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. (I . n 1t1 at1 O n Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÊE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS I B O. >î4 Docteur en médecine — Docteur en kabbale 45° VOLUME. — 13"“ ANNÉE _—.4—_ PARTIE INITIATIQUE Lettre-Préface de la Réédition du Tableau Pfl l SOMMAIRE DU N° 2 (Novembre 1899) i naturel. . . . . . . . . . .. . Papus. (p. 97 à IOI). & Pensée. . . . . . . . Cl.de St-Martin PARTIE PH|LOSOPHIQUE L’Idolätrie . . . . . . . . . . . . .
Dr Rozier. (p. 102à 156). ' Pensée. . . . . . . . . . . . . . . Gl.deSt-Martin. Le Vaudoux. . . . . . . . Nathan zeffar, (p. 157 à 162). PARTIE LITTÉRAIRE Le Jardin qui pleure . . . . . . Jules Giraud. (p. 163 à 172).
Ecole supérieure libre des Sciences hermétiques (programme des . cours). —— Ordre martin_iste. — société des conférences spiritua ; listes. — L’appareil médium. — Bibliographie. — Livres reçus. — 1’ Nouvelles diverses. — Congrès spirite et spiritualiste de [900. —— ‘ Errata. — Les Arts Divinatoires : Le Sphinx et les Tempéraments. Tout ce qui concerne la Rédaction et les Echanges doit être adressé 87, boulevard Montmorency, à Paris.
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PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n'ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthêse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’0cculte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère. ’ Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de I’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde.
L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse a tous les gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. L’Initiation parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
L’Initiaiion du 15 Novembre 1899 PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l'1nilialion [0 PARTIE INITIATIQUE AMO—— F. CH. BARLET, S.'. I.'.{.‘; —- GUYMIOT. — MARC HAVEN, 5.-. I.‘. ;Q — JULIEN LEJAY, S.'. I.-. ,q -— EMILE MICHELET, S.'. I.-. (C. G. E.) —— LUCIEN MAUCHEL, S.'. 13. (D. S. E.) MOGD, S.'. I.'. — PAPU5, S.'. l.'. ;"q — SÉD1R, S.'. I.'. ,3. — SELVA, S.'. I.'. (C. G.
E.) 10 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABlL-MARDUK. — AMELINEAU. — ALEPH. — AMARAVELLA. -— Dr BARADUC. — SERGE BASSET. — Le F.°. BERTRAND 30' -— BLITZ. — BOJANOV BORNIA PIÉTRO. -— J. BRICAUD. —— JACQUES BRIEU. — CAMILLE CHAIGNEAU. — CHIMUA DU LAFAY. — ALFRED LE DAIN. — G. DELANNE. — ALBAN DUBET. — A. ERNY. — FABRE DES ESSARTS. — L. ESQUIEU. — D“ FUGAIRON. — DELÉZINIER. -— JULES GIRAUD. — L. GOURMAND. — L.
HUTCHINSON. —- JOLLIVET CASTELOT. — E. LEFÉBURE. —— L. LE LEU. —- L. LEMERLE. — LECOMTE. — NAPOLÉON NEV. — HORACE PELLETIER. —— G. POIREL. — QUESTOR VITŒ. — RAYMOND.—D’ ROZIER.——L.S;TURMNUS. — D' SOURBECK. — THOMASSIN. — G. Viroux.;— YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE “se : _ MAURICE BEAUEOURG.— JEAN DELVILLE. «— ESTRELLA’. -« E. Gon DEAU.— MANOËL DE GRANDFORD. — JULES ’..ERMINA. — L.
HEN— NIQUE. — JULES DE MARTHOLD. — CATULLE MENDÈS. — GEORGE MONTIÈRE. —LÉON RIOTOR. — SAINT—FARGEAU. — ROBERT SCHEF FER. — ÉMILE SIGOGNE. — C11. DE SIVRY. 40 POÉSIE CH. DUBOURG. — RODOLPIIE DARZENS. — JEAN DELVILLE. — YVAN DIETSCHINE. — E. GIGLEUX. — C11. GROLLEAU. — MAURICI LARGERIS. — PAUL MARROT. — EDMOND PILON. — J. DE TALLI NAY. — ROBERT DE LA VILLEBERVÉ.
L’Initiaiian du 15 Novembre 1899 L’INITIATION(“ENSËIË“ËÊŒN“) DIRECTION ADMINISTRATION 87, boulevard Montmorency, TÉLÉPHONE — 282-67 TÉLÉPHONE ——sen-50 ABONNEMENTS PARIS-A UTEUÏL PUBLICITÉ : VENTE AU NUMÉRO DIRECTEUR : PAPUS DIRECTEUR amour .- Lucien MAUCHEL 3' B“ de su.“ Rédacteur en chef: F.-Ch. BARLET Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un 31110 11‘ J. LEJAY — PAUL sâcnn ÉTRANGER, — 12 fr.
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Un numéro de la Revue est toujours com osé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au p us tôt que le mois suivant. L’Initiaz‘z‘on est l’organe officiel des centres suivants: Groupe Esotérique. — Ordre martiniste. -— École supé rieure libre des Sciences hermétiques. —— Ordre Kabbalisti ne de la Rose-Croix. — Union Idéaliste Universelle. — . T. L. (section française).
EIIIIIJPE IIIIEI’EIDIIT II'ETIIIIES ESIIIEIIIIJIIE8 1.600 Membres — 104 Branches et Correspondants — Groupes d'Ètudes fermés Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée. Pour tous renseignements, s’adresserparlettreà M. Paul SÉDIR, directeur adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. (Reçoit le mardi de 5 à 7 heures).
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T21: C:f: F:;; Chacun des membres de cette grande chevalerie de l’Idéal que constitue l’Ordre Martiniste, chacun des soldats du Christ formant nos groupes et nos loges, travaille de son mieux à l’évolution spirituelle de ses trères, autant qu’à celle des profanes. Le désir de se perfectionner par l’épreuve et le sacrifice, et le zèle apporté dans des études souvent arides, l'étude cons 4
98 L’INITIATION [NOVEMBRE tante de soi-même pour éviter de juger les autres sévèrement, alors qu’on est si tolérant pour ses fautes personnelles, donnent naissance, peu à peu, dans l’homme, aux facultés mystérieuses qui vont en faire un nouvel homme. C’est, en général, par l’action individuelle, par l'as— sistance morale à un frère désespéré que s’exerce le Martiniste à cette époque de lutte sauvage et sans pitié pour les joies matérielles.
Et nous n'avons pas, dans cette voie, de meilleur guide que le Philosophe Inconnu et son incarnation effective dans notre maître Claude de Saint-Martin. Mais les ouvrages du maître sont rares et, partant, peu abordables aux moyens matériels des membres d’un ordre dont la pauvreté physique est l’honneur.
Aussi faut-il remercier nos maîtres qui vous ont choisi comme l’instrument de la diffusion de.leurs idées en vous inspirant la pensée de mettre le Tableau na turel à la portée de tous nos frères.
Nous savons trop quel honneur incombe à cette fonction de dispensateur de vérités, choisi parl’invi— sible, pour vous décerner des éloges que votre mo destie et votre désir de rester inconnu ne sauraient tolérer. _ _ Mais laissez-moi remercier au moins ces guides qui maintiennent l’Ordre contre toutes les attaques et savent au moment voulu lui donner l’extension néces saire.
Soldats del’ldéalité chrétienne dans une époque de scepticisme et de matérialisme, sortis presque tous des centres d’instruction contemporaine sans aucune croyance, nous nous sommes élevés du positivisme
1899] RÉÉDITION DU TABLEAU NATUREL 99 néantiste jusqu’à l’Illuminisme, en laissantà la Raison et au Libre Examen la grande place à laquelle ils ont légitimement droit.
Et si nous laissons de côté les superstitions et les erreurs, répandues par les divers clergés, nous enten dons nous défier autant du cléricalisme de Loyola que de celui de Voltaire, et nous ne voulons pas fuir les lisières d‘une foi aveugle, pour tomber dans l’es clavaged’une négation et d’un athéismeaussi aveugles.
Simples soldats d’une grande cause, pauvres garçons de ferme du Grand Fermier, nous aspirons à établir le domaine de Notre—Seigneur là où règne le Prince de ce Monde, le Dieu d’Argent et d’Ègoïsme qui guide la plupart des êtres terrestres! Et dans cette action nous savons que nous ne pouvons rien par nous mèmes, _écrasés par nos fautes et notre ignorance, sans l'assistance d’En Haut.
C’est, en ellet, quand l’homme s’est rendu compte que les clefs de la science actuelle sont les simples clefs d’argent dont parle Claude de Saint—Martin et que les clefs d’or sont en nous et non dans les livres, c’est quand l’homme a l’entière conscience de son infériorité, que se lève le voile d’lsis et que l’Illumi nisme vient récompenser le courage dans les épreuves, l‘humilité réelle et la confiance inébranlable en l’as sistance du Réparateur.
Alors la Science terrestre s’évanouit brusquement dans la vitalité intense de la Science intégrale, immé— diatement perçue; alors s’éloigne bien loin ce monde d’injures, de luttes et de calomnies, quand on atteint le plan Où le pardon et la pitié prouvent la paix du
1 00 L'INITIATION cœur. Etc’estlà qu’il faut chercherl’explication de cette tranquillité d’âme avec laquelle Saint-Martin, deuxfois prisonnier au moment le plus aigu de la Révolution, s’occupait seulement de discuter l’importance de l’action de la Vierge céleste dans la génération du Verbe vivant en nous. Le « Philosophe Inconnu » s’inquiétait aussi peu de sa vie physique que de celle d’une poule; car il vivait tout entier dans l’autre vie.
C’était un « participant des deux plans », un deux fois né, un Dwidja. On comprend comment de telles discussions dans un moment pareil étonnent les critiques, comment de telles facultés les déroutent et les déconcertent. Et notre vieux maître écrivit le Crocodile à leur inten— tion, car il a su enfermer sa pensée sous le triple voile initiatique chaque fois qu’il l’a voulu.
Et dans aucun de ses ouvrages cette habileté n’éclate plus finement que dans ce Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l’Homme et l’Univers,composé sur les clefs secrètes des vingt-deux arcanes de l’alphabet primordial et du Tarot.
Un des plus grands maîtres intellectuels contem— porains, Saint-Yves d’Alveydre, a reconstitué, par l’assistance incessante d’un ange de l’invisible, toutes les clefs de cet Arche’0mêtre qui fut le THEBA ou, en lisant de droite à gauche 1’A Be Th (l‘Aleph—Beth Thau) de toute la Science vivante dans l'antiquité.
Bientôt, sans doute, ce travail paraîtra, à titre de glose d’une vie de Notre—SeigneurJésus-Christ, etalors seront dissipées bien des obscurités et seront détruites bien des erreurs. .
RÉÉDITION DU TABLEAU NATUREL dŒî Que chacun des frères de l’Ordre Martiniste médite ces commentaires des vingt-deux arcanes écrits par Saint-Martin, en attendant l’apparition prochaine des autres ouvrages du célèbre réalisateur de notre Ordre, que d‘autres frères dévoués se préparent à remettre au jour. Salut en flitÜfl’ à tous les membres de l’ordre ré pandus dans l’Univers, qu’ils travaillent tous à la Gloire du Philosophe Inconnu, notre Vénérable Maître. PAPUS, P22: 5::: C:j: 2 tu LEfl I N Le lys est mieux vêtu que ne l’était Salomon dans toute sa gloire. c u » L’Autenr des choses a enveloppé l’univers de son nom;; il a posé à chaque région un extrait de ce nom puissant, pour y demeurer et les balancer l’une par l‘autre. Ainsi l'univers plane au-dessus des abîmes, parce qu’il est suspendu aux rayons du nom du Seigneur, et que tous les rayons du nom du Seigneur sont vivants, comme lui par eux—mêmes. Voilà pourquoi ils peuvent servir de guides au voyageur égaré, puisqu’il n’y a point un point de l’espace où il ne puisse trouver une lumière vivante, comme la parole. CLAUDE DE SAINT-MARTIN.
(Cette partie 'est ouverte aux L‘criuains de tout: école, sans aucune distinction. et chacun d'eux conserve la responsabilité exclusive de ses idées.) L’ID@LATRIË CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES CONFÉRENCES SPIRITUALISTES, LE 28 JUILLET 1899 Le sujet que je me propose de traiter est très vaste et demanderait plusieurs séances pour être étudié comme il le mérite. Disposant de très peu de temps, je vais être obligé d’abréger beaucoup et de ne m’atta— cher qu’à un seul côté de la question. Je vous prierai doncd’emporter d'ici la conviction que le sujet, loin d'être épuisé, aura été à peine effleuré. '
L' IDOLATRiE I 03 PREMIÈRE PARTIE DÉFINXTIONS Et d’abord, qu’est-ce que l’ldolâtrie? Le mot vient du grec eiôwlov image, fantôme, représentation d’un objet de la pensée. et Âocrpeiot adoration, d’où le mot culte de Latrie, auquel Dieu seul a droit, en opposi tion avec le culte de Dulie (ôoü>mç serviteur), réservé aux saints et aux anges; entre les deux, il yaencore le culte d’Hyperdu‘lie, plus que Dulie, qui appartient à la. sainte Vierge.
L’Idolâtrie est donc le Culte des idoles. Ce mot a été employé pour la première fois par les chrétiens, pour signifier le culte des faux dieux.
Avant eux, le mot Et”8wkm, que les Latins traduisaient par Simulacrum, était pris plus particulièrement pour fantôme, apparence; cela ressort clairement des vers suivants tirés de l’Odyssée : Tèv 8è p.ar’ eiaevéqcra {3iry ‘Hpaxleiv;v, E’IAQAONabrèç 8è p.er' oî0avci‘toct Osoïaw Tép7‘cerou ëv OctÀi*_qç xzxl Ë-É)(2I xaÀÀiacpupov "HG-m. cc Ensuite parut le puissant Hercule (mot à mot la force Herculienne), du moins son Fantôme; «car lui mème, parmi les dieux immortels, se réjouit dans un festin, auprès d’llébe’ aux beaux pieds. » r. a . .. -s -..._Ï.—\._._. ..-c__—..._.,_,. _‘ wmac _ . ....._...... ...._.«-.\.. ,- . ÿ., w.‘\ _ D _J«——«——&—* '**
t.o4 L'INITIATXON (Dans le texte, et’ëœlov est écrit en minuscule, je l’écris en majuscule pour le faire ressortir; cette réflexion s’applique aux vers suivants.) i ri p.or E’IAQAON 1:63’ äYuv’ñ Hepceq>o’vstu <Ë'rrpuv’, ô'çp’ 'ért p.äÀÀov ôäupo’yevoç crevay_iCw; « La bienveillante Proserpine m’a-t-elle envoyé cette Ombre. pour me faire gémir encore davantage ? » (Il s’agit de l‘ombre de sa mère.) Pendant le festin qui précède le massacre, par Ulysse, des parasites prétendants de Pénélope, Théo elymène voit la salle et mêmela cour pleines d’ombres qui se précipitent dans l’Érèbe; le motombre, en grec, est encore ei3wÀov.
Quand il s’agit des âmes elles-mêmes, Homêre emploie le mot t}mxo_z‘t. ............................... .. ad 5’ äYE’POWO ‘FÏ'XA‘I 1‘nréE ’EpéÊsuç vexéwv xarareevntôrwv.
« Les âmes des morts (les mêmes), s’élevant du fond de l’Erèbe, s’assemblèrent. » ' "H‘Me 8’ ê1r‘t ‘1’YXÈ @n6œiw Tszpeaioto, « Survint l’âme du Thébain Tirésias. » Comme on le voit, le mot ldolâtrie implique tout aussi bien le culte des fantômes et des idées que le culte des statues, pour lesquelles il y a du reste un autre mot : eixoiw image; le culte des statues et des images s’appellerait donc Iconolâtrie, et représente rait une sorte de fétichisme. Cependant ces deux mots ont été souvent confon
L’IDOLATRIE I 05 dus, etles Iconoclastes (de eîxu’w et:0怜 briser) considé— raient bien les Iconophiles comme des idolâtres. Cette confusion dure encore aujourd’hui dans beau coup d’esprits. ' Je ne dirai que deux mots de la grande querelle des Images. Vous savez tous que les premiers chrétiens étaient hébreux ou instruits par des Hébreux. Ils par— tageaient tout naturellement l’horreur des Juifs pour les statues.
Le premier commandement du Décalogue dit en effet : Non facz’es tibi seulptz‘le, neque omnem similitudz‘nem quæ est in cœlo desuper, et quæ in terra deorsum, nec eorum quæ sunl in aquz’s sub terre. Non adorabz‘s ea, neque cales. « Vous ne ferez point d’image taillée, ni aucune figure de tout ce qui est en haut dansle ciel, et en bas sur la terre, ni de tout ce qui est dans les eaux sous la terre.
Vous ne les adorerez point, et vous ne leur rendrez point de culte. » Cette interdiction visait évidemment les représentations des dieux des autres nations; mais les Israélites l’ont toujours étendue à leur propre dieu lui même. Du reste ils n’étaient pas artistes et cette absten— tion n’avait rien qui pût leur déplaire.
Aussi les premiers chrétiens n’avaient ni statues ni images, ils avaient seulement des symboles: ils gravaient volontiers‘sur les parois des catacombes des images représentant un poisson, en grec ”IX®TZ‘., parce que toutes les lettres de ce mot étaient les ini tiales de la phrase suivante : ’Inooî5ç Xptorôç ®eoü Tio’c 2on“rjp, Jésus-Christ, fils de Dieu, sauveur. Ils fabri
1 06 ' L’INITIATION quaient aussi des bijoux en forme de poisson,tels que celuici : Fig. 1. Le mot Eiäcouç écrit à l’intérieur veut dire Salva, sauve-nous; de sorte que le bijou tout entier signifiait: Jésus—Christ, fils de Dieu, sauveur, sauve-nous(1). Ils gravaient aussi le monogramme du Christ, un.X et un P (fig. a); c’est ce signe qui plus tard fut inscrit sur le Labarum de Constantin. Quelquefois on ajoutait à ce signe un A et un Q (fig.
12), qu’on lisait : Christ, le commencement et la fin. Quelque fois le X était chaviré de façon à former le ’1‘ xwh xi? Fig. a Fig. 1: Fig. c Fig. :1 latin ou plutôt la croix (fig. c) et l’A etl’œ étaient suspendus au croisillon, de façon à ce qu’on puisse ‘lireaussi T AP 1:). On retrouve, aussi le signedelafig.d pour Xpmèç Nom, Chrz‘stus rincit. Ce monogramme a subi encore d’autres variations.
On représentait aussi un agneau, quelquefois même Ulysse attaché au mât de son vaisseau avec ses compagnons auxquels .(1) Voir: l’abbé Martigny, Diction. des Antiquités Chré— tiennes.
L’IDOLATRIE 107 “I"“T—fi" il mettait de la cire dans les oreilles pourles préserver contre le chant des sirènes. On comprend l’allusion ; Ulysse est Jésus en croix, les compagnons représen— tent les chrétiens dont Jésus a fermé les oreilles aux séductions du monde, représentées par les sirènes (1).
Mais le génie latin et, surtout, le génie grec n’étaient pas capables de se contenter de si peu; les statues ne tardèrent pas à se multiplier, on allait même jusqu’à prendre des statues de dieux et de déesses, et à les transporter dans les églises comme statues de saints.
Après les invasions successives de barbares et les révolutions si fréquentes de ces époques troublées, on était tout heureux de trouver des statues toutes faites, les vrais artistes étaient devenus rares.
Un grand nombre de chrétiens se scandalisèrent, et la grande querelle des Images prit naissance, des conciles intervinrent successivement pour et contre; des violences furent exercées, Charlemagne fit écrire ses Libri Carolmi, dont une grande partie était con— sacrée à combattre les images.
Enfin en 842 un concile de Constantinople rétablit les décrets du. deuxième concile de N icée (787), qui déclaraient qu’on doit animages la salutation d’honneur (ripnwn’j, nponüwjmç), en la distinguant de l’adoration vraie (anflnnj Âot‘:pcüx qui ne convient qu’à Dieu ( 2).
On n’avait jamais prétendu autre chose,et aujourd’hui il ne vien drait à l’idée de personne qu’il pût en être autrement. (1) Idem. . \ I (2‘) Voir : Encyclopédie des sciences religteuses,pubhée sous la direction de Lichtenberger. * --—- 4—- —————“
r08 L'INITIATION La querelle fut ainsi assoupie, mais elle couvait toujours sous les cendres. La Réforme la raviva, les Réformés étaient résolùment iconoclastes.
