100 pages. — 60 rédac teurs. — 139 année. — Publiée sous la direction de Parus . C’estla revue de fonds des études hermétiques, publiant les gros articles et les études de longue haleine, et l‘or— g me officiel des fraternités initiatiques. Abonnements. —France,10fr. par an; Étranger, 12 fr.
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L’Ame humaine. Martines de Pascaly. Martinisme et Franc-Maçonnerie. CLASSIQUES La Clef des Grands Mystères. . , Le Grand Arcane ou l’Occultisme dévoilé. EL'P"“5 LE" ' ' ' ' ' ‘ Le Catéchisme de la Paix. ' Le Livre des Splendeurs SAINT-YVES D’ALVEYDRE Mission des Juifs. F ,0 3 La Langue hébraïque restituée. “m": D L“"”' ' ' ' ' Histoire philosophique du genre humain. ALBERT Porsson. . . . . Théories et Symboles des Alchimistes.
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