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'I , . . . L In 1t1 8110 n 7 Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÊE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS I î? 0. >I< Docteur en médecine — Docteur en kabbale - ‘) Œ</ ‘>i 45° VOLUME. — 13'“ ANNÉE SOMMAIRE DU N° 1 (Octobre 1899) __,._ tu. Avant-propos (p. 1 à 2) . . . . . . . . . . . . PARTIE iNITIATIQUE A Conversation avec Saint-Martin (p. 3 à E) . . A J.-M.—D. PARTIE PHILOSOPH|QUE Brahmanisme ésotérique (p. 6 à 19) . . . . . .
Amaravella. Impressions sur l'égoïsme (p. 20 à 51). . . . . L. Le Leu. La médecine des Druides (p. 52 à 56). . . . . J. Bricaud. L'Occulleà la cour de Louis XIV (p. 57 à 71) . E. Leféhure. Pensée (p. 71) . . . . . . . . . . . . . . . . Cl. de Saint-Martin. Le Vaudoux. (p. 72 à 79) . . . . . . . . . . Nathan Zeffar. Pensée sur Saint-A4artin (p. 79).. . . . . . .
Stanislas de Guaita. hC0_ie supérieure libre des Sciences hermétiques. —— Ordre marti— mste. -— La coopération des idées. — Bibliographie. — Aux amis de i'électro’—homé0pathie. — Les arts divinatoues. —— Livres reçus. Errata. — Questions. Tout ce qui concerne la Rédaction et les Échanges doit être adressé 87, boulevard Montmorency, à Paris. Téléphone — 690-50 idminietration et abonnements : 3. rue de Savais. PARIS TÉLÉPHONE — 232—37 Le Numéro : UN FRANC. — Un An : DIX FRAMGS&NELL Ul\’l\’ ERSH“ L..i ; RARY
‘ ' -- vr->—1r-t iÎ> l t,_:() _ _ t, A773/77 /ü_,, . PROGRAMME “a *' ; . . . ' . Les Doctrmes matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l'essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n'ont abouti qu’à de vaines et stériles négations.
La Science expéri-’ mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Ef’frayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. : L’Initiaiion est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta« physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l‘arbitrage contre .' l’arbitraire, aujourd‘hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains ': le cle’ricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initiation étudie impartialemem tous les phénomènes du Spiritisme, de 1'Hypnotisme et de la_ Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’lnde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
' La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse -à tous les gens du monde instruits ._ Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
' L’Ini.‘ialior_1 parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années d’existence. ‘— -Abonnement: 10 francs par an. (l7es collections des deux premières années sont absolument JJ3MËWŸæ“ ' l ’T 823VlMU "HA :JJ [li .1 :Q Il u-L.In. .En.-À .
L’Initiation du 15 Octobre 1899 PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l’1nz'z’z'ation [O ':Ï_' PARTIE INITIATIQUE AMO —— F. CH. BARLET, S.'. — GUYMIOT. — MARC HAVEN, S.-. I.-. g} — JULIEN LEJAY. S.'. I.'. ,Q —- ÉMILE MICHELET, S.'. I.'. (C. G. E.) —- LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.-. (D. S. E.) MOGD. S.'. I.'. — GEORGE MONTIÈRE, S.'. I.'. & —PAPUS, S.'. I.'. à — SÉDIR, S.-. I.'. —-— SELVA, S.'. I.'. (C. G.
E.) 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABIL-MARDUK. —-— AMELINEAU. — ALEPH. — Dr BARADUC. — SERGE BASSET. — Le F.'. BERTRAND 30° — BLITZ. — Bomwov BORNIA PIÉTRO. -— J. BRICAUD. —JACQUES BRIEU. — CAMILLE CHAIGNEAU. — CHIMUA DU LAFAY. — ALFRED LE DAIN. — G. DE LANNE. — ALBAN DUBET. — A. ERNY. — FABRE DES ESSARTS. — L. ESQUIEU. — D' FUGAIRON. — DEI.ÉZINIER. — JULES GIRAUD. — L. GOURMAND. — L. HUTCHINSON.— JOLLIVET-CASTELOT. — E.
LF.FÉ« BURE.*“ L. LE LEU. —- L. LEMERLE. — LECOMTE. —NAPOLÉON NEY. — HORACE PELLETIER. —— G. POIREL. —— QUESTOR VITŒ. — RAY MOND. — Dt ROZIER. — L. SATURNINUS. —- D“ SOURBECK. -— THOMASSIN. -— G. VITOUX. —- YALTA. ' .0 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG.— JEAN DELVILLE. _ ESTRELLA. — E. GOU DEAU. —— MANOËL DE GRANDFORD. — JULES LERMINA. —— L.
HEN— NIQUE. —- JULES DE MARTHOLD. — CATULLE MENDÈS. — GEORGE MONTIÈRE. -LÉON RIOTOR. — SAINT-FARGEAU. — ROBERT SGI-[EF FER- —— EMILE‘SIGOGNE. — CH. DE SIVRY. 40 POESIE CH. DUBOURG. — RODOLPHE DARZENS. —— JEAN DELVILLE. — YVAN DIETSCHINE. — E. GIGLEUX. — CH. GROLLEAU. —— MAURICE LARGERIS- — PAUL MARROT. — EDMOND PILON. - J. DE TALLE NAy_ _. ROBERT DE LA VILLEHERVÉ. 4 '1 .1
’ L’IN ITIATIO N L’Initian‘on du 15 Octobre 1899 DIRECTION 87, boulevard Montmorency, TÉLÉPHONE # 680*50 ABONNEMENTS Ë ADMINISTRATION PARIS—A UTEUIL Ë PUBLICITÉ : VENTE AU NUMÉRO 3 TÉLÉPHONE — 282»67 DIRECTEUR : PAPU S DIRECTEUR ADJOINT : Lucien MAUCHEL 3’ "ne de saule Rédacteur en chef: PARIS F.-Ch. BARLET Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un an. 10 fr J. LEJAY — PAUL SÉDIRÊ ÉTRANGER, — 12 Ir.
RÉDACTION. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la Direction ne se permettra 1amais aucune note dans le corps d'un article. Prière d’adresser tous les échanges: 87, boul. Montmorency, Paris MANUSCRITS. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d‘avis spécial.
Un numéro de la Revue est toujours ' composé d’avance : les manuscrits.reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. . L’Inz‘tiation est l’organe officiel des centres suivants : Groupe Esotérique. —— Ordre martiniste. — École supé rieure libre des Sciences hermétiques. —— Ordre Kabbalisti— ue de la RoseCroix. — Union Idéaliste Universelle. — . T. L. (section française).
GRIIIII‘E IIIIEPEIDAIT D'ÉTUDES ÉSIITEBIQIIES ; 1,600 Membres — 104 Branches et Correspondants — Groupes d'Ètudes fermés Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée. Pour tous renseignements, s’adresserparlettreà M. Paul SÉDIR, directeur adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. (Reçoit le mardi de 5 à 7 heures). ÀÀ.
Principales Sociétés adhérentes au Groupe ORDRE MARTINISTE 0RDRE KABBALIST]OUE DE LA ROSE + CROIX. —=ÉGLISE GNOSTIQUÆ SOCIÉTÉ ALCHIMIQUE DE FRANCE -Ëùhi_n A .
AVANT-PROPOS Dans notre-dernier numéro, nous avons annoncé quelques importantes innovations sur le point d’être réalisées par l’Inz‘tiation, et nous allons aujourd’huien donner à nos lecteurs le détail complet. x° Rédaction-Échanges. —- Les services de la Rédaction et des Échanges est transféré 87, boulevard Montmorency, Paris, et disposera, outre de nombreuses améliorations intérieures, du téléphone (n° 690—50).
2° Administration-Abonnements. —-Jusqu’à présent, l’Im‘tialion a été administrée avec le plus grand dévouement par notre excellent ami Chamuel, que nous ne saurions trop remercier de son obligeance, à cette occasion.
Mais le nombre sans cesse croissant des abonnés de notre revue et la correspondance nécessitée de ce fait nous obligeaient à constituer à l’Initz‘az‘z‘on une administration personnelle et, autant que possible, autonome, c’est ce que nous venons de faire. A dater de Ce jour, l’Inz‘tz'atz‘on occupera des locaux particuliers, 3,rue de Savoie, Paris (Téléph. 282-67), et un employé spécial sera détaché à cet effet. _ l ..‘;v.’=’ «au “watt—‘1‘ Ou...» u"
2 L’INITIATION _ _: _. 1m?— ' Les abonnements seront recouvrés par la poste aùx frais de l’Admz'm‘stràtz‘on et non plus aux frais des abonnés (sauf-pour l’étranger). Enfin les adresses vont être, aussitôt que possible, imprimées. De plus, le service des dépôts sera très étendu et on trouvera notre revue dans les diverses succursales de Flammarion et Vaillant ainsi que dans les kiosques à Paris.
Nous prions donc tous nos abonnés qui auraient une réclamation quelconque à faire de la faire tou— jours (et cela dans l’intérêt de la revue) et de l’adres ser à l’Admz‘nistrafion de I’Inz‘h’afion, 3, rue de Savoie, Paris. à 0 iv Remercions encore tous nos collaborateurs et tous nos lecteurs et prions—les de faire leurs plus grands eflorts pour augmenter encore le nombre de nos abonnés.
Ils seront les premiers à profiter du bien être de la revue, car ses bénéfices lui seront consa cres. PRIMES GRATUITES OFFERTES A NOS ABONNÉS Les cent cinquante premiers nouveaux abonnés à dater d‘octobre 1899 recevront franco un exemplaire du TRAITÉ ÊLÉMENTAXRE DE CHIROMANCIE, de'Papus, contre l’envoi du prix du port ofr. 50 en timbres-poste (3 timbres de 0 fr. 15 et un de 0 fr. 05) à l'Administration de l’1nitiaz‘ion, 3, rue de Savoie, Paris. .
Tous les réabonnés qui enverront 0 fr. 30 (deux timbres de 0 fr. 1 5) recevront franco une magnifique gravure tirée en photo typie et représentant la Procession d'Isis. Ces primes sont réservées exclusizæment à nos abonnés. \ 7* MM" A_ _'L
...— La reproduction des articles inédits publiés par l‘Initiation est formellement interdite. à moins d'autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE Cette partie est réservée à l'exposé des idées de la Direction, des Membres du Comité de Rédaction et à la reproduction des classiques anciens.) Ëne sommation avec fiaint»iäiartin —— Vous n’allez plus, dites—vous, au spectacle ?
Saint—Martin. — Il y et quinze ans que je n’y ai été. —— Ce genre de plaisir n’a sans doute plus pour vous le même attrait? S.-M. — La représentation de certains drames est un des plaisirs que j’ai aimés et que j’aime encore avec plus de passion. _ — J’entends, vos principes de morale condamnent le théâtre.
S.-M. —— Les productions dramatiques dont je me " promets tant de jouissance ne sont point celles dont la représentation me paraîtrait digne de censure. Car la jouissance qu’elles me feraient goûter ne pourrait naître que de l’émotion attachée au spectacle d’une action vertueuse mise sur la scène, età cette sympathie délicieuse qui me fait partager ce sentiment avec tous ' ‘-“n; ‘ ' ._o‘--. IF 'v.-.‘.o t A......".
4 L’INITIATION [OCTOBRE les spectateurs d’une manière aussi unanime que spontanée. ' — C’est donc le défaut de loisir qui vous a empêché de goûter une jouissance à laquelle vous attachez tant de prix '1’ S.-M. — Bien moins encore; depuis ces quinze ans, je me suis mis bien souvent en route pour le spec tacle. — Et qui vous a arrêté en route ?
S.-M. — Je ne puis vous le dire. — J ’attacherais beaucoup de prix à connaître toute votre pensée sur ce sujet. Y a-t—il là quelque mystère de nombre, de crocodile P Faut-il être initié pour vous dérober votre secret ? N’est-ce pas assez d’être votre ami? .
S.-M. — Il n’y a point ici de mystère, ni d’initia— tion ; mais si je vous disais la cause qui m’a arrêté en mon chemin, vous me croiriez meilleur que je ne suis. —- Eh bien l je vous promets de ne vous croire qu’aussi bon que vous l’êtes réellement. Maintenant, vous n’avez plus de prétexte, satisfaites ma curiosité.
S.-M. —- Je vous le dirai donc maintenant, mais pour une raison toute contraire, afin que vous ne croyiez pas la chose plus importante et plus digne de votre attention qu’elle ne l’est. Rien n’est plus simple. Je suis donc souvent parti de chez moi pour aller au Français et peut-être encore à quelque autre spectacle. Chemin faisant, je doublais le pas, j’éprouvais une vive agitation, par une jouissance anticipée du plaisir que j’allais goûter. Bientôt’cependant je m’interro —,,)‘!,s—l—«—am_‘W‘z. 1'v'i J““‘3—“" ‘ "“‘ “'lZ' ’ 'I
1899] UNE CONVERSATION AVEC SAlNT-MARTIN 5 geais moi-même sur la nature des impressions dont je me sentais si puissamment dominé. Je puis vous le ' dire, je ne trouvais en moi que l’attente de ce trans port enivrant qui m’avait saisi autrefois, lorsque les plus sublimes sentiments de la vertu, exprimés dans la langue de Corneille et de Racine, excitaient les ap plaudissements universels. Alors une réflexion me venait incontinent.
Je vais‘ payer, me disais—je, le plai sir d’admirer une simple image, ou plutôt une ombre de la vertu. Avec la même somme... —— Continuez, de grâce, cher Saint-Martin. S.—M. -— Eh bien l avec la même somme, je puis atteindre à la réalité de cette image; je peux faire une bonne action au lieu de la voir retracée dans une représentation fugitive. — Achevez, je vous devine. . S.-M. —— Je n‘ai jamais résisté à cette idée.
Je suis monté chez quelque malheureux que je connaissais, j’y ai laissé la valeur de mon billet de parterre, j'ai goûté tout ce que je me promettais au spectacle, bien plus encore, et suis rentré chez moi sans regrets. J. M. D.
AMARAVELLA LE SECRET DE UUNIVERS SELON LE BRAHMANISME ÉSOTÉRIQUE LIVRE II LE BRAHMÀNDA.OU UNIVERS INTÉGRAL A M. Camille Flannnarz‘on. « Autour du point, un cercle de fer tournait si vite, qu’il aurait dépassé le . mouvement le plus prompt à faire le tour du monde. « Il était entouré d'un autre, et celui ci d’un troisième. puis d’un quatrième, d’un cinquième et d’un sixième.
« Audessus d’eux tournait le septième, d‘une si grande étendue, que la messa gère de J unon serait trop étroite pour le contenir tout entier.
« Ainsi du huitième et du neuvième; et chacun d’eux avait un mouvement plus lent selon que son chiffre était plus éloigné du premier, « Et celui—là avait la flamme la plus limpide qui était plus éloigné que la pure étincelle, par la raison, je crois, qu’il s’assxmile plus à elleæ» DANTE ALIGHIERI, le Paradis, chant XXVIlI. -».:r" | _‘.__»v- ...-ZE - ' .l. 'a
DES GLOIRES DANS DES GLOIRES 7 CHAPITRE PREMIER L’UNIVERS DANS L’ESPACE A l’heure où descend l’harmonieux silence des étoiles ; lorsqu’à force de nous sentir regardés par tous ces yeux d’extase, nous nous souvenons presque d’avoir scintillé avec eux, et que de notre âme exilée rayonne une quiétude infiniment douce et triste, en réponse à cette promesse d’immortalité émanée de milliards de lieues et de millions d’années; emportés sur les deux ailes de la science et du rêve, après avoir ré— solu en une poussière d’astres les blancheurs argentées du zénith, après avoir deviné autour de chaque soleil le tourbillon d’invisibles planètes, après avoir tranchi les limites de notre nébuleuse et touché celles de notre imagination, lorsque nous revenons terrifiés au globe qui semblait osciller sous nos pieds, à peine encore avons—nous effleuré l'écume de l’abîme, entrevu la surface de l’infini : en découvrant sous ces voiles lactés la vie et l'âme universelles, la connaissance intégrale septuplera notre extase.
Tout ce qui peut tomber sous le plus subtil de nos sens et ses prolongements artificiels, depuis les nébu Iosités télescopiques d’autres univers iusqu’aux mi— croscopiques cellules de notre propre organisme, re présente un seul plan de la conscience totale. un m * .\ , .-.. -- W '""“'“' ...M—w . ,. -.. _._u... . . . 7.5» _,._31—- "--—-’ ' n.
8 L‘lNlTIATION échelon unique de l'existence réelle. Au-dessus de cette distance vertigineuse, au—dessous de cet espace perceptible, au dedans de ces trois dimensions im menses se creusent des séries de biqivers, de trinivers et d’omnivers,par delà lesquels l‘esprit se plonge et se perd dans la profondeur métaphysique du véritable infini (I).
Les astres ne sont pas d’inertes boulets lancés à travers la désolation universelle, mais des Pégases ailés et fougueux visitant en bonds d’éternité les tout-puis sants éthers de divers Olympes :lotus flottants sur l’océan sans bornes, ils s’épanouissent à chaque nou velle aurore dans le sein de ces dieux inconnus soup çon nés par Edgar Poe au delà de notre espace.
La terre, qui traverse parfois des chevelures de comètes sans que notre atmosphère en soit même parfumée, fran chit continuellement des substances autrement sub— tiles sans que les astronomes perçoivent leurs in fluences redoutables. Seul, l’astrologue sent passer les dieux sur les forêts en fleur et les champs de carnage ; et les cataclysmes géologiques lui indiquent leLrenver sement des célestes dynasties.
Telle une face divine en quelque peinture mystique, notre planète fend l’azur, nimbée d’auréoles graduées et vêtue de glorieuses transparences. L'océan voile en partie sa grave et ferme nudité, que jadis il enve loppait tout entière. Au-dessus flotte la légère tunique de l’air, l’atmosphère, nourrice du feu terrestre, dia phane aux feux célestes. Puis vient le manteau bleu —_ I (i) Para-brahm, l’au-delà de l’extension.
DES GLOIRES DANS DES GLOIRES 9 de l’éther, opaque pour la conception ésotérique des anciens, mais à travers lequel nous découvrirons les éléments ésotériques, rayonnant dans l’invisible en sphères oubndes concentriques de plus en plus vastes etgde moins en moins denses.
' Simples subdivisions de l’élément sensible (r), la terre, l’eau, l’air et le feu vulgaires se retrouvent dans le corps humain sous forme de solides, de liquides, de gaz et de chaleur; mais des émanations spectrales, des gloires de plus en plus subtiles et dilatées, appe— lées par les Brahmines reflets ou enveloppes (2), irra dient aussi de notre forme grossière.
A celle-ci cor respond l’enveloppe de nourriture (3) ; quelques savants modernes ont constaté l’existence et même les dimensions de notre enveloppe de souffle (4) ou corps astral ; puis vient la sphère mentale (5) et, plus vaste encore, la sphère de conscience (6) ; enfin l’orbe de béatitude (7) rayonne vers la nuit de l’au-delà, arche d’autres futurs possibles.
Tous les êtres sont ainsi constitués et le moindre atome possède ses atmosphères transcendantes comme le soleil le plus glorieux.
Pour la science, tout être vivant naît d’un œuf : pour nos philosophes, tout être, (l) Priz‘hm‘, la terre alchimique, jusqu’aux limites de l'état gazeux, aux gaz dont les moindres traces se révèlent à l’odorat (Gandha) : le monde de la génération I;Oupashta). (a) Maya—kosha, fourreau—image. (3) Anna-maya-kosha. (4) Prâna-maya-kosha. (5) Mano—maya-kosha. (6) Vidjgnyagna-maya-kosha. (7) Ananda-maya-kosha. .-;üu »»»*“"‘
10 L’lNlTIATION organisme ou nébuleuse, est un œuf; un germe enve loppé de ses vésicules germinative, vitelline, albumi neuse, et de la coquille ;ou encore une matrice dans laquelle dort le fœtus, entouré par l’amnion, le sac ombilical, l’allantoïs et le chorion. Ces contenants et contenus (i) sont les substances ou principes (2) des individus; dans l‘univers, nous les appelons es sences (3), modes (4) ou éléments (5). .
L’horizon de pareilles conceptions, commun à tous les atomes et à tous les mondes, est ce fameux cercle dont le centre est partout, mais dont la circonférence n’est nulle part.
La sphère la plus vaste, la plus du— rable etla plus subtile que l’on puisse concevoir comme appartenant encoreà un être donné constitue la limite ' de son individualité, de sa grandeur etde son immorta lité, son œuf de feu (6) ou corps causal (7); en elle viennent se résoudre les clichés des diverses phases de cet être, purifiés à l’infini par leur passage à travers les couches intérieures ;)commencement de toute ma nifestation centralisée, elle représente l’éternel total de l’individu dont les divers aspects ou personnalités se succèdent dans le temps triple.
Les globes situés à l’intérieur de ce halo de lumière sont de moins en moins glorieux et de moins en moins (1) Bain: et dehi; sharira et sImriri. (2) Oupadhi, véhicules; roupa, formes. (3) Talliua, états d’être. (4) Tanmatra. mesures ou dimensions. (51 Bhouta, ne pas confondre avec les corps simples de la science. (6) Tédjasi-roupa, le corps glorieux. (7) Karàna-sharira.