Le concile de Trente s’en mêle et décida (session XXV, De In vocatz‘one sanctorum) que les images du Christ, de sa Mère et des saints devaient être maintenues dans les églises pour y recevoir l’honneur qui leur est dû,non pas comme si l’on devaitleur attribuerune force divineou en obtenir des faveurs, comme les païens se l’imagi naient (ils ne s’imaginaient pas ça du tout),mais pour _ appliquer cet honneur à ceux qu’elles représentent (1).
Les Réiormés n’acceptêrent pas cette manière de voir et, aujourd’hui encore, les protestants sont hostiles à toute représentation des puissances célestes et ils accusent volontiers les catholiques d’idolâtrie. Il est donc bien entendu quel’ldolârrie n’est pas un fétichisme, une adoration d’images, mais bien l’ado ration de ce que les premiers chrétiens appelaient les faux dieux, et ils ont toujours donné à ce mot cette signification.
Les anciens adoraient leurs divinités représentées par des images, comme les chrétiens adorent Dieu et honorent les saints, représentés par des images absolument symboliques, n’ayant même aucune prétention à être des portraits. Les premiers chrétiens étaient entourés de Nations Gentes, qui étaient idolâtres; le mot Gentils, traduc— tion de Gentes, est devenu synonyme d’Idolâtres.
Après le triomphe, l’idolâtrie pourchassée et persé cutée se réfugia dans les petites villes, les bourgs, Pagi, ’ (t) Voir : Encyclopédie des sciences religieuses.
L’IDOLATRIE à 109 dont les habitants, pagani, les villageois, toujours plus arriérés que les habitants des villes, conservèrent encore longtemps, tantôt ouvertement, tantôt clan destinement, les anciens cultes. Le mot Paganus, Païen, devint alors synonyme d’Idolâtre.
DEUXIÈME PARTIE ÉVOLUTION DE L’IDOLATRIE Dans toute l’antiquité,les masses ont ignoré com— plètement le monothéisme, quelques initiés savaient ‘ qu’il n'y avait qu’un seul Dieu; ceux qu’on appelait îapeïç, ,sacerdotes, que nous traduisons par prêtres, savaient à quoi s’en tenir sur la multitude de dieux adorés par le peuple; mais le moment n’était pas encore venu de révéler la vérité,une pareille tentative aurait été dangereuse, Socrate s’en est aperçu.
Un seul peuple paraît faire exception : les Hébreux. Moïse entreprit de fonder une nation monothéiste, il se mit à la tête des Israélites et les conduisit hors d’Égypte de la façon que vous connaissez. Il n’a rien négligé, ni les promesses,ni les menaces, il n’a cepen dant pas réussi.
Jamais les Hébreux n’ont été mono théistes,tout ce qu’il a été posssible d’obtenir d’eux a été de leur faire pratiquer la Monolâtrz’e, c’est—à-dire que cette peuplade admettait l’existence de tous les ___.—___
I to L'INITIATION dieux des autres nations, mais consentait à n’en adorer qu’un, officiellement tout au moins, Iaveh, avec lequel il avait fait alliance. Ils ne considéraient pas leur dieu comme unique, mais comme puissant, formidable et jaloux, ne voulant pas supporter un autre dieu à côté de lui.
Aussi il vivait dans les soli— tudes du Sinai‘, et tout au plus venait-il de temps en temps visiter son peuple et veiller à ce qu’il observe fidèlement le traité qu’il avait fait avec lui : Servez moi, je vous servirai, maisne servez que moi, sans quoi je vous abandonne, non toutefois sans m’être vengé auparavant.
Israël était donc monolâtre,mais il ne l’était qu’offi- ' ciellement, car à tout bout de champ il se laissait aller à l’idolâtrie; son histoire est pleine de ses infi— délités en faveur de Baal, de Moloch même, de Tam mouz. etc. Ceux qu’on a appelés, après la mort de Salomon,l‘lsraël du nord, et plus tard les Samari tains, sont restés idolâtres jusqu’à la fin.
Les Juifs seuls ont fini, après le retour de la captivité, par concevoir Iaveh comme le plus grand et le plus puis— sant des dieux, puis enfin comme le seul. Dans les temps qui ont précédé la venue du Christ, ils étaient franchement monothéistes, laveh était devenu le seul Dieu. Toutes les autres nations étaient restées poly théistes.
' Ceux qu’on a appelés les Gentils reconnaissaient douze grands dieux et une multitude innombrable de dii rainures, de Nymphes, de demi—dieux etde Héros. Les douze grands dieux habitaient l’Olympe et ' gouvernaient le monde. Sous leurs ordres, les dieux
L’IDOLATRIE . 1 1 I ..“__ __ inférieurs commandaient à des pays et surtout aux forces de la nature. Jupiter gouvernait le ciel et commandait à tous les autres dieux. Il avait succédé à son père Saturne après l‘avoir détrôné et mutilé. Saturne lui-même en avait fait autant à son père Uranus qui, selon San choniaton, était fils d’Hélion, en grec Upsistos, le très haut.
Toutes ces filiations, toutes ces luttes sont très importantes et correspondent à une cosmogonie très savante, mais cette étude ne doit pas faire partie de notre entretien actuel. Dégageons-en seulement ce que j’appellerai l’essence théogonique, à savoir que, par Upsistos, tous les dieux dérivent duDeus ignotus, le seul vrai Dieu dont la connaissance avait été perdue.
Rapprochons encore de ce fait la limitation absolue du pouvoir des dieux: Jupiter lui-même était soumis au destin, dieu inconnu aussi; jamais on ne le décrit, on ne raconte rien sur lui. On ne prononce son nom que pour constater l’impuissance de tous les dieux, sans exception, à se soustraire à ses décrets.
Le Destin ou les Destins restent dans le vague ; Po lyphème, n’ayant pu atteindre Ulysse pour le punir de lui avoir crevé l’œil, invoque ainsi Neptune: « Écoute—moi, Neptune, dieu terrible, à la chevelure noire et majestueuse, toi dont les bras ceignent la terre: s’il est vrai que je sois ton fils, si tu te glorifies d‘être mon père, fais que ce destructeur des remparts, cet Ulysse, né de Laërte et habitant d’lthaque, n’im— prime jamais le pied dans sa terre natale; ou si les destins ireulent qu’il revoie ses amis et ses foyers, qu‘il y rentre malheureux, après unelongue suite de tra .
1 I 2 L’INlTIATION verses, conduit par un navire étranger pleurant la perte de tous ses compagnons, et qu’il trouve dans son palais de nouvelles infortunes. » Les mots que j’ai soulignés indiquent que Polyphème reconnaît tous les pouvoirs à Neptune, excepté celui de transgresser les ordres des Destins. On voit bien là encore la trace de la connaissance ancienne de Dieu qui n'avait pu s’effacer entièrement de la mémoire des hommes.
A travers tous les dieux, la Providence divine se fai sait encore sentir. Revenons à Jupiter. Il avait fini par régner sans conteste sur tous les autres dieux, mais il avaiteu des luttes à soutenir. Junon elle-même, sa sœur et sa femme, n’a jamais été complètement résignée à l’obéissance, mais elle avait constaté l’impossibilité de lutter et se soumettait à regret.
Elle avait déjà été cause de la fameuse chute de Vulcain son fils, qui avait voulu épouser sa querelle, et qui en est resté boiteux. Vous connaissez tous la lutte des Titans dont il sortit définitivement vainqueur. Neptune commandait à la mer et aux eaux en gé néral, Pluton aux enfers. On peut considérer Vulcain comme le dieu du feu. Tels sont les dieux des quatre éléments.
Les autres président aux' sciences, aux arts, aux sentiments et passions, etc. : Apollon aux beaux-arts, Mercure aux sciences, aux lettres, au com merce, Vénus à l’amour, Minerve à la sagesse, Mars à la guerre, etc. Je ne dirai rien des dieux qui étaient sous le com mandement de ceux dont je viens d'énumérer une partie, tels que Protée, Thétys, Nérée, Pœon, Dyo
L’IDOLATRIE 113 nysos ou Bacchus, les Satyres, Pan, les Egypans, etc. Il suffit de les mentionner. Je dois par contre parler un peu plus longuement des Nymphes dont le rôle nous intéresse tout particulièrement.
Nous verrons en effet que, de même que les coutumes du menu peuple sont celles qui survivent le plus longtemps, témoins les Pagani ou Payens, de même les entités les plus infimes de la mythologie sont celles qui ont eu la plus longue existence. Les Nymphes sont encore au jourd’hui pleines de vie, tandis que les grands dieux de l’Olympe ont subi:_une destinée lamentable; nous y reviendrons.
Les nymphes étaient en quelque sorte les suivantes des dieux et des déesses. Elles avaient elles-mêmes des pouvoirs considérables et recevaient des hom mages d’un grand nombre d’humains. Elles étaient . d’origine élémentaire: nymphes des eaux, naïades, nymphes des fOrêts, des forêts de chênes surtout, variété de naïades, les Dryades et les Hamadryades.
Les Hamadryades étaient inférieures aux Dryades, elles ne vivaient que de la vie de l’arbre auquel elles étaient unies et mouraient quand l’arbre était coupé ou mort de vieillesse. Cette solidarité est très 1ntéressante, elle rappelle le Nagualisme.
Par des cérémonies particulières, on lie l’existence d‘un individu à celle d’un animal, sou— vent un caïman ou un serpent, quelquefois un tigre ou autre bête féroce;quand l’animal meurt, l’homme meurt. Il existe aussi des cas de nagualisme natu rel, surtout avec les végétaux; quelques personnes éprouvent des souffrances particulières quand on
1 I4 L’INITIATION abat certains arbres, même quand on en brûle des débris après dessiccation. On connaît l’importance des arbres familiaux; dans Fior d’Aliza, il y a un noyer qu‘on veut couper, ce qui occasionne querelles et chagrins. Combien sont nombreux ceux qui éprou vent une émotion toute particulière, généralement agréable, à la vue des arbres, pour eux un court sé jour dans un bois est une cause de sensations déli cieuses.
Au contraire, depuis Stanley, on connaît l’oppression de la forêt;les voyageurs quiont traversé les immenses forêts de l‘Afrique sont soumis à des influences diverses qui, n’étant plus contre-balancées par celle du soleil, produisent une impression désa gréable; tandis que les peuplades quivivent habituel lement dans ces forêts, y sont dans leur véritable élément.
En outre, il y avait des nymphes des montagnes, les Oréades, des nymphes des airs, les divers vents sous les ordres d’Èole ; Vesta, déesse du feu, peut être rangée aussi dans cette catégorie. Il y en avait encore d’autres, mais il nous suffit de mentionner celles qui se rapportent aux quatre éléments.
Au moment où le christianisme commençait à se répandre dans le monde gréco-romain, le paga— nisme s’était singulièrement épuré, les dieux étaient aimés et grandis; Jupiter n’était plus le tyran capri— cieux et coureur d’aventures, il était devenu le maître des cieux, majestueux, bon et secourable pour les hommes vertueux, terrible contre les impies et les méchants. Vénus, déesse de la beauté, de l’idéal, de l’amour dans ce qu’il a de plus élevé, était honorée
L’IDOLATRIE t 15 en tant que Vénus céleste, il n‘était plus question de la Vénus terrestre et de tous ses débordements; Mer cure n’était plus le dieu des voleurs, il était surtout le dieu des sciences et des lettres, du commerce et de l’industrie.Et ainsi desautres. Je parle naturellement des gens éclairés, le public ignorant étaitaussi arriéré, aussi superstitieux qu’il l’est encore de nos jours.
Il yavait en outre une si grande tendance à mettre Ju piter au-dessus de tous les autres dieux qu’il en deve— nait presque un Dieu unique. Pour d’autres, dont Julien l’Apostat plus tard, c’était le Soleil qui domi nait les autres et tendait à l’unité. La religion Gréco-Romainea été dénommée reli gion Naturiste, elle a mérité ce nom jusqu’au Néo Platonisme.
La nature elle—même avait sa représen tation dans le grand Tout, le dieu Pan. il ne tau drait pas faire ici une confusion, il ne s’agissait pas d’un panthéisme, le grand Pan représentait la nature tout entière; il était pour ainsi dire le lien entre les dieux et les humains, il était le père de la nature et, en cette qualité, le favori des Nymphes.
A la naissance du Christ, ce lien a été brisé, Pan a disparu; des na‘ vigateurs longeant les côtes ont entendu les voix éplorées des. Nymphes qui criaient : Pan, le grand Pan est mort ! Cette mort a été le premier acte du grand drame qui se préparait. ‘ En effet, les temps étaient accomplis, le moment était venu où les hommes devaient enfin reprendre leur liberté et revenir au vrai Dieu. Les dieux avaient terminé leur mission, ils devaient maintenant ’ -
i 16 L‘INITIATION s’effacer et faire place au Père céleste. Ils avaient rendu des services incontestables, ils avaient policé les sau vages humains, ils les avaient tirés de la barberie etles avaient mis en état de recevoir la dernière initia tion. Maintenant Dieu pouvait venir, se montrer et attirer les hommes à lui, ils étaient mûrs pour le recevoir.
Malheureusement les dieux avaient trop longtemps exercéle pouvoirpourconsentir à se retirerau premier avertissement.Les hommes,de leur côté,s’yétaientatta chéspar tous les bienfaits qu’ils en avaient reçus. Ils comprenaient quelesalutde l’empire était lié à la pros— périté de leurs dieux et aux hommages qu’ils leur rendaient; et cela était vrai. Mais l’empire lui-même était condamné. Une guerre sans merci commença à s’allumer.
Les Gentils se trouvèrent d’emblée en face d’un phénomène nouveau : jusqu’alors les dieux nels’ex cluaient pas les uns les autres, le conquérant faisait des sacrifices aux dieux des peuples vaincus, ils les plaçaient même dans leur Panthéon ; réciproque ment,les peuples vaincus ne voyaient aucun inconvé nient à sacrifier aux dieux du peuple vainqueur, moyennant quoi il leur était permis de continuer à adorer leurs propres dieux.
Maintenant tout est changé, ils voient un nouveau dieu, Christos, qui a des adorateurs de plus en plus nombreux, ces adora teurs refusent de sacrifier aux dieux officiels, aux dieux de l’Empire. Ils voient là une offense et le pré sage de malheurs pour l’État.ils ne comprennent ab« solument rien aux motifs qui font agir ainsi les chré— -
L‘IDOLATRIE I I7 tiens,11s s’Irritent et finissent par leur ordonner de sa— crifier aux dieux de l’empire; l‘empereur fait passer un décret :Il y aura tel jour un sacrifice en l'hon— neur de tel dieu, tous les citoyens devront y participer sous peine de poursuites.
Les chrétiens refusent, on discute avec eux, on ne leur défend pas de sacrifier à Christos, on leur propose même de le placer au Panthéon, mais avant tout ils doivent reconnaître et honorer les dieux de l’empire, sous peine d’être déclarés rebelles. Les chrétiens refusent avec in dignation, ils ne consentiront jamais à permettre qu’on place leur Dieu au Panthéon, en compagnie des faux dieux qu’ilsconsidèrent comme des démons.
Quant à sacrifier à ces faux dieux, ils aimeraient mieux mourir mille fois. La mesure était comble, ils étaient bien définitive ment des ennemis de l’empire. Les persécutions étaient commencées. Je ne veux pas faire l’histoiredes persécutions, vous la connaissez tous.
Je me contenterai de faire remar quer qu’on n‘a pas persécuté les chrétiens parce qu’ils adoraient leur Dieu Christos, mais seulement parce qu’ils refusaient de sacrifier aux dieux de l’empire, contre lesquels en outre ils commettaient souvent des sacrilèges . Même pendant les persécutions de Dioclétien et de Maximien-Hercule, on leur propo sait de les délivrer s’ils voulaient sacrifier aux dieux.
Cependant,à cette époque, ils étaientconsidérés comme des ennemis de l’empire et on commençait à les re douter en raison de leur nombre croissant et de leur audace qui allait toujours en augmentant. >A. n“æ
1 18 L'INITIATION Enfin parait l’édit de Constantin, le christianisme triomphe. Un retour offensifa lieu un peu plus tard avec Julien l’Apostat, qui en réalité n’avait pas apos tasié le moins du monde, vu qu’il était païen de cœur avant son élévation à l’empire. Mais ce retour en arrière fut de courte durée, et ce fut Julien qui dit le mot de la fin; en mourant,il s'écria : Tu as vaincu, Galiléen !
Le christianisme triomphaiten e(Ïet défini tivement. C’est alors que le drame, qui jusque-là avait été terrible, devint navrant. Les chrétiens avaient été persécutés, ils persécutent à leur tour.
Avant même Julien, ils avaient été intolérants ; il est inutile de ra— conter la querelle des Athanasiens contre les Ariens, les violences contre les temples païens, les cons fiscationsdesbiens, etc. Maintenant ils sontles maîtres absolus; au nom du Dieu qui leur a recommandé de pardonner à leurs ennemis, de les aimer même, de rendre le bien pour le mal, ils poursuivent les païens jusqu’au fond des campagnes, ils saccagent leurs tem ples, brisent leurs idoles, égorgent les récalcitrants.
C’est la guerre, je le sais, la guerre entraîne tou jours des conséquences terribles; mais est-il bien sûr que les chrétiens aient secondé les desseins de Dieu en détruisant violemment et cruellement ce qu’il avaitcondamné? Combien j’aimemieux saint Bernard disant: Her;efici capiantur, non armis, sec! argumen tis.
« Les hérétiques doivent être vaincus, non pas par les armes, mais par les arguments. » Le paga nisme était condamné et devait l’être, mais l’exemple, si fort quand il vient du vainqueur,lesenseignements,
L'IDOLATRIE 1 19 l—-,LÏ -...._._ , les exhortations et le temps n’auraient-ris pas suffi pour obtenir le résultat désiré? Je dis plus, ces moyens ne l’auraient—ils pas amené en un temps beau» coup plus court? . Qu’on se représente la situation misérable, le déses poir de ces pauvres gens privés tout à coup de ce qu’ils ont de plus cher!
Car ceux d’entre vous qui sont religieux me comprendront: notre Dieu, Jésus, Marie, que nous aimons, ne nous pénètrent-ils pas jusque dans nos fibres les plus profondes?
Si je veux me représenter l’état d’âme du malheureux qui s’est construit un réduit secret au fond de son jardin,pour y cacher ses dieux qu’il vient implorer clandestine ment, et qui voit arriver l’inspecteur qui lui brise ses idoles, les profane et rase son petit temple, je n’ai qu’à penser à un chrétien d’une piété ardente, au curé d’Ars, par exemple, voyant arriver un fonctionnaire quelconque pour lui briser sa statue de sainte Philo— mène ou de la sainte Vierge.
Vous me direz sans doute que le païen était dans l’erreur et qu’il fallait que l’erreur soit extirpée. Cela est vrai, mais ce qui s’extirpe par la violence repousse vite, et je doute que de pareils procédés aient pu produire autrechose que de la terreur et des rancunes.
Un homme qui se trompe n’en est pas moins un homme (1). ‘ (1) Mon intention, soyez-en bien persuadés, n‘est pas d‘ex cuser les cruautés des païens à l‘égard des chrétiens; ils ont été féroces, ils se sont comportés comme des bêtes fauves. Le récit des supplices qu‘ils leur ont fait subir vous ferait dresser les cheveux surlatèteetvous remplirait d‘horreur. Mais la ven—
1 20 L’INITIATION Or, qu’est-il arrivé ? C’est qu’on a obtenu un grand nombre de fausses conversions, et que le paganisme s’est réfugié dans les forêts et s’est perpétué jusqu‘à nos jours. Pendant que les chrétiens s’acharnaient contre les grands dieux, surtout contre Diane qui a été en exécration pendant tout le moyen âge, et qu’on accu sait de conduire les sorciers au sabbat, les Nymphes étaient totalement oubliées dans leurs forêts.
Mais elles n’étaient pas oubliées par tout le monde. Beau geance n‘est pas une vertu chrétienne, et je ne consentiraijamais àadmirerles actes de barbarie d’où qu‘ils viennent. Jésus a dit à ses disciples qu’il les envoyait au milieu des loups, qu’on les persécuterait à cause de lui; je n'ai vu nulle part qu’il leur ait permis de persécuter quand ils seraient les maîtres à leur tour; tout le long des Évangiles, je vois le contraire.
En outre de sescommandements d’aimer même ses ennemis et de rendre le bien pour le mal, vous pouvez vous rappeler, entre autres, l’épisode de sa tentative de passage à travers la Samarie, Luc, 1x, 51-56; ses envoyés sont mal reçus, parce qu’il s’agit d’aller à Jérusalem; Jacques et Jean disent à Jésus : « Seigneur, voulez— vous que nous commandions au feu du ciel de tomber sur euxet deles dévorer ?
Jésus leur répond: « Vous ne savez pas quel esprit vous inspire (nescitis cujus spiritus estis), le fils de l’homme n’est pas venu pour perdre les hommes, mais pour les sauver.
Ce qui doit ressortir surtout de toutes ces calamités, c’est la règle absolue que nous devons nous imposer de juger les hommes pour ce qu’ils sont et non d’après la doctrine qu’ils professent, et surtout de ne jamais juger une doctrine d‘après la conduite de ses adhérents; les hommes sont toujours les hommes.
Seuls méritent le nom de chrétiens les hommes ver— tueux, doux et pacifiques, comme il enaexisté, heureusement, à toutes les époques de la grande épopée chrétienne, et comme il en existe encore aujourd’hui. Les autres ne comptent pas. Disons cependant, à la décharge des chrétiens de tous les temps, que souvent les cruautés commises n’ont eu d’autre cause que la politique: la religion n’y figurait que comme pré texte. «.1
L’IDOLATRIE 121 _ _ coup de païens pratiquaient ostensiblement le chris tianisme pour leur sécurité personnelle, et s’en allaient clandestinement dans les forêts où ils rencontraient des naïades, des dryades et autres nymphes qui les consolaient. Peu à peu le christianisme s’infiltrait dans les masses, et le commerce avec les nymphes con tin'uait sous une autre forme. Elles s’appelaient alors des Fées.
De véritables chrétiens ne craignaient pas de vivre au milieu de ces Fées qui, elles-mêmes, se con vertissaient souvent au christianisme. Elles ensei gnaient à leursamis des secrets naturels, àl’aide desquels ils produisaientsouvent des phénomènes merveilleux; on les appelait des Enchanteurs. Plus tard, on les a appelés des sorciers et on les a brûlés.
Mais beaucoup d’entre eux sont devenus prudents et ont échappé aux recherches, de telle sorte que la plupart des gens qu’on a brûlés comme sorciers n’étaient que de pauvres diables, souvent pervers et faisant le mal par des pro cédés de magie noire, mais souvent aussi de simples malades.
Ces Enchanteurs n’ontiamais fait de magie noire, ils s’occupaient surtout de médecine et ont été très précieux pour beaucoup de chevaliers blessés, qui étaient tout heureux d’avoir recours àleur habileté. Des femmes aussi fréquentaient ces fées et étaient connues sous le nom de Magiciennes, mais sans qu’on attachât à ce mot une acception mauvaise. Quelquefois aussi,on les confondait avec les fées elles mêmes.
Cette vie dans les forêts était toute naturelle en France,la Gaule chevelue, où les souvenirs druidiques étaient encore vivaces.
I 2 2 L’INITIATION Tout le monde connaît l’aventure de Lusignan avec la fée Mélusine, qui n’était autre qu’une nai’ade. Les dames blanches étaient aussi très souvent des nai‘ades ou des dryades; cependant quelques-unes reconnaissaient une autre origine.
Je suis obligé de glisser très rapidement sur cette longue épopée, qui a pris Un nouveau développement vers le milieu du siècle dernier avec la secte des Kab balistes, qui a rendu ces nymphes populaires sous les noms de Sylphes, Ondins, Gnomes et Salamandres.
En tous temps, et encore aupurd’hui, les récits de la veillée les mentionnent sous les noms de Fées, de Corrigans, de Farfadets, de Lutins, d’Esprits follets, de Gins, de Lavandières de la nuit, etc. Nous allons bientôt expliquer ce qu’il y a de fondé dans tous ces récits qui paraissent de pure supers tition et qui cependant contiennent une bonne part de vérité.
TROISIÈME PARTIE THÉORIE m: L’IDOLATRIE Nous voilà arrivésà la partie la plus délicate de ma démonstration. Jusqu’à présent, je n’ai eu à parler que de choses admises par tout le monde, maintenantie vais être obligé de m’appuyer sur des données et des théories que les occultistes ont pu vérifier, mais que
L’IDOLATRIE 12 3 ceux qui sont étrangers à ces sortes d’études hésite— ront à admettre. Néanmoins je ne vais pas vous mé— nager, et dussiez—vous me prendre pour un rêveur éveillé, je vais dire ce que je crois être la vérité.
Je vous ai déjà dit, dans la seconde partie de cette étude, que les païens avaient en quelque sorte une subconscience de l’action du seul Dieu réel au-dessus de celle de tous leurs dieux: les Destins, plus forts que Jupiter lui-même, en étaient la trace.
Leur théo— gonie même la laissait discrètement entrevoir: le père de tous les dieux étaitle Ciel etleur mère étaitla Terre, d’où ilest facile de conclure que les dieux provien nent de l’influx céleste manifesté par les aspirations et les conceptions humaines.
En réalité, Dieu atoujours gouverné le monde, mais, entre lui et nous, il existe toute une hiérarchie de servi teursinvisibles pournosyeuxterrestres.Les théologiens ne connaissent qu’une seule catégorie d’êtres invi sibles : les anges, bons et mauvais, ces derniers étant« aussi appelés des Démons ou des Diables. Les païens connaissaient surtout les autres.
Ces autres êtres, sur la nature desquels nous allpns bientôt nous expliquer, sont ceux qui agissent direc tement sur l’homme et la nature; les païens les divisaient, suivant leur importance, en grands dieux de l’Olympe, dieux inférieurs (diz' minores), nymphes, satyres, demi-dieux, etc. Il est bien entendu que je ne parle que du monde gréco—romain et, par conséquent, de la mythologie homérique, hésio— dienne, etc. Avant d’aller plus loin, je vais justifier mes dires
124 L’INITIATION par une citation ; je choisis de préférence Catherine Emmerich, la_célèbre voyante du commencement de ce siècle, parce que les théologiens l’entouœnt d’une grande considération et reconnaissent qu'elle est par— faitement orthodoxe. « Même parmi les esprits planétaires, il règne un grand ordre.
Ce sont aussi des esprits tombés, mais pas encore des diables; ils sont très différents de ceux ci : ils montent et descendent sur la terre. Dans une des sphères ils sont tout à fait mornes et tristes, dans l’autre ardents et violents, dans l'autre légers, dans uneautre, exacts et prévoyants. Ils agissent surtout ce qui vit sur la terre, et sur les hommes au moment de leur naissance.
Ces esprits forment certaines hiérar— chies, certaines associations. Je vis dansleurs planètes des formes ressemblant à des végétaux et à des arbres... «...Ces esprits se nourrissent de fruits qui sontappro priés à leur substance. Quelques-uns sont aussi une occasion de bien, en tant quel’homme fait tourner au bien leurs impulsions.
« La lune est froide et pierreuse, pleine de hautes montagnes..... tantôt, au contraire, il semble que tout déborde, et alors la lune exerce une pression si forte sur la terre que les hommes en deviennent mélanco liques. . . . . . . . . . . . - . - . . . . . « J’ai vu entre autres choses que tout homme, à sa naissance, reçoit deux esprits, l’un bon, l'autre . mauvais. Le bon est céleste par sa nature, mais ap h’ ( FU:WÎ’Æ
L’lDOLATRIE 12 5 partenant a la hiérarchie inférieure; le mauvais n’est pas encore un diable, il n’est pas encore' dans les sup plices; mais il est privé de la vision de Dieu.
Je vois toujours dans un certain cercle autour de la terre neuf corps ou espaces sphériques, comme des astres lointains: je les vois habités par des esprits de diverse nature et je vois partir d’eux des bandes de rayons dans lesquelles on peut suivre chaque ligne jus qu’à un point quelconque de la terre ; j'ai tou jours pensé qu’ils sont-par'là en rapport avec la terre. Ces neuf mondes peuplés d’esprits forment comme trois sections...
Dans ces mondes habitent les mauvais esprits qui, à la naissance de chaque homme, S’associent à lui par un rapport que je vois alors clairement et que j’admire, mais que je ne puis expliquer à présent. Ces esprits ne sont pas diaphanes et attrayants comme les anges ; ils reluisent à la vé rité, mais c’est une lueur extérieure et trouble, c’est comme un reflet.
« Les uns sont paresseux, languissants,rêveurs, mé lancoliques; les autres violents, irascibles, farouches, obstinés, pleins de raideur; ou bien encore fertiles en jongleries, etc. C’est comme s’ils étaient des pas sions.'lls sont colorés et j’ai remarqué che‘z eux les mêmes couleurs que je vois se manifester à travers les hommes lorsqu’ils éprouvent des souffrances et des combats intérieurs, et qui, transfigurés dansl’auréole des martyrs, rayonnent hors d’eux et se fondent dans la lumière qui les entoure.
C’est comme si les passions chassées d’eux par les souffrances devenaient pour eux des couleurs triomphales. Ces esprits ont dans
126 L’INITIATION levisage quelque chose de sévère, de tranchant, de vio lent, de pénétrant; ils s’attachent avec une ténacité ex traordinaire à l’âme humaine comme les insectes atti résenfoule par certaines odeurs etcertaines plantes. Ils provoquent dans l’homme des convoitises et des pen sées de toute espèce.
Toute leur personne est pleine de rayonnements et d’amorces attrayantes, comme d’aiguillons subtils; ils ne produisent par eux -mèmes aucun acte, aucun péché: mais ils soustraient l’homme aux influences divines; ils l’ouvrent au monde, l’eni— vrent de lui-même, le lient, l’attachent à la terre de di verses manières; quand il leur cède, il entre dans les ténèbres, et alors le diable s’approche et imprime comme un sceau ; c’est un acte, un péché, cela devient comme une naissance; la séparation d’avec ce qui est divin est accomplie. » Eh bien!
Messieurs, je ne crains pas de le dire, la page que je viens de vous lire est une page de génie; il n’y a pas un occultiste qui ne soit obligé de recon naître que cette femme a vu et bien vu; tout est décrit avec une vérité extraordinaire pour unereligieuse habi tuée à voir les choses sous un point de vue bien diffé rent.
Incontestablement cette femme n’a pas compris la portée de ce qu’elle voyait, mais elle l’a décrit honnê— tement, sans chercher à faire cadrer les faits avec ses propres idées. Vous avez vu qu’elle est même obligée de convenir que ces entités, qu’elle appelle de mauvais esprits, faute d’avoir à sa disposition une expression plus adéquate, sont capables de faire produire du bien. Un théologien ne manquera pas de dire: Mais cela est connu, Dieu se sert quelquefois de Satan pour
L’IDOLATR1E 127 produire du bien. Non, cette objection ne tient pas, il ne s’agit pas de ce qu’on appelle un mal pour un bien; Catherine dit que «quelques-uns sont aussi une occasion de bien, en tant que l’homme fait tourner au bien leurs impulsions ». Il n’y a là en jeu que l’es prit et l’homme, ces esprits sont le type de ce que j’ai appelé ailleurs les Indzfl’érents.
Catherine du reste dit bien: quelques-uns, elle ne dit pas que ce soient tous indifféremment. L’impulsion que je reçois n’est ni bonne ni mauvaise par elle-même, j’en fais ce que je veux. Je tiens aussi à faire remarquer, en passant, com— bien le passage que je viens de citer est favorable à l’astrologie; Catherine vous montre les esprits des planètes influant sur les hommes, au moment de leur naissance; les astrologues ne disent pas autre chose.
Mais, avant d’aller plus loin,je dois répondre à une objection possible: Vous nous racontez, me dira—t—on, ce que Catherine Emmerich a vu; cela ne prouve pas grand’chose, nous rêvons tous un tas de billevesées, Catherineça fait de même, nous ne voyons pas pour quoi vous attachez tant d’importance à de pareilles balivernes.
Je répondrai à cette objection qu’il m’est impos sible, dans le peu de temps dont je dispose, de vous citer tous les auteurs qui ont parlé des choses de l’invisible, sans quoi vous verriez qu’il y a‘une con cordance parfaite entre toutes leurs observations. Qu’il s’agisse d’auteurs païens de l’antiquité, d’auteurs chré— tiens du moyen âge ou d’aujourd’hui, de saints, de simples extatiques, qu’il s’agisse de théosophes
I 2 8 L’INITIATION [NOVEMBRE ou d’occultistes modernes ou anciens; tous ceux qui ont été à même de voir sur le plan astral ont vu et décrit les mêmes choses. Sans s’être entendus en semble, ils sont unanimes, tous leurs récits concordent. Que voulez-vous de plus ? Cette concordance est bien la meilleure preuve que la critique puisse réclamer.
Êtes-vous bien sûr, me direz-vous, qu’ils n’aient pas été influencés les uns par les autres P Absolument sûr, car j’ai constaté des faits de ce genre, et ce que j’ai vu, je n’ai aucune raison de croire que d’autres n’aient pu le voir.
Sans parler des cas où j’ai vu plusieurs personnes faire séparément le même récit, quand on voit un évé— nement dans tous ses détails, tel qu’il se réalisera plu— sieurs jours plus tard, par qui a-t-on pu être influencé? — Coïncidence ? ——Ce n’est qu’un mot,une coïncidence serait déjà difficile à admettre dans certains cas, mais mille coïncidences sont impossibles.
Je sais bien que les sceptiques ne sont pas difficiles en pareille matière, et,à ce sujet, je vais vous citer un exemple que je tire du Traité des hallucinations, de Brière de Boismont, c’est une vraie perle. Le récit est tiré d’Abercrombie : Inquiries concerning the mlellec— tual powers and t/ze investigation ofz‘rutlz. London, 1841. ‘ « Un ministre protestant, s’étant rendu à Édim bourg d’un endroit voisin,descendit dans une auberge.
Il venait de s’endormir, lorsqu'il aperçut en songe sa maison brûler, et un de ses enfants au milieu des flammes. Il s’éveille ausitôt, quitte à l’instant la ville pour retourner chez lui. Arrivé en vue de sa maison,
l 899] L'IDOLATRIE 129 il ia trouve en feu, et s’élance à temps pour sauver un de ses enfants, qui avait été abandonné au milieu de l’aiarme et de la confusion d’un pareil événement. Voyons maintenant comment Brière de Boismont croit pouvoir expliquer cela: « On s’explique assez naturellement ce fait, sans qu’il soit nécessaire de recourir au merveilleux.
Ainsi il est possible que le ministre eût eu un do mestique qui ne prit point de précautions contre le feu; il ne lui en fallait pas davantage pour lui inspirer une peur extrême de voir sa maison brûler. Ajoutez à cela que la circonstance de l’éloignement devait augmenter Fimprévoyance du domestique. Pour peu qu’il y eÿrt quelque fête dans les environs, son imagination devait fui faire redouter que son serviteur ne s’y enivrât.
Les circonstances étaient donc suffisantes pour lui faire voir en songe l’incendie de sa maison, qu’une simple coïncidence convertit en une triste réalité. » Après cela, il n'y a plus qu’à ajouter: Et voilà pour— quoi votre fille est muette.
Tant de candeur me désarme et je n’objecterai à cette explication que ceci: Il se peut que Brière de Boismont ne soit pas dupe lui-même d’une pareille accumulation d’hypothèses, et pour peu qu’il ait peur. des sarcasmes de ses confrères, son imagination devait fui fournir la première platitude venue pour ne pas paraître accepter le merveilleux.
Les circonstances étaient donc suffisantes pour lui faire construire tout un roman qu’une simple coïncidence convertit en un conte à dormirdebout. Les êtres dont j’ai parlé plus haut entrent facile 5
13 o L’INITIATION ment en communication avec l’homme, et peuvent leur rendre de nombreux services et aussi en recevoir. Expliquons-nous maintenant sur la nature de cecom merce entre le Visible et l’Invisible et montrons que les dieux de l'antiquité ont existé et même existent encore. Tout d’abord, détruisons un malentendu qui em pêchera toujours de comprendre quoi que ce soit aux phénomènes de l’au-delà.
Quand les chrétiens sont entrés en lutte avec les païens, et surtout après leur victoire, ils ont tranché très simplement la ques tion du De naiura deorum ; pour eux, les dieux étaient tout simplement des diables ayant réussi à tromper les hommes et à s’en faire adorer. C’est une des plus grandes absurdités qui aient été dites. On a toujours abusé beaucoup et on abuse encore de Satan.
Quand on ne comprend pas quelque chose, on ne se met pas l’esprit à la torture, c’est Satan qui fait ses farces. C’est une explication bien commode et à la portée de toutes les intelligences.
Cette erreur provient de la tendance fâcheuse des esprits faibles à nier ce qu’ils ne comprennent pas, et de la tendance non moins fâcheuse des prosélytes à vouloir simplifier leur enseignement au delà de toute mesure pour le mettre àla portée de tout le monde, au risque de le rendre in complet et incompréhensible, au risque surtout de perdre des notions importantes qui, à force de se sous entendre, finissent par ne plus s’entendre du tout.
C’est ainsi qu’ils ont trouvé bon de sanctionner la confusion de l’âme avec l’esprit et d’en faire un tout unique sous le nom d’âme, de telle sorte qu’aujourd’hui leurs des , l
L’IDQLATRIE 131 cendants enseignent magistralement que l’homme est un composé de corps et d’âme; si vous leur dites qu’il y a un corps, une âme et un esprit, ils vous ré pondent naïvement: Vous admettez donc les deux âmes de Platon? — Non, je n’admets pas que l’homme ait deux âmes, tout au moins au sens que vous don nez au mot âme, Platon non plus, du reste; mais il a une âme et un esprit, saint Paul le savait bien, et ses contemporains aussi.
Dans le même ordre d’idées, ils ont remplacé par tout le ternaire par le binaire: le bien et le mal, Dieu et le diable; rien.autre, tout ce qui n’est pas de Dieu est du diable. Quand ces imprudences ont été commises pour la première fois, on se comprenait encore, parce qu’on se rappelait les sous-entendus, mais aujourd’hui on a perdu la clefdepuis longtemps, et on ne s’y reconnaît plus du tout.
Par contre, beau coup de philosophes commettent l’erreur opposée : ils disentque les diables sontdes dieux démodés, hors d’u— sage. Cela n’est pas plus exact. Les dieux n'ont pas été une simple conception de l’esprit, qui s’est transformée en une conception opposée. Ils ne sont pas davantage des entités qui, détrônées, sont devenues des diables.
C’est aussi une erreur de croire, comme quelques uns se l’imaginent, qu’il est indifférent d’appeler Dieu de n’importe quel nom ; que les dieux n’étaient après tout que Dieu envisagé sous ses divers aspects; qu’on l’appelait Jupiter, Neptune, Pluton, Vulcain, Vénus, etc., suivant qu’on le considérait comme le Maître des puissances célestes, des eaux, de la terre, du feu, des sentiments, etc. . ..Ms.»«,«_«
132 L’INITIATION Les anciens n’ont jamais eu de pareilles idées; les initiés eux-mêmes, qui connaissaient le Dieu unique, savaient très bien ce qu’il en était des dieux qu’on adoraitpubliquement; ils étaient loin de les mépriser, mais ils se seraient bien gardés de les confondre avec Dieu.
On se rappelle que dans les sanctuaires égyp tiens, quand le récipiendaire avait subi les dernières épreuves, on le conduisait devant une statue voilée d’Osiris et on la dévoilait en lui disant: Osiris est un dieu noir. On aurait donc grandement tort de croire honorer Dieu en lui donnant tous les noms sous lesquels on se figure que les anciens l’ont adoré.
Les dieux n’étaient ni des diables, ni des anges, et encore bien moins Dieu lui-même, mais des êtres bien à part, existant depuis le commencement du monde, avec des fortunes diverses, et généralement immortels.
Parmi les êtres invisibles dont j’ai parlé, il en est une catégorie très peu connue en dehors du monde des occultistes, ce sont ceux que nous appelons les Ames des planètes, qu’il ne faut pas confondre avec les anges directeurs de ces planètes. La terre a son âme et son ange commeles autres.
Catherine Emme— rich a vu les anges, elle a aussi vu des êtres qui tien nent à l’âme de la planète par des liens que j’expli querai tout à l’heure; mais elle n’a pas su leur assigner leur vraie place, ce qui n’est pas étonnant quand on «pense qu’elle manquait totalement de l’instruction spéciale nécessaire pour se reconnaître au milieu de ce monde. Quant à l’âme elle-même de la planète, elle ne parait pas l’avoir vue.