DES GLOIRES DANS DES GLOIRES Il durables ; leur absence et leur présence deviennent périodiques.
Nous disons d’un être réduit à sa gloire inextinguible (1) qu’il est en liberté (2) ou en solu tion (3) si dans l’enveloppe de feu existe une sphère aérienne (4), l’être est plongé dans l’extase du pa radis (5); le purgatoire (6) est son immersion dans une aura liquide (7); enfin la présence d’un noyau phy sique (8) fait dire qu’il est incarné ou lié (9), qu’il vit dans le monde élémentaire (10).
Le nombre des sphères est au complet pendantl’in— carnation; de sorte que l’homme est à la fois un animal sur terre, un fantôme dans le monde astral, un ange dans le ciel, et Dieu dans l’univers; et pour se sentir tel, et pour s’assurer de la réalité de ces mondes inconnus, il lui suffit d’élargir sa conscience, actuellement concentrée dans la matière et immergée dans le corps, depuis la plante des pieds jusqu’à l’ex trémité des cheveux.
La volonté permet à quelques uns, pendantla vie, et la nature réserve à tous, après la mort, cette expérience.
La mort est l’expansion-de chaque être dans les gloires planétaires, jusqu’à la‘ limite de son mérite, dont l’épuisement détermine une nouvelle compacfion, création ou renaissance de cet ' * 1m Me (x) Nirväna, tranqurllité à l’abri du soufile. (z) Moksha, celui «qui l’atteint s’appelle un Moultti. (3) Laya. , (4) Vayor—mapa. (5) Swarga ou Sueur—laize, le Déræhm Thibétains. (6) Bhouvar-lolra, Kama-lo/m, Yama-lo/sa. (7) Apo-roupa, Linga-sharira, corps astral, Tchaya. (8) Prfihvi—roupa, Sthoulæslmn’ra, Kêy‘a. (g) Baddha. (10) Bhour-loka. . e.- " ie_ .
12 L’INITIATION être. La sphère du feu formant la limite normale de la conscience humaine, et le cycle intégral de chaque incarnation franchissant deux fois chaque aura ter restre, à l’aller et au retour, le voyage ordinaire com porte sept étapes. Sur la lyre à sept cordes, les initiateurs ont chanté ce septuple pèlerinage, et le chant immortel vibre à travers les siècles.
Dans le mode aigu qui descend de l‘empyrée à la terre, ils ont dit comment la Monade ou être en liberté se contracte et s’alourdit successive— ment dans l’orbe immense de Saturne, aïeul des dieux et prince de l’âge d'or, puis dans le cercle éthéré de son fils Jupiter, roi bienfaisant de la race d’argent, et enfin dans la sphère dont le symbole est Mars, san glant et abhorré, porte d’airain de notre prison de fer.
Dans le mode grave, qui s'élève de notre monde cor ruptible au ciel des fixes, ils ont vu l’être délivré, le pudique lotus s’épanouirv sous la lumière croissante de la lune ambiguë, se dilater jusqu’à l’océan d’amour où surgit l’adorable Aphrodite, jusqu’aux profondeurs mentales que parcourt rapidementle conducteur ailé des âmes, le radieux Hermès, jusqu’au soleil dont le globe immense éclaire et remplit l’étendue de sa lu mière (i).
Le sens intégral de la tradition s’étant perdu dès une époque très reculée, on a appliqué aux planètes visibles les purs symboles des plans invisibles. Beau coup plus tard, une bizarre numération s’ajouta à (1) Voir l‘Almageste, de Ptolémée, ou le Songe de Scipion, de Cicéron. .-.-..‘
DES GLOIRES DANS DES GLOIRES 13 cette première confusion, l’empyrée infini et son centre, le soleil, devinrent le zéro; le caducée ou chiffres fut attribué à Mercure, qui auparavant repré sentait l’être en ascension dans la sphère de feu; l’être enascension aérienne reçut pour symbole le signe de la génération, la croix sous le cercle, le chiffre 2 ou Vénus; l‘être en ascension aquatique fut représenté parla lune, qui, n’étant qu’un satellite, perdit son chiffre ; la terre, séjour de l’être en stabilité physique, cessa d’être considérée comme une planète.
Enfin l’être en descente dans l’eau, l’air et le feu antérieurs a été figuré par Mars, Jupiter: et Saturne, ou les nombres 3, 4, 5, comme on peut s’en convaincre en comparant les formes des chiffres et des symboles. L’erreur géocentriqùe a pris pour centre du monde le point le plus bas, ou plutôt le plus actuel, du cycle de l’évolution intégrale. Nombreuses et variées sont les populations sur les quelles règnent les dieux planétaires.
Nos compagnons terrestres, aquatiques et volatiles sont des élémen taux(l)du premier degré seulement, promenant leur liberté relative, essor d’aigle ou rampement de tortue, dans leslimites de l’attraction terrestre. Ilexiste uneeau seconde, un air second, avec leurs créatures appro priées, et au delà encore des éléments et des êtres de troisième ordre.
Dans ces éthers plus purs, aux hori zons plus larges, glissent, silencieux et invisibles pour nous, enchaînés cependant à notre pesanteur corporelle, les doubles, triples et quadruples de nous (x). Bhouta, habitants des éléments.
14. L‘INITIATION mêmes et de tous les êtres vivants. En outre, les êtres désincarnés ou extériorisés, les humanités de l‘eau, de l’air et du feu, montent et descendent entre le ciel et la terre, sans autres entraves que l’attraction des sphères correspondantes.
Chacun de ces orbes ter restres contient enfin sa population autochtone, gnomes, ondines, sylphes et salamandres, toutes les fées et toutes les déesses, tous les démons et tous les_ dieux qui président aux mystérieuses fonctions de la planète.
Penchée par sa chevauchée circulaire autour du soleil, la terre, enveloppée de ses multiples cerceaux lumineux, effleure de fréquents et ineffables contacts les atours non moins étincelants de ses partenaires. Le soleil, coryphée* de ces Valkyries planétaires, enveloppé avec elles dans la poussière del'arène, pos sède d’ailleurs bien d’autres écuyères que les planètes connues de la science.
Outre les mondes solides, de Mercure à Mars, et les globes liquides au delà de Jupiter, il existe des planètes d’air et des planètes d’éther, que l'homme ne voit pas, mais dont le sage peut entendre l’harmonie. Enfin des sphères occultes, désincarnées ou immatérielles, tournoient dans les auréoles transcendantes du système solaire, eau, air et feu troisièmes, à une distance prodigieuse.
Nos maîtres ont prédit qu’on entendra ces astres avant de les voir. Le système solaire intégral est lui-même une des innombrables poussières d’or visibles dans notren nage nébuleux, tandis que d’autres, invisibles et bien plus nombreuses encore, flottent dans le vaste embra
LES HUMBLES ENTRE LES HUMBLES 15 sement de la voix lactée. La nébuleuse possède aussi ses colossales auréoles, et ces éléments de quatrième ordre rentrent à leur tour dans quelque synthèse plus vaste.
Chaque sphère supérieure pénètre et dépasse les sphères inférieures, chaque gloire individuelle est l’étincelle d’un loyer collectif, chaque tunique aban donnée est remplacée par un vêtement plus ample et plus diaphane: toute étoile qui s’éteint disparaît dans une immense aurore. L’omnisphère (r), rayonnement commun de toutes les petitesses, reste tou;ours au delà de toutes les grandeurs.
Qu’un bond formidable précipite notre pensée à l’autre extrémité de l’être. elle verra dans la molécule un système cosmique comme dans la nébuleuse une moléculecéleste. Hommes, animaux, végétaux, miné— raux sont à la fois composants (a) du corps ou de l‘esprit planétaire et composés (3) de parties infinité— simales, appelées centralités matérielles (4.) ou spiri tuelles (5}, selon qu’on les envisage comme points sensibles ou sphères intégrales.
Tous ces cristaux, toutes ces cellules possèdent leurs gloires et peuvent se décomposer en éléments plus minuscules en core. Les molécules semblent former la limite de la décomposition physique : les atomes (6) ne pouvant être perçus par nos sens ni par leurs prolongements artificiels, ne pouvant être soumis à l’épreuve du (r) Brahmanda, l’œuf de l'infini. çz) Anifllmsa. (;3)‘ Maltâmsu. (4) Djaddmsa. (5) Djiwmsa. (6) Anou. l, 'x.
16 L’INITIATION creuset ni de la balance, échappent au domaine sen sible : ce sont de pures abstractions métaphysiques, de conception hindoue; seulement, entre la molécule . scientifique etl'atome des Brahmines, il y a place pour bien des degrés intermédiaires.
La cohésion retient ensemble les molécules d’une pierre comme les astres du ciel : les molécules ne se touchent pas plus que les étoiles, et une vue plus par faite franchirait l’illusoire solidité du corps le plus dense, comme la nôtre passé à travers la voie lactée.
Si, modifiant l‘attraction par un de ses sosies, nous chaufl'ons un morceau de métal, la vibration perpé— tuelle de ses molécules s’accentuera : elles s’écarte ront'les unes des autres, elles rouleront les unes au tour des autres, elles se repousseront mutuellement et s’échapperont de toutes parts. Le corps solide aug— mentera de volume ; liquide, il brisera tous les moules ; gazeux, il tendra à remplir tout l’espace.
Supposons que notre alchimie, ayant établi son la— boratoire dans les autres interstellaires, puisse ofl‘rir à la croissance impatiente de son nourrisson une somme indéfinie de chaleur et d’espace, et examinons la conduite externe et intime de notre gaz métallique.
A force de se repousser mutuellement. ces molécules finiront par se trouver suffisamment éloignées les unes des autres, et jouiront de cette liberté relative que possèdent sans doute les gouttes d’air placées à la limite de notre atmosphère. En même temps, cet évadé de notre porte-monnaie occupera dans le ciel une place immense. Sans lui laisser de répit, appelons dans nos souf 4L-LI
LES HUMBLES ENTRE LES HUMBLES 17 flets imaginaires toutes les tempêtes de l’abîme. Bon dissant sous ce nouvel éperon, la substance en délire s’élancera vers de nouveaux espaces. Elle grandira encore, mais au Prix de la rupture de ses globules sanguins. Les molécules se briseront en sous-molé cules de second, de troisième, de quatrième ordre, gagnant sur chaque plan en puissance dynamique ce qu’elles perdront en importance corporelle.
Elles se rapetisseront en invisibles de matière radiante, en impondérables d’électricité, en infinitésimaux de lu mière ; diminuant du point mathématique au point métaphysique,elles perdront toute existence matérielle et s’identifieront au vide. Sur la limite de nos concep tions, elles seront les atomes de l’occultisme, dont le nom même est synonyme d’espace (t).
La matière s’est résolue dans le vide par une double réduction à l’infiniment petit et à l’infiniment grand ; car notre balle d‘acier primitive, colossal brouillard de feu, étendra désormais son incendie du zénith au nadir ; devant la vision de lointains contemplateurs, elle traversera la route nocturne comme une de ces torches cométaires dont toute la substance tiendrait dans un dé à coudre; plus immense et plus lointaine encore, elle apparaîtra comme une pâle nébuleuse: son alchimiste même ne percevra plus autour de lui qu’une incertaine lueur, puis rien que l’obscurité plus profonde.
Grandissant toujours, elle épanchera cette invisibilité dans l’espace entier, elle se fondra en (i) Anou, ou Amyamsam-aniyasam,le plus petit d‘entre les petits, est une épithète de Brahma. (a
18 L’INIT1ATION vide physique (I),puis en néant métaphysique (2),car le dernier terme de cette expansion et de cette subti lisation ne saurait être, d’après le Brahmanisme, que l’annihilation du contenu dans le contenant, la dis parition de la matière dans l’espace même. « Toute la science occulte est basée sur la doctrine de la nature illusoire de la matière et dela divisibilité infinie des atomes.
Mais si chaque objet ou individu naturel est susceptible de division et par là perd son unité, il n’en est ainsi que dans le monde illusoire. Dans le royaume des sciences ésotériques, l’unité di visée à l'infini, au lieu de perdre son unité, se rap proche à chaque division des plans de l’unique réa— lité éternelle. L’œil du voyant peut la suivre dans toute sa gloire prégénétique, et concevoirl’unité indi visible.
La réalité du monde manifesté est composée pour ainsi dire d’une unité d’unités immatérielles (pour nous) et infinies: ce sont les monades de Leib nitz et les Djz‘va de l’occultisme oriental. Comme dit Mertz: « Leibnitz ne pouvait se contenter d’affirmer que la matière est composée d’un nombre fixé de très petites parties.
Les atomes pour lui perdaient leur extension et ne gardaient que leurs propriétés de ré sistance ; ils devenaient des centres de force, des points mathématiques. Mais si leur extension dans l’espace n’était rien, leur vie intérieure n’en était que plus intense, extension infinie dans le sens de leur (I) Akasha, le vide interstellaire. (a) Brafim, le vide imerdivin. ,.__,.——_—__,_—-‘ ,,_,v.__ _'_..
LES HUMBLES ENTRE LES HUMBLES 19 dimension mathématique.
Comme un cône, placé sur sa pointe, ou bien une ligne, coupant perpendiculai rement un plan en un point mathématique, peuvent néanmoins s'étendre indéfiniment en hauteur ou en profondeur, ainsi les essences des choses réelles n’ont qu’une existence ponctuelle dans le monde de l’es— pace physique, mais possèdent une profondeur in finie de vie intérieure dans le monde métaphysique dela pensée. » Chaque particule, que vous l’appeliez organique ou inorganique, est une vie.
Le semblable doit pro duire le semblable; la vie absolue ne peut produire un seul atome inorganique, simple ou complexe; il y a de la vie même en laye, de même qu’un homme plongé dans une profonde catalepsie est toujours vi vant, bien que pareil à un cadavre. La science nous enseigne que les organismes vivants ou morts de l'homme et des animaux sont envahis par des cen taines de bactéries de diverses sortes.
Nous sommes menacés du dehors, à chaque inspiration, par une invasion de microbes, du dedans, par des leuco maïnes, œrobes, anœrobes et bien d’autres. Mais la science n’a pas encore été jusqu’à affirmer, avec la doctrine occulte, que nos corps aussi bien que ceux des animaux, des plantes et des pierres, sont eux— mêmes entièrement construits de tels êtres, qui, sauf les plus grandes espèces, ne peuvent être découverts par aucun microscope. AMARA‘VELLA. (A suz'ure). .n. .-—‘1 a n. .,,.A,.,À..._.II -. » «1...!
'”-‘ “ ET l’ignorance en matière de religion « Si un aveugle conduit un autre aveugle, ils tomberont tous les deux dans le fossé. n (Ev.) En conformité aux décrets d’Ur bain V111, l’auteur se soumet d’avance aux jugements de l'Église catho lique en matière de surnaturel. « La direction des sociétés modernes appartient à la science. Tout présage qu’elle lui appartiendra de plus en plus.
Rien, par conséquent, ne nuit plus aujourd’hui à la salutaire influence du clergé que l’ignorance ou l’erreur chez les prêtres (2). » Rien ne nuit davantage aussi et surtout à l’évolu— tion du salut. Cette ignorance et cette erreur, voilà le cléricalisme que l’on peut définir : « la profession égoïste et sec taire d'un rétrécissement systématique de l’idéal ».
Le cléricalisme affecte toutes les couleurs et toutes les (1) Ces lignes inspirées par la méditation et l'étude des maîtres n’ont pas d’autre prétention que d’être de simples impressions. (z) L’abbé de Meïssas, Observations sur un mémoire de l’abbé Arbellot, I88I.
IMPRESSIONS SUR L’ÉGOISME 21 nuances; il est partout la putréfaction lente de l’idée; c’est le grain de sable qui obstrue, ralentit et arrête; c’est l’avortement qui voue à la renaissance, l’échec qui oblige au recommencement.
Si le cléricalisme social et politique est grave parce qu’il avilit les idées rectrices transcéndantes qui de vraient être l’âme des constitutions sociales, le cléri calisme religieux est plus grave encore parce qu’il ferme aux esprits d’élite la voie du Principe, perpétue la puissance du diable dans le monde, en mettant à son service son aliment le plus cher, « I’attract moyen, » fruit logique de l’ignorance et de la mol lesse, et en présentant aux ruses de sa domination insidieuse un eggrégore médiocratique voué à tous les vents du grand courant astral, protéen et multi forme.
' C’est au cléricalisme pharisai‘que que Notre—Sei gneur Jésus—Christ a dit : « Vous prétendez dérober aux hommes la clef du Royaume des cieux que vous fermez ; vous n’y entrez pas et vous empêchez les autres d’y entrer. » C’est à la médiocratie cléricale que le divin Mâître a dit aussi : « Plût au ciel que vous fussiez froids ou chauds; mais parce que vous êtes tièdes, je vous rejet terai de ma bouche. » v Royaume des Cieux! Bouche du Seigneur!
Portes éternelles qu’ouvrira la Foi et vers lesquelles l’intelli gence doit déployer ses ailes dans l’ouragan pacifique de l’amour, nous ne saurions trop aiguiser notre esprit pour percer le triple voile qui vous défend du souffle écœurant des tièdes, et, afin d’éviter l’ornière
2 2 L’INXTIATION qui détourne de vous, nous devons construire la route qui mène à vous.
Avant d’aller plus loin, nous rapporterons quelques extraits de saint Denys l’Aréopagite sur: 1° Dieu considéré comme l’Absolu, En Soph; 2" l’action de Jésus-Christ dans le monde ; 3° l‘Initiation primitive considérée comme lumière émanant des sphères « spirituelles » ; 4° l'Initiation chrétienne acquise par la vertu des sacrements et par l’entremise des initiateurs (les prêtres) appelés par saint Denys « dis pensateurs sacrés des trésors divins » ; 5° enfin, l’ap préciation de saint Denys sur le prêtre qui ose exer cer les redoutables pouvoirs du sacerdoce et de l’initiation sans être, lui-même, un illuminé.
Nos lecteurs nous sauront gré de ces citations brèves, nous en sommes persuadé ; elles éclaireront beaucoup ces lignes,et nous déclarons les avoir textuellement rapportées d’après la traduction des œuvres de saint Denys l’Aréopagite par l’abbé Darboy, qui fut plus tard archevêque de Paris.
THÉOLOGIE MYSTIQUE (Ch. v, in fine) « Dieu n’est ni âme ni intelligence; il n’a ni ima gination, ni opinion, ni raison, ni entendement; il n’est point parole ou pensée, et il ne peut être ni nommé, ni compris : il n’est pas nombre, ni ordre, ni grandeur, ni petitesse, égalité ni inégalité, simili tude ni dissemblance; il n’est pas immobile, pas en mouvement, pas en rep05. Il n’a pas la puissance et
IMPRESSIONS SUR L’ÉGOISME 23 n’est ni puissance ni lumière. Il ne vit point, il n’est pas la vie. Il n’est ni essence, ni éternité, ni temps. Il n’y a pas en lui perception. Il n’est. pas science, vérité, empire, sagesse. Il n’est ni un, ni unité, ni divinité, nibonté. Il n’est pas esprit, comme nous connaissons les esprits, il n’est pas filiation ou paternité, ni aucune des choses qui puissent être comprises par nous ou d‘autres.
Il n’est rien de ce qui n’est pas, rien même de ce qui est. Nulle des. choses qui existent ne le. connaît tel qu‘il est, et il ne connaît aucune des choses qui existent telle qu’elle est. Il n’y a en lui ni parole, ni nom, ni science. Il n’est pas ténèbres ni lumière, erreur ni vérité.
On ne doit faire de lui ni affirmation, ni négation absolue,et, en affirmant ou en niant les choses qui lui sont inférieurs, nous ne sau rions le nier ou l’affirmer lui-même, parce que cette parfaite et unique cause des êtres surpasse toutes les affirmations et que celui qui est pleinement indépen dant et supérieur au reste des êtres surpasse toutes nos négations. » LETTRE IV'A CAIUS « Jésus»Christ accomplit les œuvres divines, non seulement comme Dieu, et les actions humaines non seulement comme homme, mais Dieu et homme tout ensemble; ilfit connaître au monde un mode d’agir nouveau: l’OPÉRATION THÉANDRlQUE. » INITIATION PRIMITIVE D’APRÊS SAINT DENYS (Traité de la Hiérarchie ecclésiastique) « La sainte hiérarchie des natures célestes n’a IL...‘I "‘ *""‘.M‘ - r m.
24 _ L’lNITIATiON d’autre sacrement que la pure et intelligible connais sance de Dieu et des choses divines, au degré où elles en sont capables, et également un état proportionnel de conformité et d’assimilation à la divinité.
Là sont illuminateurs et maîtres en la sainte perfection les esprits les plus proches de Dieu; car, avec bonté et discrétion, ils font parvenir aux ordres subalternes les augustes lumières que leur donne directement la divi nité, perfection essentielle et source de toute sagesse créée. Les rangs inférieurs à ces matières suprêmes, étant élevés par elles à la grâce de l’illumination divine, sont des initiés et doivent être nommés tels.