L’IDOLATRIE 133 A ce propos, permettez—moi une courte digression: Quand on pénètre dans l’astral, on se trouve en pré— .senCe d’un monde tout nouveau, absolument comme celui qui regarde pour la première fois à travers un microscope. Pour se reconnaître au milieu de toutes ces complications, il est nécessaire d’avoir un guide, sans lequel du reste on court des dangers formidables.
Ce guide peut être tout aussi bien un être de l’invisible qu’un initié humain déjà au courant. Pour mon propre compte, je préfère de beaucoup le guide invi sible. Il n’y a donc rien d’extraordinaire à ce qu’une voyante, comme Catherine, puisse commettre quel— ques erreurs d’interprétation. Ne nous occupons pas des autres planètes, et voyons uniquement ce qui se passe sur notre terre.
L’âme de la terre estloin d’être un facteur négligeable pour tout ce qui nous concerne, elle est un maître alternative— ment bon, paternel ou exigeant, féroce même, sui vant la manière dont nous nous comportons à son égard. Quand je dis un maître, j’exagère un peu; théo riquement, nous ne sommes que ses locataires, mais en pratique nous sommes bien souvent ses esclaves.
L’Eschatologie humaine peut être résumée ainsi: briser les liens qui nous attachent à la terre, traverser tous les plans et atteindre le plan divin pour nous y fixer définitivement. L’âme de la terre, au contraire, met tout en œuvre pour consolider ces liens et nous retenir captifs, nous empêcher de lui échapper.
Elle *y est extrêmement intéressée: les hommes font sa puissance et sa prospérité, sans eux elle dépérirait et mènerait une existence misérable, comme un roi sans ....—..,_g_. ww.fi%ÿä«mW——uflqwuwæxæ*M. -atc,.w ‘
1‘34 L‘INITIATION sujets. Qu’est-ce donc que cette âme de la terre P Est—ce une nouveauté que j’ai découverte et que je vous montre pour la première fois P Pas le moins du monde, elle a été connue de tout temps sous divers noms ; les anciens la connaissaient sous le nom de Gée, Rhée, Titée, etc. L‘évangile de Jean la mentionne sous le nom de Prince de ce monde, et c‘est sous ce dernier nom queje la désignerai désormais.
On retrouve aussi chez les bouddhistes et les théosophes quelque chose d’analogue, nous en parlerons dans un instant. Étudions maintenant la physiologie théogonique. Les passionsdes hommes,leurs diverses conceptions, sont des êtres qui sont doués d’une vitalité plus ou moins grande; quand une forte volonté les anime, elles sont susceptibles d’influer sur le monde ambiant.
Ces êtres, créations humaines, mortelles par conséquent, ont été appelés par les théosophes modernes Élémen tals Kama-Manasz’ques. Ces élémentals artificiels sont aussi appelés des Larves par les occultistes, quand elles ont une moindre importance et un but un peu particulier. Je ne m’étendrai pas sur cette question qui m’éloi gnerait trop de mon sujet.
Si vous voulez étudier le plan astral et ses habitants, je ne saurais trop vous recommander la lecture du savant article de mon ami Ch. Barlet, paru dans l’Initz’ation de novembre 1896 et janvier 1897 et reproduit dans le Traité élé— mentaire de sciences occultes du Dr Papus; et aussi la brochure très instructive de Leadbeater: Le Plan astral. Vous pourrez lire aussi les œuvres des maîtres: Éliphas Lévi, Papus, Guaita et autres.
L’IDOLATRIE 135 , Quand un Élémental Kama-Manasique est créé par un petit groupe d’hommes, réunis dans une intention commune, il devient une entité collective douée d’une puissance beaucoup plus grande que les précédents. Mais quand une nation tout entière est unie dans une même idée, dans une même volonté, l’entité collective ainsi formée devient un Ëgrégore.
Plus la nation est nombreuse, et surtout plus elle est énergique, plus elle est unie dans un même sen timent, plus l'Égrégore formé est puissant et formi dable. Cet Égrégore, par un processus analogue àcelu'i que je vais décrire, devient l‘âme de la Patrie, son génie protecteur. On voit de suite combien la désunion des citoyens peut l’affaiblir.
C’est sur lui que les puissances célestes agissent pour tout ce qui concerne les intérêts de la Patrie. Quand l’idée formatrice est une idée religieuse, l’Égrégore est un dieu; il se compose de trois parties: un des esprits dont j’ai parlé plus haut; le revêtement astral propre de cet esprit, et la partie complexe four nie par l’homme, l’entité collective: astrale, passion nelle et mentale tout àla fois, qui lui sert de corps proprement dit.
Ce corps n’est pas un corps physique, mais il lui est analogue et peut le devenir quelquefois et pour un peu de temps. L’Égrégore ainsi formé vit de sa vie propre, mais avec toutes les passions qui sont contenues dans son corps et qui ne sont autres que les passions humaines qui entrent dans sa composition. Voilà pourquoi les dieux ont les mêmes passions que les hommes.
En outre, son corps exerce sur lui la même tyrannie que »A«..a .\«__\a4..., ._ « I : .æ..w,s...,..__,....æ æ\*-«-«_—»_"s"“"““‘"v I. ' . ‘
136 L‘INITIATION le nôtre exerce sur nous; il est la condition indispen sable de sa vie complète et, comme le nôtre, il s’use et a besoin d’être renouvelé. La vie de l’Égrégore doit donc être entretenue par deux sortes de nourritures.
L’homme nourritson corps astral avec des aliments astrals et son corps physique avec des aliments physiques.Demême l’ 20régore nour— rit son corps astral avec des aliments astrals qui ont été connus des anciens sous les noms d’ambroisieet de nectar.
Ils ajoutaient même que l'homme qui man geait de l’ambroisie devenait immortel; c’était une allusion à la partie immortelle de nous-même qui ne se nourrit que d’ambroisieet non plus d‘aliments ma— tériels. (Ambroisie, en grec oiy6’poaiot, vient de à'y.Ëporoc ou o’t'Êporo; immortel, de et privatif et jäpo-réç mor tel; nectar vient de W] négatif et x‘raiw tuer, qui ne tue pas.
Littré considère cette étymologie comme mauvaise, parce que, dit-il, ce qui ne tue pas ne rend pas immortel. Je trouve au contraire que cette éty mologie est excellente, parce que les aliments maté— riels n’entretiennent la vie que pour un certain temps, tandis que le nectar comme l’ambroisie l’entretien nent éternellement.
On peut donc dire que les pre— miers tuent, tandis que les seconds ne tuent pas.C’est dans ce sens que Jésus dit à la Samaritaine: Quiconque boira de l’eau que tu puises dans ce puits aura encore soif; mais celui qui boira de l’eau que. je lui donnerai. n’aura plusjamais soif.) L’Ègrégore est en outre obligé d’entretenirson corps extérieuravec lasubstance même qui l’a engendré, c’est—à-dire les hommageset les pas sions des humains, et surtout les sacrifices, mais pour
L’IDOLATRIE 137 une autre raison.
Le corps extérieur, artificiel, de l’Égré gore, que nous pouvons appeler le corps éthéré pour la commodité du langage, est formé d’une substance qui ne peut être perçue par les hommes que sur le plan astral; or les théophanies étaient fréquentes et néces— saires dans l’antiquité.ll fallait donc fournir au corps éthéré une substance complètement matérielle, appar tenant au plan physique, pour qu’il puisse devenir sensible sur ce plan.
Cette matière cependantne de vait pas descendre plus bas que "l’état fluidique, elle n’aurait pas pu être incorporée sans cela. Le sang, à la connaissance de tous les anciens, contient la vie dont le substratum est le fluide le mieux approprié pour opérer les matérialisations du corps éthéré.
Les sacrifices sanglants fournissaient donc aux dieux une grande vitalité, une grande puissance, et les moyens de se montrer aux humains et d’agir facilement sur le plan physique. Il n’y avait pas que les dieux qui avaient besoin de sang pour se manifester, les âmes des morts, qu’on appelait les mânes, ne pouvaient entrer en commu nication avec les vivants que par l’intermédiaire du sang des victimes.
Homère nous montre, dans le X1‘ chant de l’Odyssëe, Ulysse égorgeant un bélier noir, entre autres cérémonies évocatoires, et les mânes venant tour à tour tremper leurs lèvres dans ce sang, après quoi elles pouvaient communiquer avec lui et lui parler. Aujourd‘hui les choses ne se passent pas autrement, les magiciens qui veulent faire une évocation immo lent une victime, généralement un chevreau. Les spi
1.38 L'INITIATION rites vont plus loin, c’est leur propre sang qu’ils of frent, et même leur chair; en effet, quand un médium obtient une matérialisation, c’est aux dépens de sa propre substance, caril diminue de poids pendanttoute la durée de la manifestation. Il est vrai que ce n’est qu’un prêt : quand les apparitions se dématérialisent, le médium récupère la presque totalité de ce qu’il avait fourni à l’esprit pour se matérialiser.
Il y a toujours une petite quantité qui n’est pas restituée, c’est celle qui a été transformée en travail pendant la manifesta tion. Les assistants eux-mêmes ne sont pas à l’abri de ces emprunts. Telle est, sommairement exposée, la théorie des Égrégores.
Ce mot est le grec êypvjyopm les veilleurs, ceux qui veillent ; on le trouve dans le livre d’Hénoch, appliqué aux Béni—Elohim, les fils de Dieu, qui ont vu les filles des hommes, les ont trouvées belles, les ont épousées et en ont eu des géants qui ont été des hommes célèbres.Ce passage de la Genèse, ch. vr, vers. I à4, ne manque pas d’analogie avec les théogonies païennes.
Les dieux servaient les hommes à la condition d’en recevoir leur nourriture; ils les servaient surtout dans leurs passions. Ils étaient engendrés, comme nous l’avons vu, par la terre, leur mère à tous, Mater Rhea, d’où vient peut-être le mot Materia. Autrement dit c’est le Prince de ce monde qui les suscitait pour masquer aux hommes le vrai Dieu et prendre sa place.
Les dieux de leur côté, tout en rendant service aux hommes, les attachaient à la terre : c’était sur tout pour leurs intérêts matériels, sensuels, terrestres
L’IDOLATRlE r 39 en un mot, qu’ils les aidaient. Tant que les hommes avaient affaire à eux, il ne leur était pas possible de franchir les limites de l’empire du Prince de ce monde. Les dieux exerçaient donc une véritable tyrannie sur les hommes; ils les enchaînaient avec des chaînes d‘or, mais c’étaient tout de même des chaînes. C’est de cette tyrannie que Jésus est venu nous déli vrer; ce sont ces chaînes d’or qu’il est venu briser.
Voilà pourquoi dès sa naissance le grand Pan est mort. Voilà pourquoi pendant sa prédication il a pu dire: Le Prince de ce monde est déjà jugé, parole quegéné ralement on ne comprend pas.
Tant que nous sommes sur la terre, nous sommes soumis au changement, c’est-à-dire à la mort, car la mort n’est qu’un changement; le péché est donc mortel pour ce double motif qu’il nous éloigne de Dieu quand il est voulu ou seulement consenti, et qu’il nous lie davantage à la terre, même quand il n'est que le résultat d’une surprise, d’une faiblesse.
Voilà pourquoi les saints redoutent tant le péché, même véniel; non seulement ils craignent d’offenser Dieu qu’ils aiment, mais ils ont l’intuition qu’ils vivent . leur dernière existence terrestre, et ils ne veulent pas se laisser enchaîner de nouveau par le Prince de ce monde qui multiplie les ruses pour ne pas laisser échapper sa proie. Vous le voyez, les dieux ne sont pas des diables, ils ne sont même pas mauvais, ils sont seulement égoïstes.
Ils ne demandent pas mieux que de faire du bien aux hommes qui les servent, mais ils ne poussent pas leur bienveillance à leur égard jusqu’à les laisser échapper.
140 L’INITIATION 77 ..'\v «4..» w-« ils sont aussi intéressés à les maintenir captifs que le Prince de ce monde lui-même.
On peut trouver une analogie sur le plan phy sique: Bartolo aime bien Rosine, il est disposé à lui faire tout le bien possible, àlui donner tout ce qu’elle lui demandera de conciliable avec son avarice; mais sa bienveillance à son égard ne va pas jusqu’à la lais ser échapper pour aller trouver Almaviva, Rosine, de son côté, lutte, aidée par Almaviva et finit par triom ‘pher: Bartolo est vaincu et Rosine épouse celui qu’elle aime.
A elle seule elle n’aurait pas pu vaincre, mais Almaviva n’aurait pas triomphé de‘ Bartolo sans son aide à elle. De mêmç‘l'âme reçoit du Prince de ce monde et des dieux tout‘ce qu’elle désire, sauf la liberté de partir et d’aller à Dieu qu’elle aime. Dieu l’aide dans cette lutte, sans lui elle ne pourrait rien, mais Dieu de son côté a besoin de son aide à elle, parce qu’il s’est interdit de violenter aucune liberté.
Aussi, quand le Christ est venu nous délivrer, il ne nous a pas enlevés purement et simplement au maître qui nous tenait enchaînés, il est venu nous montrer dans quelle erreur nous étions de nouslaisser séduire par les dieux et il nous a enseigné les moyens de sor tir de l’esclavage, de quitter un maître pour aller vers un père, et de reconquérir ainsi notre liberté, ubi cnz‘m spiritus Dez‘, ibi lz'ber1‘as.
C'est alors que le monde a été livré à une guerre terrible, analogue à celle qui suivit la révolte de Luci fer, quelque chose comme une nouvelle chute des anges. Le Prince de ce monde n'a pas voulu se laisser arracher sa proie, il a résisté et il résiste encore. Les
L’IDOLATRIE 141 l I I w dieux ont naturellement épousé sa querelle, mais ils ont été vaincus, un grand nombre se sont soumis et sont devenus ce que j’ai dit plus haut. D’autres n’ont pas voulu se soumettre, ils ont répété le non serm'am et sontencore aujourd'hui menaçants etprêts à repren dre leur force.
On se ferait une bien grande illusion si on croyait la lutte finie; tout ce qui se passe à notre époque en est du reste le résultat et suffirait à le prou— ver. Méditez à ce sujet ce passage des Visions de”Ca therine Emmerich : ”' ’ « J’avais aussi, quoiqu’on ne m’eût rien raconté à ce sujet, un sentiment d’horreur et de repoussement aux endroits où il y avait eu des tombeaux de païens.
Ainsi, il y a, à peu de distance de notre maison, une prairie et une butte de sable où je n’aimais pas à gar— der les vaches, parce que j’y voyais toujours une va peur noire et sinistre, semblable à celle que produi sent des chiffons qui brûlent, ramper à ras de terre sans jamais s‘élever.
Je remarquai aussi souventlà un obscurcissement particulier et je vis de sombres figures répandant les ténèbres autour d’elles, errer çà et là et disparaître sous la terre.
Plus tard, j’ai vu souvent que, quand on bâtis sait des maisons neuves dans des places comme celle là, il sortait une malédiction de ces sombres osse ments. ‘ « A une époque postérieure, comme j’allais à Dul men, je passai devant un ermitage dans la direction d’un bocage où demeure le paysan H... Il y a là une
142 L’INITIATION prairie. Quand je me trouvai avec ma compagne près de cette prairie, je vis s’élever une vapeur qui me causa de l’horreur et du dégoût. Il montait au milieu de la prairie plusieurs de ces courants de vapeur; se tenant près du sol, ils formaient des ondulations ou comme des flots.
Comme je ne voyais pas de feu, je deman dai en les montrant du doigt à ma compagne : «Qu’est— ce donc qui brûle là? je ne vois pas de feu. » Mais elle ne vit rien, fut très étonnée de ma question et crut que j’étais malade.
Je me tus, mais je continuai à voir la sombre vapeur et sentis croître mon terrible malaise; quand il nous fallut passer tout près de cet endroit, je vis bien distinctement la vapeur se dégager du côté opposé à celui où nous étions.
Je sentis alors très clai rement que des ossements profanes et ténébreux étaient enterrés là et j’eus la vue rapide d’abominables pra— tiques idolàtriques qui avaient eu lieu là autrefois. » Maintenant, comme pièces justificatives, je vais citer quelques passages de l’Évangile, qui se rappor tent au Prince de ce monde et à sa condamnation. JEAN, xn, 3I . —— Nunc judz'cium est mundz‘; nunc princeps hujus muna’z‘ ejicietur feras.
Et ego si exal— tatusfuero a terra, omm‘a ira/mm ad me 2'psum. A 10., XIV, 3o. -— Jam non multa loquar vobz'scum. Venz'l aytem princeps mundz‘hujus, et in me non habet quz'dquam; sed ut cognoscat mundus quia dz'lz'go Pa trem, et m'en! mandalum dedit mz'hz' Pater, sic facio. ID., xvr, 8 et I I. —Et cum nenerit ille(Paraclitus), argue! mundum de peccaz‘o, et de juslicz'a et de jadi cz'o..... De judz‘cio autem, quia princeps hujus mundi jam judz'calus est. '
L’IDOLATRIE 143 Il faudrait citer aussi tout le chapitre xvu, qui con tient ce qu’on a appelé la prière sacerdotale. Cette prière est pleine de renseignements précieux, mais on ne peut la comprendre qu’en tenant compte de la véritable signification du mot Monde, qui est souvent em ployé comme synonyme de Prince de ce monde.
Dans ces divers passages, Jésus annonce que le Prince de ce monde est déjà jugé, qu’il n’a aucune prise sur lui Jésus et qu’il doit savoir que lui Jésus est venu ac. complir les ordres de son Père; qu’enfin le Prince de ce monde sera rejeté au dehors, tandis que lui Jésus sera élevé de terre et entraînera tout à lui. _ Je sais bien que les théologiens diront que je suis bien naïf, que je veux voir un personnage parti culier dans le princeps hujus mundz', tandis que c’est simplement le nom sous lequel Jean désigne le diable.
Il n’y a qu’un malheur à cela, c’est qu’il est très peu question du diable dans tout le cours de cet évangile, mais quand il en parle, il l’appelle diabo lus: ex uobz’s anus diabolus est... (vr, 71) ; vos ex pa[re diabolo estz’s..... (vnr,44); et il distingue encore le diable d’avec un daimon, quand il s’agit de possession : eldæmom’um habes... (vm, 52 etx, 20).
Du reste le sens ne s’y prête pas: il dit que le Prince‘de ce monde sera rejeté au dehors et qu’il est déjà jugé, tandis qu’au contraire le diable est enchaîné dans l'enfer et sera dé chaîné à la fin des temps, justement pour venir dans ce monde; quant à être jugé, on ne peut pas dire qu’il est déjà jugé, ce qui suppose que ce jugement est.Ïré cent, car il a été jugé avant même la création du monde. S’il s’agissait du diable,ce ne serait guère la peine d‘a«
144 L’INITIATION vertir qu’il est déjà jugé, tout le monde le sait bien. Il y a aussi un verset de l’Évangile qui dit: A diebus autem Joannz's Baptz‘stæ usque nunc regnum cœlorum vim patz‘z‘ur, et violenti rapiunt z'llud (Matth.. X1, 12), qu’on ne comprend généralement pas.
On se figure. volontiers que ce passage signifie qu’on peut entrer au ciel par violence; ou bien que Dieu veut qu’on lui fasse violence, ou bien encore qu’il y a deux manières d’accomplir son évolution définitive: la réintégra tion en mode actif et en mode passif. Tout cela est erroné et n’expliquerait,pas, du reste, pourquoi cela n’aurait lieu que depuis les jours de Jean-Baptiste.
Un théologien diraqu’avantJean-Baptiste on ne pou vait pas entrer dans le royaume des cieux; cela est très vrai, mais pourquoi ne le pouvait-on pas? Le théolo gien répondra: Parce que Jésus est le seul chemin par lequel on puisse y arriver. C’est vrai, mais pourquoi Jésus dit-il: depuis les jours de Jean-Baptiste, et non pas depuis que je suis venu ?
Le véritable sens est celui-ci: Jusqu’à Jean-Baptiste le Prince de ce monde était maître et empêchait de passer.
Les dieux à son service enchaînaient sufii samment les hommes pour qu’ils ne trouvent aucune issue; ils étaient prisonniers sur le royaume de ce monde et ne pouvaient pas le quitter; toutes leurs vio lences n’auraient pu amener aucun résultat, la porte ne s’ouvrait que pour ceux quiavaient le mot de passe Jean a été envoyé comme précurseur, la porte par la quelle il a passé est restée ouverte, d‘autres peuvent y passer maintenant. Mais Si cette porte est ouverte, si elle n’a pas pu être refermée, elle est bien gardée, il
L’IDOLATRIE 145 y a tous les dieux et encore d'autres entités qui veillent, ce sont ceux—là qu’il faut combattre, les violents seuls franchiront la passe. Leschoses sont ainsi depuis la ve nue de Jean-Baptiste jusqu’à aujourd’hui. Maintenant expliquons comment cela s’est fait.
Il existe tout autour du système solaire un vaste tour billon de lumière astrale,formidable etrempli de mons tres de toutes sortes; c’est ce qui a été représenté dans les mythes par le Dragon, ou encore par l’Ouroboros, serpent qui se mord la queue.
Ce tourbillon, que nous appellerons le serpent as— tral, barre complètement'la route par laquelle on cher— cherait à fuir; il est la limite des États du Prince de ce monde; si on le franchit, on ne lui appartient plus. Mais il est impossible à n’importe qui de le franchir. Une âme qui viendrait seule se heurter àce tourbillon serait engloutie et rejetée à l’intérieur après diverses pérégrinations et mésaventures dont je ne parlerai pas ici.
Je pourrais raconter une aventure arrivée à un su jet de M. de ‘Rochas, qui l’a échappé belle, mais ça nous entraînerait trop loin. Dans la figure 2. je représente l’aspect général de
146 L’INITIATION l’Ouroboros, le disque du milieu représente le système solaire tout entier, la flèche intérieure, dans le corps du serpent, montre le sens général du mouvement. Je ne tiens pas compte, dans cette figure, des projections tumultueuses de ce grand tourbillon autour de chaque planète, elle s’en trouverait compliquée, inutilement pour ma démonstration.
Ne perdez pas de vue, en outre, que_tout ce que je viens de dire, et tout ce que je vais dire, est symbo lique; celangage est inévitable quand on parle de l’as tral. Primitivement ce serpent n’entourait pas la terre, il se mouvait sur elle et, sous le nom de Nahash, a sé duit l’homme et l’a fait tomber au pouvoir du Prince de ce monde. De séducteur il est alors devenu arro— gant, il s’est enroulé en Ouroboros et a fermé à l’homme toute issue.
Quantà sa nature, les exégètes ont profité d’un pas— sage de la Genèse, m, I: Sed et serpens erat callz'dz‘or cunclz‘sanimanlibus terræ quæfecerat Domin us Deus, pour prétendre qu’il est fait allusion à un véritable ser pent. Les théologiens disent que Satan est venu tenter l’homme sous la forme du serpent.
La vérité est que Sa tan était bien l’inspirateur de tout ce drame, mais l’ani mal que nous appelons serpent était subordonné à l’homme comme tous les autres animaux ; il était inca pable comme aujourd’hui de tout raisonnement de la nature de celui qu’on lui prête, et Eve, qui le savait très bien, aurait été plus étonnée que séduite si le ser pent l'avait excitée à la désobéissance. La phrase en question veut simplement dire: Le serpent est l’em
L’IDOLATRIE 147 blême de la ruse, de l’habileté. de la prudence; l’homme, cédant à ses entraînements passionnels, a été trompé par le serpent. La Fontaine aurait peut-être dit: par le renard. Les Gnostiques,pour représenter un homme prudent, habile, lui donnaient des serpents pour membres infé rieurs; on retrouve souvent cette représentation sur les Abraxas. Les chrétiens, contemporains de saint Ambroise, l’ont même quelquefois représenté ainsi.
Les passions, les imaginations, les séductions, viennent de l‘astral; le serpent représente tout cela; il représente aussi le feu, on dit: le feu des passions; il est souvent question de serpents de feu dans les mythes. Les dragons sont surtout la représentation du feu, les salamandres de la fable sont des espèces de dragons. Tout cela est synthétisé par le serpent.
Voilà pourquoi on peut dire qu’après avoir séduit l’homme, il est devenu le terrible Ouroboros.Le glaive flam boyant du Cherub qui éloigne l’homme du paradis ter restre y fait aussi allusion. Il est bien entendu que le feu dont il est ici question n’est pas le feu matériel, mais le feu astral.
I48 L’INITIATION Quand Jean-Baptiste est venu des espaces célestes, pour s’incarner sur la terre, il a heurté violemment, de l’extérieur à l’intérieur, la queue du serpent, qui est sorti de sa gueule et s'est infiéchie à l’intérieur du cercle formé par l’Ouroboros ; la tête elle—même a été entraînée dans la même direction. Il en est résulté une brèche qui est restée définitivement ouverte, figure 3.
Mais les dieux s’y sont précipités et ont fait bonne garde pour empêcher de la franchir. Ce n’était que par la violence qu‘on pouvait y réussir, mais il fallait être fort et bien armé. Le Christ a encore modifié cette situation et a mis les choses au point où elles sont encore maintenant.
Il a rabaissé la tête et lui a fait rejoindre la queue, en une sorte d’invagination, au—dessous de la terre; de sorte que I’Ouroboros est reconstitué, mais complète ment transformé, comme le montre la figure 4. C’est à cela qu’il est fait allusion dans la Pistz’s Sophia de Valentin, qui fait dire au Christ, page I4‘de la traduc— tion d’Amelineau : « Et le Destin et la Sphère sur les
“-I"-""“" r . ’ . L IDOLATR1E [4.9 quels ils dominent (Adamas et tous les tyrans), je les changeai et les plaçai regardant à gauche pendant six mois, accomplissant leur influence astrale, et je les plaçai six autres mois à tourner à droite, accom plissant leur influence astrale. » Cela veut dire que leurs révolutions s’exécutent en sens contraire de six mois en six mois.
C’est ce que l’on voit claire— ment en examinant la figure 4: les flèches indi quent que le courant général est toujours dirigé de la tête à la queue, mais, par rapport à l'observateur placé au centre, il y a deux courants: celui de la moi tié intérieure, qui est dirigé de droite à gauche, et celui Fig. 5. de la moitié extérieure, qui est dirigé de gauche à droite.
Papus dit que c’est ce changement qui est cause que dans les visions astrales, on est exposé à confondre l’avenir avec le passé. On voit en outre que la figure qui résulte de cette invagination a la forme générale de l’Ouroboros pri— mitif, et ceux qui regardent superficiellement peuvent s'y tromper.
L’ouverture béante qui. provenait de cette opération ne s’est pas refermée, mais les deux anses qui la déli- ' mitaient se sont rapprochées et n’ont plus laissé sub—
150 L’INITIATION sister qu’un étroit passage, une sorte de micropyle (fig. 5), à travers lequel nous pouvons tous passer pour échapper définitivement au Prince de ce monde; àla condition, bien entendu, d’être guidés par qui de droit, et aussi d’être prêts à lutter, car, avant de passer, il faut rompre les liens qui nous attachent à la terre, et pour cela il faut faire violence, violenti rapiunt illud.
Sans guide, nous sommesà peu près sûrs de nous tromper de chemin,de descendre au lieu de monter, etd’entrer dans la gueule du serpent au lieu de sortir parle micropyle. C’est ce que les occultistes appellent se diriger vers la lune au lieu de se diriger vers le soleil.
On peut remarquer aussi que ce micropyle justifie ledicton: le chemin qui mène au ciel est étroit. (Mattb. , vu, 13 et 14.) \ Répétons que tout cela est symbolique et n’envisage qu’un seul côté de la question; je ne puis pas m’étendre davantage aujourd’hui sur ce sujet et je comprends combien ce court exposé doit vous paraître obscur.
Cependant je tiens de très bonne source tout ce que je viens de vous dire, et ceux d’entre vous qui sont au cour_ant de ces questions m’ont certainement com—_ pris. Le Prince de ce monde ne cherche pas à nous en traîner au mal comme Satan: les suggestions de Satan sont toujours mauvaises, il cherche à nous perdre et nous entraîne toujours à offenser Dieu; le Prince de ce monde ne nous entraîne qu’à tout ce qui nous attache à la terre. Satan nous fait faire des péchés sur naturels, le Prince de ce monde ne nous fait faire que des péchés naturels.
L'IDOLATRIE 15 l Cette puissance qui nous lie à la terre se trouve représentée dans la théosophie hindoue: Toutes nos actions entraînent des conséquences qui devront être liquidées dans l’existence actuelle ou dans une de celles qui' suivront, c’est ce qu‘ils appellent le Karma.
Le but de l’homme est de ne plus avoir de Karma afin de pouvoir arriver au Nirvana, qui est bien loin d’être le néant comme beaucoup le croient, faute de vouloir étudierlaquestion.Tant que l’homme possède un Kar— ma, il appartientà Tanha, le désir de vivre, par consé quent de se réincarner.
Après la mort,il passe quelque temps dans le Kama«loka, puis il va recevoir son sa laire dans le Devachan, après quoi il est saisi par Tanha, reprend son Karma et se réincarne pourle dé truire ou l’augmenter, selon qu’il sera plus ou moins fort dans la lutte. Voilà, rapidement esquissé, le tableau de la lutte contre le Prince de ce monde, telle qu’elle est conçue, sous d’autres noms, par l‘Hindouïsme.
Les Hindous placent le Devachan dans un lieu rela tivement inférieur, que nous pouvons considérer comme intérieur, au grand serpent astral. Le Nirvana, au contraire, suppose cet obstacle franchi.
Nous avons encore un exemple de la force avec laquelle nos passions terrestres nous attachent à la terre, dans ce que le populaire appelle les âmes en peine: ceux qui sont morts avec des désirs inassouvis rôdent dans les lieux où ils croient pouvoir trouver les occasions de les satisfaire; les avares, qui ont quitté leurs trésors à regret, continuent à veiller sur eux pendant des temps très longs; ceux qui n’ont pas reçu
152 L’INITIATION la sépulture qu’ils croient leur être indispensable, errent autour de leurs ossements et font des efforts, quelquefois couronnés de succès, pour induire quel— qu’un à les trouver et les enterrer convenablement; d’autres réclament des messes, d’autres poursuivent une vengeance. etc. Tout ce temps perdu est très nui sible à leur évolution.
Citons encore, à ce propos, un passage de Catherine Emmerich, qui a vu tant de choses de l’au—delà,et les a si bien observées: « Il y a aussi des âmes qui ne sont ni dans le purga toire, ni dans l’enfer, ni dans le ciel, mais qui sont forcées d’errer sur la terre, pleines d’angoisses etde sou cis, et qui s’efforcent d’achever quelque chose qu’elles sont tenues de faire.
Elles habitent des endroits déserts, des tombeaux, des ruines abandonnées et les lieux té moins de leurs méfaits. Ce sont des spectres (I). » L’embryonnat des âmes, dont vous trouverez toute la théorie dans le De revolulionibus animarum, l’un des traités qui sont contenus dans la Kabbala denu data, a justement pour but de soulager les âmes de ces fardeaux.
L’embryonnat a encore bien d’autres conséquences très curieuses, mais je n'en veux rien dire ici, ça nous entraînerait trop loin. Pour terminer la théorie de l’idolâtrie,il faudrait par— ler des statues et des sanctuaires, mais pour cela il me ‘,I) Dans tout le cours de cette conférence, j’ai fait plusieurs citations de Catherine Emmerich, sans en indiquer les réfé rences. Elles sont toutes tirées de la Vie de Catherine Emme— rich, du P. Schmœger, traduite de l'allemand par M. de Gaza lès; t. I, p, 62 à64,et t. 111, p. l‘! à '18.
L’IDOLATRIE 1 53 faudrait une conférence tout entière, je la ferai peut ètre un autre jour, si cela peut vous intéresser. Pour aujourd’hui, je me contenterai de dire que leur action est loin d’être nulle, on obtient dans tel sanctuaire ce qu’on obtiendrait plus difficilement ou même pas du. tout dans tel autre, telle statue produit des effets que telle autre ne produit pas.
Il n’ya làni superstition, ni fétichisme, tout cela. provient de ce que Éliphas Lévi appelait l’aimantafion. Aujourd’hui l’idolâtrie n’a plus lieu avec son céré monial antique que dans quelques sanctuaires cachés, cela est très rare.
A la fin du siècle dernier vivait un homme très cu» rieux à ce point de vue, il s’appelait Quinctiu.s Aucler et prétendait descendre d‘une série ininterrompue: de prêtres de Jupiter, lui—même continuait la tradition et sacrifiait à Jupiter. Il a écrit un livre intitulé la Thre’z'cie, dans lequel il développe tout son système.
Mais si l’idolâtrie avouée est rare, il n‘en est pas de même de l’idolâtrie inconsciente, qui est au contraire très fréquente, Je ne citerai comme exemple que le culte du Veau d’or ou de Mammon. On ne lui fait pas de sacrifices apparents, mais on se sacrifie soi-même sans s’en douter.
Il serait beaucoup trop long de le démontrer, mais on peut s’en faire une faible idée en pensant combien l’homme d’argent fait de sacrifices, même. des plus pénibles, à l’appât du gain; si vous êtes attentifs à ce qui se passe chez lui, vous. verrez qu’il fait, pour son dieu, plus que la religion n’exige de nous pour le service du vrai Dieu. Mammon est un maître dur. et exigeant.
I 54 L'INITIATION Jésus a dit: « Si vous n’êtes pas avec moi, vous êtes contre moi(1). » Les théologiens Interprètent cette pa role: L’indifférence n’est pas permise, si vous n’êtes pas des miens, ne penseriez-vous même pas à moi, je vous considère comme un ennemi.
D'autres disent, et ils sont plus dans le vrai: Je ne peux pas laisser les hommes indifférents; quand vous m’aurez vu, vous serez obligés de m’aimer ou de me haïr, il n’y a pas de milieu possible. Voici la véritable signification: Vous ne pouvez pas échapper à la domination des puissances que vous avez vous-mêmes aidées à se former, autrement qu’en vous rangeant sous ma bannière pour les combattre.
Si vous ne venez pas à moi. combattresous ma direc tion et recevoir mon appui, ne croyez pas que vous pourrez rester neutres, les dieux qui vous ont opprimés jusqu’ici vous domineront et, volens nolens, vous combattrez contre moi sous leurs ordres et leur direc— tion. Ce sera un malheur pour vous, mon joug est doux, le leur est dur. En outre, je vous arrache à ce monde, eux vous y attachent (2).
Disons donc en résumé que, vu l’état moral et intel lectuel des masses populaires de l’antiq uité, l’idolâtrie (I) Matth., xn, 30, et Lac, X1. 23. (2) La preuve que Jésus ne considérait pas comme un acte d'hostilité le simple fait de n'être pas avec lui, c'est que dans un autre passage il regarde comme une quasi-adhésion l’ab sence d’hostilité: Qui enim non est aduersum vos, pro a:o_ bis est (Marc, 11:, 39, et Lac, 1x, 50).
Cette tolérance indique suffisamment que ce n‘est pas lui q‘ur ne veut pas supporter la neutralité, il avertit qu‘elle est dangereuse et ne pourra être maintenue, et c’est tout. - ...‘>‘,(.
L’IDOLATRIE 15 5 a rendu des services; tout le temps que le Prince de ce monde nous'a dominés sans conteste, les dieux se sont intéressés à nous, et nous ont rendu de grands services, ils nous ont policés et nous ont fait faire beaucoup plus de bien que de mal; je dirai même plus : ils nous ont préparés à comprendre Dieu. Après la barbarie, il nous fallait cette préparation.
Maintenant leur rôle est fini; depuis le Christ, les servir est devenu une abomination. Mais il ne faut .pas pour cela les prendre pour des diables; il faut les abandonner à leurs propres forces, ne plus leur laisser prendre aucune autorité sur nous, mais les aider s’ils se soumettent au seul vrai Dieu, qu’ils connaissent comme nous, et dont ils recevront leur récompense. Prions pour eux au lieu de les prier.
Qui sait, après tout, si cet autre troupeau dont parle Jésus, Jean, x, I6 : Et alias oues habeo, quæ non sant ex 1200 ouz‘lz'; et illas apporte! me adducere, et vocem meam audz‘ent, etfiet unum ovile et unum pastor. Qui sait, dis—je, si cet autre troupeau ne contient pas tous ces êtres invisibles que je vous ai décrits plus haut. Le P. Sinis trari d’Amego le pense (I).
Certes Jésus pouvait faire allusion aux gentils, mais il devait aussi penser aux invisibles. Je n’ai parlé absolument que de notre Occident;_pour être complet, il faudrait dire aussi quelques mots des religions de l'Orient et montrer qu’elles s’adaptent admirablement à la tournure d’esprit orientale, et pas (I) R. P. Sinistrari d’Ameno, De la Démonîalite’...
1‘56 L’INITIATION du tout à la nôtre; que nous marchons tous vers le même but par des moyens différents; mais je dois m’arrêter, le temps qui a été mis à ma disposition est écoulé.
Je ne dirai plus qu’un mot qui résumera ma pensée : Supportons-nous les uns les autres, et aimons— nous si nous le pouvons; aspirons tous à Dieu sans phrases et ne nous haïssons pas parce que nous vou— lons y arriver par des chemins différents; ceux qui se tromperont de route finiront toujours bien par retrou— ver le bon chemin s’ils cherchent de bonne loi.
Unis— sons nos efforts et cherchons ensemble la vérité: le paradis est assez grand pour nous contenir tous. 1)“ F. ROZIER.
PENSÉE Il faut enfin rejeter comme une erreurprincipale l’opi— nion qui veut que nos sens soient le principe de nos idées, tandis qu’ils n’en sont que les organes etle moule, comme la terre est le matras des fleurs et de tous les végétaux, mais ne pourrait pas les produire, et encore moins les créer, si on n’en semait pas les germes en elle. CLAUDE DE SAINT—MARTIN (Esprit des choses, 2 vol., p. 335). — 1.}, ,..-,.,»«...,,m .. Mas—n>l.?fsFù1{-JDW 1,..,Wail
L NOTES SUR LA. S@R_GELLERIE ET LE FÉTICHISMB EN HAITI (Suite) Faisant ensuite tenir la chandelle parle premier parrain et la première marraine, il leur demande quel nom ils donnent à leur fils adoptif.
Secouant alors avec une branchette quelques gouttes d’eau bénite surle premierplat etsur les parrains, il prononce : « Au nom de tel saint, de tous les saints, Marassas, Daus sous, Daussas, de Dambala, d’Agoué, d’Ogoun-Bada gri, de Badé-Si, de Sobo‘Si et de tous les saints de Guinée, je te baptise afin que les saints te soient favorables et protègent tes parrains, tous les tiens et cette maison. » La même cérémonie a lieu pour les deux autres plats avec le concours des deux autres groupes de par rains et de marraines.
Le houngan fait ensuite sur les plats une aspersion en croix d’une liqueur quelconque et d’un peu d’eau, puis une autre de tafia dans toute La longueur de la chambre et sur le seuil. Cette dernière doit éloigner les idées d‘ivrognerie de ceux qui auront l’occasion d’y entrer. Prenant quelques gâteaux et les offrandes que .fait la mère aux saints de ses enfants décédés, bananes,
1 58 L’INITIATION .«‘ poisson, farine de mais, oranges, pain, il en place des fragments dans les plats et les calebasses et pose à terre un plateau où les parrains vont déposer leur offrande à l’ofliciant.
Celui—ci met alors un cob (un sou) dans chaque plat et fait à la mère ses dernières recommandations : Elle se gardera bien de toucher aux offrandes qu’elle doit laisser dévorer par les four mis, puis, la nuit venue, elle posera auprès des plats une gargoulette pleine d’eau et un verre, afin que les saints puissent étancher leur soif.
On distribue en suite aux assistants ce qui reste des liqueurs, du tafia et des gâteaux et chacun se retire : la cérémonie est terminée. Oxilas, un houngan de 'Bizoton, près de Port-au Prince, voyant ses affaires prospérer, venait d’orner l’allée qui va du chemin à ses honforts, de plusieurs reposoirs.
Les uns étaient consacrés à Legba, le Ja nus vaudouïste, les autres à 1170, Dambala-Ouédo, Og0un—Badagri, etc. Ces reposoirs sont de petites cir conférences de maçonnerie hautes d’environ o‘",4o, sur une épaisseur de o‘“,15 et d'un diamètre intérieur de o“‘,50 à o'",60. Au milieu est planté un médecinier ‘0u quelque autre arbuste sacré. Ces reposoirs sont peints en jaune ou en rouge et ornés de dessins gros siers, géométriques pour la plupart.