Après cette hiérarchie surhumaine et toute céleste, Dieu donna à l’humanité une lumière appropriée à ses débiles regards, dissimulant la vérité sous d’im parfaites images bien éloignées de la pureté des origi naux, sous d’obscurs symboles et des énigmes pro fondes dont le sens se découvrait à peine. Dans cette hiérarchie de la loi, le mystère, la grâce, c’est que l’homme était élevé à l’adoration spirituelle de Dieu.
Les chefs sont ceux qui furent instruits dans la science du tabernacle par Moïse, premier ini tiateur et maître des pontifes anciens. Car, retraçant le tabernacle spirituel dans la hiérarchie qui préparait la nôtre, il nomma toutes les cérémonies légales une image de l’exemplaire qui lui avait été montré sur le Sinaï.
Les initiés sont ceux qui, aidés par les sym boles sacramentels, s’élevaient, selon leurs forces, à une plus parfaite intelligence des mystères.
' IMPRESSIONS SUR L’ÉGOISME 25 INITIATION CHRÉTIENNE PAR LES SACREMENTS (Extrait du même ouvrage) « Voici quelle est la divine énergie de nos augustes sacrements : « Leur première puissance est de purifier les pro fanes; « La seconde, d’initier à la lumière ceux qui furent purifiés; « La troisrème et dernière qui résume les précé dentes, de consommer les initiés "dans la science des mystères déjà entrevus.
« Les ministres sacrés composentla seconde distinc tion hiérarchique: celle des dispensateurs sacrés des trésors divins.
Or, au premier degré, ils purifient par les sacrements les âmes encore étrangères à la sain teté ; puis, au deuxième, ils illuminent les initiés, et, au.dernier et suprême degré de la vertu sacerdotale. ils perfectionnent les pieux illuminés dans l'intelli gence des lumières qu’il LEUR FUT DONNÉ DE CONTEM PLER. ” « Enfin, on trouve également, chez les initiés, un triple degré. Au premier, ils sont purifiés.
« Au deuxième et après la purification, ils sont illu minés et admis à contempler quelques-uns des mys— tères. « Dans le troisième et le plus élevé de tous, ils sont enrichis de la SCIENCE PARFAITE des splendeurs dont ils furent inondés. » - LETTRE {X A L’ÉVËQUE TITUS Au reste, il faut observer que les théologiens ont
2 6 L’iNÏ‘I‘IATION une double doctrine : l’une secrète et mystique, l‘autre évidente et plus connue; l’une symbolique et sacra mentelle, l’autre philosophique et démonstrative. LETTRE 8 DE SAlNT DENYS L’ARÉOPAGITE AU MOINE DÉMOPHILE (extrait) « Eh quoi ! direz-vous, on ne saurait donc re prendre les prêtres qui manquent de piété ou com mettent quelque autre faute dans leur ministère !
Il sera permis, à ceux qui se glorifient dans la loi, de déshonorer Dieu par la transgression de la loi! Les prêtres ne sont—ils pas les interprètes de Dieu, et com— ment donc iront-ils annoncer au peuple les vertus divines qu’ils ignorent eux-mêmes? Commentpourra illuminer celui qui est enveloppé de ténèbres P Et donnera—t-il le Saint-Esprit, celui qui ne croit pas au . Saint-Esprit, ni dans sa conscience, ni dans sa con duite ?
« Je répondrai à ces objections sans détour. « Les ordres quienvironnentimmédiatementladivi mité ont plus de conformité avec elle que ceux qui s’en éloignent; et les choses plus proches de la vraie lumière sont aussi mieux éclairées et plus lumineuses. Mais vous comprenez qu’il ne s’agit pas ici d’une proximité locale, mais bien de l’aptitude avec laquelle les esprits se présentent à Dieu.
Si donc le pririle‘ge d’illuminer est dépolu aux prêtres, l’ordre et le pou— voir sacerdolal n’appartiennent pas a' celui qui ne peut conférer la lumière. ' « Je trouve donc grandement téméraire quiconque, en cet état, usurpe les fonctions sacrées et ne s’abstient m_ ,W.-MWN :.. M n.._.-,.e-__. 4_,.,... , N... i..,. .,
IMPRESSIONS SL'R L'ÉGOISME 27 .p_«: ; pas, par crainte ou par pudeur, de toucher à des mys tères dont il n’est pas digne, et, pensant que Dieu ignore ce que sa propre conscience connaît, essaie d’abuser celui qu’il nomme hypocritement, son Père, et ose, enfin, au nom du Christ, prononcer, sur le pain et le vin mystiques, ses impures malédictions; car je ne nommerai jamais cela une prière.
Non, as surément non! un tel homme n‘est pas un prêtre; c’est un ennemi, un fourbe qui se fait à lui-même il lusion, c’est un loup armé d’une peau de brebis contre le troupeau du Seigneur (I). » * 44 Le grand œuvre à parfaire (2), nous le connais sons, tous les mythes, tous les symbolismes, toutes les religions nous l'ont dit : c’estla réintégration de la monade humaine dans l’unité divine; la transmigra— tion définitive des esprits incarnés, des réseaux de l’illusion objective dans la sphère de la réalité sub jective; le retour du mouvement au moteur, le salut par la naissance spirituelle qui enlève l’esprit aux mobiles vicissitudes du temps pour le rendre à l’im—‘ mobile contemplation, à la paix silencieuse et éter— nelle de Dieu. (I) C’est, sans doute, dans l’ignorance profonde de tels ensei gnements que des prêtres, qui passent pour théologiens, _se croient autorisés à dire 'et à écrire que la religion catholique n’a pas d'ésotérisme. (2) On lira avec intérêt dans Martines de Pasqually, par Pa pus, le résumé des idées de Martines, de Saint-Martin, de Bœhme, sur la chute et la réintégration, et son très utile com— plément : Martinésisme, Martinisme, Willermosisme, etc., qui montrent le caractère très chrétien de ces mystiques illuminés.
28 L'INITIATION « Toutes choses obéissent à la loi du mouvement — a dit saint Thomas, le docteur angélique ; — or, tout mouvement suppose un moteur. L’immobilité est‘l’attribut essentiel du moteur, autrement il serait lui-même un mouvement.
Dieu est donc essentiel et fixe. » Ce raisonnement péripatéticien indique bien la qualité de l’Inefl‘able que « personne n’a jamais vu, nous dit saint Jean, mais dont le Verbe (en mouve— ment) a manifesté la splendeur ».
Saint Bonaventure, le docteur séraphique, semble compléter à souhait le raisonnement de saint Tho mas, lo_rsqu’il nous dit: « Dans notre condition ac— tuelle, l’universalité des choses est l’échelle par la quelle nous nous élevons jusqu’à Dieu. Pour parve— nir au Premier Principe, Esprit Suprême et Éternel, il faut que nous prenions pour guides les vestiges de Dieu, temporels, corporels et hors de nous, c‘est-à dire spirituels.
Cet acte s’appelle être introduit dans la voie de Dieu. Il faut, ensuite, que nous entrions dans notre âme, image de Dieu, éternelle, spirituelle, et en nous. C’est là entrer dans la vérité de Dieu. Mais il faut encore qu’au delà de ce degré nous attei gnions l’Éternel, le Spirituel Suprême , au—dessus de nous, contemplant ce Principe Premier. C’est là se ré— jouir dans la communion de Dieu et l’adoration de sa Majesté.
« Je n’est pas, ajoute le pur mystique, à une cul ture intellectuelle laborieuse et incomplète qu’il faut demander la connaissance du vrai en toute chose, mais au rétablissement de la pureté la plus parfaite / l . .. ..WrMæ_;lm»,’w|m:flm 1';;vÙAÎ>)Î:;.’M;WV’fl"Î-VIËI . :»‘ Wr * AWM1w—.M
IMPRESSXONS SUR L’ÉGOISME 29 dans le cœur, au retour de l’homme aux véritables conditions qui l’unz’ssaz‘ent à Dieu avant la chute (i). » C’est ainsi que nous lisons dans la Voix du Si—\ lence(2) : « O aspirant! sois humble si tu veux at teindre la Sagesse, sois plus humble encore si tu as conquis la Sagesse. Sois comme l’océan qui reçoit tous les ruisseaux et rivières et dont le puissant calme reste immuable et ne les sent pas.
« Réprime, par ton soi divin, ton soi inférieur ; ré prime le divin par l’éternel. Grand est le meurtrier du désir; plus grand, celui en qui le Soi divin a tué jusqu’à la connaissance du désir. Surveille l’inférieur de peur qu’il ne souille le supérieur. La voie de la li berté finale est au dedans de ton soi.
Cette voie com mence et finit en dehors du soi personnel inférieur. » C’est cette voie que tous les révélateurs ont ensei gnée à la terre ;c’est cette route que Notre—Seigneur Jésus-Christ nous a ouverte par son enseignement précis et surtout son divin exemple ; c’est cette voie que tous, à quelque formule religieuse que nous nous rattachions, nous devons suivre, si nous voulons arri ver au but final.
« Ce but, nous dit Éliphas Lévy (3), c’est l’émancipation des lois fatales par l’adhésion libre au Vrai et au Bien, ce que l’Évangile nomme la naissance spirituelle. » Mais, lorsque, par suite de l’empire de nos passions, nous emportons avec nous des espérances illusoires de paradis inférieurs ou des (1) C’est dans ce sens que Notre-Seigneur Jésus-Christ adit: « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. » (2) La Voix du Silence, maximes recueillies et publiées par Amaravella. (3) Éliphas, Clef des grands mystères et Dogme. —_vv-nvi .,j_} .,»_ , ,._,_,.—...x.___‘ r <- »«.-
30 L’INITIATION restes d’affections terrestres, alors, « nous naissonsz avant terme à la vie spirituelle, inaptes à la vivre, la nature fait une fausse couche, ce qui nous expose à cette dissolution terrible appelée, par saint Jean, la seconde mort, et qui est la réabsorption dans le foyer de la nature », la vie plus ou moins longue et dou loureuse de l'âme dans la lumière morte où elle gèle et brûle, àla fois, en proie au chagrin d’avoir manqué le but un instant entrevu au moment du jugement particulier devant la face de l’abîme, à l‘horreur de ne pouvoir ni échapper aux obsessions plastiques parcequ’elle n’a pas d’ailes, ni s‘en repaître parce qu’elle n’a plus d’organes, état douloureux de purga toire et d’enfer auquel elle ne peut échapper qu’en rentrant, quand les signes célestes le lui permettent, dans le courant des forces extérieures qui la rendent, avec son destin, à la vie planétaire pour laliquidation de sa dette et jusqu’au paiement du dernier sicle, c’est—ä-dire jusqu’au renoncement au plus minime des désirs de la vie objective, raison d’être de Nahash, l’attract originel.
Le désir, en eflet,est la racine de l’être. Celui qui est rongé des désirs de Dieu s’élève en tige jusqu’à la vie éternelle, mais celui qui est obsédé du désir de vivre le cauchemar de la vie planétaire et sensible s’éloigne à jamais de l‘intelligible et, comme une pierre, retombe, sans cesse, au lieu d’où il aétélancé.
Parmi tous les sentiments qui relèvent des filets involutifs, l’amour physique est le plus pervers, le plus dangereux, le plus fatal, autant dire qu’il com— porte tous les autres et les englobe! «Anarchiste sans A,,... 1‘ ) -«.#:
IMPRESSIONS SUR L‘ÉGOISME 31 lois ni devoirs, dit Éliphas Lévy, ivresse irrésistible, « folie furieuse,vefiîgedela fatalité qui cherche de nou « velles victimes, ivresse anthropophage de Saturne; vaincre l’amour, c’est triompher de la nature entière; le soumettre à la justice, c’est réhabiliter la vie, en la vouant à l’immortalité.
Les plus grandes œuvres de la révélation chrétienne sont la création de la virginité volontaire et la sanctification du mariage. Tant que l’amour n’estqu’un désir et une jouissance, ilest mortel. Pour s’éterniser, il faut qu’il devienne un sacrifice, car, alors, il devient une force et une vertu » ( I).
Que penser des exotériques qui publient de petiteS‘ brochures intitulées : Au ciel on se reconnaît (2)”! des Eugénie de Guérin qui rêvent d'y retrouver leur perruche aimée ou leur chien favori ;que penser des prêtres qui encouragent de pareilles aberrations, que dis—je, qui les partagent même, qui les enseignent parfois?
De quel ciel nous parlent-ils donc; grand îâ‘flâîëkâkk (l) Éliphas, Clef des grands mystères. (2) Au ciel vrai, on ne reconnaît qu'une chôse : Le néant des aflections humaines et des attaches sensibles et l’obstacle téné breux qu’elles mettent entre nous et notre naissance au divin.
' [ci est la clefdes béaritudes promises : à l’esprit de la pau vreté, à la douceur, aux larmes, à la soif de la justice, au sens de la miséricorde et de la paix, à la pureté du cœur, à la souf— france pourla cause du vrai. (Saint Mail/1., v).
Le complément est dans (Saint Luc, vr) : « Malheur à vous, riches, vous êtes consolësl malheur a vous, rassasies, vous aurez faim! à vous, joyeux, vous pleurerez l à vous qui êtes applaudis, parce que les applaudissements des hommes sont le signe de votre men songe! » Il est impossible de désigner plus clairement la loi qui préside à la naissance etàla mort de l’âme au Divin.
Îbus engageons vivement à relire et méditer le beau travail de Sédir : Cours de mystique (Initiation, 15 fév. 1898). r, ,. A. ..\...,.._.._.——_ .\,__M_ .___... ‘—VW» . _ --.._—.. . . . n _ ;.,.g,.— x. .' _. ,x-. ._nni._.
3 2 L’iNITIATION [OCTOBRE _ Dieu !
Pas de celui de saint Bonaventure, assurément, pas du ciel d’un seul mystique digne de ce nom ; qu’il s’agisse de Champs-Élysées du paganisme ou des anti c_htones de Platon, soit; d’une des plus inférieures parmi les « nombreusesdemeures dela maison du Père» peut-être, mais, assurément,“ ne s’agit pas du Royaume intégral du Christ, car Notre-Seigneur Jésus-Christ nous l’a dit d’une manière claire,formelle,sans image, sans similitudes, sans parabole, sans voile d’aucune sorte : <{ Les ennemis de l’homme sont ses familiers (I).
« Je ne suis pas venu pour unir mais pour séparer le « fils de son père, la fille de sa mère, la belle-mère de « sa bru. Celui qui me préfère son père, sa mère, son « fils ou sa fille n’est pas digne de moi » (2). « Seigneur, dit un des disciples, avant de te suivre, « permets-moi d’aller d’abord ensevelir mon père. » Et Jésus lui répond impérativement: « Suis-moi ! et « laisse aux morts le souci d’enterrer lesmortsl » (3).
D’où il suit que la filiation et la parenté terrestres (1) C’est ce qu’exprime bien saint Ignace d’Antioche dans son Epitre aux Romains : _« Je crains votre affection, j’ai peur qu’elle me nuise :si vous faites le silence à mon sujet, je serai àDieu, mais si vous m’aimez selon la chair, il mefaudra retourneràla course...
Caressez les bêtes afin qu’elles me soient un tombeau et ne laissent rien de mon corps, de peur qu’après m’être endormi je ne devienne à charge à quelqu‘un; alors, je serai un véritable disciple de Jésus-Christ quand le monde ne verra plus même mon corps... Il n'est point une étincelleen moi qui aime la matière, mais une eau vive me parle, en dedans et me dit : Allons au Père I.. » (2)Matth., x, 34-37. (3)Malth., Vin, 21-22. L
1899] IMPRESSIONS SUR L’ÉGOISME 33 __‘—wq—" “0 ! ’ ’ n’ont rien de commun avec la filiation et la parenté célestes (t). ' Des parents inconnus de nous nous ont reçus à notre naissance terrestre, des parents également in connus nous recevront à notre naissanc'e céleste. Et il n’est pas difficile de se rendre compte de cette vérité.
Nous savons, en effet (en simple analyse), que notre entité relève de trois principes: l’hylique,le psychique, le pneumatique, autrement dit l’esprit, l’âme et le corps, quel’on peut encoredésigner ainsi: l’inconscient supérieur,vestige spirituelde Dieu, selon saint Bona venture, c’est aussi ce que le docteur séraphique entend par âme avec la tradition catholique qui ne la distin gue pas de l’esprit; l’inconscient inférieur, vestige corporel de Dieu, du même docteur ; et, enfin, le prin cipe intermédiaire, vestige temporel de Dieu, notre moi.
Il est facilede comprendre que nous ne possédons en propre qu’un seul de ces trois principes, le psychi que, et encore dans la partie seulement qui constitue l’individualité que nous nous sommes façonnée pen dant la vie à l’aide de nos organes de relation essentiel lement périssables.
C’est là cette âme dont parle Louis Lucas en la dé nonçant comme une résultante, une adaptation qui nous est propre et qui présente à l’éternité le flanc de sa ' responsabilité; ce n'est pas l’âme spirituelle véritable, mais le personnage, dit Plotin. Or, ce personnage, (t) Stan. de Guaïtaa effleuré cette question dans son remar— quable travail, Clef de la magie noire (Chamuel, éd.). a» ._.-.. 2
are-Î l .--..._._ , 3 4 L’INITIATION reflet d’un monde inférieur et transitoire, ne peut dé passer les limites d’un monde moyen également tran sitoire; c’est là, sans doute, que l’on peut se reconnaître et se rencontrer ; c’est là que l’homme peut retrouver sesfamiliers qui sont ses ennemis, selon la parole de Jésus, c’est là, dans ce monde moyen, que peuvent se prolonger les afiections terrestres même animales, mais ce n’est pas là le Ciel, le Royaume et l’Héritage, c’est le chemin de ronde des ténèbres extérieures, c’est le jardin illusoire où fleurissent les conceptions et les rêves de l’ego, chatoiement des replis de Nahash et péché d’Adam contre Dieu, le spirituel suprême et le principe premier, et contre son propre esprit, étin celle éternelle du Principe Inefiable.
La voie du ciel s’appelle: renoncement absolu à tout bien, à tout rêve objectifs sans exception,oc_cision du sensible,occision du mental,extirpation de la der nière des radicelles plastiques, abnégation complète du moi, fusion sans réserve avec le .902, Esprit saint promis dont le char fulgurant doit emporter les pneumatiques comme des traits de feu vers les immuables horizons del’éternelle et divine Synthèse.
Plus le sacrifice sera coûteux et sanglant, plus il sera méritoire et, sur ce point,les deux modes de réinté gration se confondent, car actifs et passifs, humbles et violents relèvent du double et fondamental précepte : « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre « esprit, de toute votre âme, de toutes vos [crées et « votre prochain comme vous—mêmes. Voilà toute la « loi et les prophètes. » L’actif ou le violent ne peut même pas être un or
IMPRESSIONS SUR L’ÉGOISME 35 gueilleux, car il sait que le trésor dévore le cœur. « Ubi thesaurus, ibz' cor » (I). Telle est la voie; les mystiques dignes de ce nom, à quelque époque, à quelque école qu’ils appartiennent, n’ont qu’une voix pourla désigner, celle du « Silence ».
On a compris et l’on sait par l’étude des analogies à laquelle nous invite la Table d'Émeraude, que les trois plans spirituel, psychique, matériel, qui sont le nœud gordien du mystère, s’enchevêtrent et ne sont séparés que par des incompatibilités d’ordre essentiel.
L’échelle dont parle saint Bonaventure, la même que ' J acob avait vuejen songe, est l’image de ces incompa tibilités qu’il faut éteindre pour passer des plans infé rieurs aux supérieurs, et l’initiation est le premier pas sur le sentier. Aussitôt, la loi de solidarité et de grou pement apparaît nécessaire. Par le fait même que l’on incarne en soi un idéal, on appartient àla catégorie de forces quicombattentpour le triomphe de cetidéal.
Il y a là une sorte de pacte qui se conclut tout seul et aux conséquences duquel on ne peut échapper qu’en laissant mourir la correspondance qui nous relie àcet idéal, et, alors, on subit le servageîd’une autre loi et l’on se rattache à d’autres groupements par la même voie spontanée (2). (r) Evang. (2) C'est ainsi que N.-S.
J.-C. a pu dire ces deux paroles qu semblent, en apparence, impliquer contradiction : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi » et ailleurs : « Celui qui n’est pas contre vous est avec vous. » Ce n‘est pas la, du reste, la.seule contradiction’que l’on peut relever dans son en seignement public.
Mais cette contradiction n’est qu'apparente, elle est voulue et méthodique et, d’ailleurs, très familière à tous. les Révélateurs . . k .._u...._ . \ . .,.,, . ,,. . .. ,/4’._, P... uv -' v" A ‘K M - , 1- - v. aWW“"
36 L’INITIATION Un initié seul conçoit que] abîme d’ironie se cache sous ce fromageux euphémisme «un libre—penseur »l C’est que, devant le barème formidable de l’invisible, le pavillon ne cache jamais la marchandise, triviale façon de dire qu’il ne suffit pas de se recommander de Jésus—Christ(r) pour entrer au « ciel» bras dessus bras ' dessous avec toute la ménagerie de ses affectivités réflexes.
C’est sur la pierre angulaire que la demeure doit être construite et cette pierre angulaire inébran lable, c’est la volonté exclusive du Père(2) et l’amour de tous dans la loi et l’idéal du Règne Divin. A! ‘*I» Toute pensée est un être qui vit dans l’invisible d’une vie adéquate en durée et en précision au taux de la force qui l’a émise.