Sur l’un est écrit le nom du saz'nlà qui on va le consacrer; sur l’autre est un pentagramme, ailleurs un sceau de Salomon ou bien un cœur ou une épée à la garde recroquevil lée. Le reposoir le plus rapproché des honforts porte une petite niche où les consultants. feront brûler des chandelles de cire.
LE -vaunoux I 59 Il s’agit aujourd’hui de les baptiser. Oxilas a bien fait les choses : l’allée est bordée de palmes et d’é— normes pieds de chou-diable (I): avec des rideaux il a fait des portiques et des foulards de soie de cou— leurs variées et vives flottent à la brise: ce sont les drapeaux, accessoires indispensables de toute céré monie distinguée.
Les parrains et les marraines, en nombre égal aux reposoirs et aux honforts, arrivent peu à peu et se groupent sous un ajoupa situé devant la case. Cet ajoupa est une dépendance indispensable du honfort et sert d’abri pour les danses. Bientôt arrive le houn gan qui débute par quelques simagrées destinées à impressionner l’assistance.
S’approchant des trois tambours appuyés contre les parois, il les fait résonner et semble converser avec eux ou avec des esprits; il agite sa sonnette, siffle, fait des gestes d’énergumène, entre dans les honforts, agite de nouveau sa sonnette, siffle de plus en plus fort et revient au milieu des assistants.
Il trace à l’entrée de l’ajoupa, avec de la farine de mais, un dessin bizarre, qui rappelle une croix ou une épée aux poignées recourbées en spirale et encombrées d’ornements accessoires.
A une extrémité. il fiche une chandelle allumée, puis entonne des chants mono tones auxquels répondent les hounsis et où se mêlent des noms de saints, le Congo, le Dahomey, et (I) Appelé encore chou malanga (Dracuntz‘um polyphyl— lum L.), plante à grandes feuilles vertes très décoratives.
160 L’INITIATION [NOVEMBRE l'éternel refrain Aa-bo-bo ! hurlé comme une sorte d’appel (I). Alors commence le baptême. Le houngan accom pagné d’un acolyte et de ses hounsis portant au bout de longues baguettes de petites corbeilles ornées de fleurs s’avance processionnellement versle reposoir le plus éloigné, c’est-à—dire le plus proche de l‘entrée. Oxilas, qui ne se sépare pas de sa sonnette, s’est muni > d’une chandelle allumée.
Son acolyte tient une tasse pleine d'eau où trempe un petit rameau en guise de goupillon. Les hounsis se rangent en cercle et les assis— tants se groupent autour d’elles. Le parrain et la mar raine s’approchent du reposoir et tiennent dans leurs deux mains droites une chandelle de cire. L’acolyte leur demande alors quel nom ils vont donner à leur filleul.
Puis ils récitentgle pater, l’ave, le credo et le symbole des apôtres, auxquels les assistants donnent les répons.
«Au nom du Père, du Fils et du Saint— Esprit, au nom de tel saint (suit un assemblage de mots sans aucun sens, de lambeaux de phrases accolés comme en débite le nègre illettré qui veut s‘exprimer en français au lieu du créole son patois habituel), je te baptise. » Le houngan asperge alors le reposoir, puis les parrains et marraines, et récite une oraison sans queue ni tête où se mêlent Dambala, lbs, le Père tout-puis | . d (I) Aabo-bo peut être un appel à 80, Gbo, Ibo ou Ebo, divi nités dahoméennes. — Bo-bo se retrouve dans Bobo-Dioulas ou Soudan français.
Encore aujourd’hui, c'est un nom propre en Haïti. Un Bobo fut fait prince par Soulouque (cf. G. d’Alaux, Soulouque et son Empire). Ses descendants habitent Port—au Prince.
LE vnunoux 16 I sant, les saints du Dahomey et les lois Congo. Bref, c’est un salmigondis inénarrable qui, naturellement, ' élève d’autant plus le houngan dans l’esprit des assis tantsqu‘ils y comprennent moins. A tout prendre, ces invocations sont—elles plus absurdes — ou plus défigu rées — que celles qu’on lit dans Pierre d’Apone, Pic de la Mirandole, Agrippa ou les divers Grimoires?
Les chants marqués par cette monotonie frappante, cerythmelentetsitypiquereprennent,puislesassistants passent au reposoir suivant où la même comédie recom— mence. Enfin on arrive devant les honfort5.
Chacun d’eux est dédié à un saint particulier et il est probable qu’à une date peut-être très rapprochéede nous chaque houngan servait une seule divinité comme nous le voyons encore auDahomey.Enfin l’assistance se réunit sous l’ajoupa où les chants reprennent, pendant que les hounsis, canéphores d’ébène circulent pour recueil lir des offrandes à la gloire des saz‘hts et au bénéfice du houngan.
Enfin on distribue du rhum,desliqueurs et des gâteaux, complément obligé de tout bap tême. ' La nuit est venue. Sous l’ajoupa, on suspend un groupe de quatre lampes de fer-blanc, caractéristique de ces danses nocturnes, et l’on colle au murquelques chandelles. Alors commencent les danses au son du tambour et du ne’cle’sin, qui n’est autre que deux morceaux de fer que heurte sans mesure un acolyte.
Ces danses sont une sorte de danse du ventre où cer taines hounsis montrent un talent prodigieux. Le buste demeure d’une immobilité complète, les bras sai— sissent ou quittent lentement les pans de la robe pen 6
162 L’INITIATION dant que les reins se balancent et se déhanchent avec une élasticité inouïe, la danseuse oscillant sur les pieds sans changer de place. C’est ce qu’on appelle bouiller. Parfois la danseuse, qui est seule au milieu du cercle, s’approche d’une de ses voisines semblant l’ap peler, l’agacer, I’exciter. Celle-là se lève, se précipite au-devant de la première, suit ses mouvements, mais se haussant, s’abaissant, tournant autour d'elle, se frottant ventre à ventre, les yeux convulsés, la face inondée de sueur avec des gestes, d’une Iasciveté sans nom. Pendant ce temps, toutes deux ne cessent de chanter sur un mode élevé des couplets mi-créoles, mi-africains dontl‘assistance reprend le refrain sur un ton plus bas. NATHAN ZEFFAR . (A suivre) .
PARÎTE LITTÉRAIRE LES GRANDS PARADXES DE NUMA PANDORAC LE JARDIN QUI PLEURE « Mon génie a coulé. » - LAMARTINE. Entre autres poètes, Victor Hugo a souvent mis en opposition la forêt où « la végétation aux mille têtes songe » avec le jardin ou l’artificiel intervient et c’est au désavantage de celui-ci, comme si la forêt symbo lisait un génie exubérant, un Shakspeare, « ayant droit àla broussaille » et le jardin, un classique ar rangeur, un Le Nôtre, se mêlant de peigner ce qui devrait rester superbement fruste. Pourtant l’art qui «est le petit-fils de Dieu » ne pour rait-il aussi, côté végétal, ajouter à la nature qui n’est que sa fille, en idéalisant, perfectionnant les fonctions des plantes et en les disposant selon une architecture supérieure. C’est peut-être parce que l’auteur de la Légende des siècles ne connaissait pas les jardins de z\
164 ' L’INITIATION Symbolie.
Ils laissent loin en dessous d’eux les mer veilles de nos jardins historiques les plus fabuleux, ceux de Babylone, des Hespérides, d’Antinoüs, si j’en juge d’après le peu que nous allons entr’apercevoir, à ce point qu’il est naturel de se demander si des plantes qui parlent et qui pleurent si... symbolique ment ne sont pas des plantes qui trichent, qu’on a truquées et si,croyant décrire une flore nouvelle, je ne suis pas tout simplement en face d’une repré sentation de botanique supérieure donnée par les symboliens en quelque exposition ou kermesse de leur planète —— avec les grossissements artificiels de l’Optique.
C’est comme s’ils avaient l’air de dire: Voilà com ment nous aurions le règne végétal, si nous avions été des dieux ! C’est une leçon sur les possibles que nous leur donnons. Si les plantes pouvaient parler, elles diraient qu’il n’est pas besoin de langue pour avoir un langage. Elles en ont même de trois sortes : t‘ Leur forme, l’ensemble de leurs qualités exté rieures, leur signature, servant de base à ce qu’on appelle le langage des fleurs.
C’est le langage fixé analogue au langage muet des visages dans le règne, humain. 2° Les mouvements de leurs rameaux ou de leurs feuilles pourraient fournir autant de signes verbaux que vous voudrez. Avec 6 de ces mouvements bien l difiérenciés comme avec 6 lettres, les arbres qui, d'après Flammarion, conversent en Andromêde ou en Bérénico pourraient échanger 3.500 mots à 6 lettres 13 7'M cas 4« -< ;-—»—»ræ»;
» LE JARDIN QUI PLEURE 165 autant que vous pourriez en faire avec les 6 voyelles, du miaulement du chat, sans compter les mots à 5, 4, 3, 2, I lettres qu‘on obtiendrait, si une partie seulement des 6 lettres entrait en conversation. Mages, qui sortez des fleurs, a dit le poète.
Ils pourraient être eux-mêmes visibles pour des invisibles yeux, en analogie avec « l’obscur nuage des vivants » qui, dans un roman de Victor Hugo, flotte au-dessus de la grande ville de Londres endormie. Il y a les nuages que l’on voit et il y a les nuages que l’on ne voit pas.
Dans ceux qui se dégagent de la cinéraire et autres plantes funéraires, de plus lucides que nous distingue— raient des labarums variés, des rebus floraux donnant de hauts enseignements dans leur langage nuageux. La mort est une fleur. Cette vie est un songe et la mort un réveil, La mort est bleue,etc. « Le génie est une fleur» plairait à ceux qui aiment mieux enflorer qu’envisager la conception du génie.
40 Dans l’,Edda, poème scandinave, il y a un arbre gigantesque au tronc duquel prend sa source un vrai fleuve dont les ondes sacrées purifient et retrempent les guerriers qui vont s’y baigner. Je ne sais pas s’il y est dit que le cours de ce fleuve était aussi fabuleux que ses propriétés. Si non, il est inférieur aux filets liquides qui s’écoulent de certains végétaux en Symbolie. Nous avons bien des arbres, à gommes, à résines, à gommes—
166 L’INITIATION résines s’écoulant, etc.; mais ces sucs divers,cessécré tions d’encens, de myrrhe, de manne, d’encre même — il y a l’arbre à l’encre -— s’écoulent et se figent sans rapport d’analogie avec leurs propriétés, leur signa ture et les légendes qui s’y rattachent, tandis que dans notre jardin les plantes pleurent en parlant ou parlent en pleurant, c’est-à-dire décrivent une pensée dans leur cours qui est en même temps le cours d’une phrase.
Que nous prêche cette lavandaire avec ses efiusions aromatiques et Iustrales qu’elle exprime de sa sève débordante ? Avant de se perdre à travers le sable et le gazon, elles ont eu le temps de vous murmurer en doux gazouillement : Ce qui coule ressemble au songe Et ce qui lave à la vertu.
Et ce qui s’exsude de ce fraxz’nus excelsior, n’est-ce pas une manne larmée qui, avant de se solidifier, se prend à dessiner cette maxime en arabesques litté rales : « Toute larme, enfant, lave quelque chose. » Rien n’empêche le petit cours d‘eau larmoyant de recevoir des affluents d’autres plantes pleurantes se définissant par la pensée qu’elles décrivent ou des— sinent, tantôt en minces filets, tantôt en larges cou rants.
Ainsi c’est un fleuve qui prend sa source au cèdre d’Héraclite, et en suivant son cours, le cours de sa phrase, avant qu’il se jette dans le Lac tranquille, ’ vous liriez cette réflexion longuementtracée: « L’Uni vers est un fleuve dont pas une goutte ne passe deux . fois devant nos yeux. »
LE JARDIN QUI PLEURE I67 C’est dans ce lac que vient aboutir un autre fleuve, le Fénelon, qui serpente depuis le charme du même nom, où il a pris naissance, nous enseignant en quelques kilomètres de parcours que « ce n’est pas le temps qui passe, c’est nous qui passons ».
Ce lac composite reçoit le tribut de tous les baumes dolents, de tous les fleuves solanés y compris la ‘ douce amère oupalenpal, quicommence si bien et qui finit si mal, et Z‘ame‘re douce ou lapenpal, qui dépose ses impuretés et s’améliore en approchant de son embouchure.
Dans ce lac aussi vient mollement terminer sa car rière la Lamartz'nose née d’un aulne pleureur, chan tant en douce cadence des strophes onduleuses sur ce thème consolateur : Ils ont souffert, c’est une autreinnocence; Ils ont pleuré, c’est un autre pardon. ce qui rappelle ce vers de notre La Fontaine : Et c’est être innocent que d'être malheureux.
Il côtoie parallèlement un beau vers fluvial qui se couleuvre exemplairement pour le plaisir des yeux, des oreilles et de l’esprit, disant en plus de style que Victor Hugo : ' D’autres ont plus souffert qui valaient mieux que moi. Il y en aura qui chanteront en roulements musica lement sonores et au sujet desquels la syntaxe nous obligerait de dire : « Les plantes et les fleuves que j’ai entendus chanter. » ;
168 L’INITIATION 5' Et ces cours de larmes aux rives accidentées au ront une teinture différente selon le dessin de la phrase coulante, qui variera elle-même selon la direc tion et le sens du courant ; ce qui constitue les trois caractères de leur style.
Il y en aura d’impétueux, de languissants, de lima pides, de suaves, de doux, de toutes les épithètes que comporte un style coulant.dl y a les styles que l’on voit et il y a les styles que l’on ne voit pas. Les symboliens en voient et en font voir de toutes les _couleurs.
C’est un « chemin qui marche », qui marche littéralement et littérairement, que le Camé— léon qui reproduit, sans s’en douter, une réflexion de M'“ de Sévigné en répétant l’écriture suivante : « Il faut avouer qu’il entre bien des sortes de sentiments dans la composition des larmes. » 6' Et la loi de l’analogie universelle perce jusque dans les vapeurs que dégagent ces cours larmés, quelques-uns en un langage nébuleux, donnant une idée de « l’espèce de brouillard que ferait le Létlze’ »; d’autres en un langage lumineux.
Tel le Leucoè’ qui émane d’une plante à fleur lumineuse et qui répand sur son passage des parfums phosphorescents, ré veillant la mémoire. Rien qu’à se promener sur les bords du Lynceste, vous risqueriez de prendre le goût du vin et des li queurs fortes. A l‘inverse, le Clitore les fait passer.
Pas trop prolonger l’immersion dans le Salmacis qui effémine, dans l’Aclzileum qui rend d’abord belli queux puis furibond, dans le Cyrano qui rend trop bravache, dans le Gallus où l’on attraperait des fré— .‘——Iu"s_wæ16:4
LE JARDIN QUI PLEURE 169 nésies comme dans le Gallus de notre mythologie. Sachez que la [Mimosa Scuderz’s pousse à l’abus des métaphores, pour peu qu’on en avale plus d’une verrée et qu’à tort ou à raison du jus d’herbe à la Mimosa pompilia prédispose aux illusions ou aux causeries égériennes. Méfiez-vous de la Mimosa pan dorina toujours qui est à la fois mythifiante et mys tifiante dans son essence.
Et ces cours liquides mêleront leurs enseignements en même temps que leurs eaux de vie et de sentiment chacun avec un tour ou un parcours particulier.
Et ces fleuves, ces rivières, ces torrents, ces ruis seaux, ces filets de larmes s’épanchent, s’écoulent, s’égouttent des arbres et des herbes qui ornent géné ralement les columbarz’ums, les hôpitaux, les endroits où l’on pleure, non sans exemples de l’éternelle anti— thèse; car «il y a un rire qui est voisin des larmes », comme le dit en cascadant le fleuve nommé le fleuve qui rit, en se rendant au lac hilarz’ant.
Toujours se méfier des taquineries de la malice des choses, qui semble se complaire dans le rapproche ment des extrêmes. Ainsi vous ne devineriez pas que d’un sémillant baguenaudier va suinter cette pensée virgilienne : Sunt lacrymæ rerum.
C’est l’arundo jocosus qui nous prononce comme un Bossuet au petit pied : « Oh! que nous ne sommes rien, » et c’est au contraire d’un Adonis pulcherrz‘mus ou pulc/zerrz‘ma (anémone) que va sortir une rivière rutilante développant cette pensée qui a l’air d’une citation de Gœthe: < La gaieté est la mère de toutes La gaieté est la mère de toutes les vertus. »
170 L‘INITIATION Vous attendriez-vous à ce que ce soit la dauphznelle d’Ajaaç qui par le déplantement? le débordement? le prolongement extérieur de sa sève vienne vous prêcher en style saignant et hugolâtre: « Haine à la haine ! La guerre est une vaincue.
A ce qu’une jus quiame noire vous roucoule comme un rara anis de la verdure : « N’étant pas heureux, il faut s’amuser. » Ces cours de langages liquides végétaux, marqués au coin de l‘antithèse, sont placés dans une partie spéciale du jardin où fleurit le lys tricolore, la cardi— nale bleue, l’allz‘ne noire, le ueratrum blanc où la vio lette se greffe sur l’éclatante pivoine, la Mariona vir— ginifera sur le prz’amus prolz’ficus, le frêle serpolet sur l’orme pyramidal où les babibabolas, l’urnenem, le libidibi coulent en gémissant, alors qu’ils devraient couler en riant, tandis que la lacryma Mariæ, d’après son port et son nom du moins, ne devrait pas avec le rebut de ses sinuosités nous insinuer: « Les cœurs sont insensés et les cieux leur sont dus.
Ces vers végétaux font moins un eflet d’antithèse ou coq—â—l'âne à distance, quand on aperçoit les autres vers liquides qui les expliquent en rimant ou ryth mant avec eux dans le même bassin soit parallèle ment comme deux ruisseaux qui se côtoient, soit en d’autres formes harmoniques. Cela fait alors des chœurs de plantes précieuses et des chœurs très com posés qui se concertent sur tous les modes et dans tous les sens.
Le Pactole blanc, lui, roule des pépites à surprises qui parfois s’élèvent du fond de son lit, éclatent comme des obus d’artifice et projettent des fusées de bonnes paroles.
LE JARDIN QUI PLEURE 171 C’est très curieux. Ce l’est même tellement que je me reprends à soupçonner _ces merveilles de n’être pas naturelles. Dans ce cas les fleuves seraient plutôt des canaux et les ruisseaux des rivières, de sorte que dans ce coin de l’antithèse surtout des plantes pleureraient en rigolantou en rigolades.
Ce qui me ferait pencher vers cette opinion, c’est qu’en remontantjusqu’à sa source le vers végétal sui vant : «Il coule autant de jour d’un sein que d’un soleil », vous arriveriez à une aréz‘huse.
C’est le nom générique des fontaines-statues qui déversent des ro— mances, des rondeaux, des triolets, des strophes, des couplets de bon goût, tantôt de leurs lèvres, tantôt de leurs seins, tantôt de leurs dessous comme les sirènes vertes, les rabelaises grises et les bacchanïes hautes en couleur. , Moins étonnant alors que ces écoulements lar— moyants devisent entre eux d’une façon concordante, si les parafluenls sont sympathiques.
Nous retrouve rions dès lors des mélanges sympathiques dans les affluents et les confluents, et surtout dans les lacs où ils vont porter leur tribut et où vont s’accomplir les mystères des synthèses supérieures. C’est donc vers des lacs symboliques que nous serions amenés, si nous prenions pied sur un des bateaux qu’on est en train de monter en Symbolie.
Ils font naviguer littéralement sur des navires de bonne conduite, que représentent leurs « chemins qui marchent » et qui pleurent et qui parlent. Ainsi récapitulons : Dans un pays où florirait l’analogie universelle, ÆxL A
1‘72 L’INITIATION celle que nous supposerions la reine des plantes, la fleur des plantes, la plante du bien, du beau et du vrai, devrait se montrer la plus richement symbolique et dans son port, et dans ses propriétés, et dans sa dé nomination, et dans le langage nuageux de ses fleurs, et dans le langage mouvementé de ses rameaux, et dans son langage liquide mouvementé, sonore, imagé et dans les parafluents, les affluents, les confluents, / l les lacs ou les 'mers de terminaison qui le concer ment. Jules GIRAUD.