Tantôt la pensée invisible ins— pire des représentants visibles et s’incarne en eux; tantôt des individus isolés ou collectifs engendrent les doubles invisibles qui se constituent en puissance, vivent et agissent avec une autorité parfois tyrannique et formidable: c’est le mystère de l’élaboration des éggrégores, c’est le secret de toute théurgie.
Il suit de là que les opérations des êtres et des col— lectifs sont toujours inspirées, conduites et soutenues par des puissanceSqui tiennent l’échiquier des événe ments du plan sensible, métamorphosent les époques, bouleversent les formules, déchaînent les catastrophes ou réparent les ruines. A l’heure voulue, la lutte s’en (1) Ceux qui disent: Seigneur, Seigneur! n'entreront pas pour cela dans le Royaume (Matthieu, vu, 2 i.) (2) Ibid. ‘
IMPRESSIONS SUR L’ÉGOISME 37 gage entre les collectifs, lutte parfois acharnée et atroce comme celle dont la Révolution nous a montré le sanglant spectacle; les coups partent de l’invisible, le plan sensible n’en répercute que les échos sonores. La mission de Jeanne d’Arc est claire, vue sous ce jour. Un pas de plus et la France disparaît, l’âme de la Patrie missionne Jeanne et la soutient, elle triomphe.
Ce but atteint, l’âme de la Patrie se retire; Jeanne le sent ainsi que la fin de sa mission; elle reste à l’armée, ce n’est plus qu’une femme que le bûcher attend. Elle n‘était qu’un instrument temporaire qu’a brisé la fata— lité après la retraite de l’éggre’gore qui soutenait ‘son bras.
L’âme de la Patrie ombrage Napoléon ; il étonne ' le monde par la splendeur de son étoile; il y croit trop, il ignore le mystère de sa gloire, et lévautour de Sainte-Hélène dévore le dieu qui n’est plus même un homme. De nos jours, une idée est en voie d’incarnation, c’est l'idée internationaliste. Mais, voyez à quel point l’éggrégore est faible, comme il est divisé, comme il est rongé par des larves contraires.
C’est que l’incar— nation tend à se faire d’après des formules bâtardesÇ L’astral de la planète n’est pas mûr pour l’avènement du règne hominal intégral; trop d’éggrégores àten— dances autocratiques ou seulement cacophoniques. sont en présence, et Dieu sait quelles catastrophes in— ternationales devront engraisser les racines de ce rêve à échéance lointaine!
Ces prémisses nous amènent à considérer le dogme de la communion des Saints, inscrit dans le Credo chrétien . fl.u....+}w - _ ._._.. .. nvvfl. .«_,»<xnuu «m I. I . ; " .al 7. V .;I,.‘_.:*‘a..À—d—xvWn—h‘ —4——-—-—'-n--»—*“h . ,. _.;_.. 11|
38 L’INITIATION La communoin des Saints est, ici, le double invisible de l’église visible. Elle n‘est pas. à proprement parler, un éggre’gore, si on la considère au point de vue de la Christosophie pure, et elle diffère essentiellement de la communion des saints de l’ancienne loi, qui se mani festa à Moise sur le Sina‘i au nom de Jéhovah.
« Le mandataire de Jéhovah, en cette mémorable « circonstance, nous dit Stanislas de Guaïta (1), était « Michaël, un Eloha d’Eiohim, un membre_vivant de « Johah Adonaï le Verbe Éternel, manifestation, lui « même, d’Ain Soph l’Ineffable, l’éggrégore de la « grande communion des Elus de l’Initiation D0 « rienne, le plus sublime des collectifs humains réin « tégré dans la loi du Règne de Dieu. » L’éggrégore est désigné nettement dans le Deutéronome par Moïse.
Que l’initiative ait été prise par lui ou que Moïse y ait fait directement appel, il reste acquis qu’une im— mense collectivité invisible au nom de Johah Adonaï a sélecté un peuple et l’a conduit dans une voie déter minée et vers un but, avec une verge de fer trop sou vent nécessaire. Ici, c’est bien difl°érentl la révélation nouvelle ne relève plus d’un éggrégore. Il n’y aplus d’intermédiaire entre Dieu et l’homme.
Le Verbe Éternel lui-même s’incarne dans la nature humaine, l’Ancêtre éternel devient petit enfant; |du même coup, Dieu s’abaisse et l’homme grandit; la plus grande de toutes les merveilles s’accomplit; gloire aux altitudes ! paix (I) Clef de la magie noire, ch. vI.
IMPRESSIONS SUR L’ÉGOISME 39 'i aux profondeurs ! Hosanna! le Verbe s’est fait chair , voici l’Homme—Dieul...
Tout est prêt pour le recevoir; la grande année des siècles va recommencer son cours, les grands signes vont se conjoindre au ciel, Israël agonise, Python est malade et les dominations théurgiques affamées de sacrifices gémissent, car elles sententque leur vie s’en va et qu'un bouleversement divin va se produire qui changera le plan d’adoration dans tout l’univers; le tabernacle même du Seigneur va s’abaisser sur la terre et l’agonie du Christ sur la croix en obscurcira mo mentanément la face, ce qui fera dire à l’Aréopagite que le Dieu de la nature souffre en cette heure de poignante et solennelle angoisse.
Le miracle de l’involption divine a pour résultat immédiat une immense évolu tion d’élus vers le plan divin, ceux qui, déjà sortis de la chair et en instances aux portes du Plérome, en attendentl’ouverture,puis, les saints, puis, les martyrs.
Et la véritable communion chrétienne des saints est établie et elle fait alliance, dans la loi du Règne de Dieu, avec les communions antiques ramenées par la vertu pneumatique des anciens messies ( l ) précurseurs du Christ, dans le monde.
Or, Notre-Seigneur a dit'à ses apôtres et à leur communion future: « Voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles. » Désormais, entre la communion visible et la com munion invisible, la chaîne magique est établie, le cordon aromal est constitué, les correspondances (i) Désignés dans l‘Apocalypse par les sept anges des sept églises. '
40 L'INITIATION sont organisées entre les altitudes et les profondeurs, le ciel et la terre. Une religion nouvelle existe, qui possède les clefs du Trésor de la lumière. Que va-t-elle en faire ? Oh !
I‘histoire,l’implacable histoire, et qu’il faut vrai ment, comme l’a dit Lhomond, qu’un Dieu soit au sommet de cette échelle aux pieds d’argile que toutes les tempêtes ont battue et n’ont point effondrée, de— puis la divulgation des mystères par les gnostiques jusqu’à la systématique démolition de leurs symboles par I’Encyclopédie, sans parler de l’obscuration du Christ par les hérésies et les disputes théologiques, par l’ignorance profonde et le quiétisme inférieur d'un clergé qui ignore les premiers éléments de la mystique.
Quel voyant nous dira les maladies qui frappent, dans un tel état de choses, les correspondances qui relient l’une à l’autre, dans l’invisible, les deux parties de la communion des saints! quels éggrégores bâtards ont su se former un royaume dans ce royaume ou à ses portes et les obstruer, peut—être; quelles trichines astrales sont enkystées dans les muscles aromaux des correspondances, en paralysent l’élasticité, y font, comme dans des artères, des embolies qui entravent lacirculation, et, dérobant la clef des portes, n’entrent pas et empêchent les autres d‘entrer?
Nous savons que l’invisible est un double du visible, double exact jusqu’au scrupule, et qu’entre les deux mondes il y a, sans cesse, échange d’impulsions et d’influences. Il serait plus difficile de classer les genres et les espèces qui se partagent le monde invisible |que d’opérer le même travail pour le monde sensible. Là,
IMPRESSIONS SUR L' ÉGOISMÊ 41 tout est représenté depuis le souvenir d’un désir jus— qu’au germe d’une idée.
Là, rampent encore les an ciennes formes paléontologiques, essais informes des planètes qui s’éveillent à l’ère de la prolifération; là, souffrent dans l’ombre les anciens dieux, domina— tions théurgiques créées jadis par l’égarement des peuples et que la faim des holocaustes abolis et la soit des libations sanglantes taries torturent, et qui s’in génient, par tous les moyens louches, à prolonger une vie défaillante que ranime le sang des batailles et qui se repaît des efliuves de toutes les pourritures et des aromes de toutes les ivresses humaines.
Là, rugit la coalition formidable de la magie des ténèbres; là ' bouillonne l’ouragan adversaire et infernal, l’éggrégore noir quia juré d’éterniser l’inversion de Jod Hé Van Hé!
Ces cacodémons, princes des ombres et domina tions des ténèbres, formentl’armée de la redoutable communion des pervers, sanglant et éternel adversaire de la communion des saints, accaparant et centrali— sant toutes les forces involutives, en vue de s’opposer aux efforts de reconstitution du plérome, par la noire magie de l’égoïsme, et des instincts, véritable flux involutif et permanent qui ramène incessamment vers l’incarnation les nés avant terme à la vie spirituelle, impuissants à la vivre, les engangués dans le réseau sombre des passions réflexes, tous ceux, en un mot, qui appartiennent tout entiers au reflet noir.
La communion des pervers est d’autant plus ter— rible dans l’invisible et elle s’élève avec d’autant plus de force contre la communion des saints, qu’elle sait bien que, lorsque le nombre des parfaits sera suffi 1L... .. .-...J" —- <-‘
42 L'INITIATION saut (I), le Plérome montera et, faisant ascension, dissoudra tout ce qui ne sera pas lui et livrera cette dissolution au feu qui en fera ce qui est énoncé parle mystère du jugement dernier. .
Or, mystiques, nous nous le demandons avec an goisse, quelles sont les armes du cléricalisme contre cette mobilisation de l’armée des ténèbres qui tient, dans tous les ganglions de l’invisible,des bureaux de recrutement psychique, Où l’on enrôle tous les naïfs de la vie pseudo-spirituelle avec le même et éternel moyen : le mirage, l’illusion, le mensonge, la satiété ou l’inconscience du divin escarpé, la molle et tenta trice barcarolle de Jonah ?
Car ils se réalisent, les paradis rêvés; occultistes, vous le savez; maisils durent ce qu’ils valent; philo sophes, nous ne pouvons nousle dissimuler, car laloi veut, et elle est juste, que la valeur de l’acquêt soit proportionnée au taux de l’effort pour acquérir.
Le barrême de ces paradis est dans le jugement particulier qui n’est autre que la réaction qui se pro duit, alors, entrel’ldéal premier divin et son modede conception par l’individualité née à'la vie psychique, et le résultat de ce jugement est adéquat à la qualité du corps astral dont la vie objective a élaboré les ten (I) Apocalypse de Jean.
« Les samts cachés sous l’autelde— mandent vengeance et il leur estdit d’attendre que leur nombre soit parfait. » Disons pour les exotériq'ues que le Ple’rome est la Plénitude du Verbe de Dieu dont l’homme fait partie par l’étincelle di Vlfle qui ‘38! en 111i. Ka‘r Ëx roîi nlfipœp.ottoç aéroîi ñp.s'iç 1W'W‘ttsç ËM56p.ev (saint Jean, év., ch. I). Voir notre article: les Trois Vertus et Genèse de l’Espérance. Initiation, mai 1898.
IMPRESSIONS sua L’ÉGOISME 43 dances matérielles, psychiques ou pneumatiques (l) ; ’ c’est alors que le purgatoire saisit ceux qui arrivent, engangués dans les écorces des passions réflexes, et que le jeu de ses tortures dissout lentement ces écorces dans les affres de la seconde mort, ce qui a fait dire à saintJean(2) que: « Celui qui aura vaincu ne souf— frira pas les atteintes de la seconde mort »; or, c’est là la seconde mort, antichambre du recommencement.
« C’est l’immense minorité qui ira en enfer, » m’a dit un prêtre optimiste; j’aime à le concéder, car Dieu ne veut la damnation de personne et Dieu ne damnera aucun esprit, car l’esprit est de Dieu et Dieu se damne rait, en quelque sorte, lui—même; mais ce que Dieu damnera certainement, ce sont des âmes,car les âmes sont des moi et lorsqu’un moi s’égoïse contre son soi qui est l’esprit, le soi prêté revient au soi éternel qui l’a prêté et le moi rebelle et révolté retourneà sa source éphémère où les démiurgesimplacables refondentson orgueil en douleurs (3). (I)V0ll‘ le très intéressant opuscule de Papas: L’Etal de trouble et l’énolutionposthume de l’être huinain (Chamuel, éd.).
Lire aussi : L’Amc humaine, etc... d‘après Pistis Sop(zia, par Papus. * (z) Apocalypse. .,‘5 (3) Et c’est ainsi que l’enfer sera « perpétuel » dans la me sure exacte del’obstination que mettront les créatures à mé connaître la loi d’amour et de sacrifice absolus, essence de.la réintégration, et à s’égoiser dans l'affection déréglée d’elles— mêmes.
Inutile de remarquer que l'enfer n’est pas loin de nous si le,ciel est le royaume lumineux de l’Unité triomphante. Rappelons pour mémoire que la question delaréincarnatinn estcontestée. L’auteur de la « Lumière d’Egypte » s’élève contre . et, avec lui, un certain nombre d’occultistes. La discussion entraî nerait trop loin.
Le Dr Rozier, dans i'Initiation, a constaté que la réincarnation n’avait été condamnée qu’en apparence par un seul concile qui atraité la question par_l‘absurde en déclarant ana ‘. ' - -- -' rzui’—‘-—.—-..LL“_. ..—.w AA l";
44 L’INITIATION Le même prêtre m‘a dit: « Il est plus que probable que l’immense majorité va en purgatoire ». Nous savons combien cette opinion est juste.
Elle exprime, en effet, la loi du salutâ longue échéance, le seul qui soit dans l’ordre auquel fait brèche la réin tégration devancée des pneumatiques ; car, comme l’a fort bien dit Éliphas Lévi: « 11 ne faut pas que et tous se convertissent ou, pour parler plus claire— « ment, se détournent, en même temps, de leur voie, « c’est—à-dire soient mis, par l’initiation, hors de la c lutte des contraires.
Tous sont appelés, certes,mais c: les élus sont toujours en petit nombre à cause des 04 conditions de l’initiation. « — parle en paraboles, c a dit Notre-Seigneur Jésus-Christ, afin qu’en 4: voyant on ne voie pas et qu’en entendant on ne c: comprenne pas; autrement tous se convertiraient « et seraient sauvés. » C’est aux forts d’escalader le ciel avec l’aide de la lumière exceptionnelle. Spiritusflat ubz' vult.
Hâter l’avènement du Règne Intégral, c’est réaliser la tâche figurée par la lutte de Jacob avec l’Ange, c’est vouloir doter l’humanité évoluée du titre pris par le patriarche « Fort contre Dieu,» c’est crier vefi geance contre le Démiurge et travailler à une œuvre contre laquelle toutes les puissances de l’univers conspirent peut—être, tout en glorifiantles vainqueurs. thème celui qui dirait que l’être humain, une fois né au monde divin, peut volontairement se rassasier de son salut.
Ce n'est pas le lieu d’insister sur cette question que beaucoup, d’ailleurs, peuvent résoudre par un raisonnement aussi simple que facile, une fois en possession de certaines données transcendantes sur la procession invo-évolutive du mystère.
IMPRESSIONS SUR L’ÉGOISME 45 Voilà pourquoi, somme toute, il est logique que le Purgatoire soit le lot de l’immense majorité. Je renvoie au Soleil les âmes immortelles Dont l’esprit a gagné ses ailes Pour s’enfuir du torrent des générations. Autrement, au fond de l’espace, Je les noue à la femme et leur destin repasse Dans le jeu de mes tourbillons (I).
Le même prêtre optimiste m’a dit aussi que, loin d’être en petit nombre, les élus seraient, au contraire, en grand nombre. Et ce sera vrai aux jours glorieux de la sérénité du Plérome reconquis dans son intégral caractère, après les luttes épiques et gigantesques indi quées dans l'Apocalypse, car, alors, le dernier siècle sera rendu.
Mais,en attendant, « la porte du ciel est étroite et il est plus facileà un câble de paSser dans le chas d’une aiguille qu’à un indigne de la franchir, » avant que les jours du Plérome soient arrivés (2). * #2»« C’est donc, à n’en pas douter, le purgatoire qui attend l’immense majorité des membres de l’Église terrestre.
Nous avons vu quelle est la condition essen tielle pour entrer dans le Royaume des Cieux: c’est le suicide du Moz sous toutes ses formes et sa fusion complète et sans retour dans le Soi —- la Volonté exclusive du Père. —- Voyez tout ce que celaimplique : (I) Saint-Yves d’Alveydre, Initiation, juin I893, La Lune. (2) Eliphas Lévi indique comme clef de l’Apocalypse la 21° ame de la Rota initiatique, on en trouve tout le symbolisme dans le bel ouvrage de Papas : Le Tarot.
46 L’INITIATION le retour à zéro selon les apparences humaines et sensibles; et c’est le cas de s’écrier : Quis u! Deusl!!
Et c’est là le sens du dogme de la contrition parfaite presque impossibleà réaliser,selonla plupart des théo logiens, et cela se comprend, car son plan est l’intel ligible, dans l’abstraction totale du mental et du sensible. lnterrogezles exotériques et la plupart des chrétiens sur l’idée qu’ils se font du paradis et de ses joies, et vous serez étonnés de la naïve et plate bêtise de leurs aspi rations.
Beaucoup d’entre eux ont arrangé d’avance leur petit campement céleste, tout y seraà sa place et l’on emportera ou retrouvera la plus grande somme possible de sesjouissances familières afin que, là-haut comme ici-bas, tout, peureux, soit pour le mieuxdans le meilleur des mondes (I).
Rappelez—les à l’enseignement précis et sans voile de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur cet objet (2), vous les frappez de la foudre, à telles enseignes qu’en sem blable occurrence un catholique pratiquant, et ins— truit. me pria instamment... de ne pas en parler de vant sa femme il!
Mon frère, je te l’affirme ici, toi qui te dis chrétien, tu l’es peu, et, au nom de Jésus—Christ ton Dieu et le mien, je te rappelleà la pudeur même de la Foi, car, toi et tes pareils, vous pourrissez, dans l’ignorance et l’égoïsme, les saintes correspondances du Ciel avec la terre, vous frappez « de la folie d’un monde dont le (I) Il existe même dans certaines librairies des « passe ports » imprimés pour le Ciel! (2) Textes de saint Matthieu cités plus haut.
IMPRESSIONS SUR L’ÉGOISME 47 \1fl;m prince est déjà jugé » le système nerveux tout entier du Plérome, vous éternisez le Christ douloureux et vous voilez de vos ténèbres la Face auguste et rayon nante du Christ Intégral et Réparateur. s!‘ La Religion chrétienne est soutenue par un culte actif (1), c’est là un des grands secrets de sa force et de sa vitalité.
Ses cérémonies sont magiques au premier chef, elles ont une puissance très grande sur l’invisible et, si elles n’atteignent pas l’Absolu — En Soph, — elles en atteignent l’expression vivante dans la personne du divin Réparateur.
Les occultistes savent à quel point les cérémonies modifient le plan astral, quelle est leur répercussion dans l’invisible et combien puissante est la chaîne magique constituée par la mise en œuvre d’un culte fortement aimanté et permanent, surtout quand ce culte possède des condensateurs de l’influence divine aussi formidables que le signe de la Croix et I’Hostie consacrée et salutaire.
Le culte chrétien apparaît constitué pour réaliser les merveilles de la plus glorieuse théurgie. Mais une cérémonie magique, pour être efficace, doit répondre àun grand nombre de conditions, dont une des plus importantes est la pleine et entière con—' naissance de cause et conscience de l’opérateur.
Il faut (1) Nous ne parlons pas des protestants ni des sectes variées et dissidentes dontle culte, quand elles en ontun, n’est ni tradi tionnel ni appuyé, et qui sont incapables de lutter efficacement contreun culte aussi solidement aimanté que celui de l’Eglise Catholique, en dépit de la routine qui l’engangué.
48 L’INITIATION encore queles signes soient puissamment aimantés; il faut une sympathie étroite entre l’opérateur et les assis tants (I). Il faut que la chaîne des correspondances dans l’invisible soit intégrale et saine dans tout son développement. Il faut que l’exercice des pouvoirs n'ait pas pour mobile un sentiment de trafic.
« Malé— diction sur toi, Simon,qui as cru que les donsde Dieu pouvaientêtre acquis ou exercés’par ou pour l’argent,» a dit saint Pierre à Simon le Magicien. Et, en effet, il faut, comme l’a dit V. Hugo: « Choisir de l’or d’en bas ou du rayon d’en haut. » Il faut choisir entre l’esprit et le sang. C’est à la Foi seule que Jésus-Christ a promis le miracle en son Nom .
Nous ne voyons plus un signe de croix guérir un paralytique comme au temps des Apôtres. Les pos sédés ont tellement résisté aux exorcistes qu'on n’exor cise plus. Les formules du grand rituel sont réservées et presque interdites aux prêtres. Où est celui qui ose rait prendre un serpent entre ses mains, boire un poison mortel, au nom de Jésus-Christ, sans crainte ni danger, imposer les mains aux malades etles guérir, rejeter les démons ?
Voilà, cependant, les œuvres par excellence dont la réalisation a été promise à la foi par Notre-Seigneur en bien des circonstances et particulièrement sur le mont des Oliviers à l’heure même de sa glorieuse as cension. Ou le prêtre n’ose pas ou il ne peut pas. Dans les (I) De là, la haute valeurdela prière en commun tant recom mandée par JésusChrist.
IMPRESSIONS SUR L’ÉGOISME 49 deux cas, la conclusion s’impose : la foi lui manque et le ciel est muet.
Je demande, encore une fois, quel est l’état des cor— respondances spirituelles et invisibles (I), quelle est la santé des chaînes magiques qui relient (Religion) la communion visible àla communion invisible et l’es— prit divin de Jésus à son corps terrestre, l’Église, et constituent les relations mystiques entre l’épouse et le divin Époux, le fil sauveur désigné par la pro— messe: « Voici que je suis avec vous jusqu’à la con sommation des siècles. » Les églises ne sont pas des monuments ordinaires, car elles sont consacrées, c’est-à—dire élevées par l’ac— complissement d’un rite particulier et solennel à la hauteur du plan divin (2).
J’ai demandé à un docteur en théologie de me don ner la raison mystique de chacune des cérémonies de ce rituel admirable et de m’en expliquer les corres pondances spirituelles et leurs appuis. Il s’est déclaré, de bonne foi, totalement dénué de notions aussi com plexes sur ces « simples prières » en me déclarant que je me perdais dans l’exagération sur le sens des choses les plus ordinaires.
Comment donc la cpnsécration des églises est—elle faite? qu’un voyant nous dise si vraiment cette église est la maison de Dieu, si les anges y habitent et si, au contraire, comme la Trinité, la Madeleine, elle n’est pas hantée par des larves impures qui viennent aux (I) On lira avec un vif intérêt le remarquable travail de Sédir sur les In‘cantations. (Chamuel, éd.) (2) Voir le bel article de Sédir sur ce sujet. Initiation, I899, février. -
50 L’INI'I‘lATION grands jours de foule et d’apparat, s’y repaître de la sève même des sept péchés capitaux que sue, par tous lespores,ce monde copurchic,cor_npassé ou froufroutant qui en a inventé un huitième, l’imbécillité, et le cul tive avec l’inconscience jalouse du paon qui n’a d’es prit que dans ses plumes. * 44 De même que le monde est la manifestation harmo- - nieuse de Dieu par le Verbe {énoncé, l’Église doit être la manifestation rayonnante de Jésus-Christ dans le monde.
Or, pour >maniiester Jésus—Christ, il faut in carner en soi l’esprit même de Jésus—Christ, n’être plus soi, mais Jésus-Christ, selon la juste parole de saint Paul.
Partout où le souci égoïste, individuel ou collectif prime, le soi disparaît pour faire place au moi, le cléricalisme s’épanouit; le moi étant l’obscuration du soi, l’esprit clérical est la négation de l’esprit chré tien, l‘extinction duChrist intégral dans les âmes et le pacte conclu avec toutes les influences d'en bas.
Si cet état se généralise, un éggrégore moyen se constitue, accapareur sur tous les plans, de par son notoire égoïsme, et les correspondances sont profondément viciées et afiaiblies.
De là ces apparentes défaites du Christ sur le plan visible, cette impuissance de l’É glise à empêcher l’invasion de l’incrédulité et la dila pidation des mystères; de là cette confusion dans la haine, qui rend Dieu responsable de l’iniquité de l’homme, de là cette lutte contemporaine du clérica lisme rouge socialiste contre le cléricalisme noir reli gieux ou, du moins, ainsi nommé. Delà, aussi, ces
IMPRESSIONS SUR L’ÉGOISME 5l ä'k wpflwavertissements sévères de l‘invisible (secret de la Sa- ‘ lette) et toutes ces voix de saints, de voyants, de reli gieuses: saint Vincent-Ferrier, saint Césaire, A.
M. Taïgi, la pieuse Steiner, etc., qui, toutes, sont una nimes à stigmatiser au fer rouge de la colère divine, la plaie cléricale et en annoncent la fin au profit du triomphe de Jésus et de l’esprit chrétien intégral, dans la flamme ardente du Saint—Esprit (1). ‘ * 4 4‘ Temps bénis, hâtezwous d’éclore, et que la Foi renouvelée dans l’esprit même de Jésus-Christ, per çant la gangue épaisse du blasphème impie et la fange noire de l’égoïsme ignorant, réveille les échos divins de la PAROLE QUI SAUVE!
L’aurore du Salut resplendira sur l’Unité et c’est le mystère de la multitude qui est celui du Plérome. Or, nous sommes encore à cette époque où Tacite redirait son célèbre mot : Senalores boni virz', senatus vero, mala bestz'a. La multitude ne vit pas en Jésus Christ ni de Jésus-Christ, elle est plus psychique que pneumatique et encore plus hylique que psychique.
Puisse l’unique houlette mener enfin l’unique troupeau loin des champs fangeux du matérialisme, du scepti cisme et du cléricalisme, vers cette ère de joie etdecon— corde oùlagerbe épanouie des sept dons pneumatiques exhalera le parfum divin du Christ intégral dans la paix rayonnante du Saint-Esprit. L. LE LEU. (I) Voir l’article de Saturninus sur le Catholicisme au xxe srècle. (Initiation, février 1896.) '
lit. 3j’lÉDECINE DES ÏÈRUIDES Les renseignements sur la médecine des Druides ne nous sont parvenus que peu nombreux. Nous devons ceux que nous 'connaissonsà Marcellus Empiricus(t), médecin de Théodose le_Grand qui écrivit à Bordeaux, où il s’était retiré, un recueil de recettes médicales dans lesquelles il y a un grand nombre de formules ma— giques en gaulois.
Empiricus nous apprend dans son recueil qu’il écrivait surtout pourceux quijn’avaient point de méde cin à leur proximité et il place hardiment au premier rang les formules magiques: . . . . . ..namque res est certa saluli Carmen, ab occultis tribuens miracula uerbis. Pline l’Ancien nous apprend également que la magie entrait pour beaucoup dans la médecine des Druides...
La plus importante formule magique parvenue jusqu’à nous est uneinscription trouvée à Poitiers,en 1858, sur une lame d’argent enroulée sur elle-même et renfermée dans un étui carré en cuivre. (I) Le livre de Marcellus Empiricus intitulé De Medicamentix libera été publié dans l’édition des œuvres d’Henri Estienne: Artis medicæ Princzpes.
LA MÉDECINE DES DRUIDES 53 En voici le texte: BISGONTAVBIONALABISBISGONTAVRIOSV CEANALABISGONTAVRIOSCATALASES VIMCANIMAVIMSPATER NAMASTA MADARSSETVTATE qui peut se traduire ainsi : BIS (ainsi soit!) GONTAVRION (le trépas) ANA LAB (par souffles) IS (chasse) BIS (ainsi soit!) GON TAVRIO (du trépas) SVCE (session) ‘ANALAB (par souffles) IS (renvoie) BIS (ainsi soit) GONTAVRIOS (le trépas) CATALASES (disparaît) VIM (loin de moi) CANIMA (chant) VIM (loin de moi) SPATER (souf— france) NAMASTA (céleste) MADARS (mères) SET (et) VTATE (allez—vous-en).
H. Monin (I) propose la traduction suivante: « Ainsi soit lchasse par souffles letrépas ! Ainsisoitl « chassepar souffles la maladie du trépas ! Ainsi soit! « Letrépas disparaît. Loin de moi,enchantementl Loin «de moi, souflrancel Teutatès et fées, allez-vous « en! » C’est là le plus important de tous les textes que nous avons rassemblés. D’après Empiricus, contre la colique il fallait chanter trois fois Trebzo, potm’a, telapalzo.
Contre les hémorrhoïdes,, il fallait chanter le I3 de la lune, à 9 heures du soir: Absz‘, apsa, phéreos. ‘ Contre le mal de dents, il fallait dire: Argz‘dam, margzdam, sturgz‘dam. Lisez : argi (arrête) dam (le (I) Monuments des anciens idiomes gaulois.
54 L’INITIATION mal), margi (affaiblis) dam (le mal), sturgi (extirpe) dam (le mal). Traduction de MM. Grimm et Pictet. Contre les maladies des yeux, il fallait chanter: Vi— goria gasarz‘a (sois brisée, sorcellerie). D’après M. Grimm. Rica, rica, soro (reine, reine, bien donne). Excicu— macriosos. Explication de M. Pictet: Exci (regarde) cuma (la forme) criosos (de la ceinture). In mondere omarcos axaz‘z‘son.
Monin traduit ainsi : In (dans) mon (mon) dercom (d'yeux) arcos (orbite) axati (ramène) son (le bien). Tetuncresoniabregun gresso. Tet (fuis) un (de nous) cre (ordure) sonco (de là) Bregam (va) gresso (au diable).
KTPIA, KYRIA, KAEZIAPIA cesse, cesse, sois chasse EOI‘P QP BI mal sur moi Contre les saignements de nez, il fautdire trois fois neuf fois dans l’oreille de celui qui saigne : EOKEOKAM ETKTMA On doit de plus porter une bande de papyrus sur laquelle il est écrit : ‘ 1P‘A‘P‘E‘FH‘FE‘FH‘FA‘I’E Contre les engorgements, autre amulette égalemen t sur papyrus vierge; sicycuma, cucuma, ucuma,cuma, uma, ma, a. Pour se débarrasser d’une arête entréedans la gorge,
LA MÉDECINE DES DRUIDES 55 Il faut chanter: Xi exucrz‘one xu crigrionaisus scri— sumz’ovelor exugrz’conexugrilau. Traduction d’après Adolphe Pictet: Xi (va) ex u (hors de) cricon (gorge) exu (hors de) crigrion (gosier) aisus (vomitif) scris (glisse) 11 mi ( de moi) ovelor (arête) ex 11 grigon (hors de gorge) ex 11 grilau (hors de boyaux).
Il y a encore une autre formule contre le même ac cident: Heilen prosaggeri uome sipola, nabuliel ono— dieni iden e liton. Traduction H. Monin: Heilem (or dure) prosag (avance) geri (par la parole) u 0 (hors de) me (moi) sipolla (pars) na (de peur) buliet (perisses) ono (par un) dieni (homme). I (va) den (vite) e liton (au large).
Enfin, contre la descente de la luette, il faut chanter : Crissicrasiconcrasi.LisezzCris (ceinture) si (à moi même) crasi (persévère) concrasi (persévère bien). Une remarque que nous devons faire, c’est que la plupart des amulettes sont écrites en caractères grecs, qui était l’alphabet adopté par les Gaulois.
Ce n’est qu’au temps deThéodose le Grand qu’ils commencèrent à employer l’alphabet romain. a on Nous en"avons fini avec les formules magiques, il_ne nous reste plus maintenant qu’à examiner les effets merveilleux de quelques herbes : la verveine, le gui, la centaurée et l’ellébore. La verveine a joué un très grand rôle dans les céré monies religieuses du Druidisme. Elle est encore chez les Bretons modernesla plante aux enchanteurs. Les Gaulois l’employaient pour tirer des sorts et pré—
56 L’INITIATION dire l’avenir. Ils disaient que, si l’on aspergeait d’eau avec une tige de verveine une salle à manger, les re— pas qu’on y fait sont très gais. Pilée et mise dans du vin, elle était bonne contre la morsure des serpents. Le gui était très cher aux Druides qui le cueillaient avec une faucille d’or. S’il n’avait point touché la terre, il devait guérir de l’épilepsie; il était également très bon pour la guérison des ulcères.
La centaurée, que les Gaulois nommaient Exacan, prise en breuvage, faisait évacuer par le bas toutes les substances vénéneuses. Elle était également très bonne pour la digestion des aliments. , 'Enfin l’ellébore, appelé par les GrecsEctomon etpar les Gaulois Polurüzgon, avait la propriété de purger et emporter avec soi la cause des maladies.
De plus, il délivrait les démoniaques qui portaient'sur eux la racine cuite de cette plante et chassait des maisons les mauvais esprits. J. BRICAUD.
fi’iËlwulte à la mur de äcmis XW D'après la CORRESPONDANCE DE MADAME, MÈRE DU RÉGENT (Suite) IV SUPERSTITIONS Bien qu’elle n’ait aucun doute sur le'fond des choses en fait de merveilleux, Madame se montre parfois sceptique et cherche à faire la part de la fraude ou de l’erreur ; elle en prend et elle en laisse, car chacun avait alors comme aujourd’hui ses idées là—dessus, suivant le rang, l’éducation, l’intelligence et la race.
Les souverains, tenus à un suprême décorum vis-à vis de l’autorité ecclésiastique, restaient bien entendu dans les limites officielles.« Le roi n’avait de supersti « tion quedans les choses religieuses,dans les miracles « de la mère de Dieu et autres objets semblables. » (i°'0Ct. 1718; cf. 21 oct. 1719.) L’électeur, père de la duchesse, ne partageait pas non plus les croyances populaires. « Vous ne seriez pas la fille de votre père, écrit-elle « à une de sesdemi-sœurs, sivous ajoutieztoi à la sor
58 L’INITIATION « cellerie,caril était bien au-dessus de la superstition » (11mar51719).
Elle dit aussi dans la même lettre qu’à Paris on ne croit plus aux sorciers; « mais lorsque le poison se glisse sous le masque de la sorcellerie, ou lorsqu’il y a du sacrilège, alors on ne saurait punir trop rigoureu sement, et je ferais sans scrupule brûler _de pareils coupables ; mais on ne doit pas. brûler les gens sous prétexte qu’ils vont au sabbat en passant par la cheminée, qu‘ilsjchevauchent àtravers les airs etqu’ils se changent en chats. » Madame fait allusion ici aux résultats de la grande affaire des poisons, qui avait eu tant de retentissement de 1678 à 1682, et qui aboutit à l’ordonnance de juillet I682, ne reconnaissant dans la magie queles crimes de droit commun.
Mais l'opinion de« Paris », c’est-à-dire de la société éclairée, n’était pas encore absolue et visait plutôt certains côtés ridicules de la sorcellerie, comme le sabbat (1), que la sorcellerie elle-même. Il en fut ainsi tantque le xvnt° siècle n’eut pas fait un système et un mot d’ordre de la négation ;du surnaturelj sous toutes les formes. D’ailleurs le scepticisme de Paris ne dépassait guère la banlieue.
Madame nous l’apprend à propos des efiets capricieux et en apparence intelligents de la foudre (2), dans une lettre envoyée de Saint-Cloud. ‘ « Il y a ici du tonnerretous les jours, mais il ne fait . « que se divertir ; il a enlevé à un homme tout le poil l « qu'il avait sur le corps,sansluifaire le moindremal; l (I) Cf. Le Comte de Gabalis, t. I, p. I62. (2) Cf.
Stanislas de Gua'ita, le Temple de Satan, p. 207-2L5 v w — . / -« , .w._ . ,_ e». , ,. . v..- . “‘*"“'-A’ NWÆWÀ r ...a - »... , l—-fl" w-—r_,u’(ziængw. _‘ñ1 '
L’OCCULTE A LA COUR DE LOUIS XIV 59 « il a briséle pommeau de l’épée qu’un cavalier avait « au côté, et le cavalier n’a pas été blessé le moins du « monde. Un officier des Invalides portait un habit « bleu avec une boucle et des boutons d’argent; la « foudre a enlevé la boucle et les boutons sans causer « du tout de dommage à l’étoffe. Les paysans ici « croient qu’ily a des sorciers qui sont maîtres du « tonnerre» (21 août I720).
A fortiori croyait-on la même chose plus loin que Saint-Cloud. Madame écrit, toujours de Saint-Cloud, en parlant d’autres orages « Le temps était fort beau depuis huit jours, mais « ce soir il y a eu de la pluie et dela grêle. A pro « pos de la grêle, ellea ruiné sept villages dans la Lor « raine, et elle a tout détruit en bien des endroits ; « il y avait des grèlons qui pesaient deux livres.
Ma « fille me dit qu’on attribue ces désastres à des « sorciers , qui ont le pouvoir de faire réunir les « nuages et tomber la grêle où il leur plaît. A « Paris, on ne croit pas aux sorciers et on n’en en— « tend pas parler ', à Rouen, on y croit fort, et on en « entend parler sans cesse »(30 juin 1718).
Autre lettre datée de Paris, le 16 février 1719 : « Depuis huit àdix jours, il y a un vent effroyable, « et cet ouragan a occasionné des choses incroyables. « il a enlevé le plomb de dessus des clochers et l’a jeté « bien auloin par delà la rivière ; il a arraché deux « grandes portes dans une église, brisé des arbres par « le milieu, renversé des murailles.
Si cela se passait « dans la Westphalie, on y verrait l’œuvre des sor— « ciers, mais à Paris on ne croit plus aux magiciens et « on ne les brûle plus.»
60 L’INITIATION C’est surtout dans le Centre, le Nord et l’Est de la France qu’on redoutait les sorciers qui,'d'après la vieille croyance aux tempestarii(1), produisaient les orageset notammentla grêle, soit en pissànt dans un trou, soit en battant l’eau avec certaines baguettes. Pendantla première moitié du xvn" siècle au moins, on brûlait fort bien les malheureux soupçonnés de pareils maléfices, qu’on ne distinguait pas des autres sortilèges.
Et à ce propos, la mention de Rouen par Madame a sa raison d'être; malgré le roi,le Parlement de Normandie s’était obstiné en '1670, l’année où la Suède fit brûler d’un coup quatre-vingt-quatre sor ciers, à vouloir traiter de même trente-quatre accusés : il avait fallu une ordonnance royale pour lui faire lâcher prise.
Il n’en fit pas moins brûler un prêtre comme sorcier en 1685, et l’opinion de Madame, que le reste de la France retardait sur Paris, est con firmée par nombre de procès,depuis l’arrestation d’un président de l’élection de Brioude accusé de magie pendant les grands jOUrs de Clermont, en 1665, pour des faits de lévitation (a), jusqu’à la poursuite en justice du P.
Girard inculpé d’avoir ensorcelé la Cadière, et absous à Aix, en I731, avec une voix seulement de majorité. De ces deux faits, l’un est antérieur au mariage de Madame et l’autre postérieur à sa mort, mais pendant son séjour en France, et en (I) Capitulaires de Charlemagne, I, 64 ;cf. l’abbé de Villars, Le Comte de Gabalis, [742, t. I, p. 166. (a) Fléchier, Mémoires sur les grands jours de Clermont, 1844, p. 69
L’OCCULTE A LA COUR DE LOUIS XIV ÔI pleine Régence, le Parlement de Bordeaux fit certai nement brûler un sorcier (1718). Aussi bien, le scepticisme parisien et royal n‘était pas de vieille date.
« On attachait autrefois en ce « pays tant d’importance àla naissance d’un septième « garçon, que le roi donnait une pension au père; « cela a tout à fait cessé et on a reconnu que ce « n’était qu’une superstition; quant à ce qu’on dit « du pouvoir qu’a un septième garçon de guérir les « écrouelles, je crois qu'il en est de cette faculté « comme de celle dont se vante le roi de France (1).» (25 juin 1719). Madame dit se vante et non se vantait.
Jacques II, à la cour de Louis XIV, prétendait encore guérir les écrouelles en sa qualité de roi de France. Relativement aux magiciens, l’affaire des poisons montre combien de gens, même du plus haut rang, continuaient d’y croire.
« On voit des choses fort extraordinaires que font ces misérables, » écrivait de Chambéry, en 1673, le janséniste Le Camus, qui ajoute négligemment : « Ici on en brûle souvent»(z) ; dans ses Recherches sur la vérité (III, 6), ouvrage publié en 1674,Malebranche admettait aussi la magie, suivi en cela par La Bruyère (3), dont les Caractères parurent en. 1688. On verra plus loin ce que pensait le duc d’0rléans, fils de Madame.
Rien n’est durable, en eflet, comme certaines idées (1) Cf. Montaigne, Essais, I, 20. (2) Sainte-Beuve. Part-Royal, t. IV, p. 55 l. (3) Caractères, ch. x1v, De quelques usages.
62 L’INITIATION que le bon sens courant juge absurdes, qu’on croit discréditées pour jamais et qui reparaissent sans cesse :c’est qu’elles ont au fond leur raison d’être. Telle a été en particulier l’opinion que les statues antiques, qui autrefois rendaient des oracles, avaient vécu et pouvaient revivre en quelque manière.
Madame connaissait là-dessus une anecdote assez plaisante qu’elle raconte à propos de l’explosion d’une poudrière : « Cela me fait souvenir d’une aventure qui arriva à « M"‘° de Durfort, qui a été ma dame d’atours.
Elle « était sœur du maréchaldeDuras,qui étaitgouverneur « de Besançon, et, chez son frère, il y avaitun jardin « décoré de statues,parmi lesquelles il y en avait une « représentant Jupiter qui était si belle, que le roi l’a « achetée, et elle est maintenant à Versgilles.
Mme de « Durfort, se trouvant seule un jour dans le jardin de « son frère, s’arrêta un momentdevant cette statue, et « lui dit : « Or‘çà,Monsieur Jupiter,on dit que vous « avez parlé autrefois; nous voilà seuls, parlez-moi « donc, aussi bien avez-vous la bouche entr’ouverte. » « Au moment où elle achevait ces mots, un moulin « à poudre vint à sauter avec un fracas épouvantable.