\7rrr W« —r s r vw-- »r «- W. -v.. >,\ ,... . . ,, \ . ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR LIBRE ENSEIGNEMENT METHODIQUE ET PROGRESSIF DE L’OCCULTISME ÉMILE Matarruar ËEBRE DES SCIENCES HERMËT1Ç)UES Les personnes qui s’intéressent à l’étude sérieuse et scientifique des arts et des faits occultes ont besoin d‘être guidées dans leurs recherches afin d’éviter de longues et inutiles lectures. D’autre part, une grande partie dela tradition ne devant être transmise qu’oralement ou par manuscrits, l'ensei gnement oral est indispensable pour tout étudiant sérieux. Voilà pourquoi a été créée l’Ecole supérieure libre des sciences hermétiques, formant le vestibule des sociétés initiatiques plus fermées. ' Tous les frais de cette Ecole sont presque entièrement couverts par les professeurs et leurs aides eux-mêmes, car le droit d'inscriptionlro francs pour tous les cours)est insignifiant.
174 L’INITIATION L’enseignement donné est absolument méthodique et répartien trois années; le travail des élèves est confirmé par des diplômes décernés après examen.Labase de l’ins— truction est la mutualité,professeurs et élèvesformant une famille de camarades.
Les cours conduisent l’étudiant, depuis les éléments indispensables d’histoire, de langue hébraïque et de sanscrit jusqu‘à l’analyse la plus minutieuse des faits occultes les plus compliqués, analyse basée sur l’étude de la constitution de l’homme et de l’Univers et de leurs forces latentes.
En même temps les adaptations de l’occultisme à l’art et à la littérature ainsi qu’aux diverses sciences sont poursuivies parallèlement à l’étude de tous les symbo— lismes.
Pour réaliser un tel programme, il fallait un corps enseignant nombreux et dont les capacités fussent garanties par des travaux antérieurs. — Aussi chaque cours comprend-il: I° un professeur titulaire; 2° un maître de conférences; 3“ un ou plusieurs répétiteurs, ces derniers choisis généralement parmi les élèves anté— rieurement diplômés. Parmi les professeurs titulaires, nous citerons: F.—Ch.
Barlet, Grand Maître de l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix; le D“ Papus, Grand Maître de l’Ordre Marti niste; Sédir, docteur en kabbale et en hermétisme; Julien Lejay, docteur en kabbale; leDr Ratier, M21: 5:: C:;: , Jolivet Castelot, docteur en hermétisme, directeur de 1’Hypercmmie; Rosabz’s, docteur en hermétisme; Glyndon, licencié en hermétisme ; Serge Basset, docteur en hermétisme, licencié en kabbale, etc. L’École fonctionne depuis plusieurs années et compte des écoles secondaires à Madrid, à Buenos-Ayres et aux Etats-Unis. A Paris, c’est le seul centre organisé pour donner un enseignement progressif aussi étendu.
ÉCOLE SUPÉRIEURE LIBRE I 75 PROGRAMME DES COURS (I" SEMESTRE 1899—1900. A dater du 6 novembre) LUNDI COURS (1" année). — Histoire des Sociétés secrètes à l’époque contemporaine (du premier Empire à nos jours). Professeur titulaire : Papus. Maîtres de conférences: Ourdeck et Varney. Répétiteurs : Ka rol et Sabrus. COURS (l"” année). — Histoire de la «tradition occi dentale. Classiques de l’Occulte. Professeur : Glyndon.
Maître de conférences : Schin. Répétiteur: M. Corvus. PERMANENCE (de 5 h. à 7 h.), Papus (salle des cours), — Tristan (bibliothèque). MARDI COURS (3e année). — La vie de l’Invisible. Cours fait dans la Loge Hermanubis par Sédir, profes ‘ seur titulaire, assisté de tous les officiers de la loge. PERMANENCE : Barlet, Phégor. MERCREDI COURS (2° année). — Haute Magie. Professeur titulaire: Dr Rozier. Maître de conférences: Phaneg. Répétiteur; R.
Sainte-Marie. COURS (2' année). — Hygiène de l’Ame. Professeur titulaire : Rosabis. Maître de conférences : Ariel. Répétiteur: Varney. PERMANENCE : Ariel, Ourdeck.
176 L’INITIATION JEUDI COURS (3° année). — 1° La vie de l’Invisible. Les cli chés Astraux. 2° Le Symbolisme maçonnique dans les principaux rues et les principaux degrés. COURS FAIT DANS LA LOGE LE SPRINX Professeur titulaire: Papus. Maîtres de conférences: Ourdeck et Varney. Répétiteurs: Iakin, Schin, Karol, Tristan. PERMANENCE: Sédir, Schin. VENDREDI COURS (I"° année). — Langue hébraïque (éléments) ; Sanscrit (premiers éléments).
Professeur titulaire : Sédir. Maître de conférences : .Geburah. Répétiteurs: Sainte-Marie et Sabrus. PERMANENCE: Ariel, M. Corvus. SAMEDI COURS (2° année).‘—-‘ Les phénomènes psychiques devant l’occultismtæ. Professeur titulaire: Barlet. ,Maitre de conférences : Tristan. Répétiteur : Corvus. COURS (3e année). — L’art et l’occultisme. Professeurs titulaires : Julien Lejay et Barlet. Répétiteurs : Les officiers de la Loge la Sphynge.
COURS PROFESSÉ DANS LA LOGE a LA SPHYNGE » COURS. — Alchimie et hermétisme. Professeurs titulaires : Jollivet-Castelot .et Sédir. Maître de conférences : Varney.
ÉCOLE SUPÉRIEURE LIBRE I77 ““13! ‘.*' CONFÉRENCES PRATIQUES Outre les cours réguliers, des conférences expérimen tales et des promenades—conférences sont organisées plusieurs fois par mois. La première promenade—conférence aura lieu le dimanche 26 novembre, à 10 heures du matin, au musée Guymet (contribution à l’étude de'la tradition orientale). Des visites au Louvre (Musée Egyptien) sont orga nisées pour le mois suivant.
Enfin des conférences PRATIQUES sur l’hypnotisme (sous la direction de Papus, Sédir et Ourdeck); sur le .Magnétisme curatif (sous la direction de Durville),’,sur le Rituel magique, les Arts divinatoires et les divers faits psychiques sont prévues durantl’année scolaire.La direc— tion générale des conférences pratiques est confiée à MM. Barlet, Sédir et‘- Serge Basset, professeurs,assistés de divers répétiteurs.
Inscription. —— Les élèves des deux sexes sont admis sur leur simple demande. Des dispenses du droit d'inscription sont accordées à tous les élèves qui déclarent ne pouvoir l'acquitter, car les questions d’ar gent sont inconnues dans nos centres. COURS. — Les cours ont lieu le soir en deux séries,de 8 heures à 9 heures et de 9 heures à 10 heures.
PERMANENCE. — De 5 heures à 7 heures du soir, une Permanence est établie à l‘Ecole,où toute personne peut venir demander un renseignement utile. Cette perma nence est assurée chaque jour, saufle samédi, par deux membres de l’École. _ LOCAL. — Le local de l’École comprend plusieurs salles, dont la salle de cours qui contient 50 élèves, la salle du comité qui en contient 30 et la salle de lecture où se tient la permanence.
COURS. — Au commencement de chaque mois, la liste des cours est remise aux élèves. Renseignements,inscriptions,cartes.— Pour tout rensei gnement et pour les inscriptions,s’adresser 3, rue de Sa voie. au deuxième, de 2 heures à 6 heures.
I 78 L’INITIATION ©nbas =Mtanrnnsva PARIS. — Les Loges le Sphinx, Hermanubz‘s, Velléda et la Sphynge ont repris leurs réunions hebdomadaires ou bimensuelles. BELGIQUE. — Nos formations belges sont en très_bonne voie de réorganisation complète. Les initiateurs libres se multiplient en silence dans les principales villes et bientôt de nouvelles Loges prendront naissance.
Nous ferons connaître, quand cela sera nécessaire, les noms de notre délégué général et de notre inspecteur principal actuellement en fonction. ITALIE. — La délégation générale pour'l’ltalie du Nord est établie à Macerata. Une nouvelle Loge, sous le voeable H. E. V. E., est constituée à Milan. ANGLETERRE. — Une délégation générale a été créée à Manchester où existe une Loge des plus prœpères.
FRANCE. — Nous remercions nos frères martinistes isolés en province, qui nous ont donné signe de vie; Chaque demande suit son cours et, dans quelque temps, tous auront reçu les réponses nécessaires. Suciété des Confiérences Spiritualistes (2e ANNÉE) La Société des Conférences lspiritualistes reprendra ses séances, le vendredi 24 novembre, dans la grande salle du Palais des Sociétés savantes, 28, rue Serpente.
Pour cette séance exceptionnelle, tous nos lecteurs de Paris qui en feront la demande (3, rue de Savoie, à notre administration) recevront des invitations.
L’APPAREIL-MÉDIUM I79 L’APPÀŒEBLEËMUÆUÜ Proposition présentée à tous lespartisans du psychisme expérimental. — Parallèlement aux expériences du psy chisme faites avec des médiums humains, on devrait essayer des expériences de psychisme faites avec des appareils physiques, sans le concours de médiums hu— mains. - On devrait essayer, par exemple, si les appareils de la télégraphie sans fils, ou encore le siphon-recorder em-— ployé par la télégraphie sous-marine, pourraient être modifiés de manière à recevoir et transmettre de psy— chiques et intelligentes dépêches qui, sans le concours de médiums humains, viendraient de l’Au—delà.
Je propose donc qu'il se forme, à Paris, un comité comprenant des représentants des diverses doctrines intéressées au psychisme expérimental, que ce comité ouvre une souscription destinée à payer les frais des expériences qu’il fera et qu’enfin, lorsquela somme sous crite sera suffisante, il entreprenne une série d’expé— riences consacrées à découvrir le m(illeur appareil physique qui permette de recevoir et transmettre d’intel ligentes et psychiques dépêches, venues, sans médiums humains, de l’Au-delà, le meilleur APPAREIL—MÉDIUM.
Dans le cas Où la souscription se réaliserait, je m’ins— cris d’avance pour 100 francs. ' ALBERT JOUNET, Directeur de la Résurrection. I Nous nous associons de grand cœur à la proposition de notre confrère, mais nous lui ferons remarquer que déjà un Institut international de sciences psychiques est en formation à Paris depuis près d’un an et nous savons que M. de Rochas s’y intéresse particulièrement. Cet Institut a la promesse de 100.000 francs du D” Gibier, s’il en trouve lui-même 400.000 autres. Et, cela, pour
I 80 L’INITIATION l’achat et la construction d’appareils destinés à l’étude des médiums. De notre côté nous faisons construire une série d’a — pareils de contrôle, de notre invention. Enfin, la Société magnétique de France a, en caisse, près de 400 francs destinés à récompenser l’inventeur d’un appareil enregistrant le fluide humain, d'une façon certaine.
Il serait bien désolant qu’avec tous ces con cours l’idée de notre confrère ne prit pas bientôt corps. P. BEBLI©@3AEEEE FRÉDÉRIC Bourm.—Draines baroques et mélancoliques, gr. vol. in-13, 430 p»—— 3 fr. 50. J’ai déjà dit à propos des Contes dans la Nuit combien le talent de M. Boutet me semblait original et savoureux.
L'étonnante intuition des choses de l’invisible se déve—x loppe encore et s’affirme plus précise" et plus consciente dans ce second livre; la facture me semble meilleure également; parfois des Rembrandts aux ombres pleines de formes, avec des lueurs fumeuses et sanglantes, ou de clairs tableaux de ripailles sanguines; comme des estampes anglaises, au dessin excesflf, aux couleurs vio lentes; ou de pâles fresques lavées de tons mourants.
Mais en dehors et au-dessus de ces formes esthétiques, ce qui m’intéresse le plus et ce qui prête à ces contes leur charme intime, c’est le sens profond de la vie qu’on y perçoit.
Les esprits des hommes sont comme leurs corps voués à des travaux divers et enrichis de facultés diflérenies ; beaucoup, beaucoup trop vont dans ce vaste univers sans le voir, sans entendre le langage des choses ; l’élite seul vibre aux secrètes émotions de la Nature, s’enivre à l’aspect des forêts profondes, des rocs solitaires, des eaux infinies, devine dans les formes sublimes des montagnes, dans les gestes des branches, dans le cri des bêtes, l’effort douloureux et toujours
BIBLIOGRAPHIE 181 beau d’un esprit caché qui peine vers la Lumière.Ce sens de la vie est en quelque sorte le commencement du génie; c’est l’effort d’un esprit qui sait sortir de soi, qui brise les barrières du plan mental et qui découvre avec enthousiasme des demeures inconnues.
Au degré suprême de cet effort, l’essence des créatures apparaît au contelnplateur à travers et’malgré leur forme; il comprend l’idée qu’exprime chaque être: il arrive au plan où l’on perçoit l’esprit des choses ; c’est à cela que correspond île poème burlesque que M. Boutet a inti tulé le Mariage de Phylosaphye.
Nous ne nous appesan tirons pas sur les vérités que renferme chacune de ses légendes symboliques ; toute la nouvelle littérature prête à de pareilles interprétations depuis Wagner et Villiers de l’Isle-Adam, jusqu’à Rimbaud et Mallarmé. La gloire du poète demeure entière même si son intui tion a été inconsciente; et ceux qui connaissent l’auteur de ces Drames savent qu’il est au courant des choses de l’Invisible. SÉDIR.
CARL MICHELSEN. — Dreams, broch. in-8, chez Gould, Manchester New Hampshire, U.,S. A. Nous avons reçu, par les bons soins du D“ Blitz, ce nouveau manifeste de l’Union idéaliste universelle.
Le mystique Danois si apprécié de nos lecteurs nous donne dans cet opuscule quelque chose comme un fablier évan gélique : les animaux, les plantes, les saints du paradis, les rois de contrées inconnues, leurs courtisans et leurs ministres représentent sous une forme naïve et simple les plus hauts enseignements du Christ, et les plus diffi ciles à réaliser.
La possibilités et la réalité d’une vie fu ture, l’antichristisme, si l’on me passe ce mot. des cler gés, la non-valeur des indulgences et des différents modes employés par les Eglises temporelles pour s’enrichir en faisant croire aux fidèles qu’ils gagnent la béatitude éternelle, la bonté ineffable du Père céleste, les inven— tions froides et cruelles par quoi la plupart des prêtres empêchent les fils prodigues que nous sommes tous de courir nous jeter sur Son cœur : toutes ces idées éter nelles sont dites d’une façon vivante et pittoresque. \
I 82 L’INITIATION Oui, la bonté du Père accueille son enfant, de quelque façon que celui-ci lui ait prouvé son amour ou simple ment ses bonnes intentions; Il ne s’oflense même pas des fausses idées que nous nous faisons de Lui, pourvu que nos œuvres ne soient pas trop mauvaises; Il sait combien vite nous changeons nos théories. et que notre intelligence est si faible que souvent nous ne nous apercevons même pas que nos différences d’opinions ne sont que des différences de point de vue.
Malheur ce pendant 51 ceux qui osent proclamer ces purs axiomes; comme le prophète de Babylone, ils serontaccuse’s d’être les instruments de la révolte, de l’anarchie, de la lâcheté et même, 6 ironie, de l’athéisme.
Notre religion est en effet bestiale; nous vivons, nous nous gouvernons et nous travaillons comme des chiens se disputant un os; tandis que, bien loin d’être un animal, l’homme doit être un dieu; mais pour devenir ce dieu, que de chemins à parcourir, que de montagnes à escalader, que de préci pices où descendre!
Comme le manteau donné à son fils par le vieux roi s’attache à la chair du jeune voyageur dans les contrées glaciales et lointaines qu’il explore, il faut avoir le courage, selon le conseil du serviteur, d’ar— racher de sa chair saignante la lourde peau, imprégnée de notre vie, lorsque nous voulons revenir auprès de notre Père.
Il y a quelque part, dansle vaste monde,un grand oculiste : son portier s’appelle Jean, et il rend la vue à tous : chrétiens, soufis, bouddhistes, brahmanes, Chinois et idolâtres qui ont su trouverle chemin du pa lais où il habite: aimer Dieu et son prochain, tel est, continue notre fabuliste, ce sentier véritable et unique. Essayons d’y faire tout seul quelques pas; il est inutile d’informer personne de nos tentatives maladroites.
Ce lui vers qui nous les ferons nous verra certainement. S. Transmigrali0n (A Martiniste Papus). —— L’Ordre de Saint-Martin accepte les fidèles de tous les cultes ; les Croyances juives et chrétiennes se synthétisent dans ses enseignements ; ses principes sont compris et observés par le musulman et le brahmane, par le bouddhiste et le parsi; le Peau-Rouge au noble cœur nourrit les espé
BIBLIOGRAPHIE 183 rances d’une vie future, et les anciens druides profes saient que les âmes pieuses entrent dans les cieux par le septentrion, tandis que les mauvaises sont envoyées au sud, dans les cercles de la métempsychose (Morien). La transmigration n’est pas nécessairement une réha bilitation de l’homme corporel. V. I, Corinthiens, xv.
Cette doctrine est acceptée par toutes les religions sauf celles de l’Occident, et cependant, si nous examinons avec soin nos livres sacrés, nous y trouverons la confirma tion des enseignements du fondateur du Martinisme, le philosophe inconnu. Par exemple, l’histoire d‘Elise et d’Elisée raconte symboliquement que l'esprit d’Èlie vint demeurer en son disciple.
Une foule de passages de la Bible prouvent que l’esprit de l’homme a le pouvoir de transmigrer. ([1, Rois, n. 15. — Ege’ch., x1, 1. — Joel, u, 28. — Tob., Kit, 13, 19, —Eccl., xxvm, 12, 13. — Jean, 1, 48. -— Act., x, 10, 3o;xxn, 17. — Il, Cor., x11, 2.-— II, Apoc.,1v, 2; xvn, 3 ; mm, 10.) S. L’Apocalypse et son Interprétation historique, par M. Chauffard, ancien magistrat. —— 2 vol. in-12. -— Paris, Savaète, 76, rue des Saints-Pères, 2° édition.
M. Chauffard a maintenu le plan qu’il avait suivi dans la première édition de son ouvrage : le caractère prophé tique de sept épîtres, rapprochées des sept sceaux, et l’admission d'une ère millénaire postérieure à la mort de l’Antéchrist: telles sont lesbases de son système.
Tou tefois il a, dans un appendice, expliqué que l’Ap0calypse se divise en deux parties distinctes, et qu’un rapproche ment peut être fait, moyennant certaines réserves, entre toutes les séries septénaires. Les quatre premiers sym boles correspondent à une séparation bien accusée entre les quatre premières épîtres et les suivantes.
L’auteur avance que la IV" épître s’étend jusqu’à la dispa rition du protestantisme et au refoulement de l’islamisme, la v“ 'férant non pas aux protestantisme. mais à des troubles religieux futurs, tandis que les chapitres m, XIV et xv ont un caractère récapitulatif. Toutefois la troisième coupe de colère correspondrait à la deuxième
I 84 L'INITIATION et à la troisième trompette. Chaque sceau détermine une période, chaque trompette annonce une grande épreuve, chaque coupe un châtiment des méchants. La prophétie de Daniel, plus encore que toutes les autres Je l’AncienTestament, éclaircit certaines parties de l’Apo calypse. Certains passages du tome second renferment de curieux calculs.
Jérusalem devant être foulée aux pieds trois ans et demi (1274 ans en semaines d'années), la ville sainte resterait aux musulmans de 638 à 1912 (I, p. 87).
Le 7° verset du XI“ chapitre de Daniel pourrait marquer un retour en Palestine d’une grande partie du peuple hébreu :un temps valant sans doute cent semaines d’années, trois temps et demi vau— draient 2.450 ans, qui, commençant à l’an du monde 3470, iraient jusqu’à 5920 ou 1920 de l'ère chrétienne (p. 3gI). Le nombre de l’Antéchrist, 666, étant aussi celui de son empire, désignerait la résurrection, après 666 ans, de l’empire fondé par Othman.
L’Antéchrist aurait trente-cinq ans en I966, si l’empire turc, mort en I93I, a ce même âge en renaissant. En 1997 aurait lieu une persécution épouvantable. La conversion des Juifs aurait lieu à cette époque ou du moins commen cerait l'année précédente: les trois temps et demi de Daniel valant 2.450 ans, si l’on en retranche 454 ans qui se sontécoulés jusqu'à la première année de l'ère chré tienne,on arrive à 1996 (p. 221].
Le 2° verset du me chapitre de l’Apocalypse concorde avec le texte de Daniel ; toutefois les exégètes comptent de plusieurs manières les quarante-deux mois pendant lesquels, la cité sainte sera au pouvoir} des mahomé tans: ils trouvent I260, 1275 et 1278 ans, ce qui fixe l’ou— verture de la persécution de l’Antéchrist au commence-— ment du xxe siècle, si l’on néglige la durée du royaume chrétien de Jérusalem, ou à la fin, si on en tient compte (t.
I, p. 292). M. Chauffard a fait de grands efforts pour démontrer la concordance des sept séries septénaires: peut-être aurait-il été préférable de s'en tenir à celle des épîtres et des sceaux. Dans d’autres ouvrages il a comparé les données des prophéties modernes à celle des oracles
LIVRES REÇUS ' :185 sacrés : mais il a omis, même dans ce dernier travail, d’étudier Nostradnmus,laprophétie de Prémol, le Secret de la Salette, et de concilier son système avec les révé— lations des prophéties d’0rval et d’Olivarius.
M. Chauf— fard me permettra de conclure ainsi : l’existence d’une ère millénaire après la mort de l'Antéchrist est moins acceptable que les conclusions qu’il qualifie de pessi mistes sur la fin de l’humanité vers l’an 2000. Le pessi misme chrétien ne s’applique qu’à la vie terrestre, pour l’individu comme pour l’humanité :l'une et l’autre n’ont pas leur_destinée achevée sur cette planète. SATURNINUS.
Revue critique d’histoire et de littérature, 1899, n°' 27-28. -— Olivieri : Codices florentini (Description des mss. florentins relatifs à l’astrologie grecque. Sous la direction de M. Cument, l‘auteur et ses collaborateurs se proposent de réunir les éléments d’un Corpus astrolo gorum græcorum, dont les textes intéressent l’étude des mœurs grecques et romaines.) Revue de Paris, 1899, 15 avril. —— Fr. Funck-Brentano.
Le drame des poisons (Mms de Montespan se livre aux plus horribles pratiques de la sorcellerie pour écarter ses rivales). . Nord and Sud. — Bd. LXXXIX, heft 267, juin I899. —— Auguste Wuensche: La légende de l'arbre de vie et de l‘herbe de vie dans les diverses religions. JLwnns naçus SAR PÉLADAN. — La Terre du Sphinx. [ vol. in-I8. 3 fr. 50. ' Une des plus belles œuvres de Péladan parues jusqu’à ce jour.
Il y a là es pages où le génie se manifeste réellement et la poésie la plus réelle se dégage de cette lecture. Nous ne saurions trop la recommander à nos amis en attendant le compte rendu détaillé.
186 L’INITIATION CARL MICHELSEN. —— Dreams (Publication de [Union idéaliste universelle). —— Brochure en anglais. J. STRADA. — Le Saint-RoiDauid, I vol. in-8 (3 fr. 50). — Le Paris de l‘Ere de la Science capitale de l’Univers, I vol. in—8 (5 francs). — (Compte rendu prochainement).
' ' NQ»@WËLLËS MWËÆSES Le journal le Matin n° 5734 du 6 novembre 1899 a publié un très curieux article sur les Sciences maudites à propos de l’ouverture des cours de l’École hermétique. Tous nos remerciements à notre grand confrère, à cette occasion. . . Nous apprenons qu’une réunion de francs-maçons instruits s’est constituée pour créer en France une revue maçonnique digne de notre pays.
Il n’existait en effet que de petits bulletins mal faits, haineux, et décriant, de ce fait, à l’étranger tous les rites pratiqués en France. D’après nos renseignements la nouvelle revue, qui se nomme l’Acacia, aura une partie initiatique, une partie philosophique et une‘section docu mentaire. Le Bonnardot a accepté la tâche de la haute direction. Les bureaux sont 3, rue de Savoie, Paris. Tous nos vœux de réussite à notre nouveau confrère. . .
Un des grands disciples de Michel de Figanières, M. Commandeur, est mort récemment à Lyon. Il avait beaucoup aidé à la diffusion des œuvres du célèbre ins piré. Avis. -— Nos de Roumanie qui voudraient consul ter un important catalogue de livres des sciences occultes et franc-maçonnerie à vendre sont priés de s’adresser à M . Ulic, lieutenant à Galatz, Roumanie.
NOUVELLES DIVERSES 187 LIBRAIRIE SPIRITUALISTE ET MORALE Nous informons mes amis et clients queles sentiments les plus cordiaux existent entre la Maison Chamuel et la Librairie Spiritualiste et Morale. Les deux maisons voisines se sont consacrées à la diffusion des idées qui leur sont chères et viennent d’affirmer l’alliance tacite qui existait déjà entre elles par un engagment écrit, défi— nitif et complet.
Les points principaux du traité conclu entre M. Lu— cien Chamuel et MM. Deullin et Jacquot (Librairie Spi— ritualiste et Morale) portent sur l’union des efforts per sonnels, sur l’aide mutuelle apportée par chaque partie dans l’œuvre de réalisation entreprise.
La partie librairie(vente des livres au public, relations avec la clientèle, etc., etc.) des DEUX MAISONS, reste exclusivement à la Librairie Spiritualiste et Morale. — M. Chamuel, en revanche, reste l’Éditeur et l’Imprimeur de tous les livres qui porteront désormais la firme com mune.
Par suite, donc,de cette entente, nous prions tous nos 'amis de" s’adresser directement à la Librairie Spiritua— liste et Morale, qui leur fournira sans exception tous les livres (français, anglais, allemands, belges, suisses, autrichiens, italiens, etc., etc.) dont ils pourront avoir besoin.
Ce faisant, ils éviteront du retard et des erreurs tou jours possibles, malgré la bonne entente existant entre les deux maisons et le soin apporté à la transmission des commandes. Suivent les signatures. LUC[EN CHAMUEL, DEULLIN et JACQUOT; Éditeur, ‘ Libraires, 5, rue de Sauoie. 3, rue de Saucie. * 4 ’t Notre F21: Sédir serait reconnaissant à celui de nos lec
188 L’INITIATION -.‘_ teurs qui pourrait lui prêter l’un ou l’autre des volumes suivants. Écrire 3, rue d’0rchampt, Paris. 1° \‘VAITE, The real Histmy ofthe Rosierust’ans. 2° K1csewnrrxa, Gesc/n’chte der Neueren Okkultismus et Die Geheim wissenschaflen.
Extrait du Fanfula du 18 octobre 1896 : IDNE Û@NFËRENGE SPIIMTUALIIS’FE M. Deullin, membre du Congrès orientaliste, a donné hier soir,dans une maison particulière.devant une assis tance choisie et, disons le mot, privilégiée, une confé rence aussi brillante que remarquable sur les questions et les systèmes philosophiques et religieux ; cette con férence avait avant tout un caractère essentiellement spiritualiste.
Le conférencier, dont la parole est facile et élégante, sut ménager les susceptibilités de son auditoire en expo sant les théories des diverses philosophies qui, de tous temps et en tous pays, ont élevé leurs aspirations au— .dessus de la matière vers des régions supérieures et une vie extra—terrestre.
Le groupe théosophique de Rome, à la fondation duquel a personnellement contribué M. Llyod, qui a pour président l’ingénieur Aureli et pour secrétaire M. Calvari, était largement représenté.
Il y avait aussi un grand nombre de personnes des deux sexes apparte nant pour la plupart à la colonie étrangère et des croyances spiritualistes diverses : c’est ainsi que près des partisans de doctrines ésotériques de l‘Inde se ren contraient des catholiques absolument orthodoxes et parmi eux un savant prélat français. ,Par son humour et son talent, M. Deullin sut tenir pendant deux heures ses auditeurs sous le charme de sa parole imagée et tous furent unanimes à applaudir à l’éruo dition et au talent de dialectique del’orateur. La baronne de Moskwitinow, qui, comme en d’autres
CONGRÈS SPIRITUALISTE DE 1900 189 occasions, avait gracieusement prêté la salle de confé rence, faisait les honneurs de sa maison avec l’aflabilité et la grâce quilui sont coutumières. La Réédition des Œutres de Saintnl‘iiar—tin C’est par suite d’une légère erreur que nous avons annoncé que les œuvres de Saint—Martin allaient être rééditées au prix de 4 fr. 90 le volume.
Pour les cinquante premiers souscripteurs seulement, ce prix tout à fait exceptionnel de 4 fr. 90 a été fixé. Le prix en souscription sera de 6 francs par volume, ce qui est relativement très bon marché, étant donnés le soin et le luxe qui président à cette réimpression. D’après nos renseignements particuliers,il reste encore quelques souscriptions à4fr. go, mais ceux qui veulent en profiter devront se hâter, car les demandes ont été nombreuses. .
On peut se faire inscrire dès à présent aux bureaux de l’Initiati0n ou ‘a la Société de librairie spiritualiste et morale, 3, rue de Savoie, à Paris (téléphone 282-67). Les souscriptions ne sont pas reçues en espèces, les volumes sont payables à la réception i... B@NGIfiÈS SPŒTE ET SPDRUTUALISTE E 18@0 Séance au Comzte‘ d’organisation du 20 octobre 1899. — Toutes les sections sont représentées, sauf la section théosophique, excusée.
Après avoir constaté que M. Alban Dubet ne fait plus partie de la section des Spiritualistes indépendants depuis le 20 juin 1899, et cela sur sa demande, le Comité décide à l'unanimité de laisser à la section spirite toute liberté pour rédiger une note qui sera reproduite dans tous les journaux adhérents au Congrès. .
190 L’INITIATION .) NOTE DE LA SECTION SPIRITE La section spirite reconnaît le droit individuel de qui conque de critiquer toute doctrine, quelle qu’elle soit, selon son point de vue et en vertu de son libre arbitre, mais à la condition que cette critique sera impartiale, raisonnée, et qu’elle dénotera une connaissance appro fondie du sujet critiqué.
Ce n’est point le cas pour l’ar ticle de M. Alban Dubet contre le Spiritisme, paru dans le Journal du Magnétisme des 5 et 20 octobre dernier. ' Aussi ne nous y serions—nous pas arrêtés si cet article n’avait paru tirer quelque importance de la qualité de son auteur, comme secrétaire-trésorier de la.section des Spiritualz'stes indépendants au Congrès de rgoo.
Mais, puisqu’il s’est démis volontairement de ces fonctions en faveur de M. Bonardot, son article ne peut donc plus avoir à nos yeux aucune espèce de valeur. La fédération des diverses écoles spiritualistes reste plus solide que jamais. ' SECTION HERMËTIQUE Souscription pour le Congrès : Listes précédentes. . . . . . . . . 222 fr. E.Moreau............. 2— M.Deullin............. 25— M. Jacquot.. . . . .
25— Société de Librairie .spiritualiste et morale..............50—— L.Geburah............ 5-— 329 fr. Le Comité d’organisation. Il Eä3ATA Le prix du volume de M. Gessmann, Gcheimsymbole der Chemz‘e und Medicin, est de 8 florins, port non com pris, an lieu de 4 fi. zo. ‘ '
LES ARTS DIVINATOIRÊS 19! “’ LAGIBASSE ” Un cas de folie, où la déviation intellectuelle se com plique d’une obscure poussée sensuelle, sous l’influence magnétique d’un prêtre devenu mage, et cela dans une aventure aux épisodes émouvants et étranges, tel est le sujet de “ LAGIBASSE”, roman magique, le nouveau livre de Jean Richepin, qui paraît aujourd’hui chez Fas— quelle en un volume de la Bibliothèque Charpentier. (Compte rendu prochain).
LES âlit’ll’3 DWIIiÀ’II‘ÛIRËS LE SPHINX ET LES TEMPÉRAMENTS LE SPHINX ET LES TEMPÉRAMENTS Nous avons dit que les divers arts divinatoires n’étaient que les rayons d’une circonférence dont le centre est le MOI de chaque individualité. Pour éviter les obscurités, il est donc indispensable de déterminer d’abord un classement très général des divers aspects du MOI, classement auquel on rapportera par la suite chacun des Arts divinatoires.
Les anciens avaient pris le Sphinx comme base de toute classification se référant à l’homme et ils avaient déterminé quatre grands aspects ou Tempéraments dénommés: Le Tempérament Taureau ou Lymphatique; Le Tempérament Lion ou Sanguin; Le Tempérament Aigle ou Nerveux; Le Tempérament Homme ou Bilieux. Il ne faut jamais séparer les images animales analo giques de l’idée du tempéram eut pour éviter toute erreur.
Eliphas Lévi a ainsi formulé les facultés caractéristiques de chacune de ces formes du Sphinx : Le front d’Homme du Sphinx parle d’Intelligence ; Ses mamelles d’amour, ses ongles de combat; Ses ailes sont la Foi, le Râpe et I’Espérance; Et ses flancs de Taureau le travail d’ici-bas. '
192 L’INITIATION . ; {fi-{ñ . .4.. Chaque être humain a, en lui, la représentation des quatre formes animales, c‘est-à-dire les quatre Tempé raments. Chaque être humain est donc un Sphinx. Mais au lieu d‘être équilibrés en lui, ces Tempéraments, dans la généralité des cas, empièrent les uns sur les autres et, en définitive, un d’entre eux écrase et domine les autres.
Dans la première année de cette revue, nous avons pu blié un ouvrage de MM. Polti et Gary. sur les Tempé— raments, qui est un des traités les plus complets qu’on ait écrits sur la question; Nous y ferons des extraits en les adaptant à nos conceptions actuelles. Disons donc, pour terminer notre exposé, que la ca ractéristique du Tempérament Taureau ou Lympha tique est la Passivité, le calme et le triomphe de la matière. C’est un passif corporel.
Le Tempérament Lion ou Sanguin est au contraire tout batailleur et toute action. C’est un actif corporel. Le Tempérament Aigle ou Nerveux a toute la timidité physique de l’oiseau sur terre unie à toute son audace dans le domaine de l’air, c’est-à—dire, pour l’homme, des idées. C’est un passif intellectuel. Le Tempérament Homme ou Bilieux est le domina teur et le volontaire chargé d’équilibrer tous les autres.
C’est ce que nous démontrerons dans notre prochaine . étude en analysant le Sphinx et en déterminant les trois aspects de chacun des animaux qui le constituent. PAI‘US. Le Gérant : ENCAUSSE. TOURS. — IMP. E. ARRAULT ET c", 6, RUE DE LA PRÉFECTURE.
_LA LIBRAIRIE ’SPIRITUALISTE ET MORALE 3, rue de Sairoie, 5 PARIS Téléphone —- 282 “7 La société de librairie Spiritualiste se charge de I<.urnir à d'excellentes conditions. tous les ouvrages tou _ham au Spiritualisme (Occultisme, Kabbale, Ilermétisme, ‘Ilagie, Spiritisme, Mysticisme, Sciences divinatoires, etc., _.,C.) NEUFS (,(v D‘OCCASION et sans aucune exception. ELLE fournit: aussi LA A!IÎSIQUlC, les LIVRES ÉTRANGERS , .‘j,Igleierre, Allemagne. Suisse, Belgiqnc e! Italic), neufs >u d'occasion, Elle se charge des RÉABUNNEMENT’S à t0us les journaux Spiritualistes, Politiques ou Scientifiques, sans aucune \'ceptinn et sans aucun frais pour ses clients. _ Reçoit"les ordres par TÉLÉPHONE n" 282-67 et les expédie franco de port et d'emballage a ses risques et périls usqu'à destination à partir de 20 francs. Ù
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CALMET : Traité sur les apparitions des esprzts. — CLAVEL : Historzque pittoresque de la F.'. — DaaurvzRecherchessur le rite écossais. —— DES ETANGS : Archives et Œuvres maçonni— ques. -— ELIPHAS LÉVI : Ouvrages divers. — DE GENLIS : Ara besques mythologiques. — JOUAUST! Histoire du G.-. O.'., His toire de la F.'. en France. —- KAUFFMANN et CHARPIN : Histoire philosophique de la F.'. M.'., -— le Véritable Dragon rouge, le Grand Grimoire.
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/._ . , Ï . . . du ..Êe.ÂJlll ilCe Revue philosophique des Hautes Études . PUBLIÊE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS I D O. >I< Docteur en médecine — Docteur en kabbale “1' i 4 45" VOLUME. — 13‘“ ANNÉE SOMMAIRE DU N° 3 (Décembre 1899) ._.4_ PARTIE INITIATIQUE Sur le symbolisme de la légende bouddhique . . Sédir. (p. 193 à 204). PARTIE PHILOSOPHIQUE ' Études ésotériques. . . . . . . A. Erny. (p 205 à 209). . . . . . . .
Mme la Générale (p. 210 à 232). Carmencita de Noël. La fin d’un médium. Au pays des Esprits. . . . . . (p. 232 à 247). (p. .247 à. 252): (p. .253 à. 262).. L’occulte à la Cour de Louis XIV. . . . . E.Lefébure. (p. 263 _à 270).
Ordre martiniste. — École supérieure libre des Sciences hermé tiques. — Séance d'ouverture de la Société des conférences spiri tualistes.—Une visite à un“ sorcier de village ”.— L‘art ésotérique. — Bibliographie. — Nouvelles diverses. — Congrès spirite et spiritualiste de 1900. — Mes desiderata. — Nécrologie. Physique céleste . B. Lec0mte. Le Vaudoux. . Nathan Zefl‘ar.
Tout ce qui concerne la Rédaction et les Echanges doit être adressé 87, boulevard Montmorency, à Paris. Téléphone — 690—50 Adminislralion et abonnements : 3. rue de Savoie. PARIS ' TÉLÉPHONE — 282 31 Le Numéro : UN FRANC. — Un An: DIX FRANCS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Efl’rayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Soience, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulre, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cle’ricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de 1'Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. - Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initialion parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années d’existence. -— Abonnement: 10 francs par an (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.) -
L'Inilihtmn du 15 Décembre I899 PRINCIPAUX RÉDAC’I‘EURS ET COLLABORATEURS DE [Initiation [0 PARTIE INITIATIQUE AMO —- F. CH. BARLET, S.'. I.'.û — GUYMIOT. — MARC HAVEN, S.'. I.'. 33 — JULIEN LEJAY, S.'. 1.-. ,q —-— ÉMILE MICHELE'I‘, S.'. I.'. (C. G. E.) — LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.'. (D. S. E.) MOGD, S.'. I.'. —- PAPUS, S.'. I.'. ;1‘; — SEDIR, S.'. I.'. -— SELVA, S.'. I.'. (C. G.
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HUTCHINSON. — JOLI.IVET CASTELOT. — E. LEFÉBURE. — L. LE LEU. —- L. LEMERLE. — LECOMTE. —NAPOLÉON NEY. — HORACE PELLETIER. — G. POIREL. — QUESTOR VITŒ. —- RAYMOND.—- D“ ROZIER.—L.SATURNINUS. — D' SOURBECK. —- THOMASSIN. —— G. VITOUX. — YAL'I‘A. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG.— JEAN DELVILLE. r— ESTRELLA. — E. Gou DEAU.— MANOEL DE GRANDFORD. —- JULES LERMINA. — L.
HEN— NIQUE. — JULES DE MARTHOLD. -— CATULLE MENDÈS. — GEORGE MONTIERE. —LEON RIOT0R. —' SAINT-FARGEAU. — ROBERT SCHEF FER. -— ÉMILE SIGOGNE. — CH. DE SIVRY. 40 POÉSIE CH. DUBOURG. — RODOLPHE DARZENS. —— JEAN DELVILLE. — YVAN DIETSCHINE. — E. GIGLEUX. -— CH. GROLLEAU. — MAURICI LARGERIS. — PAUL MARROT. -— EDMOND PILON. -— J. DE TALLE NAY. — ROBERT DE LA VILLEHERVÉ.
L’Initintion du I5 Décembre 1899 L’INITI_ATION (”’”Ëi%î‘i““”) DIRECTION ADMINISTRATION 87, boulevard Montmorency, TÉLÉPHONE — 282-67 TÉLÉPHONE — tan-50 ABONNEMENTS PARIS-A UTEUIL PUBLICITÉ : VENTE AU NUMÉRO DIRECTEUR : PAPUS , .e Diucrcun ADJOINT : Lucion MAUCHEL 3’ B“ de 81"” Rédacteur en chef: F.-Ch. BARLE'I‘ Secrétaires de la Rédaction: FRANCE: un an10 “' .:. LEJAY — PAUL SÉDIR ÉTRANGER, — [2 fr.
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Un numéro de la Revue est toujours com osé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au p us tôt que le mois suivant. L’Initz’atz’on est l‘organe officiel des centres suivants : Groupe Esotérique. —- Ordre martiniste. -— École supé rieure libre des Sciences hermétiques. — Ordre Kabbalisti ue de la Rose-Croix. —— Union Idéaliste Universelle. — . T. L. (section française).
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