« Mmede Durfort croit que c’estJupiter qui lui répond; « elle a une telle frayeur qu’elle tombe par terre sans « connaissance, et qu’il fallut l’emporter » (5 sep— tembre 1720). A tort ou à raison, l’abbé de Villars attribue une opinion du même genre à Richelieu, au sujet des statues de Rueil. Le cardinal, dit-il, « qui les fit « aporter ici, avoit une imagination peu digne de son
L’OCCULTE A LA COUR DE LOUIS XIV « grand génie.
Il croyoit que la plûpart de ces figures « rendoient autrefois des Oracles; et il les avoit ache « tées fort cher,sur ce pied-là.C’est la maladie de bien « des gens,reprit le Comte.L’ignorance faitcommettre « tous les jours une manière d’idolâtrie très criminelle ; « puisque l’on conserve avec tant de soin et qu’on « tient si précieux lesidoles dontl’on croit que le diable « s’est autrefois servi pour se faire adorer.
Toute— fois, « cette curiosité si peu loüable, d’assembler « ainsi ces pretendus organes des Demons, pourroit « devenir innocente,mon fils,si l’on vouloit se laisser « persuader qu'il n’a jamais été permis aux Anges de « tenebres de parler dans les Oracles. » Le même kabbaliste, en effet, prétend que les oracles étaient rendus non par les démons,mais par les Élémentaux, et que les teraphz‘m des Juifs, par exemple.étaient des statuettes au moyen desquelles ces esprits prophéti saient (l).
Le duc de Mazarin n’était pas de cet avis, car il cassa par dévotion des statues antiques dans sa galerie, les croyant diaboliques (2). Chez les anciens,les effigies des dieux ou des héros avaient à peu près le même rôle que les tables tour nantes chez nos spirites : c’étaient des intermédiaires entre l’homme et l’être invisible à consulter ou à évoquer (3).
Aussi l’histoire rapporte—t-elle que la sensitivité des prêtres etdes fidèles obtenait involontairement ou non, avec les statues consacrées, des phénomènes (I) Le Comte de Gabalis, troisième entretien, 1670. (2) Mémoires de l’abbé de Choisy, t. 1,1. 2, p. 80. (3)Minutius Félix,Octavius,z7. 4.L— Ma...—.-c\ -—
64 L’INITIATION [OCTOBRE qui ont encore leurs analogues, pas seulement dans l’imagination de 'Léo Taxil (1), mais bien dans la réalité: sueurs, larmes, sang, mouvements d’yeux ou de tête, lévitation, etc. L’impression que les sculp tures antiques avaient par là leur vie à elles s’est conservée et synthétisée dans la légende, encore célè bre, d’une statue de déesse à laquelle un fiancé confie imprudemment son anneau.
Cette légende, avant de recevoir au point de vue de l’art sa forme définitive avec la Vénus de Mérimée, aété plusieurs fois repro duite, par exemple, dans un des Liltle’s poems de Thomas Moore (1800), l’Anneau, ÿauquel l’éditeur, c’est-à-dire Moore lui-même, ajoute en note: l’histoire a été prise « dans un auteur allemand, Fromman, Sur la Fascination, l. Ill,6°partie, ch. xvm.
En con sultant l’ouvrage, je m’aperçois que Fromman la mentionne d’après Beluacensis, parmi beaucoup d’autres histoires également diaboliques et intéres santes ». En dehors des croyances répandues à peu près partout, comme celle qui avait cours relativement aux statues, chaque pays avait ses opinions à lui, plus ou moins tenaces Zou arriérées sur différents points spéciaux (Cf. 24 nov. 1719).
« En Suède dit Madame, on prétend que les noyés « nesontpasréellement morts} lorsqu’on en retire de « l’eau, on les met dans une barrique, dans une « chambre bien chauffée, et on roule la barrique en « tous sensiusqu’à ce quele noyé ait rendu,parhaut et (1) Papus, Initialion,juillet 1897, p. 12.
1899] L’OCCUL‘TE A LA COUR DE LOUIS XIV 65 ‘ « par bas, toute l’eau qui est entrée dans son corps. « Quand il s’en est délivré et qu’il a été réchauffé, «il revient à lui; mais il faut qu’aucun de ses « parents ne se trouve parmi les assistants, autre «ment il ne peut guérir. Si un de ses parents « vient à entrer dans la chambre, le sang coule par « le nez, les oreilles et la bouche du patient.
Des per « sonnes qui ont vu tout cela de leurs yeux me l’ont « assuré » (11 sept. I721). Le dernier détail, ui n’a rien d’absurde 1 ‘, est à, C1 rapprocher de l’idée populaire que le sang de la victime recommence à couler en présence de l’assassin, comme pour crier contre lui, mais il ne semble pas qu’on ait jamais attribué aux parents, chez nous du moins, une pareille influence sur les noyés.
On n’aurait pas non plus, dans notre armée, poussé la crédulité ou la peur aussi loin que les Soldats. anglais, si Madame a dit vrai. « J’ai entendu raconter qu’en Angleterre ou regar— « dait mon oncle, le feu prince Rupert, comme ,un « grand sorcier, et un gros chien noir qui l’accompa « gnait pour le diable.
Quand il vint à l’armée et qu’il « marcha à l'ennemi',des régiments entiers s’enfuyaient « devant lui à, cause de cela » (30 janvier 1617). Le prince Rupert, ou Robert, fils d’un électeur palatin et d’une fille de Jacques I°',était un personnage distingué et savant, qui combattit pour Charles I", et mourut en 1682.
I-Iamilton le représente comme un grand homme sec, vassez maniaque et peu avenant, (I) Revue soient. et morale du Spiritisme, 1899, p. 753. 3
66 L’INITIATION entouré du «noir attirail de la soufflerie», alambics, creusets et fourneaux, ce qui ne l’empêchait pas d’être galant (1). Sa nièce raconte (28 janvier 1705) comment il dupa une dame par un taux mariage, acte qui n’est sans doute pas le plus beau de sa vie, mais on avait alors peu de scrupules en pareille matière.
Le comte d’Oxford, premier pairdu royaume, ayant épousé ainsi une jeune actrice, « on trouva que le prétendu ministre était un trompette de mylord, et le témoin son timballier (2). » Le prince Rupert eut aussi le grand tort de causer 4a perte de son roi par un mauvais conseil. Charles Ier avait été prévenu deux fois, par l’apparition de Strai’ford, qu’il eût à ne pas se rencontrer avec l’armée des parlementaires alors à Northampton.
Dissuadé par le prince Rupert de prendre l’avis au sérieux, le roi se mit en marche vers le Nord, fut surpris en route, et essuya la désastreuse" défaite de Naseby, en [645 (3). Si la grandeur de Louis XIV l’attachait au rivage, en fait de pratiques et de croyances surtout, les princes étaient moins tenus à donner l’exemple, ce qui leur permettait de se livrer à leurs fantaisies.
« N’étant pas nécessités à se contraindre, ils se laissent aller à toutes leurs mauvaises inclinations, » a dit un vieux cour tisan d’alors, le marquis de Lassay (4). Monsieur, qui était dévot à sa manière et qui, n’ai mant d’autre musique que le son des cloches, venait (1) Mémoires du chevalier de Gramont, ch. x11. (2) Mémoires du cheyaiicr de Gramont, ch. XI. (3) W.
Stead, Real Ghost Stortes, 1897, p. 241-2. (4) Sainte—Beuve, Causeries du Lundi, _t, 1X, p. 198. — a_..«.. ,1‘.—,, ,. .w—-w._.—.,Ï»_ ,.- .
L’OCCULTE A LA COUR DE LOUIS xrv‘ 67 exprès à Paris passerla nuit de la Toussaint pour les en tendre, avait entre autres idées à lui une haute opinion du pouvoir des médailles bénites. « Monsieur et tou jours fait le dévot. Il m’a fait rire une fois de bon cœur. Il apportait toujours au lit un chapelet d’où pendait ‘ une quantité de médailles, et qui lui servaità faire ses prières avant de s’endormir.
Quand cela étaitfini, j ’en—’ tendais un gros fracas causé par les médailles, comme s’il les promenait sous la couverture. » La dame, intriguée, leguetta et vit qu’ils’en frottaittout le corps, sur quoi il se mit àrirei « Vous qui avez été huguenote, vous ne savez pas le pouvoir des reliques et des images de la sainte Vierge. Elles garantissent de tout mal toutes les parties qu’on en frotte.
Puis ilajouta: « Je vous prie, ne le dites à personne » (18 oct. I720). En dehors de la religion, il avait plus d’une superstition personnelle. « Monsieur a la faiblesse de croire qu’on lui porte malheur, de sorte que je n’assiste pas à son jeu » (à Marly ; 6 août 1700). Certains noms lui paraissaient de même porter malheur, opinion qui était à la vérité assez répandue (Cf. I3 fév. I7! 8).
« Mon fils aîné (mort à trois ans) s’est appelé le « duc de Valois; mais comme ce nom est malheu— reux » — à cause de la fin tragique des derniers Va lois —- « Monsieur n’a pas voulu que son second fils « le portât. C’est pourquoi il a reçu le nom de duc de _ « Chartres, qu’ilaïporté jusqu’àla mortde son père (en « I701) ; alors ila pris le nom de duc d’Orléans, et son « fils est devenu leduc de Chartres » (23 sept.I7t7).
La belle—fille de Madame, la femme du Régent, bâ— tarde du roi et de Mme de Montespan, s’était fait 'Wé‘lW'h‘l‘hnwfipp—«qy ....."_.«7 ,_ __, . .Iil
' 68 L’INITIATION une sainte à elle, pour ses besoins particuliers. « Elle est fort superstitieuse; il y a quelques années, une religieuse vint à mourir à Fontevraux, M” de Boitar. Quand M“‘° d’0rléans perd quelque chose, ellepromet des prières à cette religieuse pour la retirer du purga— toire; elle se figure ensuite qu’elle ne peut manquer ‘ de retrouver ce qu’elle a égaré. » (20 nov. 1716).
Le Régent, lui, a toujours passé pour le type des libertins d’alors, si corrompus « qu'ils ne croient ni à Dieu, ni au diable, et qu’ils regardent l’impiété et la dépravation comme une gentillesse» (t4 sept. 1718). Pourtant il croyait « à la prédestination », rapporte sa mère, « tout autant que s’il avait été pendant dix— neuf ans de la religion réformée, comme je l’ai été » (18 sept. 1718;cf. 13 nov. 1717).
Ilcroyait même au ' diable, commele maréchal de Luxembourg, 'puisqu’il avait fait toutson possible pour l’évoquer, sans plusy réussir d’ailleurs que par la suite le maréchal de Riche— ’ lieu qui sacrifia inutilement, dans ce beau dessein, un cheval blanc à la lune (i).
Le Régent eut toute sa vie, affirme Saint-Simon, un faible pourles sciences occultes, mises en vogue à ' la cour des enfants de Henri II par leur mère, I’Ita ' lienne Catherine de Médicis, quiétaitune « haute sen— sitive » comme sa fille Marguerite de Valois, la reine Margot (2). Après avoir dit que le duc d‘Orléans était trop accoutumé au bruit pour pouvoir supporter la . (l) Duc de Lévis, Souvenirs et Portraits, édition F. Barrière, | p. 273-4. (2) Mémoires de Marguerite de Valois, édition Ludoxiic La— lanne, 1858, p. 41—4. . .
L'OCCULTE A LA nous DE LOUIS XIV 69 solitude, que créait autour de lui sa situation fausse à la cour, Saint—Simon ajoute: « Jeté par là dans la recherche des arts, il se mit à « souffler, non pour chercher à faire de l’or, dont il « se moqua toujours, mais pour s’amuser des curieuses « opérations de la chimie.
Il se fit un laboratoire des « mieux fournis; il prit,un artiste de grande réputa— « tion,qui s’appelaitHomberg (I),etqui n’enavait pas « moins en probité et en vertu qu'en capacité poursa « science.
Il lui vit suivre et faire plusieurs opérations, « il y travailla avec lui, mais tout cela très publique— « ment, et il en raisonnait avec ceux de la profession « de la cour et de la ville, qu’il menait quelquefois « pour voirtravailler Homberg et lui—même.
Il s’était « piqué d’avoir cherché à voir le diable, quoiqu’il « avouât qu’il n’avait pas pu yréussir; mais, épris de « M"ne d’Argenton » —- la Sery, ancienne fille d’hon— neur deMadame — « et vivant avec elle, il y trouva « d’autres curiosités trop approchantes, et sujettes à « être plus sinistrement interprétées.
On consulta des « verres d’eau devant lui, sur le présent et sur l’ave « nir. » ‘ . _ Une preuve et un effet de ces goûts chez le prince, c’est que le crédit de M“‘" de Staal-‘Delaunay vint de là, par un singulier effet du hasard. En 1713, « une jeune fille, nommée M"° Tetar, excita la curiosité du public par un prétendu prodige qui se passait chez elle. Tout le monde y alla.
M. de Fontenelle, engagé par M. le duc d’0rléans, fut aussi voir la merveille. Un (I) Cl. Ravaisson,-Archives de la Bastille, t. XI, l|3l.
70 L’INITIATION prétendait qu’il n’y avait pas porté des yeux assez phi losophes: on en murmura », et M"° Delaunay l’en plaisanta dans une lettre qui eut assez de succès pour faire à elle seule la réputation de son auteur.
Cette lettre n’a d’extraordinaire que sa vogue: elle ne nous parle même pas du fait à apprécier, un cas de médiumnité sur lequel on trouveraitsans doute quel ques détails dans les rapports de d’Argenson, le suc cesseur de la Reynie comme lieutenant général de po lice à partir de 1697.
Fontenelle est seulement accusé, dans lalettre, de s‘être mis à 'genoux devant le lit, engagé plutôt par les charmes que par le charme de la demoiselle, de n’avoir « pu découvrir une ruse tramée, sous ses yeux», et d’avoir rendu hommage au diable(r) ;cet hommage, assurémentironique, n’aurait pas été le seul, car Fontenelle déclare dans la préface de son Histoire des oracles qu‘il ne les confond pas avec «la magie, dont il est indubitable que le démon se mêle ».
L’abbé Trublet, dans ses Mémoires sur Fon tenelle,'reste aussi muet que M118 Delaunay sur le fond de « l’aventure de M“0 Tetar »; il se borne à dire que Fontenelle avait répondu par une lettre fort aimable à celle de sa correspondante, et qu’ « elles sont l’une et l’autre dans l’Anne’e littéraire, 1755, tome VI, page 232 » (2).
Quoiqu’il en soit, si Fontenelle n’a pas découvert le truc de M"° Tetar, c’est problablement qu’elle n’en avait pas, et si le duc -d’Orléans a fait étudier le phé— (1) Mémoires de MM de St1aI-Delaunay, édition F. Barrière, 1864, p. 85-7. (2) P. II7, 150 et 223. .Wÿ;.v ‘v «, , {sa—s. f-‘Af :..._—WL _
L’OCCULTE A LA COUR DE LOUIS XIV 71 nomène, c’est sans doute qu’il ne lejugeait pas impos sible. Dans ce cas, de quel côté sera la superstition. du côté des chercheurs admettant qu’on pouvait encore_ apprendre quelque chose il y a deux cents ans, ou du côté des railleurs qui croyaient déjà tout savoir?
Le pire des préjugés, pour un homme ou pour une époque, consiste assurément à faire de son propre rayon vi suel la mesure del’infini 2 ‘ C'est prendre l’horizon pour les bornes du monde. E. LEFÉBURE. (A suz‘yre). EBNSÈB Me croirais—je en mesure avec la sagesse quand j’aurai suspendu ma vengeance contre un homme qui m’ou— trage ?
Je n'y serais pas, même quand j’aurais remercié la main suprême qui m’aurait envoyé cette épreuve, et quand j’aurais remercié celui qui aurait été cause que j’ai quelque chose à offrir. . Ce serait pour mon propre intérêt que j’aimerais un pareil homme, et ma charité ne serait pas pure.
C’est quand je sentirai que j’aime cet homme pour lui,que je serai en mesure, c’est quand je sentirai que je donnerais ma vie pour lui, et que je ne m’apercevrais pas-des maux qu’il m’a faits. C’est alors, dis—je, que j’aurai atteint le seul point qui puisse servir de contrepoids à l’injustice.
Voilà le modèle que tu nous as donné, Réparateur saint et sacré, et voilà celui que nous devons suivre, car c’est de songer à nous que provient la cause de tous les maux... CLAUDE DE SAINT-MARTIN (Homme de Désir).
LE VAMEÜX ROTIS SUR LA SORGELLERIE ET LE FÉTIGI‘IISME EN HAI'I‘I (Suite) Ce premier houfort offrant peu d’intérêt, nous péné trons dans le deuxième qui est plus grand.
Sur une des parois, à un mètre de hauteur, une sortede temple minuscule, ou autel, le pe’ ou sobaguz‘, formé de deux morceaux de bois équarri qui en supportent un troi sième et rappellent vaguement l’entrée d’un temple égyptien ou des maisons de Dienné, telles que nous les montre Félix Dubois(1). Les montants sont peints en jaune et ornés de lignes noires parallèles.
Derrière le sobaguz’, sur la muraille, une grande feuille de papier noir porte de grossiers dessins blancs rappelant de très loin un homme ou simplement un dessin géomé— trique ou peut-être rien du tout. Et toujours sur les murs des images enluminées de saints, des crucifix, de droite et de gauche, des assiettes ou descalebasses con tenant des pierres et des coquillages, et l’inévitable épée plantée enterre.
Devantl'autel, une grande hache \ (I) Félix Dubois,Tombouelou la Mystérieuse, 1 vol.gr. m-8, Paris, 1897,chez E. Flammarion. v-\‘,««-—_‘ , 3..... ."‘“"<'”"Ùu?ffl.fifäÿg _ _ ‘ - 'ae
LE v.wnoux . 73 ,de bois, peinte en rouge, fait songer aux haches des peuplades nègres africaines. Peut-être est—ce une repro— duction exécutée d’après les récits que de père en fils se faisaient les esclaves. Dans un coin sont une dizaine de tambours de dif férentes tailles qui servent à rythmer .les' danses et dont on joue avec les doigts. C’estassurément le seul sujet d’intérêt qu’il y ait ici.
Ces tambours sont creusés dans un tronc de bois de chêne qui donne plus de sonorité que les autres bois. Ils sont légèrement évasés en haut et recouverts de ce côté d’une peau de bœuf tendueà l’aide des chevilles saillantesSur les— quelles repose une cordelette qui soutient un treillis de cordes effilochées. Ces tambours sont peints de couleurs variées et ornés de grossiers dessins géomé4 triques.
Leur hauteur varie de 50 centimètres à 1 mètre et plus et par suite ils rendent des sons différents Les houngans se les lèguent précieusement de géné— ration en génération. On affirme même que certaines « habitations » possèdent des tambours en usage depuis l’époque de la colonie. Un jeu de tambours se compose du hounlor qui est le plus gros, du segonnié(r) qui est le moyen et du boula (2) qui est le plus petit.
Onles nomme encore houn (3), hounlor et hountor-gri. Les joueurs de tambour s’appellent tambouriers ou hountors; ce sont eux qui,.accrôupis (l) Vient probablement du mot français second. (2) Abréviation de bamboula. (3) Il seraitintéressant de rechercher dans les dialectes gui— néens la signification précise de houn qui se trouve dans horm— fort, hoim-gan, houn—s‘z’, houn-tor, houn-goun (Ogoun), homa— guie’, etc.
74 L’INITIATION sur le sol ou à califourchon sur leur tambour, accélè— rent ou ralentissentle mouvement des danses. Aussi “leur rôle est-il important. On donne encore quelquefois au plus grand des tambours, qui atteint alors jusqu’à 1'”,20, le nom d’assautor. Son usage est devenu rare, quoique j’en aie vu un en service aux environs du cap Haïtien.
Il était jadis particulier auxAradas et la tradition rapporte qu’à l’origine on le recouvrait de la peau d’un Papa-loi.Autrefois encore ces tambours servaient äexprimerun langage qui n’était connu que des prêtres et des initiés. Aujourd’hui tout cela est perdu et les tambouriers n’en tirent plus que des sons discordants que les houngans interprètent à leur façon etselon les besoins du moment. C’est ici le lieu de parler des danses.
Elles ont peu varié depuis l’époque de la colonie et ce qu’en disait Moreau de Saint-Méry peut se répéter encore aujourd’hui. « La danse nègre est venue avec ceux d’Afrique à Saint-Domingue : on l’yappelle calenda. « Pour danser le calenda, les nègres ont deux tam bours faits, quand ils le peuvent, avec des morceaux de bois creux d’une seule pièce.L’un des bouts est ouvert et l’on étend sur l’autre une peau de mouton ou de chèvre.
Le plus court de ces tambours est appelé Bamboula, attendu qu’il est formé quelquefois d’un très gros bambou. Surchaque tambour est un nègre à califourchon qui le frappe du poignet et des doigts mais avec lenteur sur l’un et rapidement sur l’autre. Ace son monotone et sourd se marie celui d’un nombre plus ou moins grand de petites calebasses à
LE vwnoux 75 demi remplies de cailloux ou de graines de mais et‘ que l’on secoue en les frappant même sur l’une des mains au moyen d’un long manche qui les traverse. Les négresses disposées en rond règlent la mesure avec leurs mains et elles répondent en chœur à une ou deux chanteuses dont la voix perçante répète ou im provise des chansons. .
« Des danseurs et des danseuses, toujours en nombre pair, vont au milieu du cercle (qui est formé dans un terrain uni et en plein air) et se mettent à danser. Chacun affecte une danseuse pour figurer devant elle.
Cette danse, qui offre peu de variété, consiste dans un pas où chaque pied est tendu et retiré successivement en frappant avec précipitation tantôt de la pointe et tantôt du talon sur la terre, d’une manière assez ana— logue au pas de l’anglaise. Le danseurtourne sur soi— mème ou autour de la danseuse qui tourne aussi et change de place en agitant les deux bouts d’un mou choir qu’elle tient.
Le danseur abaisse et lève alterna— tivement les bras en gardant les coudes près du corps et le poing presque fermé. Cette danse, à laquelle le jeu des yeux n’estrien moins qu’étranger, estvive et animée, et une mesure exacte lui prête des grâces réélles. Les danseurs se succèdentà l’envi, et il faut souvent qu’on fasse cesser le bal, que les nègres n’abandonnent jamais qu’à regret.
« Une autre danse nègre,à Saint—Domingue,iqui est aussi d’origine africaine, c’est le chica, nommé sim plement calenda aux îles du Vent, congo à Cayenne, fandangue en Espagne, etc. Cette danse a un air qui lui est spécialement consacré et où la mesure est; l ..ahn M« 5.4»
76 L’INITIATION fortement marquée. Le-talent pour la danseuse est dans la perfection avec laqüelle elle peut faire mouvoir ses hanches et la partie inférieure de ses reins en con servant tout le reste du corps dans une espèce d’im mobilité que ne lui fait même pas perdre les faibles agitations de ces bras qui balancent les deux extrémités d’un mouchoir ou _de son jupon.
Un danseur s‘ap proche d'elle, s’élance tout à coup, et tombe en me sure jusqu'à la toucher. Il recule, il s’élance encore et la provoque à la lutte la plus séduisante. La danse s’a nime et bientôt elle offre un tableau dont tous les traits d’abord voluptueux deviennent ensuite lascifs.
Il serait impossible de peindre le chou avec son véritable ca ractère et je me bornerai à dire que l’impression qu’il causeest si puissanteque l’Africain ou le créole de n’im porte quelle nuance, qui le verrait danser sans émo tion, passerait pour avoir perdu jusqu’aux dernières étincelles de la sensibilité. A « Le calenda et le chica ne sont pas les seules danses venues d’Afrique dans la colonie.
Il en est une autre que l’on yconnait depuis longtemps, principalement dans la partie occidentale etqui porte le nom de vau doux. Mais ce n’est pas seulement comme une danse. que le uaudoux mérite d’être considéré ou du moins il est accompagné de circonstances qui lui assignent un rang parmi les institutions où la superstition et des pratiques bizarres ont une grande part (I). » A ce (1) Moreau de Saint-Méry, Ioc. cit.
Cesligncs, datées de plus d’un siècle, semblent écrites d’hier, tant elles décrivent avec une exactitude minutieuse les danses pratiquées en Haïti à l’heure actuelle.
LE VAU DOUX titre,nous en reparlerons plus loin au sujet des sacri ficeS. « Qui croirait que le Vaudoux le cède encore à quel que chose, qu’on a aussi appelé du nom de danse! En 1768, un. nègre du Petit-Goâve, Espagnol d’origine, abusant de la crédulité des nègres, par des pratiques superstitieuses, leur avait donné l’idée d’une danse analogue à celle du Vaudoux, mais où les mou: vements sont plus précipités.
Pour lui faire produire encore plus d’eflet, les nègres mettent dans le tafia qu’ils boivent en dansant, de la poudre à canon bien écrasée. On a vu cette danse appelée danse à Don_ Pêdre, ou simplement Don-Pèdre, donner la mort à des nègres ; les spectateurs eux-mêmes, électricisés par cet exercice convulsif, partagent l’ivresse des acteurs, et accélèrent, par leur chant et une mesure pressée, une crise qui leur est, en quelque sorte, commune.
Il a fallu défendre de danser Don-Pèdre_sous des peines graves, et quelquefois inefficaces (I) ». Ces danses, qui se sont conservées jusqu’à l’heure actuelle, ont seulement changé de nom: la première est appelée danse congo ou guioba; on la nomme à la Martinique maguioumbé:il est interdit de la danser _ en public; à la GuadelOupe, elle porte le nom de toum blac—chire‘.
Vient ensuitela danse Pétro ou Don—Pèdre; enfin celle qui accompagne les cérémonies proprement vaudoui‘stes et qu’on appelle danse rada. La première de ces danses est la plus commune: c’est aussi la moins intéressante. Ce qu’on ne peut passer sous silence, , (I) Moreau de Saint.—Méry, toc. cit.
78 L’INITIATION c’est l’effet magique que produit sur tout homme de couleur, quels que soient son âge et sa position sociale, le son du tambour. Une folle excitation, qu’il est in capable de surmonter, le saisit aussitôt et, à moins d’impossibilité absolue, il court prendre part à la danse. Passons maintenant aux diverses cérémonies ou services. L’une des premières auxquelles j’aie eu l’occasion d’assister fut un baptême .de plats-marassas.
Marassas est le terme sous lequel on désigne les enfants jumeaux. On considérait autrefois leur nais— sance comme une bénédiction. des saints que l’on était tenu de commémorer chaque année. A ce propos, on réunissait la famille et les amis et l’on préparait un grand repas, après lequel les assistants essuyaient leurs mains sur la tête du père et de la mère. Cela voulait dire qu’on les rendait responsables de l’avenir ‘ des enfants.
Cet usage s’est conservé, mais on le pra tique sans en connaître la signification. Le principal privilège des marassas, si l’on en croit l’opinion publi que,est d’être invulnérables aux entreprises de la Magie noire et sacrés pourles houngans. Leur frère ou sœur puîné se nomme daussou, le suivant daussa et le troisième soda.
Une négresse qui avait perdu ses deux jumeaux fut un jour désireuse de faire baptiser en leur mémoire des plats-marassas qui seraient leur représentation matérielle et lui attireraient par ce témoignage de piété maternelle la bénédiction des saints. Je fu_sinvité à être l'un des parrains.
LE vauooux 79 A l’heure dite, le houngan appelé pour la circons— tance introduit dans une des chambres de la maison parrains, marraines et assistants.
Sur le sol sont dis posés trois plats de terre et deux couis(I) ou calebasses. (Ces plats sont quelquefois remplacés par un morceau de bois équarri où l’on a creusé trois auges circulaires.) L’officiant allume une chandelle et au milieu du silence prononce en se signant ainsi que tous les assistants: « Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit.
Ainsi soit-il. » Puis il rémte un pater, un ave et un credo dont les répons sont dits par les personnes pré— sentes.
NATHAN ZEFFAR. (A suzvre.) EEN8ÉB Nous avons été injuste pour Saint-Martin (1743-1803 dans la première édition de cet essai : nous le jugions alors sur la lecture hâtive et trop superficielle des Erreurs et de la Vérité (I775), livre de début, fatigant et filandreux, où d’excellentes pages sont compromises par un parti pris d‘obscurité et des airs de mystère dont l’auteur a su se défaire par la suite.
Ses dernières productions témoignent de l’initiation du marquis de Saint-Martin aux plus hauts arcanes traditionnels . STANISLAS DE GUAITA (Au Seuil du Mystère). (I)Récipient fait de la moitié du fruit du Crescentz’a cujete ou Crescentia latifolia cucurbitina L. dont on a retiré la pulpe.
80 L‘INITIATION Ecole Sup“" libre des Sciences Hermétiques ANNÉE 1899-1900 ‘ Cours. — Les cours réguliers reprendront le lundi 6 novembre. ' En raison du nombre des nouveaux élèves, les cours sont dédoublés et il y en aura deux chaque soir, le premier de 8 à 9 heures et le second de 9 heures à 10 heures. . Chaque cours comprend : I° Un professeur titulaire; 2° un maître de cours; 3° un préparateur.
Ils sont choisis parmi les officiers martinistes et parmi les diplômés de l'École. Voici le programme des cours : Lundi. — Cours de l“ année : Histoire de l'action des sociétés secrètes à l’époque contemporaine (l" Empire . Rép., 2° Empire). — Arts divinatoires. — Classiques de l’Occulte. — Constitution de l'Homme et de l’Univers. Mardi. — Cours de 3° année (Loge Hermanubis) : La Vie de l’Invisible. — Religions anciennes.
Mercredi. —- Cours de 2° année : La Haute Magie. -— Les Phénomènes psychiques devant l'0ccultisme. Jeudi. — Cours de 3° année (Loge le Sphinx) : La Vie de l’Invisible. — Les Clichés astraux. — Le Symbolisme maçonnique et ses adaptations. Vendredi. — Cours de l"’ année: Hébreu. — Sanscrit. — L’Occulte et l’Art. Samedi. —- Cours de 2° année: Alchimie. — Loges Velléda et la Sphinge. .
Professeurs. — Les professeurs titulaires actuellement nommés sont (par ordre alphabétique) : Barlet; Jollivet Castelot; Julien Lejay; Papus; Rosa bis; D“ Rozier; Sédir. Les cours attribués à chaque professeur, les pro
ORDRE MARTINISTE 81 grammes des cours et la liste des maîtres de cours et des préparateurs paraîtront dans noue prochain numéro. Inscriptions. —- Tout chercheur désirant étudier l’oc culte d'une manière sérieuse et méthodiquepeut deman der son inscription aux cours de N" et de 2° année.
Les inscriptions (10 fr. pour tous les cours) sont reçues tous les jours de 9 heures du matin à 6 heures du soir, 3, rue de Savoie (Administration de l’Inz‘tiation). Des dispenses de droit d'inscription sont accordées par la direction à tout étudiant qui le mérite. ©uiuua Masurnmsrn Les quatre loges parisiennes de l'Ordre vont entrer en activité dès le mois d’octobre.
Le 13 octobre a été inauguré le nouveau local par une cérémonie commémorative de la mort de Louis-Claude de Saint—Martin. Suprême Conseil. — Quatre comités permanents sont institués au Suprême Conseil: 1° Le Comité directeur, sous la présidence de Papus; 2° Le Comité des Relations extérieures, sous la prési— dence de Sédir.
3° Le Comité des Enseignements initiatiques, sous la présidence de Barlet ; > 4° Le Comité des Loges, sous la présidence de Rosabis. Chacun de ces comités se réunira une fois par mois chez son président, à une date fixée par lui. Autant que possible, les membres du Suprême Conseil seront répar tis chacun dans un seul comité pour faciliter leur besogne. Loges. — Les règlements des loges sont terminés et livrés à l’impression. Ils seront bientôt expédiés.
8 2 L’INITIATION LA coorflnmoa DES lDÊES SOCIÉTÉ DES UNIVERSITÉS POPULAIRES Siège social : 157, Faubourg Saint—Antoine, PARIS Aux TRAVAILLEURS, Comme vous, nous sommes des travailleurs. Mais nous croyons que la vie humaine a des joies plus intenses, plus durables, plus hautes et moins onéreuses que celles du cabaret.
Voulez-vous être des nôtres P _ Notre ambition est grande; nous voulons la vérité, la beauté, la vie morale pour tous; nous voulons que tous soient admis à participer à ces biens qui constituent le patrimoine propre à l’humanité : nous voulons que, comme le soleil pour tous les yeux, la lumière intelli— gible se lève pour toutes les intelligences.
Nous voulons une civilisation réelle qui ne laisse plus en dehors d’elle la majorité des hommes, une civilisation qui ne soit plus l’œuvre et le profit de quelques-uns, à laquelle tous soient appelés à concourir et à participer.
Camarades, aspirant à employer nos heures de loisir pour notre développement physique, intellectuel et moral, ce qui veut dire pour notre émancipation sociale, nous dressons, en face du Cabaret et du Café-concert, notre première Université populaire.
Cette Université populaire comprendra d’abord: 1° Une salle de cours et conférences pour l’enseigne ment supérieur populaire, où chaque soir un penseur, un savant ou un artiste, parmi les plus éminents, viendra causer avecnous des plus graves questions artistiques, scientifiques, philosophiques, sociologiques et morales;
LA COOPÉRATION DES IDÉES 83 z° Un musée du soir, où défileront les chefs-d’œuvre de la peinture et de la sculpture.
Les ouvriers d’art pour mot aussi y exposer les plus beaux produits de leur in dustrie; , 3° Une salle de spectacle, où tous les dimanches seront donnés des fêtes familiales, des lectures, des spectacles, des auditions. musicales, etc. ; 4° Un salon de conversation et de jeux, avec billard; 5° Une bibliothèque de lecture sur place et de prêt à domicile constamment ouverte. On y trouvera les plus importantes revues littéraires et sociales.
A cette Université populaire seront annexés des services de consultations médicales, juridiques, économiques; un service de pharmacie à bon marché, de placement, de mutualité, etc. Plus tard, nous tenterons de constituer des associations coopératives de consommation, de pro duction, de crédit. La Société libre et juste de demain sera un régime d'associations. Nous nous y préparerons.
Nous organiserons aussi, pour les beaux jours, des excursions scientifiques, esthétiques, des visites aux mu sées, ou simplement des promenades amicales. L'Université populaire ne laissera pas en dehors de son action les femmes, les enfants, fl€S apprentis. Le peuple sera là, chez lui, en famille, avec des amis sincères. Camarades, de înos salles faites vos salles, de notre groupement faites votre groupement.
En face du cabaret, Où le corps se détruit, où l’âme s’avilit, nous ouvrons la Maison du Peuple, foyer de justice et de fraternité. Avec nous, vous voudrez être des hommes libres, des hommes de jugement sain, et prendre l’habitude de la réflexion et de la critique. s Ensemble nous chercherons quels sont nos devoirs, et nous les remplirons.
Mais nous ne négligerons pas nos droits, et, chacun prenant conscience de sa valeur et de sa responsabilité comme individu et comme membre du corps social, nous les exercerons. En un mot, nous tra» vaillerons pour que la Démocratie passe des formules mortes dont elle meurt aux réalités vivantes et fécondes de la liberté, de la justice et de la solidarité. Dès maintenant, nous formons un noyau vivant de la
84 L'INITIATION société idéale, et nous vous conjurons de vous joindre à nous. _ , Universitépapulrtire, 157,faubourg Saint-Antoine. (Ou verte tous les jours, sans exception, de 9 heures du ma tin à Il heures du soir.) Cours et conférences (avec projections, expériences, exemples, discussions) d‘esthétique, de sciences, d’éco nomie, de philosophie, de sociologie, de morale, tous les soirs, de 8heures à [0 heures.
Dimanches et fêtes, jeux et soirées familiales : Spec tacles, chants, musique, etc. La cotisation est de 0 fr. 50 par mois. Ce modique ver sement mensuel est la seule formalité à remplir pour faire partie de notre Association et profiter de tous les avan tages qu’elle offre à ses membres (Voir ci-dessus). On s’inscrit dès maintenant au Siège social, I57, fau bourg Saint-Antoine. BIBÆÏQGEAÈEJËE L.
PICARD (l’abbé). — Chrétien ou agnostique. -— Plan, 1896. — Je suis en retard pour parler de ce livre, mais les lecteurs de l’Initiali0n n’y auront pas perdu beaucoup, parce que les matières traitées dans ce volume ne sont pas de celles qui les intéressent. Ce livre, en somme, est surtout un résumé d’Apologétique chrétienne.
Il est écrit dans le style ordinaire des prêtres, il peut être lu avec plaisir par des prêtres, mais il ne contient rien en dehors de la théologie courante. ‘ M. l‘abbé Picard fait preuve d’érudition, il a lu beau coup, il est au courant de l’état actuel des sciences : il sait aussi tout ce qu’un prêtre sait habituellement sur la religion chrétienne et la polémique contre les diverses sectes et les libres penseurs; mais il n’apporte aucun argument nouveau.
Or, comme l’apologétique officielle est plutôt faible, il est bien entendu qu’après lecture chacun restera sur ses positions. A un certain point de vue, les occultistes pourront
BIBLIOGRAPHIE 85 lire ce travail, qui du reste n’est pas complètement dépourvu d’intérêt, ils verront combien les ministres de la religion catholique perdent à vouloir obstinément écarter les sciences occultes de leur programme d’études. Voilà un livre qui n’est pas plus mal fait que beaucoup d'autres du même genre, moins mal fait, même; mais pas un argument ne porte, tout est artificiel.
L’esprit des prêtres est façonné par la scolastique et le séminaire, de telle sorte qu’ils confondent constam ment une argumentation avec une démonstration; cela leur suffit, c‘est bien, mais les libres-penseurs et les_dissi dents réclament mieux que cela. Que voulez-vous que je fasse d’un argument tel que Celui-ci ? ( Oui, l’argument le plus sérieux en faveur de la vie future est celui qui sort des entrailles mêmes de la misère humaine.
Elle impose un lendemain à la Pro vidence, comme une justification tardive de son gouver nement. » Si c’est la le plus sérieux des arguments que vous puissiez trouver, il vaut mieux dire que la chose n’est pas démontrable.
Je comprends bien que ma confiance en la Providence et sa justice me permette de supporter avec résignation les misères et les injustices de ce monde; je crois à une autre vie qui compensera largement les souffrances que j’aurai endurées dans celle—ci; mais si je ne suis pas convaincu d'avance, si je crois que la mort terminera tout et quela Providence n’est qu‘une illusion, les misères et les injustices sont bien les dernières choses qui me feront changer d’avis.
Je dirai simplement ce que beaucoup disent en effet: S’il y avait un Dieu juste, il ne souffrirait pas que l’homme vertueux meure de faim et que l’impie regorge. Vous me dites que tout cela changera dans la vie future, c’est une affirmation gratuite, je ne sais ni s’il y a une vie future, ni ce que serait cette vie si elle existait.
Du reste, si je vous croyais, les conditions auxquelles je devrais me soumettre pour obtenir les avantages de cette vie future sont si difficiles à réaliser que j’y trouve rais plutôt une aggravation. C’est bien assez de souffrir dans une vie sans encore être exposé à souffrir éternel
86 L’INITIATION lement et beaucoup plus dans une autre. Mes souffrances imposent un lendemain à la Providence, dites-vous ? C’est bien possible, mais vous ne me prouvez pas qu’il y ait une Providence.
Il est vrai que l’homme abattu par la souffrance est disposé à croire tout ce que vous lui direz, pour vu que vous lui promettiez un soulagement; mais ce n’est que de la crédulité, il acceptera tout aussi bien les secours d’un charlatan que les vôtres. - ' Autre argument: « La possibilité des miracles n'en— traîne pas leur existence, tandis que l’existence des mi— racles entraîne la divinité de Jésus qui les a donnés comme la preuve de ce qu’il disait, à sav_oir qu’il était fils de Dieu. » Les mots soulignés le sont par l’auteur.
Si les miracles prouvent la divinité de ceux qui les font, les dieux sont nombreux. Je ne parlerai pas des apôtres qui font des miracles au nom du Christ, c’est comme si le Christ lesfaisait lui-même.
Mais il a été fait de tous temps des miracles au nom de divinités que vous appelez des faux dieux et que vous confondez avec le diable; en voici un entre des milliers : Au temps de l’invasion de l’Italie par Annibal, les ora cles ordonnèrent aux Romains de faire venir à Rome une statue de Cybèle. On en fit venir une de Phrygie. Le vaisseau qui la portait s’échoua sur un banc de sable à l’embouchure du Tibre.
On fit des efforts nombreux pour le remettre à flot, mais tous ces efforts restèrent impuis sants. On' consulta alors la sibylle, qui déclara qu’une vierge seule pourrait réussir. Or il y avait à Rome une vestale, du nom de Claudia, qui était fortement soup— çonnée d’avoir violé ses serments; ses manières un peu ' libres, son goût pour la parure, l’avaient mise en danger de passer en jugement.
Elle profita de la circonstance pour prouver son innocence : elle se présenta à l’endroit où le vaisseau était retenu, fit, à haute voix, une invoca tion à Vesta et détacha sa ceinture qu’elle assujettit à l‘avant du bateau. Ce que des milliers d’hommes vigou— reux n’avaient pu faire, elle l'exécuta sans aucune diffi culté, le vaisseau la suivit et arriva au port sans autre incident. A _ _ Mats Jésus lu1-meme n’a jamais fait de miracles pour
BIBLIOGRAPHIE 87 démontrer sa divinité, il proclame, au contraire, que le miracle n’a aucune force probante, il n’en fait que par bonté. pour faire du bien. Quand on lui demande un signe, il le refuse. Ayant fait des (miracles, il pouvait être le Messie, mais ce n’est pas parce qu'il était le Messie qu’il en a tait.
' Je citerai encore un autre argument et ce sera le der— nier: l’Église catholique est très ancienne,;les sectes protestantes sont nouvelles. Cet argument est une perle et je n’y ferai qu’une réponse: Vous marchez dans les plates-blandes de Tertullien. Les païens reprochaient aux chréiiens la nouveauté de leur religion et se vantaient de l’ancienneté de la leur.
Tertullien, avec sa fougue or dinaire et son style agressif, répond qu’en effet le chris tianisrqe est nouveau et il s’en fait gloire, tout comme dans un autre passage il convient qu’il est absurde d’ado rer un supplicié, mais c’est justement parce que c’est absurde qu’il y croit.
Ajoutons du reste que la Vérité ne se démontre pas, elle se montre; cela est vrai pour les vérités religieuses comme pour les autres. - A la fin de ce volume, l’abbé Picard demande aux incré dules de prouver l’inexactitude de ses assertions.
Les in. crédules ont déjà répondu: C’est à vous de prouver ce que vous affirmez, nous n’avonspas à prouver que vous vous trompez, nous ne uions rien, nous déclarons seulement que nous n’avons aucune raison de croire ce que vous dites. Nous ne disons pas que l’immortalité soit impos sible, nous n'en savons rien, montrez—nous ou prouvez— nous qu’elle est. Quod gratis asseritur, gratis negntur.
Faut-il conclure de tout cela que le livre soit mau vais f’ Non, il est bon pour ceux à qui il s’adresse, mais il ne s’adresse pas aux occultistes. v D' F. ROZIER. Albert FLEURY. — Poèmes (1895-1899). —- Mercure de France, 3 fr. 50. — M. Albert Fleury a réuni en un vo lume ses quatre dernières œuvres : Paroles vers Elle, Sur la route, Impressionsgrises, Pierrot. J’ai déjà parlé
88 L'INITIATION ...d -. des trois premières aux lecteurs de l'Initialion. C'est pourquoi je me contenterai de dire quelques mots de la dernière.
Le Pierrot de M. Fleury est bien le Pierrot légendaire, dont l‘âme simple et candide, pleine de tendresse et d’es poir, a rêvé ...Devanttoutes les choses, Devant toutes les femmes, devant toutes les roses ; Mais les femmes ont fui, et les roses sont mortes, Et devant lui se sont fermées toutes les portes... Pauvre Pierrot! ses chants du soir sanglotent comme des glas. Il n’a plus d’espoir. Les cordes de sa mando line ne résonnent plus.
Il a trop chanté pour les baisers des autres. Ila trop pâli sous les étoiles. Hélas l on a sacrifié en lui toute l’innocence et la candeur de sa con fiance. Mais en son cœur maintenant gronde la révolte. Il est las d’attendre. Ouvre ta porte, dit-il,à l’espoir, Ouvre ta porte ou je l'enfonc'e.
Pierrot, c'est nous-même, c’est sa face maigre et pâle qui nous hante, son ombre qui murmure à nos oreilles la complainte dolente de nos déceptions et de nos espé rances trahies. Aussi, malgré quelques rares échappées de lumière, de joie et de soleil —ces sourires du poème — nous ne sommes point un instant délivrés de l’obses sion de cette tristesse enveloppante et pénétrante qui en est comme l’âme même. .
L'auteur a revêtu son idée d’une forme adéquate. Ce sont des récits qui semblent inachevés, des tableautins légèrement esquissés, qui suggèrent plutôt qu'ils ne dé— crivent. Les gris ternes et les noirs dominent. Les con tours s’estompent dans la demi«obscurité des becs de gaz, dans les clartés mourantes des soirs d'automne ou dans la lumière blafarde et fantômatique des nuits de lune.
JACQUES BRIE!) .‘O Enseignements spiritualistes. — Traduction française d’un livre connu et apprécié en Angleterre. L’auteur
BIBLIOGRAPHIE 89 STAINTON-MOSES (Oxon), mort depuis quelques années, a exercé une grande influence sur le mouvement spiritua liste; la rare élévation de son caractère et ses facultés psychiques exceptionnelles lui ont conservé de nombreux amis qui s’efforcent de suivre ses exemples. Ilconsidérait l’ouvrage dont nous parlons comme l’un des plus utiles parmi ceux qui lui ont été dictés.
Il a beaucoup écrit, soit automatiquement, soit personnellement. Les personnes' qui portent un véritable intérêt aux questions spiritualistes trouveront, à côté de détails intéressants et de sages avis — quant aux études psychi ques — des instructions remarquables, bien faites pour engager le lecteur à persévérer dans la recherche patiente des problèmes de la vie.
Il y a quelques semaines, l’on a mené grand bruit autour de l’introduction dans la thérapeutique courante, spécialement pour le traitement de lafuronculose et des anthrax, de la levurede bière et de la levurine.
Ces remèdes, spécialement le dernier, dont l’action se: montre d’une constance et d’une efficacité remarquables en raison des succès qu’ils ont permis d’obtenir, se re commandent tout spécialementà l’attention. ‘ En semblable condition, il ne saurait donc être sans utilité de signaler la brochure fort substantielle :‘Ld Levure de bière et la Levurine en thérapeutique (un franc, chezl’éditeur Chamuel, 5, rue de Savoie), que notre con frère M. Georges Vitoux vient de consacrer àcette ques tion si intéressante et dans laquelle, en même temps qu’il retrace toute l’histoire de la médication nouvelle, il in dique; en s’appuyant sur des observations nombreuses, les services qu’elle parait appelée à rendre.
A ce titre, la Levure de bière et la Levurine en thérapeu tique sera lue avec avantage, aussi bien par les spécia-’ listes que par le grand public qui y trouvera des indi cations utiles et des plus intéressantes sur un mode nou veau particulièrement pratique et commode pour le traitement d’une affection aussi désagréable que fré quent6.
go. L’INITIATION ...a ._ Urbain Grandier ou le Précurseur de la Libre Pensée, par Thomas Bsnsn. —— Ce livre fera du bruit; il, est très véhément.L’auteur,qui s’est inspiré de nos plus grands poètes et prosateurs et qui a lu aussi, on le sent au style de certaines descriptions, les Mystères de l’Inquisition, de V. de Féréal, nous dépeint avec une rare vigueur une époque Où le clergé était tout—puissant: l’inquisition ré< gnante.
Son ouvrage se divise en deux parties : 1° Urbain Grandier, poème en cinq chants; 2° Les Débuts d’Urbain Grandier, nouvelle dramatique, qui a Loudun pour cadre et le xvu° siècle pour témoin. Le poème est frondeur d'un bout à l’autre; la nouvelle, à l’instar de l’ouvrage en vers, est une violente diatribe contre l’ancien régime. Le tout est un plaidoyer en fa veur des principes immortels qui ont ouvert en Europe l’ère des sociétés nouvelles.
Ce beau livre d’une lecture attrayante et facile et qui se recommande par ses qualités littéraires aussi bien que par son exacte documentation historique, n’est pas une œuvre de simple critique; il a une portée plus haute , et l’auteur, qui est un vrai philanthrope, la définit dans son avant—propos par ces mots: Je respecte toutes les institutions, tout autant qu’elles sont conformes à la raison; maisje repous3e toutes celles qui ne sont pas basées sur les Sublimes principes de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen. à au» Le Christ, le Christianisme et la Religion de l’avenir, par Henri CONSTANT. -— Un volume in—18 de 409 pages, prix 3 fr.
50. —— Voici un livre très intéressant. L’auteur, un libre penseur, dans le sens le plus large du mot, s’est donné pour tâche de détruire l’étroit dogmatisme religieux (plus particulièrement chrétien, puisque les autres cultes ne jouent ici qu’un rôle de comparses), et de montrer quelle sera la foi sur laquelle vivra l’avenir, car il n’admet pas les stériles négations matérialistes comme solution.
Selon lui, notre période de scepticisme —5 ""fl'N"vw P"x;j“Nvn-"" —«7 >"r—" r-./ w—- I’ fk'hl‘4,....NJ—.Wnwrævw.n’.{r 'r>.4u.a,, "’.\
BIBLIOGRAPHIE 9 I et de négation arbitraire est un temps nécessaire de friche pour le terrain de la conscience humaine, afin qu’y puisse germer et lever la moisson de l’avenir. tu L’Esprit de Jésus, par Henri de VILLENEUVE, et le Credo du P.
Bidon, du même auteur. — En ces temps où là prétendue faillite de la science a remis sur le tapis question religieuse, nous recommandons la lecture d’une nouvelle édition de l’Esprit de Jésus et de la brochure le Credo du P. Bidon, par Henri de Villeneuve.
Dans l’Esprit de Jésus , on suivra les transformations de la doctrine galiléenne depuis les prédications du lac de Tibériade jusqu’à nos jours, et on sera bien obligé de reconnaître que l’Eglise n’est le plus souvent que l’his toire des trahisons qu’a subies l’idée de Jésus. La seconde partie du livre de M. de Villeneuve est une œuvre plus personnelle qui a déchaîné bien des colères.
Il s’attaque aux parasites de l’Evangile et il trouve que les maîtres du monde n’ont souvent de chrétien que le masque et le titre, que ces dévots ont trop de fiel pour le pur froment de l’Evangile. Comme ils vous ont travesti ces trois choses qu’on appelle: savoir,aimer, croire ! L’auteur a ici des pages superbes d’envergure poétique, tout en gardant la netteté, la sobriété de Renan.
M. Paul Desjardins a écrit de ce livre qu’il l’avait vive ment intéressé et qu’il s’en fallait de bien peu qu’il ne fût un très beau livre.
La Renne de Belgique, par la plume du professeur Stecker, a salué ce livre avec res pect, comme un sursum corda jeté aux âmes desséchées par l’ironie du scepticisme, et M. Emile Trolliet ne peut s’empêcher d’admirer, dans ce beau livre de M. Henri de Villeneuve, des pages tout embaumées de grâce et de poésie sur le mystérieux et miséricordieux conducteur d’âmes, le pasteur de la Galilée. ' Dans le Credo du P.
Bidon, l’auteur démontre très nettement que le Jésus-Christ du P. Bidon ne nous a rien appris. Toutes les objections faites au christianisme révélé par l’école rationaliste restent debout, aussi en
92 L'INITIATION u.d ». tières, aussi exigeantes. M. Henri de Villeneuve le re grette et le déplore. Il ne demanderait pas mieux que de croire aux dogmes si consolants de l'Église catholique, mais il se méfie du mirage. ( Il y a trop de fleurs dans ce Christianisme, dit-il, Dieu ne vous en devait pas autant. a» . «a Une_réédirian des Œuvres du Phil... Inc...
Louis Claude de Saint—Martin. -— L’Echo de l’au-delà et d’ici bas, voulant dès à présent mettre en pratique le pro gramme qu’il s’est tracé, étudie les moyensde faire une réédition des œuvres de Louis-Claude de Saint-Mar Un. Le Phil... Inc... est trop célèbre parmi nos lecteurs pour que nous insistions un instant sur l’intérêt qu’ils prendront à cet effort, tendant à revêtir les futures publications d’un très grand cachet artistique.
En effet, nous avons choisi un format carré (18°’",5X 22°“,5) qui sera du plus bel eflet, de larges marges seront laissées, afin que le texte en bel elzévir ressorte bien et se lise facilement. Enfin la publication sera ornée d'un magnifique portrait du Maître, fait à l‘eau forte par notre excellent ami, L. Journot, qui. sous le pseudonyme d‘Homo, a su allier aux talents du graveur ceux de l’écrivain et du kabbaliste.
Enfin le papier, fait spécialement pour cette collec— tion, donnera à cette œuvre un cachet artistique sur lequel nous ne saurions trop insister, car la chose a une très grande importance quand il s’agit d’œuvre aussi complète et aussi appréciée que celle de Louis-Claude de Saint-Martin. La série comprendrait une douzaine de volumes d’un prix peu élevé (1), et qui -paraitraient successivement à raison d’un par mois, et dans l'ordre suivant.:. I.
Des Erreurs et de la Vérité. : Il. L‘Homme de Désir. III. Le Nouvel Homme. ,(1) 4 fr. go pourles souscripteurs r - . nm... r _ ,., , .
AUX AMIS DE L’ÉLÈC’I‘RO-HOMÉOPA’I’HIE 973 IV. Le Ministère de l’Homme-Esprit. V. Œuvres posthumes. VI. Des Nombres. Vll. Correspondances. VIII. Le Crocodile. Les souscripteurs bénéficieront d’une importante réduction sur le prix de l’ouvrage.
Outre qu’Ils auront chaque volume huit ou quinze jours avant sa mise en . vente, ils ne paieront la collection complète qu’un prix très sensiblement au—dessous des prix marqués, et rece vront gratuitement la biographie et le portrait de l’auteur qui seront payés à part pour les acheteurs ordinaires. Enfin nous ferons quelques exemplaires de grand luxe sur papiers du Japon, \«Vatman et de Hollande.
Ces der— nières souscriptions devront être .payées par moitié et d’avance, et les souscripteurs recevront les exemplaires franco de port et à domicile.
Ajoutons que la biographie de Claude de Saint-Mar tin, qui sera faite par un des occultistes les plus connus, servira de préface à ce remarquable ouvrage, par lequel nous espérons inaugurer dignement pour l’occultisme le siècle qui va s'ouvrir l Les personnes qui désirent être tenues au courant de nos projets sont priées de vouloir bien nous envoyer leur nom et leur adresse.
Elles seront informées gratui— tement de toutes les modifications ou complément qui y seront apportés. S’adresser, 3, rue de Savoie, Paris.
Aux un on L’ÉLEGTRO-HOHÉOPATHII Afin que les milliers de partisans de la merveilleuse découverte du comte Cesare Mattei ne s‘unissent point seulement par les bénéfices personnels que leur santé retire de cette médication, mais qu'ils puissent encore montrer leur reconnaissance en soulageant l'humanité souffrante, il a été fondé une Union de médecine popu - [aire de façon à ce que la connaissance et l'usage de cette nouvelle thérapeutique se répandent dans les couches
g 4 - L’INITIATION profondes de la société. Cette Union s’adresse à tous les amis de la cause, et nous leur demandons ici de vou loir bien faire leurs efforts pour aider à sa propagation.
EXTRAITS pas STATUTS. — La propagande se fait par des publications de livres et de périodiques spéciaux, des tinés à pénétrer dans le public médical, par l’aide donnée aux malades pauvres, autant que le permettront les res sources financières, par des conférences, par la création d’une bibliothèque mise à la disposition des membres, (Les frais de port à la charge des emprunteurs.) Toute personne peut, à sa demande, devenir membre de l’Union sans distinction de sexe,de nationalité, de profession ni de religion.
La cotisation annuelle est d‘au moins 2 marks (2 fr. 50); elle peut être plus élevée au gré de la bonne volonté des membres. Les membres jouissent de réductions spéciales sur le prix des diverses publications électro-homéopathiques. Le bureau est constitué par un président, un secré taire, un trésorier et trois conseillers. Le président est élu chaque année à la majorité absolue des voix.
Sont nommées membres fondateurs les personnes qui font une souscription d’au moins 20 marks (25 francs). Une souscription de 50 marks exempte à, perpétuité de toute. cotisation. -— Le bureau peut enfin nommer des membres correspondants et des membres d'honneur. Pour tous renseignements supplémentaires, écrire à la direction des Monatschrift Fùr El.-Homœpathie, Ratis bonne, E. 29(Allemagne).
IlnÈ3 äR’ll‘3 DEVINATÛIRES CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES Nous commençons aujourd’hui l’étude des Arts divi natoires, qui conduira progressivement nos lecteurs à des applications pratiques des plus utiles. , Mais cette étude n’aurait aucune portée réelleisi elle n’était accompagnée de considérations théoriques per mettant au lecteur de se reconnaître dans les applications r -fr'-‘* 'W ‘a ’ .._ , 49 A
LIVRES REÇUS 95 I diverses de la psychologie spéciale qui caractérise ces sortes d’études. Avant tout, il faut noter que le M01 humain, qui est l’objet des déductions du chercheur, forme un centre auquel viennent aboutir, comme les rayons du même cercle, toutes les applications qui constituent les moyens de la divination déductive.
Ainsi, la lecture des lignes de la main (chiromancie) est un rayon du cercle psychique,tout comme la grapho logie ou étude de l’écriture, tout comme la physiogno— manie ou étude de la forme des traits. Comme l’être humain reflète son invisible dans toutes ses formes et dans tous ses actes, aussi bien que dans ses habits, le nombre des moyens d’atteindre cet invisible par déduc tion, est illimité, et tous peuvent être bons.
Mais le chercheur qui s’occupe de ces questions d’une manière scientifique ne va pas arrêter son action aux applications immédiates, comme la chiromancienne du coin. Il doit, non seulement étudier chacun des rayons dans ses rapports avec le MOI central, mais encore cha cun d’eux dans leur rapport circonférenciel entre eux.
C’est—à-dire qu’il ne suffit pas de savoir déterminer un tempérament par l’aspect deslignes de la main ou parla forme du nez, il faut encore déterminer le lien qui unit la chiromancie à la physiognomonie. De même, la forme de l’écriture doit conduire à déterminer la forme de la main qui a écrit. L’étude de chacun des arts divinatoires devient triple, par cette méthode.
Mais cela n‘existe encore dans aucun livre, et nous ferons notre possible pour le rendre facile ànos lecteurs quitrouveront là une étude digne de la réputation de l’Initiation. Chaque étude sera courte et conduira rapidement le lecteur à des appli cations pratiques. Tel est le plan de la série que nous commençons par cet exposé général. JLwnas naçus Tos ferina, Tos convulsa, coqueluche. — Su curaciôn con les remedios électrohomeopaticos del Coude Cesar
96 L‘INITIATION MATTEI, por los Doctores F. BERCERO y H. GIRGOIS. — Madrid, Viuda e hijos de E. Maroto, impresores, calle de Pelayo, nùm. 34. 1899. l E1 Cancer_y la Electrohomeopatia del Coude Cesar MATTEI, por el Doctor F. BERCERO. — Madrid, 3234.. — Augustin Avrial, impresor, San-Bernardo, 92, 1898. Der Nervôse Kopfschmerg oder die Migräne und ihre Heilung, von Theodor KRAUSS. 3° Ed. Leipzig: Verlag von Wilhelm Friedrich.
Nous recommandons à nos lecteurs la lecture de ces intéressants ouvrages, qui donnent des indications vrai ment pratiques sur la thérapeutique de tous les jours. S. Eââàäl‘A Dans le numéro d‘août 1899, page 178, lire M. Pietro Bornia, Vasto Chieti (Italie), et non plus à Frascati R'ome.
QUESTI©N’B Voici que, sous l’influence du puissant Michaël, c un jeune homme aux cheveux dorés, hier inconnu, demain son nom sera dans toutes les bouches, sort de la Bre tagne française, ramène en France lapaix féconde et bienfaisante ». Telle est, du moins, une vieille prophétie àpeu près ignorée: , , (Jean TRITHÈME, Traité des Causes secondes, Paris, Chamuel, 1897, in-12.) Je désirerais recevoir une copie complète de cette vieille prophétie.
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CALMET : Traité sur les apparitions des esprits. 4 CLAVEI, : [listorzque pittoresque de la F.'. — DARLITY:Recherchessur le rite écossais. — Des ETANGS :A rchiues et Œuvres maçonni— ques, — ÉLIPHAS LÉVIZ Ouvrages divers. a— DE GENLIS : Ara besqyes my1hologzques. —. JOUAUSTZ Histoire du G.'. 0.'., His toire de la F.'. M.‘.._en France. m KAUFFMANN et CHARPIN : flistoire philosophique de la F.'. M.'., — le Véritable Dragon rouge, le Grand Grimoire.
Physique occulte. — MARC0NIS: Le Panthéon maçonnique, le Rameau d'or d’Eleusis. —- NAUDET : Ouvrages sur la magie. — PORTA : zllagiæ naturalis. -— RAGON : (Iîîwres complètes sur la F.'. M.'..'— ROBIN (l’Abbé) : Initiations anciennes.et modernes. - DE SAINT—ANDRÉ : Lettres sur la magie. Lettres réponses. —SAINT-MARTIN : Les Erreurs et la Vérité, etc. —— SYBILLINA Oracula, Oracula magica Zoroaslris, Oracula melrica. —- THORY : Histoire du _G.'. 0.'. de France,;lcta Lato morum. »— TCHOUDY : L'Étoileflamboyante. ' »* —***-‘ *‘
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' La Magie de l’Hypnose. L'Ame humaine. Martines de Pascal . Martinismè et Franc-Maçonhè’iie. CLASSIQUES . La Clef des Grands Mÿstères. ELIPHAS LÉVI . . . . . . Le Grand Arcane ou l’0ccultisme dévoilé. Le Catéchisme de la Paix. Le Livre des Splendeurs SAINT—YVES D’A‘LVEYDRE Mission des Juifs. Æ B ‘ ' La Langue hébraïque restituée. A RE D “VET' ‘ ' Histoire philosophique du genre humain. ALBERT POISSON. . . . .
Théories et Symboles des Alchimistes. CHAMUEL,_ Éditeur PARIS -—— 5, rue de Savoie, 0 »— PARIS Aa l Occultisme «— Màgie — Divination — Hyènotisme Magnétisme — Spiritisme ENVOI FRANCO DU CATALOGUE Renseignements gratuits sur les Ouvrages de Sciences ’ ' _ occultes TOURS; IMP. E. ARRAUL’I‘ ET (2".